Coucou !

Je remercie tout(e)s celles/ceux qui suivent cette petite histoire et celles/ceux qui prennent le temps de m'écrire. C'est vraiment très gentil. Du coup le Père Noël est passé chez moi un peu en avance et m'a donné ce chapitre pour vous ^^ Alors, c'est cadeau !

J'ai vraiment aimé l'écrire. J'espère que vous allez l'apprécier aussi parce que sinon...bah...[cherche un argument]... je serai triste…Mon petit cœur est fragile, vous savez. Non je rigole, si vous ne l'aimez pas, je demanderai à Demetri de vous traquer. Héhé. ^^

Sur ces mots pas du tout menaçants, je vous souhaite de très joyeuses fêtes !

Je vous fais plein de bisous virtuels, comme on a plus le droit d'en faire en vrai. :'(

Snow'

PS : Malgré mes nombreuses relectures, il y aurait très certainement des fautes d'orthographe, que je corrigerai au fur et à mesure !


°oOo°

Chapitre 14

Plus que reine

°oOo°

Aro n'avait pas parlé durant toute la fin du trajet jusqu'à Volterra. Bella supposait donc qu'il était toujours un peu énervé au sujet du chien, qu'elle avait décidé de ramener. Il était installé sur la banquette en face de la sienne, lisant silencieusement, sans lever le nez de son ouvrage. Pas une seule fois, il n'avait parlé. Ni ne l'avait regardée.

Bella, elle, était anxieuse. Elle partageait sa banquette avec le chien, qui dormait paisiblement sur ses genoux.

Le temps s'était calmé. Le ciel était gris perle quand ils arrivèrent. Aro ne ferma son livre que quand la voiture fut arrêtée. Ses yeux noirs se levèrent, glissèrent légèrement sur le chien, avant de remonter de nouveau à son visage.

« Viens. » dit-il, catégorique, avant d'ouvrir la portière et de sortir.

Le ton n'était pas très poli, mais Bella passa outre.

Elle repoussa gentiment le chien, lui gratta légèrement la tête et sortie. Elle tenta de le suivre, mais de surprise, elle buta sur le pavé inégal et faillit se cogner contre la charrette d'un vendeur de pommes. Elle se redressa mais, vif comme l'éclair, son roi avait déjà tendu la main pour la rattraper. La tenant d'une poigne solide, il lui fit contourner la charrette tout en se positionnant entre elle et un attelage qui passait au trot. Bella ne comptait plus le nombre de fois où il lui avait sauvé la vie.

Il lui prit la main et ils gravirent ensemble les marches du château.

Didyme les attendait à l'entrée, en sautant de joie. Un sourire lumineux éclairait son visage. Elle ouvrait à peine la bouche pour parler qu'Aro la faisait taire en levant une main autoritaire.

« Tais-toi. Nous parlerons plus tard. Occupe-toi du chien. »

« Mais ! » protesta sa sœur, « Quel chien ? »

Ils l'avaient déjà dépassée.

Il marchait si vite que Bella avait du mal à le suivre. À vrai dire, elle avait du mal à le suivre au sens littéral, depuis l'instant où elle avait posé le pied dans la salle des trônes, la toute première fois. C'était une véritable course de fond que de comprendre ses intentions, ses sentiments. Chaque échange était un combat à fleuret moucheté et elle devait lutter contre son propre corps qui ne demandait qu'à la trahir. À présent, il la traînait dans ces couloirs sombres, la menant Dieu seul sait où.

« Où allons-nous ? »

Il ne daigna pas répondre, mais au bout de quelques minutes, il commença à ralentir le pas. Il ouvrit une porte qui ressemblait à toutes les autres et la traîna dans une pièce inconnue.

Bella regarda autour d'elle avec curiosité. C'était un espace assez petit, à la vérité, d'à peine trois mètres carrés. Peut-être quatre. De superbes boiseries au vernis Martin colorées et peintes de scènes pastorales ornaient les murs.

« Où sommes-nous ? »

Il la regarda, « Dans mes appartements privés. »

« Sérieusement ? Wow, c'est...vraiment...charmant. Petit, mais charmant. »

Aro leva les yeux au ciel, « C'est une antichambre, Isabella. La chambre en elle-même se trouve juste derrière cette porte. » expliqua-t-il patiemment, en montrant ladite porte.

Elle n'attendit pas qu'il daigne lui ouvrir, elle le dépassa et entra dans sa chambre, bien trop curieuse de découvrir à quoi ressemblait les appartements du roi des vampires. Et elle ne fut pas déçue. La pièce était immense, somptueuse et très lumineuse. Le fastueux décor de brocart d'or et d'argent sur fond cramoisi de la chambre était agrémenté de tableaux de maîtres. Elle crut distinguer un de Vinci, mais elle n'en était pas sûre.

La pièce est sans doute assez grande pour contenir tout le clan, pensa-t-elle avec exagération.

Si cette chambre lui paraissait gigantesque, elle avait aussi quelque chose de réconfortant, qui la mit tout de suite à l'aise. Elle était vivante. Des bottes de cavalier étaient abandonnées dans un coin, un justaucorps noir jeté sur une chaise, un paquet de lettres sur une commode en bois massif. Il ne dormait peut-être pas, mais il passait souvent dans cette pièce. Elle jugea que l'ambiance masculine, après la débauche de pastels des autres pièces, était presque apaisante. Le grand lit lui tendait les bras. Elle voulait s'engouffrer dans les draps, disparaître de la surface de la terre avec lui.

« Alors...ce sont tes chambres... » déclara-t-elle inutilement, en continuant de découvrir son environnement.

Il marchait derrière elle, « Ce sont les tiennes à présent. »

Un léger frisson de joie la parcourut, très vite submergé par une vague de culpabilité.

Non, non ! Je te l'interdis, se raisonna-t-elle, tu as pris ta décision. Ce n'était pas facile, mais tu l'as prise. Alors, assume jusqu'au bout.

C'était facile à dire. Mais il l'aida à se défaire de ses scrupules en commençant à dénouer les nombreux lacets de son corsage, dans son dos.

« Va-t-on en parler? » demanda-t-elle nerveusement.

« De quoi ? »

« De mon choix. »

Il s'immobilisa, releva les yeux, observa ses cheveux bruns, ses épaules, avant de reprendre sa besogne.

« Tu as changé d'avis ? »

« Non mais- »

« Préviens-moi quand ce sera le cas. »

Elle eut une expression scandalisée, qu'il ne vit pas. « Tu as si peu de foi en moi ! »

« Tu es une petite chose très émotive. Tu n'aimes pas faire du mal au gens. Tu culpabilises tellement facilement. Tu as fait ton choix, mais tu l'as fait précipitamment, parce que tu avais peur de perdre ce que tu avais. Là, tu te rends que tu tournes le dos à ton ancienne vie pour rester avec une vieil homme bipolaire et mégalomane. Te questionner sur ta décision n'est pas anormal. Le contraire serait même inquiétant. »

Il avait probablement raison. Elle devait faire le deuil de son passé avant de pouvoir embrasser sa nouvelle vie. C'était peut-être une erreur immense. Mais elle allait prendre le risque.

« Est-ce un vrai de Vinci ? » demanda-t-elle en montrant le tableau du menton.

Il en avait fini avec le haut de sa robe, et s'attaquait rapidement à son corset.

« En effet. »

« Comment l'as-tu eu ? »

« Je l'ai commandé. »

« A de Vinci ? »

« A qui d'autre ? »

Le corset fut balancé à travers la pièce.

« Dis... » commença-t-elle en se retournant pour lui faire face, « Tu ne m'as pas amené ici juste pour assouvir tes pulsions primaires, n'est-ce pas ? »

Il prit un air faussement scandalisé, « Bien sûr que non ! Pour qui me prends-tu, je ne suis pas un animal ! Je te faisais juste visiter tes nouveaux appartements. Maintenant que c'est fait, tu peux te taire et m'embrasser. »

« Je vais le faire. Mais avant, je veux que tu me dises ce qu'il y a derrière cette porte. »

« Un cabinet de toilette. »

« Et derrière celle-ci ? » demanda-t-elle en montrant la porte en face du lit.

