Départ d'Arkadia pour Polis

Raven et Luna avait quitté Arkadia depuis seulement cinq minutes, mais Raven n'en pouvait déjà plus du silence entre elles. Elle changeait de position tous les trente secondes, espérant changer ses idées. Malgré tout, c'était peine perdue et elle le savait.

Luna n'était pas aveugle. Elle voyait le malaise que vivait Raven et elle se mise à toucher aux boutons devant elles. Raven fronça les sourcils en la voyant faire du coin de l'œil. Luna pencha son corps vers le tableau de bord se rapprochant ainsi de l'autre femme. Elle garda tout de même son attention vers les boutons qu'elle touchait.

-Qu'est-ce que tu fais?

Luna tourna enfin son regard vers Raven.

-Enfin, tu t'es décidé à parler, se moqua Luna. Je croyais que tu allais rester silencieuse durant tout le trajet.

Raven haussa un sourcil.

-Tu faisais ça pour attirer mon attention?

Luna hocha la tête et Raven soupira en passant une main sur son visage.

-Pardonnes-moi.

Luna posa sa main sur la cuisse de Raven qui dévia son regard vers le geste quelques instants.

-C'est une belle qualité chez toi. Tu t'excuses facilement. Ce n'est pas quelque chose de naturel chez la plupart de mon peuple.

Raven eu un léger sourire.

-Merci...

Luna continua à la regarder et elle lui caressa doucement la cuisse. Raven se força à garder le regard sur la route, mais elle soupira doucement sous la douceur du geste.

-Pourquoi t'excusais-tu?

-Pour le silence malaisant... Et car je dois arrêter de fuir les situations où je dois parler de mes émotions.

Luna resta silencieuse même si elle voulait la féliciter, mais elle resserra sa poigne sur la cuisse pour encourager Raven à parler. Raven lança un rapide regard à Luna avant de lui saisir la main de sa main droite. Elle entrelaça leurs doigts et reposa leur main sur sa cuisse.

-Je veux que tu saches que j'ai réellement des sentiments pour toi. Je t'apprécie beaucoup... Tu es la première personne qui m'est fait sentir comme une vraie femme sans handicap. Tu es tout le contraire de moi, mais malgré tout, à chaque jour, je vois en toi quelque chose que je désirerais avoir en moi.

Raven marqua une pause pour reprendre le fil de ses idées et Luna resta silencieuse, sachant que Raven avait besoin de temps.

-Je sais qu'après notre premier baiser, on s'est dit qu'on s'appréciait et qu'on souhaitait s'embrasser... J'ai toujours cette envie, tu le sais.

Elle regarda Luna quelques secondes avant de continuer son discours.

-Cette soirée-là, c'était super... On a continué à être proche et à s'embrasser, mais le lendemain matin... Je ne pouvais pas faire face à mes sentiments. J'ai peur de perdre et d'être blessée. J'ai toujours été blessée dans mes relations passées. J'ai toujours perdu la personne. Ma vie est remplie d'échecs affectifs. Je crois que je suis maudite. Je suis née sans père et ma mère ne s'occupait pas de moi. Mon premier petit-ami est mort. Et honnêtement, même si les autres hommes que j'ai fréquentés ne sont pas morts, ils ne sont plus dans ma vie.

-Peux-tu arrêter le Rover, s'il-te-plait?

Raven ne s'attendait pas à cette demande. Néanmoins, après un rapide regard interrogatif vers Luna, elle freina et se gara sur le bord de la route. Luna retira sa main de la sienne pour détacher sa ceinture de sécurité et aller à l'arrière. Raven la suivit du regard en fronçant les sourcils. Luna revint après une trentaine de secondes. Elle s'assit sur son siège.

-Je tiens à te remercier de ton ouverte. Je sais que ce n'est pas facile pour toi d'étaler ta vie et tes sentiments et saches que je comprends tes inquiétudes. Je t'apprécie beaucoup, Raven.

Luna sourit et elle balaya une mèche de cheveux du visage de Raven. Sa main caressa la peau de sa nuque et Raven frissonna. La native rapprocha son autre main de Raven et elle ouvrit son poing pour dévoiler un collier en argent.

-Ce collier m'a été offert par mes parents avant mon départ pour Polis. Je devais avoir six ans. Tu as remarqué que c'est une lune. Mon père l'a offert à ma mère en guise de cadeau à leur mariage. C'était sa mère à lui qui lui a offert. À ma naissance, le symbole de lune les a inspirés à m'appeler Luna. Je l'ai reçu avant que Titus ne me trouve et ne m'apporte à Polis pour débuter mon entraînement. J'ai toujours trouvé l'histoire de ce collier magnifique. La majorité de ma famille et de mes ancêtres l'ont reçu de la part d'une personne chère à leurs yeux.

Raven écoutait attentivement les paroles de Luna et cette dernière ouvrit l'attache du bijou avant de l'amener vers le cou de Raven. Celle-ci écarquilla les yeux et saisit les poignets de Luna.

-Tu veux que je le portes?

