Chapitre 15:

La scène qu'offrait la maison de Harry en ce début d'après-midi aurait pu en dégoûter plus d'un de l'envie d'avoir un jour des enfants.

Plus tôt dans la matinée, il était parti faire des courses, baladant Teddy à travers les allées du magasin de jouets pour trouver de quoi occuper l'enfant durant la journée.

Paniqué par les pleurs, il avait appelé Hermione plusieurs fois pour lui demander de l'aide. La jeune fille, en visite chez sa famille, ne pourrait le rejoindre que dans la soirée, alors en attendant elle n'avait pu lui donner que quelques conseils.

Après avoir calmé son filleul de sa pousse de dents, il lui avait donné à manger et à présent celui-ci était paisiblement endormi dans les bras de Harry.

Il faisait le tour de son salon depuis maintenant une demi-heure et son dos commençait à le faire souffrir. Avec le plus grand soin, il décida de déposer l'enfant dans son lit. Cependant, à la seconde ou ses mains ne furent plus en contact avec lui, Teddy se réveilla et se mit à pleurer.

Une soudaine humidité au niveau des yeux du brun se fit ressentir car ses nerfs étaient mis à rude épreuve.

Il récupéra Teddy de son lit pour le poser dans sa chaise haute. Harry se surpris à se pincer l'arête du nez d'agacement ce qui lui rappela désagréablement son professeur de potions.

Avec une intensité théâtrale, il fixa son filleul, occupé à lancer ses jouets à terre.

- Tu vas devoir coopérer Teddy, tu as beau être adorable, et crois moi, ça te servira plus tard mais moi, tu ne m'auras pas. On en a déjà parlé, si tu veux continuer à jouer avec, il faut arrêter de le jeter.

Harry récupéra le hochet, et comme pour appuyer ses paroles, il l'agita devant les yeux du petit avant de le déposer à nouveau dans ses mains.

Alors qu'il pensait avoir réglé la question, le jouet vola à nouveau à travers la pièce.

Harry attrapa son portable et envoya un message à Hermione: "On peut faire du chantage à un bébé?"

Cependant, il ne put pas lire la réponse -moralement questionnable- de son amie.

Teddy se mit à pleurer, sa main pointant dans la direction de la compote de pomme posée sur la table. Harry la saisit sans attendre et posa le pot devant l'enfant, observant sa réaction comme un chercheur le ferait avec le cobaye de son expérience.

L'enfant se mit à observer la photo sur le pot avec attention et alors que son visage se crispait de concentration, ses cheveux à la base d'un blond blé, se transfomèrent en un noir corbeau. Teddy était en train de se métamorphoser à l'image de l'enfant sur le pot de compote.

- Alors ça... Murmura Harry.

Il ne bougea pas, comme pour donner le temps à son cerveau d'assimiler ce qui venait de se passer. Puis pris d'une idée soudaine, il saisit le journal avec Horace Slughorn, son ancien professeur, en tête de couverture faisant la promotion de son livre. Il échangea doucement le pot de compote avec la journal tout en prenant soin de placer la photo directement sous les yeux de l'enfant.

Il ne fallut pas longtemps avant que le souhait de Harry se réalise et que Teddy prenne les traits de l'ancien professeur de Potions.

Harry dû mettre sa main devant sa bouche pour ne pas exploser de rire. Un gémissement de satisfaction face au méfait accompli s'échappa tout de même alors qu'il contemplait son œuvre.

La tête du vieil Horace Slughorn, le visage étiré d'un sourire condescendant, le même que sur la photo, le tout posé sur le corps d'un bébé de 6 mois dont le t-shirt avait subi plusieurs attaques de sauce tomate durant le repas.

- Merlin, tout un monde de possibilités qui s'offre à nous. Déclara Harry d'une manière solennelle. Il faut que je prenne une photo pour Fred et George. Il joignit le geste à la parole et il captura le visage de son filleul transformé en vieil homme.

- Heureusement que tu as hérité de ta mère.

Il était maintenant 20 heures et Teddy s'était finalement endormi, allongé sur son parrain.

On sonna à la porte et Harry dû se lever, à moitié réveillé, pour aller ouvrir.

Il n'eut pas le temps de vraiment distinguer à qui appartenaient les deux bras qui l'enlacèrent.

- Tu nous as sauvé la vie aujourd'hui Harry! s'exclama Tonks. C'était la panique ce matin, merci de l'avoir gardé, j'espère qu'il a pas été trop embêtant, il a tendance à être… énergique.

- Énergique, c'est le mot, répondit le brun en riant.

Il rassemblèrent les affaires de Teddy, éparpillées un peu partout dans le salon tout en parlant des pouvoirs de l'enfant. Harry apprit que la première fois qu'il s'était métamorphosé, il avait fait hurler Remus de peur, car son visage avait pris la tête du chat.

