Nouveau défi de l'event de Noel !
Je me suis beaucoup amusé à l'écrire. C'est l'OS le plus long que j'ai jamais écris, d'ailleurs, il fait 14,5K...La correction a été éprouvante, il y a donc peut-être queluqes coquilles qui traînent, n'hésitez pas à me les faire remarquer.
Cette fois, je ne rempli non pas un, non pas deux, mais quatre défis ! Les voici:
2. Personnages qu'on voit rarement ensemble : mettez à l'honneur des personnages dont leur apparition ensemble est peu commune
6. Canon-divergence: on est toujours dans l'univers de Saint Seiya, mais avec des modifications apportées par vos soins qui vont faire en sorte que l'histoire du canon prenne une autre tournure.
10. Monde à l'envers : avec ce défi, vous allez à l'encontre de ce qu'on connaît du canon, vous "inversez" certains faits. Ex. La guerre Sainte opposant Athéna et Hadès avec leurs rôles inversés (gentil/méchant) ou vous pouvez également l'appliquer avec des relations.
14. Brisez votre OTP : je pense que le nom du défi parle déjà de lui-même, mais dans le doute, il s'agirait d'écrire un texte sur un couple qui "briserait" votre OTP.
Bonne lecture !
Jabu haletait, les bras levés en une garde solide. Devant lui, son maître l'observait de son regard doré. Leur entraînement était rude ; la licorne saignait de l'arcade, là où un coup de pied l'avait envoyé valser. Les arcanes du scorpion étaient certes des projections d'énergie, mais le chevalier d'or tenait à ce qu'il soit au point sur les attaques physiques. Chaque jour depuis trois mois, il passait trois heures à le harceler d'attaques. À sa grande fierté, Jabu pouvait esquiver ou parer la plupart d'entre elles. Il se doutait bien qu'il n'était pas confronté à la vraie force d'un chevalier d'or, mais tout de même. Il n'était qu'un Bronze. Ça mettait du baume à l'ego.
« - Ça suffit, fit la voix grave de son maître. »
La licorne abandonna sa posture et s'inclina comme on lui avait appris. Il n'était pas mécontent que la séance se termine. Rhadamanthe du Scorpion était un maître très compétent, mais très exigeant. Il le poussait chaque fois dans ses retranchements, alors que lui n'était même pas essoufflé ! Il était aussi frais que trois heures plus tôt, dans son armure étincelante, et ses cheveux blonds savamment décoiffés n'avaient pas une mèche de travers. Quelle injustice !
Il prit avec reconnaissance la gourde que lui tendit l'anglais. Les arènes étaient en plein soleil, et même a la fin de la journée, la chaleur était écrasante.
« - C'était bien, commenta le Scorpion. D'ici quelques semaines, tu seras prêt à passer au développement de cosmos.
- Si tôt ? S'étonna le petit japonais. »
Hyoga n'avait pas encore commencé cette étape de sa formation, alors qu'il était l'élève de Camus pour l'armure du Verseau depuis presque un an, maintenant. Il savait que tous les maîtres avaient des méthodes différentes, mais quand même… Comme s'il lisait dans ses pensées, son maître hocha la tête.
« - Les attaques de la licorne sont physiques alors que les arcanes du Scorpion demandent de la projection d'énergie. Il te faudra du temps et beaucoup de travail pour arriver à modifier ton cosmos en ce sens. Nous devons nous y mettre sans attendre. »
Jabu hocha la tête. Vu comme ça, évidemment...
« - Fait annuler tes gardes pour la semaine prochaine. Tu m'accompagneras aux Enfer.
- Aux Enfers ? »
Un grand sourire étira les lèvres de la licorne. Les Enfers ! On leur en parlait depuis le début de leur entraînement… Leurs adversaires millénaires, qui ne l'étaient plus depuis la dernière guerre sainte et les accords de paix signés à cette époque.
Tous les trente ans, les accords étaient ré-évalués en fonction de l'avancement du monde. Et cette fois, la rumeur prétendait que Poséidon, réveillé depuis quelques années, participerait lui aussi aux échanges…
« - Vous avez été désigné émissaire ?
- De toute évidence.
- Qui partira avec nous ?
- Les chevaliers du Cancer et des Gémeaux. Le cadet, précisa-t-il. »
Oh… Que des gens habitués de belles paroles, alors. Et surtout, il serait le seul apprenti. Les jumelles éveillées à la troisième armure étaient encore bien trop jeunes pour faire le voyage aux enfers, et le Cancer n'avait pas d'apprenti.
Ah ! Seiya allait s'en mordre les doigts. Cependant…
« - Maître… Je peux vous poser une question qui pourrait… Être un peu vexante ? »
Rhadamanthe leva un côté de son unique et fourni sourcil. Tiens. C'était la première fois que son élève se permettait une demande comme celle-ci. Il lui fit signe de procéder. Après tout, il pouvait toujours lui coller une aiguille écarlate en cas d'insolence.
« - Hé bien, je me demandais pourquoi c'était vous qui y allais, et pas… Camus du Verseau, par exemple. Non pas que je vous estime incapable de cette mission, pas du tout, paniqua-t-il légèrement. C'est juste que, vous, euh, il…
- Te semble plus posé que moi, et moins prompt au conflit, termina l'anglais sans expression.
- Oui… Voilà... »
L'adolescent garda fermement ses yeux au sol, les joues un peu rouges. Il n'aurait certainement pas dû… Rhadamanthe n'était pas connu pour sa clémence envers ceux qui l'offensaient… Plutôt pour sa capacité à lancer ses aiguilles écarlates de très loin, très vite.
« - Il se trouve que je connais l'un des Juges d'Hadès, révéla l'anglais après une seconde à regarder son élève vouloir s'enterrer. Le Pope a jugé qu'il serait sage de m'envoyer aux enfers au vu de cette information.
- Vous connaissez un spectre ?
- N'est-ce pas ce que je viens de dire ?
- Mais… Comment ?
- Ne pousse pas ta chance, répondit l'adulte d'une voix légèrement grondante. »
Jabu avala sa salive et hocha la tête. Oui, message passé. Ne pas trop fouiller. Même s'il était très curieux.
« - File, maintenant. Sois ici demain, à huit heures.
- Bien, maître. Bonne soirée. »
La licorne s'inclina et fila sans demander son reste. Derrière le Scorpion, un ricanement s'éleva. Il se retourna pour découvrir son camarade du Bélier.
« - Il a le feu aux fesses, ton apprenti, se moqua quelque peu Minos. Je croyais que tu avais décidé de le garder ?
- C'est toujours le cas. Il m'accompagne aux enfers la semaine prochaine.
- Oooh… Pour s'occuper du traité, c'est cela ?
- En effet, répondit l'anglais, imperturbable. »
Sous sa frange, le Bélier roula des yeux.
« - Oh pitié, pas à moi. Tu te fous de ce traité comme d'un cheval mort.
- Aiolos à jugé bon de m'y envoyer, alors j'irais.
- C'est cela, oui. Il a bon dos, le Pope ! Moi, m'est avis que tu vas faire bien plus que de relire de vieux papier et faire le guignol à des dîners officiels. Hé ! Toi, dans un dîner… Quelle blague.
- Tu ferais mieux de surveiller ton apprenti, au lieu de persifler, rétorqua Rhadamanthe sans s'attarder sur l'insulte sous-jacente. Il est en train de détruire des colonnes millénaires. »
Minos tourna paresseusement la tête vers Kiki, installé à quelques dizaines de mètres de là. Le petit Atlante était fort occupé à faire voler par télékinésie un énorme morceau de marbre blanc.
« - C'est surfait, le marbre, de toute façon, répondit-il nonchalamment. Tant qu'il ne le jette pas sur les autres, il peut bien faire ce qu'il veut avec.
- C'est un miracle que ton temple ne se soit pas encore écroulé.
- Que veux-tu ? Je suis excellent dans mon travail, je n'y peux rien. »
Un grognement échappa au Scorpion. Il détestait ce genre de discutions. Minos avait toujours le dernier mot. Enfoiré cornu. Il tourna les talons sans plus de cérémonies. Il avait autre chose à faire que de rester là a tailler la bavette avec le norvégien.
Il quitta les arènes entrepris de remonter jusque chez lui. Il avait le temps de prendre une douche et de se détendre un peu avant de prendre son quart de garde. Athéna avait beau être en paix avec Hadès, et bientôt Poséidon, les autres panthéons avaient tendance à lorgner sur son territoire d'un peu trop près… Ce qui expliquait pourquoi les tours de gardes étaient toujours de mise, et pourquoi il formait Jabu. On ne savait jamais. Isis ou Loki pouvaient décider de sortir de leur retraite et venir leur chercher des noises… Et ils ne devaient pas réussir leur entreprise.
Ceci dit, Rhadamanthe avait confiance en l'avenir. Les douze armures d'or étaient pourvues, et la moitié des ors étaient en plein dans la formation de leur successeur. La nouvelle génération était très douée. Trop, peut-être. Il n'en pouvait plus d'entendre Aiolia vanter des capacités de son élève. C'était un petit con, d'abord, avec son air toujours renfrogné et sa capacité à revenir d'entre les morts. C'était agaçant. Il ne pouvait même pas s'en débarrasser pour de bon… Foutue malédiction du phénix. L'imbécile ne pourrait mourir que de vieillesse. À tous les coups, il serait Pope après Aiolos, et vu la longévité des Pope d'Athéna, la prochaine génération se cognerais la mauvaise humeur d'Ikki pendant deux cent ans. Ah ! Il serait bien content d'être mort, tiens.
Sur le chemin, il sortit le paquet de cigarettes dissimulé dans la poche de son pantalon d'entraînement, derrière un pan de son armure. Il avait parfaitement conscience que ce n'était pas bon pour sa santé, mais… S'était addictif, cette merde. Et puis il valais mieux ça que de se pinter la tronche à la bière comme c'était le cas tout les trois soirs chez le Lion. De son avis, Aiolia aimait un peu trop faire la fête. Ok, il était efficace.. Ok, on avait vingt ans qu'une fois... Mais il était chevalier, que diable ! C'était la honte quand les autres devaient ramasser ses convives tombés dans les marches. Heureusement que le temple du Cancer était juste en bas tiens, Eaque n'avait pas grand-chose à descendre pour aller cuver dans son lit. Alors que Shura, lui, abandonnait très vite et échouait souvent… Chez le Scorpion ! Bah oui, tant qu'à faire…
« - La gueule que tu tires, retentit une voix devant lui. On dirait que quelqu'un a menacé de t'épiler le sourcil. »
Grognement de la part de l'anglais. Il souffla sa fumée alors que Kanon sortait de derrière une colonne. Il ne portait pas son armure -Saga devait donc se trouver quelque part en l'ayant sur le dos.
« - Qu'est ce que tu fais là ? Tes apprenties s'éduquent donc toutes seules ?
- Nuru a chopé la grippe. Une épidémie dans le bâtiment des petits. Neleyei est partie avec Saga à l'assaut de la bibliothèque du Pope. Cette gamine est une machine à bouffer des livres, je te jure. Pas besoin de chercher quoi lui offrir à son anniversaire.
- Votre entraînement ne va pas prendre de retard, avec toi aux enfers ? »
Le cadet des Gémeaux haussa les épaules. Sans lui demander son avis, il emboîta le pas à son ami du huitième, et se permit même de lui voler sa cigarette pour tirer dessus. Habitué aux frasques du grec, Rhadamanthe grogna pour la forme.
