BONNE ANNÉE

Alors. Je ne vous ai pas oublié. Mais j'ai eu beaucoup de problèmes personnels depuis juillet et c'est loin d'être fini...Bref, je suis pas là pour me faire plaindre. Je suis sincèrement désolée de cette absence. Pour me faire pardonner, un chapitre de 10 000 mots (sachez donc que la relecture a été un ENFER et qu'il y aura donc très certainement des fautes qui piquent les yeux :3 ).


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Chapitre 10 :

Mon amour, crois-tu qu'on s'aime ?

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Son comportement étrange depuis la réception de Florence commençait à attirer l'attention. Aro voyait Jane devenir de plus en plus inquiète et suspicieuse. Elle ne cessait de lui demander si tout allait bien.

Et tout allait bien.

Aro essayait juste de se persuader que rien n'avait changé, gardant le sourire de façade qu'il affichait depuis plus de trois milles ans. Mais le sourire de façade ne suffisait ni à Jane, ni à Marcus et encore moins à sa sœur. Caius quant à lui, était furieux. Furieux qu'Aro soit assez idiot pour aller seul à Rome aider cette '' stupide humaine''. C'était une chose très idiote à faire, en effet, surtout en sachant que la moitié du monde vampirique voulait le voir mort.

Mais voilà, il avait donné sa parole et ne pouvait décidément pas abandonner la belle-fille de Carlisle.

Ça, c'était la raison officielle.

Aro entra comme une furie dans le salon royal, qui n'était destiné qu'aux dirigeants. Il inspira profondément, tentant de se calmer. Mais il était très énervé contre lui-même. Il se dirigea vers la bibliothèque dans l'objectif de s'occuper l'esprit.

Il s'arrêta devant les étagères, perplexe. Ses yeux balayèrent les titres des livres. Il se détourna en marmonnant quelque chose d'incompréhensible.

Il était certain que Didyme savait.

Bien sûr qu'elle savait, il ne pouvait rien lui cacher, c'était sa sœur. Il posa ses mains sur une petite commode, tacha de se ressaisir mais échoua. En relevant les yeux, il croisa son reflet dans le miroir qui dominait la petite commode.

Mais le miroir ne renvoyait pas l'image d'un roi. Il renvoyait juste l'image d'un homme totalement dépassé par les événements.

Il voyait très bien pourquoi tout le monde avait peur de lui. Il était effrayant avec ses yeux rouges vitreux, son teint plus blanc que n'importe quel autre vampire, et ses longs cheveux noirs qui pendaient de chaque côté de son visage.

« Je peux savoir ce que tu fais ? »

Son regard de sang croisa celui de sa sœur dans le miroir.

Elle portait une jolie robe rose pâle, à l'anglaise, avec des rubans et de la dentelle par ici, et par là. Ses mains étaient sur ses hanches et ses sourcils froncés. Elle ressemblait trait pour trait à leur mère.

Dieu, elle va m'envoyer ranger ma chambre, pensa-t-il, amusé.

Il se retourna calmement vers elle, arquant un sourcil, « Pourquoi, je n'ai plus le droit de venir dans cette pièce ? »

« Tu es parti du conseil très rapidement. » constata-t-elle, toujours avec cet air sévère, « Tu es parti en claquant la porte. »

« Et alors ? Tu vas me gronder pour avoir fait trop de bruit ? » ironisa-t-il.

« Je devrais. C'était digne de Caius. »

« C'est sans doute la chose la plus insultante que tu ne m'aies jamais dite. »

« Pourquoi es-tu là ? »

« C'est encore chez moi à ce que je sache. »

Il se sentait vraiment bête. Mais à la vérité, il avait peur des mots qui pouvaient sortir de la bouche de sa sœur.

Elle resta immobile et silencieuse et il savait qu'elle réfléchissait.

Il ne devait pas la laisser réfléchir.

« Je cherche... quelque chose. »

« Quelque chose ? » demanda-t-elle.

« Oui... », son regard erra très brièvement sur la bibliothèque, « un...livre. »

« Un livre ? » répéta la reine en plissant le nez.

« Oui. Je l'ai... perdu... »

Où était passé son talent inné pour le mensonge, c'était un mystère. Didyme semblait prendre plaisir à le voir perdre ses moyens.

Il devait s'éloigner d'elle.

Il avisa la porte, derrière elle, en se disant qu'avec un peu de chance il pouvait contourner la situation en prétextant avoir oublié quelque chose dans la salle du conseil, mais il était déjà en train de prétendre avoir perdu un livre. Il se pinça les lèvres, furieux contre sa propre bêtise.

« Quel est le titre ? »

« De quoi ? »

« Du livre. »

Quelle peste. Pensa-t-il.

« J'ai...oublié. »

Au fond, il savait que c'était la pire chose à répondre.

« Tu n'oublies jamais rien » déclara Didyme, souriant à présent.

Au moins, elle à l'air de s'amuser de la situation.

« Je crois...Je veux dire, je suis sûr, que c'est un livre de... »

« Oui, de qui est le livre ?»

« Un livre de... » il jeta un coup d'œil désespéré à la bibliothèque, avisant un énorme livre. Le Contrat Social. «...Rousseau… ? »

« Rousseau ? » demanda-t-elle très brutalement, « Tu détestes Rousseau. Tu l'as traité plus d'une fois de chien galeux donneur de leçons. »

« Oui, eh bien, j'ai changé d'avis. » déclara-t-il en se précipitant vers la bibliothèque, il y extirpa le Contrat Social, et le montra Didyme « Tiens, le voilà. Ce n'était pas si compliqué. Merci de ton aide, je retourne dans mes appartements. »

Il allait sortir mais elle lui bloqua le chemin en se plaçant devant lui. Didyme lui arracha le livre des mains et se détourna vers les étagères. Elle rangea le livre à sa place.

« Tu es un idiot, tu le sais ? »

Aro se retourna vers sa sœur en soupirant, « Et toi, tu es la reine des emmerdeuses. »

Didyme lui jetant un regard faussement outré, plaçant une main contre son cœur mort,« C'était grossier. »

« C'était mérité. »

« Hum... » , elle reporta son attention sur les livres, détaillant les titres avec attention, « Comment va Bella ? »

« Qu'est-ce que j'en sais ? Tu es toujours collée à elle, tu devrais le savoir mieux que quiconque. »

Il regretta immédiatement la violence de son ton, clairement sur la défensive. Didyme lui jeta un coup d'œil amusé par dessus son épaule, avant de revenir à ses livres.

« Vous aviez l'air plutôt proche en revenant de Florence... »

Aro leva les yeux au ciel « Et ? »

« Et… Vous êtes sur le point de partir tous les deux à Rome... »

« Bon, ça suffit. Tu m'exaspère. »

« Ah ! Je l'ai trouvé ! » s'écria-t-elle en se saisissant d'un livre. Elle se détourna pour rejoindre son frère bien aimé qui la tuait littéralement de son regard noir. Elle lui tendit l'ouvrage, « Tu as toujours préféré Voltaire à Rousseau »

Il lui arracha le livre des mains, « Merci ! » répondit-il brutalement « Maintenant, si tu veux bien m'excuser, je vais me préparer afin d'aider ton amie à retourner dans son siècle »

Didyme lui agrippa fermement le bras pour l'empêcher de partir. Son frère lui jeta un regard exaspéré, mais son agacement s'envola en remarquant qu'il n'y avait plus aucune trace d'amusement sur le visage de sa petite sœur « Et si elle restait ? »

« Je te demande pardon ? »

« Marcus, Dora, toi et moi, nous l'aimons tous beaucoup. Elle pourrait rester, devenir l'une des nôtres. »

Le nez d'Aro se plissa dangereusement, « Tu as perdu la raison ? »

« Elle pourrait remplacer Daphné », lança-t-elle désespérément.

Aro dégagea brusquement son bras, reculant de quelques pas comme si son contact et ses paroles l'avaient brûlé.

« Tu ne peux pas être sérieuse. » sa voix était dangereusement basse.

Didyme fit un pas vers lui, « Marcus t'a montré le lien. Pourquoi restes-tu à l'écart ? Pourquoi l'aides-tu à repartir alors que tout ce que tu veux, c'est qu'elle reste ? »

« Je ne veux rien de tel. » reprit-il sèchement, « Et j'ai donné ma parole. »

« Au diable ta parole. Il s'agit de ton bonheur. »

« Il s'agit de son bonheur, Didyme. Elle veut retourner près de ses parents et de son mari. C'est compréhensible.»

