Le blabla [inutile] de l'auteure :
Hello, hello. Je suis vivante (et je reviens comme une fleur après des mois d'absence). Après la fac (et une Licence d'Histoire [enfin] en poche) j'ai commencé à travailler. Entre temps, mon ordi est décédé (et avec lui, tous les chapitres d'Ad vitam Aeternam héhé ^^'). Ça m'a un peu (beaucoup) découragé. Tout est en cours de réécriture. D'une certaine manière, c'est bien. Je vais pouvoir modifier quelques éléments.
Je bosse aussi sur une autre histoire en parallèle (un autre AroxBella parce qu'on les aime, pas vrai ? Allez, avouez, je suis pas la seule.). Radicalement différente, mais avec toujours un fond historique. Vous connaissez mon goût pour l'Histoire, à présent! Je vais la publier bientôt. Demain ou ce week-end, dans le meilleur des cas. Bien évidemment, Ad Vitam Aeternam continue.
J'espère que vous allez bien, malgré la situation actuelle, que vous êtes en bonne santé, vous et vos proches. Prenez soin de vous.
Comme d'habitude, je ne possède rien. Ni l'univers, ni les personnages. Les traductions sont en bas, de même que les avertissements (pour ne pas spoiler celles qui s'en fichent.)
Ce chapitre a été entièrement réécris suite à mon petit problème d'ordi. J'espère qu'il vous plaira... Il a la particularité de présenter le point de vue d'Aro, ce qui n'était pas le cas dans le chapitre original.
Merci à Guest, Rene Mai, Lison Abel, pegasus5406, ben40550, Tsuki Banritt, Miriallia10, Chocolat68, Marie, Melliandri, IsaLaw-AL et mpa69 pour leurs gentils mots au chapitre précédent.
Bisous
Snow'
.
.
°oOo°
Chapitre 12 :
Tais-toi, c'est moi qui tiens ton cou
°oOo°
.
.
C'était une fin d'après-midi calme. Ils étaient rentrés après une journée entière à la bibliothèque. Ils n'avaient rien trouvé de nouveau. Mais Bella ne perdait pas espoir. Aro allait bientôt la quitter pour aller se nourrir.
Après s'être passée un peu d'eau sur le visage, elle sortit de leur chambre pour le rejoindre. Il était debout, près de la fenêtre du salon. La lumière déclinante du soleil frappait doucement son visage. Sa peau brillait d'un millier de diamants. Elle s'arrêta à la porte de leur chambre, l'admirant dans sa lecture silencieuse. Il tenait dans les mains une sorte de petit journal. Ses sourcils étaient froncés. Son corps, tendu comme un arc. Et sa mâchoire, crispée. Il semblait soucieux pour une raison qui lui échappait encore. Visiblement, les nouvelles n'étaient pas bonnes. Néanmoins, même soucieux, il était beau. Il conservait, à toute épreuve, ce flegme aristocratique.
« Que lis-tu ? » demanda-t-elle brusquement en s'avançant lentement dans le salon.
Il leva les yeux de son journal, le fermant soigneusement. Un soupir franchit ses lèvres alors qu'il admirait la Une, « Les nouvelles sont mauvaises. La France va plutôt mal, ces temps-ci. »
Oh. Merde.
Tachant de calmer son petit cœur pour ne rien laisser paraître, elle arqua un sourcil, « Pourquoi te soucies-tu de la France ? Je croyais que les affaires humaines ne concernaient pas les Volturi. »
Il lui jeta un bref coup d'œil, « Les affaires humaines ne concernent pas les Volturi, à l'échelle des individus. À l'échelle des pays cependant… »
« Tu habites en Italie, pas en France. »
« Isabella, la France est la première puissance européenne depuis la guerre d'Amérique. Les affaires de la France sont les affaires de toutes les monarchies. »
Bella arriva à sa hauteur, nerveuse « Je vois. » répondit-elle doucement, « Eh bien, que se passe-t-il ? »
Elle savait déjà la réponse et espérait sincèrement un changement rapide de sujet.
« Le dauphin de France est mourant. »
Elle arqua un sourcil « Le dauphin? »
« L'héritier de la couronne. » précisa-t-il, « Et les États- Généraux n'ont pas commencé que des protestations s'élèvent déjà. », il claqua le journal contre la table à sa droite dans un geste rageur, « C'est voué à l'échec. »
Bella croisa ses bras contre sa poitrine, se mordillant la lèvre inférieure, « Peut-être pas... »
Un autre regard, moins indulgent cette fois, « C'est ce que tu penses ? »
Elle soupira « Non. Tu as raison. »
Il la toisa longuement, impénétrable. Elle arriva néanmoins à soutenir son regard.
« Dis-moi. » dit-il après un moment de silence, « Tu sais ce qu'il va se passer. Dis-le moi. »
Voilà tout ce qu'elle redoutait. Qu'il la question sur l'avenir.
Elle le contourna légèrement pour pouvoir se caler contre le mur. Le fixant intensément à son tour, elle demanda « Que vas-tu faire si je te le dis ? »
« Cela dépend de ce que tu vas me dire. »
Bella secoua négativement la tête, tournant son visage vers la fenêtre, « Alors je ne peux rien te dire. De toute façon, je t'ai déjà dit que je ne connaissais pas grand-chose à l'Histoire. »
« Tu as menti pour ne pas que je te pose de questions. »
« C'est ce que tu crois ? »
« Bien sûr. Tu es une fille intelligente et tu es curieuse de nature. Tu m'as dit que tu aimais la littérature et l'Histoire, une fois. »
Elle le regarda, « Peut-être que je ne m'intéresse qu'à l'Histoire de mon pays. »
Un rictus tordit les lèvres du roi, « Pourquoi avoir choisi l'Europe pour ton voyage de noces, dans ce cas ? »
« Tu as réponse à tout, n'est-ce pas ? » demanda-t-elle brusquement, avant de céder dans un soupir « Bien... Je vais te dire, ce que je peux te dire...sans donner de détails... si tu promets de ne rien tenter pour empêcher l'inévitable. »
Il la fixa longuement en silence « Très bien. »
« Dis-le. » exigea-t-elle
Aro soupira, impatient « Je le promet. »
Elle hocha la tête, satisfaite. Elle savait qu'il tenait toujours parole. Du moins, l'avait-il toujours tenue avec elle.
Inspirant profondément par le nez, elle commença faiblement « 14 juillet 1789, prise de la Bastille. »
« Ce qui veut dire ? »
« Que le peuple s'empare de la Bastille et libère les prisonniers. Préalablement, ils vont aux Invalides pour chercher des armes. Mais les Invalides ne contiennent pas de poudre. La poudre se trouve à la Bastille. »
Un silence incrédule suivit sa déclaration.
« C'est une plaisanterie ? » demanda-t-il brusquement, « Mais pourquoi ? »
Bella haussa doucement les épaules « Renvoi d'un ministre, ras-le-bol général, quelle importance...la prison royale est prise, c'est tout. Ce ne sont que les prémices d'événements encore plus malheureux. »
« C'est une révolte ? »
Elle secoua négativement la tête, « C'est une révolution. Le roi va être condamné à mort. »
Il tiqua à ses mots, « Un régicide ? » cracha-t-il.
Bella leva les mains devant elle, dans un faible espoir de canaliser la haine qu'elle voyait naître progressivement sur son visage d'ange, « Non. Pas un régicide. Il aura un procès, Aro. »
« Un procès... » se moqua sombrement le roi, « Un procès équitable et honnête, j'imagine. »
Ses mains retombèrent lourdement le long de son corps, alors qu'elle avouait dans un murmure, « Non... »
« Foutre ! » il lança un regard mauvais au journal, « Alors ces chiens galeux vont juger leur roi. Mais de quel droit ? »
« Il ne sera plus leur roi… La France deviendra une République en 1792… »
Il eut un rire sans humour en réponse, « Les Français ne sont pas faits pour la liberté, ils en abuseraient.»
Elle savait parfaitement que cette idée le répugnait profondément. Il croyait en la monarchie. Il ne croyait qu'en ça. Il était un roi lui-même, cela n'avait rien d'étonnant. Et, il était très vieux...Elle ne pouvait pas lui en vouloir d'être si étroit d'esprit. Mais, tout comme lui, elle n'avait connu qu'un seul régime politique depuis sa naissance. Et ce n'était pas la monarchie.
« Et les autres ? » demanda-t-il brusquement.
« Quoi, les autres ? »
« Les autres puissances européennes. Laissent-elles faire ? »
« Non. Bien sûr que non. » répondit-elle lentement, « Une coalition européenne va être formée après la mort du roi. Toute l'Europe sera contre la France. »
« Et donc ? » exigea-t-il durement.
Bella soupira, « Un échec. »
« Impossible...tu as dit toute l'Europe...Comment... »
« Impossible n'est pas français.* » le coupa-t-elle « Un petit général Corse avec du génie militaire va retourner la situation. Il va se faire couronner empereur, et va conquérir toute l'Europe. »
« Toute l'Europe ? »
« Toute l'Europe. » confirma-t-elle.
