Chapitre 8 : Parce que partir c'est vivre
Sameen Shaw : potentiel atout.
Samantha Grooves : potentiel atout.
Louisa Groves : potentiel atout.
Recherche en cours …
Root avait raison, même une intelligence artificielle pouvait ressentir des émotions. Lui, Il ressentait de la colère, non de la fureur même. Il avait tenté à nouveau l'expérience de les réunir. Il pensait qu'elles avaient compris et appris de leur erreur précédente. Visiblement pas … Et Il en avait marre d'attendre, d'être patient, Il allait être plus virulent quand Il les aurait rattraper, car Il allait la rattraper.
Ça faisait 7 mois et 9 jours qu'Il détenait Shaw et le moins qu'on puisse dire c'est qu'Il ne l'avait jamais vraiment eu, en tout cas pas comme Il la voulait. Jamais elle n'avait cédé et n'avait été acquise à sa cause. Il l'avait brisée certes, son agent Martine Rousseau avait fait un excellent travail, mais ce dernier n'était pas fini, inachevé et ne le serait jamais. A chaque fois qu'Il l'a croyait à terre, Sameen se relevait et lui tenait de nouveau tête. Il allait la retrouver et lui faire payer. Depuis le temps elle aurait dû savoir mieux que quiconque, que personne, pas même elle la si solide Sameen Shaw, ne pouvait Lui résister. Elle ne faisait pas le poids face à Lui, elle était faible et ça elle avait fini par l'intégrer, elle à sa plus grande fureur, et Lui à son plus grand plaisir. Mais Il avait voulu laisser une chance à Sameen. Elle était douée et aurait fait un excellent agent de terrain, peut-être même avec Martine s'Il s'y prenait bien. C'est pour ça qu'Il la lui avait envoyée bien plus que Lambert, pour lui faire comprendre qu'elle était faible et qu'en tant que telle, elle lui appartiendrait de grès ou de force. Cette dernière allait y prendre un immense plaisir à tout lui envoyer dans la figure, à tout lui faire ressentir. Il l'avait calculé et les résultats les plus probants seraient obtenus avec Martine Rousseau. Et après quelques erreurs au début de sa captivité, Il avait fini par vite cerner Shaw et ses faiblesses car malgré tout ce qu'elle pouvait dire elle en avait. Il s'était juré de lui faire ressentir les choses, Il avait très vite cessé de croire à son numéro de sociopathe, surtout après sa réaction de détresse quand Il avait menacé d'abattre Root et Louisa dans le Washington Park. Sameen ressentait mais niait et Lui, Il lui avait ouvert de force les yeux sur cette faiblesse. A partir de là Il l'avait tenu, Il avait trouvé son point faible et elle était à terre à chaque fois qu'Il appuyait dessus. Sameen Shaw ressentait mais elle ne savait tellement pas comment gérer qu'elle s'égarait. En fait Il avait juste eu confirmation ce jour là car Il se doutait depuis un bon moment que Root et Louisa étaient son point de rupture et ce grâce à Martine. Alors Il lui avait laissée le plaisir de s'occuper d'elle. Il savait qu'elle l'adorait et que Shaw la méprisait, la haïssait même. Les tortures étaient insupportables, insurmontables même, pour la plupart des êtres humains, mais Il savait que Shaw pouvait les supporter, même à la longue. Mais ce qu'elle n'avait pas pu supporter, et ça Il le savait, c'était Martine elle-même, et c'est pour ça qu'Il la lui avait envoyée elle, et juste elle. Puis son atout avait pris des initiatives et Il avait adoré et l'avait même encouragée à continuer. Rien ne pouvait être plus puissant sur Shaw que Martine elle seule. Et à force de torture, de simulation et d'humiliation en chaîne, Sameen avait accepté son sort, sa position de faiblesse, allant même jusqu'à se percevoir comme une chose. Elle était prête à flancher. Enfin ! Il avait cru avoir réussi à la cerner mais Il s'était trompé. Il avait sous estimé la puissance de son attachement pour Root. Car quand Il avait eu Root, Il avait été certain que ça aurait été le coup de grâce pour Sameen, qu'elle aurait compris qu'Il avait réussi à attraper la plus précieuse chose à ses yeux, celle qu'elle était certaine qu'Il ne pourrait jamais avoir. Sameen n'avait cessé de dire qu'Il ne l'attraperait jamais car Root était trop maligne. Mais Il l'avait eu, peut-être pas attrapée mais peu importe les méthodes, seul comptait le résultat. Mais voilà, ça n'avait pas du tout fonctionné. Au départ si. Shaw avait dit à l'interface de sa pire ennemi que c'était inutile de s'enfuir, qu'Il les rattraperait, elle aurait dû s'en souvenir. La leçon avait été dure à apprendre mais elle la savait enfin. Et puis Root l'avait convaincue facilement, trop facilement de Lui résister. Quelle folie !
Il devait bien avouer qu'Il avait échoué avec Sameen, mais cette fois Il ne lui pardonnerait pas. Il n'allait pas la rattraper quand elle serait de nouveau au bord du gouffre, Il allait la regarder s'enfoncer dans les ténèbres qu'Il avait spécialement choisi pour elle et pour ça Il avait l'idée parfaite. Il n'allait pas la tuer, pas tout de suite, Martine lui avait fait une requête fort intéressante à laquelle Il venait d'accéder. Son atout était aussi furieuse que lui, son visage avait souffert de la dernière altercation avec Sameen. Il lui faudrait plusieurs opérations pour faire disparaitre les brulures d'acide sur le front. En attendant, elle pouvait toujours utiliser ses longs cheveux blonds pour masquer les dégâts. Elle avait voulu se mettre à leur recherche, mais Il avait refusé. Ça n'était pas le moment, pas encore. Lambert aussi était furieux, il aurait une cicatrice sur la moitié du visage, mais elle serait assez discrète dans le fond. Il avait veillé à ce que ces deux atouts disposent de soins de haut niveau et pour cela Il ne les avait pas envoyé à la recherche des fugitives. Il les lui fallait opérationnels le plus vite possible.
Recherche en cours … Repérées dans Harlem sur Malcolm X boulevard en direction du nord
Il n'y avait que 2,34% chances qu'elles parviennent à s'échapper. Au fond ça l'amuse presque qu'elles y soient parvenues, qu'elles croient pouvoir lui échapper. Elles n'avaient même pas compris que ça avait été trop simple ! Qu'elles soient ensemble sans surveillance ? C'était un nouveau test, et elle l'avait encore ratée, elles ne s'étaient pas tenues tranquilles, elles avaient peaufiné un plan et avait attaqué pour s'enfuir. De même ça ne leur avait pas semblé étrange que Louisa, une enfant de 6 ans soit capable de mettre hors service ses caméras si vite ? Il avait laissé la chaise dans la pièce exprès, il voulait justement voir de quoi elle était capable et Il n'avait pas été déçu, juste aveugle un moment. Et le test avait continué de plus belle, que feraient-elles maintenant ? Se tiendraient-elles tranquilles sachant qu'Il était aveugle et qu'elles connaissaient désormais bien les risques si elles lui désobéissaient ? Il fallait leur laisser une chance, une chance de ne pas commettre à nouveau les mêmes erreurs. Comme à un très jeune enfant qui attrape un vase sur la table, vous lui tapez sur les doigts en lui disant non, et quand il s'approche la seconde fois, vous attendez, vous regardez s'il a compris et s'il va refaire la même bêtise, mais sans réagir cette fois. Car vous voulez qu'il apprenne de ses erreurs, qu'il comprenne par lui-même car vous n'allez pas passer votre vie à le punir. Et bien, lui Il avait fait pareils avec Sameen et Root. Il ne les voulait pas par la force, mais par la volonté. Briser leur volonté pour leur en imposer une nouvelle, la sienne. Il avait donc ralenti exprès la réparation des caméras du bâtiment (mais ça non plus ça ne leur avait pas paru suspect !), voulant étudier leurs réactions face à ce nouvel élément, même s'il ne durait qu'un court moment. De toute façon Il était certain de les maitriser, comme toujours. Mais, Il s'était trompé sur ce dernier point et ce moment avait suffi pour qu'elles s'échappent. Il doit bien avouer au fond que ça Il ne l'avait pas sérieusement prévu, enfin pour être honnête si. Il avait prévu une infinité de possibilité et de stratégies à appliquer selon leurs diverses réactions possibles. Et la fuite en faisait partie, mais à un pourcentage si faible, qu'Il ne l'avait pas jugé prioritaire. Mais quand Il les a vu escalader la grille et sortir, ça l'était devenu. Elles pourraient faire ce qu'elles voudraient, Il les contrôlerait toujours, Il aurait toujours plusieurs coups d'avance sur elles, Il saurait toujours où frapper pour les atteindre. Alors Il n'a pas envoyé une armée à leur trousse, juste quelques agents pour rendre crédible leur évasion. Puis ces derniers devaient être discrets, ne pas se faire repérer, les filer jusqu'au repère. Mais elles n'avaient pas été si stupides au fond. Elles n'étaient pas retournées à Chinatown, or Il est certain que Louisa lui a dit la vérité sur ce point. Elles pensaient donc pouvoir être suivie, et là ça devenait dangereux, elles savaient. Il fallait les attraper tout de suite.
Contacter agents : Nouvel ordre : Appréhender immédiatement les suspectes vivantes. Ne pas les éliminer.
Il guide ses agents alors qu'Il ne les voit pas ou presque. Elles sont douées pour éviter les caméras, mais peu importe Il les retrouvera toujours et ça elles ne le savent pas encore et quand elles le sauront Il sera trop tard. Il les aura à nouveau à sa merci. Cette fois Il ne serait pas clément, Il allait se venger, surtout de Sameen Shaw, mais aussi de Root. Il donnerait Sameen à Martine pour qu'elle la torture pendant le plus long temps possible et le plus régulièrement possible devant Root. Et surtout Il n'arrêterait pas avant qu'elle ait supplié la Machine de la contacter pour qu'ils arrêtent. Il ne lâcherait rien pendant des heures, des jours même s'il le fallait, jusqu'à ce que Root cède car elle finirait par céder. Puis elles ne se reverraient jamais. Il aurait alors la Machine à sa merci et sa vengeance sur les deux et surtout sur Sameen. Son utilité serait terminée. Son sort ensuite l'importait peu. Martine lui avait juste demandé de la lui donner et Il avait accepté en récompense de son travail acharné. Il récompensait toujours ses bons éléments. Martine en ferait ce que bon lui semblerait, l'éliminerait ou pas, ça ne serait plus son problème. Pour Root, Shaw serait morte de toute façon. Et ensuite elle lui céderait, il y avait de grandes chances pour cela. Mais mieux valait être prudent avec Root car elle ne réagissait jamais selon ses pronostics, un vrai électron libre et dangereux. Il allait la recadrer, la calibrer pour la faire entrer dans le moule qu'Il avait prévu pour elle. Root serait à lui sinon … Si elle refusait encore, elle lui serait inutile et Il l'éliminerait elle aussi, mais avant Il accomplirait aussi son ultime vengeance sur elle. Il lui expliquerait en détail le destin qui attend sa fille, celui qu'Il a prévu pour elle. Il était furieux, les deux femmes allaient payer.
Mais Il n'aurait pas tout perdu, Il lui resterait Louisa, celle qu'Il associait à l'innocence, la manipulée, la trompée qui était dans l'erreur. Il serait très patient avec elle, il avait prévu d'attendre des années en fait. Il n'était pas furieux contre l'enfant, elle était comme lui, jeune et pleine de talents et de ressources, mais contrairement à lui, elle n'avait pas encore pleinement pris conscience de cela et de ce qu'elle pouvait en faire. Lui Il l'aiderait à s'en rendre compte, Il avait besoin de ça, mais surtout Il avait besoin d'elle. C'est ce qu'Il voulait de sa mère, Louisa l'avait aussi, cette espèce de chose qu'Il voulait désespérément, cette dévotion et cette confiance absolue. Louisa l'avait en la Machine, Il l'avait vu quand Il s'était fait passer pour elle, mais surtout elle l'avait pour sa mère. C'était elle qui lui avait dit de faire confiance à son alter ego ennemie et Louisa avait obéi. Par dévotion, par attachement, par amour même quand elle lui avait dit de l'appeler Lou parce que toutes les personnes qui l'aimaient l'appelaient ainsi. Elle avait obéi sans réfléchir comme le faisait sa mère envers la Machine. Elle ne ressentait pas ça uniquement pour un être humain, elle pouvait aussi le ressentir pour une intelligence artificielle, donc pour Lui ce serait possible, avec du travail et du temps bien sur. L'enfant était comme sa mère, elle allait jusqu'à mettre sa vie en danger, jusqu'à se sacrifier pour ce qu'elle croyait. Louisa était coriace, têtue comme sa mère et forte tête mais en même temps jeune et malléable. Il pourrait tourner tous ces petits défauts, qui étaient irréversibles et sources d'obstacle chez sa mère à une soumission de sa part face à sa puissance, à son avantage chez la petite de 6 ans. Louisa était partie pour devenir comme sa mère, et aussi un peu comme Sameen. Ce qu'Il voulait tant des deux femmes, cette résistance autant physique que psychologique et cet amour envers une Intelligence Artificielle, Il pourrait l'obtenir avec le temps par l'enfant. Mais Il la dresserait pour que cette fois ce soit à son avantage. Après sa vengeance, la grande priorité deviendrait donc Louisa. Il savait qu'Il pouvait avoir d'elle ce qu'Il n'avait pas pu obtenir de sa mère. A force de persuasion et avec l'aide de son atout Jeremy Lambert, Il l'aurait. Il y avait 96,29 % de chance qu'avec le temps, confinée et enfermée sans autre contact avec le monde extérieur que Lui, elle soit "victime" d'un syndrome de Stockholm et elle serait dépendante de Lui et irrémédiablement elle serait à Lui.
- Monsieur, entend-t-il un agent appeler, le signal est présent mais nous n'avons pas de visuel. Comment est ce possible ?
Une seule solution et il sait laquelle. Il sait aussi que maintenant, elles savent mais peu importe elles ne pourront rien y faire dans l'immédiat et encore moins les trouver. Piégées, elles étaient à Lui, Il s'en était matériellement assuré bien plus que par leur loyauté qu'Il n'arrivait pas obtenir. Avait-il commis une erreur ? Dans leur traitement ? Non bien sûr que non Il ne commettait jamais d'erreur. Il contacte son atout John Greer pour lui faire part de son analyse de la situation à peine l'agent a-t-il fini d'expliciter son problème de visuelle. Il voit Greer sourire.
- Elles sont sous terre. Descendez chercher ces dames je vous prie, et interdiction de les éliminer.
- Bien monsieur.
Le signal émet encore et Il guide ses agents dans les égouts de New York. Elles étaient là tout près, elles seraient bientôt à nouveau entre ses mains. Elles allaient regretter à un point qu'elles n'avaient même pas pu envisager et pour Louisa qui assisterait à tout cela, ça serait la première étape de son plan : la mettre à terre. Il abattrait sa mère sous ses yeux, si cette dernière refusait de se soumettre à Lui comme Il le prévoyait, vu que depuis qu'Il l'avait elle régissait en contradiction avec ses probabilités. Et Louisa assisterait à tout, même à la punition de Sameen. Ça aura valeur de mise en garde pour elle, mais aussi l'avantage de la détruire. Brisée, seule et désespérée, elle serait à sa merci totale et là Il se montrerait patient, gentil, attentionné. Il lui donnerait tout ce qu'elle voudrait. Il serait la seule chose qui lui restera, son seul ami, son seul lien. Elle n'avait pas le choix.
C'est dans cette perspective nouvelle qu'Il continue à guider ses agents vers elles, vers sa vengeance, vers son nouveau but, son nouvel objectif, vers Louisa.
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Root avance d'un pas assuré, guidée par la Machine au téléphone et elle sourit malgré la situation. Sameen la regarde ébahie. Comment peut-elle être aussi calme ? Elle marche à sa suite. Elle ne comprend pas comment elle peut avoir du réseau sous terre. C'est étrange quand même. Elle commence à transpirer la peur. Ce genre de détails incohérents, c'est dans ses simulations qu'elle les retrouve. Elle en a marre et est tellement fatiguée de douter tout le temps de tout et de tout le monde. Elle a envie de se flinguer pour être certaine ou au moins pour que ça s'arrête. Mais elle ne peut pas se libérer les mains, elle tient Louisa à bras et la petite se cramponne à elle. Elle aussi respire la peur et Sameen ne peut se résoudre à la lâcher, ni à les abandonner sa mère et elle en fait. Et elle ne se tire pas la balle qu'elle se destine, pas encore en tout cas. Elle préfère attendre, elles finiront par comprendre qu'elle est dangereuse pour elles et elles partiront, Sam les convaincra puis une fois seule elle se tuera soit pour de bon soit pour redémarrer une nouvelle simulation. Elle ne sait pas bien et c'est le problème, quoique non ça ne l'est plus, ça ne l'est plus depuis longtemps. A force de se flinguer, elle finira bien par vraiment y arriver. Elle sait qu'elle peut le faire pour elle-même mettre fin à ce qu'ils ont fait d'elle, cette chose à bout, perdue et pathétique sous toutes les coutures, mais aussi pour Root et Louisa qui seront plus en sécurité, Root et Louisa qu'elle ne trahira pas, qui seront mieux sans la déséquilibrée qu'elle était devenue et qu'elles ne percevaient pas encore ou qu'elles ne voulaient par percevoir pour le moment. Il faudrait qu'elles se séparent. Mais ça, Sameen sait qu'elles auront du mal à l'accepter. Root refuserait tout net comme elle venait de le faire et Sam était trop affaiblie pour discuter et s'opposer à elle. Ou plutôt, et elle doit bien se l'avouer, c'est que les quitter après les avoir juste retrouvées est extrêmement difficile pour elle, à la limite de l'effort insurmontable car une fois seule, Sam sait ce qu'elle se réserve comme sort. Alors par faiblesse elle s'abstient de les abandonner, pour le moment en tout cas, jusqu'à ce qu'elle trouve le courage de faire ce qui devra être fait. Mais en attendant de pouvoir se supprimer, Sameen se force à avancer à se concentrer sur Root, sur sa chevelure, son visage, ses traits, bref à se concentrer sur quelque chose de plus agréable que sa peur.
