Chapitre 6 : Les tourments de l'enfer

Elle hurle à plein poumons et frappe le bois dur qui l'entoure de tout côté. Mais seule dans le noir, il n'y a que l'écho de ses cris qui lui répondent. Root tente de se calmer alors que l'on vient de la plonger dans son pire cauchemar, celui de son enfance. Elle n'a jamais aimé les espaces trop étroits même si elle n'est pas claustrophobe pour autant, elle ne se souvient que trop bien des punitions qu'on lui infligeait petite. Elle n'aurait jamais cru se retrouver à nouveau dans cette boite. Elle avait fui Kermit, loin, très loin. Mais la pétasse savait, elle savait et c'était de sa faute. Root lui en avait parlé, elle lui avait fait confiance. Root sait au fond d'elle-même que hurler et frapper n'y changera rien. Son passé est son point faible et c'est sur ça qu'ils vont appuyer. Ce dernier l'a affectée bien plus qu'elle ne le pensait. Après toutes ces années, elle était sure d'avoir tourné la page, mais non, il était là tapi dans l'ombre à attendre son heure, attendre de pouvoir ressortir pour la frapper en plein cœur. Il avait toujours été là, Root avait juste fait semblant de l'oublier.

Root respire très mal, trop vite et trop amplement. Elle va manquer d'air si elle ne parvient pas à se calmer et cette constations la fait paniquer un peu plus. Elle ferme les yeux et pose ses deux mains à plat sur le bois au dessus de sa tête. Elle n'arrive pourtant pas à se relaxer, elle pense à la chanson Lettre à Elise mais elle est trop paniquée et ne parvient pas à se rappeler le rythme. Elle tente de pousser de toutes ses forces le couvercle et gémit sous l'effort que cela lui demande, mais rien à faire, ils ne s'ouvre pas et elle hurle et frappe de plus belle. Puis au bout d'un moment elle cesse, elle n'arrive plus à remplir ses poumons en proie à une violente crise de panique.

- C'est douillet là dedans ? lui demande-t-elle.

Sa voix résonne et Root en sursaute. Evidemment elle n'est pas seule. Elle cherche à tâtons un instant et finit par sentir un genre de microphone tout près derrière sa tête, incrusté dans le bois. Bien sur ils ne sont pas stupides au point de lui laisser un téléphone. Elle se casse plusieurs ongles en tentant de le sortir de son emplacement pour tenter elle ne sait pas quel trafic avec les fils. Mais elle cesse très vite, elle n'arrive plus à respirer et de toute façon même si elle sort cette saleté du bois, elle sait qu'elle n'en tirerait rien. Ils ont forcément tout prévu. Root tente de calculer rapidement dans sa tête les dimensions de son cercueil pour trouver le volume d'air et comprendre pourquoi elle en manque déjà. D'après ces calculs elle devrait encore en avoir assez pour une petite heure mais là elle sent que non. Root panique encore plus, elle ne veut pas finir ici.

Quand elle pense que cette espèce de salope l'a … Pff elle préfèrerait encore avoir affaire à Martine.

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Quelques heures avant.

La fraicheur du carrelage contre sa joue et un mal de tête affreux. Ce sont les premières choses qu'elle ressent. Ça et son absence. Root savait que la Machine couperait le contact mais elle n'aime pas ça, elle n'a jamais aimé ça. Sa déesse doit se protéger, ne pas se faire repérer. Mais son interface sait qu'elle est toujours là. Elle a respecté son choix de se sacrifier, elle laisse toujours aux humains le libre arbitre. C'est à eux de prendre leurs décisions.

Root ouvre difficilement les yeux alors que tout est flou et la lumière blanche vive du néon au plafond l'attaque et elle referme rapidement les yeux. Elle porte sa main à son front en grognant de douleur et se le masse.

- Bonjour Mademoiselle Groves.

Root réagit à la voix de Greer et tente à nouveau d'ouvrir les yeux. Il se tient au dessus d'elle et lui envoie un sourire qui ferait détaler en courant le plus courageux des chiens de garde. Mais Root doit fermer à nouveau les yeux, la douleur de cette foutue lumière est trop vive et de toute façon si c'est pour voir ce vieux con, elle préfère le noir absolu et serein.

Elle s'assoit doucement au sol avant de se relever, aidée du mur derrière elle. Une fois les choses devenues plus claires, elle ouvre les yeux et peut enfin les voir. Elle ne leur accorde pas une attention dans les premières secondes, préférant faire un rapide tour de l'endroit où on l'a placée.

La pièce est grande, les murs sont blancs et l'un d'entre eux est un écran numérique géant. Samaritain. Une caméra clignote au rouge dans chaque coin de la pièce, n'offrant aucun angle mort. "Ils n''ont pas lésiné sur les moyens" pense-t-elle. Elle pourrait presque en être flattée. Il y a un bureau devant l'écran de Samaritain, sur lequel est posé un petit plateau. Il y a aussi un lit d'hôpital pas très loin d'elle, un plateau avec des instruments chirurgicaux et d'autre trucs qu'elle ne connait pas mais qui ne lui inspirent pas confiance. Root a l'impression d'avoir atterri dans un hôpital bien particulier, le genre de celui que l'on ne trouve que dans un film d'horreur mal foutu. Elle s'attend presque à voir Frankenstein débarquer dans la pièce.

Elle finit par les regarder. Lambert et Greer lui sourient, mais la blonde n'est pas là et bizarrement Root en ressent un certain malaise. Qu'est-elle en train de faire ? Et à qui ?

Elle se repasse une main sur le front, sa tête lui semble à deux doigts d'exploser. Qu'est ce que c'est que cette merde qu'ils lui ont fait boire ? Elle ne connait pas ce truc.

- Vous vous sentez bien ? lui demande Greer.

Elle lâche un léger rire sans joie.

- C'est la pire gueule de bois de ma vie mais je m'en remettrais, réplique Root d'un ton mauvais.

Elle se force à les regarder et à afficher son sourire le plus fouteur du monde. Elle ne leur facilitera pas la tâche, ils peuvent rêver. Leurs sourires gagnants lui font comprendre qu'ils pensent avoir remporté cette guerre. Ils se fourrent le doigt dans l'œil. Il lui reste quelques cartes à jouer avant de mourir ici.

Elle voit Greer servir deux tasses de thé et lui en tendre une. La scène parait irréelle, ça en serait presque comique. Elle ne réagit pas et continue de le dévisager. Elle n'entrera pas dans son jeu pervers.

- Si on en venait directement au fait, murmure Root, refusant froidement son offre.

Greer hausse les sourcils et continue de lui sourire. Il repose la tasse qu'il lui tendait et commence à boire la sienne.

- Je ne vois pas pourquoi, nous avons tout notre temps Samantha.

Elle en enrage intérieurement. Elle se penche vers lui.

- Je ne suis pas venue pour jouer à la dinette et à la marchande avec vous. Et mon nom est Root.

Elle en a assez de le répéter et ce serait bien qu'ils percutent. Elle en a aussi assez de leurs regards satisfait. Elle va jouer carte sur table.

- Bon, claque-t-elle en tapant dans ses mains d'un geste sec, on va arrêter de tourner autour du pot et vous allez me dire ce que je fais ici.

Greer fronce les sourcils. Il boit lentement l'intégralité de sa tasse et prend soin de la reposer sur le bureau à côté de celle pleine qu'il lui a offerte.

- Je pensais que c'était clair, lui répond-t-il enfin, Samaritain veut vous embaucher.

Root acquiesce doucement et maintient son éternel sourire.

- Et, fait-elle mine d'hésiter avec une moue, vous n'auriez pas une autre bonne raison ?

Le vieux ne peut s'empêcher de lui sourire plus largement.

- De quoi parlez-vous mademoiselle Groves ?

Greer se fout d'elle et Root ne comprend pas où peut mener cette conversation, ni pourquoi elle a lieu.

- Je parle d'environ quatre-vingt sept milliards de dollars. Samaritain est la seule maison de crédit que je connaisse qui offre les intérêts et le remboursement d'un tel prêt. C'est si rare de nos jours. J'imagine donc que vous aimeriez les récupérer …

Elle sait pourtant qu'ils se foutent de cet argent.

- Il y a plus important pour l'instant, réplique Greer en faisant signe à Lambert.

Ce dernier s'approche et Root lui renvoie son sourire sadique.

- Alors c'est toi qui va m'en mettre plein la figure en premier. La blonde est en congés ?

Lambert lève les mains en signe d'impuissance comme s'il n'était pas responsable mais son sourire sert à lui seul à le rendre coupable. Il la pétrifie sur place.

- On n'est pas obligé d'en arriver là, lui dit-il.

Il lui attrape le menton entre deux doigts. Et Root perd son sourire. Elle reste immobile comme une statue.

- Ce serait dommage d'abimer un si beau visage, continue-t-il ravie de voir qu'il est parvenu à la déstabiliser.

Il commence à lui caresser le visage et Root lui attrape fermement le poignet et le force à la lâcher.

- Je suis pas franchement d'humeur là, lui réplique-t-elle froidement.

Il recule sa main mais ne la quitte pas des yeux. Elle garde son emprise sur son poignée et lui envoie son regard le plus froid pour répondre au sourire sadique qu'il lui donne.

- Moi par contre, lui réplique Root en reprenant son ton sarcastique, je prendrais un malin plaisir à m'occuper du tien.

- Ah, murmure Lambert faussement songeur. Tant de promesses, ça me rappelle quelqu'un. Attends laisse moi réfléchir.

Il pose un doigt sur ses lèvres et détourne le regard un bref instant faisant mine de rechercher l'information manquante.

- Ah oui ça y est, reprend Lambert en plantant de nouveau son regard dans le sien. Sameen Shaw.

Root connaissait le réponse avant qu'il ne la sorte. Elle pensait y être prête mais ça n'est clairement pas le cas. Elle sent sa respiration s'accélérer et sa prise sur son poignée se serre davantage. Lambert doit avoir mal mais il ne montre rien. Pire il se met à rire.

- Elle était pleine de belles promesses elle aussi en arrivant ici tu sais. Elle allait me tuer, m'éclater les dents et même m'arracher les yeux si j'ai bon souvenir.

Il lâche un rire mauvais. Root le dévisage et enrage. Elle repense à ce qu'elle a vu sur son téléphone, aux tortures infligées à Sameen. Elle serre de plus en plus les poings à tel point que le poignée de Jeremy risque de se briser son sa poigne. Mais ce dernier s'en éclate d'autant plus.

- Et puis elle a lâché prise peu à peu.

Il approche sa main libre de son visage et Root réagit instinctivement en lui tordant violemment le poignée qu'elle serrait. Cette fois Lambert la lâche brutalement tandis qu'un rictus de douleur passe sur son visage procurant à la grande brune un sentiment de victoire et un immense sourire. Mais ces derniers ne sont que fugaces. Lambert est furieux et il la plaque violemment contre le mur et serre sa gorge. Root n'a pas le temps de réagir, la drogue qu'elle a avalé dans ce parc est encore trop présente dans son organisme et lui donne l'effet de se mouvoir à la vitesse d'un escargot. Lambert a remis en place son éternel sourire sadique tandis qu'il serre et qu'elle manque d'air. Root tente de le frapper pour qu'il la lâche mais il tient bon et son sourire ne fait que s'élargir face à ses tentatives infructueuses.

- Tût, tût, tût, lui murmure-t-il tout doucement. Je ne vais pas te tuer ne t'inquiète pas.

Root pose ses deux mains sur les siennes pour tenter de desserrer son emprise sur sa gorge. Elle enfonce même ses ongles dans le dos de ses mains. Elle a besoin d'air.

- Pourquoi ? parvient-elle très difficilement à prononcer.

Lambert desserre sa prise et elle inhale brusquement l'air, portant ses mains sur sa gorge endolorie. Heureusement que le mur est là pour la retenir ou elle s'effondrerait à terre.

- Je ne travaillerai jamais pour vous, crache-t-elle. Et vous le savez très bien.

Lambert recule enfin loin d'elle.

- Ce n'est pas ce que l'on vous demande dans l'immédiat, réplique Greer.

Root se tourne vers le vieux. Elle a enfin retrouvé une respiration normale. Elle lui jette un regard mauvais. Elle ne comprend rien bordel.

- Alors quoi ? claque-t-elle.

- La Machine, répond simplement Greer.

Root s'y était attendue. Elle lâche un rire sans joie.

- Je ne vous donnerez pas la Machine, réplique-t-elle.

Pas la peine de nier le contraire. Greer ne semble de toute façon pas étonné. Il le savait. Mais bon sang qu'est ce qu'elle fait là alors ?

- Pourtant dans notre accord, nous avions votre parole.

Root éclate de rire pour de bon cette fois. Un rire presque sincère. Il se fiche d'elle ou quoi ? Il vient lui parler de parole à tenir alors que eux n'ont pas relâché Louisa. Croit-il vraiment qu'elle sait où est la Machine ? Visiblement oui, mais il n'y a pas que ça et elle le sent. Il est confiant et sait quelque chose d'énorme qu'elle ignore encore. Elle sent qu'il prend tout son temps, il va lui lâcher une bombe dans la figure pour la mettre à genoux mais elle ne voit pas laquelle.

- Notre marché a évolué si j'ai bon souvenir, murmure-t-elle pour gagner du temps histoire qu'il lui lâche quelque chose qui éclaircisse cet entretien où elle est clairement en position d'ignorante et donc de faiblesse.

Elle ne se souvient que trop bien de leur mensonge pour l'amener à se montrer dans ce parc. Pourtant elle a choisi d'être ici, contrairement à Lou et Sam.

- Et de toute façon le bluff fait parti du jeu, ajoute-t-elle en souriant en coin à Lambert dont elle reprend les mots exacts. Tout comme perdre. Vous devriez vous habituer tout de suite à ce sentiment, vous allez l'expérimenter assez souvent face à moi dans l'avenir.

Root se tient droite et fière, arrogante jusqu'au bout des ongles. Elle ne se fait pas d'illusion, ils la tiennent mais elle ne leur cédera pas ainsi. Lambert semble agacé, mais c'est imperceptible. Greer l'observe en silence. Il secoue la tête de dépit avant de parler à nouveau.

- Je savais que vous ne seriez pas facile à convaincre. Mais c'est peut-être mieux ainsi. Vous êtes coriace et c'est ce qui lui plait tant.

Root l'écoute attentivement mais elle n'est pas certaine de tout comprendre. Samaritain serait sincère quand il disait vouloir l'embaucher. Mmh ça elle en doute clairement. De toute façon elle, elle refuse tout net de le servir. Elle a déjà une déesse protectrice et bienveillante. Elle ne la trahira jamais.

- Ce que nous voulons de vous actuellement c'est de pouvoir discuter avec la Machine, reprend Greer.

Root lâche un rire.

- Comme c'est aimable à vous de penser que j'ai mon mot à dire dans les choix qu'elle fait.

Elle marque une courte pause et l'observe attentivement recherchant sur son visage marqué par la vieillesse un signe, un indice qui lui expliquerait où il veut en venir. Mais elle ne perçoit rien d'utile, il sait trop bien le rendre impassible. Elle n'y lit que l'assurance et un certain plaisir, ça la déstabilise. Elle sent son cœur s'accélérer. Et s'il savait un de ses plus grands secrets. Et s'il savait qu'elle est …

- Pourquoi me demander ça à moi ? demande-t-elle enfin. Je ne suis pas l'administrateur et vous le savez.

Elle doit savoir. Elle voit un schéma commencer à se profiler. Un schéma qui expliquerait pourquoi c'est elle et elle en particulier parmi tous les agents au service de la Machine qu'il désirait avoir.

Le sourire de Greer s'élargit à l'entente de sa question. Il va jouer l'une de ses plus belles cartes contre elle. La première mais pas la dernière. Il sait qu'elle a plus ou moins compris. Il la voit déstabilisée et même un peu inquiète. Elle avait décidemment toute confiance en Shaw pour lui confier tout ça.

- Non c'est vrai mais vous êtes bien plus que ça, murmure Greer. Vous en êtes l'interface analogique.

Root en reste un instant interdite. Comment ont-ils pu savoir ? Et soudain elle réalise que la seule à avoir pu leur dire, c'est Sameen. Finch pouvait-il avoir eu raison ? Sameen pouvait-elle l'avoir trahi ? Root se gifle mentalement. Comment peut-elle donner raison à Finch ? Oui c'est vrai c'est forcément Shaw qui leur a dit mais elle n'a pas dû avoir le choix, on a dû lui faire énormément de mal pour en arriver là. Root ne peut pas lui en vouloir. Mieux, à ses yeux c'est la plus belle preuve d'amour qu'elle ne lui ait jamais faite, car Root fait directement le lien entre cette "trahison" (même si elle ne le considère pas ainsi) et l'incident du tireur du Washington Park. Sam a parlé pour la sauver. Elle savait ce jour là qu'elle avait dû lâcher un truc assez croustillant pour qu'ils ne l'exécutent pas elle et sa fille.

Greer l'observe trop heureux de remporter cette première manche. Mais Root se fiche de perdre cette fois ci. Lambert avait au moins raison sur ce point, la défaite n'est pas toujours amère. Elle parvient même à lui sourire au bout de quelques secondes après avoir encaissé ce premier choc.

- Et donc ? reprend-t-elle sarcastiquement. Vous vous imaginez que je vais décrocher le téléphone et lui transmettre l'appel c'est ça ?

Ils ne lui répondent pas. Ils l'observent bien trop calmement et Root présage une autre mauvaise nouvelle. Pourtant elle affiche un air imperturbable, presque décontracté.

- De toute façon je ne vois pas pourquoi j'accepterais de faire une telle chose.

- Disons simplement que cela leur siérait, réplique Greer. Pensez à elles !

Root en perd son sourire mais pas son air narquois, et pince des lèvres. Elle a compris que le "elles" désigne Sameen et Louisa.

- On a déjà eu cette conversation il me semble. Et vous n'avez pas respecter votre part du marché tout comme vous ne la respecterez pas aujourd'hui.

Elle marque une pause et réaffiche son sourire.

- Il ne me sied donc guère d'accéder à votre requête, lui murmure-t-elle en réemployant exagérément son langage soutenu pour se foutre de lui.

Elle se penche légèrement en avant comme pour lui confier un secret. La moquerie et le sarcasme emplissent chaque trait de son visage.

- Ça veut dire non, lui traduit-elle alors que Greer hausse les sourcils à sa répartie.

Il ne la quitte pas des yeux et fait un signe de la main à Lambert. Elle voit ce dernier lui sourire férocement en haussant les sourcils. Root en perd son sourire. Il appuie sur son oreillette.

- On vous attend, murmure-t-il.

La porte s'ouvre et Greer s'écarte de son passage lui laissant le champ libre. Martine entre dans la pièce en trainant sa fille par le bras et les cheveux. Cette dernière reconnait sa mère et se précipite vers elle, Greer faisant signe à la blonde de la lâcher.

Root lâche un soupir de soulagement et la serre dans ses bras à genoux au sol, se fichant totalement qu'ils les observent. Elle lui a trop manqué.

- Konfetka [Ma puce], murmure-t-elle en la serrant très fort.

Elle l'embrasse une bonne vingtaine de fois. Louisa enfouit son visage dans son cou et respire l'odeur de son parfum. Sa mère est là et malgré le fait que ce ne soit pas une bonne nouvelle elle ne peut s'empêcher d'être heureuse de la revoir. Elle lui a parlé en russe et Louisa en sourit d'autant plus. Une des missions de sa mère à Saint-Pétersbourg avait duré presque un mois et elles avaient adoré apprendre cette langue, celle de sa grand-mère. D'une certaine manière ça la rapprochait d'elle vu qu'elle ne la connaitrait jamais. Ça remonte un peu maintenant mais Louisa a compris ce qu'elle vient de lui dire. Une des règles de leur jeu consistait à ne parler que russe en Russie.

Root la lâche enfin pour la regarder. Louisa lui sourit franchement et elle lui renvoie le même sourire. Elle lui caresse le visage et les cheveux.

- v poryadke? [Ça va ?] lui demande-t-elle stupidement.

Comme si ça pouvait aller dans cet endroit. Pourtant Lou acquiesce et Root lui sourit de plus belle. Elle passe ses doigts le long de la tresse sur son front sans la quitter des yeux. Et elle l'embrasse encore plusieurs fois.

- chto ty prekrasna [Ce que t'es belle], lui dit-elle. Eto zastavilo vas nosit' Sameen, kak eto?

[C'est Sameen qui t'a coiffé comme ça ?]

- da [Ouais], répond Louisa.

Root sourit davantage en l'entendant parler même si c'est bref. Elle a l'air d'aller bien. Bon sang que ça fait du bien de la revoir, de la serrer dans ses bras. Sa fille a donc vu Sameen, et elle l'a vue vivante. Elle pourrait presque en pleurer de joie.

- kak budet Sameen? [Comment elle va Sameen ?] demande-t-elle plus sérieusement redoutant la réponse.

Louisa se fige perdant son sourire et fait doucement non de la tête. Root se mord la lèvre et acquiesce doucement. Sa fille jette un coup d'œil aux trois et finit par se pencher contre son oreille pour lui parler.

- ona sprosila menya, yesli ya byl real'nym. I prezhde, chem ona sprosila menya, yesli by my byli v simulyatsii. [Elle m'a demandé si j'étais réelle. Et avant elle m'a demandé si on était dans une simulation.]

Lou se redresse et Root fronce les sourcils.

- Modelirovaniye? [Simulation ?] répète-t-elle sans comprendre.

Louisa acquiesce.

- Chto takoye modelirovaniye? [C'est quoi une simulation ?] lui demande-t-elle tout bas.

Root perd son regard alors qu'elle réfléchit sincèrement à la question. Bon elle verrait ça plus tard, mais c'était tout de même inquiétant. En attendant elle reporte son attention sur sa fille, sa fille vivante qu'elle serre dans ses bras. Elle lui passe une main sur le visage puis sur le front et sent une légère fièvre qui l'inquiète un peu.

- YA proshu, i ya budu derzhat' vas v kurse. [Je me renseigne et je te tiens au courant], lui promet-elle en continuant son inspection. Oni tebe bol'no? [Ils t'ont fait du mal ?] lui demande-t-elle en l'observant sous toutes les coutures.

- khorosho [Ça va], lui répond Lou au moment où Root lui prend sa main et observe les deux ongles arrachés.

Elle sent son sang bouillir dans ses veines et perd son sourire. Elle jette un regard de haine à la blonde, car elle sait directement que c'est elle. Cette dernière lui sourit largement.

- Toi, t'es morte, la prévient simplement Root avant de regarder à nouveau Louisa.

- Mama [Maman], lui murmure doucement la petite.

- da? [Oui ?] l'encourage Root avec un petit sourire dont elle a le secret.

- Sameen skazal chto my budem ostavat'sya zdes' dolgo. [Sameen a dit que l'on va rester ici longtemps.]

Root ouvre la bouche mais aucun son n'en sort pendant trois secondes. Merde elle ne s'y était pas attendue à celle là. Que peut-elle lui dire ? Elle se reprend pourtant vite. Hors de question de mentir à Louisa.

- Khorosho, [Et bien,] murmure-t-elle dans un semblant de rire. YA ne znayu, ya dolzhen snachala obsudit' s tri porosenka pozadi, chtoby videt', no ... [Je ne sais pas trop, je dois d'abord discuter avec les trois petits cochons derrière pour voir, mais …]

Elle marque une pause et déglutit difficilement. Pendant un instant elle se demande si elle aura le courage de finir cette phrase. Lou la regarde attentive et patiente. Root lui caresse à nouveau le visage tendrement.

- no da, [Mais oui,] achève enfin sa mère. Vpolne vozmozhno, chto zdes' nemnogo dolgo. [C'est possible qu'on reste un peu longtemps ici.]

Louisa baisse les yeux.

- YA khochu poyti domoy, eto slishkom nekrasivo zdes. [Je veux rentrer à la maison, c'est trop moche ici.]

Root rit doucement pour de bon cette fois.

- da, ya soglasen. Eto kak gniloy mesto. [Ouais je suis d'accord c'est pourri comme endroit.]

- Tem ne meneye, eto nash luchshiy lyuks ! réplique Martine dans un russe parfait. [C'est pourtant notre plus belle suite !].

Root et Lousia se tournent d'un même mouvement vers elle. La blonde les observe, le ravissement même peint sur son visage. Root reste imperturbable alors que Lou se décompose, sa lèvre inférieur tremblant, en se rendant compte que la folle a compris tout ce qu'elles viennent de se dire.

- Le service d'étage laisse à désirer, lui réplique Root avec un sourire sarcastique en faisant un signe de tête vers le lit. Même pas un petit chocolat sur l'oreiller.

La blonde lâche un rire sans joie tandis que deux agents assez costaud entrent dans la pièce. Root se relève et serre Louisa d'autant plus fort dans ses bras quand elle comprend. Mais ils l'attrapent et la séparent violemment de sa fille que Lambert a agrippé par le bras et qui hurle. Root se débat et explose le nez d'un des deux hommes qui la traine jusqu'au lit. Martine vient les aider en renfort et quelques secondes plus tard elle est sanglée solidement et incapable de bouger. Elle envoie un regard de haine dans la pièce tout en tirant sèchement sur ses liens trop serrés. Elle jette un regard inquiet à sa fille que Lambert tient solidement. Elle la voit hurler et se débattre et ça lui fait encore plus mal au cœur. Soudain elle entend le bruit significatif d'une perceuse et elle se tourne vivement pour voir Martine à côté d'elle, qui a attrapé un outil chirurgical qu'elle reconnait pour avoir vu Sameen l'utiliser un jour sur Louisa pour lui enlever son plâtre. La bonde la regarde ravie et appuie brièvement une fois sur le bouton qui enclenche dans un petit bruit de moteur la scie électrique, faisant sursauter net Louisa qui s'immobilise morte de peur. Root se débat plus violemment et Greer s'approche d'elle.

- La Machine est à portée de main et vous débattre n'y changera rien, lui murmure-t-il calmement.

- Vous ne la trouverez jamais, lui crache Root haineuse.

- Bien sur que si, et c'est même vous qui allez nous y conduire. Il faut … soulager les tourments de votre esprit, ajoute-t-il en souriant.

Le sous entendu ne plait pas à l'interface.

- Je ne savais pas que j'étais dans un confessionnal, réplique Root d'un air mauvais sans le quitter du regard.

Elle jette un regard à sa fille qui s'est figée et qui respire mal. Louisa n'arrive pas à lâcher sa mère du regard, mais elle ne peut pas bouger elle non plus. Root reporte son attention sur le vieux qui lui sourit largement.

- Samaritain a cherché votre Machine partout sans aucun résultat, jusqu'à ce que l'on sache que la réponse est dans votre tête.

Root lâche un rire sans joie

- Je n'ai pas la moindre idée de l'endroit où se trouve la Machine.

Greer lui sourit plus largement.

- Pas votre cerveau mademoiselle Groves, précise-t-il. Votre tête.

Root en perd son sourire. Elle respire soudain très mal. Non ils ne peuvent pas savoir pour ça. Elle regarde Greer perplexe et en peut cacher son trouble. Elle sursaute soudain violemment quand la blonde lui caresse le visage et s'arrête derrière son oreille droite. Root se dégage, cette fois elle ne peut plus cacher sa peur. S'ils savent ça elle est fichue.

- Ton implant cochléaire, lui confirme Martine. Ta petite copine nous a tout raconté.

Root la regarde et fait non de la tête. Ce n'est pas possible.

- Non, murmure-t-elle faiblement au grand plaisir de la blonde. Elle n'aurait jamais fait ça.

Martine lâche un léger rire et se penche vers elle.

- Je te l'ai dit, je me suis bien occupée d'elle et elle a adoré ça.

Root enrage à ces mots. Elle sait que ce n'est pas vrai. Sameen l'aime, Sameen ne l'aurait pas trahie.

- Alors forcément, continue sadiquement la blonde, après il y a eu les petites confidences entre filles sur l'oreiller.

Root déglutit difficilement.

- Salope tu mens, lui crache-t-elle rageusement en tirant à nouveau sur ses liens.

Martine rit de plus belle.

- Je vous l'ai dit mademoiselle Groves, reprend Greer, tout ce que nous voulons de vous pour c'est un entretien avec la Machine.

- Vous lui voulez quoi ? demande-t-elle furieusement à Greer.

- Son emplacement.

- Surement pas, lui réplique-t-elle courageusement. Je ne le permettrai pas.

- Oh mais Samaritain et elle auront cette discussion, que vous le vouliez ou non, reprend Greer très amusé. Et votre présence est plus que nécessaire. Votre Machine est si sensible qu'elle ne supportera pas de vous voir souffrir pour elle. On va l'obliger à se montrer.

Root éclate de rire pour masquer sa peur. Elle sait qu'il a raison. Elle doit envoyer un message très clair à la Machine, elle sait qu'elle est là, qu'elle l'écoute. Il n'est pas envisageable qu'elle se sacrifie pour elle. Louisa et Sameen c'est déjà trop, alors pas la Machine.

- Elle sait très bien que si Elle sort du bois, vous nous tuerez toutes. Son silence est notre meilleure garantie, une très bonne assurance vie je dois dire.

Elle marque une pause et continue à rire alors qu'elle a juste envie de crier. Mais elle se force. Elle a toujours été douée pour enfiler un masque cachant ainsi au reste du monde ce qu'elle ressent.

- Et de toute façon, vous croyez vraiment que j'ai autant d'importance que ça à ses yeux ? lui demande-t-elle amusée.

- Nous allons bien voir, réplique Greer en faisant un signe de tête à Martine. Si elle refuse, nous irons chercher la réponse nous même.

L'implant réalise-t-elle. Ils vont lui prendre son implant. Root ne répond pas mais se tourne vers la blonde qui lui sourit sadiquement. Elle reporte son attention sur Greer qui s'est tourné vers l'écran. Samaritain commence à écrire des mots qui ne lui sont pas adressés. "Révèle moi ton emplacement ou elle subira une craniotomie". Root respire calmement malgré la situation. Elle se mord la lèvre inférieure, seule signe apparent de son anxiété. Samaritain commence un décompte de trente secondes et Martine remet en marche la scie, prête à lui ouvrir le crâne. Root ne lui accorde aucune attention et se tourne vers Greer.