Il déglutit, « L'Italie... »
« L'Italie aussi. »
« Quel est le nom de ce général ? »
Elle le fixa de longues secondes, « Je ne vais pas te le dire. »
Il s'approcha d'elle, lui saisit durement les épaules. Il avait l'air furieux à présent. « Dis-le moi. Immédiatement. »
« Que vas-tu faire ? » demanda-t-elle.
« Le tuer, bien sûr. »
« Tu ne peux pas faire ça. C'est un mal pour un bien. Il va finir par être battu. L'Italie ne sera pas française au final. »
« Son nom, Isabella. »
« Tu me fais mal ! » dit-elle en se dégageant de sa prise.
« Je ne vais pas laisser un dictateur français prendre le contrôle de mon pays. »
« Oh ! Si ça peut te rassurer, l'Italie aura son lot de dictateurs. Et pas que des dictateurs étrangers, si tu vois ce que je veux dire ! »
Il la toisa durement. Elle n'aimait pas ce regard. Il avait eu le même ce jour-là, dans la salle des trônes, lorsqu'elle lui avait révélé la vérité. Peu importe à quel point elle l'aimait, il restait un vampire de trois mille ans, dangereux et manipulateur. Elle devait s'éloigner de lui quelque temps.
« Tu ne devais pas aller chasser ? » demanda-t-elle en se détournant. Elle se sentait toujours sous le couvert de ce regard obscur, froid.
« A la nuit tombée. »
Bella hocha lentement la tête. « Je pense que je vais aller prendre l'air. »
« Seule ? Il n'en ai pas question. »
Elle se retourna brusquement vers lui, « Je vais prendre l'air. Je fais ce que je veux. Tu n'as pas ton mot à dire. Tu n'es ni mon père, ni mon mari, ni- »
« Ni rien. » finit-il durement, « Oui, merci de me le rappeler. »
Il avait l'air de plus en plus furieux. Ses lèvres avaient un pli grave, désabusé. Elle devait s'éloigner pour lui laisser le temps de se calmer.
« Nous n'allons pas avoir cette discussion maintenant. » dit-elle. D'un geste fluide, elle enfila sa cape. Elle se retourna vers lui pour le voir lever les yeux au ciel et se détourner vers la fenêtre. Il n'ajouta rien.
« Je reviens dans dix de minutes. », dit-elle en se saisissant de la poignée.
Elle crut entendre un : « Sois prudente » avant que la porte ne se referme derrière elle.
Bella flâna dans les rues de Rome. Le soleil disparaissait progressivement dans le ciel. Tout était très calme. Un paradoxe, pour une capitale.
Elle eut tout le loisir, tout le calme et le temps de penser à sa situation désespérée.
Les choses n'allaient pas en s'améliorant avec le temps. Car en plus d'avoir remonté le temps, elle était tombée amoureuse du roi des vampires alors qu'elle était mariée depuis un mois. Edward n'était plus qu'un vaste souvenir perdu dans les méandres de sa mémoire. Pour tout arranger, elle ignorait comment rentrer chez elle. Cette petite escapade à Rome pour chercher des informations demeurait sans résultats. C'était une totale perte de temps.
Et après pure réflexion, elle n'était pas sûre de vouloir rentrer.
Elle s'arrêta au milieu de la rue, tant cette pensée la choqua profondément.
Non, je ne peux pas rester ici, se raisonna-t-elle. Peu importe à quel point je l'aime, je ne peux pas faire ça à mes parents.
Mais son cœur se serrait déjà à l'idée même de quitter ce roi arrogant et manipulateur. Elle lui en voulait vraiment de la rendre dépendante de lui. Elle n'était jamais aussi bien que quand il était dans les parages. Il était comme une drogue. Chaque baiser, chaque son qui sortait de sa bouche, chaque toucher était une obsession.
Il la rendait heureuse.
Bella savait que le quitter serait un drame personnel.
Elle savait aussi qu'elle devait lui dire. Elle devait lui dire qu'elle l'aimait.
Au fond, il devait s'en douter.
Elle se demanda si...peut-être...lui aussi…
« Per favore, scusami ? »
Cette voix la fit sursauter. Levant les yeux, elle croisa ceux d'un homme. C'était un petit brun, aux yeux noirs. Il aurait pu être l'archétype même de l'italien...s'il n'était pas aussi pâle. Cette pâleur et cette beauté surnaturelle ne présageaient sans doute rien de bon. Elle eut un mouvement de recul. Son cœur s'emballa malgré elle.
« Heu...je ne parle pas italien. » fut tout ce qu'elle trouva à dire.
« Ah...je vois. » reprit l'homme avec un sourire indéchiffrable, « Vous êtes américaine. »
Elle fut surprise qu'il devine si facilement sa nationalité. Mais une autre chose attira très vite son attention. Cet homme n'était définitivement pas italien. Il avait un accent étrange, venant sans doute d'un pays de l'est. La Russie ou quelque chose comme ça.
« Heu...ouais….je veux dire, oui. Je suis américaine. » sa voix tremblait légèrement, « Je...peux faire quelque chose pour vous ? »
« Oui. » dit-il, souriant toujours.
Bella n'aimait pas du tout ce sourire.
« Je cherche un ami. » reprit-il. « Peut-être le connaissez vous... »
Elle voyait le drame à des lieues d'ici. « J'en doute. Comme je l'ai dit, je ne suis pas italienne. Je suis seulement en visite, ici. Je ne connais personne. »
Elle fit un autre pas en arrière.
« Son nom est Aro. » continua l'homme, comme si elle n'avait rien dit.
Elle déglutit difficilement. « Je ne connais personne de ce nom »
A chaque fois qu'elle faisait un pas en arrière, il en faisait un avant. Le sourire était toujours sur ses lèvres. Son regard était celui d'une vipère.
« Étrange...j'étais persuadé du contraire... »
« Eh bien, vous vous êtes trompé. Si vous voulez m'excuser, j'ai à faire. »
Elle se retourna, et tomber nez à nez avec un autre homme.
Il ressemblait beaucoup au premier. À l'exception des cheveux. Très blonds. Non. Pas blonds. Blancs, comme ceux de Caius. Ses yeux étaient rouges sang. Ses vêtements, sombres. Il ressemblait à une araignée. Il souriait aussi. Ses paupières se fermèrent brièvement alors qu'il inspirait profondément par le nez.
« Acest miros... » souffla-t-il.
« Se simte ca el » reprit le brun, derrière elle.
Le blond ouvrit les yeux, « Vous êtes une menteuse pathétique. »
Il s'empara de son bras avec force, l'empêcha de crier en plaquant sa main libre devant sa bouche. Malheureusement pour elle, il n'y avait personne à cet instant. Elle ne savait pas où ils la conduisaient et n'était pas pressée de le savoir. Elle luttait vainement contre la prise de fer du blond. Finalement, il la poussa dans une petite ruelle étroite et peu éclairée.
Bella atterrit à genoux. Elle resta de longues secondes, immobile et terrifiée, le regard rivé au sol, avant que des bottes cirées apparaissent dans son champ de vision.
« Où est-il ? »
La voix du brun s'était élevée derrière elle, aussi tranchante qu'un rasoir.
Le blond s'agenouilla à sa hauteur. Deux doigts froids, sous son menton, lui firent relever la tête. Son regard fut plongé dans le rouge de ses yeux.
« C'est lui que nous voulons. Vous pourrez repartir dès que vous nous aurez indiqué où il est. »
« Je ne sais pas de quoi vous parlez » lâcha-t-elle faiblement.
Le blond secoua négativement la tête, « Allons, nous ne sommes pas idiots. Vous sentez comme lui. Son odeur est partout sur vous. »
Son sang se glaça. Elle resta statufiée sur place, paralysée par cette nouvelle et par la peur.
Un rire mauvais s'éleva derrière elle.
« Je trouve ça drôle. » dit le brun, visiblement très amusé, « Que le roi transgresse ses propres lois. »
Le blond leva brièvement les yeux vers son ami, « Je me demande...ce qu'elle a d'exceptionnel pour que Aro Volturi s'intéresse à elle. »
« Eh bien, elle est plutôt jolie. Mais rien qui ne rivalise avec une femme vampire. »
« Je ne pense pas que ça soit sa beauté... » Le blond inspira de nouveau par le nez « Son sang semble exquis cependant... »
« Elle n'a pas de trace de morsures. »
« Aucune visible...en tout cas... » le blond se leva « Bien...nous n'avons pas toute la nuit. Où est-il ? » demanda-t-il, plus durement.
« Je n'en ai aucune idée », répondit-elle.
« Elle le protège. » reprit le brun, « Elle tient à lui, c'est évident. »
Le blond secoua négativement la tête. Un rire fou s'échappa de ses lèvres, « Allons, ma douce, pensez-vous être la première, ou même la dernière ? Il joue avec vous. Il a toujours aimé jouer avec sa nourriture. »
Elle n'en croyait rien. Et, d'une certaine manière, cette remarque eut le mérite de lui redonner courage.