« Le fils Cullen n'est pas son âme sœur et tu le sais. Il ne l'aime pas autant qu'il le prétend et elle ne l'aime pas autant qu'elle le prétend. Marcus voit leur lien mourir de jour en jour. Leur relation n'est pas assez solide pour supporter la distance, elle est vouée à l'échec. »

Aro regarda quelque chose derrière elle. Il resta silencieux pendant un moment, réfléchissant à ses dernières paroles. Didyme pensait avoir touché un bon point. Cependant, quand ses yeux recroisèrent les siens, elle déchanta rapidement.

« Une promesse est une promesse. »

Il s'apprêtait à partir mais elle le retint une fois de plus par le bras, l'obligeant à lui faire face de nouveau « Aro, tu ne peux pas renoncer à l'amour éternellement. Ta vie sera si malheureuse. Tu ne peux pas. »

« L'amour... » se moqua-t-il sombrement, « L'amour est un luxe pour les gens comme moi. Un luxe que je ne puis me permettre...C'est une faiblesse trop facile à exploiter. Une leçon que j'ai appris à me dépends, il y a bien longtemps. »

« Je m'en souviens. » assura Didyme d'un ton doux, « Mais Daphné n'est pas Bella et Bella n'est pas Daphné. Elles sont opposées, crois-moi. »

Aro soupira doucement. Il coinça le livre de Voltaire sous son bras afin de pouvoir prendre la petite main de sa sœur entre les siennes. Il vit qu'elle avait toutes les bonnes intentions du monde, comme d'habitude. Elle le voulait heureux, et il l'aimait pour ça. Mais il ne pouvait pas continuer de la laisser espérer une chose qui n'arriverait pas.

« Personne ne prendra la place de Daphné. » reprit-il doucement, elle s'apprêtait à répondre, mais il la coupa avant, « Tu sais, j'apprends de mes erreurs. J'aurais mis le monde à ses pieds. Je l'aimais. Alors je l'ai regardée me mentir droit dans les yeux, m'assurant qu'elle m'aimait. Je lui ai pardonné. Maintenant, elle est partie. Il n'y a plus de raisons de parler d'elle. Il n'y a pas de raison de vouloir la remplacer. Je suis bien comme je suis. »

« Mais, Bella- »

Il lâcha sa main pour encadrer son visage des siennes, « Isabella est une fille si douce. Si je fais ce que tu me demandes, pourras-tu la regarder dans les yeux et lui mentir ? Elle sera si malheureuse. Et moi aussi. L'Amour ne se construit pas dans le désespoir »

« Mais ! »

« Didyme, tu n'es pas quelqu'un d'égoïste. Tu ne peux pas vraiment penser que garder Isabella contre son gré serait une bonne idée...n'est-ce pas ? »

Le regard de sa sœur tomba lentement au sol.

« Je vais l'aider à repartir. » assura doucement Aro, « Car c'est ce qui est juste. »

Didyme soupira et Aro comprit qu'elle renonçait à ses folles idées. Il embrassa son front. Un geste tendre, qu'il ne s'autorisait jamais à faire en public.

« Je t'aime » dit-elle simplement.

Et il lui sourit, « Comme je t'aime. »

oOo

Bella tournait son alliance entre ses doigts, sans oser la mettre. Assise à la coiffeuse de sa chambre, elle avait été silencieuse depuis qu'elle était levée.

Elle n'osait pas se regarder dans le miroir. Son propre reflet lui était insupportable.

Elle se sentait incroyablement mal.

Elle avait trahi son mari, hier soir.

Elle l'avait trahi sans s'en rendre compte. Quand elle s'était réveillée en sueur, ce matin, elle avait su que toute sa vie allait changer. Plus rien ne serait comme avant. Elle avait su qu'elle était la pire personne au monde.

Bella avait rêvé de lui.

Elle posa brutalement son alliance sur la coiffeuse.

Elle aimait Edward.

Alors comment avait-elle pu rêver d'un autre homme ?

Le rêve en lui-même, était pourtant d'une innocence et d'une beauté utopique. Aucun geste indécent, aucune parole, rien que le silence et sa main dans la sienne. C'était beau. Mais ce n'était pas la main d'Edward qu'elle tenait.

Elle cacha son visage rouge de honte dans ses mains, « Je suis vraiment immonde.»

« Pourquoi dites-vous cela, Madame ? »

La voix d'Amélia la fit sursauter. Bella se retourna vers celle qui était devenue son amie.

« Amélia, je ne sais plus faire la différence entre le bien et le mal. Je ne suis pas sûre d'avoir le droit de ressentir ce que je ressens. »

Malgré le flou de ses paroles, Amélia semblait comprendre. Elle s'approcha lentement de Bella et posa une main amicale sur sa petite épaule.

« Madame, cela ne vous rend pas monstrueuse. »

« Je crois que si. Amélia, je suis mariée. » elle leva son visage mouillé vers la domestique, sa voix se brisa « Et...cela fait des jours que je n'ai pas pensé à mon mari. Pas une seule fois. Mes pensées étaient trop occupées par mes problèmes et maintenant voilà que je rêve de... » elle n'osa pas finir et secoua la tête de dépit, « Quelle femme immonde je suis... »

Amélia s'agenouilla devant sa petite maîtresse et lui prit les mains, « Je suis sûre que tout va s'arranger. Une fois que vous serez chez vous, tout rentrera dans l'ordre. »

« Le penses-tu ? »

« Bien sûr » répondit Amélia, avec conviction. La petite femme se releva en disant, « Je vais terminer vos valises, puis je viendrai vous aider à vous préparer. »

Bella essuya ses joues avec hâte, « Merci, Amélia. »

La domestique hocha doucement la tête, avant de se détourner. Mais elle reporta son attention sur sa maîtresse une dernière fois, « Vous savez, ma mère m'a dit un jour que l'homme le plus important dans la vie d'une femme n'était pas forcément le premier. C'est celui qui ne laissera pas les autres exister. »

Bella leva pour la première fois les yeux vers son reflet.

Les paroles d'Amélia semblaient trouver échos en elle.

Elle regarda désespérément son alliance en songeant à tout ce qu'elle allait perdre...et tout ce qu'elle avait déjà perdu.

oOo

« Êtes-vous déjà allée à Rome ? »

Sa voix riche et douce brisa le silence pour la première fois depuis leur départ de Volterra. Ils n'avaient pas parlé pendant la majorité du trajet, plongés respectivement dans les livres qu'ils avaient pris pour s'occuper.

Bella leva les yeux vers lui. Son regard rouge vitreux était rivé sur elle. Le livre qu'il avait emprunté à la bibliothèque de Volterra était sur ses genoux, une de ses jolies mains blanches reposait sur la couverture de l'ouvrage.

« Non...Je n'ai pas eu ce plaisir. » répondit-elle doucement.

« Pourtant, vous avez poussé votre voyage de noce jusqu'en Italie. Je pensais que Rome était la première ville à laquelle pensait les touristes... »

« Nous comptions passer une nuit à Rome. Mais...nous avons été empêchés » expliqua-t-elle maladroitement.

Aro pencha la tête sur le côté, « Une seule nuit ? »

« Eh bien...nous voulions pousser jusqu'à Pompéi. » expliqua-t-elle maladroitement

Un petit sourire naquit sur les lèvres du vampire, « Pompéi…comme c'est charmant. »

« Est-ce que ''charmant'' est vraiment le bon mot pour décrire cette ville ? »

« Je parlais de votre intention de vous y rendre. »

Elle rougit légèrement, rabaissant son visage vers l'ouvrage « Eh bien, j'aime l'Histoire et la littérature. Edward a pensé que...ça m'intéresserait... »

« Votre auteur préféré ? » demanda-t-il gentiment.

« J'aime Shakespeare. » dit-elle calmement en relevant la tête vers lui.

Il y avait dans ses yeux rouges un mélange de malice et de douceur, « Je ne l'aurais jamais deviné » répondit-il d'un ton léger, montrant légèrement du menton le livre qu'elle tenait entre ses mains. Hamlet. « J'imagine que votre livre préféré est Roméo et Juliette. »

Son ton était doux, mais moqueur. Et c'est cette dernière chose que Bella retenue.

