Chapitre 5 : Jusqu'au bout pour elle

Sameen n'arrive pas à bouger. Elle reste pétrifiée et observe Lou que Martine vient de trainer dans la pièce. "On va changer de méthode". Les mots de Lambert résonnent encore dans sa tête. La gamine a l'air terrifiée et l'observe la bouche grande ouverte. Elle ne pleure pas et tente de ne rien montrer mais Sameen peut lire toute sa peur dans ses yeux. Elle a toujours aimé son côté coriace pour une petite fille et même là elle reconnait tout le courage dont elle sait faire preuve pour se contenir. Shaw ne peut s'empêcher de se dire que toute cette force, elle la tient de Root. Sa mère ne l'a jamais traitée comme un bébé, lui manifestant toujours de l'amour et de l'attention tout en la laissant prendre des initiatives et en la laissant en assumer la responsabilité des conséquences qu'elles pouvaient engendrer. Root a su faire de sa fille une bonne petite, autonome et dure à cuire, et Sameen se rend compte là tout de suite comme c'est utile.

- Shaw, murmure Louisa si doucement que Sameen n'est pas sure de ne pas l'avoir imaginé.

Elle respire difficilement sans lâcher Lou du regard. Le pire est arrivé. Louisa. Ils ont attrapé Louisa. Si seulement ça pouvait être une simulation. Ce n'est pas une simulation, c'est un cauchemar. Elle n'avait jamais fait la distinction entre les deux avant ce jour. Louisa n'est pas stupide, elle sait ce que l'on va lui faire pour obtenir des réponses. Sameen ne les laissera pas faire, elle sait d'avance que c'est foutu. Tous ces mois, qu'elle ne parvient plus à compter depuis longtemps, de souffrance pour rien, car maintenant elle sait tout comme eux qu'elle parlera. Elle ne va pas supporter que l'on touche à Louisa. Elle sait exactement le genre de monstruosités qu'ils peuvent lui infliger.

Shaw ne la quitte pas du regard. Elle voudrait lui dire d'être courageuse, de s'accrocher, que ça va aller. Mais à quoi bon ? Elle, elle sait que ça n'ira pas. Elle ne veut pas lui mentir. Lou ne doit rien y comprendre, elle ne sait rien de tout ce merdier.

Sameen ne s'est même pas rendue compte qu'elle s'était remise à se débattre jusqu'à ce qu'elle sente le sang couler le long de ses poignées sous le coup du frottement des sangles qui se sont enfoncées dans sa chaire. Elle ne s'est pas rendue compte qu'elle s'est mise à hurler de rage dans sa lutte acharnée. Tout ce dont elle se rend compte c'est de Louisa présente en face d'elle. Elle finit par arrêter à bout de souffle et désemparée. C'est inutile et elle le sait. Son visage est redevenue calme et impassible comme un masque. Elle sait cependant qu'ils vont lui faire du mal, tout comme ils ont pu tuer Mia, tout comme ils ont tué Maya et Mabo et tous ces gens au Nigéria. C'était même surement ce qu'ils voulaient, lui montrer qu'ils oseraient faire du mal à des innocents pour que, le jour où ils attraperaient la petite fille qui compte le plus au monde à ses yeux, elle sache qu'ils oseront tout lui faire. Elle ne quitte pas Louisa des yeux, jamais. Elle veut la voir, être sûre qu'elle est réelle et encore vivante pour le moment. Elle sait qu'ils n'ont pas Root, sinon elle serait là elle aussi. Ils ont sa fille et Sameen n'ose pas imaginer l'état dans lequel doit être sa mère. Enfin si, elle l'imagine très bien en fait, angoissée, morte de peur, enragée, déterminée. Et elle réalise que Lou sera l'appât pour faire craquer Root. Seulement Root ? Non, bien sûr, pour la faire craquer elle aussi, et même d'abord elle. Louisa est leur faiblesse, une adorable et très mignonne faiblesse, mais là tout de suite une faiblesse dangereuse. Sameen continue d'afficher un air détendu presque serein, elle doit se calmer et réfléchir pour trouver une solution en tant qu'ex agent de l'ISA et non pas en tant que ... En tant que quoi d'ailleurs ? Que représente Louisa à ses yeux ? Elle est la fille de la femme avec qui elle couche, celle qu'elle aime, il faut bien l'avouer maintenant que c'est évident pour tout le monde. Dans ce cas ça ferait d'elle une sorte de belle mère ? Pouh on oublie c'est de la merde ça et c'est trop compliqué, et puis Louisa comme Root ne lui ont jamais demandé de mettre un nom sur les choses qu'elles vivaient toutes les trois, et tant mieux d'ailleurs car Shaw n'est vraiment pas douée pour ça. Elle sait juste qu'elles sont bien ensemble, elles ont trouvé une harmonie, un équilibre. Et puis quand bien même elle serait sa belle mère ou un truc qui s'en rapproche, ça ne décrirait certainement pas sa relation avec Louisa, son attachement envers la petite dont elle adore s'occuper même si elle ne pose pas de mots clairs sur ça. Root lui lançait pourtant très régulièrement des pics à ce sujet comme pour la faire avouer et Shaw avait toujours fermement nié toute implication émotionnelle avec la petite comme si cela aurait pu être un crime. Elle affirmait ne s'occuper d'elle que d'un point de vue médicale, et d'un point de vue des responsabilités quand Root devait s'absenter en mission et qu'elle s'était occupée de Louisa avant de devoir l'envoyer en pensionnat, ce qui l'avait d'ailleurs beaucoup affectée même si elle n'en avait rien montré à personne par fierté et par respect pour Root qui, elle, en fut carrément bouleversée. Pourtant aujourd'hui, après tout ce qu'elle a vécu, Shaw doit bien avoué qu'elle aime Louisa, elle l'a aimé du premier jour où elle l'a mise au monde et n'a jamais cessé de l'aimer.

Shaw a beau de creuser le crâne, aucune solution ne lui vient. A l'ISA, on lui dirait d'abandonner Louisa. On ne négocie pas avec les terroristes quitte à sacrifier la vie de quelques civils innocents pris en otage. Cette option n'était carrément pas envisageable, elle ne laissera pas tomber Lou. Elle se rend compte furieuse que sa formation à l'ISA c'est vraiment de la merde, à croire que les formateurs ne sont jamais allés sur le terrain pour leur sortir ce petit discours de merde. Selon eux, en tant qu'agent super entrainée, elle devrait expliquer au civil retenu en otage, c'est-à-dire ici à une enfant de six ans, que l'on ne peut rien pour lui et que son sacrifice permettra de sauver de nombreuses autres vies. Sérieusement ça c'est rassurant ? Vous allez mourir, mais ce n'est pas grave car on n'aura pas céder face au terrorisme. Pas étonnant qu'elle ne pouvait pas les encadrer ces fumiers et qu'elle était presque heureuse de les tuer quand elle travaillait encore pour le gouvernement. Il ne lui reste plus qu'une option, celle de réagir et de réfléchir en tant que personne émotionnellement impliquée ce qu'elle est clairement ici. C'est la plus effrayante des deux options pour elle, car elle est entourée de nombreuses émotions que Sameen commence à peine à appréhender depuis quelques mois en acceptant de les écouter, mais qui lui font encore peur et qu'elle ne maitrise pas. Elle doit faire quelque chose, trouver une solution, elle ne peut pas laisser Louisa souffrir pour un bordel dont elle ignore tout. Mais que Louisa ne sache rien ne les arrêtera pas et Sam le sait. Ils vont utiliser la gamine pour la faire plier, pour les faire plier. Une torture par ricochet, pauvre Root c'est même pire pour elle de ne pas savoir, elle va imaginer le pire. En même temps ici ce serait dur d'imaginer le meilleur.

Louisa a émergé de son coup à la tête alors que la blonde la trainait dans un couloir. Elle s'est laissée faire alors que tout redevint net dans son esprit. Sa capture, sa mère au téléphone, sa tentative de la prévenir de ne pas venir et le trou noir quand la blonde l'avait frappée. Elle tenta alors de se dégager de son emprise mais la blonde ouvrit une porte et la traina sans ménagement à l'intérieur d'une pièce et Lou s'était immobilisée d'un coup quand elle l'avait vu.

Et même encore à cet instant, elle n'a pas l'air d'y croire. Elle reste figée sur place. Sameen est en face d'elle, Sameen est vivante. Sa mère avait raison. Louisa voudrait en hurler de joie mais vu la situation, elle n'a réussi à sortir que son nom. Shaw a l'air très mal, elle a des coups et des bleus partout sur le visage. Louisa a envie d'en pleurer tellement c'est horrible, mais elle n'en fait rien. Sa mère lui a dit de ne montrer ni peur ni faiblesse, or pleurer en est une. Elle sait qui lui a fait ça, les deux sont dans la pièce et les observent ravis du piège qu'ils viennent de leur tendre. Leurs sourires qui s'élargissent quand Sameen se met à hurler de rage en se débattant lui donnent la chair de poule mais elle est comme pétrifiée sur place et ne parvient pas à bouger un muscle. Elle regarde interdite Shaw qui hurle et se débat pendant quelques instants avant de cesser. Elle se rend compte alors qu'ils l'ont attachée et sa colère monte brutalement et la réveille. Elle tente de se dégager de Martine qui la tient toujours par le bras. Elle veut rejoindre Sameen, la détacher, la protéger de ces monstres, lui dire des tas de trucs qu'elle trouverait débiles, mais bon là elle s'en fout. Elle se met elle aussi à crier de rage. Tout ça c'est de sa faute, Sameen tient bon depuis tout ce temps et elle, elle a été assez stupide pour se faire attraper. Ils sont sûrs maintenant de la faire parler en la menaçant elle. Lou sait qu'ils ne se montreront pas moins horribles parce qu'elle est une enfant. Mais elle fera honneur à la promesse faite à sa mère même si ça doit être la dernière chose qu'elle fait dans sa vie. Elle sera courageuse, elle ne leur dira rien, elle ne leur donnera rien et peu importe ce qu'ils lui feront. Elle a un avantage que eux ne soupçonnent pas, elle ne ressent pas la douleur. Mais ça c'est son secret, elle doit réussir à le dire à Sameen pour qu'elle non plus elle ne lâche rien jusqu'à ce sa mère vienne les sauver car elle va venir, elle l'a promis.

Louisa finit par cesser de remuer, elle tombe à terre à genoux, sa respiration est saccadée.

- Lou, commence Sam doucement, tu …

Mais elle n'arrive pas à finir et elle s'arrête brusquement en changeant de stratégie. Lou s'en veut à un point inimaginable. Tout ça pour un dessin dans un parc, mais quelle idiote elle est. Elles vont le payer bien cher et c'est sa faute.

- Bien ! Après ces émouvantes retrouvailles, passons aux choses sérieuses, murmure Martine.

Sameen semble se réveiller et sort brutalement de son état second alors que la blonde vient de briser le cours de ses pensées. Martine a l'air déchainée et encore plus tarée que d'habitude. Elle est carrément euphorique et Shaw ne l'a jamais trouvée aussi effrayante depuis qu'elle est entre ses mains qu'à cet instant précis.

Elle traine Louisa sous le regard angoissée de Sam et sort des menottes en plastique. Sameen refuse de voir la suite, elle va en crever si elle regarde Martine lui faire du mal, ça sera pire que tout. La blonde attache les poignets de la petite aux barreaux du radiateur en métal. Sam a détourné les yeux et observe le plafond même si ça lui coûte. Se débattre et hurler n'y changera rien. Elle sait ce qu'ils veulent mais c'est autant impossible pour elle de trahir Root que de regarder Louisa se faire torturer. Que peut-elle faire ? Elle doit négocier, gagner du temps. Se tuer n'est plus une option car elle sait que sinon ce sera Lou qui va prendre à sa place. Elle ne peut pas l'abandonner seule dans cet enfer.

Sameen finit par tourner son visage toujours vide de toutes émotions vers Lambert debout à côté d'elle.

- Ça ne sert à rien, lui dit-elle sur un ton de défi, elle ne sait rien.

Elle sait que ça ne les arrêtera pas mais elle n'a pas pu s'en empêcher. Il lui sourit et cette fois Sameen est sûre qu'elle va vomir. Elle n'a jamais eu aussi peur depuis qu'elle est ici. En fait elle n'a jamais eu aussi peur de toute sa vie, même le jour où elle a couché avec Root pour la première fois. Et dieu sait qu'à ce moment là, elle avait eu l'impression de faire une grosse erreur tout en trouvant ça vraiment génial.

- Elle n'y est pour rien là dedans, continue-t-elle. Lui faire du mal n'y changera rien, ça ne vous apportera rien. Et moi ça m'est bien égal.

Ça n'est pas vrai bien sur, mais elle tente quand même le coup. Une sorte de rappel de son syndrome de sociopathe. Elle continue d'afficher un air détaché, presque ennuyé. Mais ils ne sont pas dupes. Lambert lui caresse doucement le visage et Sameen se dégage vivement. Il lui encadre le menton fermement et lui tourne la tête de force pour qu'elle le regarde bien dans les yeux, pour qu'elle puisse y lire toute la satisfaction de l'avoir enfin à sa merci pour de bon.

- Tu sais ce que l'on veut, alors dis le nous et on ne lui fera rien.

Sameen se tourne à nouveau vers Martine, qui a son grand soulagement s'éloigne de Louisa pour revenir vers elle. Elle attrape une pince sur la table et commence à jouer avec en la retournant dans tous les sens et en l'ouvrant et en la refermant lentement. Sameen prie pour que ce soit pour elle et pas pour la gamine. Elle jette un regard à la petite qui tente déjà de se défaire du serre câble. Quand elle voit qu'elle n'y arrivera pas, elle se tourne à son tour vers Sameen. Leurs regards se croisent et Shaw est interloquée complètement scotchée de ce qu'elle y trouve. Louisa lui lance un regard ferme, limite enragé, mais en rien effrayé. Elle va de mauvaise surprise en mauvaise surprise aujourd'hui. Que Lou soit forte et tienne tête n'est en rien une bonne chose et elle le sait car Martine et Lambert prendront d'autant plus de plaisir à la briser.

- Tu as tort, lui dit-elle. Je sais tout.

Sameen en reste stupéfaite un instant. La gamine ne ment pas, elle ne lui ment jamais. Et merde Root qu'est ce que tu lui as dit ? Qu'est ce que tu as fait ? "Louisa tait toi" supplie-t-elle intérieurement.

- J'ai pas peur de ce qu'ils vont me faire, continue Lou bravache.

- Tu n'as pas idée de ce … réplique Sameen pour l'arrêter.

- Tu ne dis rien, la coupe Lou folle de colère, sinon on est toutes mortes.

Sameen la regarde un instant et finalement elle acquiesce imperceptiblement. C'est la gamine qui a raison, si elle craque maintenant elles mourront. Pour l'instant ils ont besoin d'elles vivantes pour les faire parler. Or une fois qu'elles l'auront fait, elles leur seront tout ce qu'il y a de plus inutiles. Sameen respire à fond et se tourne vers ses deux tortionnaires qui continuent de l'observer. Elle va devoir être forte et encaisser le pire.

- Qu'elle sache ou ne sache pas, je m'en fiche, lui dit Martine calmement. Toi tu sais Shaw. On va bien voir si tu te moques tant que ça de son sort.

Martine se tourne vers Louisa un immense sourire aux lèvres. Elle échange avec Lambert un regard de satisfaction extrême avant de s'avancer vers la petite. Sameen se raidit et tire sèchement sur ses poignées mais rien n'y fait. Martine s'agenouille face à Louisa et commence lui caresser le visage d'une main. Lou ne bouge pas et lui envoie un regard furieux.

- Comme je suis très fair-play, lui murmure la blonde, je veux bien t'accorder une chance.

Elle marque une pause, savourant l'effet de ses paroles. Louisa n'est pourtant pas dupe, elle ne lui en laissera aucune. La sorcière ne laisse jamais de chance aux enfants qu'elle veut manger. Elle les enferme juste dans le four. La blonde est clairement une sorcière, pire que celle de Hansel et Gretel pour laquelle elle avait déjà fait de nombreux cauchemars.

- Une petite chance, continue Martine en minaudant d'une voix de petite fille particulièrement agaçante et en lui montrant son pouce et son index entre lesquels elle a laissé un tout petit espace, pour une petite merdeuse comme toi, ça te va ?

Louisa lève ses sourcils d'un air perplexe. Elle est débile ou quoi cette grande perche pour lui parler comme ça. Elle sent une colère sourde monter en elle alors que Martine se fout d'elle parce qu'elle est une enfant.

- Où est ta mère ? continue Martine en utilisant sa voix de petite fille. Donne moi une adresse trésor.

Louisa lui sourit en se foutant d'elle. "Si elle veut jouer, on va jouer" pense-t-elle, mais à ce jeu là elle peut être très forte elle aussi. Elle renifle bruyamment et lui envoie un gros crachat au visage. Martine ferme les yeux sous le coup et perd son sourire. Une lueur de fureur danse dans ses yeux quand elle les pose à nouveau sur Louisa. Elle s'essuie le visage. Sam a ouvert la bouche pour mieux respirer, mais ça reste saccadé. Elle n'en revient pas, Louisa n'a vraiment pas froid aux yeux, mais elle a peur comme jamais. Martine ne va pas laisser passer ça et elle le sait.

- Et ça, ça te va ? réplique Louisa.

Pour toute réponse, Martine lui envoie son poing en plein ventre. Sameen se débat violemment. Lou se courbe sous l'impact mais elle se relève sans un bruit et regarde la blonde en face d'elle sans se départir de son sourire moqueur. Sameen fronce les sourcils une demi seconde, quelque chose cloche. La blonde a frappé fort, très fort et Louisa a à peine réagit. Elle ne comprend pas.

Martine semble s'en moquer. La réaction de la fillette qui lui tient tête l'a rendue furieuse et elle continue en lui montrant la pince qu'elle approche de son nez. Nullement effrayée, Louisa continue de la regarder d'un air provocant et parvient même à lâcher un petit rire, faisant enrager la blonde. Si elle savait comme elle est ridicule, elle croit vraiment lui faire peur là ?

- Vu que tu as perdu notre petite partie de cache-cache, je me suis dit que tu apprécierais de prendre ta revanche. Alors si on jouait à un jeu toutes les deux ? Action ou Vérité, je suis sure que ça va te plaire. Je ne saurais que trop te conseiller de choisir Vérité, sinon je me verrai obliger de te faire une manucure.

Sameen se raidit et se tourne vers Lambert.

- Non, murmure-t-elle.

Louisa continue de regarder Martine calmement sans s'occuper de Sameen. Elle a pourtant perdu son sourire quand elle a entendu cette dernière s'inquiéter pour elle. Son cœur s'accélère malgré elle. Elle est complètement dingue cette blonde. Bon peu importe, elle s'en fiche. Mais comment faire comprendre à Sameen que rien ne l'atteindra et qu'elle ne doit pas s'en faire pour elle sans se trahir pour autant. Ils ne doivent pas savoir son secret, elle a un coup d'avance sur eux dans cette partie et elle doit garder cet avantage un maximum de temps. Elle va devoir simuler la douleur. Mais comment simuler quelque chose que l'on ne connait pas ? De toute façon elle n'a pas le choix, autant jouer la comédie. Elle parvient à afficher un air détendu, calme, provoquant et même ficheuse du monde comme pas deux alors qu'elle a peur comme jamais. Mais ça ils ne doivent pas non plus le savoir. "C'est dangereux, tu peux en mourir". Les mots de sa mère résonnement en écho dans sa tête. Ça n'est pas un jeu et elle s'en rend compte. Mais quelque chose lui dit qu'ils ne vont pas la tuer, tout comme ils n'ont pas tuer Sameen. Ils ont besoin d'elles, pour trouver sa mère.

- On commence ? propose la blonde avec un immense sourire. Voyons voir combien de temps tu vas tenir avant que ta chère mère ne vole à ton secours, ou mieux encore jusqu'à ce que toi ou cette chère Sameen me suppliez d'arrêter.

Louisa déglutit avec difficulté, mais elle se reprend et se penche vers Martine en lui envoyant un regard mauvais. Elle se force à rattacher son sourire provocant sur ses lèvres.

- Quoique tu me fasses, murmure-t-elle dans un souffle, ça ne sera rien comparé à ce que ma mère te fera.

Par cette simple phrase, elle clôture ce détestable échange et s'attend à la suite sans autre peur que celle de faire souffrir Shaw. Martine semble abasourdie, elle ne s'attendait clairement pas à ça d'elle. Elle voulait surement la voir la supplier en larme de ne pas lui faire de mal. Pas de chance, elle est aussi coriace que sa mère. Sans plus de cérémonie, la blonde lui attrape une main attachée et place sa pince sur un de ses ongles. Lou ne la quitte pas du regard et reste calme ce qui énerve prodigieusement Martine. Elle tire violemment dessus et lui arrache l'ongle de son index qui se met à saigner. Lou lâche un petit cri. Merde vu la réaction de la blonde c'est pas suffisant. Elle se tourne vers Sameen qui la regarde stupéfaite. Elle peut faire mieux que ça quand même. Martine se tourne vers Sameen un sourire sadique étalée sur le visage alors qu'elle la voit se décomposer.

- Alors Shaw, où est Root ?

Sameen ouvre la bouche et la referme avant de détourner le visage de la scène d'horreur qui se déroule devant elle. Martine se tourne vers Louisa qui la regarde toujours.

- Elle ne doit pas t'aimer beaucoup, lui murmure-t-elle. Et toi dis moi, elle est où ta maman ?

Louisa ne lui répond pas. Au deuxième ongle elle lâche un cri plus long et tape même ses pieds au sol. Ça parait déjà plus crédible visiblement. La blonde a l'air ravi. Elle est vraiment pas très futée celle là. Louisa pense que Sameen doit avoir un doute, se demander ce qu'ils se passe comme elle se l'était elle-même demandée à Hong Kong. Lou l'a bien vu tiquée et elle espère qu'elle sera la seule dans cette pièce à recoller les morceaux du puzzle.

- Une petite réunion de famille ça serait sympa non ?

Devant le mutisme des deux filles, Martine s'attaque au troisième ongle quand ….

- MARTINE ARRETE, beugle Sameen en se débattant.

Louisa fait semblant de respirer profondément pour calmer une douleur qu'elle ne ressent pas. Martine a cessé tout mouvement et plonge ses yeux dans ceux de Lou.

- Quelle rabat joie, on commençait juste à s'amuser toutes les deux.

Lou lui jette un regard de haine mais ne répond pas. La provocation ne marche décidément pas avec cette folle alors elle se tait. Martine se lève et la regarde encore un instant avant de se tourner vers Sameen qui semble au bord de l'implosion. Elle l'observe d'une joie non dissimulée. Elle sait qu'elle a gagné ou en tout cas qu'elle va bien s'amuser.

- Il fallait le dire Shaw si tu voulais jouer, lui murmure-t-elle en se dirigeant vers elle.

Elle lui caresse les bras attachés donnant des frissons à Sam, avant de descendre jusqu'à ses doigts pour arrêter sa pince sur ses ongles qui viennent juste de repousser alors qu'elle les lui a arraché il y a maintenant six mois. Sameen se souvient de cette journée, elle se souvient de l'horrible douleur dans ses doigts, mais aussi dans son cœur quand ils lui avaient balancé qu'ils savaient pour elle et Root. C'était ce jour là qu'elle avait parlé pour la première fois ici, pour protéger Root en vain. Sameen regarde Martine qui s'assoit sur elle toujours armée de sa pince. Elle fait semblant d'hésiter à choisir par quel doigt elle va commencer. Malgré la situation, Sameen préfère l'avoir là plutôt que de l'observer impuissante s'occuper de Louisa. Jusqu'à ce qu'elle se penche dangereusement sur elle en glissant sa deuxième main sous sa chemise pour caresser son ventre. Son rythme cardiaque augmente brusquement, cette folle ne va quand même pas oser lui faire ça devant la gamine ? Martine semble lire dans ses pensées et lui sourit férocement avant de se pencher vers elle, son visage à quelques millimètres du sien.

- Ferme tes yeux Louisa, ordonne sèchement Sameen.

Pour la première fois depuis qu'elle est entrée dans cette pièce, Lou ne peut cacher sa terreur mais elle s'exécute une demi seconde plus tard. Elle se recroqueville en boule contre son radiateur et ferme ses yeux tout en enfouissant sa tête dans ses bras. Digne et courageuse, Sameen ne laisse rien transparaitre et se tourne à nouveau vers la blonde qui lui fait face.

- C'était juste un avant goût de ce que je vais lui faire, lui chuchote cette dernière à son oreille en lui caressant les doigts de la main gauche avec la pince. Ravie que ça t'aies plu. Mais ne sois pas jalouse chérie, c'est ton tour. Je veux que tu te souviennes exactement ce que ça fait pour que tu comprennes pourquoi elle va crier, ou devrais-je dire hurler.

- Martine arrête, la supplie doucement Sameen. Tu n'auras rien comme ça.

- Moi je pense que j'aurais tout ce que je veux et même plus encore, et ce avant la fin de cette journée lui réplique la blonde avec un sourire. Et visiblement elle sait des tas de choses cette petite, il faudra juste lui demander moyennant une argumentation solide.

Sameen a de plus en plus de mal à respirer. Elle hurle brutalement quand Martine lui arrache l'ongle de l'annuaire gauche qu'elle lui déboite immédiatement après pour faire bonne mesure faisant redoubler ses cris de douleur. Lou se met à hurler de rage et se débat contre son radiateur tout en gardant ses yeux clos comme Shaw le lui a ordonné. Lambert s'approche de la petite d'un regard amusé. Il lance un clin d'œil au passage à Sameen qui prend peur.

- NE LA TOUCHE PAS, lui hurle-t-elle. Je t'interdis de la …

Mais elle n'a pas le temps de finir sa phrase que Martine lui a déboité un autre doigt dans une douleur atroce, et elle hurle à nouveau balançant des coups de pieds monstres.

Lambert a attrapé Lou et lui retire doucement sa tête d'entre ses bras. Louisa garde les yeux obstinément fermés. Elle ne fait plus la fière cette fois, elle sait que Shaw a mal pour de vrai, elle.

- Regarde Louisa, lui murmure-t-il doucement, tu fais mal à Shaw. Tu l'entends non ?

Lou sent les larmes couler malgré elle sur son visage. Elle ne sanglote pas mais elle a mal à l'intérieur pour ce qu'ils font à Shaw. "Que ça s'arrête" prie-t-elle. Elle lâche un gémissement quand elle entend Sameen crier encore et encore. Quelques minutes plus tard, Martine lui a déboité tous les doigts de la main gauche en plus de lui avoir arraché quelques ongles au passage. Shaw ne peut désormais plus les bouger sans souffrir le martyr. Au moins la dernière fois quand elle les lui avait brisé elle ne pouvait plus les bouger du tout, c'était certes douloureux mais pas à ce point là.

Martine fait une pause, elle plie et déplie les doigts de Sameen comme si elle manipulait une marionnette pour s'amuser, la faisant grogner encore un peu plus de douleur alors que Shaw serre les dents.

- Ça peut s'arrêter maintenant Louisa, reprend Lambert calmement.

La petite est en larme mais reste silencieuse. Elle respire trop vite tandis que la peur, la colère, la tristesse et la culpabilité la rongent de l'intérieur dans une douleur qu'elle ce connaissait pas avant aujourd'hui.

- C'est toi qui lui fait du mal en te taisant, continue-t-il. Ta mère ne voudrait pas que tu fasses du mal à Sameen.

- Ne l'écoute pas Lou, murmure Shaw entre ses dents. Garde tes yeux fermés.

Martine soupire en secouant la tête, presque en signe de dépit. Elle lui lâche ses doigts et jette sa pince sur la table dans un grand fracas. Elle commence à lui ouvrir lentement sa chemise alors que Lambert continue d'expliquer à Louisa en quoi toute la douleur que Shaw reçoit est de sa faute. La gamine reste pourtant hermétiquement fermée à tout échange. Martine pose ses mains sur le ventre de Sameen et les descend tandis que Shaw serre les dents priant pour que Lou continue de garder les yeux fermés. La blonde se met à respirer bruyamment et sourit d'un plaisir sadique alors qu'elle continue ses caresses obscènes.

- Je vais lui faire tellement pire, lui chuchote Martine à son oreille en glissant ses mains dans son pantalon.

Shaw sert tellement les mâchoires qu'elle est certaine de les entendre se briser d'une seconde à l'autre. Elle ne veut pourtant pas émettre un son. Louisa ne doit pas savoir. Or crier ne pourra que faire craquer la gamine déjà en larme.

- Elle est si petite, continue sadiquement Martine, ça a besoin de tendresse à cet âge là. Je te promets de prendre tout mon temps avec elle.

Sameen la regarde morte de trouille. Elle étouffe un gémissement de douleur quand Martine enfonce brutalement trois doigts en elle avant de lui mordre jusqu'au sang l'oreille dans laquelle elle lui chuchote toutes ces horreurs. Martine descend doucement sa tête et lui mord le cou avant de descendre sur ses seins.

- Et surtout continue Martine en s'arrêtant un instant, je te laisserai regarder pour que tu saches que tout est de ta faute. Ton obstination à te taire va lui coûter bien cher Shaw. Je sais que tu te fiches de ce qui peut t'arriver mais pas pour elle n'est ce pas ?

Et elle plonge, laissant ses paroles bien plus encore que ses gestes agir sur Shaw. Les images de Louisa avec cette ordure la détruisent, laissant le désespoir l'envahir. Elle ferme les yeux et sent les larmes monter. Au bout d'un moment, Martine enlève ses mains, et Shaw ouvre ses yeux humides dans lesquels elle retient très difficilement ses larmes. Elle peut lire la surprise puis la joie inconditionnelle dans les yeux de la blonde qui l'observe et qui a tout compris.

Sameen lance un regard en direction de Lou et est heureuse de voir que la gamine lui a obéis. Elle est restée dans la même position les yeux fermés, à tel point que sans sa respiration saccadée et ses larmes on pourrait croire qu'elle dort appuyée contre le radiateur.

Lambert l'a lâchée et revient vers Sameen. Martine sort un couteau de sa botte. Elle le lui passe sans l'enfoncer sur les bras et le ventre retraçant chaque cicatrice qu'elle lui a infligé depuis qu'elle la torture. Puis elle tourne la tête vers Louisa qui n'a toujours pas ouvert les yeux mais qui entend tout, avant de se reporter son attention sur la petite brune.

- Je vais commencer par lui couper les ailes, chantonne la blonde en repassant sur les cicatrices aux épaules de Shaw.

