Coucou !
Je suis trop contente et toute excitée de vous retrouver pour ce nouveau chapitre ! Ca a été trop agréable à écrire, j'étais totalement replongée dans l'histoire, à côté de ce pauvre Drago à qui j'ai envie de faire des câlins (malgré toutes les vilaines choses qu'il a faite). On est d'accord pour dire que c'est un faux méchant ? Je n'arriverai jamais à le détester ! Je trouve que c'est une super paire avec Hermione (même si j'aime aussi beaucoup Hermione avec Ron) et ça me donne envie de replonger dans la lecture d'autres fanfictions sur ce couple (si vous en avez à me conseiller n'hésitez pas ;) ça m'intéresse !).
chapou69 Merci beaucoup pour ton message, c'est très gentil :) Je commençais à avoir peur que le côté "je me morfonds sur moi-même" de Drago commence à taper sur les nerfs, mais je suis contente que voir que ça plait.
ofo Tout à fait, je suis contente de lire ça, ils ne peuvent rien changer à ce qu'ils ont fait, mais peut-être qu'ils peuvent essayer de faire mieux ;) Pour Théo je ne vais pas rentrer dans les détails de son personnage car, comme pour Hermione, je préfère laisser à l'imagination de chacun. Mais c'est une hypothèse très intéressante ;) Drago et Théo sont différents en tout cas, et je suis contente que le développement paraisse crédible.
Cicidy ahaha carrément ! Dommage que Drago ne se laisse pas aller à un peu de gentillesse, ça lui ferait du bien mais il est trop dans l'auto-punition. J'ai essayé de faire un peu différent pour une fanfiction 'Hermione-Drago' donc je suis contente que ça se voit.
Merci beaucoup pour chacune de vos reviews, ça me fait très très plaisir, et ça m'a vraiment boosté pour l'écriture de ce chapitre ! Je suis toujours tellement contente quand je vois une nouvelle notification de review, vous pouvez pas savoir :) Ca fait plaisir de savoir que ce qu'on écrit (et chaque chapitre représente plusieurs heures de boulot) plait et attire des lecteurs, ça motive à 10000% :)
J'ai récupéré un bon rythme d'écriture donc le prochain chapitre devrait arriver dans les prochaines semaines. Cela dit, ça dépend de ma motivation et de mon inspiration donc n'hésitez pas à me motiver ;)
Et une bonne lecture à tous ! :)
PARTIE SIX : DOULEUR (6)
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7 décembre 1998, félicitations maritales.
Lucius Malefoy, la condamnation à mort.
Les journalistes avides de lecteurs n'avaient aucune limite. Leur titre était plus aguicheur qu'une prostituée dénudée, plus mensonger qu'un politicien qui joue sa place. Aucun jugement de condamnation n'avait encore été rendu pour Lucius Malefoy. Le suspens était intenable. La procédure était exagérément longue; peut-être faisait-elle partie de la peine. Drago savait qu'il recevrait une lettre de sa mère à l'instant où la condamnation serait prononcée : il était encore la seule chose sur laquelle elle pouvait veiller et protéger.
Il n'avait pas lu l'article car il en connaissait déjà l'essence. Chaque mot devait être un flot de haine intarissable contre cet homme qui représentait la foule d'ennemis. Lucius Malefoy aurait pu être le martyr de son camp si il n'avait pas déjà écopé du titre de lâche. Son jugement était un exemple pour tous. Son nom serait à tout jamais associé à cette période de l'histoire. Il était un criminel de guerre et le serait aux yeux des générations à venir : la condamnation irait au-delà de sa propre mort.
- Pansy me dit que tu ne réponds pas à ses lettres. Elle s'attend à des félicitations.
Drago releva les yeux vers la seule voix qui s'adressait à lui d'un ton égal. Théo n'avait nullement changé son attitude avec lui. Si il n'y avait eu que ses mots et ses gestes sur terre, Drago aurait pu oublier l'apocalypse qui avait eu lieu.
- Qu-quoi ?
