Swap :

« À ce soir papa ! »

Une fois la porte claquée, le jeune homme de vingt-six ans prit une grande bouffée d'air alors que l'une de ses mains ébouriffait ses cheveux couleur neige. Une neige aussi fraîche que celle qui parsemait le sol goudronné et les décorations de Noël colorées.

Avec un sourire candide, le garçon referma son long manteau noir et réajusta son col roulé de même teinte ainsi que son sac à dos bleuté. Un bleu délavé, presque jean, bien fade comparé à ses orbes céruléens. Il sortit finalement son téléphone, mit ses écouteurs et activa la musique de son portable avant de le remettre dans l'une de ses grandes poches. Il fit bien attention à ce qu'aucun de ses piercings au cartilage ne manquait à l'appel, et partit finalement en direction des grandes rues.

Aujourd'hui, il devait trouver des cadeaux pour tout le monde. Un pour son petit frère sportif pour qui Touya avait trouvé un ensemble un peu cher mais assez original tout en restant classique, un pour sa petite sœur qui méritait un petit week-end détente avec sa classe et le stresse qu'engendrait la famille, et enfin un cadeau pour le petit dernier de la fratrie qu'un manteau devrait combler. Bien décidé, il commença son tour des magasins avant de se rendre compte qu'il n'avait rien prévu pour ses parents. Ils avaient beau dire ne rien vouloir et se contenter du bien être de leurs enfants, Touya voulait quand même marquer le coup. Après tout, il pouvait bien se le permettre, il venait de recevoir sa paye, un gros montant pour un nouveau héros qui se rapprochait chaque année un peu plus du podium et avait déjà envoyé balader le numéro dix et le numéro neuf pour s'ériger à la huitième place. Il rendait son père fier et donnait un coup de neuf à son agence et c'était pour lui, le plus beau cadeau de Noël. Voir cette fierté tant convoité dans son regard parenté, voir ce sourire grand en sortant d'un combat difficile, l'entendre l'encourager, le rassurer en lui interdisant de se foutre la pression inutilement, comme lors de son enfance. Un père un peu strict, mais qui ne les poussaient jamais trop loin, leur permettant à tous de s'épanouir librement, sans cette impression d'étouffer que vivaient certains. Parfois, Touya se demandait ce qui se serait passé si Endeavor avait été plus strict, dur, s'il l'avait abandonné pour Shoto, s'il n'avait pas voulu pleinement connaître leur mère afin de créer des sentiments avant de l'épouser. Oui, il l'avait choisie pour son alter, il avait été honnête à ce sujet, mais quand on écoutait leur mère, quand on voyait les regards qu'ils s'échangeaient, il ne faisait pas de doute quand aux sentiments qu'ils partageaient.

Après un petit rire en repensant à un souvenir où ses parents se disputaient à cause d'une histoire de cuisine carbonisée après le passage du numéro un, le blanc s'arrêta à la sortie de la boutique de sport. Sa mère aimait les écharpes. Elle n'en avait pas l'utilité, mais elle semblait les collectionner et plus elles étaient chaudes, plus elles l'attiraient. Pourquoi pas ? Il lui semblait en avoir vu une en lainage, en grosses mailles dans une vitrine en passant. Et pour son père… Une gourmette, pourquoi pas. Un bijou avec leur nom à tous dessus. Il en parlerait aux autres, mais à voir comme ils aimaient le taquiner concernant ses larmes viriles qu'il laissait passer à chaque étape importante de leurs vies à tous, il lui semblait évident qu'ils s'amuseraient encore une fois à le voir renifler dignement devant cette irréfutable preuve d'amour.

Oui, les oiseaux chantaient dans l'enceinte des murs du manoir Todoroki, et le blanc s'en réjouissait chaque jour, surtout depuis qu'il travaillait en compagnie de son père.

Il passa le passage piéton et s'engouffra peu de temps après dans une bouche de métro. Il avait promis à Shoto de venir le chercher à l'internat de UA pour rentrer en sa compagnie. Il en profiterait pour parler de son projet et s'amuserait à le taquiner lui et son copain explosif, sur le chemin du retour. Devant les grilles, il sortit son téléphone et perdit son sourire. Ses sourcils se froncèrent à la vue du message de Keigo. Hawks était de sortie ce soir, apparemment, Tenko avait reçu un message de Toga lui informant que Deku venait encore de sortir de l'ombre. Le possesseur de feu tiqua. Ils n'avaient jamais vu son visage. Ils savaient juste qu'il tirait les ficelles d'une bonne vingtaine d'organisations de vilains et était responsable de la déchéance ainsi que de la mort de bon nombre d'entre eux. Touya eut d'ailleurs un pincement au cœur en repensant au visage de Tenko lors de l'inhumation d'All Might. Il n'avait pas parlé pendant des jours pour finalement se décider à détruire une forêt presque entière, son alter s'étant déchaîné sous le coup de la colère ainsi que de la tristesse. Le bleu souhaitait plus que tout venger son mentor et lui, Dabi, ainsi qu'Hawks, lui avaient promis de l'aider dans ce but. À eux trois, ils formaient une équipe soudée. Une équipe que pas même Deku ne pourrait dessouder.

