-Penses-tu vraiment qu'on sera à la hauteur, Kéo...? demanda le chevalier de la Licorne, parcourant Rodorio aux côtés de son ami de Pégase.
-Honnêtement, Alois ? On a toutes nos chances ! C'est à dire quasiment aucune ! Mais faut garder espoir !
-Quand bien même, tu as vu l'état dans lequel sont revenus les Chevaliers d'Or hier ? Et ils n'ont eu à affronter que deux de nos ennemis !
Le cheval volant poussa un soupir. Quelques minutes plus tôt, leur Déesse leur avait ordonné d'aller trouver les corps des ennemis que les Chevaliers du Poisson et des Gémeaux avaient combattus. Un Spectre et un Berserker, d'après elle. Les trouver n'allait pas être difficile, ils devaient être parmi les décombres brûlés du bord de Rodorio. Quels dégâts avaient-ils causés...
-Mais Athéna les a soigné.
-Oui, au prix de son sang et son énergie ! Elle ne pourra pas faire ça avec tout le monde !
-Ca suffit !
Kéo s'arrêta, stoppant son ami par la même occasion. Avec une certaine colère, il lui attrapa le col de son t-shirt, dépassant de l'armure. Cet acte prit la licorne par surprise, ce qui l'empêcha de réagir pendant quelques instants.
-Douterais-tu de notre Déesse ?!
-N-non ! Tu ne comprends pas !
-Quoi ?! Qu'est-ce que je ne comprends pas ?! Que tu as peur de te battre ? Que tu ne crois pas en notre victoire ? Nous sommes des Chevaliers d'Athéna, Alois ! Et nous nous battrons en tant que tel, quitte à périr, c'est notre devoir !
Un long moment de silence s'installa entre eux, durant lesquels le regard de la licorne se baladait partout, à part sur son camarade en face de lui. Camarade qui se rendait bien compte qu'il y allait un peu trop fort avec lui, et finit par le lâcher dans un soupir. Il était effrayé, c'était normal, et en ce qui le concernait, il ne pouvait pas dire qu'il était plus rassuré, malgré les mensonges qu'il essayait de se mettre lui-même dans le crâne. Il était un chevalier d'Athéna, ce genre de pensées n'étaient pas dignes de l'armure qu'il portait, d'après lui.
-Pardon, je n'aurais pas dû me laisser emporter. Finissons cette mission au plus vite et rentrons au Sanctuaire...
C'est un hoquettement surpris qui lui répondit, accompagné par l'expression similaire de la licorne qui fixait un point fixe derrière lui. Rapidement, le pégase lâcha son ami et se retourna, augmentant son cosmos qu'il était prêt à projeter à tout moment. Seulement, peu importe où son regard se posait, rien d'anormal ne lui sauta aux yeux. Alois se posta rapidement à ses côtés, lui aussi augmentant son cosmos, de façon bien moins assurée que lui.
-Une silhouette ! J-j'ai vu la silhouette d'une personne passer bien trop rapidement pour qu'il s'agisse d'un humain normal !
-Tu es sûr ?
-Bien sûr que je suis sûr ! Ca se dirigeait vers...
Le souffle de la licorne se bloqua un instant lorsqu'il réalisa par où se dirigeait sans doute cet inconnu.
-Les corps !
Sans plus attendre, les deux garçons se précipitèrent dans la même direction que la fameuse silhouette, Kéo suivant de près son ami qui paraissait autant déterminé que paniqué. Mais, juste au moment où ils passèrent le dernier mur qui les séparait de l'endroit en question, une lumière intense les aveugla tout les deux, les forçant à se couvrir les yeux de leurs bras. L'intensité du cosmos qui les englobait était tel qu'il les laissait paralysés, durant les longues secondes qui passèrent jusqu'à sa disparition totale, emportant la lumière avec lui. Les deux bronzes retirèrent leur bras aussitôt, plissant l'un comme l'autre les yeux pendant que leur vue se réajustait, pour finalement découvrir que le berserker et le spectre avaient complètement disparus. Bien qu'ils n'avaient pas eut l'occasion de les voir, ils devinaient facilement qu'il s'agissait du bon lieu. Les deux grosses flaques de sang sur le sol, signe que des corps s'y trouvaient encore quelques instants plutôt, en étaient les principaux témoins.