- N'obligez pas ma fille à voir ça, lui demande-t-elle simplement.

Greer ne lui répond pas. Il sait qu'elle ira jusqu'au bout mais Louisa est déterminante pour la faire céder. Elle leur dira tout ce qu'ils veulent entendre. La gamine est l'instrument de pression parfait. Il la regarde calmement, son éternel sourire aux lèvres. Root se tourne vers sa fille. Cette dernière ne hurle plus mais continue de se débattre avec virulence contre Lambert qui la tient. Son visage est inondé de larmes et elle supplie sa mère du regard.

- Ferme tes yeux, lui chuchote simplement et doucement Root.

Pas question qu'elle voit ça. Louisa résiste encore quelques secondes avant d'obtempérer. Samaritain en est à dix secondes et Root se tourne calmement vers la blonde, sans aucune trace de peur alors que la folle approche l'appareil allumé de son front.

- Cinq, quatre, trois, deux, un, et zéro, murmure sadiquement Martine en finissant le décompte de Samaritain dans une parfaite coordination.

Elle rit joyeusement.

- Et Boum, murmure Root tout aussi joyeusement. On y va ? l'invite-t-elle en haussant les sourcils amusés.

Martine perd son sourire devant son assurance et soupire d'agacement. Mais Root n'a pas peur, si Greer a raison et qu'elle intéresse autant Samaritain qu'il le prétend, une morte ou un légume ne leur sera d'aucune utilité. Elle est heureuse que la Machine n'ait pas cédé, heureuse qu'elle ait compris. Root n'en revient pas, mine de rien c'est elle qui mène la danse.

Martine est sacrément énervée ce qui amuse d'autant plus l'interface. Elle balance de rage sa scie sur le plateau et Root soupire intérieurement de soulagement. Elle a vu juste. La blonde attrape un scalpel et Root sait ce qui l'attend. Elle serre les poings et les dents, lui lançant son regard le plus dégouté.

- Notre dernière rencontre m'a un peu laissé sur ma faim, commence Martine en lui attrapant la tête pour la pencher de force sur le côté.

Elle dégage ses cheveux avec une pince pour avoir une bonne vue de son oreille.

- Tant que tu y es, lui claque Root sans pouvoir s'en empêcher, fais moi un shampoing et un massage capillaire.

Martine la regarde un instant puis finit par lui sourire quand elle comprend que soit c'est une façade de sa part pour se contenir, soit cette grande brune est une folle masochiste qui adore la douleur. Dans les deux cas peu lui importe, ça va lui plaire.

Elle se lèche les dents de devant de contentement et pose le scalpel contre l'arrière de son oreille sans l'enfoncer. Elle lui jette un regard avec un sourire sadique et Root comprend qu'elle est encore plus barge qu'elle ne le croyait.

- J'ai comme une nette impression de déjà vu, lui murmure l'interface en souriant.

Pourtant la situation ne lui donne aucunement envie de rire. Elle repense à son échange avec Contrôle et à la douleur que cette vieille peau lui avait infligé. Ça va être surement pire aujourd'hui et elle le sait. Et surtout foutrement inutile mais ça elle ne leur dira pas, de toute façon ça ne les arrêterait pas. Harold et elle ont programmé l'implant il y a quelques années, mais l'une des sécurité que Root a absolument voulu qu'il offre et son caractère inutilisable si quelqu'un venait un jour à s'en emparer par la force. L'implant est réglé sur un programme de reconnaissance vocale de telle sorte que la Machine ne parle qu'à Root et à elle seule. Il ne peut donc être utilisé par personne d'autre. Elle sourit intérieurement.

- Je t'avais promis que l'on s'amuserait bien toutes les deux, reprend Martine en commençant une incision qui fait tressaillir Root de douleur. Et je déteste ne pas pouvoir tenir mes promesses tu sais, reprend Martine.

Root crie pour de bon alors que la blonde lui ouvre l'oreille pour en arracher l'implant sans délicatesse. Son "opération" doit durer cinq bonnes minutes, cinq minutes de souffrance insoutenable alors que Root est consciente et ressent tout. L'incision façon bouchère, le bout des doigts répugnants que la blonde insère dans son crâne, et l'implant qui glisse brutalement jusqu'à sortir. Elle ferme les yeux sous l'effet de la douleur et se débat violemment en hurlant.

- Chut, lui murmure Martine à l'oreille en s'amusant de sa souffrance. Détend-toi. C'est pire si tu te débats.

Elle finit par la recoudre à la va vite sans douceur. Root ne peut s'empêcher de se comparer à un morceau de viande. Il y a désormais du sang partout sur les draps et ses vêtements. L'horrible douleur qu'elle ressent la délivre cependant d'un poids qui la ronge depuis des jours voir des mois en y réfléchissant bien, celui de la culpabilité de ne pas souffrir assez alors qu'elle sait ce que Sameen et Louisa ont enduré.

La blonde finit par la lâcher et on lui laisse quelques minutes à peine pour récupérer. Elle flotte dans un état de semi-conscience mais se force à ouvrir les yeux. Malgré le brouillard de la douleur, elle voit leurs sourires tandis que Greer manipule son implant sanguinolent entre ses mains.

- Ça va nous aider, murmure-t-il en la regardant ravi.

"Je ne pense pas" lui réplique Root dans sa tête. Elle est seule désormais, elle a perdu son alliée la plus précieuse dans cet enfer.

Greer se tourne vers Martine et Lambert.

- Voyez ce que l'on peut encore tirer d'elle pour aujourd'hui, leur dit-il.

Martine semble, si c'est possible, encore plus ravie. Greer quitte la pièce avec l'implant tandis qu'elle se tourne vers sa nouvelle victime qui lui semble presque aussi appétissante que la première. Martine est certaine que Root lui cédera bien plus facilement que Shaw ce qui la déçoit un peu d'avance, mais elle va quand même bien s'amuser. Sans compter qu'elle jubile déjà de ce qu'elle va faire d'une telle information pour sa patiente préférée dont on lui a annoncé le réveil il y a quatre heures. Martine avait été déçue de ne pas pouvoir aller s'occuper d'elle tout de suite et avait ordonné, en attendant qu'elle ait fini ici avec la mère et sa morveuse de fille, une nouvelle simulation pour tenter de lui faire cracher où se trouvent le vieux boiteux et l'homme en costume. Mais quand elle allait la revoir elle lui montrerait, elle la verrait enfin craquer ou peut-être pas. Au fond elle ne savait pas ce qu'elle voulait, briser la résistance de Sameen était un jeu tellement amusant, qu'elle ne savait pas ce qu'elle ferait pour compenser le manque de ce plaisir quand elle l'aurait mise à terre pour de bon. C'est ça qui l'excitait tellement avec Shaw, elle ne savait jamais comment elle allait réagir, elle était passionnante et pour l'instant elle ne l'avait jamais déçue. Root promettait d'être un réel divertissement elle aussi mais pas autant que sa petite copine. Chez la grande brune, tout était feint et elle sentait une vulnérabilité à exploiter. De toute façon ça ne serait pas à elle de jouer sur ce coup là, elle n'avait que cette toute première et courte manche, elle ne savait d'ailleurs pas qui prendrait le relai. Greer ne le lui avait pas dit, il savait juste que Samaritain cherchait, au vu du peu qu'il savait sur Root, une personne bien précise. Ça la frustrait bien sûr, mais en attendant elle allait profiter de ce qu'on lui avait accordé. Et après elle profiterait du spectacle.

Martine s'approche d'elle et appuie fortement deux doigts sur son oreille blessée. Root serre les dents et ne lâche qu'un grognement de douleur.

- Merci pour ton aide, lui murmure-t-elle en appuyant plus fortement sur l'oreille.

Le gémissement de douleur que laisse échapper Root la fait sourire d'autant plus. La blonde sort un taser de sa poche, il est rose et pailleté de partout. Et Root le reconnait. C'est celui de Louisa, à croire que la blonde a voulu faire dans l'ironie du sort. Elle le déclenche dans une brève décharge pour lui montrer qu'il fonctionne et le pose sur ses côtes.

- Donne moi le numéro du compte.

Root met deux secondes dans son esprit embrouillé, légèrement par les restes de la drogue qu'elle a avalé et énormément par la douleur qu'elle a reçu, à comprendre que la blonde parle de l'argent. Finalement elle n'avait pas tout faux, ils ne cracheraient pas sur le fait de le récupérer.

- Alors c'est pour ça que je suis encore en vie, murmure-t-elle faiblement.

Martine lâche un bref rire et lui envoie une décharge. Root sert les poings et les dents pour retenir ses hurlements de douleur. Puis ça s'arrête et elle reprend sa respiration pour tenter de se calmer. Lambert sourit largement alors qu'il tient toujours Louisa qui n'a pas cessé de se débattre. La petite trouve enfin le courage d'ouvrir les yeux. Le spectacle qu'elle voit est à la limite du supportable. Du sang, du sang partout sur et autour de sa mère. Sa mère pâle comme une page blanche de dessin. Et Louisa pleure de rage et de douleur devant la scène sans pouvoir s'arrêter. Son regard n'exprime que la haine et une pointe de douleur qu'elle laisse à peine transparaitre par ses larmes.

- Oh non, chante doucement Martine. Non on ne va pas te tuer. Ça me dépasse autant que toi tu sais mais Samaritain semble très attaché à toi et à ta copine. Je crois que c'est une sorte d'expérience.

Elle marque une pause alors que Root encaisse les paroles et tente de leur donner un sens dans son esprit embrouillé par la douleur. Elle se force à rester éveillée alors que l'inconscience l'appelle de tous ses vœux. Pas besoin de trop se forcer, la vipère lui envoie une nouvelle décharge et cette fois elle lâche un cri de douleur sans pouvoir rien y faire. Sûre que là, elle est bien réveillée.

- Honnêtement je me fiche un peu de ses raisons, continue la blonde. Ce qui m'importe c'est de pouvoir … participer.

Root la regarde perplexe et Martine se penche vers elle plus menaçante que jamais en agitant le taser devant son nez.

- Avec Sameen c'est vraiment trop amusant tu sais. Tu le sais ça hum ?

Root serre les poings de rage. Martine rit doucement mais décide d'enfoncer un peu plus le clou. Ça l'amuse bien plus que de la taser.

- Bien sur que tu le sais, continue-t-elle. Tu sais comment elle est ou plutôt comment elle était. Ce que tu ne sais pas par contre c'est comment elle est aujourd'hui. Comment elle m'a d'abord supplié en pleurant d'arrêter, puis comment elle a fini par aimé ça.

Martine fait une pause savourant l'effet de ses paroles sur celle qui tremble de haine en face d'elle. Root ne parvient plus à maitriser sa respiration devenue saccadée par le dégoût de cette pourriture qui lui balance toute cette merde à la figure. Elle ne la croit pas, Sameen n'est pas passée de leur côté. Martine lui jette un dernier regard sadique avant de se diriger vers sa fille. Elle lui caresse doucement le visage essuyant ses larmes et le lui attrape fermement enfonçant profondément ses doigts dans ses deux joues. Louisa lui lance son regard le plus meurtrier. La gamine refuse de se laisser faire elle se dégage brutalement et parvient à lui mordre férocement deux doigts jusqu'au sang. Martine lâche un petit cri rageur et gifle brutalement la petite. Root se débat mais elle ne peut rien faire. Martine se tient la main un bref instant et finit par la serrer pour lui envoyer un coup de poing monumental dans la figure. Root entend un horrible craquement et hurle de rage, et Martine et Lambert se tournent vers elle. Lou tombe à terre sous la violence du choc et grogne de douleur en tenant son nez brisé. Elle jette un regard à sa mère et lui lance un clin d'œil rapide. Root est stupéfaite. Merde alors. Mine de rien elle est sacrément fière d'elle et lui envoie un bref et imperceptible sourire complice que lui rend la gamine. Martine attrape Lou par les cheveux pour la relever et place le taser sous son menton. Puis sans la lâcher elle se tourne vers Root qui s'est raidie comme un bout de métal indéformable, une joie mauvaise dans les yeux.

- Donne moi le numéro du compte, répète-t-elle.

Root la dévisage et se tourne vers sa fille. Louisa lui fait non de la tête. Martine soupire en lâchant un rire mais elle n'a pas le droit de torturer la gamine, pas encore en tout cas, mais elle sait sur qui elle va pouvoir se défouler.

- Tu as vraiment été élue mère de l'année toi, lui claque la blonde devant son silence.

Elle renvoie violemment Louisa vers Lambert et balance le taser de rage au sol avant de s'approcher à nouveau de Root. Elle se plante devant elle et passe une main sur son cou où les marques de doigts, que Lambert a laissé, commencent à apparaitre dans des bleus. Elle les observe un court instant vaguement intéressé, totalement menaçante. Root ne bouge pas d'un millimètre. La blonde passe son index le long de son menton puis de son cou et elle s'arrête en haut de son sternum. Elle lui enfonce douloureusement dans le creux au dessus de ses clavicules.

- Je veux le numéro de ce compte, lui murmure Martine en détachant très lentement chaque mot.

Elle les ponctue par une pression toujours plus forte sur son doigt. Son ongle, s'enfonçant douloureusement dans la chair, commence à faire perler le sang. Mais Root parvient à afficher un sourire moqueur.

- Dans la vie, il y a ce que l'on veut et ce que l'on peut avoir, lui réplique-t-elle.

La blonde lui sourit à son tour. Et retire sa main.

- C'est vrai, lui concède-t-elle. Et ce que je veux là tout de suite c'est m'amuser avec Shaw. Toi tu m'ennuies à mourir.

Root en serre les dents de colère. Son sourire aura été de très courte durée. Martine fait un signe de tête aux deux agents qui commencent à la détacher. Une fois remise debout ils ne la lâchent pas. Root lui envoie toute sa haine par les yeux et le sourire de Martine s'élargit. Elle attrape un scalpel et joue avec, le faisant tourner entre ses doigts.

- J'aurais adoré te laisser une tablette comme à ta fille pour que tu puisses l'entendre chanter tu sais, reprend-t-elle sur le ton de la conversation, mais pas question que tu t'approches d'un appareil quel qu'il soit.

Elle marque une pause et s'approche d'elle.

- Mais bon, tu pourras toujours imaginer. Elle. Moi. Et ce charmant objet, quoique je pourrai surement m'en passer pour rendre les choses plus … intenses.

Folle de rage, Root tente de se ruer vers elle mais ils la retiennent et Martine lui jette un dernier regard amusé avant de sortir de la pièce.

- Je repasse te voir plus tard, lui dit-elle depuis le couloir. Je suis certaine que tu auras recouvré la mémoire.

Root continue de se débattre et hurle pendant qu'ils la trainent dans le couloir. Elle voit la blonde se diriger vers l'opposé et entre dans une pièce, la cellule de Shaw. Elle tente de repérer vaguement les lieux.

Quelques secondes plus tard, elle est jetée au sol dans une pièce froide avec sa fille. Root se redresse en gémissant de douleur. La pièce est vide, les murs en pierre la rendent glacial. Il n'y a qu'une caméra en haut dans un coin. Elle se relève et se précipite vers Louisa. Elle la serre dans ses bras et se balance d'avant en arrière alors qu'elle laisse enfin les larmes couler. Elle entend Lou respirer bruyamment avec difficulté et elle se redresse pour l'observer. Elle lui encadre le visage et observe son nez avant de poser ses deux mains dessus, prête à le lui remettre en place.

- Je vais te le réparer, murmure-t-elle d'une voix brisée par la douleur.

Ces salops allaient payer cher d'avoir touché à sa fille et à Sameen. Lou la regarde sans broncher et Root sait qu'elle n'a pas peur. Le fait qu'elle ne ressent pas la douleur est une maigre consolation pour elle. Sa fille ne devrait pas être ici, c'est sa faute.

- Tu vas voir ça va aller je vais faire très vite d'accord, ajoute-t-elle avec un regard complice.

Louisa cligne une fois des yeux pour lui montrer qu'elle a compris.

- Je vais compter jusqu'à trois, reprend Root.

- Un.

Root se prépare mentalement. Elle sent qu'elle va vomir de dégout devant l'horreur de la scène. Sameen saurait faire ça mieux qu'elle bon sang. Mais ici il n'y a qu'elle et c'est sa mère. Elle doit le faire.

- Deux.

Et elle tire d'un mouvement sec en disant le "Trois", replaçant la cloison nasal de la petite qui fait semblant de gémir de douleur.

Root la prend dans ses bras pour la bercer.

- C'est fini, lui dit-elle. Tu vas voir ça va aller je suis là maintenant. Ça va aller mon bébé.

Louisa s'accroche à son cou.

- J'ai peur, lui murmure-t-elle dans son oreille.

- Chut, murmure doucement Root en continuant à la bercer. Je sais, je sais mais ça va s'arranger tu vas voir. Je vais te sortir de là.

Louisa se redresse et tord nerveusement ses mains. Root comprend qu'elle hésite clairement à lui avouer quelque chose.

- Qu'est ce qu'il y a Lou ? lui demande-t-elle doucement.

La petite détourne le regard sans parvenir à parler et se tord violemment les doigts des mains. Root les attrape pour la calmer et pour qu'elle ne se les brise pas par inadvertance. Elle lui caresse doucement dans de petits cercles.

- Dis moi, lui chuchote-t-elle doucement.

Louisa la regarde enfin dans les yeux.

- Est-ce que tu as tué mon père ? lui demande Lou sans préambule.

Root ouvre la bouche sous l'effet du choc. Merde. Elle ne sait pas quoi lui répondre et les yeux de Louisa s'embrouillent de larmes alors qu'elle se dégage de son emprise. Son regard est accusateur ce qui est déjà dur pour Root car sa fille ne la jamais regardé ainsi, mais ce qui est pire c'est ce qu'elle y lit d'autre, la souffrance, celle de la trahison.

- Je veux entendre ce que tu as à dire, lui crache Louisa soudain furieuse.

Elle retient ses larmes très difficilement. Et elle détourne le regard, ne pouvant plus supporter la confirmation qu'elle vient de lire dans les yeux de sa mère à sa question. Pas besoin de parole, son regard est plus qu'éloquent tout comme son silence. Elle se réfugie dans un coin de la pièce.

- Lou … , commence Root.

- Tu te rends compte, la coupe Louisa, que ce sont eux qui me l'ont dis. Ils m'ont montré les images de l'hôtel où tu l'embrasses et où tu ressors de la chambre et après la police sort son corps mort. Donc c'est forcément toi !

Elle a presque crié la dernière phrase de colère. Root sent les larmes couler lentement sur ses joues. Elle ne sait pas quoi lui dire. Elle voulait lui en parler plus tard quand elle serait grande, quand elle pourrait comprendre. Pas aujourd'hui, pas ici et surement pas comme ça.

- Tu ne l'aimais pas, pas vrai ? lui claque Louisa en la regardant à nouveau alors que des larmes autant de colère que de tristesse coulent à son tour sur les joues.

Root porte une main à sa bouche pour étouffer un sanglot. "Je te prendrais tout Root, tout ce à quoi tu tiens, ta chère fille en particulier. Je ferais en sorte qu'elle te déteste". Root sanglote de rage en repensant à cette menace de Samaritain. Il avait réussi. Elle s'approche doucement de sa fille pour la prendre dans ses bras mais Louisa se dérobe et la repousse d'un geste sec en tendant ses deux mains devant elle et en détournant son regard. Root détourne les yeux et étouffe difficilement un sanglot puis elle se tourne à nouveau vers sa fille et la prend de force dans ses bras. Peu importe ses objections silencieuses, elle a trop besoin de son contact. Louisa commence par se débattre doucement en pleurant et en la frappant presque, puis elle cesse très vite et s'abandonne dans ses bras en pleurant et en enfouissant sa tête contre sa poitrine.

- Laisse moi t'expliquer, lui murmure Root sans la lâcher.

La petite s'est enfin calmée et elle sent qu'elle n'a plus le choix. C'est le moment ou jamais de lui donner sa version de l'histoire.

- Oui c'est vrai je l'ai tué, lui avoue-t-elle. Et non je ne l'aimais pas.

Il ne servirait de toute façon à rien de le nier. Louisa se raidit à son aveu et tente de se dégager pour remettre le plus de distance entre elles. C'est assez étrange, elle a tellement voulu la voir depuis des jours, ne pensant qu'à elle, et là tout de suite elle refuse son contact. Elle se sent blessée, trahie et elle lui en veut. Elle a pourtant tout fait ces derniers jours pour refouler loin d'elle ce sentiment, pour tenir. Mais maintenant qu'elle est là, et pire qu'elle lui avoue qu'ils ont raison, il est présent avec une telle force, une telle violence, que ça lui fait mal de la seule douleur qu'elle peut ressentir. Root refuse de la lâcher, de la laisser s'éloigner une seule seconde fois et la tient fermement contre elle. Louisa finit par renoncer et reste blottie contre elle. Et Root peut relâcher la pression pour juste la câliner tendrement.

- Il travaillait pour Greer avant que Samaritain ne soit mis en service. Il avait des informations sur cette saleté de machine, sur l'emplacement d'un de ses futurs serveurs que je devais détruire. Et il me fallait ces informations pour empêcher la mise en service de Samaritain ou au moins la ralentir.

Elle marque une pause et déglutit. Louisa n'a pas bougé et Root sait qu'elle l'écoute très attentivement. Elle continue mais c'est difficile, très difficile.

- Mais il ne m'aurait rien dit comme ça et la Machine m'avait déjà rendu gentille alors je ne lui ai pas non plus fait de mal pour obtenir ces informations. J'ai juste fait semblant de l'aimer pour qu'il me dise ce qu'il savait.

Elle s'arrête une nouvelle fois alors que Louisa se redresse pour la regarder dans les yeux. Silencieuse, calme et forte. Root est impressionnée par son attitude face à ce qu'elle est en train de lui raconter. Louisa a cessé de pleurer, mais la tristesse et la colère sont toujours présentes dans son regard. Il blesse Root en plein cœur et elle déglutit difficilement. Sa fille ne la lâche pas des yeux. Elle attend calmement la suite.

- Je … Je n'avais pas l'intention de le tuer, lui jure Root. Je t'en prie, il faut que tu me croies, je ne voulais pas ça. Mais … mais cette nuit là tout a dérapé. Il a reçu un message de son patron Greer qui lui a envoyé la photo d'une personne à aller tuer parce qu'elle travaillait pour la Machine. Et cette personne c'était moi. Il a sorti son arme et …

Elle s'arrête soudain submergé par l'émotion. Elle revit la scène. Sur le coup tuer cet idiot ne lui avait fait ni chaud ni froid. Si elle avait su qu'elle aurait une fille de cette fameuse nuit, les choses auraient-elles été différentes ? Surement que non, ça avait été de la légitime défense. "Quoique" murmure une petite voix dans sa tête. Root secoue la tête lentement, elle aurait juste pu le blesser, elle savait bien viser, mais non elle l'avait tué. Elle avait fait ce choix de lui tirer en plein dans le front. Bien sur elle avait réagi très vite sur le moment et n'avait pas eu le temps de réfléchir, moins d'une milliseconde. Elle avait une arme pointée sur elle, lui ne l'aurait pas ratée s'il avait été assez rapide. Et plus tard elle avait su dans cette bibliothèque qu'on allait lui offrir l'un des plus beaux cadeaux que lui ait donné la vie et qui se trouvait là en face d'elle, aujourd'hui si méfiante, si … déçue d'elle. Louisa l'observe toujours, patiente elle attend la fin de cette triste histoire dont elle connait déjà le dénouement.

- …et je n'ai pas eu le choix, achève difficilement sa mère. Je l'ai tuée.

Louisa baisse les yeux. C'est dur à encaisser même si c'est le scénario qu'elle avait envisagé bien sûr, celui qu'elle avait espéré d'une certaine manière. Mais le sentiment de colère ne passe pas pour autant. Et si elle lui mentait ? Si elle lui racontait tout ça pour se faire passer pour une gentille. Car maintenant Louisa n'est clairement plus sûr de rien et pas que sa mère fasse partie des gentils. Elle avait tenté de s'en convaincre au cours des derniers jours pour tenir le coup. Il est clair qu'elle l'aime, ça elle le sait et n'en doute pas et elle aussi elle l'aime. C'est pour ça qu'elle avait été si heureuse de la revoir, mais là tout de suite … Elle ne sait pas si elle ne préférerait pas être seule, quoique non. Enfin, elle ne sait plus très bien ce quelle ressent. C'est si étrange, si contradictoire, si peu compréhensible. Mais non elle ne doute pas de leur amour réciproque l'une pour l'autre. Ce dont elle doute désormais c'est de tout le reste. Elle a l'impression de n'être qu'un mensonge dans la vie de sa mère, une sorte d'erreur.

- Et pendant tout ce temps tu ne m'as jamais rien dit, lui dit-elle enfin.

- Je te l'aurais dit un jour, lui promet Root. Quand tu aurais été plus grande.

Lou secoue doucement la tête.

- Non tu ne me l'aurais jamais dit. Tu gardes tes secrets pour toi.

Les lèvres de Root tremblent alors qu'elle la regarde. Elle lui caresse doucement le visage et Lou détourne le regard sans pourtant se dérober à son geste cette fois.

- C'était difficile, murmure Root en la regardant intensément pour que Lou croise à nouveau ses yeux, ce qu'elle finit par faire. Et je ne savais pas comment tu réagirais. Je pensais que …

- Non, la coupe sa fille secouée de sanglots silencieux. Tu ne m'as juste pas fait confiance, j'aurais tenu le coup.

Root ouvre la bouche sans parvenir à sortir un mot sous le regard de sa fille.

- Alors maintenant je veux toute la vérité, continue Louisa.

Root acquiesce vivement en silence.

- Plus de mensonges, lui claque Louisa.

Root la regarde très sérieusement.

- Plus de mensonges, répète-t-elle en acquiesçant, je te le jure.

Et Lou parvient à afficher une ébauche d'un sourire en coin. C'est faible et si peu perceptible, mais Root se sent déjà un peu mieux. Louisa prend une profonde inspiration.

- Tu m'as dit que c'était mal d'embrasser quelqu'un si on ne l'aimait pas alors pourquoi tu as fait ça ?

Root acquiesce sans la quitter des yeux. Elle garde son air sérieux pour montrer à Louisa qu'elle prend cette conversation très au sérieux. Elle doit regagner sa confiance.

- Parce que je n'avais pas d'autre choix pour obtenir ces informations. Ce jour là je m'étais faite passer pour un agent travaillant pour Greer. J'avais d'ailleurs assommé le vrai agent en question et je l'avais enfermé, sédaté quelque part. Mais je ne l'ai pas tué, ajoute-t-elle précipitamment. Je te le jure.

Louisa la regarde attentivement un moment. Pour Root c'est une torture de la voir douter ainsi d'elle, même si au fond elle ne peut pas lui en vouloir.

- Je te crois, lâche enfin Louisa. Continue s'il-te-plait.

Root acquiesce soulagée et poursuit son récit. C'est plus facile que tout à l'heure maintenant. Elle sent qu'elle fait des progrès mais elle y va doucement.

- C'est comme ça qu'il m'a fait confiance, qu'il ne s'est pas méfié. Et puis …

Elle marque une pause en se mordant nerveusement les lèvres.

- Enfin bon je sais que ce n'est pas bien mais j'ai préféré l'embrasser que de lui faire du mal pour obtenir ce que je voulais.

Louisa la regarde le visage totalement neutre de toute émotion cette fois-ci. Elle se sent tout de même soulagée d'entendre ça. Mais il y a une chose qui la taraude.

- Et moi dans tout ça ? demande-t-elle. Pourquoi tu as bien voulu m'avoir comme fille alors que mon père n'était pas quelqu'un de bien, quelqu'un qui a cherché à te tuer, à te faire du mal. Et peut-être … peut-être que je suis comme lui au fond.

Elle se remet à pleurer alors que Root lui fait non de la tête et la serre à nouveau contre sa poitrine.

- Peut-être que je vais devenir comme lui, une mauvaise personne qui fait du mal à tout le monde.

- Chut, murmure Root, ça n'arrivera jamais.

- Mais là depuis tout à l'heure je t'ai déjà fait du mal, je le sais. Je t'ai dit des choses horribles pour te faire du mal parce que … parce que…

- Chut, murmure encore une fois Root en la berçant tendrement.

Louisa se tait et Root sent ses larmes couler contre son cou. Elle a mal, très mal, encore plus mal que quand tout à l'heure Martine lui a massacré l'oreille. Elle reste pourtant forte pour Lou et ne montre rien. Sa fille souffre trop elle aussi.

- Parce que tu étais en colère, achève-t-elle à sa place. Et je comprends c'est normal. Je ne t'en veux.

- Mais, insiste Louisa, si je suis sa fille ça veut dire que ce côté mauvais que j'ai en moi … c'est … Je vais devenir comme lui.

- Non, la coupe durement Root cette fois. Louisa regarde moi.

Elle force sa fille à lui faire face.

- Tu n'es pas quelqu'un de mauvais. Tu es une incroyable petite fille à qui il est arrivé quelque chose de terrible. Et tu es très courageuse, crois moi. Je suis tellement fière de toi.

Elle marque une pause et savoure l'éclair de joie qui traverse les yeux de Lou à l'entente de son compliment.

- Tu sais, continue-t-elle, un père c'est quelqu'un qui aime ses enfants, qui passe du temps avec eux. A mes yeux, cet homme n'est pas ton père. Donc ne t'en fais pas, tu ne seras jamais comme lui si tu n'en as pas envie.

Un court silence s'installe, mais il n'est pas pesant. Root voit sa fille réfléchir à ce qu'elle vient de lui dire. Et elle heureuse de voir ces paroles apaiser ces tourments.

- Pour te répondre, continue Root, je t'ai aimé dés que j'ai su que tu étais dans mon ventre. Jai su que tu serais une merveilleuse petite fille et je me fichais qu'il soit ton père, car comme je viens de te le dire, pour moi il ne l'est pas et ne le sera jamais. Tu n'es pas sa fille, tu es la mienne. Tu n'as pas besoin de lui. Même s'il était encore là aujourd'hui, tu n'aurais pas besoin de lui car on est déjà une famille.

