DISCLAIMER :

- L'univers et les personnages de Twilight appartiennent à S. Meyer

- Les OC sont à moi

-Avertissements (si il y a) en bas de page

-Traduction en bas de page

- Cette histoire n'a aucune prétention : c'est juste un divertissement

- Je ne suis pas historienne


Je suis vraiment navrée du retard, mais j'étais dans ma période d'examens et bien que j'aime Aro et Bella, les études avant tout !

Merci de votre soutien, et de vos mots.

Je suis un peu perplexe avec ce chapitre...j'ai essayé de le remanier à maintes reprises, mais il y a toujours quelque chose qui fait que je ne suis jamais pleinement satisfaite. Alors, j'abandonne juste en le postant tel quel, et en espérant qu'il ne soit pas trop un déception pour vous.

Bisous

Snow'


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Chapitre 8 :

Le Duc & sa nièce

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Bella ne pouvait s'empêcher de plisser doucement le nez de dégoût en se fixant dans le miroir de sa chambre. Amélia venait de terminer de la préparer. Elle avait vraiment l'impression d'être déguisée ou d'être une mauvaise contrefaçon de Marie-Antoinette.

Amélia avait été catégorique: les robes à l'anglaise et les Chemises à la Reine étaient proscrites pour ce genre de réception. Il fallait être élégante. Pour la première fois depuis son arrivée, Bella avait donc été obligé de porter une robe à la française.

Les robes à la française faisaient figure de tenue plus habillées à mesure que les toilettes à l'anglaise et à la polonaises s'étaient développées.

La robe à la française était généralement composée de deux parties : la jupe donc le bas, et le manteau, le haut. Elle se singularisait par un dos flottant animé par deux larges plis plats sur toute la longueur, du col au bas de la traîne. La jupe, coupée dans le même tissu que le manteau, était portée sur des paniers latéraux plus ou moins larges, qui élargissaient les hanches. Des systèmes articulés permettaient de relever les paniers afin de faciliter les évolutions. C'était donc sur les côtés que les volumes étaient répartis, de part et d'autre des hanches, l'avant de la silhouette restant plat. Les robes étaient taillées dans des étoffes précieuses, soies unies, brochées, bordées de fils d'or ou d'argent. Les compositions étaient généreusement garnies de ruchés, volants, froufrous animant la silhouette par leur mouvement. Les corsages, ajustés, découpaient un décolleté en carré, parfois dissimulé d'une gaze supposée couvrir la poitrine mais néanmoins assez transparent : c'était le fichu trompeur. Les manches s'arrêtaient à la hauteur du coude et étaient prolongées par plusieurs rangées de dentelles appelées « engageantes ».

Ainsi, contraintes par leurs corps baleinés et encombrées par leurs paniers, les femmes revêtues de ces atours étaient bien en peine pour se livrer à quelque autre activité que la conversation. Ce n'était sans doute pas la moindre fonction de la robe à la française que de souligner le rang de celle qui la portait, dont l'oisiveté était un titre de distinction.

Quoi qu'il en soit Bella n'avait rien d'une grande dame de la noblesse et cette robe semblait ridicule sur elle. En réalité non, ce n'était pas la robe le problème, c'était elle.

Elle soupira.

Bien sûr, ce serait mentir que de dire que la robe n'était pas belle. Elle était sublime. Elle était faite dans un tissu brillant, rappelant très brièvement le satin mais en beaucoup plus épais, d'une teinte argentée. Les broderies représentaient de jolies fleurs rouges, dont la couleur contrastait violemment avec l'argent de la robe. Les manches s'arrêtaient aux coudes, et étaient bien évidement décorées par de la dentelle précieuse. Le décolleté était, pour elle, affreusement indécent, mais elle pensait sans doute ça parce qu'elle n'avait pas l'habitude d'en mettre. Amélia avait donc glissé, entre le haut de la robe et les sous-vêtements, un fichu transparent. Mais Bella n'était pas entièrement satisfaite et à l'aise par rapport à ça. Elle avait juste l'impression que ça attirait encore plus le regard à cet endroit précis.

En parlant de cet endroit-là, elle pouvait à peine respirer. Le corset comprimait sa poitrine et son buste tout entier. Elle était certaine de faire un malaise avant le petit matin. Les paniers de la robe, quant à eux, étaient atrocement grands. Mais Amélia lui avait assuré qu'il y avait pire.

Sa coiffure avait été très soignée également, et défiait clairement les lois de la gravité. Ses cheveux tenaient en équilibre au dessus de sa tête. Seulement deux mèches, dans sa nuque, avaient été séparées du reste. Elles avaient été légèrement bouclées et tombaient à présent de chaque côtés de son cou.

Seules ses lèvres avaient été teinté de rouge, Bella ayant refusé catégoriquement toute autre forme de maquillage.

« Vous êtes très belle. » répéta la domestique pour la dixième fois.

Bella lui jeta un coup d'œil perplexe, « Permets-moi de mettre en doute ton honnêteté. »

« Je suis parfaitement sincère. »

« Alors, c'est ton goût que je remets en question. » Son attention revint à son reflet. Elle grimaça ouvertement, « Cette soirée promet d'être une catastrophe. Je vais sans doute m'humilier devant tous les Grands d'Italie. »

« Vous exagérez... »

« Vraiment ? » reprit Bella, un peu brutalement « Je sais si peu de choses de la bienséance, Amélia ! Je ne suis déjà pas très à l'aise en public à mon époque, alors au dix-huitième siècle ! Comment suis-je censée me comporter face à des aristocrates italiens, hum ? J'imagine que je ne vais pas les inviter à boire une bière ou leur claquer la bise pour leur dire bonjour ! »

« Je suis certaine qu'Aro va- »

La jeune femme la coupa brusquement, « Aro, parlons-en ! Comment dois-je me comporter avec les hommes, Amélia ? A mon époque, les hommes et les femmes sont égaux ! Que dois-je faire, hum ? Juste me tenir sagement à ses côtés et fermer ma bouche ? »

« C'est à peu près ça... »

Bella leva théâtralement les mains vers le ciel « Seigneur ! Des siècles de luttes pour en revenir à ça ! »

Amélia n'eut pas le temps de répondre, on frappa à la porte. Bella se retourna vers celle-ci juste à temps pour voir la domestique l'ouvrir. Amélia s'inclina brièvement et sortit. Aro rentra à sa place et Bella se retint de gémir de contrariété.