Kéo et Alois s'échangèrent un regard paniqué. "Merde", pensèrent-ils au même moment. D'un accord silencieux, ils se mirent tous deux à fouiller les environs afin de s'assurer qu'ils ne se trompaient pas, espérant à chaque coin de rue brûlé de tomber sur le cadavre d'un homme en surplis ou en tenue de berserker, sans le moindre succès. Ils avaient perdu les corps, leurs ennemis les avaient récupérés, ils n'étaient pas idiots. Ils savaient aussi bien qu'Athéna que sans eux, ressusciter ces personnes allait prendre bien trop de temps, trop d'énergie, et ce s'ils pouvaient récupérer leurs âmes. Maintenant, c'était certain... Les deux hommes que le chevalier du Poisson et des Gémeaux avaient combattus, contre qui ils avaient presque perdu la vie, allaient revenir à la vie. Ils allaient revenir sur le champ de bataille, tôt ou tard, dans des corps parfaits, sans la moindre séquelle, et en pleine forme...
Le poing du Pégase s'écrasa rageusement contre un mur déjà grandement détruit, qui finit de s'effondrer sous le choc. Tout ce dont le combat de ses aînés avait servi, c'était les fatiguer, les priver de deux puissants chevaliers pendant un temps indéterminé... et, il est vrai, sauver temporairement le reste de Rodorio. C'était une victoire si... insatisfaisante.
Une main amicale se posa sur son épaule. Il tourna la tête vers Alois, revenu de ses propres recherche, et qui lui souriait tristement. Il savait parfaitement à quoi pensait son camarade, et il le comprenait. Malheureusement, ils n'avaient pas le temps de se lamenter sur leur sort, qui semblait encore si minime à côté de ce qui risquait de les attendre dans le futur. Kéo rendit donc son sourire à la licorne, qu'il vint doucement enlacer comme il le faisait si souvent lorsque personne ne pouvait les voir. C'était une façon comme une autre de se requinquer, et ça avait le mérite d'être efficace. Toute la tension sembla s'évaporer lorsqu'il sentit les bras familiers lui rendre son étreinte. Tout le stress qui s'était accumulé, et qui avait débordé au point qu'il ne le relâche sur la personne à laquelle il était le plus attaché, disparut aussitôt. Ils savaient tout les deux que ça ne durerait pas, que la réalité allait les rattraper dès qu'ils se lâcheront, mais ils profitèrent pleinement de ces quelques secondes d'intimité avant que leur devoir ne les rappelle à l'ordre. Ils devaient prévenir Athéna de la disparition des corps, c'était bien plus important que leurs états d'âmes.
Rémus poussa doucement la porte de la cabane du Guérisseur. De l'extérieur, il avait déjà pu entendre des gémissements étouffés, mais une fois à l'intérieur, ils étaient bien plus audibles. Son coeur se serra en voyant Raijin, allongé sur le lit et entouré par le médecin et son apprenti.e, visiblement en souffrance. Il gigotait, grognait sous la douleur, et s'il ne bougeait pas plus, c'était grâce au Guérisseur qui retenait ses bras pendant que son élève passait un tissu humide sur le visage du chevalier. Le sang divin qui coulait dans ses veines semblait être trop pour lui.
-Camille, la seringue !
L'enfant hocha la tête et s'empressa d'aller récupérer l'objet qui se trouvait sur la table de chevet à côté du lit. Le Guérisseur l'avait préparée quelques minutes plus tôt, ce genre de "crise" s'étant déjà produite chez le jeune Gémeaux, c'était voué à arriver à nouveau. Seulement, il ne s'attendait pas à ce que ce soit aussi tôt.
