/!\ TRIGGER WARNING /!\

Alors il sera question de pédophilie, traite de femme, séquestration...pas de jolies choses quoi. Les plus sensibles, je vous conseille d'aller jusqu'à la fin du chapitre. soit après la deuxième ligne horizontale.

9.

Evergreen serrait des poings. D'accord, elle était en tort. Mais elle ne méritait pas un tel traitement de sa part. Pas lui. Surtout pas lui.

« Tu vas être fâché encore longtemps ?

- Aussi longtemps qu'il le faudra.

- Et c'est moi la gamine dans l'histoire…

- Ne ramène pas mes paroles dans votre dispute, râla un Laxus exaspéré.

- Ah ouais t'as eu un comportement grave approprié. Digne de la grande dame que tu es.

- Bixrow s'il-te…

- Ever, la coupa-t-il, t'as fait ça toute ta vie, je ne t'en veux pas tant que ça en fait. »

La phrase faisait écho. La voix de Bixrow faisait écho.

Sa seule réaction fut d'étirer ses lèvres en un sourire mélancolique.


D'aussi loin que ses souvenirs pouvaient remonter, ils étaient toujours aussi vifs, palpables. Tellement qu'elle n'avait qu'à faire tomber ses paupières pour pouvoir les toucher et ressentir toutes les sensations. Parfois, elles étaient agréables, d'autres fois, rêches. Les bras tendu vers le ciel, elle pouvait toucher les nuages, les tenir entre ses petits doigts. Le ciel lui, s'emparait d'elle, colorant son corps d'un bleu azuréen.

« Nana, ouvre les yeux. »

Elle revenait toujours à cette époque quand elle fermait longuement les yeux. Dans cette pièce sinistre. Elle était fortement lumineuse, contrairement à ce que l'on pourrait croire. Elle n'aimait pas ce trop plein de lumière.

« Nana, Maman est là. »

Ah, la génitrice est arrivée. Le sol froid lui procurait un bien fou. Il soignait tous ses maux. Son corps, elle ne le sentait plus trop. Devenait-elle un petit nuage ? Elle deviendra alors libre et ça…

« Nana, lève toi. »

Nana se levait sans gémir de douleur. Ah non, il ne fallait pas se montrer faible devant Maman. Maman n'aimait pas les faiblardes. Encore moins les pleurnicheuses. Alors Nana lui offrit un sourire.

« Bonjour Maman. »

Une femme brune passa devant elle, sans lui porter d'attention. Nana avait baissé la tête. Ses petits pieds d'enfant étaient dans un piteux état. Le haillon qui lui servait de robe devenait beaucoup trop petit. Oh oui, elle grandissait. Certes, elle était mal habillée et l'isolation, la température ainsi que l'hygiène de sa chambre laissait à désirer. Néanmoins, elle mangeait bien et à sa faim. Tant qu'elle obéissait parfaitement aux ordres.

« Sasa, tu devrais manger. »

La petite Sasa ressemblait comme deux gouttes d'eau à la petite Nana. Elle secoua sa tête négativement.

« Nana, on s'en sortira un jour ? »

La petite ria de bon cœur. Elle attrapa les joues de sa sœur jumelle et lui embrassa la joue. Elle la regarda avec amour, lui caressant les joues.

« J'ai bien peur que non. »

Le sourire de la petite Nana s'élargissait tandis que Sasa la questionnait du regard.

Oui, elle n'avait plus d'espoir, alors elle devait relativiser. Quitte à ce que sa sœur la prenne pour une folle. Le sourire de Sasa était ce qui lui importait le plus.

Un soir, la mère rentrait dans leur chambre. Vêtue d'une robe extrêmement belle et certainement coûteuse, la femme se rapprochait des deux petites fillettes.

