1.

Quelques soupirs las par ci et par là. Un regard noisette mélancolique se perdant dans les ténèbres. Des cristaux salés glissant le long de sa peau rêche. Recroquevillée sur elle même, dans son lit, Evergreen sanglotait. Ses mains, tremblotantes cachait son ventre.

Son corps entier tremblait. Le son de sa voix se perdait dans les airs, s'envolait comme une vulgaire particule de poussière. Les yeux fermés, les lèvres pincées, les mains ensanglantées.

Au sein de la guilde, elle s'efforçait d'être une personne courageuse, hautaine et sûre d'elle. Rien de tout ça. Une façade même pas solide. Sa magie était de pierre, mais pas son coeur. Ses organes vitaux n'étaient pas aussi invincibles qu'elle voulait le faire croire.

Un cri devenait lointain, la pièce devenait de plus en plus froide. Ou bien, son corps manifestait son malaise.

Elle aurait voulut être une fée qui offre le sourire aux plus démunis. Celle qui redonne de l'espoir en la vie. Celle qui sourit, espiègle, rayonnante. Celle que l'on aime tous sans exception. Cette petite fée volant à travers les cieux apportant joie et bonheur, vie et sagesse, amour et amitié.

Rien de tout ça.

Tout n'était que pure façade.

Tout n'était que pure farce.

Sa seule amie allait la quitter. La vie a bien été égoïste. Cette dernière veut s'échapper de son emprise. Comme tout ce qu'Evergreen avait pu avoir en sa possession.

Il ne lui restait plus rien. Plus rien.

Juste un petit embryon dans son ventre qui ne demande qu'à vivre. Mais elle n'en voulait pas. Elle n'en voulait pas. Si elle en voulait. Elle le voulait vraiment.

Evergreen hurlait de vive voix sa haine.

Un cauchemar sans fin. Indécise. Faire un choix. Mais il n'y en avait point de choix, finalement. Tout ce qu'il y avait à faire, le seul et unique choix qui s'offrait devant ses yeux : subir.

Depuis son plus jeune âge, la jeune femme subissait.

Des remarques sur ses yeux. Extrêmement perçants et perturbants. Effrayants. Pétrifiants. Pour y remédier, une fausse paire de lunettes de vue et c'était plié.

Puis vinrent les remarques sur ses cheveux. Longs et ondulés, châtains clairs. Beaucoup trop voyant, les hommes la regardaient un peu trop langoureusement. Pour y remédier, les couper courts et les attacher avec une pince et c'était plié.

Son visage angélique d'enfant fit aussi l'objet de remarques. « C'est provoquant », disait l'une, « Une aubaine ! », s'exclamait une autre, « C'est pour ton bien », lui disait-on. Quel bien. Quel bien fou de savoir que son visage enfantin devenait sujet de la convoitise d'hommes. Quoi de mieux de s'en servir pour les manipuler. Quoi de mieux de se réveiller en pleine nuit, la sueur perlant son front, se rappelant de chacun de ces visages, de ces douces fragrances amères et piquant le nez. Pour y remédier, obéir puis tout oublier et c'était plié.

La vie continue son parcours, la puberté vint alors. Les remarques n'étaient plus les seules à alimenter le spectacle. Entre alors en scène les gestes. Acte un. Puis les contacts physiques. Acte deux. Dans cette pièce de théâtre, Evergreen n'avait le droit à aucun monologue. Une pièce lambda du décor qu'il était facile de manipuler, de changer de place, d'observer, de toucher, de détruire. Irréparable

Les rideaux tombent, le noir total. Plus de décor, juste une jeune adolescente laissée pour morte. Morte de l'intérieur, mais belle à l'extérieur.

Les fées était si belles quand leurs bras se balançaient au rythme de leur battement d'ailes. Leurs petites jambes ballantes basculaient à droite, puis à gauche. Leur voix raisonne comme une douce caresse. Maternelle, elle embrasse et protège.

Où est passée sa fée ? Ne sont-elles pas censées la protéger ? Lui apporter tout un soutien moral ? Elles n'existent pas. Livrée à elle-même face à...quoi d'ailleurs ? Le monde entier ? Ou plutôt face à ce qu'elle a été et ce qu'elle est ?

Evergreen a intégrée cette guilde du nom de Fairy Tail. Elle avait rit jaune. Elle courait après une chimère qui lui riait mélodieusement au nez. Peut-être ressentait-elle un besoin de poursuivre un but, aussi spectral soit-il pour ne pas sombrer.

Et après plusieurs années de marche vers ce but spectral, un semblant de lumière lui était apparu. Un grand gaillard, bruyant, simplet, adorable. Tout ce qui pouvait la faire sortir de ces gonds. Il possédait toutes les qualités de sa chimère perdue. L'apparence n'y était pas. Il n'était pas gracieux. Il était grossier. Naïf. Idiot. Elle ne l'aimait pas.

Peut-être parce qu'il jouissait d'une chose qu'elle a toujours voulu. Une vraie famille, qui l'aime pour ce qu'il est.

« Tu es quelqu'un de bien. »

Evergreen sursauta.

Non, il se trompait.

« En quoi ? »

Il était là, vêtu de son plus simple appareil. Il lui souriait béatement, comme s'il se trouvait être le pus heureux des hommes.

« Tout.

- Drôle de réponse.

- Merci pour tout. »

La jeune mage ne bougea pas, laissant l'homme lui toucher le ventre. Ses prunelles noisettes s'ancrèrent dans le vide.