Bella se leva difficilement. Elle toisa avec froideur. « Allez au diable. »
Le blond perdit toute sa patience à cet instant précis. Il était soudainement face à elle, si proche qu'elle sentait son souffle froid sur ses lèvres. Sa main blanche était à son cou délicat et son dos rentra durement en collision avec le mur d'une maison.
« Après tout, peu importe. Nous savons qu'il est à Rome. Nous le trouverons sans vous. Ce qui veut dire que vous nous êtes à présent inutile, et que je vais me faire un plaisir de vous tuer. »
L'horreur naissait à peine dans ses yeux bruns qu'il se pencha vers elle et mordit. Elle tenta vainement de le repousser au début. Le rire fou de l'autre vampire lui parvint brièvement. Elle sentait ses dents froides dans sa peau, transpercer sa chair tendre, et le liquide vital s'échapper de son corps. Son cœur s'emballa de panique. Elle cria. Mais toutes prières, toutes supplications étaient inutiles. Dieu l'avait abandonnée. Bientôt, elle n'eut pu la force de lutter contre lui, ni de crier.
C'est en sentant ses jambes céder sous son poids qu'elle réalisa avec horreur qu'elle allait mourir dans cette ruelle dégueulasse et dans les bras de ce monstre.
Ainsi, le dernier souvenir qu'Aro aurait d'elle serait une dispute stupide à propos de l'avenir de l'Europe.
Bella Cullen était maudite jusqu'à la fin.
oOo
[Point de vue d'Aro]
Elle se retourna brusquement vers lui, « Je vais prendre l'air. Je fais ce que je veux. Tu n'as pas ton mot à dire. Tu n'es ni mon père, ni mon mari, ni- »
« Ni rien. » finit-il durement, hors de lui « Oui, merci de me le rappeler. »
Il serra les poings. Il était furieux. Et jaloux. Tellement jaloux de cet homme, qu'il ne connaissait même pas. Cette situation était totalement ridicule et il était en colère contre sa propre faiblesse.
Aro Volturi était prisonnier. Prisonnier de son rire. Prisonnier de ses baisers. Prisonnier de ses yeux. Il était dépendant d'elle. Lui. Dépendant d'une femme. Pire, d'une humaine. La situation était tragiquement ironique.
Mais il fallait bien qu'il l'admette. Il était trop tard pour les regrets.
Il était éperdument amoureux d'elle.
Il s'était pourtant juré qu'il n'y aurait plus personne après Daphné. Plus personne.
Mais voilà, elle était tombée du ciel, avec ses yeux grands yeux bruns, ses lèvres pulpeuses et ses mots doux.
Mais l'amour n'était pas quelque chose de doux, non. L'amour tord les boyaux. L'amour rend faible. Aro avait abandonné ses principes pour s'accorder à elle. Il se sentait vide sans elle. Paradoxalement, s'il savait que c'était une erreur, qu'une telle relation était vouée à l'échec, il en redemandait constamment. Il voulait être proche d'elle. L'amour le changeait, décuplait ses sentiments, comme la jalousie. Et il en étouffait d'autres, comme la raison.
L'amour n'était pas sage. Aro le savait. Il le savait depuis longtemps. Lui qui pensait avoir retenu la leçon retombait dans le piège une seconde fois.
« Nous n'allons pas avoir cette discussion maintenant. » dit-elle en se détournant. Elle se saisit de sa cape et l'enfila d'un geste fluide. Elle se retourna vers lui alors qu'il levait les yeux au ciel face à sa fuite. Sans un regard de plus pour cette femme insupportable, il se détournera vers la fenêtre.
« Je reviens dans dix de minutes. », dit-elle en se saisissant de la poignée de la porte.
Presque malgré lui, il murmura un « Sois prudente » parce que même furieux contre elle, il ne pouvait pas s'empêcher de s'inquiéter pour sa sécurité. Elle n'ajouta rien et la porte se referma derrière elle.
Quand elle fut sortie, il extériorisa sa rage. Le pauvre vase qui reposait tranquillement sur la table basse du salon fut balancé violemment à travers la pièce et se brisa contre le mur. Les fleurs s'écrasèrent au sol avec grâce, aussi silencieuses et élégantes que des plumes.
« Merda, che stronzo faccio ! » jura-t-il.
Il passa une main dans ses cheveux en soufflant, tentant vainement de se calmer. Un regard en biais pour les fleurs, et ses épaules s'affaissèrent sous le poids de la culpabilité. Il ne manquait plus que ça. La culpabilité. Il devenait vraiment sentimental.
Bien sûr, il s'agit d'une culpabilité plus profonde, et d'un mal-être bien ancré en lui. Il était amoureux d'une femme qui n'était pas la sienne. Et il donnait un effort surhumain pour l'aider à repartir auprès de son petit mari qui devait être tout aussi gentil et niais que son père adoptif. Un homme bien, à n'en pas douter. Bien meilleur que lui.
Un soupir las franchit ses lèvres. Alors, avant qu'il ne le comprenne, il s'était approché et agenouillé pour ramasser les fleurs. « Mi dispiace, fiorellini » dit-il doucement.
Il trouva un autre vase sur la commode pour y placer les fleurs.
Et alors qu'il admirait leur grâce et leur délicatesse, son esprit fit la propre comparaison avec une autre beauté. Aussi fragile. Et un vieux proverbe italien lui revint à l'esprit.
Nella guerra dell'amore, il vincitore è colui che fugge.
Dans la guerre d'amour, le vainqueur est celui qui fuit.
Il ne pouvait même pas fuir. Il l'avait dans la peau maintenant. Mais il ne pouvait pas non plus la retenir contre son gré. Il l'aimait. Il était condamné à la laisser partir.
« Maledetto, Carlisle, tu e la tua futura prole, vai e brucia all'inferno ! » cracha-t-il méchamment.
Maudire Carlisle lui paraissait plus facile que de reconnaître sa propre responsabilité. Mais il ne restait pas insouciant bien longtemps. Il ferma les yeux et inspira profondément par le nez. Depuis combien de temps était-elle partie ? Était-il dépendant à ce point ? Devait-elle se trouver à proximité pour qu'il se sente serein ?
Il ouvrit les yeux.
Oui. Il la sentait. Il la sentait, cette anxiété grandissante qui montait en lui. Il regarda par la fenêtre. Où était passé le soleil ? Alors, l'anxiété se transforma en angoisse. Un sentiment qu'il n'avait pas l'habitude de ressentir. Un sentiment qui ne semblait d'ailleurs pas lui appartenir.
Comprenant l'horreur de la situation, ses yeux s'écarquillèrent et ses lèvres s'ouvrirent assez pour murmurer. « Isabella... »
Il quitta brusquement l'appartement et se retrouva dehors avant même d'avoir enregistrer ses propres mouvements. Il se laissa guider par la force invisible qu'était son instinct. Son parfum sucré le guida. Et soudain, un hurlement, qui déchira son âme.
Il avait mal.
Le cri de la femme qu'il aimait le mena jusqu'à cette ruelle sale. Et il vit rouge. L'envie de tuer provoqua de tremblements incontrôlables. Voilà bien longtemps qu'il les cherchait, ces deux enfoirés. Oui, des centaines d'années, qu'il espérait les recroiser pour pouvoir les déchiqueter de ses mains. Maintenant, l'un d'entre eux avait les crocs plantés dans sa femme. Dominé par son instinct de protection, Aro ne s'appartenait plus. Il assistait à la scène comme spectateur. Son corps agissait seul, indépendamment de sa volonté et de sa conscience.
Un grondement profond et sauvage s'éleva dans l'air. Il lui fallut une seconde pour réaliser que le grondement venait de lui. Prenant conscience de sa présence, le brun, qui s'amusait de la situation, cessa momentanément de rire. C'est par lui qu'Aro commença. Stefan n'eut pas le temps de réagir, ni même de le voir arriver. Une seconde fut suffisante pour que sa tête immonde soit séparée de son corps.
Aro se jeta sur Vladimir et l'écarta d'Isabella. Le blond fut projeté sur le mur d'en face, s'y écrasa brutalement. Isabella tomba à genoux. Il perçut sa peur. Dans d'autres circonstances, il se serait jeté à ses pieds pour pouvoir la rassurer et la consoler. Mais il y avait cet homme à quelques pas. Cette bête sanguinaire qu'il avait tellement envie de tuer.
En un éclair, il fut près du blond. À ses pieds, Vladimir riait. Il leva la tête vers lui. Sa bouche était rouge de son sang.
« Aro... » souffla-t-il, « Mon vieil ennemi. Je ne t'attendais plus.»
Un grondement sombre résonna dans sa poitrine en réponse.