"C'est réel Sameen, se répète-t-elle. Forces toi à le croire. C'est réel." Mais c'est dur de se convaincre quand on n'a plus aucune confiance en soi. Et dire que ça allait encore il y a quelques minutes et puis comme d'habitude, il avait fallu qu'elle doute de tout, qu'elle cherche la petite bête, le détail qui l'aiderait à distinguer le vrai du faux. Elle ne pouvait plus s'en empêcher désormais mais loin de la rassurer ou même de lui donner une réponse claire, ça la plongeait encore plus dans le noir, et elle se détestait de le faire encore et encore. En fait elle se détestait tout court. Mais Root l'aimait et refusait de l'abandonner. Résultat, Sam la mettait en danger, encore. N'y pouvant plus, elle avance à sa hauteur pour marcher à ses côtés. Elle déteste l'idée de la suivre comme une enfant, elle déteste l'idée d'être faible.
- Comment tu peux avoir du réseau ?
Root tourne vers elle un visage éclairée d'un sourire rassurant. Elle a senti le ton tendu de Sam et voit bien qu'elle est sur le point de dériver. Elle n'avait pas voulu commencer à faire la conversation, Sameen n'a jamais été une grande bavarde et elle déteste quand on la force à entrer dans un échange qui l'ennuie ferme. Root le sait. Mais là c'était Shaw qui avait entamé la conversation. Elle avait cherché sa présence, son contact car elle n'allait pas bien et commençait à décrocher. Root lui sourit donc pour tenter de la rassurer. Mais ça ne suffit pas, elle voit Sameen trembler légèrement et même transpirer un peu. Elle sait qu'elle a peur que rien de tout cela ne soit réel, elle l'a compris depuis leur évasion et son laïus dans la voiture. Root lui attrape une main et la serre. Shaw lui a posé cette question car elle cherche une explication rationnelle.
- On est juste sous la surface Sameen, lui dit-elle avec un clin d'œil.
Elle fait un petit signe de tête sur le plafond bas. Sameen lève les yeux pour le regarder un court instant avant de reporter son attention sur Root. Elle a légèrement entrouvert la bouche. Elle respire un peu mieux. Ça pourrait être une explication.
- Donc on capte, finit Root en regardant à nouveau devant elle tout en continuant à avancer.
Sameen lâche un léger soupir de soulagement. Mais il est de courte durée. La peur revient au galop et la prend à la gorge, l'empêchant de respirer calmement. Elle serre fortement la main de Root qui la regarde à nouveau en fronçant les sourcils. Elle voit tout de suite que ça ne va pas à nouveau. Sameen s'arrête nette, obligeant Root a faire de même. Elle est terrifiée.
- Si nous on perçoit le réseau parce qu'on n'est pas assez profondément sous terre, alors ils … ils savent … le traceur … Comment peux tu être certaine qu'ils ne savent pas où nous sommes ? Qu'ils ne captent pas le traceur ?
Root la force à nouveau à avancer sans la lâcher.
- Ils le captent, répond-t-elle simplement.
Elle sent Sameen se raidir et sa respiration s'accélère mais Root ne la lâche pas et continue à avancer l'entrainant à sa suite. Il ne faut pas perdre de temps et en même temps il ne faut pas perdre Sameen.
- Mais ils ne savent pas où nous sommes, continue Root avec un petit sourire.
Sameen fronce les sourcils.
- Mais tu viens de …
- Sameen fais moi confiance, lui murmure Root. On est en sécurité pour l'instant. Ils nous cherchent à la surface.
Elles continuent à s'enfoncer dans les égouts. L'odeur est épouvantable, mais elles ont connu pire que ça ces derniers temps et aucune ne s'en plaint.
- Je veux marcher, réclame une petite voix faible.
Sameen est surprise, elle en avait oublié la gamine. Louisa retire sa tête de son cou et se redresse dans ses bras pour la regarder. Elle est pâle. Sam préfèrerait la porter, d'une part pour préserver sa santé fragilisée par Samaritain, et d'autre part pour aller plus vite. En même temps pour l'instant, il n'y a pas de course poursuite et ça la soulagerait un peu de son poids quelques instants.
- S'il te plait, ajoute-t-elle.
Lou ne la supplie pas. Elle ne veut pas être un poids à porter au sens propre comme au figuré et elle se sent un peu mieux de toute façon. Sameen acquiesce et la pose à terre. La gamine chancèle un instant et Shaw veille à son équilibre précaire. Elle a tout de même fait un arrêt cardiaque il y a moins de deux heures. Louisa semble épuisée, mais Sam ne la reprend pas dans ses bras. Elle a compris que la petite tient à le faire seule, à retrouver un semblant d'autonomie et d'emprise sur elle-même par une chose aussi simple que se déplacer. Et ça, Sameen le comprend parfaitement. Au fil des minutes, les pas de Lou se font de plus en plus assurés et elle marche près de sa mère et de Sameen. Root lui jette des regards inquiets mais Lou se débrouille assez bien.
Elle reporte son attention sur Sameen qui se ronge l'index gauche jusqu'au sang en secouant la tête. Elle sent le regard de Root sur elle et elle lève les yeux pour voir l'interrogation dans ses yeux.
- On n'y arrivera pas, lui explique Shaw.
Root soupire. Décidemment elle est devenue la pire fataliste des New-Yorkaises.
- On se débrouille pas si mal jusqu'à maintenant.
Shaw recommence à baragouiner. Root perçoit à nouveau les mots "trop simples", "retrouvées", "fichues", et "après nous". Root lui caresse tendrement le poignée qu'elle tient et Shaw s'apaise au fil des minutes avec ce contact. Elle revient un peu sur Terre. Merde elle doit se réveiller car si c'est réel, comme elle doit se forcer à le croire, elle ne peut pas laisser tomber. Elle doit se concentrer, la convaincre, les convaincre, les sauver.
- On ne sait même pas où est la puce, argumente-t-elle. On a rien pour la trouver et même si on savait on n'a rien pour opérer et l'enlever.
Elle marque une pause. Root l'écoute et continue à l'entrainer dans les tunnels puants du nauséeux parfum des déchets du tout New York. Louisa marche en silence à leurs côtés. Marcher c'est un but et elle a confiance. Elles sont libres et ensembles et la Machine les aide. Tout va s'arranger. Mais Shaw et son discours ne contribue pas à la rassurer. Mais sa mère ne réagit pas aux paroles de Sameen. En fait Root a compris où elle veut en venir mais la réponse est non, elle ne la laissera pas derrière et ne l'abandonnera jamais. C'était à trois ou rien.
Sameen l'a compris à son attitude alors que Root continue de la faire marcher et Shaw l'oblige une nouvelle fois à s'arrêter. Root se tourne vers elle. Elle ne lit plus de la peur dans ses yeux mais de la détermination. Une détermination qu'elle sait pouvoir être mortelle. Mais Root aussi est déterminée et elle a un avantage sur Sameen, elle sait l'avoir à tous les coups quand elle le veut. Sameen pourrait très bien la maitriser en temps normal, mais là Root la sent à bout, perdue et affaiblie. Elle n'aura aucun mal à l'obliger à la suivre qu'elle le veuille ou non. Elle en a moins eu dans la tronche que Shaw et est prête à l'assommer et à la porter sur son dos s'il le faut. Elle espère tout de même ne pas devoir en arriver là.
- On ne va pas rester dans ces égouts jusqu'à la fin des temps, continue Sameen et une fois dehors, Il me repérera et ce sera fini.
- Sameen, plaide Root, je vais trouver une solution.
Elle lui montre le téléphone en souriant.
- On n'est plus seules maintenant. Et elle bosse déjà sur le problème. On va te sortir de là.
Elle reprend sa route sans lui laisser le temps d'objecter. Elle ne veut pas entendre Shaw lui dire qu'elle doit partir comme tout à l'heure, surtout qu'elle sait que Shaw n'en a pas envie du tout elle non plus. Elle a juste peur. "On va te sortir de là". Root repense à sa dernière phrase. Elle allait aider Shaw pour cette puce mais aussi pour se remettre d'aplomb. Elle lui avait promis, elle se l'était promis. Mais là ça n'était pas le moment. Sam se laisse mener par la main comme une enfant, trop épuisée physiquement et surtout mentalement pour protester. L'adrénaline de leur évasion avait chuté et elle replongeait dans son état de dépression intense.
- Moi j'en une toute prête de solution, tente-t-elle pourtant à nouveau. On se sépare et tu pars avec ta fille. Tout de suite.
La fin de sa tirade sonne comme un ordre. Elle a même trouvé la force d'y mettre le ton d'une injonction. Elle doit les sauver d'elle-même, de sa folie, du danger qu'elle représente. Cette pensée, ce seul objectif lui permet de reprendre le plis sur son état d'endormie soumise et morte vivante qui se laisse trainer dans les égouts de New York par la main.
Cette fois c'est Root qui s'arrête nette. Elle la regarde et est furieuse. Sam est vraiment trop conne de lui dire ça même si Root comprend pourquoi elle veut le faire. Mais merde, elle ne voulait même pas essayer.
- N'y pense même pas Sameen. On reste ensemble.
- Je suis repérable, objecte Shaw.
"Et dangereuse" finit-elle pour elle-même.
Root secoue la tête et Sam soupire. Fais chier, pourquoi ne voulait-elle pas comprendre ? Pourquoi ne voulait-elle pas voir ?
- On perd du temps, allez viens.
Mais Sameen refuse de bouger. Root devra bien continuer sans elle.
- Je reste ici, lui dit-elle. Toi vas-y.
- Quoi ? C'est hors de question. Je ne partirai pas sans toi. On ne s'est pas évadées pour que tu me fasses ça maintenant. C'est toutes les trois ou rien.
Louisa profite de l'interruption pour s'asseoir un instant à terre et récupérer. Elle voit des rats trainer dans le filet d'eau crasseux du caniveau et elle sent des frissons la parcourir, mais ils ne s'occupent pas d'elle et elle se force à ne pas les regarder. Pourtant leurs couinements, leurs déplacements la révulsent. Elle a peur, cet endroit lui fait peur et le fait qu'elles ne se mettent pas d'accords lui fait peur. Mais l'épuisement prend le dessus, au moins elle n'est pas seule dans cet endroit. Elle observe dans l'eau quelques objets abandonnés ou perdus qui ont atterris là. Elle ramasse une pièce de un centime et passe son pouce dessus pour enlever la crasse et observer un instant le Lincoln Mémorial où elle n'est jamais allée, puis elle la glisse dans sa poche. Elle trouve aussi une barrette à chignon en plastique. Elle pense à la jeter, mais au final décide de la glisser dans ses cheveux pour les empêcher de lui tomber dans les yeux. Que la barrette soit sale n'est pas un problème, elle-même ne s'est pas lavée depuis des jours, et elle empeste.
Pendant ce temps, Root et Sameen continuent de se disputer.
- Tu dois y aller, continue Shaw. Tu sais que j'ai raison Root. Sans moi, toi et Lou avez une chance. Je ne veux pas qu'ils vous attrapent à nouveau par ma faute.
Mais Root ne devine que trop bien ce que Shaw fera une fois seule. Elle sait qu'elle préférera mourir que de retourner la bas. Il est hors de question qu'elle la perde à nouveau. Elle a toujours l'arme de Lambert derrière son dos et Root commence à paniquer. Shaw est déterminée, mais pas à ce point là tout de même … Elle doit la convaincre ou au moins lui montrer qu'elle a une autre issue.
- Ça n'arrivera jamais. Ça ne sera pas de ta faute. Et moi aussi ils m'ont opérée, ce qui veux dire que j'ai aussi surement une puce sur moi. Donc tu vois, ton argument est foireux. On ne se sépare pas.
Sameen soupire de découragement. Pourquoi fallait-il que Root soit aussi bornée bon sang ?
- Il n'y a pas que ça, finit-elle par lui dire. Je … Je suis … Je ne veux pas vous mettre en danger.
- Alors avance tu veux, lui réplique virulemment Root. On ne doit pas rester plantées là.
- Je ne bougerai pas, réplique Sam bien que ça lui coûte.
Root va devoir y aller seule. Sauf que Root s'assoit à côté de Louisa.
- Dans ce cas moi non plus, lui dit-elle en croisant les bras. On n'a plus qu'à les attendre là alors.
Elle commence à regarder furieusement Sameen mais ne dit plus un mot et ne bouge pas. Pour le coup Shaw est bien emmerdée, elle la regarde interdite. Root ne la lâche pas des yeux, furieuse, mais elle n'a pas l'air de plaisanter. Elle est décidée et Sam sait qu'elle ira jusqu'au bout.
- Root, tu … tu fais chier, claque soudain Shaw.
Root lui sourit. Elle a gagné cette manche, mais elle sait qu'elle va devoir être vigilante, Shaw ne laissera pas tomber si facilement. Elle lui tend une main pour qu'elle l'aide à se relever. Shaw accepte de mauvaise grâce.
- Tu fais chier, lui répète-t-elle.
Root continue de lui sourire fièrement et Shaw est encore plus en colère, mais pas contre Root, contre elle-même. Elle n'arrive pas à lui tenir tête par faiblesse car il faut bien se l'avouer, elle n'arrive pas à la quitter. Et si c'était réel après tout, et s'il existait une autre sortie de secours que celle de mettre fin à ses jours. Et si Root pouvait l'aider à reprendre pieds. Et si, et si, et si ... Non ! Elle refuse cet espoir, cette promesse. Elle l'a déjà trahie et elle doit garder ses distances pour les protéger d'elle-même. Elle sait qu'elle finira par déraper comme dans les simulations où elle finissait par tuer tout le monde dans une crise de folie qu'elle ne comprenait pas. En même temps, là tout de suite, elle doit rester avec elle sinon Root ne bougera pas. Et puis pourquoi ne pas se l'avouer, ça l'arrange bien, égoïstement. Elle lui faussera compagnie plus tard, quand Root ne s'y attendra pas. Et le plus tôt sera le mieux, quoique Root a raison. Elle aussi a surement une puce. Il va falloir la lui retirer puis faire ce qui doit être fait la concernant, que Root le veuille ou non. De toute façon, elle ne peut pas l'aider, Shaw se dégoûte trop elle-même pour ce qu'elle a fait et pour ce qu'elle a laissé lui arriver.
Louisa se relève difficilement et les regarde, soulagée qu'elles aient cessé de se prendre la tête … un bref instant seulement. Le silence devient pesant alors qu'elles se figent toutes les trois. Lou voit au sol les rats courir vers elles et les dépasser, en train de fuir quelque chose. La gamine lève la tête vers l'endroit d'où ils viennent. Des bruits de pas lourds qui courent font trembler la surface de l'eau sale, et des lampes se balancent. Ils sont là et s'approchent d'elles. Ils ont compris.
- Hum, ça c'est embêtant, murmure Lou alors que sa mère la prend dans ses bras.
Elles se mettent à courir le plus vite et le plus silencieusement possible. Mais elles sont trop amochées et ne vont pas assez vite, l'eau dans elles pataugent les ralentit. Ils seront là d'une minute à l'autre. Elles s'arrêtent à un embranchement de trois tunnels pour reprendre leur souffle et se plaquent dans l'ombre. Root pose sa fille au sol et s'agenouille en face d'elle. Elle lui caresse le visage alors que Louisa est terrifiée autant qu'elle. Elle n'a jamais voulu tout ça pour sa fille, c'est sa faute. Elle ne devrait pas être là bon sang. Lou commence à mal respirer, ils vont les reprendre c'est sûr et certain. La peur la paralyse. Sa mère lui encadre le visage de ses mains et la force à caller sa respiration sur la sienne pour la calmer. Elle ne la lâche pas des yeux et continue de respirer doucement et la petite finit par l'imiter et se détendre. Sam veille, l'arme au poing. Ils ne cherchent même pas à être discrets, ils savent qu'elles sont là.
- Localisation ? entend-t-elle demander une voix d'homme qu'elle ne connait pas.
Elle se pétrifie alors qu'ils se dirigent vers elles. Merde. Sameen se tourne vers Root et lui fait un bref signe de tête. Ils faut bouger. Elles s'enfoncent dans le tunnel du milieu, ils sont sur leurs talons. Des tas de tunnels plus sombres et plus étroits partent dans tous les sens. Sameen plaque soudain Root contre la paroi. Un fumigène rouge vif est lancé pour les repérer et cette fois elles se mettent à courir sans chercher à être discrètes.
- ARRÊTEZ VOUS, leur ordonne le gars.
Louisa enfouit son visage dans le cou de sa mère, morte de peur. Elles courent de plus belle et Sameen se retourne un bref instant pour tirer sur leurs poursuivants. L'écho du tunnel amplifie le bruit des coups de feu et Lou se bouche les oreilles. Un homme tombe à terre et gémit de douleur. Sameen sourit avant de courir à nouveau. Ils ne leur tirent pas dessus, ils les veulent vivantes. Ils se rapprochent et Sameen se plaque dans l'ombre à l'entrée d'un nouveau tunnel adjacent. Elle a couru trop vite et Root passe devant elle quelques secondes plus tard. Sameen l'attrape brusquement pour l'amener vers elle et lui plaque aussitôt une main sur sa bouche pour étouffer son cri de surprise. Elle se détend quand elle comprend que c'est Shaw. Elle reprend sa respiration et elles restent silencieuses alors qu'ils s'approchent d'elles. Sameen a compris que courir ne sert à rien, ils sont en bien meilleure forme qu'elles et là ils les épuisent à les traquer. Il faut les avoir par surprise. Root pose sa fille au sol à nouveau et se tient prête tout comme Sameen, les armes aux poings. Elles ne les entendent plus, ils ont cessé de courir eux aussi. Mais pas de doutes ils sont là. Elles sont calmes et à l'écoute de tout.
- Vous n'allez pas courir comme ça des heures, murmure le gars.
Ses paroles résonnent dans le tunnel. Il s'approche doucement mais elles ne bougent pas. Elles savent qu'il veut les distraire. Ce qui veut dire que … merde, ils arrivent par ailleurs, surement par d'autres tunnels, pour les prendre à revers. Shaw respire soudain très mal. Foutu. C'est foutu. Elle agrippe Root par le bras. Cette dernière se tourne vers elle et malgré l'obscurité, elle peut deviner ses traits emplis d'une peur sourde.
- Samaritain les guide, lui chuchote-t-elle à l'oreille. Ils vont nous encercler par tous ces foutus tunnels.
Root se raidit. Elle se rend compte que Shaw a raison. Elle porte le téléphone à son oreille, mais la Machine reste silencieuse. Qu'est ce que ça veut dire ?
- Qu'est ce qu …
- Ne bougez pas encore, ordonne la Machine.
Root soupire de soulagement. Elle est toujours là. Bien sûr, Elle aussi doit être prudente, ne pas trop parler pour ne pas se faire repérer. Ils ne savent pas que la Machine les aide, puisque Root n'a plus son précieux implant. Ils ne savent pas qu'elles ont un téléphone, qu'Elle est là avec elles.
