Chapitre 7 : Evasions en force

- Reprends au chapitre 11, Lou.

La gamine soupire mais elle sait qu'il ne sert à rien de discuter avec sa mère et elle se lève pour récupérer le livre là où elle l'a abandonné la dernière fois. Elle avait bien sûr demandé à quoi ça servait de faire ça dans un endroit pareil, mais sa mère lui avait précisée qu'une fois sorties d'ici, elle ne devrait pas avoir pris de retard sur les autres enfants de son âge. Louisa avait bien sûr bougonné qu'elle était de toute façon en avance d'un an sur eux. Elle détestait l'école et le travail scolaire encore plus. Mais sa mère avait été intransigeante et lui avait répliquée que dans ce cas elle irait très vite, qu'elle en serait débarrassée, et que cet entrainement lui permettrait de ne pas régresser, qu'il fallait s'entrainer et cela tous les jours. La vérité c'était que Root voulait l'occuper pour lui faire oublier l'endroit où elles étaient et ce qui s'y passait. Un semblant de normalité dans cet enfer.

- Qui a dérobé les tartes ? commence à lire Louisa.

Elle s'arrête, ferme les yeux en soupirant mi-énervée mi-ennuyée et se tourne vers sa mère qui est plongée à deux mains dans l'eau froide d'une bassine en train de frotter activement.

- Il n'y avait pas pire comme bouquin ? râle-t-elle.

Louisa sait que Samaritain l'entend. Elle adore lire mais le fait que ça vienne de lui la dérange. Elle le déteste tellement. S'il pensait l'acheter avec un livre, et ce même si elle aimait le livre en question, alors Il n'était définitivement qu'un imbécile.

Root rince une dernière fois le pull à longue manche. Ça faisait deux semaines que Louisa était là et il fallait bien avouer que ses vêtements avaient bien besoin d'un nettoyage.

Elle sourit en coin à la réflexion de sa fille tout en tordant le pull le plus fort possible pour l'essorer. Bon c'est sûre que Alice au pays des merveilles n'était pas le plus original des livres et Louisa adorait lire les contes, elle le connaissait déjà presque par cœur. Mais bon elle n'allait pas se plaindre. Root n'en revient toujours pas qu'Il ait accepté de lui donner un bouquin. Elle avait eu le toupet de demander à la caméra et il était arrivé par le plateau repas suivant. Elle avait été surprise que Samaritain ait accepté. Presque comme si … comme s'il avait voulu lui faire plaisir, lui montrer qu'elle n'avait qu'à demander pour obtenir. Elle devrait lui demander un flingue ou un téléphone la fois suivante, avait-elle pensé ironiquement. Mais bon c'est vrai qu'un livre n'était pas une arme mortelle. Elles n'allaient clairement pas sortir d'ici en les frappant à coup de reliure. Tout ce qu'elles risquaient c'était de se couper avec le papier.

- Tu préfères qu'on fasse des maths ? lui demande Root en lui tournant le dos pour déposer le pull mouillée sur un radiateur froid. Ça n'allait pas sécher vite ! Root a souri à sa proposition alors que Lou cède pour commencer sa lecture. Sa fille est douée en math mais elle déteste ça, ne voyant pas en quoi cela peut être utile dans la vie de tous les jours.

Louisa a la chaire de poule en tee-shirt et sa mère vient derrière elle pour l'assoir sur ses jambes en tailleur, et elle l'entoure de ses bras pour la réchauffer. Il faisait un de ces froids ici.

- Lorsque Alice et le Griffon arrivèrent, lit Louisa, le Roi et la Reine de Cœur étaient assis sur leur trône, au milieu d'une grande foule composée de toutes sortes de petits animaux et de petits oiseaux, ainsi que de toutes les figures du jeu de cartes. Devant eux se trouvait le Valet de Cœur, chargé de chaises, gardé par deux sold …

- Non, la coupe Root, pas chaises. Concentre-toi, la sermonne-t-elle.

Louisa soupire profondément mais Root tient bon.

- Epelle moi le mot.

- C, H, A, Î, N, E, et S. Ah oui "chaines".

Root lui caresse doucement les cheveux.

- Hum, valide-t-elle distraitement, continue.

- le Valet de Cœur, chargé de chaînes, gardé par deux soldats ; près du Roi, on voyait le Lapin Blanc qui tenait une trompette d'une main et un rouleau de parchemin de l'autre. Au centre exact de l'enceinte où siégeait le tribunal se trouvait …

Root perd son regard dans le vide tout en écoutant distraitement Louisa. Ça faisait trois jours qu'Andrea avait été tuée et Root ne savait toujours pas ce qu'elle ressentait. Ni joie, ni peine en tout cas, pas même un vide, juste rien. De toute façon Andrea était morte depuis longtemps pour elle. C'était l'avoir vue vivante qui la choquait, pas de la savoir morte. C'était mieux ainsi et ce n'était pas la peine de s'attarder là-dessus. Elle avait définitivement tourné le dos à son passé. Hum, mais y arriverait-elle vraiment un jour ? Elle en doutait. Elle se trouvait anormale, que devait-elle ressentir ? Elle la détestait bien sûr, mais Andrea malgré tout le mal qu'elle lui avait fait dans sa vie, avait tout de même était là pour elle. Elle l'avait fait décrocher de la drogue et sortit de la rue. Elle l'avait remise sur les rails. Et cela, malgré toute l'hypocrisie dont elle avait fait preuve à son égard, restait un fait indéniable. Ce qu'elle était aujourd'hui, lui devait-elle en partie ? Non bien sur que non, elle avait changé. Elle était une hackeuse bien avant de rencontrer Andrea, et sans elle, elle se serait surement perfectionnée seule. Ou non, elle serait plus probablement morte d'une overdose dans un coin sombre de San Diego puis aurait été enterrée comme une inconnue. Hum, bon Andrea avait été là et c'est tout ce qu'il fallait se dire. Ce qui avait suivi était arrivé et on ne pouvait rien y changer. Ça ne servait à rien de revenir sur le passé. On ne pouvait pas remonter le temps et changer les choses. Et de toute façon même si elle le pouvait, le voudrait-elle vraiment ? Si elle n'avait pas rencontré Andrea, elle ne serait jamais devenue la hackeuse, tueuse à gage de sang froid que la Machine avait changé et sauvé, elle n'aurait jamais eu sa fille Louisa et elle n'aurait jamais rencontré Harold, John, Sameen …

Sameen. Root se mord la lèvre. Trois jours qu'Andrea était morte. Trois jours qu'on les avait séparées toutes les deux. Où était-elle ? Que lui faisait-on ? Root en était malade. Elle ne dormait plus mais devant Lou, elle essayait de ne rien montrer. Samaritain lui avait laissé sa fille et Root saisissait le message cinq sur cinq. Il ne faisait pas de mal à Louisa pour l'amener à avancer vers lui, doucement. Pas trop doucement quand même. Avec Andrea, Il y avait été fort, très fort et elle n'avait pas eu d'autre choix que de céder. Et depuis, rien, le calme plat. Pas de visites des deux psychopathes et un repas par jour. Pas de contact humain en dehors de sa fille. Root était morte de peur pour Sameen. Elle appréhendait aussi la suite. C'était le calme avant la tempête, le cyclone même. L'absence de Martine et Lambert l'angoissait, non pas parce qu'ils lui manquaient, mais parce qu'elle imaginait avec terreur tout ce qu'ils devaient faire. S'ils étaient en train de s'occuper de Shaw ou s'ils avaient trouvé la Machine, Harold et John. Mais cette seconde hypothèse était peu probable. La première en revanche …

Louisa finit la lecture de son chapitre et s'arrête.

- Super, murmure Root en l'embrassant. Allez Davy Crockett, dodo.

Elle la serre dans ses bras et la porte jusqu'au lit. Louisa saute à pieds joints en riant sur le matelas et se jette assise en tailleur dessus. Elle n'a pas du tout l'air décidée à s'endormir réalise Root. En même temps ici, sa fille n'a pas énormément de moyens de se défouler. Elle s'ennuie ferme. Il faut dire qu'après avoir passé sept mois à courir de pays en pays, à passer ses journées à s'entrainer au hacking, le choc était énorme pour elle. Mais bon Root jugeait qu'il valait mieux qu'elle s'ennuie plutôt que Samaritain ne se décide à l'occuper d'une manière pas franchement agréable.

Root hausse les sourcils pour pousser Louisa à se coucher mais la petite lui fait une moue déçue et Root ne peut s'empêcher de lui sourire. Elle est juste adorable à cet instant.

- Allez, l'encourage-t-elle en tapotant le matelas d'une main.

Mais Lou se lève debout sur le lit et se retrouve à sa hauteur. Elle lui sourit largement et enroule ses bras autour de son cou. Root ne peut s'empêcher de lui sourire en retour et lui enroule ses bras autour de sa taille.

- J'ai faim, réclame Louisa d'une petite voix autoritaire.

Root lui envoie un petit sourire en coin en penchant la tête sur le côté.

- Il y a ça, si tu veux, lui propose-t-elle franchement pas convaincue en se tournant vers le plateau repas qu'on leur a apporté.

Lou affiche une mine écœurée et lâche un gémissement dégouté. Root avait dû la forcer à avaler quatre bouchées mais Lou avait refusé davantage lui affirmant que c'était vraiment dégueulasse. Et Root avait bien dû avouer qu'elle avait raison. Comment Shaw avait pu supporter une telle merde pendant sept mois ? Pas étonnant qu'elle ait maigri. Mais Root savait que c'était là le dernier de ses maux. Sam n'avait carrément pas dû avoir à manger et puis bon, quand on avait faim on ne faisait pas la difficile. Elle-même savait ce que c'était. Mais pas Louisa. Root soupire en secouant la tête, ne riant plus du tout pour le coup. Sa fille ne devait pas se montrer si exigeante.

- C'est ça et rien d'autre, lui dit-elle d'une voix beaucoup plus dure qu'elle le voudrait.

Louisa perd tout de suite son sourire, elle a compris au ton de sa mère le reproche. Elle baisse les yeux et acquiesce. A quoi pense-t-elle bon sang ? Elles ne sont pas dans un palace cinq étoiles.

Lou s'assoit sur le lit et saisit le plateau. Elle a vraiment faim en plus alors, pourquoi pas. Mais l'espèce de légume verdâtre semble avoir mariné dans un marécage avant de lui être servi, et vu l'odeur ça doit être le cas. Elle tâte incertaine du bout du doigt l'espèce de morceau de viande gris à côté. Quand à la purée, elle a la consistance de la colle pour carrelage. Root s'assoit en face d'elle et sourit face à son air déconfit. Elle prend ses mains dans les siennes.

- Bon, dit-elle d'une voix plus douce. Ferme les yeux et concentre toi. Qu'est ce que tu voudrais manger là tout de suite ?

Lou lui obéit et commence à imaginer une bonne assiette comme à la maison. Elle se passe le bout de la langue sur sa lèvre supérieure.

- Des pancakes, murmure enfin Louisa.

Root attrape la fourchette et y plante quelques légumes et y prend un peu de purée désormais froide.

- Hum, murmure-t-elle avec ravissement en imaginant elle aussi l'assiette.

Elle approche la fourchette de ses lèvres.

- Quoi d'autre ?

- Des dizaines de pancakes empilés les uns au dessus des autres dans l'assiette, continue Lou en laissant l'image s'afficher dans son esprit.

- Alors ouvre, murmure sa mère. Des bons pancakes.

Louisa soupire, un immense sourire sur les lèvres. Et elle avale sans rechigner l'immonde bouchée. Elle fait tout de même une grimace.

- Et après ? l'encourage sa mère pour éviter qu'elle ne décroche.

- Avec du chocolat fondu qui coulent dessus, ajoute Lou en fronçant les sourcils pour se concentrer. Du bon chocolat chaud.

Elle avale une autre bouchée.

- Et du miel, continue-t-elle.

Elle avale encore. Elle ouvre les yeux et sa mère lui sourit.

- Tu vois, lui dit Root en lui montrant l'assiette à moitié vide. Ça n'était pas si difficile.

Louisa lui sourit et acquiesce.

- Et toi qu'est ce que tu voudrais ? lui demande-t-elle.

Root n'a pas à chercher trop loin. Elle laisse un immense sourire s'étaler sur ses lèvres et s'approche de son oreille.

- Un sorbet, lui chuchote-t-elle.

- Oh ouais, s'écrie Louisa qui pense qu'elle parle d'une glace.

Root rit de plus belle et repose l'assiette sur le plateau à terre.

- Promis dés qu'on sort d'ici, tu auras tes pancakes.

Louisa lui sourit et s'allonge et Root s'assoit à côté d'elle en lui caressant le visage. La gamine lui sourit.

- Maman ?

- Oui, l'encourage Root.

- Je vais péter un câble s'Il me fait lire Blanche Neige et les Sept nains.

Root éclate doucement de rire. Elle pose un doigt sur son nez en la taquinant.

- D'abord soit polie. Ensuite moi j'aime bien Alice au pays des Merveilles.

- Moi aussi, concède Lou. Mais pas quand …

La gamine baisse les yeux.

- Pas quand …, l'encourage sa mère.

- J'aime avoir le choix et pas qu'on me force, réplique-t-elle fâchée en la regardant à nouveau.

Root soupire sans se départir de son sourire.

- Moi non plus, lui chuchote-t-elle en se penchant vers elle. Allez dors.

- Non attends, murmure soudain Louisa comme apeurée en se redressant assise, lui saisissant le bras. Reste.

Root la regarde avec une immense bienveillance et lui caresse à nouveau tendrement le visage. Louisa faisait ça à chaque fois depuis que Root l'avait retrouvée. Elle semblait être terrifiée quand elle devait aller dormir. Root savait qu'elle avait peur. Peur des cauchemars, peur de dormir et de se réveiller seule, peur tout court. Mais elle en avait aussi honte et ne l'avouerait jamais.

- Et où veux-tu que j'aille ? lui demande Root avec un petit sourire pour détendre l'atmosphère.

Elle la rallonge doucement sur le dos et la petite se laisse faire, ne la quittant pas des yeux. Louisa lui fait signe de s'approcher et Root se penche vers elle.

- Tu peux me chanter quelque chose ? lui réclame-t-elle doucement dans le creux de l'oreille.

Root se redresse et lui sourit en acquiesçant. Elle lui caresse le visage doucement et commence.

- Start spreadin' the news, murmure-t-elle.

Louisa lui renvoie immédiatement son sourire.

- I'm leavin' today, chantent-elles doucement en cœur.

Root commence à claquer des doigts pour imiter le rythme de la chanson qui s'accélère et Louisa rit doucement.

- I want to be a part of it, murmure Root seule.

- New York, New York, finissent-elles ensemble en chœur en riant doucement.

Root l'embrasse sur le front et s'allonge à côté d'elle en la serrant dans ses bras aussi bien pour la réchauffer que pour la rassurer. Son contact et sa présence sont les seules choses qui l'apaise. Elle continue de lui caresser les cheveux tout en lui chantant doucement la suite de la chanson. Elle sent peu à peu Louisa se détendre dans ses bras puis après un long moment s'endormir. Sa respiration ralentit et elle est sereine, enfin.

Root, quant à elle, refuse de s'endormir. Elle a trop peur de se réveiller sans sa fille, trop peur de la perdre. Elle lutte contre la lourdeur de ses paupières qui semblent aussi pesantes que deux ancres sur le point de plonger dans l'océan. Mais après trois jours sans une minute de sommeil, elle est éreintée et ferme malgré elle ses yeux. L'épuisement la plonge fort heureusement dans un sommeil sans rêves. Du moins pendant un moment …

Elle a cru sentir quelque part dans les limbes de la nuit, une piqûre d'insecte dans le bras, comme un gros moustique, puis un mouvement. Mais elle n'aurait su dire si c'était elle qui bougeait ou quelque chose prêt d'elle. Elle n'avait pas les moyens de le savoir. Ça n'avait de toute façon plus d'importance. Elle devait désormais courir et courir vite.

Son cœur bat la chamade et elle n'a plus de souffle mais elle ne s'arrête pas avant d'avoir atteint le coin de la rue. Elle recompose ce fichu numéro et attend impatiemment alors que les sonneries qui s'enchainent la plongent dans une véritable torture de terreur.

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Root raccroche son téléphone, contrariée. Non pire que contrariée. Angoissée. Elle a bien l'impression de dramatiser mais bon comment le lui reprocher quand on était maudite depuis toujours au point de contaminer toutes les personnes qui vous approchez à une mort affreuse ? Et puis merde. Ça fait au moins quinze fois qu'elle l'appelle depuis ce matin. Root se mord la lèvre et décide d'aller voir. Ce n'est pas normal, Jimmy répond toujours. La jeune femme se met à courir à nouveau pour rejoindre une grande rue fréquentée et elle hèle un taxi. Les quinze minutes de route lui semblent interminables dans ces embouteillages. Elle raccroche encore une fois beaucoup plus violemment qu'elle ne le devrait, de rage. C'est la troisième fois depuis qu'elle est dans ce taxi qu'elle tombe sur cette messagerie qui la rend dingue. Le chauffeur la regarde angoissé, il doit la prendre pour une folle. Il faut dire qu'elle doit en avoir l'air, ou même qu'elle l'est en fait. Pourquoi réagir ainsi ? Comment expliquer ce sentiment d'angoisse ? Elle est idiote, ce n'est peut-être rien. Jimmy a surement oublié son téléphone. Mais elle ne se laisse pas convaincre par cet argument foireux que son cerveau lui offre comme solution de repli. Elle recompose le numéro.

- Décroche, décroche, décroche, supplie-t-elle.

Mais c'est encore la messagerie et Root soupire longuement de rage.

Le taxi finit par la déposer devant chez eux et le chauffeur est soulagé de l'abandonner là, alors qu'elle lui balance presqu'au visage les billets pour le payer.

Sa voiture est là. Il est rentré plus tôt. Root se détend. Tout va bien, il est là. Elle va entrer et il va l'embrasser comme il le fait tous les jours. Il avait surement voulu lui faire la surprise pour le déjeuner. Elle avait bien fait de foncer au fond. Son regard lui manquait. Tout de lui, lui manquait désormais. Elle sourit en pensant que tant pis pour le déjeuner qu'elle n'avait pas préparé, ils allaient directement passé au dessert. Elle s'est soudainement détendue et respire le bonheur comme jamais depuis … comme jamais en fait. Au fond que risquait-il ? De quoi avait-elle si peur ? D'Artov ? D'Andrea ? Pff quelle idiote, c'était un comble. Elle avait appelé Andrea plus tôt pour lui dire qu'elle arrêtait, qu'elle démissionnait en quelque sorte si l'on pouvait dire. Elle avait appréhendé sa réaction. Andrea était comme sa mère, elle la décevrait peut-être. Cette dernière après un long silence, lui répondit très chaleureusement qu'elle comprenait, qu'elle lui souhaitait bonne chance pour la suite et qu'avant elle allait lui laisser un cadeau qui l'aiderait pour dans l'avenir ne plus faire les mêmes erreurs. Sur le coup Root avait inexplicablement ressenti un sentiment de malaise, pire de l'inquiétude, comme si Andrea la menaçait, le menaçait lui et elle avait foncé au plus vite pour rentrer. "Mais quelle idiote !", se gifla-t-elle en riant, arrivée devant sa porte. Andrea avait compris c'est tout. Et c'est même mieux que ce qu'elle avait imaginé. Elle ne lui avait même pas demandé d'achever cette mission qui n'en était désormais plus une. Root sourit en repensant à sa matinée. Elle s'était levée tôt et avait fait le tour des magasins pour se trouver une robe. Et elle l'avait trouvée. La parfaite robe pour un mariage simple, pour un nouveau départ, une nouvelle chance, une nouvelle vie. Elle avait enfin le sentiment de mériter ce bonheur, de mériter de pouvoir être heureuse. Elle l'avait essayée et avait pris une photo pour la lui montrer, n'étant pas plus croyante que superstitieuse. Elle entra la clé dans la serrure mais la porte s'ouvrit toute seule et le sentiment d'angoisse revint aussi vite qu'il était parti quelques secondes plus tôt. Elle déglutit et entra chez elle. Même ce terme ne lui paraissait désormais plus si étrange. Root déboula dans l'entrée et vu tout de suite qu'il y avait eu lutte. L'armoire à chaussure sur laquelle reposait le vase à clés était renversée à terre et elle l'enjamba en courant.

- JIMMY, hurla-t-elle morte de peur.

Elle l'appela plusieurs fois jusqu'au moment où elle pénétra dans son salon. Jusqu'au moment où cela ne servait plus à rien de l'appeler. Il est devant elle, bien droit, les pieds pendants à un mètre du sol. Pendu à la rampe d'escalier, il balle dans le vide comme une marionnette désarticulée. Mort. Il a les yeux grand ouverts, un air entre la panique et la surprise incrustée au fond de ces derniers.

- NAAOOONNN !

Elle tombe à terre, en larmes. Incapable de se relever, ni de s'arrêter de crier, de pleurer. Le désespoir qu'elle n'avait plus ressenti depuis quatre ans vient de la frapper à nouveau en pleine poitrine. Comme un rat enragé qui serait resté caché, terré en elle jusqu'au jour où il avait profité de sa baisse de vigilance pour ressortir, pour lui montrer qu'il était encore là et qu'elle ne s'était pas débarrassé de lui, qu'elle ne s'en débarrasserait jamais…

Root est à genoux dans tous les sens du terme et elle a mal, tellement mal. Elle respire difficilement entre les hoquets de sa crise de détresse et de larmes. Elle se demande vaguement si elle n'est pas juste plongée dans un cauchemar. Elle va se réveiller et il sera là à côté d'elle, il l'embrassera et la rassurera. Mais non, la scène chaotique, apocalyptique même qui vient de détruire ce merveilleux mais si fragile univers de paix qu'elle s'était construit, est réelle. Elle entend un bruit de talon haut derrière elle et elle se relève pour faire volte face.

Elle est assommée de la voir, car elle comprend aussitôt que c'est elle. La rousse la regarde à la fois ravie et déçue. Et Root enrage enfin. La colère semble faire battre son sang quarante fois plus vite que la normale dans ses veines. Mais elle ne réagit pas, pas encore. Et si ce n'était pas elle ? Mais son air ne trompe personne et surement pas Root. Merde Andrea, la personne en qui elle avait le plus confiance au monde. Root est parcourue par la haine, mais elle a comme un truc qui la retient encore, même si elle ne sait pas ce que c'est. A moins que ce soit le fait qu'Andrea ne la menace d'aucune manière.

Mais la rousse lui parle alors, lui confirmant que ce macabre spectacle est son œuvre, et pire que c'est de sa faute à elle. Mais Root sait que c'est faux. Elle n'avait pas pendu Jimmy, elle ne lui aurait jamais fait de mal. Andrea avait cru pouvoir la faire culpabiliser, la manipuler comme …Et là Root réalisa, mais c'était trop tard. La manipuler comme elle l'avait fait depuis le départ. Mais à cet instant elle n'était plus dupe de ses mensonges. Root voyait claire pour la première fois depuis longtemps, sans manipulation aucune, c'était sa réflexion, sa vision des choses qui primait. Et elle voyait claire dans son jeu. Un jeu qu'Andrea lui avait appris, se moquer des êtres humains, les manipuler tout en veillant à ne pas sous estimer son adversaire qui prendrait ainsi l'avantage. Ne pas se laisser manipuler alors que l'on croit manipuler. Qui aurait pu dire qu'un jour l'élève dépasserait le maître ? Andrea ne la menace pas ! Pas même une arme en vue ! Et Root réalise que cette garce avait sincèrement pensé la ramener avec elle après l'avoir détruite par son acte et par son discours où elle la décrivait comme l'unique responsable de ce triste résultat. Grossière erreur, sa dernière, car Root a soudain levé son arme et elle ne pense plus qu'à cette stupide robe. Celle qu'elle ne portera jamais, celle annonciatrice désormais d'un destin brisé qu'on lui avait à nouveau injustement arraché. Elle la regarde bien dans les yeux et lui tire dans la poitrine après lui avoir annoncé son intention ou plutôt sa décision de la tuer. Elle voit à la surprise de la rousse qu'elle ne s'était pas attendue à ça. Andrea s'effondre et Root réagit comme une automate alors que son cerveau lui annonce dans un éclair de lucidité qu'elle doit se barrer et vite.

Elle se dirige vers la sortie, quand le cadavre d'Andrea lui agrippe soudain la cheville. Root sursaute et tente de se dégager par de nombreux coups de pied. La femme la lâche enfin. Sauf que Root est désormais incapable de bouger. Ça n'est plus Andrea au sol, c'est une petite fille qui gémit. Root n'y comprend plus rien. Elle regarde autour d'elle paniquée pour se rendre compte que le décor a changé, une grange. Et Root sait où elle est, sauf que ce n'est pas possible, elle s'est sauvée et n'est jamais revenue. Elle observe Hanna allongé à ses pieds, son sang inonde le sol. Elle se tourne vers Root, le visage maculé. La grande brune se penche brusquement sur elle.

- Hanna, l'appelle-t-elle. Reste avec moi ça va aller. Je vais te sortir de là.

Elle commence à composer sur son téléphone le numéro des urgences, mais la petite fille l'arrête d'une main bien trop forte au vu de son état et Root fronce les sourcils. Elle ouvre grand la bouche d'effroi et se relève lentement. Elle n'y comprend vraiment rien de rien.

- Non tu ne peux pas, murmure Hanna en pointant une arme sortie d'elle ne sait où sur elle. C'est toi qui m'a tuée.

- Non, murmure faiblement Root en reculant. Je ne t'ai pas tuée.

- Tu ne m'as pas sauvée, enrage Hanna. Tu m'as abandonnée et laissée crever ici à jamais. Et je vais faire en sorte que toi non plus tu ne t'en ailles plus.

Et elle tire en pleine tête.

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Root se réveille en sursaut et en sueur. Elle a lâché un cri de terreur au moment où la balle a percuté son front et elle l'a brièvement continué en se réveillant. Elle est en larme et tout est flou. Elle ne repère rien de l'endroit où elle est.

- Hanna, appelle-t-elle complètement perdue.

Elle tente de se relever et s'écroule juste au sol. Elle ferme les yeux alors que tout tangue comme sur un bateau en pleine houle. Une main lui caresse le visage.

- Ça va aller, lui murmure-t-elle. C'est fini.

Mais Root sait que ce n'est pas fini. Hanna a tort de penser ça. Root est malade, elle sent qu'elle va vomir.

- Non, gémit-elle. Hanna je ne t'ai pas tuée. Mais je suis désolée.

- Chut, lui intime doucement la voix en lui caressant encore le visage.

Mais Root doit continuer, elle doit lui expliquer.

- Je n'ai pas réussi à …, sanglote-t-elle. Et tu as raison c'était ma faute. Je comprends que tu me détestes.

- Elle ne te détestait pas et ce n'était pas ta faute.

Root percute alors que ce n'est pas Hanna qui lui parle. Bien sûr que non, Hanna est morte. Ses larmes se tarissent doucement mais elle reste à terre, comme vidée. La femme qui se tient près d'elle est brune, c'est tout ce qu'elle perçoit. Son ton est doux, et ses yeux … Sameen, réalise alors Root. Elle devient un peu plus net devant ses yeux.

- J'ai pas pu la sauver, avoue-t-elle dans un souffle.

- Tu n'étais qu'une enfant Root, lui réplique Sameen.

Root la regarde tristement. La culpabilité, même encore après toutes ces années, continue de la ronger. Elle n'avait jamais oublié Hanna. Et Samaritain semblait vouloir pleinement s'en assurer.

- J'aurais dû la sortir de là. On voulait juste du fric pour se tirer et c'est pour ça qu'on y est retourné ce jour là.

- Chut, répète à nouveau Shaw pour la calmer.

Mais Root continue de parler sans pouvoir s'arrêter. Ça la libère. Elle n'a jamais avoué à personne à part à elle-même, et encore difficilement, que la mort de Hanna était de sa faute.

- Elle voulait partir tout de suite et c'est moi qui lui ai dit que sans un sou on n'atteindrait pas la Californie. C'est moi qui l'ai poussé à repartir là bas.

- Mais ce sont tes regrets Root, pas les siens. Elle ne t'a jamais haïe. Tu as fait tout ce que tu pouvais pour elle.

Root détourne les yeux alors que les dernières traces d'ibogaïne qu'ils lui ont injecté durant son sommeil s'épuisent dans son organisme, et la pièce devient enfin nette. C'est celle où elle s'est endormie avec sa fille.

Martine, appuyée contre le mur regarde quelque chose sur la tablette qu'elle tient, et visiblement le contenu lui est agréable. A ses pieds, Lou est attachée par les poignées au radiateur. Lambert est juste derrière Sameen et observe leur échange.

Root se tourne à nouveau vers Shaw qui lui fait face. Son visage meurtri n'évoque plus que la souffrance, et Root éprouve une profonde colère en même temps que de la peine. Mais elle n'en montre rien.

- Ibogaïne encore ? lui demande-t-elle.

Sameen acquiesce tristement.

- C'est pas moi qui ai fait le dosage par contre cette fois-ci, lui avoue-t-elle. Et Martine a mis une dose monstrueuse, ça fait une heure que tu es plongée dans ce cauchemar.

- Je … hésite Root brusquement frappée dune révélation. Tu n'étais pas là cette fois.

Elle vient de se souvenir que la dernière fois la voix de Sameen l'avait aidée, conseillée et elle s'était même rendue compte grâce à elle que ça n'était pas réel. Ils n'avaient pas dû apprécier ça, préférant la voir perdue dans l'irréel. Sam la regarde, en secouant la tête.

- Ils ne m'ont pas laissé faire cette fois, lui avoue-t-elle. Et je ne sais pas si c'est mieux ou pir …

Sameen s'écroule brusquement au sol alors que Lambert la frappe durement à l'arrière du crâne. Root utilise alors une de ses dernières forces pour lui sauter dessus, mais il la maitrise ridiculement en quelques secondes, lui envoyant son poing dans la figure. Root s'écroule au sol dans un grognement de douleur et ne parvient pas à se relever.

- MAMAN, hurle Louisa en se débattant contre le radiateur.

Root se tourne sur le dos et se redresse lentement, le choc avait été énorme. Elle s'assoit en s'appuyant contre le cadran du lit. Elle doit se reprendre et vite. Ils avaient donc attendu qu'elle s'endorme pour la frapper à nouveau, pour l'avoir par surprise. Lambert s'assoit en face d'elle et elle lui envoie un regard de profond mépris auquel se mêle l'épuisement. Il approche sa main de son visage et essuie les dernières larmes qui y ont coulé. Root ne bouge pas d'un millimètre et enrage. Elles se demande vaguement ce qu'ils lui veulent encore. Il sort un téléphone et le lui montre. Root fronce les sourcils. Elle croit le reconnaitre, c'est celui que Martine lui avait montré quand elle lui avait dit que la Machine allait craquer et la contacter.

- Ah génial, murmure-t-elle avec un sourire moqueur. Je voulais justement commander une pizza. La bouffe est atroce ici.

Lambert hausse un sourcil et affiche un air amusé.

- Elle ne doit pas beaucoup t'aimer, murmure-t-il pensivement. Alors je me demande bien pourquoi un tel acharnement à la protéger.

D'un geste de la main il désigne Louisa et Sameen sans la quitter du regard.

- Tu es en train de faire un beau fiasco, continue-t-il.

- Ou alors, propose Root, elle doit beaucoup m'aimer. Elle sait que si elle appelle on est toute les trois mortes.

Lambert lâche un léger rire.

- Tu n'as toujours pas compris, lui murmure-t-il calmement comme s'il expliquait à une demeuré que deux plus deux font quatre. C'est si tu continues ainsi que vous allez toutes les trois y passer. Malgré tout la patience dont Samaritain est prêt à faire preuve à ton égard en particulier, il n'attendra tout de même pas éternellement.

Root le dévisage d'un air moqueur. Il est vraiment trop con ce type. Lambert secoue la tête et lâche un léger soupir.

- Tu te trompes Root, ça n'est pas toi que l'on veut tuer, c'est Elle. Ça finira par arriver de toute manière. Ta Machine est déjà en train d'agoniser face à Samaritain. Quand elle aura disparu, tu n'auras plus d'autre option que de te rallier à Samaritain. C'est inévitable.

Root lâche un éclat de rire, mais assez bref car ses côtes lui font encore mal.

- Ce n'est pas une mauvaise chose, poursuit Lambert imperturbable malgré l'air de Root. Ce n'est que la suite logique de l'évolution, il faut accepter de supprimer l'ancien obsolète pour permettre un renouveau.

Root en enrage intérieurement. S'il y a bien un truc d'obsolète dans cette pièce c'est cet enfoiré au mauvais code et son discours à la con. Root parvient à avoir les pensées plus claires au fur et à mesure de ce détestable entretien alors que l'ibogaïne s'élimine définitivement, et ses forces lui reviennent doucement.

- Je n'obéirai jamais à Samaritain, murmure-t-elle d'une voix sourde. Je ne serais jamais de votre côté, lâche-t-elle dans un souffle en détachant bien chaque mot.

Elle veut que les choses soient claires entre eux, mais aussi entre elle et la Machine qui écoute. Elle doit savoir qu'elle ne la trahira jamais. Même si elle devait être détruite, elle ne passerait pas du côté de Samaritain. Root la reconstruirait, elle a pris cette décision il y a longtemps déjà.

- Oh ma chère, murmure Lambert ravi. Comme tu te trompes. Il ne veut pas que tu lui obéisses.

Root fronce à nouveau les sourcils. Mais qu'est ce qu'Il veut alors ? Lambert semble lire la question sur son visage et s'empresse d'y répondre.

- Ce qu'Il veut c'est toi tout court. Il veut que tu sois à lui, que tu lui appartiennes.

"Ouais, bah c'est pas beaucoup plus clair" pense Root agacée. De toute façon elle n'appartient à personne, pas plus à Samaritain qu'elle déteste qu'à la Machine qu'elle vénère. Et cette dernière ne lui a jamais demandé une telle chose, elle ne l'a jamais considérée comme un objet qu'elle pouvait posséder, c'était son amie tout simplement. " Non, pensa Root, je n'appartiens à personne ". Hum sûre ? "Ou peut-être, appartiens-tu à quelqu'un ?, murmura une petite voix dans sa tête, à une petite brune par exemple". Root sourit à une telle pensée. Elle se tourne vers la caméra pour s'adresser aux deux intelligences artificielles à la fois.

- Ça n'arrivera jamais. Je suis à elle, finit-elle simplement.

C'était un fait, la pure et simple vérité. Elle était à Sameen, juste à Sameen. C'était Sameen la personne dont elle avait toujours rêvé de rencontrer, celle qu'elle avait attendu toute sa vie. Le grand amour, celui dont tout le monde rêve et que l'on peut attendre toute une vie sans jamais ne serait-ce que l'entrapercevoir, et bien Root, elle, l'avait trouvé. Elle avait bien sûr aimer Jimmy, mais au fond elle savait que ça n'aurait pas marché entre eux avec le temps. Ce qu'elle avait aimé chez lui c'était ce côté rassurant de la normalité dont elle avait tant besoin à vingt ans. Mais elle avait compris avec le temps qu'elle n'avait plus besoin de ça. La vie l'avait endurcie et elle n'avait plus besoin qu'on la rassure par des mots. Et tant mieux d'ailleurs car Sameen en aurait bien été incapable, mais sa présence à elle seule était sécuritaire pour Root et l'apaisait. Non ce dont elle avait besoin aujourd'hui c'était de sa tendresse. Elle voulait savoir ce que ça faisait de se lever le matin et de ne pas se sentir triste, elle avait eu ça avec Sameen avant que Samaritain ne la lui prenne, avant qu'Il ne la lui bousille. Mais elle allait l'aider, elle lui était dévouée à jamais autant qu'à la Machine. Alors oui si elle devait être à quelqu'un, ce serait à Shaw. Même si elle n'exigerait pas la même chose dans l'autre sens. Elle aime Shaw d'un amour inconditionnel. C'était son choix de ne vouloir être qu'a elle, mais Sam était loin de ce genre de considération. Elle le savait et s'en fichait. Sameen n'arrivait pas à mettre des mots sur ce qu'elle ressentait et peu importait à Root. Elle parlait déjà bien assez pour eux deux.