« Vous savez, la plupart des filles de mon siècle ont été élevé avec l'histoire de la princesse qui épouse un prince qu'elle connaît à peine. » répondit-elle, « Mais nous ne sommes pas dupes. Nous savons toutes ce qui se cache derrière vos sourires charmeurs. »

« Je doute que vous sachiez ce qui se cache derrière les miens. »

« Je ne désespère pas de percer votre caractère, Monsieur le roi des vampires. »

Elle ne sut relever l'émotion qui passa dans ses yeux, l'espace d'une seconde, « Et peut-être y parviendrez-vous, à force de persévérance. »

« Je l'espère » répondit-elle sincèrement.

« Je ne voudrais pour rien au monde vous priver d'un tel plaisir »

Bella se mordilla brièvement la lèvre inférieure, tachant de calmer son petit coeur qui battait à se rompre dans sa poitrine. « J'aime Roméo et Juliette. » déclara-t-elle d'un ton qu'elle espérait plus sûr que ses sentiments, « Néanmoins je préfère Orgueil et Préjugés de Jane Austen. »

« Je ne pense pas avoir déjà lu ce livre »

« C'est tout à fait normal, il n'est pas encore paru. »

« Je le lirai alors, quand il sera publié » reprit-il en rouvrant son livre et en rabaissant les yeux sur celui-ci.

« Vous n'aimerez pas. C'est assez fleur bleue. »

« Et qui vous dit que je n'ai pas un côté fleur bleue ? » demanda-t-il sans lever les yeux vers elle.

Elle jeta un coup d'œil au livre qu'il lisait.

Le traité sur la Tolérance de Voltaire, en français.

Elle arqua un sourcil, amusée, « Eh bien, toutes les fois où je vous croise avec un livre à la main, il s'agit toujours d'un ouvrage philosophique ou scientifique. Vous êtes clairement un intellectuel. Et vous aimez faire admirer votre esprit. Vous l'avez prouvé, avec le marquis de Belmont, que vous avez fait sciemment passé pour idiot et inculte. »

Aro releva son visage vers elle « Être un ''intellectuel'' me dispense alors obligatoirement de tout sentimentalisme ? »

« Je n'ai pas dit ça. » reprit-elle rapidement, « J'ai dit que vous paraissiez davantage cultiver vos capacités intellectuelles que celles de votre cœur. Mais c'est un point de vue tout à fait extérieur et je ne prétends à aucun moment vous connaître, ou vous juger pour une chose dont je ne suis pas sûre. »

« J'aurais adoré vous donner tort, Madame Cullen. En outre, pour revenir à cet insignifiant petit marquis français, je n'ai pas eu à faire beaucoup d'efforts pour le faire passer pour un idiot et un inculte car il est réellement un idiot inculte. Je puis vous assurer, par ailleurs, que je ne lis pas que des ouvrages philosophiques ou scientifiques et qu'il m'arrive d'avoir des lectures plus légères. »

« Je ne voulais pas vous offenser. »

« Vous ne m'avez pas offensé. Vous avez tenté de percer mon caractère, et vous avez partiellement échoué. Mais nous sommes tous les deux bien placés, Madame Cullen, pour dire que les apparences sont souvent trompeuses. Roméo et Juliette est l'un de mes ouvrages préférés de Shakespeare même si je lui préfère Hamlet. »

Ils se fixèrent un temps sans rien dire. Un maigre sourire finit par naître sur les lèvres de Bella.

« Assurément, vous avez bon goût »

« Vous parlez de mes lectures ? » demanda-t-il doucement.

« De quoi pourrais-je parler d'autre ? »

« De tant de choses. »

Bella décida qu'il était urgent de changer de sujet, « Avez-vous rencontré des personnes célèbres durant votre longue existence ? »

Il arqua un sourcil avec élégance et elle le damna pour ça, « Des personnes célèbres ? »

« Oui, des rois, des reines, Jésus? »

« Quelques uns, j'imagine... » répondit-il, dubitatif par ce sujet de discussion.

Bella attendit qu'il donne des détails, mais il demeura silencieux.

« Eh bien ? » l'encouragea-t-elle.

« Eh bien quoi ? »

« Qui avez-vous rencontré ? »

Il referma son livre, levant légèrement les yeux au ciel alors qu'il réfléchissait. « Catherine II ... » commença-t-il lentement.

« Vraiment ? On dit qu'elle était très belle. »

« Belle... » songea Aro en la regardant avec amusement, « Qui vous a dit ça ? »

« Mon professeur d'histoire »

« Il vous a menti. » déclara-t-il simplement, avant d'ajouter après quelque secondes de silence « Belle ou hideuse… qu'importe, finalement. C'était une femme remarquablement intelligente et forte. Une femme de pouvoir. »

« On dirait que vous l'admirez... »

L'ombre d'un sourire naquit sur les lèvres du vieux vampire, « Elle a su conquérir le pouvoir avec une telle habilité...Elle était très ambitieuse. Et l'ambition est ce qui manque aux femmes de ce siècle. La plupart des femmes se contentent de leur condition. Là, est le vrai problème. »

« Comment peuvent-elles convoiter autre chose ? Elles sont élevées pour obéir aux hommes. Elles ne connaissent que la soumission. Les femmes de votre monde sont-elles plus ambitieuses, selon vous ? »

Un autre sourire en coin apparut sur les lèvres du roi

« Dangereusement ambitieuses...sans doute »

« Sont-elles plus dangereuses ou plus ambitieuses ? »

« Pour en avoir côtoyé, je dirai qu'elles sont davantage dangereuses. »

« Hum… la promesse d'une couronne éternelle peut mener à la folie. J'imagine. » songea-t-elle. « Et...Aucune d'entre elles n'a su attirer votre regard ?»

« Comme vous l'avez si bien dit, ce n'est pas mon regard qu'elles cherchaient. C'était la couronne. »

« Je croyais que l'ambition était ce qui manquait aux femmes. Et vous leur reprochez d'être ambitieuses ? »

« Elles n'étaient visiblement pas assez ambitieuses pour aller au bout des choses et conquérir le trône d'elles-mêmes. »

Bella l'observa attentivement. Son élégance et ses manières étaient désarmantes. Tout comme son esprit. Elle se sentait stupide autour de lui.

« Peut-être qu'elles ne voulaient pas le trône. » déclara-t-elle calmement, « Peut-être qu'elles voulaient votre cœur. »

Il lui sourit aimablement, « Aucunement, je vous l'assure. »

« Comment pouvez-vous en être si sûr ? »

« Je suis télépathe, Isabella. »

Un rire franc lui échappa en réponse « Qui d'autre ? »

« Pardon ? » demanda-t-il en fronçant les sourcils

« Qui d'autre avez-vous rencontré ? »

Il réfléchit quelques instants. « Marie-Thérèse d'Autriche... »

« La mère de Marie-Antoinette ? »

« L'une de ses plus grandes erreurs... » répondit-il en soupirant.

« Vous n'avez pas l'air de l'apprécier. » taquina-t-elle.

« Voyez-vous, il y a des femmes comme Catherine la Grande qui se battent pour conquérir le pouvoir. Et il y a des femmes comme Marie-Antoinette, qui gagnent le pouvoir par mariage et qui n'en sont pas dignes. »

« Est-ce là ce que vous lui reprochez ? »

« Non, bien sûr. Je lui reproche davantage sa stupidité. » déclara-t-il formellement en insistant bien sur le dernier mot.

Bella eut une exclamation choquée en réponse, « Aro ! »

Les yeux de l'homme brillaient d'un amusement à peine dissimulé, « J'ai rencontré George III pour votre gouverne... »

« Le fameux ! » s'enthousiasma brusquement Bella, « Il a perdu la guerre d'Amérique. »

« Sa plus belle œuvre… ou sa pire...selon le point de vue bien sûr. »

« J'imagine, oui.»

« Louis XV »

« Est-ce vrai qu'il est mort de la petite vérole ? »

Un rictus arrogant tordit les lèvres du roi, « Sachez, Madame, qu'il n'y a rien de petit chez les Grands. »

« Et vous savez très bien de quoi vous parlez, Monsieur. » rétorqua-t-elle immédiatement.

