Bonjour à tous !
Je suis très heureuse de vous retrouver avec ce nouveau chapitre, où les choses commencent à prendre leur sens. Je sais que le rythme de l'histoire est un peu lent; on est loin d'une fanfiction pleine d'action et de rebondissements. Mais c'est le but ! Ici on parle plus des sentiments et des ressentis :) J'espère que ce nouveau chapitre vous plaira, j'ai adoré l'écrire et je suis déjà impatiente de m'atteler au suivant.
chapou69 Merci à toi pour ta review, ça m'a fait très plaisir :) J'espère que cette suite te plaira également !
Audreyyy2 Oui c'est exactement ça : je voulais retranscrire le côté des vaincus, pour changer un peu, et parce que je pense que c'est super intéressant :) Drago se sent très seul au début, effectivement, mais je pense qu'il s'en sort un peu mieux progressivement ^^ Merci pour ton avis :)
Flower-on-a-box Merci beaucoup pour tout ces compliments :) Pour l'écriture j'ai voulu faire quelque chose de différent de mon style habituel, donc contente que ça plaise ! J'ai toujours eu un faible pour le thème de la rédemption, et c'est ce que j'ai envie de développer avec Drago. J'espère que son évolution te plaira tout autant :)
Je vous laisse avec le nouveau chapitre, bonne lecture à tous !
PARTIE NEUF : HUMANITÉ (3)
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16 janvier 1999, des mots sur un papier.
Mon cher fils,
J'espère que cette lettre te parviendra avant que la nouvelle ne devienne publique.
Ton père a été condamné à 10 ans.
Il est hors de question d'accepter une sentence si sévère. Nous allons demander un recours de cette décision.
Je te tiens informée de l'évolution.
Sois fort mon fils, tu as toujours été mon diamant (précieux et résistant).
NM
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17 janvier 1999, sentence méritée.
Le poids que Drago portait continuellement sur ses épaules semblait d'être un peu allégé ce matin-là; ou peut-être que les épaules étaient finalement devenues plus fortes. C'était presque imperceptible, mais cette douce seconde de tranquillité que l'héritier Malefoy connaissait au réveil dura trois fois plus longtemps que d'habitude. Un délice. Juste avant que la réalité ne le rattrape. Le rappel flinguant du tableau désolant de sa vie ne lui murmura à l'oreille qu'il n'avait pas le droit à la légèreté. Coupable assassin ne devrait jamais pouvoir se balader en oubliant ses victimes - même l'instant d'un battement de cils. Alors le poids retomba subitement, bien plus violemment. La chute était toujours plus forte quand l'ascension était plus haute.
Sa vie était une comptine à l'infini : culpabilité au matin, dégoût en chemin, tristesse et chagrin. Ses pas le portaient du dortoir à la Grande Salle à la salle de cours à la biblothèque au dortoir. La danse infernale était exécutée de manière mécanique, un peu rouillée mais sans jamais dévier. Mais parfois il arrivait qu'un obstacle se dresse sur le chemin du pantin qui se bloquait en attendant qu'il disparaisse, comme si il était incapable de trouver une autre issue.
Parvati et Théo étaient dans le couloir près du cours de Sortilèges, s'affrontant avec l'énergie de la déception et de la rancoeur.
- Qu'est-ce que ça peut te faire ? C'est un gentil garçon !
Parvati, dont la rage ne faisait que décupler la beauté, semblait prête à couper la tête de son adversaire d'un geste de baguette. Théo, dont les traits étaient ravagés par une tristesse inédite, semblait prêt à se laisser faire. Ils ne remarquèrent pas la présence de Drago ni des autres élèves autour d'eux.
- Je n'ai pas voulu ça Parvati.
Et soudain le visage du fier Serpentard qui n'était jamais été déstabilisé par la vie se retrouva inondé de larmes scintillantes. L'inertie n'était pas aveugle et Drago dévisagea son camarade avec une froide indifférence couplée à une stupeur inédite. Jamais de toute son existence Théodore Nott n'avait pleuré en public; il était bien trop au-dessus de ce genre d'imbécillités. Ni la guerre, ni la provocation, ni les insultes ne pouvaient briser la carapace d'un marionnettiste sans sentiment. Mais il avait craqué pour la raison la plus élémentaire : pour les beaux yeux d'une fille.
