Gabriel

Autrice : Lilomanga

Chapitre : 09/24

Oui, j'ai encore zappé donc je vais en publier un deuxième dans la journée u/u

Chapitre 8 : Discussions, réunions et rapprochement

Après le désastre de la grande révélation à ses parents, il avait fallu quelques jours à tout le monde pour reprendre leurs esprits. Il avait été convenu par tous de se retrouver pour une réunion à laquelle étaient conviés les deux parents adoptifs et biologiques de Gabriel et Zahran. Ils devaient faire des choix et prendre des décisions pour gérer la situation bien que Gabriel aurait préféré que son bébé ne soit pas désigné par ce terme et avait même grimacé quand son père l'avait évoqué. Il avait beau avoir eu toute la semaine pour s'y préparer, Gabriel n'attendait pas cette réunion avec impatience. Elle avait plutôt été une source de stress toute la semaine et Zahran avait essayé de le garder aussi serein que possible bien que lui-même soit très loin de ne pas être anxieux. Pourtant l'elfe s'était échiné à créer un espace rassurant afin qu'en passant la porte de leur appartement, il ne soit pas poursuivi par cette épée de Damoclès qu'il avait constamment au-dessus de sa tête. Pourtant, Gabriel ne considérait pas son enfant comme une « situation » à gérer bien qu'il ait compris que son père parlait plutôt de tout ce qu'il y avait autour. C'est-à-dire sa relation avec un professeur, sa grossesse alors qu'il n'avait que 16 ans et enfin tout ce qui concernait ce qui se passerait après son accouchement. Il faudrait avertir les professeurs et adapter son emploi du temps pour qu'il puisse valider sa 6ème année sans avoir à passer tous les cours en pratiques.

Harry arriva le premier chez Draco alors que celui-ci préparait un plateau rempli de thé, de biscuits et d'une bonne bouteille de pur feu qui aiderait sûrement à une discussion plus détendue. Ou du moins l'espérait-il parce que la discussion serait sûrement mouvementée. Il déposa le plateau sur une table basse alors qu'Harry passa par la cheminette professorale que possédait chaque directeur de maison dans ses appartements et que le professeur de potion avait momentanément déverrouillée pour laisser passer les gens extérieures au château. Théoriquement il n'en avait pas vraiment les droits mais c'était un cas de force majeur. Le rendez-vous était dans une quinzaine de minutes mais Harry avait voulu arriver plutôt pour se préparer psychologiquement à cette entrevue. En tout cas c'est ce qu'il aimait se dire pour se rassurer sur le fait que, Draco et lui, c'était de l'histoire ancienne. Il manqua de s'étaler lamentablement sur le sol comme à son habitude et se releva l'air de rien en ignorant le petit sourire en coin légèrement moqueur de Draco qui fila dans la cuisine chercher des tasses. Pendant quelques minutes un petit silence apaisant flotta entre eux perturbé uniquement par le tintement de la porcelaine. Harry saisit une des tasses et se servit en thé, boisson qu'il aimait particulièrement et qui lui permettait de se détendre un minimum. Ses doigts effleurèrent ceux de Draco quand il tenta d'attraper le sucrier et les deux hommes interrompirent leurs gestes en se jetant un petit regard en coin.

Quelques jours auparavant une discussion qui aurait pu s'avérer houleuse si l'un comme l'autre n'avait pas fait preuve d'honnêteté vis-à-vis de leur situation, les poussa vers une pente glissante qu'aucun des deux n'était sûr de vouloir réellement éviter. Alors qu'Harry était passé pour faire le suivi de Gabriel, il ne trouva en arrivant que le professeur de potion en train de ranger sa mallette de fioles. Ils avaient gardé le silence jusqu'à ce que le blond pose la question qui le taraudait depuis quelques jours.

-Harry ?

-Oui ?

-Je peux te poser une question un peu personnelle ?

-Je suppose que oui.

-Hm…Est-ce que tu entretiens une relation amoureuse avec Zahran Morel ?

Harry cligna brusquement des yeux avant que son cerveau ne réalise vraiment l'implication des paroles du blond. Il se redressa et regarda le blond avec de grands yeux.

-Quoi ?!