« Tu me prends de court. » reprit le blond, en essuyant sa bouche d'un revers de main, « Je n'en avais pas fini avec elle. Je comptais t'envoyer sa tête, comme cadeau. »
Le saisissant brusquement par le cou, Aro l'obligea à se relever. Sa voix était rauque quand il répondit, « Je vais te tuer. »
Aro ne reconnaissait même plus le son de sa propre voix. Il était quelqu'un d'autre.
Vladimir ne paraissait pas effrayé par sa menace « C'est la chose la plus sage à faire, en effet. Si tu ne le fais pas, je vous retrouverai, toi et ta petite pute, je me ferais un plaisir de m'occuper d'elle avant de te tuer. »
La prise à son cou se resserra considérablement, limitant toute entrée d'air, lui coupant ainsi la respiration. Et soudain, les pieds de Vladimir ne touchaient plus le sol. L'insolant eut l'audace de sourire. Entièrement soumis à ses pulsions meurtrières, Aro nota néanmoins le halètement paniqué à sa droite. Il jeta un bref coup d'œil à sa petite humaine. Le sang coulait toujours de son cou. Ses iris noirs rencontrèrent le brun apeuré de ses yeux. Cette vision, loin de le calmer, décupla sa rage. D'un geste, il arracha la tête de Vladimir. Son corps tomba inerte au sol, rapidement suivit de sa petite tête blonde. Aro regarda le roumain avec un dégoût à peine dissimulé.
La menace écartée, ses muscles se détendirent petit à petit. Il se retourna prudemment vers elle. L'odeur de son sang fut portée jusqu'à lui. Mais il en était à peine conscient. La seule chose à laquelle il pouvait penser était sa blessure. Il fut près d'elle en une seconde.
Il tendit la main. Mais elle eut un mouvement de recul. Elle avait l'air terrifiée.
Là, il lui vint à l'esprit qu'il devait avoir l'air absolument affamé. Et furieux. Elle venait de voir ce qui avait de pire en lui et de comprendre pourquoi tout le monde le traitait comme un monstre.
Alors, d'une simple phrase, il les apaisa tous deux.
« Je me maîtrise. »
La seconde d'après, elle était dans ses bras. Vivante.
oOo
[Point de vue de Bella]
Un grondement sombre s'éleva dans l'air. Et le rire fou de l'autre vampire s'arrêta brusquement.
Tout était si calme.
Si silencieux…
Soudain, le vampire blond fut écarté d'elle par une force invisible. Elle tomba, épuisée, contre le mur, apportant immédiatement la main à son cou ensanglanté.
Impuissante, elle regarda le vampire blond s'écraser brutalement sur le mur d'en face. Ses yeux cherchèrent naturellement l'autre vampire. Elle le trouva allongé sur le sol sale et froid de la ruelle...décapité.
Puis elle le vit, lui.
Un soupir de soulagement s'échappa de ses lèvres.
Sa peau blanche brillait malgré l'obscurité. Il était hors de lui. L'envie de tuer durcissait ses traits. Ses beaux vêtements contrastaient violemment avec l'endroit minable dans lequel ils se trouvaient. Il se tenait près du vampire blond. Ils parlèrent, mais leurs voix étaient si basses. Elle ne parvint pas à distinguer leurs mots. L'échange, aussi court fut-il, semblait énerver le roi plus qu'autre chose. Aro se saisit de son agresseur, et sans le moindre effort, lui arracha la tête. Il le fit avec une telle facilité et une telle rapidité qu'elle en resta choquée. Le corps du vampire blond s'écrasa brutalement au sol.
Puis soudain, il était en face d'elle. Ses yeux vitreux balayaient son visage avec inquiétude.
Ses yeux étaient noirs.
Elle se colla contre le mur de pierre, davantage effrayée par sa soif de sang que par ce qu'elle venait de voir.
« Je me maîtrise. » fut tout ce qu'il dit dans un premier temps.
Alors qu'un sanglot lui échappait, elle se jeta dans ses bras réconfortants. Ce n'était pourtant pas la première fois qu'un vampire essayait de la tuer. Elle devrait y être habituée, à force. Mais cette fois, elle avait vraiment cru mourir. Elle serait morte, s'il n'était pas arrivé à temps. Et leur dernier échange aurait été une dispute. Cette pensée provoqua d'autres larmes. Elle s'accrocha désespérément à lui.
« Je suis désolée. Désolée. » pleura-t-elle dans sa belle veste hors de prix,« Ils te cherchaient. Ils voulaient te tuer. Alors, comme je ne disais rien, ce type m'a mordu et j'ai cru que... » elle se tut brusquement, relevant son petit visage saccagé vers lui « Je ne voulais pas mourir en sachant que tu me détestais. »
Passant une main dans ses cheveux, Aro secoua négativement la tête, et la serra davantage contre lui.
« Je ne te déteste pas.»
Elle ferma les yeux. Il y avait quelque chose de désespéré chez lui. Il était différent. Plus impulsif. Il était habituellement dans cet état d'instabilité émotionnelle après s'être nourri. Probablement l'instinct de vampire. Mais là, il ne s'était pas nourri. Et elle ne l'avait jamais vu comme ça. Loin d'en être intimidée, elle se laissa aller dans ses bras. Elle le sentit bouger. Quand elle ouvrit de nouveau les yeux, ils étaient à la maison.
Il la posa sur le divan du salon et disparut une seconde. Il revint avec une petite serviette blanche.. S'agenouillant en face d'elle et il commença à nettoyer sa blessure en silence. Ses gestes étaient doux, malgré sa fureur évidente. Ses jolies lèvres étaient serrées de colère. Son corps tout entier était crispé.
« Tu as perdu beaucoup de sang. La morsure est maladroite, mais pas mortelle. Il faut que tu gardes un bandage sur la blessure jusqu'à ce que le sang arrête de couler. Tu devrais aller au lit, et manger quelque chose. », il s'éloigna légèrement d'elle, ses yeux balayèrent son visage avec inquiétude.
Interdite, et à moitié recroquevillée sur ce divan, Bella était encore sous le choc. Son esprit, lent et épuisé, refusait de se concentrer. Il lui fallait un verre de vin...voire de whisky pour la remettre d'aplomb.
Pourtant, elle fut bien obligée de se donner une claque mentale. Le profond soupir que poussa l'homme à ses pieds attira brusquement son attention, et la ramena à la réalité. Elle le regarda poser la serviette souillée à terre. Il se tendit brusquement, observant ses doigts fins et élégants, maculés de sang. Ses yeux étaient aussi noirs que du charbon. À quand remontait sa dernière chasse ? Un rapide calcul lui donna la réponse. Trois jours. Trois jours entiers qu'il ne s'était pas nourri. Leur idylle ayant accaparée leurs pensées, et tout leur temps libre.
Bella se recroquevilla intérieurement, se collant davantage contre le dossier du divan et rabattant brusquement ses jambes contre sa poitrine. Il ne fit aucun mouvement. Pas le moindre petit geste. Et au fond, il ne semblait même pas menaçant. Un peu sonné et surpris. Ses yeux noirs restaient obstinément fixés sur sa main ensanglantée. Il inspira brusquement pas le nez, relevant lentement la tête vers elle, son attention se porta directement à son cou.
Oh, merde… pleura-t-elle intérieurement.
Il avait l'air affamé.
Ses entrailles se tordirent douloureusement d'angoisse.
« Aro... » souffla-t-elle avec urgence.
Il semblait retrouver brusquement ses esprits en entendant son nom. Ses yeux abandonnèrent la plaie à son cou, et tombèrent sur les siens. La voyant pliée en deux, l'air paniquée, un petit « Désolé » glissa sur ses lèvres et il se leva. Il disparut un millième de seconde et revint avec un mouchoir. Bella s'en saisit, l'apportant à son cou.
Elle ne parvenait pas à réfléchir correctement. La scène repassait en boucle dans son esprit. Ces deux hommes ne la connaissaient pas. Pourtant, ils la haïssaient. Ils la haïssaient parce qu'ils la pensaient inférieure. Parce qu'elle protégeait leur ennemi.
Bella commença à ventiler de nouveau sous la panique. Ses yeux balayèrent rapidement la pièce. Mais c'est à peine si elle reconnaissait l'endroit.
Elle avait été idiote. Totalement stupide. Et surtout, profondément irresponsable. Elle avait mis sa vie en danger, mais aussi celle d'Aro. Elle n'aurait jamais dû sortir.
Son regard paniqué se posa brusquement sur la jupe de sa robe. Tachée de son propre sang. Tout comme son corsage.
C'était une robe à l'anglaise qu'il lui avait achetée en voyant qu'elle supportait de moins en moins les robes à la française volumineuses qu'Amélia avait mis dans sa valise. Maintenant, elle été bonne à jeter.
Cette robe n'était pas plus belle que les autres. Elle était même plutôt simple et très confortable. Bella l'aimait. Parce que lors d'une soirée à flâner dans les rues de Rome avec lui, elle l'avait portée. Et c'était un souvenir heureux. Maintenant, elle était était irrécupérable.
