Chers tous,

Voici la suite de Te faire sourire aujourd'hui, demain, toujours.

J'en suis partiellement satisfaite mais si je continue de vouloir la modifier (sans être sûre d'arriver au résultat voulu), je ne la publierais jamais...

Elle a été écrite pendant le premier confinement au cours du mois d'avril.

Je trouve que mon écriture a beaucoup évolué en quelques mois aussi j'espère que tu la trouverais tout de même à ton goût :)

Bonne lecture :)

ChatonLakmé


Steve avait été un enfant et un adolescent fondamentalement normal.

Dans ses jeunes années, il s'était contenté d'être un petit garçon optimiste et de bonne composition, satisfait d'avoir une enfance heureuse, entouré par un père qu'il respectait et une mère qu'il adorait.

En grandissant, sa vie avait suivi le même fleuve long et tranquille, faisant de son adolescence une période empreinte de la même terrible banalité.

Steve avait grandi mais son corps ne s'était pas vraiment étoffé. Ses traits avaient changé, perdant les rondeurs de l'enfance pour devenir plus aigus, mais son visage était resté d'une surprenante douceur. Il s'était révélé dans les matières littéraires et artistiques mais pas au point de se distinguer et de devenir le président du club de lecture ou d'arts plastiques de son lycée.

Dépourvu de la moindre super-capacité physique ou intellectuelle ou d'une beauté à faire se retourner toutes les têtes dans la rue, le blond avait continué d'être le même jeune homme un peu timide et gauche, un enfant trop vite grandi, un artiste au crayon toujours à la main.

Excellent élève au collège et au lycée, Steve n'avait pas fait tourner les têtes et ne s'était pas fait d'amitiés véritablement inoubliables. Aucune de ses amourettes avec les filles qui trouvaient son côté artiste attendrissant ne lui avait non plus charmé le cœur et la tête quand, assis à côté de sa mère dans le canapé pour regarder un film hollywoodien en noir et blanc peuplé de belles femmes sensuelles et d'hommes charismatiques, il se perdait dans ses pensées un peu romantiques

Sa dernière année de lycée avait connu une sorte de tressautement un peu sourd, une agitation sombre et sournoise ondulant comme la lame d'une vague dans une mer bleue et calme pour mieux cacher les prémices d'une tempête dévastatrice. Confiant, Steve ne s'en était pourtant pas méfié mais l'année qui avait suivi avait constitué une sorte de tragédie dans la banalité.

Le jeune homme avait été diplômé avec les honneurs et pour la première fois, il avait senti son cœur battre un peu plus fort quand il avait fait sa rentrée à la New York Academy of Arts, prestigieuse école d'arts plastiques voisine du Lower East Side et de l'appartement familial. Le jeune homme avait monté avec émotion les marches menant à la colonnade un peu prétentieuse annonçant l'entrée de ce temple des Beaux-Arts au sein duquel il espérait perfectionner sa technique et parvenir enfin à transcrire toutes les émotions qui agitaient son cœur sensible au quotidien.

Cette année qu'il ambitionnait d'être celle du début de son plein épanouissement personnel dans une matière adorée avait été une déception où son talent manifeste avait été critiqué par ses professeurs qui lui reprochaient son manque cruel d'ambitions. Steve était doué un pinceau ou un crayon à la main mais son art, sensible et délicat, n'était pas traversé par les manifestations d'un ego surdimensionné ou la critique acerbe du monde contemporain qui lui auraient assuré la pâmoison du corps professoral en voyant en lui le prochain Jeff Koons.

Il était toujours un peu perdu et bouleversé par son échec quand ses parents avaient divorcé. Le major Rogers, nouvellement promu, était parti dans une base militaire à l'autre bout du pays. Steve et sa mère avaient refusé de le suivre. Resté seul avec la douce Sarah, le jeune homme s'était rapidement consolé tandis que ses yeux bleus parcouraient le petit prospectus que l'avocat de sa mère lui avait donné à l'issue de la signature de l'accord de séparation à l'amiable avec un sourire désolé. Parcourant les pages imprimées sur un papier glacé, Steve avait hoché la tête. Aux États-Unis, le taux de divorce était de 3,2 pour 1000 ce qui lui paraissait relativement peu. Le fait que ses parents soient concernés ne pouvait être qu'imputé à un hasard malencontreux. Selon les statistiques, la huitième année était la plus propice à finir en divorce mais Sarah et Joseph Rogers s'étaient sincèrement aimés pendant plus de vingt ans. Philosophiquement, Steve avait également constaté que ses parents s'étaient séparés sans heurt, ce qu'il aurait détesté, et qu'il rejoignait seulement le club des presque vingt millions d'enfants américains vivant dans une famille monoparentale.

Rien de véritablement dramatique au fond.

Son goût pour la romance avait toutefois était un peu déstabilisé quand il avait lu plus tard sur Internet que sur une période de quarante ans, 67% des mariages prenaient fin et que pendant la durée d'une réception de mariage, 1385 divorces étaient prononcés dans le pays. Steve avait serré la mâchoire. Son histoire, sa grande histoire d'amour aux contours encore flous et qu'il attendait de toute son âme ne se terminerait pas ainsi s'était-il promis.

Le jeune homme avait donc fait contre mauvaise fortune bon cœur et avait rebondi. Une année scolaire peu satisfaisante ? La pension généreuse versée par son père lui permettait de prendre un peu le temps de la réflexion afin de se retourner. Vivre seul avec Sarah ? C'était déjà plus ou moins le cas depuis son enfance, tandis que le major Rogers était déployé à l'étranger en mission.

Mais la lame de fond qui avait véritablement balayé la famille Rogers et fait se lever le rideau sur la scène où allait se jouer la véritable tragédie de sa vie avait été parfaitement inattendue. La santé de Sarah, fragile, s'était brusquement dégradée. Steve, avec son goût pour le romantisme, pensait parfois que son cœur, toujours profondément épris de son ex-mari, ne s'était pas remis de leur séparation, la vérité lui paraissant trop cruelle et clinique.

Le blond avait bombé le torse quand le médecin lui avait annoncé que sa mère aurait besoin de soins constants. Il pourrait s'en occuper. Il était son fils et c'était son devoir. Dans le même temps, la question de son avenir s'était paradoxalement éclairci. Steve entrerait en fac de médecine afin d'y devenir infirmier, voire médecin si un jour une étincelle d'ambition enflammait son cœur modeste.

Le jeune homme avait été admis comme élève boursier dès la rentrée suivante à l'Université de New York. Si les premiers mois avaient été un peu hésitants, Steve, noyé dans la masse considérable des étudiants, s'était peu à peu révélé, plus assuré depuis qu'il devait veiller sur Sarah. Il s'était fait des amis, des vrais, avec lesquels sortir après les cours pour aller boire un café et avait intégré, un peu timidement au départ, la gigantesque salle de sport de l'université. La lanière de son sac de cours fermement agrippée dans ses mains un peu tremblantes, le blond avait plaidé sa cause auprès d'un des coachs qui avait reconnu que vouloir augmenter son gabarit pour pouvoir aider voire porter sa mère au besoin était une raison des plus louables. Steve avait fait bon usage de sa confiance pendant sa première année d'étude.

Le jeune homme avait été plutôt transparent lors de ses études en secondaire. L'université lui avait rapidement fait voir les avantages que pouvaient procurer un physique qui devenait de plus en plus avantageux assorti d'un caractère facile et doux. Il était devenu rapidement populaire, popularité encouragée par son entrée dans l'équipe de football américain en deuxième année et sa nomination en tant que capitaine dès l'année suivante.

Toujours modeste et un peu mal à l'aise face à l'admiration grandissante que provoquait son passage sur le campus, Steve avait toutefois durablement sympathisé avec Clint Barton, rencontré à la salle de sport et devenu un de ses équipiers sur le terrain, puis par son intermédiaire, avec son amie Natasha.