-Quand j'étais de surveillance à Pré-au-Lard, je passais dans une ruelle et je vous ai vus dans un restaurant, tu lui tenais la main. Je ne savais pas que vous vous connaissiez, il est très jeune...

-Je t'arrête, tu n'y es pas du tout. On est juste...ami c'est tout. Enfin plus ou moins. Mais il n'y a vraiment rien entre nous. Je le réconfortais c'est tout. Il a eu des aléas avec sa condition elfique et il se trouve que je m'y connais un peu parce que j'en croise souvent dans ma clinique.

-Ah d'accord. Excuse-moi, d'avoir interprété.

Un nouveau silence s'installa entre eux pendant lequel Harry l'observa ,curieux, alors que Draco rangeait ses fioles déjà parfaitement organisées en essayant de ne pas se sentir mal à l'aise face au regard inquisiteur et face à la vague de soulagement qui l'avait envahi quelques instants plus tôt. D'ailleurs c'était stupide. Le brun pouvait tout à fait être en couple avec une autre personne. En tout cas il ne l'avait jamais évoqué. Lorsque Draco était tombé sur eux la semaine dernière, il s'était figé. Regardant par la fenêtre de l'autre côté de la rue avant de reprendre son chemin comme si de rien était. Comme si son cœur ne s'était pas serré et comme si l'espace d'un instant sa respiration ne s'était pas bloquée dans sa poitrine. Il avait repris sa ronde d'une humeur massacrante tant l'idée d'une relation entre le professeur d'histoire et son ex-compagnon lui avait été insupportable. Mais il n'avait pu s'empêcher de poser la question qui lui brûlait les lèvres. Il devait en avoir le cœur net.

-Ça t'aurait dérangé ?

-Franchement ?

-Oui…

-Ça m'aurait grave fait chier.

La réponse fit tressaillir Harry tant elle semblait sortie droit du cœur et honnête. Il connaissait la profondeur de la mauvaise foi du blond quand il le voulait. Elle l'avait même charmé à une époque quand il refusait d'admette ses sentiments pour Harry, même quand son corps le trahissait. Quand ses joues chauffaient après leurs baisers, alors même qu'il adorait porter une de ses chemises pour avoir son odeur sur lui durant la journée et enfin, alors qu'il était exécrable dès qu'un de leur rendez-vous hebdomadaire sautait. Harry était beaucoup moins habitué à de l'honnêteté venant de Draco. Pourtant la réponse avait fusé. Et avec un vocabulaire beaucoup moins élégant que quand ils étaient plus jeunes, même s'il savait que dans l'intimité il pouvait se montrer très vulgaire, dans un lit aussi.

Harry essaya vainement de retenir les papillons dans son ventre de s'échapper de la chrysalide où ils étaient depuis quelques semaines. Mais ils s'envolèrent et s'éparpillèrent dans son estomac alors qu'il tentait de garder un visage impassible.

Leur discussion avait été interrompue par l'arrivée de Gabriel qui venait récupérer ses potions mais depuis leur relation avait subtilement évolué. Peut-être parce qu'ils avaient tous les deux admis consciemment que leur alchimie d'antan s'entêtait à refleurir sans qu'aucun des deux ne veuillent vraiment y faire quelque chose.

C'était la première fois qu'ils se retrouvaient seuls depuis cette discussion et Harry ne sut ou plutôt ne voulut pas interpréter la façon dont les doigts effleurèrent les siens, s'enroulant autour de son auriculaire. Il se contenta de ne pas bouger et d'attendre le prochain mouvement du blond. Draco guetta une réaction négative et eut un petit sourire victorieux quand l'obstétrimage se servit un petit gâteau comme si de rien était sans dégager sa main de la sienne.

En vérité le cœur du bun se comprima et la part rationnelle de son esprit se mit à doucement paniquer. Parce que cette situation n'aurait pas dû le mettre dans un tel état et surtout parce qu'elle était irréelle. Pourtant quand les doigts du blond se mirent à bouger entourant les siens de plus en plus, ceux d'Harry bougèrent aussi acceptant les caresses et y répondant. Jamais, ô grand jamais, il n'avait pu ne serait-ce qu'imaginer qu'il se serait un jour retrouvé dans une telle situation avec le père de son fils. Pas après leur passif. Et encore moins après Gabriel. Leur relation lui avait brûlé les ailes et n'avait rien eu de semblable à l'embrasement majestueux d'un Phoenix ; elle n'aurait jamais dû renaitre de ses cendres.