Ses lèvres fines étaient toujours relevées en un sourire contenu mais amusé tandis qu'il inclinait élégamment la tête pour toute réponse.

oOo

Rome était une ville superbe. Bella était tout de même aux anges et ce, même si elle n'avait pas le temps de jouer les touristes. La vue que lui offrait l'appartement qu'Aro avait loué pour leur séjour suffisait à attiser sa curiosité.

Ils avaient deux semaines pour éplucher tous les ouvrages de l'Index. Ce qui était clairement impossible sachant que la plupart des livres étaient en latin, et que seul Aro pouvait les traduire. La contribution de Bella était donc moindre, ce qui pouvait, potentiellement, leur faire perdre du temps.

Ils avaient mis en place une véritable organisation pour s'en sortir. C'était comme courir un marathon. Ils étaient à la bibliothèque dès 8h30 du matin, pour l'ouverture, et n'en ressortaient qu'à 19h30. Ils se séparaient deux fois dans la journée, le midi et le soir, pour manger. Aro ne se nourrissait qu'à la nuit tombée tandis que Bella devait sortir de la bibliothèque, le midi, pour aller chercher de la nourriture. Le soir, elle se faisait servir directement à l'appartement. Ils ne discutaient que de ce qui les préoccupait, ne s'autorisant aucun écart, ni aucune divagation pendant tout le temps qu'ils étaient à la bibliothèque.

Ils ne prenaient pas non plus le temps discuter le soir. La grande majorité du temps, Bella était couchée quand Aro rentrait de la chasse.

Trois jours après leur arrivée à Rome, les choses se gâtèrent un peu. Les religieux qui s'occupaient de la bibliothèque devenaient de plus en plus suspicieux à leur égard, et les surveillaient constamment. A cela, il fallait ajouter une baisse de moral, causé par le manque flagrant de résultats concrets.

Le jeudi après-midi fut le paroxysme de la dépression. Assis en face l'un de l'autre, toujours à la même table depuis quatre jours, ils avaient éparpillé une dizaine d'ouvrages devant eux. Aro le lisait toujours dans un silence mortel, tandis que Bella allait reposer les livres à leur place quand il avait terminé ou allait en chercher de nouveaux. La bibliothèque de Rome était immense, et la partie réservée à l'Index ne comprenait que sept rayons de celle-ci. Sept rayons bien remplis de livres interdits par l'Église Cet espace était à l'écart du reste de la bibliothèque, séparé par une grande de grille en fer. Il y avait tant de livres interdits que Bella se disait de plus en plus qu'ils n'y arriveraient pas et ce, même si Aro lisait très vite.

Aro soupira lourdement en refermant un énième livre.

« Rien non plus dans celui-ci. »

Bella se saisit de l'ouvrage et s'en alla le remettre à sa place en silence . Quand elle revint sur ses pas, il n'avait pas ouvert un nouveau livre et se contentait de fixer la table, le regard dans le vide.

Elle se rassit silencieusement en face de lui.

« Vous allez bien? » demanda-t-elle gentiment.

Il haussa lentement les épaules, « C'est épuisant...je veux dire, intellectuellement parlant. J'enregistre absolument tout ce que je lis et je vais m'en souvenir pour l'éternité à présent. »

Il avait l'air d'un enfant grognon à cet instant. Les lèvres de Bella s'étirèrent en un sourire moqueur.

« C'est absolument génial de tout enregistrer après une simple lecture »

« Sauf quand ce sont des choses inutiles. »

« J'imagine que vous pourrez toujours ressortir ces informations inutiles lors de dîners mondains, pour briller en société »

Il lui offrit un sourire malicieux, mais fatigué « Isabella, je ne participe pas à des dîners mondains. »

« Sauf quand il s'agit de manger les invités » reprit-elle en lui faisant un clin d'œil.

« Sauf dans ces cas-là » admit-il en douceur. Un autre soupir échappa au vampire. « J'imagine que je vais juste continuer de lire ces ouvrages scandaleux. » déclara-t-il mollement en jetant un coup d'oeil mauvais aux livres étalés sur la table.

« Le sont-il vraiment ? » demanda-t-elle « Scandaleux ? »

« J'aimerais bien. Ce serait tellement moins ennuyant »

« Je peux vous amener un ouvrage pornographique si vous voulez vous distraire. Je suis sûre qu'il y en a plein dans l'Index. »

Un petit rire échappa à l'homme, « C'est très aimable de votre part, mais je pense me contenter de ceux que vous avez apporté tout à l'heure. »

« Très bien. Pas de pornographie. Pas assez scandaleux pour vous, peut-être ? »

Aro lui lança un sourire espiègle, « Eh bien, j'imagine que c'est pour cette raison que vous n'avez pas eu accès à ma bibliothèque personnelle. Vous auriez très vite remarqué qu'il y a si peu de choses qui me scandalisent, dans la vie. »

Bella battit des paupières, ses joues se colorèrent malgré elle.

Il était très certainement en train de plaisanter. N'est-ce pas ? Était-ce vraiment important de toute façon ?

Elle leva les yeux vers lui en l'entendant glousser doucement.

Il se moquait d'elle !

« Cette conversation dérive... légèrement. »

« Je suis navré de vous avoir rendu mal-à-l'aise, ce n'était pas mon intention » déclara-t-il calmement, l'air pas désolé du tout.

« J'imagine que c'est déroutant de parler de ça avec vous...»

« '' Déroutant'' n'est pas le bon terme. »

« Quel est le bon terme ? »

« Je ne sais pas. » répondit-il en souriant, « Je ne suis pas un dictionnaire. »

En êtes-vous sûr ?

« Non, en effet, vous êtes un homme. »

Elle se leva brusquement et tourna les talons vers les rayons de l'Index sans attendre de réponse.

Ses yeux rouges la suivirent jusqu'à ce qu'elle disparaisse derrière une étagère. Sa dernière réponse le laissa perplexe. Il en resta figé de stupéfaction quelques instant.

Non, en effet, vous êtes un homme

Elle avait dit homme. Pas vampire. Pas monstre. Homme.

C'était étrange pour lui, d'être vu en autre chose qu'une bête sans âme.

Il déglutit difficilement, s'empara du premier livre devant lui, avant qu'elle ne revienne. Son trouble s'évapora quand il commença à lire. Les battements de cœur de Bella le firent divaguer plus d'une fois des lignes du livre, cependant. C'était de la musique pour ses oreilles. Une chose si banale et simple, qui allait lui manquer quand elle partirait.

Il leva légèrement les yeux de l'ouvrage.

Quand elle partirait…

Car elle va partir.

Le petit pincement au cœur que provoqua cette pensée lui prouva qu'il pouvait encore ressentir quelque chose. Autre chose que de la haine et de la rancune.

Il se pinça les lèvres, rabaissant son visage sur les pages du livres.

Quand elle revint à la table, il était à nouveau plongé dans ses recherches, se souciant à peine d'elle.

Elle s'installa en silence, tira un livre devant elle, et commença à le feuilleter.

Bien sûr, elle ne le lisait pas. Elle ne comprenait pas le latin. C'était la seule chose qui restait inchangée chez elle, pensa-t-elle avec ironie. Mais c'était une habitude qu'elle avait pris dès le premier jour. Tourner les pages d'un livre. Ne serait-ce que pour admirer la calligraphie ancienne, les belles enluminures ou les mots qui dansaient sous ses yeux curieux. Mais comme toutes les autres fois où elle faisait ça, son regard trouvait quelque chose de plus intéressant à admirer. L'homme en face d'elle. Elle était certaine qu'il savait qu'elle le fixait. Mais il ne levait jamais les yeux pour la prendre sur le fait. Il ne disait jamais rien, trop préoccupé sans doute par leur problème.

Bella ne pouvait pas s'en empêcher. En vain, avait-elle essayé de lutter, de ne pas le regarder. Mais elle échouait à chaque fois.

Elle adorait la façon qu'il avait de froncer les sourcils quand il était concentré. Ou encore la manière dont ses jolies lèvres bougeaient parfois, alors qu'il lisait silencieusement. Plus d'une fois, elle s'était imaginée le goût que pouvait avoir ses lèvres.