Sameen ne bouge pas mais sa respiration s'accélère malgré elle, la trahissant bien plus que des mots.

- Puis je vais vider l'oiseau, continue Martine en repassant sur les scarifications du ventre.

Shaw se démène pour trouver une solution à cette situation plus que critique mais son cerveau est vide, seule la peur est là.

- Ensuite je dégusterai les cuisses, poursuit-elle en déplaçant son couteau sur les jambes de Sam.

- Et je remonterai doucement pour savourer le meilleur finit-elle comme elle fait remonter doucement sa lame le long des ses jambes, donnant des frissons à Sameen, jusqu'à atteindre son entrejambe.

Shaw continue de la regarder en respirant lourdement et elle a du mal à déglutir au plus grand bonheur de la blonde qui s'éclate de la situation.

- Oh et enfin je terminerai par la tête, chante-t-elle en revenant sur son visage où elle déplace son couteau sur le contour de ses yeux, de son nez et de sa bouche.

Sameen la regarde interdite alors qu'elle refoule avec peine une soudaine envie de vomir. Elle va la tuer, oh ça oui elle va la tuer. Elle va la faire souffrir et elle va la tuer et mon dieu qu'elle allait aimer ce moment. Elle allait lui faire regretter chaque parcelle de son existence tordue.

- Tu es une malade mentale, lui claque Shaw d'un ton sec.

Elle n'a pas pu s'en empêcher. Cette folle va faire encore pire à Louisa qu'elle ne lui a déjà fait à elle. Peu importe que Lou supporte visiblement assez bien et trop facilement la douleur comme elle l'a fait tout à l'heure, chose qu'elle ne s'explique pour l'instant pas car même toute dure à cuire qu'elle est, la petite aurait dû bien plus souffrir que ça. Mais Martine est folle et elle finira par faire craquer Louisa, elle semble s'en être fait un point d'honneur alors que la gamine lui tient fermement tête. Ça n'est pas le genre de promesse que la blonde ne tiendra pas. Martine relève son couteau et lui sourit. Elle lui caresse le visage et se tourne vers Lambert. Il lui renvoie son air ravi.

Puis elle se lève et se tourne vers Louisa. Sameen est complètement terrifiée et se met à hurler et à se débattre à nouveau. Martine donne un énorme coup de pied dans le ventre de Louisa qui hurle sur le coup et ouvre brusquement les yeux. La blonde coupe le serre câble et la plaque au sol. Elle s'assoit sur elle comme elle vient de le faire avec Sameen et commence à jouer avec son couteau entre ses mains. Louisa se débat mais l'autre est trop grande, trop lourde, trop forte et surtout trop folle. Et là Shaw comprend que ses pires craintes sont bien fondées. Elle sait que cette tarée ira jusqu'au bout. Mais si Lou peut encaisser le côté physique, assez facilement d'ailleurs, il n'en sera rien du côté psychologique de la chose. C'est la première leçon qu'elle a appris ici avec les simulations. Quand on veut vous faire craquer le pire n'est pas la douleur physique mais la douleur psychologique. Sam tourne un dernier regard vers Lambert.

- Arrêtez ça, enrage-t-elle.

- On n'a pas le choix, lui répond-t-il calmement en souriant toujours. Toi tu as le choix par contre.

Même si ça lui fait mal de l'admettre, Shaw sait qu'il a raison. Elle a le choix entre laisser la blonde torturer voir sans doute violer Louisa sous ses yeux ou trahir Root et du coup la Machine, Harold, et Reese, et finalement mettre un terme à leurs vies à tous. C'est ça son choix …

- Non, murmure-t-elle à bout de force. Ça ne regarde que nous, ne lui faites pas de mal.

Elle sent la rage de son impuissance l'envahir et les larmes de colère autant que de tristesse coulent le long de son visage sans qu'elle puisse rien y faire pour les retenir cette fois ci. Elle tente encore une fois de se dégager, essayant même d'utiliser ses doigts déboités pour les faire glisser dans l'attache mais rien n'y fait et elle se fait encore plus mal. Bien sûr, ils ont bien serré cette fois ci, pas question de refaire la même erreur alors que la dernière fois elle avait pu s'échapper grâce à cela.

- Vous comme moi, on est des agents, continue-t-elle à cours d'idées. On défend le pays contre des terroristes et on ne torture pas des enfants pour obtenir des informations.

Elle n'en revient pas de se mettre dans le même panier que ces deux là. Tout est sorti de façon si décousu, la peur lui embrouillant l'esprit et lui faisant dire n'importe quoi.

- Alors faites moi du mal à moi, mais pas à elle, reprend-t-elle.

- Je pense que c'est ce que l'on fait, lui réplique Lambert, et même d'une façon beaucoup plus efficace que depuis que nous t'avons avec nous. Et puis tu sais la sécurité nationale, continue-t-il en faisant un signe de tête vers Martine sans quitter Shaw du regard, elle et moi on s'en fiche totalement. Tout ce qui nous intéresse c'est de pouvoir exercer librement nos … talents.

Il marque une pause alors qu'il ponctue sa phrase par un large sourire.

- Alors dis moi où est Root et tout s'arrêtera. Tu as ma parole.

Sameen est piégée, au pied du mur. Elle se tourne vers Martine qui la regarde droit dans les yeux.

- Je compte jusqu'à cinq, lui explique-t-elle joyeusement, et si tu ne nous le dis pas tu assisteras à ma dégustation d'une mignonne petite poulette.

Sam peut voir la blonde qui a posé son couteau sur l'épaule gauche de Lou.

- Un, commence Martine.

Sameen sent sa respiration accélérer. Une idée vite, une idée putain ! Mais c'est fini le temps des plans, fini les idées. Il va falloir agir.

- Attends, tente-t-elle désespérément.

- Deux, continue la blonde sadiquement en lui souriant.

- Je ne sais pas où elle est, je te le jure. Je te le dirais sinon. Ni la gamine ni moi ne savons mais …

- Trois, la coupe doucement Martine. Fais moi croire qu'elle ne connait pas son adresse.

Désespérée, Sameen se tourne vers Lambert. Il est aussi salaud que la blonde mais lui il aime discuter avant de faire mal et surtout pour faire mal, alors que Martine, elle, n'aime que faire mal. Or là, elle doit gagner du temps pour que son cerveau qui tourne à plein régime lui donne la solution miracle à un tel merdier.

- Je ne sais pas où elle est je le jur…

- Tu ne te rends pas service Shaw, la coupe-t-il en affichant un air faussement déçu, ni à la gamine.

Sameen hurle de rage et se fait un mal de chien en tirant sur ses mains. Elle sait qu'il prend autant de plaisir à la situation que Martine.

- Tu dois bien avoir un moyen de la contacter, poursuit-il, ne me fais pas croire le contraire.

Sam lâche un rire sans joie. Un moyen de la contacter sérieusement ? Non mais on parle de Root là. La femme la plus insaisissable de cette planète. Il croit quoi ce petit prétentieux de fils à papa ? Qu'elle a son numéro de téléphone ? Il est débile ou quoi, Root doit changer de téléphone tous les deux ou trois jours, voir tous les jours au rythme de ses changements d'identité. Alors non elle n'a pas son numéro. De toute façon, ils la croient assez débile pour se laisser avoir aussi facilement que ça, en piratant son téléphone pour la localiser, elle une des hacheuses les plus douée. Mais une idée vient de germer dans son esprit, elle ne peut pas appeler Root, mais en revanche elle peut appeler quelqu'un d'autre. Mais l'ont-ils seulement gardé depuis tout ce temps ? Est-il chargé ? Vont-ils répondre ? Est-il encore en service ? "STOP, hurle une voix dans sa tête, tu ne peux pas faire ça tu va les trahir, tu vas la trahir encore une fo…"

- Quatre, murmure Martine en la ramenant brutalement à la réalité et coupant le cours de ses pensées.

Sameen sent son cœur battre si fort qu'elle se demande s'il ne va pas exploser. Elle ne sait toujours pas quoi faire. Elle tourne son regard vers Louisa. La gamine ne dit rien mais elle respire vite. Sam la voit se mordre la lèvre comme le fait Root quand elle est angoissée. Et c'est ce geste trahissant sa peur qui la décide.

- Cin…

- Je vais l'appeler, la coupe soudain Shaw.

Elle a parlé si vite qu'elle n'est même pas sure elle même d'avoir prononcé ces mots. Ils la regardent tous les trois stupéfaits, puis Martine enlève son couteau. Sameen n'a pas le choix, elle baisse les yeux et finit par les fermer tandis que le soulagement autant que le poids de la culpabilité pèsent brusquement sur ses épaules, comme si on venait de lui imposer de porter un sac à dos pleins de briques.

- Je vais l'appeler, répète-t-elle doucement. Mais ne faites pas de mal à la petite.

- NON SHAW ! hurle Louisa folle de rage. Je peux encaisser ça. Ça va aller je te jure, fais moi confiance.

Sameen ouvre doucement les yeux pour les reposer sur la petite. Elle laisse une larme couler et détourne le regard. Elle ne peut pas la regarder, pas alors qu'elle s'apprête à céder, à trahir sa mère, à trahir Root. Elle se fiche qu'elle peut encaisser comme elle le lui affirme, c'est peut être vrai d'ailleurs, mais Shaw ne peut juste pas le supporter.

Martine n'a pas bougé, elle attend sans s'occuper de Lou qui hurle et se débat en dessous d'elle. Lambert sort un téléphone de sa poche ainsi qu'une arme.

- Balles tranquillisantes tu te souviens ? ironise-t-il en lui détachant sa main droite.

Elle lui envoie un regard meurtrier mais il s'en amuse. Shaw prend le téléphone qu'il lui tend mais semble, incapable de savoir quoi en faire. Elle reste là comme une idiote à observer Lambert.

- Tu l'appelles et tu lui dis de venir au 114 de la 24ème West Street dans Manhattan dans quarante minutes, lui explique ce dernier.

Shaw baisse les yeux sur le téléphone sans se décider à l'utiliser.

- Et là un petit comité d'accueil l'attendra c'est ça ? murmure-t-elle.

Elle se tourne vers Lambert qui lui sourit pour toute réponse.

- Oh une dernière chose Shaw, ajoute-t-il. Pas de message planqué ou c'est la gamine qui prend. Tu t'en tiens à ton texte et tu ne dis rien d'autre.

Il a l'air de beaucoup s'amuser mais Shaw est effondrée. En même temps elle a beau y réfléchir, elle ne voit pas ce qu'elle peut faire d'autre.

- Pourquoi elle ferait ça ? claque-t-elle soudain pour gagner du temps.

Lambert fronce les sourcils comme s'il ne comprenait pas, mais Sam sait qu'il a compris.

- Elle n'est pas stupide, elle ne tombera jamais dans ce piège. Elle ne viendra pas.

Lambert s'approche d'elle et penche son visage en face à quelque centimètres du sien.

- Tu crois ça ? La femme qu'elle aime, sa chère fille… Elle ne pourrait plus se regarder en face.

Sameen ferme les yeux comme elle se rend compte qu'il a raison. Elle sent tout s'écrouler autour d'elle comme un château de carte.

- Je crois qu'elle viendra finit-il. En tout cas tâche d'être convaincante, pour le bien de Louisa au moins.

Sameen ouvre les yeux et lance un regard à Lou qui lui hurle toujours de ne pas faire ça. La gamine s'est même mise à la supplier en pleurant.

- Ils vont la tuer, lui dit-elle. Si tu fais ça ils vont tuer maman. Je t'en prie Shaw ne fais pas ça. Ne l'appelle pas.

Sameen ne sait pas quoi faire, elle se met elle aussi à se mordre les lèvres et reste indécise.

- Je veux que vous la relâchiez d'abord, tente-t-elle.

- Tu n'es pas en position de négocier Shaw, lui réplique Martine.

- Quelle garantie j'ai que vous ne lui ferez rien même si je l'appelle ?

Ils lui lancent un regard amusé pour toute réponse. Peu importe, ils pourraient très bien lui mentir et Sam le sait. La blonde pourrait très bien faire quand même du mal à Lou pour obtenir d'autres réponses. Sameen est bloquée. Et si elle trahit Root pour rien, et si par ce coup de fil elle les tue toutes les trois, et si …. et si … Ça la rend folle tous ces doutes, toutes ces hypothèses plus affreuses les unes que les autres. Que doit-elle faire bon sang ?

- Très bien, murmure Martine agacée par son silence et son indécision. C'est toi qui choisis.

Et elle repose son couteau sur Lou et commence à appuyer doucement. Sameen peut voir le sang perler.

- D'accord, dit-elle vivement en composant le numéro.

Son numéro pour être exact. Celui du portable qu'elle avait avant que sa couverture ne soit grillée. Au dernière nouvelle il était dans le métro où elle a été confiné avant de foncer à la Bourse. Elle le porte à son oreille mais Lambert l'arrête d'un geste vif en posant le canon de son arme sur l'écran.

- Haut parleur, exige-t-il.

Sam fait une moue agacée et soupire avant de lui obéir.

- Gentille fille, murmure Martine en la regardant aux anges. Je crois qu'on l'a bien dressée. Qu'est ce que tu en penses Lambert ?

Jeremy lui sourit et tous deux s'esclaffent. Sameen jette un regard furieux à Martine. Elle est sur le point de lui envoyer le portable dans la figure pour lui faire regretter son sourire diabolique, mais ce dernier se met à sonner. Elle en reste pétrifiée sur place. "Et merde" pense-t-elle. Une immense partie d'elle-même avait prié pour que ça ne marche pas, mais une autre veut aussi sauver Louisa et avait espéré. "Ne décroche pas. Si décroche. Non ne décroche pas". Toutes ses prières contradictoires lui passent par la tête alors qu'elle ferme les yeux, ne se concentrant que sur la sonnerie angoissante. Le temps semble s'être arrêté et accéléré à la fois alors qu'elle compte une sonnerie, puis deux, puis quatre, puis …

- Allô ?

Sameen reprend brutalement sa respiration en ouvrant les yeux. C'est Root. Elle a Root au téléphone. Tu parles d'un merdier.

Elle voit Martine enfoncer son couteau plus profondément contre l'épaule de Louisa et elle sait qu'elle doit parler. Root n'est pas idiote de toute façon, elle va comprendre que c'est un piège, qu'ils l'ont forcée. Et elle commence telle une automate alors que Louisa hurle de plus belle en se débattant comme une furie.

- NON SHAW! NON

Martine la frappe violemment au visage mais la petite s'en fiche, elle ne se tait pas.

Sameen reste une demi seconde interdite puis elle continue comme un robot. Et si tout cela n'était qu'une simulation après tout et si tout cela n'était pas réel alors ce coup de fil n'aurait aucune importance non ? Mais Sameen pense que tout ce qu'elle vit là est réel. Elle a l'impression que quelqu'un d'autre parle par sa bouche, comme si elle était prisonnière de son corps sans pouvoir rien faire contre cette maudite voix qui décide de tout. Elle a beau hurler comme une folle à l'intérieur, personne ne l'entend, Root ne l'entend pas lui crier de ne pas venir, que c'est un piège.

- Root ? murmure dans le téléphone la voix qui la commande désormais. C'est moi. J'ai besoin de ton aide. Rejoins moi au 114 de la 24ème West Street dans Manhattan dans quarante minutes.

Elle marque une pause alors qu'elle finit son texte. La voix s'est tue et semble lui avoir redonné l'emprise sur son corps. Malgré l'interdit Sameen est sur le point de lui glisser un message pour lui dire où elles sont réellement et que Louisa va bien. Mais elle n'en a pas le temps. Alors qu'elle ouvre la bouche pour parler à nouveau, Lambert lui arrache le téléphone des mains et le brise à terre.

- Tu as été parfaite chérie, lui murmure Martine en se relevant.

Louisa se recroqueville dans un coin de la pièce. Elle a cessé de hurler, mais les larmes coulent à flots le long de ses joues. Sa mère va foncer droit dans un piège, droit vers Samaritain, droit vers la mort.

Martine s'approche de Shaw sans plus s'occuper de la gamine. Elle lui caresse le visage et se penche pour l'embrasser alors que Sameen se dégage vivement.

- On a fait de l'excellent travail Shaw.

- Il n'y a pas de "on", réplique Sameen. Il n'y en a jamais eu et il n'y en aura jamais.

Elle a compris que Martine veut la faire passer pour une traitresse devant Louisa, pour la faire douter. La blonde et Lambert lui sourient, et Sameen détourne les yeux et les perd dans le vide en fixant le mur en face d'elle. Elle ne veut plus voir ces deux ordures.

- Allons, bien sur que si Shaw, réplique Lambert. Tu as déjà travaillé pour nous. Tu fais partie de l'équipe maintenant.

- Non, réplique Sam dans un souffle. Ça jamais, plutôt crever.

Un silence s'installe. C'est Martine qui le brise.

- Bon, murmure-t-elle. Bien que passer du temps avec vous mesdemoiselles soit très agréable. Nous avons désormais du travail et ce grâce à toi Shaw. Alors on va vous laisser à vos émouvantes retrouvailles et on se revoit plus tard, c'est promis.

Ils quittent la pièce, laissant Sameen et Louisa plongées en pleine horreur de ne pas savoir ce que Root va devenir.

Quand la porte claque, Sameen se détache les chevilles ainsi que le poignée gauche le plus rapidement possible et en tentant de le faire souffrir le moins possible. Elle remet rapidement en place ses vêtements, priant pour que Lou n'est rien vue. Puis elle s'avance vers elle alors que la petite est toujours en train de pleurer dans son coin, la tête entre les bras. Shaw s'agenouille en face d'elle.

- Lou, murmure-t-elle doucement pour ne pas l'effrayer.

Mais la gamine ne répond pas et continue de pleurer en silence. Sameen lui pose doucement une main sur l'épaule. Louisa réagit enfin et lève un visage inondé de larmes vers elle.

- Pourquoi tu as fait ça Shaw ? sanglote-t-elle. Je pouvais tenir, je ne re…

Elle s'interrompt brutalement alors que Shaw lui intime en silence de se taire. Sameen lui a lancé un regard sévère et éloquent tout en posant un doigt sur ses lèvres et Lou a tout de suite compris. Bien sûr, il doit y avoir des caméras, peut-être même des micros. Mais bon sang, elle doit le dire à Shaw.

Cette dernière observe en silence tout ce qui se trouve dans la pièce puis elle se lève brusquement. Elle renverse la table où sont disséminés tous les jouets pervers de la blonde et la soulève difficilement avant de la balancer vers un coin du plafond, brisant net la caméra. Une alarme retentit mais pour Shaw ça n'est pas assez. Elle se précipite au sol pour fouiller parmi les outils de travail de Martine avant d'en choisir un. Elle actionne une fois brièvement la flamme du chalumeau puis replace la table au sol avant de monter dessus et sans hésiter elle pose la flamme contre un détecteur de fumée et une seconde alarme tout aussi stridente retentit. Sam descend rapidement et se précipite sur Louisa qui la regarde estomaquée.

- Lou on a pas beaucoup de temps avant qu'ils ne débarquent, mais maintenant on peut parler, lui explique-t-elle précipitamment. Alors maintenant écoute moi, tu vas …

- Shaw, Shaw, la coupe Louisa en chuchotant à son oreille extrêmement vite. Je ne ressens pas la douleur. Je ne ressens rien de ce qui fait mal. Avec maman on l'a compris il y a environ une semaine. C'est pour ça que quand je tombe, que je saigne ou que je me blesse je ne pleure jamais. Je n'ai pas mal comme toi tout à l'heure. J'ai juste dû faire semblant pour qu'ils ne sachent pas car maman dit que c'est dangereux.

Sameen recule et la regarde interdite. C'est quoi cette histoire ? Elle lâche le chalumeau qu'elle tenait toujours dans ses mains et détourne le regard de Louisa. Elle doit faire le point et les deux alarmes qui hurlent simultanément ne l'aident pas. Ils seront là bientôt. Elle doit se décider, réel ou pas. Elle a toujours vu Lou comme une gamine spéciale, d'une part parce que c'est la fille de Root et d'autre part parce qu'elle est coriace. Mais si toute cette histoire de fou est vrai, si c'est bien réel alors cette maladie qu'a Lou expliquerait bien des choses quand à son comportement. Le problème c'est le si. Si c'était réel, pourquoi on aurait "oublié" de la rattacher ? C'est vraiment foireux comme histoire. Elle sent la peur l'envahir, alors qu'elle se sent à nouveau perdu entre le réel et l'irréel.

- C'est encore une simulation c'est ça ? claque Shaw en se tournant vers Lou.

Merde elle doit savoir là. La gamine fronce les sourcils.

- C'est quoi une simulation ? lui demande-t-elle méfiante.

Elle n'est pas sure de vouloir connaitre la réponse. Sameen attend une demi seconde.

- Tu … hésite-t-elle. Tu es ... réelle ?

Louisa n'en croit pas ses oreilles.

- Bien sur, s'exclame-t-elle angoissée maintenant de l'étrange comportement de Shaw.

Cette dernière se tord les mains et se mord les lèvres. Lou n'en revient pas, elle ne l'a jamais vu comme ça. Shaw est toujours si forte, si courageuse, si sure d'elle, si coriace. Voir son modèle de force flancher n'aide vraiment pas à maintenir une attitude positive dans sa situation.

- Ok, reprend Sam. On va dire que tu l'es.

Louisa relâche sa respiration, à moitié rassurée par sa réponse. Shaw a décidé de croire que c'est vrai. De toute façon elle verra bien.

- Tu ne me crois pas ? lui demande Louisa en la sortant brusquement de ses sombres pensées. Pour mon secret ? ajoute la gamine devant son air perplexe.

- Oh, murmure Shaw en reprenant le fil de la conversation. Si, je te crois ne t'en fais pas. J'ai eu un doute dès le premier ongle que cette folle t'a arraché.

A ce souvenir elle lui attrape la main pour observer les dégâts. Mais Louisa se dégage et la regarde furieuse.

- Mais alors si tu savais, pourquoi tu as appelé maman?

- Parce que même si tu ne ressens pas la douleur, ce qu'ils voulaient te faire aurait atteint ton corps. Ça l'aurait abimé. Et ils t'aurait fait souffrir d'une autre manière. Crois moi Martine a de la ressource dans ce domaine.

- Je m'en fiche lui réplique Lou. Je peux tout encaisser et guérir après quand maman viendra nous chercher.

Sam ne lui répond pas et l'observe avec tristesse. Si Root savait où elle était, nul doute qu'elle serait déjà venu depuis tout ce temps. De même, elle ne dit pas à Lou ce qu'ils pourraient lui faire. La gamine a tort sans le savoir, elle ne pourra pas tout encaisser car ici, Sam le sait, on ne s'arrête pas à la simple douleur physique, on vous détruit à petit feu. Mais elle ne veut pas la démolir totalement pour aujourd'hui, surtout après son histoire de simulation qu'elle lui a balancé comme ça et qui a clairement effrayé la petite. Elle a déjà sacrément bien encaissé les chocs qu'elle a subi pour une seule journée, surtout d'un point de vue psychologique en fait.

- Mais maintenant elle va mourir, reprend Louisa alors que ses larmes coulent à nouveau sur son visage. Ils vont la …

- Non, la coupe durement Sam. Ils ne la tueront pas, ils ont besoin d'elle pour trouver la Machine.

Elle marque une pause. Elle n' a plus le temps, elle doit faire vite maintenant. Elle se lève et s'arme du marteau avec lequel Martine l'a torturée, et elle se place en embuscade près de la porte pour assommer le premier agent qui entrera. Alors qu'au départ qu'elle voulait juste parler avec Louisa, son plan évolue encore une fois vers une évasion. Elle fait signe à la gamine de la rejoindre.

- La Machine … , commence-t-elle.

- Je suis au courant, la coupe Louisa. Maman m'a tout dit après que tu aies disparu.

Sameen est un instant stupéfaite. Ça pourrait coller avec la réalité. Root a toujours voulu être honnête avec Louisa. C'est Harold qui lui soutenait que ça n'était pas envisageable de le dire à la petite. Grossière erreur. Root en a visiblement fait à sa tête et c'est tant mieux.

Sameen s'apprête à répondre à Louisa de garder ça secret. Ils ne doivent pas savoir ce qu'elle sait sous peine de se faire torturer pour obtenir des réponses comme ils le font depuis si longtemps avec Sameen maintenant. Mais elle n'a pas le temps de dire quoique ce soit que les alarmes cessent brusquement laissant la place à un silence pesant. Sam serre plus fortement son marteau et le lève.

- Joue les idiotes lui chuchote-t-elle si bas que Lou l'entend à peine. Ils ne doivent pas savoir ce que tu sais où ils te feront du mal et crois moi ils sauront t'en faire.

Louisa se mord la lèvre inférieur mais acquiesce alors que la porte s'ouvre brusquement. Et Sameen abat son marteau avec force.

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Root fonce en courant sur Broadway, elle ne peut pas rester là, ils vont venir à moins que … A moins qu'ils ne soient déjà là. Elle ne cesse de jeter des coups d'œil autour d'elle, la paranoïa s'emparant d'elle. Samaritain pourrait très bien avoir laissé quelques agents sur place pour la filer jusqu'à leur planque avant de les attraper tous. Après tout il savait qu'elle viendrait ici et cette option était plus que probable. Elle n'arrive pourtant à en repérer aucun. Elle dévisage chaque passant, cherchant sur son visage une preuve quelconque de leur appartenance à l'Intelligence Artificielle ennemie. Plusieurs personnes la regardent inquiètes, elle doit avoir une tête de névrosée. Rien d'étonnant à cela. Ils lui ont pris sa fille unique, son enfant, sa petite. Elle tente de refouler loin d'elle les menaces proférées par Martine et les images atroces construites par son cerveau. Elle ne doit pas craquer, pas ici et pas maintenant, elle est trop exposée. Il lui faut un plan et surtout de l'aide. Elle doit disparaitre tout de suite. La rage et la peur parcourent ses veines. Lui prendre sa fille était une grossière erreur de la part de Samaritain autant, voir plus, que celle de lui prendre Sameen, car désormais elle n'a plus rien à perdre. Elle allait lui faire regretter à un point qu'il n'avait surement pas prévu.

Root glisse le collier brisée de Louisa dans sa poche, comme un talisman avant d'attraper le téléphone qu'ils ont laissé à son attention. Sans s'arrêter de marcher, elle en enlève la batterie et la carte SIM pour les empêcher de la suivre. Elle lâche un rire mauvais alors qu'elle détruit le traceur qu'ils y ont implanté. "Bande d'abrutis" pense-t-elle. Elle quitte l'avenue encombrée pour une rue moins bondée. Elle ne cesse de se retourner pour vérifier qu'elle n'est pas suivie. Mais elle ne voit que les new yorkais qui marchent tels des fourmis organisées et concentrées sur leurs itinéraires respectifs. Personne ne semble s'occuper d'elle alors qu'elle disparait dans la foule.

Elle continue à marcher quand un téléphone public sonne à quelques pas d'elle. Root sursaute avant de se précipiter dessus, un sourire se dessinant sur ses lèvres. Elle en était sure.

- Où sont-elles ? lui demande-t-elle immédiatement.

La Machine a forcément entendu sa conversation avec Greer, Martine, et Louisa. Elle a dû remonter l'appel. Mais Root est prête à foncer tête baissée dans leur piège, la peur l'empêchant de réagir rationnellement et ça la Machine le sait.

- Contacte l'atout principal John Reese et l'admin Harold Finch, se contente-t-elle de lui répondre.

Root en reste assommée. C'est une blague ou alors elle a mal entendu. Elle veut un adresse bon sang. Elle s'apprête à lui répliquer folle de colère mais la Machine la devance. Elle la connait et la comprend trop bien pour savoir que sa réponse a laissé son interface insatisfaite, qu'elle va vouloir foncer, qu'elle ne voudra pas entendre raison. Samaritain lui a pris tout ce qui comptait le plus à ses yeux et elle sait que Root ne se laissera pas faire sans réagir.

- 99,99 % de chance que l'interface se fasse capturer par l'ennemi si tu te débrouilles seule.

Le chiffre lui tombe dessus comme un coup sur la tête. Root reste silencieuse, cramponnée au combiné. Elle sait que la Machine l'aime, qu'elle veut l'aider. Elle se force à réfléchir mais rien de censé ne traverse son esprit d'habitude si brillant. Elle décide alors de faire ce qu'elle a toujours fait, s'en remettre à la Machine.

- D'accord, murmure-t-elle dans un souffle à peine audible avant de raccrocher le combiné et de reprendre sa marche.

Elle saisit son téléphone mais la panique secoue ses mains de tremblement incontrôlable et elle ne parvient pas à taper le numéro. La Machine finit par le faire pour elle. Root porte le téléphone à son oreille. Les sonneries lui font l'effet d'une torture. "Décroche, décroche, décroche" se répète-t-elle encore et encore.

- Lieutenant Riley j'écoute, murmure Reese.

- Ils ont Lou, claque Root sans parvenir à cacher la peur dans sa voix. J'ai besoin de ton aide.

Un court silence s'installe alors que John digère la nouvelle, mais pour Root il semble durer une éternité et elle s'impatiente. Ça fait déjà vingt minutes qu'elle a raccroché avec Greer et le temps est compté.

- Je préviens Finch, dit enfin John. Rejoins nous au métro.

- Tu ne comprends pas, hurle Root sans se soucier des gens qui se tournent vers elle et lui jettent des regards scandalisés. Il faut agir maintenant.

- Root calme toi, lui intime John en sortant du commissariat. Tu vas faire quoi ? Tu vas t'attaquer seule à Samaritain de plein front ? C'est du suicide Root, ils te tueront et ensuite ils la tueront aussi et tu ne seras pas plus avancée.

Root sent les larmes couler sur ses joues.

- Laisse nous t'aider, reprend Reese. C'est bien pour ça que tu appelles non ?

Root reste silencieuse et se reprend en essuyant ses larmes, mais sa respiration est saccadée par la panique et elle manque d'air. Il a raison bien sur. Elle le sait au fond d'elle, elle n'a juste pas les idées assez claires, elle est trop impliquée émotionnellement dans la situation. John ne peut pourtant pas lui demander de rester en dehors de ça et de le laisser s'en charger. Root refusera et il le sait, à sa place il ferait pareil. De toutes façon il a besoin d'elle, mais pas dans cet état, il doit la calmer.

- Respire, lui intime-t-il, calmement et profondément.

Il lui laisse quelques secondes, il sait qu'elle peut le faire.

- D'abord le plus important, c'est arrivé quand ?

Root regarde l'écran de son téléphone et le reporte à son oreille.