Sa voix était enrouée. Le week-end venait de se terminer et Drago avait passé son dimanche entier enfermé dans les barreaux de son lit à baldaquin. Quand les rideaux étaient tirés et que l'obscurité l'entourait, il se sentait comme un prisonnier. Enfin !, la sentence méritée tombait. Après ces moments-là, il avait toujours du mal à revenir à la réalité. Le monde était si cruel, si dur, si lumineux.
- Des félicitations, pour ses fiançailles. Elle va épouser un français, Jean Mottais.
Théo fit claquer sa langue sur son palais pour imiter l'accent français, et son expression de visage inspirait un dédain évident.
L'annonce de la nouvelle laissa Drago de marbre. Plus rien ne pouvait ébranler un cœur mort; tout glissait sur lui sans jamais l'atteindre. La vie continuait au-dehors; il aurait pu s'en réjouir ou maudire ses camarades qui reprenaient l'existence de leurs vies là où elles avaient été mises entre parenthèses, mais c'était des facultés humaines qu'il avait perdu.
Sa propre existence oscillait entre la conscience d'être une coquille vide et l'impression d'être une bête à l'état sauvage. La compassion et la jalousie étaient des sentiments trop lointains pour qu'il puisse les effleurer du bout de son cœur.
- Ne sois pas jaloux, ça n'a rien à voir avec toi si tu veux mon avis. C'est sûrement plus simple de refaire sa vie en France.
Théo pensait posséder la vérité universelle et l'œil perçant sur toute chose de la vie. Il donnait l'impression d'être si sûr de lui et de ses pensées que Drago préférait ne pas rentrer dans la bataille perdue d'avance. Il n'était pas jaloux; que Pansy épouse un français le laissait aussi indifférent que de savoir qu'il avait neigé le matin-même. Dans une autre vie, qui était oubliée et n'avait pas réellement compté, Pansy et lui avaient flirté. L'intérêt qu'elle lui portait était connu de tous : il était Roi et elle rêvait de devenir sa Reine. Drago avait profité de cet intérêt sans jamais réellement s'en soucier. Flirter ne l'intéressait pas; il avait des soucis plus sanglants. Dans ce nouveau monde, Pansy devait le juger indigne; même pour elle - supportrice du mal - il était trop loin pour l'atteindre.
- Félicite la, répondit Drago simplement.
Avec l'espoir secret que peut-être, enfin, Pansy allait lui fiche la paix.
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8 décembre 1998, impossible entente.
Neville Londubat était penché sur sa plante d'un air concentré, presque amoureux. Il n'y avait qu'un feuillage vert pour attirer son intérêt d'un regard si doux. Pendant longtemps, Drago Malefoy avait méprisé la botanique et les capacités manuelles nécessaires à sa bonne exécution. Les plantes sont pour les idiots, paraissait-il dans son monde étriqué. Les Serpentards à poursuivre ce cours se comptaient sur les doigts d'une main : il avait continué la botanique par raison de facilité, pour obtenir des bonnes notes. Son diplôme serait une excuse pour sa réussite professionnelle; la vérité serait ailleurs. Son avenir était tracé avant même qu'il sache compter : Drago Malefoy deviendrait un brillant employé du Ministère de la Magie avant de prendre une retraite anticipée pour vivre sur son existence de rentier. Enfin ça c'était avant.
Aujourd'hui, l'art des plantes prenait un tout autre sens.
Les feuilles vertes étaient douces et silencieuses, elles se mouvaient et se complaisaient dans l'amour qu'il leur procurait. Elles apportaient calme et sérénité. Drago comprenait ce que Neville leur trouvait. Pour ce garçon rejeté et moqué par la majorité, les plantes étaient un réconfort et une compagnie plus qu'agréable. Drago comprenait, Drago appréciait.
Et puis la voix de Chourave lança un ordre presque assassin.
- Formez des paires s'il vous plait ! Granger et Grint ! Patil - Parvati et Malefoy ! Nott et Finch-Fletchley !
Ses intentions étaient claires : elle avait l'espoir de relancer une coopération inter-maisons. Elle n'aurait pas dû se donner autant de mal : ils étaient tous alliés et le seul ennemi était la Vipère. Même les premières années, pourtant protégés des préjugés de leurs aînés, empruntaient le même sentier.
