Bonjour à tous !

Me revoilà avec le chapitre 10 de cette histoire :)

Dans quelques jours cette histoire aura - déjà - 2 ans ! C'est beaucoup. D'ailleurs, j'espère ne pas avoir perdu les quelques lecteurs de cette histoire en chemin ahah. L'objectif est de terminer la rédaction de cette histoire bientôt. Je ne peux pas donner de délai fixe car j'ai aussi Quidditch's Lovers à actualiser régulièrement mais je fais de mon mieux.

Cicidy effectivement, pas simple de sortir Drago de la prison dans laquelle il s'enferme :p mais il tente, c'est déjà ça ! Oui Hermione est bien trop gentille, je suis d'accord ahah mais je l'imagine tellement comme ça ! Pour Théo, oui c'est volontaire :) C'est justement ce que je voulais faire ressentir : qu'on ne sache pas trop si il faut le prendre en pitié ou non. Donc je suis contente si l'effet est là ! Merci pour ton retour :)

Shadedwords comme tu dis "si peu mais tellement à la fois" c'est un peu l'esprit de cette fic :D Des tout petits pas l'un après l'autre ! Pour moi on ne sort pas d'une période si sombre du jour au lendemain donc j'essaie d'y aller progressivement :) Et Neville est mon chouchou depuis toujours, je me devais de le caser par ici :p Merci d'avoir pris le temps de me laisser un petit mot :)

SlyGreyFox merci pour ton soutien - ici et sur mes autres fics. Oui le style est très différent de mes autres fics, je voulais essayer quelque chose de différent :) Je suis contente que Drago te touche dans cette histoire alors, c'est ce que je voulais faire mais c'est très difficile de jongler entre "le rendre touchant" et le "j'en fais trop" ahah donc si le résultat est là c'est déjà ça ;) Pour la suite tu n'auras pas à attendre bien longtemps du coup, la voilà :p

Sur ce, bonne lecture à tous !


PARTIE DIX : HUMANITÉ (4)

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25 janvier 1999, une seconde décisive.

L'air qui sifflait à ses oreilles était la plus belle mélodie qu'il avait entendue depuis des siècles. Il sentait dans son corps cette sensation si particulière, l'adrénaline. Elle avait été une amie fidèle lors de la guerre, s'animant à chaque duel, et même à chaque seconde sa vie. La plupart du temps elle était accompagnée de sa complice, la peur. Mais cette adrénaline-là avait un goût différent, celle de l'appréhension et de l'excitation. Celle du jeu.

Il était penché sur son balai, le regard vif et concentré. La seule chose qui existait encore dans son esprit c'était : où est le vif d'or ? Plus rien d'autre ne comptait, c'était devenu son objectif de vie et sa raison d'être. Qui aurait cru que quelque chose d'aussi insignifiant que le Quidditch pouvait animer ce corps mou ? Qui aurait cru que le simple fait de chercher une balle pouvait réveiller un esprit si longtemps endormi ?

Au loin, il la vit, l'objet de tous ses désirs, balle dorée et inaccessible. Il s'y précipita avec une aisance dans les airs que les années n'avaient pas pu effacer. On lui avait souvent prêté un attrait pour le Quidditch dans le simple but de battre son rival de toujours, l'Indésirable Potter. La vérité était ailleurs : il aimait les airs et il aimait le sport ; le Quidditch était le parfait mélange.

Et puis il sentit sous ses doigts le contact glacé du métal et cette sensation lui arracha une émotion nouvelle. Pendant une seconde - peut-être moins ! - il était content. Le bonheur pouvait exister de bien des manières et revêtir de nombreux aspects ; ici il s'agissait de satisfaction - une parente proche de la fierté.

Le sentiment ne dura pas. Mais le fait d'avoir existé ne signifiait-il pas que le moment pouvait se reproduire ?

Sa raison lui soufflait de se flageller, de se concentrer sur toutes les horreurs de sa personne plutôt que de profiter d'un éclair dans un ciel sombre. Mais son coeur lui murmurait une douce chanson qu'il avait envie d'écouter, et qui lui disait : laisse-toi aller.

