Ce chapitre a été écrit dans le cadre du défi Facebook ''Sur Votre 31'' :
- Invite : ''Je t'aime''
- Nombre de mots : De 100 à 1000 mots.

Contexte : UA – Saison 8 où Jaime et Cersei ont mené ensemble les armées Lannister à Winterfell

Tout l'univers de Game of Thrones appartient à GRR Martin, DB & DW.

Bonne lecture !


Il faisait un froid glacial, absolument glacial.

La neige était épaisse et continuait de tomber, les flocons virevoltants doucement par centaines, et le ciel était gris et couvert de nuages.

Les Marcheurs Blancs avaient beau avoir été vaincus et le Roi de la Nuit tué, l'hiver était toujours là.

La Longue Nuit était terminée, mais l'aube n'était pas encore arrivée.

L'aube n'était pas encore arrivée, et, pour Jaime, elle n'arriverait probablement jamais.

Il avait combattu la mort elle-même avec autant de vaillance et de courage qu'il pouvait rassembler, mais désormais, la seule chose qu'il souhaitait, c'est que la mort l'ait emporté.

Tous les survivants de la Grande Bataille de Winterfell étaient désormais rassemblés hors de l'enceinte du château.

Des centaines de bûchers funéraires avaient été dressés, sur lesquels étaient entreposés les milliers de cadavres, les milliers d'hommes, de femmes et d'enfants qui avaient péri dans la guerre contre l'armée des morts.

Beaucoup de gens pleuraient. Et Jaime aurait volontiers pleuré avec eux, s'il n'avait pas déjà versé toutes les larmes que son corps contenait.

Tyrion était un peu plus loin, aux côtés de la reine dragon. Lui aussi avait pleuré, ça se voyait, il avait les yeux rouges et légèrement gonflés, et semblait porter toute la peine du monde sur ses épaules.

Plusieurs personnes avaient déjà commencé à saisir des torches enflammées, et à aller mettre le feu aux cadavres des personnes qui leur avaient été chères et qui avaient tragiquement disparu.

Jaime sentit une chaleur intense, contrastant fortement avec le froid mordant qui lui entaillait la peau comme un couteau à la lame acérée, quand Tyrion vint se placer juste à côté de lui, une torche enflammée dans sa main droite projetant sa lueur orangée sur la neige blanche qui couvrait le sol.

Il n'avait pas envie de ressentir de chaleur, pas plus qu'il n'avait envie de ressentir de froideur, non, il ne voulait plus rien ressentir, rien, seulement le néant, parce que ressentir les choses ne faisait que lui rappeler trop douloureusement qu'il était encore vivant, lui.

Tyrion lui donna la torche, et Jaime, à son tour s'avança vers les bûchers.

Ses pas le guidèrent naturellement, mécaniquement jusqu'à celui qui les concernait, lui et son frère qui marchait juste derrière lui, et dont les pas crissaient dans la poudreuse.

Il n'avait pas pleuré depuis le début, mais, quand il la vit, ç'en fut trop pour lui, et des larmes coulèrent sur ses joues, ruisselèrent, même, quitte à le faire passer pour un lâche devant tous les autres hommes présents, qui, eux, ne pleuraient pas.

Mais il s'en fichait. Il s'en fichait de passer pour un lâche. Il se fichait de tout ce que les autres hommes, les autres femmes et les autres enfants pouvaient penser.

Ils ne savaient pas. Ils ne comprenaient pas. Ils ne pouvaient pas comprendre, et il ne pourrait jamais comprendre.

Personne ne pourrait jamais comprendre.

Jaime contempla le corps de Cersei, allongé, là, comme tant d'autres autour d'elle.

Elle était encore plus pâle que d'habitude. Ses cheveux dorés avaient l'air ternes, et ses yeux verts, ses beaux yeux vert émeraude dans lesquels il avait tant aimé se perdre, ses yeux brûlants, ses yeux perçants, étaient fermés. Ses lèvres étaient blanches, presque bleues.