Inséparable, le trio avait réussit brillamment ses trois premières années d'étude.

Puis, à l'entrée de leur quatrième, Steve avait rencontré Bucky. Et le rideau était enfin tombé sur la tragédie un peu douce-amère de cette période sa vie pour ouvrir une nouvelle page qui lui avait bouleversé le cœur et la tête.

o0O0o

Le jeune homme avait appris que James Buchanan Barnes avait intégré l'Université de New York peu après la rentrée officielle de septembre, arrivant d'une fac de l'ouest du pays. Étudiant en double-cursus sciences mécaniques et sport, il s'était rapidement distingué par son caractère entier et farceur. Clint se régalait à rapporter à ses deux amis les frasques du jeune homme que Steve écoutait avec stupéfaction, fasciné au fond de lui par cet électron libre.

Un jour, alors que l'équipe de football terminait son entraînement, le jeune homme avait remarqué plus loin sur la piste les étudiants en athlétisme en train de s'échauffer. Fouillant le petit groupe du regard en cherchant à identifier lequel d'entre eux pourrait être Barnes, il avait sursauté quand Clint lui avait vivement agrippé le bras, le doigt pointé en avant pour lui montrer un étudiant brun en train de trottiner sur la piste.

« Tiens, regarde Steve, Barnes est là ! », s'était-il bruyamment exclamé.

Malgré sa gêne devant les paroles indiscrètes de son ami, la curiosité l'avait incité à regarder le jeune homme un instant avant d'écarquiller les yeux de surprise.

Était-il possible qu'un garçon aussi séduisant soit ce diable qui rendait un tiers du campus complètement fou depuis son arrivée ?

Ses yeux bleus avaient brièvement parcouru le corps ferme et harmonieusement musclé, avant de remonter vers son visage à la peau délicatement halée, à la mâchoire volontaire et à la bouche sensuelle. Son regard avait erré un instant sur son visage avant d'être capté par les yeux de Barnes d'un incroyable bleu clair. Ils étaient restés à se regarder de longues secondes avant de Steve ne détourne la tête, les joues brûlantes de gêne de s'être fait remarqué dans sa contemplation muette, son cœur battant plus fort.

À partir de ce jour, Steve avait eut une conscience aiguë de la présence du brun autour de lui, ses yeux rencontrant fréquemment les siens lorsqu'il le cherchait bien malgré lui dans la foule des étudiants. Le jeune homme s'était accoutumé à ressentir cette présence lointaine étrangement rassurante dans son quotidien, jusqu'à ce qu'un soir, une farce de Barnes ne les fasse se rencontrer directement.

Poursuivi sur le terrain de sport par un joueur de l'équipe de basket universitaire hors de lui, le brun avait manqué de le renverser sous sa course haletante. Steve avait réceptionné contre son torse large le corps plus fin de Barnes, agréablement chatouillé en sentant sa chaleur et ses muscles contre lui. Il n'avait pas eu le temps d'ouvrir la bouche, le jeune homme lui avait attrapé la main pour le traîner à sa suite et les éloigner de cette fureur sourde, ronflant et crachant des insultes dans leurs dos.

Dans leur course folle, le blond avait écarquillé les yeux en apercevant brièvement sur le maillot de sport violet des mots écrits à la peinture fluorescente qui proclamaient dans la nuit tombée et à la lueur des lampadaires allumés Je suis un connard et J'en ai une minuscule. Suivant docilement Barnes tout en admirant distraitement la forme agréable de son dos et les muscles tendus de ses bras, il n'avait pas protesté quand le brun l'avait entraîné jusqu'au stade avant de le pousser sous les gradins, sa main toujours dans la sienne.

Réfugiés dans l'ombre, pressés l'un contre l'autre, ils avaient attendu en silence que le joueur numéro trente-quatre de l'équipe de basket passe devant eux, éructant bruyamment tandis que Steve tentait de garder un souffle calme malgré les cheveux soyeux de Barnes qu'il sentait lui chatouiller le nez, le souffle chaud de son haleine dans son cou et le soulèvement frénétique de sa poitrine contre la sienne.

Après quelques minutes, le brun avait fini par s'éloigner doucement de Steve après avoir vérifié que les deux hommes étaient à nouveau parfaitement seuls. Il avait levé la tête vers le blond et avait ouvert la bouche mais une fois encore, leurs yeux s'étaient perdus l'un dans l'autre et aucune parole n'était sortie.

« Pour qui est-ce que tu as fais ça ? », était finalement parvenu à demander Steve dans la pénombre.

Barnes l'avait regardé un instant avant de froncer les sourcils.

« Pour personne, tiens. Juste pour me marrer. Tu vas aussi me faire la morale ? J'avais pourtant l'impression que mes farces te faisaient bien rire quand ton ami Clint te les racontait. Tu as conscience que ton rire s'entend de loin ? », avait-t-il répondu sur la défensive tout en lâchant la main de Steve.

Le blond avait un peu rougit en réalisant que jusqu'à présent, la situation ne l'avait pas dérangé plus que cela.

« Je ne te reproche rien », avait-il murmuré doucement.

Enhardi par le regard interrogatif de Barnes, Steve avait profondément inspiré avant de poursuivre.

« Même si faire tous ces tours t'amusent, j'ai compris que tu ne les fais pas au dépend des gens. Tu venges juste ceux qui ne peuvent pas le faire, n'est-ce-pas ? »

Comme son interlocuteur restait silencieux, le blond avait puisé dans son courage pour continuer, sentant avec de plus en plus d'acuité la chaleur qui émanait du corps fin mais puissant de Barnes., toujours très proche de lui.

« Le bain de vidange plein de mousse, c'était pour venger les premières années non ? Clint m'a raconté que leur prof, Mr. Ripley, leur a à tous donner une si mauvaise note à leur dernière séance de travaux pratiques qu'ils vont devoir redoubler de travail personnel jusqu'à la fin du semestre. »

« Tout ça parce que cet incapable leur a fait un cours complètement faux à moitié bourré. Quel enfoiré... », grogna Barnes avant de relever les yeux vers Steve. « Je suis surpris que le Captain de l'équipe de football soutienne ma politique de guerilla à l'échelle de cette fac... », ajouta-t-il avec un sourire en coin.

Devant le regard un peu accusateur de Steve, l'étudiant se renfrogna avant de passer une main dans sa nuque.

« Le mec de ce soir l'a bien cherché. Il a séduit une fille du cursus de médecine et a couché avec elle. Il s'en est vanté à ses potes dès le lendemain pour leur raconter à quel point elle était nulle au pieu. La fille est tellement désespérée qu'elle n'est pas venue en cours depuis une semaine pour ne pas le croiser alors que ses examens sont dans deux semaines ! Elle est prête à manquer son année tellement elle a peur de recroiser cet enfoiré. Merde quoi, il l'a bien cherché ! », protesta vigoureusement le brun tout en passant une main énervée dans ses longs cheveux.

Steve suivit avec attention le mouvement des longues mèches noires et lustrées avant de se reprendre et de secouer légèrement la tête.

« Je ne dis pas que ce n'est pas un abruti, mais il y a peut-être d'autres moyens de faire ? Le conseil d'administration de la fac pouvait peut-être intervenir. » Un regard luisant de Barnes le fit soupirer doucement. « Je l'admets, ça n'aurait probablement rien changé. Je déteste aussi l'injustice alors je suppose que je peux comprendre ce que tu as fais... même si je n'approuve pas ! », s'empressa-t-il d'ajouter devant l'air goguenard de Barnes. « Et puis, ne m'appelle pas Captain. J'ai un prénom qui me convient tout à fait. Je m'appelle Steve, Steve Rogers. »

Barnes roula des yeux un instant, un sourire moqueur aux lèvres.