Alors qu'il enfonçait l'aiguille dans le bras de Raijin, Rémus décida d'examiner Dio qui semblait, lui, beaucoup plus calme. Il eut une pensée pour Fujin, qui ne devait pas en mener large de son côté, en vu de l'état de son frère. Bien heureusement, celui-ci se calma en quelques secondes et sembla bientôt aussi paisible que son camarade du Poisson. Le Pope put entendre le médecin pousser un lourd soupir, il n'avait pas eu droit à beaucoup de pauses depuis le retour des blessés. Mais il ne se plaignait pas, c'était son boulot, et il était ravi de pouvoir participer à sa façon à cette guerre.
-Excusez-moi Grand Pope, dit-il en se tournant vers son visiteur. J'ai été particulièrement occupé avec votre élève...
-Ne t'en fais pas pour ça, mon ami. Je comprends parfaitement, et je suis reconnaissant pour tout ce que tu fais.
Le Guérisseur sourit au vieil homme. Confus quant à sa présence ici, il lui demanda, tout en allant nettoyer la seringue qu'il tenait encore dans les mains.
-Vous m'en voyez ravi. Alors, qu'êtes-vous venu faire ici ? Y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour vous ?
-En effet... J'aimerais discuter à l'extérieur, si ça ne vous dérange pas. Camille est invité.e également.
La requête surprenait autant le maître que l'élève. Il arrivait, en de rares occasions, que le Pope demande à parler à leur Guérisseur, seul à seul. Mais c'était la première fois qu'il demandait à parler à l'enfant également. Qui étaient-ils pour refuser de toute manière ? Raijin était stable, pour le moment, Dio ne risquait rien non plus, ils pouvaient se permettre de les laisser sans surveillance pendant quelques minutes.
-Oh, hum, bien sûr... Laissez-nous juste quelques instants pour ranger mon matériel et nous sommes à vous.
Rémus hocha la tête et, en attendant que le duo soit prêt, s'approcha du jeune Gémeaux. Il avait beau ne plus bouger anormalement, son visage était toujours crispé par une expression de douleur qui lui faisait grand peine à voir. Il tenait le choc, Gabriel, le Guérisseur, avait lui-même dit qu'il allait vivre... Mais il ne pouvait pas s'empêcher de s'inquiéter, plus que de raison.
-Grand Pope ?
Rémus sortit de ses pensées et se retourna, souriant au médecin et son apprenti.e, qui semblaient tout deux prêts à sortir comme il leur avait demandé. Après un regard vaguement jeté en direction d'une fenêtre laissée ouverte, il marcha finalement en direction de la sortie.
-Allons-y.
Quelques secondes après que la porte se soit refermée derrière Camille, la dernière personne à être passée, une silhouette apparut derrière la même fenêtre que le Pope avait précédemment regardé. Aussi silencieux et léger qu'une douce brise, le jeune homme pénétra à l'intérieur de la cabane en un simple bond. Il jeta un vif coup d'oeil au chevalier des Poissons, mais se reconcentra rapidement sur le Gémeaux vers lequel il se dirigeait. Doucement, il vint s'agenouiller près de son lit et se saisit de la main la plus proche. La gorge serrée et les larmes aux bords des yeux, il regardait le visage de son frère, qui semblait se détendre légèrement au contact de son jumeau. Malgré le fait qu'il était inconscient, et que Fujin camouflait entièrement sa présence, il était toujours capable de le reconnaître.
-Tiens bon, frangin...
Le jeune homme posa son front sur le lit, resserrant légèrement sa prise sur la main de son frère. Son coeur battait si vite qu'il avait l'impression qu'il pouvait s'évanouir d'un moment à l'autre. Il n'arrivait simplement pas à oublier le sentiment qui l'avait envahi lorsque son jumeau se trouvait encore au bord de la Mort. Il se rejouait en boucle dans sa poitrine, et dans sa tête, l'empêchant d'accomplir correctement sa mission.
-S'il te plait...
Quelques minutes, c'est tout ce dont il avait besoin. Après quelques minutes, il s'en irait.
Rémus poussa un lourd soupir alors que les portes menant à son antichambre s'ouvraient devant lui, poussées par les deux gardes qui gardaient l'entrée. En pénétrant à l'intérieur, il fut à peine surpris de découvrir le chevalier de la Licorne et celui de Pégase, tous deux agenouillés devant les marches menant au trône d'Athéna, où la Déesse siégeait. Ils avaient rapidement fini leur mission, c'était une bonne chose... Du moins, c'est ce qu'il pensait.