Des doigts froids lui saisirent le menton et elle fut brusquement noyée dans ses yeux noirs.
« Isabella. J'ai besoin que tu me parles. » exigea-t-il précipitamment. « Est-ce que ça va aller ? Veux-tu que je fasse appeler un médecin ? »
Bella le regardait, perdu dans sa propre panique. Ses yeux bruns étaient rivés sur lui. Mais elle ne le voyait pas vraiment.
« La robe... » murmura-t-elle doucement.
Aro secoua la tête, confus, « Quoi, la robe ? »
« Elle est tachée. »
Il regarda sa robe souillée avant de relever les yeux vers elle, « Isabella, je ne veux pas être grossier, mais ta robe n'est pas ma priorité absolue. »
« Mais je l'aimais. »
Sa voix était si faible. Son ton alarma Aro, qui contenait déjà à peine son inquiétude. Il encadra brusquement son petit visage rouge de ses mains. L'attirant à lui, il plaqua ses lèvres froides contre son front. Il était toujours agenouillé en face d'elle. Son expression était un mélange surprenant de douleur et de fureur, « Je suis désolé, tout est de ma faute. »
Elle posa sa main libre sur la sienne, « Rien n'est de ta faute. Je n'ai simplement pas de chance. »
Il secoua la tête, « Si il n'y avait pas eu cette stupide dispute, tu ne serais jamais sortie et tu n'aurais jamais rencontré les Roumains. »
« Avec des "si" on pourrait refaire le monde Aro. »
Ses larges épaules s'affaissèrent sous le poids de la culpabilité, malgré ses mots.
« Cet... animal vicieux... t'a presque tuée. Si j'étais arrivé trop tard, tu- »
« Mais tu étais là. Tu es arrivé à temps, et tu m'as sauvé la vie. »
Ses mots n'avaient visiblement aucun effet. Il ferma douloureusement les yeux.
« Aro... », ses doigts s'emmêlèrent dans la chevelure parfaite de l'homme « Ils sont morts. »
Il releva la tête, plus calme à présent, « Non, justement. Je dois aller brûler leurs corps. »
Sa phrase était à peine achevée, qu'il était debout, à chercher sa veste.
« Tu veux dire qu'ils sont toujours vivants ? »
« Isabella, ils sont morts depuis des années » dit-il avec indulgence.
« Ne joue pas sur les mots. Tu sais très bien ce que je veux dire. »
Il se retourna vers elle en soupirant, « Oui, je sais très bien. Que veux-tu que je fasse ? Que je les aide à recoller leurs têtes et que je les laisse partir ? »
« Et pourquoi pas ? »
« Tu es incroyable ! » s'exclama-t-il, sidéré, « Ils t'ont presque tué ! »
« Je ne compte plus les gens qui ont essayé de me tuer. » reprit-elle vivement en se levant, « Je crois aux secondes chances. »
« Pas moi », il enfila sa veste avec hâte, s'apprêtant à partir.
« Tu as essayé de me tuer aussi ! » reprit-elle et il s'arrêta à la porte d'entrée, « Et je t'ai pardonné. »
« Tu me compares à eux ? » demanda-t-il brutalement en se retournant, visiblement touché par cette accusation « Les deux situations sont totalement différentes, Isabella. Je ne cesserai jamais de m'en vouloir pour ce que j'ai fait. Ces hommes-là n'éprouvent pas de remords. Ils ne se remettent pas en question. Jamais. Ils tuent gratuitement, pour le plaisir. Ce sont des monstres et des meurtriers. Ils ne méritent à aucun moment ton pardon, et encore moins une seconde chance. Mourir est une grâce. Ils mériteraient de souffrir éternellement. »
« Oh, oui ! » s'exclama-t-elle avec ironie, « Tu es vraiment miséricordieux ! »
« Tu es une telle enfant. »
« Ce sont des vampires Aro. Je suis une humaine. Tu condamnes des vampires pour avoir voulu se nourrir d'une humaine. C'est dans leur nature. »
« Isabella, tout ne te concerne pas. C'est une animosité qui remonte à des siècles d'existence. »
« Et j'imagine que tu vas les condamner à mort en évoquant ta vision très personnelle de la justice. Je ne vois pas en quoi tu es différent de ces deux types. Comme eux, ta seule motivation est la vengeance. »
L'espace d'un instant, il semblait sincèrement blessé par ses mots. Son visage se brisa en mille morceaux et sa bouche s'ouvrit pour répondre, mais aucun son n'en sortit.
« Tu es tellement injuste. » murmura-t-il avant de quitter la pièce.
Elle expira brutalement toute sa douleur. Ses yeux étaient à peine secs qu'ils furent mouillés de nouveau. Elle écarta la compresse de son cou, qui se saignait plus, et délassa le haut de son corset pour pouvoir respirer. Traversant la pièce comme une furie, elle ouvrit un petit buffet dont elle sortit une bouteille de whisky. D'une main tremblante, elle versa le liquide jaune pâle dans un verre en cristal, qu'elle vida d'une traite. L'alcool réanima partiellement ses sens. Elle se servit un nouveau verre.
Ils avaient recommencé à se battre l'un contre l'autre finalement.
Elle en était d'autant plus malade qu'elle avait tort.
D'un pas lent, elle se dirigea vers la cheminée, et s'effondra près du feu crépitant.
Le temps passa, les larmes séchèrent mais la douleur était toujours là.
Il rentra au bout d'une heure...ou deux...ça n'a pas d'importance.
Elle était toujours là, face au feu devenu braises, le regard vide.
Le bruit de ses pas était étouffé par le tapis. Il arriva en silence près d'elle, s'agenouillant, et réanimant le feu.
Quand les flammes recommencèrent à danser devant leurs yeux, il s'assit correctement à ses côtés en soupirant.
Elle ne sait pas combien de temps ils restèrent là, sans parler.
Mais à un moment, elle n'y tint plus.
« Je suis vraiment désolée. » Sa voix était si faible. Elle doutait même d'avoir parlé.
Il se contenta de lui prendre la main et de la serrer doucement.
Un autre silence.
« Il a menti. J'espère que tu le sais. » déclara-t-il après un moment. « Je ne joue pas avec la nourriture. Ton sang ne m'intéresse pas. »
Elle tourna lentement la tête dans sa direction. Son visage, éclairé par le feu, avait perdu de sa pâleur. Il semblait presque...vivant...humain, malgré sa beauté surnaturelle. Ses yeux étaient d'un rouge profond, cette fois.
Il s'était nourri entre temps.
« Je sais. » finit-elle par répondre, « Tu es un homme bien. Je m'en veux de t'avoir fait croire le contraire. »
Il ne la regardait pas.
« Tu devrais vraiment arrêter de dire ça. Je ne suis pas un homme bien. Tout le monde le sait. Et tu es bien naïve de croire le contraire. »
« Mais je me fiche de ce que tout le monde pense. »
Un long soupir s'échappa des lèvres de l'homme. Son regard rouge se posa enfin sur elle, « Comment va ton cou ? »
« Je survivrai. »
Tout était rentré dans l'ordre dans leur étrange intimité. Ils se battaient et se réconciliaient en quelques secondes. C'était presque amusant au fond, mais incroyablement épuisant. C'était une relation très différente de celle qu'elle avait partagée avec Edward. Une relation plus spontanée. Ils n'hésitaient jamais à aborder des sujets difficiles, ou tabous. Cependant, elle devait admettre qu'Aro et Edward avait un point commun, ils cherchaient tous les deux le conflit. Elle se demanda une seconde si le problème ne venait pas d'elle. Edward avait toujours été dans une surprotection malsaine, ce qui l'avait toujours énervée. Bella avait gardé une certaine rancune d'être traitée comme une enfant par son propre mari. Et cette rancœur avait provoqué de nombreuses disputes. Avec Aro, c'était différent. Elle ne savait pas toujours pourquoi ils se battaient. Ce qu'elle savait, en revanche, c'est que si il avait la mauvaise habitude de la traiter '' d'enfant '', il n'était jamais derrière elle, à vérifier constamment ce qu'elle faisait. A la surveiller. A empiéter sur son espace ou à vouloir rentrer dans sa petite bulle. Il se contentait de veiller sur elle de loin.
Elle en soupira, rejetant la tête en arrière, « Nous avons recommencé »
« A quoi ? »
« Nous battre. »
Il l'observait attentivement quand elle rabaissa la tête.
« C'est parce que nous sommes différents » dit-il simplement.
« C'est ce que tu penses ? »
« Pour quelle autre raison nous battrions-nous ? »
Bella ne répondit pas, retourna son visage vers le feu.
« Je pense que nous avons beaucoup de points communs. »
Il souffla par le nez, amusé, arquant un sourcil élégant. « Lesquels ? »
Elle sourit doucement, « Eh bien, pour commencer, nous sommes tous deux bruns. »
Le rire incrédule de l'homme s'éleva entre eux, écartant définitivement toute tension « C'est difficilement contestable. »
« Nous détestons les Français tous les deux, aussi. »
« Tu es incapable de détester qui que ce soit, Isabella. »
Elle l'ignora superbement, se laissant tomber lentement en arrière. Son corps reposait sur ce tapis hors de prix, étonnement confortable. Elle prit le temps d'admirer le plafond.