Il proposa à Tonks de rester manger mais elle refusa poliment car elle avait encore du travail à terminer chez elle.

Harry accompagna ses deux invités à la porte et après les avoir salués et un dernier câlin à Teddy, ils partirent.

Une fois la porte refermée, le silence accablant de la maison vide sembla soudain s'abattre sur le brun. Il se retrouva dans le couloir de l'entrée, seul, à contempler la tapisserie autour de lui, ne sachant pas vraiment quoi faire. Même le salon vide, que même le bruit de fond de la télé ne pouvait égayer, le déprimait un peu.

Cette journée avec son filleul, bien qu' imprévue, avait été tellement bénéfique maintenant qu'il y pensait. Il n'avait pas ressenti le besoin de regarder les infos, il n'avait pas eu le temps de s'ennuyer et donc de ruminer ses pensées noires.

Il aurait aimé profiter de la présence de son neveu plus longtemps.

Ce qu'il redoutait s'était produit, alors qu'il avait évité de passer du temps avec l'enfant pour ne pas s'attacher, une journée avec lui avait suffi à ce qu'il lui manque.

Il décida de sortir dans son jardin car il sentait une vague d'angoisse s'emparer de lui, et comme il s'y attendait, le froid de ce début de soirée calma les battements frénétiques de son cœur.

Les mains dans les poches et un peu triste, l'idée de se pointer chez Malfoy pour lui rendre la pareil traversa son esprit pendant une fraction de seconde.

A la place, il envoya un message à Hermione et Ron pour se retrouver au pub plus tard dans la soirée, et puis de toute manière, il ne savait même pas où Draco vivait maintenant.

Alors qu'il rangeait son portable dans sa poche, un bout de carton tomba dans l'herbe.

Il le rattrapa rapidement pour ne pas qu'il ne se retrouve trempé et reconnut la carte de visite du psychologue que lui avait donné Remus.

D'un geste impulsif, il saisit le numéro dans son portable et appela. Puis il réalisa l'heure qu'il était, et alors qu'il s'apprêtait à raccrocher, une voix grave et posée lui répondit:

- Docteur Archibald Smith, que puis-je faire pour vous?

- Oh, hum, oui bonjour. Désolé de vous déranger à cette heure là. J'aimerais prendre rendez-vous, si possible. Demanda Harry d'une voix peu assurée.

Pendant que l'homme à l'autre bout du fil lui donnait une date, le brun sentit un poids se lever dans sa poitrine. Il soupira de soulagement, reconnaissant l'espoir, un sentiment qui l'avait quitté depuis longtemps.

Et comme si l'univers lui confirmait de meilleurs jours à venir, après l'appel terminé, Harry reçut un message de Ron. Le malaise qu'il avait ressenti dans leur relation depuis quelques semaines se dissipa quand le roux répondit avec enthousiasme à son invitation.

oo0oo0oo0oo

A chacun des pas que faisait Severus pour atteindre la grande porte, un phénomène étrange se produisait. C'était comme si son corps entier refusait de faire un mouvement de plus vers cette direction. Pourtant il le devait, cela serait sûrement la dernière fois qu'il pourrait lui parler.

Cependant, arrivé devant celle-ci, il ne pu résister plus longtemps et il se stoppa net. Il resta planté là, droit comme un piquet, le visage crispé.

La demeure maudite qu'il rêvait de voir brûler, et tous les souvenirs s'y rattachant partir en fumée avec, se dressait devant lui dans toute son horreur.

Ce qui autrefois avait représenté la grandeur de la famille Malfoy, ne ressemblait maintenant qu'à un vieux manoir abandonné de toute vie et triste à en mourir.

Severus dû rester un moment dans ses pensées car il n'entendit pas son ami arriver à ses côtés.

-Lucius.

-Severus. Répondit l'intéressé d'un ton faussement cérémonieux

Emmitouflé dans son manteau, un livre à la main, il attendait calmement à côté de lui, observant pour patienter le gravier à ses pieds.

-On peut rentrer maintenant? Demanda-t-il simplement

Severus répondit d'un simple hochement de tête.

Si l'extérieur de la demeure l'avait mis dans un profond malaise, l'intérieur fut encore pire alors qu'ils entraient dans le salon. Les images de réunions de Mangemorts sanglantes surgissaient dans son esprit par flash et il préféra accélérer le pas vers le bureau de Lucius.

-Narcissa n'est pas là? Demanda Severus après n'avoir remarqué aucun signe de la présence de la maîtresse de maison.

-Elle est sûrement dans la chambre de Draco, elle y passe beaucoup de temps. Et puis, ce n'est pas comme si elle pouvait vraiment aller ailleurs avec les chiens de gardes qui nous surveillent. Répondit Lucius en regardant avec mépris par la fenêtre les Aurors posté à l'entrée du portail.