« Je sais très bien qui tu es. Je venais à peine d'arriver à la NYU qu'on me parlait déjà de toi quand mes camarades de promo ont appris que j'étais aussi en cursus sportif. Il minauda un instant, prenant une voix de fausset. « La chance, tu vas pouvoir t'entraîner à côté de Steve Rogers. C'est trop géniaaallll ! ».

« Tu exagères », rit doucement le blond, heureux que la semi-pénombre cache ses joues roses de gêne au regard acéré de Barnes.

« Légèrement je le reconnais », répondit le brun en éclatant de rire, rapidement rejoint par Steve.

Passant une nouvelle fois la main dans ses longs cheveux noirs, il finit par tendre une paume amicale devant lui, souriant d'une manière engageante.

« Bonjour, Steve Rogers. Je m'appelle James Buchanan Barnes, mais mes amis m'appellent Bucky. »

Steve avait doucement rit avant d'attraper la main tendue devant lui.

« Enchanté James Buchanan Barnes. » Le brun lui avait fait de tels gros yeux que Steve, un peu joyeux et le cœur étrangement réchauffé, s'était tout de suite corrigé. « Enchanté Bucky. Je suis ravi de faire ta connaissance. »

Les deux jeunes hommes s'étaient regarder un instant avant d'éclater de rire. Ayant vérifier que la victime de Bucky n'était plus dans les parages, ils avaient quitté tous deux le complexe sportif, se dirigeant naturellement vers un café étudiant ouvert en continu où ils avaient passé le reste de la soirée à faire connaissance.

Lorsque Steve alla enfin se coucher après être rentré à une heure très avancée de la nuit, il souriait toujours. Il avait passé une excellente soirée. De prime abord très différents, il avait eu le plaisir de constater que Bucky et lui se ressemblaient en réalité énormément. Leurs discussions lui avaient paru d'un incroyable naturel, comme s'ils s'étaient toujours connus. Plus d'une fois, il lui avait sembler surprendre le regard de Bucky posé sur lui, intense et pétillant. Steve en avait sûrement fait autant pendant la soirée, probablement de manière encore moins discrète, mais il refusait d'en avoir honte ou de le regretter. Au fond de son lit, Steve avait regardé sa main qu'il sentait encore chaude de sa poignée de main avec son nouvel ami.

Ami… ?

Dans l'obscurité de sa chambre et pour la réelle première fois, Steve s'était dit qu'il y avait peut-être également quelqu'un qui existait pour lui. Il s'était également convaincu qu'il pouvait être égoïste et qu'il l'avait enfin trouvé.

o0O0o

Ils s'étaient embrassés pour la première fois moins d'un mois après leur première véritable rencontre. Passée leur soirée au café étudiant, Steve et Bucky avaient eu peu d'occasions de se reparler, les partiels du premier semestre venant de débuter.

Ils ne faisaient que se saluer d'un signe de la tête lorsqu'ils se croisaient sur le campus entre deux épreuves, se souriant doucement l'un à l'autre. Si Steve en était un peu déçu, il appréciait également de pouvoir préserver cette partie un peu secrète de sa vie d'étudiant, souvent exposée bien malgré lui au reste de ses camarades. L'amitié un peu étrange qu'il partageait avec Bucky ne regardait qu'eux deux et il ne s'était expliqué qu'auprès de Clint et Natasha qui avaient remarqué les subtils changements provoqués par Bucky, son regard plus doux et ses sourires plus tendres. Les deux hommes avaient fini par prendre l'habitude de se retrouver dans les gradins du stade de l'université en début de soirée, étant certains d'y être seuls et c'était lors d'une de ses soirées que les choses avaient changé.

Steve racontait avec enthousiasme à un Bucky très attentif la dernière exposition de peintures qu'il était allé voir avec sa mère le week-end passé quant il s'était arrêté, sentant avec force le regard si clair de son ami lui brûler le visage. Le jeune homme avait rougit de sa propre exaltation et il s'apprêtait à reprendre son récit de manière plus mesurée lorsque Bucky s'était doucement penché vers lui et avait posé ses lèvres sur les siennes.

Sous la surprise, Steve en avait oublié de fermer les yeux mais il n'avait pu manquer la réaction enflammée de son corps, ses sens aux aguets et comme hypersensibles. Il avait alors senti avec une acuité toute particulière le goût des lèvres de Bucky contre les siennes, l'odeur de son eau de Cologne encore finement perceptible à la fin de la journée, la chaleur de la main un peu calleuse qu'il avait glissé dans sa nuque avec hésitation afin de le rapprocher de lui et sa respiration lente et profonde.

Le monde de Steve lui avait soudain paru se colorer de milles nuances, semblables aux arabesques flamboyantes à la gouache dont il couvrait souvent ses toiles en pensant au brun.

Lorsque Bucky s'était éloigné doucement de lui, Steve avait pu voir un éclat d'incertitude briller dans ses yeux devant son manque de réaction. Il s'était alors presque jeté en avant afin de retenir le brun, de le ramener contre lui avant d'attraper son visage en coupe et de lui rendre maladroitement son baiser, faisant se heurter leurs nez.

Le jeune homme n'avait eu aucun mal à sentir le sourire de Bucky contre ses lèvres et lui-même avait eu envie d'éclater d'un rire de joie tant la situation lui paraissait à la fois improbable et parfaitement naturelle.

En redescendant des gradins ensemble, Bucky avait ensuite glissé presque timidement sa main dans la sienne et Steve, la poitrine gonflée par la joie, avait doucement resserré ses doigts sur les siens pour le rassurer. Oui, c'était bien arrivé, les choses avaient changé entre eux mais il restait Steve et Bucky, avec leur amitié trop forte et un peu étrange qui s'était simplement transformée en quelque chose de plus doux.

Leur rencontre le lendemain sur le campus et le baiser échangé en public avait provoqué un remous considérable parmi les étudiants. Steve avait refusé de cacher son affection, immense, sincère et candide. Clint et Natasha avaient été surpris avant d'admettre immédiatement Bucky dans leur petit trio ayant compris depuis longtemps que l'affection de Steve le porterait naturellement vers la personne qui lui correspondrait le mieux. Le fait qu'il s'agissait d'un homme n'avait aucune importance, tout comme cela ne représentait rien pour Steve lui-même. Le campus étant gigantesque, les milliers d'étudiants avaient rapidement trouvé d'autres sujets de rumeurs et le couple formé par Steve et Bucky s'était poursuivi pendant leurs deux années d'université restante. Leur relation s'était renforcée lentement au fil des jours, posant les fondations puissante d'une véritable forteresse aux tours élancées baptisées « Harmonie », « Tendresse » et « Confiance » tandis que la plus haute et la plus forte de toute proclamait « Tu es moi ».

o0O0o

Si quelqu'un avait un jour demandé à Steve ce qu'il ressentait pour Bucky, le blond aurait probablement répondu qu'il l'aimait, tout comme il aurait dit qu'ils étaient en couple. Mais ce mot lui semblait imparfait pour exprimer toute la force de ce qui faisait vibrer son cœur quand le brun était avec lui.

Dans ces moments, Steve avait l'impression d'avoir un autre lui, que dans l'immense maelström d'émotions, de pensées et de sensations qu'étaient Steve Rogers, Bucky était la pièce manquante, la pièce de puzzle qui s'y imbriquait de la plus parfaite des manières. Ils étaient avant tout amis mais de manière si naturelle et si complète que leur relation avait trouvé son caractère le plus abouti quand ils s'étreignaient entre les draps. Après tout, Steve ne pouvait nier la langue de feu qui venait lui lécher les reins lorsque Bucky l'embrassait, embrasant son corps du désir d'aller vers encore plus d'absolu, de se lier de manière plus étroite encore.

Steve n'oublierait jamais la première fois qu'ils avaient fait l'amour. Il en avait pleuré. Le jeune homme avait invité Bucky à passer le week-end dans l'appartement du Lower East Side pour sortir le brun de la petite chambre sur le campus qu'il partageait avec un abruti prétentieux. Sarah étant hospitalisée depuis plusieurs jours, le jeune homme avait également eu besoin de s'isoler plus étroitement avec son ami pour récréer leur bulle de tendresse dans laquelle ils étaient toujours si parfaitement bien. Le grand appartement vide de Steve leur avait fourni le plus parfait des refuges.

