3.

Roi

Les pom-pom girls étaient des êtres angoissants...

Bien sûr elles étaient très jolies avec leurs beaux cheveux qui volaient autour de leur visage souriant, avec leur chorégraphie bien coordonnée, en secouant gracieusement leurs petits pompons aux couleurs du lycée.

Pourtant, quelque chose me terrifiait chez elles...

Peut-être était-ce le slogan qu'elles lançaient comme des robots correctement programmés, la manière inhumaine qu'elles avaient d'être parfaitement synchronisées ou alors le t-shirt avec ma tête placardé en gros, dessus, qu'elles arboraient fièrement devant ce foutu bahut, à la vue de tous.

- M-C-C-A-L-L Scotty ! Lancèrent-elles en chœur. Fêtez l'avènement de notre Roi !

- Mais qu'est-ce que c'est que ça ? M'exclamais-je face aux cherleaders.

Un sifflement parvint à ma droite où Malia était adossée à la voiture d'Allison en contemplant le spectacle.

- Eh ben, elle a mis le paquet cette fois.

- Comment ça ? Qui a fait ça ?

Elle me lança un regard blasé avant de pointer du doigt la flamboyante rouquine qui sortait de l'établissement et fonçait droit sur nous en faisant claquer bruyamment ses talons hauts.

Cette dernière se positionna juste devant nous deux, les deux poings sur ses hanches et, nous lança un regard de lionne fière.

- Alors ? Vous en dites quoi ? Demanda-t-elle.

- Que tu aurais quand même dû prévenir le petit louveteau, avant de te lancer dans ton projet de conquête du Monde.

- Je sais que je me répète, les coupais-je brusquement, mais qu'est-ce que c'est que ça ?

- Ta campagne. Répondirent-elles au même moment, comme une évidence.

Je fronçais automatiquement les sourcils en leur lançant mon regard le plus confus pour bien leur signifier qu'elles m'avaient totalement perdu.

Visiblement aucune de mes deux amies ne semblaient voir où était le problème et je dus répéter ma question, à nouveau, pour que l'une d'elles daigne enfin me répondre clairement.

- C'est ta campagne pour le bal d'hiver. Lâcha Malia

- Quoi ?! Quelle campagne ?! Pourquoi faire ?!

- Pour être Roi du bal d'hiver, crétin. Écoute un peu quand on te parle. Soupira Lydia en levant les yeux au ciel.

- C'est vrai Scotty ! Ironisa Malia en me lançant une tape sur l'épaule. Ta tête avec une grosse couronne, sur la poitrine des p'tites copines pom-pom girls de Lydia ne t'avait pas mis la puce à l'oreille ?

- Mais... Mais... Mais...

Je répétais ce mot, inlassablement, incapable de réfléchir clairement face à la bombe qui me tombait dessus.

J'avais beau farfouiller au plus profond de ma mémoire, je n'arrivais pas à me souvenir d'un moment où j'avais émis l'idée d'être Roi du bal de l'hiver... D'un bal tout court, même !

C'était typiquement le genre qui ne me ressemblait pas du tout. Les paillettes, la réputation... Tout ça me paraissait déjà suffisamment flippant de là où j'étais, déjà...

- Écoute Scott, je serai la Reine du bal de l'hiver et il est hors de question que je sois élue au bras d'un tocard ou d'un inconnu moins populaire que moi, tu es le seul digne de ma royale personne. Lâcha Lydia implacablement.

- Mais... Tu peux pas me... Et puis qui te dit que tu seras Reine, d'abord ? Bafouillais-je stupidement.

C'était une question rhétorique assez idiote, je l'admettais volontiers. Je le savais aussi bien qu'elle mais, la panique ne me permettait pas de réfléchir clairement.

Lydia était aussi féroce que cruelle envers la concurrence, surtout dans des concours de popularité comme les bals. Absolument personne ne doutait du fait qu'elle pouvait tuer quiconque se mettait entre elle et sa couronne, elle en était purement terrifiante...

Quasiment personne n'osait postuler pour le titre, de peur de finir dans les griffes de ce monstre au visage humain. Et quand je disais « quasiment personne », je repensais à cette pauvre Patty Spellman qui devait encore s'en mordre les doigts d'avoir osé défier Lydia pour le bal du printemps dernier.