-Je te le donne, Raven.

-Je ne peux pas accepter.

Luna soupira et tout en continuant de fixer Raven du regard, elle força le passage de ses mains vers la nuque de l'autre femme. Raven laissa tomber ses mains et Luna attacha le collier. Chose faite, elle saisit chaque main de Raven.

-Je veux continuer cette tradition. Je l'ai amené avec moi de Polis à Arkadia, car je souhaitais te l'offrir même en croyait que tu allais peut-être, dans le pire des cas, mourir de tes blessures. Maintenant que tu es en pleine forme et de retour avec moi, je veux toujours te l'offrir. Tu es la seule personne avec qui je me sens si bien et si je suis sincère... J'ai beaucoup d'affection pour toi.

Raven fut submergée par ses émotions. Toute l'anxiété qu'elle ressentait, toute l'affection et l'amour qu'elle souhaitait partager avec Luna et toute la peur en elle se condensèrent ensemble et elle se mise à pleurer. Ses yeux furent mouillés et quelques larmes s'échappèrent. Malgré les larmes, elle parvint à sourire et Luna soupira de soulagement.

-Je peux t'embrasser?

Raven hocha la tête et Luna pris quelques secondes pour essuyer ses joues mouillées avant de se rapprocher de l'autre visage. Une main restait dans celle de Raven et une autre main reposait sur une joue. Leur baiser était tendre et non précipité. Leurs lèvres reposaient doucement les unes contre les autres et elles appréciaient seulement le moment. La main libre de Raven alla s'enfouir dans les cheveux bouclés de Luna qui, enfin, fut la première à bouger sous le geste. La main dans les cheveux l'avait encouragée et elle pencha sa tête sur le côté. Elle entendit un soupir, alors qu'elle ouvrait ses lèvres pour mieux les refermer contre celles de Raven.

Les deux bouches restèrent collées l'une à l'autre durant encore une minute avant que Luna ne se recule pour respirer. Son front s'appuya contre lui de l'autre femme et elle se força à garder les yeux fermés. Raven caressait doucement le cuir chevelu de Luna qui soupira de bonheur sous la sensation. Cette fois-ci, ce fut Raven qui reconnecta leurs lèvres dans un baiser un peu plus passionné. Le baiser resta tout de même chaste mais elle libéra sa main de celle de Luna pour lui agripper une cuisse. Son autre main empoigna une mèche de cheveux et Luna ne put s'empêcher de gémir. Elle ne s'attendait pas à ces gestes venant de Raven, mais elle en était heureuse.

Sa main nouvellement libérée remonta le long de l'autre cuisse pour lui saisir la taille et la tirer vers elle le plus possible. Raven ne pouvait pas trop bouger, puisqu'elle était toujours attachée, mais elle fit de son mieux pour s'approcher de Luna.

Elle avait besoin de cette proximité.

Contrairement à Luna durant leur premier baiser, Raven fut apte à détacher sa ceinture sans séparer leur bouche. Luna ne savait pas si Raven était consciente de son geste ou non, mais elle sentait sa main remonter dangereusement le long de sa cuisse. Malgré le baiser, elle sentait le moindre toucher venant de Raven. Ses sensations étaient en alerte et son corps bouillonnait. Luna ne voulait pas que leur moment dégénère et elle lui saisit la main par la sienne. Raven laissa échapper un drôle de bruit qui fit sourire Luna. Cette dernière se recula et cette fois-ci, Raven grogna.

-Attention où tu mets tes mains, lui dit Luna avec un petit sourire satisfait.

Raven regarda sa main et sa peau mate pris une teinte rosée. Luna tira leur main vers sa bouche pour l'embrasser sans jamais quitter Raven des yeux.

-Merci, Luna. Merci pour le collier.

Le sourire de Luna s'agrandit et Raven prit le collier dans son autre main pour mieux le regarder.

-Je ne prends pas ce cadeau à la légère, parce que tu es une personne chère à mes yeux... Tout est nouveau. Notre relation est nouvelle, le fait que je suis avec une femme est nouveau et mes sentiments sont nouveaux... Mais ils sont réels.

Luna hocha la tête.

-Continue de vivre jour après jour, Raven.

Raven laissa reposer le collier contre son cou avant de saisir Luna par la nuque pour l'embrasser une nouvelle fois. Le baiser fut court et chaste.

-Je nous ramène à Polis?

-Rapidement, s'il-te-plait.

Trishanakru, trois jours plus tôt

Le peuple de Trishanakru se rassemblait autour du feu du village pour recevoir les informations concernant la rencontre hebdomadaire de Polis. Ils savaient tous que Floukru avait été décimé et que seule Luna était la survivante. Chaque personne était impatiente de recevoir les nouvelles, mais ce qui rendait la chose encore plus intéressante pour eux était la présence de leur ambassadeur, Gael. En tant qu'ambassadeur, il devait rester le plus longtemps à Polis. Normalement, les ambassadeurs utilisaient des messagers pour faire parvenir les informations aux chefs de chaque village, mais cette fois-ci, Gael se présentait en personne.