« Nous sommes tellement malheureux dans nos petites vies rangées que nous sommes obligés de partir très loin pour fuir la réalité de nos existences monotones et ternes. »
Le silence lui répondit.
« Tu ne devrais pas être ici » continua-t-elle dans un murmure à peine audible, « Je veux dire que tu ne devrais pas quitter Volterra, en théorie. C'est le centre de ton pouvoir. Néanmoins, tu es là. Seul. Tout en sachant très bien que beaucoup de gens veulent ta mort.»
« Je suis ici pour tes beaux yeux, et tu le sais. »
Elle n'arriva pas à contenir son sourire niais, « C'est gentil. Mais c'est faux. »
Un soupir fatigué s'éleva brièvement dans l'air. Il se laissa tomber en arrière à son tour et atterrit avec une grâce surhumaine à côté d'elle.
Ils paraissaient minables, allongés comme ça sur le sol.
Bella tourna la tête dans sa direction seulement pour le voir regarder le plafond.
Elle avait de la peine pour lui.
Elle se hissa sur son coude pour mieux le voir, « Dis-moi comment te rendre heureux. »
Ses yeux rouges glissèrent lentement vers elle, « Remonte le temps trois mille ans en arrière et empêche-le de me mordre. »
Son sang se glaça. Elle ouvrit la bouche mais ne trouva pas les mots. Sa gorge était tellement serrée que le souffle passait à peine. Elle dut faire un effort surhumain pour continuer à respirer. Il n'était pas sérieux. Il ne pouvait pas être sérieux. N'est-ce pas...?
Elle encadra son visage d'ange entre ses mains, tout en secouant la tête, « S'il te plaît, ne dis pas ça. »
« Je me contenterai d'un baiser dans ce cas. »
Alors elle l'embrassa. Elle n'embrassa pas que ses lèvres, mais ses joues, son nez, ses paupières, son front. Elle couvrit son visage de baisers, espérant secrètement qu'ils remplacent sa peine, et ses mauvaises pensées. Quand elle s'écarta, le sourire triste qui avait figé son visage d'ange jusqu'à présent avait disparu et la flamme qui illuminait habituellement ses yeux était revenue.
Elle posa sa tête là où son cœur avait battu, autrefois.
« Et si nous partions ? » demanda-t-il après un moment sans parler.
« Pour aller où ? »
« N'importe où. N'importe quel autre endroit sera meilleur qu'ici. »
L'idée d'accepter était tentante. Au fond, c'est ce qu'elle voulait.
Mais l'image de tous ceux qu'elle laisserait derrière si elle acceptait lui revint à l'esprit. Sa mâchoire se crispa.
Elle ne serait plus jamais libre de ses choix, à présent.
Tout ça à cause de cette stupide bague.
« Les Volturi ont besoin de toi »
Il soupira de sa réponse. « À partir de quand es-tu devenue plus raisonnable que moi ? C'est un mystère. »
« J'ai toujours été plus raisonnable que toi. »
Il la serra fort contre lui et elle ferma les yeux, s'autorisant à oublier tout le reste pendant quelques secondes. Elle se sentait bien, en sécurité. Un éternité, qu'elle ne s'était pas sentie en sécurité.
Elle se disait de plus en plus que c'était le moment idéal pour lui dire qu'elle l'aimait. Mais elle devint lâche à l'instant même où la pensée lui traversa l'esprit.
Il n'avait rien dit qui laisserait penser que c'était réciproque.
Jamais rien dit.
Et elle était mariée...
Ses lèvres se serrèrent l'une contre l'autre. Elle trouva la force de se dégager du confort de ses bras pour se redresser.
« A quoi servent tes gardes? » demanda-t-elle brusquement en tripotant la jupe de sa robe.
« Que veux-tu dire ? »
« Je pensais qu'ils étaient là pour te protéger... » expliqua-t-elle.
Il se redressa à son tour, s'appuyant sur une main avec nonchalance, le visage légèrement rejeté en arrière, « C'est une de leur fonction, en effet. »
« Mais tu sais visiblement te défendre tout seul. » dit-elle en le regardant. Il souriait légèrement, visiblement amusé. « Ils étaient deux...et tu as arraché la tête de ce type avec une facilité révoltante. »
Il la regarda, toujours affreusement amusé de la situation, « La force augmente avec l'âge. Et je suis très vieux, petite fille. »
« Oui, je l'ai remarqué, ça. » répondit-elle et il arqua un sourcil à son insolence. « C'est pourquoi je demande : à quoi servent les gardes ? »
Il soupira, se pencha vers elle pour lui voler un baiser, « Je suis un vieil homme, mon ange. Un vieillard avec beaucoup d'ennemis. Et… »
« Et ? » demanda-t-elle, réellement intriguée. Elle se demandait vraiment pourquoi un homme si puissant avait besoin de protection.
Aro la regarda intensément de ses deux yeux rouges. Devait-il vraiment répondre à sa question et indiquer ses faiblesses ? Il finit par soupirer, la tirant brusquement sur ses genoux. Elle se détendit en retrouvant la protection de ses bras.
« L'âge ne fait pas qu'augmenter la puissance physique » dit-il finalement, « Certains de mes sens se font moins...aiguisés… avec le temps... »
Elle releva la tête vers lui, fronçant les sourcils, « Que veux-tu dire ? »
« Mon odorat me joue quelques fois de vilains tours. Quant à mon ouïe... » un soupir interrompit sa phrase, « Elle n'est clairement plus aussi développée qu'avant. Je n'ai aucun mal à entendre les humains, ce sont des êtres très peu discrets...mais les vampires, c'est une autre histoire… Ils sont aussi silencieux que des fantômes. »
Bella comprenait maintenant. Bien sûr, il aurait l'avantage dans un combat régulier, avec sa force plus développée que celle de n'importe quel vampire. Mais si ses ennemis le prenaient par surprise, il pourrait se faire tuer. Cette pensée provoqua un grand frisson dans tout son être.
Elle encadra brusquement son visage entre ses petites mains, se délectant de ses traits réguliers et inhumains. Ses doigts frôlaient doucement le coin de ses yeux quand elle demanda justement :
« Et tes yeux ? »
Un sourire narquois tordit doucement les lèvres de l'homme, « Ils sont laids, n'est-ce pas ? »
Les yeux toujours rivés sur son visage d'ange, Bella pencha lentement la tête sur le côté.
« Il n'y a rien de laid chez toi »
Il avait l'air dubitatif.
« Sérieusement, si tu trouves une seule chose de laide chez toi, qu'est-ce que je devrais dire ? »
« Eh bien, la beauté est quelque chose de subjectif, qui varie selon les personnes. » dit-il doucement. « Tu es parfaite, pour moi. »
« Hum... » elle passa ses bras autour de son cou, arquant un sourcil, «C'était bien parti...jusqu'à ce que tu dises que j'étais parfaite. »
Il leva légèrement les yeux au ciel à sa remarque dénigrante.
« Je n'ai pas dit ça. J'ai dit que tu étais parfaite, pour moi. »
« Et...selon toi... j'étais parfaite avant ou après avoir pris deux kilos ? »
L'expression paniquée qui naquit en une seconde sur le visage de l'homme était à mourir de rire, « Q-Quoi ? » s'étrangla-t-il.
Haha. La prise de poids féminine était un sujet sensible. Peu importe le siècle, les hommes, humains ou vampires, partageaient visiblement la même crainte d'être interrogé sur ce sujet plutôt délicat.
Aro commença à bégayer une réponse vide de sens, lui assurant avec conviction qu'elle était très belle. Bella donna tout pour ne pas hurler de rire.
Mais c'était drôle de voir cet homme puissant perdre ses moyens pour une histoire aussi futile.
« La nourriture italienne est très bonne mais très calorique. Je dois serrer mon corset beaucoup plus fort qu'autrefois. Ne me dis pas que tu ne l'as pas remarqué ? »
« Je l'ai remarqué. »
« Et pourquoi n'as-tu rien dit ? »
Il leva innocemment les yeux au ciel, « Je ne voulais pas te vexer. »
« J'ai une envie furieuse de te frapper au visage, là, maintenant. »
Il leva les deux mains devant lui,« Ne fais pas ça. Tu vas te blesser. »
« Je ne suis pas en sucre. »
Aro lui offrit un regard dubitatif, « Tu entres en collision avec tous les objets inanimés qui se trouvent sur ton chemin. Tu as une vingtaine de bleus sur chaque jambe, Isabella. »
« Ce n'est pas vrai ! Je n'entre pas dans chaque objet inanimé qui se trouve sur mon chemin et je n'ai pas une vingtaine de bleus sur chaque jambe. Une dizaine, tout au plus... »
Il leva ouvertement les yeux au ciel, « Tu es l'humaine la plus maladroite que je n'ai jamais vu. C'est un miracle que tu sois encore en vie, des gens sont morts pour moins que ça. Et toi, tu- »
Elle l'embrassa pour le faire taire, satisfaite du petit bruit surpris qui s'échappa de ses lèvres quand elle le fit. Tout devint trop familier. Ses propres doigts se perdant dans sa chevelure noire. Son odeur. Ses lèvres. Et l'envie furieuse de retrouver sa peau nue. À califourchon sur lui, elle le repoussa en arrière, plaqua une main contre son torse pour l'empêcher de se redresser. D'une manière ou d'une autre, il avait pris le temps d'écarter ses jupons. Ses doigts froids, familiers, effleuraient ses cuisses. Ce minuscule toucher les apaisa pour l'instant.