« - Ce n'est qu'une semaine. Elles continueront leur entraînement avec les petits, et Saga sera là en cas de problèmes.
- Il n'est pas contrarié de ne pas venir ?
- Du tout. Tu sais, après l'histoire avec Arlès, il est vacciné contre les responsabilités... »
Ça, Rhadamanthe voulais bien le croire. Il se souvenait encore du branle-bas de combat qui avait éclaté un soir où il avait à peine douze ans. Tous les chevaliers convoqués en catastrophe, un Pope à moitié exsangue sur le sol, un Saga devenu dingue, maîtrisé par son frère et Aiolos, et Athéna qui pleurait tout ce qu'elle pouvait dans son berceau. Il avait prêté main forte à ses aînés pour maîtriser le Gémeaux, qui n'arrêtait pas de clignoter entre deux personnalités bien distinctes. Ils avaient dû se mettre à six pour l'empêcher de commettre le déicide qu'Arlès avait prévu. Et ce, même si Saga lui-même essayait de le contenir ! Un sacré bordel. Enfin. Au matin, Saga était au fer (de sa propre initiative) et chacun essayait de trouver une idée pour le défaire de ce parasite dérangeant qu'était Arlès.
On n'essayait pas de tuer sa déesse, que diable ! Et on n'essayait pas non plus de devenir maître du monde.
Pendant plusieurs mois, les deux personnalités avaient récupéré et perdu le contrôle du corps, à tel point que Rhadamanthe avait crû qu'ils allaient définitivement perdre Saga. Et ils avaient bien failli. Kanon en perdait lui aussi le sommeil, incapable d'aider son frère aux prises avec ses démons.
La solution était venue de celui dont on l'attendait le moins. Eaque du Cancer, du haut de ses onze ans, avait innocemment demandé pourquoi on n'envoyait pas simplement l'âme d'Arlès aux enfers. Un coup de Vague d'Hadès plus tard, et s'en était fini du parasite. Soulagement général. Et allergie aux postes de responsable pour le premier Gémeaux. Quand Shion avait pris sa retraite, il avait de bon cœur laissé le poste de Pope à Aiolos.
« -… Et donc c'est moi qui aie hérité du bébé. On va pouvoir passer toute la semaine ensemble, c'est pas beau ça ?
- Ô joie, répondit le Scorpion sans aucune joie sur le visage.
- Tu dis ça, mais je sais que tu m'aimes, sourit à Kanon. Au moins un peu. Sinon, tu ne me laisserais pas saloper ton tapis quand Saga ramène ses copines. Mais comment il réussit à en avoir deux ?
- Le charme, sans doute. Et sa capacité à ne pas faire chier autrui dès qu'il ouvre la bouche.
- Tu me brises le cœur. »
Rhadamanthe leva les yeux au ciel. Ben voyons !
« - Entre toi et Eaque, la semaine va être longue.
- Longue et bien remplie, mon pote, sourit le Gémeaux en passant un bras autour de ses épaules. Longue et bien remplie ! »
Pour peu, le Scorpion se serait tapé le crâne contre les colonnes de marbre.
Le château d'Heinstein était impressionnant, tout en pierres et en hautes tours vaguement menaçantes. Jabu l'avait déjà vu en photo ou en représentation, mais rien ne valait l'original… Il raffermit la boite de son armure, qu'il portait sur le dos. La barrière d'Hadès scintillait doucement à quelques mètres d'eux.
Comme Jabu n'avait pas accès au huitième sens, il n'était pas question de se rendre aux enfers par la voix classique. Comme mourir n'était, évidemment, pas une option non plus, les dignitaires du Sanctuaire seraient accueillis au château d'Hadès, son bastion à la surface. Celui-ci était relié aux enfers, et ils pourraient s'y rendre sans encombre pour saluer le maître des lieux. Ils n'y resteraient pas longtemps. L'atmosphère des enfers n'agissait pas bien sur les cosmos dorés.
Avoir la migraine n'aidait pas à rédiger des traités. Ils auraient donc leurs quartiers dans le château, de même que les représentants de Poséidon.
Sur le trajet, Kanon avait confirmé à Jabu qu'ils seraient là. Le Gémeaux, qui avait des liens étroits avec les Marina depuis qu'il avait accidentellement réveillé leur dieu, lui avait dit qu'ils seraient trois, comme eux. Il était impatient de les rencontrer… Les liens entre les différents cultes étaient distants. Les Guerriers d'Arès restaient sagement dans leur coin, de même que les Chasseresses d'Artémis, et les Prêtresses d'Aphrodite n'avaient jamais daigné leur accorder de l'attention. Quelle tristesse.
Une main sur son épaule le fit sursauter. Son maître le regardait d'un air neutre.
« - Les voilà. Enfile ton armure, et ne me fais pas honte. »
La licorne hocha la tête. Il se dépêcha d'enfiler son armure et tendit le cou pour essayer d'apercevoir l'envoyé d'Hadès.
Celui-ci approchait d'un pas tranquille. Son surplis brillait d'un étrange éclat noir. Comme eux, il ne portait pas son casque, qu'il tenait nonchalamment sous son bras. Cela permettait de voir une cascade de cheveux bleu-violets qui entourait un visage indéniablement masculin. Quand il fut assez prêt, Jabu pus voir deux yeux bleus foncés, qui passèrent rapidement sur les quarte chevaliers en armure.
« - Chevaliers, salua le Spectre. Bienvenue sur les terres de Sa Majesté. Je suis Milo de la Wyvern, Juge d'Hadès, et l'un de vos interlocuteurs pour la semaine à venir. »
Malgré son ton formel, Jabu ne put s'empêcher de le trouver cool.
« - Kanon des Gémeaux, sourit son camarade en retour. Je suis accompagné d'Eaque du Cancer et de Rhadamanthe du Scorpion, ainsi que de son élève, Jabu de la Licorne. Serions-nous en retard ? Nous n'avons pas croisé la délégation de Poséidon.
- Ils sont arrivés directement par le lac du domaine, sourit quelque peu Milo. Ils ont fait peur à nos jardiniers. »
Définitivement cool, pensa Jabu. Heureusement qu'ils étaient en paix ! Il n'avait pas envie de combattre contre ce type.
Le Juge leva une main, et la barrière s'ouvrit en deux à son niveau. Les Chevaliers pénétrèrent dans l'entre d'Hadès avec un rien de curiosité. Le parc était grand et verdoyant. Quelques jardiniers en uniformes prenaient soin des arbres, et les saluèrent de la main lorsqu'ils passèrent près d'eux. Jabu leur rendit leur geste avant d'oser poser une question.
« - Je croyais que tous les Spectres étaient aux enfers ?
- C'était le cas avant les accords de 1920, répondit tranquillement la Wyvern. Mais Sa Majesté voulait que sa femme puisse profiter du château durant ses séjours à ses côtés. Les Enfers ne sont pas très grands, et elle souhaitait parfois s'isoler. Depuis, il est toujours occupé, au moins pour s'assurer qu'il est entretenu. Nous nous en servons pour recevoir les invités qui ne peuvent pas se rendre aux Enfers.
- Comme nous ?
- Exact. »
Ils entrèrent dans le château sur les talons du Spectre. Il les guida jusqu'à un salon tapissé de pourpres, où d'autres hommes étaient déjà assis. Jabu se sentit soudain tout petit. Un canapé accueillait un homme à la peau foncée et à l'impressionnante Iroquoise blanche, ainsi qu'un adolescent aux cheveux mauves. Leurs armures luisaient d'un léger éclat bleu. Deux autres Spectres -facilement reconnaissables à leurs protections noires- occupaient le canapé d'en face ; enfin, un troisième Marinas regardait par une fenêtre, et se tourna vers eux à leur entrée.
Un sourire éclaira les lèvres de Kanon. Il reconnaissait tout les élus de Poséidon, évidemment. Il avait été là pour les accueillir au Sanctuaire sous-marin, presque huit ans plus tôt.
« - Krishna, Sorrento, Io. C'est un plaisir de vous revoir !
- Je vois que les présentations n'ont pas besoin d'êtres faites, commenta la Wyvern.
- Nous nous sommes rencontrés il y a quelques années, sourit à le Gémeaux.
- C'est donc bien un chevalier d'Athéna qui a réveillé Poséidon, commenta l'un des Spectres. C'est inattendu.
- En fait, ce n'était pas vraiment intentionnel. Une bête histoire de curiosité adolescente et d'une jarre qui semblait bien attrayante.
- La mythologie ne vous a donc pas appris qu'il ne faut pas ouvrir les boites scellées ?
- Il semblerait que non, hélas. »
Jabu détailla celui-ci avec curiosité. Il avait un visage fin, aux traits asiatiques, un sourire de longs cheveux mauves et des yeux d'un vert surprenant. Moins surprenant que les deux points rouges qui lui servait de sourcil, ceci dit.
« - Vous êtes un Atlante ! »
Les regards se tournèrent vers lui, et il se sentit rougir jusqu'à la pointe des cheveux. Lui qui avait pour consigne de faire profil bas, c'était raté… Le dernier Spectre émit un petit ricanement.
« - Il a de bons yeux le petit, fit-il d'une voix rauque. Tel maître tel apprenti, uh ? »
Jabu jeta un coup d'œil à son maître. Rhadamanthe avait le visage neutre du « je me retiens de vous envoyer une Aiguille Écarlate dans l'œil ». Il ramena prudemment son regard vers l'Atlante encore non-identifié.
« - Couché, Deathmask, ordonna-t-il avant de sourire à Jabu avec bienveillant. En effet, je suis un Atlante. Puis-je te demander comment tu as pu le déduire ? Nous sommes assez rares.
- L'apprenti du Bélier en est un, expliqua Jabu. Il s'appelle Kiki. Et notre ancien Pope, aussi.
- Je vois… Je suis Mû, Spectre du Griffon et premier Juge d'Hadès. Vous avez déjà rencontré Milo… Et voici Deathmask, du Garuda. »
Il fit un signe vers le dernier spectre. Celui-ci abordait un sourire ironique, une barbe mal rasée, et se dégageait de lui une forte odeur de tabac. S'il avait trouvé Milo cool, Jabu trouva Deathmask plutôt déplaisant.
Il décrocha du reste des présentation, et préféra observer son maître du coin de l'œil. Il n'était pas difficile de savoir quel était le Juge qu'il avait déjà rencontré. Deathmask et lui s'observaient sans se cacher. L'adolescent sentait comme une certaine tension entre eux… Pourtant, si Athéna avait envoyé le Scorpion, c'était que ses rapports avec le Juge devaient être bons, non ?
Il était très, très curieux. Il n'avait pas entendu parlé d'une altercation avec les Spectres ces dernières années, alors comment pouvaient-ils bien se connaître ? Il ne l'avait tout de même pas croisé à la terrasse d'un pub ! Est ce que Rhadamanthe avait déjà mis les pieds dans un pub, déjà ?… Bon oui, sans doute. La rumeur disait même qu'il tenait formidablement bien l'alcool. Sauf celui que fournissait Camus du Verseau, mais n'importe quel être humain serait faible face à cette vodka qui pouvait décoller le papier peint des murs. Peut-être allait-il voir les matchs de foot à Rodorio, comme le Capricorne et le Lion ?