« C'est une salle de torture que je n'utilise qu'en dernier recours contre les petites humaines insupportables comme toi. »

« Tu ne vas pas faire une telle chose, tu m'aimes après tout... »

Ses lèvres pétale de rose continuaient de bouger. Cela signifiait qu'il était en train de les reluquer sans vergogne. Bien entendu, il n'avait pas retenu un traître mot de ce qui en sortait.

« Tu es vraiment très bavarde... »

« Et tu te laisses facilement distraire. »

« Pas autant que tu ne le crois. »

Il l'écrasa contre lui et elle put vérifier qu'il était prêt à passer à la vitesse supérieure.

« Écoute, je t'ai menti. Je t'ai amenée ici dans le but de te séquestrer pendant une durée indéterminée. »

Elle arqua un sourcil avec un petit sourire en coin, « Je le savais ! »

« J'espère que tu pourras me pardonner. »

« Ne t'inquiète pas. Je pense que je suis déjà en train de développer le syndrome de Stockholm. »

« Magnifico ! Pourquoi tant de bavardages inutiles ? »

« Je ne sais pas… Tu ne fais que parler et parler depuis tout à l'heure. Ta bouche a beaucoup d'autres qualités que tu gaspilles inutilement en bavardant... »

Il se pencha et prit sa bouche avec impatience en faisant glisser sa chemise sur ses épaules. Soudain, il la souleva et la posa sur le lit en la gardant blottie contre lui.

« Tu penses que Didyme s'occupera bien de mon chien ? » demanda-t-elle brusquement, sincèrement soucieuse.

Il eut un mouvement de recul et une grimace.

« Bon sang...pourrait-on éviter de parler de ma sœur ou de ton clébard durant les prochaines minutes ? »

« Oui. D'accord. Viens-là. » elle le tira par la chemise pour l'embrasser.

Après des tâtonnements vestimentaires qui parurent durer une éternité, ils furent enfin peau contre peau.

oOo

Plus tard, dans la salle des trônes.

Caius regardait le trône vide d'Aro avec une irritation non-dissimulée.

« Ça ne peut pas continuer comme ça ! » cracha-t-il.

Assis sur son propre trône, Marcus laissa échapper un soupir las, pendant que le jeune roi continuait de cracher son venin.

« Leur petite mascarade a assez duré. Rome et maintenant ça ! C'est inadmissible. Aro néglige son devoir et se laisse aller à la dépravation. »

Le mot était peut-être un peu exagéré, mais c'était l'irritation qui parlait. Caius n'avait jamais été un homme très patient. Et pour lui, la situation était limpide. Son frère avait été envoûté par cette petite écervelée, et il négligeait tous ces devoirs à présent.

Marcus secoua la tête et leva légèrement la main pour tempérer son frère, « Allons, il faut être patient. C'est une chose tout à fait normale. Avec le temps, leur attraction mutuelle va s'apaiser et ils pourront la contrôler. »

Le blond tapota son index contre l'accoudoir de son trône dans un geste impatient. « Non. Je vais lui parler. »

Sur ces mots, il bondit sur ses pieds et traversa la salle des trônes en ignorant l'avertissement de Marcus : « C'est une très mauvaise idée ! »

La mauvaise idée avait été d'aider cette stupide humaine, pour lui. Rien de plus. Aro n'était simplement plus le même depuis qu'elle était ici. Il devenait totalement irréfléchi. Pour ne pas dire idiot. C'était l'effet de l'amour, Caius le savait. Mais l'amour n'excusait pas tout. Les Volturi avaient trop besoin de leur chef charismatique. Même les gardes les plus fidèles commençaient à perdre patience, et à s'interroger sur la nature exacte de leur relation. Aro bafouait ouvertement les règles qu'il avait lui-même créé en forniquant depuis des semaines avec une humaine.

Caius allait mettre les pendules à l'heure. Il allait les enguirlander, leur foutre un bon coup de pied aux fesses pour les faire sortir de leur chambre, et le problème serait réglé.

Il traversa donc résolument les couloirs de sa demeure. Arrivé dans la partie privée du château, celle où se trouvaient les chambres des rois, il se stoppa et tambourina contre la porte d'Aro avec rage.

C'est le maître des lieux qui lui ouvrit, dans le plus simple appareil, sans que cette nudité ne lui jette une once de gêne sur le visage. Caius détourna immédiatement le regard en jurant en italien.

« Qu'est-ce que tu veux ? »

Caius avait connu meilleur accueil, mais il n'était pas du genre à se laisser facilement intimider. C'était lui qui intimidait, d'habitude.

« Tu ne peux pas te couvrir ? »

Aro prit appui contre l'encadrement de la porte, détaillant son frère des pieds à la tête, notant surtout sa moue mi-gênée, mi-exaspérée, « Je suis dans ma chambre. Ce que je porte ou non ne te concerne en rien. »

« Justement. Sais-tu depuis combien de temps tu es enfermé dans cette chambre avec ta petite maîtresse ? »

« Cinq jours, trois heures et dix minutes. »

« Cinq jours, quatre heures et dix minutes pour être tout à fait exact ! » gronda le blond.

Aro le fixait avec indifférence, « Oui, et alors ? »

« Et alors ! » Caius tourna la tête pour l'assassiner de son regard le plus noir, « Tu n'as pas l'impression de passer un peu à côté de tes devoirs, par hasard ? »

« Rappelle-moi combien de temps tu es resté enfermé dans ta chambre après avoir rencontré Athenodora ? »

Aïe. Touché.

La question lui cloua immédiatement le bec. Il détourna rageusement les yeux.

« Précisément. » répliqua Aro avec condescendance, « Alors, si tu veux bien m'excuser... »

Il s'apprêtait à refermer la porte, mais Caius n'avait pas dit son dernier mot.

« Ça ne te dérange pas de transgresser tes propres lois ? »

Aro marqua un temps d'arrêt juste avant de refermer la porte, puis l'ouvrit de nouveau pour faire face à son frère, « Je suis la loi.»

« Tu es surtout irresponsable. Si ta liaison avec cette fille se savait, tu serais discrédité. C'est ce que tu veux ? Détruire à jamais ta réputation ? »

Son frère eut un rire incrédule en retour « Ma...réputation... » répéta-t-il, « Écoute, tu t'inquiètes pour rien. Il n'y a aucune raison pour que cette information quitte le château. »

« Les Roumains l'ont bien découvert. »

« Les Roumains sont morts. Autre chose ? Mon temps est précieux... »

« Et je n'ai pas fini ! » répliqua Caius, « Ton chien- »

« Ce n'est pas mon chien. » se défendit tout de suite Aro.

« Non, c'est le mien ! » lança une voix lointaine, depuis la chambre.

Caius leva les yeux au ciel.

Bien sûr, cette petite idiote les écoutait.

Aro acquiesça, « C'est le sien. »

« Peu importe ! » explosa le blond, « Cette sale bête a fait ses dents sur mon magnifique secrétaire Louis XV et a chié dans la salle des trônes. L'odeur est restée pendant deux jours ! »

Son frère avait l'air de compatir à sa douleur et lui tapota gentiment l'épaule, « Tu veux que j'appelle sa propriétaire pour que tu puisses lui formuler ta plainte ? »

« Est-elle habillée décemment ? »

« Autant que moi. »

Caius tapa du pied, « Allez donc au diable ! »

Avec panache, il se détourna.

« Passe une bonne journée, Caius ! »

oOo

« Quel rabat-joie. » grommela Aro en refermant la porte de leur chambre.

Bella roula sur le ventre, se redressa et écarta ses cheveux de ses yeux. « Est-ce que mon chien va bien ? »

« Qu'est-ce que j'en sais ? » demanda-t-il, de mauvaise foi.

