Salut! Voici un petit OS sur le couple Irisviel x Saber/Arturia dans Fate/Zero!
Ici je change la fin de l'anime donc ne vous étonnez pas de ce que vous lirez, c'est calculé! Les pauvres finissent vraiment mal de base XD du coup j'ai changé ça!
L'univers et les personnages de la série des Fate ne m'appartiennent pas!
Bonne lecture!
Le poids de ma fierté est celui de mon épée…
Ces mots résonnent encore aujourd'hui avec force en moi alors que pourtant je suis impuissante. Mon honneur de chevalier vient d'être bafoué une fois de plus et pour combien de fois encore durant cette Guerre du Saint-Graal ? J'étais tellement sûre que c'était Rider qui avait enlevé Irisviel et je l'ai poursuivit puis retrouvé, j'aurais même pu l'achever. Mais pourquoi ? Ce n'était finalement pas lui, j'ai été dupée… Et le prix de tout cela ? Maiya est morte par mon incompétence et Iri… Me présenter devant mon Master, devant Kiristugu sans la moindre piste pour la retrouver après toute une nuit de recherches acharnées… Quelle honte alors que cet homme abhorre déjà tout ce que je représente.
Je n'ai pas abandonné, je cherche toujours où et surtout qui a bien pu l'emmener. J'en ai déjà une vague idée. Pour que nous ayons été trompé c'est que le Servant chargé de cet enlèvement doit posséder une aptitude de changement d'apparence. Jamais le Roi-Héros babylonien n'aurait consentit à se cacher pour commettre un tel forfait et je sais à présent que ce n'est pas non plus le Roi-Conquérant. Ne reste sur la liste qu'un seul candidat potentiel : Berserker lui-même. Ce que je ne comprends pas en revanche c'est l'intérêt que son Master peut bien porter soudain aux Einzbern. Jusqu'à maintenant il ne s'attaquait qu'à Tokiomi, le défunt Master de Gilgamesh. Qu'est-ce qui a changé ? A-t-il fait une alliance avec celui qui est aujourd'hui le nouveau mage d'Archer ? Dans ce cas, ce ne peut être qu'une seule personne… Kirei Kotomine.
Nulle trace de Rider ou d'un autre Servant en ville ce soir alors que j'avale des kilomètres d'asphalte depuis des heures maintenant. Je cherche la trace magique d'Irisviel mais en vain jusqu'à présent. Même Kotomine ne pourrait ainsi effacer le mana de quelqu'un avec tant de facilité, sans qu'il ne reste le moindre résidu de magie, c'est impossible. Où donc l'a-t-il emmené ? Me voilà arrivée près de la berge du fleuve où nous avons affronté Caster et sa créature marine tout droit sortie des enfers qu'il n'aurait jamais dû quitter. Revoir ce paysage me rappelle ce que cette guerre nous a déjà coûté. C'est ici-même que Lancer brisa sa lance pour ma permettre d'utiliser ma main gauche qu'il avait maudite, m'empêchant ainsi de m'en servir.
Lancer… Sa mort est une autre injustice, un nouveau bafouement de tout ce que représente la chevalerie dans ce monde qui n'a plus aucun honneur ni la moindre morale. Notre combat devait être différent, ce devait être une bataille dans les règles et non pas cette…mascarade résultant du désir des mages de s'emparer à tous prix du Graal. Je revois encore son regard hurlant à la trahison et nous vouant aux pires malédictions. Cette fois aussi je fus impuissante alors que notre code fut foulé aux pieds par nul autre que mon propre Master, Kiritsugu.
En un sens je le comprends je crois, et cela ne rend pas les choses plus faciles pourtant. Un mage ne pratiquant pas la magie, un Master ne pensant que le pire des Héros lui qui prétend ne pas croire en la justice. Pourtant, j'en suis persuadée, lui aussi un jour en a rêvé de devenir un justicier. Sa déception a dû être aussi grande que sa nouvelle conviction. Quel vœu peut-il bien vouloir formuler, quel souhait ? Nous n'en avons jamais parlé et nous ne parlons même que très peu en réalité. Emiya œuvre dans l'ombre de la Guerre du Graal, abattant méthodiquement Servants et Masters qui se retrouvent dans son viseur.