« Savanah. Samantha. Venez avec moi. »

Les jumelles se regardaient. Savanah attrapa la main tremblante de Samantha. Elle lui souffla « n'ait pas peur, je suis là », serrant la prise qu'elle avait sur sa main. « Ils ne te feront rien ». Sa main attrapa le bras frêle de sa sœur dont le corps tremblait. « Il ne t'arrivera rien, je te le promets ». Elles prirent une douche ensemble, ne souhaitant pas être séparées. « Laisse moi faire ». Permission accordée car elles ont été obéissantes. « Ne regarde pas, d'accord ? ». Elles se vêtirent alors de beaux vêtements, de soies et de dentelles. « Laisse moi faire ». Des femmes entrent dans la pièces, elles les maquillent. « Bouche-toi les oreilles ». Deux hommes entraient dans la pièce. « Ferme les yeux, fait moi confiance ».

Il fallait qu'elle soit persuasive. Car c'était la clé de la réussite, selon sa maternelle. Ils lui mangeront dans la paume de la main. Elle pouvait en faire ce qu'elle souhaitait.

Samantha avait fermé les yeux et bouché ses oreilles, comme sa sœur adorée lui avait dit de faire. Le temps lui paraissait si long qu'elle eut envie de déroger à l'ordre que lui avait donné sa sœur. Cependant elle se ravisa, ne voulant pas décevoir sa sœur adorée.

Elle lui donna l'ordre de se cacher sous la table et de ne pas en sortir jusqu'à ce qu'elle ne la rejoigne.

« Ça sera moi et moi seule aujourd'hui, Samantha est indisposée. »

La phrase de sa sœur s'évapora dans l'air, laissant un écho interminable dans son crâne.

« Nana, ça va ? »

Elle regardait le plafond, n'ayant pas prononcé une seule parole depuis leur retour dans leur chambre.

« Je les tuerais tous...Tous autant qu'ils sont. »

Elle répétait alors sans cesse cette même phrase, les dents serrés. Samantha ferma les yeux et attrapa la main de sa sœur adorée, tentant de lui faire ressentir tout l'amour qu'elle possédait. Elle murmura alors, tandis que Savanah continuait de rabâcher la même phrase, en boucle.

« Nana, un jour, on s'envolera loin ! Comme de petites fées ! »

L'autre jumelle s'était arrêté.

« Sasa, soit pas idiote. Si ces fameuses fées existaient, on ne serait pas là. Les fées n'existent pas.

- Si ! Nana, elles existent. Tu verras, je te le prouverai !

- Elles ne nous aiment pas alors. »

Ah, l'obsession de Samantha pour les fées. La petite châtaine ne savait pas d'où sortait cette idée saugrenue comme quoi les fées existent bel et bien. Elle a été aussi naïve qu'elle, il fut un temps. La dure réalité la rattrapa bien vite. Elle oublia bien vite l'existence de ces êtres magiques qui, il fut un temps lui avait donné de l'espoir.

« Tu sais, Nana, le fait que tu puisses utiliser la magie fait de toi une fée.

- N'importe quoi. Puis c'est pas une magie que j'ai, c'est une malédiction. »

Samantha gonfla sa joue, ne voulant pas l'entendre dans ce sens.

« T'es ma fée adorée, Nana ! »

Elle sauta dans ses bras, surprenant Savanah un petit instant. Elle eut un petit sourire et lui caressa ses cheveux châtains.

« Merci pour tout. »

Savanah la serra de toutes ses forces en fermant les yeux. Elle se sentait vivante dans les bras de sa moitié. Elle se disait finalement qu'elle n'était pas seule. Que son rayon de soleil était sa petite sœur chérie, même si elle manquait un peu de vitamine D, en réalité.

Et elle ouvrit alors les yeux. Elle était seule, la lumière éclatante de la pièce l'aveuglant. Une silhouette la surplomba alors :

« Samantha est dans une des maisons du Sud. Qui sait ce qui pourra lui arriver. », déclara la silhouette de sa mère, menaçante.