Ils n'avaient rien prémédité mais lors de la deuxième nuit, Steve et Bucky étaient finalement devenus amants. Tout naturellement, comme l'ensemble de leur étrange relation.

Lorsque Steve avait atteint l'orgasme, le visage profondément enfoui dans le cou de Bucky, la respiration haletante, quelque chose avait explosé dans son cœur, un amour et une affection si grande pour l'homme superbe qui haletait doucement sous lui que Steve avait su que Bucky ferait toujours partie de sa vie, qu'il aurait toujours besoin de lui. Peut-être cesseraient-ils d'être amants, peut-être tomberaient-ils amoureux d'une autre personne, homme ou femme, mais jamais ils ne pourraient être séparés.

Cette nuit-là, Steve avait senti les larmes lui monter aux yeux en sentant Bucky si présent partout autour de lui et leur lien plus complet et vivant que jamais. Le brun avait ricané doucement en le voyant ainsi mais Steve n'avait pas manqué l'éclat humide qui brillait également dans les yeux de son ami cette nuit-là. Ils avaient recommencé à s'étreindre jusqu'au matin, continuant à se perdre l'un dans l'autre.

Les deux amants ne s'étaient pas dit « Je t'aime ». Précaution inutile quand chacun lisait si bien dans le cœur de l'autre.

o0O0o

La première fois que Steve avait senti leur lien vaciller doucement, ils venaient de quitter l'université.

Diplômé d'un Bachelor of Science degree in Nursing, le jeune homme avait immédiatement trouvé un poste à l'hôpital public de New York au service pédiatrique où son sourire et sa douceur faisaient des merveilles sur ses petits patients. Bucky avait emménagé avec lui dans l'appartement du Lower East Side peu avant la cérémonie de remise des diplômes, les pièces restant vides et Steve désespérément seul depuis que Sarah avait dû être admise dans une maison de repos à la pointe de Manhattan après un AVC aux lourdes séquelles. Effondré, Steve était resté hébété pendant deux jours avant que Bucky ne parvienne à le rejoindre en forçant l'entrée de son immeuble. Enfermé avec son ami dans l'appartement pendant plusieurs jours, manquant les cours et refusant toute autre visite, le blond s'était convaincu que Bucky et lui devaient rester ensemble dans le Lower East Side où Sarah ne reviendrait probablement jamais. Le brun avait donné son accord en embrassant doucement son mois après, Bucky faisait son entrée à l'école des officiers de l'US Army.

Le jeune homme n'avait jamais caché à son ami sa volonté de s'engager dans l'armée dès que possible. Son sens de la droiture, qu'il partageait avec Steve, l'incitait à protéger son pays et ses habitants. Son double-cursus à l'université n'était destiné qu'à lui permettre d'intégrer directement cette école en faisant valoir ses compétences. Steve était resté estomaqué par sa décision finale, ramené aux absences répétées de son père pendant son enfance, à son intransigeance et à sa froideur.

Il savait que son Bucky resterait le même mais être séparés l'un de l'autre alors qu'ils n'étaient jamais aussi bien qu'ensemble et qu'ils avaient à présent l'opportunité de construire tant de choses ? Le blond en avait eu le cœur douloureusement serré pendant des semaines.

Steve s'était alors autorisé à être égoïste pour la seconde fois et avait espéré que leur vie commune ferait changer le brun d'avis mais il avait échoué. Ravalant son inquiétude, il avait soutenu son compagnon, malgré lui admiratif de son engagement pour une cause plus grande que lui et espérant au fond de lui que la qualité de mécanicien de Bucky ne signifierait pas nécessairement un déploiement sur le terrain.

Leur lien avait tremblé pour la seconde fois lorsque l'ordre de mission de Bucky était arrivé chez eux, trois mois après la fin de sa formation à l'école des officiers. Steve avait pensé étouffer de douleur et il sentait parfaitement à quel point Bucky était affecté par la situation, angoissé à l'idée de le quitter. Pendant une nuit sensuelle dans leurs draps au désagréable arrière-goût d' au revoir, Bucky avait enlacé puissamment Steve tandis qu'il atteignait l'orgasme.

« Je reviendrais Stevie. Tu es mon foyer, mon ami, mon tout. Je reviendrai », avait-il murmuré à son oreille tandis qu'il taquinait du bout des dents le lobe sensible, faisant gronder le blond.

Le jour du départ, Steve avait accompagné Bucky à l'aéroport militaire à la demande de ce dernier. En le voyant sur le départ, le blond avait hésité à l'embrasser, ne voulant pas mettre son compagnon mal à l'aise devant ses camarades.

Mon dieu, comment avait-il pu douter de son Bucky...

Alors qu'il regardait autour de lui et lisait sur les visages des familles, des épouses, des fiancées et des amis les mêmes émotions qui l'agitaient, Bucky avait tendrement pris son visage en coupe et l'avait embrassé avec tendresse et sensualité, comme il pouvait le faire dans le secret de leur lit.

Steve avait laissé échapper un douloureux hoquet, s'agrippant à ses coudes comme pour le retenir tandis que Bucky réitérait sa promesse contre ses lèvres, les caressant amoureusement des siennes.

« Je reviendrai, Steve. Je reviendrai toujours vers toi, tu es ma maison. »

Son souffle brûlant contre sa bouche et la chaleur de son corps pressé contre le sien avaient fait doucement acquiescer le jeune homme.

Et Bucky avait tenu sa promesse.

En deux ans et trois missions en Afghanistan, le brun avait toujours retrouvé le chemin de leur appartement et des bras ouverts de Steve. Il continuait toujours d'illuminer leur chez eux de son sourire et de son rire, gonflant le cœur du blond de joie. Pendant les déploiements de Bucky, le blond se noyait sous le travail pour faire passer le temps plus vite et étouffer l'inquiétude par l'épuisement. Voulant être digne de l'homme qu'il aimait et qui était prêt à faire don de sa vie pour autrui, Steve était devenu bénévole dans un hôpital pour vétérans sur son temps libre, s'écroulant le soir sous une fatigue si forte qu'elle le laissait hébété.

Clint et Natasha s'étaient alors imposés dans sa vie. Steve et Bucky vivaient enfermés dans leur bulle depuis plus d'un an, se suffisant à eux-même. Lors des absences du brun, ces deux derniers avaient décidé d'ouvrir à nouveau Steve sur le monde autour de lui. Encore un peu stupéfaits par le caractère exclusif de sa relation avec Bucky qu'ils avaient admis ne jamais pouvoir comprendre, leurs amis appréhendaient avec angoisse le moment où, peut-être, on annoncerait à Steve que Bucky ne rentrerait plus chez eux. L'idée de la chute vertigineuse et qu'ils devinaient sans fin de leur meilleur ami les laissaient muets et glacés d'angoisse.

Mais Bucky revenait toujours.

Le troisième retour du jeune homme avait rempli Steve d'une immense joie. Son ami lui avait fait la surprise de renoncer aux missions de terrain pour rester aux États-Unis, auprès du blond pour l'aimer de tout son saoul. Steve voyait enfin se déployer doucement devant eux un avenir dans lequel ils auraient tout le temps de construire d'autres refuges pour leurs sentiments.

Un 26 novembre, Steve s'était réveillé en sursaut dans une chambre inconnue.

Un instant aveuglé par la lumière du plafonnier, il avait fermé les yeux, le corps entier douloureux, essayant de regrouper ses pensées. Il s'était souvenu peu à peu de leur visite à Sarah le matin puis de leurs chamailleries pour choisir le restaurant où ils déjeuneraient le midi alors que Bucky conduisait leur voiture.