La semaine dernière, ils avaient fait une grande avancée en découvrant l'un des membres de sa ligue. Une lapine au teint mat, une amie d'enfance qu'ils auraient préférée, lui et Keigo, ne pas retrouver en cette situation. Mirko, celle qui devait devenir une héroïne, avait sombré suite au passage de Stain et d'un emplois en tant que double agent pour la commission. Et dire que ce travail aurait dû échoir à Hawks. Dabi était heureux, égoïstement, qu'il n'y soit pas allé. Car mis à part Mirko qui avait sombré, les autres espions ont été retrouvés morts dans leur salle de bain, un carreau d'arbalète à l'arrière de la tête qui avait transpercé le front et un écrit sur le miroir. « Faites attention. L'absence d'alter jamais ne retirera notre ambition. Faites attention. L'intelligence est le plus puissant des alters, et tant que vous ne me trouverez pas, vos petits pouvoirs vous seront pour toujours inutiles. » Il en allait de soit que chacun devina sans mal la nature sans alter de leur terroriste qui ne les effrayaient pas moins. C'était bien le contraire, même. Comment un sans alter pouvait leur filer entre les doigts ainsi, pouvait les contrer à tout moment ? S'en devenait ahurissant et plus le temps passait, plus l'espoir de retrouver Deku devenait un pauvre rêve d'enfant. Au final, ils ne se concentraient plus sur son identité, non, mais plutôt sur ses mouvements, des mouvements qu'ils pouvaient suivre grâce à des attaques bien ciblées.

En effet, dès que le vilain se mettait en route, il changeait tout d'abord de quartier, jamais de préfecture, enfin, jamais tant qu'il n'en avait pas fait chaque quartier. Dans le quartier en question, un maximum de héros perdait leur alter, un moyen de les faire descendre d'un pied d'estale, mais surtout rendu possible par Eraserhead et sa jeune fille adoptive, Eri. Enfant récupérée lors d'un risque entre le gang de Deku et celui d'Overhall. À comprendre ? Plus de yakuzas n'existaient à présent, et ce n'était pas bon du tout. Enfin, toujours était-il qu'ils ne le trouveraient pas de sitôt et que si l'un d'entre eux envoyait un message d'urgence prévenant qu'il connaissait l'identité de Deku, alors cela voulait dire qu'il avait un maximum de dix minutes à vivre. Car Deku dont l'intelligence exacerbée était l'alter, ne se montrait qu'une fois sûr que son ennemi ne pourrait se défendre.

Avec un sursaut, Touya s'éveilla de ses pensées. Shoto venait de le saluer d'un sourire timide et le grand frère ébouriffa gentiment ses cheveux. Il en fit de même avec Bakugo qui se mit à râler et se plaindre à son copain que son grand frère le faisait chier. Ce fait faisait toujours rire Touya qui emmenait ensuite sa mauvaise troupe vers la maison de son père, celle de famille qu'il avait encore du mal à quitter. Pourtant, en ce soir, il allait bien devoir le faire. Il grimaça devant le message, interrompit la discussion entre Shoto et Katsuki pour les avertir qu'il devait partir en toute urgence à son appartement.

Il fila, entra dans le hall, couru à l'escalier qu'il monta quatre à quatre, l'ascenseur prenait trop de temps, et sonna une dizaine de fois à la suite, jusqu'à ce que Tenko lui ouvre enfin.

Son visage traduisait tout. Son inquiétude, le fait qu'il s'était gratté sous les démangeaisons, son stresse, son manque de mots. Il laissa la neige passer et celui-ci se rua jusque dans le salon où Keigo reposait, le dos de la main posée sur son front. Son œil gauche était protégé d'une large bande et de compresses, son corps entier était entouré à la manière d'une momification. Et le voir là, dormant, avec la respiration aussi sifflante que muette d'un moment à l'autre, il avait l'impression qu'il allait bientôt rejoindre les pharaons d'un autre temps.

Le cœur serré, Touya s'accroupit aux côtés du blond, la gorge brûlée par des sanglots retenus. Qui avait bien pu faire ça à son ami d'enfance ? À son homme, cet homme qu'il aimait depuis des années en secret. Car il ne voulait pas gâcher leur amitié, leur colocation qu'ils faisaient à trois avec Tenko. Cliché, grognait d'ailleurs celui-ci la plupart du temps. Mais Touya s'en foutait, il s'en foutait parce qu'en récompense à ses craintes, il pouvait encore voir le sourire magnifique de Keigo et pouvait encore profiter du rire solaire de son blond. Son blond aux cheveux aussi fou et instables que son caractère. D'une main douce, il lissa les mèches et lui fit la prière de se relever. Il sursauta à la poigne de Tenko qui lui murmura à l'oreille que quitte à être cliché jusqu'au bout, autant le réveiller d'un baiser.