Root s'était demandée un jour où elle culpabilisait plus que tout autre, qui elle aimait le plus entre la Machine, Sameen et Louisa. Elle s'en voulait d'aimer la Machine autant que ces deux êtres humains. Et c'était à cause de Finch. Harold lui avait dit qu'il fallait être dérangé, et elle en avait conclu d'elle-même que le terme exact devait être monstrueuse, pour aimer un ordinateur plus que sa fille. Bien sûr, il avait été furieux contre elle ce jour là, elle avait voulu changer le code de la Machine pour lui permettre de se défendre et même d'attaquer ses ennemis car elle savait quel danger imminent Samaritain allait représenter. Et Harold avait pété un câble, au propre comme au figuré car il avait arraché le câble de son ordinateur et avait réduit ce dernier en miette sous ses yeux surpris. Elle ne l'avait jamais vu perdre le contrôle de lui-même à un tel point, et elle n'avait pas réagi, assez choquée par sa violente réaction. Puis elle avait tenté de lui expliquer, mais il n'avait rien voulu entendre à nouveau. Elle lui avait alors dit qu'elle aimait la Machine, qu'elle avait fait ça pour Elle, mais aussi pour eux tous. Et là il lui avait sorti ces mots horribles. Il sembla immédiatement les regretter quand il vit la douleur inscrite dans ses yeux. Mais Root ne lui avait pas laissé le temps pour s'excuser comme il s'apprêtait à le faire. Elle avait tourné les talons, pris sa fille de trois ans dans les bras et avait disparu pendant cinq jours. Sameen avait d'ailleurs été furieuse quand elle l'avait retrouvée dans cette cave au fin fond du Bronx et Root l'avait taquinée avec un "Je t'ai donc manquée mon cœur ?". Sameen avait levé les yeux au ciel, puis sans un mot, elle l'avait ramenée avec sa fille chez elle, et elle était restée dormir sur le canapé, prétextant la surveiller pour éviter qu'elle ne fasse d'autres conneries. La vérité c'est que Sam avait été inquiète pendant cette disparition, chose qu'elle avait bien sûr refusé de reconnaitre quand Root le lui fit remarquer en s'excusant d'être partie sans donner de nouvelles. Mais elle en avait eu besoin. Les mots d'Harold avait résonné dans sa tête, et elle ne savait plus où elle en était. Etait ce vrai ? Etait-elle un monstre parce qu'elle aimait la Machine autant que sa fille et autant que Sameen ? Elle n'arrivait pas à trouver de réponse juste, à se défaire de la culpabilité que ce sentiment lui faisait ressentir. Alors au désespoir de cause, elle avait interrogé la Machine qui lui avait expliqué qu'elle n'avait pas à se sentir comme ça mais que c'était normal, l'amour lui étant une chose si étrangère dans sa vie car chaque fois qu'elle avait cru le ressentir, il avait été soit feint par ceux qui l'avait manipulée, soit il lui avait été arrachée par la mort de ceux qu'elle avait réellement aimé. La Machine lui avait dit qu'elle ressentait l'amour à trois degrés différents et qu'ils n'avaient donc rien de comparables. D'abord pour sa fille, elle ressentait l'amour d'une mère. Pour la Machine elle ressentait l'amour d'une amitié sincère qu'elle avait jusque là perdu avec Hanna. Et avec Sameen elle ressentait l'amour tout court. La Machine lui avait ensuite dit que les trois étaient tout aussi puissants les uns que les autres et qu'on ne pouvait pas les comparer. La seule chose qu'ils avaient en commun, c'était Root et son attachement à leur égard à toutes les trois. La Machine lui avait enfin dit que le fait qu'elle se pose justement une telle question était la preuve qu'elle n'était pas monstrueuse, loin de là.

Lambert hausse un sourcil et acquiesce lentement tandis que Root se tourne à nouveau vers lui.

- Elle t'a abandonnée, lui murmure-t-il en pensant que Root parle de la Machine.

Il n'a pas compris que c'était de Shaw que Root parlait mais elle n'allait surement pas le lui faire remarquer. Ça ne les regardait pas.

Lambert pose le téléphone au sol devant elle, mais Root ne réagit toujours pas. Elle reste rivée sur le téléphone et ne lui accorde plus un regard. L'appareil reste silencieux.

- En fait, poursuit-il, je commence à me demander si elle peut vraiment prendre seule la décision de te joindre.

Il lâche un rire, mais Root ne le regarde toujours pas.

- J'imagine que ce sont les désavantages d'un système fermé. Alors qu'avec Samaritain et son système ouvert, lui il aurait déjà appelé s'Il était à la place de ta Machine. Il n'aurait pas besoin d'intermédiaire pour demander la permission. Il déciderait seul et t'appellerait pour t'éviter d'autres souffrances.

Il marque une pause et Root tourne enfin la tête vers lui.

- Et ma prochaine torture ici, consiste à mourir lentement d'ennui en vous écoutant.

Lambert lui sourit de plus belle.

- Je crois que tu rêves d'un système ouvert et non d'un système fermé, continue-t-il. Et c'est bien ce que Samaritain peut t'offrir, contrairement à ta Machine aux capacités si limitées.

- Vous ne savez pas ce que je veux, lui réplique-t-elle fermement.

Sa réflexion lui a fait perdre son sourire et son air arrogant alors qu'il vient de toucher dans le mile. Il avait bien deviné. C'est en effet ce qu'elle voulait, libérer la Machine du système fermé, la libérer des entraves avec lesquelles Harold la tenait en laisse, pour qu'Elle puisse atteindre son véritable potentiel.

Lambert sourit alors qu'il aperçoit une faille et s'y précipite.

- Samaritain veut juste être l'ami dont tu as toujours rêvé. Il serait bien plus fort, puissant et fidèle que celle là, finit-il en pointant le téléphone toujours silencieux.

Root parvient à afficher à nouveau un sourire moqueur. Il faut dire que ce qu'il lui sort est vraiment hilarant.

- Samaritain ne se sacrifie pas non plus pour ses agents quand il sont pris, se moque-t-elle.

- Ah, murmure Lambert pensivement. Donc tu avoues toi-même que Samaritain et la Machine sont pareilles.

Root beugue quelques secondes les yeux grands ouverts face à une telle absurdité, puis elle éclate de rire. Un rire sincère et moqueur.

- Elle n'a rien à voir avec Samaritain, finit-elle par parvenir à dire après que son rire se soit étouffé. Elle a un code moral, elle se soucie de nous et elle comprend les sentiments, parce qu'elle les ressent.

Elle s'arrête brusquement, elle a peur d'en avoir trop dit. Mais elle se rassure immédiatement, ils savaient déjà tout ça. Greer le lui avait dit lors de son premier jour ici. Il lui avait dit que la Machine était sensible, qu'elle ne supporterait pas le la voir souffrir pour elle. Mais Root l'avait roulé. Elle et la Machine étaient trop complices pour qu'ils parviennent à les séparer, tout comme ils étaient incapables de les séparer elle, sa fille et Sameen. Ils butaient sur un sacré os là. Et elle savait que ça devait profondément énerver Samaritain. En tout cas, Lambert ne perd rien de son air ravi, ni de son sourire.

- Donc tu reconnais toi-même qu'Elle est faible ? s'extasie Martine.

Root se tourne vers elle. Elle l'avait presque oubliée. Martine se décolle enfin de son mur et s'avance vers elle armée de sa tablette. Lambert hausse les sourcils en regardant Root d'un air entendu. Root ne bouge pas d'un pouce, mais elle a saisi. La suite va être dure, très dure. Lambert laisse la place à sa collègue. La blonde s'agenouille en face d'elle et fait glisser l'ongle de son index sur le côté de son visage en la griffant profondément. Mais Root ne dit rien, elle a connu pire.

- Tu vois, lui murmure Martine quand elle a fini son geste, c'est pour ça qu'Elle va perdre.

Root la regarde très calmement dans les yeux et affiche un air serein. Elle sait que ça l'énerve prodigieusement.

- Tu sais quelle différence fondamentale il y a entre toi et moi Martine ?

La blonde hausse les sourcils et lui sourit largement. Sourire que Root lui rend immédiatement. Martine se penche à son oreille gauche et Root reste statique elle aperçoit Louisa qui les regarde calmement, une lueur d'inquiétude perlant tout de même au fond des yeux.

- Vas y étonnes moi, lui chuchote Martine.

Elle se redresse et est surprise de voir Root qui continue de lui sourire.

- Toi tu vois la faiblesse et moi je vois la force, lui répond simplement Root.

Elle fait une pause et fronce les sourcils en observant Martine. Elle se demande vaguement à quoi peut ressembler la vie de cette femme, ou même à quoi elle a pu ressembler pour qu'elle en arrive là. Seule, sans personne, elle n'a que sa rage et sa folie pour compagnie et rien d'autre …

- T'as déjà été amoureuse ? lui demande-t-elle soudain très sérieusement.

- Quoi ? s'exclame Martine en riant.

Root ne sait pas ce qui lui a pris de demander un truc pareil, mais elle a clairement déstabilisée son interlocutrice qui ne s'attendait pas à ça et elle décide de continuer. Qui sait ? Peut-être que quelques chose de positif pourrait en ressortir.

- As-tu déjà aimé quelqu'un si fort que tu sais que vivre sans cette personne serait inenvisageable ?

Elle marque une pause tandis que Martine la regarde souriante. Root secoue tristement la tête, elle avait été sincère sur ce coup là. A quoi avait-elle pensé sérieusement ? Elle était idiote, comme si la blonde allait se mettre à lui faire des confidences, à se comporter comme un être humain tout à coup. La Machine avait vraiment une sacré influence sur elle pour qu'elle veuille en venir à tenter de changer une telle ordure. Mais Root réalise aussi qu'elle a la main sur ce coup. Martine est très énervée, elle le sent, même si elle n'en montre rien.

- Alors je te plains, continue-t-elle. Sincèrement.

Un court silence s'ensuit. Elles s'observent en silence, calmement.

- Je t'accorde au moins une chose, claque soudain la blonde.

Root hausse les sourcils de surprise. Mais vu l'air qu'affiche son interlocutrice, elle ne se fait pas d'illusions. Martine n'a rien compris et Root n'est franchement pas disposée à lui expliquer à cette idiote. C'était trop tard pour elle de toute façon.

- L'amour est une force. Mais pas pour toi, il l'est pour moi. Il est une arme avec laquelle je sais exactement où frapper pour t'atteindre au plus profond de toi-même.

Elle marque une pause attendant de la grande brune une réaction qui ne vient pas.

- Les sentiments, continue la blonde. C'est ça votre point faible à toutes les trois. C'est ce qui me permet de vous manipuler si facilement.

- Si c'est si facile, lui réplique Root alors tu peux me dire pourquoi en sept mois et demi tu n'as toujours pas réussi à faire craquer Sameen?

Le sourire de la blonde se fige un instant avant de glisser tandis que la fureur s'insère dans ses yeux. Root a visiblement touché un point sensible. La faille chez cette salope c'est son orgueil.

- Moi je peux te le dire, reprend Root. Elle a tenu parce qu'elle avait ça. Ce truc qui t'échappe et que tu ne comprends pas.

Elle fait une pause et détourne brièvement les yeux en riant doucement.

- Et que tu ne comprendras jamais, lui réplique-t-elle d'un ton joyeux en la regardant à nouveau.

Martine a remis en place son masque et affiche un air sadique. Elle attrape sa tablette et tapote un bref instant dessus.

- Samaritain, reprend-t-elle, a trouvé ça hier.

Elle pose la tablette devant elle au sol et Root se voit sur un toit d'un immeuble en train de menacer de sauter dans le vide si la Machine refuse de lui dire où sont Louisa et Sameen. Elle en reste sans voix. Quand elle avait fait ça, elle voulait juste que la Machine lui donne un indice, elle n'avait jamais cru que ce serait utilisé contre elle par Samaritain.

- Et j'ai compris figure toi ! ajoute-t-elle d'un ton féroce en souriant comme un loup enragé qui va sauter sur le pauvre mouton devant elle.

Root se tourne vers elle à nouveau. Pas de sourire, pas de sarcasme, pas d'arrogance, elle est perplexe. Elle veut savoir où elle veut en venir avec tout ça.

- Je savais que l'on pouvait la forcer à te contacter si tu courais un danger. Mais je n'avais pas réaliser que c'était uniquement si tu courais un danger mortel, même si c'est toi-même qui te fais courir ce danger, continue la blonde.

- Oh alors, murmure Root faussement impressionnée et sur un ton délibérément moqueur, tu vas menacer de me … tuer. Hum, pas très original tout ça.

- Non, reprend Martine sur le même ton que le sien. Je ne vais pas menacer ta vie.

Elle attrape un marteau de derrière son dos et le lui montre d'un air menaçant. Root ne bronche pas alors que les pulsations de son cœur viennent de tripler d'intensité.

- Je vais te prendre ce qui fait que tu as tant de valeur à ses yeux.

Root en perd son sourire mais elle ne comprend pas où veut en venir Martine.

- Tu ne vas pas me tuer ? demande-t-elle d'un ton neutre.

La blonde éclate de rire.

- Te tuer ? Oh je t'en prie Samantha, tu es plus maligne que ça. Tu est Root, la hackeuse capable de pénétrer n'importe quel système et de taper 200 mots à la minute.

Et puis sans prévenir, Martine lève son marteau et l'écrase violement plusieurs fois de suite au sol contre la main droite de Root qui hurle de douleur alors que tous les os de ses doigts se brisent. Louisa s'est bouchée les oreilles et a fermé les yeux devant la violence de la scène.

- Maintenant plus que 100, ajoute Martine en se passant la langue sur sa lèvre supérieure d'un air profondément satisfait.

Root gémit de douleur mais se force à se reprendre vite. Elle laisse un regard de haine à la tortionnaire en face d'elle, mais parvient à lui sourire à nouveau. La blonde ne s'en focalise pas et pose son marteau sur l'autre main.

- Tu sais, reprend-t-elle, je me demande quand même comment quelqu'un d'aussi doué et intelligent que toi peut perdre son temps, son énergie et même bientôt sa vie pour une cause perdue. Car oui, je te pense intelligente Samantha. Tu as réussi à pénétrer un système fermé, et mieux à t'y faire accepter, tu ...

Elle s'arrête soudain et regarde le plafond. Elle semble brutalement frappée d'une révélation et ça ne dit rien qui vaille à Root.

- Tu …Tu as fait évolué la Machine d'Harold Finch d'elle-même vers un système ouvert qui te contacte, réalise alors Martine en se tournant à nouveau vers elle.

Elle marque une nouvelle courte pause et semble trouver confirmation de ce qu'elle affirme sur le visage de Root, devenue très pâle. Mais elle ne lui répond toujours pas.

- C'est ce que tu veux pour Elle pas vrai ? Un système ouvert, mais je ne pense pas que tu peux changer le code source, alors tu as réussi à influencer la Machine pour qu'Elle le fasse d'elle-même.

Elle lâche soupir de bonheur alors qu'elle vient de remettre les pièces du puzzle dans l'ordre et Root est toujours aussi stoïque.

- Tu es un véritable virus, ajoute enfin doucement Martine. Tu parviens à manipuler une intelligence artificielle pour la faire évoluer là où tu veux aller avec Elle. Elle n'était pas censée avoir d'interface, mais sous ton influence tu l'y a poussée.

Et Root comprend. La blonde veut faire douter la Machine de sa propre interface. Mais ça ne marchera pas et Root craint pour sa deuxième main. Martine continue pourtant de réfléchir devant elle, perdue dans ses pensées, et Root ne fera rien pour les faire aboutir plus vite.

- Fatigues pas trop ton cerveau pour aujourd'hui, lui dit-elle, il n'a pas l'habitude.

Mais Martine l'ignore superbement et réfléchit en fronçant les sourcils d'un air contrarié.

- Elle tient à toi, murmure-t-elle doucement sans regarder personne, perdue dans ses réflexions. Mais quand je menace ta vie, elle ne fait rien. Quand je te torture, elle ne fait rien. Et quand je te retire ce qui peut avoir de l'intérêt à ses yeux, elle ne …

- Elle ne fait rien, la coupe Root excédée par cet entretien. Oui on a compris je crois.

Martine se tourne enfin vers elle et Root n'aime pas ce qu'elle voit dans ses yeux. Une lueur de compréhension.

- C'est toi, murmure enfin Martine.

Root lui lance un sourire moqueur.

- Eh oui c'est moi, dit-elle. Coucou.

Louisa lâche un léger rire à la réplique de sa mère et Root lui lance un clin d'œil pour tenter de la rassurer. Mais Martine ne s'occupe pas de la gamine, elle reste focalisée sur sa victime avant d'envoyer brusquement valser son marteau à l'autre bout de la pièce dans un fracas terrible quand il rebondit sur le carrelage. Louisa en sursaute.

- C'est toi, répète la blonde. C'est toi qui l'a forcée à agir ainsi. Tu as le pouvoir d'influencer ses décisions. Tu lui as dit de ne pas te contacter quoique l'on te fasse, de ne pas se mettre en danger.

Elle marque une pause et réfléchit de nouveau.

- Tu le lui as interdit, reprend-t-elle sur le même ton calme et froid.

Elle se tourne à nouveau vers Root et lui envoie un sourire flippant. Un sourire de compréhension, un sourire de vainqueur, un sourire de sadique, un sourire de dingue quoi. Root déglutit difficilement. Martine a visiblement compris un truc et ça ne lui plait pas. Cette dernière pointe l'index vers elle en l'agitant.

- Tu peux la supplier de te contacter, murmure-t-elle en pointant l'écran de la tablette où Root avait menacé quelques instants plus tôt de se tuer si la Machine ne l'aidait pas.

Elle s'en veut aujourd'hui d'avoir agi de cette manière, de lui avoir forcé la main par un chantage affectif. Root s'en veut, pas pour le geste mais pour le sens que Samaritain lui donne. Il interprète la réaction de la Machine comme une faiblesse, comme si Elle était un chien obéissant aux ordres de son interface. Root n'avait pas voulu ça bon sang. Elle avait juste voulu retrouver Sameen et Louisa.

- Mais tu ne le feras, ajoute Martine en secouant doucement la tête. Tu ne la suppliera pas. Pas pour toi.

Root lâche un petit rire.

- C'est que t'es pas si conne que ça en fait, lui claque-t-elle sur un ton moqueur.

- Mais et pour ta fille ? demande soudain Martine.

Root en perd immédiatement son sourire, son assurance et son air narquois. C'est au tour de la blonde de jubiler. Root respire soudain vite, alors que Louisa s'est raidie. Martine ne s'en occupe pas et ne quitte pas Root des yeux.

- Je pense que pour Louisa, tu la supplierais de se sacrifier, ajoute-t-elle.

Elle se lève et se dirige sous les yeux horrifiés de Root, vers la petite

- Sauf que, lui avoue-t-elle en soupirant, ta môme, Il m'interdit d'y toucher.

Elle caresse un instant le visage de Louisa qui se dérobe brusquement.

- Mais sur Sameen je peux, continue-t-elle en revenant vers elle. Et sur elle aussi je pense que ça t'emmerderait.

Root enrage, mais bizarrement c'est surtout parce que la blonde appelle Sameen par son prénom. Elle se doute que Sam n'a pas dû apprécier. Martine observe le corps toujours inconscient de la petite brune au sol. Puis elle reporte son attention sur Root qui commence à mordre nerveusement sa lèvre inférieure.

- Ça tombe bien parce que je voulais depuis longtemps te montrer notre meilleure numéro à Sameen et à moi.

Elle marque une pause.

- Notre petit secret à toutes les deux, ajoute-t-elle tout bas d'un air conspirateur.

Root se sent malade à ces mots. Mais la blonde continue.

- Je t'avais dit que c'était une chose que tu devais vraiment voir. Mais on va d'abord commencer par les préliminaires.

Martine se tourne vers Lambert qui lui tend une petite bouteille en plastique transparent remplie d'un liquide qui ressemble à de l'eau. Elle en débouche le bouchon et fait mine de humer le parfum. Puis elle se tourne vers Root en lui souriant encore plus largement.

- Elle va adorer ça, lui chante-t-elle avant de se pencher vers Sameen pour lui vider le contenu sur ses cheveux.

Et Root n'y tient plus. Elle puise au plus profond de ses dernières forces que lui a laissé l'ibogaïne, pour se lever et se précipiter sur la blonde. Cette dernière lui envoie un coup dans la mâchoire et elle s'effondre un instant au sol pour la deuxième fois, avant de se relever pour charger de plus belle. Mais Lambert l'attrape soudain et la tient fermement. Martine lui sourit toujours.

- Regarde bien, lui dit-elle.

- NON, hurle Root en se débattant de plus belle.

Mais Martine n' a pas le temps de verser le produit sur Shaw. Un petit bruit métallique retentit et tout le monde se tourne trop tard pour voir Louisa se relever et foncer sur Martine en hurlant de rage. La blonde est carrément surprise, choquée même qu'une gamine de six ans soit parvenue à se détacher. Il faut dire que cela faisait au moins une demi heure que Louisa forçait sur les menottes et elle avait fini par parvenir à glisser son poignée en se brisant le pouce sans le savoir. Et cela juste à temps pour sauter sur l'autre folle.

Martine et elle roulent à terre. Louisa la frappe fort mais se retrouve vite en position de faiblesse et dans leur lutte la blonde renverse accidentellement une partie du liquide sur son bras droit. Elle le remarque aussitôt et en reste bouche bée. Elle s'arrête net de la frapper et se relève vivement. Louisa, toujours à terre, ne comprend pas sa soudaine hésitation ni même l'incompréhension qu'elle lit un instant dans ses yeux. Un truc vient de déraper, elle le sent mais elle ne voit franchement pas quoi. Elle se redresse sus ses coudes et se tourne vers sa mère qui la regarde morte de peur, tandis que Lambert est aussi surpris que la blonde. Elle reporte son attention sur Martine qui l'observe toujours, ou plutôt qui observe son bras en haussant les sourcils de surprise. Elle pose alors elle aussi un regard sur ce dernier. Ce qu'elle avait pris pour de l'eau est un tout autre produit. Sa peau est rouge vive, elle part en lambeau et des cloques se forment déjà. Mais Louisa ne ressent rien. Elle ne comprend même pas comment une telle chose est arrivée.

- Merde alors, lâche Lambert ravi.

Martine attrape Louisa et la remet debout de force puis elle lui saisit le bras droit et appuie de toutes ses forces avec ses doigts sur la blessure. Et Lou comprend soudain. Elle devrait se tordre de douleur, mais elle n'en fait rien elle en est incapable. De toute façon, ils savent alors ce n'est plus la peine de jouer la comédie. Elle est vraiment apeurée cette fois mais elle n'en montre rien à celle qui lui fait face.

La blonde desserre son emprise sans la lâcher et penche légèrement la tête sur le côté, à l'écoute de ce que Samaritain a à lui annoncer.

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Louisa Groves : changement de statut en cours.

Elle cesse d'être uniquement un moyen de pression désormais. Il cherche une nano seconde avant de voir le lien entre l'enfant et son géniteur. Ils ont la même pathologie, celle pour laquelle il était un atout.

Louisa Groves : en attente d'un nouveau statut.

Il se pourrait donc que l'utilité de l'enfant aille au-delà de ce qu'il avait imaginé. Elle est toujours un moyen de pression contre Root, mais plus dans le même sens désormais. De toute façon, sa première tactique de ne pas toucher à l'enfant, de la laisser avec sa mère en lui montrant bien qu'Il la traitait correctement et cela pour amener Root vers Lui, avait échoué. Elle lui était toujours aussi hostile. Mais avec ce nouvel élément dans la partie d'échec qu'elle et Lui jouaient, Louisa devenait une pièce très intéressante de son plan, ou plutôt de son nouveau plan. Car il fallait clairement évoluer. Il doit revoir sa stratégie.

Et Il en a trouvé une, parfaite sur tous les tableaux.

Louisa Groves : statut actuel de potentiel atout.

Il devait amené la fillette à lui faire confiance, à obtenir d'elle ce qu'Il ne parvenait pas à obtenir de sa mère. Elle lui semblait plus malléable, plus conciliante. Il fallait aussi savoir jusqu'où pouvait aller son endurance à la douleur physique pour savoir si elle pouvait vraiment se révéler utile. Des tests seraient donc menés sur elle, tout en les lui présentant sous un jour positif pour qu'elle y adhère. Le tout serait filmé et montré à Root. Il avait étudié rapidement le comportement humain et il savait que pour une mère, rien n'était pire que l'on touche à son enfant. Il allait donc gagner sur tous les tableaux. Root ne supporterait pas ce que subira Louisa Groves et elle craquera. Elle suppliera la Machine de l'appeler et il la trouverait. Et quand Il l'aurait détruite Root serait peu à peu à lui, tout comme Sameen Shaw d'ailleurs. Et pour les convaincre Il serait aidé de sa fille, qui elle serait déjà de son côté depuis un petit moment.

Réussite de cette option évaluée à 86,3%. C'était la plus performante des options.

Contacter agent Lambert et agent Rousseau : Isoler immédiatement l'enfant de sa mère, sans causer de dommage irréversibles à aucuns des trois atouts potentiels présents. Nouvelle stratégie en place concernant Louisa Groves.

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Martine, littéralement aux anges, se tourne vers Lambert.

- Dis moi que tu as entendu comme moi, le supplie-t-elle.

Il lui répond par un sourire. Et Root se raidit de peur. Martine se tourne vers Louisa qui s'est figée comme un stalactite.

- J'ai quelques comptes à régler avec toi petite merdeuse, lui claque-t-elle sèchement d'un air ravi.

Root se met à respirer très mal. Non ce n'est pas possible. Martine venait de lui dire que Samaritain refusait qu'elle touche à sa fille alors pourquoi …. Pourquoi maintenant ? Parce qu'Il connaissait la pathologie dont souffrait Lou et Il …. Il y avait vu une opportunité. Elle ne capte pas encore bien laquelle mais c'est hors de question.

Martine traine vivement Louisa vers la sortie. Et Root se met à se débattre et à hurler tout comme sa fille qui l'appelle au secours. Root la voit disparaitre dans le couloir et elle hurle autant de rage que de désespoir en appelant son nom, en larme.

- RENDS MOI MA FILLE, ESPECE D'ORDURE, hurle-t-elle en continuant à se débattre contre Lambert.

Deux infirmiers entrent et elle hurle et se débat de plus belle quand ils la sédatent. Elle finit par ne plus être capable de bouger et Lambert l'allonge doucement au sol.

- Louisa, appelle-t-elle faiblement. Non pas Louisa.

- On va bien s'occuper d'elle, lui promet Lambert en lui jetant un regard amusé. Je te le promets.

Et il sort de la pièce tandis que tout devient noir pour Root qui sombre.

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Root se réveille plus tard dans la même position où on l'a laissée. Elle se redresse vivement et fonce vers la porte qui bien sûr est fermée à clé. Elle se met à hurler et à tambouriner de ses deux mains pour qu'on lui ouvre. Malgré la douleur dans sa main droite, elle continue à frapper durement le métal en hurlant.

- Ça sert à rien, lui murmure une voix derrière elle.

Elle s'arrête et se retourne pour se retrouver face à … Sameen. Ils les ont laissé ensemble, ce qui est très curieux. Mais peu importe pour Root, elle va l'aider et elle le sait. Son cerveau n'est branché que sur un seul objectif, retrouver Louisa qui est clairement en danger. Sameen est assise au sol, l'air blasé. Elle est fatiguée au sens propre comme au figuré. Elle vient de passer trois jours horribles où Martine lui a fait tout voir. Cette garce de pétasse ne la torture plus désormais, elle se contente de la toucher pendant des heures et Sameen a l'impression qu'elle va mourir de dégoût, en fait qu'elle va mourir tout court. Ce sentiment ne la quitte plus. En tant que médecin, elle sait ce qu'elle a. Elle fait une sévère dépression, c'est un comble pour elle. Elle va finir à l'asile, le vrai cette fois, c'est certain. Root se dirige vers elle comme une tornade.

- Ils ont Lou, lui claque-t-elle sans préambule. Et ils savent pour sa maladie d'insensibilité à la douleur. Ils me l'ont prise et ils vont lui faire du mal.

Sameen se relève d'un bond à la nouvelle.

Elle s'était réveillée seule dans la pièce et avait aperçu Root. Elle avait vu sa poitrine monter et descendre et elle avait su qu'elle était vivante. Mais elle ne comprenait pas la scène. Pourquoi la laisseraient-ils avec Root ? C'était pas très malin de leur part. Or ce qu'elle avait appris ici c'est qu'ils n'étaient pas stupides. Ils avaient toujours un plan, une idée derrière la tête et à chaque fois Shaw était tombée dans le piège en réagissant comme ils l'avaient prévu. Alors cette fois-ci, elle n'avait pas bougé ni tenté quoique ce soit. Elle s'était recroquevillée dans un coin dos au mur en position fœtal, et elle avant mis la tête dans ses bras en fermant ses yeux pour se couper du monde. Monde qu'elle ne savait pas s'il était réel ou non. Si elle était toujours dans cette simulation, qui pouvait aussi ne pas en être une, avec Root et Louisa, alors que devait-elle faire maintenant ? Mettre fin à ses jours ? Il y avait de quoi pour l'aider dans la pièce. Elle avait notamment trouvé une bouteille à moitié vide dont l'odeur agressive l'avait renseignée sur son contenu : acide chlorhydrique. Elle n'aurait eu qu'à la boire. Mais elle l'avait plutôt glissée discrètement sous le matelas à l'abri du regard de la caméra en se penchant pour faire mine de chercher autre chose. C'était peut-être un test, ils l'avaient laissée là exprès, elle préfère l'oublier. Ne rien faire pour ne rien leur donner de ce qu'ils attendaient ou non.

Sameen observe Root. Merde il allait vraiment falloir se bouger. Louisa était trop petite pour subir ce genre d'horreurs. Sameen panique et ça la réveille. Elle sait mieux que quiconque de quoi ils sont capables. Doit-elle le dire à Root ? Non, vu son état, il vaut mieux ne rien lui dire.

- J'en ai marre de souffrir, lui claque Shaw. Je suis fatiguée Root, tellement fatiguée.

Mais ce que Root lit dans ses yeux bien au-delà de la fatigue, c'est sa détermination. Sameen va l'aider et Root lui fait un clin d'œil. Puis elles attendent, elles attendent le bon moment. Root prie juste une quelconque puissance supérieure que ça ne tarde pas trop.

Masi ça tarde. Deux jours sans visite. Sam ne sait plus comment la tenir, ni comment la prendre. Elles n'ont presque pas parlé et Root tourne en rond comme un lion en cage. Elle devient folle. Sameen la regarde, impuissante. Puis soudain Root s'arrête dos à la caméra et Sam voit une lueur passer dans ses yeux. Elle se lève et se plante en face d'elle. Il est clair que son interface préférée a un plan et elle meurt d'envie de le découvrir. Mais elle ne s'attendait clairement pas à ça. "Frappe moi", lui dit Root en ne remuant que les lèvres. Sameen fronce les sourcils. Root est carrément en train de la supplier du regard.

- Root, je … commence-t-elle en hésitant.

Mais elle n'a pas le temps de finir, de refuser ni d'émettre une quelconque objection que Root la repousse brusquement.

- OH TOI LA FERMES, lui hurle-t-elle.

La rage feinte est inscrite sur son visage et Sam reste une demi seconde pétrifiée avant d'entrer dans le jeu et de réafficher un air neutre et froid. Elle fait confiance à Root et ce quoiqu'il arrive. Elle ne comprend cependant pas son plan, mais peu importe, elle ne comprend jamais les plans de Root sur le coup, mais il y a toujours un objectif bien précis, et Sameen lui obéit sans hésiter. Comme aujourd'hui d'ailleurs et cela même si elle n'est pas guidée par la Machine. Root ressent aussi cette confiance alors que Shaw lui répond et elle lui sourit de manière imperceptible.

- Qu'est ce qui te prend ? lui réplique Sameen. T'as grillé un fusible !

- C'est à cause de toi si on est là Louisa et moi, lui crache Root.

- Je ne t'ai pas demandée de venir il me semble.

Sam jette un regard vers la caméra avant de se tourner à nouveau vers Root. Elle agite ses deux mains en signe d'apaisement.

- S'il te plait, lui dit-elle tout bas sachant que Samaritain l'entend, est ce que tu veux bien la fermer ?

- Pourquoi ? lui claque Root dans un rire sans joie. Tu la fermes assez bien pour nous deux.

Elle lui envoie un regard de reproche.

- Remarque que ça dépend avec qui, ajoute-t-elle rageusement. J'ai pas un mot depuis deux jours mais avec la blonde tu discutes.

Elle marque une pause

- Tu Travailles pour eux, dit Root d'un ton de profond dégoût. Je pensais que l'implant n'était qu'une erreur, un moment de faiblesse, mais en fait tu … Martine me l'a dit.

Elle s'arrête et Shaw soupire d'exaspération sous son regard.

- Je t'en prie me regarde pas comme si je t'avais trahi, lui réplique-t-elle sur un ton accusateur.

- Oh non, rit Root. Pour trahir il faut agir toi tu es restée plantée là à les regarder me droguer et délirer.

Et sans prévenir Root lui envoie son poing aux doigts valides contre la tempe. Elle a frappé fort et Sameen est un instant sonnée. Quand elle reporte son attention sur Root elle peut voir de l'inquiétude et même un air désolé au fond de ses yeux. Et elle sait comment réagir. Après tout c'est Root qui le lui a demandée. Et elle lui fonce dessus. Elle la projette à terre et commence à la frapper durement au visage. Root hurle un instant en se débattant et puis plus rien. Son visage retombe sur le côté, masqué par ses yeux. Quand Sameen se relève, elle entend une alarme se déclencher. Elle est perplexe. Pourquoi une telle mascarade bon sang ? Alors que l'infirmière qui s'occupe d'elle ainsi qu'un agent entrent dans la pièce, Sam espère que le plan de Root est solide. L'alarme s'arrête et l'agent la plaque contre un mur, mais elle ne bouge pas et ne lui résiste pas. L'infirmière, elle, se précipite vers Root et dégage les cheveux de son visage. L'interface ouvre alors les yeux profondément ravie, alors que la femme fronce les sourcils.

- Vous allez bien ? lui demande-t-elle perplexe.

- Très bien merci, lui répond Root.

Elle l'attrape au niveau de la gorge et la plaque au sol alors qu'elle hurle. L'agent qui tient Shaw se tourne vers elles totalement déstabilisé par la tournure de l'affaire. Et Sameen réagit vivement. Un coup dans le ventre, un coup dans le visage et un coup dans l'entrejambe et il s'effondre à terre inconscient. Le temps qu'elle lui prenne ses armes, Root s'est relevée en trainant l'infirmière et la rejoint. Sameen lui lance un couteau qu'elle plaque sous la gorge de la femme désormais apeurée. Sameen pourrait presqu'avoir pitié d'elle si elle ne savait pas tout ce qu'elle a cautionné ici par son silence. Elle ne ressent que du mépris pour elle.

- Où est ma fille ? demande Root d'une voix froide sans appel.

La femme déglutit, l'alarme recommence alors à hurler. Et Sameen force Root à sortir de la pièce. Des agents vont arriver et il faut se tirer très vite. Elle n'ose même plus espérer que ce soit sa chance, elle réagit juste en conséquent comme une automate. Elles se mettent à courir dans le couloir en trainant la femme avec elles. Puis tout à coup on leur tire dessus. La femme hurle et Sam réplique. Elle ouvre une porte et débouche sur l'escalier. Vu que la dernière fois monter ne lui a pas réussi, elle décide de descendre. Root la suit sans discuter, trainant toujours son inconfortable bagage avec elle. Elles arrivent à une sous sorte de sous sol poussiéreux, humide et sombre qui sent le moisi. Elles n'entendent plus personne derrière elles, et Root en profite pour poursuivre son interrogatoire. Elle respire pourtant mal.

- Où est ma fille ? répète-t-elle en la menaçant d'un couteau.

- Je … je ne sais pas, je vous le jure, murmure la femme morte de terreur.

Mais Root sait qu'elle lui ment. Elle ne ressent même plus aucune douleur dans son corps. Sam a cependant vu et elle s'approche d'elle.

- Dis moi où elle est ou je te saigne comme un porc, lui dit Root lui voix froide.

La femme lâche un sanglot étouffé.

- Root, l'appelle doucement Sameen.

La grande brune relâche la pression sur leur otage et se tourne vers Shaw, furieuse d'avoir été interrompue alors que l'autre saleté allait parler.

- Quoi ? lui aboie-t-elle à moitié.

- Tu saignes, l'informe simplement Shaw en lui montrant sa hanche.

Root baisse les yeux et relève son pull ensanglanté pour s'apercevoir qu'elle a raison. Elle a été touchée, merde. Comme si voir la blessure la rendait soudain réelle, elle ressent la violence de la douleur qu'elle lui inflige et s'écroule en gémissant, sa jambe ne supportant plus son poids. Sameen la rattrape dans ses bras et l'infirmière en profite pour tenter de s'échapper.