L'instant d'après, Parvati Patil était à ses côtés et la haine qu'elle dégageait était si vivace que Drago était incapable de seulement la regarder. Elle était haineuse et elle était colère. Drago était un dommage collatéral, l'unique allié de celui qu'elle avait pris pour cible. Théodore Nott ne la laissait pas indifférente mais il avait depuis longtemps quitté son cœur. Ne restait qu'une rancœur aveuglante; une envie de faire souffrir qui en aurait faite une combattante redoutable sur le champ de bataille. Son corps entier irradiait de ce besoin de sang; il n'y voyait que le reflet de sa propre âme meurtrière.
- Tu peux t'activer un peu ? S'agaça Parvati Patil au bout de quelques minutes.
Il était une ombre silencieuse, un partenaire aussi invisible que si il avait porté la cape d'Ignotus. Il s'était contenté de tendre des outils sans prendre part à la grande affaire; mais Patil n'était pas Granger. Elle lui apportait son châtiment mérité, il l'accepta sans rechigner. Lion et Vipère ne serait jamais amis; Granger pouvait se donner tout le mal qu'elle voulait : elle était destinée à échouer.
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8 décembre 1998, une place à prendre.
Un froid plus glacé que la mort traversa son corps, rappel soudain de la réalité qui l'entourait. Il ne comprit pas tout de suite ce qui se passait; cet élan de froid n'était-il pas un simple sentiment de tristesse ? Il avait perdu depuis longtemps le sens des choses et la notion des ressentis. Et puis la mémoire d'homme lui revint, comme un lointain souvenir qui forge des habitudes éternelles : un fantôme l'avait traversé.
Il se retourna, plus par réflexe que par réel intérêt. Il n'y avait dans ce château rien - ou presque - qui pouvait animer l'envie et la curiosité de Malefoy la bête sauvage. Son regard rencontra les yeux vides d'une âme qui avait cessé d'exister sans toutefois disparaître, cachés derrière le souvenir de lunettes rondes. C'était Mimi Geignarde et son éternel air contrarié; ses actions n'étaient pas maladroites, elles étaient volontaires. Le traverser de plein gré était l'acte de violence le plus cruel qu'elle pouvait commettre. Elle en était réduite à ça pour reconquérir un peu de terrain dans le chemin de sa vie.
- Tu ne viens plus, dit-elle.
Elle faisait mine d'être frivole et insouciante mais elle était éternellement une gamine de seize ans incapable de cacher tout à fait sa rancœur. Les fantômes avaient de cela d'incroyable qu'ils pouvaient vivre des siècles sans jamais changer : pour l'éternité ils refléteraient l'image qu'ils étaient à leur mort.
Venir trouver refuge dans les toilettes de Mimi Geignarde ne traversait plus son esprit; le refuge était un endroit interdit. Entre ces murs il était trop vivace le souvenir de l'adolescent torturé mais innocent qu'il avait été. Le monstre devait être enfermé dans une autre cage et si le monde physique lui refusait ce châtiment, il se l'appliquait bien volontiers dans le monde de l'esprit. Être seul était trop doux, même si aucune pensée ne pouvait être plus assassine envers lui que la sienne.
- Quelqu'un a pris ta place.
Il ne comprit pas tout de suite le sens de sa phrase, mais l'agitation de Mimi tournoyant autour de son visage était une métaphore évidente : elle voulait lui faire tourner la tête.
Effort inutile : il était vide, bien incapable de ressentir autre chose que la haine contre-lui qui emplissait tout son cœur et dévorait tout son être. Il resta silencieux car les mots étaient trop précieux et trop incertains pour qu'il sache comment les utiliser. Quelqu'un avait prit sa place ? Qu'était-il censé dire ? Ressentir ? Il n'y avait rien, que l'impression de cette information dans son esprit. Aucun sentiment, aucun égard, aucune pensée supplémentaire.
Mimi cessa son agitation, bien consciente que Drago était un être qu'elle ne pourrait jamais atteindre de ses mots.
Alors elle se vengea et s'enveloppa de sa rancœur, brandissant sa haine des autres comme un bouclier.
