4.
Apprêtée d'une robe verte virevoltante lui arrivant un peu au dessus des genoux, les cheveux attachés en une queue de cheval haute, dévoilant alors son front, Evergreen se chaussa de ses éternels talons carrés à plateforme. Le soleil venait à peine de se lever, ses hommes se reposaient encore dans les bras de Morphée.
Elle posa ses lunettes sur son nez et sortit alors sans faire de bruits de la maison, en fermant bien à clé derrière elle.
Peu de personne était matinale à Fairy Tail. Mirajane l'était, car elle possédait un double des clés de la guilde et procédait à l'ouverture et la fermeture de cette dernière. Donc si jamais elle souhaitait lui en toucher deux mots, c'était le moment opportun.
Plus elle avançait, plus elle sentait une boule se former dans son ventre. Bon, elle ne voulait pas aborder le sujet d'Elfman, mais connaissant la barmaid, elle ne se gênera pas de le faire. Celle-ci pouvait être une personne douce et adorable, mais lorsqu'il s'agissait de son petit frère et de sa petite sœur ou encore de Fairy Tail, elle pouvait sortir les crocs. La châtaine devait se l'avouer, Mirajane Strauss était effrayante.
« Ever..? »
Elle arrêta tout mouvement et se tourna alors vers la voix beaucoup trop familière tout en répliquant son habituel :
« C'est Evergreen, pour toi ! »
Il n'était pas seul. Sa grande sœur était là, la main dans son petit sac. Elle ne la lâchait pas du regard avant de jeter un coup d'œil à son géant de frère.
« Ça tombe bien, enchaîna Evergreen en ne montrant pas son désarrois, il faut que l'on discute. Toi et moi. »
Elle désigna Mirajane de ses deux doigts et se pointa elle-même de ces deux mêmes doigts.
« Tu m'enlèves les mots de la bouche...Elfman, va ouvrir la porte, j'arrive.
- Mira-
- Fais ce que je te dis. S'il-te-plaît. »
Elle lui souriait chaleureusement. Il fronçait ses sourcils avant de regarder la femme qu'il aimait. Il lui offrit un sourire timide auquel elle ne répondit pas. Sa tête se détourna en même temps que son regard vers un buisson bien vert.
Cette scène fut observée par l'aînée Strauss qui soupira. Elfman sursauta et s'excusa auprès de sa sœur qui, malgré son agacement visible lui offrit un de ses sourires rayonnants.
« On fait vite, affirma la grande sœur qui observait son frère s'en aller comme une mère observerait son fils. Ses prunelles bleues se tournèrent alors vers Evergreen. Qu'as-tu à me dire ?
- Je veux juste clarifier la situation.
- Ah...Tu vas me dire que tu ne l'a pas jeté comme une vieille chaussette ?
- … Je ne suis pas venue parler de lui. »
Le regard océan de la jeune barmaid devint alors perplexe. Elle continua sur sa lancée :
« Laxus. Il n'y a rien entre lui et moi. Je veux dire, tu peux être sereine. Il ne m'intéresse même pas un peu, il est trop lunatique, trop chiant, trop difficile à vivre. Enfin, je l'admire c'est un fait. Cependant, garde-le avec toi bien au chaud et n'associe plus nos prénoms pour dire que tu penses qu'il y a quoique ce soit de...argh ! S'il-te-plaît évite de le faire, merci. »
La jeune femme aux cheveux blancs ne bougea pas. Au bout de quelques secondes, elle acquiesça de la tête. Ses yeux se posèrent alors sur le sol.
« Donc il n'y a vraiment rien entre vous ?
- Rien.
- Il n'y a rien eut non plus ?
- ...Il est devenu comme un frère, au fil du temps.
- Oh... »
Elle joignait ses mains à sa poitrine, ses yeux vacillants évitant de la regarder.
« Mais...vous avez l'air si proche...et...vous vivez ensemble…
- Avec Fried et Bixrow. Comme une petite famille.