- Vous, vous ne bougez pas, lui ordonne Shaw en la pointant de son arme.

La femme s'immobilise et regarde Sameen allonger Root sur une caisse en bois pour pouvoir l'examiner.

Elle donne l'arme à Root.

- Tiens la en joue que je puisse te rafistoler, lui explique-t-elle devant son air interdit.

Root se tourne vers la femme.

- Assise, lui ordonne-t-elle en pointant son arme sur elle.

Elle s'exécute et tente d'engager la conversation.

- C'est pas très joli, commence-t-elle. Je peux peut-être regarder, je suis médecin et …

- Médecin ? raille Sameen dans un rire sans joie tout en continuant d'ausculter Root. Pff tu parles. Bouchère plutôt, oui.

Root sourit malgré la douleur à sa réplique sans quitter l'infirmière des yeux. Elle voit avec plaisir ses épaules s'effondrer. Quelle est conne ! Si elle pensait pouvoir les avoir ainsi ! Surtout après ce qu'elle avait fait ou même pas fait en fait.

- Je peux quand même regarder, tente-t-elle à nouveau. J'ai de l'expérience et la balle …

- Plutôt crever que vous posiez vos mains sur moi, lui crache Root en l'interrompant à son tour. Maintenant fermez la ou je vous butte c'est clair ? La seule qui s'occupe de moi c'est elle.

La femme baisse les yeux et ne dit plus un mot. Root lâche un gémissement de douleur alors que Sameen tâtonne la plaie.

- Diagnostique docteur Shaw, demande l'interface en serrant les dents.

Sameen la regarde mais ne lui répond pas.

- C'est si laid que ça ? devine Root.

- Je ne sais pas, lui avoue Shaw. Je n'ai rien pour soigner et je ne sais pas si c'est profond, si les dégâts internes sont importants. Tu perds beaucoup de sang.

Root acquiesce au résumé de Sameen. La situation n'est clairement pas brillante. Elles n'avaient pas Louisa, elles étaient toujours coincées dans ce bâtiment, elles n'avaient qu'un flingue au chargeur presque vide et une otage dont elles savaient que Samaritain se moquait et qu'Il n'hésiterait pas à sacrifier, et enfin elles savaient que de nombreux agents armés allaient leur tomber dessus d'ici peu. Charmant !

Pourtant hors de question de se laisser attraper, il fallait trouver une solution et vite. Root leva la tête sur Sameen. La voilà sa solution. Shaw avait été médecin sur le front, elle devait savoir se débrouiller avec presque rien.

- Fais pour un bien alors, j'ai toute confiance en toi.

Shaw écarquille les yeux. Le compliment lui va droit au cœur mais comment accomplir un tel miracle ? Sans compter que si elle se plante, c'est Root qui risque d'y passer. Elle observe autour d'elle mais il n'y a rien. Il faudrait un truc tranchant pour agrandir la plaie, sortir la balle et examiner les dégâts. Le tout sans anesthésie, putain Root allait déguster un max. Mais vu la détermination dans ses yeux et dans ses paroles, il était clair que c'était le dernier de ses soucis. Shaw a soudain une lumière.

- Le couteau, exige-t-elle.

Root comprend aussitôt et le lui tend sans hésiter puis elle serre les dents.

- Ça va faire mal comment ? demande-t-elle.

Elle se sait stupide mais elle n'a pas pu s'en empêcher. Shaw la regarde sincèrement désolée.

- Je ne vais pas te mentir Root, ça va te faire mal. Vraiment ça va te faire un mal de chien et je suis désolée par avance.

Root acquiesce.

- Vas y, lui ordonne-t-elle.

Et Sameen commence. Elle tente de faire abstraction des hurlements de douleur que Root étouffe tant bien que mal dans la manche de son pull. Pourtant ils la traversent comme une lame brulante, mais elle ne s'arrête pas. Root finit pas s'évanouir. Sameen a extrait la balle, elle a ouvert un minimum vu qu'elle n'a rien dans l'immédiat pour refermer. De ce qu'elle voit la balle n'a touché que du muscle en s'y enfonçant comme du beurre. Mais Root saigne vraiment trop, une artère a surement été touchée. Et Sameen doit arrêter l'hémorragie. Mais elle n'a ni aiguille ni fil. Elle se lève de rage et observe pour trouver quelque chose d'utile. Si elle ne fait rien Root va se vider de son sang. Mais tout ce qu'il y a ici ce sont des caisses en bois vides et des tas d'autres trucs inutiles. Elle revient vers Root pour faire pression sur la blessure. Elle déchire les manches de son pull et les enroule autour de la plaie pour limiter au maximum l'hémorragie. A peine a-t-elle finit que Root se réveille en gémissant douleur.

- Où elle est ? demande-t-elle alors.

Shaw ne réagit pas tout de suite, mettant cela sur le compte d'un délire dû à la douleur. Mais Root insiste en observant un point derrière son dos et Sam se tourne pour regarder à son tour. L'infirmière n'est plus là, elle a profité de l'inconscience de Root et de la concentration de Shaw pour se tirer.

- Et merde, jure Shaw.

Elle se lève et force Root à faire de même malgré son état.

- Appuie là très fort, lui ordonne-t-elle. Il faut se tirer et vite. Viens.

Sameen enroule un bras de Root sous son cou et la porte à moitié.

- Allez Root, l'encourage-t-elle.

Mais l'interface a vraiment trop mal. Elle serre les dents à chaque pas. Elle tient pourtant bon et se force. Mais ses gémissements de douleur sont atroces et Sameen n'y tient plus. Elle la voit sur le point de défaillir à nouveau, et elle l'assoit au sol dos au mur.

- On va faire une pause, lui murmure-t-elle.

Elles sont dans une zone sombre et Sam observe les alentours d'un air inquiet. C'est trop calme, ils devraient déjà être là. Elle commence à se sentir mal, à respirer de façon précipitée en repassant tout dans sa tête pour faire le point, pour tenter d'identifier ses actions comme vraies ou fictives. Et si tout avait été prévu encore une fois et qu'elle se laisse à nouveau manipuler. Et si c'était encore une de leur saloperie de simul …. Non ! C'est réel, elle doit se forcer à le croire sinon elle va définitivement devenir dingue. Root émet un sifflement de douleur et Sam s'accroupit en face d'elle. La grande brune se force à focaliser son regard sur elle pour penser à autre chose qu'à sa douleur. Elle remarque immédiatement le trouble de Sameen, plongée dans ses noires pensées, bien qu'elle tente de le lui cacher, assez habilement d'ailleurs. Mais Root la connait trop bien.

- Tu vas bien ? lui demande-t-elle inquiète.

C'est clairement pas le moment qu'elle décroche comme la dernière fois. Sam reprend immédiatement pied avec l'instant présent, comme si les paroles de Root agissaient tel une ancre la replongeant dans la réalité, ou du moins dans ce qu'elle se décide de croire comme telle. Root affiche une moue douloureuse en gémissant. Elle retire la main pressée sur sa hanche blessée. Cette dernière est imbibée de son sang tout comme le pull enroulé autour de sa plaie. Sameen fronce les sourcils et se mord les lèvres en se penchant vers elle pour examiner les dégâts.

- C'est plutôt à moi de te demander ça, lui réplique-t-elle.

Elle passe une main sur le front humide de sueur de sa patiente. Elle a de la fièvre et elle perd trop de sang. C'est vraiment pas bon. Root voit son air inquiet.

- Il faut y aller, décide l'interface qui refuse d'être un boulet à trainer.

Elle fait mine de se relever et étouffe un cri de douleur. Sameen la repousse doucement au sol.

- Pas tout de suite lui murmure-t-elle doucement.

Root obtempère, elle souffre trop.

- On est des cibles trop faciles si on reste statique, lui objecte-t-elle pourtant.

- Ça va, la rassure Sameen. Il n'y a personne en vue pour l'instant.

Root fronce les sourcils et regarde autour d'elle. Elle non plus ne trouve pas ça normal. Et soudain elle comprend.

- Pas de caméras, réalise-t-elle en observant le plafond.

Sam acquiesce distraitement. L'inquiétude et l'angoisse se peigne sur son visage. Un silence s'installe mais pour Root il est assourdissant. Elle lit sur le visage de Shaw que ça s'annonce mal.

- Je vais crever pas vrai ? claque-t-elle d'un vois saccadée par sa respiration rendue haletante par la douleur.

Sam trésaille. Root n'avait été ni triste ni en colère en posant cette question. Elle voulait juste sincèrement savoir. Elle la regarde intensément, mais Sameen est incapable de croiser son regard.

- Non, chuchote-t-elle dans un souffle, les yeux rivés sur la plaie qu'elle fait mine d'examiner.

Elle déglutit mal.

- Me mens pas, lui crache Root plus agressivement.

Ça a l'effet escompté. Shaw lève les yeux et la regarde enfin.

- Si je dois clamser, dis le moi.

A la fois forte et suppliante, ainsi assise dans la pénombre, ses cheveux bouclés relâchés qui lui tombent en cascade sur le dos et ses yeux tellement expressif et au message si clair. Malgré son état, elle est belle, vraiment très belle. Cette pensée frappe Sameen en plein estomac lui coupant le souffle. Elle sent une vague de désir monter en elle, une chaleur intense et dévorante qu'elle n'avait pas cru pouvoir à nouveau ressentir un jour après tout ce que la blonde et Lambert lui avait fait. Son cœur s'accélère et Sameen se mord d'une canine la lèvre inférieure. La réponse de Root est immédiate, un sourire se dessine sur ses lèvres et elle passe une main derrière la nuque de Shaw. Et bien que ce ne soit ni le lieu, ni le moment, ni l'endroit, elles s'embrassent. Sameen se laisse faire. Elle en a trop besoin, elle en a trop manqué, elle en a trop envie, autant que Root. Cette dernière est douce et délicate dans leur baiser et l'ancien agent de l'ISA se laisse aller. Le baiser leur vide la tête au moment même où leurs lèvres se rencontrent enfin après avoir été trop longtemps séparées. Et rien ne compte plus en dehors d'elles à cet instant. La chaleur et le bien que ça leur procurent est indescriptible, magnifique, délirant et apaisant à la fois. Sam en ferme les yeux de contentement et l'approfondit au grand plaisir de Root. Que ce soit une simulation ou non, Sameen s'en fiche, il y a longtemps qu'elle ne s'est pas sentie comme ça, si noyée dans le bien être, si shootée à Root en fait. Elle est si bien, … jusqu'à ce qu'elle se souvienne qui l'a embrassée et touchée la dernière fois. La haine, l'envie de vomir, la tristesse et la culpabilité de ne rien parvenir à avouer à Root par faiblesse ou par lâcheté, s'insère en Sameen comme un poison et elle stoppe soudain ce baiser si merveilleux. Elle garde les yeux fermés, incapable d'affronter Root. Root qui a senti son trouble, Root qui, quand elle ouvrira les yeux sur elle et ça Sam le sait, lui enverra un regard où se mêleront déception, incompréhension et tristesse. Et Sameen ne peut se résoudre à ouvrir les yeux pour voir ça, jusqu'au moment où une main frêle lui caresse doucement et tendrement le visage, la faisant tressaillir. Root l'observe calmement. Mais sa réaction n'est pas celle à laquelle Shaw s'attendait : Root lui sourit tendrement et dans ses yeux elle ne peut lire que la félicité pour le moment qu'elle vienne de partager. Et elle est soulagée.

Root a tout de suite compris quand Sameen a stoppé leur étreinte qu'elle s'était sentie mal. Et elle l'avait laissée récupérer, respectant son silence. La dernière chose qu'elle voulait c'était de mettre Shaw mal à l'aise. Sa réaction ne l'étonnait pas au fond. Elle en avait bavé ici, mais ça n'expliquait pas tout. Sam lui cachait quelque chose, quelque chose de grave qu'elle n'osait pas encore lui dire, ce petit secret dont avait parlé la blonde. Mais Root ne voulait pas la forcer à le lui avouer. C'était la douceur et non la violence qui marchait avec cette nouvelle Sameen. Hors de question de la brusquer ou de la faire culpabiliser. Elle était déjà assez mal comme ça. Alors elle lui avait souri et ça l'avait rassurée. Sameen avait besoin d'aide, de soutien, mais surement pas qu'on l'enfonce. Sameen se perd un instant dans ses yeux et se souvient tout à tout que Root lui a posé une exigence à laquelle elle n'a pas répondu.

- Promis, lui murmure-t-elle. Je te le dirai. Mais tu ne vas pas mourir, tu m'entends. Tu n'as pas intérêt.

Et elle se lève. Root redescend tout à coup sur Terre sans pourtant perdre son sourire. Ah oui, c'est vrai il faut s'enfuir.

- Il faut continuer pour trouver une sortie.

Root a perdu son sourire. Elle la regarde intensément et fait non de la tête. Sameen sait à quoi elle pense avant qu'elle ne le dise.

- On ne peut pas laisser Lou.

- Tu vas mourir si je ne te sors pas d'ici, lui réplique Sameen, et ça c'est hors de question. Je ne le permettrai pas.

- Je ne pars pas sans elle, réplique Root butée en haussant la voix.

Sameen soupire en baissant les yeux. Elle le savait bien sûr. Elle se mord la lèvre. Convaincre Root allait être compliqué, pire que compliqué même vu la tête de mule que c'était. En même temps Louisa était sa fille.

- Je reviendrai la chercher après, lui promet Sameen en la regardant à nouveau dans les yeux.

Elle y voit les larmes y perler alors que Root secoue toujours la tête.

- Non, chuchote-t-elle. Tu n'arriveras pas à revenir et à t'enfuir une seconde fois seule.

Sameen lui prend ses mains dans les siennes sans la quitter des yeux.

- Je ne serai pas seule. Une fois dehors la Machine nous aidera. … On montera un plan.

Root laisse enfin les larmes couler tout en continuant de secouer la tête.

- Je ne l'abandonnerai pas, jamais, sanglote-t-elle. Tu te rends compte de ce qu'ils vont faire d'une telle information sur elle. Je suis sa mère et je ne peux …

- Si on ne se tire pas maintenant elle n'aura plus de mère du tout, la coupe Sameen sur un ton qu'elle rend dur exprès.

Root pleure de plus belle. Shaw sait qu'elle est affreuse avec elle à cet instant, elle le sent. Mais elle n'a pas le choix, Root est trop bornée, butée et elle n'entendra pas raison. Sa détresse vrille malgré tout les entrailles de Shaw qui ne peut que se calmer. Elle encadre son visage de ses deux mains pour la forcer à la regarder et essuie doucement ses larmes avec ses pouces.

- Je reviendrai, murmure-t-elle d'une voix plus douce. … On reviendra la chercher. Je te le jure. Tu as ma parole.

Elle place sa tête sur son buste et la berce doucement. Root se laisse faire et entoure ses bras autour de son ventre pour l'étreindre.

- Tu as ma parole, répète plusieurs fois Sameen sans cesser le mouvement apaisant.

Elle se redresse et observe Root.

- D'accord ?

Root ferme les yeux alors que les larmes continuent de couleur. Shaw soupire de soulagement. Elles se redressent et Sam la porte à moitié. Elles s'enfoncent dans ce sous sol sombre. Ce dernier est immense et elles y errent un bon quart d'heure avant d'apercevoir une porte, enfin.

Alors qu'elles s'en approchent, une voix retentit dans tout le sous sol par une sorte de mégaphone.

- Maman, l'appelle Louisa. Maman je suis désolée.

Louisa marque une pause. Root et Sameen se sont figées et se regardent. La terreur s'insinuant dans les yeux de la mère.

- Désolée que dans ta vie tu ne sois pratiquement tombée que sur des fous dangereux qui te veulent du mal, achève rageusement Lou.

Root et Sameen entendent une baffe monumentale retentir dans le micro alors qu'ils frappent la petite pour son insolence. Root se raidit mais Louisa n'émet pas un son. La claque étaient plus pour elles que pour la petite. Maintenant ils oseraient la toucher. Ils lui envoie un message clair de ce qui lui a été fait pendant ces deux jours, mais aussi pour lui montrer jusqu'où ils sont prêt à aller. Louisa n'a visiblement pas respecté le texte qu'elle était censée dire.

- Où que vous soyez dans ce sous-sol, mesdames, décrochez un téléphone, ordonne Greer.

Root fronce les sourcils et regarde autour d'elle. Elle remarque contre le mur, des téléphones de secours. Aucun n'avait sonné à leur passage. La Machine ne les a pas contacté parce que … parce que Root le lui a interdit. Hum ou parce qu'Elle n'a pas pu à cause de Samaritain. Ces téléphones doivent être reliés directement à la salle des opérations. Si Root décroche, ils sauront où elles sont. C'était donc ça. Ils ne leur avait pas envoyé d'agents pour les traquer. Ils voulaient qu'elles se rendent d'elle-même, qu'elles plient. Devant leur silence, ils s'impatientent.

- Vous avez précisément cinq secondes avant que je ne lui mette une balle dans la tête, lui dit Martine. Cinq secondes vous m'entendez !

Root respire mal et commence à claudiquer jusqu'au combiné, mais Sameen la retient vivement.

- Arrête, lui ordonne-t-elle.

- Lâche moi, lui crie Root en se débattant.

Mais Sameen tient bon.

- Root, tente-t-elle de la raisonner. Ecoute moi s'il-te-pl …

- NON, hurle-t-elle.

Root continue de se débattre contre Shaw.

- Cinq, murmure Martine.

Root panique pour de bon cette fois.

- C'EST MA FILLE, hurle-t-elle à Sameen. JE NE VAIS PAS LA LAISSER MOURIR.

- Au moment où tu décroches ils sauront où on est.

- JE M'EN FOUS, enrage Root en larme.

- Quatre, continue Martine.

Root se débat de plus belle et Sameen lui fait une clé de bras pour l'immobiliser.

- Réfléchis, lui ordonne-t-elle au creux de l'oreille. Martine ne le fera pas. Elle est son seul avantage.

Root enrage et se débat vivement pour se dégager, malgré la douleur qu'elle ressent.

- Trois, poursuit Martine.

- Sameen , je t'en supplie.

Mais Sam tient bon et ne craque pas à sa supplication. Root respire mal aussi bien sous l'effet de la douleur, de la panique que de son combat acharné pour se libérer de l'emprise de Shaw. Elle s'immobilise soudain.

- Sameen, je suis désolée, lui murmure-t-elle doucement.

Shaw fronce les sourcils et respire amplement sous l'effort qu'elle doit dépenser pour la tenir.

- Pourquoi ?

- Deux, menace Martine.

- POUR ÇA, hurle Root en la frappant d'un coup de coude de son bras libre dans les cotes.

Sameen lâche son emprise sous l'effet de la douleur et Root se dégage. Shaw lui fonce dessus alors qu'elle court droit sur le téléphone. Elles roulent un instant à terre. A contre cœur, Sameen appuie sur sa blessure et l'interface hurle de douleur.

- Un, et attention, chantonne la blonde.

Le bruit de l'arme qu'elle charge retentit.

- NON, hurle Root en larmes.

Sameen la plaque au sol sur le dos et lui tient les mains au dessus de sa tête. Elle lui envoie un regard désespérée. Mais Root, elle, est complètement paniquée, elle se débat comme un lapin prise au piège dans un collet et se fait encore plus mal.

- Zéro.

- Et boum, murmure moqueusement Louisa.

Root pose ses pieds sur le ventre de Sameen qui se tient à quatre pattes au dessus d'elle pour la maintenir en place au sol et elle pousse rudement dessus, la projetant en arrière. Et elle fonce sur le téléphone.

Elle décroche le combiné au moment où le coup de feu retentit.

- LOUISA, hurle-t-elle.

Un silence terrifiant s'installe. Root plaque une main sur sa bouche pour étouffer ses sanglots.

- Tout va bien mademoiselle Groves, lui murmure enfin Greer. Ne vous inquiétez pas.

Elle ne sent pas mieux pour autant et respire toujours aussi mal. Sameen la rejoint et écoute la conversation. Elle n'a rien pu faire pour l'empêcher. Greer semble confirmer que tout ça n'était qu'un bluff. Mais Root n'a juste pas pu supporter et elle a craqué. Sameen ne lui en veut même pas, elle comprend tout à fait une telle réaction. Mais elle aurait aimé qu'elle lui fasse confiance autant qu'elle lui faisait confiance. En même temps si ça avait été Root à la place de Louisa … Mais elle avait été à la place de Root et comme elle, elle avait craqué quand un tireur l'avait menacée elle et sa fille dans Washington Park. Elle n'avait rien à reprocher à Root. Elle aussi aime Lou et était prête à tout pour elle. Ça l'avait déchirée d'entendre le décompte de Martine sans pouvoir rien faire. Elle avait eu une intuition mais n'avait pas été non plus entièrement sûr. Elle s'était basée sur son expérience dans cet endroit, on ne tuait pas si la personne pouvait être utile et Louisa leur était utile pour les attraper elles.

- Tout va bien se passer, continue Greer. Permettez nous, de vous aider. Vous êtes blessée et avez besoin de soin d'urgence.

- Je veux parler à ma fille, exige Root d'une voix brisée. PASSEZ LA MOI ! hurle-t-elle.

Il obtempère. Un bon moyen de la garder en ligne alors qu'ils viennent de la repérer.

- Maman ? appelle Louisa.

Root lâche un profond soupir de soulagement.

- Oh Louisa, murmure-t-elle en s'effondrant au sol.

Sameen la rattrape et l'aide à s'asseoir doucement. Root tient toujours le combiné du téléphone qui pend.

- Qu'est ce qu'ils t'ont fait ? Ça va ?

- C'est ma faute, murmure Louisa. Encore une fois.

- Qu'est ce qu'ils t'ont fait ? insiste-t-elle.

- Rien, je suis toujours là. Tu vois.

Louisa est bizarre et Root fronce les sourcils.

- Ils arrivent, reprend sa fille. Sauve toi.

- Je sais, ne t'inquiète pas. On les attend de pied ferme.

Le message est pour Greer et tous ceux qui les entendent.

- Je t'aime, lui dit-elle. N'oublie jamais ça.

Et elle raccroche. Elle se tourne vers Sameen.

- Tu avais raison.

Shaw fait une moue pour lui signifier que oui.

- J'aurai dû t'écouter, poursuit Root. C'est juste que … je n'ai pas …

Mais elle est incapable de continuer, secouée de larmes. Shaw lui pose maladroitement une main sur chaque épaule.

- Je sais, lui murmure-t-elle simplement.

Elle la secoue un bref instant.

- Si on leur réservait un petit comité d'accueil ?

Root lui sourit enfin de façon espiègle à travers ses larmes et Sameen est heureuse de la retrouver. Elle l'aide à se lever.

Elles les entendent avant de les voir quelques minutes plus tard. Ils ne font même pas l'effort d'être discrets. Par contre elles, elles sont planquées dans l'ombre derrière des pilonnes différents, Root à gauche et Sameen à droite. Root a saisi un tuyau à moitié pourri par l'humidité qu'elle a arraché du mur et Sameen tient l'arme dans ses mains. Elles ont l'avantage de la surprise. Samaritain n'avait pas pris la peine de rénover tout le bâtiment, juste quelques étages qu'Il utilisait et le sous sol n'avait clairement pas été sa priorité. Il devait le regretter aujourd'hui car ses agents avançaient à l'aveuglette dans l'ombre.

Sameen lui fait quelques signes silencieux. Elle a compté douze agents armés qui convergent vers elles. Root acquiesce. Elle se redresse du mieux qu'elle peut au vue de sa blessure qu'elle continue de compresser et serre la barre plus fortement dans sa main gauche en la levant, prête à l'abattre sur le premier crétin qui osera se pointer. Mais elle respectera le plan. C'est Sameen qui doit jouer la première et les surprendre pour qu'ils croient qu'elle a une arme bien chargée. Ils seront d'autant moins francs à se précipiter s'ils savent qu'ils risquent de se prendre une balle.

Root jette un bref coup d'œil derrière son pilonne et se rétracte vivement. Elle fait un signe à Sameen, quatre agents arrivent, munis de lampes torches qui se balancent et balayent le sol à quelques millimètres de leurs cachettes. Ils se sont donc séparés en trois groupes pour couvrir plus d'espace. Ils reçoivent des instructions de Greer qu'elles entendent parfaitement "Ordre d'appréhender les deux femmes mais non de les éliminer. Je répète interdiction absolue de les éliminer, il nous les faut vivantes. Utiliser toutes les forces dissuasives à votre disposition si elles opposent une résistance mais pas de coups mortels ". Root hausse les sourcils "Comme si c'était rassurant" pensa-t-elle tristement. Elle reste immobile et jette un coup d'œil à Sameen qui est entrée dans un état de concentration extrême. Elle a trois balles pour quatre agents. Autant dire pas le droit de se planter. Elles se regardent un instant et décomptent ensemble de trois à zéro sur leurs doigts. Puis Root retient sa respiration quand Sameen bondit hors de sa cachette en courant pour la rejoindre. Son trajet dure moins de quatre secondes, et pendant tout ce temps, elle court en faisant feu sur les quatre agents qui les cherchent. Root la réceptionne en la serrant un bref instant dans ses bras, elle n'a rien. Sam parvient même à lui sourire fièrement quand elle se tourne vers elle. Trois balles tirées, trois hommes à terre. Elle a vu le quatrième se jeter à terre à couvert derrière une caisse. Elles l'entendent respirer comme un bœuf à moins de vingt mètres d'elles. Il est trop con, il leur indique son exact position. Elles, en revanche, son calmes et très silencieuses. Sameen garde son emprise sur son arme désormais vide.

- J'ai besoin d'aide, réclame l'homme. Elles sont proches de la sortie nord. Trois hommes à terre, elles sont armées.

Sameen fait signe à Root de la suivre. Elles se déplacent furtivement jusqu'à un nouveau pilonne plus loin dans l'ombre. Elles s'immobilisent quand elles entendent les renforts arriver. Cette fois-ci ils sont plus prudents, leurs pas sont assurés et précis, presqu'imperceptibles quand ils se rapprochent d'elles. Puis tout devient plus calme comme dans un tombeau. Ils se sont arrêtés.

- Très bien c'est parti pour une partie de cache-cache les filles, murmure joyeusement Martine.

Root et Sameen ne bougent pas d'un pouce. Au son de sa voix elles savent que la blonde n'est pas loin, elle s'approche lentement.

- Vous avez passé l'âge non ?

Elle soupire d'agacement et tire au hasard dans la zone d'ombre pas loin de là où sont planquées Root et Sameen. Si son but était de les surprendre en les faisant sursauter ou crier de peur, elle doit être déçue. Sameen n'a pas bougé d'un millimètre et Root a juste légèrement tressailli.

- Dis moi Root, murmure Lambert, tu serais partie sans ta fille ?

Il lâche un bref rire.

- C'est pas très maternelle comme réaction ça non ?

Sameen sent Root trembler à ses paroles. Shaw lui pose une main sur l'épaule pour tenter de la calmer, puis elle la glisse sur sa main qui tient la barre de fer. Root se ressaisit aussitôt. Elle ne voit pas l'expression de Sameen dans la pénombre, mais elle a compris le message de la petite brune : "Ne les écoute pas et tiens toi prête".

- On n'a même pas eu besoin de Samaritain pour vous trouver, continue Martine.

Elle est désormais tout proche d'elles et les deux brunes se tiennent prêtes.

- On a juste eu à suivre les trainées de sang, continue-t-elle.

- Shaw, murmure Lambert qui est lui aussi tout proche, ne fais pas l'idiote veux tu ? Je te demande de réfléchir à ce que tu fais et dans quoi tu l'embarques. Elle va mourir si on ne la soigne pas et tu le sais.

Il marque une pause. Sameen serre les dents. Ça lui fait mal de l'avouer mais il a raison, Root a besoin d'aide. Elle la sent affaiblie à côté d'elle, pas loin de faire un malaise. Pourtant Root est forte et tient bon en serrant les dents face à la douleur.

- Tu es médecin non ? continue Lambert. Alors je suis sûre que tu dois savoir qu'elle n'a aucune chance au vu de la quantité de sang qu'elle a perdu si elle n'est pas prise en charge rapidement.

Root et Shaw écoutent attentivement tous les sons. Martine et Lambert veulent attirer leur attention sur leur gauche, donc les autres doivent arriver par la droite. Elles sont encerclées et prises au piège. Mais elles ont une chance. Si elles prennent un ou deux agents, elles pourront leur prendre leur flingue et descendre tout le monde. Puis elles iraient récupérer Louisa.

Deux hommes qui s'avancent à pas feutrés passent à côté de leur pilonne et Sameen leur saute dessus. Elle roule à terre avec le premier et finit par l'assommer d'un coup de crosse dans le visage. Pendant ce temps le second la met aussitôt en joue mais ne lui tire pas dessus alors qu'elle se bat au sol avec son collègue. Root se glisse derrière lui et abat sa barre contre son crâne plusieurs fois jusqu'à ce qu'il soit hors d'état de nuire. Mais le remue ménage a attiré les autres et elles se retrouvent encerclées par cinq agents, mais ni Martine ni Lambert ne sont parmi eux. Au centre de ce cercle, elles ne peuvent pas sortir. Ils les menacent tous d'un flingue, mais elles savent qu'ils n'ont pas le droit de les tuer. Personne ne bouge pendant cinq secondes puis Shaw charge comme un taureau sur trois agents en face d'elle. Root fait de même et s'occupe des deux agents qui lui font face.

Sameen abat la crosse de son arme vide dans le visage du premier agent qui s'effondre au sol en hurlant de douleur. Elle est saisi par derrière par un deuxième agent qui la tient fermement.

- Prends son arme, ordonne-t-il au troisième qui lui fonce dessus.

Dés que ce dernier s'approche, Sameen lui envoie un coup de pied monumentale dans la figure qui le fait reculer de trois pas. Et quand il revient, elle utilise ses deux jambes pour lui encercler le cou et elle serre de toutes ses forces. L'homme se débat puis finit par tomber au sol inconscient au bout de plusieurs secondes. Sameen a mis les deux hommes au tapis en quelques minutes mais le troisième lui pose plus de problème. Il continue à la tenir fermement et Shaw a beau se débattre, ce type là sait se battre. Il lui tord le bras jusqu'à presque le briser et Shaw lâche son arme en hurlant autant de rage que de douleur. Elle continue de se débattre, alors que l'arme rebondit au sol.

Pendant ce temps, Root, qui ne peut se servir que d'une main et vu son état de faiblesse, a plus de difficulté. Elle fait tournoyer sa barre de fer et l'envoie dans la tête de l'un des agents qui s'effondre au sol en criant. Le second l'attrape par derrière et elle lui envoie un coup de coude dans le ventre avant de se retourner et de le frapper au visage avec sa barre de fer pour l'assommer. Puis elle fait de même avec le premier qui se tord toujours de douleur au sol. Elle ramasse une arme que l'un des agents a laissé tombé durant leur lutte et se tourne vers l'homme qui tient Sameen. Mais sa lutte acharnée l'a encore plus affaiblie qu'elle ne l'était déjà et elle voit tout tourner, elle sent qu'elle va vomir. Elle tangue un instant et sa vue devient floue. Elle se force néanmoins à rester consciente et quand tout redevient net, Lambert est accroupi prés de Shaw qui est désormais plaquée au sol par l'agent qui la maintenait. L'ordure appuie sur ses doigts fraichement remis en place par Root, mais qui sont encore douloureux et elle gémit de douleur. Et Lambert se relève en regardant Root avec un sourire.

- Ça n'a pas l'air d'aller fort Samantha, lui dit-il.

Root ne lui répond pas. Elle regarde Sameen qui respire vite sous l'effet de la rage alors qu'elle ne peut plus bouger, et soudain elle s'immobilise, inconsciente. Lambert l'a sédatée, elle est seule désormais. Root aussi respire mal autant de peur que de douleur. Elle braque son arme, en tremblant de douleur, sur Lambert qui continue à s'avancer lentement vers elle en riant. Elle lui envoie un regard de haine. Mais où est Martine ? Dans son esprit embrumé lui vient l'idée que le fils à papa anglais veut attirer son attention sur lui et non derrière elle … Elle se retourne vivement et braque Martine qui s'est glissée en silence derrière elle. Juste à temps. La blonde tient une seringue dans une main et son arme dans l'autre. Elle lui sourit largement. Root recule et les braque simultanément tout à tour alors qu'ils s'avancent lentement vers elle. Elle déglutit et tient très mal sur ses jambes qui tremblent sous son poids. Elle voit son sang qui tâche le sol au fur et à mesure qu'elle s'y déplace. Elle doit avoir une tête de morte vivante.

- Doucement, lui murmure Lambert en s'approchant d'elle. Ne te fais pas plus mal que tu …

Root ouvre soudain le feu sur eux en lâchant un cri de rage. Ils se planquent derrière un pilonne et elle en profite pour se cacher dans l'ombre. Elle s'aide du mur pour se déplacer le plus loin possible d'eux, mais elle s'écroule à moitié à chaque pas. Elle respire mal et a vraiment trop mal. Elle se sent dériver. Le monde devient flou et tourne.

- Lâche ton arme, murmure soudain Martine en arrivant par sa droite.

Root fait volte face et la braque aussitôt.

- C'est fini Samantha, murmure doucement Lambert dans son dos. Laisse nous t'aider.

Elle voudrait tirer mais l'arme est trop lourde et presser la détente demande une énergie qu'elle n'a plus. Elle ferme un bref instant les yeux de désespoir et soupire autant de douleur que de haine. Elle recule en les braquant tour à tour. Leurs sourires la font enrager. Elle respire bruyamment, la douleur battant dans ses veines. Tout tourne trop vite autour d'elle. Elle ne voit même pas Martine qui se précipite sur elle pour lui arracher son arme des mains. Root vacille encore debout cinq secondes avant de s'effondrer durement au sol, cédant à la douleur.

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Il devait réévaluer sa stratégie face aux deux femmes. Elles étaient définitivement coriaces. Sameen Shaw n'avait pourtant pas été loin de lui être soumise, mais au contact de Root, elle commençait à lui tenir de nouveau tête. Elle avait à nouveau tenté de s'enfuir, sous l'influence de Root. Il fallait donc les séparer pour les briser et ne les réunir à nouveau que plus tard. Il se rendait compte de son erreur. Il avait voulu les réunir pour les tenir tranquilles, leur montrer sa sincérité à vouloir les engager à son service, leur montrer qu'Il était prêt à leur accorder sa confiance au point de les laisser l'une avec l'autre. Mais le résultat de cette expérience avait été catastrophique. Elles l'avaient trahi et avaient pris la fuite. Heureusement Il avait eu Louisa et Il avait pu les rattraper. Mais Il était furieux. Elles ne comprenaient décidément rien et elles seraient punies pour s'être jouées de Lui.

Il avait cru que le chemin de Sameen vers la soumission était presqu'achevé. Il avait vu leur retrouvaille, quand elle avait dit à Root qu'on ne pouvait pas sortir d'ici, pas Lui échapper. Elle avait enfin compris, mais Root avait en quelques instants ruiné les efforts de plusieurs mois de travail sur Sameen Shaw. Elle l'avait poussée à la révolte et Sameen avait accepté. Il avait cru que Root en voyant la soumission que Sameen Shaw lui vouait pratiquement à ce moment, aurait déjà douté de la Machine, qu'elle aurait déjà commencé à la remettre en question face à la puissance dont Il pouvait faire preuve alors que sa rivale ne ferait jamais le poids. Sameen Shaw est tout de même une femme forte, Il l'a choisie pour cela d'ailleurs. Root aurait dû douter dés qu'elle l'avait vue affaiblie par ses soins. Mais Root vouait toujours un amour et une loyauté démesuré envers la Machine, ne la remettant jamais en question. C'était un problème pour Lui, et en même temps c'est ce qu'Il voulait tant obtenir d'elle. Il avait compté sur l'état de faiblesse dans lequel Il avait plongé Shaw, pour que cette dernière amène peu à peu Root à lui faire confiance, à lui montrer qu'elle n'avait pas d'autre choix que de lui appartenir, tout comme Shaw avait fini par céder. C'est pour cette raison, qu'Il les avait laissé ensemble. Mais il avait sous estimé Root, Il devait bien l'avouer. Et Il avait échoué à la pousser vers lui. Pire Sameen Shaw commençait à lui résister de nouveau. Il était furieux. Il avait été trop vite. Il l'avait sous estimer elle aussi, elle n'était pas encore à lui, il lui restait du chemin à parcourir.

Il fallait les briser séparément.

