Cette histoire est inspirée d'une œuvre d'art réelle!

Mais bon c'est surtout un petit OS cadeau pour Jojo qui se désolait du manque de DM/Shura

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"-Et donc c'est censé être de l'art ça?"

L'œuvre sujette aux critiques n'avait rien demandé à personne, fusion forcée entre deux objets qui auraient été ravis de faire leur petite vie loin de tout centre d'art moderne. De quoi avaient-ils l'air ensemble? Une simple grosse pierre, blanchâtre à peine ocre, perchée au-dessus d'un réfrigérateur à une porte. Et pourtant, ils étaient là ensemble, un des intérêts centraux de l'exposition d'inauguration des lieux, victimes d'un regard écarlate dardé sur eux qui les jugeaient de manière non-dissimulée.

"-J'espère pour toi qu'aucune personne ici ne parle le grec pour entendre la dose de critiques que tu sors à la minute, sinon on va finir par se faire jeter dehors.

-Pas de ma faute si ça ressemble à rien leur truc, sérieusement je veux plus entendre qui que ce soit dire que ma déco est moche après ça."

Shura ne savait pas s'il devait commencer à s'inquiéter, car malgré tous les avis négatifs qu'il exprimait envers l'étrange construction, Deathmask ne l'avait pas quitté des yeux depuis maintenant un bon quart d'heure. Sa fascination frisait même l'obsession à ce stade.
Et lui-même se retrouvait condamné à la contemplation de l'ensemble electroménager-rocheux car son compagnon le maintenait une prise de fer contre lui avec un bras autour de sa taille. Aucun repli stratégique vers les petits-fours n'était hélas possible pour lui.

Aucun d'eux n'avait eu le choix de venir ici évidemment, l'ouverture d'un musée d'art moderne à Puno au Pérou doublé par une vente caritative de certaines oeuvres dont les profits reviendraient à un association de défense des opprimés, terme ô combien large, gérée par Saori Kido et Julian Solo. Ces deux-là avaient peut-être été de redoutables adversaires l'un contre l'autre pendant les guerres saintes, mais maintenant que la paix était installée, ils s'entendaient comme deux larons en foire et songeaient même à fusionner leur deux compagnies.

En attendant ils montaient des projets charitables ensemble pour défendre la veuve et l'orphelin et toutes les personnes qui risquaient de se faire regarder de travers. Mouvement marketing pour améliorer leur image ou réelle préoccupation de leurs personnalités divines? Sûrement un savant mélange des deux.

Toujours en était-il que les gardes rapprochées qu'ils avaient trimbalées ici aujourd'hui n'avaient pas été choisies au hasard. Le cancer et le capricorne pour Athéna, le kraken pour Poséidon, un couple d'homme avec option albinos et un gamin borgne, de quoi faire pleurer dans les chaumières. Autant dire que leur déesse avait lourdement insisté pour qu'ils agissent comme si leur mission n'était qu'un rendez-vous entre amoureux pour eux. S'ils avaient su, jamais ils n'auraient assumé leur relation devant elle. Au moins étaient-ils mieux logés que Camus et Milo qui avaient dû passer toute une semaine en mer à faire les potiches pendant une croisière, ou encore Kanon qui essayait d'échapper à un mariage arrangé totalement politique avec une wyverne qu'il fréquentait tout au plus deux fois par mois sur une surface horizontale.
Le couple serait bien capable de survivre à cette épreuve terrible, certes en râlant énormément et en pillant les réserves de rafraîchissements et d'amuse-bouches gratuits, mais il viendrait à bout de la soirée.

"-La pierre encore, s'il a découpé lui-même je veux bien comprendre, poursuivait l'italien dans ses élucubrations sur l'œuvre. Mais pourquoi un frigo? Il se l'est pris dans la gueule et s'est dit que ça faisait sens?

-Je n'en sais rien, s'exaspéra l'espagnol en se pinçant l'arrête du nez."

