Titre : À ça du désespoir
Auteur : ylg/malurette
Base : Please Save My Earth (Reincarnations)
Personnages/Couple : Shusuran & Enju
Genre : tragédie
Gradation : PG-13 / T
Légalité : propriété de Hiwatari Saki, je ne cherche ni à tirer profit ni à manquer de respect.
Thème : « mort » d'après 7 liens
Nombre de mots : 700
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À des années-lumière de là, leur planète natale en proie à la guerre a cessé toutes communications. Depuis que Mokuren a suggéré qu'elle été purement, simplement, irrémédiablement anéantie, pas seulement la victime d'une panne technique réparable, l'idée fait petit à petit son chemin.
Ils savaient tous en partant, qu'ils ne retrouveraient jamais leur vie d'avant, qu'il y aurait trop de décalage au retour, mais que le retour devienne entièrement impossible ?
Leurs familles, leurs amis, tous ceux qu'ils ont connus… morts. Les lieux où ils ont vécu, où ils auraient compté revenir… détruits. Le deuil est difficile. Comment conceptualiser la parte d'une planète toute entière, de son avenir, quand tout ce qu'on voit c'est un écran noir ? C'est trop gros. C'est trop loin.
Qu'il ne reste plus qu'eux ? trois femmes, quatre hommes, leur bagage scientifique respectif leur dit que ce n'est clairement pas assez pour perpétuer leur civilisation. En deux générations à peine, la consanguinité… et puis à quoi bon avoir des enfants dans cette base étriquée, dont ils ne se donnent pas le droit de sortir ?
Ils doivent pourtant bien continuer à vivre, à aimer, même si leur mission d'observation n'a plus de sens. Les couples qui se tournaient autour depuis le début se soudent. En vain.
Bientôt, la maladie emporte Gyokuran, et avec lui tout espoir pour Enju. Un deuil de plus, un deuil de trop.
Hiiragi est le suivant, et il n'y a plus personne pour leur interdire d'envahir ZKK-101, que leur propre morale : et apporter avec eux le virus ? s'il contamine la biosphère locale entière, pas juste eux qui viennent de si loin ?
Shusuran ensuite, et Enju sombre dans le désespoir. Sans sa meilleure amie pour la réconforter, se confronter à sa propre mortalité et à sa solitude la dépasse. Elle est absolument terrifiée, par l'inconnu, par la souffrance qui l'assaille et celle qui l'attend encore. Elle appelle la mort de ses vœux : qu'au moins ça soit fini ! rejoindre ceux qu'elle aime…
"Si tu te suicides tu ne pourras plus te réincarner," rappelle Mokuren encore et encore, et elle prend cette prédiction une menace de plus, au lieu d'un encouragement. Même l'hibernation, comptant comme euthanasie, est une solution trop douteuse pour qu'elles se l'autorisent.
Shukaido se bat, en vain : il est impossible de guérir cette maladie une fois déclarée, impossible aussi de s'en protéger dans cet espace clos. Ils sont tous en sursis et y passeront tous. Dans quel ordre et agonisant combien de temps, c'est tout ce qu'ils peuvent se demander, et ils ne peuvent agir sur rien, et cette incertitude sur le quand et le comment est pire encore que la certitude de la mort éventuelle.
Enju l'avouera-t-elle ? elle est soulagée lorsqu'elle détecte enfin les symptômes. La douleur de la maladie réelle ne pourra jamais être plus grande que celle de l'attente effrayée, que ce qu'elle a déjà enduré en voyant mourir son grand amour, sa figure d'autorité, sa meilleure amie ; que toutes celles qu'elle a imaginées pour quand ça sera son tour.
Elle avait peur de mourir, oui, mais encore plus peur de survivre inutilement. Elle espère, maintenant, que ça sera rapide.
Elle ne peut pas demander à Mokuren de chanter pour elle, pour apaiser ses craintes ; elle doit le faire dans son propre cœur. Elle prie, encore et encore, pour se réincarner en homme et changer de vie. Retrouver Gyokuran et, si elle le peut, aussi Shusuran ?
Leur terre natale n'est plus, mais il y a un monde si vaste à leurs pieds ; Mokuren l'assure qu'ils se retrouveront sur ZKK-101. Elle l'espère. Elle choisit de faire confiance à la kitché-saarjaléenne.
(Par chance, Mokuren avait raison.
Issei a vécu sa réincarnation, a appris que non seulement les êtres, mais également les sentiments se réincarnent ; il a laissé Enju trouver la paix, et a réussi ainsi à changer de cycle. Maintenant, il n'a plus peur de la mort. Quand ça arrivera, pas de sitôt si possible, selon ce qu'il vit aujourd'hui et demain avec Sakura, ils se retrouveront encore, ou bien vivront autre chose, et il se dit que ça sera toujours pour le mieux : c'est la magie de la vie toujours recommencée.)