Quelle humiliation !

Elle cacha brièvement son visage dans ses mains pour ne pas voir sa réaction. Quand elle eut fini de faire son enfant, elle le trouva en train de la dévisager avec incrédulité. Néanmoins, il eut la politesse de la regarder directement dans les yeux, ne s'autorisant pas à laisser son regard traîner autre part.

« C'est...différent... » fut tout ce qu'il dit.

« Oh, allez, vous pouvez le dire : je suis absolument ridicule. »

« Je ne me permettrais jamais d'être aussi familier, Madame Cullen. » répondit-il avec douceur.

Il était beau, parfait comme à son habitude. C'en était presque énervant. Son habit était beige, aussi riche et élégant que ceux qu'il portait d'ordinaire. Ses longs cheveux noirs, légèrement ondulés, tombaient de chaque côté de son visage. Le collier des Volturi pendait toujours autour de son cou, à croire qu'il ne le quittait jamais vraiment. La seule chose qui différait de d'habitude était les différentes bagues autour de ses doigts fins. Il avait une main dans le dos, l'autre se refermait autour d'une canne en bois richement décorée.

Bella le fixait depuis si longtemps, qu'elle sursauta quand il fit un pas vers elle.

« Pourquoi faites-vous ça ? », demanda-t-elle de sa brusquerie habituelle. Il fronça les sourcils pour toute réponse, elle reprit « Pourquoi continuez-vous de m'appeler ''Madame Cullen'' ? »

« Eh bien, c'est votre nom... »

« Mon nom est Bella, en fait. »

« Suis-je autorisé à vous appeler ainsi ? » demanda-t-il poliment. Le sourire qu'il lui donna était étrange.

Théoriquement, vous l'avez déjà fait.

« Vous m'avez vue dans cette tenue et c'est vraiment très gênant : cela vous autorise à m'appeler par mon prénom. »

Un sourire espiègle illumina son visage et la damna par la même occasion, « '' Gênant '' n'est pas le terme approprié. »

« Quel est le bon terme alors ? »

« Surprenant. »

« J'avoue que c'est plutôt surprenant, en effet. A mon époque, il aurait fallu me payer pour que j'accepte de mettre ça. »

« Isabella- » commença-t-il, mais elle le coupa brutalement.

«Bella. »

La malice naquit au fond de son regard noir, et un autre sourire apparut sur ses lèvres, « Isabella, » reprit-il comme si elle n'avait rien dit. Elle trouva son insistance à la fois mignonne et énervante mais à la vérité, elle aimait la façon dont son nom glissait sur ses lèvres fines avec une telle élégance « Ce soir, vous vous appelez Victoria, vous avez 15 ans et vous êtes ma nièce. »

Elle hocha la tête, « Très bien. Très bien. Attendez, quoi ? »

Il s'avança un peu plus dans la pièce, l'ignorant superbement, « La femme que vous allez rencontrer, ce soir, s'appelle Virginia de Castiglione. Elle aime se faire passer pour ce qu'elle n'est sans doute pas. »

« C'est-à-dire ? »

« Une sorcière. »

« L'est-elle ? » demanda la jeune femme, perplexe.

Aro se retourna vers elle, ses yeux, rêveurs, étaient ailleurs « Non. Bien sûr que non. Néanmoins, je dois l'admettre, j'ai lu ses pensées et...je les ai trouvé...étranges... »

Il semblait très indécis sur ce qu'il prétendait, ce qui intrigua fortement Bella. Elle s'avança un peu vers lui, le bruit de ses talons était étouffé par le tapis, « Étranges comment? »

Ses yeux bruns croisèrent les siens, « Comme...quelqu'un qui a vécu des choses...qui ne sont pas encore arrivées... »

Le cœur de Bella bondit dans sa poitrine. « Vous voulez dire… »

« Je ne suis pas sûr » répondit immédiatement Aro en fronçant les sourcils, « Peut-être est-elle juste...dérangée. Je vous dis seulement ce que j'ai vu, et ce que j'en ai conclu surtout après...vous avoir rencontré. »

Bella ne pouvait pas le croire. Après des jours et des jours sans aucun résultat, voilà que les choses se précipitaient. Tout allait si vite, à présent. Et tout ceci, c'était grâce à lui. Son regard ne quitta jamais le sien. Elle ne savait pas comment le remercier, comment lui faire comprendre à quel point c'était important pour elle.

« Merci beaucoup » murmura-t-elle sincèrement.

Il sourit. Mais il semblait brusquement embarrassé pour une raison inconnue. « Ne me remerciez pas encore. J'ai quelque chose pour vous, mais je ne suis pas sûr que vous aimiez... » la main qu'il avait dans le dos depuis qu'il était entré apparut soudainement devant lui. Il tenait une boite rectangulaire décorée d'une matière rouge qui rappelait le velours.

Consternée, elle ne réagit pas dans un premier temps. La réalisation la frappa et son corps tout entier se crispa.

« Attendez...c'est pour moi ? »

Il acquiesça avec raideur, « C'est ce que je viens de dire...en effet... »

Bella déglutit difficilement, mal-à-l'aise face à ce présent inattendu. Son cerveau était anesthésié par la surprise, ne sachant comment interpréter ce geste, ni comment réagir. Heureusement pour eux, ses jambes prirent le relais et avancèrent lentement vers lui. Elle prit un soin particulier à faire attention de ne pas trébucher au risque de tomber directement dans ses bras, ce qui serait à la fois inconvenant et embarrassant.