-Merci pour ces informations, vous pouvez disposer.
Les deux bronzes hochèrent la tête en coeur avant de se lever. Ils saluèrent leur Grand Pope en passant près de lui, incapable l'un comme l'autre de cacher leur honte et leur inquiétude quant au résultat de leur mission. Rémus fronça les sourcils en s'approchant du trône, quelque chose n'allait pas, il le sentait. Et le visage concerné de sa Déesse le confirmait dans ses craintes.
-Que se passe-t-il, Déesse ?
-Les corps ont disparu, soupira la jeune femme.
-"Les corps" ? Vous voulez dire...
-Les hommes qu'ont affronté Raijin et Dio... Quelqu'un est venu les récupérer. Et il a été bien plus rapide que Kéo de Pégase et Alois de la Licorne.
Doucement, Athéna se leva de son trône, alors que son Pope arrivait en face d'elle.
-Je vais devoir étendre ma barrière jusqu'aux limites de Rodorio.
-Athéna, si je puis me permettre, ce serait du gâchis d'énergie. Le Sanctuaire est le plus important à protéger, vous devez garder le reste de vos forces pour le champ de bataille, et pour vos Chevaliers.
-Rémus, je ne veux pas prendre le risque de laisser nos ennemis ressusciter à nouveau, si proche de chez nous. Nous avons presque perdu Dio et Raijin, pour rien...
-Je sais bien, mais croyez-moi, vous en faites déjà beaucoup. Nous serons mieux préparés la prochaine fois, mais vous devez garder vos forces.
La jeune femme resta silencieuse quelques instants avant de s'avouer vaincue dans un soupir. Rémus avait raison, ils avaient deux Dieux, deux armées à combattre, les chances de victoire étaient déjà minces, mais si elle utilisait trop d'énergie dans les mauvaises choses... Malgré ses bonnes intentions, des sacrifices étaient nécessaires.
-Tu as raison... Je veux trop faire, mais ça risque de retomber sur notre camp.
-C'est pour ça que je suis là, pour vous donner mon avis et vous aider à faire les bons choix.
Athéna sourit à son Pope. Il remplissait parfaitement son rôle, ou plutôt, ses rôles. Celui d'un maître, celui d'un conseiller, celui d'un représentant... Celui du Grand Pope. Sans un mot, elle lui fit signe de la suivre et quitta la pièce pour se rendre dans sa chambre, là où personne ne viendrait les déranger. Là où ils pourraient parler sans se faire entendre. C'est une fois sûre qu'ils étaient tranquilles qu'elle reprit leur discussion.
-Comment vont Dio et Raijin...?
-Dio est encore inconscient, mais son réveil ne devrait plus trop tarder, d'après Gab... hum, le Guérisseur. En ce qui concerne Raijin... C'est encore incertain. Il a beau être hors de danger, nous ne pouvons pas dire quand il se réveillera.
Puisqu'elle tenait son sceptre dans sa main droite, Athéna porta la gauche à sa bouche et croqua légèrement l'ongle de son pouce.
-Et Fujin...? Comment va-t-il, est-ce qu'il a pu le voir ?
Si tous les Ors voyaient Raijin comme un petit frère, c'était également le cas d'Athéna. Elle avait rencontré les jumeaux peu de temps après leur arrivée au Sanctuaire, à ses yeux, il n'y avait aucun doute, ils étaient ses petits frères. Pas de simples amis, ou juste des Chevaliers. C'est pourquoi elle s'inquiétait particulièrement pour eux, bien que toute les personnes du Sanctuaire étaient importantes pour elle.
-Pendant quelques minutes, oui... Ce n'était que quelques minutes, mais il m'a mentalement dit être très reconnaissant pour mon geste, et vous remercie également.
Doucement, l'homme s'approcha et engloba des siennes la main que la Déesse avait toujours à la bouche. Tout en l'éloignant, ce à quoi la jeune femme ne résista pas, il continua:
-Il a déjà repris sa mission, avec le coeur un peu plus léger. Vous n'avez pas à vous inquiéter pour lui, c'est un grand garçon.