Je n'étais pas resté suffisamment longtemps pour assister à l'exécution publique, mais on m'avait rapporté que cela avait été plutôt sanglant...

Je restais assez curieux à propos de cette fameuse bataille, ce soir-là, mais je n'osais pas réellement demander des détails à la principale intéressée, car elle finissait toujours par me faire ce sourire flippant que, seul, un démon était capable d'avoir juste après avoir accompli un méfait.

- Je serai Reine. Annonça-t-elle comme une évidence.

- Peut-être pas. S'enquit subitement Malia.

Je pivotais brusquement ma tête vers Malia, à la même vitesse que Lydia.

- Et qui se sera, sinon moi ?

- Ben ça peut être Allison !

Allison sortie de sa voiture en s'excusant du retard avant de buguer face aux cherleaders qui continuaient encore et toujours leur spectacle à ma gloire.

- Euh... il se passe quoi, là ?

- Tu postules pour être Reine ?! Rugit Lydia.

- De quoi ? Allison nous lança un regard d'incompréhension.

- Réfléchis ma Lyd's... Enfin une adversaire que tu ne peux pas pousser dans les escaliers ou détruire la réputation et l'avenir pour gagner. Lança joyeusement Malia, un sourire mutin sur les lèvres. Un véritable duel, ça donne tellement envie et ça ne te rend pas curieuse ?

Je n'étais pas tout à fait certain de comprendre où Malia voulait en venir avec cette idée, mais je n'aimais pas du tout le regard de Lydia.

Il n'était pas agressif ou meurtrier, comme on pouvait l'imaginer, mais il semblait recouvert par un voile que je connaissais bien pour l'avoir déjà vu : La frustration et l'inquiétude.

Il était vrai que, depuis son arrivée, Allison avait énormément gagné en popularité et ce, sans même faire le moindre effort.

Sa nature gentille et son côté serviable et droit avait fait d'elle une véritable idole au sein du lycée. De plus, elle était aussi très belle et dégageait quelque chose d'unique.

Malia et moi nous amusions souvent à la comparer à une sorte de princesse Disney tant elle était accessible et adorable avec tout le monde, ce qui rendait Lydia furieuse, craignant qu'elle ne se fasse avoir pour sa trop grande compassion.

A ce niveau-là, la Reine de BHHS nous plaçait, tous les deux, dans la même catégorie : les généreux imbéciles.

Mais Malia avait raison pour cette fois. Allison pouvait être très gentille, elle restait honnête et loyale et ne pardonnerait sûrement pas les coups bas de Lydia. La Reine du lycée ne pouvait pas se laisser aller à ses petites habitudes tordues et, j'étais persuadé que c'était surtout ça qui l'énervait autant que ça ne l'inquiétait.

- Mais je ne veux pas postuler. Lança brusquement Allison en levant les deux mains en signe d'apaisement.

- Elle ne veut pas postuler, tu vois ? Alors, fermes-là et laisse travailler les gens occupés, mademoiselle J'ai-du-temps-libre ! Lâcha brutalement Lydia en fusillant Malia du regard.

Il y avait toujours cette drôle de relation entre ces deux-là que personne ne parvenait vraiment à expliquer et, plus on avançait dans le temps, plus être tenu à l'écart m'énervais.

J'avais l'impression que Malia prenait un malin plaisir à mettre Lydia à bout et à la provoquer ouvertement uniquement pour attirer son attention et tester ses réactions, comme si tout ça n'était qu'un simple jeu.

Lydia, quant à elle, s'amusait aussi à provoquer sa Némésis au plus au point, mais semblait perturbée par la distance qu'elle voulait imposer entre Malia et elle. Elle se mettait toujours au-dessus des autres, mais à de rares moments, Malia devait bien être la seule qu'elle acceptait parfois de mettre à son niveau.

J'avais souvent discuté avec Allison de l'étrange lien qui les connectaient toutes les deux, mais ni elle ni moi ne parvenions à déterminer l'étrange atmosphère et la véritable relation qu'elles entretenaient.