C'est en arrivant à sa hauteur qu'elle remarqua pour la première fois qu'elle était bien plus petite que lui.

Des deux mains, elle se saisit avec une précaution exagérée de la boite. Ses doigts frôlèrent les siens. Des petits picotements traversèrent ses doigts, ses mains, et tout son corps, quand leurs peaux se rencontrèrent. Comme une petite décharge électrique. Ce n'était pas vraiment désagréable. Juste surprenant. Elle les mit sur le compte de sa peau froide car elle à la vérité, elle n'était pas prête à reconnaître ce qu'ils provoquèrent en elle.

Ce contact infime suffit néanmoins à colorer ses joues de honte et peut-être d'autre chose. Elle s'éloigna rapidement de lui, se dirigeant vers une petite table sur laquelle elle posa le présent.

Elle leva une dernière fois les yeux vers lui, avant d'ouvrir la boite. Là, sa respiration se figea.

Ce devait être une plaisanterie.

Non, attendez, c'était un cauchemar.

Ce collier...ce collier était le même que celui que les Volturi lui avaient envoyé comme cadeau de mariage. C'est exactement pierre pour pierre le même ras de cou. Bella devint livide. Elle n'osait pas le regarder.

Comment était-ce possible ?

Un affreux doute l'envahit soudainement.

Et si tout ce qui se passait à cet instant était déjà arrivé ?

La probabilité qu'elle reçoive le même collier à deux époques différentes était trop mince pour que ce soit une simple coïncidence.

Puis elle se rappela. Ce sentiment de familiarité avec la ville, avec l'Italie avec...lui.

Elle n'osait toujours pas le regarder.

Mon Dieu, c'est impossible.

Avait-elle déjà vécu ce qu'elle était en train de vivre à cet instant?

Et lui ?

Lui...il savait qu'elle viendrait...c'est pour cela qu'il lui avait envoyé ce collier au XXIe siècle, parce qu'il lui avait déjà offert il y a trois-cent ans.

Alors, le Aro du XXIe savait comment cette histoire allait se terminer.

Non, c'était trop gros. C'était impossible.

N'est-ce pas ?

Épouvantée par ses réflexions, elle sursauta quand il parla.

« Il ne vous plaît pas ? »

Elle leva les yeux vers lui, trouvant son visage légèrement assombri par un froncement de sourcils.

« Si ! » répondit-elle rapidement, « Si, bien sûr. Il est...magnifique. Je ne suis juste pas très...attirée par les bijoux. »

« Sa couleur correspond aux broderies de votre robe » déclara-t-il gentiment en faisant un geste vers ladite robe « Et à vos joues, aussi. » ajouta-t-il avec un sourire moqueur. Elle rougit affreusement, confirmant ses dires, bien malgré elle. « Voulez-vous que je vous aide à le mettre ? »

« Non ! » s'empressa-t-elle de dire, d'un ton plus brusque que voulu. « Je veux dire, non merci. Je vais le faire »

Il ne répondit rien, mais semblait légèrement amusé par sa réaction. Elle sortit le collier de sa protection de velours et le mit à son cou avec le plus grand soin.

Quand elle eut fini de l'accrocher, elle se retourna vers lui. Elle le trouva entrain de la fixer. Il ne semblait pas la voir, cependant. Il était juste rêveur.

« Il vous sied. » déclara-t-il d'un air légèrement détaché.

« Y allons-nous? » demanda-t-elle, embarrassée.

« Certainement. »

Le chemin jusqu'à la voiture se fit en silence premièrement. Les couloirs étaient vides. Ils semblaient seuls. Leurs pas résonnaient bruyamment dans tout le couloir. Bella regardait ses pieds.

Elle était toujours troublée, hantée par les pensées qu'elle avait eu plus tôt. Elle espérait de tout son cœur se tromper. Mais la coïncidence était trop grande.

Il la sortit de ses pensées pour la première fois.

« Êtes-vous au point sur les différents types de rangs de l'aristocratie ? »

Elle cligna plusieurs fois des paupières avant de relever la tête vers Aro. Il regardait droit devant lui, « Pardon ? Heu...c'est-à-dire que... »

« Je vois » la coupa-t-il, « Il y a d'abord le duc, qui est le rang le plus élevé de l'aristocratie après, bien évidement, les princes de sang. Ensuite, vient le comte. Nous trouvons ensuite les marquis et les vicomtes qui ont, environ, la même importance. »

Elle hocha lentement la tête « Heu...d'accord...? »

« Ce soir, vous ne ferez des révérences qu'aux ducs et aux duchesses. » expliqua-t-il patiemment.

« Pourquoi ? »

« Parce que je suis Duc et que vous êtes ma nièce. Les comtes, les marquis et les vicomtes vous sont bien inférieurs. En revanche, les ducs et les duchesses sont au dessus de vous. Il faut donc leur faire une révérence pour signe de respect. »

« Et d'infériorité » ajouta-t-elle avec irritation.

« Oui, en quelque sorte.»

« Seigneur, c'est tellement archaïque. »

« Juger inutilement ce que vous ne comprenez pas n'est pas forcément un signe d'intelligence »

« Est-ce que vous venez de me traiter d'idiote ? »

« Ce n'est pas ce que j'ai dit, vous n'écoutez pas quand on vous parle.»

La vieille porte en bois qui les séparait de la place de Volterra apparut dans leur champ de vision. Elle était ouverte, Demetri les attendait à l'entrée.

« Comment vous appelez-vous ? » demanda-t-il, une dernière fois.

« Victoria, j'ai 15 ans et je suis votre nièce. Que dois-je répondre si on me questionne sur ma présence ici ? »

« Personne ne vous posera cette question. Tout le monde va penser que vous êtes ici pour trouver un mari. »

« J'ai déjà un mari. », répondit-elle un peu brutalement. Mais Bella était assez lucide pour remarquer qu'elle se le rappelait surtout à elle-même.