À ce rythme, et pour le bien de sa propre santé mentale, il allait lancer lui-même excalibur sur cette honte au deuxième art jusqu'à ce qu'il n'en reste plus que des miettes aussi fines que des atomes. Est-ce qu'on moins une horreur pareille avait le droit d'être qualifiée de sculpture?

"-Même si quelqu'un venait la voler, je suis sûr qu'il n'en tirerait rien, franchement même à la décharge j'en voudrais pas."

Une tête se tourna vers eux, apparemment attirée par leur conversation. La crainte de Shura se réalisait, quelqu'un les avait entendus dénigrer l'objet et une grande querelle artistique allait commencer pour savoir la validité des lettres de noblesse de l'art moderne. Sauf que ni son amant, ni lui, n'en avait quoi que ce soit à carrer.

Dans une tentative désespérée d'éviter tout conflit, le dixième gardien saisit le visage du quatrième et l'attira vers le sien jusqu'à ce que leurs lèvres se rencontrent. Il eut le plaisir de voir celui-ci écarquiller les yeux de surprise une demi-seconde avant que l'échange ne devienne agréable.

Mission accomplie dans un sens, l'attention du cancer était revenue sur lui, bien loin maintenant de ce fichu caillou et de son socle ridicule. Et la personne qui avait commencé à s'intéresser à leur discussion trouverait quelque chose de plus palpitant à regarder.

Sa moitié passa alors un bras derrière sa nuque pour approfondir leur contact.

"-On se barre d'ici? Proposa-t-il mentalement."

Ce n'était pas l'envie qui manquait à l'un ou à l'autre, mais s'ils s'éclipsaient et que cela se remarquait, ils étaient bon pour être de garde auprès d'Athéna pour les six prochains mois, et personne parmi leurs collègues ne viendrait les défendre de peur de devoir prendre leur place.

"Une œuvre splendide n'est-ce pas? Les interpella une voix proche d'eux."

Les deux méditerranéens se séparèrent aussi sec, peu ravis d'être interrompus dans leurs échanges amoureux par un observateur indésirable. Celui-là, le cancer l'imaginait déjà bien sur l'un de ses murs peut-être au-dessus de la porte d'entrée, avec sa beauté passable de mannequin pour magazine de vêtements à bas prix, il était bien loin d'avoir le charme dévastateur hyspanique de son petit-ami. Oui tous les hommes qui passaient n'étaient pas des bouts de viande à comparer avec sa chèvre, mais il ne pouvait pas s'empêcher de constater qu'il avait gagné le meilleur morceau.

"-Elle est de vous, j'imagine? Railla le cancer en désignant l'infamie artistique.

-Hélas non, se désola l'inconnu d'une manière assez théâtrale, je ne suis qu'un simple photographe, bien incapable de la pensée de génie qui se trouve dans cette œuvre!

-Et qui est? Questionna dubitativement le capricorne."

Le massacre réfrégiro-rocheux allait le poursuivre, il pouvait le sentir, alors autant en apprendre un peu plus sur la potentielle signification qu'il y avait derrière.

"-Il s'agit de la représentation de la fragilité de l'homme face aux éléments bien sûr! Clama l'homme comme s'il s'agissait de l'évidence même. Ce réfrigérateur représente ce que nous sommes tous, des êtres génériques perdus dans notre technologie et dans notre modernité! Le rocher c'est la force de la nature, brute et sauvage qui risque de nous écraser à chaque instant et qui le fera si elle le désire!"

Une seule phrase résonna dans le crâne de Shura après cette explication: "Complètement barré ce type." Une remarque plutôt pertinente venant de son crabe. Mais l'intru se prenant pour une critique d'art ne leur laissa pas le temps de répliquer qu'il repartait déjà dans de grands discours.