« Et si Caius le tuait ? »

« Ton chien a très certainement plus de chance de survivre entre les mains de Caius qu'entre les mains de Carlisle. » dit-il en s'adossant contre les oreillers,« Mais s'il fait tomber son service à thé en porcelaine chinoise, je ne réponds plus de rien. »

« Bon sang...nous aurions dû l'amener avec nous. »

Aro eut une grimace de dégoût, « Tu sais, je t'aime. Mais je pense que nous devons instaurer des limites. Nous savons tous deux que j'ai été fort généreux de te le laisser. Ne pousse pas ta chance trop loin. »

« Eh bien, il faut nous faire à l'idée, nous sommes rentrer dans le cercle vicieux de la routine amoureuse. »

Il arqua un sourcil élégant « Tu appelles ça une routine ? »

« Bien sûr, tous les couples aménagent ensemble puis, ils prennent un chien à un moment ou un autre. Ensuite, ils se marient et fondent une famille ! »

« Dans cet ordre ? »

Elle haussa les épaules, « Il peut y avoir des variations. Chaque histoire est différente. »

« Nous avons déjà emménagé ensemble. Regarde, tu t'étales déjà, tes bas de soie traînent juste à côté de ma cravate. Nous avons un chien, également. Alors, j'imagine qu'il ne me reste plus qu'à trouver une bague, à présent... »

Elle eut un sourire triste, « Nous allons avoir un petit problème...Il se trouve que je suis déjà mariée. »

« Ton mariage n'a aucune valeur ici, Isabella. Ton Cullen n'est pas encore né. »

Bella soupira, « Je ne suis pas sûre que ce soit très catholique...ni possible, d'ailleurs... »

« Qui a parlé d'un mariage catholique ? »

Ils se regardèrent longuement. Les yeux de Bella brillaient.

« Si nous nous étions rencontrés plus tôt, c'est toi que j'aurais épousé. »

« Donc...si tu n'étais pas déjà mariée...Tu accepterais de devenir mon épouse ? »

Bella regarda son visage grave, penché sur elle. Les yeux d'Aro avaient perdu leur noirceur, quelques petits éclats rubis refaisaient progressivement surface. D'une voix faible, elle répondit :

« Aro...Je suis déjà ta femme. »

Il plongea son regard dans le sien, comme s'il interrogeait sa sincérité. Elle savait cependant que l'important n'était pas ce qu'il trouverait en elle, mais s'il s'accordait lui-même l'autorisation de croire à ses mots.

Incapable de soutenir plus longtemps l'intensité de son regard, elle détourna les yeux à la recherche d'une distraction. « Alors, soleil de ma vie, dis-moi...où est ta collection de cravates en dentelles ? »

Il montra très légèrement la porte en face du lit.

« Ah ! » s'exclama-t-elle en balançant ses jambes hors du lit, « La fameuse pièce de torture est en réalité un placard, j'aurais dû m'en douter ! »

En ouvrant la porte, elle se rendit vite compte que ce n'était par un placard. C'était une garde-robe. Une pièce d'exception, aussi belle que la chambre en elle-même. Le décor dans son ensemble se déclinait dans un registre néo-classique. Au centre trônait une remarquable cheminée de marbre griotte d'Italie, décorée de superbes bronzes dorés.

« Bon Dieu ! » s'exclama-t-elle, sidérée, « C'est un putain de dressing. Tu m'avais caché que tu étais une fashion victim. »

Bella était réellement stupéfaite et dans le pur ravissement de sa découverte. Elle effleura les tissus précieux et les dentelles, d'un air songeur.

« Tes costumes viennent de Paris ? »

« Penses-tu ! » déclara-t-il depuis la chambre, « De Florence et de Milan. Inutile d'aller en France pour trouver des tissus et des couturiers de qualités. »

Elle leva légèrement les yeux au ciel avant de se saisir d'une chemise en mousseline et de la passer par-dessus sa tête.

« Ouais. Je vois. Tu es déjà pour le made in Italy. Je pensais pourtant que Paris était la capitale de la mode.» taquina-t-elle en revenant sur ses pas.

« Certes, mais les Français ont presque tout piqué aux étrangers. Le savoir-faire de la porcelaine aux chinois, celui des miroirs aux vénitiens et celui des tissus aux hollandais. »

Elle essaya de ne pas rire, « Je suis désolée de te le dire mais...la France gardera le monopole du luxe pendant de nombreux siècles encore. Tu vas devoir faire avec, et te procurer quelques produits français si tu veux vraiment être à la mode. »

Aro renifla avec dédain, « Je dois admette que j'ai bien un ou deux costumes qui viennent de Paris... »

« Ah, je le savais ! Pas très patriotique, tout ça ! »

« Un moment d'égarement. Viens ici, petite voleuse. »

« J'aime bien cette chemise, je pense que je vais la garder. »

« Je te l'interdis. C'est ma chemise préférée. »

« J'ai vu que tu en avais au moins dix comme celle-là. » taquina-t-elle en grimpant sur le lit.

« Je sais. Mais maintenant que je te vois dedans, je peux dire que celle-ci est ma préférée. »

« Tu es mignon. Mais pas autant que mon chien. Je pense que je vais aller le retrouver, d'ailleurs. Pauvre petite chose. Il a passé tout son temps avec Caius depuis que nous sommes rentrés. Je ne veux pas qu'il soit traumatisé.»

Elle le repoussa et, surprise par sa propre hardiesse, se leva pour lui faire admirer ce qu'il perdait. Il déglutit et son expression changea. La maîtrise de soi d'Aro Volturi avait atteint ses limites. Il la rattrapa par la taille et la serra dans ses bras, comme s'il l'emprisonnait dans une cage, pour s'assurer qu'elle ne s'envolerait pas.

« Où penses-tu aller comme ça ? Tu crois vraiment que je vais te laisser filer à moitié nue, dans les couloirs de mon château ? J'ai une réputation à tenir. » dit-il avec une mimique d'ange.

Elle passa rêveusement ses doigts dans sa chevelure noire, « Caius va revenir. Il était déjà très en colère. »

« Caius est toujours en colère. »

« Moi, il me fait peur. »

« Ne t'inquiète pas, je te protégerai. »

« Et qui te protégera, toi ? »

Il eut un soupir à fendre l'âme. Il l'allongea et la tint serrée contre lui, la logeant entre ses côtes.

« Tu as raison, néanmoins. Nous ne pouvons rester dans cette chambre pour toujours... »

Bella s'écarta légèrement pour pouvoir le voir sous un meilleur angle. Il en profita pour lui voler un baiser avant de se lever de sa grâce surnaturelle. Il s'éclipsa dans sa garde-robe et en ressorti trois secondes plus tard, tout habillé. Il passa une main dans ses cheveux pour se recoiffer, pendant qu'elle s'étirait, alanguie.

« C'est la rentrée des classes ! » lança-t-elle en se levant, car il fallait bien sortir de ce lit et se motiver, après tout.

Elle le suivit. Arrivée à la porte, il se retourna et l'embrassa longuement, cette fois-ci avec beaucoup de douceur et quelques mots d'italien qu'il noya dans son baiser. Elle crut comprendre : « N'oublie pas de mettre une culotte. » mais elle n'en était pas sûre et la seconde d'après, le maître du monde avait disparu.

oOo

Quelques jours plus tard

Bella avait oublié à quel point elle aimait les jardins de Volterra. Son chien semblait les aimer autant qu'elle. Il courrait comme un fou, faisait des grands cercles autour d'elle en braillant. Parfois, il se jetait sur un bâton et s'énervait tout seul dessus. Un petit être avec du caractère, qui préférerait mourir que de céder son bâton à quiconque, même à elle.

L'autodérision de Bella l'avait poussée à l'appeler ironiquement Lupo, « Loup » en italien.

Ce chien était d'un immense réconfort, pour elle. Une petite chose si joyeuse et tellement taquine, qui la faisait toujours rire. Il était déjà une figure indispensable à sa vie.