On était, cependant, d'accord sur le fait qu'il y avait un truc entre ces deux-là et notre ignorance à ce sujet nous agaçait autant Alli' que moi.

- Bon, les votes commencent demain alors il faut vraiment mettre l'accent sur ton look. Commença Lydia en me jetant un regard lourd de jugement. Tu as toujours le look un peu chic et décontracté, n'est-ce pas ? Alors, tu le mettra.

- Mais je n'ai pas demandé à être Roi, Lyd's. M'entêtais-je. J'en ai pas envie.

- Ne me dit pas que tu as la trouille ? Attaqua-t-elle pour me provoquer.

- Oui, c'est exactement ça.

Je n'avais pas de temps à perdre à faire semblant de ne pas avoir la frousse alors que, si, je pétais littéralement de peur face à l'adversaire et même au sacrifice qu'on me demandait de faire.

J'avais peut-être un nouveau look, un peu plus confiance en moi et j'étais nettement moins naïf qu'avant, mais je restais toujours le même et attirer l'attention, très peu pour moi, surtout après cette fameuse histoire dont je tairais le nom.

De plus, de la même façon que Lydia était la seule à postuler parce que les autres la craignait, face à moi j'avais le pire du pire !

Si on pensait que Lydia était cruelle et mesquine, Jackson était cent fois pire qu'elle. Il était calculateur et impulsif, arrogant et sadique... En plus, il prenait sincèrement plaisir à se faire craindre de ses adversaires à la cross, à la natation comme partout ailleurs.

Je ne me sentais toujours pas de lui faire face intimement, malgré toutes ces semaines depuis la rentrée et l'affaire désormais tassée. Alors lui faire face sur un podium, se rapprochait le plus de mon pire cauchemar.

Je trouvais ça assez bizarre qu'il ne tente rien malgré mon retour ici, contrairement à Stiles qui essayait vainement de m'embusquer au minimum une fois tous les deux jours, partout dans la ville.

Paradoxalement, le seul endroit où j'étais tranquille, c'était à la réserve Hale où j'avais commencé, quelques semaines auparavant. J'étais persuadé que Stiles allait se servir de son petit-ami pour se rapprocher de moi mais Derek ne laissait absolument rien transparaître et j'admirais beaucoup ce côté de lui.

C'était loin d'être facile de dialoguer avec ce gars mais il était droit et, professionnellement, il m'apprenait comme jamais je n'avais appris de personne, jusqu'à présent et travailler avec lui était un véritable plaisir.

- Scott Gregorio McCall ! Commença Lydia. Tu ne peux pas te permettre d'être effrayé. Tu n'es pas tout seul et on te soutiendra toujours quoi qu'il arrive peu importe le combat.

- Ce n'est pas un combat que j'ai choisi. Me plaignis-je.

- Arrête de faire l'enfant, il ne te fera rien parce Malia le tuera avant.

- Et a quel moment je deviens ton pitbull de compèt' ? Demanda cette dernière.

- Ton côté chienne, sûrement.

Cette dernière haussa un sourcil à l'attention de notre amie qui lui gratifia de son meilleur sourire de peste alors qu'Allison levait déjà les yeux au ciel.

La sonnerie retentie et je dû subir une ola de la honte quand je passais à côté des pom-pom girls. Elles tournoyèrent, quelques secondes, autour de moi avant de prendre le chemin du stade en sautillant avec la grâce des danseuses étoiles.

J'atterris en cours d'Histoire sous l'acclamation d'une bande de supporters, probablement payés par Lydia, qui ne manquèrent pas de me faire remarquer en jetant des confettis et des serpentins un peu partout autour de moi et en distribuant des pin's avec ma tête dessus, à tout le monde.

Malia avait raison, Lydia avait vraiment mit le paquet pour cette foutue campagne. Je commençais à me sentir de plus en plus mal de ne pas être prêt à affronter une telle épreuve pour mon amie.

De toute façon, ce n'était pas comme si je pouvais vraiment reculer maintenant que Lyd's s'était assurée que le bahut entier soit au courant de « mes » projets d'élections.

Je doutais sincèrement que Jackson ne la laisse aller jusqu'au bout et, même si un tel miracle existait, je n'étais certainement pas aussi populaire et apprécié que lui. Il restait le grand et puissant Jackson Whittemore, après tout.

