Une part de bonheur
Comme promis, le chapitre du samedi, j'espère qu'il vous plaira !
Autrice : Lilomanga
Chapitre : 2/24
Chapitre 1 : Ma vie sans vous
Un an. Cela faisait près d'un an que le survivant avait disparu. Il avait participé à la fête de la salle commune des Gryffondor, avait souri, mangé et bu avec les autres comme si de rien était. Et alors que tout le monde s'amusait, il avait fait ses bagages et avait disparu dans la nature. Le temps que tout le monde réalise qu'il avait disparu, le survivant était déjà loin.
Quitter ses amis lui avait brisé le cœur, mais il avait eu besoin de s'éloigner quelques temps pour prendre du recul. Il s'était trouvé un appartement à Taunton et avait travaillé comme serveur dans un petit bar pour payer son loyer et sa nourriture. Il avait vécu une sorte de demi-vie où il n'avait pas vécu pour lui-même. Il vivait chaque jour l'un après l'autre.
Il passa sept mois à se retourner le cerveau complètement se demandant si vraiment il pourrait y arriver. Il s'était pourtant décidé dès qu'il avait appris que son bébé s'en était sorti. Son bébé était un battant, alors Harry aussi devait se battre pour lui. Il avait vécu pour son bébé pendant des mois, il n'était pas Harry Potter, il n'était que le porteur de cet enfant qui avait déjà montré une envie de vivre et un esprit combatif. Il n'avait pas pu se résoudre à interrompre la vie de ce bébé. Il avait rendez-vous deux fois par mois dans une clinique spécialisée pour les grossesses masculines pour s'assurer que tout se passait bien.
Lorsqu'il allait dans le monde magique, il prenait garde à ce qu'on ne le reconnaisse pas en se camouflant sous de longues robes de sorcier noires. Il avait passé des mois et des mois à rechercher une famille convenable qui pourrait accueillir son bébé et l'élever en lui donnant tout ce qu'il n'avait pas eu dans sa famille. Et il avait trouvé. Une famille qui n'arrivait pas à avoir d'enfant et qui voulait adopter un bébé.
Il les avait rencontrés à plusieurs reprises, avait visité la maison dans laquelle son fils allait grandir. Il avait été assez exigeant, mais la qualité de vie de son fils était devenue sa priorité absolue.
Les parents avaient accepté qu'il choisisse le prénom, qu'il lui remette un bijou portant les armoiries des Potter et de lui envoyer quelques photos de son fils au fil des années. Ils avaient également dû dès le début faire un serment magique de non-divulgation avec néanmoins l'autorisation de donner son nom à son fils si celui-ci le demandait.
L'accouchement fut particulièrement pénible, il avait été sous un sort d'anesthésie locale tout le long de la césarienne mais sentir quelqu'un trifouiller ses intestins n'avait rien d'agréable. Et quand enfin, il eut son bébé dans les bras, celui qu'il avait senti grandir en lui, la séparation imminente le brisa. Il l'avait serré fort contre son cœur en s'excusant de ne pas être à la hauteur. De ne pas s'inquiéter, il allait avoir de super parents, une belle chambre et qu'il l'aimait de tout son cœur.
Son fils était reparti trois jours plus tard dans les bras de ses parents avec la gourmette qu'Harry lui avait fait faire en y insufflant un peu de sa magie et des sorts mineurs de protection, et Harry était resté en observation à l'hôpital le cœur en miette avec pour seul souvenir de son fils la photo qu'il avait pris la veille avec Gabriel dans les bras.
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Il avait lui avait fallu quelques mois de plus pour se remettre et préparer ses affaires pour rentrer. Il avait démissionné, avait rendu son appartement et avait transplané sur le chemin de traverse. Caché sous sa cape, il fit rouler sa valise entre les passants et s'engagea dans une ruelle qui le mena vers le quartier résidentiel sorcier qu'il cherchait.
Il tenait en main la seule et unique carte que lui avait envoyé Hermione des mois auparavant. En arrivant à Taunton, il avait envoyé une lettre à Hermione pour lui expliquer qu'il avait besoin d'espace et de calme pendant quelques temps. Il l'avait pratiquement supplié de ne pas chercher à le retrouver tant qu'il n'en montrait pas l'envie et qu'il l'aimait elle et Ron. La brune lui avait envoyé une courte missive où elle lui avait écrit son adresse avec un simple « On t'attendra, mais revient. On t'aime. Hermione ». La lettre était courte mais avait soulagé Harry d'un poids immense.