« A ce propos, vous devez retirer votre alliance. »

Elle soupira d'agacement, tirant la bague de son doigt et lui tendant. Il s'en saisit et la fourra dans la poche de sa veste. Ils s'arrêtèrent au milieu du couloir en voyant Demetri arriver à leur rencontre.

« Ai-je vraiment le physique d'une adolescente de 15 ans ? » demanda-t-elle, perplexe, en se retournant vers Aro.

« Eh bien… vous n'êtes certes pas aussi petite que ma sœur, mais vous n'êtes pas très grande... » Elle lui offrit son regard le plus noir pour toute réponse « Était-ce...misogyne ? » demanda-t-il, incertain.

« J'aimerais que ça le soit pour trouver une raison de me venger de vous. »

« Pourquoi voudriez-vous vous venger de moi ? Je suis une crème. »

« Vous m'avez forcée à mettre cette robe »

« Elle vous va si bien… Vous êtes ravissante. »

Bella lutta de toutes ses forces contre ses mots doux et la chaleur qu'ils firent naître dans son cœur.

« Vous êtes exaspérant, Aro. »

« Et vous êtes impertinente. Votre couverture va voler en éclat si vous continuez à faire savoir votre opinion à haute voix. Tenez donc votre langue, petite fille. »

Petite fille

C'était assez insultant.

Elle leva fièrement la tête avant de se détourner de lui. Elle était presque à la porte en bois lorsqu'il l'appela de nouveau.

« Vous oubliez quelque chose. »

Elle se retourna vers lui en soupirant d'exaspération. Demetri venait de mettre une cape sur les épaules de son maître. Ce dernier en tenait une autre dans la main. Une cape rouge. Il avait ce petit sourire suffisant qui était à la fois exaspérant et adorable. Elle en soupira, faisant le chemin inverse.

Aro l'aida aimablement à enfiler sa cape. Il semblait toujours affreusement amusé par la situation. Quand il eut terminé d'ajuster le manteau autour d'elle, Bella se précipita à l'extérieur sans lui accorder un mot, ni un regard. Demetri l'aida à monter dans la voiture. Quelques instants plus tard, Aro s'asseyait en face d'elle en silence. Le cocher donna un coup de fouet aux chevaux. Avant que Bella ne le comprenne, le carrosse sortait déjà de la ville.

C'est un silence étrangement familier qui régna durant plusieurs minutes. Mais leurs conversations et leurs confrontations débutaient toujours par un silence pesant.

Pas un mot ne fut échangé pendant les dix premières minutes de leur voyage.

Quand, après plusieurs regard insistants à son compagnon, Bella ne put s'empêcher de demander.

« Alors, vous êtes le fameux Duc de Volterra dont tout le monde parle. »

Il avait été là, à regarder par la fenêtre jusqu'à présent. Il tourna la tête vers elle après qu'elle ait parlé.

« En fait, Marcus, Caius et moi sommes tous les trois le Duc de Volterra. Nous alternons ce rôle d'un siècle à l'autre. »

« Pour ne pas que les habitants de Volterra se posent des questions sur leur Duc centenaire, j'imagine. »

Aro retourna la tête vers la vitre. La conversation ne semblait pas vraiment l'intéresser, « Surtout parce que le rôle de Duc implique de répondre aux invitations de nobles oisifs et stupides, qui ne savent rien faire à part me faire perdre mon temps. »

Bella le regarda fixement. Elle ne put s'empêcher d'admirer la régularité de ses traits. Elle avait une envie folle de toucher sa peau, tant elle était belle. Et ses cheveux. Non, elle voulait plutôt passer une main dans ses cheveux sombres.

Elle se pinça les lèvres, consternée par ses propres pensées.

Putain de perfection vampirique de merde.

Elle détourna les yeux en inspirant profondément, tentant de ressaisir.

L'air du carrosse était monopolisé par son odeur.

Ce voyage promettait d'être une véritable torture.

oOo

Florence, au XVIIIe siècle, n'avait rien à voir avec celle du XVIe voire du XXIe siècle. La misère était à chaque coin de rue. Des rues, d'ailleurs, d'une saleté et d'une puanteur insoutenable. Tellement insoutenable que Bella en eut la nausée. Aro lui tendit gentiment un mouchoir pour couvrir son nez.

Cependant, elle devait admettre que l'endroit dans lequel se déroulait la réception était...à couper le souffle. Mille lanternes éclairaient la demeure et les jardins. La luminosité était comme en plein jour. Des colonnes, style époque romaine, ornaient la façade du château, rendant le lieu encore plus mythique.

C'était tellement beau que Bella loupa la marche pour descendre de la calèche. Elle se rattrapa cependant à temps, lissant les plis de sa jupe tout en détaillant avec admiration le décors féerique qui l'entourait.

«C'est putain de beau »

Cette remarque lui avait échappé bien malgré elle. Elle détestait quand sa bouche était plus rapide que son cerveau. Elle se pinça les lèvres quand Aro apparut à ses côtés, aussi silencieux qu'un fantôme, tout en lui jetant un bref coup d'œil.

« Enfin, je voulais dire que- »

« J'ai parfaitement compris ce que vous vouliez dire, Victoria. »

Il lui offrit son bras en silence. Bella le regarda quelques instants, son nez se plissant de suspicion. Elle céda dans un soupir, glissant sa petite main au creux de son bras. Ils avancèrent comme un vers la prestigieuse demeure. Des gens, fort élégants, rentraient en masse dans le bâtiment. Certaines personnes les dévisageaient ouvertement, ce qui mettait Bella profondément mal à l'aise. Après un énième regard d'une énième personne, elle soupira ouvertement, ne pouvant se retenir plus longtemps.

« Les gens n'arrêtent pas de vous regarder », souffla-t-elle discrètement, exaspérée.

« Ce n'est pas moi qu'ils regardent. »

Super !