Les cours se passèrent relativement bien… Je continuais d'esquiver les petits mots de Stiles et j'essayais d'ignorer au mieux les regards d'Isaac qui me brûlaient le dos.

Je recevais, toutes les cinq minutes, un message de Lydia me conjurant d'accepter d'être le futur Roi et ceux de Malia me promettant qu'une fois Roi, je serais en mesure de décapiter qui je voulais.

En Anglais, Lydia était encore en train de me harceler pour que j'accepte son funeste projet quand Malia s'amusait encore à me faire sourire à me proposer toutes sortes de caprices loufoques et particulièrement illégales que je pouvais accomplir une fois devenu Roi du bal, comme si le titre était parfaitement légitime.

Pourtant, le dernier message de Malia n'était sûrement pas destiné à être drôle et me déstabilisa l'espace de quelques secondes.

« Une fois Roi, sûrement que l'ancien monarque daignera enfin te regarder à nouveau quand il te cèdera sa couronne. »

Au départ j'avais eu du mal à comprendre ce message avant de me rendre compte que, depuis plusieurs semaines, Jackson n'était plus du tout dans mon champ de vision.

On avait quelques cours en commun et il les séchait tous. Il n'était plus au réfectoire quand j'y étais et je n'arrivais pas à me souvenir de la dernière fois que j'avais eu la malchance de l'apercevoir dans les couloirs.

Tellement occupé à prier pour ne pas être dans son champ de vision, je n'avais même pas remarqué qu'il avait disparu complètement du mien.

Mon cœur se serra une seconde en pensant que j'avais totalement occulté cette information. J'étais toujours en colère contre lui et notre relation était restés au point le plus mort mais, j'étais tellement occupé à esquiver les assauts de Stiles que je l'avais oublié, lui.

C'était complètement con, je le savais pertinemment, mais je n'arrivais pas à m'empêcher de me sentir coupable et d'être vexé de n'avoir même pas remarqué ça tout seul.

Je commençais lentement à étouffer dans cette classe qui me semblait, soudainement, bien trop petite pour moi. J'essayais vainement de contrôler mon malaise mais rien n'y faisait et mon mal ne me quittait toujours pas.

Je finis par lever la main et sortit de la classe en donnant une excuse bidon avant de me précipiter dehors en espérant que mon inconfort disparaisse.

Je traversais les couloirs vides remplis de souvenirs douloureux à propos de ce stupide gars qui avait tant compté pour moi et qui m'avait trahi de la plus horrible des façons.

Lorsque j'étais à San Francisco, je m'imaginais souvent que je vivais un mauvais rêve et que j'allais finir par me réveiller dans les bras de Jackson en me sentant complètement con d'avoir imaginé un scénario pareil.

C'était tellement stupide que je ne pouvais pas m'empêcher de me foutre de ma propre gueule en repensant à cette idiotie. Mais, à ce moment-là, je l'espérais tellement fort que si Lydia ne m'avait pas extirpé de mon lit à coup de pied de biche, j'y serais encore à m'inventer une toute autre vie que celle que j'ai maintenant.

Je finis par me retrouver devant la porte de la salle des sportifs et me mit a hésiter longuement. Je n'avais pas envie qu'il soit derrière mais si je ne trouvais personne, je savais déjà que je serais déçu.

Ça paraissait idiot et, ça l'était sûrement mais je ne pouvais pas m'empêcher de ressentir ce paradoxe. Je n'avais pas envie de lui faire face et je ne savais même pas ce que je pouvais bien lui raconter mais si je ne lui parlais pas, si je ne le voyais pas, mon inconfort ne ferait que grandir, encore et toujours et il finirait par me rendre la vie impossible.

Je pris mon courage à deux mains et ouvrit la porte pour tomber sur une paire d'yeux clairs qui me rendit confus et légèrement gêné.

- Euh… Salut.

- Salut.

Je me sentais un peu bête face à ce garçon qui était en train de se changer et qui me lançait un regard inquisiteur.

- Tu as besoin de quelque chose ? Demanda-t-il gentiment.