Il tenait la missive en main, les yeux en l'air cherchant le numéro 43. Il ne lui fallut que quelques minutes pour atteindre l'appartement recherché. Il ne savait pas qu'un tel quartier existait en parallèle au chemin de traverse. L'avenue était grande et de nombreux appartements se faisaient face, séparés par la rue en pavé.
Il resta un instant devant la porte se demandant s'il pouvait vraiment débarquer comme ça, à l'improviste. Il n'avait pas le choix de toute façon. Finalement il n'eut pas à appuyer puisqu'une voix le sortit de ses pensées alors que sa main restait tendue devant la sonnette.
-Harry ?
Il tourna la tête vers la voix d'Hermione qui le regardait interdit, une main dans celle de Charlie qui était à côté d'elle l'air également surpris de voir le jeune homme devant leur maison.
-Hey salut, Hermione, je…
Sa phrase fut interrompue par une touffe de cheveux et les bras d'Hermione autour de son corps qui l'enlaçait à l'en étouffer. Avant de reculer d'un pas pour l'observer plus attentivement.
-Tu as maigri, est-ce que tu te nourris ? Tu…
Elle partit dans un véritable interrogatoire digne d'une vraie mère poule tandis qu'Harry tentait en vain d'en placer une.
Il était vrai qu'il s'était quelque peu négligé. Ses cheveux avaient poussé jusqu'à ses épaules. Et il les attachait en chignon parce qu'ils lui tombaient dans les yeux. S'il se forçait à manger pour Gabriel, il avait arrêté de se forcer après son accouchement et l'adoption. Il se nourrissait certes mais il lui arrivait assez régulièrement de sauter un voire deux repas. Du reste, il portait toujours les vieux haillons qu'il avait récupérés de son cousin gros comme un cachalot et dans lesquels il flottait.
-Hermy chérie, tu peux peut-être le laisser répondre, intervint Charlie beaucoup plus raisonnable avec un petit sourire indulgent.
Le flux de paroles continues s'interrompit et Harry le regarda comme le messie.
-Merci, Charlie…
-Je suppose que tu dors à la maison ? demanda le rouquin en avisant la valise que le brun traînait derrière lui.
-Euh, si ça ne vous dérange pas de m'héberger le temps que je me trouve un appartement où m'installer, répondit Harry en se grattant la tête.
-Bien sûr que non, tu peux rester autant que tu veux ! répondit Hermione après un coup d'œil rapide à Charlie qui hocha la tête.
Elle ouvrit précipitamment la porte et l'invita à entrer. L'immeuble était composé de 2 étages comportant 4 appartements par palier. Il fit léviter sa valise jusqu'au deuxième et suivit Hermione et Charlie dans l'appartement. Ce dernier était assez spacieux et très bien agencé. Harry se doutait que le travail de Dragonnier payait bien, sans être luxueuse, la décoration était classe et épurée tout en restant chaleureuse.
-Viens, on a une chambre d'ami, je vais t'installer et te faire visiter et on pourra parler.
En pénétrant dans la chambre, l'ancien Gryffondor se sentit tout de suite à l'aise. Au milieu de la moquette jaune clair, trônait un lit double au sommier rouge dont la parure et les oreillers étaient assortis au sol, ce qui tira un sourire à Harry. A quoi s'attendre d'autre venant de deux Gryffondor dans l'âme. Une armoire du même bois brun foncé que la table de nuit se trouvait sur le côté. La pièce était très jolie, mais ce qui plut le plus à Harry fut l'immense porte-fenêtre qui bordait le mur du fond menant à un petit balcon.
Son appartement à Taunton était exigu et la seule fenêtre de l'appartement peinait à capter la lumière du soleil camouflé par la hauteur de tous les bâtiments environnants. La vue depuis l'appartement d'Hermione et Charlie donnait sur un petit jardin bien entretenu.
Il sortit de sa contemplation par un nouveau câlin d'Hermione qui l'enlaça par derrière.
-Je suis là 'Mione, je ne repars plus, promis, assura-t-il en déposant un baiser sur sa joue.