C'est un tel honneur que d'avoir été choisie pour être l'un des Roi-Héros se battant pour son maitre afin de lui obtenir cette coupe magique. Hélas, je crois que nous ne partageons pas les mêmes idéaux, les mêmes aspirations ni rien d'autre d'ailleurs. Mon devoir est d'arracher la victoire au combat pour offrir à Kiritsugu le Graal que lui comme les autres participants convoite plus que tout. Mon devoir oui, ma mission sacrée… Cependant j'avoue douter. Cet homme… Est-ce bien sage de le laisser souhaiter ? Je le sais persuadé de faire les bons choix, accomplir ce qui est nécessaire pour le plus grand bien. Mais sans morale pour le guider, ses choix sont-ils vraiment les plus éclairés ?
Me tenir sur cette berge me remémore également cette sortie avec Irisviel. Elle me racontait alors qu'elle n'avait vu que très peu de choses de ce monde qui bien plus vaste que je ne le su lorsque je régnais sur le Royaume de Bretagne. Et pourtant, j'en ai certainement vu plus qu'elle. C'est drôle d'ailleurs, cette berge était-elle si haute la dernière fois ? Ou bien peut-être le fleuve est-il en décrue ? Non…une berge… Ce que je surplombe en cet instant ressemble davantage à une falaise. Et cette vue familière, le soleil se levant pour éclairer la mer. Mer ?
Je sers les jambes sur la machine à deux roues qui est à présent ma monture dans le futur. Cependant ce n'est pas un grondement de moteur qui s'en échappe mais un hennissement de protestation. Que… Je baisse les yeux pour voir que je me tiens non plus sur un destrier de fer mais bien de chair. L'étalon à la robe noire de jais secoue sa grande tête lorsque je dessers ma prise, surprise. Mes yeux tombent ensuite sur mes mains qui ne revêtent plus les gants sombres de conduite mais bien mes brassards de mon armure tout comme le reste de mon corps. Nulle trace de ce vêtement appelé costume que je portais il y a quelques minutes seulement. Etrange, je n'ai pas souvenir de mettre transformée pourtant.
Tirant sur les rênes tout en enfonçant légèrement mon talon dans le flan du cheval, je lui fais faire demi-tour pour voir derrière moi un imposant château fortifié me toiser. Cet édifice d'un autre temps, mon temps, mon château. Mais c'est impossible pourtant. Je descends de ma monture pour m'approcher un peu, peinant à réaliser ce que mes yeux s'obstinent pourtant à me montrer. Soudain je sens une douce prise se faire sur mon poignet. Je me retourne vivement, prête à répliquer si l'on m'attaque mais je tombe alors sur deux orbes carmin brillants. Les longueurs immaculées flottants dans l'air telles un rideau de neige ainsi que ces yeux si particuliers que je ne pourrais jamais oublier ne me trompent sur son identité. Je veux ouvrir la bouche, l'appeler car je l'ai enfin retrouvée mais c'est elle qui parle en premier.
—Arturia…
Non, jamais Irisviel ne m'a appelé par mon nom. Pour elle j'ai toujours été Saber et rien d'autre, bien que cela ne m'ait jamais dérangé. Est-elle une ennemie dans ce cas ? Je ne sens pourtant pas émaner d'elle la moindre trace d'hostilité… Plissant les yeux, présentant un air méfiant, je penche légèrement la tête sur le côte tout en l'interrogeant.
—Qui êtes-vous ? Et où sommes-nous ?
—Vous avez oublié ? Oh ma bien-aimée…
Bien-aimée ? Je rougis… Bien que j'admets avoir développé un certain attachement à Irisviel, nous n'en étions pas là, n'en serions jamais arrivées à un tel point. Ses sentiments pour mon Master, pour Kiritsugu, semblaient trop forts et trop réels pour que j'ose même… De toute façon un Servant n'a aucun droit de prétendre à l'amour ou tout autre sentiment que son devoir de Roi-Héros se battant pour le Graal.
—Le Graal… Où en est la guerre ? Les combats ? Je ne devrais pas être ici, peu importe où cela se situe. Je dois partir.
Je commence à marcher en direction de mon cheval, déterminée à trouver un moyen de me réveiller de cet étrange rêve lorsqu'à nouveau elle me retient.
—Vous ne rêvez pas, tout ceci est bien réel. Mais je ne comprends pas, comment avez-vous pu oublier ?