Il se servit un verre de Whisky et en offrit un à Severus qui accepta avec plaisir. La discussion qui allait suivre nécessitait de détendre l'atmosphère.

-En parlant de Draco, c'est la raison pour laquelle je suis ici. Attaqua Severus.

-Il est donc définitivement parti de la maison? Le coupa Lucius.

-A ma connaissance il n'a pas remis les pieds ici depuis le début de l'été. Il a vécu chez Blaise pendant un moment mais il a trouvé un bon appartement maintenant. Depuis quand vous ne vous êtes pas parlé exactement?

-Il répond à certaines lettres de Narcissa mais la conversation ne va pas très loin, de simples nouvelles et ses réponses sont très courtes. Dit Lucius d'un ton las

-Je vois qu'il a la même attitude désabusée par rapport à la situation. Cependant il évite la conversation à chaque fois que j'essaye de lui en parler.

Un petit rire se fit entendre alors que Narcissa apparaissait dans l'encadrement de la porte.

-La ressemblance est frappante, à croire que vous avez tous été fabriqué dans le même moule. Dit-elle non sans une pointe de véhémence en fixant les deux hommes.

Elle traversa la pièce pour se servir un verre de Whisky et s'asseya sur le rebord de la fenêtre.

-Tu dois le convaincre de venir Severus, ajouta-t-elle en le suppliant du regard.

Elle semblait à court de temps et d'arguments pour faire venir son fils. Severus ne savait pas vraiment à quoi elle s'attendait, mais une réunion familiale autour d'un bon repas ne semblait pas vraiment être dans les plans de Draco.

-Je ne suis même pas sûr que cela soit une bonne idée qu'il vienne Cissy, dit prudemment Lucius en regardant le liquide ambré tourner dans son verre.

-J'évite juste à mon fils un autre regret à ajouter sur sa longue liste, le premier étant d'être né dans cette famille. Asséna-t-elle amèrement en buvant une gorgée.

Severus regarda Lucius avec stupeur, rares avaient été les fois où Narcissa avait fait preuve de violence dans ses propos avec son mari, son fils étant la principale raison de certains d'entre eux.

Cependant l'homme ne semblait pas en colère, il s'approcha simplement de sa femme et lui saisi la main avec délicatesse avant d'y déposer un baiser.

-Très bien, je vais lui écrire une lettre pour le lui demander moi-même. Proposa-t-il calmement

-Es-tu sûr que ça fonctionnera? Demanda Narcissa peu convaincue

-Si je lui donne la lettre moi-même, il pourrait en effet considérer la question. Répondit Severus, qui vit l'espoir renaître dans ses yeux. Mais je ne te promets rien Narcissa, tu connais la tendance de ton fils à être buté.

-Je ne la connais que trop bien… Confirma la femme.

Lucius s'assit à son bureau et commença à rédiger la lettre, il écrivit quelques lignes et hésita avant d'en rajouter une dernière.

Pendant ce temps-là, Narcissa était venue s'asseoir à côté de Severus.

-Comment va-t-il? Sincèrement. Demanda-t-elle d'une voix calme

-Sincèrement? Je pense qu'il est perdu et n'a aucune idée de ce qu'il se passe ni comment y réagir. Un peu comme nous tous, j'imagine. Répondit Severus avec un petit rictus.

-Est-ce qu'au moins il est bien entouré, Pansy et Blaise sont avec lui?

-Il est bien entouré, il reste assez discret et ne fait pas de vagues. Je crois qu'il se concentre vraiment sur ses études. Répondit Severus en approuvant la démarche de Draco d'un acquiescement.

-Il t'a parlé de ce qu'il prévoyait de faire après?

Les lettres de draco devaient en effet être très succinctes car Narcissa semblait pendue aux lèvres de Severus, avide de chaque information qu'il pouvait lui donner.

-Je ne suis pas sûr qu'il le sache lui-même, mais j'essaierai de lui demander. Répondit-il avec un sourire qu'il eut du mal à faire paraître honnête. La femme semblait placer beaucoup d'espoirs en lui et il avait bien peur que ces espoirs partent en fumée façe au dédain de son fils.

Lucius s'approcha avec la lettre enveloppée en main, Narcissa se leva et déposa un délicat baiser sur sa joue.

-Merci Lucius, dit-elle avec une sincérité profonde.

-J'espère que cela fonctionnera, dit l'homme en tendant la lettre à son ami, cela pourrait bien être ma dernière chance de le voir. Sans pression bien sûr Severus, ajouta-t-il pour détendre l'atmosphère.

-Oh, donne lui ça avec, je l'ai trouvée dans sa chambre en rangeant. Je pense que ca pourrait lui faire plaisir.