- Une heure, parvient-elle à murmurer alors qu'elle a l'impression d'avoir la gorge tapissée de papier de verre.

- La bonne nouvelle c'est qu'elle est encore en vie, tente de la rassurer John.

- Je sais je lui ai parlé, ils m'ont appelé, lui répond-t-elle. Mais la mauvaise c'est qu'ils vont l'interroger.

John ne lui répond pas. Il y a pensé lui aussi. C'est un problème, un gros problème. Lou sait beaucoup de choses. Et si faire craquer Shaw, à condition qu'elle soit encore de ce monde, ce dont il n'est pas aussi sure que Root, était une rude tâche pratiquement impossible à ses yeux vu la coriace qu'elle est, Reese ne doute pas qu'ils parviendront à faire parler la petite. Il réalise pourquoi Finch avait été si furieux contre Root quand ils avaient su que Louisa était au courant de tout, même si la suite de cette fameuse nuit l'avait empêché de sermonner sa mère, vu qu'elle avait failli mourir. John se rend compte que l'ignorance protégeait non seulement Lou mais aussi eux tous. En même temps le fait qu'elle sache peut aussi être sa meilleure assurance vie pour le moment.

- Elle ne parlera pas John, lui assure Root comme si elle lisait dans ses pensées.

Il est surpris de sa soudaine assurance mais n'est pas convaincu.

- Je serais au métro dans dix minutes, lui claque Root. Ne soyez pas en retard ou je me débrouille sans vous.

Et elle raccroche.

Quinze minutes plus tard, Finch et Reese entrent dans le métro. Root est déjà là et a rassemblé une quantité impressionnante d'armes en tout genre dans un sac, ainsi qu'un ordinateur portable. Elle le porte en bandoulière et fait les cent pas. Quand elle les voit, elle fonce sur eux comme un faucon.

- J'avais dit dix minutes John, aboie-t-elle.

Reese la voit sur le point d'exploser.

- Mademoiselle Groves, tente Finch pour la calmer, je sais que c'est difficile pour vous mais vous devez …

Root se plante devant lui et Finch ne finit pas sa phrase, trop effrayé par l'intensité de son regard dans lequel il lit la peur, la fureur et l'envie de meurtre et de sang. Elle ne lui a jamais fait aussi peur qu'à cet instant.

- Pas le temps pour ces conneries, le coupe Root. Et non vous ne savez rien alors ne me dîtes pas ce que je dois faire Harold. On y va maintenant.

Son ton ne laisse place à aucune discussion. John reste silencieux, il imagine sans aucune peine ce qu'elle peut ressentir. Root les regarde et elle sent qu'elle va exploser. Ils l'énervent à rester plantés là il n'y a pourtant pas une seconde à perdre.

- Vous êtes sure de ne pas avoir été suivie ? reprend Finch.

Root le regarde furieuse.

- Vous me prenez pour qui ? lui réplique-t-elle en refaisant les cent pas.

Elle a besoin de se défouler mais ça ne marche pas. Elle a besoin de courir comme jamais pour fuir ce cauchemar. Mais elle ne peut pas, elle ne veut pas. S'enfuir, disparaitre et tout recommencer ailleurs, ça n'est plus possible ça désormais. "Tu n'en as pas assez de fuir tout le temps", cette phrase d'Andrea lui revient en mémoire et elle enrage. Elle ne fuira pas et n'abandonnera jamais.

Elle entend à peine Finch

- Je sais, mais vous n'êtes pas en état de …

Elle lui jette un regard brulant qui le fait taire. Reese reste silencieux. Root n'est pas en état de recevoir des remontrances. Finch finit aussi par s'en apercevoir et garde le silence alors qu'elle l'empoigne et le traine pratiquement jusqu'à ses ordinateurs, Reese sur leurs talons. Il commence à s'armer alors que Root explique en détail et d'une voix précipitée qui trahit sa panique, tout ce qu'elle sait. Le signal envoyé par Lou depuis le Washington Park alors que Finch affiche les images du parc pour y voir les agents de Samaritain encercler Louisa à la fontaine puis la suivre. Le signal qui a été coupé. Son arrivée dans la ruelle vide. Root continue de faire les cent pas et Reese la voit grimacer de douleur en se tenant les côtes. Il réalise qu'elle est blessée. Sans lui couper la parole, il s'approche d'elle pour l'examiner. Il la force à s'asseoir alors qu'elle tente de le repousser avant de le laisser finalement faire. Il verra bien qu'il ne peut rien faire pour ses côtes, et elle continue de parler. John finit par la lâcher.

Root parle de sa conversation avec Samaritain, de la bombe, du test qu'ils lui ont fait passer, de leur volonté de l'embaucher, de leur chantage. Quand elle sort le téléphone, Finch s'écrie.

- Vous êtes folle ! Pourquoi l'avoir gardé ? Ils vont savoir où …

- J'ai enlevé la batterie, la carte SIM et détruit le traceur qu'ils y avaient mis, le coupe Root.

Elle est franchement vexée qu'il la prenne pour une demeurée finie. Harold se calme un peu et attrape le téléphone pour l'examiner avec précaution comme s'il avait peur qu'il lui explose à la figure.

- Rendez le intraçable, lui ordonne Root, que je puisse le rallumer.

- Mais pourquoi ? demande Finch. Qu'avez-vous en tête ?

Root ne répond pas et se prend le visage dans les mains.

- Pourquoi garder ce téléph …

- PARCE QU'IL EST MON SEULE LIEN AVEC ELLE, explose Root.

Elle respire trop vite. Quand elle parle à nouveau, sa voix est pratiquement brisée.

- Ils vont me rappeler pour …

Elle ferme les yeux incapable de poursuivre.

- … pour te faire craquer, achève Reese à sa place.

Elle se tourne vers lui, silencieuse. Comme elle, il a compris la stratégie de Samaritain. Ils vont lui montrer ce qu'ils font à sa fille pour la pousser à bout. Ce n'est pas très original, mais rudement efficace.

- Ne vous imposez pas une telle chose mademoiselle Groves, l'implore Finch.

Mais a-t-elle le choix ?

- Faites ce que je vous ai demandé, lui réplique simplement Root avant de s'éloigner d'un pas rapide. On doit pouvoir en tirer quelque chose, ou au moins retracer l'appel pour avoir une localisation.

Finch se tourne vers Reese et lui lance un regard éloquent. John acquiesce. De toute façon il n'aurait pas laissé partir Root seule. Elle n'était pas en état d'agir de manière réfléchie, et il n'allait pas la laisser tomber. Il la rattrape et lui attrape le bras pour l'obliger à lui faire face.

- Qu'est ce que tu vas faire ? lui demande-t-il.

Elle se dégage et recommence à faire les cent pas devant lui tout en lui répondant d'une voix robotique sans le regarder, trop concentrée sur ses pieds. Elle ressemble à une hystérique.

- Retourner sur place, chercher …chercher un indice, un témoin, quelque chose qui m'a échappé. Quelque chose m'a forcément échappé, quelque chose qui mènera à un agent. Je lui ferais cracher tous ce qu'il sait. Je la retrouverais, je les retrouverais toutes les deux.

John l'attrape par les épaules et la secoue légèrement, plongeant ses yeux dans les siens.

- Root, Root, Root, l'appelle-t-il pour la faire taire et la reconnecter avec la réalité. Calme toi. C'est pas le moment de flancher reprends toi. Tu ne peux pas retourner là bas c'est trop risqué pour toi, mais moi en tant que flic, je peux. On doit être prudent pour maintenir nos couvertures.

Elle est sur le point de lui répliquer furieusement qu'il n'est pas question qu'elle reste à l'écart, la conservation de leurs identités étant la dernière de ses soucis actuels, quitte à finir sa vie terrée dans ce métro. Mais elle a à peine ouvert la bouche qu'il la coupe.

- Tu viens mais tu ne mets pas les pieds dans cette rue. D'abord on fait un détour, on a besoin de Balou.

- Qu … commence-t-elle à s'exclamer sans comprendre.

Elle s'arrête brutalement alors qu'un éclair de lucidité parcourt enfin ses yeux. Quelle idiote ! Pourquoi n'y a-t-elle pas pensé ? Elle attrape Reese par les bras et ils courent vers sa voiture.

Trente minutes plus tard. Reese se gare sur Broadway et descend avec Balou, laissant Root seule avec ses sombres pensées. Il soupire malgré lui de soulagement. Il la comprend bien sur, mais le trajet avec Root avait été pesant. Elle d'habitude si solaire, si bavarde, si pleine d'ironie et de sarcasmes, n'avait pas décroché un mot, se murant dans un silence qui ne lui ressemblait pas et qui à la réflexion, et John devait bien se l'avouer, ne lui allait pas. Il n'avait pas tenté d'engager la conversation. Root avait posé son visage contre la vitre de sa portière, le regard vide et perdu dans le paysage urbain qu'elle ne voyait même pas. Reese avait roulé vite grâce à la sirène. A peine garé devant chez elle, il l'avait vu descendre comme une bombe sans un mot, pour revenir quelques secondes plus tard avec le chien et une écharpe en tissu fin de Louisa que la petite avait porté la veille avant de l'abandonner dans les décombres du bazar de sa chambre.

Root tapote nerveusement la vitre de ses doigts blancs. Reese est parti depuis au moins cinq minutes, ça lui parait long, trop long. Et s'il avait trouvé quelque chose ? N'y tenant plus, elle sort le rejoindre, tant pis s'il l'engueule, elle s'en fout. Elle va devenir dingue si elle reste là une seconde de plus.

Reese n'a rien trouvé dans la ruelle. Il voit arriver Root vers lui et soupire, mais s'abstient de tout commentaire. Elle est trop à fleur de peau pour les entendre, et de toute façon têtue comme elle est, elle n'en fera qu'à sa tête. En plus il comprend, et ne lui en veut pas. Balou renifle l'écharpe de Louisa avant de foncer dans la rue, Root et Reese sur ses talons.

- Vas y trouve la, marmonne Root entre ses dents.

Ils débouchent sur la quatrième avenue. Le chien s'est stoppé et tourne en rond sur le bord du trottoir en gémissant doucement, à la recherche d'une piste qu'il ne retrouvera pas.

- Il l'ont fait grimper dans une voiture ici, réalise Reese.

Root se mord la lèvre et appelle le chien en s'accroupissant pour le féliciter alors même qu'elle se sent craquer. Ils ont perdu sa trace ! Non. Bien sur que non. La quatrième avenue est truffée de caméras. Root se lève d'un bond. Il lui faut ces images pour filer cette bagnole. Elle repart au pas de charge sur Broadway, Balou et Reese sur ses talons. Elle l'a à peine entendu l'appeler. Quand il la rejoint, elle est déjà assise dans la voiture et pianote sur l'ordinateur à une vitesse folle. Root repère vite trois SUV noires. Elle sent la rage monter en elle quand elle aperçoit Martine et Lambert parmi les agents de Samaritain qui y montent, puis son cœur s'arrêter quand un agent dépose sa fille inconsciente à l'arrière de la voiture du milieu. Les trois véhicules démarrent et disparaissent sur la douzième rue. Root jure mais continue à pirater les caméras de la ville pour les retrouver quelques secondes plus tard sur la troisième avenue vers le sud. John l'observe et prend note de l'itinéraire qu'elle tente de retracer. Root est douée, elle file le convoi, jure quand elle le perd, revient en arrière épier des dizaines de caméras à la fois à une vitesse hallucinante, souffle de soulagement quand elle le retrouve. La concentration extrême se lit sur son visage. Elle frappe si vite et si fort sur le clavier que Reese est sûr que ça doit lui faire mal aux doigts.

Root les file jusque dans le Queens.

- Allez, allez, allez, murmure-t-elle nerveusement en tapant de plus en plus vite pour ne pas perdre leur trace. On y est presque.

John ne sait pas si elle s'adresse à lui ou à la Machine, ou bien tout simplement à elle-même. Il choisit de ne pas briser sa concentration. Les voitures ont disparus depuis un petit moment maintenant. Root se mord les lèvres et continue de pianoter pour les retrouver. John voit une lueur de plaisir passer dans ses yeux quand elle les repère sur Jewel Avenue, mais qui s'estompe immédiatement alors que l'écran de l'ordinateur devient noir et que des listes de codes et de chiffres y défilent à une vitesse folle tout en le faisant grésiller et clignoter. Root ne touche pourtant plus à rien et a levé les mains du clavier. Elle est devenue rouge de colère et commence à trembler de rage. Elle ne dit rien mais Reese n'en a pas besoin, il a compris que Samaritain l'a repérée et là il est en train de pirater son ordinateur. Il démarre en trombe tandis que Root attrape une bouteille d'acide dans le sac qu'elle a préparé. Elle verse son contenu sur l'ordinateur qui se met à fumer. Pas question que ces fumiers y récupère la moindre information. Puis elle le balance par la fenêtre et peut voir dans le rétroviseur un bus scolaire rouler dessus.

- Il faut retourner au métro, murmure-t-elle. J'ai besoin d'un ordinateur pour finir de les filer.

John acquiesce et en prend la direction.

Balou bondit joyeusement vers son panier dans la rame, annonçant à Finch leur arrivée. Il se dirige vers eux, ne sachant pas comment présenter la chose à Root. Mais elle passe devant lui sans s'arrêter alors qu'il ouvre la bouche pour commencer à parler.

- Plus tard Harold, lui réplique-t-elle.

Elle ressemble à une tornade. Root se place derrière l'un de ses ordinateurs et reprend où elle en était. Harold la laisse seule dans la rame une minute et rejoint John pour lui expliquer succinctement ce qu'il a découvert. Ce dernier serre les dents mais ne laisse passer aucune émotion. Quand ils l'entendent venir vers eux, ils se tournent d'un même mouvement. Root est pâle et semble abasourdie. Elle les fixe d'un regard aux yeux remplies de larmes qu'elle contient tant bien que mal, et sa lèvre inférieur tremble.

- Il a tout effacé murmure-t-elle effondrée. Il n'y a plus aucune vidéo des enregistrement d'aujourd'hui d'aucune caméra de New York. Les autorités parlent d'un bug ou d'un hacheur mais seule une intelligence artificielle aurait la capacité de faire une telle chose en aussi peu de temps. Samaritain m'a repérée et a effacé toutes ses traces.

Root ferme ses yeux. Elle n'a plus rien, plus aucune piste. C'est foutu. Reese s'approche et lui pose une main sur l'épaule. Root n'ouvre toujours pas les yeux et John ne sait pas comment lui annoncer ce que vient de lui dire Harold. Elle va exploser et il le sait.

- Root commence-t-il prudemment.

Elle lève la tête vers lui et le regarde enfin. Elle a reconnu dans son ton qu'il y a encore quelque chose d'autre. Elle n'est honnêtement pas prête à entendre une autre mauvaise nouvelle aujourd'hui mais elle ne le supportera pas s'ils lui cachent quelque chose. Reese ne voit pas de bonne manière de lui dire et il décide de ne pas perdre de temps.

- Harold a trouvé quelque chose sur le téléphone. Tu devrais te préparer, c'est moche. C'est Shaw.

Root blêmit à ces mots alors que rien n'est clair dans sa tête. Shaw. Moche. Téléphone. Te préparer. Tous les mots s'embrouillent dans son esprit. Finch s'est dirigé vers ses ordinateurs. Elle serre la main de Reese sur son épaule à lui faire mal, puis la lâche. Ils rejoignent Harold. Root réalise qu'il est parvenu à rendre le téléphone intraçable puisque ce dernier est allumé sur son bureau.

- Je suis désolé mademoiselle Groves. Je n'ai pas réussi à retracer votre appel avec Greer. Samaritain n'a fait que le contrebalancer à travers des relais téléphoniques dans tous le pays.

Bien sur, réalise Root désespérée. Samaritain avait tout prévu. Il avait fait du trop bon travail. Pas moyen d'en tirer un truc. Elle sent la colère monter autant que son désespoir grandit alors que les choses vont de pire en pire aujourd'hui. Le téléphone aussi est une impasse. Sa seule chance c'était les caméras, mais là aussi elle n'avait plus rien. Pourtant … Une pensée la frappe soudain. Si Samaritain sait où est allé le convoi alors la Machine le sait aussi. Elle n'aurait qu'à le lui dire. Malheureusement elle avait refusé une première fois et elle refuserait surement à nouveau. Elle voulait la protéger, mais Root n'en n'était plus là désormais. Sa vie n'avait pas de sens sans elles. Root pouvait la supplier, il faudrait qu'elle essaye après tout.

- Mais peu après que je l'ai allumé il a sonné et il y avait quelque chose, reprend Harold en la ramenant sur Terre. C'est un message, … un message pour … pour vous, bafouille-t-il angoissé.

Il tapote sur son ordinateur et affiche une vidéo qu'il est sur le point de lancer.

- J'ai juste eu le temps de le récupérer avant qu'il ne disparaisse, ajoute Finch. C'est un snap.

Il se pousse la laissant voir l'écran. Root n'a même pas le temps d'imaginer le pire que la vidéo se met en route. Elle s'écroule doucement sur la chaise plus qu'elle ne s'y assoit quand elle voit Martine s'adresser à elle. La blonde est debout dans une pièce, son sourire est profondément mauvais, ses yeux sont animés d'une lueur malsaine, elle est juste ignoble. Root se sent mal, elle serre les poings de colère et se met à trembler de rage.

- Root. Notre dernière conversation a été interrompue, j'espère pourtant que tu pourras voir ce message. Il serait dommage que tu loupes la fête, elle est tout de même en ton honneur.

Root secoue la tête alors que la garce se fout d'elle. De quoi elle parle ? Martine se penche en avant.

- Et maintenant pour le plaisir des yeux et des oreilles, chuchote-t-elle en souriant plus largement.

L'image est remplacée par une vidéo filmée depuis une caméra de surveillance. Root se lève d'un bond. Elle voit Shaw attachée sur un lit, Lambert à côté d'elle et Martine assise sur elle qui l'électrocute en appliquant des pinces sur ses côtes. Les cris de Shaw sont abominables, insoutenables. Root réalise qu'elle n'a pas pu retenir ses larmes cette fois ci quand elle sent ses joues humides. Elle recule pour s'éloigner de l'écran sans pourtant pouvoir le lâcher des yeux et se retrouve dos à la porte du métro. Elle s'appuie dessus et se met à cogner violemment la tête dessus surement de rage, ou juste pour être sure de pouvoir encore ressentir quelque chose, à moins que ce ne soit pour accompagner Shaw dans sa douleur. Elle fonce vers le plus proche casier et se met à taper dedans à grands coups de pieds et de poing en hurlant de rage, avant de le renverser.

L'image s'efface, un écran noir s'affiche avec un petit message lourd d'atroces promesses "A bientôt".

Root relâche sa respiration. C'est donc ça sa torture à elle. Assister impuissante à ce que vit Sameen, ou plutôt à ce qu'elle a vécu au cours des sept derniers mois. Pourquoi lui montrer ça uniquement maintenant ? Parce que … parce que le message concerne également Lou et il est très claire. Regarde ce que j'ai fait à Sameen, imagine ce que je vais faire à ta fille. Elle a dû mal à respirer, la nausée monte et arrive trop vite. Elle a juste le temps de sortir de la rame pour vomir sur les rails. Elle se redresse et regarde autour d'elle comme pour chercher un échappatoire à son sort. Elle fonce vers la sortie, mais Reese la retient.

Elle le frappe en hurlant d'abord puis en pleurant ensuite et finit à terre secouée de larmes. Ses paroles sont complètement incompréhensibles. John finit par la lâcher. Elle se balance un moment d'avant en arrière et parvient à se calmer. Elle s'éloigne, recroquevillée en boule, seule, serrant l'écharpe de Louisa contre elle pour sentir son odeur à défaut de pouvoir la serrer dans ses bras. Ils la laissent récupérer doucement. Harold reprenant son travail sur les ordinateurs pour tenter de pouvoir tracer un éventuel nouveau message envoyé par Samaritain et Reese vérifiant encore et encore ses armes pour s'occuper. La colère monte en lui aussi, il ne s'est jamais senti aussi impuissant depuis le meurtre de Joss Carter, flic à la crime qui avait fini par l'apprécier et même à l'aimer après avoir voulu pendant tant de temps l'arrêter. Elle avait rendu l'âme dans ses bras. Il ne cesse de jeter des regards vers Root, mais cette dernière est définitivement absente. La tête dans les bras contre ses genoux, elle évite tout contact avec eux et se coupe du monde, s'enfermant dans son malheur.

Le téléphone sonne à nouveau une demi heure plus tard les faisant tous sursauter et Root se précipite dessus pour y découvrir la nouvelle vidéo envoyée par Samaritain. Cette fois ci il n'y a pas d'introduction de Martine. On lui montre directement Shaw seule dans le noir hurlant alors qu'elle est entourée de rats. Root serre les dents pour retenir un sanglot. Puis la vidéo s'arrête. Elle tourne en rond dans la station. Harold lui a demandé d'attendre alors qu'il tente de remonter la piste, mais Samaritain brouille tout trop bien et Root en a assez de rester là à ne rien faire. Elle veut sortir et agir, foncer mais où ? Elle n'a pas l'ombre du début d'une piste.

Harold revient vers elle, un air désolé affiché sur le visage. Il n'a pas besoin de dire quoique ce soit, elle a compris qu'il n'a pas réussi. Que faire maintenant ?

- Je vais leur donner ce qu'ils veulent, murmure Root résignée. On a pas le choix de toute façon.

Elle voit Harold et John s'approcher d'elle. Ils ont compris son idée et vu leur visage, ils ne semblent pas apprécier. Ils ne la laisseront pas faire. Root sort son arme et les met en joue. Elle ne leur fera rien bien sur, rien de mortel en tout cas. Il est temps qu'elle sache ce qu'elle vaut. Est-elle aussi douée que Sameen pour le sacrifice ? A-t-elle vraiment changé pour devenir une personne meilleure ? Elle est prête à aller jusqu'au bout pour le savoir, jusqu'au bout pour Shaw, Louisa et la Machine, jusqu'au bout pour elles.

Elle recule vers la porte mais ils la suivent. Pourquoi faut-il que les choses soient toujours si compliquées ?

- Root non, lui dit John. Ne fais pas de conneries.

- Je veux pas vous faire de mal, réplique-t-elle-même si elle a compris qu'il ne lui parle pas de ça. J'ai pas le choix, il n'y a pas d'autres solutions.

- Root on va en trouver u…

- Non, le coupe-t-elle. On n'a plus rien, aucun indice, aucune piste, et plus le temps.

La main qui tient l'arme tremble alors que son regard s'embrouille de larmes. Elle voudrait leur dire tant de choses. Elle sait qu'ils ont fait tout leur possible pour l'aider, pas seulement aujourd'hui d'ailleurs. Ils l'ont sauvée d'elle-même il y a déjà bien longtemps. Et là ils ont tout tenté aussi. Elle leur est reconnaissante à un point inimaginable.

Reese lève les mains en signe de reddition et s'approche doucement d'elle. Il va vouloir la raisonner et elle le sait. Quand elle pense qu'au départ il voulait l'abattre. Root lui sourit tristement. Elle avait trouvé une véritable famille ici et des amis fidèles.

- On sait qu'ils allaient vers l'Est dans le Queen, lui murmure John.

Il continue à s'approcher d'elle doucement tout en lui parlant. Root ne baisse pas son arme, ne le quitte pas des yeux et secoue la tête.

- On sait qu'ils … tente de continuer John.

- Non on ne sait rien, le coupe-t-elle.

Il l'a rejointe et a attrapé doucement l'arme d'une main tout en posant l'autre sur ses épaules. Root n'a pas pu se résoudre à lui tirer dessus, elle ne lâche pourtant pas la prise sur son flingue. John l'oblige à le baisser et remet en place la sécurité, tout en le lui laissant en main.

- On n'est même pas certain, continue-t-elle, qu'ils n'ont pas changé de véhicules à un moment où je les ai perdus dans New-York pour nous emmener sur une fausse piste.

Elle ferme les yeux et secoue la tête légèrement. Quand elle plonge son regard dans le sien, Reese en a le cœur brisé de ce qu'il y lit. La résignation et l'amour infini.

- Je n'ai pas le choix, répète-t-elle. Je n'ai pas …

Une sonnerie la coupe, et tous se tournent d'un même mouvement vers la table d'où vient le bruit. Le cœur de Root s'est accéléré brutalement, elle redoute de nouvelles horreurs. Mais elle réalise que ce n'est pas le téléphone de Samaritain, ce dernier est dans sa poche et reste silencieux. Root lance un regard d'incompréhension autour d'elle, d'où vient ce bruit alors ? Harold farfouille un moment dans ses affaires sur le bureau avant de le trouver. Root en reste stupéfaite, elle ne s'y attendait pas à celle là. C'est celui de Shaw. Ils se tournent vers elle alors qu'elle l'attrape et sans réfléchir décroche.

- Allô ? murmure-t-elle d'une voix abimée.

Elle commence par entendre des sons inarticulés en arrière fond. Mais elle se doute déjà de qui sera au bout du fil. Pourtant quand elle l'entend elle n'en croit pas ses oreilles. Pour la première fois de la journée elle sent la joie l'envahir.

- Root ? murmure Sameen d'une voix tendue. C'est moi. J'ai besoin de ton aide. Rejoins moi au 114 de la 24ème West Street dans Manhattan dans quarante minutes.

Root reste muette alors qu'elle réalise ce qui lui arrive. Sameen est vivante, elle lui parle au téléphone. La situation semble irréelle. Shaw vient de lui donner rendez-vous. Elle a peur de parler, peur de couper la parole à Shaw, peur de briser ce moment pour se rendre compte qu'elle a juste halluciné et qu'il n'est pas réel. Shaw semble hésiter dans la demi seconde de silence qui s'installe. Root est sur le point de lui parler quand la communication se coupe.

- ATTENDS, crie-t-elle dans le combiné. SAMEEN !

Mais il n'y a plus personne. Elle se tourne vers les garçons qui l'observent surpris. Elle, elle est carrément survoltée. Elle voulait un indice et c'est Shaw qui vient de lui donner. Root lâche le téléphone et se précipite vers le sac qu'elle a préparé avant de se diriger vers la sortie.

- Mademoiselle Groves, on peut en discuter s'il-vous plait ? lui dit précipitamment Harold.

Mais elle n'arrête pas ses mouvements. Root secoue la tête tout en laissant un sourire s'étaler sur son visage.

- La dernière fois qu'on en a discuté, j'ai accepté de vous écouter vous et la Machine, alors que pendant tout ce temps elle avait besoin de nous. On l'a abandonnée.

- On n'est même pas sure qu'elle soit viv…

- Mais bien sur que si, le coupe Root furieuse.

Elle ne comprend pas comment il peut être aussi buté.

- Enfin Harold, lui dit-elle en détachant bien chaque mot comme s'il était stupide. Je viens de l'avoir au téléphone. Et elle appelait d'ici, de New-York.

Elle marque une pause devant son inaction. Elle finit par se tourner vers John pour y chercher un soutien.

- C'est bien notre boulot non ? reprend-t-elle. Secourir les gens quand le téléphone sonne.

- Cet appel est un piège, continue Harold. C'est certain.

- Je sais, mais je ne l'abandonnerai pas une deuxième fois. Et de toute façon je n'ai rien d'autre pour le moment.

Harold lui pose doucement une main sur chaque bras. Son regard est si éloquent de tristesse. Root ne comprend pourtant pas pourquoi, alors que l'espoir vient de renaitre en flèche chez elle.

- Mademoiselle Groves, il faut que vous considériez l'hypothèse, au vu de tout ce que l'on a vu, que mademoiselle Shaw ait pu passer à l'ennemi.

Root se dégage de son emprise, la colère et l'incrédulité emplissant ses traits.

- Comment osez vous dire une telle chose ? lui dit-elle d'une voix tremblante. Elle a subi tant d'horreurs et elle n'a jamais craqué.

Même si les deux vidéos reçues étaient affreuses, Shaw n'y parlait jamais.

- On n'en sait rien, reprend Harold buté. Ils nous ont montrés que ce qu'ils voulaient bien. Et là elle appelle pour vous tendre un piège. Vous n'êtes juste pas en état de vous en apercevoir, vous êtes trop bouleversée.

Root se sent trembler de rage. Il doute de Sameen alors qu'elle s'est sacrifié pour leur sauver tous la vie, pour lui sauver la vie. Il a la reconnaissance bien ingrate. Elle n'en revient pas, ça c'est le bouquet. Elle serre les poings et se retient difficilement de le frapper. Ne comprend-t-il donc pas que Sameen n'a pas eu le choix ? Elle, en tout cas elle l'a compris. Durant l'appel elle a cru entendre sa fille crier en arrière plan, mais elle n'en est pas sûr. Peut-être que son esprit lui joue des tours après tout. Elle ferme les yeux et pose ses mains à plat sur le bureau de Harold, tout en se forçant à respirer pour se calmer.

- Je vous demande seulement de l'envisager, reprend Finch. Ne vous jetez pas tête baissée là bas.

Root ouvre brusquement les yeux et explose soudainement avec la puissance d'une bombe nucléaire. Elle ressemble à un volcan qui entre en violente éruption. C'en est trop vraiment !

- ET QU'EST-CE QUE VOUS VOULEZ QUE JE FASSE ? lui hurle-t-elle. QUE JE RESTE ICI SANS REAGIR ?

Elle balaye d'un revers du bras tout ce qui se trouve sur le bureau. Elle attrape tout les objets qui lui tombent sous la main et les projette au hasard dans la pièce. Mais ça ne suffit pas, ça ne suffira jamais. Root se prend la tête dans les mains tout en faisant les cent pas, piétinant ce qu'elle a détruit dans sa crise de rage. Cette dernière disparait aussi vite qu'elle est venue, la laissant vide mais pas calmée. Pour la première fois depuis aujourd'hui, elle a enfin les idées à peu près claires. Elle se tourne vers John qui n'a pas encore dit un mot, ni esquivé un geste pour la stopper dans sa frénésie de destruction. Elle est certaine que lui il la comprendra. De toute façon tout casser ici ne change rien et ne la soulage pas.

- Il faut qu'on y aille, lui dit-elle. On les tue tous pour envoyer à notre tour un message on ne peut plus clair à Samaritain. Et on en garde un pour le faire parler si jamais elles ne sont pas là bas.

- Il ne parlera pas Root, la prévient John. Ils ne parlent jamais.

Root se penche vers lui un sourire effrayant aux lèvres.

- Oh crois moi, s'ils ont été capable de faire craquer Sameen pour qu'elle m'appelle, je saurais me montrer tout aussi persuasive.