Puis le choc. Intense et violent. La respiration coupée par la ceinture de sécurité tendue. Le crissement du verre qui éclate en milliers de morceaux. Le froissement de la tôle enfoncée. Le silence, assourdissant. Enfin le noir, total et angoissant.

Steve avait brusquement ouvert les yeux.

Bucky.

Il avait tenté de se redresser sur son lit, de poser les pieds sur le sol pour se lever et partir à sa recherche, le monitoring à ses côtés s'affolant en bipant avec fureur.

Bucky... Où était Bucky ?

Pour la première fois, le jeune homme n'avait plus senti leur lien. Juste un néant, glacé et aride.

Steve avait hurlé.

o0O0o

Se mordillant la lèvre sous l'effet de la concentration, Tony eut finalement un petit soupir de soulagement satisfait en réussissant à garer son somptueux coupé sport Audi sur une minuscule place de stationnement.

Il se tourna avec un air de triomphe vers le siège passager et grogna en réalisant que Clint n'avait certainement rien vu de son superbe créneau, trop occupé à taper frénétiquement un message sur son téléphone.

Il allait lui faire remarquer son manque de délicatesse quand le jeune homme lui coupa l'herbe sous le pied, un sourire en coin.

« Ne penses même pas recevoir des félicitations. Si tu avais pris la place de parking que je t'avais montré, tu n'aurais pas eu à faire autant de simagrées et on serait déjà chez Natasha. »

Tony eut une moue boudeuse, récupérant ses clés avant de sortir du véhicule, suivi par son ami.

« Cette place était minuscule ! Mon superbe bébé aurait forcément été éraflé par les bourrins conduisant les poubelles qui l'entouraient. Hors de question ! », protesta-t-il vigoureusement. « Cette place-là est bien plus sûre. En plus, tu n'as même pas eu besoin de rentrer le ventre pour sortir de ton côté... », ajouta-t-il avec taquinerie.

« Peut-être mais on ne serait pas en retard ! », répondit Clint en lui jetant un regard noir et en avançant sur le trottoir. « Bon sang, Natasha va nous tuer... Et je n'ai pas de ventre ! »

« Offres-lui un grand et beau baiser et elle te pardonnera », rit Tony d'une manière assurée tout en le rejoignant d'un pas sautillant. « Après tout, elle te supporte depuis votre première année de fac et vous êtes en couple depuis presque aussi longtemps. Passe la chercher un soir au bureau du procureur après la fin de ton service au commissariat et emmène la dîner avant de lui offrir une folle partie de jambes en l'air. Tu sais l'effet qu'à l'uniforme de flic sur les femmes, pas vrai ? », crut bon de le conseiller le jeune homme en haussant un sourcil entendu.

Clin préféra ne pas relever, lui offrant juste un regard. Le regard criant silencieusement « Tu es vraiment, vraiment fatiguant » et le brun ricana. Sa petite amie avait hâte de revoir Tony, aussi le jeune homme décida-t-il d'orienter la conversation vers un autre sujet qui l'angoissait tout autant que leur retard.

« Inutile de faire ce genre de blagues quand on sera arrivé n'est-ce-pas ? Steve n'est pas très à l'aise avec ce genre d'humour », dit Clint en changeant habilement de sujet.

« Ah oui, le fameux Steve au cœur brisé... Le Captain America de ton équipe de football universitaire », s'exclama Tony avec emphase.

Alors que Clint prenait son souffle pour se lancer dans ce qui s'annonçait comme une interminable suite de recommandations, le jeune homme préféra prendre les devants.

« Oui, je sais. Interdiction de jurer, de faire des blagues de cul, de lui poser des questions trop perso ou de le mettre mal à l'aise », compta-t-il sur ses doigts avant de geindre doucement. « Franchement, tu m'ôtes toute possibilité de briller pendant cette soirée ! »

Ils avaient marché vite. L'immeuble de Natasha était en vue pourtant Clint pila net sur le trottoir et se retourna brusquement vers le brun.

« Je suis sérieux Tony. On veut passer une bonne soirée tous ensemble. Steve est dans la plus mauvaise période de l'année pour lui, Tasha et moi on veut lui changer les idées. »

Tony roula des yeux.

« Franchement, toi et sa copine vous exagérez. Ce mec n'est plus un gamin, vous le traitez comme un poussin tout juste sorti de l'œuf », grogna-t-il tout en appuyant sur le bouton de l'interphone. « Je veux bien que vous l'ayez aider dans une période difficile de sa vie mais arrêtez de le couver autant, c'est presque flippant mec ! »

Clint secoua la tête et fronça les sourcils.

« Je ne t'ai pas tout raconté parce que je considère que ce n'est pas à moi de détailler par le menu la vie de Steve à un parfait inconnu. » Tony lui lança un regard faussement blessé qu'il ignora. « Tu ne sais que le strict nécessaire pour éviter de faire le maximum de gaffes pendant la soirée, en tout je l'espère... »

Le jeune homme se renfrogna.

« Mec, ce que tu m'as raconté ressemble déjà à une tragédie grecque... »

Devant l'air agacé de Clint, Tony décida de temporiser.

« Écoutes, je sais que Steve est un ami cher à tes yeux et que tu as un profond respect pour lui. Rien que ça me donne déjà envie de le rencontrer et de lui plaire. Je vais faire attention, promis », acheva le brun avec un sourire sincère.

Clint lui adressa un sourire soulagé et les deux amis rentrèrent ensemble dans l'immeuble de Natasha. Tout en montant les escaliers derrière son ami, Tony eut un sourire en coin.

Oui, il ferait attention mais il était tout de même dévoré par la curiosité d'en apprendre plus au sujet de cet homme mystérieux que Clint et Natasha estimaient tant. Le jeune homme attendait cette soirée depuis deux semaines et l'impatience ne le faisait plus tenir en place. Possible que sa promesse ne survive pas à la soirée...

o0O0o

Tony prit un autre verre et s'assit sur le canapé de Natasha en soupirant, la rousse lui lançant un regard noir de l'autre côté de la table basse.

Le brun était déçu.

La soirée était bien avancée (et plutôt réussie, il devait l'admettre) mais Steve n'était pas là. Son amie lui avait dit que le jeune homme les rejoindrait plus tard, ayant été retenu à la librairie de son patron mais il était déjà vingt-trois heures passées. Tony était persuadé que le blond ne se montrerait pas (ou qu'il ne le remarquerait pas, déjà trop ivre pour cela).

Pour la énième fois, il laissa son regard errer dans la pièce, s'attardant sur les photos couvrant la commode placée non loin du canapé. Encore une fois, le brun s'arrêta sur celle de l'équipe de football de Clint, lorsque le jeune homme et ses coéquipiers avaient remporté la coupe des tournois universitaires l'année de son diplôme. Steve était au centre, un genou au sol et souriant de toutes ses dents blanches. Il avait l'air vraiment séduisant malgré la boue qui maculait ses joues et la première fois que Clint lui avait montré la photo au début de leur amitié tout en lui racontant ses exploits universitaires, il avait longuement regardé d'un air pensif le capitaine à l'air si franc et au si beau sourire.

Alors que le jeune homme se perdait dans ses pensées, il entendit vaguement la sonnette de l'entrée retentir et une voix d'homme saluer Natasha qui s'était précipitée à sa rencontre dans un cri de joie. Tony se redressa sur le canapé, son impatience revenue. La voix était claire et profonde, définitivement plaisante à son oreille pourtant envahie par un léger bourdonnement provoqué par son verre de margarita. Mais lorsque le blond rejoignit le groupe d'amis dans le salon, il manqua d'en lâcher son verre.

Merde.

Son regard noisette remonta longuement le long du corps harmonieux, qu'il devinait sans aucun mal ferme et musclé, s'attardant sur le torse large parfaitement sculpté que le nouvel arrivant dévoilait en retirant son manteau d'une manière que Tony trouva parfaitement sensuelle et déplacée.