Savanah, enfant de huit ans, grandit alors, devenant une charmante adolescente. Les cheveux coupés en carrés, ses yeux marrons en amande protégés par une pair de lunettes rectangulaire, elle observait le paysage via un gigantesque balcon.

Sa moitié s'en était allé sans même qu'elle ne put s'en rendre compte. Elle n'avait pas réussi à la garder auprès d'elle. Tout pouvait lui arriver. Savanah culpabilisait de ne pas pouvoir protéger sa sœur tant aimée.

Je vous crèverai tous autant que vous êtes.

Une jeune future femme obéissante et qui ne bronchait pas. Qui avait un regard doux et un sourire charmeur, aguicheur sans être trop "vulgaire", bien sûr. C'est ce qu'ils voulaient. C'est ce qu'elle leur donna.

« Garde ça quand tu ne travailles pas et surtout garde tes cheveux courts, je ne veux pas qu'il s'approche encore de toi. », râla alors sa mère en lui tendant la paire de lunettes qu'elle portera le restant de sa vie, plus par habitude que par envie.

« Il t'effraye plus que ma malédiction, c'est affligeant », déclara Savanah en roulant des yeux.

Elle lui prit la monture et l'enfila sous le regard satisfait de sa génitrice.

« Ah, c'est parfait ! Ton père déteste les bigleuses ! »

Un sourire radieux se dessina sur les lèvres de sa mère qui se mit à chantonner. Savanah la regarda sortir de sa chambre d'un œil morne et par la suite souhaitait qu'un seul et unique évènement se produise.

Je vous crèverai tous autant que vous êtes.

En grandissant, sa génitrice était devenue plus indulgente et la laissait voguer dans la grande baraque. Savanah remontait sa paire de lunettes et regarda avec nonchalance tous les objets de valeur qui siégeait le salon.

Tout ça devrait m'appartenir.

Elle toucha délicatement les meubles tout en avançant, toisant un grand portrait d'une femme brune. La maternelle.

« Pouffiasse... », souffla-t-elle en ayant un haut-le-cœur.

Elle continua son tour de la maison. Une maison bien trop grande pour trois personnes. Bien trop lumineuse pour être accueillante. Cette maison abritait le diable et son bras droit. Tout ce qui la décorait n'était qu'une façade pour cacher le pourri. Cette pourriture qui dégageait une odeur infâme de renfermé et de vieux. Il leur était possible de maintenir cette mascarade que parce que Savanah coopérait.

Parce qu'elle avait la possibilité de sauver Samantha. Elle pouvait la revoir si elle continuait d'obtempérer. Chaque premier mercredi du mois, le visage illuminé de sa moitié rayonnait son petit cœur durci par la vie.

« Tu vas bien ? », demanda alors Savanah en ouvrant grand les bras. Samantha avait accourut dans les bras de sa jumelle, retenant fortement ses larmes.

« Oui et toi ?! Tu m'as tellement manqué ! »

Savanah acquiesça. Tant que sa moitié se trouvait près d'elle, tout ne pouvait qu'aller pour le mieux. Samantha restait la petite fille bavarde et pleine de joie. La châtaine aux lunettes pouvait alors supposer qu'il ne l'obligeait plus à travailler. Elle soupira de soulagement, amenant sa main à sa poitrine.

« Dis donc Nana, tu commences à avoir de la poitrine !

- Toi aussi.

- Ah...ouais...mais j'aime pas ça. »

Samantha soupira, faisant sourire sa sœur. Celle-ci lui caressa la joue, souriant sincèrement.

« Tu vas toutes les faire craquer. »

La châtaine aux cheveux longs rougissait alors en haussant des épaules.

« Et toi, Nana, je suis sûre que tu les fais tous tomber sous ton charme !

- Ah Sasa…

- Je suis sérieuse ! En plus...s'il y a bien une couleur qui te va à ravir, c'est le vert.

- Le vert ? »

Elle pouffa de rire.

« Vraiment le vert ? C'est une horrible couleur. T'as des goûts douteux.