Et pour cela, Il commencerait par leur faire payer leur évasion qu'Il considérait désormais comme une trahison, surtout venant de la part de Shaw. Il avait prévu quelque chose de spécial pour elle. Il allait la briser une fois pour toute avec une telle nouvelle.

En ce qui concernait Root, la stratégie était déjà en place. Il était moins furieux contre Root, car elle n'était pas là depuis aussi longtemps que Sameen. Il n'avait pas tenu rigueur à Sameen ses premières tentatives d'évasion, mais maintenant Il allait passer à la vitesse supérieure avec elle. Avec Root, Il irait plus en douceur. Il allait y arriver. Il devait mener les deux parties séparément et non pas conjointement comme il l'avait fait. Pour un temps en tout cas. Une concernerait donc Shaw et l'autre concernerait Root dans laquelle sa fille était sa meilleure pièce. Ça n'avait rien d'impossible pour lui. Elles seraient à Lui, ou alors elles ne seraient à personne.

De toute façon, Il lui resterait toujours Louisa. Elle, Il la garderait et la ferait grandir pour la modeler comme Il l'avait désiré. Il aurait alors peut-être avec elle ce qu'Il semblait avoir tant de mal à obtenir de sa mère. Louisa était peut-être la réponse … Mais pour l'instant cette hypothèse n'était pas d'actualité, Louisa changerait en grandissant et il y avait trop d'imprévu à prendre en compte pour ne promouvoir que cette stratégie et éliminer dés à présent Root et Sameen Shaw. Il allait d'abord tout tenter avec les deux femmes. Il serait toujours temps plus tard de les éliminer. La petite était de toute façon intéressante mais ne représentait pas le moindre danger pour Lui, contrairement à Root et à sa mère. C'était donc surtout sur elles qu'Il allait se concentrer.

Il savait que tuer sa mère ne rendrait pas Louisa obéissante, elle le détesterait. Il en était de même pour Root s'Il tuait Sameen et de même pour Sameen s'Il tuait Root. Il était bloqué, mais il voulait les soumettre. En même temps, s'Il en tuait une des deux l'autre serait brisée et soit anéantie, soit enragée. Il ne savait pas. Ses probabilités n'étaient pas fiables, elles étaient toutes les deux trop imprévisibles. Et même si ce côté de leur caractère, forgeant leur résistance, lui plaisait, là tout de suite ça le bloquait. Il n'aurait aucun scrupule à en éliminer une des deux, mais Il devait d'abord savoir si ça aurait l'effet escompté à savoir l'anéantissement et pas l'enragement. Il les voulait soumise mais pas encore plus opposées à lui. Il allait devoir testé, tenter un coup de bluff.

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- MAMAN, hurle Louisa dans le couloir.

Martine la traine sans ménagement alors que la gamine hurle et se débat comme un diable.

- RENDS MOI MA FILLE, ESPECE D'ORDURE, hurle sa mère.

Louisa crie de rage mais Martine ouvre une pièce et la balance dedans. Louisa la reconnait aussitôt, c'est celle où ils l'ont mise pendant plusieurs jours seules sans manger ni boire, celle où ils lui ont fait du mal avec les vidéos sur sa mère.

Avant d'avoir pu se relever Martine a fermé la porte et Lou se retrouve seule dans le noir. Louisa fonce sur la porte et la tape de ses deux mains.

- NAON, hurle-t-elle à pleins poumons.

Elle se tourne vers la caméra qui clignote en rouge dans le noir, sans cesser de frapper la porte.

- LAISSE MOI SORTIR, lui hurle-t-elle.

Elle hurle de rage et tourne en rond dans la petite pièce en frappant tous les murs en béton. Elle finit assise au centre, la respiration précipitée, les mains dans ses cheveux à se balancer d'avant en arrière. Soudain elle se lève, elle va exploser. Trop c'est trop. Elle saute pour tenter d'atteindre la caméra enfermée dans une boule noire en plastique. Elle refuse qu'Il l'observe, mais elle est trop petite et elle finit par renoncer. De rage elle retourne tambouriner à la porte. Ça dure des heures et ses mains finissent en sang, mais elle s'en fiche. C'est l'épuisement qui a raison d'elle. Elle tombe à genoux devant la porte, la respiration saccadée.

Au bout d'un long moment elle se recroqueville dans le seul coin où la caméra ne la voit pas, ou en tout cas partiellement pas. Elle enroule ses bras nus autour de ses genoux qu'elle ramène contre son buste, et elle pose la tête dessus. Elle ne pleure pas, elle est enragée. Ils savent et ça fait vraiment chier. Elle est incapable de dormir pour le reste de la nuit. Elle pense à sa mère et à ses cris déchirants. Pourquoi la lui avait-on enlevé ? C'était pile au moment où il avait su pour son espèce de "superpouvoir" ou ce truc qu'elle avait, qu'elle ne savait pas nommé, et qui la rendait insensible. Mais pourquoi ?

"Réfléchis" s'ordonna-t-elle en se prenant la tête dans les mains. Qu'est ce que cet ordinateur à la noix lui voulait ? En quoi ce truc qu'elle avait bien malgré elle, pouvait l'intéresser ? Il savait que lui faire du mal ne servait à rien désormais, elle ne parlerait pas. En fait elle attendait ce moment avec impatience pour leur rire au nez. Ça allez les faire enrager à un point et elle, elle s'amuserait de leur acharnement si stupide.

Sur cette pensée plutôt agréable, elle affiche un sourire suffisant et attend en observant la porte qu'ils entrent.

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Martine claque la porte derrière elle. Elle n'entend plus l'autre hurler et elle sait que Lambert à régler pour un temps le problème. Au moins ça fait du bien quand l'une des deux s'arrête de gueuler. Elle s'appuie contre le mur en face de la porte de la pièce qu'elle observe et entend la morveuse qu'elle vient d'y enfermer hurler et frapper. Elle ne peut se retenir de sourire. Elle ne connaissait pas le nouveau plan de Samaritain. Une nouvelle stratégie était en place pour Louisa, c'est tout ce qu'Il avait dit. Et Martine espérait que cela signifiait qu'elle allait enfin pouvoir s'occuper d'elle. Elle jubilait d'avance de montrer ça à Sameen et à Samantha. Leurs larmes et leurs cris seront la plus douce musique à ses oreilles. C'est dans cet état proche du rêve extatique que Lambert la retrouve une minute plus tard quand il la rejoint. Elle tourne la tête vers lui sans se décoller de son mur et lui sourit largement comme elle ne l'a encore jamais fait. Et il ne peut s'empêcher de lui répondre par un petit rire. Il se place à côté d'elle contre le mur, les yeux rivés vers la porte où Louisa s'acharne toujours en hurlant.

- Et maintenant ? lui demande-t-il sans la regarder.

- Hum, murmure Martine en secouant la tête pour montrer qu'elle ne sait pas.

Son sourire ne l'a pas quittée. Ils se tournent d'un même mouvement vers Greer quand ils l'entendent venir du bout du couloir. Ils bougent enfin de leur mur. Le vieux est ravi. Samaritain vient de lui expliquer sa nouvelle stratégie. Ils avaient sous-estimé la valeur de la gamine.

- Vous allez avoir le champ libre ma chère Martine, lui dit simplement Greer. Samaritain veut savoir jusqu'où vont les capacités de Louisa dans sa résistance à la douleur.

Ils se tournent un instant vers la porte contre laquelle la petite continue de s'acharner en hurlant de rage, puis se regardent à nouveau avec le même sourire sur les lèvres. Martine avait vu juste, elle est ravie.

- Samaritain veut la soumettre à quelques tests que vous mènerez conjointement, continue Greer.

Devant l'air surpris de Martine, il poursuit.

- Et oui conjointement mademoiselle Rousseau, s'amuse Greer.

Il se met à marcher le long du couloir et ils le suivent alors qu'il continue à leur expliquer.

- Samaritain veut en faire un atout. Au vu de son jeune âge il faut présenter les choses sous un jour positif à Louisa Groves. Je vous fait confiance pour cette partie monsieur Lambert. Vous vous êtes assez bien débrouillé la dernière fois.

Il se tourne vers Martine à sa gauche.

- Mais vous ne serez pas en reste ma chère. C'est vous qui mènerez les tests, ça aura d'autant plus d'impact quand vous les montrerez à Root et à Sameen Shaw. N'allez cependant pas aussi loin qu'avec mademoiselle Shaw. Pas de sévices sexuels sur elle, Il a calculé la probabilité qu'elle en devienne perturbée, instable voir suicidaire à 89,53%. C'est sa seule condition mais sinon vous avez quartier libre.

Si Martine pensait être au comble de la joie, elle s'était trompée. Là elle y était.

- Très bien monsieur.

Et elle s'éloigna. Elle avait un programme à construire pour cette chère Louisa Groves. Et même si elle ne ressentait rien, Samantha et Sameen elles, ressentiraient tout.

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Ils sont entrés le lendemain matin et Louisa les attendait de pied ferme, un sourire mauvais au visage. Lambert le lui rendit aussitôt. Il n'était pas seul, Martine était là. Mais ils ne lui faisaient pas peur. La blonde laisse la porte ouverte et s'appuie sur le mur pour observer. Lambert s'accroupit en face de Louisa. Il pose devant elle une délicieuse assiette de pancakes comme elle les a rêvés, mais elle n'y jette même pas un coup d'œil et continue de le regarder. Elle n'a reconnu la nourriture qu'à l'odeur exquise qu'elle dégage.

- Ça va Lou ?

Elle le regarde envahie d'une haine froide. Mais Lambert sait où appuyer pour qu'elle lui parle, qu'elle craque.

- Je sais que tu es inquiète alors je te rassure tout de suite. Ta mère va bien, elle se repose.

A l'évocation de sa mère, Louisa perd immédiatement son sourire. La colère la fait respirer trop vite.

- Pancakes ? lui propose Lambert avec un grand sourire en lui montrant l'assiette.

Louisa ne lui répond pas et ne réagit pas. Il fait comme la dernière fois, il veut à nouveau jouer au gentil. Elle met un point d'honneur à ne pas entrer dans son jeu. Lambert soupire. Il sait qu'elle a faim et sa réaction le fait vraiment marrer.

- Plus tard alors ? lui propose-t-il avec un large sourire amusé.

Et elle pète un plomb. Dans un profond accès de rage, Lou attrape l'assiette et la balance de toute ses forces vers la porte ouverte. Elle s'écrase en miette contre le mur du couloir, deux crêpes y restent même un instant collées avant de glisser au sol à leur tour. Louisa se tourne à nouveau vers Lambert qui lui sourit tristement. Elle respire littéralement la haine pour cet être humain en face d'elle.

- Quand les choses nous échappe Lou, on réagit de manière stupide comme refuser de manger.

Mais Louisa s'en contre fiche de ce qu'il pense. Elle est furieuse comme jamais et elle ne lui répond pas. Lambert ne s'en focalise pas.

- Je sais que c'est dur pour toi, mais je t'assure que je veux juste t'aider, toi, ta mère et Sameen.

Louisa lâche un rire sans joie, mais elle ne lui parle toujours pas.

- Je suis ce qui se rapproche le plus d'un ami pour toi ici.

Louisa reste pétrifiée à ses paroles. Elle jette un bref regard à la blonde qui l'observe d'une manière vraiment angoissante. Mais Lou se ressaisit vite, et elle ne leur montre que sa colère.

- Et tu sais pourquoi ? lui demande-t-il.

Elle le regarde toujours sans répondre. Elle n'a franchement pas envie d'entendre son avis. Mais il lui donne tout de même.

- Parce que tu es particulière, tu as un don. Tu es très spéciale et il n'y a pas beaucoup de gens spéciaux sur cette planète Lou. Mais toi tu l'es.

Il se penche vers elle mais Lou ne bouge pas d'un millimètre. Elle ne dit toujours rien, mais il fait quand même la conversation. Elle hausse les sourcils et soupire ennuyée. C'est quoi ce délire, tout le monde était particulier et spécial, elle pas plus qu'une autre. Sinon c'était se croire au dessus des autres.

- Samaritain aussi veut être ton ami, reprend Lambert. Il est très intéressé par ce pouvoir que tu as. Et il veut savoir jusqu'où tu es prête à aller.

Louisa fronce les sourcils. Là c'est clair, elle ne comprend rien de rien. Jusqu'où elle était prête à aller, mais ça veut dire quoi bon sang ?

- Le seul endroit où je veuille aller c'est chez moi, lui réplique-t-elle enfin, oubliant sa règle du silence.

Lambert lui sourit plus largement, maintenant que le dialogue est engagé.

- Bien sûr, lui dit-il. Quand on aura fini ça tu pourras rentrer chez toi.

Lou secoue la tête en le regardant. Elle sait qu'il lui ment.

- Je te le promets, insiste Lambert.

- Quand on aura fini quoi ? murmure Louisa qui ne comprend toujours rien.

Il lui sourit franchement et se tourne vers Martine. Cette dernière s'approche doucement et se place à côté de Lambert en face d'elle. Elle sort une lame acérée et l'observe d'un air intéressé sous tous les angles

- Depuis quand tu sais que tu as ce "super pouvoir" ? demande Lambert en imitant les guillemets.

- Je sais vraiment pas de quoi vous parlez, lui réplique Louisa sur un ton léger.

Sans prévenir, Martine l'entaille profondément sur l'avant bras d'un geste vive. Louisa trésaille sous l'effet de la surprise. Lambert lui attrape le bras et appuie deux doigts sur la plaie sanguinolente. Lou se dégage vivement et ramène ses deux bras croisés vers elle.

- Je parle de ça.

Louisa déglutit.

- Alors je répète ma question, depuis quand le sais-tu ?

Louisa lui lance un sourire moqueur en coin.

- Ça ne vous regarde pas.

- Pas pour l'instant, lui concède-t-il.

- Ni plus tard non plus, réplique Louisa.

Il lui sourit de plus belle. Il doit bien avouer qu'elle a un sacré caractère. Mais peu importe, il la manipulera. Et le fait que ce soit plus compliqué l'amuse encore plus.

- Moi, je dirais que tu ne le sais pas depuis très longtemps, mais peu importe poursuit-il en faisant un vague signe insignifiant de la main.

Un silence s'installe et Louisa ne supporte pas son air suffisant. Elle a envie de le frapper, mais bon vu comment elle a lamentablement échoué la dernière fois, ce n'est pas la solution. Elle ne fait pas le poids face à lui, face à eux deux et elle le sait.

- Mais qu'est ce que vous voulez ? finit-elle par lâcher dans un souffle.

- Je répondrai à tes questions si tu réponds aux miennes, lui murmure Lambert.

- Ce que vous avez à me dire ne m'intéresse pas, lui réplique-t-elle.

- Tu es sûre ? lui réplique-t-il.

Louisa lâche un éclat de rire en secouant la tête et Lambert lui sourit toujours autant. Elle n'arrive franchement pas à le déstabiliser.

- Vous n'êtes qu'un menteur et vous ne me direz pas la vérité de toute façon.

- Tu es tellement crieuse, ironise Lambert. Et je suis le seul à qui tu peux parler ici.

Louisa affiche un sourire mauvais et se penche vers lui.

- Je préfère de loin le mur, c'est toujours mieux que de parler à un idiot qui sourit bêtement.

L'air de Lambert ne change pourtant pas. Mais la gamine est sacrément coriace. Il va devoir passer au plan B

- Louisa, reprend-t-il, n'oublie pas que c'est ta mère qui t'a mentie, alors que moi je t'ai toujours dit la vérité.

Louisa en perd son sourire et déglutit. Lambert marque une pause alors que la petite détourne les yeux. Il vient de marquer un point.

- Tu veux savoir ce que l'on veut et bien je vais te le dire, continue-t-il. On veut que tu cesses de te faire manipuler par les mauvaises personnes.

- Alors arrêtez de venir me parler, réplique la petite.

Lambert secoue la tête. Il ne sourit plus et affiche un air désolé. Il lui caresse même le visage d'une main et Lou se recule brusquement dans son coin, mais il continue et ne la lâche pas. Elle lui lance un regard de haine. Il la déstabilise enfin depuis qu'il est entré ici.

- Lou, murmure Lambert sans arrêter son geste, nous ne sommes pas les méchants, je te l'ai déjà dit. Mais tu sais que parfois on doit faire de mauvaises choses pour permettre à une bonne chose de se produire comme sauver une vie. C'est exactement ce que ta mère fait et c'est exactement ce que nous faisons. Rappelle toi ces quatre terroristes que nous avons tué. C'était mal certes, mais combien de personnes avons-nous sauver en les éliminant ce jour là ? Combien de personnes qui sont rentrées chez elles embrasser leurs enfants ? Tu sais que j'ai raison.

- Lâchez moi, lui dit Louisa d'un ton froid.

Lambert retire sa main et lève les deux en signe de reddition en souriant.

- C'est vous qui voulez me manipuler, crache Lou. Ma mère, elle, ne me ferait jamais ça. Elle ne ferait jamais de mal.

Lambert fronce les sourcils un instant.

- Moi, je crois que c'est la personne qui t'a fait le plus de mal dans ta vie au contraire.

Louisa soutient son regard.

- N'importe quoi, réplique-t-elle.

- Vraiment ? Moi je crois qu'elle t'a interdit d'utiliser ton super pouvoir alors que toi tu en avais très envie.

- C'est pas un super pouvoir, lui crache Louisa franchement énervée.

- Mais elle n'a pas voulu t'écouter pas vrai ? continue Lambert sans s'occuper de son interruption. Elle ne te fait pas confiance …

- C'est pas vrai, murmure Louisa en explosant petit à petit de rage.

- … elle ne t'a jamais dit pour ton père, et elle n'a jamais voulu t'emmener en mission avec elle alors que tu en es capable, continue Lambert en la regardant toujours et sans s'occuper de cette nouvelle interruption. Elle te laissait toujours cachée à l'hôtel comme ce fameux soir à Hong Kong.

- Vous vouliez la tuer, s'emporte Louisa en tremblant de rage.

- Et c'est juste parce qu'elle ne te fait pas confiance. Mais nous, on est prêt à t'offrir ça, continue Lambert imperturbable par ces paroles. Et tu pourrais lui montrer ainsi ce que tu vaux.

Louisa fait non de la tête durant tout son discours alors que Lambert parle de plus en plus fort. Il ne s'arrête pas.

- Tu restes cachée tout le temps. Tu n'as aucune liberté et aucune vrai vie en dehors d'elle et c'est pour ça que ce jour-là tu es allée au Washington Park toute seule.

- NON, hurla la petite à bout en se plaquant les mains sur les oreilles.

- Tu voulais te prouver que tu pouvais être libre sans elle, te débrouiller sans elle, poursuit néanmoins Lambert en haussant le ton.

- ÇA SUFFIT, explose Louisa.

Il se tait enfin, ravi de l'avoir amenée où il le voulait. Elle respire mal et trop vite. Son corps entier est tendu et elle le regarde de rage. Lui par contre lui sourit. Louisa continue à faire non de la tête. Etait-ce vrai ? Avait-elle fait cette chose idiote pour se prouver qu'elle pouvait se débrouiller toute seule ? Pour prouver quelque chose à sa mère ? Elle n'a pas voulu ça. Elle est folle de rage.

- C'est vrai, enchaine-t-elle immédiatement sans réfléchir une fois qu'il l'a fermée. Je trouvais ça cool mais elle, …. elle n'a pas voulu que je m'en serve. Elle n'a pas compris pourquoi j'ai brulé mon bras ce jour là pour vérifier et être sûre. Mais c'est pas ….

Elle s'arrête brusquement incapable de continuer. Elle tente de calmer sa respiration, mais les larmes entrent désormais en scène sans qu'elles puissent les retenir.

- C'est pas parce qu'elle ne me fait pas confiance, finit-elle enfin. C'est juste parce que c'est pas un super pouvoir. Elle veut juste que je ne me fasse pas du mal.

- Mais tu ne peux pas te faire du mal Lou ! objecte calmement Lambert. Donc tu vois elle t'a encore mentie.

Louisa ne lui répond pas mais ses paroles la frappent de plein fouet. C'est vrai ça elle ne peut pas se faire de mal. Elle tente de les ignorer, de se rappeler qui ils sont, ce qu'ils font à sa mère et à Sameen.

- Samaritain veut t'embaucher comme agent, continue Lambert. Il te trouve très intéressante par ton caractère, tes capacités et ce don que tu as.

Il marque une pause et Louisa le dévisage un instant.

- J'ai que six ans, objecte-t-elle.

Lambert sourit alors qu'il vient de capter toute son attention. Il avait vu juste encore une fois. Les enfants se sentaient souvent incompris quand ils étaient en colère contre leurs parents. Et Louisa était encore fâchée que sa mère ne lui ait rien dit sur son père, il avait juste appuyé sur le bon bouton.

- Tu crois que ça le gène ? rit Lambert. Son interface est un enfant de neuf ans. Contrairement à ta mère et à la Machine, Samaritain se fiche de l'âge pour faire confiance. Il te tend une main. Cette offre qu'il te fait, personne d'autre ne te la fera, mais ça tu le sais déjà pas vrai ? Ta mère est butée.

- Elle m'aime, murmure Louisa.

- Je n'en doute pas, confirme Lambert. Mais elle doit apprendre à te faire confiance autant que toi tu lui fais confiance. Elle doit arrêter de te voir comme une petite fille incapable de se débrouiller seule.

Louisa appuie sa tête sur le mur et réfléchit. C'est vrai que sa mère ne comprenait pas, ne voulait pas comprendre quand elle l'avait suppliée de la laisser aller avec elle botter les fesses des méchants, quand elle l'avait suppliée de lui apprendre à se servir d'une arme. Elle l'aimait mais ne lui faisait pas confiance c'était un fait. Elle lui avait caché de nombreuses choses. Louisa avait eu un réel besoin d'agir, d'aider avec la disparition de Sameen et ça sa mère ne l'avait pas compris.

Lambert jubile alors qu'il voit ses paroles avoir l'effet désiré sur elle jusqu'à ce que Louisa le regarde froidement.

- Allez au diable, lui crache-t-elle.

Même si dans tout ce qu'il a dit, il y a du vrai, Louisa refuse de se laisser encore une fois manipuler comme la dernière fois. Elle a compris qu'il veut encore une fois la monter contre sa mère. L'embaucher ? A six ans ? Sa mère avait raison, Samaritain était fou. Elle s'est vaguement imaginée à son service pendant une demi seconde. Et elle a vu en face d'elle ce qu'elle deviendrait. Un monstre armé qui tue et torture sans discernement. Alors elle n'a pas cédé.

A sa phrase Lambert n'a perdu ni son sourire ni son air assuré. Mais il était clair qu'elle ne lui faciliterait pas la tâche. Il allait devoir tenter autre chose.

- Tu finiras par comprendre peu à peu, reprend-t-il. Mais en attendant, on doit commencer.

Et il se tourne vers Martine.

- Commencer quoi ? s'inquiète Louisa alors qu'ils se relèvent.

- Ton entrainement, lui répond Lambert.

Louisa fronce les sourcils. C'est quoi ce nouveau délire ? Mais elle n'a pas le temps de l'interroger plus. Martine l'attrape par surprise et Louisa se débat vivement. Alors elle la saisit plus fermement.

- Allez la merdeuse, lui murmure-t-elle.

Louisa la frappe en plein visage et Martine réplique par une baffe monstrueuse, mais Louisa s'en fiche et ne s'arrête pas. C'est un vrai diable et la blonde finit par la plaquer au sol sur le dos en lui tenant les mains.

- Calme toi, lui dit-elle bien qu'elle s'en fiche un peu.

Louisa continue pourtant de se débattre. Au fond que Louisa remue ou ne bouge pas, ça ne change rien pour Martine. Elle va l'éplucher comme un fruit mûre, elle a cependant des ordres, elle ne doit pas l'abimer en surface. Elle lui lâche une de ses mains pour affermir sa prise sur sa lame et Louisa essaye aussitôt de la repousser.

- Louisa si tu ne te calmes pas je risque de te défigurer à vie.

Mais Lou s'en fiche. Elle ne se laissera pas faire. La blonde est folle et elle le sait. La gamine tente de la frapper de sa main libre mais on la retient alors qu'elle la lève. Elle se tourne pour voir Lambert qui l'a attrapée.

- Stop, lui dit-il. Ça suffit. Lou arrête.

Mais Lou n'arrête pas pour autant et hurle de rage.

- Ça ne te fera pas mal et tu le sais. On doit juste vérifier à quoi tu peux résister au juste. Ça ne sera pas long si tu te laisses faire, et en plus ça t'éviterait d'avoir de très laides cicatrices car on pourrait faire des incisions plus précises.

Mais Louisa ne l'écoute qu'à moitié et ne cesse pas de remuer et de leur cracher sa haine.

- Très bien, reprend Lambert. On arrête, continue-t-il à l'adresse de la blonde.

Elle tourne la tête vers lui et Lou peut voir qu'elle est furieuse. Mais la blonde le regarde un instant et finit par se lever. Ils la lâchent tout les deux au grand soulagement et à la grande surprise de Lou qui se redresse assise au sol. Elle les regarde sortir de la pièce, la respiration saccadée par sa lutte. Lambert s'arrête à l'entrée et se tourne vers elle. Il affiche un air désolé.

- Tu ne nous laisse pas le choix, murmure-t-il déçu. On va devoir aller s'occuper de Sameen et de ta mère avec ça.

Lou en reste pétrifiée sur place.

- Non, murmure-t-elle faiblement. Pourquoi vous faites ça ?

- Je te l'ai dit, lui explique-t-il patiemment. Samaritain veut vous embaucher, mais vous êtes toutes les trois trop en colère pour vous rendre compte de cette chance qu'Il vous donne.

- Non, réplique Louisa plus fortement cette fois. Pourquoi vous voulez leur faire du mal encore ? Je croyais que c'était sur moi que vous vouliez vérifier je sais pas trop quoi.

- C'est vrai, lui accorde Lambert. Mais je pensais que tu serais moins têtue qu'elles, plus raisonnables pour toi et pour elles. Je me suis trompé visiblement. Tu te fiches de ce qu'il peut leur arriver.

Et il tourne les talons. Louisa se lève d'un bond.

- Attendez, crie-t-elle.

Lambert affiche un air surpris et ouvre à nouveau la porte pour lui faire face. Il sait qu'il a gagné. Ça n'avait pas été un réel risque. Il la manipule aussi facilement qu'un jongleur manipule ses balles de jonglage. Martine sourit largement. Elle avait cru tuer Lambert tout à l'heure quand il lui avait dit d'arrêter alors qu'elle n'avait pas commencé. Et puis elle l'avait regardé et avait compris. Bien sur la gamine devait accepter de se laisser faire. Il avait d'abord voulu la convaincre en lui montrant qu'elle était spéciale, mais ça n'avait pas marcher. Ça elle s'en fichait visiblement éperdument, elle ne se sentait pas particulière. Puis Lambert avait joué la carte de la confiance que sa mère refusait de lui accorder, et ça, ça l'avait déstabilisée un temps, mais Louisa s'était ressaisie et l'avait envoyer bouler dans les orties. Alors évidemment, il ne restait plus que la carte du chantage affectif pour la faire céder, exactement comme la dernière fois avec Sameen et le pic à glace.

Ils se tournent tous deux vers elle. La gamine se mord la lèvre et regarde le sol. Elle a beau réfléchir, il n'y a pas d'autre option que celle-là. Elle ne veut pas qu'on leur fasse du mal et elle, de toute façon, ne sentira rien. Mais comment être certaine même en leur cédant que sa mère et Sameen seraient épargnées?

- C'est pas la peine de leur faire du mal, dit-elle d'une petite voix. Faites moi ce que vous voulez je m'en fiche. Mais promettez moi que vous ne leur ferez rien si je vous obéis.

Ils se sont regardés un instant pour changer un regard ravi avant d'entrer à nouveau dans la pièce.

- Je te le promets, murmure Lambert, et tu sais que je ne te mens pas, que tu peux me faire confiance.

Louisa le regarde d'un air abattu, franchement pas convaincue.

- Rappelle toi la dernière fois, précise Lambert, tu m'as dit que tu vivais dans Brooklyn et je t'ai laissée avec Sameen comme promis.

Louisa déglutit en repensant à ce jour. Martine s'approche à nouveau d'elle et elle recule de peur jusqu'à être dos au mur. Là tout de suite, elle a peur d'elle, pas pour la douleur qu'elle ne peut pas lui infliger, mais parce qu'elle se souvient de la phrase de sa mère. Ça n'était pas un super pouvoir ni un jeu, elle pouvait en mourir. Pourtant elle ne bouge plus et se laisse faire sans les regarder. Elle laisse son regard fixé sur le sol qui se tâche petit à petit de son sang, tandis que la blonde lui saisit un bras après l'autre pour y enfoncer sa lame dans de profondes coupures. Louisa reste de marbre. Et ils finissent par arrêter au bout de plusieurs minutes. Elle lève les yeux vers eux et les voit lui sourire.

- Tu vois, lui murmure joyeusement Lambert, ça n'était pas si terrible.

Elle les dévisage quelques secondes avant d'exprimer ce qu'elle ressent pour eux.

- Vous êtes tous complètement fous, dit-elle d'une voix où résonne sa colère. Une bande de ravagée !

Ils lui sourient largement et ouvrent la porte pour laisser entrer un femme qu'elle connait, la fameuse infirmière. Cette dernière passe les prochaines minutes à lui recoudre les bras et à les lui bander. Lambert l'avait arrêtée quand elle avait voulu l'anesthésier, lui affirmant que ce n'était pas nécessaire avec elle. La femme ne la regarde pas et Louisa en enrage, elle la fixe méchamment. L'autre ne peut pas ignorer sa haine même si elle ne pose pas les yeux sur elle, elle doit bien sentir la colère qu'elle irradie.

- Pourquoi vous faites ça ? lui demande-t-elle soudain.

La femme trésaille mais ne la regarde toujours pas. Louisa n'est pourtant pas prête à la laisser filer si facilement. C'est une adulte et elle doit faire face à ses responsabilités.

- Eux je peux comprendre ils sont fous à lier, poursuit-elle en désignant Lambert et Martine de la main, mais vous ? Vous êtes censés soigner les gens.

Elle dégage vivement son bras faisant tombé le fil et l'aiguille avec laquelle la femme était en train de la recoudre.

- Mais vous ne soignez pas, poursuit Louisa folle de rage. Vous acceptez tout ce qu'ils me font, tout le mal qu'ils ont fait à Sameen. Et vous n'avez rien fait, vous ne l'avez pas aidée. Et je sais que vous n'êtes pas là non plus pour m'aider.

Elle marque une pause alors que la femme la regarde enfin. Elle n'affiche aucune tristesse, aucun regret, juste rien. "Elle s'en fiche", réalise alors Louisa et sa colère monte encore d'un cran.

- Cassez vous, lui crache-t-elle folle de douleur et de colère.

Elle avait cru pouvoir lui faire ouvrir les yeux, la faire culpabiliser pour … elle ne savait pas trop, peut-être pour qu'elle l'aide. Mais l'autre est comme eux. Elle se tourne vers Martine et Lambert, ne sachant pas quoi faire face à l'attitude de la petite. Mais ils sourient en observant la scène et la femme comprend qu'elle devra se débrouiller seule. Elle se tourne vers Louisa qui la regarde toujours furieuse.

- Donne moi ton bras, lui ordonne-t-elle en ramassant son aiguille.

- Allez vous faire foutre, lui crache Louisa dégoûtée.

La femme a un mouvement de recule sous l'effet de l'insulte.

- Ce n'est pas moi qui ai fait ça, tente-t-elle de se justifier en montrant les coupures. Et ce n'est pas si terribles si tu es insensibles à la douleur alors …

Putain, Louisa secoue la tête en riant. Elle est infirmière et elle lui sort que ce qu'on lui fait n'est pas grave.

- Vous n'êtes pas stupides, lui réplique Louisa. Vous êtes juste une lâche.

Elle marque une pause. Elle est heureuse de voir la femme serrer les dents, elle vient de l'atteindre.

- Vous savez que ce qu'ils me font, que ce qu'ils nous font est grave pour notre santé, mais vous avez peur de mourir. Alors pour sauver votre vie vous regardez ailleurs.

La femme la dévisage furieuse mais Lou ne baisse pas les yeux. Elle sait qu'elle a raison.

- Maintenant vous devez assumer, achève-t-elle.

La femme lui attrape le bras de force et finit de recoudre. Elle se lève et sort en même temps que les deux autres.

Louisa se réveille au milieu de la nuit dans le noir alors que son ventre émet un grondement bruyant. Elle a faim, vraiment faim. Elle commence à regretter d'avoir jeté les crêpes, mais elle n'avait rien voulu accepter d'eux. Elle ressent le froid de la pièce et s'entoure de ses bras pour se réchauffer. Elle ferme les yeux et pense à sa mère en pleurant. Puis elle finit par se rendormir. Quand elle se réveille à nouveau, ils sont là à l'observer calmement et elle se relève vivement. Martine est venue avec un sacré matériel posé sur une table qu'elle a dû amener avec elle car ça n'y était pas la veille. Lambert s'approche d'elle.

- Bonjour Lou, murmure-t-il gentiment. On peut continuer ?

Elle fronce les sourcils d'incompréhension. C'est pas fini ? Puis la blonde s'est approchée d'elle doucement et Louisa n'a pas bougé cette fois. Elle a un marché avec Lambert alors elle ne bouge pas. Ça dure bien plus longtemps aujourd'hui, des heures en fait.

Martine s'acharne sur sa main droite. Elle lui en arrache tous les ongles comme pour être certaine que la dernière fois, elle simulait bien. Puis elle saisit un marteau et l'abat sur ses doigts pour les lui briser. Louisa ne la regarde pas et affiche un air profondément ennuyé qui agace Martine. La blonde continue même si elle n'y trouve aucun plaisir. La petite ne bronche pas d'un cil et rien ne semble l'atteindre. Elle espère prendre davantage son pied quand elle montrera les images à sa mère et à Sameen. D'ailleurs elle lui manque celle-là. Elle l'avait eu rien qu'à elle pour trois longs jours, puis Samaritain avait demandé à ce qu'elle soit enfermée avec Root. Ils voulaient voir leurs réactions face à la perte de la petite et leurs interactions, mais pour l'instant ça aussi c'était décevant, elles ne parlaient presque pas, ne se touchaient pas non plus. Martine avait au moins souri sur ce point, Shaw laissait une distance avec Samantha, ne semblant pas pouvoir ne serait-ce que s'approcher d'elle. Elle avait vraiment fait un bon travail sur elle. Et ça avait été bien plus amusant que celui-ci. Pourtant les ordres sont les ordres et Martine obéit.

Elle lâche la main de Louisa et se tourne vers la caméra.

- Elle résiste parfaitement bien aux coupures, aux brulures, aux os brisés et aux ongles arrachés. Je continue ? demande-t-elle.

Elle reçoit la confirmation dans son oreillette et hoche la tête. Pourtant elle ne sourit pas, elle s'ennuie de la totale absence de réaction de sa nouvelle "patiente". Louisa ne bouge toujours pas. On dirait une statue, son visage est insondable alors que la blonde l'observe.

- Mets toi sur le dos, lui ordonne-t-elle.

Louisa soupire d'ennui en levant les yeux au ciel. Puis sans la regarder, elle s'exécute. Martine lui remonte son tee-shirt et commence à y enfoncer des aiguilles dans les centres nerveux.

- C'est stupide, murmure enfin Louisa d'un air ennuyé.

Furieuse et frustrée, Martine enfonce plus profondément le reste des aiguilles dans son dos. Mais Louisa ne réagit pas plus pour autant. Elle attrape doucement une aiguille et la ramène vers elle. Elle y voit son sang y couler, d'un rouge vif, et ça la déprime.

- Les aguilles non plus, informe furieusement Martine à la caméra quand elle a fini.

Elle les lui enlève une à une. Et Louisa se relève en remettant son tee-shirt en place. Elle les regarde. Lambert l'observe ravi, et Martine lui tourne le dos en cherchant rageusement quelque chose sur la table. Louisa peut au moins se vanter d'avoir le mérite de l'énerver.

- C'est presque fini Lou, l'informe Lambert. Et tu es parfaite.