-Je te laisse te débarbouiller et je t'attends dans le salon. Il y a une salle de bain juste là, dit-elle en poussant la porte qui était jusque-là cachée par l'armoire.
-D'accord.
Elle finit par quitter le pièce et Harry commença à ranger le peu d'affaires qu'il avait dans sa valise. Il récupéra son nécessaire de toilette puis fila prendre une douche et enfiler des vêtements propres. Quand il eut fini, il s'adossa au sommier du lit, les yeux rivés sur la fenêtre. Il caressa inconsciemment son ventre comme il l'avait souvent fait au cours des derniers mois. Il appuya sa tête contre le matelas et resta dans cette position jusqu'à ce qu'Hermione ne s'assoit près lui.
-J'ai toqué, tu ne répondais pas, je m'inquiétais. Ça va ?
Harry leva ses yeux verts embrumés vers elle.
-Harry, qu'est-ce qui t'es arrivé ? demanda Hermione d'une voix triste.
Elle passa ses bras autour de la taille fine du brun. Harry baissa les yeux puis posa ses mains sur les bras de sa meilleure amie. Sa simple présence lui faisait un bien fou, elle lui avait manqué.
Hermione avant toujours été sa confidente, elle savait l'écouter quand il le fallait. Prenant son courage à deux mains, Harry partagea ce secret qu'il gardait pour lui depuis des mois. Il vida son sac, lui raconta sa relation avec Draco, sa grossesse, l'adoption de son fils. Le visage de la brune devint de plus en plus grave au fur et à mesure du récit.
Une colère sourde monta en elle en comprenant les épreuves que son meilleur ami s'était imposé à subir seul. Puis elle fut peinée parce qu'elle comprit la réticence qu'il avait eu à leur en parler. Ron était impulsif et parfois assez immature, il était issu d'une famille de sept enfants et jamais l'idée de faire adopter son enfant n'avait dû ne serait-ce qu'effleurer son esprit. Hermione était parfois moralisatrice et le brun n'avait pas voulu être soumis à son jugement. son enfance chaotique avait laissé des traces en Harry que sûrement personne ne pourrait jamais comprendre parfaitement. Enfin, elle fut triste car il semblait clair qu'Harry était en pleine dépression.
- Tu sais, je voulais le garder, j'y ai pensé. Mais je ne sais pas être un papa, Hermione, les seuls modèles que j'ai eu sont mon oncle Vernon et Sirius. Le premier est un connard et je n'ai pas vraiment eu de nouvelles du second depuis près de deux ans.
-Tu…tu l'as tenu dans tes bras ?
-Bien sûr que je l'ai tenu, c'est mon fils ! Il est la meilleure part de moi-même, et la meilleure part de moi-même ne mérite pas de vivre avec un père incapable de prendre soin de lui. Je veux qu'il ait la vie que je n'ai jamais eu. Une enfance joyeuse, qu'il aille à l'école et qu'il ait des amis. Quelqu'un qui le félicite pour ses bonnes notes, qui le gronde pour ses bêtises, qui lui fasse des câlins quand il se blesse. Et moi je n'aurais pas pu. Je suis encore qu'un gamin.
-J'ai compris, Harry, je suis désolée, ne pleure pas s'il te plaît.
-Il a le nez en trompette de Draco et les cheveux bruns comme moi. Il a les yeux de Draco. J'ai...J'ai une photo, tu veux voir ?
Il tendit la photo à Hermione lorsque celle-ci acquiesça. Elle attrapa le cliché d'une main tremblante et retint la boule qui montait dans sa gorge.
-Il est mignon, il te ressemble, dit Hermione le cœur serré. Attends, je reviens.
Elle s'en alla dans le salon et revint quelques instants plus tard avec un cadre en bois noir tout simple qu'elle lui remis.
-Comme ça, elle ne s'abimera pas.
Harry la remercia et mit la photo dans la cadre et le posa sur la table de nuit. Il tenait son fils contre lui, les cheveux défaits et le visage fatigué. Mais son fils était magnifique et regardait l'appareil photo avec des yeux curieux.
-Hermione, je sais ce que je veux faire de ma vie. Je veux devenir médicomage, plus précisément obstétrimage spécialisé dans les grossesses masculines.