Finch est devenu pâle. Il s'interpose entre elle et Reese.

- Non, murmure-t-il fermement. Ce ne sont pas nos méthodes mademoiselle Groves.

- Vos méthodes Harold, crache Root, pas les miennes. Vous avez vu ce qu'ils ont fait à Sameen. Que croyez vous qu'ils feront à ma fille ? Je n'ai aucune pitié pour ces ordures.

- Nous ne sommes pas des monstres, lui crie Harold.

Root lui lance un regard sévère. Elle se souvient quand Greer avait enlevé Grace, la femme que Harold aime, pour l'obliger à se montrer et à se rendre. Il leur avait demandés de tous les tuer s'ils lui avaient fait du mal. Par la suite ils avaient récupéré Grace saine et sauve ainsi que Finch. Ça avait été le jour où Samaritain avait été mis en service. Le jour où ils avaient dû tous se cacher. Le jour où tout avait basculé, et depuis leur descente aux enfers n'avait pas cessé.

- Vous n'aviez pas le même discours quand c'était Grace à la place de Sameen et de Louisa.

Elle le voit blêmir, mais ne regrette en rien ses paroles. Elle a raison bien sûr, il est hypocrite. Il cautionne le meurtre des agents de Samaritain s'ils font du mal à Grace mais en revanche Root n'en aurait pas le droit alors même qu'elle reçoit un nouvelle vidéo snap lui montrant Martine en train de frapper Shaw à coup de marteau pour lui enfoncer un clou dans l'épaule. Furieuse elle tourne l'écran vers Harold pour l'obliger à regarder en face qui est leur ennemi. Il se détourne, visiblement choqué. La vidéo s'arrête et elle range le téléphone dans sa poche. Elle lui jette un dernier regard et se dirige vers la sortie, Reese sur ses talons. Harold espère qu'il saura la maitriser dans sa folie meurtrière mais il en doute.

Le trajet jusque la 24ème rue est tendu. Root ne prononce pas un mot. Au bout de deux minutes le téléphone sonne à nouveau et elle le sort, résignée. Elle voit Sameen se faire tabasser à coup de poing américain par la blonde. Son visage est en sang, ses yeux gonflés, ses lèvres fendues. Elle est méconnaissable. Reese ne laisse rien paraitre, il a juste resserré légèrement son emprise sur le volant. Mais Root se met à frapper la vitre de sa portière avec sa main comme sur un tam-tam, de plus en plus fort. Puis la vidéo se stoppe.

John a voulu une arrivée discrète, sans sirène et donc plus lente. Déjà qu'ils les attendent, pas question d'agiter un drapeau pour les prévenir qu'ils sont là. Ils se garent vingt minutes plus tard dans la rue indiquée par Shaw. Ils voient au loin le bâtiment, un petit immeuble en briques jaunes. Le rez-de-chaussée est occupé par un magasin de matériel électronique fermé pour faillite. Le lieu idéal pour une planque réalise Root, mais pas pour retenir et torturer une femme pendant sept mois. D'après les vidéos, elle sait que Sameen n'a pas été déplacée. La pièce semblait toujours la même. Elle soupire et se tourne vers John en attrapant ses deux glocks. Soudain elle s'immobilise. La Machine lui parle et John attend tandis que Root fronce les sourcils avant de laisser un sourire mauvais envahir son visage. Il sait qu'il ne l'arrêtera pas, et honnêtement il n'en a pas très envie.

- Ils nous attendent au rez-de-chaussée, lui dit-elle, et lourdement armés. Douze hommes en tout. Cinq dans la pièce centrale, deux dans celle de gauche, quatre dans celle de droite, et un dans la pièce du fond.

Elle arme un flingue.

- Et personne d'autre, achève-t-elle

John la regarde calmement. Elle s'est reprise depuis tout à l'heure et semble aussi déterminée que furieuse.

- Tu as un plan ? lui demande-t-il.

Root lui sourit comme elle le fait d'habitude avant d'étaler son savoir pour clouer le bec à son interlocuteur, tout en déblatérant sur un ton séducteur qui déstabilise totalement ce dernier pour le rendre plus rouge qu'une pivoine. Pendant un instant, il croit l'avoir enfin retrouvée et un soulagement l'envahit.

- John, dit-elle d'une voix faussement aguicheuse avec une petite moue en lui montrant ses armes et le sac rempli de ses autres joujoux. Le voilà le plan.

Il hausse les sourcils amusés.

- Martine a bien parlé d'une fête non ? réplique-t-elle alors qu'ils descendent de la voiture. Ne la décevons pas.

Root attrape une flopée de grenade qu'elle lance sous les voitures dans la rue alors qu'elle continue à avancer d'un pas souple au milieu de la route tout en sortant ses deux armes de derrière son dos. Son sourire annonce bien la suite du programme. Reese ne peut s'empêcher de la trouver flamboyante à cet instant. Les cheveux au vent, la rage et la détermination peintes sur son visage, son pas assuré, son sourire victorieux. Rien ne semble pouvoir l'arrêter, elle ressemble à une amazone. Quelques secondes plus tard le chaos règne, la fumée noire et épaisse obscurcit les caméras et couvre leur arrivée. Ils pénètrent dans le bâtiment. Un véritable massacre commence alors. Root, guidée par la Machine, entre en mode Dieu et annonce son intention de refaire la décoration alors qu'elle commence à tirer sur tout ce qui bouge et même à travers les portes, Reese la couvrant comme il peut. Les agents n'ont pas le temps de réagir devant cette furie entrée dans une véritable folie meurtrière. Root ne prend pas la peine de viser les genoux et encore moins les têtes. Elle ne leur fera pas le plaisir d'une mort rapide. Elle vise les gorges et les agents s'effondrent au sol et s'étouffent lentement dans leur propre sang. Ça lui rappelle comment elle a assassiné son ordure de beau père. Sa haine monte encore d'un cran à ce souvenir. L'assaut dure deux minutes et se solde par une véritable boucherie. Reese ne lui fait cependant aucun commentaire alors qu'elle se dirige vers la pièce du fond pour aller chercher le dernier agent qui s'est planqué et croit pouvoir lui échapper. Quel idiot ! Lui elle lui réserve bien mieux qu'une simple balle dans la gorge. Reese la laisse se débrouiller alors qu'il fait le tour des trois pièces pour constater que Root n'a laissé aucun survivant. Il aperçoit un agent qui rampe vers la sortie de la pièce. Il a la gorge éclatée et se vide de son sang. Il est pitoyable et Reese sait qu'il est fichu. Il l'abat d'une balle dans le crâne, alors que Root revient en trainant le dernier homme qui hurle à la mort. Elle lui a mis une balle dans le genou pour le coup. Elle avait ouvert la porte. Il l'attendait mais elle fut trop rapide. Cet imbécile s'était effondré au sol en hurlant et avait lâché son arme. Root le balance au centre de la pièce, et lâche un léger gémissement de douleur. John s'aperçoit que du sang coule le long de sa hanche, mais pas en quantité trop abondante. La balle a seulement dû l'effleurer lors de l'assaut. Il n'est même pas sûr qu'elle s'en soit aperçut, trop concentrée sur sa victime. John le lui fera remarquer plus tard. L'urgence est de faire parler ce sale type et rapidement car les renforts vont arriver. Elle range ses armes dans son dos et observe l'homme à terre, une joie mauvaise dans le regard. Il va payer pour tous les autres.

Son téléphone se met à sonner et John la voit blêmir avant de le sortir. Samaritain lui envoie une nouvelle vidéo de Shaw qu'il ne peut pas voir. Mais les hurlements de douleurs de Sameen sont horribles et Reese n'a pas besoin de voir pour savoir. Root devient rouge de colère alors qu'elle voit Martine briser un par un les doigts de Shaw tandis que Lambert lui demande où elle vivent avec Root. Sa respiration s'accélère quand elle prend conscience que leurs questions ne portent que sur elle. Elle entend Martine promettre à Shaw de la trainer devant elle pour la torturer devant ses yeux. La vidéo se coupe et Root range le téléphone sans commentaire. C'est à son tour de jouer.

Elle pose son pied sur le genou blessé de l'autre et appuie furieusement le faisant à nouveau hurler de douleur alors que la Machine le renseigne sur l'individu. Matthew Trevis, 38 ans, meurtrier arrêté dans le Kansas en 2004, condamné à la prison à vie, évadé en 2005, présumé mort. Root lâche un rire sadique, pas suffisamment mort à son goût mais elle va vite y remédier.

- Félicitation Matthew, lui murmure-t-elle. Je vous ai choisi comme porte parole, mais fermez là un peu pour l'instant.

L'homme est clairement effrayé qu'elle connaisse son nom. Il semble la reconnaitre. C'est la femme qu'ils étaient censés attraper. Ils avaient ordre de la blesser si besoin mais interdiction absolue de la tuer. Il fallait la mettre hors service un moment et la ramener à la base vivante. Il déglutit difficilement alors qu'il est évident que la mission est un échec pour le moins sanglant s'il en croit ce qu'il reste de ses coéquipiers autour de lui.

Root sort un couteau de sa poche et se penche vers lui pour lui appliquer contre son entrejambe. Elle penche la tête sur le côté tout en continuant de détailler chaque micro expression de son visage. Ce type est un minable, il pue la peur par tous les pores. Il la dégoute. Elle lui sourit sadiquement tout en renforçant sa prise sur le couteau. Le mec se raidit et la regarde silencieusement

- Bien, murmure-t-elle. Maintenant tu m'écoutes.

Elle marque une pause alors qu'elle savoure la décomposition de son visage.

- Je ne vais te poser qu'une question et une seule alors écoute moi bien. Si tu me donnes la bonne réponse, tu gagnes une balle dans le crâne et une mort rapide. Dans le cas contraire, je te fais saigner comme le gros porc que tu es et m'assure que tu crèves lentement.

Le type la regarde sans sourcilier. Root sort de sa main libre une photographie de sa fille et une de Sameen et les lui montre, épiant chaque réaction faciale.

- Tu connais j'imagine, poursuit-elle. Où sont-elles ?

Le gars lui rit au nez. Il veut gagner du temps, attendant que des renforts le sortent de là. Root lui lance un regard flamboyant de colère qui dénote avec son sourire. Elle se met à rire avec lui pendant une dizaine de secondes. Puis d'un geste vif elle déplace son couteau et lui plante au beau milieu de la main gauche qu'elle empale au sol. L'homme lâche un hurlement atroce, mais elle s'en fiche et continue de lui sourire. Pourtant elle va perdre patience, et dans pas longtemps elle le sent.

- Où SONT SAMEEN ET LOUISA ? lui hurle-t-elle pour couvrir ses cris et être sûr qu'il l'entende.

L'homme se met à l'insulter de tous les noms. Root se relève et lui envoie un énorme coup de pied dans son genou blessé. Puis elle est soudainement à l'écoute et se tourne vers Reese.

- Tes collègues sont là, lui claque-t-elle d'un ton furieux comme s'il en était responsable.

Elle reporte son attention sur la chose gémissante à ses pieds

- Il faut partir, lui répond Reese, tout de suite.

Pas question, c'est sa seule piste et elle n'a pas fini.

- Négatif, réplique-t-elle en agrippant un bras du type pour le forcer à se relever ignorant ses cris de douleur quand elle lui retire la lame de la main.

- Root il faut … tente d'objecter Reese.

- On monte John, le coupe-t-elle d'une voix sans appel. Il y a un appartement au dernier étage qui est en travaux, donc vide.

Reese attrape l'autre bras du gars. Deux minutes plus tard, ils le claquent sur un sol bâché. Root se penche vers lui, l'air mauvais.

- Désolé pour l'interruption de programme, lui dit-elle.

Elle attrape un pistolet à vis présent sur un échafaudage. Cette fois, il n'y a plus de trace de sourire sur son visage. Elle est furieuse de devoir retomber si bas dans ses anciens vices mais elle est déterminée.

Matthew se raidit alors qu'il pense comprendre ce qui l'attend. Lui non plus n'a plus envie de rire. Root lui attrape la tête par les cheveux et approche l'arme de fortune de son œil droit. L'homme se met à respirer vite, la terreur se lit dans ses yeux alors qu'il les plonge dans ceux de Root, et peut-être aussi un soupçon de supplication. Mais Root y reste obstinément insensible. Elle sait ce qu'elle veut et elle n'a plus de temps à perdre.

- Tes collègues ont charcuté mon amie en lui enfonçant des clous. Où est-elle ?

Le gars ouvre une bouche aux lèvres tremblantes de frayeur avant de la refermer, se ravisant. Root lui sourit, elle n'est pas loin de le faire craquer.

- Mauvaise réponse, lui dit-elle

Elle s'apprête à presser la détente quand …

- Pitié, murmure l'homme apeuré. Laissez moi une chance.

Elle ouvre grand les yeux de surprise avant d'éclater de rire. Elle l'observe un instant sans pouvoir s'arrêter.

- Pitié ? répète-t-elle en souriant.

Elle baisse les yeux et attrape une des photographies, l'observant un instant songeuse en la caressant du bout des doigts. Quand elle relève la tête, il n'y a plus la moindre trace de rire, juste une profonde et noire colère alors qu'elle lui agite la photo de Sameen sous les yeux.

- Et pour elle vous en avez eu de la pitié ? crache-t-elle. Vous lui en avez laisser combien de chance ?

- Je … bafouille l'homme. Ce n'est pas moi. C'est juste un travail.

Les mots lui font l'effet d'un coup de foudre. "Juste un travail". Root le regarde furieuse et appuie sur la gâchette, envoyant un clou se loger dans son épaule, comme pour Sameen. Œil pour œil, dent pour dent. L'homme hurle de douleur alors qu'elle l'empoigne plus fermement par les cheveux et approche à nouveau le pistolet de son œil.

Root a compris son manège.

- Je sais que tu cherches à gagner du temps en attendant tes petits copains. Mais crois moi, tu vas mourir. Et je peux faire en sorte que les derniers instants de ta vie dure une éternité.

Matthew la regarde furieux.

- Si tu savais ce qui t'attend salope, crache-t-il de rage et de douleur.

Et Root appuie une deuxième fois sur la gâchette. Le sang gicle sur elle avec force alors qu'un affreux hurlement retentit. Elle reste de marbre devant l'horreur qu'elle vient de commettre. Si bien qu'elle ne remarque le geste que trop tard. L'homme gesticule violemment et la frappe dans la hanche. Root crie de douleur en tombant sur le côté et relâche son emprise sur lui. Reese n'a pas le temps de le rattraper qu'il se précipite déjà vers la fenêtre.

- NON, hurle Root, alors que sa seule chance vient de s'envoler au sens propre comme au figuré.

Reese s'approche de la vitre explosée et observe huit étages en contrebas le cadavre gisant sur le trottoir. Il se tourne vers Root qui est restée à terre, et lui jette un regard désolé. Elle ferme les yeux et se relève. Reese l'attrape par le bras et la sort de la bâtisse désormais remplie de flics. Il présente son badge comme un pass partout magique et n'a même pas besoin d'expliquer leu présence. Il la porte à moitié jusque dans la rue alors qu'elle est dans un état second.

Elle revient brutalement à elle quand son téléphone sonne. Elle s'attend à un nouvelle vidéo encore plus horrible et est surprise de découvrir qu'on l'appelle. Elle décroche sans dire un mot, pas la peine, ils savent que c'est elle. Sauf que ce n'est pas Greer au téléphone. Ce n'est même pas Martine ou Lambert. C'est une voix froide et métallique qu'elle a déjà entendu une fois. Samaritain.

Elle s'arrête net sur le trottoir et Reese la mène de force dans une ruelle isolée à l'abri des caméras. Il entend sa conversation.

- As-tu réfléchi à ma proposition Samantha ?

Elle reste figée un instant.

- Ma réponse n'a pas changé, lui réplique-t-elle.

- Tout cela est si vain. Je pensais que les vidéos auraient suffi à te convaincre.

Root serre si fort le téléphone dans ses mains qu'elle se demande si elle ne va pas le briser par la force de sa poigne.

- Je peux peut-être encore t'en envoyer d'autre. Pourquoi pas une de ta fille ?

Root sent les larmes monter mais elle les retient. Ce truc est un monstre.

- Je vais te détruire, murmure-t-elle.

Sa menace est si stupide. Elle a parlé sans réfléchir. Mais il sait. Il sait qu'il a toutes les cartes en main. Il sait que c'est elle qui est sur le point d'être détruite. Elle est à terre et il la couvre de coups. Mais il ne l'achève pas, pas encore.

- Contacte moi quand tu es prête, lui réplique simplement Samaritain. Je pense que je n'aurais pas à attendre trop longtemps.

Et il raccroche. Root explose de rage alors qu'il lui envoie une nouvelle vidéo où Sameen se fait noyer dans une baignoire par deux gorilles. La pièce a changé pour le coup. Root respire saccadée quand Shaw reprend brusquement sa respiration. Martine commence alors à lui poser ses questions, mais elle ne lui répond pas. La vidéo se coupe à nouveau et Root vacille. Reese l'attrape par les épaules et la pousse jusqu'à leur véhicule. Il démarre doucement. Elle ne regarde même pas où ils vont, elle s'en fiche.

Root ferme les yeux, mais elle voit encore Sameen hurler et souffrir au-delà de l'imaginable. Rien ne semble lui avoir été épargné. Elle l'a vue se faire électrocuter, tabasser, noyer. Ses ongles lui sont arrachés, ses doigts cassés. Root en crève de voir la blonde et Lambert parvenir peu à peu à briser la femme si forte et si coriace qu'elle aime. Elle comprend que les vidéos ont été prises à des moments différents, le corps de Sameen évolue. Il devient maigre et marqué. L'interface a envie de hurler, de tout casser autour d'elle, mais elle parvient malgré tout à calmer sa rage, elle sait que c'est ce qu'ils veulent. Ils lui envoient ça pour qu'elle perde totalement ses moyens. Root les a entendu dans les vidéos poser à Sameen des tas de questions, pour constater que peu à peu que ça a évolué pour se concentrer finalement sur elle. Et ça rend Root complètement folle. Elle comprend pourquoi Martine parlait de fête en son honneur. On a torturé Shaw pour obtenir des informations en général sur eux, ça elle s'en doutait malheureusement, mais aussi et surtout pour en obtenir sur elle. Sameen hurlait mais ne disait rien et pour Root c'est même pire.

Samaritain a parlé de lui envoyer une vidéo de Lou. Donc ils lui ont déjà fait du mal. Elle ne peut plus repousser le désespoir qui la frappe comme un tsunami, détruisant tout espoir en elle.

- Ne fais pas ça, dit soudain John.

- Ne fais pas quoi ? demande-t-elle en ouvrant les yeux mais sans se détourner de sa vitre.

- Ne reste pas murée dans le silence.

Root secoue la tête et lui pose la question qui la taraude tant, se tournant enfin vers lui.

- Et qu'est ce que je devrais faire ?

- Hurler, propose John sans quitter la route des yeux.

- Si je commence, je ne pourrais plus m'arrêter.

- Tu ne peux pas te reprocher ce qui est arrivé.

Root lâche un rire sans joie et des larmes coulent le long de ses joues. Elle se tourne enfin vers lui.

- Hum, on parie ? murmure-t-elle faussement songeuse.

Il ne lui répond pas. Il vient de lui faire prendre conscience qu'elle ressent un autre sentiment que la colère et la tristesse. Un sentiment intense qui la ronge de l'intérieur dans une torture qu'elle s'impose à elle-même cette fois-ci. La culpabilité.

- Je n'aurais jamais dû laisser Louisa toute seule, lâche-t-elle enfin.

C'était la pure et simple vérité. Elle avait relâché l'attention sur sa fille, trop confiante. Et tout ça pour quoi ? Pour aller sauver un idiot friqué au fin fond d'Harlem dont elle ne savait rien et dont elle se fichait au fond.

- Qu'est ce qui va pas chez moi ? continue-t-elle entre deux sanglots dignes. Qu'est ce qui ne tourne pas rond dans ma tête John pour avoir laissé seule dans New-York ma fille de six ans, alors même que je savais qu'elle courait un danger potentiel avec Samaritain ?

- Tu faisais ton boulot, lui réplique-t-il.

Il sait que ça ne lui sera pas suffisant, mais il ne trouve rien d'autre et au fond c'est la vérité.

- Je suis sa mère, murmure Root qui ne semble pas l'avoir entendu.

- Et l'interface de la Machine, complète Reese.

Il cherche à la faire déculpabiliser en lui rappelant qu'elle a aussi fait quelque chose de bien aujourd'hui. Elle a juste commis une erreur, mais personne ne mérite ça. Elle ne mérite pas ça.

- Je suis d'abord sa mère, dit-elle un ton plus haut.

Elle sait qu'il cherche à l'aider mais rien ne peut effacer ce qu'elle ressent. C'est sa faute.

- Et tu ne pouvais pas savoir comment se déroulerait cette journée.

Elle lâche un rire sans joie. Si ! Elle était censé savoir, elle était censé prévoir, elle était censé la protéger. Comme si c'était censé la réconforter. Maintenant qu'elle n'a plus rien, plus aucun indice, plus aucun piste. Elle sait ce qu'elle va devoir faire. Il lui reste peut-être une chance avant cela.

- Mais je peux imaginer comment elle va se finir, chuchote-t-elle dans un souffle.

Reese s'arrête à un feu rouge alors qu'il l'entend prononcé cette phrase. Il se tourne vers elle alors qu'il a compris. Mais elle ne le laisse pas réagir. Elle a attrapé son arme et le frappe violemment à la tempe avec la crosse et il s'effondre contre le volant. Elle sait qu'elle n'a pas la choix. Il ne la laissera pas y aller seule, il ne la laissera pas faire du tout en fait. Mais elle refuse que quelqu'un d'autre ait à se sacrifier pour elle, que quelqu'un d'autre ait à souffrir ou à mourir par sa faute. Elle le refuse catégoriquement.

- Désolé John, murmure-t-elle bien qu'il ne puisse plus l'entendre, en sortant de la voiture.

Elle s'éloigne à pied sans se retourner alors que le feu passe au vert et que les voitures derrière klaxonnent de rage.

- Et merci.

Et elle disparait dans la foule.

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Quatre agents viennent d'entrer dans la pièce. Sameen a abattu le marteau sur la tête du premier qui s'est effondré sur le coup. Puis elle a balancé son plus beau crochet du droit dans la tête du deuxième qui a hurlé de douleur. La vitesse, la précision et la brutalité de ses gestes ont laissé Louisa sans voix. La gamine la regarde interdite, la bouche grande ouverte. Elle est clouée sur place pour le coup, impressionnée.

Sameen se bat conte deux agents à la fois et en envoie un troisième au sol. Lou n'a pas vu ce qu'elle lui a fait mais l'homme hurle de douleur alors qu'il crache une quantité impressionnante de sang par la bouche, ainsi que quelques dents.

Mais le quatrième agent donne plus de mal à Shaw. Elle est épuisée et les douleurs de ses sévices la ralentissent. Elle réagit trop tard tandis qu'il lui envoie un violent coup dans le visage et elle atterrit durement au sol. Il s'apprête à lui envoyer un coup de pied dans le ventre pour finir de la maitriser, quand Louisa sort de sa léthargie et lui fonce dessus. Elle s'agrippe sur son dos et commence à le frapper de ses deux mains le plus fort possible. Surement surpris par le geste désespéré de l'enfant, l'homme n'arrive pas à se dépêtrer tout de suite de son emprise. Quand il l'attrape enfin et la jette avec force au sol, Sameen a eu le temps de se relever et elle lui fonce dessus tête la première dans l'estomac jusqu'à le plaquer contre le mur, folle de rage qu'il ait frappé l'enfant. Elle n'a cependant pas le temps de l'envoyer lui aussi au tapis. Trois autres agents débarquent dans la pièce en renfort et les quatre brutes la plaque violemment au sol. Louisa s'est relevée et fonce dans la mêlée où Shaw se démène toujours envoyant des coups de poings et de pieds dans tous les sens. La gamine se met elle aussi à frapper, comme le lui a appris Sameen. Mais elle est brusquement arrêtée alors que l'un des quatre hommes la tire en arrière en lui tenant fermement les deux bras dans le dos. Elle hurle de rage et se débat alors qu'elle voit Sameen se faire maitriser d'une façon vraiment violente. La petite brune continue de se débattre alors que les coups pleuvent sur elle. Son visage est en sang et elle a mal.

- Emmène la môme, ordonne l'un des trois types qui la tient à l'agent qui maintient Lou.

- NON, hurlent simultanément Louisa et Sameen en se débattant de plus belle.

- NE LA TOUCHEZ PAS, hurle Shaw à pleins poumons. LAISSEZ LA.

- Calme toi, réplique durement l'un des agents qui lui écrase le visage au sol. Ce sont les ordres, elle ne reste pas avec toi

Sameen hurle de rage tout en continuant d'essayer d'envoyer des coups avec ses poings et ses pieds. Des ordres de qui ? Elle avait sottement espéré que si elle trahissait Root, il laisserait Louisa. Elle n'avait aucune garantit bien sur, elle avait tenté le coup.

- SHAW, hurle Louisa que l'on traine dans le couloir. SHAW AU SECOURS.

Sameen croit en devenir folle. Que vont-ils faire à la petite ? Elle voit une infirmière entrer, celle qui s'était occupée d'elle sur la plateforme de pétrole. A croire qu'elle lui est attitrée cette peau de vache. Cette dernière sort une seringue et Sam sait ce qui va se passer. Elle continue de gesticuler sauvagement en hurlant de colère, mais elle est tenue bien trop fermement par les trois gorilles de Samaritain. Elle sent le tranquillisant entrer dans ses veines et trente secondes plus tard elle ne parvient plus à bouger.

- Où est ce que vous l'emmenez ? demande-t-elle d'une voix pâteuse.

Elle va bientôt dériver et elle le sait. Elle n'avait pas pensé un instant qu'ils la sépareraient de Louisa, mais qu'elle resterait avec elle comme moyen de pression sur elle. Pour lui montrer ce qu'ils feraient à la petite. Elle s'était trompée, ils étaient encore plus pervers que ça. Ils allaient la laisser imaginer le pire pour Lou tout en continuant de la menacer.

- Lambert et Martine veulent lui parler seul à seul, répond simplement un des agents.

Sameen a l'impression que son sang vient de geler dans tout son corps tandis que son cœur s'accélère. Martine. Lambert. Seuls avec Louisa. Et elle qui pensait que rien de pire ne pouvait arriver quand ils ont trainé Lou devant elle, elle s'était bien trompée. Elle ne semblait jamais pouvoir toucher le fond dans cet endroit, même quand elle pensait l'avoir déjà atteint.

- Non, murmure-t-elle dans un souffle.

Ils la rallongent sur le lit et la rattachent avant de partir. Sam lutte encore quelques instants, puis elle finit par sombrer dans un sommeil peuplé de cauchemars.

Louisa est trainée dans un couloir tandis qu'elle continue de hurler le nom de Shaw et de se débattre. L'homme qui la tient ouvre une porte et sans ménagement la jette dans la pièce avant de refermer à clé derrière elle. Lou se relève et observe une demi seconde la cellule où on l'a placée. Elle est vide, il fait froid, les murs sont en pierre et le plafond est haut. Elle peut voir dans un angle de ce dernier une caméra avec un voyant clignotant au rouge. Elle peste de colère, ils l'observent et l'écoutent. Lou se précipite sur la porte qu'elle frappe de rage à coup de poing. Mais ça ne sert à rien et au bout d'une bonne heure elle arrête, épuisée.

Elle s'assoit à terre dans un coin de la pièce, et ramène ses genoux vers elle en les entourant de ses deux bras avant de plonger sa tête contre eux. Elle ne veut pas qu'ils voient son visage, qu'ils l'observent. Elle pense à sa mère, à Shaw, à Finch et John. Quelqu'un va bien venir les aider non ? Elle s'inquiète aussi pour sa mère qui fonce droit dans un piège.

Elle ne sait pas combien de temps elle attend là, seule à ruminer ses sombres pensées. La lumière finit par s'éteindre et elle s'endort, seule dans le noir.

Elle se réveille et met une bonne minute à s'habituer à la lumière vive qui vient de se rallumer. Elle est morte de froid dans cette pièce gelée et elle ne sait pas combien de temps elle a dormi. Elle a faim aussi et soif. Mais surtout elle veut sortir d'ici, elle veut voir Shaw et partir avec elle. Elle veut sa mère, elle veut qu'elle la serre dans ses bras, qu'elle lui chante Lettre à Elise, qu'elle ne la lâche plus, plus jamais. La porte finit par s'ouvrir et elle lève la tête pour voir entrer ses visiteurs. Elle ne bouge pourtant pas quand Martine et Lambert entrent dans la pièce, armés d'un ordinateur portable. Lou lève un sourcil, elle ne comprend pas ce qui se passe mais ils ne vont surement pas le lui donner pour regarder des dessins animés.

- Bonjour Louisa, murmure Lambert. Tu as bien dormi ?

Elle ne répond pas et le regarde d'un air mauvais. Il lui sourit gentiment avant de lui tendre un verre d'eau et un bout de pain. Lou ne bouge cependant toujours pas, ça sent le piège à plein nez. Elle ne comprend pas à quoi il joue. Pourquoi est-il gentil avec elle ? Sa mère lui a pourtant dit qu'il était fou et mauvais, comportement confirmé par ce qu'ils lui ont fait vivre la veille. Il semble lire son indécision dans ses yeux et lâche un léger rire avant de poser le verre et le pain au sol à côté d'elle. Elle recule vivement en s'enfonçant encore dans son coin alors qu'il est accroupi à quelques centimètres d'elle.

- Tu devrais manger, lui dit-il sans se démonter de son silence. Le petit déjeuner est le repas le plus important de la journée, surtout pour une petite fille comme t…

- J'en veux pas, lui réplique Lou sur un ton hargneux.

Il continue pourtant de lui sourire comme un idiot et elle sent la colère monter. Elle n'a pas peur d'eux et elle se promet de leur en faire voir de toutes les couleurs, d'être la pire sale gamine jamais mise au monde. Elle se jure de leur donner du fil à retordre.

- Tu es sûre ? continue Lambert sur un ton amusé. Ça n'est que de l'eau et du pain tu sais, il n'y a pas de danger.

- J'ai pas faim, lui réplique-t-elle sur le même ton en détachant bien chaque mot pour être certaine que cet illuminé les imprime.

Sans le quitter du regard elle balance son pied dans le verre d'eau qui tombe au sol libérant son contenu et imbibant le morceau de pain. Lambert continue de rire comme un abruti avant de les ramasser et de se relever en secouant la tête.