Cette fois Louisa sourit franchement et Root ne lui renvoie. Elle sait qu'elle vient de gagner la manche, ça n'avait pas été facile.

- Une famille un peu spéciale, ajoute-t-elle sur un ton beaucoup plus coquin en commençant à lui chatouiller le bout du nez.

Louisa éclate de rire et Root continue doucement.

- Mais une famille c'est quand on s'aime.

- Avec Sameen, on est vraiment une belle famille alors, lui dit Lou.

Elle marque une pause et redevient sérieuse.

- Ils mont montré d'autres vidéos de toi où tu fais du mal à des gens et où même tu les tue.

Root perd son sourire mais ne la quitte pas des yeux. Elle lui confirme par un hochement de tête en lui caressant la joue d'une main tendre. Elle déglutit difficilement.

- Oui je te lai dit ça tu t'en souviens. J'étais très méchante avant.

Root savait que ces ordures ferait ça. Elle avait tenté de prévenir le coup, de préparer au mieux sa fille. Louisa acquiesce.

- Oui, je sais. C'est juste que … enfin bon c'était vraiment horrible.

Root se mord les lèvres. Tout se payait un jour. Elle le savait, la vie le lui avait appris à ses dépens depuis longtemps. La vie. Ce qu'elle pouvait être cruelle quand elle le voulait.

- Ils ont fait ça pour te faire craquer, lui murmure-t-elle. Pour te faire douter de moi.

- Et ça a marché tu crois ? lui demande Louisa.

Root reste interdite par son ton. La gamine semble à nouveau en colère mais Root n'est pas sure que ce soit contre elle cette fois. Elle fronce les sourcils et secoue la tête pour lui répondre.

- Non, lui assure-t-elle simplement. J'ai confiance en toi.

Louisa se mord la lèvre.

- Tu ne devrais pas, lui répond-t-elle sentant sa propre culpabilité l'envahir autant que la colère, furieuse de sa faiblesse. Parce que je leur ai dit qu'on habitait Brooklyn.

Root ouvre la bouche et la referme aussitôt. Elle sent que Louisa doit continuer et elle ne la coupe pas.

- J'en pouvais plus, murmure-t-elle difficilement entre deux hoquets, les larmes coulant sur son visage. J'en pouvais plus de les entendre faire tout ce mal à Sameen et ils m'ont promis d'arrêter si je leur disais. Mais je te promets que je ne leur ai pas donné l'adresse.

- D'accord, d'accord, murmure précipitamment Root en lui serrant les avants bras. Louisa je te crois. Ce n'est pas grave je t'assure. Tu as fait ce qu'il fallait. Tu as fait ce qu'il fallait.

Elle la berce contre elle en se balançant d'avant en arrière en répétant encore et encore cette phrase jusqu'à ce que Louisa cesse de pleurer et ce soit calmer.

- J'ai fait des choses terribles, murmure enfin Root, et beaucoup d'erreurs dans ma vie. Mais toi, dit-elle en la redressant pour obliger sa fille à lui faire face. Toi tu n'en es pas une. Je t'aime, je t'aime tellement. Souviens toi. Je t'aime et ils ne peuvent pas nous enlever ça.

Louisa acquiesce.

- Je ne suis pas parfaite, continue Root. J'ai fait du mal à des gens ces derniers mois pour savoir où était Sameen et ça il faut que tu le saches Lou, je ne suis pas toujours gentille mais je te promets que j'essaye et …

- Je sais, la coupe Louisa. Ils m'ont montré. Lambert … il m'a montré et … Mais tu sais j'aurais fait pareil si j'avais pu parce que eux ils le méritent. Ils ont tellement fait de mal à Sameen que je pense qu'ils le méritent.

Root acquiesce doucement.

- Je le pense aussi mon ange, mais toi … Je … Je ne veux pas ça pour toi.

- Trop tard, lui réplique Lou en secouant doucement la tête. Je les hais déjà.

Et elle se blottit contre elle. Root n'ajoute rien.

- Tu m'as fait peur sur la vidéo où tu as tué un homme après qu'il t'ait quand même dit ce que tu voulais savoir sur la Machine. Qui t'a rendu si méchante ? Avant ?

Root sait immédiatement de qui elle parle, Denton Weeks. Elle l'avait tué de sang froid et rien ne pouvait excusé ça. Elle la serre d'autant plus dans ses bras et ne la lâche plus. Le ton de Louisa n'avait pas une trace de colère cette fois-ci. Le petite avait juste fait une constations et Root sait qu'elle lui fait à nouveau confiance.

- Je te promets, je te raconterais. Mais pas aujourd'hui.

Elle l'embrasse doucement sur le front. Elle sent à nouveau une légère fièvre et elle retire sa veste pour en couvrir la petite. Bon sang qu'il fait froid ici. Elle la berce doucement et lui murmure doucement leur berceuse préférée, celle qui apaise tous leurs tourments.

Elle a mal à son oreille. La conversation avec Louisa l'avait un instant tenue loin, mais désormais elle revient, violente. Elle passe doucement un doigt dessus et tressaille en étouffant un cri de douleur. Louisa doit le sentir car elle ressert son étreinte. Elle finit par s'abandonner au sommeil dans les bras de sa mère.

Root reste éveillée en alerte. Elle pense à Sameen. Qu'est ce que Martine est en train de lui faire bon sang ? Ça la rend malade. Tout comme cette caméra qui le sobserve. Elle réfléchit à un plan. Il faut sortir d'ici, elles doivent sortir d'ici, il le faut absolument.

Root soupire. Elle sait que si ça avait été aussi simple, Shaw y serait parvenue depuis longtemps, mais elle a confiance en sa propre ingéniosité. Son talent c'est de trouver la faille, car tout système en a une, même cette saloperie qui les observe et qui n'a pas perdu une miette de leur conversation.

Elle n'est pas sure de comprendre leur stratégie de lui permettre de rester avec sa fille. Certes elle ne va pas s'en plaindre, mais il y a un truc louche derrière tout ça. Peut-être savaient-ils que Louisa lui demanderait des comptes suite à la torture, parce que oui il n'y avait pas d'autre mot ils avaient bien torturer sa fille, psychologique qu'ils lui avaient infligée. Ils avaient peut-être pris leur pied devant leurs écrans, ces espèces d'enflures à l'observer, à tenter de rattraper le coup, à la voir souffrir de voir sa fille douter d'elle. Mais sur ce coup là, ils avaient échoué car Louisa l'avait crue, preuve en est elle s'est abandonnée au sommeil dans ses bras en toute confiance. La gamine avait été plus forte qu'eux, elle leur résistait, elle lui résistait. Elle était forte, bon sang, au combien forte. Root est fière d'elle, si fière. Samaritain a échoué, il ne peut rien contre l'amour qui les unie, tout comme c'est le cas pour l'amour qui l'unit à Sameen. Un amour fort, indéfectible, un amour qu'il ne comprend surement pas, qui le dépasse. C'était peut-être ça réalise soudain Root. Martine avait parlé d'une sorte d'expérience menée sur elles. Peut-être que Samaritain voulaient tester leur lien, tenter de le briser, voir s'il pouvait y arriver. Bon c'est un peu tordu mais vu la monstruosité dont il sait faire preuve ça ne l'étonnerait pas. Il a l'esprit mauvais et pervers. Root pense qu'elle détient, au moins, une partie de la réponse.

Samaritain veut les tester et c'est pour ça qu'elles sont encore en vie alors même qu'ils ont l'implant, qui d'ailleurs leur sera inutile. Elle se demande vaguement comment ils réagiront en s'en apercevant mais rejette cette idée dans un coin de sa tête. Chaque chose en son temps. Pourquoi étaient-elles encore en vie ? Ça n'est pas pour l'argent, ni pour "divertir" la salope comme elle s'en est vantée. Non elles étaient encore vivante pour une expérience tordue de ce truc. S'il voulait vraiment les engager comme il le prétendait, chose que Root commençait à envisager comme une sérieuse possibilité, c'était peut-être ça l'aboutissement de son expérience. Voir comment il les briserait pour ensuite les sauver et les remodeler à son envie, en faire ses marionnettes. Root refusait que ça arrive, elle résisterait tout comme elle savait que Shaw continuait à résister et tout comme Louisa leur avait résisté aujourd'hui. Il avait échoué à retourner sa fille, elles s'aimaient trop pour ça. Root se félicite de ne pas avoir écouté Harold et d'en avoir fait à sa tête en choisissant de tout dire à sa fille. Elle l'avait préparée à ça d'une certaine manière tout en espérant désespérément que ça n'arriverait pas, mais elle l'avait préparée à cette torture qu'on lui avait infligé Louisa avait parlé de Lambert, elle en enrage c'était visiblement surtout lui qui l'avait torturée. Apparemment la petite n'avait pas trop subi de dommages physiques, piètre soulagements pour Root car le peu qu'elle a enduré est déjà trop à ses yeux. De plus on détruit surement plus facilement par la manipulation psychologique que par les coups, et sur Louisa c'était ce qui marchait le mieux. Elle ne sait pas s'ils savent pour sa pathologie et si c'est pour ça qu'ils ont décidé d'agir ainsi, elle n'en sait rien mais le secret est de mise et Lou ne lui a rien dit la dessus. Son attitude de tout à l'heure, son clin d'œil complice quand Martine l'a frappée en plein ventre, est une confirmation à ses yeux qu'elle ne leur a rien dit. Pourtant s'ils connaissent son père, ils vont faire vite le lien, quoique Louisa joue la comédie et pour l'instant ça semble fonctionné. Martine semblait se retenir, elle aurait pu aller plus loin tout à l'heure et Root le sait. Pourtant cette folle ne connait pas la pitié et l'empathie. Elle s'était donc arrêtée à un coup de poing au visage parce que … parce qu'on lui avait interdit, parce qu'Il lui avait interdit. Elle ne comprend pas, mais s'en félicite. Peu importe, Root n'est pas certaine d'avoir jamais détesté deux êtres humains comme ça, à part peut-être Andrea. Elle leur fera payé. Peut-être est-ce une stratégie de Samaritain. Lui montrer qu'il ne touche pas à sa fille, une sorte de main tendue pour la faire basculer de son côté. Root pense sincèrement que c'est le cas, elle a appris à lire entre les lignes depuis longtemps pour les humains, mais aussi pour déchiffrer les messages cachés de la Machine et elle est très douée. Le message de Samaritain est aussi à double tranchant et il est très clair pour Root. Il a laissé la blonde aller à ses pulsions de violence un bref instant pour lui montrer qu'il n'hésitera pas à toucher à sa fille si elle lui résiste. Root en est malade d'avance. Elle a raison bon sang il faut sortir d'ici.

Elle baisse les yeux sur Louisa et est surprise de voir que la petite est éveillée. Depuis quand l'observe-t-elle perdue dans ses pensées ? Un bon moment. Root la serre contre de sorte que la caméra ne voit pas son visage.

Louisa la regarde intensément comme si elle voulait lui transmettre ses pensées. Elle lui attrape sa main et lui fait sentir ce qu'elle tient. Un bout de verre brisée. Et Lou lui sourit malicieusement alors que sa mère se demande comment elle a dégoté ça.

Louisa avait été maligne sur ce coup là. Elle avait explosé le verre d'eau de rage l'autre jour et elle s'était emparée d'un bout de verre tranchant d'environ cinq centimètres. Elle savait qu'il serait utile. Mais elle n'avait pas osé s'en servir seule, elle était petite et ils l'auraient maitrisée trop vite. Alors elle l'avait caché, elle pensait le montrer à Sameen une fois seule avec elle pour concocter un plan, mais il y avait eu les jours sans nourriture qui l'avait affaiblie, sa trahison sur leur lieu de vie qui l'avait fait se sentir monstrueuse, et après il y avait eu la torture au pic à glace infligée à Shaw, et pour finir le sacrifice de sa mère. Elle avait trop subi d'un coup et n'avait pas eu le temps pour ce plan. Mais là tout de suite, elle venait de le faire connaître à sa mère par un simple regard. Elles étaient presque en connexion de télépathie à cet instant.

Root lui sourit largement. Elle a compris et bien sur elle marche. C'est une idée comme une autre et une idée c'est suffisant pour Root, c'est largement suffisant. Mais elle va peaufiner ce plan. Elle doit endormir leur méfiance.

- Dors mon ange, lui murmure-t-elle. On en aura besoin. Mais je suis là n'aies pas peur.

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Shaw tire sur Reese dans le dos. Il s'écroule sur le pavé et meurt quelques secondes après sous ses yeux horrifiés. C'est elle qui a fait ça. Elle tente de trouver de l'aide et appuie sur son oreillette mais elle n'est pas là pour la réconforter, pour lui dire qu'elle va venir la chercher, que ça va aller. C'est débile mais elle en a besoin. Mais Root n'est pas là et Sameen ne voit que Reese, Reese qu'elle a tué, Reese dont le sang inonde le béton de la ruelle sordide où ils sont. Elle respire mal, elle se déteste. Perdue, elle choisit encore la réponse la plus facile ou la plus courageuse, elle ne sait pas trop. Et elle appuie sur la détente en se faisant sauter la cervelle. Elle se réveille en sursaut, épuisée.

Cette simulation était étrange, aussi horrible que les autres. Mais étrange car Root n'était pas là. Pourtant ils ont compris que c'est elle son point faible. Sameen ne peut s'empêcher de paniquer quelque chose cloche, mais elle n'en montre rien. Comme d'habitude son visage respire l'impassibilité. On lui retire son casque et sans surprises aucunes, elle la voit à son chevet.

Martine a un sourire radieux, elle tient un scalpel et Sam en est presque soulagée. Ça elle connait. La blonde ne la touchera pas aujourd'hui, du moins elle l'espère car ça c'est le plus horrible à ses yeux. Ça touche autant le psychologique que le physique, un peu comme quand ils ont torturé Louisa devant elle. Mais égoïstement elle trouve ça pire car ça l'atteint dans sa fierté. La blonde l'humilie et elle adore ça, ce qui rend Shaw malade au sens propre comme au figuré d'ailleurs.

Martine se met à califourchon sur elle comme à sa triste habitude. Shaw reste immobile et l'observe d'un air mauvais. Elle n'a pas peur de ce que cette folle dingue névrosée va lui faire. Elle ne ressent que du dégout pour la blonde mais aussi et bizarrement pour elle-même. Elle se hait de ne pas réussir à l'arrêter dans son jeu, de ne pas mieux lui résister.

- Où est Louisa ? demande-t-elle immédiatement.

Le sourire de Martine qui s'élargit ne lui dit rien qui vaille. La blonde se met à rire. Elle se penche vers elle et lui caresse le visage avec le scalpel, menaçante. Shaw ne bouge pas, si la blonde le veut elle pourrait la défigurer d'un simple geste. Mais Martine n'en fait rien, elle continue faisant descendre le scalpel le long de son cou puis sur ses clavicules avant de longer son bras gauche. Arrivée aux doigts qu'elle a déboité quelques jours plus tôt. Elle lève la lame et la regarde bien dans les yeux.

La porte s'ouvre laissant entrer Lambert muni d'une tablette. Martine se redresse et la regarde sadiquement.

- Avec sa mère bien sûr, lui réplique-t-elle.

Shaw garde un visage neutre, pourtant ce qu'elle vient de lui dire est un coup de massue. Elle affiche pourtant un sourire moqueur au coin de la bouche et fait non de la tête.

Martine lui sourit alors plus largement. Elle lui plaque subitement le scalpel sous la gorge et Shaw ne bouge plus d'un millimètre. Si la blonde appuie, elle lui sectionne la carotide et elle meurt en deux minutes. Martine se penche vers elle et le rythme cardiaque de Shaw augmente mais elle ne remue pas un muscle. La pétasse s'arrête au dessus de son visage.

- Oh que si, lui murmure-t-elle.

Et elle l'embrasse. Shaw ne peut rien faire alors qu'elle sent sa langue s'insinuer entre ses lèvres. Si elle bouge d'un millimètre, elle est morte et la blonde le sait. Elle ne peut que subir. Elle serre furieusement les poings alors qu'elle expire sa rage par le nez. Martine prend tout son temps, elle gémit doucement dans ce qui doit lui sembler être un baiser. Puis elle s'arrête et reste un instant en suspens au dessus de son visage, observant, ravie, Shaw dans les yeux.

- Hum, délicieux, lui murmure-t-elle écœurante jusqu'au bout.

Elle se redresse et lui caresse le visage de sa main libre sans lever celle qui tient le scalpel. Shaw enrage mais tente de calmer sa colère. Martine sait qu'elle pourrait faire un brusque mouvement et se tuer, mais si Sam fait ça, Louisa sera seule dans cet enfer. Seule oui, car elle est sure et certaine qu'ils n'ont pas Root. Pas vrai ?

Elle en est là de ces réflexions quand la blonde enlève son scalpel, et sans la quitter des yeux, elle tend une main vers Lambert qui lui donne la tablette.

- Je t'avais promis une vidéo d'elle pour le jour où je l'attraperai, tu te souviens ? murmure distraitement la blonde en tapotant sur la tablette

La respiration de Shaw s'accélère. Non, non, non. Pas possible. Pas Root.

- Je ne te crois pas lui crache-t-elle. Tu ne l'as pas attrapé salope.

Martine affiche une moue faussement déçue.

- C'est vrai, lui dit-elle. On ne l'a pas attrapée …

Elle marque une pause, savourant le moment où Shaw se détend à l'entente de cette nouvelle en relâchant son souffle et la pression sur ses épaules, avant de mieux l'achever.

- C'est elle qui s'est rendue.

Elle jubile carrément maintenant. Sameen se décompose sous ses yeux. Elle secoue la tête et affiche une mine furieuse qui rend Martine heureuse.

- Non, murmure Shaw doucement.

Martine tourne alors la tablette vers elle et Sameen peut y voir Root dans une pièce en train de serrer sa fille dans ses bras. Elles sont seules et visiblement en bonne santé. Shaw se sent mal. Sa respiration s'accélère trop vite. Non pas ça, bordel pas ça. Martine tend la tablette à Lambert sans la quitter des yeux.

- Le spectacle t'a plu Sameen ? murmure suavement Martine. En tout cas, moi la représentation de tout à l'heure m'a comblé. … Quand je lui est arraché cet implant, c'était vraiment trop bon.

Shaw en reste pétrifiée sur place mais elle ne sait pas pour quel élément en particulier. Le ton particulier de la blonde, ou ce qu'elle vient de dire, ou le fait qu'elle vient de l'appeler pour la première fois par son prénom ce qui lui déplait car seule Root l'appelle ainsi, ou encore pour ce qu'elle vient de voir qui lui confirme la fin de tout espoir. Elle se demande avec appréhension ce qui peut maintenant bien les attendre. Pourquoi sont-elles encore en vie ? Qu'attendent-ils d'elles maintenant qu'ils ont Root, et surtout qu'ils ont son implant ? Elles leur sont inutiles, et ça c'est pas bon, Shaw le sait. Ça signe leur arrêt de mort. Pourquoi Root avait-elle fait ça bon sang ? Mais Shaw ne peut pas lui en vouloir, elle sait pourquoi elle l'a fait. Quand Samaritain lui a pris sa fille, elle n'avait plus rien à perdre. Elle a dû tenter un coup de bluff, ou alors elle a un plan. Bah il n'y a plus qu'à espérer qu'il soit solide et même sacrément solide.

Mais maintenant que la blonde lui a montré ça. Que lui veut-elle ? Pourquoi la torturer ? Elle n'a plus rien à avouer. Son "salut", si on pouvait appeler ça ainsi vu tous ce qu'elle avait subi, était dû au fait qu'elle savait où était Root, où était la planque. Mais maintenant qu'ils avaient Root, elle ne leur servait plus à rien. Pourtant Martine reste là menaçante, armée de son scalpel et Shaw décide de jouer carte sur table parce que de toute façon c'est fini.

- Et maintenant ? demande-t-elle calmement au bout d'un moment. On se débarrasse des choses inutiles, donc vas-y fais le ménage.

Martine éclate de rire et secoue la tête. Elle s'esclaffe réellement. Tout d'abord parce que Shaw vient de parler d'elle comme d'un objet, elle a donc bien réussi sur ce point. Elle l'a brisée en la rabaissant l'état de chose qui lui appartient. Et ensuite pour sa détermination à mourir, car elle est heureuse qu'on lui est donné l'ordre de poursuivre son "traitement" et non de la liquider. Elle va encore pouvoir s'amuser, et vu la détermination de Sameen, ça allait encore durer un bon moment, à sa plus grande joie. On lui a demandé de la finir, avec quartier libre. Tout était permis et elle en aurait presque sauté de joie, elle avait pourtant juste laissé un immense sourire s'étaler sur son visage. Comme maintenant d'ailleurs.

- Non, non, non, non, non, lui chante-t-elle doucement. Je ne veux pas que tu manques le spectacle. Je sais même déjà quel numéro on va jouer toutes les deux.

Et elle penche la tête sur le côté, son regard, son horrible sourire. Sameen voit tout ça, mais elle ne comprend. Elle ne comprend pas pourquoi Martine va encore la torturer. Que ça l'éclate un max, ça elle a compris depuis longtemps, mais Samaritain lui … Enfin bon pourquoi perd-t-il son temps et son énergie avec elle ? A moins qu'il soit comme son agent, que ça lui plaise de la voir à genoux.

Martine prend tout son temps, savourant la situation comme jamais encore jusque là. Elle fait glisser le sclapel le long du visage de Sameen qui reste de marbre en apparence alors que son cœur bat à tout rompre dans sa poitrine. Elle s'attend à tout moment à sentir la douleur, le sang couler, la lame lui déchirer la peau comme on épluche un fruit bien mûre et bien juteux. Mais la blonde n'appuie pas, pas encore, elle fait glisser la pointe acérer sur son cou, puis elle descend sur son buste entre ses deux seins. Sameen la voit s'arrêter nette et observer elle ne sait quoi. Puis Martine sourit et glisse le scalpel sous le premier bouton de sa chemise noire qu'elle fait sauter. Cette fois Shaw a compris, elle ne reste pas impassible, sa respiration s'accélérant malgré elle. "Merde", pense-t-elle. Elle était sûr que non, pas ça, pas aujourd'hui. Bien sûr, elle pouvait le supporter. Tenir, être forte, c'était son lot quotidien ici. Mais merde, elle en avait été certaine quand elle avait vu l'outil dans les mains de cette raclure. Certaine que ce ne serait pas ça, qu'elle se ferait taillader. Mais Martine avait d'autres projets en tête, elle fait sauter les boutons un par un très lentement et ouvre la chemise en grand. Elle lâche un dégoutant soupir de satisfaction et admire le corps qui s'offre de mal gré à elle. Elle déplace la lame sur le nombril de Sameen et remonte tout doucement le long de son ventre, lui donnant des frissons de dégoût, jusqu'à atteindre son soutien gorge. Et Martine la regarde enfin dans les yeux et sourit. Un sourire immonde qui donne envie à Sameen de hurler, de crier, de frapper. Mais à quoi bon ? Ça ne ferait que combler cette malade. La blonde glisse la lame sous l'attache qui relie les deux bonnets du sous vêtement et elle attend. Sameen n'arrive pas à calmer sa respiration. Son dégoût, sa haine, son envie de meurtre, tout ça elle ne peut pas l'évacuer en hurlant et ça bouillonne en elle comme un magma incandescent dans un volcan. Elle a encore assez de contrôle pour ne pas lui faire le plaisir d'exploser, mais pas assez pour contrôler sa respiration. Martine se penche sur elle, son visage en suspens à quelques centimètre au dessus du sien. Elle aussi elle respire vite, mais pas pour les mêmes raisons et Shaw en est encore plus malade. Martine appuie son front contre le sien et sans prévenir tire sèchement sur la scalpel qui brise net le soutien gorge en deux. Sameen serre les mains si fort que ses doigts en craquent. La blonde se penche à son oreille. Elle respire vraiment trop fort. "Alors c'est ça son truc à cette folle, réalise Shaw, son fantasme ou son délire, peu importe le terme exact". Sameen avait compris depuis longtemps que Martine prenait son pied à la torturer de toutes les manières possibles, mais là aujourd'hui qu'elle n'a plus aucun renseignement susceptible de l'intéresser, Shaw réalise que ça va plus loin que ça pour la blonde qui continue son jeu. Elle n'est pas juste un boulot ou un divertissement pour elle, elle est … Pff, en fait elle ne sait même pas ce qu'elle est. Qu'est ce qu'elle peut représenter pour cette folle qui expliquerait un tel acharnement envers elle ? Sameen n'en sait rien. De toute façon peu importe, elle est à deux doigts de vomir quand elle lui lèche l'oreille en gémissant alors qu'elle accentue ses coups de reins.

- J'ai trop envie de toi aujourd'hui, lui murmure-t-elle sadiquement à l'oreille. J'ai trop envie de t'entendre me supplier. Je sais que toi aussi tu en meurs d'envie pas vrai Sameen ?

Mais Shaw ne réagit pas, elle est raide comme une statue de granit. Elle aimerait tellement en être une la tout de suite, une chose forte, solide et froide qui ne ressent rien. Mais elle ressent tout, c'est même bien ce qu'ils ont voulu ici. Les simulations, les tortures physiques doublées du psychologiques, tout ça c'était pour qu'elle ouvre les yeux sur ce qu'elle ressent, sur ce qu'elle niait pouvoir ressentir. Et une fois la vérité imposée à son esprit, qu'elle pouvait ressentir, et cela bien plus qu'elle ne l'avait cru, ils s'en étaient servi sur elle pour la briser, la manipuler. L'arme utilisée contre elle, avait été les sentiments. Si quelqu'un lui avait annoncé ça quelques mois plus tôt elle lui aurait ri au nez, ou plus probablement haussé les sourcils en signe de moquerie sourde et de défi devant une telle absurdité. Pourtant là elle n'avait pas envie de rire. Martine lui lèche une dernière fois l'oreille en gémissant puis elle descend sur ses seins. Elle s'arrête un instant pour observer Shaw, qui reste résolument fixée au plafond, le visage fermé, ses traits vides de toute émotion. Elle ne dit rien mais son corps tremblant de haine, ses poings serrés qui tremblent, ses yeux au regard noir, tout ça parle bien assez à la blonde qui s'en amuse. Shaw refuse de lui céder, ne serait-ce qu'en la regardant, alors elle va l'obliger. Martine se penche sur un de ses seins et le lèche un instant. Sameen en expire de rage et de dégoût, mais soudain elle hurle de douleur alors que Martine lui mord le mamelon jusqu'au sang. Puis elle fait glisser sa langue dans une trainée humide jusque son bas ventre tandis que ses mains déboutonnent son pantalon. Et Sameen n'y tient plus. Comme un signal d'alerte qui hurle dans sa tête elle se met à se débattre férocement contre la blonde qui finit de la déshabiller. Cette dernière se redresse, vaguement amusée par sa réaction.

- Stop, lui dit-elle lascivement.

Mais Shaw continue de se démener en tirant désespérément sur ses liens, et Martine soupire en levant les yeux au ciel. Elle lui replace le scalpel sous la gorge, et Sam s'immobilise aussitôt.

- Je t'ai dit Stop.

Shaw ne bouge plus mais sa respiration ne s'est pas calmée. Elle regarde enfin Martine dans les yeux. Cette dernière lui agrippe de sa main libre les cheveux pour l'obliger à soutenir son regard.

- Tu devrais te détendre ma chérie, continue-t-elle. Ça va être tellement bon. Et on sait toutes les deux que tu adores ça.

Et Sameen lui crache au visage. Réaction pathétique et désespérée mais la seule qu'elle ait trouvé. Martine en perd son sourire et resserre un instant son emprise sur ses cheveux et sur le scalpel.

- Très bien, si tu le prends comme ça … Je vais plutôt aller m'occuper d'elle, la menace-t-elle.

Shaw en reste pétrifiée sur place.

- Non, lâche-t-elle d'un ton suppliant dans un souffle presque inaudible.

Elle secoue la tête, la terreur inscrite dans ses yeux. Martine sourit de nouveau.

- Et devant sa fille, ajoute-t-elle sadiquement. Histoire de lui apprendre la vie à votre petite princesse.

Shaw continue de secouer la tête et respire vraiment mal désormais. Elle manque d'air, comme s'il n'y en avait plus dans la pièce.

- Alors maintenant dis moi Sameen, continue Martine en riant aux éclats. Tu préfères que je m'occupe de qui ? Toi ou elle ?

Shaw ne lui répond pas. Même si elle le voulait, elle n'y arriverait pas, elle est terrifiée et le pire c'est qu'elle n'est pas plus capable de le cacher que de parler à cet instant précis. Martine s'amuse comme une folle à la voir se décomposer de terreur sous ses yeux. Il en avait fallu du temps pour en arriver là. Mais Samaritain avait eu raison de ne pas douter de ses capacités. Il lui avait assuré qu'elle arriverait à briser Shaw à un moment mais que ce serait long. Elle n'avait jamais été patiente, mais dans ce cas précis elle avait savouré chaque seconde dans cette pièce. Lambert avait fini par s'effacer peu à peu pour la laisser s'occuper seule de Shaw. Il avait compris qu'il ne fallait pas lui retirer ce plaisir. Quand ils parlaient de leur patiente en dehors de cette pièce, la joie et l'excitation qu'il lisait sur son visage lui faisait comprendre que sa collègue considérait Shaw comme lui appartenant. Lambert avait dû avouer qu'elle était plus douée que lui. Les tortures physique qu'il lui avait infligé avait été aussi déterminante que celle de Martine bien sûr, mais il s'ennuyait un peu et préférait observer pour pouvoir ensuite frapper moins souvent mais suffisamment fort pour la mettre au tapis au premier round. Lui ce qu'il aimait c'était manipuler psychologiquement. Et ainsi avec l'aide de Samaritain, il avait pu mettre au point une toute nouvelle méthode de torture psychologique qui lui trottait dans la tête depuis un bon moment maintenant : les simulations. Ça n'avait jamais été testé avant, mais avec Sameen et sa farouche résistance à tout ce qu'ils lui infligeaient, il avait fallu innover. Samaritain avait su lui donner les moyens de donner vie à son projet. Et ça avait assez bien fonctionné avec le temps. Sameen avait fini par être perdue entre le vrai et l'irréel. Ça plus les tortures physiques et humiliantes à répétition infligées par la blonde, la menaient peu à peu au bord du gouffre. Mais il restait du chemin encore.