- Oh mon dieu, je me sens bête... »
Evergreen eut envie de lui répondre que oui, elle pouvait se sentir bête. Mais rien, car cela devait déjà être assez humiliant pour elle.
« Je suis désolée, dixit la jeune femme en la regardant enfin droit dans les yeux. Je dois avouer que c'était idiot de ma part. Cependant... »
L'aînée Strauss s'avança alors vers la jeune femme qui sentit alors l'entourloupe.
« J'ai aussi à te parler.
- Si c'est à son sujet, j'aimerai ne pas en parler.
- Après ce que tu lui as fait, je ne peux pas te faire cette faveur là.
- Je ne lui ai rien fait. Bien au contraire, j'ai été plutôt avenante. Je lui ai épargné beaucoup de choses.
- Tu fuis. »
Certes, elle fuyait, comme le disait si bien Mirajane. Certes, elle passait à côté d'une histoire d'amour incroyable. Toutefois, Evergreen, connaissant sa chance, se rendait compte que cette histoire d'amour incroyable pouvait à tout moment se transformer en histoire d'amour désastreuse. Tout ce qu'elle souhaitait éviter, c'était la deuxième option. Elle a déjà eu son lot de malheurs.
En perdant ce bébé, la couleur était vite annoncée. Oui, il lui manquait. Oui, elle avait envie de le revoir, de faire passer le temps en sa compagnie. Oui, elle adorait passer chez lui, quand Lisanna préparait un petit thé et se remémorait les anecdotes marrantes de leur enfance. Elle adorait le voir rougir et devenir tout gêné quand Lisanna l'imitait lui plus jeune.
Ces souvenirs lui étaient précieux. Alors oui, pour ne pas les ternir, elle fuit.
« Je préfère largement ça. C'est le mieux que je puisse faire. »
Il y a eu un long silence où la fille de Satan renifla. Son corps entier tremblait.
« Il est mon petit frère. Je l'aime plus que tout au monde. Ma famille, je l'aime plus que tout. Je ne laisserais personne faire du mal à ma famille. Personne. » »
Son visage se crispa, comme si elle se retenait de pleurer.
« Je vois qu'il ne va pas très bien, Lisanna a survolé le sujet. Je ne sais pas de quoi il est question entre vous. Si vous aviez franchi le pas ou non. Si vous vous aimiez à la folie ou pas. Si ce n'est qu'à sens unique. J'en sais rien. Je m'en fiche, d'ailleurs. Tout ce que je remarque, c'est que je suis impuissante face au comportement de mon petit frère adoré. Lui qui vivait, croquait la vie à pleine dent, je le sens lâcher prise. Que lui as-tu fais ? »
Evergreen lui tourna le dos, amena ses mains à ses lèvres. Ses mains se joignaient et se posaient sous son menton. Elle ferma les yeux. S'il ne voulait pas en parler, ça n'était pas à elle de le faire. Cependant…
Elle inspira un grand coup, sentant ses yeux piquer.
Il était bien facile de faire semblant pendant un certain laps de temps, mais la fée n'avait toujours pas fait le deuil. C'était bien plus compliqué que ça. Ses émotions jouaient au yoyo. Elle lâcha de but en blanc, sa voix vacillant légèrement :
« Son enfant est mort. »
Une phrase sans tact. Evergreen a toujours manqué de tact et cet instant le prouvait bien, en plus de dévoiler la maladresse de celle-ci.
Mirajane avait le droit de le savoir. Elfman méritait d'avoir le soutien de sa grande sœur. Tout comme elle avait le soutien de ses hommes adorés.
La mage avança droit vers la guilde, ne souhaitant pas se tourner vers la barmaid. Au moment où elle allait pénétrer dans l'enceinte du bâtiment, elle sentit deux bras lui encercler le ventre et une chaleur se développait sur son dos. Le corps étranger tremblotait. Elle pouvait entendre des sanglots près de son oreille.