La jeune femme hocha la tête, tout en serrant l'une des mains de son Pope. Elle ferma les yeux, ils allaient avoir besoin d'un plan pour empêcher efficacement leurs ennemis de ressusciter. Elle ignorait les plans de son oncle et son demi-frère, mais elle ne pouvait pas éloigner la possibilité qu'Arès, ou même les Dieux Jumeaux allaient tout faire pour permettre au Seigneur des Enfers de pouvoir régulièrement faire revenir leurs troupes à la vie. Une énergie étrange la retira rapidement de ses pensées, et attira son attention en plus de celle de Rémus. Ils se tournèrent tous deux en direction d'une table en pierre, placée contre un mur, sur lequel ne se trouvait qu'une boîte parcourue de dorure. Et en son sein: l'étrange objet qu'avait rapporté Naël du Capricorne.
Athéna et Rémus s'approchèrent tous deux de la boîte scellée. Elle tremblait, vibrait, semblait vouloir s'ouvrir, mais en était incapable. Elle dégageait une faible énergie, que seules les personnes se trouvant dans cette pièce étaient sûrement capable de sentir, et le bourdonnement qu'elle produisait était à faire froid dans le dos. La Déesse et le Grand Pope pensèrent l'un comme l'autre que si l'objet n'avait pas été enfermé dans cette boîte, l'énergie et le bruit qu'il produisait auraient sûrement été plus puissantes.
-On dirait... Commença l'homme.
-Que ça appelle quelqu'un, termina la Déesse.
La même pensée fila dans leurs esprits alors qu'ils s'échangèrent un regard entendu. Alors que le Pope se retourna en direction de la sortie, la jeune femme engloba la boîte dans son cosmos, créant une sphère entre blanc et dorée qui isola le son et l'énergie qui en sortaient.
Dans la neuvième maison, seul Naël était témoin de la crise que subissait son camarade du Sagittaire. Ils se trouvaient dans la chambre lorsque Liu avait décidé de se lever malgré les protestations de son ami. Il s'était à peine mit sur ses deux pieds qu'une terrible douleur lui avait prit le crâne. Le Capricorne l'avait rattrapé de justesse alors qu'il s'écroulait, la tête dans ses mains, des gémissements déformants son visage avant qu'un cri ne lui déchire la gorge. L'égyptien était choqué par l'état soudain du chinois,qui pourtant, jusque-là, ne semblait ressentir aucune réelle souffrance. C'était même le contraire, malgré sa faiblesse évidente, il souriait et blaguait comme il en avait l'habitude. Il ne comprenait pas ce qui se passait, et tout ce qu'il put faire eût été de le rallonger sur le lit aussitôt, lui attraper les poignets et les éloigner autant que possible de sa tête, dont il menaçait d'arracher les cheveux.
L'expression de Liu était effrayante. Des yeux grands ouverts, mais vides. Une bouche bée dont de la bave commençait à s'échapper... même son cosmos était affolé. Juste à le regarder, le brun avait l'impression de souffrir également. Bien heureusement, cette terrible crise qui avait crispé tout le corps ne dura que quelques instants avant de se stopper brutalement. Liu Yang s'arrêta soudainement de produire le moindre son, ses yeux et sa bouche se fermèrent tandis que son corps se détendit complètement en une seconde.
Le dixième gardien était perturbé. Qu'est-ce qui venait de se passer ? Pourquoi si soudainement ? Il n'avait aucun doute que l'objet bizarre que le Sagittaire avait précédemment ramassé avait quelque chose à voir avec cette réaction inquiétante, mais Athéna et le Grand Pope ne l'avaient-ils pas scellé ?
