Ce chapitre a été écrit dans le cadre du défi Facebook ''Sur Votre 31'' :
- Invite : ''Déguisement''
- Nombre de mots : De 100 à 1000 mots.

Tout l'univers de Game of Thrones appartient à GRR Martin, DB & DW.

Bonne lecture !


Cersei n'avait jamais voulu être une fille.

Depuis sa plus tendre enfance, elle avait souhaité être un garçon, et pouvoir être considérée exactement comme son frère jumeau.

Mais les dieux ne lui avaient pas fait cette grâce, et Cersei ne pouvait qu'associer à son sexe la différence de traitement qui était faite entre son frère et elle, malgré le fait qu'ils soient si semblables que même leur père ne parvenait pas toujours à les distinguer.

Et cette différence rendait Cersei malheureuse, même si elle ne le montrait pas ouvertement.

Après tout, fille ou non, elle était toujours une Lannister. Et s'il y avait bien une chose que l'on enseignait aux Lannister depuis leur naissance, garçon ou fille, c'était celle-ci :

Les Lannister ne se conduisent pas en imbéciles.

Et le fait de ne pas se conduire en imbécile impliquait, la majeure partie du temps, de ne pas montrer ses émotions, à qui que ce soit, de la famille, des autres grandes maisons ou bien même des serviteurs.

Mais elle avait beau tenter de le cacher de tout le monde, il y avait une personne, une seule, à qui cela n'avait pas échappé.

Bien sûr, Jaime savait. Il savait que sa sœur était malheureuse. A seulement six ans, il voyait tout ce que les adultes, eux, ne voyaient pas, ou ce qu'ils choisissaient de ne pas voir.

Bien sûr qu'il le savait. Cersei était son autre moitié, une partie de lui-même. Comment aurait-il pu ne pas le savoir ?

Et la voir malheureuse et triste le rend inexplicablement profondément malheureux à son tour.

Alors Jaime cherche une solution, qui pourrait redonner à sa sœur son sourire éclatant, brillant, radieux, qui a le pouvoir d'illuminer une pièce avec plus de force que le soleil lui-même.

Il sait que Cersei aurait voulu naître garçon. Il sait qu'elle adorerait pouvoir monter à cheval et apprendre à se battre, que ce soit avec une épée ou un arc, plutôt que de devoir passer ses journées à coudre, écrire des lignes et des lignes jusqu'à ce que sa calligraphie soit absolument parfaite, elle lui a déjà dit à quel point elle haïssait ça.

Mais il sait aussi à quel point il est facile de les confondre, eux qui se ressemblent tant. Ils ont les mêmes boucles dorés, les mêmes yeux vert émeraude, la même voix enfantine, le même visage, la même taille, tout.

Un soir, Jaime entraîne Cersei dans une pièce où il n'y a personne, et où personne ne viendra les déranger, et lui expose son idée.

Et la manière dont les iris vertes de sa sœur s'illuminent au moment-même où il lui propose ce à quoi il a réfléchi depuis des jours et des jours est la seule réponse dont il ait vraiment besoin.

Le lendemain, ils échangent de vêtements. Cersei épingle ses cheveux avec l'aide de son frère pour qu'ils arrivent à la même hauteur que lui, et, juste pour une petite journée, c'est comme s'ils échangeaient de peau.

Bien sûr, c'est un déguisement. Bien sûr, ça ne peut durer qu'une seule journée. Bien sûr, c'est peu. Bien sûr.

Mais quand même. Cersei devient un garçon, Cersei devient Jaime pour une journée, avec tout ce que cela implique, et elle ne pourrait pas se sentir plus heureuse.

Et, le soir, quand elle rejoint Jaime, les joues rosies par le plaisir et qu'elle l'embrasse sur ses petites lèvres pour le remercier, il sait que, parmi toutes les choses au monde, celle qui le rend le plus heureux, c'est de la rendre heureuse, elle.

Alors, de temps à autre, ils échangent de vêtements, ils se déguisent, et Cersei devient Jaime et Jaime devient Cersei, et Cersei n'est plus aussi abattue qu'auparavant.

Mais les meilleures choses ont une fin, toujours.

Les années passent. Cersei et Jaime grandissent, et il n'est désormais plus possible de les confondre.

Cersei a désormais de belles courbes féminines. Cersei est fine, Cersei est délicate, Cersei est gracieuse. Elle a une peau d'albâtre, de longues boucles d'or, et des yeux d'émeraude brillants. Cersei est la plus jolie jeune fille de toutes les Sept Couronnes. Et Cersei déteste ça.

Mais ce qu'elle déteste par-dessus tout, c'est l'idée qu'on se fait d'elle, une jeune demoiselle frêle, fragile comme la porcelaine dont elle semble être faite. Une jeune demoiselle qui dépendra d'un homme toute sa vie, son père, puis son mari, comme on l'attend de toutes les femmes, alors que Cersei aspirerait à avoir un rôle, un vrai rôle à jouer, plus que celui auquel elle est destinée depuis sa naissance, être vendue à un homme qu'elle ne connaîtra probablement pas, peut-être du double ou du triple de son âge, et lui donner des enfants.

Elle voudrait mener des guerres, s'impliquer dans la politique, gérer une seigneurie, bref, toutes ces choses qui sont normalement réservées aux hommes, et non pas aux femmes, parce que les femmes d'une aussi haute naissance ont une vie toute tracée : naître, grandir, fleurir, donner naissance, élever, mourir. C'est ce à quoi on l'a préparée toute sa vie.

Et il n'y a pas de moment où elle regrette plus de ne plus être comme Jaime, de ne plus pouvoir échanger, de ne plus pouvoir se déguiser.

Jaime, lui aussi, a grandi. Mais au lieu des courbes, ce sont des muscles, qu'il a gagné, à force de s'entraîner. Ses cheveux se sont légèrement assombris, ayant désormais la couleur de l'or fraîchement martelé. Il a grandi, il a désormais une carrure solide, une mâchoire forte, à faire se pâmer toutes les jouvencelles.

Mais des filles, lui, il n'y en a qu'une, qui l'attire, une seule, c'est celle à laquelle il se consacre depuis son enfance, c'est celle qui l'a toujours accompagné, depuis sa naissance, avant cela, même, celle à qui il tenait le pied quand il est venu en ce monde, et celle avec qui il s'était promis maintes et maintes fois de le quitter.

Cersei et Jaime ont grandi, ils ont changé physiquement, mais ça s'arrête là. Jaime, lui, n'a toujours qu'un seul désir : rendre Cersei heureuse. Rien n'a jamais changé cela, et rien ne changera jamais cela. C'est comme ça.

Alors Jaime continue de faire tout son possible pour amener sa douce sœur à sourire, comme elle le faisait tant quand elle était enfant, mais qu'elle a arrêté de faire quand ils sont devenus grands.


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