« Merci de faire de moi le plus heureux des hommes. »

Toutes ces paroles ne lui faisaient rien ressentir. Il n'y avait plus rien qui les liait. Lui qui avait juré de la protéger, il n'en fit rien. Elle a dû affronter ça toute seule. Encore et toujours toute seule. Il y avait des choses qui ne changaient pas, faire face au monde toute seule était devenue une habitude. Alors qu'est-ce que la jeune femme pouvait espérer ?

« Il n'y a plus de bébé. »

Il arrêta tout mouvement. S'il voulait s'en aller, elle ne le retiendra pas. Si cela doit arriver, alors soit. L'abandon ne lui faisait plus peur. A vrai dire, la peur n'est devenu qu'un mythe à ses yeux. Elle porta alors son attention sur lui. Un regard triste. Évidemment.

« J'ai fais une fausse couche. »

Le tout dit de manière neutre. Aucune larme. Zéro soupir. Elle lâcha la bombe de manière simple. Elle se redressa et plissa ses yeux en amande lorsqu'elle le vit. D'une main, elle essuya la joue humide de l'homme.

« La vie est faite ainsi Elfman.

- Tu vas bien, toi, au moins ? »

Sa langue claqua sur son palet. Toujours pareil, avec lui. Quand ça n'allait pas, ce grand dadet préférait penser aux autres avant de penser à ses propres sentiments. La jeune femme s'étira et se laissa tomber en arrière avant de se recroqueviller face à Elfman qui retenait en vain ses larmes.

« Pauvre chou, murmura-t-elle en lui caressant la joue. Je vais très bien. De toutes les façons, je n'en voulais pas. »

« Menteuse ! », lui souffla son coeur. Elle le souhaitait de tout son âme. Car à défaut de ne pas avoir eu de famille à la hauteur, elle aurait pu se créer sa petite famille.

Oh, elle peut toujours procréer, certes.

Mais non.

La décision a été prise durement, mais elle rompra tout lien avec le mage de Fairy Tail. Tout ce qu'elle gagnera en restant avec lui, c'est un homme malheureux. Et il n'a pas besoin d'être malheureux. Il ne le méritait.

Son front toucha celui de l'homme qui fronçait les sourcils. Leurs nez se frôlèrent. Un sourire se dessinait sur les lèvres d'Evergreen, tandis que ses paupières se fermaient lentement. Oh c'est fou comme elle pouvait l'aimer. Si pur, si enfantin, si spontané…

« Arrêtons-nous là, lâcha-t-elle dans un soupir, ouvrant ses yeux en s'attendant à voir le visage du mage surprit.

Cependant, il n'eut rien de tout ça. Il la fixait, certes mais l'expression qu'il arborait demeure indéchiffrable.

- Tu ne veux pas me laisser l'temps de digérer la nouvelle avant de me jeter ? »

Elle eut un petit rire malgré elle.

« Je ne te jette pas. Passons juste à autre chose, seulement. Un avenir où il y aura toi sans moi. Et moi sans toi.

Il la regarda comme si elle était devenue folle.

- Comment ça ?

- Tu n'as pas besoin de moi. Tu as tes sœurs adorées. T'as pas besoin d'un amour aussi fade que le mien. D'un âme aussi pourrie que la mienne.

- T'es rien de ce que tu racontes ! »

Il lui attrapa les poignets et l'attira contre lui.

« Je t'aime. Mes sœurs ce sont mes sœurs et toi, tu es toi. L'amour que j'ai pour elle n'est pas l'même que celui que j'porte pour toi !

- On a jamais été en couple.

- Devenons-le alors.

- La seule chose que l'on ait faite c'est coucher ensemble.

- Faisons des sorties alors.

- Elfman.

- Ever. »

Elle roula des yeux avant de le repousser gentiment. Gracieusement, la jeune femme se leva du lit, complètement nue. Elle attacha ses longs cheveux en un chignon grossier, laissant apparaître plusieurs fines cicatrices sur son bas du dos.

« Ma décision est prise, dit-elle en se dirigeant vers la salle d'eau.

- La mienne aussi. »

Une de ses mèches de cheveux n'ayant pas coopéré lui chatouilla le cou. Ses doigts vinrent la taquiner, l'enroulant autour d'eux. Evergreen se retourna vers Elfman qui la regardait non pas avec envie. Avec un trop plein d'amour.

Un mouvement de tête vers la salle d'eau. Le faciès de la jeune femme était neutre. Il se leva. Elle recula. Il avança droit vers la jeune femme. Elle entrouvrit la bouche, aucun son n'en sorti. Elle tendit alors ses bras accueillant la nuque de l'homme.

« Une dernière fois... », qu'elle se disait. Encore et encore. Une dernière fois dont elle ne se lassera pas, finalement.


Bonsoir !

J'ose enfin vous poster ma réécriture qui ne ressemble en rien au premier jet de Fearless. Déjà, j'ai changé le point de vu, car n'étant plus habitué à la vue subjective, j'ai dû faire avec le pdv qui m'allait le mieux. Ensuite, l'histoire est moins rigolote, moins maladroite, un peu plus à mon image actuellement. Je vous avoue avoir été dans un état de malaise en me relisant mais pas au point de me rejeter car c'est cette petite histoire maladroite qui amène celle-ci, qui est un peu plus adroite ? J'espère en tout cas.

J'ai déjà cinq autres chapitres de prêts, je les posterai au fur et à mesure, car ils sont encore en cours de correction. J'ai décidé de me lancer car après plusieurs relectures, je ne touchais pas au chapitre 1.

Voilà, je vous ai dit un peu tout, je pense.

J'espère tout de même que ce chapitre vous aura plu !

A bientôt !