Les jeunes, les adultes et les aînés attendaient patiemment et alors que le feu commençait à perdre de sa force, Gael sortit d'une des tentes. Chaque personne arrêta de parler et Gael se plaça face à eux.

-Vous aurez remarqué que ma présence aujourd'hui n'est pas ordinaire. J'ai attendu beaucoup de rumeurs venant de votre part sur la raison de ma venue ici. Je ne vous ferai pas attendre plus longtemps. Il y a quelques jours avait lieu une importante rencontre en lien avec la mort de Floukru et des Nightbloods. Luna Kom Floukru est la seule survivante de son clan, car le sang sacré coule dans ses veines. Heda nous a appris que Praimfaya arrivait et que nous allions mourir.

La foule se mise à murmurer. Les aînées regardèrent le ciel, priant les anciens commandants et les plus jeunes se rapprochèrent de leurs parents.

-Nos croyances sont maintenant plus fortes. Heda et les Nightbloods survivront à Praimfaya. Ils se relèveront de nos cendres pour à nouveaux construire une civilisation.

Les gens hochèrent la tête.

-Heda nous a appris une nouvelle. Skaikru assure pouvoir survivre à Praimfaya, à l'intérieur d'Arkadia. Heda nous a annoncé que chaque clan aurait une place à l'intérieur lorsque Praimfaya frapperait.

Certaines personnes froncèrent les sourcils. Ils n'étaient pas tous heureux de s'imaginer partager leur environnement avec eux et surtout parmi beaucoup de technologie. Néanmoins, plusieurs personnes eurent un sourire.

-Heda m'a annoncé personnellement que j'aurais ma place en tant qu'ambassadeur. Malheureusement, vous ne pourrez pas tous venir à l'intérieur d'Arkadia le moment venu. La situation est la même pour chaque clan, même pour Skaikru. Nous devrons tous faire un choix. Choisir les personnes qui survivront. Je ne sais pas encore combien de personnes pourront me suivre mais je ferai mon choix avec justesse pour la survie de notre clan.

Gael salua son peuple et quitta pour retourner à la tente. Il savait que les gens avaient besoin de digérer la nouvelle et il souhaitait répondre aux questions après qu'ils aient pu réfléchir correctement. Les gardes de Trishanakru se postèrent devant l'entrée de la tente pour s'assurer que personne ne vienne le déranger.

Les gens se mirent à parler ensemble, spéculant sur les possibles choix de Gael et sur le sang noir.

Deux personnes restèrent à l'écart des autres, préférant se diriger vers la limite du village tout en chuchotant entre elles.

-Nous devons aller à Polis, chuchota la femme.

L'homme la regarda du coin de l'œil.

-Nous ne serons pas les bienvenues. Tu sais comme moi que presque personne d'Azgeda ne va à Polis sans se faire harceler. Nous sommes facilement reconnaissables.

Il pointa vers son visage où deux cicatrices marquaient son front et sa joue. La femme grogna.

-Ce n'est pas grave. Quatorze ans que nous sommes avec Trishanakru maintenant. Nous avons adopté leurs lois, leurs valeurs et leurs traditions. Nous nous habillions comme eux. Nia aurait honte de nous, mais nous avons tout fait pour survivre. Je ne laisserai pas Praimfaya m'enlever tous ces efforts.

Le couple était déjà loin des autres. L'homme choisit de ne pas répondre et ils marchèrent jusqu'aux arbres où quelques papillons fluorescents reposaient.

-Tu sais comme moi que notre chance pour survivre est à Polis.

L'homme balaya les papillons de sa main. Ils se mirent tous à voler et il s'appuya contre le tronc d'arbre en se croisant les bras.

-Tu veux aller parler à Heda?

-Non. À son fils, Rami.

Rami comprit le plan de sa femme et il haussa un sourcil.

-Tu crois qu'on réussira à lui parler?

-Bien sûr que oui. C'est encore un enfant.

-On n'a jamais voulu de lui, Sof. Je ne veux pas commencer à le vouloir dans nos vies maintenant. Surtout qu'il a les valeurs de Trikru et Skaikru en lui.

-Il ne m'intéresse pas non plus. C'est la survie qui m'intéresse.

Rami hocha la tête. Il comprenait le plan de sa femme, mais ils avaient ses propres doutes.

-On n'a jamais été sûr à cent pour cent que c'était lui. Il ne le saurait pas plus que nous. Il avait à peine un mois.

-Je te dis que c'est lui. Je l'ai aperçu une fois, alors qu'il visitait le clan. Il a la marque.

L'homme haussa un sourcil en pointant vers son coude et Sof hocha la tête.

-Nous devons saisir cette chance. Lorsque Praimfaya frappera, je veux ma place à Arkadia.

-Amadouer le garçon et ainsi, plaider notre cause directement à Heda et Jovaheda.

Le couple se fixa du regard et Rami saisit la main de sa femme.

-Le voyage est de plus de trois jours à pied. Nous devrons quitter à l'aube demain.