Sa voix était tremblante et son être entier trahissait son coeur brisé.
Parvati Patil ne se laisserait pas avoir deux fois. Une erreur, une leçon.
- Bien sûr que si. Maintenant laisse-moi et ne m'adresse plus jamais la parole.
La sentence tomba de manière froide et cruelle, peut-être un peu soufflée par un sentiment de vengeance légitime. Parvati avait tout donné et Théo s'était régalé mais enfin il payait le prix de cette transaction à sens unique.
N'était-ce pas mérité ? Théo était un soldat invisible dans l'armée des démons; un combattant informel qui aurait pourtant tout donné pour voir son camp vaincre. Enfin il purgeait sa peine. Théo s'était trop drapé dans le sentiment d'avoir raison pour s'en défaire, mais cette unique faille qu'était Parvati pouvait faire basculer tout l'ouvrage. Cet éclat noir dans un regard de détresse, Drago le reconnaissait comme sa plus fidèle amie : la culpabilité. Ils avaient toujours été dans la même équipe, Drago et Théo, et le fossé entre eux n'avait jamais été aussi grand que cette année. La tristesse de Théo faisait si fort écho à la sienne que Drago cessa d'être un acteur invisible, et alla finalement se poster sur la scène, remplaçant la place encore chaude d'émotion de Parvati. Incapable d'esquisser le moindre geste, prisonnier d'un corps qui détestait son âme et inversement, il se contenta de rester debout près de Théo qui perdait la face, présence qui se voulait rassurante sans savoir comment l'être tout à fait.
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20 janvier 1999, accepter l'acceptation.
Il y avait eu un second entraînement, intense et fatiguant. Drago avait oublié que cet engourdissement du corps pouvait être si bénéfique sur un esprit si bouillonnant. Il se refusait d'y penser - car se morfondre était interdit pour un esprit aussi abject que lui - mais la sentence prononcée à l'égard de son père lui apparaissait terrible dès qu'il avait une seconde d'inattention et oubliait de ne pas y penser. C'était trop, et pas assez. Peu cher payé pour une vie à servir un mage noir destructeur et meurtrier, à manipuler et à soudoyer pour aider son ascension dans le monde magique, à tuer et à exécuter des ordres monstrueux soi-même; Lucius était coupable de bien des façons. La Gazette soufflait que le Magenmagot avait été clément car la famille Malefoy irradiait de pitié en conséquence des actes de Narcissa Malefoy. Mais comment se replonger dans une vie quotidienne après dix années enfermé ? Lucius Malefoy n'était déjà plus que l'ombre de lui-même; son esprit trop atteint serait définitivement brisé.
La clémence de la justice magique à son égard ne s'appliquait pas pour son père. On avait jugé Drago Malefoy coupable d'être influençable, coupable d'être lâche, coupable d'avoir été manipulé et effrayé pour exécuter des ordres terribles; mais pas coupable de l'avoir voulu lui-même. C'était là qu'avait résidé son salut. Mais un tel raisonnement ne pouvait-il pas s'appliquer à Lucius lui-même ? Drago était autant la marionnette de son père que Lucius avait été celle du sien. Peut-être que son jeune âge l'avait sauvé. Peu importait : la justice ne reviendrait pas en arrière et il devrait se contenter d'un châtiment injustement trop doux le reste de son existence.
- Malefoy, c'est fini !
La voix du capitaine sonna la fin de l'entraînement. Parfois déconnecté de la réalité (un côté rêveur qui n'aurait jamais existé dans un monde paisible) il n'avait même pas remarqué les mouvements de ses coéquipiers pour rejoindre le sol. Il était seul dans les airs, virevoltant sans but.
Le passage dans les vestiaires était une étape compliquée à cause de sa facilité. Quand il enlevait sa tenue parfumée d'effort, il oubliait une seconde l'histoire du monde et redevenait le joueur de Quidditch heureux d'un bon entraînement. Ca ne durait pas longtemps - la flagellation mentale revenait toujours.
Le retour au château était aussi un travail d'équipe mais Drago se mettait volontairement en retrait. Son plaisir devait être mesuré et il avait conscience que prendre part à un groupe lui ferait oublier. Mais il ne devait jamais oublier - pas même une seconde.