- C'est la petite Brown. Elle est affreuse ! Elle a toujours été odieuse avec moi, c'est bien fait !
Elle se moquait de Lavande Brown et de son visage défiguré, marqué à jamais par l'horreur. Lavande Brown était désormais affreuse, c'était un fait : sa beauté s'était envolée pour toujours. Mais n'était-ce pas ce qui la rendait plus belle ?
Elle était colère Mimi, vengeresse. Se moquer des autres était encore le seul plaisir qu'elle pouvait avoir. Maudire Lavande et souligner ses défauts et l'horreur de son existence n'était là que pour cacher sa jalousie face à cette femme vivante qu'elle ne serait jamais. Mimi avait toujours été jalouse de son vivant; la mort ne l'avait pas changé.
- Ca t'occupera. Aurevoir Mimi.
C'était tout ce qu'il avait à lui dire. Mimi, sa fidèle alliée dans les moments sombres, n'avait aucune importance pour lui. Il avait toujours été comme ça : égoïste, intéressé, égocentrique. Il n'avait rien de plus à lui offrir car l'image qu'elle gardait de lui avait disparu à jamais. Mimi Geignarde s'était attachée à la figure d'un certain Drago Malefoy : il était mort au combat. Ce monstre qu'il était devenu, ce n'était pas celui qu'elle croyait voir.
- Tu ne vas pas revenir ? Souffla t-elle, figée dans l'air.
Il ne la regarda pas. Il n'était plus habile pour comprendre les sentiments des autres, mais il parvenait à entendre le désespoir qui perçait dans sa voix. Celui d'une adolescente qui n'appartenait pas à ce monde et qui voyait les autres disparaître alors qu'elle-même était éternelle.
Il ne s'attarda pas. Elle avait de la peine.
Qui d'autre à part un monstre pouvait briser le cœur de quelqu'un qui n'en n'avait plus ?
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10 décembre 1998, attaque professorale.
- Si tu me regardes encore comme ça, je t'arrache les yeux. Tu n'as pas honte d'être ici ? Tu devrais être en prison, accouplé avec un Détraqueur.
Les douces paroles de Kendall Grint coulèrent sur lui comme de l'eau bouillante. Ce n'est pas qu'il y était insensible, c'était qu'il était lui-même trop conscient du bon sens de ces mots. Il ne pouvait pas la contredire car l'évidence jurait qu'elle avait raison.
Mais le cadre n'était pas le plus propice au tribunal populaire et Minerva McGonagall gouvernait en reine sur sa salle de classe. L'invective de Grint ne lui échappa pas alors qu'elle se baladait entre les rangs, avec son air strict et autoritaire que rien ni personne ne pourrait jamais altérer - pas même la mort.
- Miss Grint, vous viendrez me voir à la fin du cours.
Elle était trop digne pour montrer combien elle était choquée de l'offense et de la haine qui se lisait parmi ses jeunes élèves. Toute sa vie un professeur voit ses élèves comme de jeunes biches à protéger. Elle était bien loin de l'ordinaire cette promotion d'élèves, trop plongée dans l'horreur de la vie pour se sentir encore l'âme innocente d'un adolescent. Ils étaient tous des adultes; certaines plus adultes que des seniors.
Minerva McGonagall avait à cœur de réparer ce qu'elle estimait relever de l'injustice. Elle se trompait, naturellement, et elle se trompa à haute voix, assez fort pour que tout le monde entende car elle espérait en faire un exemple.
- Monsieur Malefoy, si toutefois il est utile de le rappeler, vous avez parfaitement votre place ici.
Elle délirait la vieille McGo, trop âgée pour prendre du recul sur les choses de la vie, trop aveugle pour se rendre compte du monstre qu'elle avait sous ses yeux. Elle l'avait laissé tranquille après quelques entrevues déplacées mais elle semblait avoir toujours un œil sur lui, comme un rapace qui surveille sa proie. Il devait être sa "bonne action"; trop habituée à se battre pour le bien, elle cherchait encore un champ de bataille. Qu'elle lui vienne en aide et prenne sa défense était incompréhensible : Minerva McGonagall avait assisté au pire des actions de Drago Malefoy. Il était odieux adolescent, meurtrier une fois adulte. Plus que tous les autres, elle avait été le témoin neutre et indirect de ses actions les plus terribles; plus que tous les autres, elle devait savoir que sa place était dans l'une des cages sombres d'Azkaban. Elle délirait la vieille : la folie de l'âge la rattrapait.