Après avoir laissé passer quelques dizaines de secondes, et s'être assuré que Liu Yang n'allait pas se remettre à crier et s'agiter, Naël le lâcha finalement et entreprit de mieux le placer sur le lit, avant de le recouvrir de son drap. A sa grande surprise, l'expression du plus jeune semblait s'être détendu. Il s'était attendu à le voir grimacer encore quelques heures après ce qui venait d'arriver... Mais c'était sûrement rassurant de voir que ce n'était pas le cas. Il n'en était pas sûr. Quoi qu'il en soit, il avait transpiré, le Capricorne partit donc chercher un tissu pour éponger son visage, avec l'intention de partir parler à leur Déesse dès que ce serait fait.
Naël venait de finir d'essuyer le visage de son ami lorsqu'il entendit quelqu'un toquer à la porte de l'appartement. Prestement, il se leva de sa chaise, déposa le tissu et se rendit à l'entrée. Lorsqu'il ouvrit la porte, c'était une des gardes de la treizième maison qui se trouvait devant lui.
-Le Grand Pope ? devina-t-il facilement.
-Oui, acquiesça la jeune fille. Il m'a demandé de venir chercher sir Liu Yang du Sagittaire, ou vous, s'il n'était pas en état...
-J'arrive.
Sa mission accomplie, la garde salua son supérieur avant de quitter les lieux. L'égyptien, pris de doute, alla vérifier une dernière fois l'état de son camarade avant de s'en aller d'un pas pressé. Quelque chose s'était passé là-haut, quelque chose qui avait laissé penser au Grand Pope, et sûrement à Athéna elle-même, que Liu Yang ne devait pas être en meilleur état... Et il devait savoir quoi, au plus vite. Il était encore dans le temple lorsque des bruits de pas attirèrent son attention. Il se retourna, surpris de voir Khaled du Scorpion débarquer maintenant.
-Qu'est-ce que tu fais ici ? Tu devrais être à ta maison.
-Et toi alors, tu vas où ? Liu Yang va bien ?
Naël fronça les sourcils. Evidemment, l'algérien était tout comme lui un voisin direct du Sagittaire. Bien sûr qu'il avait dû sentir ce qui s'était passé. Et connaissant le gris, c'était un miracle qu'il n'ait pas débarqué plus tôt.
-Non. Va veiller sur lui à ma place, je dois aller voir le Grand Pope.
-Quo- Eh, attends ! Naël !
Le Scorpion n'avait fait qu'un pas que son aîné était déjà loin. Il cracha une injure entre ses dents, puis s'empressa de rejoindre les appartements de la maison du Sagittaire. S'occuper du propriétaire était sûrement plus important que de poursuivre le Capricorne en quête de détails.
Lorsque le Chevalier entra dans l'antichambre du Pope, Athéna et Rémus étaient tous les deux debouts devant le trône. Ils s'arrêtèrent de parler pour se tourner vers le jeune homme, dont la démarche rapide était inhabituelle. Et puisqu'il était venu de lui-même... Il était évident que Liu Yang n'avait pas pu. Ca ne disait rien qui vaille. Malgré tout, le Grand Pope restait digne à son poste, et alors que le plus jeune s'agenouillait, il s'exprima.
-Je te remercie d'être venu, Chevalier du Capricorne. Je pense que tu connais déjà la raison de ton appel ici.
-C'est à propos de l'état du Chevalier du Sagittaire.
-Tout à fait, répondit Athéna.
Dans la main gauche de la Déesse se trouvait la sphère qui renfermait la fameuse boite. Elle avait jugé trop dangereux de laisser cet objet sans surveillance.
-Je vais être directe avec toi, Naël. Il y a quelques minutes, l'objet que tu as ramené il y a quelques heures, a commencé à manifester un comportement étrange. Tremblements, vibrations, bourdonnements... Sans oublier l'énergie qui s'en dégageait, tout ça nous a laissé pensé que quelque chose se passait avec Liu Yang.
Le Chevalier serra les poings et les dents, mais ne dit rien. Il devait attendre l'autorisation de sa Déesse, ou du Grand Pope pour se prononcer. C'est ce dernier qui reprit, après un regard échangé avec la jeune femme.
-L'objet semblait appeler quelqu'un, et le Sagittaire étant la seule personne, à notre connaissance, à être entrer en contact direct avec et à avoir ressenti des symptômes étranges... il va de soit que nous nous inquiétons pour son état actuel. Tu es celui qui se chargeait de veiller sur lui, alors dis-nous, s'est-il passé quelque chose d'anormal avec lui ?