L'intérieur du château était tout aussi beau que l'extérieur voire plus encore. La réception se déroulait sur tout le rez-de-chaussée. Il n'y avait pas un salon, mais quatre. Le premier était un coin de discussion où les dames se retrouvaient pour parler de leurs vies. Le deuxième était consacré à la danse. Bella se jura de fuir cette pièce comme la peste. Le troisième salon était consacré au jeu. Des jeux d'argent, principalement. Le buffet était dans la quatrième pièce. Il y avait tant de monde. Bella se demandait comment Aro pouvait rester si près de tous ces humains sans perdre la raison. Mais en lui jetant un coup d'œil, elle remarqua qu'il semblait extrêmement serein.

Ils furent annoncés par un valet comme étant « Le Duc de Volterra et sa nièce, Victoria. »

La prise qu'avait Bella autour du bras d'Aro se resserra considérablement à mesure qu'ils s'engageaient dans le premier salon.

Elle était clairement paniquée.

Comment pouvait-elle faire semblant devant tant de personnes ?

Elle était une gazelle jetée dans la fosse aux lions.

Ils allaient la dévorer.

Je vous en prie, je vous en prie, ne m'abandonnez pas au milieu de ces requins affamés, priait-elle doucement.

« La voyez-vous ? » demanda-t-elle doucement, espérant que sa voix ne trahisse pas sa panique.

Elle le vit secouer la tête. Ses yeux sombres balayaient frénétiquement la pièce à la recherche de la femme qu'ils cherchaient.

Soudain, une voix hystérique les sortit brusquement de leur petit monde

« Aro ! »

Bella entendit ce dernier soupirer discrètement.

Elle aperçut une femme se détacher de la foule et venir vers eux, visiblement ravie de les voir...ou de le voir, plutôt. Elle avait environ la quarantaine. Son visage était amical. Bella fut rassurée un instant. Cependant, la mine dépité qu'affichait son compagnon d'infortune fit progressivement mourir ses espoirs.

La femme arriva à leur hauteur en souriant, « Comme il est bon de vous voir. Je ne m'attendais pas à vous trouver ici. Et vous n'êtes pas seul, en plus » elle tourna son regard bleu vers Bella, « Votre nièce est ravissante. Pourquoi la cacher plus longtemps ! »

« Victoria, » murmura Aro en se retournant vers sa nièce, « La duchesse Angélica Facchinetti »

La façon qu'il avait d'ignorer superbement les compliments de la duchesse était si comique que Bella eut du mal à garder son sérieux.

Néanmoins, elle fit sa révérence et répondit de la voix la plus douce et innocente qu'elle put « Madame, c'est un plaisir de vous rencontrer. »

Angélica semblait absolument ravie, « Oh, elle est vraiment charmante ! » s'écria-t-elle assez fort pour que tout le monde entende, « Pourquoi n'ai-je jamais entendu parler d'un tel trésor ? », son regard accusateur se porta de nouveau sur Aro.

« Victoria est la seule enfant de mon défunt frère » assura-t-il avec confiance, « Elle a été envoyé dans un couvent en Angleterre pour parfaire son éducation. Elle est de retour en Italie depuis peu. »

Bella était consternée et terrifiée par la façon dont les mensonges glissaient sur ses lèvres fines avec une telle facilité. Qui aurait pu croire, avec le ton qu'il employait, qu'il mentait. Elle en resta figée d'effroi.

Tous les autres pouvaient bien faire semblant, ils étaient des amateurs, c'était lui le maître de la manipulation.

« Oh ! » s'écria la Duchesse, impressionnée, « Alors, ma chérie, comment trouvez-vous l'Italie ? Est-ce qu'elle vous a manqué, pendant ces années d'exil forcé ? »

Bella la regarda un instant, horrifiée, ne sachant quoi répondre. Son cerveau cherchait désespérément une issue, une réponse. Finalement, elle décida de ne pas tout à fait mentir, « Le climat, surtout, m'a manqué. Je déteste la pluie et le froid. »

Elle faisait référence à Forks, bien sûr. Mais personne ne pouvait le deviner.

Angélica rit ouvertement à sa réponse.

« Oui, on dit qu'il pleut souvent en Angleterre ! » se moqua-t-elle, « Eh bien, Aro, vous ne boudez plus ce genre de réceptions ? »

« A la vérité, Madame, » commença-t-il froidement « cela fait parti de l'éducation de ma nièce. Son apprentissage religieux est terminé. Maintenant, elle doit apprendre à se comporter en société. »

« Quel chance d'avoir un oncle si prévoyant. N'est-ce pas ma chérie ? » Bella acquiesça d'un signe de tête, pour toute réponse. « Allons, Aro, vous pouvez me la confier, j'en prendrai soin comme la prunelle de mes yeux. Tant de gens veulent connaître l'ange que vous avez amené. Vous ne pouvez pas les priver d'un tel plaisir. De plus, cela lui fera un entraînement idéal ! »

La tête de Bella pivota violemment dans la direction d'Aro. Ses yeux paniqués rencontrèrent les siens. Ses petits doigts serraient son bras si fort qu'une personne normale en aurait très certainement souffert.

N'acceptez pas, disaient ses yeux, je vous en prie n'acceptez pas

« Je dois régler quelques affaires avec le Comte Cosenza » expliqua-t-il brièvement.

Mais elle savait qu'il mentait. Elle savait qu'il devait chercher la raison de leur venue : la Comtesse de Virginia de Castiglione. Elle ne pouvait pas s'empêcher de pleurer intérieurement.

Je vous en prie, ne faites pas ça !

« Alors parfait ! C'est décidé ! » ria joyeusement Angélica. « Dites bonsoir à votre oncle ma chérie, et venez avec moi. » reprit-elle en tendant la main vers Bella.

Cette dernière déglutit difficilement, se retournant lentement vers Aro.