Touya eut un rire enroué de sanglot. Il avait peur de le faire, de s'imaginer le faire. Cela ne voudrait-il pas dire qu'il lui disait adieu ? Pourtant, ravala difficilement sa salive et se redressa sur ses genoux. Il caressa le front de l'oiseau qui avait perdu ses ailes et posa avec douceur ses lèvres sur les siennes. Il voulu se détacher, mais il sentit les autres lèvres se mouvoir avec faiblesse, mais tout de même envie. Keigo lui répondait.

Ses yeux s'écarquillèrent et Touya se dégagea de la prise aussi forte que celle d'un nouveau né du numéro deux qui lui offrait un sourire fatigué. Dans un léger rire rendu rauque par le sang séché qui n'avait pas totalement quitté sa gorge, l'oisillon s'exprima.

« Je pourrais te poursuivre pour harcèlement et agression sexuel, tu sais.

-Ferme-là. Ricana Touya alors qu'il reniflait et essuyait ses quelques larmes.

-J'ai fait pleurer un Todoroki ? Je m'en excuse. J'espère que ton père ne m'en voudra pas.

-Pas si tu vis, non.

-Vous êtes niais. Remarqua Tenko avec aigreur, qui revenait avec un mugs emplit d'un thé chaud, dont il jeta le sachet et dans lequel il trempa ses lèvres. Comment tu te sens ?

-Comme un oiseau tantôt piégé dans un incendie. Soupira le blond avec lassitude. Il blêmit soudain. Mes ailes… Il ne reste plus rien… N'est-ce pas… ?

-Elle reviendront. Songea Tenko. C'est ce que le médecin a dit en tout cas. Détends-toi, ton alter est toujours présent. Que s'est-il passé ?

-J'ai trouvé la trace de Deku. Articulait doucement l'être habituellement ailé, comme cherchant ses souvenirs dans une tête encore cotonneuse, plongé dans ses pensées. Je me suis posé dans un vieux hangar, mais Eraserhead m'attendait là, Black Mist à ses côtés. Je n'ai pas fait attention, j'ai voulu fuir le lieu, mais me suit retrouvé dans le champ d'action d'Eraser. Résultat, il est parti au moment où j'était déjà prit dans les flammes. Le temps de me propulser hors du lieu, il était déjà trop tard et mes ailes se trouvaient déjà brûlées. Soupira l'oiseau avant d'avoir un petit sourire contrit. Enfin. Au moins j'ai réussit à fuir la balle anti alter. Et ça aura permit à Touya de se déclarer. Ricana le blond alors que le blanc rougissait à vu d'œil et que Tenko accompagnait le rire. Rassuré, Touya donna un léger coup dans l'épaule de son oiseau qui grimaça et fit une petite moue enfantine. Aïeuh.

-Ça t'apprendra. Tu étais au courant hein. Arrête de te fiche de moi. S'amusa le Todoroki, tout de même heureux de voir que l'autre se portait assez bien pour lancer des piques et s'en amuser. Pourquoi tu ne t'es jamais déclaré ?

-Pour les mêmes raisons que toi, sans doute. Sourit avec une étrange timidité Keigo, les joues légèrement rosées. Je veux dire… Je savais que c'était sûrement réciproque… Mais j'avais un peu peur du rejet tout de même… Je ne savais pas quand était le bon moment.

-Ce que vous êtes niais. »

S'écœura faussement Tenko alors que le blond riait suite à la surprise engendrée par cette remarque et que Touya se relevait afin de se jeter sur Tenko pour lui ébouriffer les cheveux, sous les râles de celui-ci.

Dehors, la neige tombait en gros flocons, amenant paix et sérénité à cette scène, au travers de la fenêtre. Loin des problèmes engendrés par Deku, loin de tout, dans une petite bulle d'amour.

Et voilà ! Texte écrit pour l'anniversaire de ma princesse qui m'a donné les thèmes d'ailleurs ! J'espère que ça t'aura plut ma puce et que j'ai répondu à tes attentes ! Cette dix neuvième case du mois de décembre t'es dédié !

Pour les autres lecteurs, j'espère que vous aurez apprécié ce chapitre qui a pour concept d'inverser les rôles. Alors je ne me suis pas contenté de simplement faire vilain en héros et héros en vilains, je voulais aller un peu plus loin et inventer une toute nouvelle histoire où les âmes en peines avaient eu leur aide et où, au contraire, celles qui en avaient le plus besoin n'en ont reçus aucune. J'espère que ce concept vous aura plut, en tout cas, moi, j'ai adoré écrire un Fluffy Touya et imaginer les trois compères en collocation. J'espère que ce ne sera pas trop gros pour notre bien aimé Tenko !

Je vous souhaite à tous une bonne soirée et vous dit à demain pour une prochaine case et toujours plus de sucre, de licornes et de chocolats ! N'oubliez pas de donner vos avis !

À demain !

Sica