« Je suis désolée... », entendit-elle alors que la voix était étouffée.
Elle laissa l'emprise que Mirajane avait sur elle, la main sur la poignée de la grande porte. Son coeur s'était mis à accélérer et ses yeux picotaient de plus en plus. Pleurer maintenant or qu'elle avait réussi à garder son calme...Jamais.
« Ne pleure pas pour si peu, ce n'est rien, dit-elle en haussant ses épaules.
- Pourquoi le quitter ?
- On a jamais été ensemble. Ça ne se fera pas après ça. Qu'il s'y fasse. »
Elle se dégagea doucement de l'emprise de Mirajane et entra au sein de Fairy Tail.
Il était là, assis. Elle le regarda longuement. Lui aussi.
« Je ne t'en veux pas », lui dit-il de sa voix grave.
Elle haussa les épaules en réponse.
« Ce n'est pas de ta faute non plus. »
Elle eut un petit rictus. Comment pouvait-il savoir si c'était de sa faute ou pas ? Il a toujours été aussi avenant ?
« Tu n'en sais rien. »
Leurs regards ne se lâchaient plus, au plus grand désarrois – bonheur – d'Evergreen. Les cils de la reine des fées battaient à une vitesse folle, se rendant compte que Mirajane pouvait entrer dans la pièce d'un moment à un autre. Elle détourna la tête et pesta, se trouvant une place à une table.
« Recommençons à zéro. »
Ses sourcils se froncèrent. Qu'est-ce qu'il lui prenait de dire des sottises pareilles ?
« Recommencer quoi ? Il n'y a jamais rien eut, sombre idiot. »
Elle roula des yeux en le voyant s'approcher d'elle. « Garde tes putains de distance », se disait-elle en boucle. La jeune femme finit par fermer ses yeux et souffla. Cela n'échappa pas aux yeux du grand homme qui s'assied maladroitement à côté d'elle.
Il attrapa la main d'Evergreen qui sursauta. Son regard alterna entre la porte d'entrée et Elfman, qui arborait un air sérieux. Elle voulut le remettre à sa place mais il la devança :
« Deviens ma femme. »
Choc. Ses lèvres rosées restèrent entrouvertes. Beaucoup trop d'informations d'un coup.
Mirajane pouvait venir à n'importe quel moment, Elfman vient de lui faire une pitoyable demande en mariage et elle se sentait la chaleur lui monter au joues, non pas parce qu'il veut devenir son mari, non non. Le contact de la géante main contre la sienne. Juste ça. Seulement ce fait là.
La surprise passée, elle eut un petit rire nerveux. Elle retira violemment sa main de la sienne et remonta sa monture correctement, imperturbable.
« T'es un peu trop prétentieux pour penser que j'accepterai de devenir ta femme avant même d'être ta petite amie.
- Eh bien, j'suis un homme ! Puis, j'te connais déjà bien. Ce que t'aimes, ce que tu déteste. Tes p'tites habitudes, ce que tu manges ou ne manges pas, tes manies verbales et gestuelles. Tout ça. »
Elle pinça ses lèvres et ferma les yeux.
« Non.
- Ah, toi avant notre rencontre ? Ouais, c'est pas faux. Encore faut-il que tu veuilles que j'connaisse cette partie là de ta vie. Ma vie avant, pendant et après, tu la connais déjà. C'est pas très fair play.
- Tu n'as vraiment peur de rien.
- C'est ça être un homme.
- Ne soit pas idiot, ça n'a rien à voir. Et il n'a jamais été question d'un jeu ou d'être fair play. »
Mirajane choisit alors ce moment là pour se montrer. Evergreen eut un mouvement de recul, ils étaient trop proches l'un de l'autre. Chose qui ne passa pas inaperçue pour l'aînée Strauss. Le cadet, lui, se releva bien vite en voyant le nez rougit de sa sœur et se précipita vers elle.