- Euh non… Je cherchais…

Ma voix s'arrêta subitement quand je le vis refermer un certain casier avec une clé. Mes sourcils se froncèrent automatiquement et ne put me retenir d'ouvrir ma bouche avant même que mon cerveau ne s'actionne.

- Euh… C'est le casier personnel de Jackson, ça.

- Ah, plus maintenant. Dit-il en me faisant un petit sourire gêné.

- Il a changé de casier ?

- Non, il n'est plus dans l'équipe.

Mes yeux s'exorbitèrent soudainement face à l'information que je venais de recevoir.

- Euh… Mais… C'est lui le capitaine, non ?

Je voulais me donner des gifles mentales, bien sûr que c'était lui le capitaine ! Ça l'avait toujours été depuis son entrée au lycée, c'était complètement con de demander un truc pareil mais je n'arrivais toujours pas a réfléchir correctement.

Mon cerveau refusait de comprendre l'information et je n'arrivais pas à trouver une théorie crédible quant à la mystérieuse réponse du gars qui me faisait face.

Cette journée était un véritable parcours du combattant au niveau cérébrale, décidément…

- Non, Isaac a repris le titre.

Je ne pensais pas que mes yeux pouvaient s'agrandir plus mais, visiblement, ils étaient capables de ce prodige.

Mais c'était quoi cette journée de dingue ? Depuis quand Isaac était le nouveau capitaine de l'équipe ? Est-ce que Jackson était même au courant ? Pas sûr, il l'aurait définitivement tué, sinon…

- Ah euh… Ok. Lâchais-je confus. Alors je suppose qu'il est à la piscine avec son autre club…

- Non, il a été viré de l'équipe de natation également, c'est Aiden Steiner qui a reprit son rôle, je crois. M'informa le gars.

- Comment ça « viré également » ?

- Ben je ne connais pas les détails parce que je suis rentrée que cette année mais il a pété les plombs en fin d'année et il s'est fait jetés par le coach.

- Il a pété les plombs ? Répétais-je abasourdi.

- Ouais, d'après les rumeurs, il y a eu une histoire de sexe tape et sa nana aurait pété les plombs avant de se barrer. Il a finit par en devenir fou et a commencé a faire n'importe quoi.

- Quoi ?! M'exclamais-je brutalement.

- Ouais, c'est con, hein ?

- Tu… Tu sais où je peux le trouver ? S'il est au lycée ou…

- Euh… Non, désolé.

Je sortis de la salle complètement sonnée par toutes ces nouvelles révélations. Je n'avais même pas tiqué quand j'avais appris que cette seconde croyait que j'étais une fille, trop inquiété par le reste.

Jackson ne perdait pas le contrôle de lui ou de la situation, jamais.

C'était bien son problème majeur, d'ailleurs. Ce mec ne savait jamais lâcher prise, comme un molosse sur un os à ronger.

Je savais que mon départ avait dû rendre sa situation tendue et j'éprouvais un plaisir malsain à me l'imaginer mais j'ignorais que c'était au point de perdre tout ce qui était important pour lui.

J'étais en train d'errer comme une âme en peine à travers le couloir, le cerveau noyé sous la montagne d'infos, quand une odeur de cigarette, provenant de la porte de secours non loin de là où je me trouvais, parvint à mes narines.

L'odeur n'était vraiment pas agréable et commençait à me rendre migraineux. Le fumeur en question allait sûrement finir par se faire chopper par un surveillant ou pire, par le coach…

J'ouvris la porte de secours avant de la refermer derrière moi. L'odeur de clope était omniprésente malgré l'air extérieur. Je savais, de source sûre, que le fumeur était juste à l'étage en dessous de moi.

- Tu devrais éteindre la clope, si tu te fais attraper, tu seras viré. Prévins-je en descendant les marches.

Mon corps tout entier se figea brusquement en voyant Jackson, assit, sur une marche en fer, clope au bec et les yeux rivés sur son téléphone.

J'étais planté à quelques mètres de lui mais je pouvais nettement entendre la musique que lui crachait ses écouteurs, signe qu'il n'allait pas tarder à finir sourd s'il continuait à écouter de la musique aussi forte.

Il ne m'avait pas encore vu, j'avais donc tout le loisir de fuir avant même qu'il ne se rende compte de ma présence.

