Kiisa-Chan : merci beaucoup pour ta review, ça fait super plaisir ! ^^ Et du coup, je n'ai pas eu beaucoup de temps pour écrire la suite à cause de mes études, mais je vais tout de même essayer de continuer ! Et justement, voici un nouveau chapitre, en espérant qu'il plaise :)


Ce furent les vibrations du réveil programmé sur son téléphone qui extirpèrent Light d'un sommeil sans rêves. Le jour n'était clairement pas levé, à en juger par la froideur qui habitait les quatre murs. Il s'éloigna en vitesse du lit et disparut dans la salle de bain pour se passer un coup d'eau sur le visage. Il y avait deux chambres dans l'appartement, en plus de la salle de séjour : l'une était logiquement occupée par Ryûzaki, et l'autre était celle dans laquelle dormaient Light et Misa. À choisir, ce dernier aurait préféré faire chambre à part : il y avait quelque chose qui le dégoûtait dans le fait de partager le lit avec la jeune femme qu'il méprisait plus qu'autre chose. Mais il n'avait pas vraiment le choix — il n'allait pas non plus débarquer dans la chambre de son nouveau colocataire pour dormir avec lui, ce serait un peu bizarre.

Et surtout, la raison pour laquelle ils étaient ensemble, ce n'était pas l'amour, mais la carrière de sa sœur : Sayu voulait entrer dans le monde du mannequinat et pour ça, le plus important, c'était d'avoir des contacts dans le milieu. Alors quand Soichiro Yagami avait appris au détour d'une conversation que son fils avait rencontré par un hasard le plus total Misa Amane, la mannequin la plus connue du pays, il lui avait ordonné de rester en contact avec elle pour que sa petite sœur puisse décrocher un emploi facilement. Du reste, il avait fallu que la fameuse Misa tombe amoureuse de Light pour que « rester en contact » signifie « sortir avec elle » afin d'éviter de la froisser. Etant donné qu'il ne la supportait pas, c'était une situation un peu désagréable qu'il lui fallait supporter, même s'il avait fini par s'y faire. Et finalement, l'arrivée de Ryûzaki ne lui ferait sans doute pas de mal : s'ils arrivaient à bien s'entendre, cela pourrait le libérer de l'emprise de Misa qui se montrait parfois particulièrement envahissante.

En parlant de lui, Light découvrit le jeune homme aux cheveux noirs assis — toujours dans la même position, si on peut appeler ça assis —à la table de la salle à manger devant son ordinateur portable. Il mangeait un gâteau aux fraises et sirotait un café qui empestait le sucre. En entendant quelqu'un arriver derrière lui, il lança sans se retourner :

« Ah, bonjour, Light.

— Comment tu as su que c'était moi ? » demanda celui-ci en sursautant légèrement. Ryûzaki ne répondit pas, alors il se contenta de hausser les épaules et continua : « Ça fait longtemps que tu es réveillé ?

— Moi ? Depuis hier.

— Quoi ? Comment ça, depuis hier ?

— Techniquement, ça fait bien plus d'une semaine que je suis réveillé, précisa Ryûzaki, mais dire que c'était hier, c'était plus simple. » Il se retourna, dévisagea Light qui le regardait comme s'il venait de lui pousser un troisième œil. « Pourquoi tu me regardes comme ça ?

— En général, la nuit, on dort...

— Ah, il y a un million de choses à faire la nuit qui sont plus utiles que dormir. Par exemple, je viens de finir de lire les cours que vous avez commencés en début d'année. Je pense que le plus long a été le droit administratif, il a dû me prendre 45 bonnes minutes.

— 45 minutes ?! »

L'année n'était pas entamée depuis très longtemps, mais les cours étaient très denses ; celui de droit administratif devait bien comporter presque 150 pages ! Emmagasiner une telle quantité d'information en si peu de temps, c'était impossible ; il avait dû le lire en diagonale et ne rien retenir, c'était la seule solution envisageable.