-Et je vais t'aider, Harry.
Elle regarda son meilleur ami dans les yeux avant de le trainer dans le salon pour lui faire le tour du propriétaire tandis que Charlie s'affairait en cuisine à faire une ratatouille et du bœuf au caramel.
Elle lui montra la chambre qu'elle partageait avec Charlie, la seconde salle de bain et le placard dans lequel il pourrait ranger son manteau s'il le voulait. La brune avait été acceptée en alternance dans une carrière politique pour travailler au ministère. Quand Charlie lui avait demandé d'emménager avec lui à la fin de l'année, elle n'avait eu aucune hésitation.
De sept ans son ainé, le beau rouquin avait conquis son cœur lors des vacances d'été entre leur cinquième et leur sixième année. Tous les deux étant des personnes du matin, ils se trouvaient souvent à être les premiers levés de la maison. Plus d'une fois ils étaient partis se promener dans la forêt entourant le Terrier. Ron avait été le premier à suspecter quelque chose parce qu'Hermione était sa meilleure amie et Charlie le frère de qui il était le plus proche bien qu'il fût aussi celui qu'il voyait le moins. Il avait capté un regard de son amie envers son frère puis de son frère envers son amie avant même que les deux intéressés n'osent se rapprocher. Hermione avait tout juste seize ans et Charlie vingt-trois. Bien que la première soit plus mature que la majorité des sorcières de son âge, Charlie avait lutté contre lui-même pour ne pas la voir comme autre chose que la mignonne meilleure amie de son petit frère.
Il avait fallu une conversation avec Ron pour qu'il ose se lancer. Lors d'une de leur promenade peu avant la fin de l'été. Il lui avait attrapé la main doucement, l'air de ne pas y toucher. D'abord surprise, la brune avait refermé ses doigts autour des siens et ils avaient continué de marcher en silence. Leur premier baiser, il l'avait partagé quelques jours plus tard. Lorsqu'ils s'étaient levés comme à leur habitude, Charlie s'était penché vers elle. Doucement pour ne pas l'effrayer ou lui donner une chance de le repousser si elle le voulait. Mais elle avait simplement attrapé ses joues entre ses mains et répondu doucement à ce baiser qu'elle attendait depuis des semaines.
Après deux ans de relation, il lui avait demandé timidement si ça lui disait de vivre avec lui après son diplôme. Il avait demandé sa mutation en Ecosse pour arrêter les allers-retours à chaque vacances voire Week-end pour la rejoindre. Ils avaient emménagé ensemble fin août après des semaines à chercher un endroit qui leur correspondent à tous les deux. Charlie allait en écosse par leur cheminette tous les matins et Hermione transplanait jusqu'à sa faculté ou au ministère grâce à la zone de transplanage qui se trouvait plus haut dans la rue.
Harry sourit en voyant sa meilleure amie rentrer dans la cuisine et embrasser son amoureux en passant pour sortir les couverts et mettre la table. Il se proposa de l'aider et récupéra les sets de tables qu'elle tenait dans ses bras. Ils mirent le couvert en discutant avant de manger le repas préparé par Charlie qui était un excellent cuisinier au plus grand plaisir de sa copine qui était assez piètre cuisinière.
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Finalement, Harry était resté un an chez sa meilleure amie qui avait refusé de le laisser partir tant qu'il n'avait pas accepté d'aller voir un psychomage et de reconnaître qu'il était dans un état de dépression nerveuse. Elle avait soupçonné un début de dépression la première fois qu'il avait été apathique une semaine entière sortant très peu de sa chambre. Il disait que ça allait passer. Et c'était passé, avant de recommencer. Il avait été têtu mais c'était sans connaitre la ténacité d'Hermione et de son petit ami.
Elle l'avait traîné chez trois psychomages différents avant qu'il n'accepte une thérapie régulière. Il était sorti remué de chaque séance de psy mais celle avec le docteur Williams fut la plus intense. Intense mais également libératrice. Elle avait réussi à le faire un peu déculpabiliser sur l'adoption de Gabriel soulignant le fait qu'il était jeune, immature et dans une situation instable. Harry avait encaissé toutes ses choses qu'il s'était déjà répété en boucle mais qu'il avait besoin d'entendre de la bouche de quelqu'un d'autre. Il aurait peut-être pu le faire, mais aurait-ce été le mieux pour l'enfant ? Pour lui-même ? Il devait construit sa vie, faire ses propres choix et en assumer les conséquences.