Naël prit une profonde inspiration, ravalant l'inquiétude et la rage qui l'envahissaient en ce moment même, afin de répondre le plus clairement possible, sans dévoiler ses sentiments. Chose inutile, étant donné qu'il était bien face aux deux personnes qui étaient le mieux capable de le cerner.
-Oui. Je ne pense pas me tromper en affirmant qu'au moment même où l'objet s'est mit à agir bizarrement, Liu- Le Chevalier du Sagittaire a ressenti une douleur terrible au crâne, peut-être à d'autres endroits du corps également, je ne saurais dire...
-C'est lui qui te l'a dit ? demanda la divinité inquiète.
-Non, il était incapable de parler, seulement de gémir et de crier. Il semblait être dans un tel état de souffrance que je ne suis pas certain qu'il était encore complètement conscient...
L'égyptien se mordit la lèvre inférieur, profitant du fait qu'il avait la tête baissée pour que ça ne se remarque pas. C'était la première fois qu'il avait autant de mal à décrire un événement, et à son grand damne, ça se voyait.
-Je sais que ça doit être dur pour toi, Chevalier... Mais tu comprends que pour pouvoir éliminer cette menace, nous allons avoir besoin de tous les détails que tu pourras nous donner.
Le Capricorne hocha la tête. La situation était critique, et s'il pouvait aider ne serait-ce qu'un peu, il le ferait. Essayant de chasser de son esprit l'image souffrante de son ami, il commença à décrire tout ce qu'il pouvait à partir du moment où Liu Yang avait voulu se lever jusqu'à l'arrivée de la garde. Bien que ça ne concerne pas l'état direct du Sagittaire, il prit tout de même la peine de préciser que Khaled était en ce moment à son chevet en tant que son remplacement. Le Grand Pope chuchota quelque chose à l'oreille de sa Déesse, qui acquiesça d'un hochement de tête.
-Capricorne, je te remercie pour tes informations, et l'aide que tu apporte à ton camarade. Liu Yang n'étant pas en état de se battre pour un temps indéterminé... Je vais te demander de le déplacer dans ta maison, et protégé la sienne à sa place.
Naël écarquilla les yeux, surpris par la requête de sa Déesse. Mais celle-ci n'avait pas encore fini de parler.
-Il sera simplement plus prudent de l'éloigner autant que possible des futurs combats, malheureusement, tant que nous ne serons pas absolument sûr des effets et du pouvoir de cet objet, je ne puis me permettre de le laisser séjourner au sein de la treizième maison. Je chargerais des gardes de veiller sur lui en permanence, et requerrai l'aide du Guérisseur également. Mais toi... Tu vas devoir reprendre entièrement ton poste de Gardien. Tu comprends, n'est-ce pas ?
-Oui, Déesse.
Zélé comme il était, malgré ses désirs profonds, le Capricorne n'était tout simplement pas capable de désobéir. Il comprenait la situation, et le fait qu'il serait sûrement plus inutile qu'utile en restant auprès de son ami en quasi permanence. Malgré tout, un étrange goût amer lui restait désagréablement dans la bouche.
-Bien... Tu peux partir. Je te remercie pour ton temps.
-Je reste à votre disposition si vous avez besoin de moi, Dame Athéna.
Sur ces mots, le Chevalier se leva, tourna les talons et quitta plus calmement la salle que lorsqu'il y était entré. Athéna serra son sceptre tout en regardant la boite qu'elle tenait encore dans sa sphère. Elle avait besoin de savoir de quoi il s'agissait si elle voulait pouvoir contrer ses effets, mais la sortir de l'emprise de son cosmos était trop risqué. A moins qu'elle ne se dissimule dans une autre dimension... Peut-être qu'à ce moment-là, le pouvoir de l'objet ne pourrait pas atteindre Liu Yang. Que risquait-elle ? Laisser son Sanctuaire sans surveillance. Ce n'était peut-être idéal, mais avait-elle le choix ? Connaissant son frère, elle ne parviendrait pas à juste détruire cet oeil étrange. Dans un soupir, elle se retourna et se dirigea de nouveau vers ses appartements.