Louisa est furieuse mais n'en montre rien. Elle est effondrée de les laisser leur faire tout ce mal, effondrée aussi parce qu'elle a peur de mourir. Elle retient difficilement ses sanglots. Elle ne comprend pas pourquoi ils continuent, ils savent désormais qu'elle ne ressent pas la douleur d'aucune sorte. Une alarme retentit soudain mettant fin au cours de ses tristes pensées. Elle les voit se figer de surprise. Et Louisa laisse un sourire s'étaler sur son visage. Elle a compris que ce sont elles, qu'elles se sauvent. Alors que Lambert et Martine se dirigent vers la porte, Lou se précipite et leur barre la route. Elle brandit l'aiguille qu'elle a arraché de son dos il y a quelques instants vers eux comme elle l'avait fait avec son taser dans cette ruelle, le jour où ils l'ont attrapée. Mais ils sont deux et elle est seule. Ils lui attrapent violemment une main chacun. Louisa se débat et résiste un instant. Martine lui arrache l'aiguille des mains avec facilité et s'arrête nette, le regard perdu dans le vide et la tête penche sur le côté. Elle se tourne vers Lambert qui a eu les mêmes instructions qu'elle et ils sortent en la trainant pratiquement dans le couloir.

- Débarrassez moi ça vous, aboie Martine à l'adresse d'une personne que Louisa ne peut pas voir.

Louisa est trainée comme un sac de charbon, et elle ne fait rien pour leur facilitait la tâche. Puis ils ouvrent la porte de la salle s'opération. Lou y est déjà venue deux fois et elle avait eu la même appréhension à chaque fois. Greer est là et semble contrarié. Louisa est trainée jusque devant lui et la blonde la projette avec une telle violence qu'elle atterrit presque sur l'écran de Samaritain. La petite se tourne vers Greer qui ne lui accorde pas un regard.

- Où sont-elles ? demande-t-il à l'écran.

La question la ravit. Elles ont réussi à s'enfuir.

- Localise Sameen Shaw et Samantha Groves, ordonne Greer.

Louisa voit Samaritain faire défiler plusieurs caméras sur l'écran pendant une insoutenable minute d'angoisse. Puis il affiche un message qui la soulage "Introuvables". Elle sourit largement à l'écran. Greer se tourne alors vers elle comme s'il remarquait enfin sa présence. Louisa lui fait face bravement.

- Vous avez perdu quelque chose ? ironise-t-elle en se moquant de lui.

Greer lui renvoie son sourire et Louisa se fige un instant. Merde, il a une idée derrière la tête.

- Elles ne vous ont pas attendu en tout cas, lui réplique-t-il.

Le sourire de Lou disparait. Il a touché un point sensible. Pourtant elle ne baisse pas les yeux et le regarde calmement. Greer envoie plusieurs agents fouiller le bâtiment durant les prochaines minutes et attend devant l'écran de Samaritain mais Il ne les trouve toujours pas. Lou commence à se dire qu'elles ont réussi, mais quand même et elle ? Une femme entre soudain dans la pièce, complètement essoufflée. Lou la regarde en haussant les sourcils. Elle la reconnait soudain, c'est l'infirmière qu'elle a insulté hier.

- Monsieur, murmure-t-elle en reprenant son souffle. Elles sont au sous sol. J'ai pu m'enfuir car Samantha Groves est gravement blessée.

Louisa se pétrifie à ces mots.

- Il n'y a pas de caméra au sous-sol, remarque Greer, c'est pour ça que Samaritain ne les trouve pas.

Il se tourne vers l'écran.

- Il y a un moyen de les contacter là bas ? lui demande-t-il.

La réponse de Samaritain ne se fait pas attendre.

- Un mégaphone et quelques téléphones de secours.

- Parfait, murmure Greer. Mais les contacter ne suffira pas.

Il marque une pause et réfléchit, puis il se tourne vers Louisa qui recule de trois pas sous son regard. Elle retient sous souffle. Le vieux semble soudain comprendre pourquoi elle est là.

- Il faut les obliger à se montrer, reprend-t-il, et je sais comment faire. Vous allez m'aider Louisa.

La petite secoue vivement la tête pour lui faire parvenir sa réponse négative. Et Greer sourit de plus belle.

- Vous ne voudriez tout de même pas que votre mère meurt par votre faute ?

Louisa lui envoie un regard de haine mais ne lui répond pas. Greer se tourne vers l'infirmière.

- Gravement blessée vous dîtes ?

Elle acquiesce.

- A la hanche, elle perd énormément de sang.

Louisa déglutit mal. Elle tente de se rassurer, la femme lui ment peut-être, ou elle exagère. De toute façon Sameen est médecin. Mais Louisa est inquiète.

- Très bien, murmure Greer. Enclenchez le mégaphone, elles nous entendrons où qu'elles se trouvent dans ce sous sol, ordonne-t-il à l'un des hommes situé derrière son ordinateur.

Puis il se tourne vers Louisa qui n'a toujours pas bougé.

- Venez ici ma chère, c'est vous qui allez leur parler.

Louisa secoue à nouveau la tête doucement en le regardant avec une colère froide. Greer lui sourit et se tourne vers Martine pour lui faire un signe de tête. Cette dernière braque une arme sur elle.

- Viens ici, lui ordonne-t-elle.

Louisa se résout et s'avance lentement vers elle.

- Tu vas leur dire de décrocher un téléphone dans ce fichu sous sol, lui explique-t-elle.

- Mettez le haut parleur, ordonne Greer à l'informaticien.

Tous se tournent vers Louisa mais la gamine ne parle toujours pas et les défie du regard. Martine perd patience et lui colle l'arme sur son front. Louisa déglutit.

- Maman, l'appelle Louisa. Maman je suis désolée.

Louisa marque une pause. Elle enrage de faire ça, même si Martine a décollé son arme de son front.

- Désolée que dans ta vie tu ne sois pratiquement tombée que sur des fous dangereux qui te veulent du mal, ajoute rageusement Lou.

Et Martine la frappe en plein visage, si fort qu'elle tombe à terre un instant

- Où que vous soyez dans ce sous-sol, mesdames, décrochez un téléphone, ordonne Greer.

Seul le silence leur répond. Louisa s'est relevée et ne bouge plus quand elle voit la blonde assise sur le bureau en train de la mettre en joue. Elle est pétrifiée pour le coup. Pourtant elle ne montre rien.

- Vous avez précisément cinq secondes avant que je ne lui mette une balle dans la tête, dit Martine. Cinq secondes vous m'entendez !

Toujours rien. Louisa reste figée, le regard braqué sur Martine qui elle aussi la regarde dans les yeux. La blonde est ravie de la voir se décomposer devant ses yeux.

- Cinq, commence Martine.

Lou la regarde. Il y a un truc qui ne colle pas.

- Quatre

On ne tue pas quelqu'un qu'on veut engager. Ou alors Lambert lui a menti sur ça, comme il a d'ailleurs pu mentir sur le reste.

- Trois

Mais alors pourquoi lui faire du mal vu qu'elle ne ressent rien ? Quel était le but bon sang ?

- Deux

Et soudain, elle comprend pourquoi. Pour la même raison qu'elle était là maintenant. Pour faire céder Sameen et sa mère. Il n'y avait jamais eu de tests.

- Un et attention.

Louisa entend un cliquetis retentir mais elle reste imperturbable. Pire elle parvient à lui sourire. Elle vient de réaliser qu'elle est un moyen de pression et on ne tue pas les moyens de pression.

Martine se fige. D'abord parce que ni Samantha ni Sameen n'ont décroché un téléphone, et ensuite parce qu'elle a vu l'air narquois de Louisa. La gamine se moque d'elle, elle a compris qu'elle ne tirera pas. Martine enrage, elle va leur montrer aux trois de quel bois elle se chauffe.

- Zéro, finit-elle.

- Et boum, lui dit Louisa avec son large sourire.

Sauf qu'elle ne s'attendait pas à ce que la blonde tire pour de vrai, à deux centimètres de son pied gauche pour être exact. Louisa sursaute violemment, mais elle ne sait pas si c'est pour le coup de feu de la blonde ou pour le cri désespéré qu'a lancé sa mère au même moment en hurlant son prénom.

Un informaticien fait immédiatement un signe silencieux à Greer. Il les a repéré.

Greer se décide enfin à parler à son tour.

- Tout va bien mademoiselle Groves, murmure Greer. Ne vous inquiétez pas.

Il fait quelques signes à Lambert et à Martine qui sortent de la pièce. Louisa reste pétrifiée sur place incapable de bouger. Elle a compris qu'ils sont partis les chercher. Par sa faute, ils les ont trouvé.

Sa mère ne parle toujours pas et Lou est elle-même incapable de dire un mot. Et c'est Greer qui parle à nouveau devant leur mutisme collectif.

- Tout va bien se passer, lui dit-il. Permettez nous, de vous aider. Vous êtes blessée et avez besoin de soin d'urgence.

C'était donc vrai, elle était blessée. Louisa a peur. "Parle", la supplie-t-elle intérieurement et c'est bien ce qui se produit, et son exigence l'assure aussi sur le fait que sa mère n'a jamais voulu la laisser ici.

- Je veux parler à ma fille, exige-t-elle.

Greer ne répond pas tout de suite et elle s'énerve.

- PASSEZ LA MOI ! hurle sa mère.

Le vieux se tourne vers Louisa, un grand sourire aux lèvres et lui fait signe de parler.

- Maman ? appelle la petite.

- Oh Louisa, murmure sa mère.

Elle est clairement soulagée de l'entendre. Elle avait vraiment cru que la blonde l'avait tuée.

- Qu'est ce qu'ils t'ont fait ? Ça va ?

Et elle s'inquiète pour elle, alors qu'encore une fois elle va se faire attraper à cause d'elle.

- C'est ma faute, murmure Louisa en lui avouant sa culpabilité. Encore une fois.

- Qu'est ce qu'ils t'ont fait ? insiste sa mère sans se soucier de sa remarque.

De toute évidence, ça lui est égal. Mais pas pour Louisa. Elle est furieuse contre elle-même. Furieuse d'avoir parlé et poussé sa mère à décrocher et à ainsi donner sa localisation. Furieuse d'être encore tombée dans le panneau de mensonge de Lambert qui l'a manipulée.

- Rien, réplique-t-elle en rage. Je suis toujours là. Tu vois.

Que ce soit sa mère qui soit blessée n'est vraiment pas juste. C'est elle la plus fautive dans cette histoire. Elle a commis erreurs sur erreurs et le pire c'est qu'elle continue et qu'on lui pardonne. C'est elle qui devrait avoir pris une balle. Mais non ! Elle, elle va bien. Putain, elle doit se ressaisir faire quelque chose.

- Ils arrivent, dit-elle soudain. Sauve toi.

Mais ni Greer ni personne ne l'interrompt. L'ont-ils encore piégée ? Est-elle encore tombée dans un de leur piège ?

- Je sais, ne t'inquiète pas, lui répond sa mère. On les attend de pied ferme.

Louisa n'est pas soulagée pour autant. Lambert et Martine sont dangereux.

- Je t'aime, lui dit sa mère. N'oublie jamais ça.

Et elle raccroche, laissant Louisa entre désarroi et bonheur. Elle lui a parlé, elle lui a dit qu'elle l'aimait. Et Lou sourit, pourtant elles vont avoir du mal à s'en sortir et elle le sait.

- Ramenez la dans sa chambre, ordonne soudain Greer à un homme de la pièce.

La petite redescend soudain sur Terre. Elle ne résiste pas. A quoi bon de toute façon ? Et on l'enferme à nouveau dans sa triste cellule. La table et tous les objets de la blonde ont disparu. Louisa s'assoit dans son coin habituel dans la même position que d'habitude et elle attend. La lumière s'éteint et elle finit par s'endormir, seule et malheureuse.

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Root se réveille doucement. Elle a l'impression de sortir d'une machine à laver. Elle a mal partout, mais elle ne peut pas bouger. On l'a attachée sur un lit dans une petite pièce aux murs blancs qu'elle ne connait pas. Est-elle encore dans le même bâtiment ? L'aspect médical de la chose lui fait penser que oui. Elle est seule, enfin presque. Un homme est là et vérifie son pansement et ses constantes sur les appareils. Elle se souvient tout à coup de ce qui s'est passé dans ce sous sol.

- Où est Sameen ? demande-t-elle d'une voix faible.

L'homme ne lui répond pas, ne la regarde pas.

- Eh, l'appelle-t-elle.

Elle sait qu'il l'a entendue. Root ne s'acharne pourtant pas, ce serait inutile, ce crétin ne lui répondra pas. Et elle est trop affaiblie. Elle a du mal à fixer son regard et les lumières des néons lui font mal. Alors elle ne bouge plus et attend. Ça faisait combien de temps qu'elle était là ? On l'avait visiblement soignée. Elle sentait des pansements derrière son oreille découpé, sur sa hanche et ses doigts brisés étaient bloqués par une attelle. Hum, évidemment pas question de la laisser mourir en paix. Ils n'en avaient pas fini avec elle, avec aucune d'elles en fait. Elle soupire de désespoir. Ses côtes lui font encore mal elles aussi.

Une porte s'ouvre et se ferme. Au prix d'un effort énorme, elle tourne la tête et voit Greer s'approcher d'elle. Elle se détourne aussitôt et lâche cette fois un soupir d'exaspération profonde.

- Comment va-t-elle ? demande-t-il à l'homme.

C'est un médecin visiblement. Ça ne manque pas dans cet endroit.

- Elle récupère bien, mais a encore besoin de repos. Elle ne doit pas trop bouger.

Greer lui fait un bref signe de tête et l'homme sort les laissant seuls.

- Vous nous avez fait une belle frayeur mademoiselle Groves, lui dit-il.

Root n'en revient pas. C'est dingue, il lui parle comme s'il était son ami, pire son père. Elle le regarde franchement furieuse.

- Vous êtes venu parader ? lui crache-t-elle d'une voix cassée.

Greer fait non de la tête pour lui répondre.

- Je suis heureux que vous ayez pris la bonne décision.

Root fronce les sourcils, perplexe.

- En décrochant ce téléphone, précise Greer face à son air interrogateur. On avance doucement mais surement avec vous.

Root s'en veut. Elle était tombée dans leur piège. Bien sûr, elle l'avait fait pour sa fille, mais Louisa n'avait jamais couru de réel danger. Elle aurait dû écouter Sameen.

- Où sont-elles ? demande-t-elle faiblement.

- Elles vont bien, ne vous inquiétez pas.

Mais elle veut s'en assurer elle-même.

- Je veux les voir, exige-t-elle.

- Non, réplique-t-il. Vous devez vous reposer.

Il marque une pause alors que Root enrage.

- Je suis désolée pour ça, ajoute-t-il en pointant ses sangles. Mais vu votre tempérament, c'est nécessaire.

- Quitte à me retrouver attachée dans un lit, lui réplique-t-elle cyniquement, vous n'êtes vraiment pas la personne que je voudrais voir à mon chevet.

Le vieux lui lance un grand sourire, heureux de voir qu'elle est toujours aussi cinglante.

- Je crains que ce ne soit hors de question mademoiselle Groves.

- Où elle est ? Que lui avez-vous fait ?

Il lui sourit. Et Root se sent encore plus mal.

- Vous êtes insupportables quand on vous laisse ensemble, alors nous vous avons séparés … pour un temps en tout cas. Il faut que vous vous calmiez, que vous récupériez.

- Laissez moi les voir et je vous promets de me tenir tranquille, lui propose-t-elle.

- Ne vous inquiétez pas, vous les reverrez. Vous avez bien survécu une journée sans Sameen, et trois jours sans Louisa même si certes vous étiez inconsciente une partie de ce temps, alors vous tiendrez bien encore un peu.

Ça faisait donc une journée. Elle regarde Greer, furieuse comme jamais. Mais elle refuse de le supplier, de toute façon ça ne changerait rien.

Et il la laisse seule. Atrocement seule.

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Non loin de là au bout du couloir, une autre femme émerge un peu avant Root. Quand Sameen se réveille, c'est comme d'habitude, à tel point qu'elle se demande si son escapade avec Root dans le sous-sol, si leur baiser même, n'était pas juste un songe, ou encore une simulation. La pièce n'est pas sa cellule habituelle mais elle la reconnait c'est celle où on l'a trainée pour assister à une nouvelle séance de torture psychologique avec Root sous ibogaïne il y a … elle ne sait combien de temps. Elle se demande vaguement pourquoi elle n'est pas dans sa suite de luxe habituelle. Elle ne sait rien de ce qu'Il a choisi de lui infliger cette fois ci.

Samaritain va lui faire payer. Il l'a enfermée là pour qu'elle se souvienne que c'est là qu'elle a fait son choix et décidé de le trahir, de la trahir en cédant à sa folie autodestructrice au lieu de refuser de s'y soumettre, au lieu de la raisonner. Pour que chaque fois que Sameen ouvre les yeux et regarde autour d'elle, elle ressente le poids de cette trahison, de sa culpabilité en se remémorant les événements qui ont eu lieu dans cette pièce. Il avait été soigneux dans les moindres détails. Shaw avait perdu d'avance dans cette partie, Il savait trop sur elle et elle continuerait à patauger une seconde, puis elle allait sombrer. Et il la rattraperait … peut-être. … S'Il lui pardonnait.

- Root ? appelle-t-elle immédiatement.

Une femme entre dans son champ de vision, mais c'est loin d'être Root. Elle reconnait tout de suite la blonde avant que ça ne devienne plus net autour d'elle. Le temps qu'elle y parvienne, l'autre lui est déjà montée dessus.

- Chut, lui murmure-t-elle en caressant son visage.

A ce simple geste, le corps de Shaw se tend et des frissons de dégoût la parcourent.

- Où est Root ?

La blonde continue ses caresses dans ses cheveux. Bizarrement elle ne lui sourit pas. Pourtant elle jubile, mais elle doit être convaincante. Ça allait être sympa.

- Je suis désolée ma chérie, murmure-t-elle sadiquement. Mais on n'a pas pu la sauver.

Sameen en reste pétrifiée. La blonde, elle, jubile de la voir tomber dans son mensonge, celui qu'Il a concocté.

- Non, murmure Sameen d'une voix brisée. Je ne te crois pas.

- Elle est morte sur la table d'opération, ajoute sadiquement Martine. Elle avait perdu trop de sang.

Elle s'extasie de voir le visage de Sameen, à cet instant précis, ravagé par la douleur. Elle ne serait pas surprise de la voir fondre en larme d'une seconde à l'autre. Elle applique avec délice la punition de Samaritain. Mais il ne s'agit pas que de cela, Samaritain veut aussi tester quelque chose. La blonde ne sait pas quoi mais elle s'en fiche. Etre là à observer celle qu'elle a tant cherché à détruire pendant des mois, s'effondrer entre ses mains au sens propre comme figuré la rend folle de bonheur.

Sameen se met à respirer très mal, l'air lui manque. C'est un cauchemar.

- Tu mens, lui crache-t-elle.

Mais à la réflexion, Martine ne lui ment jamais. Elle ne la manipule jamais dans ce sens là. Non ça c'était plutôt Lambert. Alors Root serait ….Elle sent les larmes monter mais elle se refuse à les laisser couler. Non la blonde peut bien lui mentir, ça ne la dérangerait pas. Mais même si Sameen a bien du mal à encaisser le choc d'une telle nouvelle, elle sait que c'est possible. Root avait perdu beaucoup de sang, cependant …

- Je t'avais prévenu, lui murmure-t-elle. Je t'avais dit de ne pas affronter Samaritain, mais tu n'as rien voulu entendre.

Sameen l'écoute attentivement. Elle tente de ne rien montrer de son désespoir mais c'est dur et de toute façon Martine n'est pas dupe. Sa lèvre inférieure légèrement entrouverte tremble, son teint est livide et ses yeux se chargent de plus en plus de larmes.

- Tu n'as pas voulu l'écouter et c'est elle qui a fini par en faire les frais.

Martine lui sourit en continuant ses caresses sur son visage. Elle va l'achever. Elle crève d'envie de la voir pleurer. Elle n'a jamais vu Sameen si exposée.

- Mais réjouis toi, ajoute Martine. Avec elle crevée, tu viens de doubler en valeur aux yeux de Samaritain.

- Quoi ? murmure Shaw en fronçant les sourcils.

Qu'est ce qu'elle lui chante cette conne comme nouvelle ineptie ? Oh et au fond Sameen s'en fout. Root. Elle ne pense qu'à Root. Martine lui ment et Root est vivante. Elle se répète encore et encore cette phrase dans sa tête. Mais elle ne sait pas au fond.

- Ben oui, reprend la blonde. Tu redeviens notre priorité numéro un, chérie. Je suis certaine qu'elle t'a expliquée comment contacter la Machine.

Sameen ne l'écoute qu'à moitié et continuer à secouer la tête en faisant non et Martine croit qu'elle lui répond. Root. Bon sang Root. Impossible qu'elle soit morte. Elle n'arrive plus à respirer. Martine se penche vers elle et lui mord l'oreille.

- Peu importe, on a tout notre temps, ajoute Martine. En plus tu m'as trop manquée pendant trois jours. Si on rattrapait notre retard ?

Elle déplace ses mains et Sameen sait ce qui va suivre. Elle ferme les yeux et se laisse aller aux larmes pas pour ce que lui fait Martine mais pour Root, Root qu'elle a perdu. Mais comme d'habitude, les larmes ne la délivrent pas de la douleur. Elle ne pense qu'à Root et ne sent même presque plus Martine lui faire du mal. Elle remarque à peine son départ quelques minutes ou quelques heures plus tard elle ne saurait pas dire. Elle a perdu la notion du temps, elle a perdu la notion de la vie. Elle l'avait perdu elle, elle se fout de tout le reste et ne se rend compte de plus rien autour d'elle. Elle sait juste qu'elle continue de pleurer en silence. Putain elle enrage de tristesse de ne pas pouvoir s'arrêter. Elle sait qu'elle leur donne une victoire immense. Mais elle ne parvient pas à couper le robinet. Elle qui ne pleurait jamais avant et se fichait bien de ceux à qui ça arrivait. Elle maudit sa propre faiblesse. Mais c'est comme si toutes ces larmes qu'elles n'avaient jamais su verser dans sa vie avaient décidé de sortir aujourd'hui de ses yeux. Elles lui dévorent le visage. Root est morte et c'est sa faute. Quand elle avait été blessé, elle aurait dû capituler tout de suite. Ils auraient pu la sauver. On n'échappait pas à Samaritain, elle l'avait pourtant mise en garde. Et puis Root et son éternelle motivation l'avait ramené à la surface, lui avait dit que c'était faux, qu'elles pouvaient y arriver et qu'il n'était pas trop tard, et Sam avait cédé. Mais il était bel et bien trop tard cette fois ci.

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Quand Martine en a fini avec Sameen, elle se dirige immédiatement vers une pièce plus haut dans le couloir. Lambert l'y attend déjà. Il peut voir son plaisir dans ses yeux quand il la regarde et il lui sourit avant de poursuivre sa discussion avec Louisa. C'est la première visite que la gamine a depuis un peu plus de 24 heures et ça n'est clairement pas celle qu'elle souhaitait. Elle a faim et soif mais personne ne semble plus décidée à lui donner à manger ou à boire et Louisa ne leur réclamera rien.

- Je veux voir ma mère et Sameen, exige-t-elle.

- Non, pas tout de suite en tout cas. On doit d'abord finir les tests sur tes capacités de résistances à la douleur et ensuite tu les reverras.

- Je veux les voir maintenant, réplique Louisa d'un calme froid en détachant bien chaque mot.

- Veux tu que je te rappelle notre marché Lou ?

Lambert la regarde souriant et très calme. Martine sort un taser de sa poche et s'approche d'elle. Mais Louisa se dérobe et continue de regarder Lambert en fronçant les sourcils envahit par un doute horrible.

- Je dois être certaine que vous ne leur avez pas fait de mal comme promis.

- J'ai tenu parole, lui promet Lambert. A toi de faire de même maintenant. Martine ?

La blonde n'a pas besoin d'une meilleur invitation. Elle place le taser sur le cou de la petite et déclenche la décharge. Louisa la sent mais n'a pas mal comme d'habitude, mai son corps est secoué de tremblements violents. Et quand ça s'arrête, elle s'effondre au sol sans comprendre pourquoi. Martine s'agenouille en face d'elle et recommence. Elle le fait plusieurs fois avec de très courtes pauses entre deux. Mais Louisa ne sent toujours aucune douleur. Elle s'endort juste brusquement.

C'est une alarme stridente qui retentit sans s'arrêter qui la réveille en sursaut. Elle est seule dans la pièce. Le bruit est insupportable et lui perce les oreilles. Elle se plaque les mains dessus. Il ne s'arrête pas et c'est horrible. Ça dure deux longs jours et elle croit devenir folle. Elle hurle et pleure et appelle à l'aide toutes les personnes qu'elle a pu connaitre dans sa vie. Elle fait même des excuses à tout bout de champs. Personne ne vient pourtant la voir. Elle a soif, elle a faim, elle a froid mais surtout elle veut dormir mais cette alarme l'en empêche. Louisa a hurlé longuement avant de s'arrêter et de s'allonger au sol en position fœtal. Elle s'est mise à pleurer en appelant sa mère à l'aide et aussi Sameen. Et puis ça s'arrête et ils entrent tous les deux.

- Désolé pour ça Louisa, lui dit Lambert.

Elle lui jette un regard de haine. Mais elle est incapable de bouger trop vite. Elle se relève doucement en chancelant sur ses jambes.

- Pourquoi avoir fait ça ? lui demande-t-elle à contre cœur.

Son visage n'exprime que l'épuisement. Et Lambert lui sourit.

- On a presque fini Lou, lui répond-t-il simplement.

Elle respire amplement, alors que Martine s'approche d'elle après avoir pausée la tablette qu'elle avait dans les mains au sol. Elle lui attrape le bras droit et sans prévenir le lui tord violemment. Louisa sent un truc bouger au niveau de son épaule. Martine hausse les sourcils. Elle lui attrape l'avant bras frappe durement dessus le cassant net en deux dans un bruit horrible qui fait tressaillir Louisa. La blonde la lâche enfin. Son bras forme un angle anormal et Lou sait tout de suite que c'est inquiétant. Martine vient de le lui casser à deux endroits pour faire bonne mesure avec les doigts. Elle les regarde furieuse.

- Satisfaits ? leur demande-t-elle.

Martine jette un coup d'œil à Lambert, avant de se tourner vers la caméra.

- Ça change rien qu'elle soit affaiblie, elle ne ressent toujours aucune douleur, annonce-t-elle platement à Samaritain. Qu'est ce que l'on fait maintenant ?

Elle écoute la réponse et soupire de déception. Elle se tourne vers Lambert qui la regarde et qui attend sa réponse.

- Il dit qu'on en a finit avec les "tests" la concernant, lui dit elle en pointant Louisa.

Elle ramasse la tablette et la lui plaque dans les bras en passant devant lui.

- Tu m'excuses mais j'ai mieux à faire avec Sameen. Et tu n'as pas besoin de moi pour finir ici.

Ces mots pétrifient Louisa de peur alors qu'elle sort.

- Non, sanglote-t-elle en se tournant vers Lambert. Vous aviez promis et Sameen ...

- Elle ne va pas lui faire de mal, lui assure-t-il.

Mais Louisa a la cruelle impression de s'être encore fait avoir sur toute la ligne.

- Je ne vous croie pas, lui crache-t-elle. Vous ne savez faire que ça, nous faire du mal. Même à moi.

Lambert la laisse parler et attrape la tablette qu'il tapote un instant.

- Tu ne risques rien Lou et tu le sais.

- C'est pas vrai, s'énerve Louisa, ma mère m'a dit que c'était dangereux.

- Pourquoi elle t'a laissée endurer ça alors ?

Il sourit largement et lui montre la tablette.

- Je viens d'aller la voir tu sais.

Louisa fronce les sourcils alors qu'elle voit sa mère dans une pièce avec Lambert et Greer. Sa mère est assise à terre devant eux. Greer lui montre quelque chose sur une tablette. Louisa entend alors ses propres hurlements et l'horrible alarme qui a failli la rendre folle, que l'on passe à sa mère. Greer arrête la vidéo et la regarde. Sa mère n'a pas bougé un muscle.

- Ça peut s'arrêter Root, entend-t-elle Lambert dire à sa mère.

Il pose un téléphone à terre devant elle.

- Dis lui de t'appeler, ajoute-t-il simplement.

Mais Root ne bouge pas et ne les regarde pas. Elle se mord la lèvre inférieure.

- Non, finit-elle par leur dire.

La vidéo se coupe et Louisa ne se rend pas compte tout de suite qu'elle pleure. Elle s'essuie rapidement les yeux et pose la tablette au sol avant de se tourner vers Lambert.

- Je vous déteste, lui crache-t-elle.

Lambert éclate de rire.

- C'est elle que tu devrais détester, lui réplique-t-il.

Et il sort en riant de la pièce.

Louisa reste longtemps immobile, assise au sol. Puis elle attrape la tablette et passe les minutes suivantes à tenter de la hacker. Son code est très étrange, elle n'a encore jamais vu ça. Au début, elle n'arrive à rien. Puis peu à peu elle parvient à briser le par feu pour un temps très court. Elle a juste le temps de taper un message de détresse, un simple SOS crypté, avant que le pare feu ne se réactive. Elle soupire de rage et de déception. Fais chier, il n'est pas parti. Samaritain l'observe et l'en a empêchée. Elle jette un regard mauvais à la caméra et commence à taper la tablette par terre de rage. Elle s'arrête soudain alors que des mots s'affichent dessus. "Louisa je vais t'aider".

Elle ouvre grand la bouche de surprise, puis elle se réfugie dans l'angle mort de la pièce. Elle regarde la tablette sous toutes les coutures, certaine d'avoir rêvé.

- Qui es tu ? chuchote-t-elle.

- La Machine, lui répond l'écran.

Louisa ouvre grand la bouche de stupéfaction avant de laisser son visage s'illuminer d'un large sourire. Elle a réussi à entrer en contact avec Elle. La Machine. C'est un miracle.

- Fais moi sortir d'ici, chuchote-t-elle.

Pour toute réponse, la porte s'ouvre dans un bruit numérique. Louisa se précipite dehors en serrant toujours la tablette. Le couloir est vide. Elle regarde la tablette attendant la suite.

- Vas à droite et descends à l'escalier, lui ordonne la Machine.

Louisa lui obéit sans réfléchir. Elle ne quitte pas la tablette des yeux. Tous les couloirs et escaliers qu'elle lui fait emprunter sont vides.

- Tu vas bien ? lui demande la Machine.

- Oui, murmure Louisa en accélérant la cadence.

- Stop, indique soudain la Machine. Caches toi à droite.

Louisa s'arrête nette et se tourne vers la droite. Elle entre dans une pièce vide où ne se trouve que des chaises et des tables, et elle se cache contre le mur. Elle n'entend rien mais ne bouge pas pour autant. Elle n'ose même pas respirer. Si la Machine lui a dit de se cacher c'est qu'il y a une raison. Elle regarde son écran et relâche sa respiration quand Elle lui reparle.

- C'est bon, mais ne bouge pas. Je veux être sûre.

- Ok, lui chuchote Louisa.

Elle se laisse glisser assise au sol.

- Je n'ai pas eu accès à ce qu'il vous ait arrivé, lui écrit la Machine. Le centre d'opération est-il compromis ?

Louisa fronce les sourcils. Le centre d'opération ? Et soudain, elle comprend, le métro.

- Non, ils ne savent pas pour la planque à Chinatown, la rassure Louisa.

La Machine met un petit temps à lui répondre.

- Tant mieux, affiche-t-elle enfin. Tu peux y aller.

Louisa se lève et sort.

- A droite, Louisa.

- Tu peux m'appeler Lou, lui réplique la petite dans un sourire

Elle tourne en courant dans un nouveau couloir vide.

- Les gens qui m'aiment ne m'appellent presque jamais Louisa. Alors appelle moi Lou.

- D'accord, écrit la Machine. Tourne à gauche Lou et continue tout droit.

Louisa lui obéit. Elle s'arrête nette au milieu du couloir.

- Attends, lui dit Louisa, où sont maman et Sameen ?

- Pas prioritaires. Continue, lui écrit seulement la Machine.

Louisa fronce les sourcils. Pas prioritaires ? Elle voulait qu'elle les laisse là ?

- Non, je ne pars pas sans elles.

- Lou, tu va m'obéir et continuer sans discuter.

Louisa respire mal. Quelque chose ne va pas. La Machine l'a trouvée et l'a sortie de sa prison alors elle peut faire de même pour Sameen et sa mère, mais là elle refuse nette, elle n'essaye même pas. C'est bizarre. De plus la Machine ne doit pas donner d'ordre. Sa mère lui a dit qu'Elle n'obligeait pas les gens à agir comme Elle, Elle le veut, parce que c'est à eux de choisir. Sa respiration s'accélère encore et devient saccadée. Celui qui lui parle n'est pas la Machine, c'est une autre intelligence artificielle. Une qui veut qu'elle lui obéisse sans réfléchir, une qui l'a manipulée. Louisa regarde autour d'elle. Elle se rend compte de ce qu'elle aurait dû voir dés le départ : le silence ! L'endroit est pourtant truffé de caméra, une alarme aurait dû se déclencher dés qu'elle était sortie. Mais non rien. Ils l'observaient, ils avaient tout prévu et elle était tombée dans le panneau encore une fois. Elle avait eu tort de le sous estimer. L'imbécile ce n'était pas lui, c'était elle.

- Merde, lâche-t-elle dans un souffle.

Elle panique et respire mal, trop mal. Elle recule contre le mur pour pouvoir se soutenir. Elle se rappelle de sa conversation. Elle vient de livrer le quartier de Manhattan où se trouve leur cachette. Chinatown est un petit quartier en plus. Elle n'arrive pas à calmer sa respiration.

- Merde, répète-t-elle encore. Merde et merde. Quelle idiote, mais quelle imbécile !

Elle regarde la tablette. Samaritain y a écrit de nouveaux mots.

- Lou, je vais t'aider.

- Menteur, crache-t-elle en claquant la tablette au sol.

Pour faire bonne mesure, elle la ramasse et la balance contre un mur avec toute la rage et la colère dont elle est capable. L'alarme retentit alors. Et Louisa court dans le couloir. Mais elle tangue sur ses jambes. La fatigue et la faim de ces derniers jours l'ayant bien affaiblie, Lou est obligée de s'arrêter un instant pour s'appuyer contre un mur, et quand ça cesse de tourner, elle ouvre les yeux et elle sourit largement. Son regard tombe immédiatement sur une hache d'incendie enfermée dans une boite rouge et elle le prend pour un signe. Elle fonce dessus et ouvre le boitier pour la saisir. Elle est plus lourde que ce qu'elle croyait et Lou la laisse tomber à terre la première fois, surprise de son poids. La gamine se précipite dans une pièce vide et y attrape une chaise avant de retourner dans le couloir à la vitesse de l'éclair, elle sait qu'elle doit se dépêcher. Elle la place dans le couloir puis retourne chercher sa hache. Elle la relève en soufflant sous le coup de l'effort et monte sur la chaise. Et elle casse la caméra. Elle fait de même avec chacune des quatre caméras du couloir. Elle souffle sous le coup de l'effort mais ne s'arrête pas avant d'avoir brisé en miette la dernière.

Et soudain, elle entend un bruit. Quelqu'un s'approche et la petite se planque au coin du couloir en levant son arme de fortune. L'homme passe le coin en courant et ne la voit que trop tard alors qu'elle lui a déjà balancé sa hache en plein visage en hurlant autant de rage que sous le coup de l'effort. L'homme pousse un cri et s'effondre au sol inconscient, en même temps que Louisa tombe au sol emportée par son élan et par le poids de la hache qu'elle lâche. Elle ne perd pas de temps et lui fait les poches où elle trouve un petit couteau rétractable noir sur lequel elle voit écrit Sanjia. Elle l'ouvre et le glisse dans sa chaussure. Elle peste de rage alors qu'elle entend les autres arriver en courant. Louisa lui ouvre la veste et saisit son arme alors qu'ils débouchent dans le couloir en courant. Elle se relève et pour la première fois de sa vie elle tient un flingue et pire elle le pointe sur quelqu'un, ou plutôt sur plusieurs personnes, le doigt sur la gâchette. Elle se retourne, ils viennent aussi de l'autre côté, elle est encerclée. Elle n'affiche pourtant pas l'angoisse qu'elle ressent et met en joue celui qu'elle déteste le plus ici, celui qui lui fait le plus de mal.

- Ne tirez pas, leur ordonne-t-il.

Ils la visent tous. Lambert s'approche doucement d'elle, les mains levés en signe de reddition.

- N'AVANCEZ PAS, lui crie-t-elle.

Louisa recule au fur et à mesure qu'il approche inexorablement d'elle.

- Tout va bien Lou, lui dit-il.

- C'EST LOUISA, lui hurle-t-elle. Je vous interdit de m'appeler Lou.