Ses larmes redoublèrent quand il fut à côté d'elle, quand il passa doucement sa main gantée sur son visage, caressant tendrement sa joue, autrefois chaude, mais maintenant froide, glaciale comme l'air ambiant.

Les Stark avaient insisté pour brûler tous les corps, même si les Marcheurs Blancs n'étaient plus, n'existaient plus.

Tous les corps, sans exception.

Jaime avait protesté, voulant rapatrier le corps de Cersei à Castral Roc, chez elle, le seule endroit où elle avait véritablement été heureuse en ce monde, voulant pouvoir se recueillir auprès d'elle quand il en aurait besoin, quand il aurait besoin d'être avec elle pour oublier qu'il ne serait plus jamais entier, pour oublier ne serait-ce que brièvement que celle qui était sans conteste la femme de sa vie était partie, qu'elle n'était plus là, tout ça à cause de lui.

C'était lui qui avait insisté pour venir combattre dans le Nord, et elle avait d'abord refusé, ne voulant pas aider avec cette guerre, persuadée que les Lannister en sortiraient forcément perdants, puis qui avait fini par accepter au bout de ses maintes supplication, et qui n'avait pas voulu le laisse aller seul à Winterfell, par peur qu'il ne lui arrive quelque chose. Et c'était elle qui en avait payé le prix fort, donnant sa vie pour sauver la sienne quand un Marcheur Blanc s'était attaqué à lui par derrière.

Les seules choses de ce moment dont Jaime se souvenait étaient le halètement de Cersei quand la lance du mort s'était enfoncée dans ses entrailles à la place du dos de son frère, son corps qui s'effondrait au sol, et le lointain écho de son cri de douleur quand il s'était rendu compte que c'était fini pour elle, pour lui, pour eux.

Les Stark avaient insisté pour brûler tous les corps, même celui de Cersei.

Jaime ne savait pas depuis combien de temps il était là à la regarder, et cela n'avait pas d'importance, au final. Il aurait aussi bien pu rester des heures, des jours, des semaines, puisque c'était la dernière fois qu'il la voyait dans ce monde et qu'il ne pouvait pas s'y résoudre, parce que cela faisait mal, beaucoup trop mal.

Il se pencha pour embrasser son front, puis ses lèvres, pour la dernière fois.

Il ne put s'empêcher de remarquer que son parfum de lavande persistait, malgré tout, malgré tout le reste, ce parfum qu'il avait tant aimé, comme tout ce qui venait d'elle, ce parfum qui sentait le paradis pour lui, qui sentait lamaison, maison qu'il ne reverrait plus jamais.

Restant pendant un long moment penché vers elle, ses larmes coulant sur leurs deux visages, il finit par lui murmurer :

''Je t'aime. Je t'aime Cersei. Je t'ai toujours aimée. Je t'aimerai toujours.''

Il embrassa une dernière fois sa joue, puis se redressa.

Il plaça la torche embrasée sous le bûcher, qui prit rapidement feu à son tour, mettant fin au corps de Cersei en même temps qu'il mettait fin à la vie de Jaime.

Ce fut quand il se rendit compte de ce qu'il venait de faire qu'il se laissa choir à genoux dans la neige, à peine conscient que Tyrion le serrait dans ses bras pleurant lui aussi, mais moins fort que Jaime, bien sûr, tout le monde pleurait moins que Jaime, parce que personne parmi tout ce beau monde rassemblé autour des cadavres ne venait de perdre autant que Jaime.

Personne n'avait perdu de sœur, de jumelle, de meilleure amie, de confidente, d'amante, de mère de ses enfants, d'amour de toute une vie, d'âme, d'autre moitié, de tout.


Merci d'avoir lu! Prenez le temps de laisser un petit commentaire, c'est toujours un plaisir :)