Il n'eut pas à choisir ; les autres le firent pour lui. A peine avait-il posé un pied au sol qu'il fut entraîné dans une accolade par ses camardes, trop heureux pour ne pas partager.

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25 janvier 1999, bonheur immérité, soirée évitée.

Ils étaient là, ses vieux démons qui lui soufflaient qu'il devait s'en aller. Dans cette salle pleine de monde il y avait tant de liesse que même lui pouvait la sentir ; mais ce bonheur ne pouvait pas être le sien. Sa peine n'était pas arrivée à sa fin et il était plus que temps de retourner dans les barreaux invisibles de son dortoir sans âme. Il avait déjà trop profité. Penser au vif d'or l'avait éloigné de son dégoût de lui-même et c'était impardonnable. Il devait fuir pour le salut de leurs âmes, pour cesser d'imposer sa présence aux innocents qui ne méritaient pas un monstre dans leur paysage.

Quelle naïveté que de croire que sa fuite passerait inaperçu ; il était l'un des Sept Elus ce jour-là. Ils avaient gagné la partie et cette maison victorieuse était bien décidée à fêter sa victoire. Ces choses-là n'avaient pas changé ; l'esprit sportif avait survécu à la guerre. La rivalité entre maisons également, mais peut-être était-elle désormais moins teintée de haine ?

- Hep Malefoy, où tu vas ?

Il dévisagea ce visage sans nom. Ce n'était pas une Vipère inconnue mais il avait cessé de retenir les noms car il n'était pas digne de mémoriser leurs identités.

Avare de mot qu'il était devenu, il se contenta de hausser les épaules. Ils savaient tous que Drago Malefoy avait cessé de se mélanger à cette foule à laquelle il n'appartenait plus, pourquoi s'en étonner ?; mais ce n'était pas de l'étonnement, juste un refus collectif. Cela avait été longtemps oublié mais ils s'en rappelaient désormais : Drago Malefoy était l'un des leurs.

- Viens donc prendre un jus de citrouille.

Il y avait tout un banquet, bien plus prestigieux que ce que demandaient d'ordinaire des semaines d'effort. Mais derrière ces carafes et ces plateaux bien remplis se cachaient le désir de la directrice de faire oublier les horreurs et la volonté de rappeler que le monde pouvait contenir du bonheur. Ils se laissaient tous duper mais pas lui, parce qu'il savait. Qui d'autre ici avait vu la lueur s'éteindre dans les yeux d'un homme une fois la mort venue l'emporter ? Il s'en rappelait que trop bien : tous ces fantômes le hantaient.

- Je vais me coucher, annonça Drago.

- A cette heure-là ?

Il en oubliait les conventions humains, Drago, celles qui prétendaient qu'il y avait une heure convenable pour rejoindre le pays des rêves. L'autre Vipère le regardait avec des yeux ronds, accablé d'incompréhension face à cet être en proie avec la dépression.

- C'est pas pour moi tout ça, lâcha-t-il finalement.

Le morceau était gros à lâcher ; il lui écorcha la gorge. Être honnête n'était pas une facilité donnée à tous les hommes et Drago avait été plus habitué aux mensonges polis et fiers. Mais Elle lui avait dit qu'il pouvait faire mieux alors il tentait : être honnête était peut-être la première marche à monter pour espérer atteindre un jour le sommet.

- Comme tu veux, répondit l'autre.

Il n'allait pas se battre car personne ne se battrait jamais pour lui. Même la main tendue de Hermione Granger n'était qu'un support bancal et pas la raison de son existence. La seule personne qui pouvait se battre pour Drago Malefoy était Drago Malefoy ; malheureusement il avait baissé les bras depuis longtemps et la partie était déjà perdue.

Avec cette conscience qu'il échappait au bonheur mais résigné à ne pas flancher dans son jugement mérité, il prit les escaliers menant aux dortoirs. Il ne méritait pas tout ça.

