Bonjour à tous ! :)

Je suis désolée, j'ai été très lente à écrire ce chapitre... Aucune excuse, j'ai simplement été occupée ailleurs (Quidditch's Lovers notamment). Mais il est hors de question d'abandonner une histoire en cours de route, alors je m'y replonge de temps en temps :)

Un grand merci à Cicidy et Shadedwords pour vos reviews, c'est une source de motivation très importante et ça m'a fait très plaisir ! J'espère que cette suite vous plaira, il était temps d'enclencher certaines choses - j'espère juste ne pas aller trop vite.

Je ne sais pas quand arrivera le prochain chapitre, mais je fais au mieux. En attendant, vous pouvez suivre l'évolution de l'écriture sur mon profil, j'actualise très régulièrement.

Je vous souhaite une bonne lecture, et à bientôt :) !


PARTIE HUIT : HUMANITÉ (2)

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04 janvier 1999, haine contre haine.

Le lundi matin laissait toujours un petit goût amer sur les lèvres; encore une chose que la guerre n'avait pas changé. Mais Drago était détaché de ces considérations humaines et il se leva avec son fardeau quotidien non-alourdi du stress d'une nouvelle semaine. Le réveil était toujours l'étape la plus compliquée. Quand il ouvrait les yeux, il mettait une seconde à se rappeler de qui il était et où il se trouvait; cette seconde était la plus délicieuse de sa journée. Et puis la culpabilité revenait de plein fouet, un choc frontal et brutal qu'il avait du mal à encaisser et qui lui coupait parfois la respiration d'émotion.

Et la journée reprenait son cours détestablement habituel.

Ce nouveau lever du jour apporta un éclair inhabituel. Il mit un temps à comprendre ce nouveau sentiment qui lui emplissait la poitrine, qu'il connaissait si parfaitement mais qui lui semblait si étranger. C'était la haine; et un instant il pensa que c'était sa haine de lui-même qui s'était intensifiée et reprenait le dessus sur son esprit qui s'était égaré, mais non ! Cette haine qu'il avait était dirigée contre sa culpabilité. Il se détestait et il détestait se détester.

Il resta assis sur son lit, interdit par cette révélation. La nouveauté bouleversait tout son univers.

- Drago, on va être en retard en cours !

La voix de Théo résonna dans le dortoir vide. Ils étaient deux âmes esseulées dans cette grande pièce vide, seuls Serpentards assez fous pour repasser une année manquée à l'école de sorcellerie.

- J'arrive, répondit Drago.

Théo le regarda d'un air curieux, comme si il avait oublié que Drago était capable de parler même lorsqu'il n'y était pas obligé. Mais dans ce monde où rien ne dure, la surprise s'envola et il resta qu'un vague contentement. Il lui adressa un signe de tête et descendit l'attendre dans la fosse commune des Vipères.

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04 janvier 1999, douces présences.

La chaise à sa droite fut tirée, et le son du bois raclant le plancher était l'une des plus belles mélodies de cette terre. Il n'avait pas besoin de relever la tête pour savoir qui s'asseyait près de lui; il n'y avait guère qu'une seule personne assez folle de pitié pour s'asseoir à sa table. La présence de Hermione Granger à côté de lui dans l'antre aux livres était devenue une habitude - qu'il aurait volontiers qualifié d'agréable si il n'avait pas eu peur de devoir s'en priver en formulant cette pensée. Si il avait osé le penser, il se serait dit qu'il aimait entendre quelqu'un s'asseoir près de lui, sentir le léger parfum de lilas qu'elle dégageait et ne plus ressentir la terrible solitude le temps de quelques instants. Mais il n'osait pas penser à tout ça, alors il se contentait de se dire qu'il était curieux; curieux de savoir si elle allait venir, si elle allait s'installer près de lui. La curiosité n'était pas trop répréhensible.

Mais ce jour-là il entendit deux bruits.

Il releva la tête, soucieux de savoir quelle paire était insouciante pour s'installer près du monstre Malefoy.

Elle était là bien sûr, concentrée à défaire son sac sitôt installée car elle avait trop peur de perdre la moindre seconde de son paradis personnel. Il avait toujours admiré sa capacité à se concentrer, et jaloux de cet amour qu'elle portait à développer son talent sans jamais devoir se forcer.

Celle qui l'accompagnait était une combattante du bon camp, celle qui avait toujours été trop folle pour s'intégrer dans un monde raisonnable - ou peut-être était-ce l'inverse. Luna Lovegood était la seule assez insouciante pour ne jamais regarder où elle s'installait et qui elle côtoyait.

- Bonjour, dit-elle de sa voix chantante.