—Qu'ai-je donc oublié ?
—Vous ne vous souvenez pas… La Guerre du Saint-Graal est terminée.
—C-comment ? C'est impossible ! Nous étions encore quatre, Rider, Archer, Berserker et…
—Archer a vaincu Rider et vous avez vous-même triomphé de Berserker. Il vous a même révélé son identité.
Son identité ? Berserker… Ce guerrier auréolé de cette sombre aura, je saurais qui il est ? Je tente de faire appel à ma mémoire mais je n'ai que des flashs de lui m'attaquant de toutes ses forces et moi…hésitant ? Je me répète mais c'est impossible. Jamais je n'ai hésité au combat, pas une seule fois. Ce n'est pas digne de moi que de ne pas prendre au sérieux quiconque se place en adversaire devant mon épée. Alors pourquoi ? Un nouveau flash s'impose à moi, puissant et douloureux comme si les souvenirs que je cherche à faire revenir ne voulaient pas se présenter à moi. Passant une main devant mes yeux que ferme pour mieux me concentrer malgré la douleur, enfin, je le distingue. Le visage révélé, son heaume fendu en deux tombant à nos pieds. Et soudain je me souviens, et avec cette réalisation vient une douleur, encore plus grande mais qui cette fois étreint aussi mon cœur.
—Berserker… Non… C'était toi, mon ami, Lancelot…
—Oui… souffle avec tristesse celle qui ressemble tant à Irisviel mais sans être elle.
—Non ! Ce n'est…pourquoi ?
Parce que je n'ai pas su le protéger… Non, c'est bien pire. Parce que je n'ai pas su le guider. Ainsi il est devenu cette bête incontrôlable, réduit à être invoqué en tant que Berserker dans cette Guerre qui n'a définitivement rien de sainte. Soudain je repense aux paroles d'Iskandar, me reprochant de m'être enfermée dans ce rôle de Roi que j'ai endossé. Je pensais être dans le vrai, je n'ai jamais douté avoir fait ce qu'il fallait. Mais… Si je les avais vraiment guidé comme j'aurais dû au lieu de seulement chercher à les protéger à tout prix, peut-être Lancelot n'aurait-il pas fini ainsi. De même que mon peuple tout entier. J'ai lamentablement échoué, je ne sais si je mérite encore mon titre de Roi-Chevalier.
Une main vient relever ma tête que j'avais baissée sous l'affluence de la douleur de me souvenir. A nouveau les iris incandescents me brûlent en me caressant alors que sa douce main essuie délicatement les larmes que j'ai laissé sans m'en rendre compte échapper.
—Mais je ne comprends toujours pas… Le Roi-Héros Gilgamesh… Je l'ai affronté aussi ?
—Oui. Mais Emiya Kiritsugu…
—M'a ordonné de le détruire… Le Graal n'est plus. Alors comment…
—Quel est votre souhait Arturia ?
—Mon souhait ?
—Oui, si vous aviez gagné, qu'auriez-vous souhaité ? Si Kiritsugu vous avait finalement laissé choisir.
—Ce ne serait pas arrivé. Il le voulait tellement et moi… Je ne sais pas. Mon vœux le plus cher…
Sauver mon royaume, mes sujets ? Comme si une telle chose était seulement possible. Qu'aurais-je voulu si j'avais pu ? Je l'ignore moi-même.
—La Graal lit dans les cœurs Saber…
—Qu'as-tu dis ? j'interroge celle qui ressemble tant à Iri.
Mais elle penche la tête sur le côté, affichant un air perplexe comme pour me dire que j'ai rêvé cette voix que j'ai cru entendre murmurer. Soudain sa ressemblance me parait encore plus flagrante. Ces mêmes yeux rouge sang, ces mêmes longs cheveux blancs. Tout chez celle qui me fait face me parait semblable et pourtant différent. Et soudain je doute, j'ai une étrange impression. Il manque quelque chose, chose dont je ne parviens pas non plus à me souvenir.
—Ah, laisse-t-elle échapper en souriant légèrement, vous vous rappelez maintenant ? Que souhaitez-vous vraiment ?
—Toi… Qui es-tu ? Tu n'es pas Irisviel bien que tu lui ressemble. J'ignore qui tu es et pourtant, c'est comme si je me souvenais mais pas vraiment.