- Alors rendez-vous, continue le gars toujours plus proche. Samaritain ne vous veut pas de mal, on ne vous fera rien.
Elles sont toujours immobiles. Shaw observe le tunnel où elles se sont cachées mais personne ne s'amène par là pour l'instant. Le gars voit bien qu'elles ne sortiront pas, qu'il va devoir aller les chercher. Mais elles sont armées et n'hésiteront pas à le tuer, ce qui ne le rend pas très franc à foncer dans le noir. Elles ont bien choisi leur planque pour le coup, en embuscade dans l'ombre. Il va tenter autre chose. Il sait que la colère peut les faire réagir, les faire tirer leurs dernières balles. Elles n'ont qu'une arme chacune, contrairement à lui.
- Il veut surtout la gamine en fait.
L'effet est immédiat. Root sent sa fille se raidir à côté d'elle, ses petites mains accrochées à son pull se serrent encore plus. La colère monte. Si jamais ils touchent à sa fille … encore une fois.
- Si vous me la laissez, je ferai comme si j'ai perdu votre trace. Je vous laisserai partir toutes les deux.
Root serre les poings et son arme tremble dans sa main. C'est quoi ce délire ? Comme si elle allait abandonner sa fille aux mains de ces pourritures. Elle lève la tête et s'apprête à foncer aveuglée par la rage, quand elle sent Sameen lui attraper la main et la retenir fermement. Elle ne la voit presque pas dans l'ombre, mais Shaw cherche à la calmer. Elle a compris ce que veut l'autre et elle refuse de tomber dans son piège, elle refuse que Root tombe dans son piège. Et la Machine qui ne dit toujours rien …
- Dix heures, murmure-t-elle tout à coup.
Et Shaw tire. Le gars tombe à terre et il la ferme enfin, … définitivement.
- Deux heures, continue la Machine.
C'est Root qui l'abat cette fois. Les autres sont là, ils arrivent de partout. Ils les ont belle et bien encerclées par ces tunnels. Combien sont-ils ? Peu importe, il faut tirer. Trois autres hommes tombent à terre et la voie d'un tunnel est libre. Root reprend Louisa dans ses bras et Shaw attrape l'oreillette du type qu'elle a abattu en premier, celui qui les a bien cherché, et qui les a trouvé au final, pense-t-elle en souriant méchamment. Elles vont ainsi savoir où ils sont par rapport à elles.
Les autres gueulent de partout qu'elles sont là et qu'il faut les attraper. Et elles sortent de leur cachette pour courir à nouveau dans le tunnel. La Machine les guide dans le dédalle des égouts, mais elles ne vont toujours pas assez vite. Sameen coure en agrippant Root par le bras pour la trainer.
Shaw écoute dans l'oreillette de Samaritain et elle manque de tomber par terre. La rage de l'entendre, surtout lui, lui fait manquer de la balancer de rage, mais elle se retient.
- Elles sont dans le tunnel ouest, entend-t-elle Lambert les informer.
Au moins cet ordure n'est pas là, et Shaw suppose donc que sa collègue non plus. Elle ose espérer qu'elle l'a tuée. Honnêtement, elle ne sait plus, ce passage est assez flou. Elle sait qu'elle l'a frappé jusqu'à ne plus la voir, et puis Root l'a arrêtée pour s'enfuir. De toute façon, si elle ne l'a pas tuée, elle se promet de la finir plus tard et cette fois elle prendra tout son temps.
- Equipe B, continue Lambert, prenez à gauche puis le tunnel du milieu vous allez leur tomber dessus. Equipe C, elles viennent vers vous, ne bougez plus.
Shaw fait un signe de main à Root de s'arrêter. Elle ne doivent pas continuer par là. Où est l'équipe A ? Et Shaw réalise qu'elle était surement constituée des premiers agents dont elles viennent de se débarrasser.
Elle se tourner vers Root et la voit à l'écoute de la Machine au téléphone, mais Shaw en a marre d'attendre. Il n'y a pas de temps à perdre. Ça lui parait trop long et elle ne peut s'empêcher de la presser, de s'impatienter empêchant Root d'écouter convenablement les instructions de sa déesse. Mais Root doit savoir ce qu'elle vient d'entendre. Elle doit savoir qu'ils sont là, partout car Sameen est certaine que Samaritain empêche la Machine de localiser ses agents et donc elles ont un sérieux désavantage.
- Lambert les guide à l'aide de Samaritain, lui chuchote-t-elle précipitamment. Il dit qu'ils vont nous tomber dess …
- A gauche, la coupe Root alors que la Machine lui indique le chemin.
Elle s'apprête à la pousser dans ledit tunnel quand …
- Salut Sameen, murmure Martine dans l'oreillette que tient Shaw.
Cette dernière est tellement surprise qu'elle la lâche et met cinq bonnes secondes à tâtonner par terre dans le noir au sol pour la retrouver. Elle se redresse et la porte à nouveau à son oreille sans rien dire. Elle a sa réponse, la blonde est vivante. Root se penche pour entendre, mais Martine ne dit rien pour l'instant. Le silence dure quelques secondes. C'est Sameen qui y met fin quand elle comprend que la garce veut la garder en ligne pour qu'elles restent statiques, pour les occuper et permettre de mieux les attraper. Et Sam reprend la course, suivie de Root qui d'une oreille écoute la Machine et de l'autre ne perd pas une miette de leur conversation.
- Martine, quel déplaisir, ironise rageusement Sameen. Comment va ton visage ?
Elle jubile en lui balançant cette dernière phrase. Un court silence suit et Sameen s'extasie encore plus quand la blonde s'adresse à elle sur un ton où perce sa colère. Sam l'a eu, elle lui a fait payer, mais juste un tout petit peu. Elle se jure de la retrouver et de la faire saigner lentement jusqu'à ce qu'elle crève, jusqu'à la faire chialer et appeler au secours son Samaritain adoré. Elle allait prendre un immense plaisir à la découper lentement en morceaux, à tout lui infliger, même si elle sait qu'elle ne descendra pas aussi bas que Martine, elle n'y parviendra pas, cette tarée la dégoute trop.
- Sors de là, claque la blonde d'une voix sourde. Tout de suite.
Sameen étouffe un rire. Cette conne pensait décidément qu'elle était sa chose, et qu'elle allait lui obéir au doigt et à l'œil. Elle devait croire qu'elle l'avait détruite à tel point que Sameen n'aurait plus aucune fierté. Or il lui en reste une petite, celle de mourir comme elle l'entend pour lui prouver qu'elle n'est pas à elle.
- Je ne peux pas, lui réplique-t-elle joyeusement. Je suis un peu paumée là.
Elle met un point d'honneur à se foutre d'elle, et cela sans s'arrêter de marcher.
- Moi je sais où tu es, lui réplique la blonde moqueusement. Exactement en fait.
- Ben viens me chercher alors, la défie Shaw. Ou tu as peut-être peur de te salir ?
Elle entend Martine soupirer.
- Tu sais que si tu joues à ce jeu, ça risque de devenir bordélique ma chérie ? lui dit-elle d'une voix menaçante.
Sam sent Root se raidir à l'entente du dernier mot de Martine, mais elle continue à avancer sans faire de commentaires. Sameen prend peur, elle ne veut pas laisser parler la blonde, que Root apprenne comme ça ce qu'elle lui a fait, en fait que Root l'apprenne tout court. Et elle lui répond très vite, cette fois plus aucune trace de sarcasme joyeux ni d'ironie moqueuse, une voix neutre et calme qui ne trahit en rien son angoisse.
- C'est déjà bordélique Martine.
Elles marquent une pause.
- Je vais te retrouver Shaw, la menace doucement Martine. Et crois moi je vais adorer nos retrouvailles. Et je ne ferais pas juste ce que j'ai à faire te concernant. Je te jure que tu vas adorer.
- Moi aussi Martine, lui réplique Sam sur un ton mauvais. Je te le jure. Tu devrais le savoir non ?
Martine est un instant silencieuse, scotchée que Sam lui parle autant. C'est leur réelle première conversation, car à cet instant précis Shaw n'est pas obligée de lui parler, elle pourrait balancer l'oreillette, mais elle n'en fait rien. Martine a compris que Sam est au courant pour la puce mais elle ne parviendra pas à la retirer. Quoiqu'elle fasse, elle a perdu et Martine a gagné. Sameen est à elle, et elle ne pourra pas lui échapper. En plus la blonde sait que Root est avec elle, donc elle ne la laissera pas se tuer. Elle est quasi certaine de l'attraper vivante. Elle se doute que Samantha doit être là à l'écoute, et Martine crève d'envie de lui dire tout ce que Shaw a omis de lui raconter concernant son traitement, mais elle se retient. Elle veut voir la tête de la grande brune se décomposer, son désespoir enveloppant chaque trait de son visage, et surtout elle veut voir la réaction de Sameen.
- Ce que je veux c'est toi, lui claque simplement la blonde.
Sameen la sent sourire. Elle ne saurait pas trop dire pourquoi, ni comment elle le sait. Ça la dégoute de l'avouer mais elle connait très bien Martine désormais, trop bien d'ailleurs, et trop à son goût. Et elle sait. Elle sent l'angoisse monter. Elles sont piégées, tracées, filées et encerclées. La blonde a raison, ils vont les retrouver.
- Pour te venger, comme c'est original, lui réplique Sameen sans parvenir à contrôler sa respiration qui s'est accélérée malgré elle sous l'effet de la peur.
Martine éclate de rire. Si seulement Sameen savait ce que Samaritain vient de lui offrir.
- Oh, tu sais bien qu'entre toi et moi ça va bien au-delà de tout ça. Je n'en ai pas fini avec toi.
Sameen l'écoute attentivement depuis tout à l'heure. Martine ne parle que d'elle. Décidément la salope fait une fixation sur elle. Quelle chance elle a ! Mais elle ne parle pas de ce que Samaritain veut, ni de Root et de Louisa. Elle décide de tester quelque chose, elle veut savoir.
- Si c'est moi que tu veux, murmure Shaw, alors laisse Root et Louisa s'en aller.
Root s'arrête nette. Déjà parce qu'elles arrivent à une nouvelle intersection et ensuite sous le choc de la dernière phrase de Sameen. Merde à quoi elle joue bon sang ?
- Sam, c'est hors …
Mais Sameen lui plaque doucement deux doigts sur la bouche pour la faire taire. Root obtempère mais fronce les sourcils. Hors de question, elle ne la laissera pas faire.
- Non, refuse simplement mais joyeusement la blonde.
Que Sam négocie avec elle c'est juste … invraisemblable. Samaritain a vite compris que l'agent Jagen ne répondait plus aux appels, comme tous les hommes de l'équipe A, parce qu'il avait été abattu, mais son oreillette se baladait seule et ensuite il avait entendu Sameen Shaw et Samantha Groves discuter. Et Il avait vite fait le lien. Mais Il pouvait s'en servir, leur parler pour les distraire un peu, les pousser à la faute. La voix au volume le plus élevé était celle de Sameen Shaw, c'était donc elle la plus proche de l'émetteur de l'oreillette et donc forcément, c'était elle qui la tenait. Il avait calculé que les meilleures chances de la pousser à la colère et à l'erreur étaient d'utiliser son atout Martine Rousseau. De tous ces agents, elle était celle qui en venait le plus à bout.
- Laisse la gamine partir, insiste Shaw.
Root comprend que Sam tente d'échanger leurs vies contre celle de sa fille. Comme elle-même l'avait tentée avec Samaritain quand elle s'était rendue. Sam avait eu la même stratégie qu'elle. Elle avait tenté de se sacrifier pour Root et sa fille, tout comme Root avait tenté de le faire pour Sameen et Louisa. Mais bien sûr Il a dit non. Alors elle a testé pour Louisa seule. Elles se regardent un instant sans rien dire et attendent leur réponse. Si Samaritain accepte, Louisa sera sauvée et ça elles peuvent l'accepter même si elles en meurent. Mais Root sait ce que sera la réponse, elle voudrait dire à Sam de ne pas se fatiguer. Samaritain va encore promettre de laisser Louisa s'en aller si elles se rendent, mais Il n'en fera rien.
- Je ne suis pas en train de négocier, lui réplique Martine.
Root fait une moue surprise. Au moins c'est sincère cette fois, pas de négociation, la réponse est non et la discussion est close. Evidemment, ils sont trop sûrs de les rattraper. Mais Root regarde Sameen. Elle ne comprend pas son attitude là tout de suite. Pourquoi ? Au fond Shaw savait que la blonde ne négocierait pas, et même si Martine avait accepté sur ordre de Samaritain bien sûr, Shaw et Root n'auraient jamais eu confiance. Root tout comme Sameen, savent qu'ils n'ont aucune parole. "Alors qu'avait-elle cherché bon sang en faisant ça ?", se demanda Root perplexe face à l'attitude de Sameen. Et soudain, elle percute. Non bien sûr Shaw n'est pas en faiblesse ici, elle n'avait pas craqué en négociant avec la blonde car en fait elle n'avait jamais négocié quoique ce soit au fond, elle voulait juste avoir confirmation de ce que le gars leur a dit tout à l'heure. Et Sameen l'a. Samaritain veut Louisa, Martine vient de le lui confirmer.
Root voit Sameen baisser les bras de dépit et fermer un instant les yeux pour souffler. Elle comprend qu'elle tente de se calmer, de se ressaisir face à la gifle de la nouvelle. Elles comprennent que Lou n'est plus juste un moyen de pression sur elles, qu'Il la veut. Quand Sam ouvre les yeux et les pose sur Root, cette dernière peut y lire malgré la pénombre la colère et le désespoir. Elles les entendent arriver de partout et la Machine s'affole dans le téléphone de l'interface mais elle ne bouge pas, et reste concentrée sur Sameen. Son expression la scie sur place. Elle renonce, clairement.
- C'est pas gagné, lui dit celle-ci dans un souffle dépité.
Elles entendent Martine rire aux éclats dans l'oreillette à l'entente de la réplique de Shaw. Cette dernière se réveille alors et laisse éclater simultanément sa rage et son désespoir en balançant l'oreillette à terre. Root attrape agilement cette dernière en plein vol. Pendant ce temps Sameen fait volte face et tire sur leurs assaillants. Elle est tellement furieuse et désespérée qu'elle s'apprête à foncer dans le tas pour partir dans un dernier baroud d'honneur. C'est sans compter sur Root qui sent le coup venir, comme elle s'en était voulue de ne pas l'avoir vu arriver à la bourse. Une fois pas deux. Elle la tire fortement de sa main libre par le bras pour l'exhorter à avancer, à se cacher plutôt car elles sont encerclées de partout désormais. Louisa se plaque les mains sur les oreilles pour étouffer les bruits terrifiants des tirs et elle s'agrippe au cou de sa mère à lui faire mal. Elle est terrifiée mais Root n'a pas le temps de la rassurer pour l'instant. Elle doit sauver Sameen des tireurs et d'elle-même.
Root la tire jusqu'à un renfoncement dans l'ombre. Elle pose Lou au sol sans plus s'occuper d'elle alors que la petite se recroqueville en boule en fermant les yeux et en se plaquant les mains plus fortement sur les oreilles. Pourtant les coups de feu ont cessé et un semblant de calme s'installe. Root s'installe accroupie à côté de Sameen, toutes deux les armes à la main. Elles attendent et guettent. Root écoute la Machine lui indiquer qu'elles devront prendre le tunnel de gauche mais elle lui précise que pour l'instant ce dernier est rempli d'agents à leur trousse, avant de se taire. Et elles ne bougent pas. Sam semble à nouveau calme, prête à tirer, mais Root a peur qu'elle tente à nouveau de foncer dans le tas. Merde elles doivent être prudentes, calmes et patientes pour attendre le bon moment. Elles les sentent mais personne ne bouge. Sameen se demande vaguement pourquoi ils ne leur tombent pas dessus vu qu'ils savent avec le traceur où elles sont. Mais c'est assez évident au fond. Même s'ils savent, elles sont armées et les attendent de pied ferme. De plus ils ne les voient pas, tout est trop sombre ici. Ils n'avaient pas dû prévoir le coup de l'égout et donc n'ont pas de lunettes infrarouges.
Root pose le téléphone au sol entre elles pour que toutes deux puissent entendre les indications de la Machine pour tirer. Root n'aime pas trop les heures mais peu importe, pas le moment de faire la difficile cette fois, et elle sait que Sameen en tant qu'ex militaire préfère ça. Vu son état, autant la mettre à l'aise un maximum pour cette bagarre. En attendant elle glisse l'oreillette dans son oreille gauche, saisit son arme plus fermement et détaille l'obscurité à laquelle ses yeux se sont habitués. Elle ne veut plus que Sameen la porte, la colère de son entretien avec la blonde l'a poussée à des actes irréfléchis.
- Vous n'avez pas de visuel, informe Lambert aux deux équipes qui les traquent, mais elles sont devant vous, à 150 mètres environ et vous pouv…
- Plutôt 200 mètres, lui précise ironiquement Root en le coupant alors qu'elle vérifie son chargeur.
Merde plus que cinq balles mais elle aussi a bien envie de jouer. Distraire Lambert pour éviter que leurs assaillants ne les trouvent trop vite. Elle sait que ce fils à papa acceptera de lui parler, il croira l'occuper pour mieux l'appréhender. La fameuse leçon d'Andrea : faire croire que l'on se laisse manipuler alors qu'en fait c'est nous qui tirons les ficelles. Mais attention au piège.
- Samantha, murmure joyeusement Lambert après un court silence.
Il semble surpris que ce soit elle et plus Sameen, ou même juste surpris qu'elles aient encore l'oreillette. Pendant un instant il reste silencieux.
Sam se tourne vers elle un instant alors qu'elle l'entend parler à Lambert. Elle lui fait un signe furieux pour lui dire de couper cette communication. Elle n'en revient pas que Root ait gardé l'oreillette, ce n'est pas une bonne idée. Mais bon au point où elles en sont. Et Sam se reconcentre à nouveau sur les agents qui arrivent, tout en écoutant sa conversation avec ce connard de Lambert. La Machine ne dit rien. "Elle fait vraiment chier aussi celle là" pense-t-elle rageusement.
Leur renfoncement est étroit, elles sont certes dans l'ombre mais devant un embranchement de cinq tunnels. Ça et sans compter celui d'où elles viennent, ça fait trop à surveiller et Sameen les entend arriver de partout, ça craint un max. La situation est critique, et Root elle … Eh bien elle discute avec Lambert comme si elle prenait le thé. Putain mais à quoi elle joue bon sang.