- Elle alors ? propose la blonde devant son silence. Je te laisse observer à l'écran.

Martine est confiante. Elle a réussi à l'obliger à la regarder. Prochaine étape, elle l'obligera à lui parler. Elle hausse les sourcils et se lève pour se diriger vers la porte.

- NON PAS ELLE, crie soudain Shaw.

Martine s'immobilise aussitôt. Elle se retourne et laisse s'étaler le plus ignoble de ses sourires sur ses lèvres. Elle revient sur ses pas et s'arrête à côté de sa victime pour lui caresser le visage. Puis elle lui saisit le menton fermement.

- Tu seras une gentille fille alors ?

Shaw déglutit difficilement alors que la rage, les insultes et tout ce qu'elle voudrait lui cracher à la figure encombre sa gorge. La blonde lui monte à nouveau dessus, bien décidée à ne plus s'arrêter cette fois ci.

Elle place sa tête contre son cou et remonte en lui léchant la joue. Shaw se détourne de dégoût mais elle ne se débat plus. Elle ne veut pas que cette salope touche à Root ni à Louisa. Elle sait qu'elle en est capable, mais après tout c'est elle son jouet préféré. Les sévices sexuels ne sont pas juste une torture physique ou psychologique et ça elle l'a compris. Le but de Samaritain était de la détruire, de jouer avec elle, de la manipuler, de la briser pour qu'elle lui appartienne. Et pour cela il lui avait envoyé la blonde, il avait dû prévoir qu'elle y prendrait son pied.

Martine pose ses lèvres contre les siennes et les lui mord jusqu'au sang alors que ses mains lui tordent douloureusement les seins. Sameen serre les dents et ferme les yeux. Elle lâche un léger soupir de dégoût alors que la pute lâche un gémissement.

- Je t'avais bien dit que tu me supplierais, lui murmure-t-elle en descendant doucement ses mains sur son ventre toujours plus bas.

Shaw a du mal à respirer, elle est secouée de haut le cœur affreux qu'elle refoule difficilement.

- Je ne t'ai pas supplié, réplique furieusement Shaw malgré elle.

Merde, elle s'était promise de ne pas lâcher un bruit, pas un mot.

- Bien sûr que si chérie, lui répond Martine ravie entre deux morsures aux lèvres. Tu as même lâché un adorable cri pour ça. Tu ne voulais pas que ce soit elle, tu voulais que ce soit toi, désespérément. Alors si on commençait ? N'hésite pas libérer ta douce voix, j'aime t'entendre chanter comme ça.

Martine pose ses mains sur ses hanches et y enfoncent ses ongles sans douceur tandis qu'elle déplace son visage pour mordre le cou de Sameen. Puis elle glisse une main dans son entrejambe et enfonce brutalement ses doigts en elle alors que Sameen bloque sa respiration et étouffe tant bien que mal un gémissement de douleur qui ravit la blonde. Cette dernière lâche un long gémissement de plaisir et accélère le rythme en respirant de plus en plus fort et de plus en plus vite. Les gémissements qu'elle lâche rendent Sameen malade de haine. Elle sent son odeur que sa sueur dépose sur elle et en elle. Et ça elle en crève, elle va finir par en crever. D'ailleurs elle se sent mal depuis plusieurs jours. Rien d'étonnant. Affaiblie et torturée, elle avait fini par tomber malade. Elle espérait au moins que si ça devait être fatale, ça serait rapide. Elle voulait plus que jamais en finir. Les larmes de haine et de douleur sous les assauts de sa tortionnaire lui montent aux yeux. Elle les laisse obstinément clos, mais elles coulent au travers de ses paupières fermées. Et la blonde pousse le vice jusqu'à venir les lui essuyer en se marrant.

- J'adore te baiser, lui murmure-t-elle sans s'arrêter.

Elle enfonce plus violemment ses doigts et le corps de Shaw se raidit alors qu'elle laisse échapper un gémissement de douleur.

- Et je sais que toi aussi tu aimes ça …, continue-t-elle en étant de plus en plus brutale dans ses gestes.

Sam bloque tout de ses envies de hurler, de vomir, de pleurer de rage, de se débattre. Mais pour combien de temps encore ? Martine ne s'arrête pas et le pire ce sont toutes les insanités qu'elle lui balance à la figure. Si d'habitude c'est déjà horrible, aujourd'hui, elle est certaine d'avoir atteint un point culminant qui dépasse largement toutes ses autres expériences en la matière. Sameen a mal, vraiment mal. Elle voudrait pouvoir s'abandonner à l'inconscience ou se déconnecter comme on appuie sur un bouton marche/arrêt. Mais ça, elle n'y arrive plus depuis un petit moment, trop affaiblie pour concentrer son esprit qui lui aussi a été violé. Elle n'y avait presque plus réussi depuis que les simulations avaient débuté, depuis qu'ils étaient entrés dans sa tête. Et maintenant qu'ils détiennent Root et Louisa, il n'y a plus d'endroit sûr, plus de refuge dans un monde où elle serait toutes les trois en sécurité alors que la réalité est tout autre.

- … parce que c'est meilleur qu'avec elle. Avec Root tu as dû t'ennuyer à mourir, ça ne devait pas être aussi bon. Elle est trop douce pour toi. Elle a dû y aller millimètre par millimètre pour t'apprivoiser pas vrai ? Pour te baiser sans que tu ne t'enfuies en courant ? Peut-être même qu'elle a mis plusieurs années avant de te prendre.

Elle lâche un rire. Sameen enrage alors que cette salope lui parle de Root pour la faire craquer. Mais pire elle culpabilise de ce qu'elle est en train de lui faire. Si jamais elle s'en vante auprès de Root … Ça la détruira, Sam le sait. Ça les détruira toutes les deux. Sameen n'arriverait pas à affronter son regard. Elle ne s'en remettrait pas de perdre Root au propre comme au figuré.

- Mais toi tu préfères quand ça fait mal autant que du bien.

- Ferme ta gueule, claque soudain Shaw. Je n'ai surement pas demandé à ce que tu reste ici parce que ça me plait !

Elle n'a pas pu se retenir. Il faut qu'elle la fasse taire. Bien sûr la blonde punit immédiatement cet affront par un geste brusque et violent qui arrache un cri de douleur à Shaw. Non. Non elle n'aime pas ça, ce qu'elle aime c'est le sexe avec Root. Leurs baisers, leurs soupirs de plaisir, la tendresse de leurs instants qui ne sont rien qu'à elles, mais non ! Même ça ils ont réussi à lui prendre, à leur prendre, avec leurs simulations. Ils lui ont tous pris …

Quand Shaw a crié, Martine a souri et lâché un gémissement de plaisir plus fort que les autres.

- Ou peut-être, reprend Martine, que tu as peur que je lui avoue que tu l'as trompée.

Elle enfonce encore plus profondément ses doigts dans son corps et Sameen serre les siens en deux poings qui seraient prêt à frapper si seulement elle n'était pas entravée. Mais elle serre les dents et ne répond pas à la provocation de la blonde. Elle n'a pas trompé Root. Elle n'est pas responsable de ce que lui fait cette perverse. Mais quand même elle sait où frapper pour lui faire mal. Si Shaw a bien une envie là tout de suite c'est que Root n'apprenne pas par la blonde ce qu'elle lui fait subir. Fais chier, à croire que l'autre a lu dans ses pensées. Elle observe le visage de sa victime et semble trouver confirmation qu'elle est sur la bonne voie.

- Elle pourrait être jalouse. Il faut dire qu'elle est tellement possessif avec toi. Mais bon quelle importance si tu prends ton pied ?

Sameen ouvre enfin les yeux et lui jette un regard dégouté. Martine finit enfin par enlever ses mains pour les placer en encadrement de son visage désormais ravagé par la haine. La blonde lui sourit.

- Ça sera notre petit secret à nous deux, lui murmure-t-elle. Enfin … pour l'instant.

Sameen déglutit. Elle n'aime pas ça. La blonde la fait clairement chanter. Elle sait qu'elle le paiera à un moment ou un autre et très cher. Mais là tout de suite elle est soulagée de repousser à plus tard ce moment. Soulagée que la blonde se lève. Soulagée que ce soit fini.

La blonde ouvre la porte et Sam voit son infirmière attitrée entrer dans la pièce avec deux agents costauds. Cinq contre elle, ils ne lésinaient pas sur les moyens. On la détache et Sameen s'assoit sans regarder personne. La haine et l'humiliation battant dans ses veines à la place de son sang. On lui dépose une pile de vêtement sur le lit et elle s'en saisit.

Elle a à peine finit de fermer la chemise qu'une alarme retentit. Shaw ne la reconnait que trop bien c'est celle qui indique une évasion. Root. Louisa. Elle avait donc bien un plan en venant ici. Elle laisse un sourire s'étaler sur son visage alors que Martine et Lambert échangent un regard dont elle peut lire avec ravissement qu'il est inquiet. Ils ne comprennent pas ce qui se passe et commencent à se diriger vers la porte. Pas question qu'ils les attrapent et elle réagit. Ils n'ont pas le temps de sortir que Sameen se relève vivement et frappe violemment un des deux agents dans l'entrejambe, avant d'exploser le nez du deuxième guignol. Ils s'écroulent à terre en gémissant et elle se tourne vers les trois autres, la haine et l'envie de meurtre se lisant sur son visage. L'infirmière sort une seringue et Shaw sait ce qu'elle contient, comme d'habitude. Elle lui lance un regard de défi. Qu'elle ose l'approcher, tiens ! Mais elle recule terrifiée contre le mur de la pièce et Sameen se tourne vers Lambert et Martine. Un silence tendu résonne dans la pièce alors qu'ils se jaugent tous du regard pendant de longues minutes. Chacun attendant que l'autre réagisse. Alors Sameen serre les poings prête au combat. Et elle est furieuse de les voir lui sourire.

- Tu en veux encore ? lui demande Martine.

Et c'est la phrase de trop. Sameen se jette sur elle et commence à la tabasser en plein visage en hurlant de rage. Elle n'a même pas besoin d'arme, elle va la tuer à main nue, comme une sauvage, comme un animal enragé parce que cette pourriture ne mérite pas mieux. La blonde la frappe pour se défendre mais Sameen ne ressent plus rien. De toute façon même si elle le voulait, et ce qui est loin d'être le cas, elle ne pourrait pas s'arrêter. Son poing est lancé comme en mode automatique et elle frappe encore et encore. Mais pas longtemps, pas assez longtemps à son goût en tout cas. Lambert la plaque brutalement au sol et l'infirmière s'approche prête à lui injecter le sédatif.

- NON, ordonne sèchement Martine.

Tous trois se tournent vers elle, surpris. Mais Martine est à l'écoute et ne s'occupe pas d'eux. Sahw est ravie de voir les dégâts qu'elle a réussi à infliger à son visage même si ça ne lui parait pas assez. Son nez saigne, ses yeux sont gratifiés de cocards monstre et elle la voit cracher du sang entre ses lèvres ouvertes.

- On ne l'endort pas, reprend-t-elle.

Elle s'approche de Shaw toujours plaquée au sol par Lambert qui lui a bloqué les bras derrière les épaules et appuie de tout son poids ses deux genoux dans son dos. Martine lui attrape le menton et le relève de force pour l'obliger à la regarder. Les deux agents qu'elle avait mis au tapis se relèvent difficilement.

- Elles ne sortiront pas d'ici, lui dit-elle férocement. Et toi non plus.

Elle se redresse et regarde Lambert.

- On doit l'emmener. Il dit qu'elle est la clé pour faire sortir les rats de leur terrier improvisé. Et je crois que l'idée me plait assez.

Lambert lui sourit alors qu'il comprend. Shaw, elle, n'est pas sûre de comprendre quoique ce soit. On la lève de force et on la traine dans le couloir sans ménagement alors qu'elle se débat.

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Quand ils entrent dans la pièce Root est prête. Elle tient toujours Louisa dans ses bras. Ce n'est pas Lambert ni Martine qu'on leur a envoyé cette fois et elle s'en félicite. Un blondinet et un rouquin en costume entrent dans la pièce avec la délicatesse de deux hippopotames. Ils portent chacun une arme et une oreillette. Si elle n'avait pas été dans un bâtiment de Samaritain, elle aurait juré qu'ils étaient de la CIA. Elle sourit intérieurement alors qu'on lui facilite la tâche. Ils sont certes costauds et bien armés, mais elle s'est déjà débarrassée de plus coriace que ça et elle sait qu'elle peut venir à bout de ces deux gorilles assez facilement. Surtout qu'elle n'est pas seule.

Elle ne bouge pas d'un millimètre à leur entrée et ils se plantent devant elle comme deux abrutis qui voudraient prendre racine ici. Or elle, elle compte bien se tirer de ce trou.

- Greer veut vous … commence le blondinet.

- Chut, le coupe Root sèchement en mettant un doigt sur sa bouche avant de le pointer sur Lousia pour lui montrer que sa fille dort.

Le blondinet s'arrête net, surpris qu'elle ose l'ouvrir et se tourne vers son collègue qui hausse les sourcils, tout aussi scotché que lui. On leur avait dit que cette gonzesse était coriace et de s'en méfier, mais en entrant ici ils l'avaient vue assise au sol en train de câliner sa fille et elle leur paraissait plutôt inoffensif. Root a lu tout ça dans leur regard. Pourtant alors que le blondinet est sur le point de parler à nouveau, elle se lève lentement sans lâcher sa fille endormie dans ses bras.

- C'est bon, j'ai compris, leur murmure-t-elle simplement sur un ton résigné.

Les deux hommes semblent soulager de sa coopération. Ils avaient cru devoir la trainer avec sa mioche dans le couloir, mais heureusement c'était plus simple qu'avec l'autre furie au bout du couloir qui avait déjà tué bon nombre de leurs collègues au cours de ces derniers mois.

Arrivée dans le couloir, Root est escortée par les deux hommes qui l'encadrent. Elle tient Louisa dans ses bras. La petite a son visage caché dans son cou et masqué par ses cheveux, et elle a enroulé ses bras autour du cou de sa mère. Root sent son cœur battre vite, très vite alors qu'on la fait tourner au coin du couloir. Il faut que ça marche bon sang.

- Maintenant, chuchote-t-elle à sa fille.

Et tout va très vite. Louisa se redresse et d'un mouvement vif elle entaille le cou du rouquin. Ce dernier lâche un cri de surprise en se tenant le cou. Il n'a pas le temps de comprendre ce qui lui arrive que Root a lâché sa fille qui atterri sur ses pieds au sol, pour se jeter sur lui. Le temps que le blondinet se retourne pour comprendre ce qu'il s'est passé, son collègue est déjà mort à terre, les cervicales brisées et Root se jette sur lui. Il tente d'attraper son arme pour l'abattre mais elle lui balance un énorme coup de pied dans le ventre. La violence de l'impact le projette contre le mur et il en lâche son arme qui tombe au sol. Root profite du fait qu'il soit déstabilisé pour se glisser derrière lui et lui entourer le cou de ses deux bras. Et Root serre alors que l'homme se débat en manquant d'air. Elle serre jusqu'à ce qu'il ne bouge plus.

A ce moment précis, une alarme retentit et elle comprend. Louisa lui apporte les armes du rouquin tandis qu'elle saisit celle du blondinet et range le tout sur elle, ne gardant qu'un glock avec elle. Elle fouille rapidement sa victime et trouve un téléphone. Il sonne dès qu'elle le prend dans ses mains et Root sourit en se relevant précipitamment. Elle agrippe sa fille par le bras et commence à courir tout en décrochant.

- Je suis tellement contente de t'entendre, lui dit-elle. Je savais que tu ne me laisserais pas tomber.

- Danger, ennemi en approche à 100 mètres, lui apprend la Machine. 76 agents armés convergent vers toi.

- Où est Sameen ? lui demande-t-elle.

- Nécessité d'évacuer. Réussite de l'opération estimée à 6.08% pour toi et Louisa.

- Je ne pars pas sans elle, réplique Root butée.

Elle tourne au coin et se retrouve nez à nez avec une dizaine d'agents. Et Root ouvrent le feu.

- DIS MOI Où ELLE EST, hurle-t-elle en continuant de tirer.

Elle déteste devoir tenir ce téléphone. Elle ne peut tirer qu'avec une arme. Root doit reculer, ils sont trop nombreux. Elle rebrousse le chemin et se dirige vers le couloir d'où elle vient. Elle y a vu la blonde entrer dans une pièce, surement là où Shaw est détenue. Louisa la suit, morte de peur dans sa course folle, alors que tous les agents du bâtiment leur courent après. L'alarme hurle sans s'arrêter à lui faire exploser les tympans, et elle voit le sang et les morts et les hurlements qu'elle ne comprend pas, partout et tout le temps. Root la sent perdre pied et la tire sans ménagement à sa suite. Elles débouchent dans le fameux couloir, trente secondes plus tard. Mais elle ne peut pas aller plus loin. Des agents débarquent de partout et elles sont prises en sandwich. Root fait un tour rapide pour trouver une issue mais il n'y a rien.

- Où … demande-t-elle.

- Demi tour, ordonne la Machine.

Root lui obéit à contre cœur et s'éloigne du couloir, de Shaw. Mais elle n'a pas le choix, ils arrivent droit sur elles. Demi tour, d'accord mais elle va tomber nez à nez avec les premiers qui lui couraient après tout à l'heure. Ça ne l'avance pas beaucoup.

- A droite, la guide la Machine.

Et Root plonge dans un dédale de couloirs qui se ressemblent tous. La Machine la guide et Root lui obéit. En tournant à gauche au prochain croisement de couloir. Elle tombe sur un agent qui lui tire dessus. Elle a juste le temps de pousser sa fille derrière elle et de lever son arme pour le tuer d'une balle en plein cœur, mais lui il l'a touchée à l'épaule. Root lâche un cri de douleur et est un instant déséquilibrée. Elle se redresse et attrape Lou. Elle est sur le point de prendre à gauche comme le lui indique la Machine, sauf qu'elle ne peut pas. Elle ne pouvait que tourner à droite ou à gauche dans ce nouveau couloir, ou alors faire demi tour. Mais maintenant elle ne peut plus ils arrivent de partout et sont nombreux et armés. Root n'aura jamais assez de munitions pour les descendre et s'enfuir et elle le sait. Pourtant pas question de se rendre. Elle arme son flingue prête à tirer dans le tas et cache sa fille derrière elle. Soudain l'alarme s'arrête et un silence pesant s'installe alors qu'ils la mettent tous en joue. Root recule jusqu'à se trouver dos au mur. La Machine est étrangement silencieuse, et elle pense comprendre pourquoi, il n'y a pas d'issue, pas de solution à lui donner cette fois. Elle s'apprête à ouvrir le feu quand un bruit de serrure électronique retentit derrière elle. Elle se tourne et voit Lou qui, sans réfléchir, ouvre la porte qui vient de se déverrouiller comme par magie et s'y engouffre. Root la suit en ouvrant le feu et ferme la porte derrière elle alors que les balles qu'ils lui envoient, rebondissent dessus. Elle entend le verrouillage mécanique s'enclencher et elle soupire de soulagement. Elles sont à l'abri, enfin.

- Merci, chuchote-t-elle dans le téléphone.

La pièce est petite, vide et sombre. Root fronce les sourcils quand elle se rend compte que les murs sont couverts de matelas. Ça plus la porte très sécurisée munie d'un code d'accès et équipée d'un interphone vidéo, elle comprend que cet endroit est un asile. Et elle est dans la pièce de confinement. Un cul de sac réalise-t-elle en s'adossant dos à la porte qu'elle vient de refermer. Elles sont prises au piège.

Elle se laisse glisser lentement contre la porte au sol et Louisa vient se placer devant elle. Root et elle se regardent un instant sans rien dire. Pas la peine, elles ont compris la précarité de leur situation actuelle. Root porte le téléphone à son oreille.

- Et maintenant ? lui demande-t-elle.

- Je suis la seule à posséder le code pour ouvrir la porte. Il ne peuvent pas l'enfoncer, cette pièce a été prévu pour résister à toute entrée ou sortie forcée.

- Oh voilà qui est rassurant, ironise Root.

Elle marque une pause alors qu'un horrible doute l'envahit et la terrorise.

- Samaritain pourra le trouver lui et …

- Il essaie déjà, la coupe la Machine mais je change le code toutes les 5,3 millième de seconde. Donc quand il le trouve, ce dernier n'est déjà plus valide.

Root soupire, impressionnée. Elle est vraiment géniale. C'était la preuve qu'elle pouvait parfaitement faire le poids face à Samaritain si on lui laissait le libre arbitre bon sang.

- Il faut couper cette communication, murmure Root à regret. Il pourrait te trouver.

- Négatif, réplique la Machine, il ne peut pas remonter jusqu'à moi par cet appel.

Root ne lui demande pas plus d'information. Elle est juste soulagée de sa réponse. Mais pas de sa situation. Elle se lève et commence à explorer la pièce pour trouver une possible faille, une sortie de secours en somme, le genre improvisé à la façon Root. Mais elle est bel et bien dans un cube hermétiquement fermé. Elle repère au plafond deux conduits de ventilation circulaires, minuscules dans lesquels elle ne peut même pas enfouir sa main, et une caméra qu'elle détruit d'un coup sec.

Elle continue son inspection pendant que Louisa observe le couloir par le petit carreau de la porte. Elle voit des agents partout qui passent et repassent devant la porte. Ils restent là et attendent. Elle les voit tenter de taper des codes pour ouvrir la porte mais le voyant rouge lui indique qu'ils n'y parviennent pas.

Root lâche un juron et revient au centre de la pièce, s'asseyant au sol. Louisa la rejoint alors qu'elle inspecte son épaule en sang. La gamine se décompose en silence.

- Ce n'est rien Lou, tente de la rassurer sa mère. La balle n'a fait qu'effleurer, elle n'est pas dans l'épaule. Ça saigne juste beaucoup, mais c'est moins pire que ça en a l'air.

Louisa acquiesce mais est incapable de parler. Elle vient de vivre une véritable scène de guerre et elle est morte de peur alors que maintenant elles sont certes en sécurité mais prise au piège.

Root déchire le bas de son tee-shirt pour s'en servir de pansement et empêcher la blessure de saigner. Elle voit Lou pâlir telle une morte en face d'elle et elle l'envoie vérifier à la porte ce qui se passe pour l'éloigner. Elle en a déjà assez vu pour aujourd'hui.

Louisa observe le couloir, grouillant toujours d'agents, depuis cinq bonnes minutes maintenant. Quand soudain elle les voit.

- Maman, murmure-t-elle apeurée.

Root a tout de suite senti au son de sa voix que c'était grave. Elle serre dans un denier nœud le tissu autour de son épaule et s'approche de la porte.

Elle pousse Louisa sur le côté et pendant un instant elle est incapable de parler, de bouger ou même de respirer. Elle l'a tellement cherché et elle est là juste derrière cette porte. Lambert la traine alors qu'elle se débat telle une furie. Elle a des bleus partout, des coupures, du sang séché, et elle est maigre, trop maigre que ça en est effrayant. Root aurait presque eu dû mal à la reconnaitre s'il n'y avait eu ses yeux. Elle les reconnaitrait entre mille, ce petit quelque chose qu'il contenait et qui rendait Root accro.

Martine s'approche et lui fait signe en souriant puis elle enclenche l'interphone pour lui parler. A la seconde où sa voix résonne dans la pièce, Root respire brutalement. Elle ne s'était pas rendue compte qu'elle avait été privé d'air pendant tout ce temps.

- Alors qui est le petit cochon maintenant ? demande Martine en rigolant.

Root respire par saccades. Elle compte jusque cinq dans sa tête pour se calmer avant de riposter.

- Toi tu es parfaite dans le rôle de cet abruti de loup, lui réplique-t-elle sarcastiquement.

Martine pince des lèvres. La réparti de l'interface est une vexation, surtout devant ses collègues. Non pas qu'elle se soucie de leurs avis, mais elle a une réputation de teigne à maintenir ici et tout le monde le sait et la craint. Or là elle se fait ridiculiser par la grande brune.

Root est très différente de Sameen dont la principale stratégie consiste à encaisser en silence pour ne pas lui faire le plaisir de lui montrer sa haine et tout autre sentiment qu'elle ressent désormais grâce à ses bons soins. Mais Root c'est le contraire, elle encaisse en tenant tête d'une toute autre manière que Shaw, le sarcasme et la dérision. Et ça, ça l'agace alors que le silence de Shaw autant que sa colère quand elle explose l'amuse au plus au point. Elle ne pourra pas la briser comme il conviendrait de le faire, et elle comprend pourquoi Samaritain ne lui a pas confié cette tâche.

Root voit qu'elle la fait enrager et continue sur sa lancée.

- Alors tu vas souffler, souffler, souffler et la porte va … s'envoler. Hum tu crois ? se moque Root.

Pourtant elle n'a pas envie de rire. Ils ont Sameen et si elle est là c'est pour une seule raison, la pousser à sortir. Sauf que même si Root le voulait, elle ne le pourrait pas. La porte est close et elle n'a pas le code.

Martine sourit à nouveau, feignant de ne pas se vexer de son arrogance. Elle est piégée et elle finira par la faire sortir de gré ou de force.

- Non, réplique la blonde en minaudant, je vais plutôt frapper, frapper, frapper et toi tu vas pleurer, pleurer, pleurer toutes les petites larmes de ton corps.

Elle fait signe à Lambert et il traine Shaw devant la porte. Root plaque une main sur sa bouche et détourne un instant le regard. De plus près Sameen parait encore plus amochée. Quand elle trouve le courage de reporter son attention sur elle, elle manque de vomir de dégoût. La blonde lui caresse le visage et Shaw se dérobe dans un sursaut de frisson. Puis Martine regarde à nouveau Root.

- Ouvre la porte, ordonne-t-elle simplement.

Sameen fait non de la tête.

- Ouvre la porte ou je la tue sous tes yeux.

Root en reste glacée d'effroi. Et le cri que lâche Sameen n'arrange rien.

- NON, hurle-t-elle en se débattant contre Lambert qui la tient aidé désormais de plusieurs agents. N'OUVRE PAS CETTE FOUTUE PORTE ROOT ! TU M'ENTENDS, N'OUVRE PAS !

Martine la frappe en plein ventre pour la faire taire et Shaw s'effondre au sol de douleur. Satisfaite, la blonde se tourne à nouveau vers l'interphone et Root peut voir le ravissement sur son visage. Elle enrage tellement qu'elle serre les poings et manque de les enfoncer dans le mur matelassé. Mais elle se retient. Ne pas faire de choses stupides, et réfléchir. Réfléchir c'est ça qui les sauverait.

Root se mord la lèvre inférieure. Shaw a raison et bien sûr, elle le sait. L'entendre lui parler après avoir passé tant de temps à la chercher parait aussi irréel que de la voir vivante. Vivante ! Elle avait raison, elle le savait. Et mieux encore, vivante et de son côté. Ça aussi elle le savait, ils ne l'avaient pas retournée, on pouvait certes faire plier Shaw, mais pas la briser. Ça c'était impossible, elle est tellement forte.

- Alors Samantha, reprend Martine aux anges, je dois toujours souffler, parce que je t'avoue que ça va me plaire surtout sachant que tu es aux première loges. … Ou alors tu m'ouvres et je ne lui fais rien.

Root pose sa tête contre la porte avant de la frapper deux fois dessus de désespoir en fermant les yeux. Quand elle les ouvre, elle voit Louisa assise à terre en dessous d'elle. Sa fille lui jette un regard suppliant empli de larmes et a plaqué ses mains sur ses oreilles.

Devant son silence, Martine jubile.

- Très bien, ajoute-t-elle sadiquement, dans ce cas je commence.

Et elle laisse le haut parleur enclenché. Root se redresse et observe un instant le couloir pour la voir tabasser Sameen sous ses yeux à coups de pied et de poings. Elle la voit la frapper encore et encore. Et pire elle entend Shaw hurler de douleur, mais elle continue à lui hurler de ne pas ouvrir.

Root se sent si impuissante. N'y pouvant plus elle se laisse glisser au sol contre la porte. Elle attrape Louisa et la serre dans ses bras. Les coups de la blonde sont si violents qu'elles les entendent à travers l'épaisse porte, tout comme les hurlements étouffés de Shaw. Louisa pleure doucement et Root la serre plus fort dans ses bras. Elle pose sa tête en arrière contre le matelas de la porte qui résonne du bruit ignoble qui ne la renseigne que trop bien et peut-être même mieux que les images qu'elle n'a pas le courage de regarder. La haine et le désespoir de son impuissance face à la scène coulent sur ses joues et elle lâche un long hurlement de douleur.

Puis elle tente de se calmer, de reprendre son souffle. Elle attrape le téléphone dans un sursaut de conscience. Merde, elle en a oublié la Machine.

- Fais quelque chose, la supplie-t-elle en larmes.

- Root, je ne …

- Je t'en supplie. Ouvre la porte.

La Machine ne lui répond pas.

- Je t'en supplie, répète Root.

- Je ne peux pas. Si je fais ça tu …

Elle s'arrête net et Root attend désespérément la fin de sa phrase. Mais il n'y a plus rien. L'appel est toujours en cours mais la Machine ne répond plus.

- Quoi ? demande-t-elle affolée.

- Samaritain, répond simplement sa déesse.

Et Root comprend.

- Il t'a repéré ? s'affole-t-elle.

- Pas encore.

- Il faut couper cette communication, je te l'avais dit … commence Root.

- Ce n'est pas à cause de cette communication. Le téléphone que tu as volé a été conçu par Samaritain, il est prévu pour être intraçable et je ne cesse de contrebalancer l'appel sur tout le globe.

- Alors comment t'a-t-il repéré ? demande Root.

- Il remonte mon signal grâce à mon intervention sur le code de la porte.

- Alors arrête, lui intime son interface. Ne te sacrifie pas.

- Si je fais ça, continue la Machine, ils ouvriront la porte et vous attraperont.