Perdu dans ses idées d'alcool et de fête du sport, l'adolescent récupéra la conversation en court de route lorsque son maître le réprimanda d'une pique télépathique. Aïe !
« -… Commencerons demain, disait Mû du Griffon. Ce soir, nous irons rejoindre Sa Majesté pour le dîner. Quelqu'un a des réclamations ?
- Nous devons faire notre rapport chaque soir au Seigneur Poséidon, dit Sorrento d'une voix neutre. Cela pourra-t-il être fait malgré la barrière ?
- Je crains que vous ne deviez sortir des limites du domaine pour cela. La barrière bloque la télépathie vers l'extérieur. »
La Sirène hocha la tête, suivie de Rhadamanthe. Les chevaliers aussi devaient informer Athéna de leurs progrès.
« - Des serviteurs vont vous conduire à vos appartements, conclu Mû. Sentez-vous libre de profiter des jardins jusqu'à l'heure du rendez-vous. »
Le message était clair : ne pas fouiner dans les couloirs, merci beaucoup. C'était compréhensible. Si des Spectres avaient fouillé le temple Popal, ça aurait été bizarre, même s'ils étaient en paix et alliés.
Jabu suivit le mouvement lorsqu'un serviteur en tunique pourpre s'approcha de son maître pour le guider. Eaque et Kanon partirent dans la même direction, mais s'arrêtèrent avant eux. Finalement, le serviteur les conduit devant une porte de bois noir. Jabu remarqua une tête de loup aux yeux rougeoyants sculptée au dessus de le chambranle de la porte, et frissonna. Sinistre, comme décoration. Enfin, au moins, il pourrait facilement repérer la porte, et éviter de finir chez le Cancer par étourderie. Non pas qu'il n'aimait pas Eaque, hein… Juste qu'il le faisait flipper. Mais tout le monde avait peur d'Eaque et de sa manie de rapidement s'énerver. Et ses rires, bon dieu. Terrifiants.
Les appartements étaient grands, et bien meublés. Pas très lumineux, mais ils étaient aux enfers ; de la lumière, il n'y en avait nul part. Pas étonnant que tous les spectres qu'ils avaient croisés soient blancs comme des culs.
« - La chambre principale est la première porte du couloir, la secondaire est au bout, dit le serviteur, la tête baissée en signe de respect. Le service ménager passe tous les jours durant les heures de repas, qui sont servit dans les salles bleues et rouges, de midi a quatorze heures et de dix-huit à vingt heures. Le petit-déjeuner vous sera apporté ici ; vous pouvez également demander à ce que vos repas vous soient portés si vous ne désirez pas vous rendre dans les salles de repas. »
Rhadamanthe le remercia d'un signe de tête, et le serviteur pris congé. Curieux, Jabu alla jeter un coup d'œil à sa chambre -la secondaire, évidemment. En entrant, il écarquilla les yeux. La pièce en elle-même était aussi grande que le baraquement qu'il partageait avec Nachi ! Le lit était fait au carré, et avait l'air bien plus confortable que le siens. Il y avait un bureau, une armoire, une étagère… Et le sol était recouvert d'un épais tapis. Ah ça changeais de son baraquement en bois qui craquais de partout pendant l'hiver ! Si ça, c'était la chambre principale, alors il n'osait même pas imaginer la chambre de son maître… Les appartements avaient même une salle de bain -immense elle aussi, et couverte de dorures- et un salon qui avait l'air diablement confortable. Un feu ronronnait doucement dans la cheminée.
« - Hé ben, ils savent accueillir, commenta la Licorne, un peu éberluée.
- En effet. Hadès a toujours été connu pour sa richesse, répondit son maître derrière lui. »
Il avait retiré son armure, révélant une chemise grise et un pantalon en toile qui n'avaient pas un pli. Comment ? Lui avait beau porter des vêtement en coton tout à fait classique, ils étaient toujours froissés lorsqu'il retirait son armure ! C'était forcément de la sorcellerie.
« - Ils ont l'air sympa. Les Spectres, je veux dire, précisa l'adolescent. Sauf le Garuda, là. Deathmask ? C'est quoi ce nom ?
- Je ne pense pas que ça soit son vrai nom. Un titre qu'ils se passent, peut-être. Comme Aldébaran.
- C'est glauque, fit remarquer Jabu. Ça veut dire « visage de la mort » en anglais.
- C'est approprié pour un Spectre. »
Jabu leva un sourcil, mais son maître avait un sourire en coin. De l'humour ! C'était rare. Il sourit lui-même avant de reprendre la conversation.
« - C'est lui que vous connaissez ? Le Garuda ?
- Le connaître est un bien grand mot. J'ai déjà eu affaire à lui, oui. Restes-en loin. »
Un frisson parcouru le japonais. Quoi ?
« - Pourquoi ? On n'est pas censé être alliés ?
- Je ne pense pas que ça le dissuade de s'en prendre à toi s'il le souhaite. Pense à Minos, mais sans les restrictions imposées par Athéna. Et plus violent. »
Oulala, oui, il allait rester loin de ce type, alors… Minos du Bélier était connu pour être un sadique fini. Très fidèle à sa déesse, bien sûr, mais terrible. Il aimait jouer avec ses adversaires, les humilier et les soumettre totalement. Même si son maître n'était pas des plus doux, Jabu préférait mille fois sa place que celle de Kiki. Le garçon était sympathique, mais un peu étrange… peut-être que les manières de son maître avaient fini par déteindre sur lui.
« - Je note, maître. Rester loin du type qui sent la cigarette. »
Un nouveau demi-sourire étira les lèvres du Scorpion. Jabu se souvint un peu tard que son maître aussi fumait.
« - Je dis pas ça pour vous, hein…
- J'avais compris.
- Mais du coup, comment vous l'avez rencontré ? »
Il vit l'anglais prendre sa respiration pour répondre, mais la porte s'ouvrant en grand les fis tous les deux sursauter. Kanon des Gémeaux débarqua dans toute sa splendeur, en civil et grand sourire aux lèvres.
« - T'es un putain de cachottier, toi ! Pourquoi tu m'as pas dit que y'aurai ce type ? Et pourquoi, par les slips d'Athéna, tu m'as pas dit qu'il était Juge d'Hadès ?
- Ferme là, Kanon, gronda Rhadamanthe.
- Tu déconnes ? Y'a pas moyen que je... »
Le grec s'arrêta brusquement en réalisant la présence du chevalier de bronze. Il referma la bouche, jeta un regard à son camarade d'or (et accessoirement meilleur ami) et fit un drôle de geste comme pour trépigner d'impatience.
Le regard doré du Scorpion passa de Kanon à Jabu, de Jabu à Kanon, avant qu'il ne porte une main à l'arête de son nez pour la pincer très fort.
« - Jabu, va faire un tour dans les jardins, soupira-t-il.
- Mais…
- Dehors, on t'a dit ! Fit le Gémeau avec un geste de la main comme pour le chasser. »
Un peu vexé, l'adolescent prit la direction de la porte. Lui aussi voulait savoir ! Ce n'était pas un secret d'état, si ? Et puis d'abord, il ne voulait pas être écarté comme s'il était une nuisance ! Lui aussi voulait être proche de son maître, merde !
« - Soit de retour dix minutes avant l'heure du départ, fit la voix grave de Rhadamanthe. »
La Licorne hocha la tête de mauvaise grâce et sortit dans le couloir. Il avait intérêt à lui expliquer, sinon… Sinon rien, réalisa-t-il. Il était apprenti, chevalier de bronze certes, mais face à un chevalier d'or… Rhadamanthe lui rirait au nez au mieux, lui balancerait une aiguille écarlate au pire. Donc non, il n'allait rien faire.
Bougonnant, l'adolescent s'éloigna de la porte. Ils étaient où, ces jardins, d'abord ?
« - Maintenant qu'il n'y a plus de gêneurs... »
Kanon se laissa tomber dans le canapé avec un grand sourire. Il adorait particulièrement ce genre de situation, où il pouvait tirer les vers du nez à son meilleur ami sans aucun problème, puisqu'il avait déjà tous les éléments… L'anglais n'avait plus qu'a avouer !
« - Je ne vois pas ce que tu veux que je te dise, grogna celui-ci en s'asseyant à son tour.
- Tu te fous de moi j'espère. Quand tu m'a raconté que t'avais couché avec un Spectre, tu m'as pas dit que c'était pas un péon du bas de l'échelle ! »
Rhadamanthe soupira. Mais qu'est ce qui lui avait pris de raconter ça à Kanon, déjà ? Ah oui : l'alcool. Saloperie, ce truc. Il avait abusé de la bouteille et s'était retrouvé à raconter ses exploits sexuels au cadet des gémeaux… Et la fameuse rencontre avec Deathmask du Garuda avait été évoquée. Mais il n'avait jamais lâché son nom, qu'importe combien de temps l'autre avait insisté… Précaution inutile, maintenant.
Il se laissa lui aussi tomber dans un fauteuil et passa une main sur son visage.
« - Qu'est ce que ça peux faire, de toute façon ?
- Mais un JUGE D'HADES ! Même moi j'ai pas tapé aussi haut dans la hiérarchie, siffla le Gémeaux avec un rien d'admiration.
- C'est pas comme si je l'avais choisi pour sa situation, grommela le Scorpion.
- Ah ça non, ricana le grec. Comment tu avais dit, déjà ? »
Il posa un doigt sur son menton en faisant semblant de réfléchir, et prit une voix grave dotée d'un accent anglais exagéré au maximum.
« - Un beau gosse avec un accent italien et une dégaine de délinquant. T'aurais vu son dos… Il avait un tatouage d'ailes qui recouvrait tout… Il sentait la clope et le métal, mais qu'est ce qu'il était sexy… Un sacré connard aussi... Et ces fesses, damn !
- Ça va, ça suffit, grogna Rhadamanthe devant l'imitation.
- Et t'aurais vu ces abdos, poursuivit Kanon en l'ignorant. Il savait se servir de sa bouche, le salaud ! Si t'avais vu ce qu'il a fait avec son…
- Enough ! Aboya le Scorpion en lui envoyant un coussin dans la figure. »
Le grec éclata de rire et lui renvoya l'objet d'un mouvement de poignet. Il avait tout de suite reconnu le mystérieux amant italien… Il ne devait pas y avoir beaucoup de Spectres italiens, beaux gosses, qui sentaient la cigarette et qui étaient visiblement des enfoirés. Oh par Athéna, la tête que Rhadamanthe tirait… C'était savoureux.
« - Rooh, mais c'est pas la peine de rougir, mon ptit Rhada ! C'est très bien de se faire plaisir… Avec l'une des têtes d'affiche de l'armée d'en face…
- On est en paix, répondit sèchement le petit Rhada en question. Et puis tu n'a rien à dire. Tu t'es envoyé en l'air avec la moitié de la chevalerie.
- La faute à mon charme ravageur. Et j'ai pas été picorer chez les autres dieux, moi ! »
Le blond laissa tomber son visage dans ses mains avec un grognement. Putain. Pourquoi il était ami avec ce type ? Il se posait la question chaque jour, et chaque jour, la réponse semblait le fuir un peu plus. Il devait être sous Genrō Maō Ken, c'était la seule explication.
« - Et donc ? Tu comptes faire quoi ?
- Rédiger les traités et rentrer chez moi, merci. »
Kanon roula des yeux. Imbécile d'anglais buté.