Et ce son était comme un rappel à la réalité.

- Ah oui, salut, lança Hermione avec une désinvolture qu'elle n'aurait jamais témoigné face à un livre.

Jamais elle n'était désagréable avec un autre être humain, sauf si la sentence était mérité; mais parfois elle était trop loin du reste du monde.

Drago aurait bien tenté de saluer mais sa voix lui semblait trop enrouée pour pouvoir être correctement entendue. Il se contenta d'un signe de tête mais c'était trop d'efforts à donner pour des gens aussi peu formels de la politesse. Le grand monde ne se formalisait pas de si peu de choses mais il n'avait jamais connu assez la simplicité pour comprendre.

Elles se lancèrent directement dans livres et parchemins et plus personne ne parla. Le silence était parfois plus doux que la plus aimante des paroles.

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05 janvier 1999, un flirt.

- Patil Parvati, Londubat et Malefoy !

Chourave avait encore énoncé une coopération, pas inter-maisons, mais mélange de talents. Londubat était un génie de la botanique, Parvati une calamité ambulante, et Drago tout juste capable de sauver la peau des plantes. Elle espérait sans doute que son petit prodigue pourrait partager une once de son talent, si rare et si précieux. Mais Londubat était haut-dessus d'eux, un rejeté de la vie qui n'avait trouvé du réconfort qu'auprès de la nature verte. Il avait toujours été excellent mais d'une façon qu'aucun d'entre eux n'avait compris.

Drago s'installa à côté des deux Gryffondors, sans aucune autre émotion particulière que l'envie d'obéir.

Parvati Patil elle, semblait plus qu'enchantée de cette composition. Elle avait son plus beau sourire - l'un de ceux capable de déplacer les montagnes et de déclencher des guerres. Neville y semblait sensible : ses mains agitées et stressées le trahissait et sa plante souffrait de cet émoi.

- Je ne suis pas très douée, commenta t-elle avec une petite mine.

Les sentiments humains étaient maintenant un mystère pour Drago mais il avait été trop habitué à voir Pansy minauder pour ne pas remarquer une femme qui flirtait. Théo n'aurait pas aimé le spectacle de cette union qui semblait aussi parfaite qu'invraisemblable.

- Mais non, ça va aller, la rassura Neville.

Drago se fit oublier et se contenta de les observer travailler.

Ils étaient deux âmes blessées qui tentaient de s'apprivoiser. Parvati était maîtresse de la pièce, à la fois actrice et metteuse en scène, assez consciente de son charme et confiante en elle pour ne pas douter de ses chances de réussite. Neville, réservé et jamais regardé par une femme, ne semblait pas en croire sa chance. Cette belle fille si longtemps côtoyée semblait finalement se rendre compte de sa présence. Ses gestes étaient timides et maladroits mais les mains expertes de Parvati venaient toujours ré-ajuster le tir.

Drago pensa à Théo le temps d'une demi-seconde; il n'aurait pas aimé le spectacle. Mais n'était-ce pas un châtiment mérité, que de voir une femme si mal traitée devenir princesse dans les yeux d'un autre ?

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09 janvier 1999, un miracle.

La Reine tendait la main pour obtenir les ingrédients nécessaires à la préparation. Elle était une technicienne qui maîtrisait les gestes à la perfection. Lui était un artiste de la potion, capable d'improviser pour améliorer des consignes strictes. Il était un instinctif des ingrédients, capable de mémoriser leurs textures, leurs caractéristiques et les liens qu'il y avait entre eux. Les cafards rendaient plus de jus en les roulant sur eux-même plutôt qu'en les écrasant; les queues de rat étaient plus puissantes si elles étaient préalablement trempées dans de l'eau bénite; cette liste non-exhaustive fut mise en pratique ce jour-là.

De ses mains si longtemps froides et inanimées, Drago reprenait un peu d'intérêt dans sa vie. Il ne se contentait pas de tendre les ingrédients à la potionniste-en-chef, il exécutait tout en apportant sa touche personnelle. Elle ne sembla rien relever, à moins que cette initiative lui plaisait. Il n'attendait pas son assentiment, il se concentrait juste le temps d'un instant sur une matière qu'il avait si longtemps aimé exécuter.

Le professeur Vance se pencha sur leur potion. Ses yeux agités et ses sourcils froncés examinèrent le fruit de tant de labeur et le résultat d'une improbable collaboration. Et une telle équation de deux âmes si différentes ne pouvait qu'entraîner un big bang sans précédent.

- C'est remarquable cette couleur violacée... C'est très rare de l'obtenir, ça veut dire que vous avez réalisé un échantillon très concentré, et très efficace.