- Eh ! J'te le permets pas !...C'est ma couleur préféré...Puis, ça te va à merveille. Et si tu laissais pousser tes cheveux, oh mon Dieu.. ! Tu serais incroyable !

- Je ne peux pas, tu le sais bien. Et même ça, les hommes m'horripilent. »

Elle détourna le regard, pensive. En constatant cela, Samantha serra son poing. La main de la châtaine aux lunettes se posa instinctivement sur le poing de sa jeune sœur. Cette dernière desserra son poing et offrit un sourire à la fois rayonnant et rassurant.

« Dis moi, Nana. Il ne t'a rien fait ?

- Ne pose pas de questions.

- Pourquoi tu n'utilises pas ta magie et tu t'enfuis loin de tout ça ?! »

Savanah regarda longuement sa sœur. Une pensée, une seule. La même depuis plusieurs années.

Je les ferais crever longuement et dans d'atroces souffrances…

« J'ai mes raison, répondit-t-elle vaguement. Toi sois saine et sauve, c'est ce qui m'importe le plus. Puis je ne partirais jamais sans toi, grande folle. »

Samantha. Son petit rayon de soleil. Celle qui lui donnait le courage de se relever et de planifier une évasion et un changement de vie. Elle souriait de manière espiègle à l'entente du petit surnom que lui avait donné depuis un petit bout de temps celle qu'elle considérait comme une grande sœur, malgré leur âge identique.

« Si je devais changer d'identité, je m'appellerais Nymphea ! »

Les jumelles s'étaient allongées sur l'herbe verte du jardin. Pas très loin d'elle, un homme vêtu de noir les observait. La maternelle avait vraiment peur que son gagne pain s'échappe loin et qu'elle finisse sur la paille voire pire...six pieds sous terre. La tête de la châtaine aux cheveux long s'était posé sur le ventre de celles aux lunettes. La main de cette dernière caressait doucement la longue chevelure ondulée de la petite sœur qui continuait de bavarder :

« Et toi Savanah ? »

Elle haussa ses épaules.

« J'en sais rien. Ne pas avoir de nom c'est ne pas laisser de traces. »

Samantha la regarda perplexe. Elle cacha alors son visage, se retenant d'exploser de rire, en vain. Cela eut le don de faire pouffer la châtaine aux lunettes, qui se courba alors pour lui embrasser le front.

« J'ai trouvé... », souffla l'adolescente aux cheveux longs, toujours en se retenant de rire.

Elle s'était redressé. Elle se mit à califourchon sur sa sœur et lui attrapa les joues. Elle explosa finalement de rire.

Ce rire. Il lui faisait toujours écho quand elle y pensait. Ce rire non retenu et grossier de sa petite Sasa.

« Evergreen. »

Le vert était la couleur préféré de Samantha. Savanah, elle, détestait cette couleur. Connaissant sa rayonnante jumelle et aux vues de sa réaction lorsqu'elle lui proposa ce nom, elle avait simplement envie de la taquiner.

Des larmes coulaient automatiquement.

Evergreen.

« Ever...green. »

Plus de souffle.

Dans cette cave qui a été leur lieu de vie quand elles n'étaient que de petites filles, Samantha venait de baptiser celle qu'elle considérait comme sa fée. Sa sauveuse. Les mains pleines d'un liquide pourpre lui appartenant, elle caressa la joue rougie de sa petite sœur, essuyant le restant de ses larmes. Elle lâcha le corps inerte, qui heurta alors le sol.

Quelle vie. Tout ça parce que leur mère souhaitait avoir des garçons. Qu'elle a malheureusement eut des jumelles. Tout ça parce qu'elle ne supportait pas l'idée d'avoir des filles, voyant en elle, à peine nées, des rivales. Elle se battait contre elles pour l'amour de son homme. Leur père.

« Si elle nous détestait autant, elle aurait pu nous laisser mourir de faim. Ensemble. », souffla alors la châtaine en fixant le corps inerte de l'adolescente, trempant dans une flaque carmine.