Merde.

Il sourit en voyant la délicate et chaude nuance de blond de ses cheveux soigneusement coiffés avant de descendre sur son visage. Une peau claire, un front lisse, un nez droit, une mâchoire carré et décidée au-dessus de laquelle une bouche pulpeuse aux lèvres roses souriait avec bienveillance.

Merde. Merde.

Quand les yeux de Tony rencontrèrent enfin les yeux bleus, intelligents et brillants du jeune homme, le souffle lui manqua.

Il eut juste le temps de se ressaisir pendant que le blond saluait les invités, remarquant sa démarche souple, et de ne pas paraître trop ridicule quand Steve lui tendit une main amicale pour se présenter. Lorsque cette voix si belle s'adressa à lui et que sa grande main lisse et chaude enveloppa ses doigts pour les serrer, Tony fit sur lui-même un effort considérable pour ne pas balbutier de manière ridicule ou lâcher une énormité telle que Natasha le mettrait dehors sans la moindre hésitation.

Merde, merde et merde.

Steve Rogers était probablement un des plus beaux hommes que Tony n'ait jamais rencontré. Le brun le trouva parfaitement à son goût et tandis qu'il se rasseyait sur le canapé, le contemplant furtivement, il se dit distraitement qu'une fois rentré chez lui, dans son gigantesque appartement, cette vision viendrait probablement hanter ses rêves les plus indécents.

o0O0o

Une heure après l'arrivée de Steve, Tony était devenu le roi de leur petite réunion amicale. S'il s'était déjà distingué au début de la soirée par sa bonne humeur et ses taquineries, il rivalisait à présent d'humour et développait des trésors de rhétorique, conscient du regard curieux que le blond posait parfois sur lui, agrémenté de plus en plus souvent d'un petit sourire qui le faisait se sentir ridiculement puissant.

Jusqu'à présent, le jeune homme avait été poli mais un peu absent dans les discussions, ne portant jamais à ses lèvres la bière que Clint lui avait mis entre les mains à son arrivée. Seules les réparties flamboyantes et bruyantes de Tony, provoquant systématiquement l'hilarité dans la petite assemblée, semblaient le tirer de sa mélancolie. Quand le brun l'entendit rire doucement à une plaisanterie particulièrement salée qui lui attira un regard courroucé de la part de Clint qu'il ignora soigneusement, le brun en ressentit une joie totalement déplacée.

Une heure du matin avait sonné depuis longtemps quand Tony ressentit le besoin de respirer deux minutes. Il sortit sur l'escalier de secours pour prendre l'air, les joues un peu rouges, appuyant son front brûlant sur le métal de la rambarde.

Quand la fenêtre coulissa à nouveau sur sa gauche, le brun ne réagit pas jusqu'à ce qu'il sente un corps chaud et massif s'appuyer sur l'embrasure juste à côté de lui, posant délicatement sa veste sur ses épaules pour le garantir de la fraîcheur humide de la nuit. Une belle main se tendit doucement devant ses yeux légèrement embrumés par l'alcool pour lui donner un verre d'eau. Un parfum délicat mais définitivement masculin assaillit son odorat, lui faisant tourner la tête et tomber dans le regard bleu et pétillant de Steve. De surprise, Tony manqua de renverser le verre que le jeune homme assura dans sa main, touchant les doigts du brun qui les sentit immédiatement picoter doucement.

« Natasha m'a dit que vous aviez pas mal bu avant mon arrivée. Je me suis dis qu'un peu d'eau ne vous ferait pas de mal. Je vérifie aussi que vous n'avez pas vomi sur les passants en bas ou que vous n'êtes pas passer par dessus la rambarde. Juste au cas où... », lui dit Steve avec un petit sourire taquin.

Un moment stupéfait, Tony éclata d'un rire joyeux.

« Mais tu sais plaisanter ! Tu as de l'humour ! » Devant l'air un peu vexé de Steve, Tony se justifia, omettant soigneusement le fait qu'il l'avait immédiatement et familièrement tutoyé. « Clint m'a parlé de toi comme d'une sorte d'ascète et de héros grec tragique. Je suis ravi de voir qu'il s'est trompé ! »

Le blond sourit mais Tony ne manqua pas la tristesse qui passa brièvement dans ses yeux. Il se reprit immédiatement, ayant senti sa maladresse malgré l'alcool qui coulait dans ses veines. Bien joué Tony..., se fustigea-t-il mentalement.

« Ne le prends pas mal. Je suis un peu bourré et je parle sans filtre. Prends-le comme les paroles d'un con aviné », dit-il d'un air d'excuse.

« Ce que Clint m'a raconté de toi me fait penser que tu n'as rien d'un idiot », rétorqua le blond en fronçant légèrement les sourcils et en répondant à son tutoiement. « Il m'a dit que tu étais une sorte de génie mais je suppose que même les génies sont humains. »

« Comme les héros grecs pleurant leurs amours perdus tu veux dire ? »

Tony se mordit violemment la langue, insultant copieusement dans sa tête les effets délétères de sa dernière bière.

Mais qu'est-ce qu'il racontait ? Il voulait que Steve l'apprécie. Le brun l'avait consciencieusement observé pendant la soirée entre deux paroles et sa curiosité excitée s'était transformée en autre chose.

Steve l'intriguait.

Clint lui avait brièvement raconter l'amour réciproque du blond avec un de leur camarade d'université et la chute qui avait suivi son décès. Lui qui avait toujours papillonné trouvait toute cette histoire véritablement fascinante et si parfaitement romantique et en décalage avec ce qu'il connaissait lui-même des relations humaines qu'il en était dévoré par la curiosité.

Or, encore une fois, le brun venait de le blesser de manière évidente. Tony se passa une main nerveuse sur la nuque, cherchant comment revenir en arrière et effacer ses paroles. Un coup de poing amical sur son épaule gauche le fit revenir à lui. Steve lui souriait toujours, un fond de tristesse encore perceptible dans ses beaux yeux bleus.

« Ne te morfonds pas. Tout le monde prend tellement de gants avec moi que je trouve ta franchise plutôt rafraîchissante. Même si tu es vraiment maladroit », ajouta-t-il, les traits de son visage se contractant légèrement.

Tony déglutit. Il se sentait vraiment mal. Le brun se racla la gorge, essayant de faire passer la boule qui y avait fait son apparition.

« Si tu veux, je peux t'assurer qu'en rentrant chez moi tout à l'heure, je vais sans aucun doute vomir sur les sièges en cuir pleine fleur de ma voiture. Et c'est bien une des rares choses que je chéris plus que tout », dit-il d'un air penaud.

Steve éclata d'un rire clair et enjoué et Tony trouva que ce son lui plaisait tout particulièrement. Alors que leur discussion reprenait, un peu apaisée, Tony découvrit avec plaisir dans son interlocuteur un homme intelligent, doux et gentil, doté d'un humour fin assez irrésistible. Steve était un homme très séduisant mais il était également bon et honnête. Si Tony parvenait à tenir un peu sa langue, le blond pourrait sans aucun doute devenir un ami très cher.

Alors qu'ils passaient le reste de la soirée ensemble sur les marches inconfortables de l'escalier de secours, le brun se promit de faire mieux lorsqu'ils se reverraient la prochaine fois.

Plus de parole déplacée, l'idée de le faire uniquement rire et sourire, de le voir sortir de cette mélancolie un peu grise qui emplissait ses beaux yeux d'une détestable étincelle de tristesse, le remplissait déjà d'une profonde satisfaction.

o0O0o

La tête dans les entrailles d'un ordinateur qu'il avait entièrement démonté, Tony se retourna en entendant retentir sur son téléphone la sonnerie caractéristique des messages de Steve. La lecture de son texto le fit sourire de toutes ses dents, lui attirant le regard vaguement soupçonneux de Loki et celui, plus surpris, de Bruce, ses deux collègues d'atelier. Lâchant son petit tournevis et le morceau de câble qu'il tenait entre ses dent, le brun répondit immédiatement au jeune homme, sou sourire s'agrandissant encore.