C'est quoi ton problème au juste ?

Elle avait eu tout le loisir, durant leurs sessions de lectures silencieuses, de s'interroger sur ses sentiments. Ce n'était sans doute pas à ça que Virginia faisait référence, quand elle lui avait conseillé de se poser les bonnes questions. Néanmoins, voyant sa santé mentale de plus en plus atteinte par la présence de cet insupportable roi vampire de trois milles ans, elle avait été obligé de se questionner. Les réponses qu'elle en avait tiré étaient effrayantes.

Bella faisait très bien la différence entre simple béguin passager et l'amour. Elle avait toujours fait la différence.

Ce qu'elle ressentait pour lui n'était pas qu'une vulgaire passion passagère, s'arrêtant à son physique. Bien sûr, ce serait mentir que d'affirmer que le physique d'Aro ne pesait pas dans l'équation. Mais il y avait plus que ça. Il y avait son cerveau, qui était cent fois plus attirant que son corps. Et sa personnalité. Une personnalité certes, changeante, mais néanmoins très intéressante et pleine de surprises.

Il y avait autre chose, cependant. Une chose beaucoup plus grave qui participa activement à l'achever. Elle avait cherché ses défauts. Elle n'avait pu en citer aucun. Il avait des défauts, bien sûr. Il était manipulateur, arrogant et même cruel parfois. Mais ils étaient insignifiants aux yeux de Bella. Premier symptôme relevé : idéalisation du personnage. Les qualités d'Aro éclipsent ses défauts. Et c'est bien connu, l'Amour est aveugle.

Deuxième symptôme, la confiance immense qu'elle avait en lui.

Troisième symptôme, la fâcheuse manie qu'elle avait d'essayer de se faire aimer de lui, de trouver des compromis ou même de s'intéresser à lui, à ce qu'il faisait et à pourquoi il le faisait.

Il y avait aussi ce qu'il pensait d'elle, qui comptait beaucoup. Elle se demandait sans cesse comment il la voyait, comment il interprétait ses paroles, ses gestes : Cinquième symptôme.

Avec effarement elle avait enfin réalisé qu'elle était en train de tomber amoureuse d'Aro Volturi. C'était arrivé si rapidement et d'une manière si naturelle, qu'elle l'avait à peine remarqué.

En vain avait-elle tenté de se rappeler du visage d'Edward, à quel point elle l'aimait. Mais elle ne se souvenait plus du visage d'Edward. Ni de ses mots. Ni même du son de sa voix.

Elle ne savait pas comment elle en était arrivée à tomber amoureuse de cet homme. Il était l'exact opposé d'Edward Cullen.

Physiquement déjà, Edward était un éternel adolescent. Il avait dix-sept ans pour toujours. Cette vérité ne l'avait jamais dérangée. Jusqu'à récemment. Aro n'avait pas le physique d'un adolescent, mais celui d'un homme. Elle n'avait jamais posé de question sur son âge mais elle l'estimait à quarante ans, plus ou moins quelques années. Elle en était très vite venue à la conclusion qu'en grandissant, et donc vieillissant, ses critères avaient évolué et Aro se rapprochait davantage de son idéal masculin à présent, que son propre mari.

Ensuite, bien sûr, il y avait une différence de personnalité flagrante chez les deux hommes. Ils partageaient quelques points communs mais ceux-ci se limitaient à la politesse, la détermination et l'intelligence. Edward pouvait se montrer extrêmement colérique, bien plus colérique qu'Aro. Bella avait eu un aperçu de la rage d'Aro et celle-ci n'avait rien à voir avec celle de son mari. Assurément, Aro était-il plus patient. Il était aussi beaucoup plus calculateur. Edward se laissait trop dominer par ses émotions. Il se laissait davantage influencé par ses sentiments que par son cerveau, si bien que dans les moments de rage et de colère, il faisait souvent des erreurs. Ses réactions étaient excessives. Et il avait, évidement, un légère tendance dépressive. Aro était plus mesuré. Il analysait trop la situation et se laissait rarement dominé par ses sentiments. Il pouvait se montrer cruel comme incroyablement doux et compréhensif. Il était imprévisible et d'un naturel enjoué.

Alors non, elle ne savait pas comment elle en était arrivée à l'aimer. Il était si différent d'Edward. Mais il était là, en ce moment. Et il faisait tout pour l'aider.

« Par tous les diables de l'enfer et tous les saints du paradis » jura-t-il tout d'un coup, la sortant brusquement de ses pensées. « J'ai...J'ai trouvé quelque chose ! »

Bella se redressa sur son siège juste pour remarquer qu'elle était affalée sur la table depuis tout à l'heure, « Êtes-vous sérieux ? »

Il hocha frénétiquement la tête avant de lever ses deux yeux noirs vers elle, « Oui, j'ai quelque chose ! » un rire fou et incrédule s'échappa de ses lèvres.

Bella n'en revenait pas, « Putain, vous êtes génial ! »

L'arrogance et la fierté était tout juste en train de se peindre sur les traits du vieux roi que Bella se pencha sur la table, lui saisit le visage et embrassa simultanément ses deux joues froides. Elle se rassit correctement et arracha le livre des mains d'Aro. Il la regarda porter son attention sur les lignes de l'ouvrage, partagé entre l'incrédulité et l'amusement.

Est-ce qu'elle venait d'oser l'embrasser ?

Et est-ce qu'elle essayait vraiment de lire ?

Bella était beaucoup trop intriguée par cette potentielle découverte qu'elle ne prêta plus attention à lui. Les mots dansaient sous ses yeux curieux.

Summary iudicium…. Qui arguitur negatur iter esse tergum in tempus...MCMLXXVIII…stultitia

« Isabella, » déclara-t-il calmement en essayant de mater l'excitation qui naissait en son propre sein, « Vous ne savez pas lire le latin. »

Elle leva les yeux vers lui en souriant, « C'est vrai. Vous êtes incroyablement perspicace. » répondit-elle en lui rendant le livre.

« Vous avez remarqué ? »

« Eh bien, qu'est-ce que ça dit ? » demanda-t-elle brusquement.

« Voilà ce que ça dit : En 1547, un homme a prétendu venir du futur, de l'année 1978 pour être tout à fait exact. La crise religieuse était telle à l'époque que l'Église a pris cette affaire extrêmement au sérieux. »

Bella hocha la tête, « Est-ce que ils disent comment l'homme est reparti dans son siècle où même comment il est venu ? »

« L'homme a prétendu qu'un éclair l'avait conduit ici. »

« Exactement comme Virginia et moi. » fit-elle remarquer.

Aro acquiesça d'un signe de tête. Le visage penché sur le livre en face de lui, il continua « Le témoignage de l'homme dit ceci : '' Je ne sais pas comment c'est arrivé, je ne me rappelle de rien, mis à part de l'éclair qui m'a rendu aveugle pour un temps. Ce que je sais c'est que ma vie était malheureuse en 1978. Je voulais fuir. Partir très loin. C'est à ce moment qu'il a commencé à faire sombre et que l'éclair m'a amené ici. »

« Il y a quelque chose qui ne va pas... » déclara-t-elle brusquement, son cœur battait à se rompre, « L'homme ne se souvient de rien, à part qu'il était malheureux… Ce qui n'est pas mon cas… Je me souviens… de tout. »

Aro leva brièvement les yeux, « Une sorte...d'amnésie temporaire… sans doute causée par le choc… ?»

« Vous pensez ? »

« Être foudroyé par un éclair laisse forcément des séquelles. »

« Je n'ai aucune séquelle » songea-t-elle.

« La chance, peut-être… »

« Aro, je ne suis pas une personne très chanceuse. » déclara-t-elle avec indulgence.

Les yeux de l'homme retombèrent brusquement sur le livre, « L'homme ne dit pas avoir retrouvé la mémoire… »

Bella balaya l'information d'un revers de main, « Comment est-il rentré chez lui ? » demanda-t-elle.

Aro releva lentement la tête vers elle, son air grave l'inquiéta « Il n'est pas rentré chez lui. Ceci est le compte-rendu de son procès. Il a été jugé et condamné pour sorcellerie. »

Le sang de Bella se glaça. Sa lèvre inférieure trembla légèrement « Quoi...mais...que lui est-il arrivé ? »

« Il a été condamné au bûcher le 15 novembre 1547 »

Les épaules de la petite humaine s'affaissèrent brusquement. Elle resta de longues secondes silencieuse. Aro ferma doucement le livre. Il continuait de la regarder d'un air désolé.