- Je sais, murmure Root, mais fais le s'il-te-plait. Je ne veux pas qu'il t'attrape et je ne supporte pas de savoir Sameen en train de se faire torturer de l'autre côté de cette porte.

La Machine reste silencieuse un petit moment.

- C'est vraiment ce que tu veux ? lui demande-t-elle.

Root se redresse en prenant sa fille dans les bras pour aller s'adosser contre le mur opposé à la porte. Elle la berce d'avant en arrière doucement, puis elle jette un regard vers le couloir et peut y voir Sameen à terre le visage en sang, incapable de se relever. Elle se laisse glisser au sol avec son enfant.

- Oui c'est ce que je veux. Et ne nous envoie pas de renforts, ordonne-t-elle.

Pas question que Reese et Finch se retrouvent aux aussi pris au piège ici. Elles allaient devoir se débrouiller seules.

- Très bien, lui murmure simplement la Machine avant de raccrocher.

Root jette le téléphone et se débarrasse de ses armes qu'elle pose à côté d'elle. Elle n'en a pas l'utilité. Il ne lui reste qu'une moitié de chargeur et eux sont bien plus nombreux et mieux armés qu'elle. Pas la peine de résister, surtout si cela met Sameen en danger. Elle serre Louisa dans ses bras et attend. Elle compte neuf secondes avant que Samaritain n'ouvre la porte et elle lève un regard haineux sur ceux qui entrent dans la pièce. Elle se lève lentement et sort de la pièce sans un mot, sa fille dans ses bras. Une fois dehors elle aperçoit Sameen à terre dans une flaque de sang considérable. Et elle croit mourir sur place. Shaw ne bouge pas, et si elle était … Non impossible, Root doit savoir, elle doit vérifier son pouls. Mais elle n'a pas le temps de réagir, de se précipiter vers elle. On lui arrache sa fille des bras pour la deuxième fois de la journée et elle ressent le même sentiment d'impuissance alors que Louisa hurle et se débat. Deux agents de Samaritain l'empoignent fermement alors qu'elle se débat. Martine s'approche d'elle furieuse mais un sourire sadique accroché aux lèvres. Elle lui attrape le menton.

- Eh ben voilà, lui chante-t-elle. C'est mieux.

Root parvient à lui sourire.

- Tu n'as jamais regardé le dessin animé toi, pas vrai ?

Martine fronce les sourcils d'incompréhension tandis qu'elle perd son sourire. Et Root se penche vers elle.

- A la fin, ce sont les cochons qui gagnent, tandis que le loup s'enfuit en courant le feu aux fesses.

Cette fois la blonde ne peut cacher sa fureur. Elle lui balance un coup de poing énorme dans le ventre. Root s'effondre au sol à côté de Sameen, le souffle coupé. Les yeux de cette dernière papillonnent et s'ouvrent difficilement. Root lâche un soupir de soulagement malgré la douleur. Shaw est vivante.

- Root, murmure-t-elle faiblement.

Mais elle est incapable de continuer. A bout de force, Shaw referme ses yeux et replonge dans l'inconscience. Root sourit largement. Elle est vivante. Vivante. Et c'est tout ce qui compte à cet instant.

- Qu'est ce qui te fait marrer ? demande sèchement Martine.

Root lui jette un regard amusé.

- D'entendre parler une morte.

Furieuse de son petit air suffisant, Martine lui balance des coups de pieds dans son ventre encore et encore et Louisa hurle à s'en déchirer les cordes vocales. La blonde finit par s'arrêter et reprend son souffle. Root parvient malgré la douleur à tourner la tête pour la regarder.

- Tu sais ce qui me console, lui murmure Martine quand elle s'aperçoit qu'elle l'observe. C'est de savoir que maintenant avec un peu de chance tu ne pourras pas faire une autre mioche pour remplacer la tienne quand je l'aurais tuée.

Root tente de se relever pour lui exploser sa rage dans la tronche. Mais Martine lui envoie un coup dans le visage et c'est le noir.

Elle se réveille plus tard, seule. Suspendue par les poignées au plafond, ses pieds touchant à peine le sol du bout de ses orteils nues. Elle relève la tête, elle a mal partout. Elle avait déjà les côtes brisées par sa chute en moto et la blonde a surement dû lui en casser d'autre. La pièce est vide, elle est suspendue en son centre et un feu crépite dans une cheminée à sa gauche, une porte lui fait face et elle ne voit pas ce qu'il y a derrière elle, mais elle ne ressent aucune présence. Ni Sameen ni Louisa ne sont là et Root panique intérieurement. Martine a dit qu'elle allait tuer sa fille. Elle tire sèchement sur ses poignées et les chaines tintent dans un bruit métallique, mais rien ne cède. Et elle renonce à bout de force, elle attend encore quelques minutes avant que la porte ne s'ouvre. La pétasse entre seule. Au moins elle n'est pas avec Sameen ou sa fille. Root la regarde mais ne lâche pas une seule remarque satirique pour le coup.

Martine se dirige vers le feu crépitant et l'attise avec un tisonnier pendant un instant, avant de l'y laisser chauffer. Puis elle enlève sa veste et se plante devant Root. Son sourire comme son regard sont écœurants de cruauté. Et Root déglutit pour se préparer à ce qui va suivre

- Tu ne croyais quand même pas qu'on en avait déjà fini toutes les deux ?

Root la regarde calmement. Elle serre les dents quand Martine appuie sur son épaule blessé, puis sur ses côtes. La saleté éclate de rire en secouant la tête.

- Qu'est ce qui t'amuse tant ? lui demande Root sur le ton de la conversation.

La blonde s'approche d'elle, son visage à la hauteur du sien. Root sent son souffle sur son visage et sans pouvoir s'en empêcher, elle a un mouvement de recul qui fait sourire la blonde.

- Je n'ai pas beaucoup de temps à t'accorder, lui répond-t-elle en lui déboutonnant sa chemise, mais le peu que l'on va passer ensemble risque d'être quand même assez sympa.

Root ne répond pas, elle est pétrifiée sur place. La blonde plante son regard dans le sien.

- Oh ne t'inquiète, lui murmure Martine très amusée. Tu n'es pas mon genre et j'ai prévu un truc plus adapté à ton … caractère.

Root la regarde s'éloigner pour saisir le tisonnier désormais chauffé à blanc, puis revenir vers elle.

- Par contre, ajoute-t-elle, ce que j'ai fait à Sameen, ça c'est un truc que tu devrais voir.

Root respire mal mais elle ne sait pas si c'est la peur ou la colère qui l'emporte. Elle n' a pas le temps d'y réfléchir plus. La lame brulante entre en contact avec son ventre et elle hurle. Elle continue de haleter et de gémir de douleur après qu'elle ait retiré la lame. Elle lève un regard empli de haine vers la blonde qui l'observe ravie en se passant la langue sur ses dents de devant. Elle lui sourit sadiquement.

- Qui a le feu aux fesses maintenant ?

Root lâche un gémissement à la fois de haine et de douleur.

- Ta précieuse Machine n'avait pas prévu ça ? se moque-t-elle.

Elle pose à nouveau la lame sur son ventre et Root hurle à nouveau de douleur.

- Elle n'est plus là pour t'aider. En fait elle t'a juste laissé tomber.

Et Root éclate de rire. Martine en reste interdite, elle retire le tisonnier pour l'observer incrédule. Root est vraiment en train de rire. Elle a un grain celle là.

- Quoi ? aboie-t-elle hors d'elle.

Root redresse la tête et lui sourit.

- Tu es pathétique, lui murmure-t-elle simplement.

Martine hausse les sourcils avant de lui sourire à nouveau. Elle repose le tisonnier un bref instant alors que Root serre les dents, ne laissant échapper qu'un gémissement.

- On sait que tu l'as eu au téléphone, murmure la blonde.

Root est incrédule pour le coup. Martine éclate de rire.

- Oh je t'en prie, Samaritain a entendu votre conversation et nous l'a retransmise.

Root secoue la tête.

- L'appel était sécurisé.

Martine s'approche d'elle et lui caresse le visage avant de descendre sa main derrière son oreille blessée et elle appuie. Root serre les dents et ne laisse échapper qu'un souffle de colère.

- C'est vrai, lui murmure-t-elle, l'appel était sécurisé. Samaritain a cependant pu entendre votre conversation à défaut de ne pas parvenir à localiser ton précieux dieu, qui soit disant passant, en se terrant comme il le fait, est aussi lâche que toi lorsque tu n'as rien fait pour Shaw pendant ces sept derniers mois ou même encore il y a quelques heures.

Elle marque une pause, mais Root ne réagit pas à ses pics. Martine ne montre rien mais ce stoïcisme l'agace. Shaw aurait déjà réagi au quart de tour d''abord imperceptiblement puis violemment. Mais elle, rien, le néant.

- Du coup, insiste-t-elle, j'en ai profité, tu sais, de ne l'avoir rien que pour moi. Quand j'en aurai fini avec elle, elle sera exactement ce que l'on souhaite.

Root bouillonne à l'intérieur mais reste étrangement calme à l'extérieur. Elle ne cédera pas à ce petit jeu. Pire elle parvient à lancer un sourire moqueur à la blonde. De colère, Martine remet en contact le tisonnier avec son ventre et Root serre les dents. Mais la blonde reste plus longtemps et appuie fort et elle finit par hurler. Et c'est le noir.

Une baffe monumentale qui lui déboite presque la mâchoire, la réveille en sursaut. Elle ressent immédiatement la douleur partout dans son corps. Elle met au moins trois secondes à se souvenir où elle est et face à qui.

- Ta copine est plus endurante, se moque Martine.

Martine sort un téléphone et le lui balance joyeusement sous le nez.

- Tu vois, continue-t-elle, je devrais presque te dire merci pour ta piètre et lamentable tentative d'évasion, car grâce à toi on en a appris beaucoup.

Root ne réagit pas. Elle ressemble à un monolithe bien droit, mais ça gronde comme une tempête à l'intérieur.

- On a été très désagréablement surpris il y a quelques heures quand on s'est rendu compte de l'inutilité de ton implant. On ne comprenait pas pourquoi il n'émettait ni ne recevait plus.

Elle marque une courte pause.

- Jusqu'à ce que tu nous donnes la clé du problème, c'est elle qui te contacte, mais toujours pour une bonne raison. Toi en revanche tu n'as aucun accès.

Martine pose le téléphone à terre.

- Cette espèce d'affection, ce sentiment qui t'unit à Elle. Elle ne te contactera que si tu cours un danger.

Root la regarde incrédule et éclate de rire.

- Vous avez déjà tenté avec l'implant, persuadés qu'elle se montrerait.

Martine lui sourit.

- En attendant que ta Machine craque devant ce que l'on va te faire, nous avons besoin d'autre chose.

Root l'interroge du regard et Martine lève à nouveau son tisonnier brûlant comme pour lui répondre.

- Donne moi le numéro du compte bancaire où tu as planqué l'argent.

Root la regarde mais ne lui répond pas. Martine soupire devant son air calme et elle la brûle à nouveau. Root se ressaisit au bout de quelques minutes et la blonde lui repose la même question.

- Vous vous moquez du fric, lui crache-t-elle enfin.

- Hum, c'est vrai, avoue Martine avec une petite moue.

- Alors … alors pourquoi me demander ça ?

La blonde explose de rire.

- Tu n'as toujours pas compris hein ? s'esclaffe-t-elle en secouant la tête. Samaritain te veut toi, bien plus que son argent.

- Qu'est ce qu'il me veut ? lâche Root dans un souffle.

La blonde lui caresse à nouveau le visage.

- Je m'en contrefiche. Mais que tu nous donnes ce compte n'est qu'une étape de son plan. Il te veut et il t'aura.

Root se penche vers elle.

- Je n'appartiens à personne, siffle-t-elle.

Ce sont les derniers mots qu'elle prononce. La séance de torture dure une bonne heure, et Root finit détachée à genoux au sol, brûlée et tasée mais vivante. Elle n'a rien dit, et la Machine non plus à son grand bonheur.

Root sait qu'elle peut encaisser. Elle a déjà vécu ce genre de trucs, chose que la blonde ne sait pas. C'est comique, elle considère son enfance comme un avantage ici, une sorte d'entrainement préparatoire pour ce jour. Elle se fiche de la douleur qu'elle reçoit si Sameen et Louisa vont bien. Une chose est sure, tant que Martine est là, elle ne leur fait pas de mal. Et la Machine respecte sa volonté, son refus de la sacrifier pour tenter une négociation avec eux. De toute façon ça ne servirait à rien, même si elle le voulait, Samaritain n'a aucune morale, il ne tiendra pas parole.

La blonde a fini par arrêter quand elle s'est rendue compte de son erreur, de l'inutilité de ce qu'elle faisait.

Elle ramasse le téléphone et lui envoie un dernier coup de pied dans le ventre avant de sortir de la pièce. Lambert l'attend dans le couloir, le dos appuyé contre le mur. Il la voit furieuse et il sait qu'elle a échoué. Il lui avait dit mais elle avait voulu essayé. Ils ne parlent pas jusqu'à ce que Greer les rejoigne.

Martine se tourne vers lui et secoue la tête pour lui signifier le résultat de son entretien avec la grande brune. Sa colère est palpable.

- On n'en tirera rien, murmure-t-elle.

- Vous non, lui réplique Greer.

Martine en enrage mais elle doit bien avouée qu'il a raison. Mais elle est furieuse d'échouer dans son propre domaine.

- Ce n'est pas grave ma chère Martine, continuez votre travail avec mademoiselle Shaw. Mais pour ce genre de phénomène, ajoute-t-il en pointant la pièce où se trouve Root, il nous faut une autre personne. Et Samaritain l'a trouvée. Elle est ici. Je lui ai parlé et en ai appris assez sur mademoiselle Groves. Je n'ai pas eu besoin de la convaincre. Elle a immédiatement accepté.

Lambert hausse les sourcils alors que Greer vient d'éveiller sa curiosité. Mais Martine se sent flouée pour le coup.

- Je voudrais tenter une dernière chose, murmure-t-elle.

Greer se tourne vers elle, surpris.

- Ça m'aiderait en même temps à avancer avec Shaw. Je fais ça et je la lui laisse volontiers.

Greer la regarde un instant.

- Très bien, mademoiselle Rousseau. Vous avez deux heures.

Et il tourne les talons. Lambert se tourne vers la blonde.

- Ça va être comment cette fois ? lui demande-t-il.

Martine lui sourit.

- A leur couper le souffle.

Et elle ne perd pas plus de temps.

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Sameen est assise sur le bord du lit, et ne cesse de jeter des regards inquiets à la porte. Ça faisait plusieurs heures maintenant qu'elle avait été trainée ici. En se réveillant elle avait eu mal partout. Vu ce que Martine lui avait mis dans la tronche, elle savait qu'une femme battue à côté d'elle devait faire pâle figure. Elle a palpé son visage sur lequel l'autre s'est acharnée. Du sang, des ecchymoses, des coupures, elle sent tout ça. Sa main et son bras gauche la font souffrir le martyr. Se battre contre ses geôliers n' avait rien arrangé de ce côté là. Elle avait laissé tombé l'idée de dresser la liste de tout ce qui était désormais brisé chez elle tant au niveau physique que psychologique. Et elle avait laissé retomber ses mains à côté d'elle sur le matelas. Elle avait alors senti une présence et s'était raidie instantanément, avant de se détendre en apercevant Louisa endormie, les poings agrippés à son tee-shirt. La petite avait dû être trainé ici avec elle et elle s'était cramponnée à elle comme à une bouée de sauvetage. Sameen se dégage doucement de son emprise. Louisa a pleuré, ça se voit et elle en enrage. Elle a fait un rapide coup d'œil de la pièce mais Root n'est pas là. Root. Qu'est ce qu'ils sont en train de lui faire ? Alors elle s'est assise et a commencé à remuer de bien sombres pensées, avant de recommencer à tout remettre en question depuis sa capture au Nigeria. Peut-être l'avait-on simplement plongé dans une simulation particulièrement affreuse. La dernière qu'on lui ferait subir, celle où Il allait l'achever. Sameen commence alors à se tordre les mains, elle respire la détresse par saccade. Root est trop maligne pour se faire prendre. En même temps elle a beau se repasser tout ce qu'il s'est passé depuis sa prise au Nigéria, rien ne lui parait étrange. Elle se souvient de tout et ça s'enchaine assez clairement. Mais elle n'arrive pas à être totalement convaincue que c'est la réalité, Samaritain veut juste la piéger, il en est parfaitement capable. Malgré tout elle se force à croire que c'est la réalité. Car si ça l'est vraiment, elle ne peut pas s'en foutre comme dans une simulation et laisser tomber, et toutes les faire tuer. Elle soupire et se prend la tête dans les mains. Elle a de la fièvre et elle pense à une possible septicémie. Mais non ils la veulent vivante et ses blessures sont traitées par la pétasse d'infirmière qui s'occupe d'elle, de sorte de la maintenir en vie. Une MST ? Hum possible. Bizarrement elle s'en fiche, sa santé ici ne l'importe plus. Elle est en train de couler à pic et elle le sait. Ce dont elle a besoin là, tout de suite c'est Root.

Comme une réponse à sa prière, la porte s'ouvre et on jette un corps dont elle reconnaitrait la silhouette et la chevelure entre mille, dans la pièce avant de refermer. Shaw se précipite vers elle pour l'aider mais le temps qu'elle l'atteigne, Root est déjà sur ses pieds. Elles se font face en silence. Root plaque une main sur sa bouche et laisse les larmes couler. Elles sont autant de joie que de tristesse. De joie parce qu'elle est là vivante devant elle. Et de tristesse quand elle voit son corps, ce qu'ils lui ont fait. Shaw est méconnaissable, mise à part la coupe de cheveux qui est restée la même, elle pourrait sembler tout droit sortie du camp d'Auschwitz. Bon Root exagère un peu là, mais Sameen est maigre à faire peur. Et son visage ! Creusé d'épuisement et horriblement marqué par les coups. Elle ressemble à une femme battue, ce qu'elle est au fond.

- Oh putain, murmure Root d'une voix effondrée dans un souffle.

Elle s'approche et est sur le point de la prendre dans ses bras. Mais Shaw recule d'un pas et baisse les yeux, culpabilisant immédiatement. Elle se déteste là tout de suite. Elle voudrait tellement ce contact avec elle, elle en a rêvé, mais elle ne le mérite pas. Root respecte son choix et détourne un instant le regard de tristesse avant de le regarder à nouveau. Tout doucement pour ne pas l'effrayer, elle tend une main vers son visage. Shaw ne se dérobe pas cette fois et Root le prend pour un bon point. Elle passe la main derrière son cou et la tire doucement vers elle. Et Sameen finit blottie dans ses bras.

- Mon cœur !

Sam ne parvient pas à parler, elle a rêvé de la voir, de la serrer dans ses bras, de lui parler. Et maintenant qu'elle est là, elle se retrouve comme une idiote à ne pas savoir amorcer ne serait-ce que le début d'un contact avec elle. Elle se déteste de sa faiblesse, elle est pathétique. Elle finit par enrouler ses bras autour de ce corps qu'elle a tant rêvé de retrouver, même si ça n'était surement pas ici. Root la laisse venir à elle doucement. Sam se sent aussi idiote que bien ainsi enlacée. Elle préfère se concentrer sur le second sentiment que le premier. Elle voudrait lui dire tant de choses, qu'elle lui a manquée elle et sa douceur, qu'elle tient à elle, qu'elle est désolée. Mais tout ce qui sort est une phrase assez idiote pour leur retrouvaille.

- Attention, j'ai mal partout, finit-elle par lui dire faiblement.

Elle se trouve vraiment nulle de ne pas trouver mieux à lui sortir. Mais Root ne s'en focalise pas comme d'habitude elle sait comment la prendre et elle lâche un petit gémissement de bonheur quand elle l'entend s'adresser à elle. Elle ressert sa prise et Shaw est maintenant vraiment très mal à l'aise.

- Je suis toujours anti contact tu sais, lui fait-elle remarquer pour tenter de détendre l'atmosphère.

- Hum, la ferme Sameen, lui réplique doucement Root en caressant ses cheveux qu'elle respire.

Elles restent ainsi un bon moment et Root la sent peu à peu se détendre dans ses bras. Elle a l'impression de vivre l'un de ses rêves, ceux qui lui ont fait tant de mal au réveil pendant ses sept dernier mois. Sameen se sent bien elle aussi, enfin. Elle ferme les yeux et ne réfléchit plus. Elle s'abandonne en toute confiance.

Elles finissent par se séparer et se regardent. Root passe encore ses mains sur son visage, où se peint l'inquiétude. Elle repasse chaque coup, chaque lésion et se promet de leur en infliger le triple pour ce qu'ils ont osé faire à la femme qu'elle aime.

- Tu as une sale tronche, lui murmure Shaw la sortant de son inventaire macabre de ses blessures.

Root lâche un léger rire, mais s'arrête en étouffant un gémissement et une grimace de douleur à cause de ses cotes. Ça n'a pas échappé à Sam.

- Tu t'es regardée dans une glace récemment mon cœur ?

Sameen ne lui répond pas et passe sa main gauche sur son ventre. Root la laisse faire. L'attention lui va droit au cœur et le contact de ses doigts même sur sa peau endolorie l'électrise. Elle ne ressent plus aucune douleur, juste un immense plaisir pour celle qui lui fait face. Mais Root est réaliste, ça n'est pas le moment.

- Qui t'a fait ça ? demande Shaw soudain fâchée.

Elle connait déjà la réponse de toute façon.

- Je vais bien, lui répond Root en lui encadrant le visage de ses deux mains pour l'obliger à refocaliser ses yeux sur les siens et non plus sur ses brûlures à vif.

- Qui t'a fait ça ? Dis le moi. Qui t'a fait ça ? répète Sameen plusieurs fois de plus en plus angoissée.

- Je vais bien, je vais bien, lui répète encore et encore Root doucement pour la calmer, tout en lui caressant le visage.

Elle lui attrape la main pour la retirer de ses côtes et qu'elle cesse de s'inquiéter. Sameen lâche un cri de douleur et Root se pétrifie. Elle regarde sa main et voit les doigts déboités, mais il n'y a pas que ça. Le bras forme aussi un angle anormal et elle se rend compte qu'il est brisé. Root se mord les lèvres un instant mais décide de se montrer forte pour Shaw qui elle encaisse tout ça depuis si longtemps sans broncher.

- Je ne peux rien faire pour ton bras, lui murmure-t-elle d'une voix tremblante. Mais il faut que je remette tes doigts en place.

Elle la regarde et voit Sam faire non de la tête en la suppliant du regard. Et elle reste interdite. Sa Sameen, si forte, si solide, réagir ainsi ! D'une manière si peu Sameenienne. Root croit en mourir de douleur.

- Si je ne le fais pas, tu ne pourras plus t'en servir, murmure-t-elle d'un ton qu'elle espère assurée, chose qu'elle n'est clairement pas en ce moment.

Shaw la regarde un instant avant d'acquiescer. Elle a raison, et elle le sait.

- Je vais faire vite lui promet Root.

Sameen soupire et la laisse lui attraper le premier doigt.

- Pourquoi on peut jamais avoir une journée normale toi et moi ? lui demande-t-elle.

L'interface se force à lâcher un petit rire.

- La normalité c'est très surfait tu sais !

Root a l'impression qu'elle va tomber par terre devant la scène, mais elle s'accroche. Après le nez de Lou, maintenant les doigts de Sameen, ça fait beaucoup pour elle. Root prend son courage à deux mains, souffle un bon coup et remet chacun des cinq doigts le plus vite possible, tandis que Shaw étouffe ses hurlements de douleur dans son épaule. Quand Root a fini, elle se sent pourtant mieux. Elle reste un moment la tête sur son épaule pour se calmer, puis elle se redresse lentement. Elle a moins mal et elle lui envoie un remerciement du regard.

- Sameen, murmure Root, Sameen je suis désolée … désolée d'avoir été si longue, désolée de ne pas t'avoir retrouvée alors que je t'ai cherchée partout et je …

Elle s'arrête net devant le regard furieux que lui lance Sameen.

- C'est quoi le plan maintenant ? Parce que tu en as un bien sûr.

Root ouvre la bouche et la referme.

- J'avais pas de plan, lui murmure-t-elle d'un ton neutre et sincère.

C'est la vérité. Elle n'avait aucun plan pour les sortir de là.

- Alors qu'est ce que tu fous ici bordel ?

Shaw est vraiment furieuse. Et Root ne comprend pas.

- Je … n'ai pas …, bafouille Root surprise de son attaque, … pensé et j'ai …

- Ah non ça c'est sûr, la coupe Shaw furieuse, tu n'as pas pensé. Parce que sinon tu aurais fait quelque chose de moins débile que d'appeler Samaritain pour l'inviter à prendre un café avant de foncer de plein gré dans la gueule du loup.

Elle fait une pause, la fureur la faisant respirer difficilement. Elle sait qu'elle est injuste avec Root, mais là tout de suite elle lui en veut. Elle sait trop bien ce que l'on va lui infliger tout comme on le lui a infligé. Root vient de se condamner à un sort pire que la mort et ça Shaw ne peut pas l'accepter. Elle a tenu pendant tout ce temps pour en arriver à ce triste résultat aujourd'hui.

- Tu viens de te suicider tu le sais ça ? lui crache Sam. Mais qu'est ce qui tourne pas rond chez toi ?

Root ne réagit pas et la laisse l'engueuler. Elle est comme assommée par sa soudaine agressivité après leur moment de douceur extrême, Sam n'est pourtant pas bipolaire. Root secoue la tête à cette pensée et se reprend en lui souriant. Elle tente de détendre la situation.

- Tu veux vraiment que je te fasses une liste ? lui demande-t-elle d'un ton badin.

Elle se rend immédiatement compte qu'elle a commis une erreur, une grave erreur. La fureur se peint sur le visage de Sam et Root la voit serrer le poing droit prête à la frapper. Elle réagit instantanément et lui coupe l'herbe sous le pied. Elle affiche une mine contrariée.

- Tu fais chier Sameen. Qu'est ce que j'étais censée faire d'autre ?

Sam ne lui répond pas. Son air furieux l'a quittée et elle s'en veut. Elle est vraiment trop conne sérieusement. Mais elle n'a pas pu s'en empêcher.

- Ils vont nous tuer. Tu n'aurais jamais dû …

- Tu as fait pareil pour moi ! C'est pas vrai peut-être.

Cette fois c'est Root qui est furieuse. Sameen a fait pareil pour elle. A la Bourse de New York quand elle a foncé tête baissée, seule face à Samaritain et à tous ses agents. Sérieusement chez laquelle des deux ça tournait le moins bien là haut ? Sameen ne répond pas. Root a raison, elle a fait pareil pour elle.

- Maintenant qu'on est ensemble, on va trouver une solution et sortir d'ici, j'en suis sûre.

Sameen lâche un rire sans joie.

- Ça fait combien de temps Root ? Combien de temps que je suis là ?

Un court silence s'installe.

- Sept mois, lui avoue l'interface dans un souffle désolé.

Sam affiche une moue à la limite entre l'impressionnée et le dégoût.

- J'ai tout essayé pour m'enfuir. Tout. J'ai essayé par la force, puis en jouant les pleurnichardes. Sans compter les fois où je me suis évadée mais où en fait je ne m'évadais pas et qui … enfin … les morts … partout. Et … je n'ai pas … pas réussi et …. je ….

Root fronce les sourcils d'incompréhension tandis que Shaw se perd dans ses paroles en s'arrachant presque les cheveux. On dirait une noyée en train d'agoniser dans une mer déchainée et Root décide de lui lancer une bouée de sauvetage en intervenant.

- Oui, dit-elle de sa voix charmeuse qu'elle n'a pas utilisé depuis si longtemps, mais il te manquait un élément déterminant, fondamental même je dois dire.

Shaw fronce les sourcils.

- Moi, murmure Root comme une évidence, pour répondre à son interrogation.

Shaw lève les yeux au ciel et Root sourit franchement. Ça y est, elle la retrouve. Mais soudain le visage de Shaw se rembrunit et chose que Root croyait impossible, elle voit des larmes couler sur ses joues.

- Sameen, murmure-t-elle d'une petite voix en lui agrippant les épaules.

Ce qu'elle déteste la voir ainsi ! Shaw ne parvient pas à la regarder.

- Crois pas que tu sortiras d'ici, lui murmure-t-elle d'une voix brisée alors qu'elle lève les yeux vers elle.

Elle marque une pause et continue de la regarder intensément. Elle essuie rageusement ses larmes.

- On ne sort pas d'ici Root, murmure Sam.

Root la lâche sous l'effet du choc de ses paroles. Elle n'en revient pas. Shaw qui abandonne, sa Sameen qui est devenue fataliste. C'est pas possible, ça n'est pas elle.

Elle est furieuse, mais pas contre Shaw, contre eux et ce qu'ils lui ont fait pour en arriver là. Pourtant elle doit extérioriser sa colère et il n'y a que Sameen devant elle, de plus ça pourrait la réveiller. Root l'attrape à nouveau par les épaules et la secoue.

- On n'a pas le choix, tu m'entends ! Il faut qu'on se tire.

- C'est impossible, lui répète Sameen d'une voix éteinte. J'avais réussi une fois et ils m'ont rattrapé quelques jours après. Je sais même pas comment ils m'ont retrouvée.

- Arrête, la coupe durement Root. Arrête de répéter qu'on n'y arrivera pas.

Elle se rend compte alors qu'elle lui fait mal. Elle la serre trop fort au niveau des bras, dont son bras cassé. Elle a vu Sameen serrer les dents pour retenir ses cris et elle la lâche immédiatement.

- Je suis désolée, balbutie-t-elle. Je … Ça va ?