Elle laisse cascader un rire qui est une musique chantant à mes oreilles, une poésie qui murmure à mon âme. Mon âme qui se souvient, sait qui elle est pour moi. Quelqu'un d'important oui, mais qui ? Soudain je la vois qui s'approche, ses pupilles brillantes d'une lueur qui chavire mon cœur. Que m'arrive-t-il, je me sens pétrifiée sous son avancée que pourtant j'ai l'impression de désirer. Impatience et appréhension se mêlent jusqu'à ce que ses lèvres se scellent aux miennes. Comment peut-il exister pareille douceur sur terre et que cela soit demeuré pour moi un mystère ? Mais l'est-ce vraiment ? Car cette caresse, tout comme son être entier, j'ai l'impression de l'avoir déjà vécue, connue. Et je sens à nouveau mon âme chanter, me parler et me dire que ce n'est pas qu'une sensation de déjà-vu.
Le baiser se termine et lorsque je rouvre mes yeux que j'ai fermé sans m'en rendre compte, je plonge dans les siens qui sont un peu perlés après notre échange. Et soudain je sais, je me souviens. Qui est elle est, ce qu'elle représente pour moi. Mon amour, ma bien-aimée, mon âme-sœur à jamais. Ou tout du moins était-elle sensée l'être aux yeux de tous.
—Guenièvre…
—Tu te souviens enfin, dit-elle alors que son sourire s'agrandit.
Et soudain tout me reviens et je ploie sous le poids de ces souvenirs. J'étais un grand Roi oui mais un monarque doit avoir une descendance n'est-ce pas ? Je dû prendre Guenièvre pour femme sachant pourtant que ses sentiments allaient à Lancelot, mon cher ami. Et si par la force du temps je conçu pour elle moi aussi de l'affection, comment me résoudre à un amour à sens unique ? Je ne le pouvais pas et me suis alors enfermée dans mon rôle de Roi. Je les protègerais tous. Ce savoir, cette maxime seule a toujours guidé mes pas. Mais tout cela pour quoi ? Je demeurais sourde aux rêves et aux aspirations de mon peuple quoiqu'il en soit.
—J'ai échoué, je n'ai pas su vous guider, pas su non plus vous protéger. Je…
—Il est trop tard à présent Majesté, il est impossible de réparer le passé. Il en est autrement pour le futur que vous pouvez encore sauver.
—Quel futur pourrais-je bien sauver… Si je suis ici et que la guerre est terminée c'est que j'ai perdu. Quelque soit le vœux qui a été formulé ce n'est pas moi qui l'ai souhaité, je ne saurais même pas quoi demander.
—Avec qui m'avez-vous confondu ? Qui est cette Irisviel ?
—Je… Mon Master, Kiritsugu, n'est pas celui qui œuvre sur le champ de bataille en première ligne. Pour cela il a désigné Irisviel.
Je lève sur Guenièvre un regard tendre bien que ce ne soit pas tout à fait sur elle que je le porte.
—Elle te ressemble beaucoup. Tant que je t'ai prise pour elle.
—L'aimez-vous ?
—Oui.
Pourquoi nier ? Fuir mes sentiments n'est pas plus digne que fuir au combat. Je n'ai pas honte de l'admettre, Irisviel a suscité mon intérêt et ce bien plus que n'importe qui, homme ou femme, ne l'a jamais fait. Même plus que Guenièvre qui n'a pu recevoir qu'un amour né de la force de l'habitude quand de toute façon ce n'est pas à moi que se destinait son affection.
—Mais le destin est bien cruel pour qu'à nouveau je ne sois pas celle pour laquelle bat son cœur, dis-je avec une pointe de déception et peut-être bien un peu d'amertume.
—Êtes-vous bien sûr de cela ?
—Que veux-tu dire ? Oui, je le crois, c'est Kiri…mon Master qu'Irisviel aime plus que tout. Ensembles ils ont même conçu un enfant.
—Vous plus que quiconque devriez savoir que concevoir un enfant destiné à être un Homonculus ne signifie pas avoir des sentiments pour la personne avec laquelle on le conçoit.
—Je ne comprends pas…
—Ce n'est rien, voilà quelque chose qu'il n'est pas utile que vous vous souveniez.
