Machine à sous :

Le chapeau sur un coin de la tête, un cigare à la bouche et la fumée en sortant, Hawks, assis à la table, comptait ses gains à la manière d'un gangster sortit de Casino Royal.

Distrait, il fit signe au croupier de venir, un beau brun à l'allure élancé et au regard azur et ennuyé. D'un soupire, il lui tendit le brandy qu'il avait commandé et observa ses cartes avant de jeter un regard sur les gains étalés sur la table. Professionnel, il reprit sa place et observa le blond jouer ses cartes avec réflexion.

En arrière plan, une douce musique jazzy englobait les lieux, finissant d'instaurer cette ambiance présente dans les grands casinos en ces années de gloire, années où les plus grands mafieux régnaient sur le divertissement et les âmes des plus faibles, des plus avides. Ambitieux, ils jouaient sur les faiblesses et ce soir encore, Hawks le prouvait alors qu'il déposait soigneusement sa main en même temps que la lumière se tamisait, lui donnant un air de grand empereur.

Ce soir encore, il était gagnant et ce soir encore, il ne montra qu'un léger sourire alors qu'il se levait, cendrait son cigare et partait, son manteau fumé marron pendant de ses doigts et volant en fonction de ses mouvements. D'un pas calme et mesuré, il fit claquer les talonnettes de ses chaussures, annonçant son arrivée à une prochaine table. La soirée ne faisait que commencer. D'un rire, il salua chacun des habitués, et, poli, il leur demanda comment allait leur affaire, comme s'il n'était pas sur le point même de les plumer dans une bataille de carte, de gains, mais surtout d'argent, de gros sous qui rendraient toujours sa société plus prospère qu'elle ne l'était déjà. Car il était le grand Hawks, le joueur le plus rapide, celui qui vous plumait plus vite que votre ombre pour votre propre bien et celui de son porte monnaie.

Alors qu'il attendait que son croupier favori lui donne un nouveau verre de Brandy, la main traînante et l'attitude flegmatique, les jambe croisées sous la table à la manière d'un homme arrivé sur un pays conquis, il ne s'attendit pas à ce que celui-ci ne s'empare de son jeu de carte.

« Hey ! Dabi ! Se plaignit l'oiseau en t-shirt à manches courtes blancs et au slip rouge. Rends-moi mon téléphone !

-Nah ! Répondit le super vilain en grognant. Déjà que j'ai pas souvent autant de temps devant moi pour le passer avec toi, il est hors de question que je te vois jouer sur ton téléphone tout le week-end !

-Mais tu restes quatre jours. Se plaignit l'oiseau, à quatre pattes sur le canapé, le bras tendu pour récupérer son bien. Mon téléphone… Couina le blond en faisant une petite moue, les joues gonflées et les sourcils froncés.

-Et alors ? Tu es content que je sois là ou pas ? Non, parce que si tu as pas besoin de moi, je te laisse avec tes machines à sous en ligne et je m'en vais. Grogna le brun en haussant un sourcil, la main bien haute.

-Non ! Reste ! Sinon la ligue va encore t'accaparer et je ne t'aurais pas de la semaine ! Se reprit Hawks avant de chouiner à nouveau. Mais laisse-moi finir ma nouvelle partie avant ! »

Le brun eut un grand soupire alors qu'il détaillait le blond, toujours à quatre pattes et sa petite moue boudeuse au visage. Il se mordilla la lèvre inférieure, un sourire en coin et se dit qu'ils étaient tous les deux des tarés. Lui, un vilain, l'autre, un héros, et les deux qui se voyaient chez le second comme un couple normal le ferait. S'en était risible de voir à quel point l'un comme l'autre était tristement inconstant dans ses engagements dès qu'il s'agissait de leur duo. De voir comme l'oiseau suppliait pour qu'il reste malgré tout le mal qu'il lui avait fait, encore marqué sur son visage, et de voir à quel point il se démenait pour toujours rejoindre son oiseau le soir et le rejoindre le plus possible à son appartement entre deux missions de destructions instaurées par Shigaraki, malgré le fait qu'il avait voulu le tuer suite à sa trahison. Et là, ils se disputaient pour un téléphone, comme-ci rien ne s'était jamais passé.

Sentant le regard d'ambre concerné du héros sur lui, il secoua la tête et chassa les mauvaises ondes, ces voix qui lui disaient que ça finirait bien par se finir dans les larmes et le sang. Peut-être pas les leurs, mais ça arriverait un jour. Ou alors le héros devrait partir en exil par sa faute et celle de cette union… Ou alors l'un deux mourrait ou se ferait arrêter, voir peut-être même les deux.

Il s'empêcha d'aller plus loin dans ses pensées en sentant l'inquiétude de Keigo qui murmurait des Touya, comme pour le faire redescendre sur Terre, alors qu'il s'avançait vers lui, toujours sur son canapé, et qu'il s'agrippait à son bras tendu pour tenter d'attraper son téléphone. Mais le brun se grandit plus, et alors que le blond frôlait des doigts le fruit de ses recherches, il se rendit compte, au souffle du brun sur ses lèvres, que son visage était pile eu niveau du siens, lui amenant quelques rougeurs quand à la constatation de leurs deux corps collés l'un à l'autre. Dabi eut un léger sourire et ses yeux brillèrent de malice alors qu'il s'exprima d'un voix rendue rauque par l'envie.

« Tu veux ton téléphone ? Murmura-t-il. Alors vient le chercher… Ronronna-t-il encore alors que ses lèvres s'approchaient de celles de l'oiseau qui plissait les yeux et entrouvrait la bouche, le souffle rendu haletant. À moins que tu ne reprennes ta position initiale… Tu étais tellement adorable à quatre pattes. »

Ricana-t-il alors que dans un grognement, le blond abandonna son téléphone et se jeta sur ses lèvres pour les dévorer avec envie, les bras enroulés autour de son cou.

Qu'importe le fait qu'ils aient tirés le mauvais numéro dès le départ, tant que sur la machine, sa vie s'alignait avec celle du blond, alors il se savait gagnant à tous les coups.