L'entraînement s'était terminé juste avant le dîner; le meilleur horaire pour profiter d'un entraînement efficace et d'un réconfort après-effort. Lorsque l'équipe pénétra dans la Grande Salle, quelques regards s'attardèrent sur eux, ce groupe épais et rieur comme le sont toujours des camarades soudés par le sport. Mais parce qu'il était plus monstre qu'homme, plus paria que populaire, Drago restait quelque pas derrière eux, bien conscient qu'il n'avait pas sa place comme l'un d'entre eux.
Et puis alors qu'ils approchaient de la table des Vipères, dont les regards se tournèrent forcément vers les héros de leur maison, il se passa la chose la plus improbable qui soit. Le capitaine de l'équipe fit quelques pas vers Drago, pourtant bien décidé à aller s'isoler pour purger sa peine, et passa un bras fraternel sur ses épaules. Drago tressaillit à ce contact, si peu habitué à la chaleur humaine. Il n'avait jamais été friand des marques d'affection et des contacts physiques; une éducation stricte et digne en avait fait un petit garçon froid et distant. Personne ne l'approchait ni ne le touchait - à part cet instant fugace où Hermione Granger avait fait preuve de plus de pitié qu'il était raisonnable de le faire. Drago se refusa à la pensée de ce souvenir, trop doux pour être remémoré.
- Ne crois pas que tu vas t'échapper aujourd'hui. Ce soir, c'est un repas d'équipe pour les futurs vainqueurs de la coupe de Quidditch !
Le capitaine parlait fort, bien conscient que sa popularité avait fait traire toutes les langues auprès d'eux. Il était l'une de ces Vipères particulières : élevé dans une famille aimante et tolérante, toujours de bonne composition et jamais sans un mot de travers. Sa bonne humeur permanente et son talent de Quiddichh étaient les deux seules choses dont il avait eu besoin pour devenir la coqueluche de Serpentard.
Devenir l'un d'entre eux, un de ces membres d'équipe acceptés et acclamés par leurs pairs était une interdiction formelle. Sa peine ne prévoyait pas cet aménagement. Mais quelque part au-dessus de son épaule gauche lui soufflait un petit ange : "inutile de t'apitoyer sur ton sort". Les paroles pleines de sagesse de Hermione Granger lui revinrent en tête, alors il accepta ce que les autres avaient décidé pour lui. Si il pouvait apporter un peu de bonheur à quelques uns en attrapant un vif d'or, pourquoi ne pas le faire ? C'était bien le seul morceau de positif qu'il pourrait encore apporter dans le monde.
Avare de mots et poupée sans volonté, il s'installa à la table des Serpentards avec ses coéquipiers. Drago Malefoy, l'attrapeur de Serpentard; il acceptait enfin ce titre.
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21 janvier 1999, changer ses habitudes.
Avant même d'y pénétrer, il pouvait sentir cette odeur si envoûtante d'un ouvrage neuf, ou au contraire parfumé par les années. Dès l'instant où il passait la porte, le bruit du monde cessait; n'en restait qu'un vague chuchotement - celui des élèves qui le dévisageaient. Ils étaient moins nombreux, parce que les élèves oublient vite et passent à autre chose, mais il restait un noyau de résistants qui ne pardonneraient jamais. Régulièrement il entendait "meurtrier", "assassin" et parfois "puriste"; des qualificatifs amplement mérités. Il avait vaincu de nombreuses batailles et de nombreux duels, mais aucun n'avait le goût de victoire; ce qui ne l'empêchait pas de traîner son palmarès de trophées avec lui dès qu'il entrait dans une salle car tout le monde savait. Sa baguette avait été assassine, uniquement pardonnée pour sa naïveté. Le monde magique voulait faire de Drago Malefoy un exemple : montrer que le paria est parfaitement capable de se réinsérer pour ne plus jamais causer aucun mal. Le monde magique s'était trompé : il était trop paria pour réussir à s'intégrer. Et un monstre sauvage reste un monstre sauvage, Drago en avait trop conscience, effrayé à l'idée de ce qu'il deviendrait si sa nature reprenait le dessus.