Elle redressa la tête dans un air fier; Il baissa la tête de gêne - éhonté de recevoir un compliment et éhonté de s'en sentir flatté. Le professeur Vance ne s'attarda pas sur leurs émotions, trop mal à l'aise avec les états d'âme de ses élèves pour les relever.

- Beau travail d'équipe ! Ajouta t-il.

Drago resta figé et interdit par ce compliment inattendu. Le dernier datait des siècles auparavant; c'était Drago Malefoy l'insolent qui récoltait les compliments mais cet être avait déserté quand les regrets avaient pris possession des lieux. L'insolence avait laissé place à une monstruosité et il en était encore trop conscient pour accepter que le monde se retourne sur lui.

Mais Hermione tourna la tête légèrement vers lui, si fière d'elle-même qu'elle en oubliait qui était son partenaire. Et avec une innocence pleine de charme, elle lui fit un sourire; si pleine de bonheur qu'il aurait été trop égoïste de ne pas le partager avec lui. Et son bonheur était trop lumineux pour ne pas irradier tout ceux qui se trouvaient autour d'elle.

Alors ça arriva, enfin ! Et Drago lui fit un sourire, si léger qu'il en était presque invisible; mais trop présent pour que quiconque puisse l'ignorer.

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09 janvier 1999, lettre à écrire.

Chère mère,

Sa plume buta contre le parchemin, l'encre s'étalant dans un trait hésitant. L'exercice était compliqué car l'habitude l'avait déserté. Que dire ? Aucune nouvelle ne semblait assez intéressante pour être rédigée; fut un temps où il trouvait pourtant le temps d'écrire ce qu'il avait mangé au petit-déjeuner.

Elle était une mère attentive, Narcissa Malefoy. Mais dans les réponses très brèves de son fils à ses missives régulières, elle ne lisait que de l'inquiétude pour le père Malefoy. Elle n'avait pas compris le désarroi de son petit trésor - trop concentrée à tenter de maintenir la famille entière à flots. Elle ne se débrouillait pas si mal : aucun d'eux n'était heureux mais ils étaient tous en vie.

Pendant une seconde il chercha l'inspiration, sa plume en l'air. Et finalement elle trouva le chemin du parchemin avec une inspiration inespérée.

Aujourd'hui, en cours de potions...

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11 janvier 1999, la nouvelle qui tombe.

La nouvelle tomba un lundi soir après dix-huit heures. Drago commença à entendre des murmures dans la bibliothèque et des regards pesants - un peu plus que d'habitude. Il ne comprit pas tout de suite d'où venait ce nouvel élan d'intérêt, et puis un "clac" sur le table apporta la réponse. L'un des élèves venait de jeter un exemplaire de l'édition spéciale de la Gazette du Sorcier dans l'espoir de faire mal et de voir le désespoir. Ce fut ce torchon du journalisme magique qui lui apporta la réponse tant attendue plutôt qu'une lettre maternelle débordante d'affection - mais hors de portée dans cette bibliothèque où les hiboux n'étaient pas autorisés.

La photo de Lucius Malefoy faisait les gros titres de ce journal fin mais desctructeur. "La condamnation tant attendue !" lisait-on en gros titres.

Alors pour la première fois depuis des mois; ou des années ? qui tenait le compte; Drago se sentit inspiré par une réactivité perdue. En une seconde il s'empara de l'ouvrage et l'ouvrit à la page qu'il attendait tant. Lucius Malefoy n'avait jamais été le paternel idéal, mais il était son père.

"Dix ans de prison à Azakaban" : c'était la sentence dure et impitoyable du Magenmagot après avoir reconnu une culpabilité déjà populaire.

Dix ans.

Dix ans...

Dix ans n'étaient rien pour tant de vies volées; mais dix ans était de trop pour espérer se reconstruire. Lucius Malefoy ne méritait pas la clémence, pas plus que lui, mais parce qu'il était plus facile de pardonner à autrui qu'à soi-même, Drago l'avait espéré. Mais ses espoirs avaient été écrasés, méchamment moqués par tous ses camarades autour de lui qui auraient rêvé de le voir purger la même peine.

La mauvaise nouvelle lui apporta au moins un nouveau sentiment humain. Un sanglot se forma silencieusement dans sa gorge, qu'il ne laissa pas vivre, mais les larmes lui montèrent aux yeux, sans qu'ils les laissent couler. Il ne cherchait pas à être fort - il ne s'estimait juste pas assez digne pour se montrer malheureux en public.

L'univers s'était effondré, et l'instant d'après il se releva.