Sameen acquiesce en silence sans parvenir à la regarder. Root se gifle mentalement. Elle est vraiment trop stupide. Lui infliger une nouvelle douleur, après tout ce qu'elle avait enduré ici. Elle avait cru pouvoir la réveiller, mais il était clair que la manière forte ne réussissait pas pour le coup avec Shaw. Peut-être la manière douce alors. Mais c'était si inhabituel. Root avait été surprise qu'elle se soit laissée si facilement faire tout à l'heure dans leur câlin de retrouvaille. Sameen avait changé, et Root ne savait pas comment l'appréhender. Mais il fallait qu'elle y parvienne. De toute façon changée ou pareille, elle l'aimerait toujours, ça c'était sûr. Elle la tira doucement vers elle et posa sa tête contre sa poitrine tout en s'agenouillant au sol. Sameen se laissa faire, et même s'abandonna entre ses bras, fermant les yeux. Root quant à elle pleurait de la voir ainsi, si mal. Il fallait qu'elle sache. Ce qu'on lui avait montré n'était pas suffisant pour expliquer son comportement actuel. Il y avait quelque chose d'autre, quelque chose qu'elle lui cachait. Mais Root était prête, elle pouvait tout entendre. De plus la faire parler pourrait l'aider à se sentir un peu mieux.

- Mais qu'est ce qu'ils t'ont fait bon sang ? Sameen raconte moi. Dis moi je t'en supplie ce qu'ils t'ont fait.

Le visage de Sameen se crispe. Et Root peut y lire la terreur, la haine, le dégout et la tristesse qui passent successivement sur ses traits. Elle secoue la tête en répétant plusieurs fois "non" d'un ton suppliant. Mais Root tient bon.

- Je t'en supplie, je dois savoir et pas par eux.

- Je … je ne peux pas …, lui murmure enfin Sam. C'est trop horrible ce qu'ils m'ont fait.

Ces simples mots pétrifient Root sur place. Elle la serre plus fort dans ses bras.

- Je suis désolée, lui murmure-t-elle enfin. Désolée de t'avoir laissée seule dans cet enfer.

Mais sa culpabilité reste très présente même avec cet aveu.

- Mais tu étais là, lui réplique Shaw.

Root est certaine d'avoir mal entendu. Elle se redresse pour la regarder bien en face.

- Tu étais là, lui répète Shaw. A chaque instant, je fermais les yeux et tu étais là.

Shaw détourne le regard, soudain honteuse, et furieuse contre elle. Root a ouvert la bouche de stupéfaction face à ce qu'elle vient de lui avouer.

- Ce n'est pas à toi de faire des excuses Root. Je t'ai trahi, je leur ai dit pour ton lien avec la Machine et pour ton implant.

Root se reprend et acquiesce.

- Je sais, je ne t'en veux pas.

Shaw la regarde interdite et loin de se sentir mieux, elle est encore plus en colère.

- Tu ne m'en veux pas, lui crie-t-elle en se relevant brusquement. Tu ne m'en veux pas, tu ne m'en veux pas répète-t-elle furieuse telle une hystérique. Mais merde Root, arrête, arrête de tout me pardonner. Arrête. J'ai fait des trucs horribles j'ai tué Reese des milliers de fois et j'ai tué cette scientifique pour de vrai parce que je pensais que ça n'était pas réel.

Root se relève lentement en face d'elle alors qu'elle la regarde interdite. Elle reçoit beaucoup d'information d'un coup et c'est assez décousu. Mais elle ne la coupe pas. Elle la laisse extérioriser, enfin. Elle croit recoller quelques morceaux.

- Donc les simulations, commence-t-elle calmement quand elle est sûre qu'elle a fini de crier, sont une torture psychologique. De l'irréel ?

- Ouais une saloperie de merde. Ils te droguent, entrent dans ta tête et violent ton esprit.

Root en reste pantelante. Elle n'aurait jamais imaginé une telle monstruosité. Finalement Frankenstein devait bel et bien bosser ici. Elle acquiesce lentement et pose d'autres questions à Sameen sur les simulations mais elle refuse de lui répondre. Elle s'est refermée comme une huitre et Root décide de ne pas insister, elle est clairement éprouvée, à bout. Et de toute façon elle pense avoir compris le principal.

- C'est peut-être le cas maintenant d'ailleurs, continue soudain Shaw.

Elle se tourne vers la caméra qui les observe.

- Alors c'est ça qu'Il veut, aboie-t-elle.

Root la regarde stupéfaite. Elle comprend que Sameen ne sait pas si la scène est réelle ou non. Elle doit la reconnecter avec la réalité mais elle ne sait pas comment faire. Elle se plante devant elle, complètement dépassée.

- Sameen, lui dit-elle désespérément, je t'en prie. Tu dois me croire, ça n'est pas une simulation. Tout ça est réel.

Sameen secoue la tête de dépit et Root n'est pas certaine qu'elle l'ait entendue. Elle a l'impression de l'avoir perdu.

- Je ne sais même plus qui je suis, lui avoue Shaw en tremblant.

Root se sent s'effondrer à l'entente de ces mots, à la perception de son désespoir. Elle veut la rependre une nouvelle fois dans ses bras pour la réconforter mais Shaw se dérobe. Elle est trop mal à cet instant et elle ne supporte plus les réactions de Root, son contact et sa pitié. Elle devrait l'engueuler, la haïr, mais non elle la réconforte, pire elle la pardonne. Mais Shaw elle ne se pardonne pas, elle n'y arrive pas. Elle a beau se dire qu'elle n'avait pas le choix, qu'elle y a été forcée, elle n'arrive pas à se défaire de ce sentiment de culpabilité qui lui était encore inconnu il y a sept mois. Quel long et étrange chemin elle aura parcouru. Mais elle ne sait pas le maitriser, elle le ressent pour la première fois de sa vie et trop violemment.

- C'est toi qu'il veut, reprend Sameen en la regardant enfin bien dans les yeux revenant brusquement à la réalité pour le plus grand soulagement de Root.

Sam s'est brusquement souvenue, elle doit lui dire, qu'elle sache à quoi s'attendre. Root fronce les sourcils. Sameen semble avoir un début d'explication à sa présence ici. Elle se demande vraiment pourquoi elle est encore vivante. La blonde a parlé d'une expérience mais Root ne comprend pas.

- Je ne sais pas pourquoi mais Il a une putain d'obsession pour toi, encore plus que pour moi.

Sameen se met à se balancer d'avant en arrière.

- Je ne comprend pas, continue-t-elle en s'arrachant presque les cheveux à deux mains. Et ça me rend folle. Il m'a bien sûr posé des questions sur la Machine, sur l'équipe, sur la planque mais … c'est vite devenu secondaire. Et Samaritain a voulu en savoir plus sur toi, te connaitre intimement. Ils ont donc essayé de me faire parler sur ton passé mais …

Elle lâche un rire sans joie.

- … je ne t'ai pas trahi à ce point là. J'emporterai tout ça avec moi dans ma tom…

- Chut, la coupe Root pour l'empêcher de finir sa phrase. S'Il avait voulu nous tuer, on le serait déjà. Et je crois que tu as raison, la Machine, l'argent que je leur ai volé, le reste de l'équipe … tout ça est certes important pour lui mais c'est secondaire. Ce qu'Il veut c'est nous deux mais je … je ne comprends pas pourquoi. L'autre vieux con n'arrête pas de me dire qu'Il veut m'embaucher.

Elle lâche un rire sans joie à son tour pour exprimer son dégoût face à une telle proposition.

- Moi aussi c'est ce qu'ils m'ont dit lui avoue Sameen. Sauf que … Sauf que torturer quelqu'un n'est pas vraiment le meilleur moyen de le faire passer de votre côté. Je crois qu'Il veut nous détruire et après Il a … peut-être l'intention de s'amuser un peu avant de nous tuer. Pff j'en sais rien, je sais pas putain.

Elle se détourne en prenant sa tête dans ses mains en proie à une réelle crise de nerf. Root se plante devant elle et l'oblige à la regarder. Elle lui attrape les mains et les lui tient fermement dans les siennes pour éviter qu'elle ne se remette à dériver comme tout à l'heure.

- Tu vas voir ça va aller, tente de la rassurer Root. On va sortir d'ici et tout va s'arranger.

Du moins elle l'espérait. Avec le temps et son aide bien sur. Ainsi que celle de la Machine. Mais chaque chose en son temps, il fallait déjà sortir d'ici.

Les paroles de Root font enrager Sameen. Elle secoue violemment la tête.

- Putain mais tu n'as rien compris en fait, lui crie-t-elle. Je te dis que j'ai tué pour eux, que je t'ai trahie et toi tu … tu…

Mais elle est à court de mots.

- On ne peut pas partir. La vérité c'est qu'on va toutes mourir ici.

Pour Root ça en est trop. Elle voudrait retrouver Sameen, sa Sameen. La femme forte et dur à cuire qu'elle aime, pas cette personne qu'elle ne connait plus. Sa soudaine faiblesse l'effraie.

- Arrête de répéter ça bordel, lui réplique Root tout aussi furieuse. On va trouver une solution et à ce moment là je me tirerai avec ou sans toi si tu tiens tant que ça à rester ici.

Elle regrette ses paroles à l'instant même où elles sortent de sa bouche. Elle les voit blesser Shaw en plein cœur. La détresse puis la douleur et enfin la colère noire et profonde passent en un instant simultanément sur son visage. Et Root se décompose.

- COMMENT PEUX TU… explose Sameen.

- STOP ! hurle soudain Louisa.

Elles s'immobilisent immédiatement et se tournent vers la gamine. La dispute l'a réveillée depuis un petit moment. Elle avait finalement eu sa réponse pour les simulations même si ça n'était pas clair. Elle s'était levée pour mettre fin à ce qui était totalement inhabituel entre elles, elles se hurlaient dessus. Elles ne l'avaient même pas entendu ni vu se lever et se planter entre elles jusqu'à ce qu'elle leur hurle d'arrêter. Louisa n'avait pas trouvé d'autre moyen. Elle avait eu peur, peur de leurs cries, peur des paroles apocalyptiques de Sameen et de la réponse très dure de sa mère. Un silence glaçant s'abat sur elles.

- Personne ne va partir … continue la petite plus calmement en regardant sa mère d'un regard suppliant.

Elle se tourne ensuite vers Shaw.

- … et personne ne va mourir, achève-t-elle.

- Tu crois ? murmure une voix froide et amusée derrière elles.

Elles font toutes les trois volte face pour se tourner vers Martine qui vient d'entrer dans la pièce avec Lambert et cinq agents.

Louisa est pétrifiée sur place. Sa mère pose une main sur son épaule et la tire doucement pour la ramener vers elle et l'éloigner de la blonde. Ce geste fait sourire Martine alors que Root la regarde calmement. Shaw s'est raidie à côté d'elle et Root a glissé sa main libre pour lui frôler les côtes, la faisant sursauté. Shaw se tourne vers elle et lui jette un regard angoissé en déglutissant.

- Ça c'est des retrouvailles, murmure moqueusement la blonde.

Root hausse les sourcils en signe de défi et se tourne vers Sameen quand elle sent l'insistance de son regard sur elle. Elles se regardent juste un bref instant et échangent par ce simple regard de quelques secondes des tas de choses : le pardon pour ce qu'elles viennent de se faire, l'inquiétude pour ce qui va arriver, l'amour et aussi la tendresse. Et elles savent par ce simple coup d'œil qu'elles se serreront les coudes jusqu'au bout. Dans une parfaite coordination non planifiée, elles se tournent à nouveau vers Martine qui continue de les observer une joie mauvaise dans le regard. Elle claque des doigts sans les lâcher des yeux.

Les cinq armoires à glace fondent sur elle comme des vautours. Deux chacun pour Shaw et Root et un pour Lou. Elles n'ont même pas crié, elles se sont juste débattues sachant au fond qu'elles ne feraient pas le poids. Mais elles ont quand même résisté, mettant un point d'honneur à lui montrer à lui, à Samaritain, qu'elles ne se soumettront pas et qu'elle ne lui appartiendront pas, jamais et cela même s'il les brise.

Martine s'approche de Root et l'observe un long moment sans bouger. Root reste étrangement calme et la détaille d'un air presque intéressé. Le silence devient pesant, angoissant. Louisa retient sa respiration en observant la scène. Sameen observe Lambert d'un regard mauvais alors que cet abruti la dévisage lentement d'un air ravi tout en posant au sol une lourde bonbonne de gaz. Son sourire et le silence de Martine ne lui disent vraiment rien qui vaille. Elle sait, elle sent que quelque chose de terrible va arriver dans quelques instants. Alors quoi ils vont leur défoncer le crâne à coup de bouteille ?

- Tu peux arrêter de me regarder comme ça, murmure très calmement Root à la blonde brisant le silence angoissant installé comme une cloche de verre au dessus de la pièce depuis maintenant cinq bonnes minutes. C'est flippant, continue Root sarcastiquement en affichant un sourire moqueur, on dirait que tu n'as pas eu assez à bouffer dans ton assiette.

Martine ne bronche pas. Elle place son index sur son cou où les bleus que Lambert y a laissé sont désormais bien visibles et elle remonte lentement jusque derrière son oreille droite, faisant frissonner Root de dégoût d'abord, puis de douleur ensuite, à son contact.

- Je te le confirme Samantha, lui murmure enfin la blonde.

Elle se penche vers elle et pose sa bouche à deux centimètres de son oreille valide.

- Je n'en ai pas eu assez, lui chuchote-t-elle dans un murmure audible dans toute la pièce.

Martine recule, ravie. Elle lui montre le téléphone et le pose sur la table avec ses outils adorés. Elle allait jouer sa dernière manche avant de passer la main à l'autre. Elle venait de la rencontrer et elle devait bien avouer que son programme pour rendre Samantha Groves plus docile était intéressant. Ça promettait d'être spectaculaire, et elle n'en perdrait pas une miette. Pourtant la frustration de son échec ne passait pas. Elle avait répliqué à Greer qu'elle pouvait faire tout ça elle-même, et qu'elle n'avait pas besoin d'assistante. Mais il avait refusé tout net. Samaritain avait précisé qu'il fallait que ce soit elle en particulier car le taux de réussite serait de l'ordre de 76.33%, contre 58.06 % si c'était Martine. La blonde était furieuse de ne pas parvenir elle-même là où elle était la plus douée. Alors là c'était sa dernière chance de se "rattraper". Greer avait accepté pour affaiblir psychologiquement la grande brune avant de faire entrer l'autre. Martine jubilait tout de même d'avance, la nouvelle allait l'assommer et lui faire fermer sa grande gueule.

- Vois-tu, continue-t-elle, j'ai compris comme je me suis trompée avec toi.

Root hausse les sourcils et lui jette un regard amusé.

- Ne me dis pas que tu vas me présenter des excuses Martine ? ironise Root.

Martine lui sourit.

- Eh si, lui murmure-t-elle. C'est exactement ce que je vais faire parce que j'ai compris l'inutilité de s'attaquer à toi directement. Tu ne parleras pas. Pas comme ça.

Root perd son regard amusé. Elle sent que la blonde a prévu un sale coup pour la mettre à terre. Elle croit deviner lequel et elle jette un regard angoissé à Sameen et à Louisa. Shaw a également compris le message.

- Alors voilà je renonce, continue Martine.

Elle jette un coup d'œil à Lambert qui a branché un tube médical relié à un masque médical sur la sortie de la bonbonne. Ce dernier lui fait un signe de tête et tout deux échangent un sourire. La respiration de Sameen s'accélère alors qu'elle comprend. Root reste immobile et imperturbable comme une statue. Pourtant elle se décompose à vue d'œil.

Martine s'éloigne de Root et se dirige vers sa fille. L'interface se raidit, désormais la peur incrustée dans chacun de ses traits. Martine lui envoie un sourire sadique et hausse les sourcils. Louisa ne comprend rien, elle sait juste que le gaz c'est dangereux et elle sent bien que quelque chose va mal tourné alors que sa mère et Sameen l'observent terrifiées. Elle leur jette un regard interrogatif. Puis Martine l'empoigne par les cheveux et elle se débat tandis que Root et Shaw font de même. La blonde lui tient la tête fermement et lui plaque le masque sur le visage. Puis elle ouvre la vanne. Root se met à hurler de rage. Au bout de trente secondes, la blonde retire le masque et Louisa tombe à terre en toussant pour expulser le gaz de ses poumons. Elle inhale brutalement l'air pur.

- LOUISA, hurle sa mère.

Lou tente de se redresser à quatre pattes au sol devant la blonde accroupie face à elle, mais elle n'y parvient pas. Ses yeux pleurent tout seul et elle tousse encore.

- C'est de la merde, parvient-elle à lâcher au bout d'un moment entre deux toux.

Martine éclate de rire. Elle se tourne vers Root qui lui envoie un regard où se mélange la haine et le dégout.

- Gaz propane, lui précise-t-elle.

- Espèce de salope, lâche Root. Tu es dingue !

Martine hausse les sourcils et acquiesce presque joyeusement. Elle replace le masque sur le visage de Louisa qui a juste le temps de prendre une inspiration.

- NON, hurle Root. ARRETE.

Martine la regarde pendant de longues secondes alors que Louisa s'asphyxie en se débattant de moins en moins fort.

- Tu sais ce que je veux, lui réplique la blonde.

Elle enlève le masque et Louisa tombe à nouveau au sol en expulsant le gaz qu'il y a en elle. Elle s'arrête brutalement et se met à vomir. Root fond silencieusement en larmes en observant sa fille. Sameen serre les dents et tremble de rage. Elle tente brusquement d'assommer ses deux geôliers. Martine se lève abandonnant la petite à demi consciente au sol et s'approche d'elle. Shaw la dévisage, la haine noire et profonde inscrite sur son visage. Elle lui envoie un coup de pied en pleine mâchoire et Martine recule sous l'effet du choc. Elle se la masse pendant quelques instants puis s'approche à nouveau de Shaw. Elle lui empoigne la tête comme elle la fait avec Louisa et lui plaque le masque sur le visage.

Root ferme les yeux pour ne pas voir Sameen qui se débat pour repousser le masque de son visage tout en retenant sa respiration. La blonde attend patiemment, bien plus longtemps que pour Louisa et Shaw finit par respirer cette saloperie. Quand Martine l'enlève, elle ferme les yeux et reprend sa respiration tant bien que mal. La blonde attend cinq secondes puis elle lui renvoie du gaz dans les poumons. Elle reproduit le même rituel cinq fois d'affilé avant que Shaw ne s'effondre au sol, le corps secoué d'une toux atrocement douloureuse pour ses poumons. Elle refoule très difficilement sa nausée et ferme les yeux. Mais elle est incapable de bouger, l'air lui manque et elle doit s'y reprendre à plusieurs fois pour calmer sa respiration. Elle sent que sa tête va exploser. Quand Sameen ouvre les yeux, Martine est debout devant elle et la regarde vaguement intéressée. Puis elle se dirige vers Root qui a toujours les yeux fermés et qui est tombée au sol elle aussi. Elle sait que c'est lâche de sa part mais elle ne peut se résoudre à ouvrir les yeux sur la scène, elle ne peut pas bouger. Elle tente de rester calme, sa respiration saccadée et le fait qu'elle déglutisse mal sont les seuls signes de sa terreur intérieure qui la ronge.

La blonde s'assoit en face d'elle et Root sent immédiatement sa présence. Elle ouvre alors doucement les yeux pour les plonger dans les siens. Martine ne lui sourit pas, elle la regarde bien en face le visage neutre et vide de toute émotion. Elle lui passe une main sur sa joue et Root reste de marbre, elle ne réagit pas. Elle la regarde calmement les yeux humides même si aucune larme ne coule, et respire trop vite.

Martine lui saisit le menton.

- Donne moi le numéro du compte.

Root relâche sa respiration lentement. Elle la regarde bien dans les yeux et déglutit avant de parler.

- Non, lui répond-t-elle simplement dans un souffle d'une voix neutre qui trahit pourtant son dégoût.

Martine ouvre grands les yeux et entrouvre sa bouche sous l'effet de la surprise. Root regarde désormais dans le vide.

- Non ? répète la blonde interloquée.

Elle éclate de rire. Pourtant elle n'en a pas envie. Elle est furieuse et surtout elle n'en revient pas. Merde cette gonzesse sort de quel moule ?

Elle décide d'en jouer. Elle lui attrape la tête et la tourne de force pour l'obliger à regarder Sameen et Louisa.

- Tu es prête à me laisser continuer ?

Root ne lui répond pas. Elle regarde Louisa qui a fermé les yeux pour se calmer ou juste pour ne pas craquer en larme, et ensuite elle croise le regard de Sameen qui lui sourit victorieusement. Pourtant Root n'a pas du tout l'impression d'avoir donné la bonne réponse. Son regard est désespéré, empli de larmes qu'elle retient. Elle se sent monstrueuse de se taire, de les laisser endurer ça.

- Oh merde alors ! s'exclame la blonde. C'est pour ça qu'Il te veut tellement.

Elle marque une pause et éclate de rire. Root ne la regarde toujours pas et reste bloquée sur Sam. Toutes les deux n'arrivent pas à se quitter des yeux.

- En fait tu es le monstre parfait dénué de cœur. Celui qui lui manquait ….

Sameen lui fait doucement non de la tête pour la pousser à ne pas écouter la blonde. Mais c'est impossible.

- Pour compléter le tableau avec toi et Lambert, la coupe Root sans pouvoir s'en empêcher.

Elle ne la regarde toujours pas. Mine de rien elle se dit que la blonde a raison. Elle est un monstre, peut-être en a-t-elle toujours été un et qu'elle ne voulait pas se l'avouer. En fait elle ne regarde plus personne. Elle a fermé les yeux et s'est réfugiée dans la sérénité du noir complet, et elle se laisse aller aux larmes en silence. Elle entend la porte s'ouvrir et se fermer. Elle rouvre les yeux en étouffant un sanglot et voit Greer entrer dans son champ de vision. Martine lui sourit largement et se lève, laissant la place à Greer. Root le regarde, les larmes ne cessant de couler sur son visage. Elle ne ressent que de la haine, elle a cependant réussi à calmer sa respiration. Elle voit la blonde s'appuyer contre le mur et observer leur échange. Greer la regarde d'un air presque désolé, là en face d'elle sans aucune défense. C'est le moment au jamais et Root se jette sur lui, prête à lui briser les cervicales. Mais elle reçoit un violent coup par Lambert à l'arrière de la tête et elle s'effondre au sol en grognant de douleur. Elle relève la tête et voit le vieux lui sourire au dessus d'elle.

- Vous rendez vous compte à quel point cela est inutile et vain.

Root soupire un instant.

- Je vous conseille de nous laisser partir tout de suite Greer, le menace-t-elle.

Ils réagissent comme elle l'avait prévu face à une menace si absurde au vu de sa dramatique situation. Greer affiche un immense sourire tandis que Martine et Lambert éclatent de rire. Mais ils s'arrêtent très vite quand ils la voient se marrer à gorge déployée elle aussi. Sameen se relève doucement et la regarde ahuri. Sur le coup elle se demande si ce n'est pas elle, Root, qui aurait grillé un fusible plutôt qu'elle même, ou si son prochain symptôme de sa folie dans un tel lieu est l'hallucination car cette scène est juste irréaliste. Elle jette un coup d'œil à Louisa assise à terre qui regarde sa mère et dont l'expression du visage oscille entre inquiétude profonde, étonnement et terreur grandissante.

- Je vais foutre un tel bordel dans votre système que vous me supplierez à genoux de venir le réparer, continue Root en se foutant ouvertement d'eux cette fois. Repassez me voir à ce moment là et on en reparlera.

Son assurance, son arrogance, son sarcasme et son sourire moqueur font enrager la blonde et son collègue. Ils ont perdu leurs sourires comme fond la neige au soleil, remplacés par un rictus figé de colère sourde mêlé à une assurance qu'elle ne comprend pas encore. Elle lit aussi une certaine tension chez eux, comme s'ils étaient impatients de quelque chose. Mais elle ne s'y attarde pas plus. Alors qu'elle se relève, elle reste concentrée sur Greer qui continue de lui sourire largement.

- Vous finirez par céder et nous dire ce que nous voulons, continue ce dernier. C'est inévitable, mais mourir ne l'est pas vous savez. Samaritain comme moi-même sommes tout à fait disposé à être patient avec vous mais dans une certaine mesure.

Il marque une pause tandis qu'elle le dévisage en se foutant de lui. Aux yeux de Sameen, c'est une grossière erreur. Il est dangereux, très dangereux et elle ne devrait pas se moquer de lui, le sous-estimer. Mais Root sait ce qu'elle fait, enfin presque, et s'il y a une chose de certaine c'est qu'elle ne sous-estime pas ces adversaires.

- Cependant votre arrogance dirigée contre Samaritain n'est pas un bon point pour vous, continue Greer. Il faut que vous sachiez qu'il y aura un moment où je n'en aurais vraiment plus rien à foutre ni de vous trois ni du bordel que vous mettez ici. Continuez dans cette voie et tout ce que vous obtiendrez c'est une place au cimetière avec votre fille et cette chère Sameen.

Il se tourne vers elle en la désignant par un sourire entendu et elle lui jette un regard de haine. Il reporte son attention sur Root.

- Je suis sûre que vous saurez arrêter les frais avant et prendre la bonne décision.

- La bonne décision ? raille Root. Vous rejoindre ?

Elle lâche un rire.

- N'y comptez pas trop, réplique-t-elle joyeusement. … Non en fait, … vous savez quoi ? N'y comptez pas du tout.

Greer lâche un soupir d'amusement.

- Vous êtes intelligente Root, vous savez comment tout ça va se finir si vous persistez dans cette voie de la résistance futile. Votre Machine a perdu cette guerre et vous le savez, vous n'avez juste pas encore accepter ce fait, mais ça viendra avec le temps. Je suis sûr que vous saurez y voir votre intérêt.

Root continue d'afficher une moue amusée. Elle a toute fois noté qu'il l'a appelée "Root" et pas "Samantha". S'il croit que ce sera suffisant pour la faire passer dans son camp.

- Et sinon vous allez faire quoi ?

Elle voit Lambert se diriger vers la porte et Greer fronce les sourcils à l'entente de sa question. C'est le moment de vérité et il le sait. Mais il ne doute pas. Samaritain a toujours raison. Root perd son sourire, elle sent un mauvais truc se profiler. Mais cette fois c'est pour elle, pas pour Sameen ni Louisa. Elle se mord la lèvre inférieure.

- Moi je ne ferais rien lui dit-il très amusé en se dirigeant vers la porte

Root se tourne pour ne pas el perdre du regard. Elle est réellement inquiète maintenant. Ils lui sourient et sont trop sûres d'eux. Greer a rejoint Lambert près de la porte. A son signal ce dernier l'ouvre.

- Mais elle j'en suis pas si sûre.

Root en reste figée d'horreur. Elle ne sait même plus ce que c'est que respirer. Elle a l'impression d'avoir été frappé par la foudre. Elle ouvre grand la bouche et les yeux de stupéfaction. "Ça n'est pas possible." est la première pensée rationnelle qui lui traverse l'esprit au bout d'un long, long moment. Bien sur que ce n'est pas possible. Elle est morte bon sang ! Et depuis des années. Pourtant à cet instant, à l'observer dans l'encadrement de la porte, elle lui parait tout ce qu'il y a de plus vivant. Bizarrement après tout ce temps elle n'a pas tellement changé. Elle lui sourit largement, mais ça n'a rien à voir avec le sourire chaleureux dont elle la gratifiait autrefois quand elles s'aimaient. Celui-ci est froid, cruel, et présage de très mauvais moments pour Root. Elle prend très vaguement conscience que tout le monde s'est tu et les observe attentivement toutes les deux, mais elle n'arrive pas à défocaliser son regard de la femme en face d'elle.

L'incrédulité finit par faire place à un autre sentiment très désagréable, mais elle n'identifie pas immédiatement lequel. La peur ? Non ! La peur c'est quand on est face à un type armé qui est sur le point de vous abattre alors que votre propre chargeur est vide. Là ce n'est pas la peur, c'est la panique. Cette dernière la rend tout aussi incapable de respirer correctement que la stupéfaction, mais elle a au moins le mérite de faire réagir son corps. Et sans s'en rendre compte, Root recule de plusieurs pas sans la lâcher du regard. Elle secoue la tête tout en répétant plusieurs fois "non", ce qui fait sourire plus largement son interlocutrice. Cette dernière la suit dans la pièce au fur et à mesure que Root recule.

La colère ensuite quand elle prend conscience qu'elle a un énorme problème en plus à gérer désormais. Elle la connait intimement. Elles ont été très proches, Root l'avait même à un moment de sa vie inclue comme appartenant à sa famille. Elle avait eu toute sa confiance, jusqu'au jour où tout avait dérapé …

- Salut Samantha, lui murmure-t-elle joyeusement sur un ton sadique.

Root a fini par atteindre le mur du fond de la pièce et se retrouve piégée en face de la rousse aux yeux bleus. Elle n'a pas d'échappatoire et elle sait qu'elle va devoir l'affronter. Elle retrouve brusquement la capacité de parler en même temps que son cerveau se rallume et qu'elle reprend conscience de la pièce et de tous ces regards braqués sur elle.

- Andrea, murmure enfin Root dans un souffle à peine audible.

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Sameen s'est figée, elle a tout de suite compris, mais Louisa fronce les sourcils.

- C'est qui ? demande-t-elle à sa mère

Root continue de fixer la rousse qui semble adorer cette situation. Pourtant elle ne laisse plus transparaitre une seule once de peur à cet instant, simplement une profonde et juste colère. Elle se promet de s'y tenir, de ne pas la laisser gagner.

- C'est personne, répond-t-elle à sa fille. Un fantôme.

Elle marque une pause. Elle a besoin de comprendre. Elle ne se serait jamais attendu à ça !

- Je t'ai abattue, lui murmure-t-elle simplement.

Andrea acquiesce toujours souriante.

- Mais tu as oublié une règle de base fondamentale Samantha.

Root hausse les sourcils pour la pousser à continuer.

- On vérifie toujours la justesse du tir.

- J'avais trouvé avoir visé assez juste quand tu t'es écroulée sur le parquet de mon salon.

Andrea continue de la jauger du regard.

- Tu as l'air surprise de me voir ? poursuit-elle amusée sans tenir en compte sa dernière réplique. Je ne comprends pas pourquoi. Tu ne croyais pas t'en tirer comme ça après ce que tu m'as fait ?

- Comment est possible ? demande furieusement Root d'une voix froide.