« C'est peut-être ainsi que ça va se terminer pour moi aussi... »

« Non. Cela ne se terminera pas ainsi. Je ne le permettrai jamais. »

Elle fut légèrement réconfortée par ses paroles.

« Isabella » reprit-il d'un ton déterminé, « Maintenant vous savez que vous n'êtes pas la seule. Vous en avez la confirmation. C'est une preuve suffisante pour moi. Une preuve bien plus légitime que les dires d'une vieille comtesse à moitié sénile. Nous allons continuer de chercher. Et nous allons trouver un moyen de vous faire partir. Je vous donne ma parole. »

Bella leva lentement les yeux vers lui. La force de ses mots lui redonna le courage qu'elle avait perdu. Cet optimisme à toute épreuve la rassurait et l'aidait à garder espoir. « Merci beaucoup. »

Il hocha la tête avant de se lever et de rassembler les livres étalés sur la table, « Venez, nous allons ranger ça et nous partons. »

Bella jeta un bref coup d'œil à l'horloge de la bibliothèque.

19h36

Ils sortirent précipitamment de la bibliothèque après avoir rangé les derniers livres. Les religieux les avaient presque foutu dehors.

Malgré les mots d'Aro, Bella était toujours bouleversée. Son cœur était serré d'angoisse. Cet homme condamné au bûcher… n'avait pas pu retourner dans son siècle… tout comme Virginia.

Il suffit juste de le vouloir… avait dit la vieille comtesse. Le vouloir.

Cet homme était-il malheureux au point de choisir la mort...plutôt que de retourner dans son siècle ?

Et pourquoi, malgré toutes ses prières demandant un retour n'arrivait-elle pas à repartir ?

Le vouloir...

Est-ce qu'elle voulait vraiment rentrer au XXIe siècle ? Retourner dans ce siècle qu'elle haïssait de toutes ses forces ? Elle avait toujours eu le sentiment de n'être pas née à la bonne époque. Mais cela ne signifiait pas pour autant qu'elle voulait retourner dans le passé. Il n'y avait rien pour elle ici. Pas d'avenir, du moins. Bella jeta un coup d'oeil à Aro alors qu'ils marchaient côte à côte dans les rues de Rome. Bien sûr, dans ce siècle, il était là. Était-elle assez amoureuse de lui pour faire comme Virginia… rester par amour ? Amour. Sa conscience se moqua d'elle et de son innocence. Aro n'était pas amoureux d'elle, c'était son ami. En plus de ça, Aro était toujours vivant au XXIe siècle. Alors qu'elle rentre ou qu'elle reste… elle pourrait toujours potentiellement le revoir, espérant qu'il n'ait pas trop changé en trois cent ans. Mais ce n'était pas Aro le problème, finalement. En pensant à lui, Bella réalisa d'où venait le vrai problème.

Ici, il n'y avait pas Edward.

Bella réalisa qu'elle n'était pas heureuse dans son siècle. Et de manière assez égoïste, elle rejetait la plus grande partie de son malheur sur son mari. Un mariage presque forcé. Une jalousie maladive. Cette stupide rivalité avec Jacob. Une surprotection étouffante. Des mensonges à répétition dont une promesse d'immortalité.

Elle ne le détestait pas. Edward restait son premier amour.

Mais il l'avait rendue… dépendante. Elle avait été réduite à l'état d'enfant, ne pouvant faire une chose sans l'accord de son mari ou sans son avis.

Elle avait comprit.

Le problème ne venait pas vraiment d'elle. Il venait d'Edward.

Elle ne voulait pas retourner près de lui.

Cette réalisation la choqua tellement qu'elle en perdit ses couleurs.

Mais ses maux furent soulagés par une seule petite chose.

Une chose insignifiante.

Et simple.

La main froide qui se glissa dans la sienne.

Il ne portait pas de gants pour une fois.

Sa peau était si froide, mais si douce.

C'était comme dans son rêve. Il n'y avait pas de mots. Juste sa main dans la sienne. C'était beau.

Les rues de Rome étaient partiellement désertes.

La nuit tombait doucement. Le soleil n'était plus dans le ciel depuis longtemps. L'air était chaud mais humide.

Il allait sûrement pleuvoir.

« Êtes-vous déjà allée au théâtre ? »

Sa voix douce s'éleva pour la première fois, aussi délicate qu'une caresse.

Elle battit des paupières.

« Non »

« Voulez-vous y aller ? »

« Ce soir ? »

« Non. Un autre soir. Je dois réserver nos places avant. Disons, demain. »

« C'est que… je n'ai pas pris de robe correcte...je n'avais pas prévue l'éventualité que...enfin...vous voyez. »

« Eh bien, il y a des couturières à Rome »

« Mais je n'ai pas d'argent. »

« Il se trouve que j'en ai assez pour deux. » Il s'arrêta au milieu de la rue déserte et la regarda « Qu'en dites-vous ? » Elle soupira pour toute réponse « Dites juste ''oui'' ou je vais être obligé de vous harceler et vous menacer. »

Elle lui jeta un regard fatigué, « Très bien. Nous ferons selon vos désirs, Votre Majesté. »

Il lui sourit et elle oublia d'être fâchée contre lui.

Bella regarda leurs mains jointes. Il y avait encore ces petits picotements agréables. C'était étrangement familier à présent.

« Est-ce que vous les sentez ? » demanda-t-elle sans réfléchir.

Il resta silencieux pendant de longues secondes. L'absence de réponse l'obligea à relever la tête pour rencontrer ses yeux. Il semblait troubler et surpris par sa question. Il finit par hocher la tête pour toute réponse.

« Qu'est-ce que cela signifie selon vous ? » questionna-t-elle de nouveau.

« Je ne sais pas. »

Il mentait. Elle le savait. « Je pense que vous le savez » reprit-elle doucement, « Mais que vous ne voulez pas me le dire. »

Un petit rictus tordit ses lèvres, « Et qu'est-ce qui vous fait dire que je mens ? »

Bella haussa doucement les épaules, « Je le sens, c'est tout. »

« Vous le sentez... » répéta lentement Aro en lui jetant un autre regard stupéfait.

« Ce doit être la fameuse intuition féminine » taquina-t-elle.

« Non, je ne crois pas. »

Ce fut à son tour d'être étonnée par ses propos. Elle demeura silencieuse pendant quelques secondes « Alors, vous allez vraiment me laisser dans l'ignorance ? »

« J'ai promis de vous protéger. »

« Je ne vois pas le rapport entre votre promesse et les petits picotements. »

« Moi je vois le rapport. C'est l'essentiel. »

Ils se contentèrent de se fixer bêtement pendant un moment. Bella se posait des centaines et des centaines de questions sur son étrange comportement. Il semblait en conflit avec lui-même. Elle voyait sa lutte interne. Et elle était trop préoccupée par ses petits problèmes pour en comprendre la raison.

« Peut-être que ça veut dire que nous sommes des âmes-sœurs. » taquina-t-elle de nouveau.

Aro lâcha brusquement sa main comme s'il venait de se brûler. Il détourna tout aussi rapidement les yeux, feignant d'admirer la place qui se dressait devant lui.

Elle, était déconcertée par la perte de sa main. C'était juste une plaisanterie sur ses propres sentiments. Rien de plus. Elle releva les yeux vers lui quand il parla.

« Ce serait terrible pour vous. » sa voix n'avait jamais été aussi faible, « Je ne suis pas quelqu'un de très fréquentable. »

« Vous êtes le meilleur de tous ceux que j'ai rencontré. » assura-t-elle sans réfléchir.

Après un moment, elle remarqua que c'était vrai, et qu'elle le pensait. Il avait toujours été bon pour elle, après avoir découvert qu'elle venait du futur. Bien sûr, il s'était montré froid quelques fois, mais ce n'était jamais complètement gratuit. Et toujours, sa colère envers elle était justifiée par le fait qu'elle ait, d'une manière ou d'une autre, tout gâché par ses actions ou ses mots. Mais peu importe à quel point il était en colère contre elle, il n'avait jamais cessé de la protéger et de l'aider.