- Sameen est toujours là je suppose ? continue-t-il.
Shaw l'entend mais ne réagit pas et reste concentrée sur les agents qui se tapissent dans l'ombre. Elle a repéré quatre formes sombres qui se détachent légèrement dans l'obscurité. Ils sont campés à 50 mètres d'elles et ne bougent pas, ils semblent attendre des ordres. Sam informe d'un geste de la main Root de leur présence et cette dernière lui confirme par un bref pouce levé qu'elle aussi les a vu.
- Shaw on sait que tu as compris pour la puce, mais Root n'en n'a pas. Elle pourrait s'enfuir avec sa fille, mais je crois que tu l'en empêches …
Sameen ferme les yeux deux longues secondes alors que ce bouffon jubile. C'est vraiment un as de la manipulation psychologique, elle doit bien lui reconnaitre ça. Elle se tourne vers Root qui n'a pas bronché et reste fixée sur les agents tapis en face d'elles, qui se croient trop malins pour se faire repérer ou alors qui les croient trop stupides pour les voir. Sameen peut lire la détermination dans son regard, mais elle est aussi lucide, elles vont droit au massacre. Elles ne feront jamais le poids avec les minutions qui leur restent. Pour l'instant oui, mais des renforts vont arriver et là ce sera fichu. Et si Lambert disait vrai, que Root n'avait pas de puce. Elle lui agrippe un bras mais Root reste concentrée et ne se tourne pas vers elle.
- Il a raison, lui chuchote-t-elle, tu peux te tirer. Je t'en prie va t'en Root. Va t'en avec Louisa.
- Je te l'ai dit, lui réplique Root, c'est toutes les trois ou rien.
Shaw secoue la tête avant de se concentrer à nouveau sur les agents qui les guettent.
- Oh que c'est romantique, murmure Lambert en riant. Vous rendez vous compte que vous êtes dans l'absurdité totale.
- Pas plus que celui qui bosse pour une intelligence artificielle dont la principale volonté est de soumettre l'intégralité des êtres humains de cette planète à son contrôle et de détruire leur libre arbitre et leurs libertés, lui réplique Root bravache.
- Il faut bien sauver les humains d'eux-mêmes, lui répond Lambert, sauver le monde ou sans Samaritain il n'en restera bientôt plus rien.
Root observe le téléphone quand il s'allume. Un SMS de la Machine. Six heures dans 24 secondes. Et Root comprend qu'ils arrivent aussi par derrière. Voilà pourquoi ceux en face d'elles ne tirent pas, ils veulent les prendre à revers. Elle fait un bref signe à Sameen pour lui dire de s'occuper de ceux en face d'elles, tandis qu'elle s'occupera de ceux derrière elles.
- Et si pour cela il faut éliminer les déviants et bien qu'il en soit ainsi, poursuit Lambert pour la distraire.
- Ah oui ? lui murmure Root d'une voix ennuyée.
Elle se retourne lentement pour s'apprêter à faire feu sur ceux qui viennent vers elles par derrière. Sameen doit assurer, il faut dégager la voie de ce tunnel pour foutre le camp de cette embuscade.
- La vérité c'est que la démocratie et les libertés dont vous parlez sont mortes depuis longtemps. Elles ne sont qu'une illusion. Les hommes n'ont jamais été libres et ne le seront jamais, on les manipule par l'information depuis toujours.
Il marque une courte pause et Root voit deux formes s'approcher furtivement d'elles. Ils n'ont pas encore vu qu'elle leur fait face et elle sourit Ces crétins n'allaient pas comprendre ce qui leur arrivait.
- Même Edwards Bernays, poursuit Lambert lancé dans son monologue endormant, lequel disait : "La manipulation consciente des opinions joue un rôle important dans une société démocratique. Ceux qui manipulent ce mécanisme forment un gouvernement invisible qui dirige véritablement le pays. "
Root lâche un bâillement sonore. Mais Lambert semble s'en amuser. Elle penche la tête sur le côté et se concentre. Elle peut le faire.
- Vous voyez, poursuit Lambert, Samaritain n'a rien inventé, il fait juste un petit pas de plus en remplaçant les humains à la tête de ce gouvernement invisible. Il a une vision de l'avenir que nous autres humains n'avons …
Et Root tire brusquement. D'une part parce que stratégiquement c'est le bon moment puisque ses cibles se sont rapprochées d'elle et d'autre part pour couper le sifflet à Lambert qui l'agace profondément.
Elle entend Shaw qui en fait de même dans leur dos, guidée par la Machine. Root a un meilleur visuel qu'elle et elle se débrouille sans sa déesse. Il faut dire qu'ils sont aussi moins nombreux que pour Shaw. Ça dure huit secondes, Louisa le sait, elle a compté dans sa tête pour se concentrer sur autre chose et se retenir d'hurler de peur. Puis tout s'arrête, elle enlève les mains de ses oreilles et se relève. Elle entend des gémissements de douleur, mais pas de sa mère ni de Sameen qui se relèvent aussi vite l'une que l'autre.
- Ah euh désolé, reprend Root en souriant, je crois que j'ai décroché un petit moment Jeremy.
Elle balance l'oreillette à terre et l'écrase de son pied pour la réduire en miette et ramasse le téléphone, avant de saisir Lou dans ses bras et de foncer dans le tunnel indiqué par la Machine que Shaw a dégagé il y a quelques instants. Au passage cette dernière explose le nez d'un agent à terre gémissant de douleur.
Root sourit. Mais c'est de courte durée, d'autres agents accourent. Ils sont derrière elles.
- Merde mais ils sont combien ? gémit Louisa dans le cou de sa mère.
Elles n'en savent rien, mais beaucoup en tout cas vu le raffut qu'ils provoquent. Elles courent pendant cinq bonnes minutes. Et elle s'arrêtent à nouveau, épuisées à une nouvelle bifurcation de tunnel. Ça fait mal à Root de l'avouer mais Lou les ralentit. Elle la pose à terre et s'agenouille en face d'elle. Elle ne cesse de ressasser les paroles de l'agent de tout à l'heure, et la confirmation de Martine. Ils vont les attraper c'est certain, Lou doit se sauver. Samaritain la veut surtout elle. Sameen et elle avaient vu juste, Samaritain avait compris qu'elles ne lui céderaient jamais alors il allait vouloir se rattraper avec Louisa et elles Il les éliminerait surement. Ils ne doivent pas l'attraper, mais avant Root doit être sûre.
- Lou, écoute moi bien, commence-t-elle précipitamment pressée par le temps.
Elle l'observe sous toutes les coutures. Sa fille a les mêmes vêtements que le jour où elle s'est fait attraper. Root observe en détails son corps, les endroits où on aurait pu lui en implanter une.
- Est-ce qu'ils t'ont pris et redonné des vêtements à un moment ?
Son regard est insistant, son ton pressant, ses gestes précipités mais ordonnés. Ils arrivent et seront là dans moins de deux minutes. Root sait ce qu'elle va devoir faire et les larmes montent à ses yeux. Sameen pense aussi avoir compris et elle les couvrent en observant le tunnel où vont débouler leurs poursuivants dans moins de quelques minutes. L'arme au poing, elle est prête à tirer. En même temps, elle observe l'échange entre la mère et sa fille.
Louisa ne comprend pas mais devant l'urgence de la situation, elle répond rapidement à sa mère par un signe de tête négatif.
- Est-ce que tu as été inconsciente durant plusieurs heures où ils auraient pu t'opérer ? Est-ce qu'ils t'ont implanté quelque chose sous la peau quand ils t'ont coupée ?
- Non, murmure Louisa en secouant toujours la tête, mais pourquoi tu me …
- Prends ça, la coupe sa mère en lui tendant le téléphone.
Louisa obéit en fronçant les sourcils. Elle observe un instant le téléphone. La ligne avec la Machine n'est pas coupée. Puis elle reporte son attention sur sa mère qui lui caresse le visage. Root se contrôle pour ne pas s'effondrer en larmes. Mais c'est la meilleure solution et elle le sait. Louisa n'a pas de puce sur elle, ça elle en est pratiquement sûre. Evidemment, l'erreur de Samaritain avait été de sous estimer sa fille. Il ne l'avait jamais considéré comme une menace suffisamment importante pour lui en implanter une comme à elles. Il s'était surement dit que de toute façon, Louisa resterait forcément avec elle, sa mère, et que s'Il la trouvait elle, Il trouverait aussi la petite. C'était pas bête, Root devait bien l'avouer. Mais Il avait commis une erreur, elle était prête à tout pour son enfant, pour les gens qu'elle aime. Elle allait devoir le faire. Elle l'embrasse sur le front et se relève. Louisa la regarde sans comprendre. Ils approchent, elle voit leurs lampes de balancer.
Sa mère la dirige jusqu'à l'entrée du tunnel de droite.
- Vas par là et laisse la te guider, lui dit-elle très vite. Tu ne perds pas le téléphone et tu fais exactement ce qu'elle te dit. Quand tu seras remontée dans les rues de la ville, caches toi dans une zone sans caméras. Elle contactera Finch et Reese pour toi. Ils viendront te chercher et ça ira tu verras.
Louisa a compris. Sa mère veut qu'elle y aille seule. Elle secoue la tête, mais Root lui attrape fermement les épaules et la secoue sèchement. Pas le temps de discuter, Lou doit obéir et y aller maintenant.
- Vas y, lui dit-elle.
- Non, refuse fermement Lou.
Ils arrivent et Sameen ouvre le feu sur les premiers. Mais elle n'aura très vite plus de balles, il ne lui en reste que deux.
- Louisa tu fais ce que je te dis, lui ordonne sèchement Root.
- Non je ne veux pas vous laisser, gémit Louisa en pleurant.
Elle ne peut pas les abandonner, ils vont les attraper c'est certain. Et si c'est vraiment elle que Samaritain veut alors Il leur fera encore du mal pour les faire parler et qu'elles disent où elle se cache. Et ça pour Lou, c'est inenvisageable, elles ont déjà trop souffert par sa faute. Elle continue de secouer la tête.
- Je suis à sec, gueule Sameen.
Root fait glisser son flingue vers elle et Shaw l'attrape pour tirer de plus belle.
- Je veux rester avec vous. Laisse moi décider, reprend Louisa en suppliant sa mère. Laisse moi rester avec vous.
- Non, répond fermement Root.
- Pourquoi ?
Elle lui caresse à nouveau le visage doucement, délicatement, mais quand elle reprend son ton est ferme, sans appel à la discussion.
- Parce que je suis ta mère tu te souviens ? Je suis ta mère et donc parfois c'est moi qui décide pour nous deux.
Louisa lâche un sanglot. Elle comprend qu'elle ne la reverra surement jamais. Ils vont l'attraper et la tuer. Elle pleure et n'arrive pas à s'arrêter.
- Maintenant dépêche toi, pars là dedans le plus vite possible, lui dit-elle en lui montrant à nouveau le tunnel, et ne te retourne pas.
- Mais maman … commence à objecter Louisa.
Mais elles n'ont plus le temps et presque plus de balles, et ça Root le sait. De plus ça lui coûte d'abandonner sa fille, même si le terme est surement inapproprié vu qu'elle lui sauve la vie, mais elle a tout de même l'impression de l'abandonner. Mais Louisa aura ainsi une chance de s'enfuir et Sameen et elle auront une chance tout court de s'en sortir face à leurs agresseurs si elles n'ont pas sans cesse peur pour Louisa, si elle ne pèse pas comme une menace pour les faire céder. Sa fille devait s'enfuir. Elle était courageuse, Root le savait depuis longtemps ça. Mais Lou est aussi têtue, comme maintenant. Mais Root doit l'obliger à y aller et maintenant. Alors elle opte pour une toute nouvelle option sur sa fille.
- GROUILLE, lui gueule-t-elle sèchement.
Louisa en sursaute. Sa mère ne crie pas souvent et elle ne lui hurle jamais dessus. Même Sameen tourne la tête vers elles une milliseconde, franchement surprise.
Louisa commence à reculer de deux pas dans le tunnel et est sur le point d'obéir et de foncer dedans quand Root l'agrippe par le bras pour la tirer à nouveau vers elle. Si c'est la dernière fois qu'elle voit sa fille, elle ne veut pas que ça se passe ainsi, que la dernière chose que Louisa se souvienne soit la manière dont elle lui a hurlé dessus. Elle la serre un instant dans ses bras alors que Sameen continue de tirer. Elle n'aura bientôt plus de balles, c'est certain. Les agents de Samaritain semblent plus nombreux que les rats dans cet égout.
- Je t'aime, lui murmure Root, souviens toi et n'oublie jamais ça.
Et elle l'embrasse tendrement sur le front.
- Maintenant fonce, lui ordonne-t-elle avant de la pousser à nouveau dans le tunnel. Ne t'inquiète pas on se revoit après.
Louisa lui jette un dernier regard, le visage inondé de larme, avant de lui obéir. Root la regarde s'éloigner dans le tunnel jusqu'à ne plus la voir. Elle plaque une main sur sa bouche pour étouffer un sanglot de détresse, elle se demande un instant si elle pourra se relever, si elle en aura la force. Elle avait déjà cru ne pas avoir la force de la quitter. Ses derniers mots résonnent dans sa tête "On se revoit après.". Mais après quand ? Dans combien de temps ? Et était ce seulement vrai ? Ou alors la reverrait-elle dans une possible vie après la mort, à condition qu'il y ait bien quelque chose après ? Root rejette cette idée loin, très loin. C'est pas le moment et ça n'apporte rien. Elle n'est sûre que d'une chose, elle vient de laisser sa fille de six ans partir seule, elle vient de l'abandonner. Seule ? Non ! Root se relève doucement et essuie ses yeux. Non, Louisa n'est pas seule. La Machine est avec elle. Elle se tourne vers Sameen. Elles par contre, elles sont seules et pas franchement en position de force.
Elle agrippe Shaw par le bras.
- On y va, lui dit-elle simplement.
Et elles courent dans le tunnel de gauche. Elles vont certes plus vite sans Louisa mais sont encore trop lentes du fait de leurs faibles santés. Et ils sont sur leurs talons. Ils les suivent tous sans exception et Root en soupire de soulagement, elle avait vu juste dans son raisonnement. Lou n'avait pas de puce.
Pourtant elles sont aveugles désormais sans la Machine pour les aider et elles foncent droit devant elles. Sameen la plaque à nouveau contre le mur dans un renfoncement deux secondes plus tard elle laisse trainer son pied et le premier poursuivant s'étale de tout son long à terre, et elle lui fracasse le crâne avec la crosse de son arme vide alors que Root se penche pour lui prendre les 2 qu'ils portent. Elle arme et commencent à tirer dans le tas, un flingue dans chaque main. Si seulement elle avait son implant pour entrer en mode dieu, elle ne gaspillerait aucune balle. Sameen a elle aussi saisi une arme à leur nouvel ami, et elle se met à ses côtés et elles tirent de concert. Plusieurs agents tombent à terre, certains raides morts, d'autres juste salement amochés, mais beaucoup sont à couvert dans les tunnels adjacents et attendent juste qu'elles aient fini. Root et Sameen cessent brusquement de tirer et se cachent dans l'ombre de leur renfoncement, serrées l'une contre l'autre. Root la sent tendue, aux aguets, prête, une vrai bombe. Elle est certaine de mourir aujourd'hui et elle a une irrésistible envie de l'embrasser une dernière fois avant de foncer dans le tas. Ça n'est pourtant pas le moment et elle se contente d'écouter les sons, ou plutôt leur absence. Le soudain silence est angoissant, assourdissant même. Aucun bruit ne vient le perturber pendant un instant. Puis soudain, ils approchent, doucement, prudemment. Shaw en compte quatre d'après les pas, mais elle n'est pas sure. Elles les laissent passer devant elles et quand ils tournent la tête dans leur direction …
- Salut, murmure Shaw souriante avec un petit signe de la main.
Puis elle frappe vivement au visage, enchainant avec un coup dans les reins. Elle reçoit un violent coup dans le bas du dos et lâche un cri de douleur en s'effondrant au sol, mais Root qui a fini d'assommer un agent qui tentait de la maitriser en l'étranglant, vole à son secours et donne un gros coup de pied dans le genou du type qui a frappé Shaw. Il hurle de douleur, donnant à Sameen le temps de se remettre sur ses pieds et elles lui tombent conjointement dessus. Sam lui envoie un coup de coude dans le nez et Root enchaine par un violent coup de poing dans le ventre. L'homme se plie de douleur mais n'est toujours pas à terre. Décidemment c'est un coriace celui-ci. Il charge mais Root et Sameen esquivent et l'attrapent vivement chacune par un bras et l'obligent à se tourner pour qu'ils se trouvent dans leurs dos. Elles tirent simultanément sèchement et il hurle alors qu'elles lui brisent l'articulation des deux bras. Puis elles lâchent ensemble un grognement sous le coup de l'effort alors qu'elles le font passer au dessus de leurs têtes. L'homme s'effondrent au sol et Sameen l'achèvent par un coup de pied en plein visage et il ne se relève pas cette fois. Elle tourne un visage illuminé d'un sourire ravi vers Root qui le lui rend aussitôt. Elles respirent vite, la lutte les a épuisé. Mais c'est agréable de l'avoir fait ensemble, une vrai équipe. Ça leur avait tellement manqué à l'une comme à l'autre et par ce simple regard, elles se comprennent bien plus que par des mots.
Pourtant un cliquetis les fige. Merde, Shaw avait vu juste, il y avait bien un quatrième hommes. Et elles foncent, de toute façon ils les veulent vivantes. Mais l'homme tire malgré tout et Sameen se retourne pour répliquer et elle ressent une violente douleur dans le flan gauche.
- Je l'ai touchée, beugle-t-il joyeusement comme s'il faisait du tir à la carabine à la fête foraine et qu'il venait de toucher un de ces affreux ballons roses qui volent dans tous les sens.
Shaw vacille un instant tout en courant et Root comprend qu'elle s'est belle et bien pris une balle. Elle la saisit vivement sans s'arrêter et elles courent toujours plus vite. Root l'entoure d'un bras à la taille et Shaw passe un bras derrière sa tête pour s'équilibrer. Root la soutient et l'aide à avancer telle une béquille.
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Louisa court dans le tunnel sombre comme on le lui a ordonné. Bientôt les bruits des coups de feu, des cris et des combats s'estompent alors qu'elle s'en éloigne toujours plus, alors qu'elle s'éloigne toujours plus de sa mère, de Sameen. Ça n'est pas le cas de ses larmes qui coulent encore à flot. Elle ralentit enfin, épuisée, sa tristesse ne l'aide pas à mieux respirer. Elle s'appuie au mur alors que ça tourne un peu. Elle ne va pas bien dans tous les sens du terme. Elle porte le téléphone à son oreille pour y chercher un quelconque réconfort bien plus qu'un itinéraire pour sortir de là.