« Soyez sage, Victoria » dit-il doucement en se penchant vers elle. Il vint l'embrasser sur la joue, geste faussement familier, qui lui fit mal au cœur tant il était douloureusement doux. Ses lèvres étaient si froides contre sa peau. Les paupières de Bella devinrent lourdes. Elle dut lutter pour garder les yeux ouverts. Encore ces picotements. Le baiser dura moins de deux secondes mais il lui paraissait éternel. Ses lèvres laissèrent une douce fraîcheur sur sa joue. Une fraîcheur bienvenue. Il trouva le temps de lui glisser discrètement à l'oreille « Ne vous inquiétez pas, je reviens. »

Avant qu'elle ne comprenne ses mots, la duchesse lui agrippait le bras et la traînait loin de son protecteur.

Ainsi commença son calvaire. Discuter avec Jane était presque plus plaisant. Angélica insista pour lui présenter toutes ses amies, qui étaient toutes d'un ennui mortel. Pendant presque une heure, elle dut faire semblant de s'intéresser à leurs petits problèmes insignifiants de nobles, qui ne savaient visiblement rien de la vraie angoisse.

Cette robe était une torture et n'arrangeait donc rien. Plus d'une fois, Bella balaya la pièce du regard à la recherche d'Aro. Mais il n'était nulle part. Elle se promit de lui faire payer. Il l'avait abandonnée, livrée littéralement aux harpies.

C'est donc au bout de ces soixante minutes insupportables qu'elle se décida à se lever de son siège.

« Je vous prie de m'excuser. » dit-elle doucement aux dames présentes, « Je vais rejoindre mon oncle. »

« Oh, vous n'y pensez pas ! » s'écria Angélica

« Vous préférez vraiment la compagnie d'Aro à la nôtre ? » demanda l'une de ses amies « Il est d'un tel ennui. ». Certaines femmes acquiescèrent en riant bêtement.

En fait, n'importe quelle autre compagnie serait plus agréable que la vôtre, pensa-t-elle amèrement.

Bella ne s'autorisa pas à lâcher une telle bombe cependant, au risque de déclencher la Première Guerre mondiale avant l'heure et se contenta de sourire aimablement.

« Il m'a promis une danse et j'avoue avoir envie de m'y essayer. »

« Oh, je vois ! Revenez nous voir après » lança la duchesse avant de reprendre la conversation là où elle avait été arrêté.

Compte là-dessus !

Bella se détourna. Elle s'arrêta au niveau de la cheminée du salon, regardant autour d'elle, cherchant le visage familier qu'elle espérait voir revenir vers elle depuis près d'une heure. Elle soupira. Il n'était pas là. Sûrement dans l'un des trois autres salons. Elle était sur le point de quitter la pièce quand un homme apparut devant elle.

Il était différent des autres nobles présents ce soir. Sa figure semblait plus sincère et amicale. Ses cheveux blonds étaient attachés derrière son crâne par un ruban noir. Ses vêtements paraissaient presque aussi coûteux que ceux d'Aro, étaient-ils au moins tout aussi élégants que les siens. Le sourire était sur ses lèvres, révélant des dents blanches et alignées, étonnamment soignées pour l'époque. Ses yeux riaient du monde entier. Il tenait un verre de vin dans la main droite.

« Bonsoir » salua-t-il aimablement en arrivant près d'elle. Elle sut qu'il n'était pas italien, mais ne reconnut pas son accent tant il était léger, « Vous êtes la fameuse Victoria. On ne parle que de vous. »

« Heu...Bonsoir... » répondit Bella, prise de court, « J'espère sincèrement que ce que vous dites est faux »

Il rit doucement, « Malheureusement, c'est vrai. Les femmes sont absolument jalouses de vous. »

« Pourquoi le seraient-elles ? »

« Votre robe » répondit-il en montrant la fameuse robe du menton, « Elles sont jalouses de votre robe. Elle vient de Paris ? »

« La robe ? »

« Oui, la robe. » il sourit comme si elle n'était qu'une petite enfant.

« Heu...oui. » elle n'en avait aucune idée en réalité.

« Vous cherchez votre oncle, j'imagine. »

« En effet...l'avez-vous vu? »

« Oui, il m'a bousculé tout à l'heure. » répondit-il, en riant doucement « Il ne s'est pas excusé. »

« Excusez-moi...qui êtes vous ? »

« Oh ! » s'exclama l'homme « Je suis vraiment confus. Je fais les choses à l'envers. » Il fit une profonde révérence, d'une façon comique « Je m'appelle François, marquis de Belmont. » Bella lui sourit pour toute réponse. Il se redressa correctement, « Comment était-ce ? L'Angleterre ? »

« Ennuyeux et froid. »

« Oui, j'imagine. Vous dansez ? »

Non, absolument pas.

Elle rougit affreusement d'embarras, « Heu...en fait... »

Bella se tut brusquement, l'apercevant enfin. Elle croisa son regard noir furieux. Il s'approchait d'eux à grands pas, visiblement hors de lui. Bella se demandait si elle avait fait quelque chose de mal. Peut-être s'était-elle mal comportée avec le petit marquis. Puis elle remarqua enfin que ce n'était pas envers elle qu'était dirigée cette colère. Elle tourna son regard paniqué vers Belmont, prête à dire quelque chose pour le prévenir de la tempête qui allait se déchaîner sur lui. Mais trop tard, la voix froide d'Aro tonna dangereusement derrière l'homme.

« François...toujours en vie... », il apparut aux côtés de Bella en fusillant le marquis du regard.

« Aro, toujours aussi rabat-joie. »

Bella fut sidérée par le courage de l'homme...ou par sa bêtise. Il leva le verre qu'il tenait en main depuis tout à l'heure, et but doucement son vin en regardant Aro. Ses yeux bleus riaient de lui. « Je faisais connaissance avec votre nièce. C'est une vision, elle est charmante. »

« En effet » cracha Aro, « Elle l'est. »

«J'étais sur le point de l'inviter à danser, justement »

Bella ouvrit la bouche, pour se défendre mais elle fut une nouvelle fois coupée par la voix froide du roi des vampires.