Homonculus… Un être humain créé à partir de matériel génétique. Mon savoir acquis en m'incarnant pour la quatrième Guerre du Saint-Graal me donne la définition de ce que ce mot signifie. Mais les Homonculus n'ont qu'une courte espérance de vie. Je comprends soudain bien mieux les faiblesses soudaines que ressentait Irisviel par moment.
—Mais, si la Guerre est achevée, j'aurais simplement dû disparaitre non ? Je pensais avoir détruit le Graal…
—Un vœux a été offert à Kiritsugu qui l'a refusé en comprenant ce que son cœur désirait vraiment. Le Graal n'est ni bon ni mauvais, il exauce seulement les souhaits. Mais la Guerre doit trouver son achèvement alors il s'est intéressé à ceux qui restaient encore, ceux qui ignorent la présence d'un souhait dans leur propres cœurs.
—La Graal lit dans les cœurs… Pourquoi est-ce sa voix qui me l'a dit ?
—Celle que vous appelez Irisviel est un Homonculus, mais elle est aussi le réceptacle de la coupe.
—Que… Mais cela signifie que…
—Kirei Kotomine l'a tué Majesté, je suis désolée.
Non…non ! Iri… Toi non plus je n'ai pu te protéger ? Mais alors à quoi suis-je bonne si même ceux qui me sont chers je suis incapable de ne pas les mener à leur perte !? Je sens les larmes rouler sur mes joues alors que mon cœur semble se déchirer en deux. Quelle vision pitoyable dois-je renvoyer en cet instant. Ainsi effondrée à pleurer sur mon sort je n'ai plus rien d'un chevalier. C'est encore Guenièvre qui me relève alors que je me noie dans mon chagrin et dans ses yeux si semblables aux siens. Voilà alors qu'elle me repose cette question à laquelle je ne sais toujours pas répondre.
—Quel est votre vœu Majesté ?
—Je ne sais pas Guenièvre ! Je n'ai jamais…vécu pour moi. Je ne sais même pas ce que je désire le plus, quel est mon vœu le plus cher.
—Oh Arturia… Bien sûr que vous le savez, le Graal le lit en vous. Il est là quelque part même si caché. Que voulez-vous vraiment ?
—Je voudrais…
Qu'auraient souhaité mes adversaires s'ils étaient à ma place ? Lancer aurait-il souhaité pouvoir aimer sans que cela ne lui soit interdit ? Son histoire me fait penser à celle de Lancelot mon ami. Archer ? Sans doute n'aurait-il rien souhaité lui qui pense avoir déjà tout. Rider lui aurait sûrement voulu conquérir le monde connu j'imagine. Ou bien peut-être seulement vivre… Vivre ? Ce mot résonne soudain avec force en moi. La même force que celle avec laquelle vibrait jadis mon désir de protéger les miens bien que je ne su l'accomplir. Mais alors est-ce là ce que mon cœur désire vraiment ? Vivre, tout simplement. Une aspiration bien égoïste…
—Non Saber… Ne crois-tu pas avoir vécu et combattu pour les autres suffisamment ? me souffle encore sa douce voix dans mon esprit.
—Irisviel… Pourquoi je ne souhaite pas simplement pouvoir te revoir ? Vivre oui, mais sans toi et sans personne que je connaîtrais, quel intérêt ?
—Le Graal exauce le vœu de votre cœur mais nul ne sait quelle forme il prendra lorsqu'il se réalisera, me dit Guenièvre en souriant. Votre vœu est formulé, je dois vous quitter.
—Guenièvre attends ! Je suis désolée… Pour Lancelot, pour vous et pour mes actions qui vous ont causées tant de souci et de peine.
—Majesté, vous vous excusez mais, qui à part vous sait ce que cela représente vraiment d'avoir le poids de la couronne ainsi que de tout un Royaume reposant sui lui ? Ne pleurez pas le passé et ce qui a été de toute façon accompli.
Elle se relève, m'entrainant avec elle puis lâche mes mains enveloppées de métal avant de me sourire une dernière fois puis disparaitre comme si elle n'avait été qu'un mirage. J'observe perdue dans mes pensées Camelot être fièrement éclairé par les rayons de l'astre solaire annonçant la matinée. Soudain, ce paisible tableau se noircit progressivement alors que l'inconscience frappe à la porte de mon esprit. Je tombe à genoux en essayant de lutter avec difficultés quand la voix d'Irisviel résonne à nouveau en moi.