En parallèle, son idylle avec le roi des vampires suivait son train-train habituel. Caius était furieux la plupart du temps contre eux. Plus d'une fois, elle se surprit à l'entendre râler « Vous êtes d'un niais, tous les deux ! »

Didyme était la plus enthousiaste de toute la famille. Elle l'appelait « Ma sœur », à présent.

Les gardes avaient changé de comportement à son égard, également. Sauf Jane, qui était toujours poliment froide. Mais Bella ne s'en formalisait pas. Elle les voyait rarement. Elle passait ses journées avec Didyme et Dora, et toutes ses nuits avec Aro.

Cet après-midi là fut différent, cependant. Les reines n'étaient pas là et elle était toute seule dans les jardins, avec son chien. Assise sur un banc de pierre, elle lisait en se laissant bercer par les aboiements ridicules de son petit loup.

C'était le milieu de l'après-midi et il faisait grand soleil. Elle jetait de temps en temps quelques petits coups d'œil pour voir où était Lupo, puis elle rabaissait son visage et se laissait transporter par les mots de Shakespeare.

C'est en pleine lecture qu'il la trouva. Le chien vint le saluer en trottinant et en lui présentant son bâton.

Aro plissa le nez, « Qu'est-ce que tu veux, faccia di merda ? »

Dieu soit loué, il était trop loin pour qu'elle entende. Elle l'aurait franchement enguirlandé dans le cas contraire.

Il était à quelques mètres d'elle quand elle leva les yeux vers lui. Le sourire qu'elle lui offrit le damna, « Bonjour, soleil de ma vie. »

« Ah ! Je suis toujours le soleil de ta vie ? »

Bella lui lança un regard interrogateur, « Pourquoi voudrais-tu que cela change ? »

Aro haussa légèrement les épaules, « Je ne sais pas. Peut-être parce que je suis en pleine rivalité pour tes affections. »

Elle éclata de rire, « Et de qui es-tu le rival ? »

Il pointa un doigt accusateur vers le grand chien noir, « Cette chose immonde que tu as ramenée et que tu aimes plus que moi ! »

« Il n'y a personne que j'aime plus que toi. » assura-t-elle en fermant son livre.

« Mon ego te remercie pour cette réponse. »

Elle vit l'ombre d'un sourire incurver ses lèvres. Il s'arrêta à quelques pas d'elle.

« Je croyais que tu étais en réunion. »

« J'en ai décidé autrement. »

« Caius va être furieux. Il va encore dire que c'est de ma faute... »

« Mais c'est de ta faute. » confirma-t-il.

« Allons bon ! Qu'ai-je fait encore ? »

« Si tu n'étais pas aussi belle, je n'aurais aucun désir de te revoir et tout serait beaucoup plus simple. »

Bella lui adressa un regard où se mêlait reproche et tendresse.

Un regard d'épouse, songea-t-il.

Ses grands yeux marrons étaient sincères. Confiants. Et absolument ravissants. Il fit un pas vers elle, hypnotisé par les mille reflets de ses cheveux, sous les rayons du soleil.

« J'ai quelque chose pour toi. » murmura-t-il d'une voix lointaine, « Ne panique pas, s'il te plait. »

« Ce n'est pas très rassurant. » taquina-t-elle.

Au moins, elle souriait. C'était un bon début. Il sortit de sa poche une petite boite qu'il posa délicatement sur le banc de marbre, juste à côté d'elle. Elle fixa l'écrin d'un regard brillant et, pendant une seconde, il se demanda si elle allait pleurer.

Je lui fais de la peine ! Pensa-t-il, horrifié.

Elle leva les yeux vers lui. Le sourire était plus discret, mais toujours là.

« C'est une bague. » précisa-t-il inutilement, en voyant qu'elle n'ouvrait pas la boite.

« Aro... » soupira-t-elle.

« Épouse-moi. »

« Tu sais bien que c'est impossible. »

« Dis juste ''non'', si tu n'en as pas envie. Je promets de ne pas t'en vouloir trop longtemps. Une centaine d'années, pas plus. »

« Ce n'est pas que je n'en ai pas envie. »

« Alors dis ''oui''. »

« J'aimerais pouvoir... »

Il fit un pas vers elle, « Ce ne sera pas une cérémonie catholique. Pas de prêtre. Il n'y aura que toi, moi, ma sœur, Caius et Dora. Marcus présidera le tout. »

« Aro... »

Il s'agenouilla brusquement devant elle et prit ses mains dans les siennes. Il affichait une expression paniquée, terrorisé à l'idée d'être éconduit.

« S'il te plait, épouse-moi. » répéta-t-il désespérément, « Je te protégerai. Je me battrai pour toi. Je tuerai et je mourrai pour toi, s'il le faut. »

« Je t'interdis de faire toutes ces choses ! » s'exclama-t-elle tout de suite, horrifiée par ses propos.

« Je le ferai même si tu ne m'épouses pas. »

Il se pencha pour embrasser le dos de sa main. Elle sentait son souffle précipité, ému, contre sa peau.

« D'accord. » répondit-elle enfin, « D'accord, je vais t'épouser. »

Elle n'eut pas le temps de voir sa réaction, Aro l'attira à lui et l'étreignit avec force en picorant de baisers son front, ses yeux et ses lèvres.

Après avoir attendu en vain qu'elle ouvre l'écrin, il s'en chargea lui-même, révélant un rubis enchâssé dans un anneau en or. Il sortit la bague de son lit de velours et la glissa au doigt de Bella.

Bon sang, c'était la deuxième fois qu'elle se mariait en l'espace de deux mois. Elle venait juste d'entrer dans le cercle très restreint des polygames, et elle n'en était certainement pas fière.

Lui, était si bêtement heureux qu'elle n'osa pas faire connaître ses pensées à haute voix, mais elle le frappa néanmoins dans l'épaule pour le punir.

Elle n'eut pas le cœur à lui en vouloir davantage cependant. Elle savait que cet anneau n'était qu'un petit plus, un détail presque sans importance. Tout comme la cérémonie à venir.

Car elle était déjà sa femme.

oOo

C'est la suite qui devint plus compliquée. Caius accueillit la nouvelle avec une réticence manifeste, comprenant malheureusement que cela signifiait que cette humaine insupportable allait rester indéfiniment. Didyme était naturellement la plus enjouée, et était la grande organisatrice de la cérémonie. Elle était pire qu'Alice, ce qui en disait beaucoup. Chaque petit détail comptait à ses yeux. Elle se fit presque un devoir de trouver la robe de Bella.

Des robes venant de toute l'Italie lui furent présentée, et la jeune femme due supporter stoïquement son supplice en écoutant Didyme et Amélia vanter les mérites de chaque étoffe.

Bella regarda nerveusement autour d'elle. Toutes ses robes étaient magnifiques. Mais quelque chose la tracassait.

« Je sais que, me concernant...question pureté, on repassera mais… il n'y a aucune robe blanche... »

Didyme et Amélia se retournèrent au même moment vers elle. Elles affichaient la même expression étonnée.

« Personne ne se marie en blanc dans ce siècle, ma chère Bella. » expliqua patiemment la sœur d'Aro.

Le visage de Bella était rouge, « Oh... », laissa-t-elle échapper, « Pourquoi ça ? »

« Le blanc est la couleur des sous-vêtements féminins. » reprit Amélia, l'air désolée.

Didyme s'approcha prudemment de son amie. Voyant sa déception, elle s'exclama tout de suite, « Mais nous pouvons faire une exception pour vous, évidemment ! Si vous voulez une robe blanche, vous aurez une robe blanche. »

« Oui...Je crois que je préférerais être en blanc...c'est la tradition chez moi. »

« Parfait, alors ! Nous vous trouverons une robe blanche. N'est-ce pas Amélia ? »

La domestique acquiesça en souriant, « Bien sûr, Madame. »

Le jour J arriva si vite que Bella n'eut pas le temps de paniquer.

À la vérité, la cérémonie ne différait pas beaucoup d'une messe catholique classique. Marcus remplaçait simplement le prêtre. Il parlait d'une voix calme et posée.