« - Tu sais bien ce que je veux dire. Tu vas aller lui souffler dans les plumes, au Garuda ?
- On n'est pas là pour ça, Kanon, soupira le Scorpion. Donc non, je n'ai aucune intention de finir à l'horizontale cette semaine.
- Peuh. T'es pas marrant. C'est pas souvent qu'on a quelque chose d'autre que des chevaliers à se mettre sous la dent, tu devrais en profiter.
- Parce que toi, tu vas le faire ? Non. Ne réponds pas à cette question. Je ne veux pas savoir. Je ne pourrais pas mentir à Athéna quand elle me demandera si tout s'est bien déroulé.
- Bon, je ne dit rien, alors, ricana le Gémeaux. »
Il y eu un instant de silence.
« - Sans rire, repris-t-il. Tu le sens bien, cette semaine ?
- Je pense, répondit le blond après une seconde de réflexion. Nous sommes en paix depuis plus de deux siècles, il n'y a pas eu d'incidents majeurs impliquant nos deux camps depuis les derniers accords. Le seul qui pourrait mettre le bordel, ça serait Poséidon.
- Ce n'est pas dans son intérêt. Notre ordre est fort, alors qu'il vient à peine de reconstituer le siens. Ses guerriers sont inexpérimentés et la moitié des Ecailles ne sont pas pourvues. Au contraire, la paix serait bien plus sécuritaire pour lui.
- Si on arrivait à l'inclure dans les accords, Athéna serait à l'abri de ses deux plus puissants adversaires, songea tout haut l'anglais. Les autres Panthéons se tiennent tranquille pour le moment... »
Kanon ne répondit pas et se contenta de tapoter l'accoudoir du canapé, l'air songeur. Rhadamanthe plissa ses yeux dorés. Il avait suffisamment côtoyé le grec pour savoir que tous ses silences avaient un sens.
« - Il y a quelque chose que tu ne me dis pas. »
Son ami soupira et claqua de la langue.
« - Asgard s'agite, révéla-t-il au bout d'un instant.
- Le Panthéon nordique ?
- Hmm.
- Lequel ?
- On ne sait pas trop encore, soupira Kanon. Le réseau de Camus est plus étendu là-bas que le mien, mais les deux ont noté que les choses étaient en train de bouger. Ils ont plus de protections portées que depuis les derniers siècles, et le cosmos ambiant s'élève peu à peu.
- Odin se réveillerait ?
- Possible. Je préférerais que ça soit Balder ou Frigg. Eux se préoccuperaient simplement de leur peuple, plutôt que de conquêtes et de guerres.
- Alors que si c'était Thor…
- Au moins avec Thor, on saurait à quoi s'attendre. Moi, j'espère que ça ne sera pas Loki. »
Rhadamanthe grimaça. Si le dieu nordique de la discorde se réveillait, ils allaient au-devant d'un bordel sans nom. Le dieu était rusé, intelligent, et surtout complètement imprévisible.
« - Assurons-nous d'abord d'avoir la paix chez le Panthéon grec. Asgard peut mettre des années à se remettre à niveau, pas vrai ?
- Ouais. Un problème à la fois. »
Ils échangèrent un regard. Si Hadès ou Poséidon abordaient le sujet pendant les négociations, ils s'y attarderaient. Mais pour l'instant, ils avaient d'autres problèmes plus urgents. Après tout, la dernière guerre contre Asgard remontait à plus de six siècles, et s'était conclue par une victoire écrasante d'Athéna.
« - Combien de temps il nous reste avant le dîner ? »
Coup d'œil à l'imposante horloge qui ornait l'un des murs.
« - Une heure.
- On fait un rami ?
- T'as emmené un jeu de carte ? Pendant une semaine de discutions parlementaires qui vont impacter le futur de l'humanité toute entière ?
- Je m'ennuie vite. On le fait, ce rami ? »
Soupir.
« - Vas-y, distribue... »
Les enfers étaient… Sombres. Et moches. Mais surtout sombres. Ils étaient baignés dans une espèce de luminosité étrange qui ne semblait venir de nul part et de partout à la fois, vaguement rouge, ou bleue selon les prisons qu'ils traversaient. L'air avait un drôle de goût, indéfinissable, et le cosmos ambiant donnait l'impression de vous ramper sous la peau.
Jabu n'aimait pas du tout les Enfers. Inconsciemment, il s'était rapproché de son maître, qui avait étendu son cosmos vers lui pour le protéger des effluves néfastes. Lui non plus n'était pas très à l'aise, mais ne laissait rien deviner.
S'il y en avait bien un qui n'était pas affecté, c'était Eaque du Cancer. Il avançait en tête, en compagnie de Mû du Griffon, et affichait un sourire mis-joyeux mis-ironique. Il regardait avec intérêt les prisons qui défilaient sous ses yeux, et ricanait du sort des âmes qui expiaient leurs fautes à ses pieds.
La Licorne le regarda se pencher vers le Griffon pour lui demander une précision quelconque et frissonna quand un cri un peu plus fort que les autres raisonna non loin.
« - Mais comment il fait ? Marmonna-t-il en observant le népalais évoluer comme s'il était né aux enfers.
- J'aimerais bien le savoir aussi, répondit une voix dans son dos. »
L'adolescent sursauta et leva la tête vers Milo. Celui-ci se porta à con côté, les yeux fixés vers Eaque. Ses sourcils étaient quelque peu haussés.
« - C'est la première fois que je vois quelqu'un qui n'est pas un Spectre aussi à l'aise.
- L'armure du Cancer permet un accès au Puits des âmes, commenta Rhadamanthe. Il doit être habitué.
- Ah, maintenant que vous le dites… Il arrive qu'on nous rapporte du mouvement dans cette zone. J'imagine que c'était lui. »
Brr. Mais qui voudrait venir se balader dans le coin ? C'était bien la preuve qu'Eaque était taré, tiens. S'il en fallait une de plus.
« - Et vous ? Osa demander Jabu. Vous n'êtes pas affectés par... »
Il fit un moulinet de la main pour désigner les enfers dans leur ensemble. Un sourire naquit sur les lèvres de la Wyvern.
« - L'essence même de notre cosmos est semblable à celui des enfers. Une fois notre étoile maléfique réveillée, nous ne faisons qu'un avec elle. De plus, tous les Spectres doivent mourir pour être complètement au service d'Hadès. »
Le Juge du voir la confusion dans les yeux de l'adolescent, puisqu'il entreprit de s'expliquer.
« - Nous autres Spectres nous réincarnons, expliqua-t-il. Lorsque nous mourrons en tant que Spectre, notre âme est réincarnée à la surface, au moment de la conception d'un enfant. Nous grandissons comme des enfants normaux jusqu'à notre mort, qui survient généralement aux alentours de nos quinze ans.
- Vous mourrez pour de vrai ? Mais de quoi ? De maladie ?
- C'est très varié. Certains pensent que c'est lié à l'influence de notre étoile, mais je n'en suis pas convaincu. C'est évidemment elle qui provoque les événements de notre mort, mais je ne pense pas que sa nature détermine celle de la mort en question.
- Je pense que vous l'avez perdu, commenta Rhadamanthe, qui ne perdait pas une miette de l'histoire. »
En effet, Jabu avait beau retourner le problème dans tous les sens, il ne voyait pas comment on pouvait à la fois influer et ne pas influer sur les événements… Et surtout, devoir mourir pour devenir un serviteur de dieu, c'était bizarre ! Mais logique. Hadès était le dieu du royaume des morts, après tout…
« - Un exemple sera peut-être plus parlant, repris Milo. L'étoile associée au Surplis de la Wyvern, le mien, est l'étoile céleste de la Férocité. Puisque j'ai été béni par cette étoile, je suis mort quand j'avais 15 ans. J'ai fait une chute alors que j'étais en montagne avec des amis. Donc, je suis mort, mais ça n'était pas une mort qu'on pourrait qualifier de « féroce ». Tu vois où je veux en venir ?
- Je crois, oui, répondit Jabu en hochant la tête. Et qu'est-ce qui se passe, quand vous mourrez ?
- Notre étoile s'éveille, et nous retrouvons la mémoire de nos anciennes incarnations, au du moins, tout ce qui était important. Nous enfilons notre surplis et nous redevenons des Spectres à part entière.
- C'est un peu… Extrême, non ? »
Rhadamanthe lança une petite pique de cosmos à son apprenti. Un peu de politesse ! Insulter Hadès et ses méthodes de recrutement n'était pas la meilleure idée dans leur situation. Heureusement pour eux, Milo ne prit pas la question comme une insulte.
« - C'est notre destin. Tout comme les chevaliers d'or, me semble-t-il ? Vous êtes choisi par les armures, et non l'inverse.
- C'est cela, répondit Rhadamanthe. Mais nous sommes des exceptions. Les armures de bronze et d'argent sont portées par des personnes ayant réussi les épreuves pour les décrocher.
- Oh ? Et quelle était la tienne, Jabu ? »
Le japonais jeta un coup d'œil à son maître. Est ce qu'il était autorisé à le dire ? L'anglais hocha la tête. Milo attendit patiemment la fin de l'échange, et que le plus jeune se tourne vers lui.
« - Je me suis entraîné en Algérie, expliqua-t-il en sautant par dessus un caillou qui dépassait du sol. L'armure de la Licorne était cachée dans les grottes d'El Cuartel. C'est un réseau de grottes préhistoriques. Y'a quelques salles ouvertes au public, mais la plupart sont cachées et protégées par des sceaux d'Athéna.
- C'est tout ?
- C'était plein de goules et d'éfrits, raconta l'adolescent. J'ai dû en tuer au moins une cinquantaines ! Enfin, les goules, les éfrits me laissaient passer quand ils décidaient que j'avais assez bien combattus. Et puis c'était un vrai labyrinthe ! J'ai mis trois jours à trouver l'armure, et trois pour ressortir de ce bazar ! J'ai même pris une cascade de sable sur la tête, j'ai cru que j'allais finir englouti ! »
Le rire chaud de Milo apporta un sourire sur ses propres lèvres. Ce n'était pas moqueur, c'était agréable. Il était cool, ce Spectre...
« - J'me suis fait agresser par au moins un million de scorpion aussi, frissonna-t-il au souvenir. Ils arrêtaient pas de se glisser dans mes affaires, j'avais peur de remettre mes chaussures le matin.
- Et pourtant, te voilà élève du Scorpion. Il faut croire que ça ne t'a pas suffit, s'amusa la Wyvern. »
Il hocha la tête avec une demi-grimace. Il détestait ces bestioles, et pourtant, l'armure l'avait reconnu comme un potentiel successeur… Il n'était pas encore totalement approuvé, ceci dit. À la fin de son entraînement, il devrait se soumettre au jugement de l'armure… Et si elle ne le jugeait pas digne, elle refuserait de le recouvrir.
Au moins,, il aurait toujours son armure de la Licorne… Mais quand même. Parfois, il observait Rhadamanthe et rêvait que lui aussi, un jour, serait protégé par l'or. Aurait-il autant de prestance que son maître ? Il en doutait. Le Scorpion avait cette façon de vous regarder qui vous faisait vous sentir tout petit et insignifiant. Alors qu'en parlant avec Milo, il avait plus l'impression d'être… Important ?
Une voix forte interrompis la discutions des trois hommes.