—Saber…Arturia, je t'attends.
Sur ces dernières paroles que je ne comprends pas, je perds définitivement conscience, m'enfonçant dans les ténèbres.
Un bruit me réveille d'un coup alors que je suis étendue dans une sorte de champ fleuri. Le pépiement des oiseaux, voilà ce qui m'a réveillée en sursaut. Je me relève encore une fois, cherchant à comprendre où je me trouve. Cela ne ressemble ni à Fuyuki ni à Camelot non plus. Je constate également que je ne suis plus vêtue que d'une chemise blanche fluide et d'une jupe bleue foncée au lieu de mon armure. Quand donc me suis-je changée ? Je n'en ai pas souvenir. Je m'aventure sur quelques pas pour analyser mon environnement. Un champ immense et vallonné, une forêt le bordant d'un côté quand de l'autre s'étend un immense lac cristallin. Je crois apercevoir au loin une sorte de maisonnette faite en pierres blanches et ornée d'un toit de chaume. Peut-être hébergera-t-elle quelqu'un qui saura me renseigner sur le lieu où nous nous trouvons.
Parvenue à la maisonnette, je lève le poing pour frapper contre le bois lisse de la porte et me fige en entendant la voix feutrée qui résonne en m'indiquant qu'elle vient ouvrir. L'huis pivote vers l'intérieur et me dévoile cette silhouette familière qui est la sienne. Et je les retrouve, ces yeux vermillon qui ont su me séduire, ces mèches de coton qui glissent de ses épaules à son dos telles une piste enneigée. Mais surtout son sourire, doux et chaleureux qui m'accueille comme si elle m'attendait vraiment comme elle le murmura dans mon esprit juste auparavant. Je ne peux m'en empêcher, son prénom s'échappe de mes lèvres , tout juste soufflé.
—Irisviel…
Elle s'avance et contrairement à ce moment avec Guenièvre où l'hésitation entravait mes mouvements, cette fois je réagis et avance moi aussi. Bien que je n'y ai jamais goûté je peux pourtant affirmer que ses lèvres m'ont manqué. Lorsqu'enfin je peux les caresser de ma bouche je jurerai être au paradis. Nous nous séparons et elle me regarde en souriant franchement, une lueur joyeuse dansant ses pupilles.
—Tu ne crois pas si bien dire puisque nous sommes en Avalon.
—Avalon ? Mais, c'est ici que je…
—Oui, ici que tu dois reposer après ta vie humaine en effet.
—Mais je pensais qu'à cause de mon contrat avec le Graal je ne pourrais y séjourner qu'une fois mon pays sauvé. Or ce n'est pas le cas, loin de là. J'aurais pu le souhaiter et au lieu de cela j'ai fait un vœu…
—Ne dis pas égoïste, ce n'est pas la vérité, me gronde-t-elle avant de se radoucir. Le Graal connait le cœur et ses désirs Arturia, il t'a exaucé en fonction de cela. Tu voulais vivre, me retrouver mais tu n'en a pas délaissé ton peuple. Nous séjournerons ici jusqu'à la prochaine Guerre du Saint-Graal où tu sera appelée et devra combattre pour à nouveau espérer pouvoir souhaiter.
—Je ne peux pas croire que la coupe des souhaits soit si miséricordieuse pour m'accorder autant.
—Fuyuki a été dévastée, le Graal a provoqué sa chute lorsque tu l'a détruit. Ce vœu est celui qui s'est échappé malgré lui suite à cette destruction car il se devait d'être réalisé. Tu es celle qui en a bénéficié avant de disparaitre après la fin de la Guerre car tu étais la seule qui souhaitait vraiment quelque chose en elle-même.
De la chance… Une simple pirouette du destin quand j'aurais seulement dû retomber dans l'attente d'une nouvelle Guerre en errant sur ce champ de bataille qui fut mon dernier et où tant de mes soldats chutèrent jusqu'à ce que je sois la dernière. Il m'est offert de « vivre » en attendant mon accomplissement. Très bien, j'accepterai ce cadeau inespéré dans ce cas. Serrant Irisviel contre moi pour ancrer la sensation de l'avoir si proche et en vie, je me fais la promesse que je remporterai la prochaine Guerre.
Ainsi j'achèverai de réaliser mon vœu le plus cher…