Severus saisit l'enveloppe et la photo pliée en deux et salua Narcissa d'une courte accolade.

Lucius décida de l'accompagner vers la sortie et alors qu'ils traversaient à nouveau le couloir et le salon de l'immense manoir, le maître de potions semblait en pleine bataille interne.

Le blond pouvait presque sentir l'ambiance pesante les ralentir dans leurs pas et décida de délivrer son ami de ses pensées.

- A en voir ton attitude, je devine que Draco n'était pas la seule raison de ta venue.

Severus s'arrêta alors dans le hall d'entrée, le visage crispé, il jeta un coup d'œil rapide pour être sûr qu'aucune oreille indiscrète traînait aux alentours.

-Pourquoi m'avoir sauvé? Tu aurais dû me laisser et t'enfuir. Dit-il à voix basse en s'approchant de Lucius avec un air accusateur.

- Oh, c'est donc pour ça. Et bien, j'imagine pour les mêmes raisons que tout le monde, cela me paraissait être la bonne chose à faire. Merlin sait que les bons choix ont été rares dans ma vie… ajouta-t-il d'un ton ironique.

-C'était stupide. Répondit Severus brutalement

Lucius manqua de s'étouffer face à l'honnêteté du Serpentard.

-Ravi de constater ce que mon geste t'inspire… Répondit-il. Bien différent des remerciements habituellement de convenance mais j'imagine que je saurais m'en contenter venant de toi.

-Tu aurais pu sauver n'importe qui pour te dédommager de tes actes mais il fallut que ça tombe sur moi!

Le ton était maintenant plus soutenu alors que la colère de Severus augmentait. Lucius se rapprocha en incombant à son ami de se calmer afin de garder la conversation discrète.

-Ecoute, ne crois pas que je n'avais pas deviné tes intentions, seulement je pense qu'elles avaient changé une fois que tu as été mis devant le fait accompli. Et alors que son ami le regardait d'un air confus, il ajouta, c'est toi qui m'a montré où se trouvait ton anti-venin.

-Arrête tes conneries, répondit Severus sur la défensive, j'étais inconscient quand tu es venu, ce n'est qu'à l'hôpital que j'ai appris que c'était toi qui m'avait sauvé.

-Manifestement tu ne devais pas être assez conscient pour t'en souvenir mais je peux t'assurer que c'est toi qui m'a montré quoi faire Severus.

Le silence s'installa alors que le Serpentard prenait le temps d'assimiler cette information, Lucius n'avait aucune raison de mentir et il avait bel et bien emporté son flacon anti-venin ce soir-là dans sa cape. Les faits étaient là mais il n'arrivait toujours pas à comprendre pourquoi.

- Severus, ce qui s'est passé cette nuit-là n'a plus d'importance, ce qui l'est en revanche, c'est que tu es vivant et qu'une seconde chance t'es offerte. Crois-moi, c'est un cadeau plutôt rare, dit Lucius avec un regard appuyé.

Réalisant que c'était probablement la dernière fois qu'il pourrait parler à coeur ouvert avec son ami, Severus s'autorisa un certain relâchement.

- J'aurais aimé que cela se passe autrement Lucius, sincèrement.

- Je sais, répondit le blond avec un sourire triste, au moins je sais que quelqu'un sera là pour ma famille.

Severus hocha la tête en signe d'accord, il savait qu'il pouvait compter sur lui. L'essentiel avait été dit et, alors que les deux hommes se faisaient face, aucun n'osait briser le silence qui s'installait.

- Je… je ne sais pas vraiment ce qu'on doit dire dans cette situation…

- Ne rend pas la chose plus gênante qu'elle ne l'est déjà, ria Lucius en attirant Severus dans une courte accolade. Les choses sont ce qu'elles sont.

Le Serpentard aurait voulu lui dire tellement de choses, à quel point il avait compté pour lui en tant qu'ami à une époque, comment il l'avait aidé à se construire. Et même s'il l'avait aussi longtemps détesté pour l'avoir attiré dans cette direction, il devait admettre qu'il comprenait ce qui les avait poussé vers la mauvaise voie, une communauté se battant pour un but commun, un pouvoir qui devenait plus grisant à mesure qu'il augmentait et le sentiment d'enfin appartenir à quelque chose.

Cependant, ne pouvant décemment pas exprimer tout ça, il décida simplement de rendre son accolade à son ami et de faire le vœux que sa mort soit la plus douce possible.

Sans plus s'épancher dans de doux sentiments, Severus attrapa rapidement son manteau et sortit dans le froid glacial de ce mois d'Octobre. Un dernier salue à son ami et l'homme disparu dans l'allée sans se retourner.

Lucius le regarda partir avec la conviction que ses paroles sauraient faire leur chemin à travers cet esprit torturé, espérant pour son ami une meilleure fin que la sienne.