Une petite main douce se posa sur son bras, si frêle et si hésitante qu'on aurait pensé qu'elle avait atterri là par hasard. Drago ne comprit pas tout de suite d'où venait cette chaude pression sur son bras à travers le tissu de sa cape, si éloigné des considérations sociales et des contacts humains qu'il avait oublié quels goûts ils avaient. C'était doux, c'était chaud, c'était interdit, c'était l'une de ces visions d'horreur qui aurait soulevé le coeur de n'importe quel soldat habitué à la mort et à la terreur; les longs doigts fins et déterminés de Hermione Granger, assise à sa droite, étaient posés sur son avant-bras, la peau frémissante d'hésitation mais le contact ferme pour ne pas se laisser aller au doute. Drago observa cette étrange vision le temps d'une seconde, cherchant à comprendre le sens de ce geste invraisemblable. Et puis la vérité le frappa, douce et amère à la fois, comme le sont toujours les plus belles choses du monde. Ce n'était ni accident ni un acte irréfléchi : c'était une tentative de réconfort. C'était un geste simple tel qu'il en existait des milliers chaque jour, quelque chose qui ne voulait rien dire de plus que que "hey, ça va aller".

Et puis la main s'éloigna, bien trop consciente qu'elle s'était aventurée en territoire inconnu et que le danger guettait à chaque seconde. Il était un monstre muselé et plein de regrets, mais un monstre au fond de son coeur. Ce qu'il avait fait, n'aurait-il pas été capable de refaire ?

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15 janvier 1999, quidditch.

Minerva McGonagall portait sur lui un regard soucieux, un regard bien plus soucieux que celui qu'un professeur porte sur un élève. Personne ne semblait lui apporter autant de soucis que Drago Malefoy. L'esseulé, le rejeté, le monstre qui se déteste; elle ne comprenait que trop bien les méandres de cet esprit en souffrances. Elle ne partageait rien de ces pensées mais elles étaient trop évidentes; quiconque s'y intéressait d'assez près ne pouvait que les remarquer. Et c'était là toute la difficulté d'une âme solitaire : personne ne s'y intéressait. Minerva McGonagall était une guerrière qui n'abandonnait pas alors elle avait trouvé une parade en la personne de Hermione Granger, au coeur trop doux pour refuser d'apaiser la souffrance, même celle de son ennemi juré.

Drago était face à elle sans jamais la regarder, fuyant face à ce regard qui se voulait toujours trop inquisiteur.

- Je voulais m'assurer que tout allait bien pour vous Mr Malefoy. Si il y a quelque chose que je peux faire pour...

Elle sembla perdre ses mots, cette grande directrice que rien ni personne n'arrêtait ou ne freinait. Mais Drago savait, Drago savait que la guerre l'avait rendue lasse d'une autre époque, celle où les choses étaient plus simples. Elle aussi perdait pied dans ce grand bain sans repères.

- Je sais que les élèves se montrent durs avec vous mais vous ne devez pas les écouter. Vous êtes jeune et il y a tant à faire et à rebâtir dans ce monde.

Drago releva la tête; par curiosité, ce sentiment qu'il avait si longtemps oublié puisque le monde extérieur vivait sans lui.

McGonagall avait cette expression qu'elle réservait à ses plus terribles combats.

- Vous n'êtes pas sans savoir que Mr Jensens a été très sévèrement puni récemment, et qu'il lui est interdit de faire partie de l'équipe de Quidditch désormais.

Jensens c'était une histoire d'insulte sur une née-moldue et une sanction exemplaire et sans pitié pour que l'intolérance n'ait plus jamais sa place - même Drago avait entendu cette histoire. Il savait aussi que Jensens avait été nommé attrapeur de l'équipe de Quidditch de Serpentard en début d'année car Théo parlait souvent de ces choses autrefois importantes et désormais futiles. Mais trop de lassitude dans ce monde avait rendu Drago incapable de faire le lien entre toutes ces informations et sa présence dans ce bureau.

Que voulait le grand chef du misérable être qu'il était ?

- J'ai parlé avec le capitaine de l'équipe et votre directeur de maison. Félicitations Mr Malefoy, vous êtes le nouvel attrapeur !

Il releva les yeux vers elle, animé par ce sentiment d'injustice si terrible. Que disait-il ? Il ne comprenait pas. Personne ne voulait d'un monstre détesté en héros de l'équipe de Quidditch. Il lui était désormais interdit de briller; son seul rôle devait être de se faire oublier et de, quand cela était possible, tenter de faire un peu de bien autour de lui.

- Je ne crois pas que ce soit une bonne idée, articula t-il avec toute la difficulté du monde.