Il lui jeta un bref coup d'œil, mais ne supporta pas son regard très longtemps, « C'est vraiment triste. »

Bella secoua négativement la tête, « Je ne trouve pas. »

La sincérité dans sa voix les laissa muet.

« Je vais devoir me nourrir... » reprit-il maladroitement. Mais elle soupçonnait fortement un désir de s'éloigner d'elle.

« Je vais rentrer à l'appartement pendant que vous faites...ce que vous avez à faire. »

« Très bien. »

Le ciel gronda au loin. Bella leva brièvement les yeux vers les nuages noirs. Il allait pleuvoir. Elle se demanda si, par tout hasard, un éclair la ramènerait à la maison. Elle ne le souhaitait plus autant. Non. Pas maintenant.

Quoi ? Non, je veux retourner au XXIe, se raisonna-t-elle.

Mais c'était un mensonge. Elle ne le voulait pas.

« Vous devriez rentrer… » dit-il inutilement, toujours sans la regarder. Mais Didyme avait raison, il voulait qu'elle reste. Il voulait qu'elle reste éternellement.

« Je vais rentrer. » murmura-t-elle.

Aro la regarda. Enfin. Il y avait toujours cette lutte interne dans le noir de ses yeux qui la laissait muette. Il avait l'air tellement malheureux à cet instant. Ses yeux n'avaient jamais été si expressifs. Il semblait vouloir communiquer avec son regard. Lui faire comprendre quelque chose, mais sans un mot. Juste avec ses yeux.

« Je dois vous dire quelque chose. » déclara-t-elle calmement.

« De grâce. N'en dites rien. »

Il l'avait suppliée.

Le vampire le plus puissant du monde venait de la supplier de ne rien dire.

Bella secoua négativement la tête, « Les gens ont tort sur vous, vous savez. Vous êtes quelqu'un de bien. J'aurais aimé vous connaître avant. »

Avant quoi ? Disait le regard qu'il lui offrit en retour. Il ne prononça aucune réponse audible cependant, se contentant de la fixer de ses yeux larmoyants.

Bella se questionnait sur la cause de sa souffrance. Mais elle savait, au fond, que tout était de sa faute. Encore une fois. Ses mots avaient brusquement éteint sa gaieté naturelle.

« Je suis vraiment désolée. »

« Pourquoi ? »

« J'ai...enfin, vous avez l'air d'être… », elle n'alla pas au bout de sa phrase, « Est-ce que… je peux faire quelque chose… pour vous être agréable ? »

Il secoua la tête. « S'il vous plaît...arrêtez de parler. Les mots qui sortent de votre bouche sont plutôt...douloureux... à entendre. »

« Je suis désolée. » répondit-elle immédiatement.

Il leva brièvement la main devant lui pour l'apaiser, « Ce n'est rien. J'ai… l'habitude. »

« De souffrir ? »

Il lui jeta un regard douloureux. Il ne répondit pas. Mais elle devina la réponse. Elle lisait en lui avec une telle facilité à présent. A croire qu'ils se connaissaient depuis toujours.

« Moi aussi. » dit-elle simplement sans la moindre trace d'apitoiement.

Elle savait qu'elle devait rentrer à l'appartement. Il était assez tard. Elle se ferait servir son repas et irait se coucher pendant qu'il irait chasser, comme tous les soirs. Sa chasse durait entre deux et trois heures car il sortait toujours de la ville. Quand il rentrait, elle était déjà couchée.

« Bien… je rentre. » finit-elle par dire, essayant de passer outre l'expression déchirée de l'homme. Une expression qui n'avait pas quitté son visage depuis de longues minutes. Il fallait bien sûr qu'il la regarde comme ça. Maintenant, à la place de rentrer, elle voulait le réconforter.

Non. A l'appartement. Maintenant.

L'idée était bien de s'éloigner. Mais ses pieds firent exactement l'inverse en se rapprochant de lui et en l'enlaçant. Elle le sentit se tendre de façon spectaculaire contre elle. Il cessa momentanément de respirer. Le cerveau de Bella lui envoyait des signaux d'alerte. Elle devait être suicidaire. Il allait la tuer. Elle s'étonna qu'il ne l'ait pas encore repoussée violemment d'ailleurs. Mais non, il était juste là, totalement immobile. Une vraie statue. Et elle, idiote qu'elle était, ne bougeait pas non plus. Elle avait été assez audacieuse pour l'enlacer. A présent, elle avait peur de s'éloigner. Elle se sentait bête. Mais au fond, elle en avait terriblement besoin. Des semaines qu'elle n'avait pas été proche de quelqu'un. Des semaines qu'elle n'avait pas reçu la moindre marque affection. Alors, elle inspira profondément son odeur divine et ferma les yeux. La dentelle blanche de sa cravate chatouillait son petit nez.

Elle ne sut jamais combien de temps dura l'étreinte.

Mais jamais il ne bougea pour y répondre.

Du début à la fin, il fut immobile. Silencieux.

C'est sans doute ce silence inquiétant qui réactiva son bon sens.

Alors, elle ouvrit les yeux et s'écarta assez pour contempler son visage. Il regardait fixement un point devant lui. L'expression triste n'était plus là. Son visage était, tout comme son corps, figé. La neutralité dominait ses traits à présent. Ses yeux racontaient une histoire bien différente cependant.

« Aro ? »

Son regard noir tomba sur le sien et elle se recroquevilla intérieurement.

Bien. Elle venait d'enlacer un vampire sur le point d'aller chasser, donc potentiellement affamé, qui la regardait comme si il voulait la dévorer à présent. Elle avait, l'espace d'un instant, oublié sa propre mortalité.

« Vous devriez...vous éloigner. » déclara-t-il lentement.

Le ton employé n'allait pas du tout avec la demande. Sa voix avait perdu de son contrôle habituel. Elle resta tout d'abord interdite, le regardant fixement, réfléchissant scrupuleusement à ses prochaines actions ou à ses prochains mots. Elle finit par le lâcher et faire un pas en arrière.

« C'est mieux ? »

« Non, encore. »

« Encore ? »

« Oui. Encore. »

Bella posa ses mains contre ses hanches, « Les amis se réconfortent et se font des câlins. Où est le problème ? »

« Nous ne pouvons pas être amis. »

Le monde se déroba sous elle à ces propos. Ses bras retombèrent lourdement contre son corps alors qu'elle demandait tristement :

« Mais… pourquoi ? »

« Rentrez à l'appartement. »

« Non. Je veux savoir pourquoi nous ne pouvons pas être amis ! »

« Je ne veux pas être votre ami ! »

Il avait haussé le ton cette fois. Mais il semblait plus désespéré que en colère, cependant. Quoi qu'il en soit, le fait qu'il ait à moitié crié la fit taire pendant de longues secondes.

« Je ne vous crois pas. » déclara-t-elle doucement, « Et je vous déteste. »

Elle était parfaitement consciente que le ton qu'elle venait d'employé sonnait plus comme un '' Je vous aime '' que comme un '' Je vous déteste ''. Sa petite déclaration ne semblait donc convaincre personne. Surtout pas elle.

« Vous êtes consciente que je pourrais juste vous briser la nuque, n'est-ce pas ? » déclara-t-il mollement, peu convaincu par sa propre menace.

« Oui. Je sais. Je me demande ce que vous attendez d'ailleurs. »

« Vous pourriez faire semblant d'avoir peur au moins. »

« Je n'ai pas peur de vous. »

« Vous devriez, je suis très cruel et- »

Elle le fit taire de la façon la plus invasive qui soit. Elle l'embrassa. En plus d'être une réaction totalement idiote et irréfléchie, c'était sans doute considéré comme une agression sexuelle, même au dix-huitième siècle. Le baiser dura moins de deux secondes. Et ce n'était même pas un baiser à proprement dit. Elle posa juste ses lèvres contre les siennes, c'est tout. C'était si rapide et furtif qu'elle eut à peine le temps de sentir la froideur de ses lèvres. Quand elle s'écarta, il était encore figé sur place. Le manque de réaction de l'homme venait contraster brutalement avec toutes les émotions et toutes les sensations qui agressèrent Bella. Elle essaya de paraître confiante. Laisser penser que tout était parfaitement contrôlé. Mais à la vérité, elle n'était plus maîtresse de rien.