-J'ai besoin d'être seule un moment. Je te confie les rênes pendant mon absence, Rémus.
-Bien sûr, comptez sur moi, Déesse.
Une fois qu'elle eut disparu derrière le rideau, le Grand Pope s'assit doucement sur le trône en soufflant longuement. Sa main droite se plaqua sur le côté gauche sa poitrine, qui se faisait parfois terriblement douloureuse, depuis quelques temps. Heureusement, il parvenait à faire bonne figure devant les autres, mais il ignorait combien de temps encore il allait pouvoir tenir. Si ça continuait, il n'allait plus avoir le choix... Il fallait qu'il se trouve un successeur, avant la fin de la Guerre.
Le spectre avait à peine heurté le sol qu'une hache transperça sa tenue d'entraînement, s'enfonçant dans ses côtes et lui arrachant un terrible cri de douleur. Arès souriait, satisfait de voir que la brutalité de ses Berserkers n'avait pas diminué après leur résurrection. Celui-là aurait pu décapiter son partenaire d'entraînement sans le moindre remord, après tout, il l'avait déjà bien amoché... Mais le Dieu avait formellement interdit à ses Hommes d'ôter la vie de leurs alliés. Certes, Hadès pourrait toujours les ressuscités, mais il ne voulait pas l'encombrer avec du travail supplémentaire inutile.
Alors qu'il observait le Berserker aider le Spectre se relever, Phobos vint se placer à ses côtés.
-Pourquoi m'avez-vous appeler, père ?
Le Dieu de la Destruction pouffa légèrement au ton de sa voix. Son fils avait l'air ennuyé, et il pouvait en deviner facilement la raison. Il était impatient d'enfin agir, de casser du Chevalier, de remettre Athéna à sa véritable place... Et bien, il n'allait pas être déçu par sa requête.
-Mon oncle et moi avons parlé en privé.
-Et ?
-Et il y a une mission que nous aimerions te confier.
Le Dieu de la Terreur fronça les sourcils en se retournant vers son paternel, dont le regard restait fixé sur les combats qui se passaient dans l'arène, en contrebas.
-De quoi s'agit-il ?
-Dis-moi, te souviens-tu de l'île de Death Queen ?
A l'entente du nom bien connu, même parmi eux, un sourire commença à étirer les lèvres de Phobos. Il avait un bon pressentiment.
-L'île où sont envoyés les Chevaliers renégats ?
-Exactement. Il y une flopée de Chevaliers Noirs là-bas... Tu sais... Les Chevaliers qui se foutent de l'honneur et d'Athéna...
Le violacé n'avait pas besoin de plus de paroles. Il devinait déjà ce que son père et Hadès attendaient de lui.
-Je ne suis pas sûr qu'ils accepteront comme ça de se joindre à nous...
-C'est pour ça que c'est toi que je veux envoyer.
Tout en se tournant vers son fils, Arès vint poser une main sur une de ses épaules. Leurs yeux brillaient de lueurs sadiques, parfaitement similaires.
-Tu sais te montrer particulièrement persuasif... Tu n'auras aucun mal à les convaincre d'attaquer les environs du Sanctuaire. Avec tes pouvoirs de leur côté, le résultat en sera d'autant plus resplendissant...
Dans un rire très peu rassurant, la Terreur posa une de ses mains sur celle qui se trouvait sur son épaule. Sa poitrine pétillait d'excitation.
-Vous pouvez comptez sur moi, père. Je mènerais ma mission à bien.
-Je n'en doute pas.
Avec un air satisfait, le Fléau des Hommes vint placer ses deux mains dans son dos, tout en quittant tranquillement l'arène, suivit de près par Phobos.
-Je te laisse une heure pour partir, grand maximum. Il faut agir avant que ma soeur et son armée ne se remettent de notre précédent assaut.
Les lèvres du plus jeune s'élargirent un peu plus. Une heure ? Dans dix minutes, ses pieds auront déjà foulé la terre de l'île de Death Queen.
