Holà ! Toujours pour le défi Calendrifinement, cette fois ci sur le thème Académie !

Autant vous dire qu'entre le fait d'avoir revu Les nouvelles aventures de Sabrina, vu Little Witch Academia et écumé les playlists Dark Academia sur YouTube, ce thème m'a parlé.

L'OS précédent était écrit par Leptitloir et celui de demain est pris en charge par Laemia !

En ce moment mon mood est très perdu entre Halloween et Noël.

Chroniques sorcières

Épisode 3 : La belle époque

« Salut ! Je viens voir Vanitas. »

Elle est à la porte. Un balai dans la main, son chat noir à ses pieds et son sourire sur la face. Xion ne l'a jamais oubliée. Mais bien sûr, bien sûr elle a oublié Xion. Son ventre se tord, elle regrette d'avoir ouvert. Elle regrette de s'être levée ce matin. Elle serre les dents.

« Vanitas n'est plus là. »

Les cheveux rouges tenus par un chapeau qui ne s'est miraculeusement pas envolé dans les airs quand elle y était, ses grands yeux bleus maquillés d'un trait orange traditionnel de la saison, elle irradie de magie blanche, à un point que c'est à peine supportable. Xion ne peut pas la laisser entrer. Kairi a toujours fait les choses bien comme il faut. C'est sa spécialité. Elle était première de toute leur promotion. Xion l'aimait beaucoup. L'admirait.

« Il est toujours domicilié ici dans l'annuaire.

— Tu connais Vanitas, il n'aime pas remplir les papiers.

— J'aurais imaginé que Nina l'aurait fait pour lui. Et je sens qu'elle est là. Elle ne l'aurait pas lâché, si ? Je peux entrer ?

— Je crains que non. »

Kairi penche la tête sur le côté. Hésite.

« Et toi ? Est-ce que je te connais ? »

Et Xion rit un rire déçu. C'est mieux que rien, et pourtant elle se sent plus misérable encore que quelques secondes plus tôt.

« On était dans la même chambre, à l'Académie.

— Impossible ! Je me souviendrais de toi.

— Je me doutais que tu dirais ça.

— Enfin. Quand est-ce que Vanitas rentre ?

— Pourquoi est-ce que tu le cherches ? »

Des pas pressés dans l'escalier. Un léger cri, et puis le bruit d'une chute. Quelque chose qui ressemble à un juron et Kairi se permet de passer la tête par la porte.

« Nina, c'est toi ?

— Kairi ? »

Nina se relève, ramasse le foulard qu'Esmeralda a évidemment laissé traîner. Ce serait presque à croire qu'elle le fait exprès – voilà ce que Nina pense, oubliant qu'elle faisait exactement la même chose quand elle avait encore la vue, et que Xion était la seule à faire tenir cette maison debout.

« Je suis contente de te voir ! »

Et voilà. Elle force l'entrée, et Xion voit le mouvement de recul de Nina, qui trébuche sur la première marche de l'escalier. Xion murmure :

« Je vais te toucher. »

Et en une demi-seconde, elle est derrière sa sœur, le visage parsemé de plumes et les bras changés en ailes. Elle aide Nina à garder l'équilibre pendant que Kairi porte la main à sa bouche.

« Séléné, qu'est-ce qu'il est arrivé à tes yeux !

— Juste Nina, c'est bon.

— Je ne plaisante pas. Tu sais que je suis spécialisée en magie réparatrice, tu aurais dû venir me voir !

— Bon choix de mots.

— Je suis désolée …

— Arrête, Princesse. Qu'est-ce que tu veux à mon frère ? »

Le regard de Kairi se durcit et Xion retrouve ses bras humains. Elle en était sûre. Kairi n'est pas venue seulement pour dire bonjour.

« Je n'ai pas eu de nouvelles depuis longtemps et …

— Et ?

— Disons que j'ai entendu des rumeurs. »

Nina ricane. Xion lui propose son épaule et sa main, mais elle la rejette. Elle a juste besoin d'une cigarette – elle n'a pas beaucoup dormi cette nuit, bientôt la nouvelle lune.

« Depuis quand tu te préoccupes des rumeurs ? Toi ?

— Si mes sources sont fiables, je m'y penche.