Pourquoi avait-elle décidé de les faire souffrir ? Certes, la génitrice était la femme d'un proxénète. Cependant, il n'y avait aucune raison légitime pour infliger un traitement aussi affreux à deux petites filles. Ses deux petites filles, fruit de ses entrailles.

Evergreen.

« Je déteste vraiment le vert. »

Elle observa le visage pâle de sa jumelle, la rayonnante. Inerte.

« Cependant. »

Elle déglutit en croisant le regard terne et vide du corps.

Elle se baissa et tendit sa main vers le visage de Samantha. Elle ferma les yeux de sa défunte sœur.

Plus rien ne la retenait. Ses jambes bougeaient toutes seule, la dirigeant vers la porte. Une femme se tenait devant l'entrée. La mère des jumelles avait les bras croisés, regardant avec dégoût le corps de l'une de ses filles.

« Tu as aimé ton cadeau d'adieu ? »

Savanah s'arrêta un instant. La forte lumière de la pièce fit place à une étrange noirceur qui eut le don d'effrayer la châtaine. Allait-elle mourir torturée ? Ou bien la jugulaire tranchée comme sa pauvre sœur ?

D'un coup, elle remarqua alors qu'il faisait nuit. La lumière laissait penser que la journée venait de débuter.

Comme pour accentuer sa peur, un éclair éclaira vaguement la pièce suivit de près par un grondement de tonnerre. Savanah sursauta en premier lieu, puis constata par la suite, l'attitude agitée de sa mère. Que se passait-il pour qu'elle ait l'air aussi effrayée ? Elle ressentit alors une drôle de pression dans son coeur. Une sensation étrange. Elle se jeta alors sur le corps de sa sœur., tentant de la protéger.

Un autre éclair suivit d'un grondement à une seconde d'intervalle. Une lumière aveuglante. Puis le trou noir.

Ses jambes étaient engourdies, sa tête lourde lui faisait mal. Elle avait chaud. Beaucoup trop chaud. Ses poumons brûlaient de l'intérieur tandis qu'elle commençait à reprendre connaissance. Sa vision floue distinguait un flot de couleurs chaudes qui crépitait.

Elle toussota alors en se rendant compte de la situation : des flammes l'entourait. Cette maison était en flammes. Son premier réflexe fut de vérifier si le corps de Samantha n'avait pas subit de choc. Elle se leva alors tant bien que mal, retenant sa respiration et tenta de prendre le corps de sa sœur.

On sortira toutes les deux, quoiqu'il arrive.

Elle attrapa le bras ballant de Samantha et le passa sur son épaule. Elle compta mentalement jusqu'à trois et se redressa expirant grandement. Elle eut une brève inspiration. Ses poumons lui faisait un mal fou, mais cela ne l'empêchera pas d'avancer vers la sortie.

Elle n'était pas loin. Ses paupières papillonnaient, elle se sentait faible. Elle avait réussit à monter les escaliers, a traverser le hall. La porte d'entrée se trouvait juste là. Juste là. Juste là…

Son corps basculait en avant et yeux se fermèrent sans son consentement. Elle ne put vaguement sentir le choc de son corps heurtant le sol.

De l'air frais traversait enfin ses poumons. Ses yeux s'ouvrirent en grand sous une grande inspiration. Elle tenta de reprendre sa respiration, se demandant si le Paradis pouvait être aussi éprouvant ?

La chaleur d'un très possible incendie lui caressa les joues. Ou peut-être avait-elle atterrie en Enfer ?

Elle regarda alors son corps. Elle avait la cheville brûlée à un faible degré. Elle chercha du regard le corps de sa sœur. Nul part. Puis elle vit alors la maison où elle avait toujours vécue en proie à de violentes flammes. Ses paupières se fermèrent. Elle était encore en vie.

La mauvaise herbe ne meurt pas.