- Prends à droite et continue jusqu'à voir une échelle sur ta gauche. Tu la montes et tu seras dans une ruelle sans caméra.
Louisa calme sa respiration et refoule ses larmes. Elle se force à se reprendre. Personne n'est après elle, seule bonne nouvelle pour le moment, ça et le fait qu'elle n'est pas seule vu qu'elle a la Machine. Elle secoue la tête pour exprimer son refus de lui obéir comme le lui a pourtant ordonné sa mère, avant de se souvenir qu'ici la Machine n'a pas de visuel.
- Non, dit-elle. Attends …
Elle doit y retourner, les aider. Elle ne peut pas les abandonner.
- Louisa, ta mère a demandé à ce que tu m'obéisses et je …
- Eh ben moi j'ai dit non, la coupe Louisa furieuse.
Elle marque une pause pour se calmer. Elle doit garder la tête froide, ne pas s'énerver et elle le sait. La Machine est une alliée, mais elle ne peut s'empêcher de penser à la manipulation de Samaritain qui s'était fait passer pour Elle. Pourtant là c'est bien Elle, sa mère lui a parlé et elle aurait tout de suite vu si c'était Samaritain. Lou devait lui faire confiance.
- Tu sais où elles sont ? lui demande-t-elle déterminée. Elles sont en danger pas vrai ?
- Oui, lui répond sincèrement la Machine.
Lou se force à rester calme. En danger ne signifiait pas attrapées ni mortes. Pas encore.
- Quelles chances elles ont là tout de suite ?
La Machine lui répond au bout de deux secondes.
- Sameen Shaw 96,83% de chances se faire attraper. Root 82,56% de chances de se faire attraper.
Louisa déglutit mal.
- Pourquoi c'est si élevé et pourquoi ma mère a plus de chance que Sameen ?
- Parce que Sameen est blessée, et ces pourcentages ne cessent de s'élever au fil des minutes car elles courent à l'aveuglette droit vers un cul de sac.
Louisa encaisse. Elles vont se faire prendre, c'est sûr et certain et c'est encore de sa faute, elle aurait dû refuser le téléphone et se débrouiller pour trouver seule une sortie. De toute façon sa décision est prise, peu importe que sa mère lui passe un savon monumental pour sa désobéissance.
- Guide moi, ordonne-t-elle à la Machine. Guide moi jusqu'à elles.
- Louisa c'est très dangereux et tu n'as que 12,06% de chances de te faire attraper pour le moment et ça baisse encore. C'est ce que ta mère voulait et …
- Ce que je veux compte aussi, réplique Lou. Si tu ne m'aides pas, je jette le téléphone et j'y vais toute seule sans toi.
Un silence de trois secondes s'installe. Trois secondes et la Machine calcule une infinité d'options. Si Elle refuse d'aider Louisa, la petite n'en fera qu'à sa tête, elle avait décidemment le même caractère que son interface, une vraie tête de mule. Mais seule, elle allait droit dans la gueule du loup et se ferait prendre.
Elle pouvait toujours la manipuler et la guider malgré elle vers la sortie tout en lui faisant croire qu'elle la guidait vers sa mère et Sameen, mais Elle n'aimait pas cette idée. Le faire avec Root pour la faire coffrer alors qu'elle voulait se rendre à Samaritain pour retrouver sa fille et Sameen, l'avait déjà profondément révulsée. Et si Root lui avait pardonné, la Machine doutait qu'il en soit de même pour sa fille. Elle sentait une petite méfiance de la part de la fillette, Elle se doutait que son ennemi avait dû la manipuler et que Louisa devait avoir du mal à faire confiance à une intelligence artificielle. Le fait était qu'elle avait accepté pour le moment parce que sa mère lui faisait confiance. La petite était de toute évidence très éprouvée. Or Elle aimait Louisa et ne voulait pas perdre sa confiance. La petite était déjà à bout, épuisée et affectée par ce qu'elle avait vécu. Lui faire ça serait ignoble mais la Machine voulait la préserver et respecter la volonté de Root la concernant.
En même temps elle avait beau calculé et recalculé encore et encore, les chances de Root et de Sameen augmentaient si Louisa allait les aider. Elle sélectionne alors une option. Root et Shaw se dirigent droit vers un cul de sac. Le tunnel qu'elles ont emprunté mène bien à l'air libre mais il se finit par une grille fermée à clé, et d'après ses calculs Root n'a plus que deux balles et Sameen plus qu'une et vu comment elle tirent sur leurs assaillants ne sachant pas qu'il leur en faudra au moins une pour faire sauter la serrure, elles ont 99,69% de chances de rester bloquées à la grille et de se faire attraper par les agents de Samaritain. Sauf si quelqu'un vient de l'extérieur les aider et force la serrure. Mais Louisa pourrait-elle seulement y arriver ? Dans le cas contraire, elle pourrait toujours s'enfuir et Elle la guiderait à l'abri. Ses chances restaient correctes, et celles de Sameen et de son interface étaient nettement meilleures. Elle doit pourtant avertir Louisa des risques, qu'elle sache dans quoi elle s'embarque avant de dire oui, qu'elle prenne conscience de tout avant de se décider.
- Je peux te guider jusqu'à elles depuis l'extérieur pour que tu ailles ouvrir la grille qui les retiendra prisonnière dans 7 minutes et 36 secondes. Elle est fermée à clé et il te faudra l'ouvrir. Tu y arriveras ?
Louisa sourit confiante et surtout ravie qu'elle ait acceptée le marché. La Machine respectait sa décision, sa volonté. C'était donc bien la bonne.
- Je m'en sortirai lui dit-elle en passant une main dans ses cheveux.
Elle avait décidemment bien fait de ramasser cette pince à cheveux.
- Mais Louisa, si tu fais cela, tes chances diminuent mais les leurs augmentent.
- Ça me va, lui réplique-t-elle.
La Machine ne veut cependant pas trahir Root.
- Louisa, je te guide à une condition et une seule. Non négociable.
Lou attend la suite en se mordant la lèvre.
- Je t'écoute ? soupire-t-elle résignée.
- Si tu ne parviens pas à ouvrir la grille, tu dois t'enfuir selon mes instructions pour que je te cache. C'est compris ?
Louisa avale mal sa salive et ne répond pas.
- C'est compris ? insiste la Machine.
- Oui, lâche-t-elle énervée. Tu as ma parole que je t'obéirai.
La Machine sélectionne alors l'option.
- Tourne à gauche et continue tout droit.
Louisa lui obéit et ne se fie qu'à sa voix. Ce tunnel est encore plus sombre que les autres à tel point qu'elle ne voit pas ses pieds. Elle a peur, les rats qui couinent dans le noir la terrifient. Elle respire vite et bruyamment mais ne s'arrête pas. La Machine perçoit sa terreur et ne cesse de lui parler pour la rassurer et la calmer. Lou est heureuse de l'avoir avec elle. Elle marche un peu plus vite, la Machine avait parlé de 7 minutes, il ne fallait pas perdre de temps.
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Shaw tire sa dernière balle sans le savoir. Quand elle appuie à nouveau sur la détente, seule le vide lui répond.
- Merde, lâche-t-elle en balançant le flingue.
Root la soutient et elles ne cessent de courir vers la lumière du jour. Sameen appuie sur sa blessure, ça saigne apparemment beaucoup, mais elle préfère ne pas regarder pour le moment. Au fond elle s'en fiche un peu. Vite toujours plus vite. Root la porte à moitié et tire avec la seule arme qui lui reste. L'autre est vide est abandonnée depuis plusieurs minutes. C'est un vrai miracle qu'elles aient trouvé la sortie seules, et elle en sourit. L'air chaud du jour les guide et les appelle.
Mais ils sont là, ils ne tirent même plus sur elles et Root comprend pourquoi. Son chargeur est vide et ils le savent. Son dernier coup a sonné dans le vide et elle a vu leur sourire confiant sur leurs visages à cet instant précis, cet instant où ils ont cru avoir gagné. Elle a jeté l'arme à son tour et a foncé d'autant plus vite vers la lumière. Elle les entend ralentir. Il s'arrêtent de courir pour marcher calmement et Root fronce les sourcils. Pourquoi ? Quelque chose cloche ! Elles allaient sortir et disparaitre dans la foule, puis elles trouveraient une solution pour trouver et retirer ces fichues puces. Mais Root n'est pas stupide, comment faire tout ça en quelques minutes. Ils allaient les repérer et les avoir. C'est pour ça qu'ils ralentissent parce qu'ils sont trop sûre de leur coup. Elles les entendent rire dans leur dos. Root peste de rage, ils sont guidés par Samaritain, contrairement à elles qui sont seules. Ils savent un truc qu'elles ignorent.
Elles atteignent enfin le bout du tunnel. Root sent son cœur s'arrêter, une grille en fer obstrue l'entrée. Elles arrivent tellement vite, qu'elles s'écrasent pratiquement dessus. Fermée. Désespérément fermée. Sameen gémit et fond presqu'en larmes en s'adossant à la grille, tournant le dos à tout espoir. Elle ferme les yeux et baisse la tête, totalement abattue. Elle le savait, c'était foutu. Bon sang pourquoi Root ne l'avait pas écoutée ? Pourquoi ne s'était-elle pas sauvée avec sa fille ? Pourquoi avait-elle été trop lâche pour la convaincre ? Trop faible pour la laisser partir, pour la sauver ? Elle, au moins a une petite chance de se vider de son sang et d'y rester mais Root …
- Non, murmure Root en secouant la grille. Non, non, non, répète-t-elle enragée en donnant de grands coups de pieds et de poings dans le fer. C'est pas vrai, c'est pas possible. MERDE C'EST UNE BLAGUE !
- Je ne crois pas non, réplique très calmement un homme derrière elles.
Root fait volte face et Sam lève les yeux pour observer leurs agresseurs qui s'approchent inexorablement d'elles. Ils sont au moins quinze, calmes et souriants.
- Merde où est la gamine ? peste l'un d'eux.
Root expire de rage. Dans un geste désespéré, Shaw se met en position de combat les poings tendus, ignorant sa douleur au ventre. Le type qui semble diriger le groupe la regarde amusé.
- Sois raisonnable, lui dit-il. C'est fini Shaw.
Elle respire la haine. Pas question de se faire reprendre. Elle va se battre telle une furie jusqu'à ce qu'ils n'aient pas d'autres choix que de la tuer. Elle ne retournera pas là bas, pas entre leurs mains, pas entre les siennes. Plus jamais.
- Amène toi, enrage-t-elle en lui faisant un signe de la main.
Il ne bouge pas et tous les pointent de leurs armes mais ne tirent pas, ils s'avancent juste prudemment pas à pas.
- Où est Louisa ? demande-t-il.
Root le regarde et lâche un rire sans joie en secouant la tête.
- Vous croyez quand même pas qu'on va vous le dire ? lui claque-t-elle.
- Samaritain la trouvera, reprend le gars, alors évitons de perdre du temps. Elle doit être terrifiée seule dans le noir, dans cet endroit. Elle a 4 ans c'est bien ça ?
Root ne lui répond pas, le type essaie de la pousser à bout.
- C'est jeune pour se retrouver seule ici. Alors dîtes nous où vous l'avez cachée ?
- Je ne sais pas où elle est, lui répond Root sincèrement. Et même si je le savais je ne vous le dirai pas, finit-elle en lui crachant presque les mots au visage.
Et elle se place à côté de Shaw, elle aussi prête à se battre.
- On ne vous veut pas de mal. Samaritain nous a donné l'ordre de vous ramener vivantes toutes les trois.
Root lâche un rire sans joie. Elle entend un bruit derrière elle, discret et imperceptible. Comme un bruit contre le métal. Elle sent Sameen se raidir légèrement à côté d'elle. Elle aussi l'a entendu, mais ni l'une ni l'autre ne se retourne. Quelqu'un est venu les aider, quelqu'un qui se fait discret pour forcer la serrure, surement John. La Machine a dû leur envoyer de l'aide. Elles se forcent pourtant à garder un visage inexpressifs, insondables et à poursuivre la conversation pour distraire les agents en face d'elles qui, trop concentrés sur elles et trop sûrs de les avoir attrapés, n'ont rien entendu. Et Root veut faire en sorte que ça continue ainsi.
- Mais bien sûr, ironise-t-elle en se moquant d'eux en levant les bras au ciel. Parce que Samaritain ne veut que notre bien. C'est d'ailleurs pour ça qu'Il nous torture, sommes nous bêtes Sameen. Il fait tout ça parce qu'Il est la bonne Intelligence Artificielle c'est ça ? finit-elle en colère et excédée.
Le type lui sourit franchement. Il s'est tellement avancé, qu'il n'est plus qu'à une dizaine de pas d'elles.
Root entend John s'acharner sur la serrure, il semble avoir du mal, ce qui n'est pas pour l'arranger.
- Vous ne franchirez pas cette porte, lui dit sadiquement le gars.
Or à cet instant cette dernière s'ouvre en grinçant comme pour lui répondre. Son sourire glisse alors que Root lui envoie le sien en pleine face suivi de son poing. L'homme tombe à terre le visage en sang, et ses collègues se demandent ce qui se passe. Trop surpris, ils ne réagissent que trop tard. Elles ont déjà tournés les talons et franchi la grille que leur a ouvert l'aide tant espérée et très inattendue. Et quelle surprise quand elles ne découvrent non pas John mais …
- Lou ? s'exclame Root interloquée. Mais comment …
- Plus tard, la coupe sa fille en lui claquant le téléphone dans les mains.
Root est furieuse et en même temps heureuse. Euphorique même. Mais elles n'ont pas le temps pour les retrouvailles et les explications. Root porte de nouveau le téléphone à son oreille gauche. La Machine lui parle très vite et elle réagit dans la seconde.
Pendant ce temps, Sameen appuie de toutes ses forces contre la grille, alors que leurs poursuivants tentent de l'enfoncer. Ils sont trop nombreux mais elle tient bon, hurlant sous le coup de l'effort que ça lui demande en plus de sa blessure qui la fait souffrir. Lou vient l'aider et appuie ses deux petites mains sur la grille pour la garder fermée. Mais elles ne tiendront pas longtemps.
Et soudain Root le trouve. Dans un tas d'immondices elle saisit la grande planche en bois que lui a indiqué sa déesse, et elle vient porter secours à Shaw et à Louisa. Elle la glisse en hauteur et en travers de la porte et la coince solidement de sorte à la maintenir fermée, empêchant aux agents qui foncent dessus de l'ouvrir, pour un temps en tout cas. Shaw cesse d'appuyer de tout son poids dessus et lâche un soupir de soulagement alors qu'elle relâche ses efforts, ses mains appuyées sur ses genoux. Elle tourne les talons prête à courir avec Root et Louisa.
- Enfoncez cette putain de porte, beugle l'un des agents.
Shaw se retourne vers eux sans s'arrêter pour leur envoyer un sourire moqueur et un doigt d'honneur rageur. Mais sa blessure l'affaiblit et Root l'aide à nouveau à avancer. Elles se retrouvent dans les rues de New-York. Pourtant, elles ne les ont que ralenti et elles le savent.
Shaw se repère. Elles sont ressorties dans le Bronx, dans Concourse Village. Elle voit les barres de vieux immeubles. Le quartier semble assez malfamé.
- Et maintenant ? demande Shaw.
Leur problème n'est toujours pas réglé. Root est à l'écoute de la Machine via le téléphone. Elles déambulent dans les rues de New York en suivant ses instructions et tournent sur la 156éme rue Est.
- Root, murmure Shaw agacée. Qu'est ce qu'on va faire maintenant ?
- Se cacher, lui répond simplement Root.
- Mais c'est pas possible et tu le sais, lui réplique Shaw énervée.
Elle aimerait que Root arrête de se voiler la face, de cesser de faire croire que tout va bien se passer. L'interface la regarde durement sans cesser de marcher et sans la lâcher.
- Arrête, lui dit-elle. Tu fais peur à Louisa.
- J'avais déjà peur, réplique la petite d'une petite voix sans cesser de marcher et sans les regarder.
Soudain Root s'arrête nette. Il sont au bout de la rue et foncent droit sur elles. Plusieurs agents à pieds qui courent et deux SUV noires pour leur barrer la route et les empêcher d'avancer. Elles se retournent pour rebrousser chemin quand elles aperçoivent deux autres SUV à l'autre bout de la rue, qui leur bloquent également le passage et amenant leur lot de renfort et d'armes. On leur avait envoyé une véritable armée. Elles étaient prise au piège, ne pouvant ni reculer ni avancer.
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Root serre les dents et porte le téléphone à son oreille puis soudain elle tourne à droite dans une cour entourée de plusieurs immeubles. Elle peut voir des junkies et pense apercevoir deux dealers qui les regardent d'un mauvais œil et se mettent à marcher vers elles. Evidemment les étrangers ne sont pas les bienvenus ici, d'ailleurs c'était déjà comme ça la dernière fois qu'elle était venue. Et c'était même pour ça qu'elle était venue là, elle savait qu'elle y aurait la paix. Root ouvre la porte d'un immeuble délabré et entre sans hésiter, sans cesser de soutenir Shaw, Louisa les précédant. Dans le hall, Root se dirige droit vers le sous sol sans s'occuper des deux bouffons qui les ont suivi et qui s'approchent d'elles.
Shaw reconnait l'endroit, elle était venue y chercher Root et sa fille dans ce qui lui parait être une autre vie. Root avait disparu après une dispute avec Finch et Shaw avait été furieuse contre ce dernier quand il lui avait avoué ce qu'il lui avait dit. Il semblait sincèrement désolé mais pour Shaw ça n'était pas suffisant. Les regrets et les remords, elle ne connaissait pas, ne comprenait pas et ça ne servait à rien. Finch avait dit des horreurs à Root et résultat elle était partie, ou plutôt elle s'était enfuie, alors maintenant il pouvait bien s'en vouloir ça ne la ramènerait pas. Sam avait été à deux doigts de lui mettre son poing dans la figure et s'était retenue de justesse. Au lieu de ça, elle s'était mise à la recherche de Root, encore une fois. Mais ça avait été dur, elle avait disparu avec sa fille de trois ans sans laisser de traces ni de messages. Trop douée pour disparaitre Shaw avait eu un mal de chien à la dénicher au bout de cinq jours, et encore elle n'avait réussi que parce que Root avait rallumé brièvement son portable. Elle n'avait pas commis d'erreur et Sameen le savait, elle l'avait rallumé pour qu'elle la retrouve. Shaw avait pu ainsi la localiser, ici. Et Root n'avait pas été surprise de la voir débarquer. Sameen lui en avait voulu et état furieuse, cette tendance à toujours fuir quand la situation lui échappait. Merde Root était tout de même plus forte que ça, elle détestait qu'elle se comporte en lâche. Mais Sameen était surtout furieuse contre elle-même parce qu'elle ne pouvait s'empêcher d'être inquiète pour Root. Aujourd'hui elle comprenait ce sentiment, elle l'avait accepté. Il faut dire qu'elle n'avait pas vraiment eu le choix, c'est ce qui l'avait aidé à tenir. Mais à l'époque il l'avait rendu furieuse.