Enfin, Steve et lui allaient pouvoir aller boire un café ensemble comme ils essayaient de le prévoir depuis la soirée chez Natasha à la fin de laquelle ils avaient naturellement échangé leur numéro.

Plus le mois de décembre passait, plus les messages et les coups de téléphone s'échangeaient et plus Tony tombait sous le charme.

Est-ce que le concept de coup de foudre amical avait déjà été déposé par quelqu'un ? Dans le cas contraire, Tony se ferait un devoir de déposer un copyright © Tony Stark, 2018.

Le brun adorait vraiment Steve. La fin de l'année était un moment chargé pour la librairie où travaillait le jeune homme, reportant sans cesse le moment où ils pourraient se revoir pour discuter. Si Tony pouvait parfois se montrer capricieux, il ne parvenait pas à en vouloir au blond dont il percevait sans peine la gêne et la déception à travers les petits messages d'excuses qu'il lui envoyait pour reporter leur sortie. Ces mots avaient suffit pour gonfler son cœur de joie. Steve regrettait tout autant que lui leurs retrouvailles différées.

Tony quitta l'atelier, saluant joyeusement ses amis, avant d'enfiler son manteau et d'atteindre les ascenseurs d'un pas sautillant. Une fois à l'extérieur de la grande tour occupée par Stark Industries, il se mit en marche vers la librairie de Steve d'un pas rapide, trépignant littéralement d'impatience.

Arrivé en avance à leur lieu de rendez-vous, le brun s'attarda un instant dehors, observant la vitrine.

Le magasin ressemblait à une vieille librairie du début du début du XXème siècle, orné de grandes boiseries sculptées. À travers la large baie vitrée, il distinguait un étage, relié au rez-de-chaussée par un bel escalier en fer forgé, avec de petits salons de lecture disposés entre les étagères en bois clair. Le lieu semblait chaleureux, décoré avec goût dans un mélange plaisant de pièces anciennes et d'autres plus intemporelles. Tony se fit la promesse d'y passer un jour prochain. Il doutait de trouver son bonheur dans la section « Micro-mécaniques et nouvelles technologies », si tant est qu'elle puisse exister, mais l'idée de passer un moment dans un des confortables fauteuils club donnant sur la rue lui sembla particulièrement plaisante.

Le jeune homme aperçut tout à coup Steve, occupé à conseiller une cliente, se déplaçant avec aisance entre les étagères malgré la largeur séduisante des ses épaules. Tony ricana en voyant les joues rouges de la jeune femme qui dévorait le blond des yeux.

Quand le jeune homme l'aperçut, le brun le salua d'un petit signe amical de la main que Steve lui rendit par un splendide sourire de joie. Le cœur de Tony s'agita dans sa poitrine.

Quelques minutes plus tard, il accueillit le blond par une grande accolade amicale avant de lui sourire avec taquinerie.

« J'espère que ton estomac est bien accroché Steve », ricana-t-il avec malice. « J'ai une folle envie de gâteau au chocolat-gianduja et je connais l'endroit parfait pour ça. »

Le blond rit doucement et lui emboîta le pas sans protester, commentant avec enthousiasme les remarques du brun concernant les merveilles culinaires que l'on pouvait déguster dans le quartier de Tribeca. Si Tony, un peu désappointé, remarqua que leurs goûts culinaires semblaient peu s'accorder, notamment sur le taux de sucre que le blond était prêt à accepter dans un dessert, il se consola en remarquant leur immédiate complicité malgré leur unique rencontre il y avait déjà plusieurs semaines de cela.

Attablés depuis deux heures dans un petit salon de thé dans le quartier, le deux amis discutaient avec animation. Tony, occupé à dévorer consciencieusement une énorme part de cheesecake, était heureux de voir le blond s'enthousiasmer. En toute franchise, il avait un peu oublié le propos de leur conversation, trop occupé à le regarder parler avec enthousiasme, heureux de voir que leur bonne entente, si flagrante via leurs téléphones, était la même alors qu'ils parvenaient enfin à se revoir.

Oui, décidément le concept de coup de foudre amical pouvait expliquer bien des choses...

Profondément satisfait par le moment qu'ils partageaient, Tony ne prêta aucune attention à son smartphone dernier cri qui vibrait pour la troisième fois encore une fois sur la table. Steve arrêta de parler et sourit dans son gobelet de café après avoir pris une gorgée de sa boisson.

« Tu ne décroches pas ? », lui demanda-t-il. « Ça ne me dérange pas tu sais. Ça a l'air important, ton téléphone vibre presque sans discontinu. »

Tony ignora soigneusement l'appareil qui vibrait furieusement pour la quatrième fois, avalant goulûment une autre bouchée de sa pâtisserie pour donner le change.

« Non, je sais de quoi il s'agit. Bruce se lassera avant moi, je suis incroyablement têtu », répondit-il avec une pointe de fierté.

Devant l'air interrogateur de Steve, le brun soupira, reposant à contrecœur sa fourchette sur le bord de son assiette pour jouer avec un petit morceau oublié de noix de pécan.

« Il m'a dépanné pour une soirée d'entreprise il y a trois semaines et il me demande de lui renvoyer l'ascenseur. Je reconnais que c'était une soirée vraiment chiante et je règle toujours mes dettes », ajouta-t-il presque avec empressement devant l'air vaguement réprobateur de Steve. « Bref, il veut me confier son neveu ce dimanche après-midi, il a un empêchement. Le gosse est sympa, on a déjà bien parlé informatique lui et moi, alors j'ai accepté mais il veut aller au musée. Au musée Steve ! », s'exclama le brun d'un ton vaguement outré. « Quel gamin de douze ans demande à passer son après-midi dans un musée ? »

Steve fronça les sourcils, un petit sourire amusé aux lèvres.

« Quel est le problème ? C'est une activité très saine, plus que de perdre son temps dans une salle de jeux vidéos. » Tony lui lança un regard profondément outré qui le fit sourire. « En plus je crois qu'on annonce un week-end pluvieux... »

« Le Met sous la pluie ? Ça ne pouvait pas être pire... », gémit Tony de manière misérable. « Une salle d'arcades, ça je sais gérer mais un musée... Le gosse y va pour la première fois. Qu'est-ce que je vais bien pouvoir lui raconter ?! »

« Si ça peut te rassurer, ce jeune a très bon goût », rit Steve. « Le Met est un des plus beaux musées d'art au monde. Ses collections de peinture européenne et d'antiquités égyptiennes sont remarquables. » Il réfléchit un instant, ses lèvres joliment posées sur le bord de sa tasse. « Je crois que le département d'armes et d'armures d'Europe n'est pas mal non plus. Ça pourrait vous plaire à tous les deux et te rappeler tes parties de Donjons et Chevaliers... », suggéra le blond l'air de rien.

« C'est Donjons et Dragons, Steve... »

Entendre Tony pleurnicher lui fit lever les yeux au ciel d'amusement avant que le jeune homme ne mordille légèrement sa lèvre inférieure, un peu hésitant.

« Est-ce que tu veux que je vous accompagne ? J'y suis allé plusieurs fois déjà, j'adore cet endroit. Je pourrais te sauver de cette rencontre terrifiante », proposa-t-il d'un ton taquin.

L'air de pur reconnaissance de Tony le fit rire aux éclats une nouvelle fois.

« C'est vrai ? Tu ferais ça ? Bon sang mec, tu es le meilleur pote du monde et tu viens de gagner ma reconnaissance éternelle. » Le brun fit une pause. « En même temps, Captain America a forcément le sens du sacrifice... », ajouta-t-il tout en donnant au blond un petit coup de pied amical sous la table, ignorant le regard noir de Steve à l'entente de son surnom universitaire.