Pourquoi tout avait-il finit par brûler ? Elle n'en savait rien. Toutefois, elle se faisait à l'idée que cet incendie emportait avec lui le corps de Samantha et ses souvenirs. Elle rouvrit les yeux, regardant la maison de l'horreur partir en cendres.

« Eh ! T'es réveillée ! »

Elle sursauta et vit un jeune homme au dessus d'elle. Étrangement, des objets volants tournoyaient autour de lui. Toutefois, l'adolescente n'eut aucun mouvement de recul, le toisant. Cette catégorie de l'espèce humaine ne lui faisait plus peur. De quoi pouvait-elle avoir peur désormais ? Elle avait pratiquement vécu tout ce qu'il y avait de pire. Les hommes et leurs lubies ne la faisait pas sourciller.

De plus, cet homme étrange portait un masque ? Il lui était impossible de paniquer face à un jeune homme aussi étrange et sapé comme un bouffon. Elle se focalisa alors sur la main qui la maintenait assise. Elle fronça les sourcils.

« Tu me veux quoi ? », demanda-t-elle agressivement, en tentant de s'extirper de l'emprise de cet inconnu, qui ne la relâcha pas.

La châtaine retira vivement ses lunettes. Ses yeux s'illuminèrent. L'individu d'en face eut un drôle de sourire avant de baisser la tête de l'adolescente avec force.

« Wowow...Calme toi !

- Calme toi ! Calme toi !, s'exclamaient de petites voix en écho à l'homme.

- Que je me calme ?! »

Cet homme riait alors. Elle eut le réflexe - qu'elle considérera des années plus tard comme de la panique - de donner un coups de coude sur le cou de l'homme. Elle avait levé la tête : un drôle de tatouage remplissait une partie de la langue de cet individu qui gémissait de douleur. Il s'était alors redressé et soudainement, elle se retrouva dos à lui, ses mains bloquée par la seule et unique grande main.

« Bon je vois que t'as pas envie de discuter ! Mais sache que j'suis mage ! Ouvre en grand tes oreilles : cette baraque abritait des mages d'une guilde clandestine qui pratiquait du trafic d'humains, d'organes et tout autres merdes tu vois ? Alors j'ai besoin de savoir, tu fais partie de cette guilde ou pas ? »

Elle ne put que hocher la tête négativement, sentant qu'il la surplombait en taille et en force. Elle ne pouvait qu'obtempérer.

« T'es une des victimes enlevées ? »

Enlevée ? Alors le paternel faisait ça à grande échelle. La nausée monta rapidement. Elle se contint en inspirant grandement.

« J'en sais rien, je ne m'en souviens pas. »

Un mensonge grossier.

« Mouais, j'suis pas convaincu.

- Pas convaincu ! Pas convaincu !, réitérait les petites voix.

- J'en ai rien à battre !

- Oh, sois pas si vulgaire...

- Lâche moi ! »

Elle vit un autre homme arriver. Celui-ci avait l'air moins bizarre que celui qui la maintenait. Enfin, il avait des cheveux verts en un carré assez plongeant. Une coupe de cheveux qui lui allait à ravir, il avait un visage raffiné, des pommettes rosées et une peau couleur porcelaine. Elle l'aurait comparé à une poupée si le géant ne lui faisait pas deux clés de bras.

Il avait tout de même l'air d'être un jeune homme louche.

« Tiens, elle a arrêté de se débattre, remarqua le géant au tatouage sur la langue. Fried, j'crois que tu l'as charmé.

- Charmé ! Charmé !, répétait les petites voix.

- Ne dis pas n'importe quoi et lâche-la. Elle doit faire partie des victimes, ne la martyrise pas ainsi.

- Bien chef ! »

La pression sur ses mains disparaissait. Elle souffla et regarda ses poignets. Rouges. Elle se retourna rapidement et jeta un regard mauvais au géant qui ne souriait plus. L'adolescente se releva et sentit alors sa cheville lui lancer des électrochocs. S'attendant à heurter le sol, la jeune fille fut attrapée par un bras assez puissant..