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27 janvier 1999, le bonheur d'une insulte.

- Elle a parlé d'une incompatibilité temporaire avec Weasley... Il dit qu'elle est trop gentille et naïve.

Il y avait bien longtemps que son oreille ne s'attardait plus sur le chemin d'une rumeur. Quel intérêt trouver à la vie d'autrui quand on ne prêtait plus attention à la sienne ? A une époque il s'enveloppait volontiers de tous ces ragots, goûtant leurs malheurs et leurs bonheurs avec une indifférence froide dictée seulement par la curiosité. Mais ils avaient dit "Hermione Granger" alors une partie de lui n'avait pas pu s'empêcher d'écouter.

Qu'Hermione Granger et Ron Weasley soient en couple n'était pas étonnant ; la surprise, c'était qu'ils aient attendus si longtemps. Ils n'étaient pas assortis ; même pour une sang-de-bourbe, elle était trop bien pour lui. Drago ne savait plus comment il savait su ; il savait tout simplement. Et comme il savait maintenant que le tandem Weasley-Granger était arrivé à sa fin, qu'une pause avait été décidée pour mieux se retrouver.

Sa confidence n'avait été rapportée qu'à Ginny Weasley mais elle aurait dû savoir que le château avait des oreilles partout. Quelqu'un avait entendu une conversation intime et l'avait répété : c'était si anodin dans ce monde de pré-adultes toujours plongés dans les méfaits de l'adolescence. La rumeur était cependant avare de détails, à croire que le respect généralisé de la Lionne l'avait au moins sauvée des inventions mensongères.

Il pouvait y avoir mille raisons pour que Hermione Granger et Ron Weasley décident de se séparer quelques temps, il y avait tant de différences entre eux. Et Drago ne savait pas pourquoi. Comment aurait-il pu savoir que son existence était le sujet à problème, qu'un Ron Weasley rancunier ne pouvait pas comprendre la main tendue et offerte à son plus vieil ennemi par sa bien-aimée ? (1)

La curiosité de Drago laissa place à la distraction et il fit malencontreusement tomber son encrier en avant. Ses réflexes de guerre étaient intacts mais bien trop énormes pour tenir dans une si petite salle de classe ; le crac de casse était inévitable.

- Fais attention Malefoy, lança son voisin de devant avec une voix agacée mais dénuée d'hostilité.

Il aurait pourtant cru que chaque occasion était bonne pour que la populace lui refasse son procès et le déclare coupable. Deux mois plus tôt les conséquences d'un geste si anodin auraient été bien différentes ; le monde avait-il déjà changé en deux mois de temps ?

Drago resta muet face à cette indulgence - non méritée mais surtout impensable. Il ne savait plus que dire tant il avait été plus habitué à la haine frontale et aux insultes assassines.

Alors il se produisit l'impensable :

- Laisse tomber, c'est qu'un crétin. Plus doué pour le vif d'or qu'avec de l'encre apparemment. Looser.

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27 janvier 1999, enfin une conversation ?

Il savait qu'il souriait. C'était léger : ses lèvres se retroussaient juste un peu. Il avait conscience de le faire, et conscience que sourire était devenu un geste obscène sur ses lèvres, mas il n'arrivait pas à s'en empêcher. C'était incontrôlable depuis que c'était arrivé, une heure plus tôt.

Son visage illuminé et si loin de sa moue triste et froide d'ordinaire ne passa pas inaperçu pour son observatrice partenaire de potions.

- Tu as l'air content aujourd'hui, fit remarquer Hermione Granger.

Elle-même souriait - se pouvait-il que ce soit une conséquence de son propre sourire ? De voir l'accomplissement de tant de semaines d'efforts ?

Mais ce n'était pas d'elle que ça venait, c'était des autres, de cette simple phrase prononcée par un autre élève en cours : celui qui le trait de looser. Jamais une insulte n'avait semblé si agréable.

- On m'a insulté en classe. A cause du Quidditch.

- Et c'est ça qui te rend si content ?