C'était sûrement ce que j'aurais fait si les paroles de cette seconde ne m'étaient pas revenus soudainement en mémoire et si je ne ressentais pas le besoin viscéral et coupable de m'assurer de son bien-être.

Je finis par m'asseoir, juste en face de lui, à quelques mètres et dos au mur. Je n'avais pas envie de rester debout, je n'étais pas sûr que rester assis m'aide vraiment, il me fallait quand même une échappatoire, au cas où les choses dérapaient.

Mais je savais aussi que je n'arriverais pas a rester debout, pas avec lui. Mes jambes allaient finir par flancher et je n'allais pas sortir indemne de cette rencontre, peu importait la nature de l'entretien.

Plus les secondes défilaient et moins je ressentais ce courage dont j'avais fait preuve depuis mon retour à Beacon Hills. Ça venait sûrement du fait que je ne m'étais pas retrouvé seul avec lui, de mon plein gré, depuis un très long moment.

J'avais toujours cette curieuse impression d'être vulnérable quand nous étions seuls. Ça ne m'affectait pas autant lorsque nous étions en couple, Lydia pensait que c'était parce que j'occultais inconsciemment un bon nombre de choses pendant notre relation.

J'étais toujours mitigé entre la colère et le chagrin en le voyant… Il était toujours aussi beau et dégageait cette même aura royale qu'il avait constamment autour de lui mais quelque chose avait changé, depuis mon retour.

Pour une raison que j'ignorais, c'était quelque chose qui me vexait énormément mais je devais prendre sur moi pour ne pas péter les plombs et ruiner tout mes efforts depuis mon départ.

Finalement j'aurais mieux fait de laisser tomber et de continuer ma vie de mon côté, loin de lui, et de tout ce qui était néfaste à mon existence mais la curiosité était si forte qu'elle me bloquait à ma place.

- Comment va ton père ?

Sa question était sortie tellement subitement qu'elle me fit sursauter violemment. Je fronçais les sourcils alors qu'il n'avait même pas prit la peine de lever le regard de son téléphone, comme si je ne valais même pas cette peine.

La manière qu'il avait de ne pas me regarder dans les yeux était une chose qui me rassurait et m'énervait à la fois. Je m'énervais bien plus, de ressentir toutes ses émotions négatives me traversaient…

Je ne savais même pas si j'avais envie de lui répondre, tant sa question m'énervait pour une raison inconnue.

Je notais tout de même l'effort d'avoir prit en compte ma présence, trop gentil que j'étais, je finis par soupirer.

- Bien. Grognais-je.

- Tu as parlé avec ta mère ?

Mais qu'est-ce qu'il me faisait, là ? J'étais en face de lui, plutôt calme à première vue et la seule chose qui trouvait à me demander c'était des nouvelles de mes parents ? Est-ce qu'il était aussi con que je le pensais ?

- Qu'est-ce que ça peut te faire ?

Ses prunelles claires entrèrent en contact avec mon regard chocolat avant de se replonger rapidement sur son smartphone, comme s'il s'était brûlé.

- Tu as besoin de quelque chose ? Demanda-t-il en ignorant superbement ma remarque acerbe.

- Est-ce que tu fais ami-ami avec Isaac pour pouvoir récupérer ton rôle de capitaine ?

Ma question pouvait semblait sèche, et elle l'était sûrement, mais c'était plus fort que moi. Il ne ressemblait plus au Jackson que j'avais connu et ça me mettait de plus en plus mal à l'aise.

J'avais d'abord pensé qu'il pouvait essayer d'utiliser Isaac pour récupérer son rôle de capitaine mais peut-être qu'il faisait semblant de pactiser avec lui pour pouvoir le pousser dans les escaliers et espérer que sa mort lui redonne son titre.

A ma décharge, c'était quelque chose que Jackson, comme Lydia, était parfaitement capable de faire dans la pleine conscience et uniquement pour servir leurs intérêts personnels…

Il tira une latte sur son bâton de cancer avant de laisser s'échapper des volutes de fumée blanche de sa bouche. Il ressemblait à une sorte de dragon qui venait de cracher du feu et n'en paraissait que plus sexy.