Parce qu'il n'était même plus capable de se défendre correctement. Minerva était une bien meilleure guerrière et elle gagna la bataille sans grande difficulté :

- Au contraire, c'est une merveilleuse idée. Vous avez un premier entraînement demain à dix-huit heures.

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16 janvier 1999, mal-vu.

Il s'était passé quelque chose de magique ce jour-là dans le dortoir de Drago Malefoy, quelque chose qui avait été oublié depuis si longtemps qu'il était difficile de mettre des mots dessus. Alors sans penser aux sentiments et à son état d'esprit, Drago s'était contenté d'enfiler sa vieille tenue de Quidditch, celle que Narcissa avait laissé dans sa malle pour Poudlard. Et il s'observa dans le miroir; cette vision d'un autre temps où il était un joueur admiré et aimé.

Le tissu n'avait pas vieilli mais l'image renvoyée était loin de la splendeur d'antan. Peut-être était-ce à cause de ses cheveux ternes et sans vie qui pendaient mollement sur son front et dans sa nuque; ou bien peut-être était-ce à cause de son visage sans éclat ou son regard sans intérêt. La vision était triste, presque transparente.

Il n'était pas fier de porter cette tenue, il se sentait même coupable de se mettre en avant. Il n'y avait que sept élus dans tout Serpentard pour participer à l'équipe de Quidditch; le méritait-il vraiment ?

Mais les couleurs de sa tenue étaient si belles qu'un instant elles effacèrent tout le reste. Le vert était profond; le gris très vif. Il les avait tant aimé, il les avait porté avec tant de fierté. Fut un temps où être un Serpentard était sa préoccupation principale; qu'il semblait loin ce temps. Comment avait-il pu un jour se soucier de choses aussi futiles ? Que ses tracas quotidiens et anciens lui semblaient ridicules; ils avaient été une perte de temps à une époque où il aurait dû seulement profiter.

Il n'était plus digne de représenter les Vipères, même pour elles il était trop mal-vu.

Mais ce n'était pas son choix et il était plus simple de se soumettre à la volonté d'autrui; c'était ce qu'il avait toujours fait. Alors il accepta cette image d'un joueur de Quidditch comme celle d'un joueur de Quidditch, et non pas comme la sienne. Et il alla affronter le monde, paré d'une tenue qu'il ne méritait pas. La conséquence prévisible fut des regards noirs et des brimades. La Vipère n'a pas de pitié, même pour les siens.

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16 janvier 1999, bien-vu.

Être sur un balai dans les airs avait des vertus plus thérapeutiques que tout ce qu'il aurait pu imaginer. Le vent d'hiver cinglant sur son visage et les gouttes de pluie passagères qui s'abattaient sur lui le firent réaliser qu'il était vivant. Il en avait perdu toute notion, déconnecté de la réalité et de l'existence qu'il y menait. Il s'était tellement oublié dans un monstre de regret qu'il avait oublié que son coeur battait au rythme de la vie. Cette sensation si grisante au-delà des mots - presque orgasmique - effaça tout le temps qu'elle dura.

Et puis la noirceur vint de nouveau obscurcir sa vue et il se rappela qu'il était vivant car d'autres étaient morts.

- Au sol !

La voix impérieuse était celle du capitaine, et Drago se laissa guider bien volontiers. Le balai répondait à la moindre de ses caresses, ça c'était une chose que la guerre n'avait pas pu effacer.

Les autres membres de l'équipe se regroupèrent au sol et Drago s'approcha d'eux, tendu au possible. Ils volaient déjà lorsqu'il était arrivé et son arrivée n'avait pu perturber personne. Il était invisible.

Mais lorsqu'il approcha de ce cercle si fermé qu'il ne méritait pas, il se passa un événement d'une ampleur historique.

- Pas mal le vol sur balai, Malefoy. J'espère que tu n'as rien perdu de ton talent.

- Tu rigoles, sans Potter dans les parages, on a le meilleur attrapeur de tout Poudlard.

- Avec un balai plus puissant, tu seras imbattable !

Les compliments fusèrent, plein d'entrain. Il ne comprit pas tout de suite ce qui se passait. Un instant ses oreilles se fermèrent, assuré qu'il ne pouvait y avoir que des insultes. Et puis quand il reprit conscience du monde et réalisa ce qui se disait réellement, son coeur se serra d'une émotion jamais ressentie auparavant. Si un battement de coeur pouvait tuer, sa poitrine aurait explosé.

Car ce qui se passait autour de lui et pour lui, c'était l'acceptation. Si longtemps oubliée, si longtemps repoussée; mais si salutaire.