Ils étaient sagement l'un à côté de l'autre, au milieu de la salle des trônes déserte. Didyme, Dora et Caius étaient dans leur dos, et servaient de témoins.

Sa robe à la Française, couleur crème, était un mélange de satin et de mousseline légère. Quelques petites fleurs blanches et bleues venaient orner la jupe. Ses cheveux étaient artistiquement attachés sur sa tête, et défiaient comme à leur habitude les lois subtiles de la gravité. Didyme l'avait convaincue de porter un rang de perles à son cou. Bella s'était jurée de se venger. Mais plus tard, car sa nervosité grandissait à mesure que le discours de Marcus avançait.

Vint le moment des vœux. Bella était tellement anxieuse qu'elle doutait sincèrement de pouvoir parler. Elle regarda ses doigts glacés disparaître dans la poigne de fer de son futur mari. Ses mains étaient aussi froides que les siennes. Elle leva les yeux vers lui. Il la regardait fixement.

Marcus lia leurs mains et leurs poignets d'un ruban blanc, qui symbolisait à lui seul leur nouveau lien et leur engagement mutuel. Une vieille tradition païenne qui leur tenait visiblement à cœur.

« Je jure de te prendre, toi, Isabella Swan, pour épouse... »

Sa voix ne tremblait pas, mais ses mains si. C'était la première fois qu'elle le voyait si vulnérable. Bella réalisa soudain qu'en dépit de son air assuré, il était sans doute aussi nerveux qu'elle. Il s'engageait pour la première fois depuis Daphné. Cette cérémonie était très importante pour lui, mais aussi très stressante, car son dernier mariage ne s'était pas bien terminé. Alors elle serra sa main dans la sienne un peu fort, pour le soutenir.

« ...je jure de t'aimer, de te protéger, de te rester fidèle et de te respecter, dans le meilleur comme dans le pire, jusqu'à la fin des temps. »

« Jusqu'à ce que la mort nous sépare » avait été remplacé par « jusqu'à la fin des temps ». Un détail qui n'échappa pas à la jeune femme.

Après avoir rassemblé ses forces, Bella desserra à son tour les lèvres. Mais elle était tellement nerveuse que ses vœux se résumèrent à :

« J'accepte de te prendre, toi, Aro Volturi, pour époux… à compter de ce jour et pour l'éternité. »

Ils échangèrent leurs alliances. Mais leur engagement mutuel n'était pas terminé. Elle avait appris ces mots par cœur. Et la peur idiote de faire mal les choses, ou d'oublier quoi dire lui nouait les boyaux. Après une inspiration tremblante, elle se lança de nouveau.

« Dis-moi où réside ton bonheur. »

« A tes côtés. » répondit-il tendrement.

« Quelle est la chose la plus importante à tes yeux ? »

« C'est toi. »

« Quelle est ta plus grande richesse ? »

« Ton amour. »

« Quand partiras-tu loin de moi ? »

« Jamais. »

Elle marqua une courte pause et se laissa happer par son regard rubis.

« Quand cesseras-tu de m'aimer ?»

« Jamais. »

Aro se pencha vers elle pour l'embrasser. Il avait manifestement compté effleurer ses lèvres dans un baiser formel, mais sa bouche était douce et elle se serra instinctivement contre lui, tout en essayant de se convaincre qu'elle avait pris la bonne décision.

Elle eut vaguement conscience des exclamations enthousiastes de Didyme et Athenodora. Les deux mariés se séparèrent en échangeant un sourire. Ils reçurent ensemble les félicitations de leur famille.

À la stupéfaction de Bella, elle vit Caius s'avancer vers elle avec une petite boîte rectangulaire. Elle était déjà consternée de se faire offrir un cadeau par cet homme, qui semblait la détester. Mais sa surprise face à ce geste n'était rien, par rapport à celle qu'elle eut quand il ouvrit la boite. Son cœur manqua un battement.

« Ceci vous revient. » déclara-t-il d'une voix sourde, sans émotion.

Le collier des Volturi était juste là, sous ses yeux ébahis.

« C'est...C'est pour moi ? »

Caius la regarda comme si elle était idiote, « C'est ce que je viens de dire, en effet. »

Elle le regarda, « Je… Je ne sais pas quoi dire... »

« Eh bien, ne dites rien et contentez-vous de le prendre. Je ne vais pas vous le tendre indéfiniment. »

Bella n'avait que faire de son humeur exécrable. Aro sortit le collier et disparut derrière elle pour le lui accrocher autour du cou. Il tendit brièvement à sa sœur le rang de perles.

Quand il réapparut devant elle, son sourire était rêveur, alors qu'il la contemplait.

« Quelle belle reine tu fais. »

Le fait est qu'elle ne l'était pas. Et elle ne le serait pas, tant qu'elle serait humaine. C'était la condition que Caius avait exigée, avant d'accepter ce mariage. Car une humaine ne pouvait pas être la reine des vampires. Bella s'en fichait royalement. Elle n'était pas du tout pressée de devenir reine.

En revanche, le comportement de tout le monde changea, après la cérémonie. Et si elle n'était officiellement que la femme du roi, elle était traitée comme une Majesté. Dieu soit loué, les gardes ne l'appelaient pas « maîtresse », elle ne l'aurait pas supporté. Ils l'appelaient seulement « Madame », et s'étaient mis à faire des révérences idiotes devant elle. Même Jane.

Bella n'avait plus peur de se promener seule dans les couloirs du château. Elle avait suffisamment confiance en elle pour commencer à explorer cette grande bâtisse. Ses pérégrinations la menaient un peu partout, mais finissaient toujours par aboutir à la bibliothèque. C'était son endroit préféré. Elle s'y sentait bien. Une sorte de sensation douillette y régnait, comme un bon gros pull qu'on enfile quand on a froid. Il y avait toujours un feu réconfortant qui brûlait dans l'antre de la cheminée. L'odeur du feu de bois, mélangée à celle des vieux parchemins était exquise. La porte n'était jamais fermée, mais peu osaient entrer dans ce sanctuaire de paix.

Cet après-midi là, Marcus s'y trouvait déjà. Elle commençait tout juste à développer une relation d'amitié avec lui.

Il avait éparpillé plusieurs livres sur une grande table rectangulaire, et les feuilletait un par un, debout devant le meuble. Il leva brièvement les yeux quand elle entra.

« Marcus. » salua-t-elle, timidement.

« Ma sœur. »

« Je ne voulais pas vous déranger. » s'excusa-t-elle, « Je m'en vais. »

« Vous ne me dérangez pas. Je sais que c'est votre petit sanctuaire. Venez. Faites comme si je n'étais pas là. »

Elle s'approcha timidement de lui, regardant les différentes étagères qui se dressaient autour d'eux.

« Je n'aurais pas assez d'une vie pour lire tous ces livres... »

La bouche du roi se contracta légèrement vers le haut, « Non, en effet. Il vous faudra l'éternité. »

Bella laissa échapper un petit rire. Elle s'approcha lentement de cette grande table rectangulaire.

« Que faites-vous ? »

« Je m'occupe des comptes. », dit-il en penchant sur un livre.

« Passionnant. » plaisanta-t-elle.

« Nullement. C'est Aro qui en a la charge habituellement. Mais il a beaucoup de travail en retard, alors la vérification des comptes me revient. »

« Je vois. Je suis désolée. C'est un peu de ma faute.»

Perdue dans sa contemplation de la bibliothèque, elle manqua le sourire de l'ancien.

« Je voulais vous poser une question. Mais vous êtes occupé, je reviendrai plus tard. » murmura-t-elle doucement en regardant le feu

Marcus se redressa et ferma son livre de comptes. « Comment puis-je vous être agréable, ma sœur ?»