— Le principe même d'une rumeur c'est que les sources ne sont pas fiables. Décidément, est-ce que tu as oublié comment parler ?

— Un humain dit qu'il s'est fait posséder par un démon du nom de Vanitas. »

Nina sait comment masquer son trouble. Elle s'attendait à la confrontation. Elle continue de rouler sa cigarette, la tend à Kairi.

« Tu fumeras bien quelque chose ?

— Tu sais que je ne fume pas. »

Elle sent, dans son dos, Xion tendue comme une corde à linge, épuisée par seulement ce début de conversation. Elle allume sa cigarette. Kairi claque de la langue et Nina ricane. Ça y est, elle a réussi à l'énerver.

« Tu ne sais pas qu'il est malvenu de fumer dans un lieu clos en présence de non-fumeuses ?

— Tu ne sais pas qu'il est malvenu d'entrer chez les gens sans y être invitée ? Personne n'aime les fouineuses, Kairi, surtout celles à la tête trouée. Mon frère est peut-être un abruti, mais ce n'est pas un démon. Vanitas n'est pas un prénom si rare.

— Tu n'as aucune idée de l'état dans lequel est cet humain. Il est hautement perturbé.

— Si ça l'inquiétait vraiment, il serait venu nous consulter.

— Le pire c'est qu'il ne s'inquiète pas ! Il est persuadé d'être amoureux du démon. Et il ose … Il ose dire que c'est normal. »

Le dégoût dans la voix de la sorcière est flagrant. C'est peut-être ça, ou peut-être la détresse de ses sœurs qui fait descendre Esmeralda de l'observatoire. Défensive, une main sur la hanche et le sourire le plus piquant du monde.

« Qui c'est, elle ?

— Elle était à l'AIMBS avec nous. »

Nina grince entre ses dents, à ce stade, et Xion clarifie d'une petite voix :

« L'Académie Internationale de Magie, de Bizarre et de Sorcellerie.

— De Bizarre ? Il y avait bizarre dans le nom de votre école ? Ceci dit, quand on la voit …

— Je suis toujours là !

— Exactement. »

Nina s'approche, un bras sous la poitrine, l'autre tenant sa cigarette. Elle prend une bouffée. Expire. Inspire à nouveau.

« Et si c'était notre Vanitas ? Qu'est-ce que tu peux faire ? Tu le prends personnellement parce que tu reconnais tes propres symptômes ? Mais aimer mon frère, c'est pas une maladie. Aimer mon frère c'est un privilège dont tu n'as jamais été digne. »

Elle recrache sa fumée dans le visage de la sorcière rousse, qui ne manque pas de tousser, faisant de grands gestes de la main pour écarter le nuage. Nina sourit de toutes ses dents.

« Sashay, away. »

Elle recule d'un pas.

« Xion. Bannis-la. »

La sorcière aux yeux bleus ne répond pas verbalement, mais Nina sent les dalles sous ses pieds se mettre à vibrer, prendre vie. Chaque tuile du toit, chaque poutre de la charpente, chaque pierre et chaque gramme de ciment, chaque vitre, chaque latte de plancher : toute la maison s'éveille à l'appel de Xion. C'est chez elle. Chez elles, leur maison. Xion refuse que quiconque puisse toucher à ça.

« … et toutes les échardes et toute la poussière. Je déclare solennellement que Kairi est ennemie de cette maison, et je la bannis. »

Elle aurait dû avoir le temps de réagir. Elle l'aurait fait si elle s'était souvenue de Xion, ou si elle avait seulement eu un peu de jugeote. Mais elle a cru que la sorcière n'irait pas jusqu'au bout, et elle est prise de court par le courant d'air affreux qui la repousse de l'autre côté de la porte, lui fait dégringoler les marches du perron et l'éloigne encore, à douze pieds de distance de la maison. Avant de fermer la porte, Xion lui sourit.

« Une sorcière qui ne connaît pas la valeur des secrets est une sorcière qui mourra brûlée. Prends soin de toi, Kairi, et par là je veux dire ne reviens plus jamais. Mais je sais que tu oublieras ce que je viens de dire. »

.