On ne se moquait pas impunément des goûts de geek de Tony Stark.

Le brun fit une pause avant de reprendre, les yeux brillants.

« Je crois que le Met n'est pas très loin de cette boulangerie française qui vient d'ouvrir sur Colombus Avenue... On dit que ses brioches sont à tomber... »

Steve ricana.

« Tu sais que tu n'as pas besoin de me convaincre, n'est-ce-pas ? C'est moi qui ai proposé de venir avec toi. En plus, le sucré c'est ton truc, pas le mien. La manière dont tu regardes ton assiette est suffisamment indécente comme ça... » Tony éclata de rire. « Par contre, il y a une librairie spécialisée assez réputée de l'autre côté de Central Park. J'en profiterai bien pour aller y faire un tour. »

Tony le regarda avec sérieux et affirma sur le ton d'une promesse inviolable.

« Steve, si tu me sauves vraiment de cet après-midi au Met, je t'offre la moitié de la boutique. »

Le blond se garda bien de renchérir, se contentant de boire une autre gorgée de son café. Il savait que les moyens financiers du brun lui permettraient sans aucun doute cette folie.

Tony lui avait avoué précédemment avec une grande décontraction qu'il était ingénieur pour Stark Industries. Il avait juste omis de préciser que l'entreprise, cotée en bourse et reconnue internationalement pour ses produits en robotique et ingénierie mécanique, appartenait à son père. Ce qui faisait de lui l'héritier d'un énorme conglomérat technologique et un jeune homme riche à millions. Le brun avait balayé ces éléments d'un petit geste négligent de la main, lui assurant qu'il préférait mille fois plus se salir les mains dans les ateliers de conception de l'entreprise plutôt que de faire des ronds de jambe devant le conseil d'administration. Steve le croyait sur parole.

o0O0o

Comme le blond l'avait annoncé, la journée du dimanche était pluvieuse et maussade quand Tony le retrouva devant l'entrée du Met, un air un peu boudeur au visage.

Steve avait salué avec enthousiasme Peter, à demi-caché derrière le brun un peu timidement. Le petit garçon lui avait répondu avec un petit sourire un peu crispé avant de fixer avec émerveillement la haute façade du Met, pavoisée de grands kakemono annonçant la tenue d'une exposition sur les arts et les armes sous le règne de Maximilien Ier, souverain du Saint-Empire romain germanique.

Steve leur tendit les prospectus de visite qu'il était déjà allé récupérer en attendant le duo et Tony se mordit les lèvres pour ne pas faire briller trop fort l'étincelle d'excitation de ses yeux noisette en voyant les petites photos d'illustration montrant des armes à feu décorées et des armures chamarrées. Peut-être que l'après-midi s'annonçait moins ennuyeuse que prévue...

_ Une chance, non ?, dit le blond avec un petit sourire taquin tandis qu'ils montaient le grand escalier menant au musée. La presse en dit le plus grand grand bien et Peter a l'air plutôt enthousiaste.

Tony acquiesça tandis qu'il payait leurs entrées pour trois à la caisse, dissuadant Steve d'un regard de même essayer de protester tandis que le blond sortait son portefeuille. La foule dense rassemblée dans les salles d'exposition temporaire, attirée à l'intérieur par la pluie qu'on entendait tomber en continu sur les verrières, les obligea toutefois à battre rapidement en retraite vers le parcours de visite permanent, plus calme.

Plus de trois heures après, tandis qu'ils achevaient de parcourir les grandes salles du département des armes et des armures – une suggestion de Steve pour rester dans un thème qui semblait grandement intéresser Peter – Tony se fit la remarque que l'après-midi avait été aussi épuisante qu'il l'avait pensé mais pour une toute autre raison.

Visiter le Met était une chose, une aventure parce que le musée était gigantesque et que les vitrines semblaient s'étaler sans fin. Mais visiter le Met avec Steve prenait la dimension d'une passionnante quête aux accents épiques.

Jamais Tony n'avait pensé que cela serait aussi passionnant. Soutenu par Peter, loin d'être en reste devant les merveilles techniques et artistiques exposées devant ses yeux brillants, ils avaient parcourus les salles à grande vitesse, sautant d'objet en objet avec la férocité d'un minuscule troupeau de sauterelles, posant des milliers de questions à la minute à Steve qui les avait suivi plus calmement, un petit sourire aux lèvres.

Devant ses connaissances historiques et artistiques qui paraissaient sans fin, le petit garçon l'avait regardé avec des yeux remplis d'admiration et Tony était persuadé qu'il n'était pas parvenu à dissimuler la sienne aussi bien qu'il le pensait.

Le brun se promit de nier jusqu'à la fin de sa vie avoir légèrement couiner de joie en entrant dans la grande salle exposant les armures de chevalier montés sur des chevaux caparaçonnés pour la guerre, plongé en plein fantasme héroïco-fantastique et il entraîna un Peter extatique dans une petite alcôve aménagée pour les enfants afin de leur faire essayer des copies de gantelet et de heaumes du XVIème siècle. Le jeune homme et le petit garçon s'étaient également fait un devoir d'achever le plus rapidement possible le petit livret jeu mis à disposition des enfants afin de découvrir les collections, suivi docilement par Steve qui les recadrait parfois dans leur enthousiasme afin de s'assurer qu'ils quitteraient le musée avant la fermeture.

Malgré ses pieds endoloris, la journée s'était achevée en apothéose quand le trio s'était retrouvé attablé au salon de thé Montmartre pour un goûter tardif devant des chocolats chauds à la crème fouettée et des brioches au beurre.

Tony ne savait pas vraiment si les viennoiseries étaient aussi merveilleuses que la presse l'avait indiqué depuis l'ouverture de la boutique il y a quelques semaines tandis qu'il fixait avec grande attention la brioche posée dans une petite assiette très Marie-Antoinette posée juste devant lui. Très concentré, ses yeux ne cessaient de faire des allers-retours entre la viennoiserie et Steve, assis en face de lui et qui commentait à Peter le petit livret souvenir qu'il avait acheté à la boutique du Met.

Le jeune homme nota avec intérêt que la croûte luisante et dorée rappelait un peu la lumière des cheveux de Steve tandis que la mie gonflée et ronde lui évoquait vaguement ses pommettes, encore légèrement colorées par la fraîcheur humide qui avait frappé leurs joues tandis qu'ils traversaient Central Park.

_Je t'avais dis que tu aurais dû t'acheter une carte postale à la boutique, dit soudain le blond, le sortant de ses pensées. Tu ne prendras pas le livret de Peter, il en a besoin pour faire son exposé pour l'école.

Tony rougit violemment d'avoir été surpris dans sa contemplation et il mordit une grande bouchée de sa brioche, gonflant les joues et faisant éclater Peter de rire tandis qu'il le comparaît à Mr Mojo, le hamster de sa classe.

Steve noya son sourire moqueur dans son mug tandis que le brun se faisait un devoir d'achever sa brioche dorée au riche goût de beurre. Tandis qu'il en avalait la dernière miette, Tony reconnut que la presse ne s'était pas trompée. Sa seule déception restait qu'à son goût, les parts individuelles restaient bien trop petites pour être pleinement satisfaisantes.

Il jetait un regard de martyr à la vitrine au fond de la salle, tordant le cou en se demandant s'il devait se lever pour aller en prendre une autre quand il vit Steve sourire et pousser doucement sa propre assiette dans sa direction, à peine entamée. Le blond lui désigna sa brioche d'un petit signe de la tête avant de se replonger avec Peter sur un court article exposant les différents types de décor en usage sur les armures d'apparat.

Tout en poursuivant sa dégustation, Tony les regarda faire, intervenant parfois pour raconter une anecdote piquante qui faisaient rire joyeusement Peter et Steve.

En entendant celui du blond, riche et profond, le jeune homme se dit qu'il était encore plus plaisant qu'une brioche, aussi française et dorée soit-elle.