Il était sorti de la salle, un peu soulagé et quand sa meilleure amie anxieuse lui demanda si ça s'était bien passé il lui répondit qu'il avait à nouveau rendez-vous dans une semaine.
Il avait commencé à aller mieux en commençant une thérapie régulière et quand il avait un nouvelle fois évoqué l'idée de se prendre un appartement avec la bourse d'étude qu'il recevait de la part de l'état, Hermione accepta à contrecœur.
Elle avait peur de le revoir repartir loin d'elle et il dut lui promettre de ne pas disparaitre dans la nature et de venir diner deux fois par mois minimum à la maison. Il s'était excusé pour sa disparition un an auparavant et l'avait remerciée d'être la meilleure amie de l'univers en lui offrant un énorme bouquet de bégonia rose.
Il avait remercié Charlie de l'avoir laissé rester si longtemps avec eux ce à quoi le rouquin répliqua qu'il était son frère et qu'il avait eu besoin d'aide, c'était donc normal. Harry aurait fait la même chose pour lui. Et en cela, il n'avait pas tort.
Il avait choisi un petit deux pièces situé près de la faculté de médecine générale de Londres. Il lui avait fallu trouver ses marques et une routine. Après une année sabbatique loin des cours, la reprise fut difficile. Le niveau demandé était très exigeant. Il avait toujours été bon élève à Poudlard mais le travail demandé était d'un niveau au-dessus.
Pourtant il était déterminé à passer son diplôme d'obstétrimage. Il voulait être capable d'aider les personnes dans sa situation, voulait instaurer un cours d'éducation sexuelle à Poudlard et prévenir des grossesses non-désirées. Mais il voulait également voir des grossesses désirées. Des sourires épanouis, des couples heureux d'avoir un bébé attendu ou pas.
Alors il avait appris à travailler de manière rigoureuse. Passant des soirées entières à la bibliothèque, à ficher ses cours ou à faire des recherches pour mieux comprendre quelques points qu'il ne comprenait pas bien. Le fait de commencer son stage lors de sa troisième année l'avait impliqué encore davantage. Même si parfois c'était dur, le brun tenait bon.
La toute première demande d'avortement qu'il avait traité fut dure, mais le docteur Williams l'avait aidé à prendre du recul sur la situation. Il avait accompagné le jeune homme de 17 ans dans la démarche et lui avait tenu la main alors qu'il pleurait lors de l'administration de la potion et des crampes d'estomac qui l'avait accompagné.
La première fois qu'une jeune femme de 25 ans avait émis l'hypothèse de faire adopter son bébé parce qu'elle n'avait ni les moyens ni l'envie de s'occuper de son bébé fut plus difficile encore. Si lui avait aimé son bébé tout le long de sa grossesse et avait tenu à le serrer contre lui, elle avait refusé de le voir malgré les tentatives d'Harry de la faire changer d'avis. Cette fois-là son professeur de stage lui rappela qu'il ne devait en aucun cas influencer l'avis de ses patients. Alors il s'était tu et avait pris sur lui avant de filer chez Hermione le soir venu pour pleurer dans ses bras.
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Allongé dans son lit, Harry regardait la photo de Gabriel bébé et de lui-même en soupirant. Il recevait chaque année plusieurs photographies de son fils qu'il gardait précieusement dans une boite en cuir de dragon qu'il avait achetée sur un marché au puce. Il tira la boîte de sous son lit et l'ouvrit d'un Alohomora. Son fils était un parfait mélange de ses deux pères biologiques. Le nez en trompettes et les yeux gris de Draco et son caractère de cochon d'après les courtes lettres qui accompagnaient les photographies ensorcelées ou non, les cheveux en jais et ébènes d'Harry et son sourire de tombeur. Ces clichés lui faisaient autant de mal que de bien mais il n'aurait pas pu respirer correctement sans eux.