« Nous n'avons jamais fait l'amour ici. » remarqua-t-elle.
« Nous devons absolument rattraper le temps perdu. »
« Oui...nous pouvons faire ça... » songea-t-elle, « Ou alors, je peux te montrer comment on fait une pyjama party, entre filles. »
Elle n'avait pas prévu que cette proposition fasse autant d'effet. Si bien qu'elle fut surprise en voyant le visage de l'homme s'illuminer.
« Je veux faire une pyjama party avec toi. Tu me l'as promis ! »
Il avait l'air d'un enfant en ce moment, s'émerveillant d'une chose qu'il n'avait jamais faite. L'expression mélancolique qu'il avait affiché quelques instants auparavant était bien loin. Bella en fut rassurée. Elle ne pouvait pas le voir si malheureux. Elle le voulait souriant, et épanoui.
« Tu sais, les relations sexuelles et les pyjamas party ne sont en théorie pas compatibles. »
« Alors, nous allons réinventer les règles. »
« Très bien »
Il écarta sa petite main posée sur sa poitrine et se redressa pour l'embrasser.
Quand il s'écarta, il souffla doucement contre ses lèvres « Σ 'αγαπώ »
Ce n'était pas de l'italien. Elle ne reconnut pas la langue. Et elle ne comprit pas. Mais son ton était si tendre qu'elle tira sa tête vers elle et l'enlaça de toutes ses forces.
Le reste de la soirée fut irréelle. Bella ne se rappelait pas s'être déjà autant amusée. Près de la cheminée, une montagne de friandises et du chocolat chaud devant eux, ils parlèrent pendant des heures. Elle l'obligea à manger un macaron et à boire du chocolat chaud.
Il plissa le nez de dégoût en écartant la tasse fumante de ses lèvres. « C'est absolument immonde » déclara-t-il en jetant un regard mauvais au chocolat chaud.
Bella leva les yeux au ciel en prenant une gorgée, « ''C'est absolument immonde'' » se moqua-t-elle ouvertement « Dieu, tu es une telle Précieuse. »
Aro l'observa silencieusement alors qu'elle se moquait ouvertement de lui. Il se leva brusquement. À vitesse vampirique, il fut près du divan. Il se saisit d'un coussin hors de prix et lui balança à la figure pour punir son insolence. Elle hurlait de rire. L'instant d'après, il était de nouveau face à elle et touillait élégamment son chocolat, telle la Précieuse qu'il était.
« Tu veux que je t'apprenne à jurer comme un bon petit américain ? »
Il arqua un sourcil avec défi, « Seulement si tu me laisses t'apprendre à jurer comme une Précieuse. »
« Vendu. » dit-elle en posant sa tasse, « Alors, tu me disais que le chocolat chaud était dégueulasse, c'est ça ? »
Il l'observa se pencher pour saisir un macaron. « Je ne crois pas avoir dit une telle chose. » déclara-t-il calmement en levant la tassa à sa bouche. « D'ici demain, tu auras pris deux kilos supplémentaires. »
Bella l'ignora superbement en croquant dans sa pâtisserie, « Les hommes de ce siècle aiment les femmes rondes. »
« Qui t'a dit ça ? » demanda-t-il, amusé.
« Personne. Mais essaye seulement de prétendre le contraire et je te jure que je trouverais bien un moyen de te blesser. »
Les yeux de l'homme brillaient d'amusement, « Oh. Regardez-moi ça. Le chaton sort les griffes. C'est adorable. » Bella renifla avec dédain alors qu'il continuait, « Tu as raison cependant, concernant les femmes rondes. J'ai d'ailleurs deux peintures de François Boucher dans mon étude personnelle. »
Bella plissa le nez, confuse « Et alors ? »
« François Boucher adorait peindre des petites femmes rondouillettes, à la peau blanche, aux joues et aux lèvres rouges comme le sang. Blondes et nues, de préférence. »
Elle manqua de s'étouffer avec son macaron, « Et tu as de tels tableaux, dans ton bureau? »
Il leva innocemment la tasse à ses lèvres en battant des paupières. « Eh bien, oui. »
« Et les femmes représentées sont-elles blondes, nues, rondouilettes à la peau blanche et aux lèvres rouges ? »
« Tu iras voir par toi même. »
« Tu es un pervers. »
Il posa une main contre son cœur de façon assez théâtrale, « J'aime ce qui est beau. Si Boucher était toujours vivant, je lui demanderais de te peindre. »
« Si c'est pour être accrochée dans ton bureau et que tout le monde puisse voir mon derrière, c'est pas la peine. »
« Il serait accroché dans mes appartements privés. » déclara-t-il calmement, « Je ne laisserai pas n'importe qui te voir dans une telle...position. Ce ne serait pas digne du gentleman que je suis. »
Bella leva ouvertement les yeux au ciel en reprenant sa tasse « Eh bien, peu importe. Laisse moi grossir. Pour que je puisse correspondre aux critères de beauté de ce siècle-là, au moins. »
« Tu ne pourrais pas. »
« Et pourquoi? » exigea-t-elle en plissant les yeux.
« Tu n'es pas blonde. Et le blond est à la mode. »
« Super. » ironisa-t-elle, comme si tout cela avait de l'importance. Alors qu'au fond, elle se fichait bien d'être à la mode ou pas. Elle voulait juste manger en paix. « Et, qu'avons-nous fait, nous, pauvres petits bruns, pour mériter un tel sort ? »
Aro haussa les épaules avec nonchalance, « Rien. Mais le blond est considéré comme la couleur noble par excellence. »
« Des conneries, moi, je te le dis ! Je suis sûre que c'est à cause de Marie-Antoinette que cette stupide mode est née ! »
« Marie-Antoinette est rousse. »
« Quoi ? Sérieux ? Mais dans tous les films que j'ai vu, elle était blonde. »
Il ne releva pas la mention des « films ».
« Elle est bien rousse. C'est pour cette raison qu'elle met une tonne de poudre blanche ou grise sur ses cheveux. Comme ses sourcils sont très clairs, elle peut aisément passer pour blonde. »
« Pourquoi ferait-elle une telle chose ? »
« Le roux est considéré comme ignoble. »
« Ce n'est pas très gentil. » remarqua-t-elle.
Il rit légèrement. « Non. Ignoble, dans le sens de ''non-noble'', Isabella. »
« Oh. » dit-elle brièvement, plus intéressée par cette assiette avec ce délicieux gâteau à la crème que par les cheveux roux de Marie-Antoinette. « Dis...est-ce que tu pourrais... »
Aro se pencha pour lui tendre l'assiette avant qu'elle puisse achever sa phrase. Un sourire suffisant ornait les lèvres de l'homme. Vraisemblablement, il n'avait pas besoin de lire son esprit pour connaître ses besoins. Bella le remercia brièvement.
Malgré ses efforts surhumains, de la crème tomba sur sa robe.
« Alors. » dit-elle en s'essuyant, « Dis-moi, mon petit roi, quelle est la chose la plus vulgaire que tu aies dite ?»
Profitant du fait qu'elle soit partiellement occupée, Aro lui vola son assiette et son gâteau.
« Hum...je ne sais pas si je peux le dire. »
« Oh, allez, je peux tout entendre »
Il coupa le gâteau à la crème à l'aide d'une fourchette avant de l'apporter à ses lèvres. L'effet fut presque immédiat et son nez se plissa de dégoût. Il ne savait pas pourquoi il s'infligeait une telle chose, car le tout était profondément « Dégueulasse... » murmura-t-il
Elle releva la tête à sa soudaine vulgarité, « Mon gâteau ! » se scandalisa-t-elle. Lâchant le mouchoir avec lequel elle s'acharnait sur la tache de crème, elle se saisit de l'assiette qu'il lui tendait avec dégoût.