Le premier à arriver après Harry fut Gabriel. Il toqua sur le tableau et plutôt que de sursauter comme pris en faute, Draco se défit lentement de l'étreinte de leurs doigts et se dirigea vers l'entrée d'un pas assuré.

Le tableau s'ouvrit sur le petit brun qui embrassa ses pères biologiques sur la joue avant de s'installer sur le sofa en entamant les biscuits.

-Zahran ne vient pas ? demanda platement le blond.

-Si, il finissait des copies, il arrive.

-Hm.

-Sois gentil, s'il te plait !

Ça, ça serait plus compliqué. Il s'était interrogé sur le pourquoi et le comment Harry et Zahran Morel pouvaient être amis. Une, voire deux bonnes générations les séparaient et ils ne gravitaient guère dans les mêmes sphères. Lors des missives qu'Harry et lui avaient pris l'habitude de s'écrire au quotidien notamment pour parler de Gabriel, le brun lui avoua à demi-mot que Zahran et lui se connaissaient par le biais d'un ami commun. Et quand le prénom de Gabriel fut mentionné quelques phrases plus loin, Draco tilta d'un coup. Il comprit également pourquoi même en observant Gabriel depuis quelques semaines il avait été tout bonnement incapable d'avoir ne serait-ce qu'un début d'idée sur le potentiel second père. Il ne cherchait pas au bon endroit. Alors durant plusieurs jours, il observa Zahran et Gabriel. Leur façon d'évoluer dans la pièce quand l'autre était là, les regards en coin lorsqu'ils pensaient que personne ne les observait.

Draco invita l'elfe le soir même dans ses appartements pour boire un verre entre collègue et pour faire bonne mesure il invita également Gabriel, une demi-heure avant. Quand Zahran arriva ce fut pour découvrir un Gabriel énervé faisant face à son professeur de potions. Sans chercher à comprendre, Zahran se plaça devant son compagnon baguette en main. Si sa moitié humaine essayait de penser de manière rationnelle, sa partie elfique était prête à en découdre. Il savait pourtant que le père biologique de Gabriel ne lui ferait pas de mal. S'en suivit une discussion aussi houleuse que bancale où chacun essayait désespérément de se faire entendre. Parce que Draco commençait tout juste à réellement digérer sa paternité et quelque chose en lui se débloquait. C'est comme si Gabriel abaissait une à une les barrières qu'il s'était construites des années auparavant. Comme tapis dans l'ombre, un instinct paternel insoupçonné l'embarqua dans un dialogue qui aurait pu être stérile si Gabriel n'était pas aussi assuré dans ses baskets et plus mature que la plupart des jeunes de son âge. Zahran tentait d'apaiser les choses et d'expliquer les choses pour que son collègue puisse commencer à voir les choses sous un autre angle que celui d'un père découvrant que son gosse attend un enfant à 16 ans et de son professeur en plus de ça.

La conversation prit fin quand après une énième parole blessante de Draco envers Zahran, Gabriel expliqua d'une voix polaire à Draco qu'il n'avait aucune légitimité pour se comporter comme un père protecteur et que les prémices de la relation qui commençait à se développer entre eux n'était rien face à sa relation avec Zahran. Et ça Draco le vécut comme un coup de massue. Cette situation bien qu'il ne l'ait pas voulue, il l'avait provoquée et il comprit également qu'il n'aurait peut-être jamais de vraie relation avec son fils.

L'elfe finit par attraper Gabriel en le ramenant contre lui tout en lui rappelant les effets négatifs que ses émotions pouvaient avoir sur le bébé et ils quittèrent l'appartement, laissant Draco seul et nerveux derrière eux.

Alors Draco fit ce qu'il aurait dû faire 17 ans auparavant. Il courut dans les couloirs et les retint. Et il fit un effort pour écouter l'histoire selon leur point de vue, calmement.

Draco soupira quand Gabriel embrassa la joue d'Harry puis en fit de même avec lui accompagné d'un petit regard d'avertissement. Le petit brun alla ensuite s'installer sur le canapé où il s'évertua à manger son stress en petits biscuits jusqu'à l'arrivée de son compagnon.