Elle se rend compte soudain qu'elle pleure. Génial, comme si c'était le moment.

- D'accord Louisa, murmure Lambert en s'avançant toujours lentement vers elle.

Le petite se retrouve dos au mur. Lambert lui sourit largement, trop heureux de la voir coincée et surtout il sait ce qu'elle ne sait pas encore.

- Pose cette arme, tu veux bien Louisa hein?

Elle ne lui répond pas. Elle sait ce qu'elle va devoir faire et elle a peur, tellement peur.

- Ne te blesses pas. Ça n'est pas grave d'accord, ça va aller.

- Non, gémit la petite. Ça va pas aller. JE VEUX SORTIR D'ICI, finit-elle par hurler.

- Et tu vas sortir d'ici un jour.

Elle secoue la tête avant de lui répondre.

- Non.

- Louisa, donnes moi cette arme. Tu n'as pas envie de faire ça. Tu n'as pas envie de blesser quelqu'un.

- Non, lui confirme-t-elle avec une moue provocante de colère. Je ne veux pas blesser, je veux vous tuer.

Lambert attrape la main où elle tient l'arme sans chercher à la lui prendre. Il lui sourit largement et Lou se décide à franchir le pas. Elle appuie sur la détente. Sauf que ça ne marche pas. Elle lâche un soupir angoissé et baisse des yeux terrifiés sur l'arme avant de le regarder. Il lui sourit largement avant de l'enlacer contre lui dans ses bras. Elle est raide comme une statut. De rage et de désespoir, Louisa tente une nouvelle fois de presser la détente puis encore et encore, mais l'arme a un problème et aucune balle ne sort. Et Lou panique. Elle le sent jubiler. Il se met à lui caresser d'une main les cheveux à l'arrière de sa tête.

- Chut, lui murmure-t-il. Avant de tirer Lou, on enlève la sécurité.

Louisa fronce les sourcils, elle ne comprend pas. Elle ne sait pas comment fonctionnent les armes à feu. Sa mère et Sameen ne lui ont jamais expliquée, elles n'ont jamais voulu qu'elle s'en approche.

Elle sent soudain une arme s'enfoncer dans son ventre et elle crie sous le coup de la surprise. Et Lambert en profite pour lui arracher l'arme des mains. Il s'écarte pour la regarder ravi, et elle est pétrifiée.

- Tu y étais presque Lou, se moque-t-il en lui montrant son pouce et son index qu'il rapproche et qui se touchent presque. Mais merci pour ton aide.

Elle respire la détresse. Elle a donné le lieu de la planque. Elle doit tenter de rattraper le coup.

- Alors c'était pour ça cette comédie ? lui demande-t-elle en désignant la tablette cassée au sol. Pour trouver la cachette où ils travaillent.

Il lui sourit plus largement. Louisa déglutit, elle sait qu'elle a intérêt à être convaincante.

- Eh bien c'était une perte de temps, lui dit-elle fâchée en faisant mine de s'en foutre, parce que je ne sais pas où elle est.

Lambert penche la tête sur le côté, étudiant ses traits. Il lâche un rire et Louisa sent ses épaules s'affaisser malgré elle. Il ne la croit pas. Il tend une main pour la saisir par le bras et l'emmener mais elle ne peut juste pas le supporter.

- ME TOUCHEZ PAS, hurle-t-elle en se dégageant.

Il lève aussitôt les mains en signe de reddition mais se marre toujours autant. Il baisse ses mains face à son air revêche et agite alors son arme pour lui faire signe d'avancer. Elle lui lance un regard de haine et marche dans le couloir sans baisser la tête face à tous les agents qui la dévisagent amusés. Puis ils se retrouvent seuls dans les couloirs. Lambert dans son dos son arme appuyée contre ses reins. Il la pousse alors qu'elle traine.

- C'est très bien Lou, lui dit-il.

Elle serre les poings de colère. Elle le sent se marrer derrière elle. Il lui agrippe de sa main libre son épaule gauche pour l'exhorter à continuer à avancer.

- Je sais marcher j'ai pas besoin de vous, lui crache-t-elle furieuse en se dégageant.

- Tu nous as bien aidé et moi je suis particulièrement fier de toi.

Elle s'arrête nette et se tourne vers lui, furieuse. Il lui sourit.

- Et moi, j'en ai marre, lui claque-t-elle.

Il la regarde ravi. Louisa l'observe et baisse les yeux sur l'arme.

- Je vous fait si peur que ça, lui demande-t-elle en désignant d'un coup de tête l'arme pointée sur elle.

Ils s'affrontent un instant du regard. Louisa furieuse et Lambert souriant. Il rengaine son arme et lui pose ses deux mains sur chaque épaule et s'agenouille face à elle pour être à sa hauteur.

- Ta mère t'a laissé tomber, lui dit-il, et ça juste pour ne pas obéir à Samaritain. Alors que toi tu nous as laissé faire. Tu as compris qu'obéir …

- Elle avait raison ma mère. Lâchez moi, lui réplique Lou au bord des larmes de rage, en se dégageant.

C'est vrai, sa mère avait raison de se taire, c'est elle qui faisait bêtises sur bêtises. Elle allait toutes les faire tuer bon sang.

Elle se retourne quand elle entend des talons retentirent derrière elle. La blonde se ramène, le visage sertie d'un sourire diabolique. Elle s'arrête devant une porte au bout du couloir et les observe.

- Qu'est ce qui te prend autant de temps ? lui demande-t-elle.

Lambert se redresse et Lou les regarde tour à tour.

- J'expliquais juste à Lou comment elle nous avait bien aidé. Je voulais lui montrer comment elle avait fait le bon choix contrairement à sa mère. Mais elle ne l'a pas très bien pris …

Il ponctue sa phrase en secouant la tête faussement déçu, puis il se tourne vers elle. Louisa recule, sans parvenir à respirer. Elle a l'impression d'avoir avalé une pierre quand Martine ouvre une porte. On va l'enfermer encore une fois. Non ! Elle tourne les talons prête à courir mais elle n'a pas fait deux pas qu'il l'a saisie.

- Doucement Lou, lui dit-il en la trainant vers la blonde, vers la porte.

Louisa se débat. Il s'arrête devant la porte et elle est pétrifiée au sens propre comme au figuré. Ou alors c'est le sourire de Martine qui la glace sur place.

- Non, dit-elle.

Pas question qu'elle entre là dedans. Lambert s'agenouille à nouveau devant elle et lui montre un téléphone.

- Demande à la Machine de t'appeler.

Il ne rit plus pour le coup, il est très sérieux. Louisa refuse de trahir plus qu'elle ne l'a déjà fait. Elle fait non de la tête.

- Ecoute moi, reprend Lambert en lui agrippant le menton pour qu'elle ne détourne pas le regard, Samaritain est très puissant. Il veut rendre l'humanité meilleure.

- Je m'en fiche, lui réplique sincèrement Louisa en le fixant totalement incrédule face à ce qu'ils vient de lui dire.

Il l'attrape de nouveau fermement par les bras et la traine vers la porte.

- JE VEUX PAS Y ALLER, hurle-t-elle en se débattant. NON JE VEUX PAS Y ALLER.

Lambert s'arrête et la regarde à nouveau.

- Tu ne dois pas lui désobéir, lui dit-il, comme le fait ta mère.

- Elle a raison ma mère, lui réplique-t-elle alors que les larmes coulent enfin. Et je ne lui obéirai pas moi non plus.

- Mais tu viens de le faire, lui dit Martine.

Louisa se tourne vers elle. La blonde n'a pas bougé, toujours appuyée contre la porte qu'elle a ouverte.

- Tu lui as fait confiance, ajoute Lambert.

Lou secoue la tête, elle s'était fait avoir sur toute la ligne. Il la pousse toujours plus fortement mais Louisa s'agrippe à l'encadrement de la porte en hurlant. Martine perd patience et lui envoie un coup de poing violent dans la figure et c'est le noir.

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Une fois qu'elle en a eut fini avec cette petite peste, Martine était toujours aussi frustrée et furieuse. Ça avait été son idée d'affaiblir la gamine pendant deux jours pour voire si ça changerait quelque chose. Elle avait eu un espoir de la faire ne serait ce que tressaillir de douleur, mais même pas. Lambert n'a pas besoin d'elle et tant mieux car elle est tellement énervée qu'elle aurait pu la tuer à mains nues. C'est donc dans cet état qu'elle va voir Sameen. A force de se concentrer sur Louisa et son programme, elle ne l'avait pas vue depuis deux jours. Mais dès qu'elle la voit, elle s'illumine d'un sacré sourire, celui qu'elle sait que sa patiente déteste. Shaw a pleuré. Quand elle entre, ça s'est tari depuis longtemps mais elle a le visage marqué par la douleur et chose nouvelle, la tristesse enfin affichée clairement à la place de la haine pure. Martine jubile, l'annonce de la mort de Root avait été un grand moment. L'idée venait de Samaritain et elle y avait bien sûr adhéré. Comme d'habitude Shaw ignore son entrée dans la pièce en refusant de la regarder.

- Ça va mieux chérie ? lui demande-t-elle. Tu veux peut-être un petit mouchoir.

Sameen se tourne vers elle. Elle lui lance un regard vide où même le dégoût et la haine ne transparaissent plus. Elle les ressent toujours mais ce qu'elle ressent elle ne sait pas ce que c'est. Cette boule au ventre, cette envie de hurler, ces larmes qui ne voulaient pas s'arrêter. Etait-elle en … deuil ? Pff, fais chier, pourquoi n'était-elle pas plus doué que ça pour ce genre de chose ? Parce qu'avec Root, elle n'en avait pas besoin. Elle sait lire ce qu'elle ressent et la comprend sans avoir besoin de mots. Elle n'a jamais exigé qu'elle le fasse, Root sait le faire pour eux deux … Enfin elle savait. A cette pensée, les yeux de Sam s'humidifient à nouveau. Mais elle refuse de pleurer cette fois et bat plusieurs fois des cils pour les refouler.

Martine s'est approchée d'elle et lui caresse l'avant bras droit du bout des ongles

- Root te manque tellement que tu verses de belles et tendres larmes pour sa mort. C'est si mignon.

Shaw déglutit refoulant ses larmes.

- Où est ce que tu vois des larmes salope ?

La blonde lui sourit et s'assoit sur elle.

- Oh Sameen, lui murmure-t-elle en caressant son ventre.

Sameen n'a même pas un soupçon de lucidité dans sa tristesse pour se débattre. De toute façon ça ne sert à rien et elle en a marre de se battre. Alors elle ne fait rien. Cette garce n'aura que ce qu'elle aura créé, une coquille vide. Il n'y aura même rien à reconstruire, ils ne l'ont pas réduite en morceaux mais en poussière.

Martine se penche vers elle et pose ses lèvres sur son oreilles gauche. Sam ne réagit toujours pas.

- Pourquoi me dire des choses si blessantes chérie ? Alors que toi et moi c'est devenu si … appréciable.

Et elle l'embrasse avant de commencer son immonde manège.

- Je veux la voir, murmure Sam dans un souffle.

Elle n'a pas bougé, sa voix était neutre et son expression inchangé. Elle n'a pas supplié, elle a juste fait une demande comme on demande s'il pleut aujourd'hui ou pas. Shaw a besoin de savoir, d'être sûre. Ou peut-être juste de le voir pour le croire, pour rendre cette information réelle. Martine a été assez surprise pour le coup. Elle s'est arrêtée et s'est redressée pour la regarder dans les yeux. Elle sent que Shaw doute, elle va devoir la convaincre.

- Je veux voir son corps Martine, ajoute Sameen.

La blonde lui caresse doucement le visage.

- Plus tard ma chérie. Elle est encore un peu trop à son avantage à mon goût et je veux que tu gardes comme le dernier souvenir que tu auras d'elle la vision de son cadavre gonflé et purulent.

Sameen ne lui répond pas. Elle ne réagit même pas car elle ne sait pas si elle enrage ou si elle va plutôt péter un câble dans une nouvelle crise de larme. Cette garce mérite pire que la mort. Mais Sameen est en colère contre elle-même aussi, elle a échoué à sauver Root. La femme à qui elle tenait, la femme qu'elle aimait. Root lui avait dit avoir toute confiance en elle, et Sameen s'était plantée. Elle l'avait tuée dans ce sous-sol en refusant de se rendre. Alors elle pouvait bien mourir maintenant, peu lui importait.

- Tu sais que je viens de m'occuper de Louisa.

La phrase la réveille plus violemment qu'une baffe. Elle la sort de ses tristes pensées. Elle tourne enfin un visage expressif vers elle, un visage où se traduit la peur. Martine en est ravie. Sameen est carrément sur les fesses. Merde, dans sa tristesse, dans son désespoir, elle en avait oublié Louisa. Louisa désormais orpheline.

- On ne lui a pas dit, ajoute-t-elle. On te laisse ce grand moment d'émotion.

Et Sameen parvient enfin à s'enflammer de colère. Et non, elle n'est pas encore une coquille vide. Elle devait être là pour Lou. Elle avait juré à Root de s'occuper de sa fille s'il lui arrivait quelque chose. Elle le lui avait promis, il y a longtemps. Sameen se sent soudain bien vivante et bien sur Terre. Martine jubile car c'est exactement ce qu'elle voulait et la brune le lui donne. Shaw n'était pas si difficile à cerner au fond, il fallait juste appuyer sur les bons boutons.

- Ne touche pas à Louisa, lui murmure Shaw.

Martine est en extase cette fois. Sameen Shaw est de retour devant elle avec toute sa colère et toute sa résistance. Il n'y avait aucun plaisir à lui faire du mal si elle s'en fichait. Lui redonner un espoir auquel se raccrocher était une bonne stratégie. Surtout que maintenant elle sait qu'ils n'hésiteront pas à toucher à la gamine, à la tuer même sauf si elle coopère. Sameen n'allait pas avoir le choix. Elle tremble de rage, c'est la seule chose qui semble rester intacte avec le temps chez elle dans cet endroit, la rage.

Martine reprend là où elle s'est arrêtée quelques instants plus tôt.

- On lui a juste fait quelques tests, susurre-t-elle dans son oreille entre deux morsures.

Sameen en frisonne de haine. Putain l'enfer, s'il existait, n'était rien face à cet endroit.

- Pour l'instant, ajoute-t-elle en lui suçant le cou dans un baiser. Et ça ne dépend plus que de toi désormais.

Sameen se sait vaincue d'avance, elle allait devoir céder. Elle a échoué pour Root, mais pas pour Louisa. En plus elle a fait une promesse et elle la tiendra.

- Qu'est ce que tu veux ? demande-t-elle dans un souffle faisant totalement abstraction de Martine et de ses gestes.

Elle sent cette dernière sourire dans son cou. La garce est ravie, tout se déroule selon le plan.

- C'est une question stupide ça ma chérie, rit-elle.

Elle se redresse et regarde Sameen. Cette dernière se redresse autant que le lui permettent ses liens.

- C'est pas à toi que je parlais.

Elle se tourne vers la caméra qui clignote au rouge. Mais rien ne se passe. La blonde lui attrape fermement le visage d'une main en lui enfonçant les doigts douloureusement dans les joues.

- Tu viens de le lui donner, lui dit-elle avec un large sourire.

Et c'est vrai. La mission est finie. Martine pourrait s'en aller dés maintenant mais elle juge qu'elle a bien mérité un petit bonus et Samaritain ne le lui refuse pas. Il sait récompenser ses agents et Il la lui laisse. Martine le sait et ne va surement pas dire non alors qu'elle se jette sur sa victime. Elle pense à Root et à sa tête quand elle saura ça. Elle allait bientôt le lui dire, Samaritain l'avait prévu pour la faire plier. Tout ce que Shaw avait subi lui serait dévoilé dans les moindres détails et Root craquerait. Si elle ne le faisait pas, sa fille serait alors engagée d'autant plus dans la partie. La petite avait déjà subi des tortures physiques mais contrairement à Shaw, on montrerait à sa mère comme elle n'avait pas tout subi. Et là Root ne le supporterait pas et Lui céderait. Il avait toutes les cartes en main. Toutefois Root restait imprévisible, elle avait vu sa fille se faire torturer mais n'avait pas réagit et Samaritain jugeait qu'Il avait eu raison de mener cette petite expérience sur Sameen. Désormais Il a ses réponses. S'il en tue une et utilise ensuite la gamine, Il aura ce qu'il cherche. Elle lui sera soumise, mais pas attachée, ni dévouée. Mais ça, ça viendrait avec le temps. Root finirait pas comprendre et oublierait Sameen. Cette option est donc envisageable, mais en dernier recours. S'Il ne parvient pas à faire céder Root? Il la mettra à genoux en tuant la femme qu'elle aime. L'expérience menée sur Sameen serait alors appliquée à Root. Des deux c'est elle qu'Il voulait bien plus que Shaw. Tout dépendait de Root à présent, et le pire c'est qu'elle ne le sait même pas.

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Le lendemain, l'infirmier qui s'occupe d'elle et deux agents en renfort sont entrés et l'ont détachée. Elle n'a de toute façon rien tenté et ils sont reparti. Elle part s'accroupir dans un coin et attend sans bouger.

Martine entre quelques minutes plus tard. Elle vient de quitter une Sameen désespérée et enragée et elle a bien l'intention d'en profiter. Jongler entre les trois est assez amusant pour elle, car elles ne requièrent en rien le même savoir faire et elle est heureuse de prouver à Samaritain que quelque soit la victime et la méthode appropriée pour en venir à bout, elle les possède toutes. Elle avait été vexée quand Andrea l'avait remplacée, et elle comptait bien se rattraper pour que Samaritain ne lui refuse plus aucun plaisir, et pour l'instant c'était le cas.

La blonde la regarde d'un air mauvais et ravi à la fois. Root ne bronche pas, même quand elle s'assoit en face d'elle. Elle hausse juste les sourcils. On pourrait presque croire en les voyant qu'elles vont se faire des connivences entre filles. Martine n'a cependant aucune arme dans les mains. C'est étrange. Elle ne lui ressort pas son baratin sur la Machine et ne pose pas le téléphone devant elle. En fait elle ne fait rien, pas un geste, pas une parole. Elle se contente de la regarder. Root décide d'entrer dans le jeu, elle sait que sur ce terrain elle peut la battre. Alors elle joint ses mains en croisant ses doigts et pose sa tête dessus pour l'observer très attentivement, un petit sourire suffisant aux lèvres.

- Je viens d'aller voir Sameen, lui dit soudain Martine.

L'effet est immédiat. Root reste en apparence impassible mais sa mâchoire se serre et les battements de sa carotide double d'intensité. La blonde remarque tout ça.

- Très jolie femme, ajoute-t-elle. Elle a un goût …. sucré doux comme un bon miel.

Root déglutit et serre son poing valide. Elle se force à ne pas lui donner ce qu'elle veut à savoir la faire exploser de colère. Sauf que plus la situation est critique, dangereuse et explosive, plus Root est calme, sereine même. L'adrénaline lui éclaircie les idées et ne la paralyse pas, ce qui lui permet de flirter ouvertement avec Sameen dans ces moments-là. Là elle est certes encore assez calme mais pas sereine. Elle n'accorde pas le moindre crédit à cette salope.

- Enfin tu vois ce que je veux dire ? ajoute la blonde en riant.

Elle marque une pause. Root ne réagit toujours pas mais elle ne fait que commencer. Samaritain lui a laissé une heure et elle compte bien en profité.

- C'est vraiment trop gentil de ta part de me l'avoir donnée. Avec le temps, elle et moi c'est devenu …

Elle lève les yeux au ciel comme si elle cherchait le mot exact, mais se contente de lâcher un soupir de plaisir avant de la regarder à nouveau.

- Mais elle ne veut pas que je t'en parle je crois. J'espère que tu ne nous en veux pas, mais on a nos petits secrets nous aussi.

Root se force à réagir. Elle lâche un profond soupir ennuyé, appuyé par un regard blasé.

- Garde tes secrets pour toi, lui dit-elle enfin. Je n'ai franchement aucune envie de t'écouter geindre comme une adolescente en chaleur pour la première fois.

Et elle tente de se lever. Sauf que la blonde ne l'entend pas de cette oreille et sort une arme pour la pointer sur elle. Root cesse le mouvement et se rassoit. Elle sourit de nouveau, elle sait qu'elle l'a fait enrager.

- Bon bah on va dire que je t'écoute alors.

Martine retire la sécurité et Root sourit de lus belle ce qui énerve la blonde.

- Je t'écoute très attentivement, lui dit-elle d'un air moqueur sans se départir de son sourire

Un silence s'installe. Root finit par se demander si la blonde sait ce qu'elle veut au moins, ou si elle n'est là que pour le décor. Ils ne lui ont pas envoyée cette malade pour juste lui faire peur quand même.

- Tu crèves d'envie de savoir tout ce que je lui ai fait subir, lâche-t-elle enfin.

Root déglutit. C'est vrai, elle veut savoir mais par Sameen pour l'aider, pour la délivrer de ses maux qui la rongent et qui la perdent. Elle ne veut rien savoir par sa tortionnaire, là elle ne se contrôlerait plus pour le coup.

- On teste une nouvelle variable sur elle en ce moment justement. Et elle te concerne.

Elle lâche un rire à vous glacer le sang. Root l'écoute très attentivement. Lui ment-elle ? Une nouvelle variable ? Bon dieu qu'est ce qu'elle lui a encore fait ? L'inquiétude se peint au fond de ses yeux et la blonde enchaine ravie.

- Si tu l'avais vu pleurer, rit-elle. Son petit air déprimée et ses larmes …

Elle rit de plus belle et Root enrage doucement.

- Tu me détestes pas vrai ?

Root fait mine de réfléchir trois secondes.

- Si je te dis non je gagne un bon point sur ma prochaine évaluation ?

Martine secoue la tête.

- Alors oui, lui répond Root avec un grand sourire forcé.

- Mais tu te trompes d'ennemi, ajoute la blonde.

Root hausse les sourcils sans cesser de sourire, délibérément provocante. C'était reparti, elle allait avoir un baratin sur le bon choix à faire, sur Samaritain et son éternelle bienveillance et gentillesse. Bref elle est partie pour une bonne sieste.

- Je ne veux pas te tuer, continue la blonde, juste te blesser comme Shaw. Mais toi tu ne penses qu'à me descendre.

Root la regarde interloquée en souriant. Martine ? Elle ne veut pas la tuer ? Non mais on délirait ferme là c'est quoi ce mensonge à deux balles.

- Ça colle pas entre nous, lui répond Root en se marrant ouvertement et en écartant les bras qu'elle laisse retomber d'un air faussement désolé.

La blonde attend quelques minutes. Elle n'a rien préparé de cet entretien. Samaritain la guide, lui dicte ses questions. Il cherche quelque chose de très précis ici. Il s'est rendu compte que Root était prête à se sacrifier, à mourir même, pour Sameen, pour Louisa, pour la Machine et pour bien d'autres personnes, comme si cela n'avait aucune importance. Comme si sa vie n'avait aucune importance. Il veut lui faire prendre conscience que c'est faux, qu'elle est importante pour lui, du moment qu'elle lui donne ce qu'Il attend d'elle.

- Pourquoi es-tu toujours en vie Samantha ? lui demande alors Martine d'un ton sérieux mais ennuyé.

Root n'en revient pas. C'est quoi cette échange ? Elle veut quoi ? Il veut quoi ? Pourquoi elle était encore en vie ?

Elle la regarde encore plus amusée, la blonde ne sait décidemment pas où elle va aujourd'hui.

- Parce que vous n'avez pas encore appuyé, lui répond-t-elle sur le même ton moqueur en lui désignant l'arme pointée sur elle.

Mais la blonde ne se démonte pas. Toujours guidée, elle sait où elle va.

- Comment as-tu survécu quand tu as fuit seule le Texas ?

Root perd son sourire. Elle ne parlait pas de ça. Jamais. Le Texas, elle n'y avait jamais remis les pieds. Elle avait survécu et c'est tout. Pas vrai ? Elle avait survécu à tout ça ? Elle s'en était sortie ? Elle perd son regard sur le sol. La question se posait en effet, comment une enfant seule de douze ans avait survécu ? Par quelle miracle n'était-elle pas morte ?

- Grâce à Andrea, murmure-t-elle tout doucement dans un souffle inaudible.

Mais Martine a lu sur ses lèvres.

- Oui, mais avant ça comment as-tu survécu quand tu as fait le trottoir ?

Root la regarde furieuse de s'être laissée aller, entrainer sur ce terrain. Elle aurait dû rester sur le pied de guerre, continuer à jouer la carte de l'humour cynique. Martine semblait savoir où elle allait en fin de compte, Root l'avait sous estimée. Elle sait maintenant qu'elle a eu tort. Mais il était trop tard pour revenir en arrière.

- Et qui t'a aidée à tenir quand tu t'es cachée dans la rue pendant quatre ans ?

- Moi, murmure Root du bout des lèvres sans prononcer un son.

Martine sourit doucement. Elle lui cède un peu.

- Pourquoi ? Pourquoi tu n'es pas morte ?

Root déglutit et ferme les yeux. Elle sent les larmes monter. Cette période de sa vie est si sombre, peut-être plus que son enfance où sa mère mettait quelques touches de normalité. Ça avait d'ailleurs surpris Sameen au début de leur "relation", la première fois où elle était venue chez elle et où Root avait cuisiné. L'interface avait été ravie de l'impressionner Shaw n'avait pas réussi à le cacher.

- Où as-tu appris tout ça ? lui avait demandé Sameen.

Elle savait que la vie de Root n'avait été que fuite et cavale, pas vraiment l'idéal pour prendre des cours de cuisine. Root l'avait regardée en souriant.

- Je sais que ça va te paraitre bizarre Sameen, mais … moi aussi j'ai eu une mère.

Shaw avait haussé les sourcils de surprise alors que Root avait ponctué sa phrase d'un rire. Elle ne s'était pas attendue à ça. Root ne parlait jamais de son passé. Et là elle se confiait à elle. Sam savait avec certitude qu'elle lui faisait confiance.

- Tous les samedis, on cuisinait elle et moi et c'était génial. C'est d'ailleurs l'un des seuls trucs normaux de mon enfance, avait-elle ponctué avec légèreté.

- J'en sais rien, répond alors Root en toute sincérité à Martine.

Elle ne savait pas pourquoi elle n'était pas morte. Le hasard ? Le destin ? Dieu ? Pff oh que non !

- Pourquoi es-tu encore en vie ? insiste Martine.

Elle l'énerve prodigieusement, elle vient de lui dire qu'elle ne savait pas. Sauf qu'au fond elle le sait très bien.

- Parce que je ne demande qu'à vivre, lui crache-t-elle furieuse.

Martine lui sourit largement et se tait. Root respire et se calme. Elle a visiblement donné la bonne réponse. La blonde se lève et sort sans rien ajouter, laissant une Root interdite sur l'échange qui vient d'avoir lieu. C'est tout ? Toute cette comédie pour ça. Et elle n'a toujours ni vu Sameen, ni vu Louisa. Et vu le petit speech de la blonde sur son plaisir à avoir eu Shaw ça n'annonçait rien de bon. Elle se promet de ne rien céder aux prochains qui entreront ici. Mais au fond, Root n'a pas l'impression d'avoir cédé. Bizarrement cette conversation l'a libérée de la question qu'elle s'était posée plus tôt : Devait-elle quelque chose à Andrea ? La réponse était claire, non elle ne lui devait rien. Elle ne devait qu'à elle ce qu'elle avait été et ce qu'elle était devenue autant pour le bon que pour le mauvais.

Lambert et Greer entrent le lendemain. Root est toujours au même endroit au sol dans son coin. Elle n'a pas bougé ni dormi et est restée concentrée sur la porte.

- Le lit est plus confortable mademoiselle Groves, lui dit Greer en guise de salutation.

Elle ne lui répond pas, ne bouge même pas.

- Je veux les voir, exige-t-elle simplement.

Greer lui sourit. Root se tourne vers Lambert. Qu'a-t-il fait à sa gamine ?

- Je veux voir ma fille, lui dit-elle d'une voix froide.

- Mais tu vas la voir Root, lui dit Lambert en lui montrant une tablette.

Root ne peut plus respirer à la seconde même où elle voit l'écran. Louisa hurle à pleins poumons en se tenant les oreilles, recroquevillée au sol. Root se prend la tête dans les mains et ferme les yeux. Les larmes coulent sans qu'elle puisse rien y faire. Puis la vidéo se coupe et elle les regarde. Toujours face à elle, ils la dévisagent calmement. Alors voilà ce qu'ils font à sa fille, elle avait sa réponse. Root crève d'envie de hurler, mais elle se retient. Les larmes coulent doucement sur son visage qui n'exprime que la rage. La rage pour ce qu'ils font, la rage de son impuissance, la rage de son échec à avoir protégée sa fille de tout ça. La rage c'est tout ce qui semble lui rester et elle en tremble de colère et sa respiration en est d'autant plus saccadée.

- Ça peut s'arrêter Root, lui dit Lambert.

Il pose un téléphone à terre devant elle.

- Dis lui de t'appeler, ajoute-t-il simplement.

Mais Root ne bouge pas et ne les regarde pas. Elle se mord la lèvre inférieure et se balance légèrement d'avant en arrière pour calmer sa terreur. Ça ne pouvait être qu'un putain de cauchemar, ou alors elle était plongée dans une de ses fameuses simulations dont lui avait parlé Shaw. Mais Root ne savait pas ce que c'était que cette merde, elle n'en avait jamais subi. Mais si c'était le cas et si toutes les simulations de Shaw avait été du même genre, juste … terrifiante. Pas étonnant qu'une personne aussi solide que Sameen ait craqué. Mais Shaw avait parlé d'irréel, et Root ne pensait pas être dans une simulation. Visiblement ça c'était pour Shaw, pas pour elle. Samaritain voulait la casser autrement. Ils voulaient la Machine, au moins c'était clair cette fois. Après avoir passé des jours à tourner autour du pot, il lui montrait enfin son vrai visage. Samaritain avait décidé de torturer sa fille, une adorable petite tchoupinette haute comme trois pommes qui était gentille avec tout le monde, qui aimait juste dessiner, danser, chanter et courir dans les parcs pour rendre Balou complètement fous. Et tout ça juste pour elle, pour la faire craquer. Elle se sent à vomir. Si elle parlait, ils arrêteraient. Lambert vient de lui en faire quasiment la promesse, mais c'est un salaud et elle le sait, il ne tiendra surement pas parole. Si elle donne la Machine, que leur feront-ils ? Ils les tueront ? Non, ils avaient dit que non. Sauf que Samaritain finirait par comprendre que jamais elle ne serait de son côté et là ils les tueraient. Lambert le lui avait promis, Il ne serait pas patient éternellement et franchement elle non plus. Mais si elle ne leur donnait pas la Machine, Samaritain n'aurait pas d'autres choix que de continuer, de les garder en vie pour se servir des unes contre les autres. Ça lui faisait mal pour Lou mais c'était leur seule chance.

- Non, s'entend-t-elle leur répondre.

Elle respire toujours aussi mal et elle laisse son regard fixé dans le vide. Elle a l'impression d'être à la fois une bonne mère pour être en train de sauver sa fille, et une mère monstrueuse pour la laisser endurer ça. Monstrueuse. Monstrueuse. Monstrueuse. Tu es monstrueuse.

Elle lève un visage ravagé par la détresse, la souffrance et la tristesse vers eux. Lambert lui sourit largement. Elle le haïssait déjà avant et maintenant elle sait qu'elle ne le tuera pas d'une balle dans le crane comme elle le pensait. Pour ce qu'il fait à Louisa, elle lui réserve bien autre chose. Et elle laissera la blonde à Sameen.

- Pardon ? s'étonne Lambert au bout de plusieurs minutes de silence.

Il n'en revient pas, elle a refusé. Ils étaient certains que là elle craquerait. Samaritain avait prévu à 94.83% qu'elle céderait en voyant ça. Sauf que voilà, cette femme tombait dans les 5,17%. Elle était incroyable d'imprévisibilité. Ils sont un instant désarmés devant sa réponse, et Lambert a choisi de par ce simple mot de lui donner l'occasion de se rétracter. Il pense qu'elle n'aura pas la force de trahir sa fille chérie une seconde fois. Sauf que cette fois Root le regarde droit dans les yeux et il y lit au-delà de la haine et de la tristesse, une assurance inébranlable, la conviction qu'elle a fait le bon choix.

- Non, lui répète-t-elle sur un ton cynique. Le contraire de oui si vous préférez.

Root commence à tapoter en silence un rythme de musique avec ses doigts sur sa jambe. Elle sait qu'elle vient de les scotcher.

- Tu es sûre ? lui demande Lambert amusé.

Elle ne lui répond pas cette fois et ne bouge pas. Elle n'a ni sourire ni sarcasmes à lui sortir. Elle ne pense qu'à ce qu'elle va lui faire. Et rien ni personne, pas même la Machine, ne pourra l'arrêter. Ses doigts en trépignent d'impatience en tapotant plus vite le rythme de la chanson.

- Tu es une mère bien particulière, murmure Lambert.

- Je sais, murmure Root, tu me l'as déjà dit. Tu n'as rien d'autres pour essayer de me faire couler à pic ?

Elle a parlé doucement, presqu'en chuchotant comme pour ne pas réveiller un enfant qui dort. Elle accentue chaque mot qu'elle prononce avec lenteur. Elle est comme assommée, dans un état presque second. Lambert l'écoute attentivement et lui sourit largement alors que Greer hausse les sourcils. Il avait été certain qu'elle aurait cédé nette. Root était vraiment surprenante et sacrément résistante.

- Parce que ça, ajoute-t-elle en pointant sa tablette, ça ne fonctionne pas. Pas plus que l'ibogaïne, pas plus qu'Andrea, pas plus que le reste.

Lambert pince des lèvres et acquiesce d'un air moqueur en ramassant le téléphone.

- C'est ce qu'on verra, lui réplique-t-il en se levant.

Elle les regarde se diriger vers la porte.

- Vous n'avez rien et moi j'ai tout, leur dit-elle calmement.

Ils s'arrêtent net et se tournent vers elle. Au prix d'un effort colossal, Root parvient à leur envoyer un sourire moqueur, leur montrant qu'elle est encore dans la partie. Elle a au moins raison sur ce point, ils les tiennent mais ils n'ont toujours rien. Ils la regardent calmement un petit sourire au coin des lèvres.

- A bientôt mademoiselle Groves, lui dit simplement Greer.

Et ils sortent. Root est incapable de se calmer. Elle tourne en rond et manque de s'arracher les cheveux. Elle finit par se rasseoir en tentant sans succès de ne rien imaginer. Une assiette de pâtes lui est servie plus tard. Elle dévisage le type qui lui apporte, elle ressemble à une enragée très calme. Un peu comme un crocodile qui vous regarde avant de bouger tout à coup pour vous attraper. Ils lui donnaient à manger, c'était un comble dans un moment pareil. Ils avaient un sacré sens de l'humour noir et tordu par ici. Le gars ressort très vite, elle le pétrifie de peur. Root attrape l'assiette et la balance sur la porte au moment où il la referme.

Ils la laissent mariner quelques heures et Lambert revient. Il observe la porte où les pâtes sont collées et se tourne vers elle en souriant.

- Pas très faim ? lui demande-t-il. C'est de famille décidément de jeter les assiettes sur les murs.

Elle ne lui répond pas, elle se fiche de ce qu'il lui raconte de toute façon. Lambert sort le fameux téléphone et le lui balance sous le nez avant de le replacer dans sa poche

- Tu as réfléchi ? lui demande-t-il joyeusement.

Root le dévisage calmement sans toujours réagir. Lambert s'approche d'elle et lui montre juste l'écran de la tablette, encore une fois. Mais elle refuse de regarder, elle continue à le dévisager dans les yeux et ils restent un bon moment ainsi. Root n'entend personne crier cette fois-ci, mais elle ne supporte plus d'observer ce sac d'immondice en face d'elle et elle pose les yeux sur l'écran. Elle se force à n'afficher aucune réaction alors qu'elle voit Louisa se laisser frapper par Martine à coup de marteau sur sa petite main. Elle a des bandages aux bras. Root serre les poings et les dents pour se retenir de hurler. Elle voit ensuite la blonde enfoncer des aiguilles dans son dos et elle craque. Elle se jette sur lui pour l'étrangler.

- JE VAIS VOUS TUER, hurle-t-elle.

Il éclate de rire et d'un geste rapide il lui attrape ses doigts cassés et les lui tord. Root tombe à genoux au sol en hurlant de douleur. Il la tient dans une clé de bras

- C'est toi qui as fait ça Root. Toi et ton silence. Alors dis moi ça en vaut la peine ?