- Non. Dit-il le plus simplement possible.

- Comment ça se fait qu'Isaac soit devenu le capitaine ? Et que tu le laisse en vie, surtout ?

Ce gars ne savait même pas comment se mettre sur le banc de touche ne serait-ce qu'une simple seconde. Comment diable Isaac pouvait respirer tranquillement en sachant qu'il détenait le rôle de Jackson ?

- Faut croire que je suis plus gentil, maintenant.

- Tu es bien des choses, Jackson, mais gentil certainement pas. Claquais-je sur la défensive.

- Tu t'inquiètes réellement pour Isaac ?

- Ce qui me surprend c'est que tu tiennes à lui maintenant alors que, quand on sortait ensembles, tu pouvais à peine l'encadrer.

Mes mots sortaient hargneusement, comme si je les lui crachais au visage mais cette situation me dépassait beaucoup trop pour prendre le tout, calmement.

Isaac avait été mon meilleur ami, mon frère de cœur.

Outre le fait qu'il était très mauvais en gestion des amours et qu'il avait de sérieux problèmes de colère à contrôler, je ne pouvais pas oublier tout ce qu'il avait représenté pour moi.

C'était sûrement pour cette raison que ma réaction avait été si violente, en apprenant qu'il avait pactiser avec Jackson.

Pourtant je connaissais la nature altruiste et positive d'Isaac, j'étais en colère et je me sentais trahi mais je m'étais dit qu'il cherchait sûrement un moyen de comprendre Jackson pour espérer réparer quelque chose.

Le genre de truc pour lequel il était particulièrement doué…

- Ce serait un peu long à t'expliquer et tu n'auras ni la patience, ni le calme nécessaire pour m'écouter.

- Arrête de faire ça. Ordonnais-je.

- Arrêter quoi ?

- Arrête de faire le gars calme et sage, tu ne l'es pas et tu ne l'as jamais été.

Il fronça légèrement les sourcils mais n'ajouta rien de plus, ce qui accentua ma frustration.

J'espérais sincèrement qu'il riposte, qu'on se gueule dessus un bon coup, qu'on se batte si nécessaire et qu'on en termine là mais il ne semblait pas de mon avis…

- Comment se fait-il qu'Isaac t'ait pris ton titre de capitaine ? Répétais-je.

Je n'aimais pas du tout ce nouveau Jackson et, peut-être était-ce un peu trop mesquin de ma part mais j'espérais vraiment qu'en appuyant là où ça faisait mal, il reprenne ses anciennes habitudes.

- J'ai quitté la natation et la crosse.

- T'as été viré plutôt, non ?

- Tu devrais arrêter ça, ça ne te va pas du tout. Lâcha-t-il froidement.

- Arrêter quoi ?

D'être en colère après lui ? De me sentir trahi ? De lui en vouloir ? De vouloir rayer cet évènement de mon existence ?

- D'imiter Lydia.

- Je te demande pardon ? Crachais-je en plissant le regard.

- Etre hargneux et rancunier, ça n'a jamais été dans ta nature. Ça, c'est plutôt le style de Lydia et tu ne lui ressemble pas du tout.

- Et qu'est-ce que tu en sais, d'abord ? J'ai forcément changé parce que tu m'as fait changer, je te signale.

- Lydia n'est pas vraiment un modèle à suivre.

- Toi non plus !

J'avais crié, bien malgré moi mais je m'en fichais totalement, à présent.

J'avais l'impression qu'il ne m'accordait aucune personnalité et, qu'à ses yeux, je calquais mes réactions sur celles de Lydia.

Je savais bien ce qu'elle représentait pour lui et sa bande de joyeux lurons mais notre relation n'était pas aussi superficielle qu'une banale histoire de vengeance.

Bien sûr, ils ne pouvaient pas comprendre parce qu'ils n'avaient pas été là mais elle, oui. Je ressentais le besoin de la défendre parce que personne ne le faisait jamais, pensant que Lydia était un genre de machine invulnérable.

- Elle n'est pas parfaite, très loin de là, mais elle a su être là quand j'en avais besoin et me faire avancer au moment où tu m'as vraiment enfoncé au plus profond.