Quand les parents de Gabriel arrivèrent, tout le monde était déjà dans le salon en les attendant et avait commencé à siroter leur boisson.

Presque gênés, ces derniers regardèrent les personnes présentes et firent un salut collectif le plus enthousiaste possible au vu de la situation puis s'installèrent dans un des fauteuils libres de la pièce.

C'est Zahran qui se leva pour prendre la parole malgré les regards clairement suspicieux que lui lançait Helena assise près de son mari. Gabriel, décidant dans un élan de courage de supporter son compagnon, se leva et se plaça à sa droite, dévoilant par la même à ses parents, le petit ventre de grossesse qui commençait à peine à se dessiner depuis quelques semaines.

-Déjà, bonjour, je sais que ce n'est pas une situation confortable néanmoins j'aimerais que vous nous donniez une chance de tout vous raconter sans nous interrompre et en gardant l'esprit ouvert.

Il regarda un instant les quatre parents de Gabriel qui ne bronchèrent pas.

-Alors voilà, comme vous le savez ou comme vous l'avez compris, je suis un demi-elfe de feu de par ma mère. Une particularité des elfes est que nous pouvons développer un lien spécial avec nos compagnons ou compagnes. Lorsque les magies de deux âmes sœurs sont en phase parfaite l'une avec l'autre, elles commencent à fusionner. C'est ce qu'on appelle, l'union magique. L'union magique permet la grossesse de l'un des compagnons et ne se déclenche normalement pas avant la vingtaine parce qu'elle suppose un amour et une confiance sans faille qui nécessite une certaine maturité aussi bien magique que mentale et amoureuse. Il arrive très rarement qu'une union se déclenche plus tôt et pour ma part je n'en avais jamais vu une se produire avant la majorité des deux âmes sœurs.

-Papa, maman, intervint Gabriel, je sais que de votre point de vue de parents c'est mal, mais j'aime Zahran plus que ma propre vie. C'est moi qui l'ai courtisé, et je voulais cette relation. J'ai avec Zahran une connexion magique et physique unique. J'ai su la première fois que je l'ai vu qu'il était l'homme de ma vie. Et ce bébé, bien qu'il arrive des années trop tôt, je ne peux pas m'en débarrasser. Je veux l'élever, je veux le chérir, je veux le voir grandir. Lui apprendre des choses, le gronder quand il nous fera tous tourner en bourrique.

Ce fut étonnamment Tristan qui prit la parole ensuite.

-Gaby, c'est très joli ce que tu nous dis là, mais en tant que futur père tu comprendras bientôt nos inquiétudes. Tu as seize ans, tu n'as aucun diplôme, c'est ta première relation, ton compagnon est ton professeur et est plus âgé que toi...Tu comprends notre inquiétude ? On ne savait même pas que tu préférais les garçons et quand on apprend tout ça, on apprend aussi que tu as retrouvé ton père...TES pères biologiques dont un dont on ne connaissait même pas le nom. La seule chose qui me rassure un tant soit peu c'est le lien d'âme sœur.

-Papa...

-Monsieur Audragon...

-Au point où on en est appelez-moi Tristan...

-Tristan, si ça peut vous rassurez, je prends tout ça très au sérieux et je compte assumer pleinement toutes mes responsabilités, affirma Zahran avec aplomb.

-Et est-ce que tu vas finir tes études au moins ? Demanda Tristan d'une voix un peu tendue.

-J'en sais rien. Je pensais prendre une année de pause.

-C'est hors de question.

La voix de Zahran s'éleva douce mais implacable faisant légèrement sursauter Gabriel dont il attrapa la main fermement en le regardant dans les yeux.

-Je vais prendre une année de pause pour m'occuper du bébé, j'ai des économies et je ne veux pas que tu sortes du circuit scolaire, tu vas avoir ton diplôme Gaby.

-Mais...

-Gaby, tu es l'un des élèves les plus brillants de ta promo. Tu dois avoir tes aspics l'an prochain, il ne peut en être autrement.

-Tu ne veux pas que je m'occupe du bébé ?