« T'es blessée, reste sag... »

Sans réfléchir une seconde de plus, son genou asséna un coup bien placé au géant qui n'avait rien vu venir. Il se plia en deux, heurtant le sol. Elle tomba au sol sa cheville la faisant affreusement souffrir. Sa priorité était de s'échapper loin de ces deux hommes.

« Tu l'as effrayé Bixrow...

- Sale p…

- C'est stigmatisant. », coupa court l'homme aux cheveux verts en soupirant en attirant son attention vers elle. En remarquant qu'elle tentait de s'échapper en rampant, il s'avança vers elle, la dépassa et s'accroupissait alors devant elle.

« Vous allez bien ? Je peux comprendre que vous soyez effrayée. On ne vous veut pas de mal, bien au contraire. »

Elle le regarda longuement avant de hocher la tête. La douce voix de ce jeune homme l'apaisait, ignorant le pourquoi du comment.

« Je m'appelle Fried Justin. Et l'idiot au sol est mon binôme, Bixrow. Nous sommes mages de Fairy Tail. Nous ne sommes pas venus seuls, notre chef n'est pas loin. »

Des mages de Fairy Tail ? Elle eut un petit sursaut et demanda alors sans réfléchir, de manière quelque peut enfantine :

« Fairy Tail...Il y a des fées à Fairy Tail ? »

L'homme aux cheveux verts eut l'air surprit. Entre-temps, le géant s'était relevé. Elle remarqua alors qu'il devait faire au moins deux mètres.

« Alors ça ma belle, tu ne le sauras que si tu y viens.

- Bixrow.

- C'est une Gorgone. »

Fried la regarda alors, encore plus surprit. Il eut alors un petit sourire. Il se mit à fouiller dans sa sacoche. Des bandages, une crème et d'autres éléments de soins se retrouvaient au sol.

« Vous m'y autorisez ? », demanda-t-il poliment en montrant sa blessure à la cheville. Elle acquiesça.

« Ca va faire un peu mal, ne m'en voulez pas.

- Merci. »

Il leva les yeux vers elle en lui offrant un sourire sincère. Elle ne fit rien, l'observant soigner et panser ses blessures. Des mages que ces deux hommes se disaient être ? Et d'une guilde du nom de Fairy Tail ?

« Dis moi, quel est ton nom ? »

Les deux mages la regardaient avec des yeux intéressés. Comme si son nom avait actuellement de l'importance pour eux. Elle se mit à regarder le sol puis la grande maison qui s'embrasait. Ses souvenirs, sa vie, ses douleurs passées Samantha...Le tout n'était que cendre qui s'évaporait dans les airs.

Son attention se tourna vers ledit Fried. Elle eut un moment d'hésitation avant de répondre :

« Appelez moi Evergreen. »


Elle toucha son ventre arrondi, son sourire mélancolique ne la quittant pas. Pourquoi fallait-il que ces souvenirs lui viennent à cet instant ? La phrase que Bixrow avait prononcé lui rappelait ces souvenirs là ? Ah bien sûr qu'il était au courant de ce que qu'elle a été un jour dans sa vie. Il ne lui en avait jamais tenu rigueur. C'était la première fois qu'il y faisait référence.

« Il y a du vrai dans tes paroles, avoua Evergreen soupirant.

- Je t'ai dit que je ne t'en voulais plus, c'est bon pour moi. »

Il balança ta tête en arrière.

« Puis je me suis souvenu de notre première rencontre. »

Il ne se redressait pas. Tentait-il d'éviter de croiser ses yeux larmoyants ? Le connaissant comme si Evergreen l'avait fait naître, cela devait en être la raison.

« Tu as le même regard que ce jour là. Je ne veux plus jamais le revoir. »

A ces paroles, Evergreen se leva et accourut dans ses bras. Bixrow avait écarté ses grands bras pour l'accueillir, sachant pertinemment qu'elle allait l'enlacer. La future maman pleurait à chaudes larmes, s'excusant à plusieurs reprises.

