Disclaimer : pas à moi !

Une nuit dans une boite plus grande à l'intérieur

Graham O'Brien se réveilla au beau milieu de la nuit. Il avait peine à croire qu'il se trouvait dans une machine à voyager dans le temps. En effet, Ryan et Yaz avaient insisté pour qu'il prenne la meilleure chambre. Avec ses murs bleu ciel, son lit confortable et son petit cabinet de toilette, elle lui faisait penser à la chambre d'un grand hôtel et seule la photo d'un chien en métal sur la table de nuit lui rappelait chez qui il se trouvait.

Se choisir des chambres n'avait pas été une petite affaire. Le Docteur leur avait dit de s'installer où ils voulaient et Ryan et Yaz avaient éclaté de rire en ouvrant les portes qui s'alignaient dans ce couloir. Dans une des chambres, un aquarium géant remplaçait le lit. Dans une autre, tous les meubles étaient collés au plafond. Une troisième donnait l'heure toutes les cinq minutes. Les trois amis avaient fini par repérer les trois pièces les moins farfelues et par s'y installer pour la nuit.

C'était la faim qui avait réveillé l'ancien chauffeur de bus. La faim et peut-être le souvenir lancinant de sa Grace bien aimée. Graham se leva, enfila un pantalon, un peignoir et sortit, espérant trouver la cuisine. Le Docteur ne dirait sûrement rien s'il chipait un petit bout de pain.

Au bout du couloir, il entendit un petit bruit et la peur le saisit. Il s'efforça de penser qu'il ne risquait rien. Ce sont les enfants qui ont peur de se lever la nuit ! Mais… après tout ce qui s'était passé dernièrement, il n'était plus sûr de rien.

- Doc ? appela-t-il à mi-voix.

- Graham ! Venez me rejoindre !

C'était la voix du Docteur. Graham poussa une porte et resta stupéfait. Cette pièce ne contenait rien d'autre qu'une piscine à balles géante dans laquelle le Docteur se prélassait.

- Entrez ! s'écria-t-elle. Vous venez me rejoindre ?

- Heu… non, merci. C'est une piscine à balles ?

- Il y a aussi une piscine à eau plus loin, si vous préférez.

Graham n'osa pas demander qui avait eu l'idée loufoque d'installer une piscine à balles ici. Comme si elle avait lu dans ses pensées, le Docteur sourit.

- Les piscines à balles, c'est très relaxant ! Je ne vois pas pourquoi seuls les enfants auraient le droit de s'amuser dedans ! Mais je parle, je parle… Vous avez besoin de quelque chose ?

- Eh bien…

- Les toilettes sont au fond à gauche, la porte blanche.

- Oui, je sais. Voilà, ça me gêne un peu de vous demander ça mais à mon âge, on a parfois l'estomac capricieux. Je me demandais…

- Evidemment ! s'écria-t-elle en s'extirpant de la piscine. Venez, je vais vous montrer la cuisine. Je me suis fait du poisson-crème anglaise il y a une heure, vous aimez ?

Du poisson-crème anglaise ?! Rien que cette idée donnait envie de vomir à Graham. Il afficha cependant un brave sourire et décida de mentir :

- Mon médecin m'a interdit la crème anglaise ! Vous n'auriez pas quelque chose de simple ? Du pain, du fromage ?

Elle hocha la tête et il la suivit jusque dans une cuisine ultra-moderne avec réfrigérateur géant, vaisselle étincelante, huit plaques et plusieurs fours qui portaient chacun une étiquette : four micro-ondes, four à pain, four à pizza et…

- Four à rien ? lut-il, perplexe.

- C'est le four pour quand on n'a pas envie de cuisiner ! expliqua-t-elle en fouillant dans le frigo. Voilà ! Ça vous convient ?

Elle posa du beurre, deux types de pain et trois types de fromage sur la table. Il acquiesça et se prépara un sandwich pain de mie-emmental tandis qu'elle réchauffait le reste de son poisson crème anglaise. Ils mangèrent en silence pendant un moment. Aucun des deux ne savait vraiment quoi dire et pour Graham, cela commençait à devenir un peu gênant.

- Est-ce que la jeune fille sera du voyage ? demanda-t-il à tout hasard.

- La jeune fille ? Vous parlez de Yaz ?

- Non ! Vous nous avez dit qu'on pouvait ouvrir toutes les portes et j'ai trouvé une chambre qui avait l'air d'être habitée, vous voyez ? J'ai pensé que c'était peut-être celle de votre fille.

- Une chambre avec des murs rose pastel et une robe étalée sur un meuble ? demanda le Docteur.

Graham acquiesça. Le Docteur semblait maintenant soucieuse et triste. Il s'excusa d'avoir abordé le sujet et elle se força à sourire.

- C'était la chambre de Susan, expliqua-t-elle. Le Tardis la garde intacte à chaque régénération. On a été séparées il y a très longtemps. Vous ne la verrez pas.

- Je suis désolé, murmura Graham.

- Je suis sûre que vous l'auriez bien aimée. Une fois, elle m'a dit que j'étais son grand-père préféré.

Il était impossible qu'elle dise cela sérieusement ! Comment une femme, de surcroît aussi jeune qu'elle, aurait-elle pu être grand-père ? Mais il y avait une telle nostalgie dans son regard qu'il n'osa pas commenter.

- C'est merveilleux d'être grand-père, dit-il simplement.

- C'est vrai que vous avez de la chance, avec Ryan.

- Oui.

Graham avala la dernière bouchée de son sandwich et resta silencieux un moment. Ensuite, il attrapa son assiette et alla droit vers le lave-vaisselle :

- C'est pas que je m'ennuie avec vous, Doc, mais si on bouge beaucoup demain, j'aime autant avoir dormi avant.

- D'accord ! répondit le Docteur en commençant à ranger. Mais vous l'essaierez au moins une fois ?

- Essayer quoi ?

- Ma piscine à balles, évidemment !

Il acquiesça et retourna se coucher. Elle resta immobile un instant, puis retourna dans la piscine.

Susan lui manquait, c'était indéniable. En fait, toutes les personnes qu'elle avait connues sur Gallifrey lui manquaient. Elle ne pouvait s'empêcher d'envier Graham, qui avait encore son petit-fils près de lui. Il ne savait peut-être pas pas la chance qu'il avait.

Ses trois nouveaux amis allaient voyager avec elle pendant un moment. Ensuite, ils se lasseraient, tomberaient amoureux, se trouveraient du travail, auraient des enfants. Elle continuerait sa vie loin d'eux. Elles se trouverait peut-être d'autres compagnons de voyage pendant un temps. Et puis, ses nouveaux compagnons se lasseraient aussi. Quelque part, elle était condamnée à finir seule.

À quoi ça sert d'avoir une super piscine à balles si on est seul.e dedans ?

La fin !