-Dans l'idéal si. Mais dans l'idéal tu n'aurais pas dû être enceint maintenant. Je te veux heureux et épanoui et en aucun cas tu ne pourras l'être en étant papa au foyer. Tu as beau être d'un naturel calme, tu as besoin de bouger, d'être actif et de travailler. Donc tu vas finir tes études et choisir un métier qui te rendra heureux.

Zahran dut sentir l'émotion que ses paroles provoquèrent chez son compagnon car il le tira vers lui pour l'enlacer. La situation deviendrait compliquée dès que le petit pointera le bout de son nez, ils le savaient tous les deux. Ils devraient faire front ensemble.

Un ange passa dans la pièce avant qu'Harry après avoir froncé les sourcils et réfléchit ne prenne la parole avec un certaine hésitation et crainte dans la voix.

-Gaby. Je...Je peux me permettre de remettre un an mon cabinet entre les mains de mon co-équipier. Si la directrice vous autorise à avoir un appartement à côté, je pourrais m'occuper du bébé la journée jusqu'à ce que vous finissiez l'école et le travail. Il y a déjà eu ce genre de cas exceptionnel par le passé.

Il le savait c'est lui qui avait aidé la directrice à mettre ce dispositif en place trois ans auparavant pour qu'une de ses patientes puisse avoir une scolarité quasi normale.

-Quoi ?!

-Si ça ne vous dérange pas Helena et Tristan, je sais que vous avez des postes à responsabilité.

Les participants de la conversation semblaient tous méditer et Gabriel discutait avec Zahran à travers un échange de regard. Cependant ce fut Helena qui s'exprima en première.

-Si Gabriel est d'accord, on accepte aussi. De toute façon ce bébé naîtra et je ne veux pas que mon fils arrête les cours. On ne sait pas de quoi est fait demain.

Helena qui avait eu une longue conversation avec son mari à propos du bébé à venir prit sur elle pour réfléchir posément et parvenir à la meilleure solution. Il lui avait fallu le temps de prendre du recul sur la situation. Le fait que son fils soit enceint premièrement et qu'il ait retrouvé ses parents biologiques ensuite.

Elle avait toujours su qu'Harry et Gabriel se retrouveraient un jour. Elle avait toujours cru en un monde juste qui valorisait ceux qui le méritait. Et l'adoption de Gabriel bien qu'il fût un des plus beaux moments de sa vie l'avait déchirée. Voir un enfant de 18 ans seul, fatigué se séparer de son enfant fut difficile à vivre. Elle avait vu la douleur dans les yeux d'Harry et au moment de la séparation. L'amour si fort qu'il éprouvait pour ce nourrisson et qui paradoxalement l'avait mené à le faire adopter car il ne pouvait pas lui donner la belle vie qu'il méritait.

Elle pensait juste que retrouver Harry serait une étape qu'ils feraient tous ensemble, en famille. Mais non, Gabriel avait décidé tout seul de faire ce chemin et cette démarche. Helena avait eu l'impression de perdre son bébé. Tristan avait su lui faire comprendre qu'elle était et resterait la mère de Gabriel et surtout qu'il avait besoin d'elle plus que jamais.

Draco qui avait jusque-là fait office de pot de fleurs posa la tasse de thé qu'il avait dans les mains et racla sa gorge.

-C'est très joli tout cela mais c'est dans le cas où McGonagall ne vire pas Zahran et c'est déjà une autre paire de manche. Les relations élève-prof ont beau ne pas être officiellement interdites par le règlement, elle ne sera pas ravie de l'apprendre. Surtout que tu n'es pas encore majeur même si tu le seras bientôt. On ne peut pas faire de plan sur la comète. Harry tu devrais venir pour aider à expliquer la situation, tu es son obstétrimage et elle t'a toujours bien aimé.

Le discours du professeur de potions jeta un froid sur l'assemblée qui demeura silencieuse. Le blond avait raison. Gabriel venait d'entamer son deuxième trimestre et les professeurs des cours dont il était dispensé commençaient à se poser des questions.

-Je sais. Je pensais le faire cette semaine. Si tu es d'accord Zaza ?

L'elfe porta la main du brun à ses lèvres.

-Je te l'ai dit Gabriel, on ira à ton rythme.