Drago s'arrêta net au milieu de la bibliothèque.
La table qu'il occupait - celle qu'il appelait sa table dans son esprit - était occupée par un trio de jeunes élèves. Ils étaient debout, en train de ranger leurs affaires, inconscients d'avoir occupé la place du monstre. Drago patienta, inerte, que la place se libère, trop enfermé dans ses habitudes pour songer à s'installer sur un autre meuble.
Son regard dévia légèrement sur la droite, à une table située quelques pas plus loin. Une masse de cheveux bruns lui tournaient le dos, installée à la table, entourée d'un tas d'ouvrages si haut qu'il menaçait de s'effondrer à chaque instant. Il avait toujours eu la faculté de la reconnaître dans toutes les situations; un don pratique pour un héritier qui ne veut jamais rencontrer le sang impur par hasard. C'était la Reine des Lions, Hermione Granger, qui avait dû se rabattre sur una autre table. Elle n'avait jamais eu d'habitude régulière pour s'installer à la bibliothèque - trop fréquente dans ses visites pour trouver la même table libre à chaque fois.
Drago regarda sa table, désormais libre, puis Hermione Granger. Elle ne s'était jamais installée près de lui par habitude pour cette chaise; elle y venait uniquement parce qu'il était présent d'abord. Cette fois-ci elle l'avait devancé et s'était installée ailleurs par nécessité - encore seule parce qu'elle était trop digne pour que le peuple ose l'approcher.
Sa volonté de ne pas le laisser seul était impossible, contraire à tous les principes régissant ce monde et les autres. Drago n'avait jamais trouvé du sens, parce qu'il avait cessé de se poser des questions. Le monde tournait et il tournait avec lui. Il ne pouvait rien changer, rien influencer; il se contentait d'être un pantin comme il l'avait toujours été - si ce n'était que maintenant il avait conscience de tout. Et la connaissance n'était certainement pas égale au bonheur.
L'irrationalité s'étant incrustée dans sa vie, il y céda volontiers; il laissa ses pas le guider jusqu'à la table où était installée Hermione Granger. Il laissait derrière sa table et tout un train d'habitudes - tout ce qui constituait sa nouvelle existence. Ce n'était rien pour autrui, mais c'était la chose la plus importante pour lui.
Lorsqu'il arriva près de la table, elle leva des yeux surpris vers lui. Elle aussi s'était habituée à son inactivité. Qu'une vie puisse se mouvoir dans ce corps fade qu'était celui de Drago semblait désormais invraisemblable; mais c'était grâce à elle que l'étincelle avait refait surface, alors pourquoi s'en étonner ?
- Oh salut !
D'un mouvement preste, elle attrapa l'une de ses piles de livres pour que Drago puisse s'asseoir à côté d'elle. Par ce geste, elle rendait la chose si simple et si naturelle que l'absurdité de la situation ressortait davantage. C'était donc ça sa vie maintenant ? S'installer avec Granger à la bibliothèque comme si le monde avait toujours tourné de cette façon ? Il se mentait à lui-même avec cette hypocrisie qui niait tant d'années de haine, et elle aussi. Mais l'hypocrisie était parfois douce et chaude.
Sa vie était un théâtre d'horreurs, avec la culpabilité et la haine en personnages principaux, mais jamais l'une des pièces jouées ne lui avait semblé aussi facile à regarder.
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22 janvier 1999, spectacle indésiré.
Le cours de sortilèges était le lieu d'un étrange événement qui ne laissait personne indifférent. Parvait Patil, rendue animée par un intérêt nouveau, riait aux côtés d'un Neville Londubat qui n'en croyait pas sa chance. Si souvent moqué, brimé, méprisé ou ignoré, il était devenu le nouveau héros du château. Aucune promotion n'avait pu être aussi rapide et radicale que la sienne. La guerre ne pouvait apporter que du malheur, mais quelques ricochets positifs pouvaient se faire ressentir. Neville Londubat était l'un de ces éclats d'exception, un de ceux qui brillent quand l'orage éclate et que la pluie est sanguine. Il avait été l'un des soldats les plus valeureux, le seul à tenir le front à chaque instant, non pas focalisé sur une quête mystérieuse mais complètement dévoué à défendre veuves, orphelins et nés-moldus. La guerre l'avait affublé d'une popularité nouvelle mais il était trop tendre de coeur pour en profiter. Il évoluait au château comme il l'avait toujours fait : discret et gentil avec quiconque s'approchait de lui.