Drago garda les yeux fixés sur son parchemin, trop désireux de faire oublier sa présence et trop conscient que les remarques assassines qu'il subissait était un châtiment bien trop doux pour une âme si noire.
Les élèves ne pipèrent mot mais l'atmosphère de la salle était si lourde de reproches qu'on pouvait presque voir les éclairs de tension. L'affirmation de McGonagall ne valait rien et les élèves le savaient bien.
Il y avait des choses qui ne changeaient pas : les élèves ne prenaient pas toujours pour vérité ce qui sortait de la bouche d'un professeur.
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10 décembre 1998, toujours pas.
Le vendredi soir n'attirait pas les foules à la bibliothèque : c'était le moment préféré de Drago. Le silence des livres et l'absence de regards haineux lui apportaient un réconfort de quelques instants. C'était faible de sa part de succomber à un sentiment agréable - c'était immérité - mais il avait toujours été un lâche homme. Il n'y avait pas un regard assassin ou une parole meurtrière pour percer ce silence si parfait : le moment était si vivant qu'il songea un instant se trouver dans un rêve.
Et puis, soudain, un murmure assourdissant sonna la fin de ce moment :
- Salut.
C'était sa voix, si délicate et si mesurée, qu'elle l'aurait à peine dérangé dans ses réflexions si il n'avait pas été si attentif à sa présence. L'indifférence n'avait jamais été au rendez-vous avec elle.
Elle revenait à la charge, comme une idiote qui ne comprend pas. Mais elle n'était pas une idiote qui ne comprenait pas, elle était infiniment plus que ça, elle était quelque chose qu'il ne comprenait pas. Une héroïne qui se sent le besoin d'aider le rejeté ?, une orgueilleuse qui ne supporte pas l'échec ?, une âme vengeresse qui se délecte de son malheur ?, impossible à savoir.
Elle était là, c'était tout ce qui comptait.
- Bonjour, Granger.
Des années s'étaient écoulées, des horreurs, des insultes, de la haine, une guerre, des vies bien éloignées, tant de différences qui avaient pu aboutir à cette conclusion : pour la première fois depuis le commencement du monde, Drago Malefoy se montrait poli avec Hermione Granger.
Elle semblait hésitante, incertaine et incapable de savoir si le monstre ou l'homme allait lui faire face aujourd'hui.
Mais elle ne devait pas confondre politesse et gentillesse. Il n'acceptait toujours pas sa présence.
- Je peux m'asseoir ?
Elle adoptait une technique différente, désireuse de se faire inviter à sa table. Quelle ironie de la voir demander à s'asseoir près de lui. Le monde n'était pas juste à l'envers : il avait perdu tout ses repères. Le Rose n'était pas devenu Bleu : il était devenu Gauche. Hermione n'était pas simplement gentille, elle était soucieuse de bien faire. Elle s'était faite oublier quelques jours, le croisant avec indifférence en cours; mais elle revenait finalement à la charge.
- Non.
Sa voix n'était ni froide, ni mauvaise, elle exposait une neutralité sans sentiment. Il ne voulait pas qu'elle soit là; ou plutôt il ne voulait pas qu'elle soit là en étant gentille. Hermione Granger aurait dû être son tourment personnel mais elle avait l'âme trop pure; ou était-ce sa façon de se montrer odieuse ? Elle était idéalisée, l'héroïne qui avait triomphé de l'horreur, la femme intelligente sans qui rien ne serait possible, mais elle était humaine. Et l'humain est faible. Etait-il sa faiblesse, la seule chose qui faisait ressortir le coin sombre d'une âme qui tente de s'élever ? Il ne pensait pas; elle était trop digne pour cela.
Il lui accorda le privilège d'une explication supplémentaire :
- Je t'ai dit, je veux que tu me laisses tranquille.
Et il s'en alla, tout simplement. Il ne méritait pas toute cette douceur.