Bella le regarda longuement, intimidée. Marcus était d'une bonté infinie. Un homme sage et doux. Ses yeux rouges, fatigués, brillaient d'une grande bienveillance. Pas étonnant que Didyme soit tombée amoureuse de lui. Mais la sagesse qui émanait de lui était justement ce qui le rendait intimidant. Il était un homme intelligent, et elle avait peur de passer pour une petite fille idiote en se confiant à lui.

Elle croisa sagement les mains devant elle en faisant un pas de plus dans sa direction.

« Vous ne vous êtes pas opposé à ce mariage. » déclara-t-elle calmement, consciente que c'était plus une affirmation qu'une question. « Alors que, excusez mon impertinence, mais cette union transgresse toutes vos lois. »

Marcus pencha la tête sur le côté. Dans son mouvement, quelques longues mèches brunes glissèrent le long de son épaule.

« Je n'étais pas en position de donner mon avis sur la chose. »

« Mais vous êtes l'un des trois. Et Caius l'a fait, lui. »

« Caius ne savait pas. »

« Il ne savait pas quoi ? »

« Que vous étiez la compagne d'éternité d'Aro.»

Elle se figea en entendant ses mots. Sa respiration se bloqua dans ses poumons. Brusquement, elle ne parvint plus à penser clairement. Après toute l'angoisse des derniers mois passés aux côtés d'Edward Cullen à préparer leur mariage et de ces dernières semaines ici, avec lui, il lui semblait percevoir une infime lueur d'espoir à travers ces propos anodins. Marcus ne le savait pas, mais il venait de lui ôter un poids immense des épaules. Celui de l'incertitude. Si elle était vraiment l'âme-sœur d'Aro, alors elle avait eu raison de rester.

Bella peinait à y croire cependant et chercha confirmation dans les yeux rouges du vieux roi.

« Je...Je vous demande pardon ? »

Marcus arqua un sourcil, « Vous ne le saviez pas non plus apparemment… »

Bella se sentait vraiment sotte, et se contentait de le fixer, « Eh bien...il ne l'a jamais mentionné...»

Il eut un petit sourire en coin, « Vous pensez réellement qu'Aro Volturi aide tous les humains qui se présentent à lui ? Il ne l'a pas fait uniquement pour vos beaux yeux, ma sœur. Il sait depuis le début que vous êtes sa compagne. Et il voulait sincèrement vous aider à repartir, parce que c'était ce que vous vouliez. Il était prêt à sacrifier son bonheur, pour vous donner une chance d'être heureuse. »

L'incrédulité se reflétait dans les yeux de Bella. Comment avait-elle pu être aussi stupide ?

« Par compagne… vous voulez dire que je suis son âme-sœur ? » demanda-t-elle enfin.

« La notion d'âme-sœur est typiquement humaine. Nous n'y adhérons pas forcément car dans la croyance populaire, les vampires n'ont plus d'âme. Nous parlons, à la limite, de gemelli. De jumeaux. Mais le terme est autant controversé. »

« De jumeaux ? » demanda-t-elle en fronçant les sourcils, « Cela sous-entendrait que nous sommes identiques. Mais Aro et moi sommes deux personnes très différentes. »

« Le mot est erroné, et prête souvent à confusion, comme je l'ai dit. C'est pourquoi nous utilisons davantage le mot ''compagnons''. Et les compagnons ne sont pas identiques. Ils ont d'ailleurs rarement le même caractère ou les mêmes goûts. Prenez pour exemple Caius et Athenodora. »

Elle eut un petit sourire, « Nous ne pouvons pas faire deux personnes plus différentes. »

« Précisément. » répondit Marcus, « Les compagnons sont complémentaires. Chacun apporte quelque chose à l'autre. Ils grandissent ensemble. »

Bella détourna le regard. Elle était mal-à-l'aise.

Edward avait affirmé qu'ils étaient des âmes-sœurs. Et elle l'avait cru, car elle était très amoureuse de lui à l'époque.

« Est-ce que…deux vampires peuvent avoir le même compagnon ? » demanda-t-elle nerveusement.

Marcus la contempla longuement. Ses yeux n'étaient jamais distants, toujours bienveillants.

« Je vois où vous voulez en venir. Et la réponse est : cela ne s'est jamais vu. »

Elle le regarda de nouveau, presque désespérément, « Mais ça pourrait être possible ? »

Elle priait de toutes ses forces pour que la réponse soit non.

« Cela me paraît difficilement envisageable. Un vampire ne supporterait pas de… partager. Nous sommes des êtres assez primitifs, vous savez. Surtout quand cela concerne notre compagnon. Et notre jalousie est presque…. maladive.» répondit Marcus en se détournant. D'une étagère, il extirpa un livre qu'il posa sur la table. Il l'ouvrit, le feuilleta brièvement. Il s'arrêta sur une page, « Voilà. J'ai trouvé. »

Bella contourna la grande table et vint se poster à ses côtés. Elle se pencha sur l'ouvrage à son tour. Il était manifestement très ancien. Les pages étaient jaunies. L'écriture gothique était presque illisible, mais elle devina quelques mots en latin. Des dessins représentaient des êtres aux traits angéliques, étroitement enlacés. Marcus posa son index sur une ligne de texte.

« Selon les légendes humaines, les enfants de la nuit seraient éternels. Ils ne vieilliraient pas, et traverseraient indéfiniment les siècles. Mais pour supporter le poids de l'éternité, et l'immense solitude qui l'accompagnerait, il leur serait offert un compagnon. Un seul compagnon, ad vitam Æternam. Pour la vie éternelle. Un lien puissant les unirait, et ne pourrait être détruit que par la mort de l'un d'eux. »

Bella releva les yeux. Elle observa son profil tendu par la concentration, « Comment choisissez-vous votre compagnon ? »

Il se redressa légèrement, « Nous ne choisissons pas. Cela nous est imposé. »

« Et comment savez-vous que cette personne est la bonne ? »

Marcus hésita longuement sur les mots à employer, « C'est...difficilement explicable, en réalité. On le sait, c'est tout. On ressent le lien dès les premiers instants. Cela peut se manifester par une sensation de plénitude, par exemple, ou par un désir inexplicable. Mais aussi d'inconfort, quand nous sommes séparés de l'être cher. »

« Est-ce que… les humains peuvent ressentir le lien… ? Parce que j'ai cru que… », elle se tut, baissant les yeux. « Peut-être que je suis folle. »

« J'ignore si les humains ressentent les mêmes choses que les vampires. Mais vous n'êtes pas la première, ma sœur, à rencontrer votre compagnon alors que vous êtes encore humaine. Le lien est là, quoi qu'il arrive. Vous devez certainement le ressentir de manière atténuée. Mais cela ne change rien. Toutes les histoires sont différentes. Un vampire peut rencontrer son compagnon quelques semaines après sa transformation ou alors qu'il est encore humain. Certains, comme Aro, mettent trois mille ans à le trouver. »

« Cela semble horrible... » déclara-t-elle, horrifiée.

« Pas du tout. Il n'y a aucune sensation de manque, dans ces cas-là. Comment regretter une chose qu'on n'a pas encore vécue ? »

Bella pencha curieusement la tête, « Qu'arrive-t-il si l'un des deux compagnons meurt ? »

Le visage de Marcus tomba, « C'est une chose que je ne souhaite à personne. Mais j'ai étudié, il y a longtemps, cette possibilité. Et bien que chaque deuil soit vécu différemment, j'ai remarqué qu'il était souvent composé de trois grandes phases. »

« Trois phases ? Comme des étapes dans le deuil ?»

L'homme acquiesça, « Exactement. La première étape est la dépression. C'est une phase plus ou moins longue, selon l'individu, qui peut aller de quelques semaines à plusieurs siècles. Dans tous les cas, les symptômes ne vont jamais en s'améliorant, et plus le temps passe, plus le sentiment dépressif s'accentue. » il marqua une courte pause, avant d'enchaîner, « La deuxième étape est la démence. Une perte de raison progressive. Un voyage sans retour. On relève beaucoup d'actes déraisonnés. Des exécutions massive d'humains ou même la création d'enfants immortels pour compenser la perte. »

« Et la troisième phase ? » demanda-t-elle.