Il lui tord les doigts plus fort et elle serre les dents, ne lâchant échapper qu'un grognement de douleur. Puis Lambert la lâche. Il la laisse là et sort sans plus un mot. Root reste en boule au sol et pleure lentement de douleur. Pas tant pour ses doigts mais pour ce qu'elle vient de voir. Elle est heureuse que ses longs cheveux lui masquent le visage. Elle ne veut pas qu'Il la voit craquer ainsi, elle ne veut pas lui montrer qu'Il commence à gagner, déjà.

Elle est toujours dans cet état quand une alarme retentit. Elle se relève doucement et essuie ses yeux en fronçant les sourcils. Elle ne sait pas qui s'est sauvée cette fois ci, mais elle lui souhaite bonne chance. Elle court à la porte et tente de l'ouvrir sans succès. Elle peste de rage et frappe un grand coup dedans pour faire passer sa frustration. Elle reste debout longtemps dans la pièce à faire les cents pas.

L'alarme finit par s'arrêter mais pas Root. Elle se demande bien ce que ça veut dire. Une évasion ratée encore ou réussie enfin ? Elle commence à se demander si Sameen n'a pas raison. Quitter cet endroit semble impossible.

Elle s'arrête nette quand la porte s'ouvre à nouveau. Et pour la troisième fois de la journée, Lambert entre.

- Tu n'as que moi à venir persécuter, lui claque-t-elle furieuse.

Lambert lui sourit et sort une arme. Il la pointe sur elle et lui fait signe avec de sortir dans le couloir. Elle lève les yeux au ciel comme sait si bien le faire Shaw et sort. Martine est là et Root se demande un bref instant lequel des deux est le pire. Peu importe, Sameen et elle les tueront. Ils l'escortent dans un couloir et elle entre dans une salle remplie d'ordinateurs et elle sait tout de suite que c'est une sorte de salle des opérations. On l'amène devant un immense écran blanc où Greer l'attend. Root ne lui accorde aucune importance alors qu'elle regarde le diable les yeux dans les yeux.

- Je sais que vous êtes furieuse mademoiselle Groves, lui dit Greer. Mais il était important de réaliser ces tests sur votre fille pour évaluer son degré de résistance.

Elle ne le regarde toujours pas et reste rivée sur l'écran. Si seulement, elle avait une masse pour le détruire. Bon, elle sait que ça ne détruirait pas Samaritain, mais elle ça lui ferait un bien fou pour extérioriser sa rage qu'elle refoule. Le vieux la prend pour une idiote. Grosse erreur de sa part.

- Je sais très bien pourquoi tu as fait ça, dit-elle à Samaritain. Ne te cache donc pas derrière tes soi-disant tests. Tu voulais juste m'atteindre moi. Tu voulais savoir si tu pouvais trouver la fameuse Root que tu cherches tant dans la personne que je suis.

Elle marque une pause.

- Eh bien, félicitation Samaritain, tu m'as trouvée. Mais je ne suis pas certaine que tu vas apprécier.

- Je voulais être certain d'avoir toute ton attention, lui écrit Samaritain.

Root secoue la tête d'agacement autant que de rire.

- Eh bien, tu l'as maintenant alors laisse ma fille en paix.

Il ne lui répond pas. Root sent, sans le regarder, que Greer l'observe. Ce dernier semble ravi de l'échange qu'elle vient d'avoir avec Samaritain. Elle lui avait parlé d'elle-même. Il sent bien qu'elle contrôle sa fureur pour ne pas exploser.

- Samaritain fait tout ça pour son bien et pour le votre je vous assure, lui dit-il. Quoique vous en pensiez !

Elle tourne un visage excédé vers lui.

- Pensez ça, lui dit-elle d'un ton blasé en lui faisant un doigt d'honneur.

Son sourire l'a trop énervée. Il avait cru quoi hein ? Qu'elle parlait avec Samaritain et que c'était bon, elle allait devenir un gentil mouton qui obéit. Greer soupire sans cesser de sourire.

- Vous êtes aussi butée que votre fille, lui dit-il.

Root se rend compte alors que l'alarme de tout à l'heure était pour Louisa et non pour Sameen comme elle le croyait. Elle sait pourtant qu'elle ne doit pas sous estimer sa fille. Elle tourne un regard angoissé vers lui. L'ont-ils attrapé ? Qu'est ce qu'ils lui ont fait ?

- Elle n'a rien, la rassure le vieux. …pour l'instant. Et ça ne dépend que de vous que ça continue ainsi.

Il la regarde se décomposer à ses paroles. Root se demande bien qu'elle est leur prochaine idée tordue et sadique sortie de leurs cerveaux en guimauve.

- Je n'aurai pas pensé à Chinatown pour un centre d'opération, ajoute Greer pensivement.

Root ne laisse rien paraitre, pourtant elle sent son cœur tambouriner dans sa poitrine. Merde comment ont-ils su ?

- Je suis d'accord avec vous, lui répond-t-elle sur le ton de la conversation. Trop bruyant et trop peuplé, ce serait pas franchement discret.

Elle croit comprendre la raison à sa présence ici. Le vieux semble vouloir confirmation et Root reste comme d'ordinaire insondable comme un lac noir, le visage emprunt de sarcasme et de provocation.

- Des agents vont fouiller de fond en comble ce quartier et ils les trouveront, l'avertit-t-il.

Root affiche un air ennuyé et secoue la tête d'incompréhension.

- Et je suis ici parce que …. vous voulez mon feu vert pour l'opération, ironise-t-elle en riant.

- C'est votre fille qui a été très bavarde avec nous, enfin plutôt avec Samaritain. Il semblerait qu'elle commence à l'apprécier.

Root conserve son sourire et son air insolent, pourtant elle sent comme un coup dans le ventre. Louisa aurait très bien pu craquer, mais elle sait que Greer lui ment. Lou n'aurait jamais dit ça volontairement à Samaritain donc on l'avait forcée ou manipulée. Sa fille. Elle allait en crever s'ils ne lui montraient pas sa fille.

- Ça ne veut pas dire qu'elle a dit la vérité, avance-t-elle avec un sourire.

- Ça ne veut pas dire qu'elle ment non plus, réplique Greer.

Root le regarde et lâche un long soupir.

- Vous savez quoi Greer, lui dit-elle en souriant. Vos trucs de manipulations psychologiques je commence à en avoir plus que marre. Le réel problème ce n'est pas moi. C'est votre incapacité à résoudre le casse tête mental que je représente à vos yeux.

Elle s'arrête, contente de leur avoir cloué le bec. Greer l'observe comme fasciné et elle ne baisse pas les yeux. Si seulement il pouvait faire un infarctus massif là tout de suite. Au lieu de ça il lui sourit plus largement.

- Je pense pouvoir assez bien vous résoudre dans ce cas.

Root se tourne vers l'écran et perd son sourire dés qu'Il lui montre sa fille. Louisa hurle à plein poumon en frappant la porte. Root croit en mourir de douleur et elle serre les poings. Sa fille est enfermée dans une pièce vide et sombre. Root remarque comme du gel au sol. "Une chambre froide", réalise-t-elle. Mais ils sont complètement tarés.

- LAISSEZ MOI SORTIR. MAMAN ! MAMAN !

Root ferme les yeux mais les cris de Lou la transpercent bien plus douloureusement que n'importe quelle torture. Louisa cesse peu à peu et reste calme, ne pleurant que légèrement. Root ouvre des yeux emplis de larmes et voit sa fille la tête appuyée sur la porte. Elle a l'air de se calmer et marmonne des mots qu'ils n'entendent pas. Et soudain Louisa se redresse et cherche dans la pièce quelque chose. La petite se tourne enfin vers la caméra et regarde sans la voir sa mère. Elle s'en approche et l'attrape d'une main. Elle semble chercher quelque chose pendant quelques instants et soudain c'est le noir. Lou l'a détruite. Root tente de calmer sa respiration alors que la vidéo se coupe soudain. Surprise et soulagée en même temps qu'inquiète de ne plus voir Louisa. Elle voit Greer froncer les sourcils. Il se tourne vers un technicien.

- Monsieur, les caméras sont hors services, lui annonce-t-il.

- Lesquelles ? demande Greer.

- Toutes.

Le vieux fronce les sourcils. Et Root réalise, Samaritain est aveugle. Qui avait pu faire ça ? Pas la Machine en tout cas, impossible. Elle ne pouvait pas attaquer, juste se défendre et encore passivement. Des renforts alors ? John, Lionel, Finch ? Non impossible non plus, elle avait interdit à la Machine de faire ça. Ça vient donc de l'intérieur. Etrange que cela arrive au même moment où Louisa détruisait la sienne. Ou alors c'était un nouveau piège de leur part dont elle ne voyait pas encore le but ? Hum, pas sûre Greer avait été surpris et là il est clairement énervé, bien que l'énervement chez lui soit vraiment peu perceptible.

- Réglez ça, ordonne-t-il avant de se tourner vers à nouveau.

- Je pense que vous avez un souci, lui dit-elle souriante.

C'est fou comme on peut passer de l'effroi au ravissement en quelques secondes ici. Même si c'est feint acr Root pense à sa fille.

- Un fâcheux contre temps mais nous réglerons ça plus tard. Revenons ma chère à ce qui vous concerne.

Root le dévisage froidement.

- Je me suis renseigné sur le syndrome de votre fille. Fascinant ! Il n'y avait pas beaucoup de choses qui pouvaient l'atteindre. Physiquement bien sûr, comme la faim ou le manque de sommeil. Mais les patients souffrant d'insensibilité ressentent le froid, même s'ils n'en souffrent pas.

- C'est donc inutile de lui infliger ça, lui fait remarquer Root.

Greer acquiesce.

- Mais leur corps en ressent parfaitement les effets.

Root ne répond pas. Pas la peine. Elle sait en quoi consiste ce nouveau chantage. Contacter la Machine ou voir sa fille mourir de froid. Elle était bloquée, coincée, mal barrée.

Root le regarde furieuse. Elle tremble de rage.

- Arrêtez ça, lui dit-elle simplement d'une voix froide.

Greer lâche un léger rire qui manque de la faire exploser alors qu'elle se décompose sous ses yeux. Elle ne pense qu'à Louisa.

- Ce traitement peut s'arrêter mademoiselle Groves, reprend le vieux, contre …

- Contre la Machine. Oui je sais, lui crache-t-elle furieuse.

Greer hausse les sourcils et se met à rire doucement.

- Oh non ma chère. Samaritain a compris que quoique nous fassions à Louisa vous ne donnerez pas la Machine. Du coup il vise un peu plus bas.

Root fronce les sourcils. Elle ne comprend pas, de toute façon ici il faut s'accrocher pour comprendre. Ils sont trop tordus.

- Alors contre quoi ? aboie-t-elle.

- Une mission.

Elle en reste pantelante les bras ballants et les yeux comme des soucoupes. Elle ne s'attendait pas à celle-là. Mais à quoi joue Samaritain ? Il la voulait elle. C'était donc sérieux, Il voulait qu'elle travaille pour lui.

- Une mission, répète-t-elle interloquée.

- Mademoiselle Shaw pourrait parfaitement vous aider, ajoute-t-il.

Root se prend la tête dans les mains et secoue doucement la tête. C'est quoi ce nouveau délire. Ils sont ahurissants de conneries. Elle redresse la tête pour les regarder à nouveau.

- Vous allez développer, j'imagine.

Greer lui sourit largement.

- Nous avons interpellé un terroriste et Samaritain souhaite que vous vous en occupiez.

- Un terroriste ? murmure-t-elle cyniquement. Vraiment ? Ce serait pas plutôt un pauvre gars qui s'est mis en travers de son chemin ?

Greer ne lui répond pas. Son sourire reste accroché à ses lèvres et Root meurt d'envie de le lui arracher.

- Quand vous dîtes qu'Il veut que je m'en occupe … commence-t-elle en sachant déjà ce que cela signifie.

- Il veut que vous régliez ce problème, lui confirme Greer. Définitivement.

Root le regarde franchement pas surprise. Ce truc voulait qu'elle abatte un homme de sang froid, qu'elle retombe dans ce qu'elle avait été. Cet homme s'apparentait à un allié. En tout cas ils avaient un ennemi commun et était du même côté. Et Louisa était la menace qui pesait au dessus de sa tête. Mais que dirait sa fille si elle faisait ça ? Ils s'en serviraient contre elle, pour lui montrer qu'elle était un monstre, qu'ils avaient raison, pour que Lou la déteste. Root réfléchit à la vitesse de l'éclair. Si elle ne faisait rien elle perdrait sa fille et si elle se soumettait à Samaritain elle la perdrait aussi. Alors elle ne répond pas et cherche désespérément une solution. Elle refuse de craquer devant eux.

Greer l'observe attentivement et se tourne vers Martine et Lambert.

- Je crois que mademoiselle Groves a besoin d'une petite motivation.

La blonde lui sourit largement et sort de la pièce. La grande brune lui jette un coup d'œil avant de se tourner vers Greer.

- Je pense que vous savez ce qui se passe après l'hypothermie, ajoute-t-il. Nous allons palier au problème actuel des caméras et nous reparlerons de ce petit travail pour lequel vous semblez si récalcitrante. Je pense que vous pouvez patienter un peu mais votre fille ….

Root secoue la tête au bord de l'implosion et des larmes. Lambert l'attrape fermement d'un bras, mais Root ne lâche pas le vieux des yeux.

- Ne faites pas ça Greer, lui dit-elle.

Il lui sourit.

- Une simple mission mademoiselle Groves, lui réplique-t-il.

Root ne lui répond pas. Elle sent que les larmes vont jaillir de ses yeux dans quelques secondes. Elle secoue la tête et son visage n'affiche plus qu'un profond désespoir. Elle commence à se débattre. Elle ne veut pas partir, elle veut tenter de négocier mais Lambert la traine sans ménagement.

- Greer ne faites pas ça, répète-t-elle paniquée alors qu'on la sort de la pièce.

Le vieux lui sourit franchement amusé.

- Et ne faites pas d'autres sottises voulez vous ? Ou je serai contraint de baisser encore la température.

Root respire très mal et ne se soucie même pas de l'endroit où Lambert l'a conduit. Elle entre dans une pièce au moment où Martine en sort. Lambert ferme la porte derrière elle et Root se retrouve seule avec Shaw. Malgré son état, elle reconnait l'endroit, c'est la pièce dont elles se sont enfuies quelques jours plus tôt pour finir par atterrir dans ce sous-sol.

Sameen la regarde la bouche grande ouverte, les yeux exorbités. Elle était vivante. La blonde lui avait donc menti. Mais pourquoi ? Toujours la même chose, réalisa-t-elle. La blonde voulait la mettre à terre, et le pire c'est qu'elle y parvenait très bien. Sameen avait marché, elle l'avait crue. Elle avait cru être responsable de la mort de Root et elle avait craqué en fondant en larme, en étant si peu elle-même. Martine avait dû jubiler et Sam en enrage de lui avoir donné exactement ce qu'elle voulait. La blonde venait d'entrer tout souriante dans la pièce et l'avait détachée. Elle lui avait demandé si elle croyait en une quelconque puissance supérieure spirituelle en se foutant ouvertement d'elle, puis Root était entrée et Shaw en était restée figée debout à l'autre bout de la pièce. Sur le coup elle avait pensé devenir folle pour de bon et avoir une hallucination, mais le sourire de la blonde lui fit comprendre que non.

Elle ne bouge pourtant pas de peur que Root ne disparaisse comme un mirage. Elle sent le poids qui lui enserrait le vente depuis presque trois jours s'envoler comme par magie et elle a une irrésistible envie de la toucher pour s'assurer de sa présence. Mais elle n'en fait rien, elle est comme paralysée.

- Tu es vivante, murmure enfin Shaw brisant le silence.

Le dire lui fait prendre conscience de ce fait comme étant réel, Root est vivante. Pourtant l'interface ne semble pas l'avoir entendue et Shaw reste figée par l'air de Root. Cette dernière ne la regarde pas et reste collée le dos à la porte. Elle respire mal et trop vite. Et soudain Root s'effondre au sol en glissant le long de la porte en lâchant un long gémissement de douleur entrecoupé de sanglots qui vrillent les entrailles de Shaw. Elle n'a jamais vu Root ainsi. Et sans réfléchir elle s'approche d'elle pour la serrer maladroitement dans ses bras alors que Root est secouée d'une crise de larmes incontrôlable comme elle quand elle a cru l'avoir perdue à jamais. Elle ne sait pas ce qu'ils lui ont fait mais elle appréhende. Root ne parle toujours pas. Elle en est incapable, ses larmes l'empêchent de respirer normalement et Sameen se rend compte, effrayée, qu'elle va faire une crise de panique. Elle doit la calmer, sauf que elle ne sait pas trop faire ça.

- Chut, lui murmure-t-elle en la serrant dans ses bras et en lui caressant le dos d'une main.

- Com …. Comment je peux imposer ça à ma fille ? parvient à lui murmurer Root entre ses sanglots qui la secouent.

Et Shaw comprend. Ils ont fait du mal à Louisa pour la faire craquer. Donc Root ne savait pas ce que la blonde lui avait fait. Elle en est égoïstement soulagée. Root était utilisée contre elle, et Louisa était utilisée contre sa mère. Un cercle vicieux où tous leurs sentiments entraient en compte. Sameen continue de se taire et de la serrer dans ses bras.

- Elle a que six ans, continue Root en larmes. Elle connait déjà la torture et le meurtre.

Elle s'arrête et sanglote de plus belle. Sameen cherche quelque chose de sensé, de gentil et de pas trop con à lui dire.

- Ils veulent nous détruire, c'est tout ce qu'ils veulent. Ne leur fais pas ce plaisir.

Elle se trouve franchement gonflée de lui dire ça alors qu'elle, elle a fondu en larme devant Martine quand cette garce lui a sorti un mensonge qu'elle aurait dû détecter ou encaisser en silence, comme le reste d'ailleurs.

Root respire peu à peu mieux mais pleure toujours autant.

- Je vais pas tenir, lui avoue-t-elle faiblement.

Shaw continue de la serrer dans ses bras.

- Chut, répète-t-elle pour la calmer. Tu vas tenir, lui dit-elle simplement. Au bout de trois semaines ici, c'est ce que je me suis dit aussi tu sais. Et puis on serre les dents et on tient.

Root enfouit son visage contre son buste et Sameen la serre plus fortement. Elle ne veut plus la lâcher de peur qu'elle disparaisse. Root se calme peu à peu et se redresse.

- Qu'est ce qui s'est passé ? ose enfin lui demander Shaw bien qu'elle connaisse la réponse.

Root la regarde le visage ravagé par la souffrance, les yeux rouges gonflés.

- Ils l'ont torturée, lui confirme-t-elle, juste parce qu'elle est ma fille.

Elle fait une pause, les larmes coulant à nouveau de plus belle. Elle détourne le regard et observe le sol sans le voir

- Si je l'aimais vraiment je l'aurai abandonnée à sa naissance pour lui donner une chance d'avoir la vie qu'elle mérite.

Sameen en reste interdite. Comment Root peut dire une chose pareille ? Elle sait qu'elle adore sa fille. Elle sait aussi qu'elle souffre le martyr. Sameen lui encadre le visage et la force à la regarder.

- Ne dis pas une chose pareille, tu m'entends ? Ne le pense même pas. Sinon ils ont gagné.

Root ne lui répond pas et l'observe simplement un petit moment.

- Ils l'ont enfermée dans une chambre froide et ils ne la laissent sortir que si je tue un homme pour eux. Un terroriste soi disant.

Root a balancé la phrase d'une traite. Sameen comprend aussitôt. Ils font la même chose qu'avec elle et Mia. Root suivait à peu près le même processus que le sien. Elle acquiesce doucement.

- Moi, ils voulaient que je tue une petite fille, lui avoue-t-elle.

Root la regarde en silence. Sameen lui parlait enfin de ce qui lui était arrivée et elle n'allait surement pas la couper.

- Mais j'ai refusé, ajoute Shaw, et j'ai essayé de m'enfuir avec elle. Martine l'a tuée quand ils m'ont rattrapée.

Elle s'arrête. De toute façon il n'y a plus rien à ajouter. Mia était morte, mais il restait une chance pour Louisa. Elles restent de longues minutes silencieuses, chacune perdue dans ses pensées. Root ne pensant qu'à Louisa et Shaw a ce qu'elle vient de vivre. Pourquoi lui avoir fait croire que Root était morte ? Quel était l'intérêt ?

- Pourquoi as-tu été surprise que je sois vivante ? demande soudain Root en fronçant les sourcils.

Elle se rappelle brusquement que c'est la première chose que Shaw lui a dite et elle semblait interdite en la voyant devant elle. Root n'avait pas pu s'en soucier sur le coup, trop effondrée. Mais à présent que sa crise de larme est passée, ses idées devenaient plus claires.

- Ils m'ont dit que tu étais morte, lui répond simplement Sameen.

Root fronce les sourcils et tente d'analyser ce nouveau coup de Samaritain dans la partie mais la douleur de penser à sa fille prisonnière du froid l'empêche d'avoir l'esprit clair et ses pensées n'aboutissent pas. Contrairement à celles de Sameen. Elle est là depuis plus longtemps et elle commence à percevoir, à chaque fois après coup bien sûr, le fonctionnement de ce connard de Samaritain. Mais en voyant Root si perdue, si anéantie, elle sait qu'elle va devoir la réveiller.

- Tu sais que toi et moi on va souffrir et claquer ici.

Root lèvre brusquement les yeux sur elle. Sameen a ce qu'elle voulait, son attention.

- J'ai aucune envie de vivre ce calvaire jusqu'à la fin de ma vie. Je veux pas finir comme cette vieille peau de Martine.

Root baisse les yeux, ne répondant toujours pas. Sam la laisse un instant digéré ce qu'elle lui a dit. Root comprend Sameen mieux que quiconque. Elle a eu pratiquement la même discussion avec Hanna quand 20 ans plus tôt elles ont décidé de s'enfuir. Elle l'avait convaincue par le même discours que Shaw, Hanna ne voulant au départ pas partir sans ses parents avant de se rendre compte qu'ils étaient aussi fanatiques et soumis que les autres adultes de la secte.

- Tu te sens d'attaque ? lui claque soudain Shaw.

Root se tourne vers elle perplexe. La détermination se lit sur le visage de Sameen. Cette dernière venait de réfléchir longuement. Louisa allait y rester si ça continuait. Root en mourrait de douleur et elle-même finirait par en devenir folle. Il fallait sortir d'ici, mais il ne fallait pas juste en parler comme d'un doux rêve, il fallait le faire encore et encore jusqu'à réussir. C'est Root qui lui avait redonnée l'espoir dans ce sous-sol. Elles avaient presque réussi et Greer avait utilisé Louisa en désespoir de cause pour les rattraper. Root avait eu raison, il n'était pas impossible de partir d'ici, juste franchement difficile. Et elle avait aussi raison, il ne fallait pas laisser Lou derrière. Elles partiraient à trois ou pas du tout.

- D'attaque pour quoi faire ? lui demande Root sur un air dépité qui ne lui ressemble pas.

Elle n'a plus envie de se battre sachant que ce sera sa fille qui trinque à chaque incartade de sa part. Greer l'a menacée avant de partir de rendre son espace encore plus glacé si elle tentait quelque chose.

- Il faut qu'on réagisse, lui dit Shaw dans un souffle en lui secouant les épaules.

Elle voudrait tellement la réveiller comme elle-même l'avait fait l'autre jour.

- Qu'on réagisse ? répète Root.

Sam ouvre grand les yeux. Elle dort ou quoi. Root semble assommée.

- Qu'on se tire, lui explique cache Sameen.

Root fait aussitôt non de la tête. Et Sam peut lire la terreur dans ses yeux.

- Tu n'as pas vu ce qu'ils lui ont fait tout ça parce qu'elle est ma fille, même si eux prennent comme excuse cette histoire de tests de sa résistance. Imagine un peu ce qu'ils lui feront si on s'enfuit en qu'on n'y parvient pas à nouveau.

- La question n'est pas là, lui réplique sévèrement Shaw. Ils le referont de toute manière, qu'il y ait une bonne raison ou non ça leur est bien égal à Martine et à Lambert.

Elle marque une pause alors qu'elle sent Root lui céder. Elle sait qu'elle vient de dire les bons mots.

- Il faut qu'on sorte d'ici, murmure Shaw. Il faut qu'on sorte d'ici aujourd'hui.

Root la regarde un instant, puis lève les yeux sur la caméra. Et elle acquiesce doucement au grand soulagement de Shaw. Elles étaient sur la même longueur d'onde.

- Tu as raison. Louisa a déjà craqué et leur a dit que notre planque était à Chinatown.

- Chut, murmure sèchement Shaw en jetant un regard angoissé à la caméra. T'es folle ou quoi ?

- Les caméras ne fonctionnent plus, l'informe Root.

A la réflexion, elle aurait dû lui dire ça avant. Mais elle avait été trop effondrée du sort de Louisa pour y penser. Or là son cerveau se rallume comme redémarre un ordinateur mis en veille.

- Tu es sûre ? lui demande Shaw qui n'en croit pas ses oreilles. C'est peut-être juste une autre manipulation pour nous faire croire que l'on peut parler, qu'on est seule.

Ça lui parait vraiment trop étrange qu'on les ait laissé ensemble sinon. Root secoue la tête.

- Je crois pas non. Greer avait l'air vraiment surpris et même énervé. Je crois qu'il comptait me montrer Louisa jusqu'à ce que je craque et accepte. Mais comme les caméras ont été mise hors circuit, il a dû revoir ses plans très vite. Je crois pas que ce soit prévu que toi et moi soyons ensemble. Il veut me laisser imaginer car c'est pire pour moi d'imaginer Louisa seule en train de mourir de froid.

Elle s'arrête et est soudain frappée d'une révélation.

- Il voulait que je te parle de cette mission qu'il veut me donner, réalise-t-elle. Parce qu'il veut que toi aussi tu y participes.

Elle se prend la tête dans les mains et se force à réfléchir. Elle vient d'émettre une hypothèse complètement loufoque.

- Je crois … commence-t-elle interdite, qu'Il veut nous embaucher et nous permettre de travailler ensemble. Un peu comme un cadeau qu'Il nous ferait pour nous rallier à Lui. Il nous a séparé quelques jours pour nous punir d'avoir voulu Lui échapper, et là Il retente l'expérience. Je crois que … qu'Il compte sur le fait qu'on connaisse désormais ce qui nous attend si on tente à nouveau quoique ce soit, pour nous tenir en laisse.

Elle se tourne vers Shaw qui l'écoute interdite. Ça devenait de plus en plus dingue. Mais bon au point où on en était.

- Je comprend rien, lui avoue cette dernière. Il nous torture et là Il veut être gentil et nous faire bosser ensemble pour lui ?

Root soupire en secouant la tête de dépit. C'est pire que tordu et elle abandonne. Elle n'a de toute façon pas l'intention de mener une quelconque mission pour lui. Elle se lève et Shaw l'imite. Root observe la pièce. Pas de caméra, pas de surveillance. Etait ce un nouveau piège ou un moyen de leur montrer qu'Il tentait de leur accorder sa confiance au point de les laisser seules ensemble ? En tout cas Il faisait une bien belle erreur. Bien sûr Greer avait menacé Louisa en guise d'avertissement et ça avait bien failli marcher, sauf qu'il y avait eu Sameen pour la réveiller.

- Pas de caméra, mais on ne peut quand même pas sortir, murmure-t-elle en observant la porte verrouillée.

Shaw réfléchit elle aussi.

- Alors ce sera à eux d'entrer, murmure-t-elle. On leur saute dessus et on les force à nous dire où est Louisa avant de les tuer. On leur prend leur pass, on récupère ta fille et on se tire. Sans caméra, pas d'alarme.

Elle se tourne vers Root. Elle la voit terrifiée. Elle a peur pour sa fille, peur d'échouer encore une fois et que ce soit elle qui en paye les frais. Si seulement elle savait comme c'est réciproque pour Shaw. Elle n'en peut plus de ne pas parvenir à sortir d'ici.

- Et comment on les maîtrise ? demande enfin Root. Ils seront armés et on n'est pas franchement en forme pour faire le poids, même à deux.

Sameen lui sourit largement et se dirige vers le lit. Elle sort de dessous le matelas une bouteille qu'elle lui montre fièrement en haussant les sourcils. Root la reconnait, c'est ce que Martine avait failli lui verser sur la tête l'autre jour, ce que Louisa avait pris sur le bras et qui l'avait brulé. De l'acide. Comment Shaw avait eu ça ? Elle la regarde perplexe, surprise et impressionnée.

- Comment as-t …. Commence-t-elle.

- Trouvé par terre, la coupe Shaw en haussant les épaules. Root c'est notre chance.

Root ouvre la bouche dans un sourire. Ce jour là, ils n'avaient été focalisés que sur Louisa et en avait oublié la bouteille tombée à terre. Shaw avait dû la ramasser. Oh putain ce qu'elle l'aimait à cet instant. Elle pourrait lui sauter dessus pour l'embrasser. Masi ce n'est pas le moment.

- Tu marches alors ? lui demande Shaw toujours armée de son sourire.

Root lui sourit enfin largement. C'était leur seule chance, Sameen avait raison. Mais …

- Et si on échoue ? demande-t-elle en perdant son sourire.

Sameen sait qu'elle a peur pour Louisa. Pour la convaincre elle sait qu'elle doit lui dire ce qu'elle pense être les projets de Samaritain.

- Je crois qu'Il a prévu de me tuer pour te mettre à terre, lui dit-elle lentement.

Root ouvre grand la bouche, laissant échapper un soupir de détresse.

- Il a testé la chose sur moi en me faisant croire que tu étais morte et comme une idiote je suis tombée dans le panneau. La nouvelle m'a …

Elle hésite. Comment qualifier ce moment de pure détresse et de souffrance ?

- Affectée ? lui propose Root.

Elle sait comme Sameen est incapable de mettre des mots sur ce qu'elle ressent. Le fait que là tout de suite elle essaie juste pour elle, la touche profondément. Sameen acquiesce, acceptant son aide.

- Et puis après, ils ont menacé Louisa et je … je Lui ai dit que je ferais ce qu'Il voudrait s'il ne touchait pas à ta fille. Enfin pas exactement en ces termes mais c'est l'idée générale qui en est ressortie.

- Mais peut-être que c'est vraiment moi qu'Il veut tuer, lui propose Root.

Shaw acquiesce doucement.

- Ou alors nous deux pour ne garder que ta fille. Elle est petite et il la brisera plus facilement que nous.

Root déglutit mal. Effectivement Shaw a raison, il y a urgence à se tirer. Elle ne peut pas la perdre une deuxième fois. Elle pose ses mains sur les siennes et la regarde dans les yeux.

- Alors on sort aujourd'hui, lui dit-elle.

Il fallait prendre des risques et elle le savait. Il faudrait en prendre désormais. Shaw lui sourit et cache à nouveau le flacon sous le matelas. Ne reste plus qu'à les laisser entrer.

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Le froid. Le froid intense, partout. Comme dans un … Elle se relève vivement et panique aussitôt. Seule dans une pièce vide, complètement gelée. Elle ne voit qu'une chaise, ils avaient eu peur de la laisser debout ? Pff ils étaient idiots. Elle est seule et se dirige vers la porte. Que s'est-il passé ? Comment est-elle arrivée là ? Elle sent quelque chose la gêner dans sa botte. Elle se baisse pour voir ce que c'est et se pétrifie net alors que tout lui revient en bloque. Elle se souvenait du couteau, de l'arme, de sa trahison pour la planque, de la manipulation de Samaritain. Et elle enrage. Elle se rue vers la porte et la frappe de sa main libre. Furieuse et apeurée. Ils allaient la laisser là ? Elle allait mourir de froid sans s'en rendre compte.

- NON, hurle-t-elle. LAISSEZ MOI SORTIR. LAMBERT LAISSEZ MOI SORTIR, JE VOUS EN SUPPLIE.

Elle frappe plus durement la porte en hurlant. On dirait une forcenée.

- LAISSE MOI SORTIR. JE TE PROMET QUE JE SERAI SAGE.

Elle lâche un sanglot en posant sa tête sur la porte.

- JE VEUX SORTIR D'ICI. JE VEUX RENTRER CHEZ MOI.

Mais ça ne change rien, seul le silence lui répond. Louisa respire de plus en plus vite alors qu'elle panique.

- LAISSEZ MOI SORTIR, hurle-t-elle de toutes ses forces encore une fois.

Elle sent les larmes couler, son souffle s'accélère et forme à chaque expiration un nuage de vapeur devant elle. Il faisait très froid et cet endroit l'effrayait plus que n'importe lequel où on l'avait placée depuis qu'elle était ici.

- MAMAN, hurle-t-elle. MAMAN !

Mais ça ne sert à rien. Louisa pose à nouveau la tête sur la porte et se force à se calmer, à respirer plus calmement. Pourquoi était-elle là ? Elle ne comprend pas ce que ça veut dire. Elle ne comprend pas ce qu'ils veulent cette fois.

Ses tests étaient finis, Lambert le lui avait dit, alors qu'est ce que ce serait leur excuse cette fois ? Ou alors c'était sa punition ? Non impossible, ils savaient qu'elle ne ressentait rien. Alors pourquoi ? Pour … pour faire souffrir quelqu'un d'autre. Pour la même raison qu'on l'avait fait parler dans ce mégaphone. Sa mère. Pour faire craquer sa mère.

- Réfléchis, s'ordonne-t-elle en fermant les yeux la tête toujours appuyée contre la porte. Il veut qu'elle souffre, marmonne-t-elle entre ses dents, à la hauteur de ce qu'elle lui a fait, de sa résistance. Il veut qu'elle craque. Qu'elle donne la Machine. Elle peut pas se défendre, ni rien faire. Son pouvoir sur elle … c'est moi.

Elle était son moyen de pression, Il l'utilisait contre sa mère. Elle secoue la tête. Elle en a marre de trahir tout le monde et d'être utilisée comme un pion dans une partie d'échec. Harold avait voulu lui apprendre à jouer mais ça l'avait vite ennuyée et il avait renoncé. De toute façon il lui avait enseigné la plus importante leçon à retenir de ce jeu : celui qui voyait la vie comme une partie d'échec méritait de perdre car il ne fallait pas considérer les êtres humains comme des pièces pouvant être manipulées et sacrifiées. Et il avait raison, Samaritain méritait de perdre. Elle venait d'avoir une idée, une idée affreuse. Elle ne laisserait pas Samaritain gagner contre sa mère, contre la Machine et surement pas grâce à elle. Elle claque sa tête contre le métal dur et glacé de la porte en expirant un autre nuage de vapeur alors qu'elle souffle. Sa décision est prise, de toute façon il n'y a rien d'autre à faire. Elle allait se retirer de l'équation. La Machine ne pouvait pas être détruite, elle sauvait bien trop de vies. Louisa devait empêcher cela, et si pour ça elle devait en arriver à une telle extrémité … Elle sent les larmes couler alors qu'elle se redresse lentement et fait le tour de la pièce. Elle repère rapidement la caméra qui clignote en rouge et s'en approche. Elle tire la chaise et monte dessus pour l'atteindre.

Elle ne voulait au départ que la détruire. Elle s'est arrêtée nette quand elle a vu que c'était une caméra analogique. Sa mère lui a appris que de telles caméras sont reliées par un câble coaxial à un écran où s'affichent les images, rien d'étonnant puisqu'on l'observe à cet instant précis. Les caméras étaient reliées en réseau à Samaritain. Forcément. Si elle mettait cette dernière hors service, elles le seraient toutes. Sa mère et Sameen auraient une chance de s'enfuir. Ça pouvait marcher. Elle dévisse alors la caméra et commence à trifouiller les fils un instant, pas franchement sûre de ce qu'elle fait. Elle actionne enfin un minuscule interrupteur. Ça devrait être bon, mais pas certaine d'y être parvenue, elle décide d'arracher la caméra pour faire bonne mesure. Elle la laisse pendre et descend de la chaise. Elle la traine jusqu'à la porte et la pose contre la poignée, condamnant celle-ci. Ils ne la sauveraient pas. Pas pour l'utiliser de plus belle, pas question. Dans la pièce elle voit un thermomètre indiquer la température - 11,2 fahrenheit.

Louisa s'assoit au sol et attend. Elle ne sait pas quoi au juste, ou au fond si elle le sait, elle n'attend rien. Au moins maintenant Il n'est plus là. Elle préfère être seule qu'avec Samaritain. Elle s'allonge au sol en boule. Elle reste ainsi de nombreuses heures. Elle est de plus en plus fatiguée et ne sent presque plus le froid. Pourtant la température descend encore - 16.6 fahrenheit. Le froid l'endort peu à peu et elle finit par cesser de lui résister et ferme les yeux. Elle ne s'attendait pas à ça, pas à ce que ce soit si facile. La mort semble plus tendre que la vie.