- Comme tu voudras, lui réplique-t-il.

Il se tourne vers sa collègue qui est toujours plantée à l'entrée avec son ordinateur dans ses mains. Elle avance enfin dans la pièce, comme si elle n'attendait que ce signal de Lambert. Lou ne bouge pas quand elle se plante debout devant elle à côté de lui. Ils l'observent un instant sans rien dire.

- Je crois qu'on est parti sur de mauvaises bases avec toi Lou. Euh tu permets que l'on t'appelle Lou ?

Elle ne lui répond pas et continue de le dévisager. Il lui sourit à nouveau et elle sent un frisson remonter tout le long de sa colonne vertébrale. A quoi ils jouent bon sang ?

- Vu que tu vas passer un certain temps avec nous, commençons par les présentations, poursuit-il. Je m'appelle Jeremy Lambert et elle c'est …

- Je sais qui vous êtes, le coupe Louisa sans parvenir à se retenir plus longtemps.

Sa colère explose enfin alors qu'ils la prenne pour une profonde idiote.

- Ah oui, murmure Lambert comme s'il était frappé d'une révélation. Ta mère a dû te parler de nous n'est-ce-pas ?

Elle ne lui répond pas. Elle a l'impression d'en avoir trop dit de toute façon. Shaw lui a pourtant dit de jouer les idiotes mais ils l'agacent trop pour qu'elle puisse se retenir.

- Elle n'a pas dû nous décrire comme les gentils j'imagine, continue-t-il en épiant ses réactions.

Il semble trouver une confirmation sur son visage alors qu'elle ne dit pourtant rien. Il se met à genoux en face d'elle.

- Ce n'est pas grave, continue-t-il en souriant plus largement. Elle ne peut pas savoir, elle ne nous connait pas bien. Elle se trompe sur nous. Sinon elle saurait que nous ne sommes pas les méchants.

Lou hausse les sourcils de surprise. Elle ne le croit pas, il la prend pour une idiote mais autant le laisser croire qu'il peut la manipuler.

- Elle croit qu'on lui veut du mal, qu'on te veut du mal, dit-il. Mais ça n'est pas vrai. On veut juste la sauver et qu'elle comprenne, qu'elle travaille pour nous. Son aide nous serait très utile et toi tu pourr …

- Vous voulez la tuer, le coupe Lou. Et vous faites du mal à Sameen. Elle a raison ma mère, vous n'êtes pas les gentils.

Elle respire difficilement. Elle pense enfin qu'il va se taire voyant que son petit speech ne mène à rien avec elle mais il lui sourit toujours de plus belle comme s'il était ravi de sa réponse autant que de ses réactions. Elle a l'impression d'être entrée dans un jeu dont elle ne connait pas les règles et où elle ne maitrise rien. Lui par contre, il semble bien s'amuser. Elle ne voit pas trop où tout ça va mener. Qu'elle se taise ou qu'elle parle, il gagne à tous les coups et ça l'énerve.

- C'est toi qui a fait du mal à Sameen hier, lui réplique-t-il alors qu'elle fait non de la tête. Tu sais, on n'aime pas faire ça mais on n'a pas le choix et il est vrai que Martine peut parfois s'emporter assez vite. Il nous faut des réponses et rapidement dans leurs intérêts où elles pourraient mourir. Et ça ce n'est pas ce que l'on veut, elles sont trop importantes. Et toi non plus ce n'est pas ce que tu veux n'est-ce-pas ? Ta mère et Shaw ne le savent pas, mais elles ne travaillent pas pour les gentils. Tu connais Harold Finch ?

Elle détourne le regard et il y lit une affirmation.

- Il n'est pas gentil, continue-t-il. Il n'aime pas ta mère, il l'a fait enfermer dans un hôpital pour les fous avant de l'obliger à travailler pour lui.

Louisa croise les bras en air de défi. Et Lambert lui envoie un triste sourire, tandis que Martine s'installe accroupie à côté de lui et ouvre son ordinateur portable pour lui montrer une vidéo sur laquelle Lou peut voir sa mère enfermée dans une grande pièce pleine d'infirmiers et de gens qui hurlent et frappent les murs avec leurs têtes. La gamine reste silencieuse devant la scène. Sa mère lui a raconté tout ça, elle lui a dit qu'elle était méchante avant et qu'ils l'avaient enfermée, même si elle n'avait pas précisé que c'était dans cet endroit. Elle ne dit pourtant toujours rien. Elle ne laissera pas Lambert la manipuler ainsi. Il semble s'en rendre compte. Il fait un signe de main à Martine qui arrête la vidéo et se redresse.

- Tu vois, continue-t-il, je ne te mens pas.

Elle ne lui répond pas pendant une bonne minute et regarde ses pieds en se tordant nerveusement les mains. Il attend qu'elle réagisse.

- Je veux voir Sameen, murmure-t-elle enfin.

- Bien sur, lui répond-t-il.

Elle lève les yeux vers lui et ne peut cacher sa surprise.

- Une fois que tu nous auras aidé, ajoute-t-il

Elle baisse les yeux et laisse un petit sourire sans joie glisser sur ses lèvres. Bien sur, ça aurait été trop beau.

- N'y comptez pas trop, lui réplique-t-elle.

Lambert lui sourit et approche doucement une main de son visage. Lou réagit instinctivement et se dérobe en s'enfonçant encore plus dans son coin, comme si elle n'avait d'autre envie que de se fondre dans la pierre. Sa réaction fait sourire Martine qui reste silencieuse dans le fond de la pièce appuyée négligemment contre le mur. Lou lui jette un vague regard avant de se concentrer à nouveau sur Lambert.

- C'est normal, murmure-t-il. Tu te méfies et je comprend, mais nous ne te voulons pas de mal.

Louisa éclate d'un rire provocant pour le coup.

- C'est ça oui, ironise-t-elle.

Elle marque une pause et lui sourit enfin alors que les morceaux de ce qu'il vient de lui dire ce sont recollés dans son esprit.

- Vous avez besoin de mon aide, lui dit-elle.

Elle ferme les yeux et laisse son sourire s'étaler sur son visage tandis que la vérité s'impose à elle, avant de les ouvrir à nouveau.

- Vous ne l'avez pas attrapée, réalise-t-elle aux anges.

Sa mère était en sécurité, ils ne l'avaient pas eu. Elle n'était pas tombée dans leur piège. Louisa en éprouve un tel soulagement qu'elle se laisse aller au rire. Lambert semble un instant déstabilisé.

- Non c'est vrai, lui avoue-t-il.

- Et vous ne l'attraperez jamais, continue-t-elle en se foutant d'eux. Vous ne lui ferez pas de mal à elle.

Lambert hausse les sourcils.

- Je sais que tu ne comprends pas pourquoi on a fait du mal à Shaw, mais tu sais ta mère aussi a fait du mal à des gens. Dis moi est-elle méchante pour autant ?

Louisa en perd son sourire et le regarde la bouche entrouverte. Elle sent sa lèvre inférieure trembler.

- Je suis sure que vous mentez, lui réplique-t-elle dans un souffle. Elle n'est pas comme ça, Elle n'est pas comme vous.

- Tu crois ? lui demande Lambert. Regarde donc si je mens.

Martine appuie à nouveau sur l'ordinateur et elle lui montre l'écran. Mais cette fois Lou refuse de regarder. Elle défie Lambert d'un regard mauvais. C'est quand elle entend un cri affreux qu'elle se tourne vivement vers l'écran. Son cœur manque de s'arrêter et elle se décompose alors qu'elle voit sa mère passer un type à tabac à coup de taser. Elle reconnait immédiatement l'endroit mais aussi l'homme, c'était à Boston il y a quatre mois. Et il travaillait pour Samaritain. Sa mère avait attrapé cet homme et avait alors coupé tout contact avec elle. Elle comprenait aujourd'hui pourquoi. Elle n'avait pas voulu qu'elle voit ça. Elle l'entend lui poser encore et encore la même question pour savoir où est Shaw. Le gars hurle de douleur et Lou sent les larmes monter. Elle ferme les yeux et se détourne de l'écran alors qu'elle se met à trembler sans que cela ne soit lié au froid de la pièce. Elle continue pourtant à entendre. Elle se sent craquer et elle plaque ses mains sur ses oreilles pour atténuer les sons.

- Arrêtez, leur crie-t-elle au bout d'une moment. S'il vous plait arrêtez ça.

Mais ils lui passent la vidéo jusqu'au bout. Elle finit par entendre un grand fracas quand l'homme se jette par la fenêtre. Louisa ne bouge pourtant pas et garde les mains plaquées sur ses oreilles et les yeux fermés. Elle sait qu'elle doit se ressaisir, mais ce qu'elle a vu est trop horrible. Pourquoi sa mère aurait-elle fait ça ? N'y avait-il pas d'autre moyen de retrouver Sameen ? Elle essaye de se dire que cet homme devait le mériter. Au bout de quelques minutes elle bouge enfin et se tourne vers eux. Elle les voit l'observer calmement, trop ravis d'avoir marqué un point contre elle, contre Root.

- C'était bien ta mère sur la vidéo non ? lui demande Lambert.

Louisa ne lui répond pas. Elle n'en a pas besoin, il sait. Il veut juste enfoncer un peu plus le clou, lui faire du mal. Elle repense à ce que Sameen lui a dit " ils te feront du mal, crois moi ils sauront t'en faire". Elle avait raison mais Lou ne se serait jamais attendu à ça.

- Alors tu vois, elle est comme nous. Elle fait du mal à quelqu'un pour obtenir des réponses.

- Ce .. C'est pas pareil, lui répond-t-elle lentement.

- Ah bon ? Et pourquoi ça n'est pas pareil ? lui demande Lambert. Explique moi.

Louisa le regarde et ouvre la bouche puis la ferme sans rien dire. Elle se tord les mains et se mord la lèvre inférieure.

- Parce que … commence-t-elle.

Mais elle ne sait pas quoi dire et Lambert s'en amuse.

- Parce que … c'est ta mère, lui propose-t-il.

Elle lui lance un regard de colère mais ne répond pas. Il se met à rire.

- Pas sûre que ce soit un argument très réconfortant pour la famille de Kent. C'était son nom.

Louisa déglutit difficilement, elle n'avait pas réfléchi au fait que les méchants pouvaient avoir une famille, des gens qui les aimaient.

- Elle ne l'a pas tué, réplique-t-elle. Elle voulait juste savoir où est Sameen.

- Nous n'avons pas tuer Sameen non plus, lui réplique calmement Lambert. On veut juste savoir où est ta mère. Je te propose de regarder une autre vidéo.

- Non, gémit-elle, arrêtez.

- Tût Tût Tût, lui réplique-t-il amusé devant sa supplication. Ça ne faisait que commencer. Il faut que tu saches qui est celle en qui tu as une si grande confiance.

Pendant qu'il parle, Martine a pianoté sur l'ordinateur et le tourne à nouveau vers elle. Louisa peut y voir sa mère devant un type attaché par les bras à une poutre blanche.

- Une dernière question et je te laisse tranquille, lui dit-elle avec un sourire effrayant qu'elle ne lui connait pas. Où est la Machine ?

L'homme ne lui répond pas, il semble souffrir beaucoup de sa position. Et Louisa commence à respirer trop vite, elle a peur. Même si sa mère lui a dit qu'elle avait été méchante, Lou n'avait jamais osé l'imaginer à cette période de sa vie. Elle ne se concentrait que sur sa mère aujourd'hui, la femme douce et gentille qui l'élevait et qui l'aimait. Elle sent la peur s'insinuer en elle. Ils l'empoisonnent avec ces images.

Root montre une arme à l'homme. Et le cœur de Louisa manque un battement.

- Cette fois il est chargé, lui dit-elle en s'amusant. Alors où as-tu emporté la Machine ?

- Je vous l'ai déjà dit, murmure enfin l'homme, je ne sais rien.

Le sourire qu'elle voit sur le visage de sa mère à cette réponse est atrocement terrifiant pour Louisa. Elle ne la reconnait pas. Cette dernière lâche un petit rire sans joie et lui pose l'arme directement sur son torse.

- Attendez, réplique subitement l'homme. Le 12 juillet 2004, on l'a emballée et mise dans un train.

- Vu le nombre de serveurs, il fallait bien un train, réplique sa mère ravie. Mais un train pour où ?

- Il est parti de Des Moines. Puis le convoi a bifurqué sur les lignes de l'Union Pacific en direction de Salt Lake City. C'est tout ce que je sais je vous le jure.

Louisa respire difficilement alors qu'elle voit sa mère se relever et regarder l'homme à sa merci un instant. Lou espère qu'elle se trompe sur ce qui va suivre mais elle se doute qu'ils ne lui ont pas montré ça juste pour voir sa mère "discuter" avec un type. Elle respire mal et beaucoup trop vite trahissant son angoisse aux deux qui l'observent. Elle ne veut pas voir la suite mais elle n'arrive pas à détacher ses yeux de l'écran

- C'est déjà ça, entend-t-elle sa mère dire.

- Vous ne savez pas dans quoi vous vous embarquez, tente de la prévenir l'homme.

Sa mère le regarde ravi. Puis rapidement et sans prévenir elle le tue en lui tirant deux balles dans la poitrine. Pui elle range l'arme et sort du champ de la caméra alors que la vidéo se coupe. Louisa continue pourtant à regarder l'écran noir, elle ne s'est pas rendue compte qu'elle s'est mise à pleurer. Elle a violemment sursauté aux coups de feu. Cet homme lui avait dit tout ce qu'elle voulait savoir et elle l'avait quand même tué.

- Je suis désolé, murmure Lambert.

Louisa tourne un visage inondé de larmes vers lui et lui jette un regard de haine. Elle le voit lui sourire sadiquement et elle sait qu'il n'est pas désolé du tout. Il est même ravi. Elle tente sans succès de se calmer.

- Elle avait oublié de t'en parler ? continue-t-il trop content de lui avoir trouvé un point faible.

Louisa refuse de le laisser la déstabiliser aussi facilement. Elle essuie rageusement ses larmes et se maudit de se montrer si faible devant eux. Même si elle savait, elle n'avait jamais pensé que sa mère avait pu être aussi cruelle. Elle lui avait dit avoir été du côté des méchants avant, elle lui avait dit qu'elle avait tué des gens, mais Lou réalise aujourd'hui toute l'ampleur de ce que cela impliquait. Sur le coup, elle s'était dit que tout cela ne comptait plus puisqu'elle avait changé mais était-ce vrai ? Avait-elle changé ? Elle l'avait vu torturé cet homme jusqu'à le pousser au suicide. C'était affreux.

- C'était il y a longtemps, murmure-t-elle entre deux sanglots. Elle n'est plus comme ça maintenant. Elle a changé et est devenue gentille.

Lambert acquiesce et fait la moue alors qu'il fait semblant de réfléchir.

- Mais elle a torturé Kent et il s'est jeté par la fenêtre, continue-t-il. Et ça c'était il y a quelques mois. Elle a vraiment changé tu crois ?

Lou ouvre a bouche mais aucun son n'en sort. Elle ne trouve rien à répondre à cela. Sa mère est-elle vraiment gentille ? Lou veut s'en convaincre mais ce que l'on vient de lui montrer la perturbe. Elle ne doute pas que sa mère l'aime mais elle ne semble pas aussi parfaite que Louisa voulait le croire. Elle a fait des choses horribles et continue encore visiblement. Non, elle se gifle mentalement, elle ne doit pas les laisser gagner. Tout ça n'est qu'un mensonge, ils veulent juste la manipuler, la tourner contre sa mère, l'amener à la trahir.

- Vous ne la connaissez pas, bredouille-t-elle en colère. Vous …

Mais elle ne sait plus quoi dire. Et de toute façon pourquoi cherche-t-elle à se justifier devant eux ? C'est ridicule, ils la manipulent et elle se laisse faire comme une imbécile en marchant dans leur jeu en leur donnant tout ce qu'ils veulent. Elle cesse de parler.

- Je te crois, reprend Lambert, quand tu dis qu'elle est du côté des gentils. Mais tu dois accepter l'idée qu'elle est aussi du côté des méchants. Car la vérité Louisa, c'est qu'il n'y a pas de gentils ni de méchants. Tout le monde est les deux à la fois. Moi, Martine, Shaw, et même ta mère.

Il la laisse digérer ses paroles. Lou se détourne et perd son regard dans le vide. Elle est en colère comme jamais. Il se peut qu'il ait raison après tout, non ? Il y aurait une part de bon et de mauvais en chacun de nous. Elle se souvient quand elle a explosé le nez de Michael Seeve. Etait-ce son propre côté mauvais ? Non, ce petit con l'avait mérité et elle s'était défendue avant qu'il ne l'attaque. Mais sa mère ne cherchait pas à se défendre ici.

Louisa le regarde, elle le voit jubiler alors qu'elle est perdue, dans le doute. Furieuse, elle voudrait lui dire quelque chose qui lui ferait enfin fermer son clapet à ce crétin.

- Vous êtes un monstre, et ma mère est quelqu'un de bien. Elle n'a rien en commun avec vous.

- Qui essaies tu de convaincre Lou ? réplique Lambert avec un sourire.

Mais Louisa en a assez. Ça suffit. Elle lui lance un regard de profond mépris et reste silencieuse. Lambert lui sourit tristement et tend à nouveau sa main vers elle. Lou refuse cette fois de bouger, elle refuse de lui laisser voir sa peur. Elle reste plus immobile qu'une statue tandis qu'il lui caresse un court instant le visage avant de lui replacer une mèche de cheveux derrière son oreille gauche. Elle déglutit difficilement alors qu'elle a peur comme jamais, mais reste statique. Il finit par reculer et l'observe un instant silencieux, enfin. Il continue de lui sourire mais Lou refuse d'entrer dans son jeu. Elle le regarde calmement sans sourire provocant, juste de la colère. Elle veut que ça s'arrête.

- Tu as une confiance aveugle en elle, murmure Martine au bout d'un moment. Tu la penses irréprochable malgré tout ce que l'on peut te prouver par ces images.

Elle fait une pause et soupire en secouant la tête.

- Bien je crois que ça va être mon tour alors. A moins que …

Elle s'arrête subitement alors que Lambert lèvre la main gauche pour la faire taire sans quitter la gamine des yeux. Il l'observe d'un regard étrange, franchement flippant. Il a une idée derrière la tête et vu ce qu'ils lui font depuis maintenant une bonne heure, Louisa appréhende ce que ça peut être.

- Dis moi Lou, murmure-t-il calmement et très doucement. Tu as confiance en ta mère ?

Elle ne lui répond pas, mais devant son silence Lambert sourit encore plus en hochant doucement la tête comme si elle lui avait dit "oui". Il est franchement dingue ce type, il se fait la conversation tout seul, elle se demanderait presque ce qu'elle fait là.

- Oui bien sur que tu as confiance en elle, et je crois même qu'elle a confiance en toi.

Il marque une pause alors qu'elle se tait toujours. Qu'est ce que c'est que ce baratin ? Evidemment qu'elle et sa mère se font confiances. Lambert se penche vers elle comme le ferait un bon ami qui veut vous mettre dans la connivence d'un secret d'ado. Louisa sent qu'un truc bizarre va encore lui tomber dessus.

- Assez pour te parler de la Machine que Harold Finch a construit et dont elle est l'interface, ainsi que de Samaritain.

Louisa devient plus blanche qu'une morte alors même qu'elle sent son cœur accélérer brutalement dans sa poitrine. Elle se mord la lèvre d'angoisse mais elle ne dit toujours rien, n'infirmant ni n'affirmant ces propos. Sameen lui a dit qu'ils ne devaient pas savoir, qu'elle devait jouer les idiotes. Hum plus facile à dire qu'à faire. Lambert sourit de plus belle, elle se demande même sur le coup s'il n'aurait pas la capacité de lire dans ses pensées. Elle n'arrive pas à adopter un visage inexpressif, elle a trop peur. Elle réalise qu'ils ont tout compris mais elle ne voit pas comment. Elle pensait que pour savoir, ils lui feraient du mal et la frapperaient mais pas qu'ils lui parleraient, car c'est bien ce qui se passe depuis qu'ils sont entrés dans cette pièce.

Lambert s'amuse de ses réactions faciales qu'elle ne contrôle pas. "Les enfants sont si faciles à manipuler" pense-t-il. Elle doute déjà de sa mère, de sa véritable nature, il est temps de l'achever. Il jubile au moment où il va jouer sa plus belle carte dans cette partie. Une partie où Louisa avait perdu d'avance avant même qu'il n'entre ici, une partie où elle n'avait aucune chance.

- Mais dis-moi, reprend-t-il d'un aire faussement songeur. Elle qui te dit tout, qui est si parfaite et si honnête avec toi, t'a-t-elle déjà parlé de ton père ?

Lou met deux secondes à encaisser sa phrase. Elle ne voit franchement pas le rapport avec le reste, avec sa mère, avec toute cette histoire. Elle cligne des yeux et ne peut cacher sa surprise qui remplace une instant sa peur.

- Non bien sur, chantonne la blonde. Elle n'a pas dû avoir le temps non plus pour ça.

Louisa la regarde vaguement un instant avant de reporter son attention sur Lambert. L'interrogation se lit sur chaque centimètre carré de son visage. Sans qu'elle le comprenne la situation lui échappe encore une fois.

Son père. Elle savait qu'elle devait en avoir un, comme tout le monde. Elle s'était parfois regardée dans le miroir de sa salle de bain en réfléchissant, cherchant dans ses traits un signe de lui. Elle ressemblait énormément à sa mère. Elles avaient les mêmes cheveux, le même nez, le même front, et au grand damne de Sameen et parfois même de Root, le même caractère. Mais Louisa avait remarqué qu'elles n'avaient pas les mêmes yeux. Les siens étaient bleus, vraiment très bleus. Elle avait donc imaginé son père comme un homme grand, blond aux yeux bleu comme les siens, et surtout très gentil sinon sa mère ne serait pas tombée amoureuse de lui. Elle avait parfois pensé à lui comme à un grand voyageur que sa mère aurait aimé passionnément mais qui avait dû partir pour son travail et n'avait jamais pu revenir car il lui serait arrivé de grandes et belles aventures dans des pays d'Afrique. Elle avait entendu parler à la télévision de ce pays, le Burundi, où il y avait eu une manifestation de gens qui ne voulaient plus être dirigé par un dictateur et ce dernier avait violemment répondu en envoyant l'armée massacrer les manifestants. Louisa en avait été révolté. Qui était cet homme pour imposer sa loi ? La télévision avait ensuite montré des images de personnes mourant de faim et vivant dans la peur de cet homme. Elle avait alors imaginé qu'une personne viendrait les aider, les nourrir, les soigner et terrasserait le dictateur. Un homme bon, un justicier. Elle avait d'abord pensé à John, mais ce n'était pas possible il avait déjà beaucoup de travail en tant que policier à New York où il y avait aussi de mauvaises personnes, des personnes qu'il fallait arrêter. Elle avait pensé à Shaw et à sa mère, mais elles avaient elles aussi beaucoup de travail et n'avaient pas le temps. Harold ne pouvait pas, il était à moitié infirme. Alors elle avait pensé à lui, à son père. Elle l'imaginait dans ce pays en train de résoudre tous les problèmes et comme c'était long, il n'avait jamais pu revenir les revoir, mais il pensait à elle de temps en temps.

Et puis après tout il y avait Sameen qui avait pris une grande place dans le cœur de sa mère. Louisa la voyait enfin épanouie et heureuse et rien d'autre ne comptait pour elle, et elle l'avait un peu oublié. Surtout qu'il ne l'avait jamais appelé, ni écrit, et elle n'y attachait pas trop d'importance. Peut-être était-il tout simplement comme Sameen, pas doué pour exprimer ce genre de truc. Ou peut-être qu'il s'en fichait d'elle. Elle se disait aussi qu'il pouvait ne pas l'avoir aimée du tout. Mais ça ne comptait pas. Sa mère l'aimait pour deux et il y avait aussi Sameen qui était là, sans oublier John et Harold. Et elle avait fini par ne pas trop y accorder d'importance, elle avait tout l'amour et toute l'attention qu'il fallait à une petite fille pour être heureuse. Peut-être que sa mère lui en parlerait un jour, peut-être qu'il faudrait qu'elle lui demande. Mais elle avait un peu peur au fond de cette discussion, de lui faire de la peine, qu'elle pense qu'elle avait besoin de lui. Or c'était faux, Lou n'en avait pas besoin, elle était juste un peu curieuse.

Lambert lui sourit alors qu'il voit qu'il a frappé dans le mile.

- Elle l'a tué Louisa, lui balance-t-il sur un ton qu'il tente de rendre choqué.

La révélation a l'effet d'une bombe sur la gamine. Elle serre ses bras plus fort autour de ses genoux pliés et pose sa tête en arrière sur le mur sans le quitter du regard en mordant toujours sa lèvre. Elle serre les dents alors qu'elle sent la colère l'envahir à nouveau. Cette fois elle sait ce qu'elle veut faire pour qu'il se taise, pour qu'il arrête de lui parler, de lui mentir. Elle serre les poings comme le lui a appris Sameen, mais elle se retient encore, tentant de se maitriser alors qu'il la pousse à bout.

- Je ne vous crois pas, souffle-t-elle.

Il lui sourit tristement alors que la blonde lui montre à nouveau l'ordinateur. Louisa détourne le regard et observe le mur. Elle sent la rage monter. Elle se tourne vivement vers eux, la laissant en partie éclater.

- Je ne vous crois pas, répète-t-elle.

Malgré elle, elle observe la vidéo. Elle montre sa mère embrassant fougueusement un homme dans le couloir d'un hôtel luxueux. Si c'est lui son père, il n'est pas du tout comme elle l'avait imaginé. L'homme est brun, de taille moyenne, et surtout ce qui frappe Louisa ce sont ses yeux. Identiques aux siens. Elle entrouvre la bouche de stupeur alors que sa respiration s'accélère. Elle les voit continuer de s'embrasser alors que le type attrape une carte et ouvre la chambre de l'hôtel, poussant sa mère à l'intérieur sans lui lâcher les lèvres avant de refermer derrière eux. Puis la vidéo s'accélère. Louisa voit les heures défiler. Vers 7 heures du matin, elle voit sa mère ressortir seule de la chambre. Puis la vidéo s'accélère à nouveau et s'arrête à dix heures quand une femme de ménage entre dans la chambre. Louisa attend une seconde, mais elle pense malheureusement deviner pourquoi le femme ressort en hurlant de peur dans le couloir quelques secondes plus tard. La vidéo s'accélère à nouveau et s'arrête quand le corps de l'homme est sorti de la chambre sur un brancard par des tas de policiers venus sur place. Il est mort et Lou voit le sac mortuaire se fermer sur son visage avant qu'il ne soit transporté. Puis la vidéo s'arrête et l'écran redevient noir.

Elle tourne cependant vers eux un visage intrépide, presque provocant, mais en colère et hausse les sourcils pour les inciter à lui balancer la suite dans la figure. Une sorte de message pour leur faire comprendre qu'elle est prête. Pourquoi ce type serait son père ? Il n'était surement pas le seul gars aux yeux bleu de cette planète non ? Ça n'était pas une preuve. Par contre il ne pouvait faire aucun doute que sa mère avait tué cet homme. Personne d'autre qu'elle n'était entré dans cette chambre avant que l'on découvre le corps.

- Elle a tué cet homme et tu as vu la date sur la vidéo, mai 2009. Elle travaillait déjà pour la Machine à ce moment là. Donc d'après ton raisonnement elle devrait être "gentille".

Il imite les guillemets avec ses doigts, se moquant clairement d'elle. Louisa serre encore plus fortement les poings. Elle est à deux doigts de craquer, mais pas en fondant en larme cette fois-ci.

- C'est un peu contradictoire tu ne trouves pas ? Elle devrait déjà avoir changé non ?

Lou sent la rage parcourir son sang et battre dans ses veines, comme si elle avait couru longtemps. Elle le hait, elle les déteste tous les deux.

- Il avait 31 ans, et s'appelait Christopher Nolan, continue-t-il imperturbable. Son seul tort aux yeux de ta mère a été de travaillé pour nous. Alors elle l'a tué.

Louisa respire trop vite, trop mal, trop difficilement. Elle essuie d'un mouvement rageur les larmes qui lui ont échappé sans qu'elle ne s'en rende compte. "Il te ment. Il te ment. Il te ment." se répète-t-elle encore et encore dans sa tête. Cet homme travaillait pour eux, pour l'ennemi, pour les méchants. Sa mère était devenue gentille, au service de la bonne machine à ce moment là. Louisa essaie alors de se dire qu'elle n'avait pas dû avoir le choix, l'homme l'avait peut-être attaquée, avait voulu la tuer, comme celui qu'on leur avait envoyé à Hong Kong. En y repensant bien, Lou doit bien avouer que si quelqu'un avait dû bel et bien mourir ce soir là dans cette chambre, elle aurait voulu que ce soit cet homme abjecte qui avait essayé d'étrangler sa mère. Etait-elle pourtant horrible de raisonner ainsi ?

Elle voit Lambert en face d'elle qui l'observe toujours.

- Tu vois où je veux en venir Lou ?

Elle ne supporte pas qu'il l'appelle ainsi. Seuls sa mère, John et Sameen l'appelle Lou, mais lui il n'en a pas le droit. Il n'est pas son ami. C'est grâce ce petit détail presque insignifiant et qui la frappe en plein cœur que Lou reprend pied. Elle a compris leur nouveau jeu et elle a compris comment elle a bêtement perdu cette manche. Ils veulent qu'elle déteste sa mère, ils lui montrent tout ça pour mieux la préparer à la haïr avant de finalement la trahir. Elle sent le sang couler sur ses mains alors que ses ongles ce sont enfoncés dans sa chair. Elle a trop serré les poings de colère, mais elle s'en fiche.

- Cet homme, reprend lentement Lambert en savourant l'effet de ses paroles. C'est ton père.

Louisa hausse les sourcils en signe de provocation. Lambert éclate d'un petit rire. Ça semble bien l'amuser de jouer avec elle.

- Tu ne me crois pas n'est ce pas ? Tu ne peux pourtant pas nier que tu as ses yeux.

Il secoue la tête, franchement amusé de son obstination. Il sort un papier plié de sa poche et le lui tend. Elle refuse pourtant de bouger et n'amorce pas un geste pour le prendre. Elle leur tiendra tête, provocante jusqu'au bout. Il le laisse alors tomber à terre à côté d'elle telle une feuille morte dégringolant d'un arbre en plein automne.

- Il était bien caché mais Samaritain a fini par trouver, il finit toujours par trouver Lou.