« Comme je le disais, je n'ai pas peur de vous. »

Son regard sombre glissa lentement sur sa petite forme. L'espace d'une seconde, ses yeux noirs parurent revivre. Et le cœur de Bella, ce sale traître, bondit dans sa poitrine.

« Les amis...ne font jamais ce genre de choses. » fut tout ce qu'il dit en réponse. Ses yeux brillaient d'une lueur étrange et son visage s'éclaira d'un demi-sourire contenu.

« Nous ne sommes plus amis, apparemment. »

« Nous ne l'avons jamais été »

« Je vois. Alors vous êtes un menteur. »

« Et cela vous surprend ? »

Puisqu'ils n'étaient plus amis, ou plutôt, qu'ils ne l'avaient jamais été, elle voulut l'embrasser. Non. Elle ne voulait pas. Elle devait l'embrasser de nouveau. Elle avait juste besoin de le sentir. De n'être plus seule l'espace d'une seconde. C'était très égoïste. Il ne l'avait même pas repoussée. Il ne l'avait sans doute pas repoussée parce qu'il était trop choqué pour faire quoi que ce soit. Mais ce n'était qu'un détail. Alors, c'était décidé. Elle allait l'embrasser. A peine faisait-elle un pas vers lui qu'il leva la main pour la retenir par l'épaule.

« Non. » déclara-t-il faiblement dans un souffle, « Non. Nous ne pouvons pas. Ce n'est...ce n'est pas bien. »

Elle voulait une réaction, c'est vrai.

Maintenant qu'il avait daigné réagir en la repoussant, la réalité la rattrapa. Bella était absolument mortifiée par son audace et par sa traîtrise. Elle dégagea un peu brutalement sa petite épaule, n'osant plus le regarder à présent. Le prénom d'Edward émergea dans son esprit. Ses mains commencèrent à trembler. Elle était mariée. Son bon sens l'avait abandonnée pendant une seconde. Elle avait embrassé un homme sans son consentement. Elle l'avait embrassé alors qu'elle était mariée à un autre. Elle commença à ventiler et à paniquer.

Elle se sentait vraiment... sale, souillée par ses propres actions, ses propres pensées. Elle n'était tout simplement plus elle-même depuis qu'elle était ici. Ce siècle...provoquait en elle ce sentiment de liberté qu'elle avait perdu avec le mariage. Mais elle n'était pas libre. Elle ne l'avait jamais été. C'était une illusion. Maintenant, la réalité la rattrapait. Et comme au XXIe siècle, la réalité était toujours décevante.

Elle leva lentement les yeux vers lui. Il la regardait avec inquiétude, interdit et indécis quant à la démarche à adopter.

« Edward m'a forcé la main. » déclara-t-elle faiblement. Elle avait juste besoin de le dire à haute voix. Elle avait besoin que quelqu'un sache la vérité. « Par égoïsme, il m'a forcé à l'épouser en échange de l'immortalité. Par égoïsme, j'ai accepté, parce que je voulais devenir un vampire. », il semblait sincèrement triste l'espace d'un instant, ouvrant la bouche pour dire quelque chose, mais ne trouvant pas les mots, « Vous aviez raison...humains ou vampires...nous sommes tous des monstres. »

Aro secoua négativement la tête. Il semblait vouloir parler. Mais elle l'en empêcha en mettant un terme à la discussion « Je suis désolée. Vraiment. Je rentre à l'appartement maintenant. Bonne chasse. »

Elle s'était à peine retournée pour prendre ses jambes à son cou qu'il lui saisissait le poignet, la faisant pivoter vers lui de nouveau. La prochaine chose qu'elle sut, c'est qu'il l'embrassait. Ses bras l'enveloppèrent brusquement et elle se sentie pousser des ailes.

« Je croyais… que c'était mal... » réussit-elle à dire entre deux baiser.

« Ça l'est. » elle passa ses main autour de sa nuque, l'attirant à elle, « Nous allons... aller… en enfer. »

Elle voulait aller en enfer.

A partir de ce moment, elle perdit la notion du temps. Les secondes, les minutes passèrent. Il ne semblait plus vouloir la lâcher à présent.

Ses lèvres froides étaient encore plus douces que ses mains. Elle était damnée. Elle s'agrippait à lui comme une bouée de sauvetage, goûtant tout ce que sa bouche pouvait lui offrir et lui arrachant un gémissement.

Quand l'air lui manqua, elle s'écarta légèrement, assez pour pouvoir le regarder dans les yeux tout en restant dans le confort de ses bras. Le ciel gronda au dessus d'eux. Leurs visages se levèrent au même moment pour observer les cieux, inquiets. L'idée qu'un éclair la ramène chez elle à cet instant précis était impensable. Tellement impensable qu'Aro ne put retenir un :

« Ce doit être une plaisanterie... »

Une goûte d'eau tomba sur la joue de Bella. Une seule. Elle se dégagea de l'emprise d'Aro pour pouvoir s'essuyer.

« Je devrais sans doute rentrer maintenant. » avant qu'un éclair ne me ramène en enfer. Voulut-elle ajouter.

Il hocha la tête, « Oui. Tout de suite. » dit-il, un peu autoritaire. « Je serai absent pendant deux heures. Peut-être trois. »

Bella acquiesça, « Bien. »

Il se pencha pour lui voler un baiser, la seconde d'après, il avait disparu.

Des éclairs, commencèrent à danser au dessus de sa tête. Aucun d'eux ne la ramena chez elle, car, à cet instant, elle ne voulait qu'une chose. Et cette chose n'était pas de rentrer. C'était d'être ici, à Rome.

Elle gagna l'appartement, passa sa chemise de nuit, mais ne se coucha pas.

Elle n'avait pas sommeil.

Pour la première fois depuis qu'ils étaient à Rome, elle attendit qu'il rentre de la chasse. Elle ne l'avait jamais attendu avant ce jour-là. Elle n'était pas prête à reconnaître sa sombre nature. Elle avait essayé de le haïr pour se nourrir d'êtres humains, avant de réaliser qu'il était stupide de le détester pour quelque chose qui était, par définition, dans sa nature.

Quand il rentra, trois heures plus tard, il la trouva près du feu, les yeux perdus dans les flammes.

« Isabella ? »

Le profil tendu, Bella regarda la bûche s'effondrer, des braises tombèrent hors du foyer.

« Tu sais, j'ai rêvé de toi. »

Le silence lui répondit. Elle l'entendit s'approcher. Le bruit de ses pas était étouffé par le tapis.

« J'ai rêvé de toi aussi. »

Ses yeux chocolats se levèrent et tombèrent sur les siens en une seconde. « Aro, tu ne rêves pas...» murmura-t-elle doucement.

« Tout le monde rêve, Isabella »

Elle se leva brusquement pour aller à sa rencontre.

Ses yeux rouges vitreux devinrent immédiatement noirs. Elle se délecta du pouvoir qu'elle semblait avoir sur lui, l'espace d'un instant. Ses lèvres étaient soudainement sur les siennes. Leur goût semblait différent. Parce qu'il venait de se nourrir, sans doute. Il paraissait également beaucoup plus instable d'un point de vue émotif. Il semblait vouloir la dévorer mais elle ne s'en souciait pas. Sa prise autour de sa taille était un mélange surprenant de fermeté et de douceur. Elle n'avait pas peur. Avant qu'elle ne le comprenne, ils étaient au lit et il était au dessus d'elle. Sa peau pâle brillait au clair de lune. Elle leva lentement la main à sa joue froide. Il se pencha sur son toucher et ferma douloureusement les yeux.

« Me pardonnes-tu? »Sa voix était brisée par la douleur.

«Te pardonner quoi? »Souffla-t-elle

«Tout. » Il ouvrit les yeux,« Ce que j'ai ordonné à Démétri de faire ... Je ne voulais pas ... je ne savais pas ... »

« Je sais »

Elle l'attira à elle et l'embrassa.


AVERTISSEMENT(S) :

Aucun.


Blabla d'après chapitre :

- Le titre : " Mon amour, crois-tu qu'on s'aime ? " sont des paroles tirées de l'Hymne à l'Amour, de la grande, de l'unique Edith Piaf que j'aime d'amour.