« Il se trouve que c'est à moi qu'elle a promis sa première danse. Voulez-vous nous excuser ? »

François leur sourit pour toute réponse, « Bien sûr. » son regard doux glissa sur elle une dernière fois, « Mademoiselle... » salua-t-il doucement avant de se détourner.

Aro soupira, exaspéré. Il la saisit par le bras et l'entraîna dans le deuxième salon. Elle courait presque pour suivre sa cadence.

« Ne parlez plus jamais à cet homme » ordonna-t-il froidement.

« Pourquoi ça ? »

Il s'arrêta enfin près d'une fenêtre. Ils étaient légèrement à l'écart des autres, « C'est un libertin. N'avez-vous pas vu la façon dont il vous regardait ? »

« Parce que vous l'avez vu, vous ? Il vous tournait le dos. » fit-elle remarquer.

« Isabella- » gronda-t-il doucement.

« Victoria » rectifia-t-elle, « Vous ne le croirez peut-être pas, mais je le trouvais plutôt sympathique. »

« Évidemment qu'il est sympathique. C'est un français. Les français sont tous sympathiques, puis ils vous la mettent à l'envers quand vous avez le dos tourné. »

Elle resta sans voix, choquée. C'était la première fois qu'elle l'entendait dire quelque chose de grossier. Il semblait trop sophistiqué et poli pour parler d'une telle façon. Ce n'était sûrement pas naturel chez lui.

« Wow. » lâcha-t-elle, impressionnée « Il y a du vécu dans ce que vous dites, je me trompe ? »

« C'est une histoire vraiment tragique que je vous raconterais si vous êtes sage. » répondit-il avec une ironie à peine dissimulée.

« J'espère sincèrement que vous ne comptez pas me faire danser. »

« Non. Je ne danse pas. »

« Vous ne savez pas danser? » taquina-t-elle.

« Je sais danser. Mais vous ne savez pas danser. Voilà pourquoi je ne danse pas. Vous allez nous humilier. »

« Vous êtes d'une telle délicatesse, Aro. Merci. »

Il lui offrit son regard le plus sévère, « Promettez que vous n'approcherez plus François. »

Bella soupira doucement, « Je pense qu'il a très bien vu que je n'étais pas réceptive à ses avances. »

Aro secoua la tête, résigné, « Vous pensez vraiment qu'il se soucie de la façon dont vous répondez ou non à ses avances, Isabella ? Je ne sais pas comment cela se passe dans votre siècle mais dans celui-ci, les hommes se fichent des conséquences. Ils veulent quelque chose, ils le prennent. Souvent au détriment des femmes, d'ailleurs. Maintenant, soyez une grande fille et promettez-moi de ne plus l'approcher. J'aimerais que Carlisle récupère sa belle-fille en un seul morceau. »

« Est-ce pour cela que vous m'aidez ? Pour Carlisle ? »

« Il était mon ami autrefois. » répondit-il doucement, ses yeux soudainement ailleurs, à une autre époque, dans une autre vie.

« Oui. Il l'était. Ça s'est mal terminé, d'après ce que j'ai compris. »

Elle ne savait pas pourquoi elle était en colère contre lui. Mais elle l'était. Une rage folle était née dans son cœur. Et sa dernière réponse avait été pour le blesser. Le regard meurtrier qu'il lui offrit prouva qu'elle avait atteint sa cible.

« Je peux savoir ce qui vous prend ? »

« Arrêtez de me parler comme si j'étais une enfant. Je comprends les choses. » cracha-t-elle doucement, pour ne pas attirer l'attention sur eux, « Je saisis les enjeux. »

« Je ne me soucie pas de ce que vous pensez. »

Ce fut pire qu'une claque.

Elle l'avait cherché.

Ravalant sa rancœur, Bella leva la tête vers lui.

Il était impossible à comprendre. A un moment il était absolument charmant, la seconde d'après il était méchant et blessant.

Elle s'apprêtait donc à répondre quelque chose de cinglant mais les yeux de l'homme la quittèrent brusquement.

« Elle est là. »

Bella suivit son regard. Elle vit une grande femme aux cheveux gris et à la robe noire se glisser dans un groupe de discussion.

« Allons-y » annonça Aro

« Attendez, » dit-elle rapidement, lui saisissant le bras pour l'empêcher d'avancer, « vous me sermonnez à propos de François et vous voulez maintenant rejoindre son petit groupe de discussion ? »

Aro se crispa sous son contact, fixant sa petite main, posée délicatement sur son bras. Il semblait se retenir de respirer. Son regard croisa le sien et elle se noya dans ses deux iris noirs. Il finit par détourner son attention d'elle, balayant du regard le salon et s'apercevant effectivement que François faisait parti de l'assemblée que Virginia de Castiglione venait de rejoindre.

« Je m'occupe du français. » finit-il par dire. Sa voix paraissait à la fois plus instable et plus profonde qu'à l'habitude. Il se racla la gorge.

« Est-ce censé me rassurer ? », demanda-t-elle, ne remarquant rien de son étrange attitude. Trop habituée, justement, à ses réactions exagérées et inhabituelles.

« Avez-vous besoin d'être rassurée, Isabella ? Je pensais que vous n'étiez plus une enfant. »

« Vous n'avez aucune idée de ce que c'est que d'être perdue dans un autre siècle. »

« Ma chère, ça fait plus de trois milles ans que je traverse tous les siècles.»

Elle resta sans voix, ne sachant quoi répondre à ça. Il lui prit le poignet avec une étrange douceur, glissant sa petite main au creux de son bras. Des picotements, encore. Bella se demandait si c'était seulement dans sa tête, ou s'il les ressentait aussi. S'il les ressentait, il n'en montrait jamais rien. Et elle ne se rappelait pas avoir senti de tels picotements quand il lui avait touché la joue, le jour de leur rencontre. Elle était sans doute trop impressionnée et stressée ce jour-là pour les remarquer. Ou peut-être était-ce seulement quelque chose de récent. Dans ce cas-là, leur apparition était encore plus inexplicable.