« - Messieurs, merci de regardez où vous foutez les pieds et de ne pas tomber dans le Cocyte, parce qu'on n'ira pas vous chercher. Alors arrête la parlote et on regarde devant soit ! »
En arrière du groupe, Deathmask du Garuda tenait par le col un Io presque aussi rose que ses cheveux. Jabu devina sans mal que celui-ci venait de trébucher sur un des nombreux rochers qui parsemaient le chemin et avait manqué de finir la tête la première dans les plaines glacées du Cocyte, qui s'étendaient au fond du précipice qu'ils longeaient. Les réflexes du Juge l'avaient apparemment sauvé d'une expérience désagréable, mais pas d'une blessure à son amour-propre. Il se dégagea un peu brusquement de la poigne de l'italien et se hâta de rattraper le groupe – en regardant bien là où il posait le pied, tout de même.
« - Deathmask n'a pas tord, fit Milo. Faites attention, une chute est vite arrivée. »
Lui ne semblait avoir aucune difficulté à progresser… L'habitude, sans doute.
Ils continuèrent donc à avancer, et soudain, un immense palais surgit au détour d'un virage. Giudecca, le palais d'Hadès, se dressait devant eux de toute sa splendeur. Ils passèrent les portes, et Jabu sursauta soudain. Un cosmos immense et sombre emplissait tant l'endroit qu'il avait l'impression d'étouffer. C'était quoi, ça ?
Une main se posa sur son épaule. Mû du Griffon se penchait sur lui d'un air inquiet.
« - Respire, ordonna-t-il d'une voix douce. Tu braques ton cosmos en opposition à celui de Sa Majesté, c'est ce qui te rend malade. Je sais que c'est désagréable, mais tu dois abaisser tes barrières avant d'être submergé.
- Abaisser ? Couina l'adolescent d'une voix étranglée. »
Impossible ! S'il se laissait faire, le cosmos d'Hadès allait complètement l'écraser ! Bon sang, il avait rencontré Athéna une fois, quand il était venu prendre ses fonctions au Sanctuaire, et il n'avait pas du tout ressentit ça !
« - Fait ce qu'il te dit, grogna la voix de son maître. »
La Licorne avala sa salive et força son cosmos à se calmer. A sa grande surprise, au fur et à mesure des secondes, l'étau sur sa poitrine se desserrait. Au bout d'une minute, il ne ressentait plus qu'une petite gêne.
« - Merci, souffla-t-il à l'Atlante.
- Ce n'est rien. Sa Majesté habite son corps d'origine, contrairement à Athéna. Quiconque n'est pas habitué réagit comme s'il était agressé devant sa puissance naturelle. »
Effectivement, en observant autour de lui, Jabu trouva les autres ambassadeurs pâles. Sorrento, déjà pas très bronzé à la base, semblait presque gris. A sa droite, Kanon grimaçait, et même Eaque avait perdu l'attitude nonchalante qu'il abordait sur le chemin.
Ils étaient sous le toit d'un dieu. Et ça se sentait.
« - Venez, repris Mû. Sa Majesté nous attend. »
Ils suivirent les Juges en silence. Le moment était solennel. Même Kanon, qui avait déjà rencontré Poséidon, semblait bien sérieux. Jabu avala sa salive. Il ne savait pas à quoi s'attendre. Mû ouvrit les portes, et ils s'avancèrent tous à sa suite.
La salle du trône était immense. Sur une estrade était dressé un trône d'obsidienne, qui dominait la salle. Sur celui-ci, était assis un personnage sans âge, mais d'une grande beauté. Hadès avait une peau pâle, un visage fin, et une cascade de cheveux plus noirs encore que la nuit. Son regard parcouru l'assemblée qui s'agenouilla en guise de respect.
A sa droite, une jeune femme l'imitait, le visage neutre. Elle aussi avait de longs cheveux noirs, et une élégante robe.
« - Majesté, Lady Pandore, dit Mû, le visage baissé et le genoux à terre. Les délégations d'Athéna et de Poséidon. Eaque du Cancer, Kanon est Gémeaux, Rhadamanthe du Scorpion et son apprenti Jabu de la Licorne, ainsi que Krishna de Chrysaor, Sorrento de la Sirène et Io de Scylla. »
Chacun fit un geste de la tête à la mention de son nom. Jabu dégluti quand le regard du dieu passa sur lui. Hadès était… Charismatique. Effrayant. Fascinant. La jeune fille -Pandore, qui s'il avait bien compris, était l'équivalent du Pope- fit signe à tout le monde de se relever.
« - Passons à table, fit-elle d'une voix onctueuse. Sa Majesté a exprimé le souhait que les présentations soient faites autours d'un repas digne de ce nom. »
Hadès se leva en silence. Il fit un geste et une grande table couverte de victuailles apparu soudainement à côté d'eux. Il prit place à une extrémité, et invita les arrivants à en faire de même. Pandore s'installa à sa droite, Mû à sa gauche, eux-mêmes encadrés par Deathmask et Milo. Un coup d'œil fut échangé parmi les dignitaires, et chaque camps pris place d'un côté de la table. Jabu se retrouvait le plus éloigné du dieu, de part son rang nettement inférieur eux autres, et n'avait surtout pas de voisin d'en face. Ça ne le dérangeais pas le moins du monde ! Il pourrait se faire tout petit et se faire oublier. Il n'était là que comme observateur, et il comptait bien le rester. Il était presque sûr que si Hadès lui adressait la parole, il ne pourraient que s'étouffer avec sa nourriture et balbutier lamentablement. Il s'abstiendrait, donc.
La licorne parcouru la table du regard et ouvrit grand les yeux devant le nombre de plats. La cantine du Sanctuaire était ce qu'elle était, et il était un adolescent en pleine croissance… Il entendit son ventre gargouiller et pria très fort pour que son voisin -ou pire, Hadès ! Ne l'ai pas entendu. Mais bon sang, tous ces trucs avaient l'air délicieux… Il ne connaissait pas la moitié des plats, mais les odeurs étaient enivrantes. Et toute cette route à travers les enfers l'avaient creusé ! Enfin, le maître de table se servit et commença à manger, ce qui lança le repas pour les autres.
Il saisit un peu au hasard le plat qu'il avait devant lui, curieux.
« - C'est du Murgh Makhani, l'informa Krishna qui était de l'autre côté de la table. C'est indien. Prends garde, c'est très épicé.
- Et ça ne vaut pas le wambatu moju, sourit Io de son côté.
- Je n'ai aucune idée de quoi vous parlez, avoua Jabu. Je suis plus habitué à la cuisine arabe, ou grecque.
- Pas japonaise ? »
La question rendit un peu prudent l'adolescent. Il jeta un coup d'œil à Eaque et Mû, les seuls à avoir des trait asiatiques a part lui. Comment il avait fait pour deviner qu'il était Japonais ? À cause de son accent ? Il savait que Seiya avait eu des problèmes, pendant son entraînement. Le fait qu'il ne soit pas grec ne plaisait pas à certains. Est ce que ça serait le cas ici ?
« - Je n'ai pas passé beaucoup de temps au Japon, fit-il d'une voix neutre. Pas assez pour en apprécier la gastronomie, en tout cas.
- C'est dommage, répondit Io. C'est toujours agréable d'avoir un plat de son pays d'origine à table. »
Et il se servit une généreuse portion de quelque chose qui ressemblait à une soupe agrémentée de légumes et de poulet.
« - Vous êtes de quel pays ? Demanda timidement la Licorne.
- Je suis né sur l'île de San Felix. C'est chilien. C'est en Amérique du Sud, précisa-t-il. C'est vraiment minuscule, on en a vite fait le tour. Je crois bien que même le Sanctuaire de Poséidon est plus étendu.
- A quoi ça ressemble ?
- Le Sanctuaire de Poséidon ? »
Jabu hocha la tête en mordant dans son morceau de viande. Ouch ! Il avait oublié les épices !
« - Et bien pour commencer, c'est sous l'eau, fit le Chilien. On est entouré d'une barrière qui contient l'eau à l'extérieur, on peut observer toute la vie marine. La lumière arrive même s'il y a des kilomètres d'océan au-dessus de nos têtes, un peu modifiée, ça fait des reflets en permanence, c'est très beau. Le Temple de Poséidon est au centre, et les piliers l'entourent. Plus bas, derrière, il y a nos quartiers et nos arènes d'entraînement. Et encore plus bas, il y a un champ d'algues et un récif de corail.
- ça à l'air beau.
- Ça l'est, sourit le Chilien.
- Mais comment vous faites pour sortir, si vous êtes sous l'eau ?
- Il y a un maelström qui mène à plusieurs passages marins, commenta Krishna de sa voix tranquille. C'est par là que Kanon est arrivé, d'ailleurs.
- Kanon ? »
Jabu tourna la tête vers le Chevalier des Gémeaux, présentement plongé dans une grande discutions avec le bras droit d'Hadès. Il avait un sourire charmeur que Jabu ne lui connaissait pas. C'était ça son « visage d'affaire » comme disait Rhadamanthe ?
« - Ah, vous voulez dire quand il a réveillé Poséidon ? C'est vrai ?
- C'est vrai, oui. Vous en doutez ? »
Jabu haussa les épaules.
« - Les gardes aiment bien raconter n'importe quoi. On apprend vite à remettre en cause ce qu'ils disent. Comment ça c'est passé ?
- Hé bien…
- J'aimerais moi aussi entendre cette histoire, intervint une voix douce. »
La voix d'Hadès ramena le silence sur la table. L'attention générale se porta sur le dieu des enfers. C'était la première fois que les dignitaires entendaient la voix du maître des lieux. Elle était douce, profonde et vaguement menaçante même si le ton était neutre. Comme le cosmos qui les avait soumis plus tôt…
« - Quelle histoire, Votre Majesté ?
- La libération de Poséidon. J'ai été surpris de recevoir sa demande d'inclusion dans les accords. Il n'était pas censé se réveiller avant plusieurs siècles.
- Je crains que ça ne soit ma faute, avoua Kanon en posant sa fourchette. »
L'attention du dieu -et de ses invités – se porta sur le grec. Un geste lui intima de continuer.
« - Comme vous le savez sûrement, le Sanctuaire de Poséidon possède une entrée en Grèce, au large du Cap Sounion. Il y a quelques années, mon frère et moi aimions explorer l'endroit, et le temple émergé, qui était à l'époque sous la protection d'Athéna. Lorsque nous avions quatorze ans, il y a eu un accident et je me suis retrouvé coincé dans une grotte inondable. Lorsque nous avons réalisé que j'étais bloqué, Saga est parti chercher de l'aide, mais l'eau montait trop vite. »
Il fit une pause le temps de tremper les lèvres dans son verre de vin. Jabu se dit qu'il était vraiment très fort ; l'assemblée était pendue à ses lèvres, même ceux qui connaissaient déjà l'histoire.
« - Dans ma panique, j'ai aperçu de la lumière. J'ai cru à une sortie, mais c'était une autre salle, plus profonde. La source de la lumière était le trident de Poséidon, fiché dans la roche. Bien sûr, je n'avais aucune idée de sa véritable nature. Je n'y voyais qu'un potentiel moyen d'échapper à la mort.
- Vous l'avez donc retiré, commenta Hadès.