« Oui, reprit Ryûzaki, ça a mis un peu plus de temps que prévu, surtout qu'il fallait aussi que je m'occupe de mes affaires en cours, je ne suis pas en vacances. Enfin bref.

— Et sinon, tu es au courant qu'on a cours ce matin ? Enfin, tu ne commences pas très fort, on a seulement trois heures de droit constitutionnel, et on finit à 11h.

— Oui, je sais. D'ailleurs, comme l'arrêt de tramway est à 6 minutes à pied de la fac, si on prend celui qui arrive à 7h59, on y sera trop tard, donc il faut prendre celui qui arrive à 48. Donc celui qui part d'ici à 39. Comme on a 3 minutes de marche, il faudrait donc partir d'ici à… 7h36 ! Cela dit, c'est juste la fac, pas un congrès d'Interpol, donc ce n'est pas très grave si on arrive en retard. Ça ira pour toi, Light ?

— Euh, oui, fit Light, un peu hébété par tous ces calculs juste pour savoir à quelle heure il fallait partir. Misa n'est pas encore levée, donc elle devrait pas occuper la salle de bain pendant des heures encore.

— Très bien. Moi, je suis prêt à partir, donc je t'attends.

— Ah bon ? » À en juger par l'état de ses cheveux, il n'en avait pas l'air, mais Light ne releva pas. À la place, il se dirigea vers le placard pour en sortir un mug blanc uni et commença à se préparer un thé, tandis que Ryûzaki reprenait son activité sur son ordinateur, le bruit des touches couvrant le silence de la pièce.

Intrigué, Light était tenté de jeter un œil par dessus son épaule pour savoir ce qu'il faisait, mais il jugea cela légèrement indiscret. Il ne connaissait rien de son colocataire, en y réfléchissant, ne savait pas quels étaient ses goûts ou ses passions, mis à part qu'il avait l'air d'aimer les gâteaux aux fraises. D'ailleurs, s'il ne dormait pas la nuit, cela lui laissait de longues journées de 24h, alors il avait le temps de faire tout et n'importe quoi. Et quand il parlait de ses enquêtes, ça ne devait pas être du temps plein, si ? Il semblait un peu jeune pour déjà être un détective à part entière.

Une fois prêt, Light signala à Ryûzaki qu'ils pouvaient partir, alors celui-ci le referma et le déposa sur la table, avant d'enfiler une paire de baskets et de rejoindre son colocataire sur le pas de la porte.

« Euh.. tu n'oublies rien ? s'étonna ce dernier.

— Moi ? Non, pourquoi ? Enfin, il me semble, ajouta-t-il en tâtant ses poches de jeans, desquelles il sortit tour à tour un trousseau de clefs, une barre de céréales, un téléphone, un paquet de gâteaux, un autre téléphone, une carte bancaire en vrac, trois dosettes de sucre, et un flacon de gel hydroalcoolique ; bref, un tel bazar qu'on pourrait se demander comment tout ça tient dans des poches. Non, reprit-il, il ne me manque rien.

— Et un sac ? Tu ne prends pas ton ordi ? Ni rien pour noter ?

— Ah, non, il y a quelqu'un qui se charge de prendre des notes pour moi.

— Oh, je vois ! Ça doit être rudement pratique. Enfin, d'un autre côté, je préfère avoir mon propre cours, comme ça, je sais ce qui est important pour moi, comme j'ai une façon assez atypique de raisonner.

— Moi aussi, mais en même temps ce ne sont que des cours, il suffit de les connaître. De toute façon, ça ne changera pas grand-chose à mon avis.

— Vraiment ?

— Oui, expliqua Ryûzaki, sur le terrain, ça ne te sert à rien de connaître l'article 151 du code civil.

— J'imagine que tu n'as pas tort. Oh, voilà l'arrêt, et le tram qui arrive ! On est pile à l'heure, comme prévu » se félicita Light.