Il fait chaud, bien chaud dans la maison. L'énergie que Xion donne aux murs vibre partout, et la sorcière a posé la tête sur les genoux d'Esmeralda, épuisée. Bientôt, ça se calmera, le nom et l'odeur de Kairi rejoindront définitivement la liste noire de la maison, et Xion pourra récupérer. En attendant, elle accepte la tasse de camomille que Nina lui tend, et ferme les yeux. Esmeralda passe une main douce dans ses cheveux, murmure des mots en égyptien. Xion sent l'énergie vitale de la danseuse courir dans ses veines, se mélanger à la sienne.

« Merci. »

Un baiser sur son front. Esmeralda prend une gorgée de son propre thé et Nina allume une cigarette.

« Elle était amoureuse de Vanitas, cette fille ? »

Xion opine du chef, et Nina soupire.

« S'il n'y avait que ça.

— Quoi ?

— Le pire, c'est que Vanitas était amoureux d'elle. »

Xion ne le voit pas, mais elle devine qu'Esmeralda fronce les sourcils. Les amours à sens unique et leurs drames, elle connaît. Mais ça ? Nina se positionne plus confortablement sur son fauteuil et grince en tapotant la table à côté. Vide. Elle se lève brusquement, marche vers la table centrale qu'elle commence à caresser.

« Le cendrier n'est pas là, prévient Esmeralda. »

Et Nina disparaît un moment. Xion l'entend jurer, et se lève légèrement pour sonder la pièce. Elle ne voit pas le cendrier, et se résigne à rejoindre Nina, dont la voix se fait à nouveau entendre.

« Ça va ? Tu t'es fait mal ?

— Non. C'est bon. »

Et Xion roule des yeux. Elle sonde la cuisine.

« Le cendrier est à côté du four. »

Nina le trouve plus facilement, l'attrape à pleines mains avant de retourner à la véranda, manquant de bousculer Xion au passage.

« Merci, c'est pour les chiens ?

— Je l'aurais trouvé de toute façon. »

Et Xion serre les dents. Elles retrouvent les fauteuils où Esmeralda les attend, pleine de questions. Nina repose le cendrier à sa place, fait la moue. Xion enfonce le visage dans la poitrine d'Esmeralda, où il fait chaud et si doux.

« Qu'est-ce qu'il y a ?

— Rien. »

Esmeralda les regarde tour à tour, surprise par la mauvaise humeur nouvelle. Les répercussions de l'apparition de Kairi ? Mais elle ne veut pas changer de sujet.

« Elles étaient ensemble alors ? Kairi et Vanitas ?

— Pendant un temps, oui. En secret. Kairi le trouvait pas assez bien pour elle. »

Les yeux d'Esmeralda grandissent, pleins d'un intérêt nouveau. Elle n'imagine pas Vanitas accepter ça de la part de qui que ce soit. Nina soupire.

« La rumeur a fini par se répandre qu'elles étaient ensemble, alors Kairi l'a largué.

— Aïe.

— Comme tu dis. Après, ça a été la descente aux Enfers. Les deux années suivantes, elles se sont fait crasse sur crasse. On croirait pas comme ça, mais Kairi est plutôt forte à ce petit jeu. Pas autant que Vanitas, ceci dit.

— Et ça s'est terminé …

— Quand Vanitas s'est fait virer pour tentative de meurtre.

— Pour quoi ? »

Nina sent le regard d'Esmeralda sur elle, le devine choqué, et elle ricane en allumant sa cigarette. Elle hausse les épaules.

« C'était la belle époque. »

.

.

.

Alors oui. Nina regardait RuPaul's Drag Race, d'où le « Sashay, away ». Aussi, la société sorcière est matriarcale, alors féminin pluriel. J'ai vaguement une idée de l'évolution des dynamiques de pouvoir liées au genre dans la société sorcière, mais c'est une chose sur laquelle je m'appesantirai plus tard (peut-être). En tout cas si vous aviez un doute, oui, Vanitas est un mec ici, mais quand on parle de lui et d'une meuf, ce sera « elles ».

(L'histoire explique aussi le choix de Circé pour le nom de leur couvent et uuuugh. J'ai envie de tout expliquer mais mieux vaut le montrer petit à petit en espérant éviter les incohérences.)