Sur un coup de tête, il décida de sortir et appela Ron par la cheminée pour l'inviter à sortir avec lui en boîte. Son meilleur ami qui avait eu du mal à supporter son départ qu'il n'avait jamais vraiment compris. L'unique missive qu'il avait reçu trois ans auparavant l'avait mise mal. Son meilleur ami avait été mal au point de fuir et lui n'avait rien vu. Quand il avait appris qu'Harry vivait depuis quelques jours chez Hermione et Charlie après une lettre de ce dernier, il avait immédiatement pris la cheminée pour aller chez son frère. Après l'avoir insulté comme du poisson pourri, il avait serré le brun contre son cœur en lui faisant promettre de plus jamais partir sans lui dire.
Le roux avait vu son meilleur ami sombrer dans la dépression puis aller mieux. Il l'avait vu devenir un élève acharné dans une filière dans laquelle il n'aurait jamais pensé le voir évoluer et devenir major de sa promo.
La vérité, c'est qu'il avait fallu une discussion avec Hermione alors qu'Harry était sorti faire des courses avec Charlie pour que la culpabilité et la colère qu'il avait contre Harry pour sa disparition s'apaisent. Elle avait su trouver les mots justes sans tout lui raconter ce que le brun lui avait demandé de garder pour elle.
Les retrouvailles furent donc laborieuses et tâtonnantes entre les deux garçons ce qui frustrait Ron qui voyait la relation entre Harry et Hermione encore plus fusionnels qu'avant son départ. Il leur avait fallu presque six mois pour se réapprivoiser et accepter. Le brun s'était excusé et le roux avait décidé que rien ne le séparerait de son meilleur ami. Il se voyait donc assez régulièrement, le rouquin se joignant parfois au dîner demi-mensuel chez Hermione.
La cendre de la cheminée se mouva doucement jusqu'à prendre la forme du visage de Ron dans la couleur verte caractéristique de ce moyen de communication.
-Ô meilleur ami de mon cœur, tu voulais me parler ? demanda le rouquin.
-Salut Ron, ça te dit de sortir ce soir ?
-Dans un bar ?
-Oui, j'ai besoin de…décompresser.
-Oui t'as besoin de baiser en somme, ricana Ron. On va te chercher un beau mâle pour prendre soin de toi alors.
-Ronald, la ferme, c'est oui ou c'est non ?
-Bien sûr sur c'est oui, j'ai aussi le goût de m'amuser un peu.
Depuis la fin de Poudlard, Ron sortait souvent en boîtes et avait initié Harry dès qu'il était revenu pour lui vider la tête. Le convaincre ne fut pas une mince à faire mais le brun le suivit bon gré mal gré après lui avoir fait comprendre que les filles ce n'était pas son truc. Il l'avait donc emmené dans un bar gay friendly dans le Londres moldu. La première fois qu'il s'était fait draguer, il avait été désemparé. Sa seule expérience se résumait à Draco Malfoy et leur mise en couple avait été laborieuse, pleine de déni et de pulsions qui auraient pu les entraîner dans une relation malsaine, si les deux garçons n'avaient pas fait l'effort de passer au-delà de leurs idées préconçues l'un sur l'autre.
Paniqué, il s'était complètement refermé sur lui-même tandis qu'un jeune homme aux cheveux châtain essayait de le faire rire. Il était mignon mais le brun n'arrivait pas à s'imaginer avoir une relation avec quelqu'un avec tout ce qui s'était passé et quelques mois seulement après son accouchement.
Dépité, le jeune homme avait fini par le laisser seul et Harry avait fini son verre de Mojito avant de rentrer chez lui. Il avait fallu réitérer l'expérience et une discussion avec le docteur Williams pour qu'il se laisse un peu aller.
La deuxième fois qu'ils étaient retournés dans un bar, un blond aux yeux bleus avait fait les yeux doux à Harry. Harry n'avait pas prévu de partir avec lui mais, Ron dansait collé-serré avec une fille sur la piste et le blond avait su se montrer convaincant. Il l'avait dragué l'air de ne pas y toucher et peut-être parce que son humour un peu cynique lui avait rappelé celui de Draco, il s'était laisser séduire. Il avait fini, il ne savait trop comment par le suivre jusqu'à chez lui et lui avait laisser prendre soin de son corps qui n'avait pas été touché depuis plus de 2 ans.
-Du coup, rendez-vous à 21h30, je passe te chercher ?
-Parfait je me prépare et je t'attends.