Le trajet ne fut pas long, et ils arrivèrent à l'université un peu avant le début du cours. Ryûzaki en profita pour prendre un café à la machine, y mit la dose maximale de sucre, le goûta et pesta qu'il n'était pas assez sucré. « Heureusement que j'ai pris du sucre » marmonna-t-il en vidant toutes ses dosettes dans le gobelet de café.

Il rejoint ensuite l'amphithéâtre et s'installa à côté de Light. Les gens faisaient un brouhaha infernal, s'échangeaient des dernières paroles avant de se quitter pour l'arrêt des cours. Ils se turent à l'arrivée du professeur de droit constitutionnel qui commença à parler après avoir déposé ses affaires et réglé le micro. Tous les élèves se mirent à marteler le clavier de leur ordinateur ou à noircir les pages de leur bloc-notes pour tenir le rythme soutenu du cours ; tous sauf Ryûzaki, qui avait retiré ses chaussures, s'était confortablement installé dans sa position habituelle, et tapotait l'écran de son téléphone. Light tourna vers lui un regard étonné.

« Et le cours ?

— Je te disais que c'était inutile. Donc j'envoie des mails. » Il leva les yeux de son téléphone et haussa légèrement le ton — pas suffisamment pour couvrir la voix du conférencier, mais assez pour que les étudiants les entourant l'entendent : « C'est pas en apprenant la constitution par cœur qu'on devient enquêteur, je sais de quoi je parle.

— C'est qui celui-là ? C'est déjà assez compliqué de suivre avec un prof plus pressé que s'il avait un train à prendre, alors s'il pouvait la fermer ! » grommela une voix quelques rangs devant.

La jeune femme à qui elle appartenait eut droit à un regard méprisant de Ryûzaki. Déjà, pour avoir du mal à suivre un cours aussi facile, il fallait le vouloir. Et puis, ça ne l'empêchait pas de rester polie. Enfin, il n'allait pas non plus s'énerver pour si peu. De toute façon, il ne se souciait en général pas des conséquences de ses actions ou de ses paroles sur autrui.

À l'heure de la pause, Light et Ryûzaki sortirent tous deux de l'amphithéâtre. Ce dernier en profita pour visiter un peu le campus. Il était d'une taille moyenne, avec une sorte de cour qui s'ouvrait devant le bâtiment principal, dans laquelle les étudiants se promenaient. Le restaurant universitaire se situait juste en face, à côté de l'arrêt de tram et d'immeubles qui contenaient des logements étudiants.

« Tu as raison Ryûzaki, dit soudainement Light, ce ne sont pas les cours qui vont m'aider à exceller en tant que policier. D'ailleurs, quand on sait comment fonctionne la justice française, ça ne sert pas à grand-chose d'étudier le droit. Mais j'espère quand même pouvoir envoyer un maximum de criminels derrière les barreaux. C'est pour ça que j'envie L. Il parie que dans toutes les affaires sur lesquelles il travaille, il trouve le coupable et a son mot à dire sur les peines. Par contre, on n'a rarement beaucoup d'informations sur les procès. C'est pour ça qu'il est un peu critiqué par la presse spécialisée, mais personnellement, tant qu'il nous débarrasse des pourritures de l'humanité, ça me va. Tu le connais, Ryûzaki ?

— Hm… oui, j'en ai entendu parler.

— Tu n'as jamais eu l'occasion de travailler sous ses ordres ? Puisque tu travailles parfois avec Scotland Yard, on ne sait jamais !

— Sous ses ordres ? Non, jamais », répondit Ryûzaki, l'air pensif.

Ils retournèrent dans l'amphithéâtre pour une autre interminable heure et demi de droit constitutionnel, tandis que Ryûzaki repensait à sa conversation avec Light. Il était fréquent que les élèves en fac de droit aient un rapport particulier à la justice. Et dans leur immaturité, ils avaient tendance à croire que c'était à eux, et à eux seuls de la rendre. Alors ils pouvaient être déçus de découvrir qu'en réalité, que ce soit dans le monde de la justice ou de la police, ça ne fonctionnait pas ainsi ; et c'était quelque chose dont il fallait vite prendre conscience.