"-Mais je ne me suis pas présenté! Réalisa-t-il dramatiquement. Je me prénomme Ricardo Flores-Rojas, photographe péruvien de belles choses, mais mes amis les plus proches m'appellent El Semental."

Ricardo agrémenta sa présentation d'un sourire séducteur et amorça même une tentative de baisemain envers l'italien, celles de l'hispanique étant toujours agrippées autour de la taille de son compagnon. Deathmask ne le laissa évidemment pas faire et s'arracha immédiatement au geste, se retenant au passage d'en coller une au Don Juan d'opérette. Puis il remarqua l'expression de dégoût qui avait pris place sur le visage de l'autre chevalier.

"-Que se passe-t-il? Interrogea le cancer, de nouveau par télépathie.

-Ses amis les plus proches l'appellent l'étalon…

-Il a des envies de mourir à venir te draguer sous mes yeux en sortant des conneries pareilles?

-C'est à toi qu'il a voulu faire une baisemain je te rappelle.

-Ouais mais c'est toi qu'il est en train de dévorer du regard."

Encore un regard en direction du péruvien, celui-ci les observait tour à tour avec autant d'intérêt pour l'un que pour l'autre, puis il revint à la charge:

"-Et si nous quittions cette charmante soirée pour faire plus ample connaissance tous les trois? Je connais tous les endroits les plus romantiques du quartier, à moins que vous ne vouliez que nous passions déjà à une discussion plus en profondeur.

-Allez on se casse, déclara Deathmask, sinon je vais commettre un meutre et la flaque de sang deviendra une partie de l'exposition permanente.

-Sa tête ne mérite même pas de venir décorer ton temple, approuva le capricorne, nous dirons à Athéna que nous avons dû quitter les lieux pour nous débarrasser d'un individu gênant."

Et s'en débarrasser est bien ce qu'ils firent, mais loin des regards indiscrets et de la morale sans faille de leur déesse.

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"-Tu as ramené la bouffe!"

Un sourire amusé étira les lèvres de Shura en voyant la joie presque enfantine du quatrième gardien face à la nourriture. Mais après tout, vu certaines périodes de leur vie où avoir l'estomac plein n'était jamais une priorité, lui aussi pouvait le comprendre. Surtout maintenant que Saori avait décidé de leur verser un salaire fixe tous les mois, eux qui n'avaient pas de factures à payer comme le commun des mortels s'étaient trouvé une nouvelle passion, tester toutes les options possibles de repas à emporter.

Leur dernière lubie en date était le restaurant de kebab qui venait d'ouvrir à Rodorio qui complait amplement leurs envies de viandes grasses mais ô combien délicieuses.

Le capricorne eut à peine le temps de poser ses sacs de provisions qu'il trimbalait sur la table de la cuisine du quatrième temple avant que l'italien ne se jette sur lui pour l'embrasser fougueusement.

"-Tu m'as manqué!"

Deux semaines qu'ils ne s'étaient pas vu car Athéna n'avait qu'à moitié pardonné leur petite escapade le soir de l'exposition. Deathmask s'était retrouvé à être le seul de garde pour les douzes maisons tandis que l'espagnol avait été envoyé retrouver un apprenti en fuite. Mais enfin ils pouvaient se retrouver tous les deux maintenant que les punitions s'achevaient.

Quelque chose cependant attira le regard de l'hispanique, un nouvel élément de décoration qui n'était pas là avant.

"-Tu n'as pas osé? Marmonna-t-il, incrédule, le visage encore à moitié enfoui dans le coup de l'autre."

Son amant dut se séparer de lui et suivre la direction de son regard pour comprendre de quoi il parlait.

"Ah ça! Je l'aime bien finalement, puis l'autre avait dit que ça représentait la puissance, ça me parle bien comme oeuvre."

Placé bien en évidence au bord d'une fenêtre, la pierre blanche et ocre de l'exposition, séparée de se son réfrigérateur.

"-Bordel…"