Cette dernière phrase sonne comme une menace et ça n'échappe pas à Louisa.

- D'après ton acte de naissance, poursuit Lambert en désignant la feuille, c'est-à-dire le papier que l'on remplit à ta naissance pour prouver que tu existes. Tu es né le 16 février 2010.

"Waouh ! Bravo Sherlock Holmes, tu sais lire" ironise une voix dans la tête de Louisa, et pendant un bref instant elle a envie de rire. Ça lui permet d'afficher un léger sourire provocateur, un point d'honneur à leur montrer qu'elle ne leur appartient pas, qu'elle ne leur obéira pas.

- Or, vois-tu, poursuit Lambert en ignorant son air insolent et en tapant deux doigts sur l'écran noir de l'ordinateur. Cette vidéo a été filmée en mai 2009, c'est-à-dire neuf mois avant ta naissance.

Louisa sent son sourire glisser sur ses lèvres et fronce les sourcils d'incompréhension. C'est quoi cette histoire de neuf mois ?

- Et ? ne peut-elle s'empêcher de lâcher sur un ton qu'elle rend délibérément ennuyé, mais dans lequel transparait son énervement.

Lambert lui sourit devant son ignorance. Martine éclate carrément de rire et Lou est furieuse contre elle-même d'avoir parlé.

- Et un bébé met neuf mois à grandir dans le ventre de sa mère avant de naître, explique calmement Lambert

Louisa reste immobile un instant. Elle recolle tous les morceaux de ce qu'il vient de lui dire. Elle déglutit mal et se sent transpirer de peur alors que la vérité semble se dessiner, cruelle et triste. Sa mère a assassiné son père. Elle secoue la tête. Mais pourquoi alors paraissait-elle si amoureuse de lui dans le couloir ? Lou est furieuse, mais elle ne sait pas bien pourquoi au juste. Parce qu'ils la manipulent bien sur, mais il n'y a pas que ça. Elle sent que Lambert pourrait aussi avoir raison sur ce coup là. Si sa mère l'avait tué, c'est qu'elle ne l'aimait pas. Mais alors pourquoi choisir de l'avoir elle pour fille si elle n'avait pas aimé son père ? Elle sent la tristesse envahir son cœur, ainsi qu'un autre sentiment plus sournois qu'elle ne connaissait pas jusqu'à maintenant, celui de la trahison. Pourquoi ne lui avait-elle rien dit bon sang ? Pourquoi fallait-il que ce soit eux qui le lui apprennent ? Et de cette manière en plus ?

- Je ne vous crois pas, répète-t-elle encore une fois.

- Bien sur que si que tu me crois, réplique Lambert sur un ton amical, presque désolé. Tu ne veux juste pas l'accepter, pas encore. Comme tu ne peux pas accepter ce que l'on t'a montré. Tu sais pourtant que tout ça est vrai. On ne te ment pas.

- Pourquoi vous faites ça ? demande-t-elle.

Lambert attend une bonne dizaine de secondes, choisissant bien ses mots avant de lui répondre.

- Pour que tu saches la vérité., et pas juste ce que l'on a bien voulu t'en donner jusqu'à aujourd'hui.

Il marque une pause, se régalant de l'effet de ses paroles sur la gamine.

- Si elle travaillait pour nous, reprend-t-il, elle ferait la même chose et serait la même maman avec toi. Mais elle serait en sécurité et ne risquerait plus jamais de se faire tuer. Or toi, tu ne veux pas que l'on tue ta mère hum ?

Louisa reste silencieuse mais elle s'empourpre de colère alors que ses poings serrés tremblent de rage.

- Enfin, reprend Lambert en la regardant toujours aussi amusé, tu ne voulais pas qu'on la tue avant de savoir qui elle est vraiment. Mais peut-être que maintenant tu as envie de le faire toi-même …

C'est la phrase de trop et sans prévenir, sans réfléchir, sans même avoir établi un plan ni analyser la situation, sans prendre en compte le fait qu'ils sont deux adultes fous dangereux et armés alors qu'elle n'est qu'une enfant, Louisa a bondi et s'est jetée sur lui. Elle a pourtant à peine eu le temps de lui envoyer un poing dans sa figure qu'il la plaque au sol face contre terre et lui tord violemment les bras dans le dos. La petite se débat et hurle de rage. Elle peut voir Martine qui n'a pas esquivé un geste suite à son attaque désespérée, et qui observe la scène un sourire amusée sur les lèvres, ce qui ne fait qu'augmenter sa colère. Elle ne peut pourtant plus bouger.

- Calme-toi, lui murmure Lambert à l'oreille.

Il est trop proche et elle sent de violents frissons la parcourir alors qu'il lui parle dans le creux de l'oreille en lui caressant les cheveux d'une main. Elle doit remettre de l'espace entre lui et elle. Ce type est clairement dangereux, et il la tient à sa merci. Elle finit par s'immobiliser et attend en se concentrant sur un défaut dans le béton du mur qui lui fait face et essayant de faire abstraction de sa main qui passe et repasse dans ses cheveux. Quand il voit qu'elle s'est calmée, il relâche un peu sa prise sans la lâcher complètement.

- Tu ne vas pas faire une autre bêtise dans ce genre là si je te lâche ? lui demande-t-il.

Louisa reste concentrée sur son mur et ne répond pas. Il la lâche au bout d'un moment et elle se recroqueville lentement dans son coin et observe le sol.

- Ça va aller, lui promet Lambert en se levant.

Ils ont fini pour aujourd'hui. Louisa les voit sortir de la pièce. Elle ferme les yeux pour tenter de refouler les larmes qui lui viennent.

A peine la porte claquée, Martine se tourne vers Lambert.

- Joli, lui concède-t-elle dans un sourire.

Elle avait été déçue quand Greer lui avait interdit pour le moment de maltraiter physiquement la gamine, et ce même dans le but de faire craquer Shaw et pas uniquement pour s'amuser un peu avec elle. Il lui avait dit d'être patiente pour l'instant, et avait laissé carte blanche à Lambert. Pour le moment en tout cas. Les ordres étaient les ordres et après tout il lui restait Shaw dont elle ne se lasserait pas de sitôt vu le caractère tenace que c'était. Pourtant observer sa lente agonie face à ce qu'elle aurait fait subir à Louisa sous ses yeux aurait été jouissif. Mais après tout observer Lambert à l'œuvre n'était pas si mal non plus. Il manipulait les mots aussi habilement qu'elle manipulait ses petits "joujoux".

Greer ne faisait qu'obéir aux ordre de Samaritain, il n'aurait eu aucun scrupule à lui faire torturer une gamine. Il y avait un plan derrière tout ça. Et puis Greer avait précisé "pour l'instant". Elle ne perdait donc pas espoir de pouvoir s'occuper plus tard de cette petite merdeuse qui avait osé lui cracher dessus. Elle lui ferait régurgiter bien autre chose cette fois ci et quand elle lui aurait balancé tout ce qu'elle sait, elle prendrait un malin plaisir à la finir en lui faisant cracher sa langue de petite peste.

Lambert lui renvoie son sourire.

- C'était vraiment trop facile, lui réplique-t-il.

Ils entendent des pas dans le couloir et se tourne pour voir Greer s'approcher d'eux.

- Excellent travail monsieur Lambert, le félicite-t-il dans un sourire.

Jeremy hoche la tête pour le remercier.

- Je la laisse un peu mariner pour qu'elle ressasse bien ce qu'elle vient de voir. Ensuite je finirai de la convaincre sur …

- Ce ne sera pas la peine, le coupe Greer. Je m'en occuperai moi-même.

Lambert hausse le sourcils de surprise mais ne réplique pas.

- Quand elle est prête, amenez la moi, finit simplement Greer en s'éloignant.

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Elle se cogne la tête contre la vitre et ça la réveille en sursaut. Le bus est passé dans un nid de poule. Root se masse le cou et se frotte les yeux. Elle n'a pas dû piquer du nez très longtemps, quelques minutes sans doute.

Elle ne savait pas où aller ni quoi faire. Mais elle est au moins sûre d'une chose, elle le fera seule. Elle a pris le bus il y a quelques heures pour rejoindre le Queens où elle compte poursuivre ses recherches. Elle veut tout tenté avant de devoir en venir à l'inévitable.

Elle aurait pu prendre le métro, beaucoup plus rapide, mais elle a opté pour la tranquillité du bus vide à cette heure matinale. Elle en a bien besoin après la nuit qu'elle a passé. Impossible de dormir, elle est retournée à son appartement pour préparer toutes leurs affaires, au cas où si elle les retrouve il faudrait quitter New-York précipitamment. Elle a ensuite passé des heures sur son ordinateur à faire une liste de tous ces fichus bâtiment et à noter leurs adresses. Enfin elle s'est lourdement armée et est partie, le soleil n'étant pas encore levé

Le bus s'arrête dans le Queens et Root descend. Elle soupire devant la tâche à accomplir, peut-être en vain. Mais de toute façon la Machine refuse de l'aider, de lui parler. Elle lui a demandé où elles sont et sa déesse lui a juste répété qu'elle avait 99,99 % de chance de se faire attraper. Root lui a dit qu'elle s'en fichait et a insisté mais la Machine est restée silencieuse. Elle a donc décidé de se débrouiller seule.

Elle jette un regard sur le téléphone de Samaritain. Elle ne supportait plus de l'entendre sonner pour lui montrer des horreurs et elle l'avait éteint. Elle sait qu'elle a eu raison, ces images la détruisent alors que là elle a besoin d'être un maximum concentré. Pourtant ça la démange de le rallumer, elle veut les voir, elle veut savoir même si c'est terrible. Elle replace le maudit téléphone dans sa poche. Sa main tombant au passage sur le collier brisé de Lou et elle porte instinctivement sa main sur l'écharpe de la petite qu'elle a enroulé autour de son cou pour sentir sa présence et son odeur comme si elle était là avec elle. Comme une promesse qu'elle va la retrouver pour la lui rendre. Elle décide de balancer le collier, il est inutile de toute façon maintenant et elle ne sait même pas pourquoi elle l'a gardé.

Root se secoue la tête pour se concentrer. Elle avance vers un bâtiment vide, le premier de sa longue liste. Sameen avait appelé de New-York, et Root avait filé le convoi jusque dans le Queens avant de le perdre. Elle a donc choisi de se limiter à ce borough de la ville, c'était déjà si immense et les lieux abandonnés et isolés n'y manquaient pas. Elle a ensuite isolé les zones peu peuplées déduisant que les cris de Sameen auraient forcément fini par alerter quelqu'un.

Le premier immeuble est vide. Le deuxième également. Le troisième tout autant. Root continue pourtant, tenace, ne cessant au passage de demander l'aide de la Machine. Mais cette dernière reste silencieuse. L'interface sait qu'elle cherche une aiguille dans une botte de foin mais elle a besoin de s'occuper pour s'empêcher de penser, pour refouler son désespoir loin, très loin.

Elle cherche toute la journée sans s'accorder une pause ou un répit. Elle a fouillé des centaines d'endroits et tout ce qu'elle a trouvé ce sont des SDF, des squatteurs dont certains ont essayé de la draguer, et des junkies.

La nuit tombe et elle déambule dans les rues, vidée et épuisée. Elle pense à sa fille. Elle doit être terrifiée. Elle en tout cas elle l'est. Elle ne s'arrête pourtant pas et continue une bonne partie de la nuit à poursuivre ses recherches. Chaque nouveau bâtiment vide lui fait l'effet d'un coup en plein cœur. Elle tente de refouler le désespoir qui l'envahit et se force à se concentrer sur sa tâche comme un robot programmé pour exécuter. Car réfléchir c'est souffrir. Elle finit par s'asseoir dans un canapé défoncé dans un immeuble pourri sur le point de s'effondrer. Elle a mal partout, surtout à la hanche. Elle réalise alors qu'elle est blessée. Root fronce les sourcils, elle n'en a aucun souvenir. Elle sort de son sac du matériel médical de première nécessité et commence à se soigner. La plaie n'est pas belle, mais pas très grave pour une blessure par balle. La balle ne l'a que effleurée. Elle serre les dents en la désinfectant avant de s'appliquer à recoudre. Elle a mal mais c'est soutenable. Quand elle pense à ce que Sameen et Louisa doivent endurer à côté elle se sent honteuse de ressentir une quelconque douleur. Elle se retient de rallumer ce maudit téléphone et soupire en posant sa tête en arrière. Ses yeux se ferment malgré elle et Root s'endort.

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L'esprit est une chose bien étrange. Son cerveau a choisi de la replonger dans un souvenir et pour le coup plutôt agréable.

Root est allongée avec Sameen en plein Central Park dans l'herbe à l'ombre d'un arbre par cette chaude journée d'été. Elles viennent de finir une mission et ont décidé de venir se détendre. Elles observent Louisa qui, à trois ans, mène son bateau dans le bassin. La gamine s'amuse beaucoup sans se soucier d'elles. Et Root en a profité pour lancer l'offensive sur Sameen.

Elle a commencé en douceur par des regards intenses en se mordant la lèvre inférieure de plaisir, puis elle enchaina délicatement en lui caressant les cheveux, lui massant le crâne. Sameen s'était immédiatement tendue devant cette intrusion dans son espace personnelle. Root et elle c'était compliqué et elle savait que la grande brune voulait toujours plus et aller toujours plus loin. Sam en était autant effrayée que exaltée mais jamais elle ne l'aurait avoué et elle s'enfermait dans sa coquille d'acier. Root ne perdait pourtant pas espoir. Elle désirait Shaw comme elle n'avait jamais désiré une autre personne dans sa vie avant elle. Elle savait pouvoir un jour la faire céder, mais elle ne voulait pas se contenter d'une fois. Elle la voulait pour elle toute seule sans partage et sur la plus longue durée possible.

Root avait souri devant la réaction de Shaw suite à son geste mais elle ne l'a pas arrêté pour autant se tournant vers elle et plaçant ses lèvres contre son oreille.

- Détends toi Sam, lui dit-elle. Tu es trop tendue.

Sameen n'avait pas répliqué, même pas soupiré. Et Root l'avait pris comme une merveilleuse invitation à continuer son geste. Elle avait même été au comble de la joie quand Sameen avait fini par se détendre sous ses caresses, ses épaules se relâchant, ses yeux se fermant, et ses poings se desserrant. On aurait pu dire qu'elle dormait paisiblement mais ça n'était pas le cas et Root le savait.

Elle descendit une main vers son visage pour le caresser tendrement, en retraçant chaque courbe. Sameen ouvrit doucement les yeux et plongea son regard dans le sien. Il n'y avait rien de son habituelle espièglerie dans les yeux de Root. Elle ne jouait pas, cet instant était réel et Sameen sentit son cœur s'accélérer malgré elle. Un désir complètement insensé venait de germer en elle, ou peut-être avait-il toujours été là sans qu'elle veuille l'accepter. Elle pouvait lire dans l'attitude de Root qu'il était clairement partagé. Cette dernière se pencha doucement vers elle, voulant donner une chance à Shaw si elle le désirait de l'envoyer bouler, de la repousser. Mais elle n'en fit rien. Sameen ne parvenait pas à bouger. Son cerveau semblait éteint, repoussant dans le néant tous ses doutes et toutes ses peurs refoulées. Une seule chose était certaine, elle la voulait.

Sameen releva légèrement la tête fermant l'écart avec Root pour rejoindre leurs lèvres dans un baiser. Doux, sincère, simple. Le premier, le plus beau. Elles avaient fermés les yeux tout du long comme pour interrompre le temps. Elles se séparèrent. Combien de temps avait-il duré ? Peu importe il serait toujours trop court. Root avait été surprise de l'initiative de Shaw, mais ravie. Or là, à cet instant elle avait peur d'ouvrir les yeux et de lire la déception, le regret, la peur et le rejet dans les yeux de Sameen. Quelle surprise quand elle vit le sourire en coin chez cette dernière qui s'était rallongée dans l'herbe, ainsi que le plaisir dans ses yeux. Root venait de tomber accro à une nouvelle drogue heureusement beaucoup moins destructrice que la cocaïne. Elle lui sourit en retour et passa une main sur sa joue.

- C'est sympa la détente avec toi Sam, lui murmura-t-elle doucement.

Sameen leva les yeux au ciel et reporta son attention sur Louisa, coupant le contact avec Root. Mais cette dernière s'en fichait. Elle était shootée au bonheur. Sameen venait de l'embrasser. Elle avait senti ses barrières si solides céder, enfin. Et mieux c'était Sameen qui les avait fait voler en éclat, bon avec son aide bien sur mais peu importe ça avait été son choix. Ce baiser était lourd de promesses et Root savait que s'il l'avait autant comblé que Sameen, elles ne pourraient pourtant pas s'en contenter. Cette idée la fit sourire alors qu'elle commença à fantasmer sur la nuit qui s'annonçait.

Tout était vraiment parfait. Root se rallongea et ferma les yeux. Un sentiment de plénitude l'envahissant.

Mais soudain, le parc devient trop silencieux et l'air se fait froid. Root ouvre brusquement les yeux, l'angoisse la tenaillant. Le ciel est devenue gris et il fait aussi noir que lors d'une éclipse. Elles sont seules dans le parc. C'est impossible ! Où sont tous les autres? Lou n'est plus au bassin. Root ne l'a lâchée des yeux que dix secondes pourtant. Elle se met à l'appeler, à crier son nom mais seul le silence lui répond. Elle se tourne vers Sameen toujours allongée à côté d'elle pour qu'elle l'aide. Elle ne comprend pas pourquoi elle ne réagit pas.

Root se met à la secouer. Shaw se met à trembler violemment avant de lâcher un long cri déchirant qui perce les tympans de Root et la glace d'horreur. Elle voit ses vêtements s'imbiber de sang partout sur son corps alors que des blessures y apparaissent toutes seule. Shaw crache un peu de sang et se tourne vers elle. Root plaque ses mains pour stopper les trop nombreuses hémorragies. Mais Sameen continue de se vider de son sang.

- Aide moi, la supplie-t-elle.

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Root se réveille en sursaut et en sueur. Elle n'a pas dormi longtemps, peut-être deux heures. Elle peut encore sentir Sameen, ses mains sur son corps et l'odeur affreuse du sang. Root respire doucement et se force à faire le point. Ça ne s'était pas passé comme ça évidemment. Sameen l'avait bien embrassée ce jour là, mais Louisa n'était pas là. Elle était à la bibliothèque. Sameen et Root étaient bien à cet endroit du parc, mais elle n'y était pas restée. Le baiser avait été trop intense et les avait laissé insatisfaites. Elles l'avaient donc poursuivi ailleurs dans un lieu beaucoup plus intime pour étouffer leur cris passionnés.

Root sourit à ce souvenir, mais c'est fugace.

Elle regarde autour d'elle. C'est l'aurore. Elle se maudit d'avoir dormi. Comment peut-elle y parvenir ? Comment peut-elle oser s'abandonner au sommeil alors qu'elles l'attendent et souffrent pour elle ?

Root reprend sa chasse dans le Queens jusqu'au milieu de l'après-midi. C'est le dernier immeuble, et son inspection est tout aussi désespérante que les autres. Root ferme les yeux. Elle ne sait plus quoi faire. Elle chiffonne de rage sa liste à la noix. Tant d'efforts pour rien et ça faisait maintenant trois jours qu'ils avaient sa fille. Elle ne pouvait plus attendre. Aux grands maux les grands remèdes.

Root sort du bâtiment et marche sur plusieurs blocs avant d'entrer dans un immeuble d'une soixantaine d'étage. Elle monte jusqu'au toit et y trouve une caméra.

- J'ai besoin de ton aide, lui dit-elle. Toute seule je n'y arriverai pas.

Et elle grimpe debout sur le rebord. Elle n'a même pas peur pour le coup. Ça doit marcher il le faut.

- Je suis désolée d'en arriver là tu sais, mais tu ne me laisse vraiment pas le choix.

Elle ferme les yeux.

- Harold t'a appris à jouer au black jack et aux échecs. Mais est-ce qu'il t'a appris à jouer au plus fort ?

Elle marque une pause.

- Je vais fermer les yeux et marcher sur le rebord de ce mur jusqu'à ce que A: Tu m'aides à trouver Sameen et Lou. Ou B: Je fasse une chute tragique et mortelle.

Elle commence à avancer pas à pas et manque de tomber sous la force du vent à une telle hauteur. La Machine la supplie d'arrêter, lui répétant ses chances de survie qui dégringolent à une vitesse vertigineuse, mais Root continue

- Tu as tout calculé pas vrai ? Alors tu sais à quel point c'est dangereux. Tu dois te demander ce qui est le pire toi et moi travaillant ensemble ou moi faisant le prochain pas seule.

La Machine lui chuchote alors une adresse. Root ouvre les yeux et sourit à la caméra.

- Très sympa ce jeu.

Elle descend du rebord et se précipite au 7502 de la 164ème rue. Elle trouve étrange que la Machine lui ait donné cette adresse, c'est en plein centre ville et c'est un immeuble résidentielle. Mais Root lui fait confiance, comme toujours. Elle se rend à l'appartement 42. Il est vide. Par contre elle voit un grosse quantité de drogue sur la table. Elle fronce les sourcils, elle ne comprend rien. Pourquoi la Machine l'a envoyé ici ?

Elle s'apprête à lui demander quand la porte s'ouvre brutalement.

- Police, levez vos mains.

Et Root comprend. Elle est folle de rage alors qu'on l'embarque. Sur le trottoir, elle jette un regard lourd de reproche à une caméra.

- Désolé, murmure la Machine dans son oreille. Mais c'est trop dangereux.

Root ne lui répond pas. Elle a compris trop tard son manège. La Machine l'a piégée, elle va l'envoyé en sécurité en prison, là où elle ne pourra plus chercher, plus se mettre en danger.

Elle passe les heures suivantes au commissariat à tenter d'expliquer sa présence dans l'appartement comme accidentelle, jurant que la drogue n'est pas à elle. Ses armes lui ont été confisquées et comme elle n'a pas de permis, elle risque gros. Surtout que les flics ne croient pas à son histoire. Sa garde à vue est partie pour durer quarante-huit longues heures. Elle voit le temps passer lentement comme s'il se moquait d'elle alors qu'elle tourne en rond comme une folle toute la nuit. Elle est furieuse comme jamais. La Machine l'a menée en bateau alors qu'elle lui avait dit qu'elle l'aiderait à retrouver Sameen. Elle peste de rage.

Le lendemain elle continue d'être interrogé par les flics sur les armes et la drogue. Ils lui demandent de balancer tout le réseau pour lequel ils pensent qu'elle travaille. Elle ne leur répond pas ne les écoute même pas. De toute façon elle n'a rien à leur dire, pour une fois elle n'a rien fait. C'est d'ailleurs même le problème, elle ne fait rien. Elle reste coincée dans ce stupide poste de police. Sa colère contre la Machine ne passe pas et pour se calmer elle reste fixée sur l'horloge à regarder les aiguilles bouger lentement. Comment a-t-elle pu lui faire une telle chose ? Root avait pensé demander l'aide du lieutenant Riley mais elle y a renoncé. Sa décision est prise et elle ne reviendra pas dessus. Les flics commencent à s'impatienter et l'abruti qui lui sert d'avocat commis d'office l'agace. Pourtant elle ne les regarde pas, elle continue de fixer la pendule toute la journée alors que les heures passent. Son esprit se déconnecte de son présent et elle pense à sa fille et à Sameen. Elle comprend pourquoi la Machine a fait cela, elle l'avait d'ailleurs déjà fait en l'enfermant à la bibliothèque pour la protéger d'elle-même. Mais cette fois Root ne lui pardonne pas. Le sentiment de trahison est trop cuisant.

Elle passe une deuxième nuit en cellule, mais elle est toujours incapable de dormir. La colère bout en elle supplantant le désespoir qui l'envahissait jusque là et elle trouve ça plutôt bien. Ça lui rend les idées claires. Elle va sortir d'ici, elle ne sait pas encore comment mais dés la première occasion elle sortira. Et si la Machine refuse encore de l'aider, elle se débrouillera malheureusement seule.

Sa deuxième journée d'interrogatoire se déroule comme la première. Root reste concentrée sur le temps qui passe et qui la rend folle de colère et folle tout court. Elle décide de se maintenir dans cet état de veille pour les endormir alors que les flics la prennent pour une débile légère. Ils l'interrogent encore une partie de la nuit avant de renoncer. De toute façon, son dossier est bien chargé et ils n'ont pas besoin de ses aveux. Root en soupire intérieurement de soulagement quand on lui annonce son transfert à la prison de Rikers à la première heure demain matin. Elle sait qu'il lui faudra saisir l'occasion, elle n'aura pas le droit à l'erreur. Six jours que Louisa a disparu, elle n'a plus de temps à perdre.

Au petit matin, on la transfère. Root use de tout son charme pour faire rougir le jeune policier chargé de la menotter, lui glissant pleins de sous entendus sur l'endroit où elle préférerait être attachée en sa compagnie. L'homme devient plus rouge qu'un radis, ses mains tremblent et Root constate que son inattention va la sortir de ce mauvais pas. Elle est assise à l'arrière de la voiture de police tandis que le pauvre jeune garçon remplit les formulaires sans la regarder et récupère dans un carton ses effets personnels, à savoir le téléphone portable éteint de Samaritain et l'écharpe de Louisa, ses armes lui ayant été confisquées et enregistrées comme preuves avec la drogue. Root parvient à attraper une petite tige en fer à sa ceinture et commence à jouer avec les serrures qui ne lui résistent pas longtemps. Le jeune policier s'assied à l'avant et démarre, lui jetant quelques coups d'œil dans le rétroviseur. Elle lui répond par des sourires narquois le faisant rougir à nouveau et il décide de se concentrer sur la route. Root profite six blocs plus loin de l'arrêt à un stop pour faire glisser les chaines avec fracas au sol. L'homme se retourne et elle l'assomme d'un violent crochet du droit avant de lui prendre son arme et de récupérer ses affaires. Puis elle descend du véhicule. La situation lui rappelle celle avec Reese survenue cinq jours plus tôt. Root refoule loin d'elle le sentiment de culpabilité alors qu'elle disparait dans la rue. Elle a eu raison de ne pas vouloir les impliquer. Si jamais elle ne revenait pas, la Machine allait avoir besoin d'eux pour continuer.

Root se dirige droit vers Manhattan. Sa quête dans le Queens est un échec et la Machine refuse de l'aider. Elle se résout à la pire mais la seule solution qui lui reste. Elle se plante devant une caméra qu'elle regarde et elle allume le téléphone de Samaritain.

- Ne fais pas ça Root, lui implore sa déesse dans son oreille

Root est furieuse contre elle, mais sa phrase la scotche sur place. La Machine est prête à tout pour la sauver elle, son interface. Même à sacrifier Sameen et Louisa, à regret bien sur. Root, elle, ne peut par contre tout simplement pas le supporter. Elle lui envoie un regard triste dans la caméra. Elle lui pardonne. Elle sait que la Machine l'aime, qu'elle ne fait ça que pour sa sécurité. Root ne peut s'empêcher de l'aimer en retour, elle l'a tellement changée. Elle sait qu'elle aurait réagi comme elle. En fait Root avait déjà réagi comme elle. Quand la couverture de Sameen avait été grillée, Root avait dû la droguer pour pouvoir l'enfermer au métro alors qu'elle ne voulait pas entendre raison sur les risques qu'elle courait désormais et qu'elle voulait foncer droit vers le danger pour aider John. Root l'avait fait par amour, tout comme la Machine l'avait fait enfermer une fois à la bibliothèque et cette fois-ci dans un poste de police. Root se souvient de la colère de Sameen à son réveil quand elle avait compris comment elle l'avait dupée, la même colère qui l'a transperçait chaque fois qu'elle avait pensé à sa déesse durant ces deux derniers jours. Mais ça ne sert à rien, comme Sameen à la Bourse, elle a décidé quoi faire. Son choix est murement réfléchi, d'ailleurs est-ce vraiment un choix ?

- Merci, lui dit-elle simplement.

Elle attend un instant en silence, puis un léger grésillement retentit dans son oreille, puis plus rien. Et Root sait qu'elle a accédé à sa requête. Elle sait que la Machine accepte son choix, mais elle doit maintenant négocier avec une autre intelligence artificielle.

Samaritain lui a dit de la contacter quand elle serait prête.

- Je suis Root, je travaille pour la Machine murmure-t-elle à la caméra pour griller son identité et devenir une menace pour son système.

Elle agite le téléphone d'une main devant la caméra.

- Je suis prête, lâche-t-elle simplement.

Une lumière rouge à l'intérieur de la caméra clignote un instant puis s'éteint. Root attend encore dix secondes puis le téléphone sonne. Et elle décroche acceptant son sort.

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Lambert est revenu seul le lendemain avec une pomme et un verre d'eau. Il les a posé doucement à côté d'elle en la regardant amusé. Lou a senti la colère latente depuis la veille en elle exploser. Elle a attrapé le verre d'une main puis la pomme de l'autre et s'est levée d'un bond pour lui faire face, la rage envahissant chacun de ses traits. Puis elle les lui a violemment envoyé dans la figure. Il a esquivé en éclatant de rire alors que le verre s'est fracassé sur le mur derrière lui. Elle l'a regardé vraiment furieuse, sa respiration saccadée par la colère.

Elle a jeté un bref regard vers la porte, il ne l'avait pas refermé et elle voyait le couloir par lequel on l'avait trainé. Sameen était au bout de ce dernier. Elle a reporté son attention vers Lambert qui ne la quitte pas des yeux et se marre toujours autant, puis elle a foncé en courant sans réfléchir vers la sortie. Il l'a laissée faire alors que la blonde postée à la porte l'a rattrapée par le bras. Louisa ne l'avait pas vu.

- Hep hep hep, où tu crois aller ?

- Lâchez moi, hurle Lou folle de rage en se débattant.

Mais Martine la propulse violemment dans la pièce, à tel point que Louisa en perd l'équilibre et s'écrase au sol aux pieds de Lambert. Elle se recroqueville en boule dans son coin avant de le regarder à nouveau. La blonde reste à la porte et observe la scène alors que Lambert s'accroupit en face d'elle.

- Tu as eu le temps de repenser à notre petite discussion ?

Elle ne lui répond pas, elle refuse de le laisser gagner aujourd'hui. Hier elle n'était pas prête mais là elle ne le laissera pas la manipuler. Elle entrevoit vaguement les règles de ce nouveau jeu sadique, et le moins qu'on puisse dire c'est qu'elle préférait apprendre par cœur la carte fantôme de New-York.

Il éclate d'un petit rire devant son air revêche.