« Je te le laisse. »
« Mais tu apprends vite, néanmoins ! » dit-elle avec fierté. « Eh bien, j'attends toujours ta réponse. »
Aro soupira lourdement en lui jetant un petit coup d'œil gêné. « Eh bien… j'ai pu...un jour où j'étais très énervé...traité Caius d'espion de culs mal torchés... » dit-il doucement, « Puis j'ai dû ajouter qu'il était également un accapareur de merde d'abeilles. »
Elle partit dans un éclat de rire sonore et généreux en réponse. « Qu'est ce que c'est censé vouloir dire ? »
« Qu'il est un petit profiteur sournois. »
« Wow ! » lâcha-t-elle, réellement impressionnée par son imagination « Et qu'a-t-il répondu ? »
« Si ma mémoire est intacte, il m'a traité de Jean-Foutre en retour. Une merveilleuse expression française qui signifie ''bon à rien''. »
« Est-ce qu'il a utilisé une expression française pour t'embêter, sachant à quel point tu les détestes ? »
Aro renifla, « Qu'importe. Caius ne jure qu'en français de toute façon. Il dit que c'est plus ''élégant''. C'est un idiot. Une insulte est une insulte. Qu'elle soit en français ou non, cela reste vulgaire. »
Son air ronchon et moralisateur arracha un sourire à sa compagne, « Dieu, tu es une telle drama queen. »
L'homme fronça les sourcils en réponse, « Pourquoi j'ai l'impression que tu te moques de moi ? »
« Moi, me moquer de toi ? » plaisanta-t-elle, « Jamais ! »
Il accepta son ironie avec grâce et esquissa un léger sourire.
« Je suis une telle crème avec toi, ma jolie petite fleur, que tu oublies trop facilement à qui tu parles. »
L'avertissement n'allait pas du tout avec le ton doux employé. Sans surprise, la menace n'eut aucun effet, à part la faire sourire. Jetant un coup d'œil à toutes les sucreries qui les entouraient, le sourire de Bella se figea. La honte colora soudainement ses joues pâles. Toute cette nourriture...alors que tant de personnes mourraient de faim, dehors. Soudainement nauséeuse, elle écarta et la tasse et l'assiette de sa vue.
« Cela fait beaucoup de nourriture pour deux personnes... » remarqua-t-elle doucement, un peu gênée « Enfin...pour une personne et demi. »
Aro regarda autour de lui à son tour, « Oui. C'est vrai... »
« On pourrait peut-être...donner le surplus... »
« A qui ? »
Elle inclina élégamment la tête vers le haut pour rencontrer son regard rouge, « Il y a plein de mendiants dans les rues... »
Un demi-sourire contenu se répandit lentement sur les lèvres du vampire, « Peu d'aristocrates donnent aux pauvres. Généralement, ils jettent la nourriture en trop ou la donne aux chiens. »
« Et alors ? », demanda-t-elle un peu brutalement, « Je ne suis pas une aristocrate »
« Et moi, j'ai été esclave. » murmura-t-il doucement en réponse, « Alors, tu as raison. Nous donnerons aux pauvres. »
Frappée une fois de plus par la douceur de son expression, elle détourna les yeux, laissant son regard se perdre dans les flammes. Son rythme cardiaque avait visiblement décidé de ne pas revenir à la normale, et elle pouvait aisément deviner le petit sourire satisfait sur le visage d'Aro. Feignant de n'en savoir rien, Bella tâcha néanmoins de calmer son petit cœur. Il n'était pas obligé de savoir quel effet il avait sur elle, après tout. Son ego était déjà tellement énorme. Inutile de lui donner une raison supplémentaire d'orgueil mal placé.
Du coin de l'œil, elle le vit se déplacer lentement jusqu'à elle. Quelques petits centimètres à peine les séparaient.
« Oh, allez, jolie fille, regarde-moi. »
Sa voix taquine fit bondir une fois de plus son traître de cœur. Cette sale bête avait le don de s'emballer dès qu'il était dans les parages.
Elle tourna la tête et le regarda d'un air stupide. Il s'était penché légèrement pour qu'elle puisse profiter, à son aise, de ses traits réguliers, de la blancheur éclatante de son sourire et de son regard langoureux.
Ne te donne pas tant de mal, mon gars. Je suis déjà amoureuse de toi, pensa-t-elle, amusée
« Je ne suis pas jolie » déclara-t-elle de sa brusquerie habituelle, « Et toi, tu vas me laisser te brosser les cheveux. »
Le visage d'Aro s'éloigna brusquement du sien, son front se plissa. « Il n'en ai pas question. »
« Ça tombe bien, ça n'en était pas une. »
« Tu crois vraiment que je vais te laisser toucher mes cheveux ? C'est la partie la plus parfaite de ma sublime anatomie. » répondit-il, en toute modestie. « Personne, ne touche mes cheveux. Alors, Madame, tachons de trouver une autre distraction. »
Bella leva les yeux au ciel. Mais après tout, s'il voulait jouer à ce jeu-là, pourquoi pas.
« Malgré la modestie qui vous pare, Monsieur, j'ai bien peur de devoir vous contredire. »
« Et à quel sujet, ma belle amie ? »
« J'ai déjà touché vos cheveux. Plusieurs fois. »
Il arqua sournoisement un sourcil, « J'en conviens.» chuchota-t-il de sa voix soyeuse, « Je ne saurais oublier ces délicieux instants de volupté. »
Se penchant en avant, elle se saisit de la brosse à cheveux et la secoua doucement, « Oh, allez, viens ici. Je vais te faire des tresses. »
Il eut un mouvement de recul, « Tout doux, ma belle. Il n'a jamais été question de faire des tresses. »
Elle fit la moue, « Tu sais… j'ai eu très peur tout à l'heure… et… j'ai encore mal au cou... » bredouilla-t-elle faiblement, de sa petite voix triste. Sa lèvre inférieure trembla. Et elle remercia silencieusement son professeur de théâtre. Elle n'avait rien d'une grande actrice. Pourtant son petit jeu semblait fonctionner sur lui.
Aro lui jeta un regard mauvais, « Tu ne m'auras pas comme ça. »
Mais le ton n'était plus aussi sûr et déterminé.
Alors...Un regard de biche, plein de fausses larmes plus tard, et il cédait dans un soupir. C'est donc avec un immense plaisir qu'elle passa la brosse dans ses mèches brunes, se délectant de leur perfection. De la soie. Elle ne poussa pas le sadisme jusqu'à lui faire des tresses. Plus tard, il réussit à la convaincre d'échanger les rôles. Et il n'eut aucun remords à lui faire des tas de coiffures à la Marie-Antoinette.
Le temps passa à une vitesse folle, les éclats de rires, les discussions interminables et les baisers ponctuant le reste de la soirée. C'est épuisée, qu'elle se laissa tomber dans ses bras, bercée par ses mots en italiens.
Après l'avoir glissée dans le lit, Aro revint dans le salon. Il rangea partiellement la pièce, et éteignit toutes les chandelles. Une seule petite bougie brûlait tranquillement dans la chambre, quand il revint. Il se débarrassa de quelques couches de vêtements, avant de glisser sous les couvertures. Elle dormait encore paisiblement. D'un doigt, il écarta une mèche brune rebelle de son visage et se pencha pour poser délicatement ses lèvres froides contre sa joue.
« Dors bien, ma petite fleur. »
Il se coucha à ses côtés, comme tous les soirs, pour veiller sur son sommeil. Il était à peine installé, qu'elle se retournait vers lui. Les yeux toujours clos, elle passa ses petits bras autour de lui.
Et alors qu'elle enfouissait sa tête dans la poitrine de l'homme, le serrant contre elle, un petit « Amore » glissa de ses lèvres.
Son rythme cardiaque, lent et régulier, prouvait qu'elle dormait.
Alors peut-être avait-il mal entendu. Ou était-ce simplement son imagination. Oui, peut-être n'avait-elle jamais dit ça, et qu'il avait interprété ce marmonnement incompréhensible par une chose qu'il souhaitait entendre.
Au fond, quelle importance.
Sa jolie main blanche glissa dans ses cheveux bruns. Il se rendait malade à respirer l'odeur de violette qui se dégageait de sa chevelure.
« Amore. » répéta-t-il doucement.
Il venait de se passer quelque chose. Dans le ciel obscur, une étoile venait de s'accrocher. Et brusquement, cet appartement devenait trop petit. Ce lit devenait trop petit. Trop petit, pour l'immensité d'une émotion humaine sincère.
Traductions:
- Per favore scusami (italien) : Excusez-moi ?
- Acest miros...(roumain) : Cette odeur…
- Se simte ca el (roumain) : Elle sent comme lui.
- Merda, che stronzo faccio (italien): Merde, quel abruti.
- Mi dispiace, fiorellini (italien) : Je suis désolé, petites fleurs.
- Maledetto, Carlisle, tu e la tua futura prole, vai e brucia all'inferno (italien) : Sois maudit, Carlisle et va brûler en enfer, toi et ta future progéniture.
- Σ 'αγαπώ / S 'agapó(grec [à défaut de pouvoir le dire en mycénien]) : Je t'aime
- Amore (italien) : (Mon) amour
Citation du chapitre :
- Impossible n'est pas français - Napoléon Ier
Avertissements :
- Violence (minime et non détaillée)
- Mort de personnages