- En effet, Majesté. La décharge de cosmos qui s'en est suivit a détruit la grotte, et j'ai été entraîné vers le large, jusqu'au passage permettant de pénétrer le Sanctuaire sous-marin. Il était désert, et je n'avais aucune idée de comment remonter. Le cosmos de Poséidon qui encerclait le trident m'empêchait de contacter mon frère par télépathie, mais il y avait un temple droit devant moi… Je me suis dit que si aide il devait y avoir, je la trouverais là-bas. Le temple était vide, évidemment, mais j'y ai trouvé l'urne où était scellé Poséidon. J'y ai vu le sceau d'Athéna... »
Il sourit légèrement.
« - J'étais un enfant terriblement curieux, voyez vous. Alors avoir sous les yeux un gros bouton rouge sur lequel je ne devais surtout pas appuyer… J'ai retiré le sceau, et Poséidon s'est éveillé.
- Aussi simplement que ça ?
- Aussi simplement que ça, Majesté. Il m'a demandé ce que je faisais là, et j'ai été honnête avec lui. Il m'a demandé de lui décrire l'état du monde, et je l'ai fait. Il a été assez aimable pour me permettre de contacter mon frère et mon Pope, mais a exigé un payement pour mon affront -avoir pénétré son temple et l'avoir réveillé sans autorisation. J'ai donc dû été prié d'endosser le poste du Général du Dragon des Mers afin de reformer les troupes des Marinas et de remettre le Sanctuaire Sous-marin en état. Ce que j'ai fait. Pendant dix ans, j'ai alterné entre l'armure des Gémeaux et l'Écaille du Dragon des mers. Le Seigneur Poséidon m'a libéré il y a trois ans, lorsqu'il a pris possession de son hôte, le petit dernier de la famille Solo. Depuis, l'écaille a été reprise, me semble-t-il ? »
Il chercha confirmation auprès des Marina. Sorrento hocha la tête.
« - En effet, l'élue est arrivée il y a six mois maintenant. Une jeune femme très douée.
- Je n'en doute pas, sourit Kanon. »
L'histoire était quand même extraordinaire, songea Jabu. Toutes les rumeurs qui courraient sur les chevaliers des Gémeaux… Combien étaient vraies ? Le Sanctuaire était un vrai nid à ragot, quand on s'y intéressait un peu. Au moins, il pourrait confirmer celle-ci à son retour des enfers.
Hadès hocha doucement la tête. L'histoire semblait le satisfaire. La conversation repris sur la rénovation du Sanctuaire de Poséidon, jusqu'à ce que les portes de la salle s'ouvrent derrière eux.
Une jeune femme entra et s'agenouilla aussitôt. Son surplis luisait doucement à la lumière des torches. Elle portait son casque sous le bras. Son visage était dur et elle était très grande. Jabu la trouva magnifique.
« - Votre Majesté, veuillez excuser mon intervention, fit-elle d'une voix claire. Une situation à la frégate requiert la présence du Seigneur Deathmask. »
Frégate ? C'était un bateau ça, non ? Il y avait un bateau aux enfers ? Mais pourquoi ?
Le Spectre du Garuda termina son verre de vin et repoussa sa chaise. Il s'inclina devant son dieu, un peu moins bas devant Pandore, et fila à la suite de la jeune femme. Les portes se refermèrent, et le repas repris sans plus d'incidents.
Rhadamanthe inspira une grande bouffée de cigarette. Les négociations avaient commencé depuis trois jours et se déroulaient sans incident. Les Marina connaissaient leur sujet et étaient efficaces. Les Spectres étaient de bonne volonté, malgré l'humour grinçant du Garuda et sa capacité à être désagréable.
C'était épuisant. Déjà, c'était un exercice mental ; il fallait jouer avec les attentes des uns et des autres, déchiffrer les traités précédents, faire des listes et des paragraphes… Et concilier les caractères de tout le monde. Un exercice difficile pour le Scorpion, qui était plus habitué à se faire obéir et à ce que le monde file droit sous son commandement. En plus, Kanon n'arrêtait pas de lui faire des sous-entendus graveleux par la pensée, surtout quand le ton montait entre lui et le Garuda.
Et ce foutu oiseau ! Il n'arrêtait pas de le provoquer. En permanence. Les autres se doutaient qu'ils s'étaient déjà rencontrés, mais heureusement, n'avaient pas le détail. Non pas que l'anglais aie honte de sa vie sexuelle… Mais elle n'avait rien à faire sur la table des négociations. Et en plus, l'italien s'entendait comme larron de foire avec Eaque. Si l'un n'avait pas été népalais et l'autre italien, on aurait pu les prendre pour des frères. Même humour graveleux, même proportion à vous casser les pieds, même joie à vous voir sortir de vos gond. Saloperies. En plus, l'italien semblait prendre un malin plaisir à tourmenter son apprenti, puisque ça faisait réagir le Scorpion.
Bref, Rhadamanthe saturait. Amis, amants et alliés s'y mettaient à trois pour lui user les nerfs, et son apprenti aussi, bien malgré lui.
Il s'était donc isolé dans les jardins du château d'Hadès. Très beaux jardins au passage, avec une belle roseraie, qui aurait certainement plu a Aphrodite. Elles étaient moins odorantes que les siennes, heureusement. Il pouvait donc s'y détendre en paix, et souffler lentement la fumée de sa cigarette.
« - Tiens, tiens. C'est donc là que tu te caches ? »
La voix moqueuse le fit se crisper. Il prit son meilleur visage de tueur et tourna la tête vers Deathmask, nonchalamment appuyé contre une arche de pierre.
« - Juge du Garuda… Quel plaisir, grogna-t-il d'une voix qui disait tout le contraire.
- Je vois ça, sourit l'italien. On sort les couleurs de fête ? C'est vrai que le doré est un peu tape à l'œil. »
Il désigna du menton la chemise et le pantalon de toile du chevalier. Il avait abandonné l'amure pour être plus à l'aise, et voilà que l'autre venait lui souffler dans les bronches… En plus, il n'était pas mieux ! Il avait un vieux jogging et un t-shirt qui avait vu des meilleurs jours. Avec sa barbe de trois jours, il avait l'air un clochard. Mais un clochard sacrément sexy, murmura une voix dans l'esprit de l'anglais. Elle ressemblait beaucoup trop à celle de Kanon.
« - Qu'est ce que tu veux ?
- Mmm, je ne peux pas te tenir compagnie ?
- Ta compagnie est tout sauf agréable.
- Vraiment ? C'est pas ce que tu disais à Oran. »
Rhadamanthe grinça des dents. Évidemment, qu'Oran allait venir dans la conversation à un moment où a un autre… Au moins, il n'y avait pas de témoins.
« - Oran est passé, répondit-il. Et depuis longtemps. »
Un sourire narquois étira les lèvres de l'italien. Il sortit un paquet de cigarettes et en glissa une entre ses lèvres.
« - T'as du feu ? »
Il ne pouvait pas dire non avec sa cigarette allumée entre les doigts ; il sortit donc son briquet et le tendit au Spectre, qui ne fit pas un mouvement pour le prendre. A la place, il avança le visage et leva un sourcil.
Connard.
Un peu agacé, il alluma la cigarette d'un geste. L'italien sourit et recula un peu.
« - Ne va pas me dire que tu n'as pas envie de remettre ça, repris-t-il.
- Ce n'est ni le lieu ni le moment, répondit l'anglais d'un ton sec. Nous sommes en pleine négociation, au cas où tu ne l'avais pas remarqué.
- Donc, tu n'est pas contre remettre ça ! »
Évidemment qu'il ne retenait que ça dans sa phrase ! Imbécile de Spectre trop confiant… Et trop sexy, aussi. Et puis ça faisait un moment qu'il ne s'était pas détendu d'une telle manière avec quelqu'un… Et puis il avait de ses bras… C'était son point faible, et puis ce petit sourire en coin, et puis -
« - Cesse donc de prendre ce que tu veux dans mes paroles !
- C'est autre chose que j'aimerais prendre, murmura une voix grave à son oreille. »
Trop près, trop près ! Il était presque collé à lui, un sourire séducteur aux lèvres.
« - Un indice… C'est long, épais et très anglais... »
Et une main se posa sur son entrejambe. Oh, merde. Oran avait commencé exactement comme ça… A peine un quart d'heure plus tard, ils étaient à l'horizontale dans un hôtel… Ces lèvres étaient quand même très prêt. Et très hypnotisantes. Il n'avait qu'à se pencher, et…
« - Deathmask ! Gueula une voix non loin d'eux. Reviens ici, sale bâtard !
- Merde, marmonna le Garuda. »
Il plaqua brusquement ses lèvres sur celle de Rhadamanthe, juste une seconde, avant de reculer brusquement.
« - Les affaires reprennent, mon chou. On se voit plus tard. »
Et il partit en courant. Rhadamanthe resta là, les bras ballants, un goût de cigarette qui n'était pas les siennes sur les lèvres et un début d'érection dérangeante.
Connard d'italien !
« - Deathmask ! Reviens ici, sale bâtard ! »
Jabu sursauta et faillit faire tomber sa tasse. Une main fusa pour la rattraper, et le chocolat chaud qu'elle contenait resta bien sagement à l'intérieur.
« - Ah ! »
Il releva la tête. C'était la Spectre qui avait interrompu le dîner, trois jours plus tôt… Elle le regardait d'un air un peu amusé.
« - Merci, balbutia-t-il en rougissant.
- Pas de quoi. »
Elle lui tendit la tasse. Elle était encore plus jolie de prêt, se dit distraitement Jabu. Ses yeux brun-rouges étaient légèrement moqueurs.
« - C'est le Seigneur Milo qui t'a fait peur comme ça ?
- C'est lui qui a crié ?
- Le Seigneur Deathmask a tendance à lui taper sur les nerfs.
- Il avait pas l'air du genre à s'énerver, pourtant.
- Il ne faut pas se fier aux apparences, sourit la jeune femme. Il est très fidèle, mais très sanguin. »
Comme pour lui donner raison, le Spectre de la Wyvern jaillit de derrière un massif de roses, l'air très énervé, sans son surplis. Sa veste claqua lorsqu'il fit un demi-tour brusque après avoir entendu un bruit de cavalcade. Il repartit aussitôt à grand pas en gueulant une insulte qui fit siffler les oreilles de Jabu.
« - Il est trop cool, souffla-t-il. »
Il se souvint un peu tard qu'il n'était pas tout seul, et sentit son visage le brûler. Merde ! Il osa un coup d'œil vers la Spectre. Elle avait un petit sourire au visage et un sourcil levé.
D'accord. Jabu voulait officiellement disparaître sous terre.
« - C'est pas… Je veux dire que... Enfin il est… Voilà quoi... »
Il se tut avant de s'enfoncer encore plus. La Spectre eu un éclat de rire et secoua la tête.
« - Ne te justifies pas, va. Tu as raison, il est cool. »
Jabu rentra la tête dans les épaules. Il s'était encore ridiculisé ! Devant une fille, en plus… Il but un peu de son chocolat pour reprendre la face.
« - Je m'appelle Jabu, dit-il au bout d'une seconde.
- De la Licorne oui, je sais. Un apprenti invité a des négociations, ça ne se fait pas souvent.
- Ah bon ?
- Hm hm. »
Il y eu un petit silence.
« - Et… Et toi, c'est comment ?
- Violate du Béhémoth.
- Tu es sous les ordres de Deathmask, c'est ça ?
- C'est ça. Je suis son bras droit. »
Le japonais grimaça. Comment elle faisait pour être tout le temps en contact de ce type ? Il était détestable. Toujours à chercher la petite bête, à le rabaisser et à lui faire des réflexions…
Violate du suivre le cours de ses pensées, puisqu'elle reprit.