Aro la conduit vers le petit groupe en silence.

Ils étaient à quelques pas de l'assemblée quand la voix de François parvint jusqu'aux oreilles de Bella.

« Je suis convaincu que l'Amérique est l'avenir. Tenez, l'Indépendance Américaine est une véritable révolution dans notre monde. Ils sont en démocratie, à présent. Je trouve cela très précurseur. Saviez-vous que j'ai combattu aux côtés des américains, d'ailleurs ? Les anglais ont reçu une bonne leçon ! »

« Seigneur, François » soupira Aro en arrivant à ses côtés « Vous vous entendez ? »

Tout le groupe se retourna vers eux. Leurs yeux traînèrent davantage sur la petite femme agrippée au bras du Duc comme si sa vie en dépendait.

« Je vous trouve très étroit d'esprit, Aro. » répondit François avec arrogance « Et permettez-moi de vous dire que, pour un savant, vous avez les oreilles bien grandes. »

« Et vous, pour un âne, vous les avez bien petites. »

Quelques personnes gloussèrent dans l'assemblée. Bella elle-même tâcha de garder son sérieux. La mine qu'affichait le marquis était à mourir de rire.

« Est-ce pour vos idées républicaines que le roi de France vous a contraint à l'exil ou est-ce pour les liens étroits que vous entretenez avec Monsieur de Calonne ? » reprit Aro en douceur. « Pas que cela m'intéresse, évidement... » ajouta-t-il en voyant François prêt à répondre.

Aro se tourna vers Virginia de Castiglione, lui souriant aimablement, visiblement sur le point d'engager la conversation avec elle. Mais le marquis ne semblait pas avoir dit son dernier mot.

« En fait, vous êtes paniqué, Aro. Vous êtes effrayé par tout l'engouement que provoque l'Indépendance Américaine. Et je comprends votre peur du changement...vous faites parti du vieux monde, après tout. »

Le vampire soupira doucement, l'air exaspéré par la situation, « Dois-je vous rappeler que vous portez un titre de noblesse ? »

Bella regardait le marquis. Il semblait totalement inconscient du danger. Aro n'était certainement pas un homme avec qui on jouait.

« Est-ce qu'être noble me dispense de prendre part aux changements qui s'opèrent ? Il se trouve que le monde change. Vous allez devoir évoluer vous aussi, ou périr.»

« François, vous profitez ouvertement des avantages de votre rang, comme nous le faisons tous. Vous n'êtes pas différent de nous. Les rois passent, mais la royauté demeure. Il n'y a pas d'autres chemins que la royauté. »

« L'Indépendance Américaine- » reprit François, comme s'il n'avait que ces mots à la bouche.

« L'Indépendance Américaine est une malheureuse exception » l'interrompit Aro.

Quelques nobles hochèrent la tête, visiblement d'accord. Bella aurait tant voulu lui dire à quel point il se trompait. Mais il était un roi lui-même. Elle ne pouvait pas lui dire que toutes ses certitudes allaient être bousculées par la Révolution Française.

« Vous avez tort. » reprit le jeune français « Et j'ignore, Monsieur, si vous mourrez sur l'échafaud ou de la syphilis. »

Bella grimaça à l'insulte, jetant un bref coup d'œil à Aro pour voir sa réaction. Il semblait si calme, qu'elle en fut surprise. Il s'était mis en colère pour moins que ça, avec elle.

« Cela dépend, Monsieur, de si j'embrasse vos principes ou votre maîtresse. »

Le marquis arqua un sourcil dédaigneux qui n'échappa pas à Bella. Il allait répondre, mais une femme du groupe l'interrompit, montrant légèrement du doigt quelque chose derrière Bella et Aro.

« N'est-ce pas la petite comtesse de Liechtenstein, la petite bigote que vous aviez tenté de séduire la dernière fois, marquis ? Elle est d'une telle beauté ! »

Bella regarda brièvement par dessus son épaule pour apercevoir la fameuse comtesse. La dame en question était magnifique, un physique typiquement allemand, blonde, grande aux yeux bleus. Seize ou dix-sept ans, pas plus. Bella comprit à ce moment qu'Aro avait dit vrai à propos du marquis. Elle n'en était pas vraiment fâchée. Juste exaspérée de voir à quel point les femmes étaient exhibées comme des trophées.

Elle se retourna vers le groupe et vit cette lueur arrogante dans les yeux du marquis, alors qu'il dévisageait la petite comtesse.

Bella en fut d'autant plus exaspérée, ses lèvres s'ouvrirent sans son autorisation et lâchèrent quelque chose comme « Les femmes préfèrent être belles plutôt qu'intelligentes parce que, chez les hommes, il y a plus d'idiots que d'aveugles. »

Du coin de l'œil elle vit Aro tourner la tête brusquement vers elle. Elle ne sut déchiffrer son expression parce que la seconde d'après, il ne la regardait plus. Elle avait toujours les yeux parfaitement ancrés dans ceux du marquis, qui lui offrit un sourire amusé mais ne répondit rien.

La femme qui avait parlé tout à l'heure pour désigner la petite comtesse, reprit : « Avez-vous eu du succès, marquis ? »

Le concerné inclina doucement la tête, « Moi, les femmes m'ont toujours réussi. »

« Sauf Madame votre Mère » répondit froidement Aro.

Cette fois, Bella s'autorisa à afficher un sourire moqueur. D'autres rirent. Un rictus tordit la bouche du marquis. Il ne répondit rien. Aro avait gagné la bataille de virilité, apparemment.

Aro se retourna vers Virginia de Castiglione qui souriait aimablement

« Madame, puis-je vous parler à présent ? »

Le sourire de la comtesse s'élargit, « Cher Duc, nos discussion sont toujours si agréables. »


AVERTISSEMENT(S) : Aucun.


J'ai pu dire, au premier chapitre, qu'il y aurait 15 chapitres. Il y en aura en réalité 16, et peut-être même 17 (toujours en comptant l'épilogue).