Et elle se mit à rire, pendant une seconde, avant de se rappeler de qui elle avait sous les yeux et de s'interrompre avec une hésitation craintive.

Ils échangèrent un regard si fort et si prenant que pendant un instant Drago en oublia qu'il y avait tout un monde autour d'eux. Ne restait que Hermione Granger et son aura folle qui l'avait toujours accompagné - même quand il n'avait pu éprouver pour elle qu'une haine féroce liée à des différences ridicules. Maintenant l'admiration avait balayé ces préjugés et il se sentait coupable d'avoir pu douter de sa supériorité. Il se noya dans cette intensité et manqua de boire la tasse.

Et puis elle détourna le regard et il se retrouva de nouveau sur terre.

- C'est juste que c'est... futile. J'avais oublié, répondit-il avec une sincérité étourdissante en haussant les épaules.

Elle sembla touchée, un peu troublée.

- La guerre est terminée, Malefoy. Le monde existe toujours tu sais, tu devrais peut-être t'y mêler plus souvent.

- Tu ne l'as peut-être pas remarqué, mais personne n'a envie de me côtoyer.

C'était un constat dénué d'émotion, une vérité cruelle qui avait cessé d'être blessante par l'habitude.

La Reine ne s'y attarda pas, trop esseulée dans sa haute tour pour s'émouvoir des tristesses du monde. La guerre était finie, n'était-ce pas la seule chose qui comptait ? Drago voyait dans ses yeux qu'elle tentait de s'en convaincre. La guerre était de l'histoire ancienne et elle entraînait dans son cercueil les souffrances et les regrets. Mais Hermione Granger elle-même oubliait parfois d'oublier : il la voyait de temps en temps gratter son bras à l'endroit de la marque insultante, un geste si anodin qui reflétait un wagon de pensées. Elle y pensait parfois, il le savait, et il savait aussi que sa fierté de Lionne l'empêchait de l'avouer. Elle voulait être forte et montrer l'exemple. Il avait envie de lui souffler qu'elle n'avait pas besoin d'être parfaite mais il n'était personne pour la conseiller.

- Les gens oublient vite tu sais., répondit finalement la Lionne après une seconde de réflexion.

La remarque d'Hermione Granger n'était pas idiote ; disait-elle jamais la moindre bêtise ?; il ne le croyait pas et ne pouvait qu'acquiescer face à sa remarque.

- Je viens de m'en rendre compte. Je suis devenue l'ennemi numéro un car je suis attrapeur.

Elle se mit à rire. Ce n'était pas juste un sourire de politesse ou de composition, c'était un petit rire franc et spontané qu'elle avait laissé vivre plutôt que de le retenir, même si c'était Drago Malefoy qu'elle avait en face d'elle. Drago la contempla comme un tableau de Grand Maître, tentant de mémoriser pour l'éternité tous ces détails qui faisaient de cette vision une œuvre d'art : sa bouche rosée si joliment retroussée, ses joues qui se creusaient presque d'une fossette pleine de joie, ses yeux qui exprimaient un relâchement total. Elle n'avait jamais été belle, elle était autre chose. Et cette chose lui réchauffa l'âme comme un bon feu de cheminée réchauffe le cœur les soirs d'hiver.

- Harry serait jaloux que tu lui voles son titre, se moqua-t-elle avec une désinvolture peu familière.

Il resta interdit, étonné que dans ce monde la guerre puisse faire l'objet de raillerie. Peut-être était-ce sa façon à elle de dédramatiser l'enfer vécu. Elle prenait tout trop au sérieux ; rire des mois de ténèbres était sans doute sa meilleure façon de ne pas en dépérir.

Et puis il réalisa que l'allusion venait de lui. Venait-il réellement de faire une blague ? Il ne se souvenait même plus de la définition de ce mot.

Le professeur appela alors au silence et ils se turent comme les élèves bien obéissants qu'ils étaient. Et quand il se concentra de nouveau sur sa potion, Drago réalisa qu'il ne pouvait toujours pas s'empêcher de sourire et, qu'en prime !, son sourire s'était agrandi.