« - Ne prends pas son attitude pour toi. Il est comme ça avec tout le monde. Et puis ça fait réagir ton maître. Donc il s'acharne.
- Mais qu'est-ce qu'il lui veut, à mon maître ? Se plaignit un peu l'adolescent. J'ai bien compris qu'ils se connaissent, mais il n'a rien voulut me dire…
- Il ne t'a pas expliqué ? »
Boudeur, le chevalier secoua la tête. Il n'avait pas trouvé un instant où Rhadamanthe était disponible. Depuis trois jours ! Et ils partageaient un appartement ! A chaque fois, Kanon ou Eaque débarquait, le jetait hors de la pièce en lui disant d'aller jour ailleurs, et lui retirait toute chance de savoir !
« - Je peux t'expliquer si tu veux, offrit la jeune femme. J'étais là. »
Ah ! Ça, ça alluma une lueur d'intérêt dans les yeux de la Licorne. Il hocha la tête, tout ouïe.
« - En fait, ils se sont rencontrés à cause de moi, révéla la Spectre. Tu sais quelle est la condition pour devenir un Spectre ?
- Mourir, c'est ça ? Vers vos 15 ans ?
- C'est ça. Il y a trois ans, je ne m'étais pas encore éveillée, et le Seigneur Deathmask avait impérativement besoin de son bras droit. Il a donc cherché partout où j'avais pus me réincarner, et dans ses recherches, il a fait réagir mon cosmos encore en sommeil, alors même que je n'était pas morte. »
Jabu fronça les sourcils. Quand un enfant présentait du cosmos inné, il était tout de suite repéré par le Sanctuaire, parce qu'il était très souvent destiné à devenir chevalier d'or. Tout le monde savait ça. Il ouvrit grand les yeux.
« - Mon maître a été envoyé pour vous chercher, compris-t-il. »
Violate sourit.
« - Exactement. J'avais dix-sept ans, aucun souvenir de mes incarnations précédentes, et une étoile à moitié éveillée. J'aurais très vite pu devenir folle, alors il fallait agir vite. Le Sanctuaire a envoyé ton maître au même moment ou le Seigneur Deathmask a retrouvé ma trace. Ils sont arrivés en même temps. Je te laisse imaginer ma surprise... »
Oui, voir deux types en armure débarquer sur le pas de votre porte devait être très étrange.
« - Ils se sont battus ? Demanda l'adolescent, curieux.
- Ils ont failli, mais le traité de paix aurait sauté, expliqua la jeune femme. Mon cosmos a réagi avec celui de mon supérieur légitime, c'est ce qui a calmé ton maître. Je n'aurais de toute façon pas pu être chevalier d'or, puisque j'étais destinée au Béhémoth depuis ma naissance. Mais j'étais encore dans un entre-deux qui me faisait souffrir. Il a donc offert de mettre fin à mes souffrances de manière rapide et sans douleur.
- Il t'a tuée ? »
Jabu ouvrit grand les yeux.
« - L'attaque du Scorpion est très douloureuse, pourtant ! Je suis bien placé pour le savoir. J'en reçois une par semaine au moins…
- Je n'ai pas eu le temps de sentir la douleur, il m'a infligé tous ces coups en même temps. Un instant j'étais debout dans mon jardin dévasté, et l'autre, j'étais sur les rives de l'Achéron. Ensuite, je ne sais pas ce qui s'est passé, mais le Seigneur Deathmask est revenu en entier, j'en ai donc conclu que tout s'était bien passé.
- Ils ont du quand même bien s'engueuler, fit remarquer le plus jeune. Pour qu'ils se regardent comme ça… Et qu'il n'arrête pas de ma critiquer !
- Ah ça... »
Violate sourit et désigna du menton le Spectre du Garuda qui se glissait hors des jardins. Au même moment, Rhadamanthe remontait l'allée, l'air passablement énervé.
« - J'espère que ça ne perturbera pas les accords, commenta Jabu en le voyant s'éloigner.
- J'en doute. Ton maître à l'air professionnel.
- Et pas Deathmask ?
- Il est très bon dans son travail, mais aussi très bon pour perturber celui des autres. J'ai cru comprendre qu'il s'entendait bien avec le Chevalier du Cancer… Eaque, je crois ?
- Ouais. Tu m'étonnes, marmonna-t-il. Ils ont le même esprit tordu.
La jeune femme rit une nouvelle fois.
« - Tu me plaît, Jabu de la Licorne, déclara-t-elle. »
Rougissement intempestif.
« - Euh, ben, merci ? Je suppose ?
- Ne soit donc pas si gêné. Pour un gamin, tu es intéressant. »
Ah ! Là il n'était plus gêné, mais vexé.
« - Je suis pas un gamin !
- Ah oui ? Quel âge as-tu ?
-… Quatorze ans, mais ce n'est pas le sujet ! »
La jeune femme eue un éclat de rire, et tapota l'épaule de l'adolescent.
« - Quatorze ans ! Mais t'es encore un môme ! Un môme en costume brillant !
- Hé oh ! Non mais ça va oui ? Je suis un chevalier d'Athéna, je te signale !
- Un apprenti seulement, se moqua-t-elle. »
Cette fois, Jabu s'énerva pour de vrai. D'une flambée de cosmos, il appela à lui l'armure de la licorne. L'éclat du métal vint recouvrir son corps et il se dressa de toute sa hauteur -certes peu impressionnante – devant la Spectre.
« - Je suis le Chevalier de Bronze de la Licorne ! Cria-t-il. Et je refuse qu'on me manque de respect !
- Je peux savoir ce qui se passe ici ? »
Une main s'abattit sur l'épaule du Japonais. Derrière Violate, une autre silhouette avait surgit. Grande, violette et le visage terriblement dur. Jabu prit soudain conscience que la main sur son épaule lui faisait mal. Et elle était recouverte d'or.
« - J'aimerais le savoir aussi, fit la voix basse de Milo. »
Jabu avala sa salive. Devant lui, Milo n'était plus cool. Il était terrifiant. Il avait enfilé son surplis. Chacun de ses côtés était occupé par ses frères d'armes. Derrière lui, son maître était une présence dure. Kanon ne rigolait pas. Eaque n'avait même pas un sourire sardonique. Brusquement, il comprit que la situation n'était plus du tout amusante.
« - Je… Ce n'est pas…
- Revêtir son armure de la sorte est une violation de nos pactes de non agression, l'interrompit Milo. Nous pourrions considérer ça comme une déclaration de guerre.
- Ce n'était pas… Je ne voulais pas…
- Nous n'avons aucunes idées belliqueuse, fit Rhadamanthe. Jabu n'avait en aucun cas l'intention de vous provoquer sur vos terres. N'est ce pas, Jabu ? »
Celui-ci avait abandonné l'idée de parler. Terrifié, il se contenta de hocher la tête, puis de la baisser pour fixer les pieds de Violate, toujours en face de lui. Comme ça, il pouvait aussi voir ceux des juges. Noirs. Métalliques.
« - Peut-on savoir ce qui a conduit à cet éclat ? Demanda Mû d'une voix calme.
- C'est ma faute, Seigneur. »
La voix claire et calme du Béhémoth tranchait avec la tension de la situation. Jabu ne releva pas les yeux. Il les sentait s'humidifier et il refusait de s'humilier un peu plus.
« - Explique toi, Violate.
- J'ai sans le vouloir manqué de respect au Chevalier de la Licorne, en insinuant que son âge ne pouvait faire de lui un vrai Chevalier. Il a réagi en sentant sa fierté de guerrier entachée. J'assumerais les conséquences de mes actes.
- Jabu. Tu confirmes ? »
L'adolescent hocha la tête à nouveau.
« -Bien. Dans ce cas, la fautive sera punie en conséquence. L'incident est clos, conclu la Wyvern. »
La tension sembla redescendre un peu. Violate s'inclina brièvement et suivit Milo hors du jardin. D'une pression de la main, Rhadamanthe indiqua à Jabu de tourner les talons et de le suivre -ce qu'il fit, les yeux toujours résolument baissés vers le sol. Les pavés et les tapis défilèrent jusqu'à ce que la moquette de leurs appartements remplace les pierres noires. Là seulement, il s'autorisa à relever les yeux.
Rhadamanthe le regardait de toute sa hauteur. Et il était grand. Son visage était dur et son sourcil froncé.
« - Puis-je savoir ce que c'était que ça ?
- Je suis désolé, murmura l'apprenti.
- Tu as failli déclencher un incident diplomatique majeur, gronda le Scorpion. Qu'est-ce qui se serait passé si Violate n'avait pas décidé de prendre la responsabilité de l'affaire ?
- Je... »
Jabu sentit les larmes qu'il avait bravement retenues jusque-là déborder de ses yeux. Il n'avait jamais voulu ça. Il discutait juste avec une fille qu'il trouvait jolie, et puis ensuite…
« - Pardon, bredouilla-t-il d'une voix étranglée. Pardon, maître. Je voulais pas… J'avais aucune idée que... »
Il s'embrouillait dans ses explications et fini par se taire. Quelle punition allait-il bien recevoir ?
Rhadamanthe observa la silhouette pâle et courbée de son élève. Il soupira. Ce n'était qu'un gamin, qui en plus venait de recevoir un énorme coup de pression. Qu'il pleure n'était pas étonnant. Et il avait beau être un homme dur et avec une certaine proportion à la violence, il n'était pas cruel au point d'aimer faire pleurer les enfants. Il ne s'appelait pas Eaque, merci beaucoup.
« - Vous allez me renvoyer ? Fit la petite voix du Japonais. »
Quand il était bouleversé, son accent ressortit et rendait presque incompréhensible sa diction. Cependant, au Sanctuaire, « renvoyer » n'avait qu'un sens. Un sens terrible. Quand un maître renvoyait son apprenti, ou le Pope un Chevalier, s'était le plus grand déshonneur. Le renvoyé perdait son armure, son honneur et le respect de tous les combattants d'Athéna.
La dernière fois que c'était arrivé, le chevalier avait été déclaré coupable d'une dizaine d'agressions sexuelles sur des apprentis, plus jeunes. Beaucoup plus jeunes. Il avait été renvoyé, puis condamné à mort. Rhadamanthe se souvenait encore de l'exécution. C'était son propre maître qui s'en était chargé. Les victimes avaient exigé de la douleur. Le renvoyé avait supplié qu'on l'achève. Il avait mis trois jours à mourir.
Et il n'avait aucune envie de voir Jabu dans cette position.
« - Non, je ne vais pas te renvoyer, soupira-t-il. Je te punirais quand nous seront rentré au Sanctuaire, sois-en certain. Mais tu n'as pas activement cherché à provoquer cette escarmouche. J'en tiendrais compte. »
Le petit japonais hocha la tête, et passa une main sur son visage pour en chasser l'humidité.
« - Je suis désolé.
- Je l'ai bien compris. Cesse donc de t'excuser. Ne t'ai-je pas demandé de relire les traités de 1920 ?
- Ceux qui autorisent les Spectres à investir la surface dans les limites du château ? Demanda timidement la Licorne.
- Eux-même.
- J'y cours. »
Il s'inclina brièvement, et fila vers la bibliothèque, où l'attendaient les traités en question. Rhadamanthe attendit qu'il soit sortit avant de soupirer. Quelle galère… Les discutions seraient tendues, demain.