- Ah ! s'extasie Andrea ravie. Le tir a alerté les flics. Ils m'ont trouvé quasi morte et j'ai été emmené à l'hôpital. Dix-sept heures d'opération et deux semaines et demi de coma. Et après il y a eu les interrogatoires pour savoir ce que je fichais avec une balle dans la poitrine dans la maison d'un homme pendu.

Elle marque une pause et se passe la langue sur ses dents. Elle attend mais Root ne réagit toujours pas.

- Ils ont conclu à un crime passionnel. J'avais tué et pendu mon amant, avant de vouloir mettre fin à mes jours. Et j'ai passé trois mois en prison en attendant mon procès … Bon je te rassure ça n'a pas tenu devant le juge car comment aurais-je pu me suicider sans que l'on retrouve l'arme à mes côtés ? J'ai été acquitté faute d'éléments. Mais toi tu avais largement eu le temps de disparaitre, et tu avais détruit Artov, l'œuvre de ma vie

Elle lâche un rire mais Root ne bronche toujours pas. Pourquoi elle n'avait pas visé la tête ce fameux jour ? Pourquoi ?

- J'aurais pu te balancer aux flics, mais je ne l'ai pas fait. Je te voulais vivante …

- … pour te venger, complète Root sur le ton de la conversation.

Sameen n'en revient pas on dirait qu'elles sont en train de prendre le thé. Andrea sourit de plus belle à Root qui lui a enfin parlé.

- Et je t'ai traquée pendant onze longues années.

Elle perd enfin son sourire pour afficher une mine contrariée.

- Mais tu as toujours été douée pour disparaitre Samantha et je commençais à perdre l'espoir de mettre la main sur la fameuse Root.

Elle affiche soudain de nouveau son sourire sadique

- Et puis, on m'a contacté ce matin. On m'a expliqué que tu avais été prise et que l'on avait besoin de mon aide pour te faire cracher le morceau. Un travail en somme.

- Toi et moi savons très bien que ça va bien au-delà d'un simple job. Tu veux juste accomplir ta pitoyable petite vengeance.

Andrea lui sourit.

- C'est vrai, claque-t-elle. Je voulais te tuer tu sais et puis en arrivant ici, monsieur Greer m'a dit que ça n'était pas le programme prévu pour toi ici et j'ai d'abord été très déçue. A tel point que j'ai failli ne pas écouter la fin de sa phrase. Mais il m'a donné une autre alternative bien plus excitante que de tuer d'une simple balle dans la tête. Il m'a offert le droit de …

- De me torturer, la coupe Root sur un ton conversationnel toujours très neutre.

Andrea ouvre grands les yeux de surprise et éclate de rire en secouant la tête.

- Oh non, s'exclame-t-elle.

Elle rit de plus belle face au froncement de sourcils de Root qui ne comprend plus là.

- Enfin si, reprend la rousse. Mais pas seulement. Il ne veut pas que je te fasse du mal juste pour mon plaisir. Il veut que je te brise ton petit cœur.

Root se souvient des paroles de Samaritain "Je détruirais ton cœur". Elle est sur le point de laisser la peur et le désespoir l'envahir mais elle se reprend à temps, ne laissant rien paraitre.

- Ça va alors, lui réplique-t-elle.

Andrea fronce les sourcils et Root parvient enfin à afficher un sourire mauvais sur ses lèvres. Elle se force ainsi à entrer dans la partie, à reprendre la main. Elle a compris la stratégie de Samaritain. Il a envoyé un élément de son passé pour la torturer, la mettre à terre, la briser. Et elle doit bien avouer que c'est un joli coup de cette ordure d'intelligence artificielle car Andrea était son amie avant qu'elle ne découvre l'hypocrisie de son "attachement" à son égard. Elle la connait bien, trop bien. Elle connait son passé, ses noirs secrets, ses peurs les plus intimes. Root lui avait fait confiance pendant des années et elle ne savait que trop bien de quoi elle était capable pour la détruire. Mais il y avait tout de même quelques petites choses dont la rousse ne pourrait pas se servir contre elle. Root ne lui avait jamais avoué qu'elle avait perdu un enfant. Ça c'était son plus lourd secret et elle ne l'avait partagé qu'avec deux personnes, qui étaient présentes dans cette pièce mais qui ne la trahiraient pas, jamais. Sameen lui a dit qu'elle n'a rien lâché sur son passé et Root la croit.

- J'ai appris de source sûre que je n'en avais pas de cœur, explique-t-elle à Andrea en faisant un signe de tête vers Martine.

Andrea ne se laisse pas déstabiliser. Elle est heureuse de voir celle qui fut sa protégée sourire. Elle sait qu'elle vient d'accepter de jouer et la partie peut donc commencer. Elle est certaine de l'emporter. Mais Root ne la laissera pas faire.

- Mais nous savons toutes les deux que ce n'est pas tout à fait vrai, lui réplique joyeusement Andrea.

Elle se tourne vers Louisa puis jette un regard à Sameen, avant de reporter son attention sur elle. Root a perdu son sourire, elle a reçu le message de menace de la rousse cinq sur cinq. Elle réagit instinctivement

- Comment ils ont su pour toi ? demande-t-elle enfin feignant d'être intéressée.

En fait sa question est assez secondaire. Elle veut juste ramener l'attention d'Andrea sur elle. Et ça marche.

- Ils ont cherché quelqu'un qui te connaisse bien, susceptible de donner des informations sur toi. Des informations utiles qui te mettraient à terre.

Elle marque une pause et pointe Sameen du doigt sans lâcher Root des yeux.

- Visiblement elle n'a pas été très coopérative. Alors il leur fallait quelqu'un d'autre. Ils ont fouillé dans ton passé mais tu es une telle énigme qu'ils n'ont pas trouvé grand-chose. Jusqu'à ce qu'ils identifient ton travail pour Artov. Et comme je suis la dernière membre de cette organisation encore en vie et libre … c'est tombé sur moi. J'ai pu compléter les nombreux blancs de ta vie qu'ils leur manquaient.

Root détourne les yeux et les pose sur sa fille. Elle lui envoie un regard désolé.

- Tu vois Lou, lui dit-elle. Tu voulais savoir qui m'avait rendu méchante …

Elle se tourne à nouveau vers Andrea.

- … eh bien c'est elle.

Andrea éclate de rire.

- Oh je t'en prie Samantha, murmure la rousse d'un ton condescendant.

Root avance d'un pas vers elle et la pointe d'un index accusateur.

- Tu m'as appris à tuer, réplique-t-elle rageusement, et tu m'as obligé à le faire.

- Faux, réplique Andrea en secouant doucement la tête. Tu étais une meurtrière bien avant que je ne vienne te récupérer.

Root lâche un soupir énervé. Un point pour Andrea. Cette dernière s'en rend compte et sourit de plus belle. Root n'a rien à lui répliquer. La rousse a raison, elle est hypocrite, elle se cherche des excuses pour justifier ses actes passés. Elle a tué bien avant de rentrer chez Artov.

Andrea décide d'enchainer.

- Très mignonne ta gamine, murmure-t-elle d'une voix menaçante en observant vaguement la petite qui soutient son regard sans broncher, avant de reporter son attention sur son interlocutrice. Je comprends que tu veuilles te justifier devant elle. … Tu lui as dit que c'est moi qui t'ai pratiquement élevé ?

Root lâche un rire sans joie en secouant la tête d'incrédulité.

- Tu rêves là, lui réplique-t-elle.

Andrea fronce les sourcils d'une colère froide. Root sait qu'elle vient de l'attaquer sur un point très sensible. Sa fierté. L'interface parvient à afficher de nouveau un sourire moqueur. Sameen a dû mal à suivre l'entretien entre les deux. Heureusement qu'on ne lui demande pas d'être l'arbitre dans ce match car elle n'est pas toujours certaine de savoir laquelle des deux marquent.

- Tu te souviens que je tai sauvé la vie ? lui réplique la rousse désormais énervée. Quand je t'ai recueilli, tu n'étais rien. J'ai fait de toi quelqu'un d'exceptionnel et toi tu m'as trahi.

Root lâche un bref rire en fermant les yeux et en détournant la tête. Quand elle les ouvre à nouveau, elle lance un regard de haine à la rousse. Il y a une vérité qu'elle meurt d'envie de lui dire et ça depuis longtemps. Elle avait pensé ne jamais en avoir les moyens, mais il fallait croire que non.

- Tu crois peut-être que je devrais te remercier ?

Root fait une pause et avance vers elle de deux pas, menaçante. Andrea ne bouge pas et elles se retrouvent face à face. Si proches, qu'elles sentent leurs souffles respectifs sur le visage l'une de l'autre.

- J'étais une pauvre gamine perdue, continue Root habitée d'une rage froide. Et tu as fait de moi une femme brisée.

Elle lâche un rire mauvais en secouant légèrement la tête.

- Tu n'arrêtais pas de me dire que j'étais belle et spéciale et moi je t'ai cr… , crache Root.

- Tu l'étais, la coupe Andrea tout aussi furieuse qu'elle.

- NON, lui crie soudain Root. Non, répète-t-elle plus calmement. Tu m'as sorti du fond d'un enfer et tu m'as plongé dans un autre enfer.

Andrea et elle restent silencieuses un bon moment, sans bouger.

- Tu étais ma plus grande réussite, continue la rousse. Mais aujourd'hui tu es juste la plus grosse déception de ma vie.

Elle jette un regard mauvais à Sameen et à Louisa. Puis elle regarde Root dans les yeux et cette dernière peut y lire tout le mépris qu'elle ressent à son égard. Fut un temps où ça l'aurait affecté de ressentir une telle chose venant d'Andrea. Mais aujourd'hui elle en était heureuse. Soulagée même.

- Avant tu étais tellement forte. … Egoïste et solitaire. Mais tu as totalement changé. Je vais recadrer tout ça.

Root lâche un rire sincère pour une fois.

- Et tu comptes faire comment pour me "recadrer", raille-t-elle.

- De la même manière que j'ai recadré la pute que tu étais à seize ans.

Andrea lui lance un sourire. Et Root blêmit à 'évocation de cette période de sa vie

- Tu vois, murmure-t-elle doucement d'une voix menaçante qui fait frissonner Root. Je me suis souvenue qu'il y avait une chose pour laquelle tu aurais fait n'importe quoi, quand je t'ai ramassée.

Elle s'avance vers Martine qui lui tend quelque chose que Root ne peut pas voir alors qu'Andrea lui tourne le dos. Elle a perdu son sourire et se mord la lèvre. Martine lui sourit sadiquement et Root sent quelque chose de très mauvais lui arriver dans la figure à la vitesse d'un boomerang.

- Eh oui, reprend la rousse en se tournant à nouveau vers elle pour lui montrer avec un sourire victorieux la seringue qu'elle tient, n'importe quoi pour une dose de cocaïne.

Sameen fronce le sourcils. Root ne lui avait jamais dit qu'elle avait été une junkie, ni une prostituée d'ailleurs. En même temps elle ne lui avait jamais demandé ce qu'il s'était passé entre sa fuite de Kermit à douze ans et son entrée au service de Artov à seize ans. Elle savait juste que ça avait dû être une sale période de sa vie dont elle détestait parlé. Et ça, Sam le respectait mieux que quiconque. Root ne lui avoué qu'une chose sur ce moment de sa vie, la perte de son enfant à Denver à quatorze ans. "Andrea ne devait pas savoir une telle chose" pensa-t-elle.

Root lâche un soupir de terreur qu'elle n'a pas pu refreiner et recule avant de se faire saisir par deux agents de Samaritain qui la tiennent fermement pour l'empêcher d'aller plus loin. Elle se raidit tel un morceau de bois. Elle regarde sans pouvoir rien faire la rousse s'approcher lentement d'elle, une lueur de bonheur extrême dans les yeux. Root lui jette un regard où se mêlent la peur et la haine. La rousse enfonce l'aiguille et la vide dans ses veines. Root lâche un cri étouffé avant de se détendre brusquement, emportée loin très loin. La vache, son corps se souvient si bien de cette merde alors même qu'elle n'y a plus touché depuis quinze ans. La pute a mis une sacré dose car elle plane complètement. Dans le noir où elle voit des immenses papillons multicolores voler autour d'elle et exploser en flamme, Root ne se rend pas compte qu'on la sort de la pièce. Elle n'entend pas non plus sa fille qui l'appelle terrorisée. Sameen est lâchée et elle prend doucement Louisa dans ses bras. Elles restent seules quand la porte se ferme. Et Sam sait que la suite va être dur pour Root. Elle repense à ce qu'elle lui a crié tout à l'heure et elle doit bien avouer qu'elle a raison. Elle se gifle mentalement de s'être montrée si faible, si pathétique. C'est Root qui avait raison. Il ne fallait pas baisser les bras et les laisser gagner. Il fallait sortir d'ici. Et vite avant qu'ils ne grillent le cerveau de Root avec leur merde, avant que Louisa ne soit plus que larme et désespoir, et avant qu'elle-même ne bascule définitivement dans la folie.

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Andrea attend calmement assise devant le micro. Ils avaient décidément du bon matériel ici, chose qu'en tant que hacheuse elle appréciait. Elle entend sa respiration saccadée, ses hurlements et elle sourit. Elle se lève et caresse du bout des doigts le couvercle en bois massif du cercueil où elle l'a enfermée il y a quelques instants.

Elle l'avait laissée délirer plusieurs heures. Puis quand elle avait senti les effets se dissiper, elle l'avait fait grimper dans la boite. Martine avait éclaté de rire car Root était tellement défoncée qu'elle n'avait pas résisté, elle s'était même marrée comme une débile profonde en s'allongeant de son plein gré avant que la rousse et elle ne referment le couvercle et ne le vissent.

La blonde appréciait le spectacle et devait bien avouer que la rousse était intéressante dans le choix de ses méthodes. Elle lui avait demandé pourquoi un cercueil et la rousse lui avait expliqué que c'était l'une de ses pires angoisses, une sorte de punition subie gamine et qui l'avait traumatisée bien plus qu'elle ne voulait l'avouer. Pourtant Martine détestait Andrea et son petit air supérieur. Mais elle s'en fichait pour l'instant du moins. Greer lavait attrapé dans le couloir quand ils avaient emmené Root. Il avait souri devant son air et avait compris sa vexation à ne pas pouvoir s'occuper elle-même du cas Groves. Il lui avait alors précisé que l'utilité d'Andrea était limité dans le temps et il lui avait demandé si elle pourrait s'occuper de ce problème quand la rousse en aurait fini avec Root. La blonde n'avait pas pu retenir sa joie à cette nouvelle, et sachant cela à cet instant elle prend sur elle.

A l'intérieur, Root hurle et frappe comme une dératée. Elle tente de se souvenir de ce qu'il s'est passé et soudain tout lui revient. Andrea est vivante, Andrea que Samaritain a engagé pour la briser en petits morceaux qu'il recollera ensuite. Elle se souvient de l'injection de drogue et comme une évidence elle fait le lien avec son état actuel. Si cette merde a été éliminé de son organisme, Root en ressent immédiatement les effets. Elle respire trop vite, transpire abondamment, son nez la démange et sa tête va exploser. C'est pour ça qu'elle a tant l'impression de manquer d'air. En fait elle est en manque tout court. Elle n'aurait pas cru un jour pouvoir replonger et surtout que ce serait si facile. Une injection, une seule, et son corps redevenait accro à cette cochonnerie.

Root s'est raidie en entendant la voix d'Andrea se moquer d'elle. Elle est là tout près. Root entre dans une véritable crise de panique et s'arrache douloureusement les ongles dans le bois pour arracher ce microphone, puis elle renonce. Elle ne parvient pas à refouler le souvenir de ses neuf ans. Elle ferme les yeux. Elle se met à pleurer alors qu'elle entend Hanna l'appeler. Hanna qui est enfermée pas loin, tout comme elle. Hanna qui va mourir. Non elle la sauvera cette fois.

- HANNA, hurle-t-elle.

Martine hausse les sourcils et se tourne vers Andrea.

- C'est qui celle là ?

La rousse lui sourit énigmatiquement ce qui agace la blonde. Elle se promet de la foutre dans le cercueil pour la faire étouffer si elle ne lui répond pas.

- C'était sa meilleure amie enfant, lui explique-t-elle. Ils l'ont tuée là bas dans la secte où elle a grandi.

- Qu'est ce qu'elle a subi là bas au juste ? demande Martine en pointant le cercueil.

- Oh, murmure Andrea d'un vague geste de la main sur le même ton que si elle parlait de la pluie et du beau temps. Des tortures en tout genre, brûlures, coupures, enfermement, coups et viol. Ils ont aussi tué sa mère.

Elle semble presque ennuyée de devoir lui expliquer tout ça et la prend de haut. Martine lui sourit pourtant. Elle se promet de ne pas la louper. De toute façon elle ne loupe jamais son coup. En attendant elle note bien soigneusement tout ce qu'elle apprend sur la grande brune. Ça lui servira pour après que la rousse les aura quitté.

Andrea se tourne à nouveau vers son micro sachant que Root l'entend très bien.

- Bon Samantha, on n'a pas beaucoup de temps.

Elle s'arrête et éclate de rire. Elle prend la subite décision d'entrer dans son délire.

- Enfin tu n'as pas beaucoup de temps et Hanna non plus. Vous allez mourir asphyxiées.

Elle attend une minute et sent Root remuer dans sa boite. Elle s'approche et pose l'oreille sur le bois du couvercle.

- LAISSE MOI SORTIR, hurle soudain Root en rage.

Andrea sursaute et recule vivement, faisant sourire Martine. Root se remet à frapper et à hurler de rage. Elle est brutalement revenue sur terre. Elle s'est souvenue qu'elle n'a pas neuf ans et que Hanna est morte depuis longtemps. Ce n'est pas Hanna qu'elle doit sauver c'est Louisa, Sameen et la Machine, et elle-même si elle le peut.

Andrea se reprend vivement et s'assoit sur le couvercle. Elle tape trois fois fortement dessus et Root s'immobilise. Elle n'est donc pas enterrée, triste consolation.

- Promis je te laisse sortir, lui dit Andrea. Mais avant tu vas nous donner le numéro du compte. Apparemment tu leur as piqué un tas de pognon.

Elle lâche un rire.

- Les vieilles habitudes ont la vie dure.

Mais personne ne lui répond. Andrea fronce les sourcils sans perdre son sourire.

- Samantha, l'appelle-t-elle.

Un violent coup lui répond et Andrea secoue la tête en riant.

- Je peux t'amener ta fille si tu te sens seule hum ?

Root se pétrifie sur place à l'entente de sa menace. Elle imagine Louisa seule dans le noir s'asphyxiant lentement. Et là l'interface étouffe pour de bon. Elle sait pour l'avoir vécue enfant que l'on ne se remet pas d'un tel truc. Elle-même avait juste fait semblant de s'en remettre. Ça détruirait sa fille, bien plus que ce que Martine et Lambert ne lui avait infligé jusque là.

- Je vais la chercher alors, ajoute Andrea.

Root ferme brusquement les yeux.

- quatre, sept, neuf, trois, deux, onze, huit, lâche-t-elle.

Elle lâche un soupir mais elle sait qu'elle n'a pas le choix. Elle se fout autant que eux de cet argent. C'était juste le symbole de sa résistance. Elle leur avait volé sous leur nez, l'avait planqué. Ne pas leur rendre était un doigt d'honneur à la figure de Samaritain. Et là elle venait de céder, de lui céder. Mais si c'était pour éviter que Louisa ne subisse l'enfer qu'elle avait elle-même vécue enfant … Une telle possibilité n'avait juste pas été envisageable pour elle.

Et elle attend.

- Merci Samantha, murmure Andrea aux anges.

Root se tétanise. Et si elle ne la faisait pas sortir …

- EH, hurle-t-elle face au silence en redonnant un coup sec sur le couvercle.

Elle entend brusquement un bruit de perceuse et le couvercle s'ouvre. Elle se précipite aussi vite qu'elle le peut dehors et s'effondre au sol incapable de rester debout. Elle s'éloigne le plus possible et le plus vite possible de ce truc de cauchemar. A quatre pattes au sol, elle reprend difficilement sa respiration. Les effets du manque la font trembler violement de froid et de douleur, son cœur bat trop vite et elle respire mal. Elle va crever. Elle les entend échanger ou plutôt s'engueuler, mais elle est incapable de se relever. Elle tente de les regarder mais tout est flou comme dans un horrible manège d'horreur qui tourne trop vite. Elle prend juste vaguement conscience qu'elle est dans une pièce et qu'elles sont là deux formes floues.

- Et voilà, murmure victorieusement Andrea à Martine.

- Bravo, réplique celle-ci furieuse qu'elle ait si facilement réussi.

- Quoi ? l'interpelle Andrea qui a remarqué son ton.

- Maintenant c'est juste une junkie, réplique Martine sur un ton de reproche.

- On m'a demandé de la faire parler … peu importe les méthodes.

- Oui, mais elle devait rester opérationnelle. C'était primordiale.

- Et elle le sera, réplique la rousse.

Martine lui lâche un rire moqueur. Elle jette un regard qui oscille entre l'amusement de le dégoût à Root toujours à terre.

- Vraiment ? On dirait plutôt qu'elle va crever là.

- Bien sûr que non, réplique la rousse d'un ton supérieur.

Elle marque une courte pause. Martine et elle se dévisagent agacées.

- Vous avez de la méthadone et de l'ibogaïne je suppose ? ajoute-t-elle.

- Encore une drogue, fait mine de s'extasier la blonde furieuse. On ne doit pas lui ramollir le cerveau ce sont les ordres. Elle doit être intacte pour quand je m'occuperais d'elle et vous, vous allez …

- C'est moi qui m'occupe d'elle, la coupe Andrea. Et cela que ça vous plaise ou non. Vous êtes venus me chercher pour ça il me semble.

Martine ne réplique rien, trop furieuse que cette rouquine ait le dernier mot. Toutes deux se tournent vivement vers Root qui vient de vomir au sol. La grande brune les observe secouée de tremblement et de gémissements de douleur incontrôlables. Elle sent ses entrailles se tordre de douleur, comme si on les lui arrachait et elle hurle longuement.

- Alors vous allez m'en chercher ou quoi ? aboie Andrea à la blonde.

Cette dernière se retient de lui mettre son poing dans la figure et sort réclamer ce dont elle a besoin. Andrea s'approche lentement de Root. Cette dernière lui envoie un regard de haine pour répondre à son sourire. Andrea s'agenouille à côté d'elle et lui caresse doucement le visage comme elle le faisait quand Root la considérait comme une mère. Aujourd'hui une telle pensée la révulse. Andrea l'avait manipulée mais pourtant depuis toutes ces années, Root avait espéré que tout n'avait pas été faux. Elle tremble toujours violemment et lâche de terribles gémissement de douleur.

- Chut lui murmure la rousse. Ça va aller.

Root la dévisage furieuse et serre les dents pour étouffer ses gémissements de douleur.

- C'est bien, l'encourage-t-elle.

Elle lui lâche un cri rageur qui fait rire la rousse.

- Ça avait été comme ça la première fois tu te souviens.

- Pourquoi ? murmure Root difficilement entre deux gémissements de douleur.

Andrea hausse les sourcils de surprise. Elle s'apprête à lui répondre quand la porte s'ouvre. Martine est revenue et elle n'est pas seule, Lambert est là. La blonde jette de rage à la rouquine ce qu'elle lui a demandé et s'éloigne s'appuyer comme son comparse contre le mur pour les observer. Andrea ne leur accorde aucune attention et reste concentrée sur Root qui finit par reporter son attention sur elle.

- Tu peux préciser Samantha ? demande Andrea amusée. Pourquoi quoi ?

- Pourquoi m'as-tu choisi moi ? demande rageusement Root. Et la vérité Andrea !

Andrea rit doucement en secouant la tête.

- Le trafic des dealers que tu as plumé à douze ans. On n'arrivait pas à trouver ce foutu compte. Il nous fallait une solution. La clé c'était Kroven, le minable petit transporteur du groupe. Mais pour débusquer l'oiseau en question, il nous fallait quelqu'un de vraiment motivé. Et on a repéré une certaine gamine qui le surveiller elle aussi. Et on l'a laissée faire le sale boulot pour nous. Ça m'amusait un peu je t'avoue.

Root la dévisage alors qu'Andrea se fout d'elle.

- Tu m'as manipulée, réalise la grande brune comprenant soudain que sa vie a été encore plus pourrie par le mensonge qu'elle ne le pensait. Bien avant que je ne te rencontre, tu m'as manipulée.

Andrea lui sourit de plus belle et lui envoie un pouce victorieux moqueur comme pour la féliciter de sa soudaine compréhension.

- J'avais aucune chance, réalise Root effondrée.

Elle aurait forcément fini chez Artov comme meurtrière. Andrea s'adosse au mur à côté d'elle et tourne la tête vers elle.

- Mmh, se moque-t-elle. Aucune.

Elle marque une pause et parait soudain songeuse.

- Mais j'avais pas prévu que tu prendrais l'argent. Je pensais que tu voudrais juste ta petite vengeance. Parce que j'ai tout de suite compris que c'était ça ta motivation : la vengeance. J'étais furieuse. Me faire doubler par une gamine de douze ans.

Elle lâche un long et bruyant soupir avant d'attraper une seringue et une ampoule de méthadone pour al remplir. Root est incapable de bouger et de toute façon ce truc va lui faire du bien. Andrea lève la seringue et l'approche de son bras.

- Et puis je tai engagé, continue-t-elle en lui injectant le produit. J'avais pensé à te tuer et puis j'ai réalisé que tu pourrais être utile mais bon …

Root respire soudainement mieux, la méthadone l'endort et elle sait que ce médicament n'aura qu'un effet bénéfique. Pourtant elle appréhende la suite.

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Sameen tourne en rond tel un lion en cage, Louisa l'observant assise par terre. Elles avaient été déplacées dans cette pièce aux murs de pierre que la petite connaissait si bien maintenant. Ça faisait trois jours maintenant que Root avait disparu des radars. Personne, hormis pour un plateau repas minable, n'était venue. Et vu comment Sameen avait maqué de peu de le tuer personne ne reviendrait de sitôt. C'était un soulagement d'une part pour le fait de ne pas ressentir de torture physique, mais c'était une véritable torture psychologique. Elle avait forcé Louisa à dormir un peu mais elle n'avait pas réussi du tout. La gamine était persécutée par des cauchemar et appelait sa mère en hurlant dans son sommeil. Une fois réveillée, Sameen mettait un temps fou à la calmer.

La porte s'ouvre soudain et Sam est prête à bondir. Mais Lambert l'arrête net en pointant le canon de son arme sur le front de Louisa.

- Ne fais pas de bêtise Shaw, lui murmure-t-il, ou c'est la gamine qui trinque, tu te souviens ?

Sameen s'immobilise et se place entre lui et Louisa. Lambert sourit.

- Viens avec moi, lui murmure-t-il.

Mais Sam refuse de bouger. Pas question qu'elle laisse Louisa toute seule. Lambert s'amuse un instant.

- Ne rends pas les choses plus compliquées veux tu ? Il ne lui arrivera rien, ajoute-t-il en pointant Louisa.

Mais Sameen ne bouge pas et le regarde avec un sourire moqueur, furieuse.

- Je t'emmène voir Root, lui précise soudain Lambert avec un sourire. Et je te conseille de te dépêcher dans son intérêt. C'est urgent.

Sameen en perd son sourire, l'inquiétude se lisant instantanément au fond de ses yeux. Elle se tourne vers Lou qui est devenue pâle.

- Vas-y, lui dit la gamine.

Sameen se mord la lèvre et se décide à suivre Lambert. Il la fait entrer quelques secondes plus tard dans une pièce qu'elle ne connait pas. Il referme la porte derrière elle. Sameen s'est figée face à la scène. Root est inconsciente, attachée par les poignées et les chevilles à une chaise. Des tas d'électrodes sont posées sur sa tête et son thorax et reliés à des machines qui vérifient ses constantes cardiaques, respiratoires … Andrea et Martine sont en face d'elle. Et sans réfléchir Sameen se rue sur elles pour les tuer, pour les empêcher de la toucher, mais Lambert la retient et la plaque au sol dans une clé de bras.

- QU'EST-CE QUE VOUS LUI AVEZ FAIT PUTAIN ? hurle-t-elle.

Martine s'approche d'elle ravie.

- Je t'avais dit que tu ne manquerais pas le spectacle ma chérie.

Sameen se débat contre Lambert. Elle finit par cesser et se force à se calmer en respirant profondément.

- Vous lui avez injecté quelle merde cette fois ? demande-t-elle sans regarder personne.

- Méthadone et ibogaïne, l'informe Andrea.

Sameen fronce les sourcils. Les deux sont interdits, mais assez efficaces.

- Pour traiter le manque, murmure-t-elle surtout pour elle même. Mais la méthadone suffirait amplement.

- Mais l'ibogaïne est plus puissante et la fera décrocher plus vite. Et surtout elle a un effet secondaire qui …

- … force le patient à revivre ses peurs les plus profondes et les événements traumatisants de sa vie, la coupe Sameen.

- Exact, confirme la rouquine.

Sam fronce les sourcils. Pourquoi faire ça ? Pourquoi était-elle ici ? Et depuis combien de temps Root était dans cet état de rêve, ou plutôt de cauchemar, éveillé ?

- Pourquoi faire ça ? demande Sameen sincèrement paumée sur ce coup là. Cette garce d'Andrea a déjà dû vous dire tout ce qu'elle sait sur Root. Qu'est ce que vous lui voulez de plus ?

- Samaritain veut des détails, lui dit juste Lambert.

"Quel salop" enrage Sameen. Ce truc se fichait des détails s'il avait déjà les informations. Ils voulait juste l'obliger à revivre le pire dans sa vie pour la briser.

- Et je suis là parce que … demande-t-elle.

- Ça fait trois jours et on n'y arrive pas, l'informe Martine.

- Trois jours qu'elle est comme ça ! enrage Sameen.

Martine hausse les sourcils.

- Son activité cérébrale est correcte, l'informe Andrea.

Sameen lâche un rire sans joie, mais est tout de même rassurée.

- Oh bah c'est génial alors, s'écrie-t-elle hors d'elle.

Si Lambert ne l'avait pas plaquée au sol elle les tuerait.