Marcus soupira et la regarda gravement, « Le suicide. »

Le cœur de Bella battait si fort qu'il semblait sur le point de lâcher. « Le suicide ? » répéta-t-elle lentement, « Mais...comment un vampire pourrait-il se suicider ? »

« Il peut cesser de se nourrir. Mais la solution la plus efficace et la plus rapide passe directement par nous... »

« Vous voulez dire, les Volturi ? »

Marcus acquiesça, « Transgresser une loi, s'exposer aux humains, créer des enfants immortels, sont des moyens très efficaces pour attirer notre attention. Et dans ce cas-là, il n'y a pas de deuxième chance. La sentence est toujours la mort. »

« C'est horrible ! »

« Nous avons enregistré une augmentation de suicides au début du Ve siècle. »

« Au Ve siècle ? »

« À partir du Ve siècle, les humains ont commencé à remarquer notre présence. » expliqua-t-il, « C'est à ce moment que les légendes sur les vampires ont commencé à naître un peu partout en Europe. La superstition s'est progressivement installée sur le continent, et les humains ont commencé à nous traquer. Il est arrivé que certains vampires y perdent définitivement la vie. C'est un phénomène assez rare, mais c'est arrivé. Et dans tous les cas, ces vampires étaient accouplés. Le compagnon restant se retrouvait donc seul et totalement désespéré. Systématiquement, il transgressait les lois, espérant l'intervention des Volturi, et une mort rapide et définitive. »

« Et comment avez-vous su que ces comportements suicidaires étaient liés à la perte d'un compagnon ? »

Marcus eut un sourire triste, « Je voyais les liens brisés et Aro lisait leurs pensées. Il m'a confié n'avoir jamais ressenti un tel désespoir qu'en pénétrant l'esprit de ces êtres gagnés par la démence. Ils n'avaient simplement plus de désir de vivre. »

Bella regarda les pages du livre, ouvert devant elle. Elle admira les dessins de ces êtres qui partageaient des étreintes passionnés. Un tel lien était à la fois une bénédiction et une malédiction.

« La mort de l'un entraîne donc forcément celle de l'autre, si je comprends bien... »

« Je n'ai jamais rencontré de vampire qui ait survécu à cette perte. »

Elle releva la tête vers lui, esquissant un sourire timide, « Je vous remercie d'avoir répondu à mes questions, mon frère. »

Marcus inclina élégamment la tête en réponse, « Le plaisir était pour moi. »

oOo

Le soir même, Bella se retrouva seule dans leurs grands appartements. Elle jeta un coup d'œil à la vieille horloge en bois.

20h17

Il était en retard.

Dans la chambre, tout avait été disposé à son intention, non seulement les maigres possessions qu'elle avait pu acquérir depuis son arrivée, mais aussi quelques articles plus luxueux. Un bouquet de fleurs des jardins reposait sur sa table de chevet. Sur la coiffeuse, installée pour elle, une brosse à cheveux et un petit miroir à main en argent. Sans parler de ses robes qui avaient rejoint les nombreux costumes d'Aro, dans la garde-robe.

Assise devant sa coiffeuse, elle achevait de se préparer pour la nuit. Elle finissait tout juste de dénouer ses cheveux quand on frappa à la porte.

Elle était certaine que ce n'était pas Aro. Il ne frappait jamais.

« Entrez. »

Dans le reflet du miroir, elle vit entrer Demetri. Elle se leva pour lui faire face.

« Demetri ? »

Les mains sagement croisées dans le dos, le garde inclina la tête pour la saluer, « Signora. »

« Que veux-tu ? » demanda-t-elle en venant à sa rencontre.

« Je viens de la part de maître Aro, Madame. Il vous fait savoir qu'il lui reste de nombreuses choses à faire avant de vous rejoindre. Il vous demande de ne pas l'attendre, car il en a encore pour un moment. »

Elle ne put cacher sa déception, « Des choses ? »

« Il a utilisé le terme de ''paperasse''. »

« Je vois...Merci de m'avoir prévenue.»

Elle ne pouvait pas s'empêcher d'être déçue. Depuis sa conversation avec Marcus, elle ressentait le besoin instinctif d'être près de lui. Elle avait attendu patiemment le soir, car il revenait toujours la retrouver après son travail. Mais pas cette fois-ci.

Voyant Demetri planté là, entre elle et la porte, Bella arqua un sourcil interrogateur.

« Autre chose ? »

Le garde déglutit, « Madame... » commença-t-il faiblement. Sous les yeux écarquillés de la jeune femme, il tomba à genoux, « Je vous supplie de pardonner le comportement que j'ai eu envers vous, à votre arrivée ici. Si j'avais su qui vous étiez, jamais je ne vous aurais frappé ! »

Prise d'un élan de compassion, Bella se précipita vers lui et posa une main sur son épaule, « Allons, relève-toi. Tu obéissais aux ordres. Et nous n'allons certainement pas ressasser indéfiniment les erreurs du passé.»

Demetri osa enfin la regarder dans les yeux, « Mais- »

« Je te pardonne. S'il te plaît, relève-toi. J'ai un service à te demander. »

Le garde prit un air suffisamment interrogateur pour qu'elle s'explique.

« J'aimerais que tu me conduises au bureau d'Aro. » dit-elle en se détournant.

Elle chaussa ses petites pantoufles et enfila un long peignoir en satin par-dessus sa chemise blanche. Puis elle se retourna résolument vers lui.

« S'il te plait. » ajouta-t-elle, « J'y serais allée seule. Mais je ne connais pas le chemin, et les couloirs sont très sombres, la nuit...j'ai peur de me perdre. »

Demetri n'hésita qu'un quart de seconde, avant de se relever et d'incliner le buste.

« Bien, Madame. »

C'est donc Demetri qui la guida à travers ce dédale de couloirs sans fin. Elle n'était pas sûre de pouvoir retrouver son chemin au retour, cependant. Ils marchèrent silencieusement, l'un à côté de l'autre, pendant quelques minutes. Puis le garde s'arrêta devant une grande double porte en bois, et fit un geste vers celle-ci.

« Voilà l'étude de maître Aro. »

« Je te remercie Demetri. »

Demetri s'inclina, « Je vous souhaite une agréable soirée, Signora. »

Sur ces mots, il disparut dans l'obscurité.

Bella leva la main et frappa à la porte. Elle n'attendit pas de réponse.

Elle pénétra timidement dans cette pièce inconnue, en refermant la porte derrière elle. Elle prit le temps d'observer ce qui l'entourait. La pièce était assez grande. Mais elle aurait imaginé que le bureau du roi des vampires serait plus spacieux que ça. Une cheminée où un feu crépitait se tenait à sa droite. Le côté gauche était couvert d'étagères, elles-mêmes recouvertes de livres. Les boiseries aux murs étaient d'un autre temps. La pièce était assez sombre. Il n'y avait qu'une seule fenêtre, gigantesque, derrière le du bureau du roi. Quelques chandelles brillaient.

Lui, plume en main, travaillait à son bureau. Elle croisa ses yeux laiteux.

« Bonsoir, soleil de ma vie. »

« Mon amour. » dit-il tendrement. « Je ne t'attendais pas. »

« Je te dérange ? »

« Jamais. »

Elle vint à lui, et monta spontanément sur ses genoux, comme une enfant. Elle leva une main et caressa son visage, en observant son profil sérieux.

Aro lui vola un baiser, « Comment es-tu venue jusqu'ici ? »

Il passa un bras autour de sa taille, pour la soutenir. De son autre main, il écrivait une lettre.

« Demetri m'a servi de guide. » répondit-elle en observant l'importante correspondance, étalée sur son bureau. « Que fais-tu ? »

Il soupira doucement, « Comme tu le vois, j'ai beaucoup de travail en retard. »

« Par ma faute. » taquina-t-elle.

« Vilaine femme. »

« J'espère que tu trouveras le cœur de me pardonner. »

Elle se sentait bien. Apaisée, en sécurité. Et au chaud.