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12 décembre 1998, femme-monstre.
Théo marchait à ses côtés, de sa démarche digne et fière comme si rien n'avait changé. Il se donnait l'air d'un prince, feintant d'ignorer qu'il était un paria. Ils avaient si souvent parcouru ces couloirs, entourés d'une nichée d'amis hypocrites, persuadés d'être plus dignes de Poudlard qu'aucun des autres. Malefoy était héritier, Malefoy était riche, Malefoy était Roi : son caractère sans compassion en avait fait le chef d'une petite bande ravie de se cacher derrière la cruauté d'un leader qui portait tout sur ses épaules. Il avait été fier de ce rôle; comment avait-il pu se rendre heureux de provoquer le malheur des autres ? Il avait fallu une guerre, des morts, des souffrances plus qu'il n'en n'aurait imaginé pour lui ouvrir les yeux sur sa véritable place dans le monde. Drago Malefoy était synonyme de l'horreur, oiseau de malheur, démon humain.
Ils croisèrent Lavande Brown, le monstre-humain, le visage inondé par un torrent de larmes silencieuses. Elle ne les regarda pas; ils n'existaient pas. Son malheur allait au-delà de ce qui se passait autour d'elle.
Drago aurait accepté ce spectacle silencieux sans un mot. Lavande Brown était devenue ce qu'elle redoutait d'être : quelqu'un sans beauté, quelqu'un sans charme.
Mais le grand seigneur Théo pensait encore pouvoir se mêler au bas-peuple et lui faire don de sa compassion. Peut-être était-ce une tentative de se racheter.
- Hé, Brown, ça va ?
Elle passa devant eux, sans regard, sans bruit, essayant de se fondre dans le mur.
Ils restèrent comme deux ombres à la regarder s'éloigner, cette femme qui habitait tellement au pays du chagrin qu'elle en oubliait aussi la réalité. Drago aurait pu avoir pitié d'elle, pitié de cet autre humain qui se sentait comme un monstre, mais la douleur de Lavande était différente de la sienne. Elle avait le châtiment qu'il aurait mérité.
Il regarda son propre visage se dessiner dans le reflet de la fenêtre d'en face. Ses traits étaient identiques, sa peau aussi douce et il n'y avait que ses cheveux qui traduisaient une différence sans nom. Autrefois si impeccablement coiffés, ils menaient désormais une existence solitaire : hirsutes, trop longs, ternes. Il détourna le regard. Il était trop dur de regarder le souvenir de ce qu'il avait été autrefois, de ce qu'il aurait pu être en faisant les bons choix.
- Quelle peste ! C'est la politesse de répondre. Je vais arrêter d'être gentil.
C'était Théo, vexé, drapé dans sa fierté, éconduit dans sa tentative de bonté. Son cœur cachait un désir de pardon; mais aussi peut-être un désir encore plus grand de se croire en raison.
Drago ne dit rien, mais une question lui brûlait les lèvres :
Théo, n'as-tu jamais cessé d'être méchant ?
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12 décembre 1998, confrontation Lionne-Vipère.
Il entra dans le seul endroit au monde où il oubliait un instant la conscience d'être lui-même. Les livres était le meilleur rempart contre sa propre personne; il n'aurait jamais pu imaginer un tel réconfort. La culpabilité l'assaillait dès qu'il franchissait le seuil, bien trop conscient qu'il ne méritait pas d'arrêter la punition le temps de quelques instants. Et puis il la déposait quelques mètres plus loin, avant de prendre place pour aller travailler; il la récupérait toujours au retour, bien plus forte et présente qu'il ne l'avait laissé à l'aller. La culpabilité se nourrissait davantage des bonnes émotions que des mauvaises.
Quelque chose avait changé aujourd'hui, dans cet endroit si parfait au décor inchangé et inchangeable.
Elle était déjà là, prenant place sur sa table personnelle.
Il avait toujours été égoïste; l'homme a bien des défauts. Personne ne s'asseyait à cette table car elle était devenue celle de l'Assassin. Il n'y avait qu'Elle pour braver l'interdit. Cette vision le dérangea : il réalisa qu'il était agacé. C'était ridicule de se sentir ainsi ! C'était ridicule de sentir quelque chose tout court.