- Bien, continue-t-il. C'est très bien. J'ai quelque chose à te montrer, ça date de deux jours.

Il lève la main droite vers la blonde sans la lâcher des yeux et claque des doigts. Martine pénètre dans la pièce et lui tend une tablette. Lambert l'observe une demi seconde et la tourne vers elle. Louisa soupire d'exaspération alors qu'elle appréhende ce qui va suivre. Une vidéo démarre et elle voit sa mère et Reese dans une pièce remplie de cadavres en train de frapper un homme. Elle la voit planter un couteau dans sa main et elle l'entend hurler de lui dire où sont sa fille et Sameen. Mais Louisa refuse de se laisser faire cette fois ci. Depuis hier, elle a choisi malgré tout ce qu'ils lui ont balancé de faire confiance à sa mère, de la croire. Elle l'aime et ça ils ne peuvent rien y faire. Ils peuvent tout leur prendre mais pas ça, elle s'y refuse. Et ici sa mère la cherche désespérément, prête à tout comme elle l'est elle-même pour être sure qu'elle reste libre et saine et sauve. Cette vidéo n'a pas le même effet que celles d'hier, elle est la preuve que sa mère l'aime plus que tout. Elle arrache la tablette des mains de Lambert, frappe un violent coup de pied sur l'écran, le fissurant, et pour faire bonne mesure elle l'envoie de toutes ses forces s'écraser sur le mur en face d'elle. Puis elle les regarde à nouveau. Elle ressemble à une enragée.

- Je veux voir Sameen, exige-t-elle d'une voix sourde.

Lambert et Martine l'observent, ils n'ont même pas esquivé un geste pour l'empêcher de détruire la tablette.

- Comme je te comprends, murmure Lambert avec son habituel sourire. Ça n'est pas facile pour toi de ...

- Je veux voir Sameen, répète Louisa en lui coupant la parole.

- Ça va être difficile chérie pour le moment, murmure Martine en affichant un air faussement désolé. Notre dernière entrevue a été … très chaude.

La haine transparait sur chaque parcelle de peau de Louisa à ces mots.

- Qu'est ce que vous lui avez fait ? enrage-t-elle. Je veux la voir. JE VEUX LA VOIR TOUT DE SUITE.

Sa respiration s'accélère alors qu'elle leur hurle sa dernière phrase à la figure. Lambert hoche la tête en faisant mine de réfléchir.

- Tu sais, on ne fera plus de mal à Sameen si tu nous dit où est ta mère.

Il marque une pause alors que Louisa tente de calmer sa respiration.

- On n'en aura plus besoin. Dis moi, si ta mère était là, à ton avis la laisserait-elle souffrir pour elle ? Crois-tu qu'elle accepterait que tu la laisses souffrir en te taisant ?

Elle le regarde sans broncher et Lambert laisse un immense sourire s'étaler sur son visage.

- Non, reprend-t-il. Elle préférerait être ici avec vous. Ce qu'elle voudrait c'est vous savoir saines et sauves.

- Ce qu'elle voudrait c'est vous éclater la gueule, lui réplique Lou furieuse. Et franchement moi aussi. Je ne vous dirais rien, rien du tout et je veux voir Sameen.

Lambert cesse de sourire et pince les lèvres avant de soupirer en secouant la tête.

- Comme tu voudras, lui réplique-t-il en se levant.

Il ramasse la tablette brisée et se dirige vers la porte suivi de la blonde.

- Oh j'allais oublier, reprend-t-il en se tournant vers elle. Tu vas bien la voir.

Martine sort de la pièce tandis que Lambert continue de l'observer. Quelques instants plus tard elle revient avec une nouvelle tablette. Louisa hausse les sourcils alors que la blonde tapote un instant dessus. Puis elle lui montre l'écran avant de lui poser à ses pieds devant elle. Louisa peut y voir Sameen dans la pièce où elle est retenue. Elle ouvre la bouche et relâche sa respiration sans s'être rendue compte qu'elle l'avait retenue. Sameen est allongée dans le lit et Martine et Lambert entrent dans la pièce. Louisa assiste impuissante à la scène.

- Où est Louisa ? l'entend-t-elle faiblement demander aux deux arrivants.

Martine branche un fer à souder et le laisse chauffer un instant avant de se mettre à califourchon sur la petite brune, armée du bruleur qui commence à fumer légèrement.

Louisa sent son cœur battre la chamade. Elle ne veut pas voir la suite, mais elle n'arrive pas détacher son regard de l'écran.

- Elle va bien, lui répond Martine en marquant une courte pause avant de se pencher vers elle. Pour l'instant en tout cas.

La blonde teste avec un doigt la pointe du fer à souder mais elle ne le juge pas encore assez chaud. Elle se tourne à nouveau vers Sameen.

- Qu'est ce que vous lui avez fait espèces de malades ? demande Shaw.

Martine lui sourit, et lui relève sa chemise jusqu'au dessus du nombril.

- On s'occupe d'elle, lui répond-t-elle, comme je te l'ai promis.

Louisa peut voir Sameen se tendre à ces mots. La colère se peint sur son visage mais aussi autre chose, une pointe de peur ou du moins ce que Louisa identifie comme tel, ou peut-être est-ce juste ce qu'elle imagine.

- Mais maintenant c'est de toi dont j'ai envie de m'occuper un peu, continue la blonde en approchant le fer désormais brulant de son ventre

Sameen remet son masque d'impassibilité et serre les dents.

- Où est Root ?

Sam la regarde et ne lui répond pas. Martine soupire et appuie la pointe du fer sur son ventre traçant une ligne le long de son ventre alors que Shaw hurle horriblement et se débat contre ses entraves.

Louisa ferme les yeux et se plaque les mains sur les oreilles. Elle continue pourtant de l'entendre crier. Elle se met elle aussi à hurler mais de rage. Elle ouvre ses yeux et attrape la tablette pour la balancer le plus loin possible d'elle. L'écran se brise à nouveau et devient noir, mais le son fonctionne toujours. Sameen hurle encore et encore alors que Martine lui demande encore et toujours où est sa mère. Elle l'entend lui dire qu'elle s'occupera bien de la "gamine" et Lou comprend qu'elle est un moyen de pression pour Shaw. Mais cette dernière tient encore bon.

Les sons finissent par s'estomper et Lou comprend que c'est fini. Elle entoure ses genoux pliés de ses deux bras et se balance d'avant en arrière pour tenter de se calmer, en vain.

- Ça peut s'arrêter, murmure Lambert. Si tu nous dis où est ta mère, on ne lui fera plus rien. Tu as ma parole.

Lou le regarde, elle ne le croit pas. Elle sait qu'il ment, qu'il risque même de la tuer, de les tuer toutes les deux dés qu'elles parleront. Mais Sam souffre tellement. Elle déglutit avec difficulté. Lambert et Martine se dirigent vers la porte.

- Comme tu voudras, murmure-t-il sur un ton désolé en s'arrêtant à la porte. On doit justement aller la voir, on te laisse la tablette, tu pourras ainsi mieux l'entendre à défaut de pouvoir la voir désormais. Je te demande juste de réfléchir. C'est toi qui a les cartes en main pour arrêter tout ça. Ne refuses pas notre offre juste pour couvrir une mère dont on t'a prouvé qu'elle n'avait rien de parfaite. Réfléchis à ça et on en reparle à notre prochaine rencontre hum ?

Elle ne lui répond pas. La porte se claque la laissant atrocement seule. Puis quelques instants plus tard, elle les entend parler à Shaw. Elle attrape la tablette mais elle ne peut rien y voir. Elle ne sait pas si c'est mieux ainsi ou pas. Elle entend Martine lui demander où est sa mère encore et encore, et elle entend Shaw lui répondre par des hurlements plus affreux les uns que les autres. Elle claque la tablette au sol, mais ne peut se résoudre à la casser définitivement, elle est son seul lien avec Shaw, sa seule amie dans cet endroit. Louisa se recroqueville dans un coin le plus loin possible de la tablette comme si cette dernière allait lui exploser à la figure. Elle sent les larmes de rage couler à flot sur ses joues alors qu'elle entend tout. Elle se met à hurler de désespoir et de colère et frappe le mur de ses mains.

Ça dure deux jours, deux jours affreux où personne ne vient la voir, pas même pour lui donner à manger ni à boire. Deux jours horribles, deux jours d'angoisse alors qu'elle continue à entendre Sameen se faire interroger encore et encore. Elle sent la haine grandir en elle comme un serpent qui sera prêt à frapper quand ils entreront ici, enfin si elle en a la force. Tout lui tourne dés qu'elle tente de se lever pour se dégourdir les jambes, et elle finit par rester immobile assise au sol, voir même allongée dans les pires moments. La cris de Sameen la transpercent comme un lame, ils la réveillent au beau milieu de la nuit et l'empêchent de dormir. Dans ces moments elle a l'impression de faire un cauchemar éveillé. Au début elle hurlait de rage, l'accompagnant comme dans un sinistre chant. Puis peu à peu elle s'est tue et a juste fermé les yeux laissant, les larmes couler, avant de plaquer ses mains sur ses oreilles. Elle comprend mieux pourquoi sa mère déteste tant Samaritain et ses agents, pourquoi elle n'a aucune pitié à les torturer pour leur faire dire où est Sameen, ni même à les tuer. Elle comprend désormais. Car à cet instant précis, si elle-même avait une arme elle les tuerait sans regret, et elle ne se jugerait pas monstrueuse pour autant. Sa mère lui manque tellement. Lou se demande où elle peut bien être et même si elle pense à elle à cet instant précis. Elle est certaine que oui. Elle doit tout faire pour la retrouver, peu importe la morale et sur ce coup Lou lui donne bien raison. Quand elle pense à elle, elle se met à pleurer sans pouvoir s'arrêter un instant avant de se reprendre. "Elle viendra" se répète-t-elle encore et encore. Mais Lou a aussi peur que si elle vient, ils l'attrapent.

Mais les deux jours passent et personne ne vient. Elle sent le désespoir l'envahir. Elle se sent mourir, comme pourrir de l'intérieur. Ils l'empoisonnent et la torturent de la pire manière possible pour elle. Mais elle ne peut se résoudre à détruire la tablette alors que chaque jour elle entend les hurlements de Sameen à travers elle, preuve qu'ils ne l'ont pas encore tuée.

La porte finit par s'ouvrir au bout de trois jours et ils entrent. Louisa a à peine la force de tourner la tête vers eux alors qu'elle est allongée au sol, complètement vidée de toute force et de toute combativité. Elle est épuisée mais folle de rage.

Lambert se penche vers elle et l'assoit contre un mur avant de porter un verre d'eau à ses lèvres. Malgré la soif qui la tenaille, elle les laisse obstinément closes et lui lance un regard vide qui trahit son épuisement. Il sourit devant son entêtement mais ne recule pas le verre.

- Je peux t'y obliger tu sais, lui murmure-t-il.

Elle le regarde encore quelques secondes puis finit par pencher doucement la tête en ouvrant les lèvres. Elle avale le liquide qui lui fait l'effet d'une renaissance. Il penche le verre pour l'obliger à boire jusqu'au bout alors qu'elle avale rapidement le contenu.

- Doucement, lui murmure-t-il alors qu'elle le finit en buvant trop vite et manque de s'étrangler avec le liquide.

Elle ferme une demi seconde les yeux alors qu'il pose le verre vide au sol. Il se tourne vers l'écran et la regarde à nouveau en lui souriant. Il voit qu'elle ne l'a pas détruit, qu'elle a tout entendu. Son plan fonctionne bien au-delà de ses espérances. Il la sent prête à flancher.

- On s'apprêtait à aller voir Shaw quand je me suis souvenue que tu nous attendais impatiemment.

Louisa le regarde calmement, épuisée. Il se fiche clairement d'elle. Martine reste appuyée contre le mur, les bras croisés et l'observe. Elle a l'air de s'ennuyer ferme.

- Alors dis moi Lou, reprend Lambert. Où est ta mère ?

Louisa ne lui répond pas, l'observant toujours calmement. Elle sait qu'elle doit ressembler à un mollusque totalement débile à cet instant précis mais qu'importe. Sameen tient bon alors elle aussi elle tiendra quoiqu'ils lui fassent. Lambert secoue la tête devant son silence.

- Je croyais que tu l'aimais, murmure-t-il en pointant la tablette. Et pourtant tu la laisses endurer tout ça pour protéger une meurtrière.

Ses paroles ont l'effet d'un électrochoc sur la petite. Une parcelle d'elle-même sait qu'elle a le pouvoir de faire en sorte que ça s'arrête pour Sameen.

Martine sort un objet de sa poche et le lui montre.

- Je viens de recevoir un nouveau jouet pour m'occuper d'elle aujourd'hui, murmure-t-elle joyeusement à Louisa qui l'observe.

C'est un objet pointu qu'elle ne connait pas. Elle sent un frisson la parcourir comme si son corps avait compris avant son cerveau. Ça ne présage rien de bon. Elle tourne un regard angoissé vers la blonde qui lui sourit méchamment.

- C'est un pic à glace, lui explique-t-elle calmement. Ça sert à briser les morceaux de glace très dur mais j'en prévois un tout autre usage aujourd'hui. Le grand avantage de ce petit bijou c'est que ça va rentrer comme dans du beurre. L'inconvénient d'un couteau pour poignarder sans tuer, vois-tu, c'est l'épaisseur de la lame. Mais avec ça les dégâts seront moindres, et je pourrais m'amuser un peu plus longtemps.

Martine tapote du bout du pied l'écran de la tablette posée au sol alors que Lou pâlit devant son explication.

- Je te laisse l'écouter chanter.

Puis elle se dirige vers la porte suivie de Lambert. Ils arrivent à la porte quand …

- Attendez, murmure-t-elle faiblement.

Ils s'arrêtent et échangent un regard ravi avant de l'observer à nouveau. Lou n'a pas pu s'en empêcher, elle ne peut pas en supporter davantage, en entendre davantage. Mais elle ne veut pas non plus trahir sa mère. Elle se mord la lèvre, son regard fixé sur la tablette, origine de sa souffrance.

- On vit dans le Bronx, ment-elle en se tournant vers eux.

Elle les voit lui sourire. Martine s'approche d'elle lentement telle une panthère s'approchant de sa proie, et se penche vers elle lui attrapant le menton entre deux doigts

- Mauvaise réponse petite merdeuse.

Lou a du mal à déglutir, comment peuvent-ils savoir bon sang ?

- Un conseil, reprend Martine. Ne nous mens pas on le saura, tu n'es vraiment pas douée pour ça, comme pour le reste d'ailleurs.

Elle éclate de rire, un rire effrayant qui pétrifie Louisa de peur.

- Brooklyn, avoue la petite en baissant les yeux.

- Bien, murmure la blonde en s'impatientant. Et où dans Brooklyn ?

Louisa ne la regarde toujours pas, elle lui fait peur autant que lui mais pas pour ce qu'elle peut lui faire à elle, mais pour ce qu'elle peut faire à Sameen. Elle secoue la tête.

- Je veux voir Sameen, répète-t-elle désespérée.

- Dis nous où dans Brooklyn et tu la verras, lui promet Lambert.

Louisa ferme les yeux. Elle s'en veut pour ce qu'elle va faire. Elle se retient encore un instant mais elle voit Martine s'éloigner et poser sa main sur la poignée. Elle refuse que Shaw souffre par sa faute, parce qu'elle se dit qu'ils ont raison au fond, que c'est bel et bien sa faute. Tout cela est de sa faute. Si elle n'avait pas été assez idiote pour se faire prendre. "C'est ta faute, ta faute et tu vas encore l'entendre souffrir par ta faute, pour te protéger toi et ta sottise" lui chuchote une voix dans sa tête. Et elle comprend enfin que celle contre qui elle est le plus en colère. Ce n'est pas sa mère, ni Martine ou Lambert, mais elle. Elle se déteste.

- Où habites-tu dans Brooklyn ? lui redemande Lambert devant son silence prolongé.

Louisa fait non de la tête.

- Je peux pas, c'est un secret. J'ai promis, dit-elle.

Ils soupirent de sa réponse. Martine semble franchement perdre patience, mais Lambert reste calme et garde son sourire. Il a une autre idée derrière la tête.

- Tu dois bien aller à l'école.

Elle se mord plus fortement les lèvres et baisse les yeux. Elle n'ose par leur mentir à nouveau.

- Avant, murmure-t-elle d'une petite voix à peine audible.

Lambert acquiesce et sourit. Ils avancent, pas à pas et petit à petit. Le jeu du chat et de la souris l'amuse à un point inimaginable.

- Dis moi où et je te laisse voir Sameen, lui promet-il. Tu resteras avec elle.

Louisa le regarde. Peut-elle le croire ? Elle en a envie, elle sent l'espoir renaitre en elle comme un soleil qui réchauffe en plein hiver. De toute façon elle n'a pas le choix, elle refuse qu'ils fassent du mal à Sameen, encore une fois et surtout à cause d'elle. Et de toute façon ça n'a pas d'importance, elle ne va plus à l'école depuis des mois et sa mère ne sera pas en danger si elle avoue ça.

- L'école Montessori, avoue-t-elle.

Lambert lui sourit. Il sait dans quelle zone chercher. Lou déglutit.

- C'est bien, la félicite-t-il. On se contentera de ça pour l'instant.

Il se lève et Lou prend peur. Et s'il ne tenait pas parole ?

- Je veux voir Sameen, répète-t-elle.

Lambert lui sourit et elle sent des frissons parcourir son dos. Il fait un signe à Martine qui sort dans le couloir.

- Je suis un homme de parole, lui dit-il.

Il lui tend une main pour se relever. Elle la refuse le défiant du regard et se relève lentement malgré ses vertiges. Il lui pose une main au creux de son dos et la pousse lentement dans le couloir. Quand elle entre dans la pièce où est retenue Sameen, Martine finit de la détacher et la menace d'une arme. Shaw la défie du regard, puis elle voit Louisa entrer dans la pièce. Elles se précipitent l'une sur l'autre. Sameen la serre dans ses bras comme si cela suffisait à la protéger de ce qu'il y a autour.

- Lou, murmure-t-elle doucement.

- Tu vois Lou, dit Lambert, je tiens mes promesses.

Lou ne lui répond pas et reste pelotonnée contre Sameen, les yeux fermés. Cette dernière sent les larmes de la petite couler dans son cou. Que lui ont-ils fait ? Elle lance un regard de haine à Lambert. "Enfoirés" pense-t-elle avec rage. Elle reporte son attention sur Louisa.

- Tu vas bien ? lui demande-t-elle encore et encore en la serrant très fort. Qu'est-ce qu'ils t'ont fait ? Qu'est-ce qu'ils t'ont fait Lou ? Réponds moi, qu'est-ce qu'ils t'ont fait ?

Martine et Lambert sortent de la pièce sans un mot, ce qui surprend Sameen. Mais elle s'en fiche, elle serre Louisa dans ses bras. La petite tremble et ne répond toujours pas à ses questions. Sameen l'examine sous toutes les coutures, mais hormis les ongles arrachés quatre jours plus tôt, elle semble ne rien avoir … de visible en tout cas. Elle sent la peur l'envahir en même temps que la colère. Si jamais ils l'ont …

- Ils t'ont touché ? lui demande-t-elle appréhendant la réponse.

Elle force Lou à lui faire face et observe son visage en larmes. La petite fait non de la tête.

- Ils m'ont montré des films où maman tue et torture des gens, sanglote-t-elle.

Sameen pince des lèvres et acquiesce légèrement. Evidemment, ces salauds ont appuyé là où ça lui ferait le plus mal, à savoir sa confiance envers sa mère. Mais au moins elle n'a pas subi de sévices physiques. Elle en crève depuis quatre jours de ne pas savoir ce qu'ils lui ont fait, elle n'en dort plus, déjà qu'elle ne dort pas beaucoup ici entre ses séances de tortures nocturnes et ses cauchemars.

- Ils m'ont dit, continue Louisa en larmes, qu'elle est comme eux et que c'est pour ça qu'elle doit travailler pour eux.

Sameen fait non de la tête. Elle se fiche qu'on les écoute.

- Ne les crois pas Lou. Ta mère t'aime. Et tu sais moi aussi j'ai tué et torturé des gens, mais pour des gens comme eux c'est mérité. Je ne l'ai jamais fait sur quelqu'un qui ne le méritait pas. Je ne sais pas ce qu'ils t'ont montré sur ta mère mais sache que oui elle a fait de grosses erreurs, mais l'important c'est ce qu'elle est aujourd'hui. C'est le point d'arrivée qui compte et non le point de départ.

Lou la regarde un instant. Elle a eu le même raisonnement que Sameen, envoyant voler en éclat la précieuse morale que Harold lui a inculqué. Pourtant …

- Ils m'ont montré mon père, lâche-t-elle. Il travaillait pour Samaritain et elle l'a tué.

Sameen l'observe en silence. Ça elle ne savait pas par contre. Elle n'avait jamais demandé parce qu'elle s'en fichait. Elle savait qu'elle était bien avec Root et avec Lou, peu importe avec qui elle avait couché avant elle. C'était pareil dans l'autre sens d'ailleurs. Elles ne comptaient pas les points.

- Tu savais ? insiste Lou devant son silence.

- Non, lui avoue Shaw, mais peu importe.

- Quoi peu importe, explose Louisa. Pourquoi elle a voulu de moi comme enfant si elle ne l'aimait pas, si elle l'a …

Mais elle est incapable de finir et sanglote de plus belle en silence. Sameen la prend doucement dans ses bras et la porte jusqu'au lit où elle l'allonge avec elle. Elle s'installe contre la petite qui lui entoure la taille de ses bras en continuant à pleurer contre elle. Sameen ne l'a jamais vu dans un tel état, elle qui est toujours si souriante, si joyeuse. Quatre jours ici, c'est le temps qu'il aura fallu pour faire craquer Louisa. Sameen se sent si impuissante face à son désarroi, et surtout si en colère.

- Tout ce que je sais, lui murmure-t-elle doucement, c'est que quand je lui ai dit qu'elle était enceinte de toi, elle a tout de suite voulu te garder. Et quand tu es née, elle a été heureuse comme je ne l'avais jamais vu avant ce jour.

Lou se redresse et la regarde dans les yeux. Elle n'arrive pas à s'arrêter de pleurer. Ce que dit Sameen lui fait se sentir encore plus coupable.

- C'est vrai ? lui demande-t-elle.

Sameen acquiesce. Ça la rend furieuse qu'ils aient réussi à faire douter la petite.

- Tu me le jures Shaw, insiste Lou en lui tendant le petit doigt et en la regardant intensément.

Sameen esquisse un léger sourire à ce geste enfantin. Elle n'y est plus habituée et ses muscles zygomatiques sont douloureux mais elle y parvient tout de même. Elle lui attrape le doigt avec le sien.

- Je te le jure, murmure-t-elle en la regardant dans les yeux.

Louisa acquiesce et la lâche. Elle reste pourtant assise et continue de pleurer et Sameen ne comprend pas pourquoi. La situation n'est certes pas idéale, mais pour l'instant elles sont ensembles, vivantes, et seules. C'est le mieux qu'elles puissent espérer dans un endroit pareil. Shaw se redresse à son tour et recommence à l'examiner en détail. Louisa n'a peut-être pas osé lui dire quelque chose. Elle sait qu'elle doit être prudente dans ses gestes. Elle ne remarque pourtant rien de visible. Lou continue pourtant de sangloter sans parvenir à sa calmer.

- Lou, l'appelle doucement Shaw. Est ce qu'ils t'ont fait du mal à part avec ces vidéos ? Tu dois me le dire.

Louisa lui répond en faisant non de la tête et pleure de plus belle. Sam sent l'angoisse la tarauder.

- Je suis… désolée, hoquette Louisa. Je ne pouvais plus … supporter de les … entendre,.

- D'entendre quoi ? demande Shaw désormais franchement inquiète.

- De les entendre te … faire du mal, poursuit Louisa d'une voix entrecoupée de sanglots. Parce que c'est ma faute.

Elle pleure de plus belle en répétant plusieurs fois sa dernière phrase. Sameen la force à la regarder en lui levant le menton. Elle pense avoir compris ce qu'ils ont fait, même si elle pensait que ce serait dans l'autre sens. Elle ne comprend pas pourquoi ils ne torturent pas la petite pour la faire craquer elle comme l'autre jour, mais elle s'en félicite. Elle préfère que ce soit dans ce sens là. Pourtant là tout de suite elle a peur, alors qu'elle pense comprendre pourquoi Lou pleure autant, comme si … elle avait fait quelque chose de mal.

- Qu'est ce que tu leur as dit ?

Louisa se mord la lèvre et continue de pleurer en la regardant. Elle n'arrive pas à lui avouer.

- Tu leur as dis où on vivait ? ose enfin lui demander Sameen espérant ses pires craintes infondées.

- Non, s'exclame aussitôt Louisa terrifiée.

- D'accord, d'accord, murmure calmement Sameen soulagée.

Elle a l'impression de devoir apprivoisé un animal sauvage blessé et terrorisé. Louisa pleure encore et se tord les mains.

- Mais je vais avoir des problèmes si j'ai dit où j'allais à l'école ? reprend-t-elle d'une petite voix.

- Celle de Manhattan ?

Louisa fait non de la tête.

- Celle de Brooklyn. J'ai dû leur dire que l'on vivait là bas.

Sameen sent son cœur manquer un battement. "Et merde" pense-t-elle. Bon Brooklyn c'est grand, mais quand même, ils ont une zone de recherche désormais.

Elle ne veut cependant pas effrayer la petite, elle lui caresse doucement le visage.

- Non tu n'auras pas de problèmes Lou, lui murmure-t-elle. Viens là.

Elle se rallonge la tirant contre elle tandis que Shaw l'entoure de ses bras en geste protecteur. Elle lui caresse les cheveux emmêlés depuis trois jours qu'ils n'ont pas été coiffé et elles restent silencieuses. Louisa finit par arrêter de pleurer alors que Sameen réfléchit le plus vite possible. A ce rythme là ils vont lui faire vite avouer tout ce qu'ils veulent. Il faut sortir d'ici. Mais comment ? S'enfuir ? Pas bon. Elle a tout tenté, c'est impossible. La seule solution c'est que quelqu'un de l'extérieur les fasse sortir d'ici, mais encore faudrait-il qu'ils sachent où elles sont. Shaw soupire. La situation est vraiment critique.

- Shaw ? murmure Lou au bout d'un moment.

- Hum ? murmure Sameen en continuant à lui démêler les cheveux avec ses doigts.

- Je …, hésite-t-elle. Je ne veux pas que tu meurs.

Sameen continue de passer ses doigts dans ses cheveux. La phrase la touche en plein cœur. Elle voudrait dire à Louisa qu'elle non plus elle ne veut pas qu'elle meurt. Mais les mots n'arrivent pas à se former et à passer sa bouche. La petite ne semble pourtant pas attendre de réponse d'elle comme d'habitude avec Shaw. Elle a juste fait une constatation.

- Qui a dit que j'allais mourir ?

C'est la seule chose qui passe ses lèvres.

- J'ai peur, je veux rentrer à la maison avec toi et maman.

- Moi aussi lui avoue Sameen. Mais tu sais on va peut-être rester ici longtemps.

Elle marque une pause alors que Louisa encaisse ses paroles. Sam s'en veut immédiatement de lui avoir dit ça, mais trop tard c'est sorti.

- Mais ce qui compte, tente-t-elle de se rattraper, c'est que l'on soit ensemble même dans un endroit comme ici.

Louisa resserre son étreinte autour d'elle.

- Ils ne l'ont pas attrapée, lui chuchote-t-elle à l'oreille sur un petit ton de victoire.

Sameen acquiesce, une lueur de plaisir passant dans ses yeux. Elle s'en est doutée quand elle a vu Martine et Lambert venir la voir le lendemain de son appel à Root. Toute victoire, aussi infime soit-elle est bonne à prendre. Et ça lui a redonné du baume au cœur.

Elle commence à lui faire une petite tresse le long de son front. Sameen a énormément de mal avec ses doigts brisés qui continuent de la faire souffrir. Elle a tenté sans succès de se les remettre en place, mais a abandonné devant l'atroce souffrance. Martine y était allée encore plus fort que la dernière fois. Elle maudit sa faiblesse, elle sait pourtant en tant qu'ex médecin que ça devra être fait et que le plus tôt serait le mieux. Ses gestes sont donc lents mais appliqués. C'est sa mère qui lui a appris, ou plutôt qui l'a forcée enfant à le faire. Elle apparentait ces moments à une forme de torture. Sameen a toujours trouvé que se coiffer était un perte de temps et d'énergie, préférant soit faire une queue de cheval, soit les laisser libre sur son dos. Pourtant ici ça l'apaise, et elle sent même Louisa se détendre sous ses gestes. La petite finit par s'endormir contre elle. Elle a l'air épuisée. Sameen refuse pourtant de s'abandonner au sommeil avec elle, de peur qu'en se réveillant elle ne soit plus là, qu'on la lui ait enlevé à nouveau. Elle continue de lui caresser doucement les cheveux et le visage. Sans qu'elle ne comprenne pourquoi une berceuse perse lui revient en tête :

Tu es la grande lune du ciel
Et je me ferai étoile et tournerai autour de toi.
Si tu deviens une étoile et tourne autour de moi,
Je me ferai nuage et couvrirai ton visage.
Si tu deviens un nuage et couvre mon visage,
Je me ferai pluie et tomberai.
Si tu deviens pluie et tombe,
Je me ferai herbe et germerai.
Si tu deviens herbe et germe,
Je me ferai fleur et m'assiérai près de toi.
Si tu deviens herbe et t'assieds près de moi,
Je me ferai rossignol et gazouillerai pour toi.

La comptine symbolise l'espoir. Elle parle de l'évolution, du cycle de la vie grâce à l'accumulation d'une multitude de petites choses, qui pourtant séparées semblent insignifiantes. Pourtant chaque petite chose a un impact tel que ce câlin avec la petite, la larme qui coule sur la joue de Lou, les cris que Sam a poussé depuis qu'elle est ici, le sourire qu'elle a offert à Louisa pour tenter de la rassurer, les peurs qu'elle a de plus en plus de mal à dissimuler. Tout ça s'accumule pour former quelque chose de beau et d'effrayant à la fois, quelque chose qu'elle peut désormais nommer. L'amour.

