Commerce :

Il déposa un vase avec un demi sourire. Les fleurs poussaient bien, comme plein de petites vies fragiles qui ne demandaient qu'à s'épanouir en toute sécurité, dans la chaleur de la petite serre.

Avec un vaporisateur, il arrosa d'une fine brume les feuilles qui brillèrent, visiblement en bonne santé. Satisfait, il caressa les pétales de l'orchidée aux teintes vives. Celle-ci, bleu mouchetée de blanc, se retrouva avec des voisines jaunes, blanches et bleues.

En cette périodes, il s'agissait des plantes les plus demandées.

La période de Noël… On avait tendance à vouloir des plantes qui se démarqueraient le plus d'une rose classiquement blanche, pour décorer l'intérieur des destinataires. Et à trop vouloir être originale, on finissait par délaisser les roses afin, d'au final, toujours offrir les mêmes plantes.

Keigo eut un petit rire. Ah, l'originalité, rien de plus commun.

Enfin, il préférait largement l'exotique prix de ces plantes que la banalité de celui d'une rose aux teintes neiges. Il se tourna vers un petit bonzaï qu'il élagua avec patience et amour.

Depuis toujours, il avait voulu aider, prendre soin des choses, des gens, des plus faibles, ceux sans défense, et très vite, il s'était retrouvé fleuriste. Car quoi de plus faible qu'une fleur après tout ? Quoi de plus délicat et fragiles, qui demanderait la plus grande aide du monde ? Les animaux, certaines personnes, sans doute, mais allez savoir pourquoi, Keigo, que l'on appelait affectueusement Hawks en raison du faucon qu'il détenait et qui reposait à l'entrée du magasin.

Une fois sûr que ses protégés étaient en sécurité, il revint se placer au comptoir où un homme l'attendait. Toujours le même client. Il venait prendre des fleurs pour sa mère tous les deux jours pour les lui amener à l'hôpital.

Le blond sourit et Touya, de sa voix grave et nonchalante, le salua. Le brun fit sa demande, sortit de sa poche une lamelle de viande séchée et l'offrit sans crainte aux serres du rapace qui demanda, après, une gratouille au niveau de la tête. Il aimait bien Touya, son calme en faisait un bon ami d'un oiseau qui pouvait bien vite stresser. Touya ne parlait pas, pas beaucoup et se contentait généralement d'observer la boutique pour ancrer son regard dans celui du fleuriste, avant de quitter les lieux.

Il ne restait jamais plus de quelques minutes, mais à force du temps, Keigo en était tombé amoureux, amoureux de ce passé qu'il lisait au plus profond des orbes azurs. Il donnerait n'importe quoi pour mieux le connaître, mais le courage lui manquait.

Comment dire, tout d'un coup, à quelqu'un que l'on voyait tous les jours et à qui l'on faisait seul la conversation…

Aujourd'hui, je voudrais te connaître, parle moi. Non, il ne pouvait pas, jamais, car cet homme, d'un regard, taisait sa petite arrogance taquine, son ironie, ce sarcasme qu'il savait partager avec son client régulier.

Touya, appelé affectueusement Dabi, apparemment, par ses frères et sa sœur, seul chose que Keigo savait de lui, récupéra son coli, et comme à son habitude, partit après avoir fait voler son long manteau.

À l'instar d'à son habitude, il releva son visage pour regarder Keigo de derrière son épaule, un demi sourire en coin.

« Je travail au café. Dix huit heures, demain. »

Puis, il partit comme une ombre. Keigo rougit alors que ses lèvres s'étirèrent sans qu'il ne le contrôle. Ça y était, il avait trouvé une âme complémentaire. Un nouvel être de qui s'occuper et qui, pour une fois, prendrait soin de lui.