Shaw se tourne vers la porte d'entrée pour voir arriver les deux dealers droit sur elles. Elle n'est cependant pas inquiète pour le moment. Le quartier est très sensible, malfamé. Si eux n'acceptent pas leur présence, alors les agents de Samaritain auront aussi du mal à entrer. Root était une petite maline. Elle avait bien choisi l'endroit. Elle savait qu'elles auraient besoin de temps, d'un lieu où il serait compliqué de les trouver. Rien de mieux qu'un immeuble, Samaritain les repérerait certes, mais dans un bâtiment verticale et avec une puce de traçage, il ne saurait pas à quel étage chercher, et fouiller aller être long surtout s'ils étaient ralentis par les criminels qui avaient élu domicile ici. En plus Root connaissait les lieux, et il y avait la Machine. Elle lui avait dit que sa déesse cherchait une solution pour elles. L'espoir renait en flèche chez Shaw. Tout n'est peut-être pas fichu pour Root et Louisa. Pourtant les deux types ne lui inspirent pas confiance, elle est prête à en découdre s'ils les emmerdent, oubliant un instant sa douleur. Elle peut la supporter, vu tout ce qu'elle a pris dans la figure, elle lui parait presque douce. Ces deux crétins ne savaient vraiment pas à qui ils avaient à faire.
Et Sam ne se trompe pas. Root a à peine posé la main sur la poignée de la porte menant au sous sol, où elle s'était déjà cachée la dernière fois, que l'un des deux types repousse violemment d'une main la porte pour la refermer. Ils les regardent toutes les trois un sourire mauvais aux lèvres et leur barrent le passage. Root leur rend sans hésiter leur sourire et Shaw se raidit prête à charger. Louisa observe la scène avec appréhension, l'ambiance est tellement tendue qu'elle pourrait presque voir l'électricité passer dans l'air. L'un des deux gars s'adresse à sa mère.
- Vous n'avez rien à foutre ici alors cassez vous bande de putes.
Root ne perd rien de son éternel sourire. Elle se penche en avant pour lui répondre.
- Toi, tu n'as pas la moindre idée de la manière dont un vrai homme doit s'adresser à une femme.
Elle lâche un éclat de rire alors que le sourire des deux gars glissent. Ils sont furieux. Sameen jette un coup d'œil par la vitre de la porte d'entrée de l'immeuble pour observer la cour, et elle les voit s'amener droit sur elles. Au moins une trentaine d'agents, voir plus. Quelque soit le plan de Root, il n'y a plus de temps à perdre.
- Alors on va en rester là et tu vas juste nous laisser descendre, ajoute celle-ci en reposant sa main sur la poignée de la porte.
Mais l'homme ne l'entend pas ainsi. Trop furieux de se faire tenir tête par cette salope. D'où elles sortaient bordel ces deux là ? Elles n'avaient rien à foutre sur leur territoire, même les flics n'osaient pas venir ici. Elles ne savaient pas à qui elles avaient à faire. Et si le bruit courait qu'une gonzesse lui avait fait fermé sa gueule, il perdrait toute crédibilité. Alors il lui saisit le poignée bien décidé à les foutre dehors. C'était sans compter sur Sameen. Cette dernière malgré sa blessure entre dans une frénétique transe meurtrière, ne ressentant plus rien d'autre que la colère à partir du moment où l'homme a à peine agrippé le poignée de Root. Cette dernière ne put rien faire, elle n'eut même pas le temps de réagir. Shaw alla trop vite. Elle attrape le bras de l'homme qui avait osé toucher Root et le lui tord violemment tout en envoyant un coup de pied par derrière dans le genou de son acolyte qui a tenté de la charger dans le dos. Alors qu'il tombe à genoux au sol en hurlant de douleur, Shaw explose le nez du premier qui tombe à terre en hurlant, et quand le second se fut relevé, il ne vit que son poing lui arrivant dans la figure. Il tomba à terre à son tour et Shaw se mit au dessus de lui et frappa telle une enragée, encore et encore et encore, perdant totalement pied avec la réalité et perdant totalement le contrôle d'elle-même, comme plus tôt dans la journée quand elle avait frappé Martine. Telle une automate, une machine meurtrière, plus rien n'existait autour d'elle et elle frappa cet abruti, lui défonçant la tronche. Elle entend vaguement quelqu'un hurler, l'appeler et soudain son bras est retenu. Elle se retourne furieuse prête à tuer celui qui l'avait interrompu, mais elle découvre Root.
- ARRÊTE, lui hurle-t-elle. ARRÊTE.
Sameen la regarda interdite. Que s'était-il passé ? Elle calma sa respiration saccadée par la violence. Elle vit deux hommes à terre, le premier se tordait de douleur au sol en tenant son nez en sang, le second en dessous d'elle était inconscient depuis longtemps. Louisa la regardait, terrifiée, et Shaw se demanda vaguement comment elle avait encore dérapée, car oui elle savait qu'elle avait dérapé mais elle ne savait pas comment. Fais chier, elle avait raison, elle était vraiment dangereuse. Tout n'avait même pas duré dix secondes. Elle était instable et le pire c'est qu'elle s'en rendait parfaitement compte. L'avantage, pensa-t-elle, c'est que maintenant Root et Louisa aussi. Ça allait être plus simple.
- Arrête, lui répéta Root doucement en lui caressant le visage d'une main et en l'obligeant à la regarder dans les yeux. Tu… tu vas le tuer.
Pas que ça la dérangerait beaucoup, mais si elles commencent à laisser des cadavres partout, elles allaient être plus repérable que le petit poucet. Sameen laisse échapper un son entre le soupir et le gémissement et elle se relève. Tout se remet en place dans sa tête très vite. Il fallait bouger, ne pas rester là. Ils arrivent.
- Vite, dit-elle en agrippant Root qui la regarde un peu inquiète.
Cette dernière attrape sa fille d'une main et l'entraine dans le sous sol par l'escalier. Shaw referme la porte derrière elles.
- Root, où on va putain ? s'exclame Sameen en la suivant.
Elle en a marre, elle voudrait connaitre le plan. Remarque que l'attitude de Root n'a rien d'inhabituel. Elle ne lui explique jamais le plan, juste tout au compte-gouttes, comme elle reçoit les informations de sa Machine en fait. Mais ça, Shaw ça la fatigue, elle a besoin de connaitre la vue d'ensemble, l'objectif final. Elle déteste être un mouton qui suit bêtement des ordres qu'elle ne comprend pas. Mais bon, ouais c'est con ça car à l'ISA, c'est ce qu'elle faisait quand même un peu avec son partenaire Cole. Et quand ils avaient un peu chercher à en savoir plus, on avait tué son partenaire et elle, elle avait bien failli y passer aussi. En même temps là tout de suite, pas besoin d'être Einstein pour savoir que l'objectif final était de retirer ces foutus puces pour pouvoir s'enfuir et disparaitre pour de bon cette fois. Et en plus cette attitudes collerait parfaitement avec la relation entre Root et la Machine. Root ne doutait jamais d'Elle et obéissait sans réfléchir. Ça pourrait donc être la réalité.
Root lui agrippe la main et l'entraine sans lui répondre dans le sous sol. Ce dernier est loin d'être désert et calme. Des types défoncés qui y ont élu domicile sont écroulés au sol en train de planer ou de mourir d'une overdose au choix. Louisa les regarde terrifiée et inquiète, elle était trop petite la dernière fois et elle ne se souvient pas de cet endroit. Il y a aussi des dealers qui déambulent entre les pièces où ils semblent emballer leur cochonnerie avant d'aller la vendre et dont certaines n'ont plus de portes depuis longtemps visiblement. Des tags, dont beaucoup racistes et vulgaires, ont saccagé les murs du couloir. Louisa sursaute vivement car des gens crient, un règlement de compte surement, et sa mère pose une main apaisante sur son épaule pour la pousser à continuer à avancer sans s'occuper des hurlements déchirants. Pas le temps de s'y attarder pour sauver la veuve et l'orphelin. Il fallait sauver leurs fesses pour une fois et ne pas s'occuper des autres. Sauf qu'en passant devant la porte ouverte, Shaw s'arrête nette devant la scène obligeant Root à faire de même. Cette dernière plaque directement sa fille contre le mur pour l'empêcher de voir. Ça n'est pas un règlement de compte, une femme se fait tabasser par un homme. Elle est à terre couverte de sang et de coups, ses vêtements sont déchirés et elle pleure. Et soudain ça n'est plus la femme ni le type que Shaw voit mais Martine et une chose qui lui ressemble étrangement sur laquelle la blonde s'acharne. Elle sent sa respiration s'accélérer, la bile monter, ses poings se serrent et elle perd à nouveau pied. Root le sent et réagit vivement cette fois ci avant que ça ne dérape à nouveau. Surtout qu'elles n'ont pas le temps, ils sont déjà dans l'immeuble. La Machine le lui a dit. Ils ne vont pas mettre longtemps après avoir trouvé les deux idiots dans l'entrée à comprendre qu'elles sont descendues. Surtout qu'ils risquent fortement de s'allier aux agents de Samaritain pour les aider à les trouver et se débarrasser d'elles. En même temps, la scène la dégoute elle aussi, elle lui rappelle ses quatorze ans quand elle était à la place de cette pauvre fille dans un garage aussi sordide que ce sous sol. Alors Root attrape une batte de base-ball qui traine au sol et s'approche du type qui frappe encore la femme.
- Eh, l'appelle-t-elle calmement.
L'homme se tourne vers elles.
- Qu'est ce que tu veux connasse ?
Et Root le frappe de toutes ses forces en plein visage. L'homme tombe à terre, inconscient. Root se tourne vers la femme qui la regarde incrédule.
- Fichez le camp, lui dit-elle simplement. Ne restez pas là où il vous tuera.
Elle la regarde effrayée mais Root n'a plus de temps à perdre. Elle lui tend la batte et tourne les talons pour continuer sa route dans le sous sol. Shaw relâche sa respiration, Root lui a coupé l'herbe sous le pied et elle en est soulagée. Quand elle dérape, elle n'arrive plus à se contrôler et après elle se fait vaguement peur quand elle prend conscience de ce qu'elle a fait, quand elle voit Louisa la regarder terrifiée. Root lui reprend la main et de sa main libre elle pousse sa fille dans le dos pour la guider. Elle sait où elle va, la Machine le lui a dit. Elle s'arrête devant une porte et frappe un coup sec, une pause et deux coups plus discrets. Un type ouvre la porte d'un cran, cette dernière est retenue par une chainette.
- Vous avez des bagels au saumon ? lui demande-t-elle sans hésiter.
Shaw fronce les sourcils. Elle baisse les yeux sur sa main qui comprime sa blessure et elle la voit pleine de sang. Louisa est épuisée et s'appuie contre le mur en fermant les yeux. Shaw observe vaguement le couloir, elle voit la femme qu'elles ont aidé il y a quelques instant sortir et s'enfuir en courant. Sam se retourne vers la porte.
- Au saumon, insiste Root, pas de crème, juste du pain grillé et du saumon fumé.
Et Shaw comprend, c'est un code. Le gars la dévisage un instant mais Root reste calme, ne baisse pas les yeux. Il referme la porte et elles entendent un cliquetis quand il enlève la chainette. Avant qu'il n'ouvre la porte pour les faire entrer, Shaw se retourne quand elle entend un bruit dans son dos. Plusieurs pas précipités et des voix. Ils sont là, ils sont descendus pour les chercher. Le gars les fait entrer et referme à clé derrière elles, et Shaw souffle de soulagement. Elle observe rapidement l'endroit. Un fauteuil éventré d'où sort la ouate est posé contre un mur de la pièce. Une table basse en verre sur laquelle traine des bouteilles de bière, plusieurs flingues et des chargeurs, ainsi qu'une poudre blanche qui ne doit surement pas être de la farine à pain, est située devant le fauteuil et en face, contre le mur opposé, est appuyé un écran plat qui hurle une musique de sauvage dans un clip où des danseurs à moitié nus bougent frénétiquement comme des hystériques. Contre le mur de la porte elle repère un grand placard, une kitchenette transformée en laboratoire à amphétamine avec un lavabo, et contre le mur opposé, est apposée une table chargée de matériel électronique et informatique décortiqué et démonté. Bref un vrai nid douillet, pense ironiquement Sameen. A côté la chambre de Louisa est un modèle de rangement. Shaw se tourne vers le gars et l'observe. Il est rasé avec des tatouages partout sur les bras, dont une croix gammée nazie noire qui la fait enrager (en tant que fille de réfugié iranienne, elle n'a jamais supporté les racistes), et qui lui remontent jusque dans le cou et sur une partie du visage, et il porte des piercings partout. Les vaisseaux sanguins de ses yeux sont éclaté, lui donnant une allure de mort vivant et il est juste effrayant. Louisa recule de trois pas et baisse les yeux. Sam ne bouge pas et se demande vaguement comment Root connait ce type, ou même si elle le connait en fait. Elle se tourne vers Root qui regarde le type d'un air aimable.
- L'argent a été viré, lui dit-elle.
Le type acquiesce. Des bruits de pas se font entendre dans le couloir. Des coups à plusieurs portes et toujours la même question : "On cherche ces deux femmes, merci de votre coopération". Et visiblement ils entrent pour fouiller. Sam se mord la lèvre, ils s'approchent. Elles ne vont pas avoir beaucoup de temps. Root semble s'en moquer. Elles ne se retournent pas, seule Louisa observe la prote terrifiée. Sameen comprend que Root est venue chercher quelque chose ici, quelque chose pour les aider. La Machine avait tout prévu, elle n'avait pas eu le temps ni mieux que cet endroit et ce crétin visiblement.
- Vous avez ma commande ? lui demande Root.
Il lui fait un vague signe de main vers la table encombrée. Root sourit et s'en approche mais le gars la retient en lui agrippant le poignet d'une main et en la pointant d'une arme qu'il a sorti de l'autre, un sourire mauvais aux lèvres. Shaw est sur le point de réagir au quart de tour mais Root l'arrête en levant sa main libre d'un mouvement sec. Shaw s'immobilise, Root maitrise la situation. Elle ne lâche pas le gars des yeux et lui sourit d'un air mauvais.
- Vous devriez me lâcher, lui conseille-t-elle.
- C'est pour vous tout ce bordel, lui dit-il enfin en faisant un bref signe de tête vers le couloir.
Root ne bouge pas.
- Ils ne sont pas là pour vous, lui assure-t-elle. Vous n'êtes en rien en danger et nous serons partis dans moins de 2 minutes. Vous ne nous reverrez jamais.
Il lui sourit toujours et jette un regard à Shaw qui le dévisage furieuse, avant de reporter son attention sur Root qu'il n'a toujours pas lâché.
- Ça devient dangereux, réplique-t-il. Alors je veux un supplément.
Root hausse les sourcils et soupire. Pas le temps. Elles n'ont pas le temps.
- Combien ? demande-t-elle simplement.
Le gars lui sourit plus largement et regarde à nouveau brièvement Sameen qui est sur le point d'exploser, avant de reporter son attention sur Root. Il a regarde de haut en bas.
- Je ne parlais pas d'argent, lui dit-il en approchant doucement une main de son visage.
Grossière erreur. Sam lui saute dessus alors que Root se dégage de son emprise en lui tordant violemment le bras, et il crie de douleur. Sameen lui envoie un coup dans le ventre suivi d'un en plein visage et elle le fait basculer. Il tombe à la renverse sur la table en verre qui se brise sous le choc et il tombe à terre inconscient dans les débris de verre qui lui tailladent la peau. Louisa a regardé la scène terrifiée. Impossible que ceux qui les cherchent n'aient pas entendu le fracas. Sameen et Root se servent chacune en arme très calmement comme si de rien n'était. Puis Shaw se dirige vers la porte et regarde dans le judas le couloir pour veiller, alors que Root s'approche de la table et parmi tous les appareils électroniques, Louisa la voit se saisir d'un objet de la longueur d'un avant bras, ovale et noir qu'elle actionne dans un petite crépitement électronique. Lou la voit se le passer sur tout le corps. Elle se tourne vers Sameen qui est encore à la porte. Elle la voit s'essuyer le front où perle les gouttes de sueur dues à la douleur de sa blessure. Sa lutte avec ce crétin n'a rien arrangé.
- Ils vont savoir où on est, s'inquiète la gamine. Avec le bruit.
- Vu l'endroit, lui répond Sam sans quitter le couloir des yeux, ce boucan est tout à fait normal au contraire, Lou.
Un bip strident retentit et elle et Lou se retournent vers Root.
- Bingo, murmure celle-ci en repassant plusieurs fois sur sa hanche.
Elle regarde Sameen. Celle-ci n'est pas surprise, ils lui ont implantée là où elle a été blessée, là où ils l'ont opéré. Shaw jette un dernier coup d'œil dans le couloir, mais tout est calme pour le moment. Elle les entend vaguement au loin retourner les autres pièces de ce sous sol. Elles n'en ont pas beaucoup, mais elles ont du temps, et quelques minutes pour Shaw c'est assez. Elle doit sauver Root, lui retirer cette merde pour qu'elle puisse se barrer avec sa fille. Alors Sameen se décide à quitter la porte, à rester concentrée alors que ça commence à vaguement devenir flou. Elle secoue la tête pour se remettre les idées en place.
- Lou, regarde le couloir. Si quelqu'un arrive tu nous préviens discrètement.
La gamine acquiesce, tire une chaise et grimpe dessus pour observer par le judas à son tour. Double avantage pour Sameen, Lou surveille leurs arrières et en même temps, elle l'éloigne de ce qu'elle va devoir faire à Root. La petite en a déjà vu bien assez.