Que Parvati Patil tombe sous le charme de Neville Londubat était un revirement imprévisible. Les chuchotements étaient surpris, et parfois désapprobateurs - convaincus qu'elle utilisait le nouvel héros pour se venger de son ancien amant manipulateur. Drago n'était plus assez ancré dans les relations humaines pour tout comprendre, mais du moins avait-il assez appris à observer pour se rendre compte que le regard de Parvati était chaud et bienveillant, rempli d'une affection non pas dictée par l'émotion soudaine mais alimentée par les années. Parfois les gens ne se rendaient juste pas compte de ce qu'ils avaient sous les yeux.
Le flirt entre les deux Gryffondors était si évident qu'il semblait envoûter tout le monde - au moins la guerre n'avait pas supprimé l'amour des adolescents pour le commérage.
Théo observait la scène, mâchoire tendue et regard brillant.
Là encore, même Drago pouvait deviner ses émotions, et inéluctablement la salle entière fut au courant de la jalousie de Théodore Nott en quelques minutes.
Au lieu de se régaler d'un spectacle de jalousie, de laisser les choses couler en espérant qu'elles donnent lieu à un feu d'artifice - ce qu'ils auraient fait, avant - les élèves semblèrent pris d'un élan de solidarité muet envers Patil et Londubat. Quelques élèves, à tour de rôle, se tournèrent vers eux, mettant délibérément Théo dans leur dos. Sa jalousie était trop cruelle et trop mal-placée pour lui donner l'occasion d'exister publiquement. Par ce simple geste d'ignorance, ils semblaient dire à Théo "Tais-toi, ta tristesse est déplacée." Et Drago ne pouvait qu'être d'accord avec eux.
Seule une personne resta droite et inerte, indifférente au spectacle qui se jouait sous ses yeux, alors qu'auparavant elle en aurait été la spectatrice la plus assidue. Lavande Brown fixait le sol et dans son regard sans émotion, Drago devinait sa volonté ne plus être mêlée au monde. De monstre à monstre, il la comprenait.
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24 janvier 1999, c'était quoi ? Une conversation.
Mon cher Drago,
Le recours contre la condamnation de ton père a été introduit... Il semblerait que ton témoignage puisse être important pour obtenir une peine plus douce. Pourras-tu...
Il abandonna de nouveau la lettre, incapable d'en lire davantage. Ce que Narcissa Malefoy demandait, c'était une nouvelle peine. Lucius Malefoy était un monstre, mais Drago lui pardonnait volontiers car il était son père; et de père il n'en avait qu'un - peut-être un mauvais père mais au moins avait-il tenté d'être un père. Témoigner à son procès était cependant alourdir son fardeau, lui demander de purger une peine qui n'était pas la sienne. Influer sur la peine prononcée ne ferait que transmettre le fardeau de Lucius à Drago, sur des épaules déjà bien remplies de monstrueuses responsabilités. Mais, comment refuser ?, si il pouvait aider son père il le ferait; car aider était encore la seule chose qu'il pouvait faire.
Hermione Granger, assise à sa droite à la bibliothèque, lui jetait des coups d'oeils réguliers, qui transmettaient un mélange étonnant de curiosité et de pitié. La Lionne avait toujours été la plus maligne d'entre eux, plus observatrice aussi, plus empathique, capable de comprendre ce qui se passait autour d'elle sans jamais poser la moindre question. Le sceau Malefoy était bien visible sur le parchemin - une tentative ridicule et sans espoir de Narcissa de raviver la flamme d'une dignité morte.
- Hé Malefoy, tu me donneras un coup de main de potions ? Il parait que t'es fort.
Le batteur de l'équipe de Quidditch de Serpentard, qui passait par là après avoir trimé des heures sur un devoir sans ne jamais rien en comprendre, semblait le voir comme l'aide la plus appropriée qui soit. Il s'éloigna sans attendre de réponse, certain que l'esprit d'équipe ne pouvait pas lui refuser ce plaisir et que Drago serait son nouveau soutien pour l'art des potions.
