Yo !
Alors celui-ci est super court. Le plus court du recueil, mais ? J'avais envie de l'arrêter là.
Bonne lecture !
Réveil
La maison ne devrait pas être silencieuse. La maison n'est jamais silencieuse quand Esméralda se réveille, il y a toujours du bruit dans la cuisine, ou des clients en bas, ou alors Xion qui parle toute seule. Nina qui trébuche et jure.
Esméralda en serait à croire qu'elle s'est réveillée trop tôt, mais le soleil est levé, il fait un jour clair qui tape contre ses rideaux de velours ambre et se glisse à travers le trou que les années y ont fait pour venir caresser le tapis persan. La lumière est chaude. Douce. Angoissante. Dans un grand mouvement, elle soulève sa couverture, saute de son hamac. Ses chevilles craquent ensemble quand elle touche le sol, réveillant Djali au passage. Elle ouvre les rideaux, plisse les yeux à la lumière éclatante. Elle fait craquer sa nuque, ses genoux et ses hanches, ses épaules et ses poignets. Plus lentement que son esprit, son corps se réveille.
Elle bâille à s'en décrocher la mâchoire, étend les bras vers le ciel, mais comme un serpent étrangleur l'angoisse ne veut pas partir. Peut-être les relents d'un mauvais rêve, oui, elle a fait un mauvais rêve, ça lui dit quelque chose, une limite de temps et la peur pour ses sœurs, Vanitas en suprématie et quelque chose qui avale tout. Elle frissonne. Le soleil peut briller tant qu'il veut l'hiver est encore là, et elle se penche pour ramasser une robe-pull qu'elle enfile en tremblant. Un murmure qui vient d'en bas, elle tend l'oreille.
Elle attrape un foulard pour empêcher ses cheveux de tremper dans le café qu'elle attend avec impatience, descend les escaliers à la hâte. Assise à la table de la cuisine, une tasse de café devant elle et la fumée montant de sa cigarette, Nina lit un livre. Quelque chose cloche, et Esméralda met un temps avant de mettre le doigt dessus. Elle déglutit. Ça lui revient. Comme une baffe.
« Nina …
— Esméralda ! Il reste du café. T'as bien dormi ?
— Qu'est-ce que tu as fait ? »
Nina tourne la tête, pour regarder autour d'elle. Ses yeux se posent finalement sur quelques bocaux, et elle sourit.
« Ah, ça ! J'ai juste traduit les étiquettes, t'inquiète. J'ai pas retiré les tiennes.
— Où … Où est ton frère ? »
Les yeux de Nina se couvrent, et elle pose son livre, face contre la table.
« Je te signale que c'est ton frère aussi maintenant. Et il dort aussi, il devait récupérer. Il est dans sa chambre. »
Esméralda n'attend pas. Elle bondit, comme sur des ressorts, reprend les escaliers en sens inverse et ouvre la porte de la chambre de Vanitas à la volée. Des crânes et des livres sur les étagères. De la peinture noire aux murs. Et quelqu'un dans le lit. Quelqu'un qui a les cheveux bleu sombre et la poitrine bandée, et la peau pâle. Quelqu'un qu'Esméralda n'a jamais vu, et qui dort dans le lit de Vanitas. Sa respiration s'accélère, elle court à nouveau jusqu'à sa sœur.
« C'est qui. »
On ne dirait même pas une question. Elle est trop sidérée pour ça, se questionner sur son intonation. Nina a très bien compris.
« Qui, quoi ? »
Ou pas. Esméralda reprend sa respiration, tourne la tête de tous les côtés.
« Qui dort dans le lit de Vanitas ?
— Dans le lit de qui ?
— Dans la chambre de Vanitas ! Il y a un … une … Il y a quelqu'un qui dort, c'est qui ?
— Mais je sais pas de quoi tu parles c'est pas en criant que je vais mieux comprendre !
— Je te dis qu'il y a quelqu'un que je connais pas dans la maison, pourquoi Xion ne fait rien ?
— De qui ? »
Esméralda recule d'un pas. Elle entend la porte d'entrée qui s'ouvre. Des chaussures qu'on retire et quelqu'un les rejoint. Lui, Esméralda le reconnaît. Blåmåne, le maudit. Il lui adresse un geste de la tête, puis rejoint Nina. Il pose la main sur son épaule un instant, et la sorcière se détend.
« Qu'est-ce qui se passe ?
— Je sais pas. Esméralda fait une blague pas drôle.
— Tu –
— Bonjour. »
Les pas dans les escaliers, personne ne les a entendus. Il est silencieux, le petit bonhomme qui vient de descendre. Esméralda devine son bandage sous la couverture qui le recouvre. On ne voit qu'un seul de ses yeux, et il est bleu comme ceux de Xion.
« Ienzo ! Tu n'as pas trop mal ? Tu devrais pas te lever. »
Nina quitte la table pour rejoindre le nouveau venu, le prend dans ses bras. Par-dessus l'épaule de Nina, Il sourit à Esméralda. Et elle sait. Elle ne connaît pas ce visage, non, mais entre mille elle saurait reconnaître le sourire de Vanitas.
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Voilà … ?
On sait toujours pas ce qui s'est passé. Ha. Mais au moins cette fois j'ai mon idée de ce qui s'est passé.