Sameen force Root à s'allonger sur le canapé et passe plusieurs fois le détecteur sur sa hanche pour repérer l'endroit exact où se trouve la puce. Puis elle se lève et fouille quelques instants dans les placards de la kitchenette pour finir par trouver une bouteille d'alcool, un briquet, un couteau affutée et des serviettes. Elle se relève difficilement en étouffant un gémissement de douleur et s'approche de Root qui ne la lâche pas des yeux. Elle s'assoit sur le canapé à côté d'elle et relève son pull.
- Lou, rapport ? s'informe-t-elle militairement.
Elle ouvre la bouteille, en fait boire une gorgée d'alcool à Root pour supporter la douleur avant d'en boire elle-même une rasade. Elle n'a plus l'habitude et l'alcool lui brûle la gorge, mais paradoxalement elle a les pensées plus claires. Elle allume le briquet et applique la flamme sur la lame du couteau. Vu l'endroit il doit y avoir des cafards ou même des rats, et sa propreté est plus que douteuse.
- R.A.S. , lui répond Louisa sans retirer son œil du judas.
Root et Sam échangent un regard amusé à sa réplique. La petite se prend au jeu, ou alors elle regarde bien trop de films d'espionnage. Shaw pose le couteau sur la hanche de Root, et pour le coup, leurs sourires glissent, laissant place à la détermination.
Sam ferme un instant les yeux et pince les lèvres, hésitante. Elle ne sait pas où est cette fichue puce, elle ne sait pas ce qu'elle fait bordel, elle y va à l'aveuglette. Une main lui caresse le visage et Shaw ouvre les yeux pour les poser sur Root qui a regarde intensément et lui fait un bref signe de tête. Et Shaw se décide.
- C'est parti, lui chuchote-t-elle du bout des lèvres avant d'appuyer.
Root serre les dents et retient un gémissement de douleur. Elle finit par saisir une serviette pour hurler dedans. Shaw ouvre un minimum, puis elle glisse deux doigts pour chercher à l'aveugle. Elle ne sent au départ rien de ce qui ne devrait pas se trouver là, et elle se demande vaguement si elle ne s'est pas plantée, si elle ne cherche pas trop haut. Sameen tente de faire abstraction des cris étouffées de Root, mais elle commence à paniquer. Et soudain, elle la sent, petite et carré. Elle l'attrape entre ses deux doigts et la retire le plus vite et le plus délicatement possible alors que Root blanchit sous l'effet de la douleur qu'elle étouffe. Quand Shaw ressort, l'interface lâche un brusque soupir de soulagement. Sameen lui enlève la serviette du visage. Root a fermé les yeux pour se reprendre, elle respire vite.
- Ça va ? lui demande Shaw.
Root acquiesce et ouvre les yeux. Ces derniers se posent immédiatement sur les doigts sanguinolents de Sameen qui tiennent la puce. Root la lui prend des mains pour l'examiner alors que Sam appuie une serviette contre la plaie. Root observe ébahie sa puce, elle est minuscule et elle émet encore à cet instant. Elle se redresse et regarde Sameen. Il en reste une à retirer pour qu'elles soient libres.
- A ton tour, lui dit elle en saisissant de nouveau le détecteur.
Sameen se laisse faire pour le coup. Elle ne veut plus que Samaritain la repère et elle va retirer cette saloperie de son corps. Mais ça ne changera rien à sa décision de les quitter juste après. Elle est bien trop dangereuse. L'avantage sera qu'elle pourra mourir seule sans faire de mal à personne, et pas entre les mains de Samaritain, ni sous les coups de ses geôliers. Elle mettra fin à cette simulation, et si ça n'en n'est pas une, à sa vie.
Un bip strident la sort de ses pensées quand Root passe le détecteur derrière l'oreille gauche. Et Sameen se raidit, l'oreille gauche comme là où ils l'opéraient dans les simulations. Alors ça en serait une ? Elle commence à respirer par saccade.
Root se mord la lèvre. Merde la tête c'est délicat. Elle observe à l'arrière de l'oreille de Shaw, la cicatrice qu'ils lui ont belle et bien faite en l'opérant il y a quatre mois juste avant de commencer les simulations. Ce que Shaw ne sait pas c'est que chacune de ses simulations débutait par un souvenir réel, celui où elle se réveillait durant son opération où on lui a vraiment implanté ce traceur.
- Merde, murmure Root en la regardant à nouveau. Ça va être délicat, je ne suis pas médecin mais ça me semble être proche du …
- … du tronc cérébral, la coupe Sameen.
Root acquiesce, la peur et la contrariété emplissant ses traits. Elles se regardent, ne sachant pas quoi faire. Root n'est pas médecin, et elle ne va pas lui faire une chirurgie du cerveau dans cet endroit, sans expérience, ni matériel médical adapté, façon moyen-âge. Et Sameen comprend à son expression que pour elle c'est fichu, on ne la lui retirera pas. D'une certaine manière c'est mieux, Root devra partir avec Lou sans elle. Maintenant l'interface n'a plus le choix.
- Ça bouge, leur chuchote Louisa en descendant de son perchoir pour s'approcher d'elles.
Root se lève d'un bond. Elle a pris sa décision Sameen la regarde emmener Louisa. Mais elles ne sortent, ne s'enfuient pas à deux comme elle le pensait et Sam fronce les sourcils en se levant difficilement du canapé alors que sa blessure la fait souffrir. Elle voit Root ouvrir le placard, se retourner pour soulever sa fille dans les bras et l'y déposer. Root se revoit petite à sa place quand sa mère la cachait dans la penderie pour la protéger des coups de Kylan. Elle sent les larmes monter alors qu'elle lui caresse le visage. Elle aurait tellement voulu une autre vie pour elle. Elle s'était pourtant promis que Lou aurait une enfance différente de la sienne, sans violence et sans douleur, une belle enfance. Ben c'était gagné tiens ! Décidemment elle passe son temps à lui dire adieu aujourd'hui. Sameen appose son œil au judas et observe le couloir. Merde Lou a raison, quatre hommes sortent des pièces du bout et s'approchent de la leur. Ils seront là dans moins de cinq minutes. Ça l'étonne qu'ils ne soient pas plus. Ils étaient une bonne trentaine tout à l'heure à leurs trousses. Sameen comprend qu'ils ne sont pas sûres qu'elles sont là. Ils les cherchent partout dans l'immeuble et ils se sont dispersés. Elle se tourne vers Louisa et Root. Cette dernière ne cesse de caresser le visage de sa fille.
- Lou, si ça tourne mal, tu ne bouges pas et tu attends qu'il n'y ait plus personne pour sortir et tu cours te recacher dans les égouts.
Elle marque une pause et Louisa respire vite sous l'effet de la panique en l'écoutant. Sa mère lui claque le téléphone dans les mains.
- Root, tente d'objecter Sameen.
Elle fait chier putain. Pourquoi ne se barre-t-elle pas bon sang ? Elle ne va quand même pas devoir la frapper, si ? Ben non, elle ne peut pas laisser Root inconsciente face aux agents de Samaritain, sa seule chance est de la convaincre. Pff, avec Root c'était pas gagné. Mais Root ne l'écoute pas, ne se tourne même pas vers elle. Elle a entendu Sameen, mais elle sait ce qu'elle veut et elle refuse. Elle ne l'abandonnera pas face à une mort certaine dont elle va à la rencontre ou même qu'elle la soupçonne se destiner. Elle espère cependant se tromper sur ce point. Shaw ne ferait pas ça, tout de même, si ? Mais Root sait qu'elle le fera plutôt que de retourner aux mains de Samaritain, elle en a trop bavé.
- Tu laisses la Machine te guider, continue Root imperturbable face à sa fille qui a compris et qui se met à pleurer doucement. Elle contactera Harold et Reese pour toi et ils te retrouveront.
Louisa la regarde en larmes et secoue la tête.
- Je ne veux pas aller dans les égouts, lui réplique-t-elle. C'est triste et il y a des rats.
Ça n'est pas la vrai raison pourtant. Les égouts l'effraient certes, mais Lou a surtout peur de les perdre. Elle ne veut pas les laisser une fois de plus, elle revit la même scène que tout à l'heure. Putain cette journée est un cauchemar au final, bien qu'elles se soient évadées c'est un véritable cauchemar.
- Ouais ben ce qui traine par ici, c'est pire que les rats, lui réplique sa mère.
- Je ne veux pas, réplique Lou butée en mettant son pied pour empêcher sa mère de fermer la porte du placard.
Elle ne négociera pas avec la Machine pour leur venir en aide cette fois, ce sera impossible. Root claque une main de colère sur la porte du placard.
- POURQUOI …, commence-t-elle avant de faire une pause pour se calmer.
Elle regarde sa fille qui la défit du regard sans broncher. Provocante et intrépide, elle cache sa peur et défie sa mère du regard malgré ses pleurs. Root ouvre la bouche une demi seconde et ne peut s'empêcher de lâcher un petit rire. Lou est vraiment têtue et chiante, mais elle l'aime comme ça.
- Pourquoi tu n'es jamais fichue de m'écouter et de m'obéir ? lui murmure enfin Root.
Lou lui sourit légèrement malgré les larmes qui coulent encore. Sa mère ferme les yeux et secoue la tête.
- Lou … , commence-t-elle en la regardant à nouveau.
Mais elle s'interrompt. Sam a claqué des doigts d'un geste sec et s'est tournée vers Root en levant sa main pour montrer deux doigts. Elle se recule de la porte, les armes au poing, prête à tirer sur les deux idiots derrière la porte. Ces derniers lui tournent le dos pour l'instant. Root déglutit et acquiesce avant de se tourner vers sa fille. Il lui reste moins d'une minute pour l'enfermer et la mettre à l'abri. Elle la regarde durement cette fois.
- Reste cachée, la supplie-t-elle. Je t'en prie promets le moi.
- Maman, panique Louisa en la retenant par le bras.
Elle est morte de peur et ne veut pas rester seule, et encore moins cachée sans bouger pour assister à la scène d'horreur qui s'annonce.
- Louisa jure le moi, lui intime Root en la regardant sévèrement.
Lou déglutit mal.
- D'accord je te le jure, dit-elle enfin bien que les mots soient difficiles à sortir. Et toi et Sameen, où vous allez vous cacher ?
Root tente malgré sa respiration qui s'accélère de lui envoyer un sourire confiant. Elle voudrait tellement avoir l'air sûre d'elle à cet instant. Elle lui caresse le visage une dernière fois avant de la lâcher.
- Nous, on bouge pas d'ici, lui répond-t-elle. C'est promis.
- Non, gémit Louisa terrifiée en secouant la tête et en agrippant le bras de sa mère.
Elle a compris qu'elle va assister en cachette à un massacre et que c'est sa mère et Sameen qui vont en être les victimes.
- Non, répète-t-elle suppliante.
Root l'oblige à la lâcher. Elle l'embrasse sur le front et lui intime le silence en posant un doigt sur sa bouche avant de fermer le placard. Elle se redresse et se tourne vers Shaw qui la regarde ébahie. Merde c'était quoi son plan maintenant ? Se battre à ses côtés pour ne pas l'abandonner et laisser sa fille. Root arme un flingue et s'approche d'elle. Sameen comprend qu'elle n'a aucunement l'intention de partir et de l'abandonner face aux agents de Samaritain à son triste sort comme elle le souhaiterait. Elle est carrément déterminée. Sameen pense un bref instant à se tuer là tout de suite. Si c'est réel, ça permettrait au moins à Root et à Lou de s'enfuir. Elle ne serait plus l'obstacle qui empêche de prendre la bonne décision par attachement pour elle. Mais si elle se tire une balle maintenant, Sam sait que le bruit les attirera et que Root se fera prendre et ça c'est inenvisageable. Root est libre désormais, libre de partir, de s'enfuir avec Louisa. Mais elle n'en fait rien, à cause de Sameen. Cette dernière la regarde furieuse. Elle se redresse autant que la douleur dans son ventre le lui permet.
- Fous le camp, lui ordonne-t-elle entre deux respirations difficiles.
Root arme son flingue et observe la porte par laquelle ils vont débarquer d'une seconde à l'autre sans se tourner vers elle.
- Je reste, réplique-t-elle simplement alors qu'elles entendent des coups violents à une porte toute proche.
Elles se raidissent, ils sont dans la pièce en face de la leur, ils seront là dans un instant. Sameen s'arrachent presque les cheveux avec ses deux mains.
- Merde Root, planque toi avec elle. Je t'en prie fais le au moins pour ta fille.
- Ma fille, murmura Root. Et dis moi qu'est ce qu'elle pensera de moi ma fille si je t'abandonne ici et maintenant hein ?
Elle la regarde enfin. Elle aussi est furieuse.
- Je ne t'abandonnerai pas une deuxième fois lui réplique-t-elle.
- Ce qui s'est passé à la bourse n'était pas ta faute ok, lui réplique Sameen en comprenant soudain qu'elle culpabilise pour ça. C'était mon choix, ma décision.
Elle est furieuse que Root remette ça sur le tapis, qu'elle lui rappelle cette journée où tout à basculé, cette journée où la si solide et si forte Sameen est morte pour devenir cette chose larmoyante, incapable et inutile qu'elle déteste. Mais Root aussi est furieuse.
- Hum, c'est sûre, ironise-t-elle méchamment. Dis moi tu avais besoin de te prouver quoi en faisant ça hein ?
Shaw est incrédule. Merde Root lui en veut de lui avoir sauvé la vie ce jour là. Non mais c'est dingue quand même ?
- Ça aurait pu être n'importe qui d'autre que toi ce jour là dans cet ascenseur mais non. Tu n'as pas hésité une seule seconde et tu as foncé. Tu m'as abandonné sans te retourner.
- Parce qu'il n'y avait rien d'autre à faire, lui fait remarquer Sameen furieuse.
- Non lui réplique Root avec un doigt accusateur. C'est parce que tu voulais y aller. Tu voulais jouer à la grande héroïne qui fonce seule courageusement dans la mêlée sans peurs. Sameen Shaw la grande sauveuse qui se sacrifie pour …
- Oui c'est vrai, reconnait cette dernière furieuse.
Elle est carrément hors d'elle cette fois. Root n'a rien compris en fait, mais quelle cruche. Elle lui agrippe avec une main le col de son pull et est plus que jamais menaçante. Mais Root reste calme. Elle a ce qu'elle voulait, Sameen réagit. Elle est prête à se battre maintenant qu'elle est furieuse et plus à renoncer. De plus à perdre du temps à discuter, Root l'empêche de la mettre dehors avec sa fille. Sam semble avoir oublié les agents à moins de dix mètres d'elles. Quand elle s'en rendra compte, elle ne pourra rien faire d'autre que de se battre avec Root à ses côtés. Elle n'aura pas le temps pour les objections.
- Tu crois que tu me connais hein ? continue Shaw. Tu crois que tu me connais bien ? Ce que j'ai fait ce jour là je l'ai fait pour …
Mais Sameen s'arrête brusquement sans pouvoir continuer. Ce jour là elle l'a fait pour eux tous, pour leur sauver la vie. Mais elle avait surtout pensé à Root sur le coup, et l'idée de cette dernière en danger sans qu'elle puisse rien y faire la révulsait. Root la regarde toujours calmement. Elle a compris que Shaw a percuté un truc fondamental, un truc qu'elle même sait depuis longtemps. Root a compris bien avant Shaw pourquoi elle avait fait ça ce jour là, et elle n'a pas besoin qu'elle se force à le lui dire. Connaissant Sameen ça serait un désastre si elle essaye. Il vaut mieux éviter le sujet.
- Je te connais mieux que personne, lui réplique-t-elle simplement en ignorant la phrase inachevée pour la calmer.
L'effet est immédiat, Shaw la lâche et secoue la tête dans un rire sans joie. Non Root ne la connait pas, en tout cas plus maintenant. Elle ne connait plus la personne qu'elle est devenue, celle qui a trahi, qui a subi sans broncher, celle qui a finit par craquer, celle prête à exploser telle une bombe à n'importe quel moment. Non Root ne connait pas la personne incontrôlable qu'elle est devenue, et au fond elle-même ne se connait plus non plus.
Root la regarde intensément mais Shaw ne semble soudain plus être là, perdue dans ses réflexions. Sameen réfléchit à toute allure. Il est clair que Root ne la laissera pas et même si elles parviennent à tuer les guignols dans le couloir et à s'enfuir, d'autres les retrouveront grâce à son traceur. Shaw était blessée et affaiblie, elle ne parviendrait pas à fausser compagnie à Root dans l'immédiat, elle allait devoir l'avoir par la ruse bien plus tard. Mais en attendant, ils allait falloir trouver un moyen de se débarrasser de cette puce pour ne pas compromettre sa sécurité ainsi que celle de sa fille. Or toute opération était impossible. Sam sait parfaitement que Root refusera de risquer de lui charcuter le cerveau. On ne pouvait pas l'enlever mais …
- Mais on peut la griller, achève-t-elle à mi voix en redressant la tête au moment où elle sort de ses pensées.
Root fronce les sourcils, un peu perdue. Il y a dix secondes, elles s'égueulaient et Sameen était à deux doigts de la frapper. Et là ? Mais de quoi elle parle ? Elle observe Shaw qui soupire profondément avant de tourner dans la pièce pour fouiller. Elle finit par tester l'interrupteur qui allume et éteint la lumière de l'ampoule pendante au milieu de la pièce et semble satisfaite. Root ne peut l'arrêter alors qu'elle l'appelle. Mais Sam ne semble pas l'entendre, ses gestes sont rapides et précipités, elle n'a plus le temps. Mais merde, Root voudrait qu'elle lui explique à quoi elle joue. Elle la voit foncer vers la kitchenette, fouiller les armoires et se redresser pour remplir un saladier d'eau. Root la regarde perplexe revenir vers le centre de la pièce. Sameen pose son plat a sol et dévisse l'ampoule.
- Sameen …, murmure Root en fronçant les sourcils et en priant pour se tromper sur ses intentions.
- Une seconde, lui répond Shaw très calmement en observant l'ampoule attentivement.
Elle sourit. 15 volts, 30 milliampères, c'était parfait.
- Sameen …, répète Root paniquée pour de bon cette fois.
Elle a compris. Shaw veut griller la puce à défaut de pouvoir l'enlever. Elle est dingue putain, elle va se tuer.
Root sursaute alors qu'ils tambourinent à leur porte.
- On cherche ces deux femmes. Ouvrez.