« Grande sœur, ça va ? »
Mirajane pinça ses lèvres.
« Tu aurais dû m'en parler. Je suis ta grande sœur. Ton enfant... »
Il baissa les yeux au sol avant de regarder Evergreen. Un regard accusateur, du type « Tu n'aurais pas dû en parler ». Elle détourna les yeux vers le plafond en réponse.
« Je ne voulais pas t'inquiéter.
- M'inquiéter ? Bon sang Elfman ton comportement m'a plus qu'inquiété ! Je me suis fait du mouron ! Tellement que j'ai menacé Lisanna pour qu'elle lâche le morceau !
- Tu n'aurais pas dû, je suis adulte-
- Cela, coupa nonchalamment Evergreen qui s'était avachie sur l'une des tables, n'empêche pas qu'elle avait le droit de le savoir. Si c'est pas sur mes épaules, pleure sur celles de tes sœurs.
- Soit pas aussi dure, lui répondit-il en prenant sa sœur dans ses bras, qui ne s'arrêtait pas de pleurer.
En réponse elle soupira.
Il la regarda fixement tout en enlaçant sa sœur. Evergreen les observait silencieusement, posant ensuite ses prunelles marrons sur celles bleues de son ancien amant. Il lui mima de la bouche "je t'aime" auquel elle répondît d'un haussement d'épaules.
Il ne comptait vraiment pas abandonner. Elle eut un fin sourire aux lèvres en y pensant, mais se reprit bien vite. Il allait vraiment croire qu'elle souriait suite à ses mots doux (ce qui n'était absolument pas faux).
« Tu sais Mira, c'est ainsi que la vie est faite, déclara le mage en ne quittant pas sa belle des yeux. Malgré tout ça ne m'empêche pas de l'aimer encore plus fort.»
La jeune mage aux yeux pétrifiants ouvrit lentement la bouche avant de la refermer. Elle roula des yeux ne sachant pas quoi répondre. Il savait être déstabilisant cet idiot ?
« Tu l'aimes vraiment ?, lui demanda Mirajane en se détachant de lui et en essuyant ses larmes.
- Plus que ma propre vie.»
Elle ne savait plus où se mettre. Comment pouvait-elle se permettre de répondre quelque chose de cinglant à ce genre de phrase hyper mignonne que n'importe quel humain aimerait entendre de son bien aimé ou sa bien aimée ?
Elle aussi l'aimait plus que sa propre vie. Mais là n'était pas la question. Elle devait s'en aller au plus vite. Fuir loin de lui. Loin de son trop plein d'amour où elle risquait de regretter chaque choix qu'elle avait pu faire depuis la perte de leur bébé.
Alors elle s'était levé et avait marché vers la sortie. Elfman n'avait rien dit, empêchant Mirajane de dire ou de faire quoique ce soit. Il se doutait du malaise de son amour, alors il comptait lui laisser du temps. Elle pouvait le rejeter autant de fois qu'elle le souhaitait, il reviendrait toujours à la charge, avec encore plus l'envie de l'aimer et de la chérir.
Parce que c'est ça être un véritable homme.
Bonjour bonjour !
Comment allez vous ? En cette période de crise sanitaire, il est toujours bon de prendre des nouvelles.
Sinon, un chapitre bien long ma foi, que j'ai corrigé, modifié, recorrigé et remodifié ahah. Mais au final ça m'a donné ce que je voulais, donc je suis assez satisfaite.
Bon on aurait dit que ça n'avance pas trop, mais en réalité si. Et ça va aller plus vite dans les prochains chapitres.
Vous l'avez peut-être remarqué, mais j'aime beaucoup jouer sur les insécurités des persos, bon c'est une manière d'y mettre un développement assez cool, sachant que je travaille actuellement sur les développements des personnages en général.
Dans tous les cas, j'espère que ce chapitre vous aura plu ! N'hésitez pas à donner votre avis (critique ou pas) !
A la semaine prochaine !