- Tu as de nouveaux amis ?
La voix douce et curieuse était celle de sa voisine, qui avait enfin trouvé un prétexte pour parler avec lui d'un sujet qui ne concernait ni les potions ni les sortilèges. Drago n'était pas assez aveugle pour prendre sa question comme un véritable intérêt. De sa vie d'avant, il se souvenait de ce besoin impérieux d'avoir une pause au milieu d'un devoir, de parler d'autre chose avant de se replonger dans la concentration. Ils étaient devenus partenaires de travail, par l'esprit aventureux et imprévisible de ce qu'est la vie. Et même Hermione Granger avait besoin d'une petite pause de temps en temps.
Drago se tourna vers elle. Il y avait longtemps que personne ne lui avait posé une question aussi futile; il y avait longtemps qu'il n'y avait pas répondu. Il craignait de manquer de mots, mais le tournant récent de sa vie semblait avoir éveillé un semblant de conscience sociale chez lui - juste assez pour réveiller cette vieille habitude de parler.
- Non, c'est juste quelqu'un de l'équipe de Quidditch. On m'a désigné comme nouvel attrapeur.
Elle acquiesça simplement, trop honnête pour faire semblant de s'intéresser à sa vie en tant que joueur de Quidditch.
- Ca explique ta nouvelle popularité, répondit-elle.
Elle avait remarqué. Un instant il cru sentir une légère tension dans sa poitrine, comme un picotement, probablement une veine ayant oublié le temps d'un instant vers où elle était censée affluer le sang. Et puis il reprit ses esprits, se rappelant que Hermione Granger était Reine sur un royaume dont elle connaissait tous les détails. Les détails de sa vie n'avaient pas pu lui échapper, car elle connaissait toujours tout. N'était-ce pas cette connaissance universelle qu'il lui avait toujours envié ?
- J'étais populaire avant, remarqua t-il en oubliant le temps d'un instant qu'il était interdit de parler d'avant.
Mais la Lionne était trop nostalgique de cette époque pour s'en formaliser, ravie de pouvoir se replonger le temps d'une minute dans sa vie qu'elle avait tant aimée. Qu'ils étaient loin ces moments d'insouciance où sa plus grande blessure était d'avoir été insultée de sang-de-bourbe par un Serpentard plus arrogant que la terre entière. Drago Malefoy était une Vipère populaire avant, mais les autres n'étaient pas dupes.
- Peut-être auprès des Serpentards, mais je ne peux pas dire que les autres t'appréciaient beaucoup, fit-elle remarquer avec le regard voilé du souvenir.
Ce n'était pas une attaque, simplement une remarque, celle d'une personne qui avait vécu les mêmes choses que lui mais de l'autre côté. Il n'avait certainement pas été populaire auprès d'elle, de ses amis, ni même de ses camarades de maison. Elle ne l'avait jamais apprécié; elle l'avait détesté. Et comment la blâmer ?; il avait été l'adolescent le plus méprisable de la tête, ne devant le salut de son amour-propre qu'à un narcissisme familial.
Il l'observa un peu, discrètement, conscient d'être en faute. Les yeux de la Lionne étaient portés au loin, fixant une étagère qu'elle ne voyait pas. Elle n'avait jamais brillé par sa beauté, toujours par l'esprit, mais comment ne pas reconnaître le charme de ces traits délicats et concentrés ? Il essayait de comprendre ce qu'elle avait en tête mais un esprit aussi héroïque était nécessairement loin du sien, hors de portée. Elle ne semblait plus le détester, trop animée par la pitié pour que la rancoeur puisse encore faire son nid dans le grand espace qu'était son coeur. Ou peut-être parce qu'elle avait compris qu'il n'y a plus rien ni personne à détester; juste une coquille vide.
- Au moins une chose qui n'a pas changé alors, répondit-il avec une indifférence créée uniquement par l'habitude et l'acceptation de la haine des autres.
- Oui, ça n'a pas changé, souffla t-elle.
Une seconde rêveuse, elle reprit son air concentré et se replongea dans sa lecture. L'instant était passé mais avait eu quelque chose de particulier, et Drago mit un moment à le comprendre : pour la première fois en une éternité, il venait d'avoir une conversation.