« J'ai eu une conversation très intéressante avec Marcus. »

« Hum ? » répondit-il distraitement, trop concentré dans la rédaction de sa missive, « Et à quel sujet ? »

« Les compagnons. » dit-elle en scrutant les changements d'émotions de son visage.

Il releva les yeux et tourna la tête pour la regarder.

« Isabella... »

« Tu le savais, et tu ne m'as rien dit. » reprit-elle, calmement. Ce n'était pas une accusation et il n'y avait nulle trace de rancœurs dans sa voix. Elle exposait simplement les faits.

Aro soupira lourdement en posant sa plume. Il s'adossa au dossier de son siège.

« Je le savais. » admit-il enfin, « Je l'ai su à notre deuxième rencontre, quand tu as avoué venir du futur. Marcus m'a montré le lien. J'ai compris mon erreur à ce moment-là, mais c'était trop tard, le mal était fait.»

« J'ai cru que je devenais folle tu sais, la première fois que je t'ai vu. J'avais l'impression de te connaître déjà et de te retrouver, après des années d'absence. C'est ridicule, n'est-ce pas ? »

L'expression de l'homme changea, devint plus douce, « Non. Non, ça ne l'est pas. »

« Vas-tu me transformer, alors ? »

« Le veux-tu ? »

C'était ce qu'elle avait toujours voulu. Pourtant, si près du but, elle se mit à paniquer.

Bella hésita, « Je…Je ne sais pas trop…Je pensais que je n'avais pas le choix. »

Aro regardait fixement un point invisible par-dessus son épaule, « En théorie… tu ne devrais pas l'avoir mais…Tu es ma femme, alors tu l'as. »

Elle était surprise par ce traitement de faveur. Et si elle ne pouvait s'empêcher d'être un peu rassurée par ses paroles, elle savait que sa décision était prise. Elle était prise depuis longtemps. Les mots de Marcus résonnaient toujours en elle.

« J'aimerais devenir un vampire et vivre éternellement à tes côtés... »

Il la regarda en deux fois, notant ses yeux brillants, hésitants, « Mais ? »

« Peux-tu me faire la faveur de m'accorder deux ans ? »

Aro demeura silencieux, enregistrant ses paroles, « Tu veux être transformée à tes vingt ans. » réalisa-t-il.

Bella acquiesça timidement, « Je… Je ne veux pas avoir dix-huit ans pour toujours… »

« Je comprends. Alors si c'est ce que tu veux, je te transformerai à tes vingt ans.»

Elle se pencha pour embrasser sa joue, « Merci. »

« Isabella » dit-il précipitamment en l'écartant de lui et en posant ses mains sur ses épaules, « Tu dois savoir cependant qu'il y a un cas de figure où je ne pourrais pas tenir ma promesse. »

« Lequel ? »

« Si tu es mourante. »

Elle esquissa un sourire, « Tu viendras à mon secours, sur ton cheval blanc, si c'est le cas... »

Il ne riait pas, « C'est très sérieux. »

« Je sais, et c'est d'accord. »

« Bien... »

Bella tourna légèrement la tête pour observer toutes les missives. Il y en avait une vingtaine, au moins. Elle distingua plusieurs langues. Espagnol, allemand, anglais et italien. L'une d'elles, particulièrement, attira son attention. Elle était en français. Elle se saisit de la lettre. La calligraphie était très élégante, lisible. Les lettres et les mots étaient bien espacés. C'est la signature qui piqua sa curiosité.

Louis.

En grandes lettres. Un trait assuré. Le style, appliqué.

« Louis... » songea-t-elle à haute voix, « Louis comme...Louis XVI… ? » demanda-t-elle en le regardant.

Un rictus tordit les lèvres de son époux, « Lui-même. »

« Tu entretiens une correspondance avec le roi de France ! Mais depuis combien de temps ? »

Elle avait un mauvais pressentiment tout d'un coup.

Je lui ai révélé le futur. Je lui ai dit pour la Révolution Française…Sa correspondance avec le roi ne peut pas être une simple coïncidence.

Alors qu'elle réalisait son erreur, il glissa lentement un doigt le long de sa nuque fine. Le doigt remonta jusqu'à son visage, figé par une expression incrédule, il lui caressa la joue. Elle restait immobile sous son inspection, toujours sous le choc de cette révélation. Sa grande main élégante passa dans sa nuque, son pouce effleurant le lobe de son oreille. Il ne répondit pas à sa question, mais un sourire suffisant éclairait son visage.

« Vieni, retournons dans nos chambres. La paperasse attendra bien demain. »

Désabusée, elle reposa la lettre et se leva. Elle n' osa pas insister. Ce n'était pas ses affaires. Et s'il ne lui en avait pas parlé jusqu'à présent, c'est qu'il ne comptait pas le faire. Intérieurement cependant, elle ne pouvait pas s'empêcher de paniquer.

Il se leva à son tour et glissa sa main dans la sienne.

« Tu es gelée, mon amour. » remarqua-t-il.

Elle reporta toute son attention sur lui, se hissant sur la pointe des pieds, elle picora ses lèvres.

« Il ne tient qu'à toi de me réchauffer. »

« Si seulement c'était possible... »

« Oh, mais ça l'est. »

Le lendemain, elle se réveilla seule, dans leur lit. Elle tâtonna la place à côté d'elle et la trouva vide. Bien vite, cependant, elle prit conscience de sa présence. Il était assis juste à côté d'elle. Tout habillé. Parfaitement peigné. Comparée à lui, elle semblait avoir rencontré une tornade en chemin.

Il se pencha un peu vers elle pour effleurer son visage.

« Mon amour… j'ai peur de ne pas pouvoir tenir la promesse que je t'ai faite... »

Le cœur de Bella manqua un battement de panique, « À propos...de la transformation ? »

Aro secoua négativement la tête, « Non, concernant le petit dictateur français qui va conquérir notre pays et le plié à sa volonté. Ce que tu m'as dit m'a fait beaucoup réfléchir, tu sais...J'en ai parlé à Caius et Marcus. Ils sont d'accord avec moi. »

Elle se frotta les yeux, essayant de se réveiller pour mieux comprendre ses paroles et ce qu'elles signifiaient. Mais son esprit était encore embrumé par ses rêves et sa nuit d'amour. Il était trop lent. Elle n'arriva pas vraiment à se concentrer.

« Attends une seconde, je ne comprends pas... »

Aro se pencha pour baiser son front, « Lève-toi et fais tes bagages. Nous partons. » déclara-t-il, avant de se lever.

Bella se redressa immédiatement dans ses oreillers, « Quoi mais… Où allons-nous ? »

Il se retourna vers elle en souriant, « Nous allons empêcher la Révolution Française. »

Elle le regardait, totalement affolée par de tels propos.

Merde, qu'est-ce que j'ai fait ?


NDA :

- Le mariage n'était pas prévu ! ^^' Je l'ai décidé comme ça, pendant que j'écrivais. Je me disais que Aro était beaucoup, BEAUCOUP trop vieux pour accepter d'avoir une relation amoureuse avec une personne (qu'il aime en l'occurrence) sans s'engager un minimum. Sa vision de l'amour est quelque peu… dépassée et influencée par les siècles qu'il a traversé mais surtout par celui qui l'a vu naître.

Je dois admettre que le truc des ''deux maris'' est inspiré de la série Outlander, que j'ai découvert en août dernier (c'est-à-dire 30000 ans après tout le monde! Personne ne m'avait dit que cette série était géniale ! Non mais !)

- Le fait qu'Aro interviennent dans la politique humaine est expliqué d'une part, par son besoin de tout contrôler, mais surtout de protéger l'Italie (sa patrie de cœur) de Napoléon. Et, très franchement, si Bella ne lui avait pas dit que l'Italie tomberait aux mains françaises, il aurait laissé la Révolution se faire.

Voilà voilààààà.

Prenez soin de vous

Et, passez de bonnes fêtes !