# # #

28 janvier 1999, de monstre à monstre.

Ses yeux fixaient ce visage ingrat et déformé, avec une impolitesse manifeste qu'il était incapable de contenir. La cicatrice qui déformait les traits autrefois délicats et soignés avait effacée toute la beauté qui avait un jour existé. Lavande Brown n'avait jamais trouvé grâce à ses yeux : trop frivole et trop masquée derrière ses apparats de fille écervelée. Et maintenant qu'elle était défigurée, elle n'avait jamais été aussi monstrueuse et aussi belle à la fois. Elle était un paradoxe ; une âme qui s'élève quand le pire vient à arriver.

- Tu me fixes, remarqua Lavande avec une voix dénuée d'émotions.

Parce qu'elle avait oublié comment ressentir autre chose que du dégoût envers elle-même. Elle ne pouvait pas s'offusquer du dégoût des autres, comme lui ne pouvait pas s'offusquer de la haine commune ; l'évidence ne pouvait qu'être acceptée. Il la comprenait mieux qu'aucune autre âme du château. Était- pour cela qu'il se sentait prêt à l'exercice périlleux d'une conversation au lieu de prendre la fuite comme il le faisait si souvent dernièrement ?

- Tu n'es pas comme avant.

- Ah oui, tu as remarqué ?

Elle était mordante, comme elle l'avait toujours été. Ce n'était pas un agacement lié à la blessure ; c'était simplement les remarques acides de l'adolescente affirmée qu'elle avait toujours été. Ca, ça n'avait pas changé.

- Je parlais de toi, pas de ton visage, précisa Drago.

Ce n'était pas que son affreuse face qui avait changé ; son âme entière s'était transformée. Qu'en avait-il à faire de ses vilaines cicatrices ?

- Mais mon visage, c'est moi.

Et un instant elle redevint l'ancienne Lavande, fière et sûre d'elle, drapée dans une fierté et un courage que rien ne pouvait égratigner. Mais la façade s'effrita vite et il ne resta qu'un regard rempli d'effroi. Un regard qui lui faisait pitié.

Elle était comme lui Lavande, ou alors tout son inverse. La guerre avait fait d'elle un monstre ; mais là où Drago avait l'âme tâchée par la noirceur, Lavande n'avait souffert que du corps. Son cœur avait toujours été pur, toujours bien placé, toujours dans le bon camp. C'était une gamine superficielle et un courageux soldat : une équation que personne n'aurait deviné.

- Je suis un monstre, et tout le monde le voit, renchérit Lavande.

Elle ne s'apitoyait pas sur son sort. Son ton était dénué d'humeur, comme l'était celui de Drago. Elle regardait sa condition avec une froide indifférence, trop dégoûtée par elle-même pour prendre en pitié son propre reflet. Ou peut-être était-ce encore la dernière manifestation de son courage, cette faculté à accepter l'atrocité.

- Moi aussi je suis un monstre.

Était-ce une tentative de réconfort, ou une envie de partager une peine commune ? Même Drago n'aurait su le dire. Quelque part au fond de lui résonnaient encore les mots d'Hermione Granger - peut-être était-ce sa façon de s'y conformer, de tenter d'apporter un peu de bien dans ce monde qu'il avait détruit.

Le regard que Lavande lui jeta balaya tout doute : elle ne le considérait pas comme l'un des siens. Il n'était pas de sa meute.

- Peut-être. Mais au moins tu as le choix de ne plus en être un.

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30 janvier 1999, le mot interdit.

La guerre avait fait bien des dommages ; beaucoup étaient meurtris, et beaucoup - comme Drago - n'étaient pas encore prêts à panser leurs plaies. Le temps était le salut pour ces âmes en perdition et même Malefoy-le-monstre commençait à croire qu'il y avait une lumière au bout du tunnel.