Il s'avança, elle le dévisagea.
Sa chaise était libre : il la tira pour s'y asseoir.
- Je croyais que c'était trop dur de partager une table avec moi ? Lança Hermione.
Sa dignité l'avait rattrapée. Sa pique ne tomba pas dans l'oreille d'un sourd.
- C'est ma table.
L'évidence était réelle pour lui. Elle avait pénétré dans ce qu'il pensait être désormais son domaine. Lui aussi avait des vieilles habitudes qui lui collaient à la peau; peut-être que derrière le monstre se cachait encore l'ombre d'un homme, et un homme a bien des habitudes.
Elle afficha d'abord une moue septique, puis contrariée. Son visage était un livre ouvert sur ses émotions; il était étonné de pouvoir encore les décrypter.
- J'avais oublié à quel point tu pouvais être primaire.
Elle était fâchée.
Il aurait dû courber l'échine devant cette remarque bien méritée. Elle était Reine et il devait obéir à ses ordres et disparaître. Elle semblait vouloir provoquer sa présence mais il n'était personne pour la lui infliger.
Mais quelque chose d'autre refit surface, encore, le temps d'une seconde. Un instant la bête s'effaça, et le souvenir flou mais présent d'un Drago Malefoy refit surface et prit possession de cette coquille laissée à l'abandon. Ce furent des mots et un ton sec.
- Moi je n'ai pas oublié à quel point tu es agaçante.
L'instant d'après le souvenir s'effaça et la culpabilité, pourtant déposée quelques mètres plus loin, se précipita vers lui pour s'accrocher de nouveau à son cœur. Il avait honte, honte de parler ainsi, honte d'imposer sa présence aux autres. Il devait accepter les remarques en silence et se faire oublier; c'était ce qu'il méritait. Et supporter sa propre présence était déjà difficile, pourquoi aurait-il voulut infliger ce fardeau à d'autres ? Il s'était laissé aller à la faiblesse, à ce souvenir qui tentait de refaire surface lorsqu'elle était là.
Avec une vitesse qu'il s'était oublié, il se releva et quitta la pièce.
La fuite était la seule option d'un homme lâche. Drago n'était plus tout à fait homme, mais lâche il était. Son sac pendait mollement sur son épaule, mais il ne le sentait pas : il portait déjà le poids de la terre entière. Les couloirs, froids et sombres, étaient d'un calme apaisant. La solitude était la seule chose qu'il appréciait autant qu'il détestait : si douce mais si imméritée. La bibliothèque était délaissée ce soir là; les couloirs l'entourant aussi.
Un bruit derrière lui lui indiqua qu'il avait été suivi. Il y avait bien longtemps que son environnement ne présentait plus grand intérêt : il était comme le décor d'un spectacle, inerte et immobile, capable de voir uniquement ce qui se trouvait devant ses yeux. Tourner la tête et plisser les yeux étaient des réflexes depuis longtemps oubliés. Voir la vie n'avait pas d'intérêt lorsqu'on était à moitié mort. Il fallait un ouragan, ou presque, pour qu'il s'anime un peu.
- Malefoy !
C'était Sa voix, impérieuse et en colère. Elle ne voulait pas encore se laisser faire par le Prince des salauds. Il ignorait tout; il ignorait combien il lui coûtait de s'adresser à lui avec cordialité; combien il était injuste et difficile pour la Lionne de faire des efforts pour la Vipère qui avait été si cruelle. Il n'y voyait qu'une gentillesse déplacée qui rendait le monde plus cruel et abominable qu'il ne l'avait jamais connu. Les autres parlaient de la Terreur pour les mois de souffrance, mais pour lui la Terreur c'était maintenant.
Il s'arrêta, par politesse, par curiosité, par intérêt, par le désir de vivre ces quelques secondes. Si faible, encore.
- Pourquoi tu te montres odieux avec la seule personne sur terre qui se montre gentille avec toi ?