La douceur dans la voix de l'elfe suffit à rassurer Gabriel qui sentit son stress descendre d'un cran. Il attrapa sa tasse et sirota son thé pour camoufler le rouge à ses joues qui n'échappa pourtant à personne.

-Et vos parents ? demanda soudainement Helena qui s'interrogeait depuis quelques temps déjà.

-Ils sont tous les deux en pèlerinage au fin fond du monde elfique, ils sont injoignables pour le moment. Je ne pourrais même pas dire où ils sont exactement. C'est un voyage de six mois, ils ne reviennent que dans un peu moins de trois mois malheureusement. Je pense que ma mère...m'arrachera les yeux mais s'inclinera face à l'union elfique. Et mon père, je ne sais pas vraiment.

L'elfe parut embarrassé et se gratta l'arrière de la nuque. Quand Ashana et Adrian rentreront, Gabriel sera enceint de 6 mois. Ils savaient que Zahran voyait quelqu'un depuis un petit moment sans qu'il ne s'attarde sur le sujet. Se retrouver devant le fait accompli ne leur fera pas plaisir.

La discussion dura encore une petite heure durant laquelle Gabriel et Zahran expliquèrent leur rencontre, leur mise en couple. Puis des questions furent posé sur leur avenir, mais vraiment, ils naviguaient à vue pour le moment et eux-mêmes digéraient encore la grossesse et les changements qui l'accompagnaient.

Et quand tout le monde rentra enfin chez soi, ils étaient tous épuisés.

oOoOo

Quand le tableau se referma derrière Gabriel, il laissa échapper un petit rire nerveux qui le prit par surprise. Toute cette scène lui avait semblée surréaliste au possible. Pourtant il avait peur. Il allait avoir 17 ans dans deux un mois et il ne devrait pas gérer une grossesse aussi bénie par la magie soit elle. Foutue magie...

Le Serpentard se demandait comment Harry du haut de ses 18 ans avait pu gérer seul sa propre grossesse. Tout seul, mettant sa propre vie entre parenthèse pendant 9 longs mois pour que lui puisse avoir la vie dont il avait rêvé mais à laquelle il n'avait jamais eu accès. Alors même que le petit bébé qui grandissait dans son ventre lui rappelait constamment que la seule personne qu'il avait aimée ne lui avait pas rendu son amour et l'avait rejeté.

Il regarda son homme debout dans la petite cuisine de l'appartement professoral qui lui souriait doucement avec un regard interrogatif, se demandant pourquoi il restait planté devant l'entrée. Zahran était son phare dans la tempête, sa vie, son jardin secret. Il l'aimait si fort qu'il en avait parfois le tournis.

-Chéri, ça va ?

-Oui, t'inquiète, ça va. Je suis juste un peu fatigué.

-C'est vrai ce mensonge ? demanda l'elfe suspicieusement ce qui ne fit qu'agrandir le sourire de Gabriel.

-Je te promets que oui. Je me demandais juste si... Enfin, est-ce que tu as peur des fois ?

-Bien sûr que oui !

La réponse fut si spontanée qu'elle fit sursauter le brun. Il avait toujours vu Zahran comme un homme sans faille et sans peur.

-J'ai peur tout le temps. De ne pas être un bon professeur. De la réaction de la directrice. J'ai peur de ne pas être un bon père. J'ai peur pour toi, ta santé, peur de ne pas te rendre heureux...

Il s'approcha doucement de son compagnon tandis qu'il parlait jusqu'à être assez proche pour replacer une mèche brune derrière son oreille. Il prit ensuite ses joues entre ses mains, prenant son visage en coupe et déposa un baiser sur son front d'une telle tendresse que les larmes montèrent aux yeux de Gabriel.

-...j'ai peur de devenir papa aussi jeune. Mais j'avance quand même parce que je ne dois pas laisser la peur guider ma vie. Et que je dois te protéger. Toi et le petit ou la petite qui grandit en toi. Parce que je vous aime.

Gabriel se saisit d'une des mains sur sa joue et la serra doucement.

-Je crois que je viens de retomber amoureux de toi...

-Parce que j'ai peur, rit l'elfe.

-Non parce que tu es merveilleux.