Il retira son armure d'un geste. La poussée de cosmos qu'il avait ressentit, à peine sortit des jardins, lui avait fait craindre le pire. Heureusement pour tout le monde, la situation avait été dénouée rapidement.
« - Mon âme pour un whisky, grogna-t-il pour lui-même.
- Ça peut éventuellement s'arranger, fit une voix derrière lui. »
L'anglais jeta un coup d'œil derrière lui. Deathmask, appuyé au chambranle de la porte. Quelle surprise.
« - Ton apprenti a un sacré courage. Ou une sacré stupidité, au choix.
- Et ta subordonnée devrait réfléchir avant de provoquer un chevalier, répondit Rhadamanthe sur le même ton. Qu'est ce que tu veux ? »
Le Spectre referma la porte d'un coup de pied et s'avança vers lui.
« - Tu sais ce que je veux, sourit-il d'un air séducteur.
- C'est vraiment le moment ?
- C'est toujours le moment. On a été interrompus dans les jardins, mais ça m'étonnerais que Milo vienne me chercher ici. »
Fair enough, pensa le Scorpion. Lui aussi avait besoin de se détendre. Il hocha la tête.
« - Enfin raisonnable, ronronna le Garuda. »
Il franchit la distance qui les séparait de deux grands pas et le poussa. Le Scorpion retomba sur le canapé et n'eus pas le temps de protester que l'autre envahissait ses genoux d'un geste souple.
« - Tu ne perd pas de temps, grogna-t-il en passant une main dans son dos.
- Jamais, sourit le Spectre. »
Ainsi perché, il était plus grand que le chevalier, et pouvait passer ses deux bras de part et d'autre de sa tête pour le bloquer contre le canapé. Ce n'était qu'illusoire, bien sûr. En terme de force physique, Rhadamanthe pouvait probablement se dégager d'une seule main. Mais là, il n'avait pas l'air d'en avoir envie ; au contraire, ses doigts glissèrent sous le haut gris de son amant, et s'étalèrent sur la peau dissimulée. Il la savait bronzée -comment, alors que les enfers ne voyaient pas le soleil ? Mystère.
Une bouche qui s'appuya voracement sur la sienne coupa ses pensées de bronzage. Il était mal rasé et ça se sentait. Rhadamanthe adorait cette sensation. Sa langue força le passage entre les lèvres de l'italien, qui grogna. Il roula du bassin en représailles. Les deux faillirent hoqueter à la sensation de leurs érections pressées l'une contre l'autre.
Peut-être était-ce la frustration et la pression de ses derniers jours, mais Rhadamanthe n'avait aucune envie de faire durer le jeu. Il voulait du plaisir, là, tout de suite, et il était sûr que c'était pareil pour l'homme qu'il avait entre les bras. Aussi, il glissa une main entre eux pour défaire leurs pantalons. Le Garuda recula pour lui laisser l'accès et eu un soupir lorsque son sexe fut libéré. Il alla ensuite tirer sur la braguette de l'anglais et repousser son sage caleçon gris. Il recula le temps de retirer son haut, puis revint au contact avec un grognement.
Rhadamanthe passa une main sur l'immense tatouage qui recouvrait le torse et l'un des bras de l'italien. La dernière fois, il n'avait que les ailes dans le dos. Le devant était nouveau.
« - Arrête de te rincer l'œil et agit, gronda une voix grave à son oreille. Plus tard les jeux !»
Comme il était absolument d'accord, Rhadamanthe détourna son attention du tatouage pour revenir sur ce qui les intéressait à cet instant -les deux lances de chairs pressées l'une contre l'autre. Il enroula ses doigts autour d'elles et se mit en mouvement. Un soupir quitta les lèvres de son amant, qui laissa sa tête retomber dans son cou et se mit à mordiller sa peau entre deux mouvements de bassin. Agacé par le tissu qui gênait sa progression, il entreprit de défaire les boutons de la chemise grise, s'énerva, et fini par tirer dessus un grand coup. Les boutons volèrent dans les replis du canapé.
« - Hé ! Mais ça va pas, non ?
- Elle me gênait, répondit Deathmask avec insolence. »
Rhadamanthe vit rouge. Sa plus belle chemise, ruinée par cet imbécile !
Il se renversa sur le canapé d'un geste brusque et attrapa ses genoux pour les ouvrir avec autorité. Un grondement lui échappa. La vision du Spectre étendu sous lui, torse nu et le pantalon ouvert, était diablement érotique. Et il ne s'était toujours pas départi de son air narquois !
Le scorpion fonça vers cette gorge offerte, qu'il entreprit de maltraiter à grand coup de dents. Un gloussement le mit d'autant plus en colère. Et il se foutait de sa gueule, en plus ! Par tous les dieux, dans quelques minutes, il ferait moins le malin !
Sans cesser de passer ses dents et ses lèvres sur sa peau bronzée, il tira sur le tissu du pantalon pour le faire descendre. L'italien l'aida en se tortillant et très vite, il se retrouva nu et offert sur le canapé. Ça ne lui fit absolument pas perdre de sa superbe, puisqu'il saisit le sexe du blond sans prévenir, pour lui infliger une dure caresse.
« - Qui c'est l'impatient, maintenant ?
- La ferme, grogna l'anglais. »
Il apprécia la caresse quelques secondes avant de repousser la main, et de se redresser pour se déshabiller à son tour. L'autre se lécha les lèvres, appréciant visiblement le spectacle. Il fallait sa virilité d'une main nonchalante. Insolent personnage.
« - Lubrifiant, ordonna l'anglais d'une voix rauque.
- Dans ma poche. »
Encore une preuve qu'il avait un but précis en tête en venant dans sa chambre. Mais là, Rhadamanthe n'allait pas se plaindre. Il n'aimait pas prendre ses amants à sec. Trop désagréable. Il se pencha pour récupérer la précieuse bouteille, et étala le liquide huileux sur son entrejambe.
« - Magne toi, commenta Deathmask »
Puisqu'il le prenait comme ça ! Il le fit pivoter d'une seule main et s'appuya de tout son poids sur son dos pour le plaquer au cuir du canapé. Le glapissement qui en résultat raisonna comme du miel à ses oreilles. Il ouvrait moins sa gueule, l'italien ! De son autre main, il lui écarta les genoux et d'une poussée, il s'imposa à lui. Un râle s'éleva des lèvres du spectre, qui lui attrapa les cheveux pour tirer dessus en représailles.
« - Ça fait mal, connard !
- Tu voulais que j'aille vite, c'est ce que je fais, gronda Rhadamanthe. Maintenant, silence ! »
Il chassa la main qui tirait sur ses cheveux et attrapa les hanches musclées pour avoir une bonne prise. La première poussée arracha un nouveau râle à son amant, et les suivantes furent récompensées par des exclamations étouffées. Le chevalier lui imposa un rythme rapide et puissant. Ça n'avait rien de sensuel ou de tendre ; ils étaient là pour baiser, tirer leur plaisir de leurs corps respectifs, et c'était tout.
Et visiblement, l'homme sous lui prenait son pied, s'il en jugeait pas les couinements et autres balbutiements italiens qu'il entendit. Une de ses mains serrait l'accoudoir du canapé, et l'autre avait disparu entre ses jambes pour soulager la pression. Cette idée colla un coup de fouet au Scorpion qui se déchaîna d'autant plus. Le corps de Deathmask, sous lui, autour de lui, était tout bonnement délicieux, et sa propre voix avait bien du mal à rester sage.
L'orgasme le foudroya sans prévenir. Il serra tellement fort les hanches du Garuda que ses doigts y resteraient probablement incrustés sous forme de bleus, et lui mordit l'épaule pour étouffer un cri bien pu viril. Il eu soudain l'envie folle de se laisser retomber sur le corps chaud sous lui et de ne plus bouger, mais il n'était pas égoïste. Il continua ses coups de reins jusqu'à ce qu'un juron dans une langue colorée parte bien plus dans les aigus et que le corps sous lui se crispe violemment. Enfin, ils s'autorisèrent à se laisser retomber sur le cuir, essoufflés.
Pendant quelques instant, il n'y peu plus que le bruit de leur respiration, avant qu'un coup de coude ne vienne déranger le Scorpion.
« - Tu m'écrases, marmonna le Spectre.
- Tu ne te plaignais pas il y a cinq minutes, grogna le blond en retours.
- Y'a cinq minutes tu me défonçais le cul. Là t'es juste lourd. »
Rhadamanthe s'écarta avec un grognement. Il fouilla entre les coussins pour récupérer son caleçon, qu'il enfila, et regarda d'un air blasé Deathmask essuyer sa main sur son t-shirt. Vu le nombre de tâches, ça devrait passer inaperçu…
« - Dégueulasse.
- Ta gueule. Tu préfères que je salope le canapé ? »
Hum. Non. Expliquer l'origine de la trace à son apprenti serait compromettant. Enfin, qu'il ne nettoie avec ses fringues s'il le voulait, ça n'était pas son problème. Il lui lança son sous-vêtement au visage pour qu'il l'enfile. Le voir là, assis dans le canapé, nu et les cheveux en bataille faisait remonter son envie.
« - Habille-toi. Jabu peut rentrer à tout moment.
- Ça a jamais tué personne de voir une bite. Ça lui apprendra la vie.
- Mets ce putain de caleçon.
- Ça va, ça va... »
Le temps que l'italien enfile le précieux sésame préservateur d'innocence, Rhadamanthe récupéra sa chemise. Ruinée, évidemment. Il pesta à voix basse contre les crétins qui ne savaient pas défaire les boutons. Est ce qu'il avait ruiné son jean, à l'autre ? Non ! Parce qu'il était bien élevé !
La fumée d'une cigarette s'éleva dans le salon. À moitié rhabillé, Deathmask observait son amant d'un œil alerte malgré ses cernes.
« - C'est nouveau, le tatouage ? »
D'un geste du menton, il désigna la demi-manche stylisée qui ornait le bras du Scorpion. Celui-ci hocha la tête.
« - Le tiens aussi a évolué.
- Trois ans déjà, soupira le Garuda. Qu'est-ce que j'ai pu me faire chier.
- Ne va pas me faire croire que tu as fait ceinture pendant trois ans.
- Bien sûr que non. Mais on a vite fait le tour des habitants des enfers, et je ne suis pas désespéré au point de me taper une âme. Ou Zélos.
- Qui ?
- Tu veux pas savoir. »
Soit. D'un geste las, il prit la cigarette des doigts de l'italien et tira dessus. Maintenant, il allait devoir affronter Kanon… Parce qu'évidemment, Deathmask ne saurait pas cacher son changement d'attitude, et le grec était trop intelligent pour son propre bien. Et celui des autres. Bordel. Et son apprenti qui serait probablement trop traumatisé pour ouvrir une nouvelle fois la bouche dans les négociations...
Les trois jours qui venaient seraient un enfer.
Pourquoi est ce qu'il s'infligeait ça, déjà ? Ah, oui… Par amour pour sa déesse.
Oui et bien, déesse ou pas, si Kanon venait trop lui secouer les puces, il lui mettrait une droite, dignitaires présents ou non. Et Si Deathmask s'y mettait, il en prendrait une aussi !
Merde, a la fin.
Fiou ! Enfin fini. Je suis très curieux de savoir ce que vous en avez pensé, n'hésitez pas à laisser une review !
A La prochaine !