Il se retourna. Son petit visage aux traits délicats et à l'air si doux quand elle était concentrée était maintenant déformé par une expression d'incompréhension et de colère. Elle était colère de ne pas comprendre, colère que quelque chose lui échappe. Le monde entier était odieux avec Drago Malefoy, et à raison, à revanche pour tout le mal qu'il avait jamais déversé sur terre. Mais elle faisait des efforts, elle tentait de l'intégrer dans un monde qui le rejetait de toutes ses forces, luttant avec les autres et avec elle-même. Elle aurait pensé qu'il se montrerait satisfait de ses actions mais il la repoussait comme il l'avait toujours fait, réanimant chez elle un ego qu'elle avait depuis longtemps oublié.
Elle bouillonnait : il y avait longtemps que les sentiments humains échappaient à Drago, mais ça il pouvait le voir. Elle avait la même lueur dans les yeux lorsqu'elle l'avait giflé plusieurs années auparavant. Allait-elle encore le frapper ? La douleur physique serait sûrement la délivrance.
- Je n'ai pas envie que tu sois gentille avec moi, je veux que tu me laisse tranquille.
L'explication lui coûtait autant de mots que d'énergie. Il réalisa que composer des phrases ne s'oubliait pas si facilement. Maîtriser sa respiration aussi longtemps pour en sortir des syllabes cohérentes n'était pas un exercice si difficile qu'il l'aurait imaginé. Les vieux réflexes revenaient au galop avec un goût agréable.
- Parce que c'est si dégradant de fréquenter une sang-de-bourbe ?
L'insulte dansait sur ses lèvres sans réellement s'y arrêter. Elle tentait si fort de se défaire de cette insulte qui ne pourrait jamais tout à fait la quitter. L'insulte était gravée dans son corps mais devait l'être encore plus profondément dans son esprit. Ses yeux s'illuminaient d'une humidité d'émotion. Elle avait vu l'horreur en personne, mais les mots étaient encore capables de l'atteindre plus que tout le reste.
Il resta fixe quelques secondes, prenant le temps de réaliser qu'elle ne comprenait toujours pas. Il ne la rejetait pas parce qu'elle était indigne. Il la rejetait car elle était trop bien, trop vivante, trop victorieuse, trop juste, trop intelligente, trop tout pour s'encombrer d'un poids mort. Il ne méritait ni sa gentillesse, ni sa politesse, ni sa compassion. Elle était l'héroïne : elle aurait dû l'écraser comme un insecte pour, qu'enfin, le monde soit libéré du mal.
Le monstre s'effaça; un instant l'humain revint.
- Mais c'est pour toi que c'est dégradant ! Je suis un meurtrier, un lâche, je mérite d'être tout seul. Tu devrais me haïr, et ta pitié est encore pire que tout le reste.
Il souffrait d'une diarrhée verbale violente : les mots sortaient sans qu'il puisse les retenir dans son corps. Les syllabes lui brûlaient la langue, son honnêteté et sa mise à nue paralysaient ses lèvres. C'est son âme entière qu'il jetait au feu. Ou du moins, le peu d'âme qu'il lui restait, ce peu d'âme conservée dans ce tout petit être de Drago Malefoy qui habitait encore en lui. Il s'éveillait, pour la première fois depuis des siècles.
Mais Hermione Granger était trop digne, trop fière et reconstruite pour retourner en arrière, dans les tourments dont elle s'était extraite. Elle le toisa avec un mélange de surprise et de déception.
- Donc après tout le mal que tu as fait, tu préfères encore te morfondre sur toi-même ?
Sa conclusion acide était comme une crue violente qui faisait céder un barrage. Drago resta figé, l'esprit balayé par une remarque qu'il n'était pas parvenu à construire tout seul.
Elle s'éloigna; il s'effondra.
Elle avait raison : il était un monstre trop lâche pour tenter d'apporter un peu de lumière dans cet océan d'obscurité qu'il avait bâti. Il croyait s'infliger les pires tourments pour expier ses péchés, mais cette prison n'était-elle pas encore un tourment trop doux ? La vague de raison et de révélation était si violente qu'il resta longtemps avachi sur le mur du couloir, tentant de retrouver le chemin de la réalité parmi tous ces virages de tromperies.
Et la réalité fit ba-da-boum.