En arrivant devant l'appartemment de Ron, ce dernier l'attendait déjà, habillé d'un jean moulant et d'un marcel noir qui tranchait avec la pâleur de sa peau grivelée de taches de rousseur.
Objectivement il très était sexy, bien qu'Harry les préférait plus blonds et plus snobs. Moins hétéro aussi.
-Salut !
-Yo ! Je t'ai manqué ?
-On s'est vu y a deux semaines, répliqua Harry en levant les yeux au ciel.
Ils se dirigèrent en discutant vers un bar et comme souvent Ron se trouva une conquête en moins de vingt minutes. Harry le regardait en sirotant son mojito un sourire amusé aux lèvres quand une voix derrière lui le tétanisa complètement.
-Salut, toi ?
Le brun se tourna incrédule. Il n'avait pas entendu sa voix depuis quatre ans et n'avait pas vu son visage autre que dans les journaux depuis tout aussi longtemps.
-Draco, souffla-t-il.
-Harry.
-Qu'est-ce que tu… Depuis quand tu traînes dans le monde moldu ?
-Depuis qu'un de mes meilleurs potes s'est amourachée d'une née-moldue et me traîne avec lui dans des bars moldus, expliqua-t-il en montrant d'un coup de tête Théodore Nott qui dansait avec une belle brune.
Mal à l'aise, Harry ne répondit pas les yeux fixés sur la piste de dance. Ils gardèrent le silence jusqu'à ce que la main de Draco glisse le long de sa colonne vertébrale. Son dos était son point faible et le blond le savait très bien.
Il se tourna vers Draco et vit dans ses yeux une lueur qu'il connaissait bien. Ce n'était pas une bonne idée.
Vraiment, vraiment pas une bonne idée…
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Draco plaqua Harry contre le mur en fermant la porte de son appartement d'un coup de pied commençant déjà à déshabiller le brun. Les mains crispées dans les cheveux blonds, Harry haletait en embrassant l'ancien Serpentard. Le brun se sentait comme un drogué en manque qui prendrait une dose après des semaines de sevrages. Ils se dirigèrent du mieux qu'ils le pouvaient jusqu'à la chambre de Draco qui se situait au fond du salon.
Draco poussa Harry contre le lit et monta sur lit. Après tant d'années avoir le brun sous lui le remplissait de joie. Tout en lui, lui avait manqué. Son odeur, la douceur de sa peau, les pupilles dilatées de désirs et ses délicieux gémissements.
-Attends, attends, soupira Harry en reprenant un peu conscience de ce qu'il entourait, tu as des préservatifs ?
-Oui, t'inquiète, je ne ferais pas la même erreur deux fois.
La respiration d'Harry se bloqua dans sa poitrine, son sang se gela dans ses veines les temps d'un instant et il voulut se relever mais le blond se baissa et le prit en bouche lui faisant perdre toute rationalité. Il était foutu…
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En se réveillant, Harry se redressa en silence, écartant le bras de Draco de sur sa hanche. Une bouffée de culpabilité le prit. Le soleil venait à peindre de se lever et un léger rayon de lumière traversait la chambre. Il n'avait pas fait attention à la décoration de la chambre mais elle était très belle et joliment décorée. Il récupéra ses vêtements dispersés dans la chambre et se rhabilla précipitamment. Trop pour ses reins qui après avoir été autant labourés la veille criaient au repos.
Il chercha des yeux un papier et une plume qu'il trouva sur une coiffeuse au fond de la chambre. Son regard fut attiré par un collier qui pendant devant le miroir. Collier qu'il lui avait offert pour leur un an. Son cœur se serra et il se sentit mal, il détourna les yeux et commença à écrire sur le morceau de parchemin.
Il était vraiment stupide. Ou toujours amoureux de son blond. Au choix.
Il observa Draco dormir. Il était beau, sa main caressa sa joue. Il déposa la lettre sur le lit. Et transplana jusqu'à la maison d'Hermione désemparé. Il avait merdé.
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En se réveillant, Draco eut un sourire satisfait presque heureux mais quand il se tourna pour poser sa main sur les hanches du brun et le serrer contre lui pour se repaître de son odeur, il ne rencontra que du vide et sa main caressa un morceau de papier froid.
« On n'aurait pas dû faire ça, je suis désolé. Harry »
A suivre…
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