Ils étaient à table, ensemble, la meute de Vipères. Theo observait la silhouette de Neville Londubat, penché vers sa droite, en pleine conversation avec Hermione Granger et Parvati Patil. Son regard trahissait des sentiments forts ; c'était presque aveuglant à regarder. Theo ne se cachait plus car il n'y avait plus rien à cacher ; tout le monde savait son erreur et personne n'était assez fou pour compatir.

- Tu ne dois rien attendre d'elle, souffla Daphné avec une sagesse bien coutumière.

Elle était si pure, fleur intacte préservée de la guerre. Les Greengrass étaient de dignes princesses, des aristocrates qui ne s'étaient jamais laissées à la haine et à l'intolérance. Elles avaient toujours été au-dessus de ça, au-dessus des autres, au-dessus de tout. Et parce qu'elles n'étaient pas égoïstes, elles consentaient à distribuer leurs précieux conseils à la basse population. Il fallait prêter l'oreille : ces quelques mots prononcés par une fille Greengrass était une bénédiction pour quiconque les écoutait et Daphné venait de le prouver. Que pouvait encore attendre Théodore Nott de Parvati Patil ? Tout était fini et il ne faisait que cultiver une souffrance inutile.

- Qu'est-ce qu'elle trouve à cet abruti ? Grogna Theo avec une jalousie si évidente qu'elle était difficile à regarder.

- Neville Londubat n'a jamais été un abruti, c'est un gentil garçon, recadra Daphné.

Parce qu'elle était ainsi : douce et intransigeante, qui ne supportait pas les propos d'injustice. Elle n'était pas une héroïne mais juste une femme ordinaire qui ne laissait pas la violence et la haine s'insinuer dans les conversations. Elle n'avait jamais pris la défense de Neville Londubat, victime quotidienne des quolibets de ses camarades ; mais elle avait toujours refusé d'y prendre part ou d'écouter les autres. Elle fuyait dans son carrosse de dignité.

Mais Theo laissa passer l'occasion d'écouter les sages recommandations d'une avisée soeur Greengrass. Ses yeux trahissaient une émotion violente ; celle d'un homme jaloux qui a du mal à se contenir. Theo n'était pas allé à la guerre pour ses idéaux, mais Drago comprenait désormais qu'il aurait été prêt à y aller pour elle. Quelle ironie.

- Pourquoi d'un coup ils sont si populaires ? Lui, ce pauvre type... Et Granger on en parle ? Pourquoi tout le monde la traite comme une reine ? C'est une prétentieuse et une sang-de...

- Theo, le coupa la voix de Drago.

Car Theo parlait de haine, une haine qui n'était plus bien placée, une haine qui n'aurait plus dû exister. Mais il avait failli fauter en utilisant le mot interdit.

Alors le temps se figea. Puis les visages se tournèrent vers Drago en affichant une surprise impolie. Ils avaient oublié qu'il était capable de participer à une conversation et même de l'interrompre quand un wagon s'écartait des rails. Peut-être que des regards si insistants auraient figé Drago dans un autre contexte ; mais parmi les Vipères il avait toujours été roi alors il ne faisait que réclamer le trône qui était le sien ; ils ne pouvaient pas l'impressionner. Il releva la tête, les fixa d'un regard dur qui n'appelait à aucune contestation, fort comme il ne l'avait plus été depuis des temps de légende.

- Il ne faut plus utiliser ce mot-là.

Et puis, après une seconde d'hésitation, il ajouta :

- Et ne parle pas mal de Granger.


(1) Car c'était là la raison de tous les problèmes : la générosité d'Hermione Granger allait au-delà de ses rancœurs personnelles. Ca n'avait pas été un exercice difficile pour Minerva McGonagall que de la convaincre de tendre une main à Drago Malefoy - ou plutôt ce qu'il en restait. Mais comment Ron Weasley aurait-il pu accepter cette aide déplacée ? Drago Malefoy était l'ennemi à ses yeux, celui qui avait fait souffrir et ne méritait que souffrance. Ils étaient en désaccord alors ils avaient décidé de souffler un peu pour mieux se retrouver ensuite.