- Elle a déjà fait deux arrêts cardiaques, continue Martine en ignorant sa dernière remarque. Et Samaritain indique que le risque d'un nouvel arrêt est de 87.36%. Et celui-ci risque de lui être fatal à 75.4%, ce qui, à ses yeux, est un grand inconvénient.

Elle marque une pause.

- Mais, reprend-t-elle joyeusement, le test sera tout de même mené. Il faut juste minimiser les risques et nous avons besoin d'un professionnel pour les dosages. Un médecin en somme.

Sameen ouvre grand les yeux sous l'effet du choc. Elle percute avec la vitesse et la violence d'un avion qui se crache sur le sol, le fait qu'ils l'ont trainée ici pour torturer Root.

- Moi ? s'exclame-t-elle. Vous êtes dingue. JE FERAIS JAMAIS UN TRUC PAREIL, hurle-t-elle en se débattant à nouveau de plus belle sous Lambert.

- Dans ce cas on continuera sans ton aide, murmure Martine, mais tu resteras ici et tu regarderas la ligne s'afficher sur l'écran quand son cœur s'arrêtera et tu sauras que c'est de ta faute. Tu iras l'expliquer à sa fille.

Sameen s'immobilise soudainement. Lambert sourit à la blonde et la lâche au bout de quelques minutes. Sam se relève lentement et s'approche de Root. Elle lui passe une main sur le visage. Elle est pâle et transpire abondamment, elle respire bruyamment aussi. Sameen vérifie ses constantes.

- Combien ?, murmure-t-elle furieusement entre ses dents sans quitter Root du regard.

- Pardon, murmure Andrea.

Sameen se lève d'un bond et Lambert sort son arme mais elle s'en fiche. Elle ne se concentre que sur la rouquine.

- Je te demande combien, répète-t-elle enragée. Combien de dose tu lui as administrée pétasse ? Et il me faut aussi le nom de chaque merde qui tu lui as donnée.

Andrea la dévisage sans réagir. Pour le coup elle flippe vraiment. Sameen s'approche de deux pas d'elle.

- Je te conseille de me répondre tout de suite, la menace-t-elle froidement, ou c'est pas les deux abrutis derrière moi qui pourront m'arrêter pour ce que je vais te faire.

La rousse déglutit.

- En trois jours 45 doses de 100ml de méthadone et autant pour l'ibogaïne.

Sameen la regarde froidement, comme assommée. Elle acquiesce lentement et brusquement sans prévenir elle met son poing dans la figure de la rousse qui s'effondre au sol en gémissant, le nez explosé.

Lambert la plaque au mur mais Sam n'amorce aucun mouvement pour se défendre, elle affiche un immense sourire satisfait et se tourne vers Martine.

- Tu avais au moins raison sur un point, lui murmure-t-elle.

Martine hausse les sourcils, franchement amusé.

- La douleur peut être libératrice.

Lambert la lâche et elle se dégage pour revenir vers Root. La rousse se relève en tenant toujours son nez en sang.

- T'es qu'une saloperie, crache-t-elle à Sameen

Sam ne lève même pas la tête vers elle, trop occupée à ausculter Root.

- Oh vraiment, lui répond-t-elle pourtant, de mon point de vue c'est toi qui est une belle saloperie.

Elle marque une pause en écoutant le cœur de Root dans le stéthoscope. Elle secoue la tête, contrariée.

Elle observe le matériel à sa disposition et s'en approche pour fouiller sur la table. Mais Martine l'arrête d'un geste et lui saisit son bras cassé.

- Tu ne touches à rien, lui dit-elle joyeusement.

Sameen la regarde de haut, serrant les dents malgré la douleur.

- Et je fais comment pour m'occuper d'elle si je ne peux toucher à rien ?

Martine lu sourit et Shaw dégage son bras de son emprise.

- Il va me falloir de l'esmolol, 15 ml, l'informe-t-elle.

Martine se tourne vers la table et lui prépare la seringue avant de lui tendre. Sameen vérifie le dosage mais refuse de l'injecter. Elle n'a aucune confiance

- Il y a quoi là dedans ?

- De l'esmolol, répond la blonde amusée.

- Tu penses peut être que je vais te croire, lui crache Shaw

- Fais comme tu veux, lui répond Martine. Mais si tu refuses je lui injecterais moi-même.

Sameen la fusille encore cinq secondes du regard avant d'obtempérer.

- Ça va aller, murmure-t-elle à Root en lui injectant le produit.

Elle attend quelques secondes et est soulagée de voir son cœur revenir à un rythme plus régulier. La blonde ne lui a pas menti.

- Ibogaïne, réclame-t-elle à contre cœur, 5 ml.

Martine lui tend une nouvelle seringue et Shaw l'injecte en se sentant monstrueuse. Mais elle n'a pas le choix, mais elle est certaine de ne pas la tuer elle au moins.

Root ouvre brusquement les yeux au moment où Shaw entend la porte s'ouvrir et se refermer. Elle ne sait pas qui est entré et elle s'en fiche elle ne quitte pas Root des yeux. Sameen sait qu'elle ne la voit pas. Tout un monde se construit dans sa tête, un monde qu'elle a désespérément essayé de fuir. Cependant elle l'entend.

- Root, l'appelle-t-elle doucement, tu m'entends ?

L'interface ferme lentement les yeux et acquiesce.

- D'accord, murmure Sam.

Elle jette un œil à ses constantes et aperçoit Greer appuyé contre le mur. Elle l'ignore superbement.

- Où es-tu ? lui demande-t-elle

Root secoue la tête, elle a peur. Sameen lui serre inconsciemment la main.

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Katarina entre dans la chambre de sa fille et Samantha relève vivement la tête lâchant le crayon avec lequel elle dessinait. Sa mère fonce sur elle terrifiée et l'attrape pars le bras.

- Viens, dit-elle en la trainant dans le couloir.

Samantha l'entend hurler en bas des escaliers qu'il monte avec la délicatesse d'un éléphant. Et elle regarde sa mère terrifiée.

- Vite Samantha, l'exhorte-t-elle.

Elle entre dans sa chambre et ouvre l'armoire d'un geste sec. Elle se tourne vers sa fille la prend dans ses bras et la pose dedans.

- Reste là, lui dit-elle. Quoiqu'il arrive tu ne bouges pas.

Samantha secoue la tête mais sa mère a déjà fermé la porte. Elle s'accroupie et plaque les mains sur ses oreilles alors qu'elle l'entend hurler. Mais elle entend une autre personne lui parler, une voix rassurante.

- Où es tu ? lui demande-t-elle

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- Le placard de la chambre, répond Root.

Sameen fronce les sourcils. Elle ne comprend rien, mais tant pis elle veut en finir au plus vite.

- Pourquoi ? lui demande-t-elle.

- Maman m'a cachée. Je ne dois pas bouger

Sameen réfléchit une minute. Root est clairement replongée quelque part dans son enfance, sans grand étonnement.

- Quel âge as-tu Samantha ?

- Six ans, répond Root.

Elle se met à gémir doucement de terreur.

- Je veux pas être là, dit-elle en se débattant contre ses liens.

Sameen ne veut pas entrer dans leur jeu. Mais en lui parlant elle la rassure. C'est mieux que ce soit elle plutôt qu'une de ces quatre raclures.

- Qu'est ce qui se passe ? lui demande-t-elle

- Il lui fait du mal, pleure Root telle une petite fille.

- Qui ? demande Shaw.

- Mon beau père. Il hurle

Sameen hausse les sourcils. Root ne lui en avait jamais parlé. Il fallait croire qu'elle aussi, elle allait en apprendre des choses.

- Qu'est ce qu'il dit ?

- Où EST-ELLE ? hurle soudain Root pour lui répondre.

Sam est surprise de sa soudaine réaction mais elle ne dit rien. Elle ne peut rien faire. Root hurle et se débat contre des fantômes.

- JE NE VEUX PAS ÊTRE ICI, hurle-t-elle.

Sameen lui encadre le visage de ses deux mains.

- Tout va bien, murmure Shaw. Si tu veux être ailleurs, tu peux.

Root respire trop vite.

- Comment ? murmure-t-elle tout bas.

Sam est surprise de son soudain changement de ton. On est passé du hurlement au chuchotement.

- Concentre toi ! Tu vas trouver.

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Root relève la tête.

- Concentre toi ! Tu vas trouver, lui dit la voix.

Elle regarde autour d'elle et se met à ramper à quatre pattes dans la penderie et plus elle avance, moins elle l'entend et ça l'apaise. Elle ressort de sous une voiture et elle fronce les sourcils en découvrant un garage vide. Elle a subitement grandi et grossi. Elle voit un garçon la regardait avec mépris et partir en fermant la porte à clé.

- NON, hurle-t-elle en courant vers la porte.

Elle frappe le métal de ses deux mains.

- VLADI, OUVRE CETTE PORTE ! le supplie-t-elle

Elle s'arrête soudain et tombe à terre en hurlant alors qu'elle ressent une violente douleur au ventre. Elle saigne et a mal à en crever.

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- NE ME LAISSE PAS, hurle Root.

Sameen ne sait pas ce qu'il s'est passé. Elle hurle et se débat tellement que le sang coule de ses poignées attachés.

- Samantha?

- Je m'appelle Root est ce que c'est clair ? lui crache Root

Sameen lui lâche le visage et hausse les sourcils.

- Ah oui très clair, rigole-t-elle. Quel âge as-tu ?

- QU'EST-CE QUE CA PEUT TE FOUTRE CONNASSE ?

- Sympa, grommelle Shaw en souriant franchement.

Elle ne lui en veut pas. Root n'est clairement pas dans son état normal. Elle a peur et est seule dans sa tête face à un cauchemar qui lui parait tout ce qu'il y a de plus réel. Comme elle durant les simulations.

- QUI ES-TU ? lui hurle Root.

Shaw pince les lèvres. La Root qui lui parle ne la connait pas, elle doit être prudente.

- Une amie, lui propose-t-elle. Je crois que tu en as besoin là tout de suite.

- JE N'AI PAS D'AMI, lui réplique-t-elle enragée.

- Ouais avant, murmure Shaw pour elle-même.

Elle non plus, elle n'en avait pas et ça ne lui avait jamais manqué. Mais elle avait découvert tout comme l'amour. Elle s'était toujours défendu d'avoir une quelconque sorte d'attachement, mais c'était arrivé et à son grand étonnement elle avait apprécié. Ça lui manquait tellement depuis sept mois.

Root pousse un cri de douleur qui ramène brutalement Shaw sur terre.

- Qu'est ce qui se passe ?

- Argh, j'ai mal, gémit Root en serrant les dents.

- Où ça ?

- AU VENTRE, hurle Root.

Shaw percute immédiatement. Elle sait où est Root. Elle parle à l'adolescente de 14 ans qui est en train d'accoucher seule. Pas étonnant qu'elle soit exécrable.

- Si tu es une amie, appelles une ambulance, la supplie-t-elle.

Elle hurle de douleur de plus belle. Shaw se mord la lèvre inférieure. Quoiqu'elle fasse Root va revivre la perte de son enfant. Elle est la seule à qui elle en a jamais parlé. Ils ne doivent pas savoir ça, Root ne le supporterait pas.

- ROOT, hurle soudain Shaw en lui attrapant de nouveau le visage. Root rien de tout ça n'est réel, c'est dans ta tête tu m'entends.

Martine la tire brusquement en arrière et la frappe violemment à son bras gauche. Shaw grogne de douleur en s'effondrant au sol. Elle étouffe un cri de douleur et se tient le bras.

- Pas de bêtise Sameen, lui murmure-t-elle. On peut continuer ?

Shaw lui lance un regard meurtrier. Martine soupire.

- Très bien, réplique-t-elle. C'est à vous Andrea.

- NON, hurle Sameen en se relevant.

Martine lui lance un regard intéressé, tandis que Sam lève les mains en signe de reddition

- Pas de bêtise, lui confirme-t-elle en lui crachant presque les mots au visage.

La blonde se pousse et Sam s'approche à nouveau de Root qui continue à crier de douleur. Elle se prend la tête dans les mains, se sachant pas quoi faire.

- Root, murmure-t-elle.

Elle hurle de plus belle.

- IL Y A DU SANG, hurle-t-elle. PARTOUT!

- Je sais, chuchote Shaw abattue.

Elle lui serre une main.

- Ça sera bientôt fini tu verras, lui promet-elle.

- AIDE MOI, la supplie Root.

Mais Shaw ne peut rien faire. Root finit par cesser de crier et de se tordre de douleur au bout d'un quart d'heure. Et elle se met à pleurer en répétant "Je suis désolée". Shaw en est malade de douleur. Elle se représente très bien la scène.

Puis l'ibogaïne cesse de faire effet. Epuisée, Root ouvre pourtant brusquement les yeux en reprenant conscience. Sa respiration terrifiée la trahit alors qu'elle vient de vivre un enfer.

- Sameen ? murmure-t-elle.

Shaw soupire de soulagement.

- Salut, lui dit-elle tristement.

Root fait le tour de la pièce du regard et lance un regard haineux aux quatre autres. Elle ferme les yeux et lâche un soupir où se mêlent colère, douleur et peine.

- Louisa ? demande-t-elle immédiatement.

- Elle va bien, lui murmure Shaw.

- Pour l'instant, complète Martine.

Root ouvre les yeux. Shaw ne l'a jamais vue ainsi.

- Ça va ? lui demande-t-elle.

- Hum, parvint à sourire Root. Génial.

Shaw détourne le regard un bref instant, consciente de la stupidité de sa question. Elle n'est dévidement pas douée pour ça. Elle reporte son attention sur ses constantes avant de regarder à nouveau Root qui a fermé les yeux sur le coup de la fatigue.

- Il t'obligent à revivre les épisodes traumatisants de ta vie, lui explique-t-elle. Ça dure depuis trois jours. Ils sont venu me chercher parce qu'ils avaient besoin d'un médecin pour les dosages et … Je … enfin bon … Tu avais déjà fait deux arrêts cardiaques, alors j'ai accepté quoi.

Elle est incapable de la regarder, elle se sent conne et maladroite. Mais elle sent le regard de Root sur elle et elle finit par se tourner vers elle. Root lui sourit largement. Elle n'a jamais entendu une déclaration aussi mignonne. Shaw avait accepté de faire ça pour qu'ils évitent de lui faire plus de mal, qu'ils évitent de la tuer.

- Vu qu'on est dans un asile, ça ne doit pas manquer de médecin ici. Tu sais pourquoi toi ?

Shaw a perçu le ton sarcastique de Root et lâche un léger sourire en coin.

- Surement pour que je me sente un peu plus concernée, ironise Sameen.

Root éclate de rire mais elle arrête vite, elle a trop mal. Au moins elle ne ressent plus les effets du manque. Un court silence s'installe.

- Samaritain t'oblige à revivre le pire de ce qui te soit arrivé, murmure Shaw.

Root acquiesce pensivement, les yeux rivés sur le plafond.

- On a tous un passé qui nous pèse, chuchote-t-elle pour elle-même.

Martine s'avance. Root et Shaw se tournent vers elle.

- On recommence, ordonne-t-elle sèchement.

Sam baisse les yeux et soupire légèrement.

- Eh, l'appelle Root, ça va aller je t'assure.

Shaw la regarde et lâche une moue faussement joyeuse. C'est un comble, elle la torture et c'est Root qui lui dit que ça va aller.

- Je préfère que ce soit toi, lui dit Root. Et je sais que tu n'as pas le choix

Et voilà, ça recommence elle la pardonne. Encore.

Root lui fait un clin d'œil aguicheur et Sam n'en revient pas de la voir flirter dans un tel moment. Elle est vraiment dingue.

- Il a l'air de bien m'aimer, murmure-t-elle sarcastiquement. Ne lui refusons pas ce plaisir.

Sameen hausse les sourcils et acquiesce.

- Il me faut encore 5 ml d'ibogaïne, murmure-t-elle sans quitter Root des yeux.

Celle-ci lui sourit jusqu'à ce que l'injection la plonge à nouveau dans l'irréel.

Elle respire soudain très vite.

- Qu'est ce qu'il se passe Root ?

- Je dois me sauver, ils vont m'attraper, lui répond-t-elle à bout de souffle.

- Qui ? demande Sam.

- Je ne suis pas une sorcière, lui dit-elle en colère.

Sameen fronce les sourcils. Où est Root cette fois ? Martine lui fait un signe de la main pour l'obliger à approfondir. Sam soupire. Root vient de parler d'une fuite, d'une histoire de sorcière, elle doit être revenue dans son enfance à Kermit.

- Je sais, murmure Shaw. Je sais que tu n'es pas une sorcière. Quel âge as-tu Samantha ?

Root lui montre quatre doigts. Elle a cessé de respirer vite. Sam attend quelques secondes alors qu'il ne se passe rien.

- Samant … l'appelle-t-elle.

- Non, dit Root en rage. Fais pas ça.

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Samantha a couru dans le bois alors qu'ils la poursuivaient en hurlant "Brûlons la sorcière.". Elle ouvre la porte d'une remise à outils et s'engouffre dedans pour se cacher, et elle se retrouve immédiatement dans son salon face à son beau père. Elle fait demi-tour pour repartir d'où elle vient et s'enfuir, sauf que la porte de la remise n'est plus là.

Elle se retourne et a brusquement grandi. Elle fait face à Kylan dont le sourire la pétrifie.

- Tu sais que Kroven m'a demandé de m'occuper de toi. Personnellement.

Et il l'empoigne avant de la jeter sur le canapé et de lui tomber de tout son poids dessus.

Root se met à le frapper, mais elle refuse de pleurer pour ce qu'il est en train de lui faire.

- Non. Fais pas ça, lui hurle-t-elle.

Mais elle sait que ça ne l'arrêtera pas.

- Qu'est ce qui se passe Samantha ? lui demande à nouveau la voix.

Et Root hurle de rage en se débattant de plus en plus fort.

- NE ME TOUCHES PAS ESPECE DE PORC, beugle-t-elle.

- Qui ? demande à nouveau la voix. A qui tu parles Root ?

Merde comment elle connait son nom secret. Il n'y a que Hanna qui sache. Peu importe, ça n'est pas le moment, si elle sait qu'elle est Root, c'est forcément une alliée.

- Mon beau père, crache-t-elle.

Elle se lève d'un bond quand il la lâche et elle fonce prendre un couteau à la cuisine. Trente secondes plus tard il gît dans son sang.

- Qu'est ce qui se passe ? demande à nouveau la voix.

- Il est mort, je l'ai tué, lui répond simplement Root.

Et elle lâche le couteau avant de pousser la porte de la cuisine pour s'enfuir. Sauf qu'elle ne se retrouve pas dehors comme elle le pensait mais dans la Bourse de New-York. Plus précisément dans un ascenseur alors qu'elle voit Sameen partir seule au milieu d'une fusillade.

- NON, hurle-t-elle.

- Quoi ? demande à nouveau la voix.

Elle semble fatiguée mais pas autant que Root qui ne comprend plus rien.

- C'est dingue, hurle-t-elle à celle-ci. Rien n'est à sa place. Me voilà à la Bourse maintenant.

- Alors ne sors pas de l'ascenseur, lui ordonne la voix.

Root s'arrête de frapper la grille alors qu'elle reconnait aussitôt qui lui parle.

- Sameen ? réalise-t-elle.

Mais Sameen est là devant elle en train de tirer sur une horde d'agents de Samaritain.

- Non ce n'est pas possible, murmure-t-elle en ne comprenant plus rien. Tu es là devant moi en train de mourir.

- Je ne suis pas morte Root, lui affirme la voix de Shaw.

Root déglutit et recule dans la cabine de l'ascenseur.

- On a dû me droguer, réalise-t-elle enfin.

Et soudain elle se souvient.

- Andrea, enrage-t-elle. Elle n'est pas morte. Samaritain se sert d'elle pour entrer dans ma tête.

- Oui, lui confirme tristement la voix de Sameen.

Root secoue la tête alors que la scène s'efface devant elle comme dans un brouillard.

- Je ne le laisserais pas faire, murmure-t-elle. Rien de tout ça n'est réel et je ne te laisserais pas faire.

Puis tout devient noir et elle sombre.

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Il n'est pas totalement déçu. Root lui a résisté farouchement et a fini par réaliser et comprendre ce qu'il se passait. Mais peu importe, elle avait revécu le pire dans sa vie. Il lui avait montré qu'il pouvait la manipuler, lui faire du mal, bien plus de mal que ce qu'elle croyait. Mais cette résistance … Tout comme Shaw, elle est forte. Mais tout comme Shaw elle lui cédera. Les simulations qu'il avait mis au point avec son atout Jeremy Lambert avaient permis de faire d'énormes progrès avec Sameen. Son point faible était les sentiments, qu'elle ressentait mais ne comprenait pas et surtout qu'elle ne maitrisait pas. Et toute méthode était acceptable pour les lui faire tous ressentir : la colère, le dégoût, l'amour même dans les simulations, la haine, la tristesse, la culpabilité. Pour Root c'était son passé son point faible, ce passé qu'elle tentait de cacher de tous, d'enfouir, de fuir.

Elles le fascinent toutes les deux. Leurs parcours dans la vie mais surtout cette force de caractère. Sameen Shaw avait été jugée digne d'intérêt dès le départ. Très résistante physiquement, loyale, courageuse. Il l'admirait depuis des mois à se dépatouiller de toutes les tortures qu'elle subissait pour protéger son équipe. Et puis il avait compris que c'était surtout Root qu'elle protégeait. Et il s'était vite intéressé à cette dernière. L'interface de sa pire ennemie, son alter ego, la Machine. Il l'aurait juste tuée au départ mais il s'était rendue compte de l'attachement qui l'unissait à Sameen. Il s'était alors penché sur son cas. Il avait jugé ses capacités très intéressantes, tout comme celle de Shaw. Mais pas dans le même sens. Root était dévouée corps et âme à la Machine. L'avoir ce serait la trouver Elle car une sorte d'affection qu'il ne comprenait pas les unissait. Et il voulait ça, ce lien si particulier. Il ne voulait pas juste une interface, ça il en avait déjà une. Non ce qu'il voulait c'était elle et cette chose qu'elle avait développé avec la Machine. Cette chose il la voulait avec elle, il voulait une personne qui lui serait dévouée non pas pour l'argent, ni pour un travail, mais par pure croyance, par plaisir, par envie. Il avait cru trouver cela en Claire Mahonet, mais elle s'était vite montrée décevante et pour finir avait été éliminée. Mais il savait aussi que tout comme Shaw elle ne se laisserait pas faire, qu'elle ne lui donnerait pas. Si Sameen l'impressionnait par sa capacité de résister physiquement à tout, il devait bien avouer que Root l'impressionner, désormais qu'il connaissait son passé, par sa capacité à résister psychologiquement. Elle avait traversé des tas d'événements horribles dans sa vie et aurait dû finir folle ou aurait dû se suicider, mais non elle était encore là vivante et même pleine de vie. C'était incroyable ce que les deux pouvaient être résistantes chacune à leur manière. Mais il fallait les briser toutes les deux et trouver la Machine pour la détruire. Ainsi elles n'auraient plus le choix et ramperaient. Elles lui obéiraient.

S'il les avait, il serait invincible. Il les veut et il se jure de les avoir. Shaw n'est pas très loin d'être à lui, de craquer définitivement et il le sait. Mais pour Root ce sera plus difficile. Cependant il y a sa fille. Tant qu'elle est vivante, il aura un moyen de pression. Sauf qu'il ne veut pas la contraindre, il veut que ça vienne d'elle. Il sait que s'il tue Louisa, Root ne lui pardonnera jamais. Il devait donc blesser mais pas tuer. Juste briser. Et il ne faisait que commencer.

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Root se réveille dans un lit. Elle se retourne et se retrouve dans les bras de sa fille qui s'est pelotonnée contre elle. Morte d'inquiétude depuis maintenant cinq jours, elle avait fini par s'endormir. Root la serre doucement et ouvre ses yeux. Elle se lève et voit Sameen l'observer appuyée contre le mur de la pièce. L'interface fronce les sourcils. Elle se souvient tout à coup de tout et croit comprendre la réaction de Shaw. Cette dernière ressent la culpabilité avec la violence d'un tsunami. Root lui envoie un magnifique sourire et Shaw baisse les yeux, honteuse.

Root refreine un rire et s'approche doucement d'elle en secouant la tête amusée. Elle lui caresse le visage et Sam lève les yeux pour lire toute la tendresse dont elle a manqué depuis si longtemps. Elle la serre brusquement dans ses bras en se contrefichant qu'Il les observe. De toute façon Il sait. Root est surprise mais la laisse faire, répondant même à son étreinte.

- depuis combien de temps on est ici ? demande Root en se redressant et en indiquant la pièce d'un signe de tête.

- Ça fait une journée, lui répond Sameen. Je comprend pas pourquoi Il nous laisse ensemble mais je ne vais pas m'en plaindre.

- Peut-être que Samaritain veut nous montrer sa gentillesse, ironise Root.

Sameen lève les yeux au ciel. Elles se séparent subitement quand la porte s'ouvre. Louisa sort du lit à la vitesse d'un boulet de canon et se réfugie dans un coin de la pièce, totalement effrayée de l'entrée des quatre personnes qu'elle déteste désormais le plus au monde.

Andrea lui jette un regard venimeux et se tourne vers Root.

- C'était très sympa, lui murmure-t-elle ravie.

Root hausse un sourcil.

- Qu'est ce que tu veux ? lui demande-t-elle sans préambule.

- Te dire au revoir, j'en ai fini avec toi.

Root éclate de rire.

- Tu n'en auras jamais fini avec moi Andrea, lui réplique-t-elle.

Ça c'est sûr, elle n'allait pas la louper quand elle sortirait d'ici. La rousse hausse les sourcils et laisse un immense sourire s'étaler sur son visage. Puis elle s'avance vers Root, un profond mépris dans les yeux. Elle regarde successivement Root, Sameen et Louisa. Elle sort alors une arme et la pointe droit vers Root. Louisa glisse doucement au sol en pleurant et Sameen amorce un geste pour se mettre entre la rouquine et la femme qu'elle aime. Mais Root l'arrête d'un geste. Elle n'a pas bougé, juste ouvert la bouche de surprise. Elle ne se rend compte que peu à peu de la situation. Ils ont eu ce qu'ils voulaient donc maintenant … Ou pas, elle ne sait pas. Pour le coup Root a vraiment peur. Elle n'est sûre de rien avec Andrea. Ça peut être du bluff comme ça peut ne pas l'être. Elle va devoir prendre une décision et vite.

- Et maintenant tu vas me tuer ? lui demande-t-elle angoissée.

- J'aurais dû le faire depuis longtemps, réplique Andrea très sérieusement. Mais mon dieu comme je regrette de ne pas t'avoir tuée quand je t'ai ramassée à San Diego. Mais non il a fallu que j'ai pitié de toi, que je veuille te trouver une utilité.

Elle lâche un rire mauvais.

- Ouais, ben quand je vois ce que tu es devenue aujourd'hui. Je le regrette d'autant plus.

Root hausse les sourcils.

- Ce que je suis devenue ? répète-t-elle.

Andrea lui sourit de nouveau en acquiesçant.

- La plus ordinaire des femmes, lui crache-t-elle.

Root lui sourit largement.

- Je considère que c'est un compliment.

Elle lève les mains en signe de reddition et avance d'un pas vers Andrea très calmement.

- Ben vas y tire lui dit-elle.

- Root, murmure Sameen angoissée.

Mais Root lui fait signe de se taire. Elle sait ce qu'elle fait. Après tout, même si c'est dur de se l'avouer, cette pétasse lui a tout appris. Elle est désormais en face d'Andrea et elle met la main sur l'arme qu'elle tient déstabilisant totalement la rousse qui ne bouge pas.

- Tu veux peut-être que je t'aide, lui propose Root.

Elle pose le doigt sur la gâchette avec le sien et elle appuie sans une once de peur. Le cliquetis sonne dans le vide. L'arme n'est pas chargée et Root le sait. Andrea avait fait le même coup à un type pour le faire parler. Elle l'avait menacé d'une arme non chargée dont le gars s'était ensuite emparée, mais elle était vide.

Root recule et s'éloigne d'elle franchement amusée

- Je te confirme c'était très sympa. Mais tu ne peux plus rien faire contre moi.

Furieuse, Andrea attrape une seconde arme et tire à deux centimètres au dessus de la tête de Lou qui hurle. Root s'immobilise face à la rousse. Elle ne rit plus pour le coup. Elle sait qu'Andrea n'a pas manqué son tir. C'est un rappel à l'ordre.

- Je peux te prendre ta fille, murmure-t-elle. Lui faire du mal puis la tuer. Je suis sûre qu'ils me la laisseraient. La blonde a pas l'air de la supporter

Martine hausse brièvement les sourcils comme pour confirmer. Root prend immédiatement peur mais n'en montre rien. Elle s'avance d'un pas vers Andrea, tandis que Sameen se déplace et fait écran entre la rousse et la petite.

- Tu préfères que je lui mette une balle dans la tête, continue Andrea, ou que je la pende comme ce tendre et cher Jimmy.

Et Root explose. Elle bondit en avant et elles tombent au sol. L'arme lui échappe et Lambert l'attrape vivement mais ni lui ni Martine, ni Greer ne l'arrêtent alors qu'elle étrangle Andrea à mains nues. Et Root se rend compte qu'il y a un problème. Ils n'ont jamais eu l'intention de laisser partir Andrea. Ils la laissent faire le sale boulot. Pas question. Et elle la lâche à contre cœur. Elle voit Martine sortir une arme.

Root se relève, jette un dernier regard empli de haine à la rousse et rejoint Sameen et Louisa. Elle sait ce qui va se passer et ne veut pas que sa fille voit ça.

- L'enfer t'attend, lui murmure-t-elle simplement.

- Toi en tout cas, tu y es déjà, lui réplique Andrea ravie.

Root la regarde d'un visage neutre. Martine la vise dans le dos. Et elle se détourne de la scène en serrant Louisa contre elle, lui cachant le visage. Quand le coup résonne, la petite sursaute mais Root la tient fermement contre elle pour qu'elle ne voit pas. Sameen observe le corps de la rousse s'effondrer au sol, morte pour de bon cette fois.