Il eut un petit sourire. C'était plutôt à lui de s'excuser. De lui avoir fait revivre en quelques mots l'enfer qu'elle avait pu vivre. Le mage ne doutait nullement du fait qu'elle s'était tout remémoré. De son enfance morbide à la mort de sa sœur et à la destruction de ses souvenirs les plus douloureux par Fairy Tail. C'était l'une des raisons pour lesquelles elle a rejoint la guilde, en plus d'une histoire de fée qui concernait sa petite sœur et un ancien rêve qu'elle avait enterré profondément.

Le visage du marionnettiste s'enfouissait dans la chevelure épaisse de son amie. Il soupira longuement

« J'abandonne, murmura-t-il. J'abandonne. »

Ces paroles étaient plus pour lui même. Il se les répéta, espérant qu'il réussira, au bout d'un moment, à l'oublier.

Lisanna observait la scène les larmes aux yeux. Elle ne comprenait pas trop ce qu'il se passait, mais elle sentait qu'il y avait quelque chose de fort entre eux. Elle ne ressentait pas de jalousie ou un quelconque sentiment s'y apparentant, comme elle avait pu le ressentir plus tôt. Tout ce qu'elle pouvait affirmer à cet instant, c'était que Bixrow et Evergreen avait un lien fraternel. Rien de plus. C'était ce que dégageaient leurs auras.

La future mère vit le regard de Lisanna. Elle se détacha du mage de Seith et s'asseyait à côté d'elle.

« Je tiens à m'excuser auprès de toi aussi.

- Enfin, je ne vois pas pourquoi. »

La châtaine attrapa la main de Lisanna. Elle n'eut pas besoin de parler que cette dernière sut qu'Evergreen connaissait la nature de ses sentiments pour le géant marionnettiste.

« Acceptées. », déclara Lisanna après une longue inspiration en fermant les yeux.

Lisanna souriait alors et enlaça Evergreen qui sentait son cœur s'alléger de plus en plus. Elle scellait leur amitié par ce geste. Amitié qui fut dégradée par des malentendus, quiproquos et actes enfantins.

Elles se détachèrent et s'observaient, souriantes.

Oh, comme Lisanna lui avait manqué. Ses petites tea-party où elles comméraient comme Mirajane pouvait très bien le faire toute seul, faisait l'objet d'un regret constant.

Son sourire se dissipa aussitôt.

Dire qu'elle se ventait d'avoir peur d'aucun homme. Même Laxus, qui lors de leur première rencontre, s'était montré imposant et effrayant, ne lui avait laissé qu'une impression d'enfant mal aimé par son père, qui demandait une trop grande attention. Cependant, il y en avait un qui l'effrayait au point qu'elle sente son cœur battre à s'en rompre les artères.

Cet homme qui avait réussi à se faufiler de l'autre côté de la barrière qu'elle s'était érigé au fil des années. Cet homme qui, avec sa force monstrueuse aurait pu simplement la briser d'un coup de poing. Non. Il s'est contenté de suivre aveuglément les règles qu'elle avait imposé pour franchir cet obstacle.

Celui qui, avec son cœur d'artichaut, fit ressortir le meilleur d'elle même en un laps de temps limité et court.

Elfman Strauss.


Bonsoir bonsoir !

Un chapitre bien long que j'ai eu du mal à écrire. Bien évidemment, ce chapitre n'est pas là pour faire joli, pour la suite, il sera ultra important. J'en dis pas plus, il est suffisamment éprouvant comme ça. Même pour moi. Ce throwback était important à faire et je le repoussais depuis bien trop longtemps.

Je remercie infiniment Ishandra pour ses reviews, ça donne le smile !

Eh bien, en espérant que ce chapitre vous aura tout de même plu malgré la dureté de celui-ci. Merci de me lire !

Sur ce, à lundi prochain !

Bisouuus !