Elle répète encore et encore dans sa tête cette berceuse que sa mère a dû lui chanter enfant pour qu'elle la connaisse si bien. Elle ne se souvient plus honnêtement. Pour Sameen la berceuse ne parle pas d'une plante qui évolue mais bien d'un enfant que sa mère accompagne pas à pas alors qu'il grandit pour finir par le rendre aussi libre que l'oiseau chanteur tout en restant là pour lui s'il a besoin d'elle. Elle regarde Lou endormie contre elle. La petite n'a pas mérité ça. Elle doit pouvoir grandir accompagnée de sa mère. Elles doivent pouvoir être libres.

Plusieurs heures passent ainsi dans un silence tranquille. Lou dort pelotonnée comme un petit chaton contre la poitrine de Sameen qui la serre dans ses bras. C'est un instant paisible comme elle n'en a jamais eu depuis qu'on l'a plongé dans cet enfer.

Pourtant ça ne pouvait pas durer. Au bout de quelques heures Sam ne cesse de regarder la porte de plusieurs coups d'œil fugaces, resserrant son emprise sur Lou. Ils finissent par entrer à nouveau dans la pièce réveillant Louisa en sursaut et la bulle de plénitude qui flottait autour d'elles explose comme on crève un ballon avec une aiguille. Elles se redressèrent mais restèrent assises l'une contre l'autre. Il était hors de question pour Sameen de lâcher Lou. Elle avait promis à Root un jour, de veiller sur sa fille et elle honorerait sa parole.

- C'est mignon, ironisa Martine en faisant la moue.

Sameen lui envoya son regard le plus meurtrier.

- Tu veux rester avec Sameen pas vrai Lou ? demanda Lambert.

Shaw tiqua de colère à l'utilisation de son surnom. La petite resta silencieuse. Lambert lui sourit comme à son habitude. Louisa commençait à en avoir plus que marre du sourire de ce type.

- Dans ce cas dis moi où tu habites avec ta mère.

Sameen resserre l'emprise de ses bras autour d'elle.

- Lou tais-toi, lui ordonne-t-elle sans quitter Lambert et Martine des yeux.

- Tu sais ce que l'on va faire à Shaw si tu ne nous le dis pas, menace Lambert d'une voix doucereuse sans s'occuper de Sameen.

La gamine déglutit mal et sent son cœur s'accélérer. Alors qu'elle repense au pic à glace et à ce que la blonde lui en a dit, deux types entrent dans la pièce. Sameen se raidit et Lou entend son cœur battre dans sa poitrine aussi vite que le sien. Martine sort l'objet et commence à le caresser du bout des doigts avant d'envoyer un sourire sadique et entendu à Shaw puis à Louisa. Sameen réagit très vite. Elle tourne Louisa de force vers elle pour lui faire face.

- Ils ne me tueront pas, lui chuchote-t-elle très rapidement dans son oreille. Ils ont besoin de moi vivante pour avoir un moyen de pression sur toi. Alors ne dis rien. Je peux encaisser.

Shaw ponctue sa phrase d'un petit clin d'œil, comme un rappel de leur dernière conversation où Lou lui avait sorti la même chose avant de lui avouer son secret. Louisa la regarde terrifiée alors que les deux types empoignent Sameen et la trainent devant la blonde. Martine lui caresse doucement le visage. Sam lui tient tête et ne bronche pas. Lambert à attraper Lou par le bras alors qu'elle essayait de frapper les deux gorilles qui tenaient Sameen au moment même où ils les séparèrent.

Elle regarde horrifiée Martine qui lui sourit avant de poignarder le bras de Shaw qui hurle d'une douleur insoutenable et Louisa se débat contre Lambert sans parvenir à se dégager. Elle refuse de regarder la scène, mais ce qu'elle entend est pire que les images.

- Vous aviez promis que vous ne lui feriez pas de mal, murmure-t-elle à Lambert en se tournant vers lui.

- Non, lui réplique-t-il avec un sourire alors que Shaw hurle encore plus fort face à la souffrance endurée. Je t'avais promis que tu la verrais et que tu pourrais rester avec elle.

Il marque une pause, observant Sameen qui se débat et hurle de douleur alors que Martine garde son emprise sur le pic. Shaw serre les dents pour tenter de retenir ses cris et lance un regard haineux à la blonde. Elle sent que la pointe a frappé quelque chose de dur, surement son cubitus et la douleur la secoue de spasmes incontrôlables.

Lambert se tourne à nouveau vers Louisa qui ne peut toujours pas se résoudre à poser les yeux sur Shaw. Sa vision se brouille de larmes qu'elle parvient encore à retenir pour se montrer courageuse. Elle refuse de craquer une fois de plus devant eux et elle serre les dents de rage.

- Mais si tu me dis où vous vivez avec ta mère, reprend Lambert, je te promets que l'on ne lui fera plus de mal.

- NON, parvient à hurler Sameen.

Martine lui lance un sourire sadique et sans prévenir elle frappe durement et brutalement sur le manche du pic à glace qui entre comme dans du beurre et Sam pousse un cri horrible alors que son os se brise dans un bruit sinistre.

Louisa ne laisse pourtant rien échapper, ni un mot, ni un bruit, ni une larme, ni un regard.

Le calvaire finit par s'arrêter quand ils comprennent qu'elle ne dira rien. Sameen a perdu connaissance sous le coup de la douleur et les deux agents qui la maintenaient face à la blonde, la rallongent dans son lit en la sanglant. Martine se plante devant Louisa complètement furieuse de leur échec. Elle perd son sang froid et l'empoigne violemment par le col de son pull d'une main alors qu'elle lève le poing de l'autre main prête à la frapper. Louisa continue pourtant de la regarder très calmement, presque amusée. La blonde est sur le point de la frapper en plein visage quand Lambert la retient d'un bras. Il lui fait non de la tête et tapote son oreille droite.

- Il veut la voir maintenant, lui dit-il d'une voix neutre.

Martine lâche Louisa et abaisse son poing avant de se tourner vers la caméra de la pièce. Puis elle l'attrape sans douceur par le bras et la traine dans le couloir alors que la petite hurle et se débat. Lambert les suit.

Quelques minutes plus tard, ils pénètrent dans la salle des opérations. Louisa peut voir une immense salle remplie d'ordinateurs sur lesquels des techniciens travaillent sans s'occuper d'elle, ainsi qu'un mur totalement recouvert d'un immense écran blanc devant lequel se tient un homme assez vieux. Elle plisse les yeux pour mieux le voir, la lumière l'éblouit. Lou le reconnait tout de suite, c'est Greer le patron de Samaritain. Il lui sourit alors que Martine la traine devant lui avant de finalement la lâcher. Louisa observe l'homme. Il est vieux et a la peau plus froissé qu'un journal chiffonné, ses yeux gris sont froids et son sourire ne présage rien de bon.

- Ainsi vous ne voulez pas parler mademoiselle Groves, murmure-t-il doucement. Même pas pour Sameen Shaw.

Elle lui lance un regard mauvais rempli de toute la haine qu'elle peut ressentir pour eux.

- Je pense qu'il en serait de même dans l'autre sens, poursuit-il. Aussi il est temps de vous montrer qui nous sommes réellement.

Il se décale et lui montre l'écran blanc d'une main.

- Ma chère, je vous présente Samaritain.

Louisa ouvre grand la bouche de stupéfaction devant l'écran sur lequel elle peut lire les mots que ce truc écrit pour elle alors qu'il la salue. Lou se tourne vers Greer qui l'observe. Qu'est ce que ça voulait dire ? Pourquoi était-elle là ?

- Ceux que vous protégez par votre silence ne sont en rien les gentils.

Louisa hausse les sourcils et affiche une mine totalement ennuyée maintenant. "Et voilà c'est reparti", pense-t-elle.

- Mais je ne vous demande pas de me croire sur parole, continue-t-il. Observez plutôt.

Elle voit sur l'écran une vidéo se mettre en route. Or pour une fois il ne s'agit pas de sa mère. Elle peut voir quatre homme dans un sous sol en train de jouer aux cartes. Samaritain zoome sur le matériel installé sur une table voisine des joueurs. Louisa reconnait plusieurs pain de C4 pour en avoir déjà vu chez elle à côté des armes de sa mère et de Sameen. Elles lui avaient défendu de s'en approcher comme les armes d'ailleurs. Elles lui avaient expliqué que ça servait d'explosif et donc que c'était dangereux. Elle tourne un regard perplexe vers Greer.

- Une bombe, réalise-t-elle à mi voix.

Greer acquiesce visiblement très étonné de la rapidité de son analyse.

- Ces quatre hommes sont des terroristes tchétchènes. Demain ils poseront cette bombe dans le consulat de Russie pour protester contre la main mise du président Poutine sur leur pays. Ils tueront de nombreux innocents.

Louisa fronce les yeux et ouvre la bouche d'incompréhension. Pourquoi lui montrer tout ça ?

- Auriez vous une solution mademoiselle Groves pour empêcher un tel drame de se produire ? lui demande-t-il.

Lou hésite un instant. La situation n'a rien de banale et la question non plus, elle le sait. Elle a l'impression de passer un test scolaire particulièrement tordu.

- Prison, marmonne-t-elle simplement.

Greer fronce le sourcils et hoche la tête avant de se tourner vers l'écran.

- Quelles sont les chances qu'ils recommencent à leur sorti dans quelques années ? demande-t-il à l'écran blanc.

Lou pourrait presque le prendre pour un fou à le voir parler à un mur. Mais elle sait qu'il l'est déjà.

Samaritain prévoit que les hommes ont 97,59 % de chance de recommencer leur méfait et qu'il y a 64% de chance que cette fois ils parviennent à faire des victimes.

Louisa reste silencieuse. Si ce truc a raison, ces hommes finiront par tuer de nombreuses personnes innocentes et la prison ne semblerait rien y changer.

- Voilà comment nous, nous réagissons mademoiselle Groves, lui dit Greer.

Louisa peut voir sur l'écran des hommes armés entrer dans la pièce et tuer les quatre terroristes avant de s'emparer de la bombe artisanale. La violence de la scène l'a clouée sur place. Puis l'écran redevient blanc et elle se tourne vers Greer.

- Samaritain sait réagir fermement, alors que la Machine que sert votre mère aurait donné la même réponse que vous et n'aurez fait que retarder l'attentat qui aurait finalement eu lieu un jour. Ce travail que Samaritain lui propose serait exactement dans ses cordes, murmure-t-il. Sauf que là elle tuerait des gens pour en protéger de nombreux autres. Et surtout elle vivrait.

La dernière phrase est clairement une menace et Louisa a du mal à déglutir malgré l'air insolent qu'elle se force à adopter.

- Samaritain voit tout, continue Greer. Il entend tout. Il sait tout. Et sur tous le monde, et il la trouvera à un moment ou un autre comme il a trouvé Sameen et comme il vous a trouvé vous.

Louisa ne bronche toujours pas. Le vieux va finir par se demander si elle a encore la capacité de parler pour former des phrases entières si ça continue ainsi.

- Quand ça arrivera je compte sur vous pour lui faire comprendre tous les intérêts qu'elle aurait à travailler pour nous.

- Non, lui réplique simplement mais fermement Louisa.

Elle refuse. Que ces quatre hommes soient des terroristes et des hommes mauvais soit, mais ils méritaient un procès, ils méritaient une chance de pouvoir changer et apprendre de leurs erreurs. Ils sont morts pour une histoire de pourcentages fournis par un robot complètement fou. Grâce à eux, Louisa voit comment sa mère était avant et peut comparer avec ce qu'elle est devenue aujourd'hui. Or elle ne peut s'empêcher de comparer son ancien comportement de tueuse de sang froid à celui des agents de Samaritain qui tuent et torturent sans sourciller. Si sa mère travaillait pour Samaritain, elle redeviendrait méchante comme avant sa naissance. Jamais Lou n'accepterait une telle chose, et en aucun cas elle ne le lui demanderait. Comme sa mère avait eu la capacité de changer pour devenir quelqu'un de meilleur, ces quatre hommes auraient pu eux aussi avoir une chance aussi infime soit-elle de pouvoir s'améliorer.

Greer la regarde en soupirant.

- Vous êtes têtue, murmure-t-il, mais brillante pour une enfant. Après tout vous avez réussi à poignarder un de mes meilleurs agents avant de parvenir à semer les autres et à tromper la vigilance de Samaritain pendant quelques minutes en disparaissant des écrans avant que Martine ne vous débusque. Et je pense même … que vous avez d'autres talents insoupçonnés.

Elle continue de le regarder ne laissant rien transparaitre sur son visage cette fois ci. Un pesant silence s'installe. Greer hoche la tête et Lambert la reconduit dans la pièce où Sameen est toujours inconsciente. Il la laisse là. Louisa voit une infirmière s'affairer autour de Shaw. Elle voit une seringue et comprend qu'on l'a endormi. La femme sort en verrouillant la porte sans même jeter un regard à Lou. Cette dernière grimpe sur le lit. Mais elle ne parvient pas à la rejoindre dans le sommeil. Elle s'attarde à lui enlever ses sangles trop serrées, mais elle ne parvient pas à la réveiller. Il finit par se blottir contre elle.

Quelques heures plus tard, alors que Shaw est encore dans les vapes, Lambert revient la chercher complètement ravi et elle s'attend au pire. Sans un mot il lui fait signe de le suivre. Louisa le défie du regard et il sort une arme. Elle serre une dernière fois la main de Shaw avant de se résoudre à le suivre. Quand elle sort elle croise l'infirmière qui entre à nouveau, surement pour rattacher Sameen. Louisa la dévisage. Elle les hait tous. La femme baisse les yeux, évitant de croiser son regard. Elle fait semblant de ne pas l'avoir vue mais Lou sait qu'elle la voit, qu'elle sent sa colère qu'elle lui balance en pleine face. Cette femme pourrait les aider, elle pourrait faire quelque chose. Elle est juste comme les autres.

Lambert la mène à nouveau dans la salle des opérations. Greer et Martine sont toujours là. Le cœur de Louisa manque de s'arrêter alors qu'elle voit sa mère sur l'écran et Lambert doit pratiquement la trainer pour qu'elle avance. La panique se peint sur son visage. Sa mère est là devant elle à l'écran. Elle est au milieu d'une rue un téléphone à la main, tournée vers la caméra.

Greer et Lou se regardent un instant. La gamine se mord les lèvres et le vieux lui sourit avant de se tourner vers l'écran. Root décroche son téléphone et le porte à son oreille.

- Vous en avez mis du temps pour vous décider mademoiselle Groves. Notre proposition tient toujours vous sav…

Root lance un sourire mauvais à la caméra.

- Je n'appelle pas pour ça, le coupe-t-elle d'une voix froide.

Greer hausse un sourcil.

- Vraiment ? Alors que souhaitez vous ?

Root élargit son sourire comme si la situation était comique. Mais ce n'est qu'un masque. Elle n'a aucunement envie de rire à cet instant où elle va mettre en jeu leurs vies. Pourtant elle affiche un air décontracté allant même jusqu'à s'appuyer négligemment contre le pilonne d'un réverbère.

- Le son de votre voix décrépi me manquait trop, ironise-t-elle.

Greer lâche un léger rire. Il n'est pas dupe. Elle appelle pour une seule et unique chose. Cette fois il la tient.

Lou observe sa mère, surprise et terrifiée par son attitude. Elle a perdu la boule ou quoi. Qu'est ce qu'elle fait?

- Non sérieusement, reprend Root en se décollant de son poteau, je connais des méthodes beaucoup plus simples pour me rendre malade.

Elle marque une pause avant de reprendre sûre d'elle.

- Je n'ai pas eu de nouvelles de mon entretien d'embauche dans la 24ème, continue-t-elle sarcastique. Peut-être n'avez-vous pas été satisfait, mais dans ce cas nous sommes deux car vos hommes n'étaient vraiment que des abrutis finis. Et donc je refuse l'offre, annonce-t-elle platement.

Greer fronce les sourcils.

- Alors que nous vaut l'honneur de votre …

- Je refuse l'offre car j'en ai une bien meilleure à vous proposer, le coupe-t-elle à nouveau en souriant toujours.

Greer patiente quelques instants mais elle ne continue pas. Elle ne se souvient pas de la dernière fois qu'elle a joué au poker. C'était il y a longtemps en tout cas, surement à la bibliothèque avec Reese et Shaw quand elle était enceinte. Elle était assez douée, sauf qu'ils avaient fini par parfois deviner quand elle bluffait. Root est un peu rouillée aujourd'hui mais si c'est comme conduire une moto, ça ne s'oublie jamais.

- Je vous écoute. Qu'avez-vous à nous proposer ?

- Oh non, murmure-t-elle en riant à gorge déployée. Le principe du poker consiste à miser d'abord et à montrer ses cartes ensuite.

Greer s'amuse pleinement cette fois. Que peut-elle vraiment négocier au fond ?

- Et que miseriez vous Mademoiselle Groves ?

Root fait mine de réfléchir.

- Hum, je ne sais pas, attendez, fait-elle semblant d'hésiter. Environ quatre vingt sept milliards de dollars et des poussières que vous auriez perdu au cours des derniers mois.

- L'argent n'est pas un problème, réplique Greer.

Root sourit plus largement.

- Pour l'instant …., réplique-t-elle.

Elle redevient sérieuse. Elle savait qu'ils n'accepteraient pas cette offre là. Elle a juste voulu leur rappeler comment il avait été simple de trouer leurs caisses financières.

- Bien sûr, ce que vous voulez c'est la Machine.

- Je vous avouerez que ça aussi c'est assez secondaire, lui réplique Greer.

Root hausse les sourcils de surprise cette fois.

- Nous finirons par la trouver comme l'argent, ajoute-t-il. C'est vous qui allez nous les donner, c'est vous que nous voulons.

Root s'y était attendue bien sûr. Il était inévitable d'en arriver là.

- Très bien, reprend-t-elle. Vous savez ce que je peux mettre sur la table. La question est donc : qu'est ce que vous vous avez à me proposer qui puisse un tant soit peu m'intéresser ?

Greer observe la femme en silence alors qu'elle ponctue sa question d'un haussement de sourcil faussement interrogatif. Son sourire ne l'a pas quitté. Mine de rien, Greer s'amuse de la situation. Elle est à terre mais elle continue à jouer. Elle est coriace, têtue, forte, bornée et, il doit bien l'avouer au vu de sa détestable situation actuelle, très courageuse. Il comprend pourquoi Samaritain la veut tellement. Et Greer fera tout ce qu'il peut pour combler son enfant dieu.

- Ce que vous désirez le plus au monde, lui répond-t-il en jetant un coup d'œil à Louisa avant de reporter son attention sur elle.

La petite s'est raidie, elle pense avoir compris. Mais c'est non, c'est hors de question.

- Très bien, reprend sa mère. Moi contre Sameen et Louisa.

Greer sourit de plus belle, alors que Lou respire mal et trop vite.

- Mademoiselle Groves, reprend-t-il. Si je ne m'abuses le principe du poker et qu'avant de se montrer les cartes pour savoir qui a gagné, les deux joueurs doivent avoir posé deux mises de valeurs identiques sur la table.

Root déglutit.

- Ce sera une vie contre une vie, continue le vieux. A vous de choisir laquelle.

- Moi et la Machine contre Louisa et Sameen, réplique-t-elle en faisant mine de compter sur ses doigts. Ça fait bien deux vies contres deux vies.

Greer observe la réponse de Samaritain et sourit devant le nouveau test que ce dernier tend à Samantha, voulant savoir qui elle allait choisir de sauver. Ils n'allaient définitivement pas s'ennuyer avec elle.

- Sauf que vous ne pouvez pas parler pour elle, reprend Greer qui fait semblant de ne pas savoir pour son implant et pour son lien d'interface avec la Machine. La réponse est non. Décidez vous.

Root reste silencieuse un moment en se mordant la lèvre. Elle réfléchit vite. Elle veut les sauver toutes les deux, mais ce truc ne veut rien entendre. Que ferait Sameen si elle était là ? Et Root sait.

- Louisa, répond-t-elle en se haïssant pour ce qu'elle fait à Shaw et en s'aimant un tant soit peu pour ce qu'elle fait à sa fille.

- NON, hurle soudain Lou.

Elle se débat comme une furie pour se dégager de Lambert. Root s'est raidie quand elle l'a entendue. Elle fait douloureusement taire son cœur de mère qui lui hurle de parler à sa fille. Elle espère qu'elle comprendra, qu'elle lui pardonnera un jour. Mais elle doit se concentrer sur les termes du contrat qu'elle s'apprête à conclure.

Greer fait signe à Lambert de faire sortir la gamine. Samaritain avait insisté pour qu'elle soit là, pour qu'elle assiste à la déchéance de sa mère qui avait fini par plier, par lui céder. Il allait lui montrer ainsi comment il pouvait obtenir tout ce qu'il voulait même d'une personne aussi coriace que Root. Louisa continue d'hurler dans le couloir autant de rage que de désespoir. C'est du suicide.

- Il me semble que nous avons un marché dans ce cas, lui murmure Greer.

Root jette un regard de haine à la caméra. Elle ne rit plus cette fois alors qu'elle cesse d'entendre Louisa.

- Dans trois heures au Tompkins Park, seul à seul, claque-t-elle sèchement alors qu'elle voit sa fin se profiler. Amenez ma fille. Et ne m'envoyez pas un autre de vos abrutis, c'est vexant vous savez !

Elle ponctue sa phrase d'un ton faussement vexé empli de sarcasmes.

- Et n'essayez pas de me rouler en me suivant via les caméras pour me tomber dessus par surprise, continue-t-elle. Vous savez que ça ne marche pas.

Elle raccroche et balance le téléphone dans le caniveau avant de s'éloigner. Samaritain ne tente même pas de la suivre alors qu'elle disparait. C'est inutile et de toute façon il la tient cette fois.

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Root est assise à une table d'échec et boit son café en attendant. Le parc semble presque désert. Presque, c'est bien le mot. Elle sait qu'il n'en est rien, qu'il est là, depuis longtemps d'ailleurs. Elle, elle est venue en avance et poirote depuis maintenant six heures. Elle voulait vérifier que Samaritain tiendrait parole, qu'il ne l'attendrait avec une flopée d'agents armés jusqu'aux dents et embusqués partout dans un piège pour se jouer d'elle. Et ça n'était pas le cas. La Machine, bien que contestant son choix et la suppliant de ne pas faire ça, le respectait et était là avec elle. C'était agréable d'avoir une amie, surtout dans un moment pareil. Elle lui avait dit qu'il n'y avait bien qu'un agent, mais elle n'avait pas encore précisé qui, elle ne le savait pas, pas encore. L'agent en question savait être invisible et Root attendait. Il lui avait envoyé un agent et un seul comme promis, c'était déjà ça. Mais il ne se pointe toujours pas. Il a deux heures de retard et elle comprend la stratégie. On veut la faire paniquer, lui faire croire que l'accord est rompu, qu'elle n'aura rien. Alors elle reste calme et boit doucement son café devenu froid en observant droit devant elle les musiciens qui s'installent pour leur concert de ce soir. Elle se sait observer et affiche un air décontracté alors qu'elle est à deux doigts de craquer. Elle veut la voir, tout de suite, mais ils la font mariner. Elle ne veut pas regarder autour, montrer qu'elle l'attend. De toute façon, il sait qu'elle est là.

Elle sent sa présence plus qu'elle ne la voit. Jusqu'à ce qu'elle sache, jusqu'à ce que la Machine le lui dise cinq secondes avant qu'il ne se plante devant elle. Mais cinq secondes c'est suffisant pour Root, pour décider quelle stratégie abordée. Et Root sait qui on lui a envoyé. Et ce n'est pas un abruti, juste un minable.

Lambert s'assoit en face d'elle et lui sourit. Il reste silencieux et observe un instant les alentours du parc. Root l'observe calmement, presque intéressée.

- Très joli parc, murmure Lambert.

Il reporte son attention sur elle.

- Mais à la réflexion, je crois que je préfère le Washington Park, comme Lou.

Elle se raidit un instant et se redresse sur son siège alors qu'il vient d'évoquer sa fille et pire de l'appeler par son surnom. Elle ne sait pas ce qu'il lui a fait, ce qu'ils lui ont fait, mais elle leur fera payer, ou quelqu'un d'autre s'en chargera.

Elle refuse pourtant de se laisser aller à la colère, de le laisser la déstabiliser. Elle va entrer dans la danse comme elle sait si bien le faire.

- Ça fait deux heures que je suis là Lambert, lui dit-elle.

Elle se penche vers lui en souriant.

- Tu devrais savoir qu'on ne fait pas attendre une femme.

Lambert sourit de plus belle.

- Je trouve ça très intéressant vu que nous avons dû attendre ton appel six longs jours avant que tu ne te décides à enfin agir comme le ferait une mère normale.

Aïe, ça, ça fait mal. Même pour Root. Elle perd son sourire et lâche un léger soupir qu'elle cherche à faire passer pour un rire. Elle ouvre la bouche dans un rire forcé en secouant la tête pour ne pas laisser paraitre qu'il a touché un point sensible.

- Oui, la normalité n'est pas mon point fort mais ça vous pourrez vite vous en apercevoir quand vous me … recalibrerez.

Elle accentue le dernier mot d'un sourire entendu pour lui montrer qu'elle n'a pas peur, qu'elle se fiche de ce qu'ils vont lui faire. Lambert sourit en se passant la langue sur ses dents avant, et Root se retient de les lui faire voler en éclat d'un coup de poing. Mais elle attend de la voir. Où est-elle bon sang ? Et soudain elle percute, avec autant de violence que quand elle a volé au dessus du camion dans sa course folle pour la sauver. Son sourire glisse malgré elle de ses lèvres.

- Elle n'est pas là n'est ce pas, réalise-t-elle.

Lambert hausse les sourcils et lui jette un sourire en coin avant de pencher la tête sur le côté. Il lève les mains en signe d'impuissance.

- Le bluff fait aussi parti du jeu ma belle, lui répond-t-il. Comme perdre d'ailleurs.

Root le dévisage, la haine emplissant chaque micro fibre de son visage d'ordinaire si lumineux.

- Tu devrais t'habituer à ce nouveau sentiment, continue Lambert ravi. Tu vas l'expérimenter très souvent dans l'avenir, mais tu verras qu'avec le temps il aura un goût moins amer. En tout cas c'est ce que l'on espère.

Root déglutit difficilement. Elle le regarde intensément comme si la force de sa haine pouvait le détruire d'un simple regard assassin.

- On avait un marché, réplique-t-elle calmement parvenant à maitriser sa colère.

- Il a évolué mais il n'est pas annulé, répond simplement Lambert en s'amusant comme un gamin.

Devant son silence et son air haineux, il pince les lèvres et fait mine de se lever pour partir.

- Libre à toi de le respecter. Mais dans le cas contraire, tu peux t'en aller et nous recontacter quand tu seras prête.

Un cliquetis retentit. Lambert s'immobilise dans son geste, à moitié debout. Malgré tout il lui sourit très largement à son entente. C'est à la rendre malade. Root parvient pourtant à lui sourire en retour. Elle pointe le siège qu'il vient de quitter d'un léger signe de tête. Lambert l'observe un moment la défiant du regard mais Root ne cède pas ne bougeant pas d'un millimètre. Elle ne cligne même pas des yeux et reste fixée sur lui et il se rassoit doucement.

- J'ai un glock pointé doit sur ton entrejambe, lui annonce-t-elle d'un ton aussi naturel que si elle parlait de la météo. Donne moi une bonne raison de ne pas presser la détente.

Lambert saisit sa main qui tient l'arme sous la table mais ne cherche pas à la lui arracher. Il se met à caresser son poignée, presque tendrement. Root sent un désagréable frisson parcourir son dos à son geste mais elle refuse de bouger, de reculer. Son visage reste inexpressif et son sourire insondable. Elle ne laisse rien paraitre.

- Tu ne sortirais pas vivante de ce parc et tu le sais, lui répond Lambert.

Il marque une pause, faisant mine de réfléchir.

- Ou peut-être bien que si, mais tu ne reverrais jamais ni ta fille ni Sameen vivante.

Root encaisse les menaces sans sourciller. Elle le regarde intensément, pendant de longues minutes, mais de toute façon elle n'a pas le choix. Elle se rend compte qu'elle s'est fait manipulée par Samaritain. Il lui avait demandé de choisir entre sa fille et Sameen pas seulement pour la faire culpabiliser de n'en sauver qu'une des deux, mais surtout pour savoir où frapper le plus fort. Et elle lui avait donné la réponse. Il joue avec elle comme avec une marionnette. Il lui démontre comment il gagne toujours. Elle ne peut plus faire machine arrière pour maintenant. De toute façon elle ne le veut pas. Elle n'a plus qu'une option pour les revoir.

Root remet la sécurité et lâche la prise sur l'arme, sans lâcher son interlocuteur d'un regard mauvais. Lambert hausse les sourcils de contentement et attrape le glock.

- La deuxième, ordonne-t-il la main tendu.

Root la lui tend sans résister.

- Et le couteau dans ta botte.

Elle se penche pour l'attraper et le fait glisser vers lui. Lambert les range et la regarde un instant, profondément ravi. Il sort une bouteille contenant un liquide qu'elle ne connait pas et la lui tend.

Root ouvre le capuchon sans le lâcher du regard. Et fait mine de trinquer, arrogante jusqu'au bout, avant de vider son contenu.

A peine après avoir avalée, elle lâche brusquement la bouteille vide devenue trop lourde et voit tout tourner trop vite comme dans un tourniquet qui vous rend malade à crever. Elle ne sait pas ce que c'est mais bordel c'est puissant et rapide. La tête lui tourne, la lumière du jour l'aveugle comme un projecteur braqué sur elle. Root ferme les yeux et porte un main sur son front soudain brulant. Elle sent une main glaciale sur sa joue. Surprise, elle ouvre les yeux pour voir, dans un brouillard blanc vif, Lambert souriant comme jamais, guider lentement sa tête qui pèse une demi tonne vers la table. Elle voudrait lui envoyer son poing dans la figure mais elle n'a plus aucune force, comme si tous ses membres avaient le poids du plomb. Et elle tombe, tombe, lentement vers la table. Son contact froid la pétrifie, et elle ne peut s'empêcher de penser à la consistance d'une table d'autopsie, c'est surement là qu'elle finira bientôt. Elle se concentre sur les cases de la table d'échec pour calmer son envie de hurler. Elle est consciente mais incapable de bouger, pourtant elle ressent tout. Au moment où elle ferme les yeux, elle l'entend lui parler alors qu'elle n'a pas encore sombrer dans l'inconscience.

- Ça ne durera pas longtemps, lui promet Lambert en l'installant sur son épaule comme un sac à charbon et en sortant du parc.

Et elle ne sait pas s'il parle des effets de la drogue ou de son endurance pour ce qu'ils lui réservent. Mais de toute façon, peu importe, c'est fini.