- Tes amis aussi étaient là et pourtant eux, tu ne leur pardonne toujours pas.

- Ça suffit… Je ne vais pas me justifier, surtout pas devant quelqu'un comme toi, Jackson. Murmurais-je entre mes dents.

Je me relevais brusquement avant d'épousseter mon pantalon. Je n'avais pas envie de rester une seconde de plus avec lui, j'avais eu ma dose pour aujourd'hui.

- On se reverra au bal de l'hiver quand je t'arracherai ta couronne. Grognais-je.

- Tu ne peux pas faire ça.

Je retins difficilement un sourire mesquin avant d'hausser un sourcil en faignant à merveille l'innocence. Je savais bien qu'au fond il restait toujours le même monarque, désespéré de garder sa couronne sur sa tête.

Le voir être mit à terre était assez gratifiant, même si je n'avais pas envie d'en faire mon passe-temps. Ça allait bien, juste pour le faire chier, je n'avais pas envie de mourir non plus.

- Et pourquoi je ne pourrais pas faire ça ?

- Parce que je ne postule pas.

Un ange passa alors que mon cerveau semblait victime d'un court-circuit.

J'avais parfaitement entendu ce qu'il venait de me dire mais l'information ne voulait juste pas monter jusqu'au cerveau.

- Comment ça ?

- Je ne postule pas.

- Ne sois pas débile, tu as toujours tout fait pour finir le Roi de ce bahut ! Pourquoi ce serait différent maintenant !

- Parce que ça n'en vaut plus la peine.

Je le regardais bouche bée, incapable de répondre alors que son regard bifurqua sur le sol pour y rester. Quelque chose n'allait pas, c'était sûr…

Une année sans un Jackson Whittemore, Roi ? C'était aussi bizarre et invraisemblable qu'un pays sans dirigeant.

Etre élu Roi était une consécration pour le concours de popularité que les lycéens se livraient depuis la création des lycées. Jackson, comme Lydia, étaient des personnes populaires, fait tout deux pour briller au-dessus des autres et exhiber leur couronne au bas peuple.

- Tu ne peux pas faire ça ! M'offusquais-je. T'as toujours fait cette foutue campagne et t'as toujours été couronné !

- Je sais, oui.

- Alors pourquoi ça n'en vaudrait plus la peine, maintenant ?!

- Parce que ce n'est plus la peine d'être regardé si toi tu ne le fais plus.

Il se redressa avant d'écraser sa cigarette contre le mur et de balancer le mégot dans une poubelle, à quelques mètres, dans un panier parfait.

Il haussa les épaules, me lança un regard désolé et finit par me laisser seul dans cette cage à escaliers.

J'étais totalement incapable de bouger, cette confrontation avait été bien trop bizarre et trop marquante pour moi.

Ça avait été trop tôt dans la matinée, trop tôt dans l'année, trop tôt dans ma vie actuelle… Je n'aimais définitivement pas ce nouveau Jackson.

L'ancien était, au moins plus combattif même s'il en devenait arrogant et dangereux. Celui-ci était pataud et résigné, comme s'il n'attendait plus rien de quoi que ce soit.

L'ancien Jackson avait toujours été effrayant, c'était un fait avéré, mais le nouveau me faisait encore plus peur…

.


Bonsoir !

I'm not dead !

Je ne m'attendais pas à espacer AUTANT mes chapitres mais malheureusement je n'avais pas d'autres choix. Je tenais tout de même a vous laissez un chapitre, au moins, avant le Réveillon, histoire que vous ne soyez pas complètement lésés, c'est Noël après tout !

Et puis c'est aussi un signe pour vous signifier que je suis toujours en vie ! xD

Je vais faire au mieux pour ne pas que vous attendiez aussi longtemps mais je ne peux rien vous promettre... Je peux juste vous dire une chose : RIEN N'EST ABANDONNÉ ! Il faut juste être très patient et je vous en remercie grandement d'avance !

J'espère que ce chapitre vous a plu, n'hésitez pas à me faire part de vos avis (ça fait toujours plaisir !).

Passez de bonnes fêtes de fin d'année et prenez bien soin de vous et de vos proches :-)

J'vous aime !

Votre retardataire dévouée, Akiss4.