Gabriel se mit sur la pointe des pieds pour embrasser l'elfe qui libéra ses joues et se pencha vers lui en capturant ses lèvres. Le Gryffondor glissa sa main sur la nuque brune et soupira de contentement.

-Moi aussi je vous aime Gabriel Etienne Audragon.

OOoOo

Harry attrapa sa sacoche et entra dans la cuisine où Draco déposait la vaisselle utilisée dans l'évier.

-Bon, Draco. Je vais rentrer du coup. Il est tard et cette réunion fut fatigante. On se revoit dans la semaine ? Pour la réunion.

-Déjà ? Attends, Harry. Je me demandais vu que les vacances de noël sont dans deux semaines…Ecoute, je sais que tu passes sûrement le réveillon chez les Weasley, mais je me demandais si tu ne voulais pas qu'on fasse quelque chose ensemble.

-Ah... Je suis désolé mais en fait, Gabriel m'a demandé de rester à la maison pour une semaine. Comme le 24 tombe le week-end de la première semaine, je lui ai proposé de rester et j'ai aussi invité Zahran aussi. Et pour le réveillon, j'ai invité Tristan et Helena.

-Ah, d'accord. Bon, tant pis.

-En fait, je voulais t'invité aussi, si tu veux bien. Comme tu l'as dit toi-même, tu es aussi son, père. Et puis...Je voudrais vraiment que tu viennes aussi.

Draco fixa Harry, surpris.

-Tu veux qu'on passe le réveillon ensemble ?

-Je sais que c'est très bizarre comme situation, mais maintenant que j'ai retrouvé Gabriel, enfin plutôt qu'il m'a retrouvé, je n'ai aucune intention de le perdre. Et je suis prêt à accueillir toute sa famille à bras ouvert s'il le faut. Surtout que Tristan et Helena ont fait de Gabriel un enfant incroyable. Et maintenant, toi aussi tu fais partie de sa famille.

Draco s'approcha d'Harry en souriant.

-Donc, tu veux que je sois là uniquement pour Gabriel...

Il fit glisser sa main le long de bras d'Harry qui le fixait dans les yeux et la fit remonter jusqu'à sa joue.

-Non, pas seulement pour ça, souffla Harry.

Leurs regards s'accrochèrent une dernière seconde avant qu'Harry ne cesse de lutter et n'appuie sa joue contre la main de Draco en fermant les yeux. Le blond se pencha vers lui et l'instant d'après, leurs lèvres se rencontrèrent, doucement. Elles prirent le temps de se redécouvrir et un petit soupir de bien-être s'échappa de leurs lèvres. Elles se caressèrent, lentement, se séparaient pour mieux se retrouver. Harry glissa ses mains derrière la nuque de Draco, ses doigts effleurant les courts cheveux blonds. L'ancien Serpentard avait depuis longtemps arrêté de porter son casque de gel et portait à présent une coupe plus courte, un undercut latéral avec les cheveux plus longs sur le dessus.

Harry finit par s'écarter un peu de Draco qui grogna à la perte de contact et attira les hanches du brun vers les siennes en passant un bras derrière son dos.

-Att-Attends Draco. On ne devrait pas faire ça.

-Pitié Harry, ne me dis pas une nouvelle fois qu'on n'aurait pas dû faire ça, je ne le supporterais pas.

-Non, je...je suis désolé d'avoir écrit ça. J'avais peur, j'ai peur. Je ne veux pas recommencer les erreurs du passé.

-Et je ne le veux pas non plus Harry. Mais on est des adultes maintenant.

Harry posa ses mains sur la poitrine du blond et se mordant les lèvres.

-D'accord, mais il ne faut pas qu'on se précipite. Je ne veux pas tout perdre encore une fois.

-Tu ne perdras rien Harry, répondit Draco en l'embrassant.

-D'accord, je veux bien essayer.

Harry avait peur mais pour rien au monde il ne voulait quitter les bras de Draco. C'est donc à contre cœur qu'il finit par s'éloigner pour rentrer chez lui.

-Bon, je devrais vraiment y aller maintenant. On s'appelle, d'accord ?

-D'accord.

A suivre...

Enfin, le rapprochement tant attendu entre Harry et Draco =D

J'espère que ça vous a plu, le chapitre suivant arrive dans la journée !