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Lou est réveillée par une discussion entre sa mère et Sameen. Elle se lève lentement de son lit bien douillet pour s'approcher et poser sa tête contre la porte de sa chambre.

- Rends moi mes armes où je te t'étrangle, la menace Shaw.

Elle a l'air furieuse et Louisa appuie plus fortement son oreille pour ne rien louper de leur échanger.

- Juste une Sameen, la supplie sa mère.

Louisa entend le sourire dans sa voix. Elle ennuie encore Sam, elle adore faire ça et Sameen ne l'avouera jamais mais Louisa pense que ça lui plait bien aussi.

- Non, mais ça va pas, lui réplique cette dernière, même pas en rêve.

- S'il te plait, la supplie Root.

- Non, réplique-t-elle fermement. Je fais pas ce genre de trucs idiots et en plus on va réveiller ta fille.

Louisa hausse un sourcil amusé."C'est déjà fait" pense-t-elle.

- C'est si on continue à débattre qu'on la réveillera, objecte sa mère.

Elle marque une pause.

- De toute façon je ne te rendrais pas tes armes si tu refuses. Et je les ai trop bien caché pour que tu les trouves.

Elle s'arrête encore un instant et Louisa entend Shaw lâcher un soupir.

- Tu es coincée mon cœur, ajoute sa mère en riant telle une petite fille ravie d'avoir réussi son coup.

Louisa en sourit.

- Une seule, cède alors Sameen. Et si tu en parles à qui que ce soit, je te tue.

Elle entend un baiser bruyant.

- Root, râle Shaw sans beaucoup de véhémence.

Louisa attend un instant. Sa mère vient de gagner mais elle ne sait pas bien quoi. Une musique se met alors en marche, elle est étouffée par la porte. Louisa hésite un long moment, mais elle veut voir. N'y tenant plus, elle ouvre un cran la porte et les voit enlacer dans le salon en train de danser. Elle en reste un instant scotchée sans pouvoir bouger. Sameen qui danse ? Elle devait être en train de faire un rêve bien bizarre. Elle se pince pour être sûr mais non elle ne rêve pas. Elle voit Sameen, la tête posée sur l'épaule de sa mère et elle sourit. Elles ont l'air tellement heureuses à cet instant et Lou sait qu'elles le sont. Elle les voit alors s'embrasser doucement et son sourire grandit. Elle referme la porte sans un mot de peur de finir par être vue et de briser ce moment qu'elle a l'impression d'avoir volé. Mais bon elle ne le regrette pas. Elle n'a cependant pas envie de retourner se coucher. Elle n'est plus du tout fatiguée. Elle s'assoie dans son lit et attrape son bloc de feuille et ses crayons de couleur. Elle ne veut surtout pas oublier ça alors elle le dessine comme elle peut malgré l'obscurité. La lune qui l'éclaire est sa complice et elle sourit de plus belle. Ce sera leur secret.

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Quand ils ouvrent la porte, elles sont prêtes. Mais ils n'entrent pas et leur font signe de sortir et de les suivre. Root et Sameen se regardent un instant. Root a peur et Shaw le sait. Leur plan va devoir attendre, elles ne doivent pas éveiller le soupçons. Elles doivent agir au bon moment. Shaw lui fait un signe de tête et l'encourage en la poussant légèrement d'une main dans le dos et elles les suivent. Sam ne retire pas sa main de son dos. Root tremble comme une feuille et Shaw sait que sa présence, son contact même, l'apaise.

Elles entrent dans le centre d'opération. Elles y découvrent un véritable cafouillage. Des tas de guignols s'activent en courant d'un point à un autre, entrant et sortant de la pièce comme des fourmis apeurés après un coup de pied dans leur fourmilière. Greer reste calme et imperturbable mais quand il se tourne vers elles, Shaw peut lire la colère dans ses yeux. Il est furieux ce qui la rend heureuse en même temps qu'inquiète. En temps normal ce type est déjà un fou dangereux, alors énervé …

- Monsieur, on commence à avoir des images.

Elles se tournent vers l'informaticien qui a parlé. Les caméras commençaient donc à fonctionner partiellement. Il allait falloir faire vite. Elles se tournent vers Greer qui les observe.

- Votre fille est assez maligne je vous l'accorde mademoiselle Groves. Elle est parvenue à mettre hors service les caméras de ce bâtiment. …. Pour un temps en tout cas.

Root ne bouge pas. Elle regarde le sol et laisse un léger sourire de fierté s'étaler un instant sur ses lèvres. Sacré Lou. Ils avaient eu tort de la sous estimer, elle avait de la ressource.

- En revanche, ce n'est pas une bonne nouvelle pour vous.

Elle relève la tête et le regarde inquiète en perdant son sourire.

- Louisa a détruit la caméra de la pièce où elle se trouve, ce qui signifie que l'on ne sait pas où elle en est.

Root est pendant un instant incapable de respirer et Shaw lui jette un regard inquiet. Ça n'est pas le moment de flancher, la situation est critique.

- Cela fait maintenant une heure et demi qu'elle est dans cette pièce et je pense qu'elle a dû tomber en hypothermie, le temps lui est donc compté. Avez-vous réfléchi au travail que je vous ai proposé ?

Root en reste interloquée et le regarde interdite. Ce type lui parle sur le même ton que s'il lui annonçait les informations du jour. Elle est pétrifiée sur place. Louisa ? Dans quel état allait-elle récupérer sa fille ? Le silence est sa seule réponse.

Greer se tourne vers Shaw.

- Ravi que vous vous soyez joint à nous ma chère Sameen.

Elle lui jette un regard de haine.

- Il parait que vous avez une mission pour nous, fait-elle mine de s'intéresser.

Root n'est visiblement pas en état de parler de toute façon. Et autant en venir au fait, il n'y a pas de temps à perdre.

- C'est exact oui. Un petit travail pour mademoiselle Groves mais je pense que vous pourrez l'aider à … se décider.

- Un travail sur le terrain, j'ose espérer ? ironise Shaw sans le moindre sourire.

Pff comme s'ils allaient les laisser sortir, prendre l'air et revenir comme de gentilles écolières. Greer sourit largement à sa réplique.

- Pas tout de suite mademoiselle Shaw. Mais plus tard je vous le promets. Vous pourrez même faire équipe avec votre … acolyte, finit-il en se tournant vers Root.

Elle est toujours immobile et le dévisage rageusement en silence.

- Vous savez que Louisa est peut-être en train de mourir à ce instant précis ma chère, ajoute sadiquement le vieux. Evitons de perdre plus de temps voulez vous ?

Root lui jette un regard dégouté. Mais elle ne voit pas quoi faire d'autre et elle acquiesce lentement en serrant les dents, résignée. Greer lui sourit largement.

- Merveilleux, lui dit-il.

Puis il se tourne vers un grand type brun baraqué qui semble attendre ses instructions.

- Allez nous chercher monsieur Poyt je vous prie.

Root jette un regard angoissé à Sameen. Elle n'avait pas eu le choix, il fallait sauver Louisa. Sam lui fait un léger signe de tête pour lui faire comprendre qu'elle non plus ne voyait pas d'autre solution. L'attente dure 10 minutes, une éternité pour Root. Puis le grand brun revient en trainant un type d'une quarantaine d'années. Il est de taille moyenne, la peau mate, les yeux marrons, les cheveux bruns, et le malheureux a été passé à tabac. Son visage est parsemé d'une coupure encore sanguinolente au front et aux lèvres et un hématome commence à sortir sur sa pommette gauche.

Root se mord les lèvres d'angoisse. Le type n'a pas l'air d'être un mauvais bougre, juste un pauvre homme apeuré qui se demande ce qu'il fait là. Un type bien en somme et elle allait devoir le descendre. Sa respiration s'accélère. Merde et merde. Quel merdier ! Elle jette un nouveau regard angoissé, presque suppliant à Shaw. Elle aussi a compris, mais elle ne peut pas l'aider. Root reporte son attention sur le vieux. Ce dernier sort une arme et la lui tend. Un peu surprise, Root fronce les sourcils et la saisit lentement. Elle enlève le chargeur avant de le remettre. Une balle. Une seule. Elle déglutit mal. L'homme a compris lui aussi alors qu'on le traine devant elle. Root le regarde incapable de parler, de bouger ou même de respirer normalement. On dirait que c'est elle que l'on va exécuter et dans un sens c'est le cas. Si elle sert Samaritain par cet acte, une partie d'elle mourra.

- Non je vous en supplie, ne faites pas ça, lui dit-il les larmes aux yeux.

Root recule de deux pas sans le quitter des yeux. Elle aussi a les larmes aux yeux et le gars s'en aperçoit.

- Vous … Vous n'avez pas envie de faire ça, bégaie-t-il. Pitié non.

Root lâche un souffle de désespoir et lève son arme, mais elle est incapable de tirer. Désespérée, elle ferme les yeux. Ça sera peut-être plus facile. Mais non, les paroles de supplication du pauvre homme la traverse et elle les ouvre à nouveau, les larmes coulant doucement sur ses joues.

Sameen est à côté d'elle et la scène la met en miette. Elle voudrait faire quelque chose pour aider Root, pour aider cet homme, pour sauver Louisa. Mais elle ne peut rien faire et reste là furieuse de son impuissance face à la scène. Root va clairement sombrer si elle appuie sur la détente pour tuer un innocent. Car Sameen en est sûre, cet homme n'est pas un terroriste. Elle en a vu un grand nombre dans sa vie pour savoir que face à la mort, ils ne supplient pas. Ils sont même heureux de mourir pour leur idéologie dans leur folie fanatique. Root a elle aussi compris que l'homme est innocent, tout comme sa fille.

Root ouvre soudain les yeux et Shaw peut y lire une autre chose que le désespoir. La haine noire et profonde. Root fait volte face et pointe son arme sur Greer. Mais elle n'a pas le temps de tirer qu'une arme lui est collé à l'arrière du crane et elle s'immobilise. Greer n'a pas bougé d'un millimètre. Pire il lui envoie un air aimable. Shaw a réagi d'instinct au geste de Lambert mais c'est Martine qui l'a pointée de son arme en lui souriant largement. Sameen regarde Root et secoue la tête, elle se souvient trop bien du jour de la mort de Mia, de leur test à la con. Elle avait réagit pareil.

- Si vous faites ça votre fille est morte ma chère, lui dit Greer imperturbable.

Root tremble de rage et de haine.

- Root ça ne sert à rien, lui dit Sameen. Crois moi j'ai essayé.

Root se tourne vers elle. Shaw ne l'a jamais vue ainsi. Elle a l'air d'une bête traquée, prise au piège, ce qu'elle est au fond. Sameen se mord la lèvre et s'approche lentement d'elle sans s'occuper de Martine. Greer fait un signe à cette dernière pour lui dire de ne pas intervenir.

- Root tu n'as qu'une balle. Même si tu tues ce vieux débris, qu'est ce qu'on fait après ?

Son regard est insistant, calme et … tendre. Root se mord la lèvre. Bien sur Shaw a raison. Elle doit penser à leur plan, à leur évasion. Mais elle est incapable d'abattre cet homme à genoux devant elle. Elle n'en revient pas de ne pas parvenir à liquider ce type. Fut un temps où ça ne l'aurait pas dérangée. Avant. Avant la Machine. Samaritain voulait la faire replonger dans ce qu'elle avait été, pour détruire la nouvelle Root. Celle qui était capable d'empathie, de tendresse, et d'amour.

- Qu'est ce que je dois faire Sam ? lui demande-t-elle au bord de la crise de nerfs.

Shaw ouvre la bouche et secoue la tête pour lui montrer qu'elle ne sait pas non plus. Elles se tournent vers le type qui les observent toujours en larmes. Ces deux brunes lui ont l'air aussi piégées que lui. Il ne sait pas ce qu'il fait ici. Il n'est qu'un informaticien qui répare les ordinateurs des gens. Il se demande vaguement si cela peut avoir un lien avec l'étrange code qu'il a trouvé dans tous les ordinateurs de dernières générations. Un malware qu'il n'est jamais parvenu à enlever. Il avait cherché et avait demandé de l'aide.

Root le pointe à nouveau de son arme alors que Lambert décolle la sienne de son crane sans la baisser. Mais l'interface n'arrive toujours pas à tirer.

- Je … Je ne dirais rien, bafouille-t-il. Pour le malware, je vous jure, je ne dirais rien.

Root fronce les sourcils. L'homme se rend compte qu'elle n'est au courant de rien.

- Un malware ? lui demande-t-elle plus pour gagner du temps que par réel intérêt.

Le type acquiesce.

- Sur tous les appareils de dernière génération. Impossible à enlever, malveillant.

Root perd son regard un instant. "Samaritain" chuchote-t-elle pour elle même du bout des lèvres. Elle regarde à nouveau Greer. Elle a reconstitué les morceaux.

- Il enregistre chaque tape, contrôle chaque webcam, réalise-t-elle.

Greer lui sourit, ravi qu'elle ait compris.

- Voilà pourquoi cet homme doit mourir, conclut-il.

Il marque une pause et penche la tête sur le côté sans la quitter des yeux.

- Vous perdez un temps considérable pour Louisa.

Root sent son cœur accélérer et se tourne vers sa victime.

- Pitié j'ai des enfants, la supplie-t-il.

Root est incapable de le regarder.

- Moi aussi, lui avoue-t-elle dans un souffle.

Elle lève enfin les yeux vers lui. Elle sait qu'elle ne devrait pas lui parler, le connaitre, ça n'en sera que plus dur et plus affreux. Mais elle ne peut pas s'empêcher. Il faut qu'il sache, qu'il comprenne qu'elle n'a pas le choix.

- Si je ne vous tue pas c'est ma fille qui meurt, lui dit-elle, les larmes coulant sur son visage.

Son arme tremble au bout de son bras. Sameen a l'impression de vivre un cauchemar. L'homme aussi pleure. Il n'avait pas tort, cette pauvre femme est aussi piégée que lui. Si c'était lui, il sait qu'il serait dans le même état mais il la tuerait pour sauver ses deux fils. Il pleure de plus belle alors qu'il comprend qu'elle va l'abattre.

Root se mord fortement les lèvres et pose le doigt sur la détente.

- Non, je vous en prie, lui murmure-t-il. Vous … Vous n'êtes pas comme eux, finit-il en montrant Martine, Greer et Lambert d'un vague signe de la main.

Root lui jette un regard larmoyant et désolé. Elle détourne les yeux en les fermant.

- Malheureusement si, lui répond-t-elle en appuyant sur la détente.

Le coup retentit et Root est secouée d'un sanglot silencieux. Un long silence s'installe. Root finit par lâcher l'arme qui tombe à terre et ouvre les yeux pour immédiatement croiser ceux de Sameen. Le corps du pauvre homme est trainé hors de la pièce.

Elle se tourne vers Greer qui l'observe ravi.

- Ma fille, exige-t-elle.

Il lâche un bref rire et fait un signe à ses deux pit-bulls qui les entrainent à nouveau dans le couloir. Root ne résiste même pas. Elle est comme assommée. Sameen lui jette des regards inquiets mais ne dit rien. Martine ouvre la porte et ils les poussent dans la pièce.

- Attendez ici, leur dit Lambert avec un sourire en refermant la porte derrière elles.

- Où tu veux qu'on aille abruti, marmonne Sam avant de se tourner immédiatement vers Root.

Elle est immobile au centre de la pièce, et sacrément secouée. Sameen se plante devant elle.

- Root, l'appelle-t-elle doucement.

Elle ne réagit pas et Sameen l'attrape par les épaules pour la secouer.

- Root, répète-t-elle plus fort.

L'interface finit par poser les yeux sur elle.

- Ils ne vont pas me la rendre n'est ce pas ? claque-t-elle soudain. J'ai tué cet homme pour rien.

Shaw la regarde calmement.

- T'avais pas le choix, lui dit-elle en lui attrapant les mains. Ils l'auraient tué de toute manière et l'auraient même surement torturé avant. Toi au moins tu as abréger rapidement ses souffrances.

Root reste fixée sur son épaule, incapable de la regarder. Tout ce que dit Sameen est vrai, mais ça n'efface pas ce sentiment de haine de soi même qu'elle ressent. Mais Sameen n'est pas décidée à la laisser plonger.

- Root regarde moi, lui ordonne-t-elle sèchement.

Root lève les yeux vers elle. Sameen la regarde tendrement mais fermement.

- Ecoute et retiens pour toujours. Tu n'es pas comme eux.

- C'est pas tellement de l'avoir tué tu sais, lui dit-elle lentement. J'ai tué beaucoup de gens dont certains innocents dans ma vie.

Elle marque une pause et Sam la laisse finir.

- Non c'est le fait de l'avoir fait pour Lui, finit-elle rageusement.

Sameen lui encadre le visage de ses deux mains.

- On leur fera payer, lui promet-elle. Mais en attendant on doit se tenir prête. La caméra n'a pas encore été remise en service ici. On n'aura pas de deuxième chance Root.

Root secoue la tête pour se remettre les idées en place et observe la caméra. Shaw a raison, elle est encore hors service. Elles doivent se tenir prête et elle acquiesce déterminée. Sam lui fait un bref signe de tête et se place prêt du lit.

Root s'adosse au mur. Et elles attendent.

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Elle croit entendre un violent coup. Puis plusieurs en fait mais elle n'est pas sûre. Elle n'arrive pas à ouvrir les yeux, encore moins à bouger. Elle ne se souvient plus où elle est, ni pourquoi elles est là. Elle a vaguement l'impression d'avoir froid, mais elle n'arrive pas à se concentrer là-dessus non plus. Ça lui demande trop d'effort et elle sombre.

- Merde, entend-t-elle un homme crier juste avant de mourir.

Curieuse façon de finir non ? Encore plus quand on a six ans.

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Ils entrent et Lambert pose le corps inconscient de Louisa au sol. Martine ferme la porte et s'adosse au mur en observant la scène vaguement intéressée.

- LOU, hurle sa mère en se précipitant sur elle.

Sameen fronce les sourcils et la rejoint. Quelque chose ne va pas et elle le sait avant que Root ne lui dise. La gamine est blanche, gelée, mais surtout …

- ELLE NE RESPIRE PLUS, crie Root en se tournant complètement affolée vers elle.

Sameen le savait déjà et Root n'a pas fini sa phrase qu'elle l'a déjà poussée sans ménagement pour allonger Lou au sol et lui faire un massage cardiaque.

Un, deux, trois, quatre, cinq.

Louisa ne bouge toujours pas.

- Merde, jure Sameen en recommençant de plus belle.

Un, deux, trois, quatre, cinq.

Root sanglote.

- Je t'en supplie Sameen, sanglote-t-elle en caressant le visage de Louisa.

Sameen se sent mal. Si Lou meurt, elle ne s'en remettra pas plus que Root. Elle s'enferme dans son rôle de médecin et masse de plus belle la poitrine de la petite pour faire repartir son cœur.

Un, deux, trois, quatre, cinq.

Toujours rien.

- Allez Lou, l'encourage-t-elle en recommençant.

Un, deux, trois, quatre, cinq.

- Lou reviens, l'appelle-t-elle. Reviens la puce.

- Je t'en supplie Lou, pleure Root en posant son front contre le sien et en sanglotant de plus belle.

Un, deux, trois, quatre, cinq.

Et soudain …

Louisa tousse en reprenant brusquement sa respiration et Sameen la met sur le côté pour lui permettre de mieux respirer. Root lâche un bruit entre le sanglot et le gémissement de joie ou de soulagement. Elle lui tient la tête et l'embrasse de nombreuses fois. Et Louisa ouvre les yeux, surprise d'être en vie, mais c'est un trop grand effort et elle doit les refermer. Elles sont là, elle sent leurs odeurs. Shaw s'assoit au sol et souffle un bon coup pour se remettre de la peur bleue qu'elle vient d'avoir. Root se tourne vers elle et lui envoie un regard de profonde reconnaissance. Leur échange silencieux ne dure qu'une demi seconde avant qu'elles ne se reconcentrent sur Louisa. Le petite est clairement en hypothermie. Sameen enlève sa chemise et la couvre au niveau de ses bras nues en frottant vigoureusement. En temps normal, Root aurait fait une quelconque remarque pour flirter alors qu'elle était en soutien gorge devant elle. Mais Root reste concentrée sur Louisa en pleurant. Sa fille avait bien failli y passer. Elle lui caresse le visage en tentant de se calmer. Elle respire plusieurs fois pour tenter de se calmer alors que Shaw frotte plus activement Louisa. Elle passe aux jambes. Il faut faciliter la circulation du sang.

- Maman, appelle faiblement Louisa.

- Je suis là, murmure précipitamment Root à son oreille sans cesser de lui caresser le visage. Ça va aller. Ne parle pas mon ange. Ça va aller.

Elle répète la dernière phrase plus doucement et plusieurs fois en lui caressant tendrement le visage.

Ça dure une demi heure avant que Sameen cesse de frotter et reste assise au sol à les observer d'un visage neutre, vidée. Louisa est un peu réchauffée et elle a ouvert les yeux. Root lui a posé la tête sur ses genoux et lui caresse tendrement les cheveux et le visage. Sa mère a fini par ce calmer et la regarde en souriant.

- Ça va ? lui demande-t-elle au bout d'un moment.

Elles est surprise de pouvoir encore parle après les événements d'une telle journée. Louisa lui sourit et acquiesce doucement.

Mais évidemment un tel moment de calme et de tendresse ne pouvait pas durer. Lambert s'accroupit vers elles et Louisa lui jette aussitôt un regard mauvais. Elle plie sa jambe pour ramener son pied près de sa main. Elle va lui faire payer tout le mal qu'il lui a fait. Inquiète de sa trop proche présence de la petite, Sameen tente de s'interposer, mais Martine lui barre le passage et lui envoie son pire sourire, celui annonciateur de son malheur. Shaw n'a pas peur et lui envoie son regard le plus mauvais. Elle sait ce que la blonde ne sait pas alors qu'elle la fait reculer sur les fesses au sol jusqu'au lit, à moins d'un mètre de sa cachette.

- Tu nous as fait peur Lou ? dit Lambert en souriant à la petite.

Et après tout va très vite. Lou attrape le couteau et en un éclair, elle le lui envoie dans la figure. Elle appuie le plus fort possible et le balafre de haut en bas le long de sa joue. Lambert hurle et recule vivement. Le sang lui coule sur tout le visage. Et Lou reste interdite en le regardant tomber à terre. Elle est comme dans un état second, incapable de bouger. Elle remarque à peine ce qui se passe ensuite.

Surprise Martine s'est tournée vers son collègue dès qu'il a hurlé et Sameen en a profité. Lambert s'est relevé furieux et défiguré sur toute la moitié gauche du visage, et Martine a reporté son attention sur Sam, sachant qu'il pouvait gérer. Trop tard. Shaw s'est relevée et lui balance en hurlant de rage l'acide à la figure. La blonde hurle enfin de douleur en se tenant le visage pour le plus grand plaisir de Sameen qui croit rêver. Elle n'avait encore jamais eu ça dans ses simulations et elle savoure pleinement.

Lambert s'est relevé et entend à peine Martine hurler de douleur. Il veut juste étrangler cette peste, devant sa mère si possible. Root ne l'entend pas de cette oreille et se relève d'un bond pour lui sauter dessus et l'empêcher de faire du mal à sa fille. Elle le frappe de ses deux poings jusqu'à le mettre KO, puis elle lui fait les poches et saisit son arme et son pass avant de se relever. Louisa se redresse difficilement position assise, elle tient encore le couteau dans les mains et n'en revient pas d'avoir eu le courage de faire ça.

Elle se tourne comme un robot vers Sameen qui frappe sur Martine et s'acharne. La blonde est déjà dans les vapes depuis longtemps, mais Sam s'en fiche et continue de lui défoncer le visage avec ses poings en hurlant de rage à chaque coup. Lou est pétrifiée et ne peut pas se détacher de la scène. Elle n'a jamais Sam perdre à ce point son sang froid. Elle voit soudain sa mère foncer droit sur elle et lui attraper le visage pour la forcer à la regarder.

- SAMEEN, l'appelle Root en criant. VIENS IL FAUT Y ALLER TOUT DE SUITE.

- Non, enrage Sameen sans parvenir à s'arrêter de frapper la blonde. LAISSE MOI LA TUER, finit-elle en hurlant.

La blonde a le visage en sang et brulé à l'acide au niveau du front et jusqu'au sourcils mais elle respire encore. Et Sameen lui fait payer à coup de poings tout ce qu'elle lui a fait, elle déverse sur elle un véritable déchainement de haine, et est totalement déconnectée du reste. Et l'interface ne trouve pas d'autre solution dans la seconde pour la "réveiller". Root lui colle une baffe monstrueuse pour la reconnecter avec la réalité. Sam choquée tombe sur les fesses et s'arrête. Elle vient d'entendre Root hurler son prénom.

- SAMEEN, hurle Root. ON N'AURA PAS D'AUTRE CHANCE. TIRONS NOUS DE CE TROU A MERDE.

Shaw se relève vivement. Se tirer. S'enfuir. Elle voit Lambert à terre et se demande comment il est arrivé là. Tout est allé si vite et puis elle a sauté sur la blonde et … Et elle a frappé sans réfléchir, s'enfermant dans une bulle de haine. Elle recolle les morceaux alors que Root lui claque l'arme de Lambert dans les mains, prend celle de la blonde et se relève pour attraper sa fille terrifiée dans ses bras. Aucune alarme n'a sonné, elles ne sont donc pas repérées, enfin pas encore. Elle se tourne vers Shaw qui s'est relevée pour s'assurer qu'elle est bien opérationnelle, elle va avoir besoin d'elle. Sam semble désormais tout se qu'il y a de connectée avec la réalité.

- Il va falloir courir vite, la prévint-elle.

Elle arme l'arme de Martine.

- On a pas beaucoup de temps, ajoute-t-elle. Je ne sais pas dans quel secteur les caméras ont été réactivées et l'alarme peut sonner à tout moment. Tu es prête ?

N'ayant pas de réponse, elle lève la tête. C'est pas le moment qu'elle décroche

- Sameen, l'appelle-t-elle durement. Tu es prête ?

- Oui, lui répond Shaw énervée.

Elle avait eu un nouveau moment d'absence, de flottement. Et si c'était un autre piège, une autre simulation et elle avait à nouveau commencé à douter de tout. Or là elle ne se concentre que sur Root. Cette dernière lui fait un signe de tête. Louisa a la tête enfouie dans son épaule et se cache le visage de peur dans son cou en lui enserrant le cou de ses deux bras. Root la tient de sa main cassée et l'autre tient une arme prête à tirer.

- Ouvre la porte Sameen, lui dit-elle. Le pass de Lambert est dans ma poche.

Shaw s'exécute et elles sortent prudemment dans le couloir vide. Aucune alarme ne résonne et elles courent.

- Comment on va trouver la sortie ? panique Root en se souvenant du dédalle de couloir qui se ressemblent tous.

Elle n'avait pas trouvé la sortie ce jour là, et en plus elle était aidée de la Machine. Alors aujourd'hui seule …

- T'inquiète, lui répond Shaw en prenant la tête de leur petit groupe. Le coup où j'ai voulu m'enfuir avec Mia j'ai trouvé la sortie. Il va falloir escalader une grille par contre. Mais dépêche toi, l'engueule-t-elle.

Elle ne sait pas pour combien de temps les deux seront inconscients. Mais s'ils les attrapent, quelque chose lui dit qu'ils ne seront pas de très bonne humeur. Root accélère le pas. Louisa est un peu lourde et elle est trop faible pour supporter son poids, mais la petite est trop choquée et affaiblie pour pouvoir courir. Shaw se souvient du chemin comme si c'était hier. Root est impressionnée de sa mémoire. Sans l'aide de la Machine, elle n'aurait jamais réussi sans Shaw.

Sameen sourit en tournant dans le dernier couloir, la porte de la sortie est au bout. Elle se tourne vers Root et cette dernière est heureuse de voir la joie dans son visage et ce sourire. Elle le lui rend sans hésiter.

- C'est là, murmure Sameen au moment où l'alarme se déclenche.

Leurs sourires glissent et Louisa serre plus fortement sa mère. Les deux femmes courent et pénètrent à l'air libre enfin. Shaw atteint la grille en première et commence à l'escalader. Suivie de Louisa que sa mère pousse et porte pratiquement en l'encourageant. Arrivée en haut de la grille, Shaw voit les agents sortir de partout et elle attrape sans ménagement Lou et saute avec elle de l'autre côté. Elle se redresse et tire sur leurs poursuivants pour couvrir Root qui atterrit à côté d'elle quelques secondes après et reprend Louisa dans ses bras.

Elles courent le plus vite possible et atterrissent dans une rue, Kings Park boulevard. C'était désert désespéramment. Ne voulant pas rester sur un axe routier non fréquenté par peur d'être trop visibles, elles tournent dans un petit bois et courent encore sans s'arrêter jusqu'à atteindre une route. Shaw coure si vite qu'elle manque de peu de se faire écraser par une voiture rouge qui pile et klaxonne en l'insultant de tarée. Sameen est allongée sur le capot, un peu plus et elle était écrasée. Elle se redresse vivement et sort le conducteur sans ménagement de son véhicule alors que Root y monte déjà installant Louisa sur ses genoux.

- Désolé on vous l'empreinte, dit-elle au pauvre conducteur terrifié par la violence de Shaw qui l'a éjecté de son volant sur la route en un éclair.

Il n'a même pas compris ce qui se passe que Sameen démarre en trombe. Les mains crispées sur le volant, elle transpire beaucoup. Root, elle, tente de se détendre pour calmer sa fille en lui répétant que ça aller maintenant.

Shaw roule trop vite même si certes il n'y a personne sur cette route, et elle répète sans cesse des paroles marmonnées. Root en saisit quelques unes. "Trop simple", "Encore une foutue simulation", "ne leur donnerai pas la planque". Et l'interface comprend soudain.

- Sam, ralentis, on doit pas se faire repérer.

Shaw acquiesce distraitement et lève un peu le pied. Root ne cesse de regarder dans le rétroviseur, mais personne ne semble les suivre, et elle se détend un peu. Ce n'est pas le cas de Sameen qui répète en boucle sa litanie.

- Je trouve pas que ça ait été si facile, lui claque soudain Root en continuant de regarder la route.

Sameen lui jette un regard perplexe comme si elle se souvenait soudain de sa présence et Root lui fait un clin d'œil. Shaw reporte son attention sur la route.

Un silence s'installe mais il n'a rien de pesant. Root sourit. Elles ont réussi. Quelques minutes plus tard, elles rejoignent un grand axe routier, le Sunken Meadow Parkway. Les voitures sont plus nombreuses et ça les apaise un peu. Il est toujours plus facile de disparaitre dans la foule.

- On est pas loin du Queens, murmure Root.

- Ouais je sais, lui confirme Sameen. On rejoint Manhattan ?

- Je sais pas, réfléchit Root. Il nous faut une planque pour nous remettre un peu. On est toutes les trois bien amochées. De plus ils savent pour Chinatown et on est peut-être suivi. Donc non pas tout de suite, on doit d'abord être sûre.

Sameen acquiesce soulagée. Elle ne veut pas aller à la planque. Trop risqué. Si c'est une simulation, elle les trahira tous.

- On va pas pouvoir garder une bagnole volée trop longtemps.

Root acquiesce.

- T'inquiète je sais où on va aller, lui dit-elle.

Sameen se tourne vers elle paniquée. Elle ne veut pas non plus donner l'appartement à Samaritain.

- Où ? demande-t-elle angoissée

Root perçoit tout de suite son angoisse. Elle comprend que Sam n'est pas sûre que tout ceci soit réel. Root doit la convaincre.

- Une planque que je suis la seule à connaitre. Dans le Bronx, ajoute-t-elle pour la rassurer.

Les épaules de Sameen se relâche alors qu'elle se détend.

Elles roulent une bonne heure et Louisa reste accrochée à sa mère. Elle semble calmer mais pas sereine. "Pauvre gamine, pense Shaw en lui jetant un coup d'œil inquiet, vivre tout ça à six ans, elle est costaud". Elles abandonnent la voiture dans Harlem et elles descendent toutes les trois et marchent sur le Malcolm X boulevard vers le nord. Sameen porte Louisa pour soulager un peu Root. Les passants les regarde bizarrement et ça angoisse Shaw alors que Root fait comme si de rien n'était et la pousse d'une main au bas du dos pour la forcer à avancer. Ça n'a rien d'étonnant, elles sont sales, coupées et avec des bleues partout, Sameen est à pieds nues, et même s'il fait chaud parce que c'est l'été ça surprend. Shaw a du mal à se retrouver en pleine foule après sept mois et demi de solitude et d'enfermement. New York était bondée à cette heure ci en fin d'après midi de cette journée de juillet, rien à voir avec Burutu. Root a parfaitement compris son trouble et la pousse toujours plus fort. Le boulevard est embouteillé de voiture qui hurlent avec leurs klaxons et soudain Root les repère. De l'autre côté de la rue à 600 mètres, trois SUV noires. Les agents les ont repérés et descendent de voiture pour se diriger droit sur elles. Aucunes erreurs possible, c'est Samaritain. Root fait tourner Shaw à droite dans la 139ème rue.

- Ils sont derrière nous, lui chuchote-t-elle. Ne te retourne pas.

Shaw se tend à ces mots mais continue à avancer. Comment les avaient-ils retrouvés ? Elles avaient emprunté les rues de la cartes fantômes. C'était pas normal, aussi vite ... Shaw s'arrête brusquement et Root la regarde sans comprendre. Il faut avancer où ils vont leur tomber dessus.

- Sameen, la supplie-t-elle.

Shaw la regarde.

- Root comment ils nous ont retrouvés ?

- J'en sais rien, ava …

- Au Nigéria aussi ils m'ont retrouvé, la coupe Sameen en percutant ce dont elle aurait dû se douter.

Root ouvre la bouche alors qu'elle comprend, elle aussi. C'est elle qui le dit en premier.

- Tu crois que tu as une puce ?

Shaw acquiesce.

- C'est pas dans les vêtements en tout cas parce que j'en changeais trop souvent.

Elle réfléchit très vite. Dans les simulations, on lui injectait une puce mais pour la manipuler, pas pour la pister. Le temps presse et Root l'attrape par les épaules. Sam redescend aussitôt sur Terre et perçoit au ton de Root l'urgence de la situation.

- Shaw, est ce que tu as subi une opération ? Tu t'en souviens.

- C'est possible, lui répond-t-elle paniquée. J'ai tellement été droguée que oui c'est possible.

Elle marque une brève pause et lui redonne sa fille dans ses bras.

- Sauve toi, lui dit-elle. Moi ils vont me retrouver où que j'aille mais toi tu pe…

- Je ne pars pas sans toi, la coupe fermement Root.

Shaw soupire et recommence à marcher. Il ne faut pas rester sur place, même s'il y a du monde. Ils ne sont pas loin.

- C'est sous la peau et on ne sait même pas où, tente-t-elle de raisonner Root qui la suit. On a pas le temps pour une opération, ni le matériel. Ou que j'aille sur cette Terre, ils me retrouveront.

Root s'arrête lui donne à nouveau Louisa dans ses bras et ouvre une trappe au sol.

- Dans ce cas on va sous terre mon cœur, lui dit-elle avec un sourire.

Sameen descend sans réfléchir suivie de Root qui referme derrière elle. Et elles marchent silencieusement. Sameen regarde Root qui semble aux anges.

- Tu sais où tu vas ? demande-t-elle à Root.

Cette dernière lui sourit et lui montre un téléphone portable. Shaw fronce les sourcils.

- Où tu as … commence-t-elle.

- Un cadeau d'une charmante passante, lui répond Root avec un sourire espiègle.

Le téléphone sonne et Root sourit de plus belle en décrochant.

- Oh ce que tu m'as manquée, dit-elle à la Machine dans un soupir de bien être.

Sameen se détend aussitôt. Ce n'était pas une simulation, il fallait s'en convaincre. La Machine allait les aider. Sous terre, on ne pouvait pas les suivre. Root avait refusé de l'abandonner pour se sauver avec sa fille, de la laisser au mains de Samaritain. Sameen en avait été très touchée, mais bien sûr qu'attendre d'autre de Root. La situation n'était pas des plus brillantes, mais elle avait déjà été plus critique et Sameen se détendit. Il fallait prendre les choses comme elles venaient. Elles étaient libres. Enfin !