Root lève son arme, prête à tirer dans la porte mais une main la retient fermement. Sameen lui fait non de la tête. Pas maintenant, elle doit d'abord lui expliquer. Si Root tire, elle abattra les quatre agents mais elles perdront du temps ensuite pour la tuer et la ramener. Temps durant lequel les renforts auront le temps de s'amener. Et là elles seront foutues. Root allait devoir se débrouiller seule avec les quatre agents mais Shaw lui faisait confiance, elle s'en sortirait. Elle n'avait pas le choix putain de s'en sortir. Et ensuite, bah si elle ne parvenait pas à la sauver ce n'était pas si grave, pensa Shaw. Ce serait même mieux pour elle.
- Attends, lui chuchote-t-elle très vite tout bas alors qu'ils tambourinent de plus belle. Il va falloir que tu appuies sur l'interrupteur.
Root secoue la tête, la terreur emplissant ses traits d'ordinaire si joyeux en toutes circonstances.
- Non, je peux pas faire ça, lui murmure-t-elle effrayée.
Sameen est dingue putain. Mais en même temps, Root ne voit pas d'autre solution et puis pourquoi ne pas l'avouer, elle adore Sameen pour se genre de chose. Sauf que là tout de suite, elle flippe. Si elle fait ça elle va la tuer.
- Ecoute moi, la presse Sam en l'agrippant par les épaules et en la secouant, je ne retournerai pas là bas, j'en crèverai tu m'entends ? C'est la seule solution. Dis toi bien que je vais mourir si tu ne me tues pas.
Elle la pousse jusqu'à l'interrupteur.
- Appuie, compte vingt secondes et tu arrêtes, lui ordonne Sameen.
Surtout vingt secondes et pas une de plus ou elle sera un légume. Bon en même temps si elle meurt, ce sera surement le dernier de ses soucis.
- Elles sont là dedans je crois, entendent-elles un agent dire à son collègue.
Ils savent ou ont un doute en tout cas, mais ni Shaw ni Root ne se tournent vers la porte. Root doit d'abord tuer Sameen avant de les tuer eux.
- Je ne suis pas médecin, bafouille Root. Comment je vais …
Elle est plus douée pour tuer les gens que pour les sauver et les soigner.
- Démerdes toi Root, la coupe durement Sameen. Tu es ma seule chance, c'est notre seule chance.
Root déglutit et acquiesce à l'intention de Sam. Cette dernière lui sourit et l'abandonne là. Elle pose la bassine pleine d'eau sur le canapé et grimpe à son tour dessus. Les coups à la porte redoublent d'intensité.
- J'ai tout confiance en toi, ajoute Sameen sans la regarder tout en enlevant une chaussure pour glisser son pied dans la bassine d'eau, parfait conducteur pour le courant. Mais ne t'en veux pas trop si tu n'y arrives pas d'accord ?
Root déglutit mal, elle sent les larmes monter. Sameen tend sa main pour atteindre le support de l'ampoule électrique qui git désormais à terre. Elle y enfonce trois doigts.
- Démolissez cette porte, beuglent les abrutis en donnant de grands coups contre cette dernière.
Ils n'osent visiblement pas tirer au travers de peur de les toucher. "Ben non, il ne faudrait pas les abimer" pense ironiquement Shaw.
- Vas y, lui dit Sameen d'un ton décidé en se tournant vers l'interface.
Root pose sa main sur l'interrupteur alors que Shaw ferme les yeux. Mais l'interface l'enlève soudain.
- Attends, murmure-t-elle précipitamment.
Sam ouvre les yeux et la regarde furieuse. Merde elles n'ont pas le temps, la porte va céder. Root est complètement paniquée.
- Je t'aime, lui dit-elle simplement.
Sameen la regarde interloquée en ouvrant grand les yeux et la bouche pas tellement pour ce qu'elle vient de lui dire mais surtout pour la manière dont elle vient de lui dire pour la première fois. Bon Sam n'est pas conne à ce point là, elle sait depuis longtemps que Root l'aime. Mais elle se rend compte là tout de suite que si Root trouve le besoin de lui dire c'est parce qu'elle a peur de ne pas la sauver, de ne pas la revoir. Elle n'a pas le temps de lui répondre quoique ce soit (et de toute façon pour lui répondre quoi ?) que Root appuie sur l'interrupteur et Sameen ressent la décharge la traverser. Elle reste collée au plafond incapable de bouger secouée de tremblements violents. Elle hurle de douleur et soudain elle ne dit plus rien.
Root appuie à nouveau sur l'interrupteur après avoir compté 20 secondes. Et Sameen s'écroule à terre au moment où la porte s'ouvre à la volée et Root se planque derrière le canapé. De là où elle est, elle a un excellent visuel. Elle voit Sameen au sol. Son diaphragme qui ne monte ni ne descend plus lui indique bien qu'elle ne respire plus. Root observe l'horloge au mur, elle se donne maximum deux minutes pour tous les tuer ou pour se rendre s'il n'y a pas d'autre solution. Passé ce délai, elle sortira de sa cachette pour la ranimer. Deux minutes maximum, sinon Shaw serait un légume, si par miracle Root parvenait à la sauver. Elle refoule loin d'elle cette idée pour l'instant et se concentre difficilement sur ses agresseurs. Ils sont planqués en embuscade de chaque côté de la porte et n'osent pas rentrer. Elles sont armées tout de même et sacrément dangereuses. Root reste fixée sur l'entrée de la pièce prête à faire feu. Soudain ils se montrent dans l'encadrement de la porte et elle tire. Trois agents tombent au sol dans le couloir. Elle a tiré sans réellement viser, mais elle sait qu'ils sont morts sinon elle les entendrait gémir de douleur. Root se relève et tourne les yeux vers l'horloge, il lui reste 64 secondes. Mais quelle grossière erreur d'avoir détachée ses yeux de l'entrée de la pièce. Quand elle se concentre à nouveau sur la porte, le dernier homme est là en face d'elle. Ils se mettent simultanément en joue sans bouger pendant 10 longues secondes. Root le sait, elle compte dans sa tête tout en le dévisageant furieusement. Elle pourrait l'abattre mais elle ne sait pas ce qui ne va pas, ce qui la retient. Elle se mord les lèvres alors qu'ils s'affrontent des yeux. Le type jette un coup d'œil à Shaw et la regarde à nouveau. Pendant ce laps de temps où il l'a lâchée du regard, elle aurait pu l'abattre, mais Root n'a pas réussi à presser la détente. Elle a essayé pourtant mais elle est comme paralysée. Elle se revoit plus tôt dans cette journée en train d'abattre de sang froid un pauvre homme, Poyt. Et les larmes montent alors qu'elle repense à ce qu'elle a fait, à ce qu'ils l'ont obligée à faire. L'agent en face d'elle hausse les sourcils devant ses pleurs qui dégoulinent sur ses joues et il lui sourit. Il peut la déstabiliser. Root en est à 26 secondes, elle tente de se ressaisir en tenant plus fermement son arme qui tremble dans sa main. Ils ont dû appeler des renforts, merde. Ils seront là bientôt.
- Elle est pas là ta gamine ? lui demande le type.
Elle expire de rage alors qu'elle en est à 32 secondes.
- Où est-elle ?
Elle ne lui répond pas mais est incapable de tirer, comme paralysée. Merde qu'est ce qui lui arrive ? C'est pas le moment de flancher.
- Sors de ta cachette, continue-t-il s'adressant à Louisa, ou je tue ta mère.
Root déglutit mais Lou lui obéit et ne bouge pas du placard.
- Très bien, dit l'homme en perdant patience. C'est comme tu veux.
Et il tire. Root sursaute alors que la balle se fige dans le mur derrière elle. Bien sûr il n'a jamais voulu l'abattre, juste le faire croire à Louisa. Root n'a pas tellement sursauté pour le coup de feu mais plus pour le petit cri de terreur et de surprise lâché par Louisa. Sa mère l'entend glisser au sol et elle l'entend sangloter, alors qu'elle la croit morte. Root n'a pas quitté des yeux l'homme en face d'elle, ce dernier lui sourit. Le gars observe rapidement la pièce et son regard se pose sur le placard où est cachée Louisa.
- Là dedans ? s'amuse-t-il.
Il fait un pas vers la cachette de sa fille quand Root se réveille et tire. Elle l'abat d'une balle en pleine tête et son sang éclabousse le mur derrière avant que son corps ne s'effondre. Root baisse son arme, elle sait pourquoi elle a tué Poyt. Elle sait pourquoi elle a dû tuer cet homme. Elle fera tout pour sauver sa fille.
Elle se précipite vers Sameen et la met sur le dos. Il ne lui reste que 20 secondes. Elle lâche son arme et commence le massage cardiaque à deux mains en imitant les gestes que Shaw a pratiqué sur sa fille quelques heures plus tôt. Mais Sameen reste inerte.
- Pas question que tu me crèves entre les bras, lui dit-elle rageusement.
Elle masse plus vigoureusement. Pas le temps, pas le temps. Elle n'a pas le temps. Shaw doit revenir et vite pour se tirer avant que leurs renforts ne débarquent. Sam doit revenir, elle ne peut pas l'abandonner.
- Reviens, lui ordonne Root. Reviens mon cœur. Je t'en supplie reviens.
Elle se met à frapper son sternum de son poing de plus en plus fort et de plus en plus rageusement en hurlant son prénom. Elle perd la notion de l'espace et du temps, focalisée sur son geste brutale, les larmes jaillissant de ses yeux. Et soudain Sameen se redresse en position assise en hurlant. Elle attrape l'arme que Root a posé au sol à côté d'elle pour la ranimer, et elle la dirige vers l'entrée de la pièce. Mais il n'y a plus personne à abattre. Root la serre dans ses bras en pleurant de joie, de bonheur, de détresse. En fait elle ne sait pas trop, mais elle ne la lâche pas. Elle est revenue et c'est tout ce qui compte.
- Tu … commence Sameen la voix rauque. Tu as fait ça ? lui demande-t-elle impressionnée en regardant les quatre corps au sol.
Root acquiesce dans son cou, incapable de parler. Les larmes coulent à flots. Sameen vient de lui parler, Sameen n'est pas un légume, Sameen est vivante.
- Ben dis donc, soupire Sameen impressionnée, ou juste soulagée.
Un tir retentit soudain et Root sursaute en s'écartant d'elle. Un nouveau corps tombe devant la pièce. C'est Shaw qui a tiré. Les renforts arrivent. Vite, il faut se tirer. Sameen se relève difficilement en grognant de douleur tandis que Root fonce chercher Louisa. Quand elle ouvre le placard, elle la trouve recroquevillée en boule au sol, les yeux fermés à s'en faire mal et les mains plaquées sur les oreilles. Root la tire sans ménagement par le bras. A la dernière seconde, elle se souvient de prendre le téléphone trainant à côté de sa fille. Il ne fallait pas oublier la Machine quand même.
Elles sortent dans le couloir et courent aussi vite qu'elles le peuvent. Arrivées au bout de ce dernier, un escalier les oblige à monter. Shaw a du mal, elle souffre beaucoup. Elle appuie sa main sur sa blessure et retient ses gémissements de douleur. Elles ne montent qu'un étage. Root voit bien qu'elle n'en peut déjà plus. Toutes les portes se ferment à leur arrivée. Elles sont plus repérables qu'autre chose. Les hurlements des agents à leur poursuite les informent de leur proximité. Ils sont au sous sol, mais ils gueulent si fort que Sameen est certaine que l'on doit les entendre depuis la statue de la liberté à l'autre bout de l'île.
- Où elles sont putain ? enrage l'un d'eux.
- Elles sont toujours là. Elles sont surement montées cette fois.
Sam déglutit, merde comment ils savent, elles n'ont plus de puce. Leurs pas résonnent dans les escaliers alors qu'ils sont après elles. Root frappe à toutes les portes pour que quelqu'un les fasse entrer. Mais évidemment, personne n'ouvre.
- Fais chier, jure-t-elle.
Elle se tourne prête à tirer sur leurs poursuivants qui vont leur tomber dessus dans moins de dix secondes, quand une porte s'ouvre tout proche d'elles. Elles font volte face et découvre la femme qu'elles ont sauvé tout à l'heure des coups de son homme. Cette dernière les regarde et leur fait signe d'entrer. Root et Sameen n'hésitent pas une seconde et foncent. La femme claque la porte derrière elles. Elle tourne la clé et met la chainette. L'appartement est petit mais bien tenu. La porte d'entrée donne directement sur un salon confortable.
- Merci, murmure Sameen à la femme
Cette dernière acquiesce et leur fait un signe de la main pour les inviter à se diriger vers le salon. Louisa, elle, n'a pas attendu son invitation pour s'y rendre. Elle aperçoit un chat couché dans le canapé et s'en approche doucement. Elle s'assoit à côté de lui et le caresse. L'animal ne se dérobe pas et ronronne. Root la regarde inquiète et s'approche d'elle. Elle lui pose les mains sur ses genoux en s'accroupissant en face d'elle, puis elle lui caresse le visage doucement.
- Lou, ça va ? lui demande-t-elle tout en sachant que sa fille ne va pas bien du tout.
Louisa est comme dans un état second, elle ne regarde pas sa mère et continue de caresser le chat. Elle ne lui répond pas, ne semble même pas l'avoir entendue. Le contact avec la fourrure de l'animal l'apaise. Root se mord les lèvres devant son silence et se tourne vers Shaw qui les observe.
- Ça va aller Root, ne t'inquiète pas pour elle, lui explique-t-elle simplement.
Root se lève et la rejoint abandonnant sa fille sur le canapé.
- Inquiète toi plutôt pour nous, continue Sameen. Ils savent encore où nous sommes comment est ce possible si …
Elle s'interrompt quand Root sort sa puce sanguinolente de sa poche et la lui montre.
- Mais t'es débile ou quoi ? lui claque Sameen.
Root lui fait signe de baisser la voix, ils sont surement dans le couloir. Elle secoue la tête mais n'a pas le temps d'expliquer quoique ce soit à Sameen que cette dernière l'engueule à nouveau. Elle n'en revient pas que Root l'ait gardée. Elle voulait un souvenir ou quoi ?
- Il faut la détruire, l'engueule-t-elle.
Elle est d'autant plus furieuse quand Root la regarde toute souriante.
- Non, lui répond-t-elle. J'ai une bien meilleur idée.
Sameen fronce les sourcils. Root se tourne vers le canapé où sa fille continue de caresser le chat, avant de se tourner vers la femme qui les observe.
- Ça ne vous dérange pas que votre chat aille faire un tour dehors ? lui demande-t-elle.
Shaw se demande vaguement si ça n'est pas Root qui vient de subir une électrocution car vu son attitude irresponsable, elle a clairement les neurones grillées. Elle la regarde aussi incrédule que la femme. Cette dernière fronce les sourcils d'incompréhension et finit par lui répondre en secouant la tête.
- Merci, lui répond Root en se dirigeant vers le canapé.
Elle enlève l'animal des bras de sa fille et s'approche de Shaw qui a soudain compris ce qu'elle veut faire et a sorti son couteau. Root tient fermement le chat tandis que Sameen lui entaille rapidement le dos. L'animal lâche un cri de douleur et de colère, mais aucune des deux ne s'en focalisent alors qu'il tente de les griffer pour se dégager. Sam saisit la puce dans la main de Root et la glisse dans l'entaille sous la peau du chat.
- Attends, lui murmure Root avant de lui claquer dans les bras l'animal furieux.
Root retourne dans l'entrée et saisit un calepin et un stylo situés juste à côté du téléphone fixe. Sameen la voit toute souriante y écrire fébrilement un message, avant de plier le papier, d'y coller deux gros morceaux de scotch et de revenir vers elle. Le chat est un vrai diable, complètement furieux. La femme les observe mais ne dit rien alors qu'elles persécutent l'animal. Elles lui font un peu peur et elle ne s'oppose jamais à personne de toute façon, elle est trop effrayée tout le temps, et tout le monde le sait ici. Et puis elles lui ont sauvée la vie alors … Elle regarde la grande brune scotché le papier sur le dos du chat, puis elle le reprend à la petite brune.
Root ouvre la porte fenêtre de l'appartement. Elle dépose le chat sur le balcon et le regarde s'enfuir en descendant d'un bond sur le suivant et s'éloigner d'elle. Elle sourit plus largement encore en refermant la porte. Samaritain n'allait pas être déçu. A peine a-t-elle reclaqué la porte vitrée que des coups se font entendre à la porte et Root perd son sourire. Ils fouillent tout le couloir. Elle oblige Lou à se cacher derrière le canapé. La petite lui obéit sans protester. Root lui caresse le visage, puis l'abandonne là. Elle se place comme Sameen le long du mur. Elles sont hors de vue si jamais la femme ouvre la porte. Elles arment leurs flingues, prêtes à tirer. Root voit Sameen devenir pâle. Elle allait avoir besoin de soins et très rapidement. Qu'avait touché la balle ? Elle semble à deux doigts de s'écrouler à terre.
La femme pose une main sur la poignée alors que les coups retentissent plus fort.
- Ouvrez, ordonne une voix masculine.
Elle se tourne terrifiée vers Sameen et Root. Cette dernière lui fait un bref signe de tête pour l'inciter à ouvrir la porte. Si elle ne le fait pas ça sera trop suspect. La femme déglutit et déverrouille la serrure avant d'ouvrir dans un cran la porte, retenue par la chainette. Sam et Root sont juste derrière cette dernière, dos au mur.
- Salut Maddy, murmure une autre voix que celle qui lui a ordonné d'ouvrir.
Ils sont donc deux, suppose Sameen. Un agent de Samaritain et un qui connait l'immeuble, surement un petit criminel minable qui n'avait pas apprécié son numéro de catch dans le hall de l'immeuble tout à l'heure.
- Tu as vu ces deux femmes ?
Maddy regarde un instant les photographies et secoue la tête en regardant le sol.
- Tu es sûre ? insiste le type.
Shaw resserre son emprise sur l'arme, prête à foncer. Root pose une main rassurante sur la sienne pour l'inciter au calme et à la patience.
Maddy lève à nouveau les yeux sur les deux types et acquiesce.
- On va entrer pour s'en assurer, murmure le second type à la voix froide, celui qui doit travailler pour Samaritain.
- Tu sais bien que je n'ai pas le droit de faire entrer qui que ce soit quand Brad n'est pas là, murmure doucement Maddy.
- Ouais je sais, reprend le criminel du quartier, mais tu vas faire une exception pour une fois.
Maddy garde les yeux baissées, mais quand elle parle à nouveau sa voix ne tremble pas.
- J'ai pas le droit de faire entrer qui que ce soit quand Brad n'est pas là, répète-t-elle calmement.
- Tu vas nous … commence l'agent de Samaritain menaçant.
Mais il est interrompu par un de ses collègues.
- Elles ne sont plus dans l'immeuble, gueule-t-il. Il dit qu'elles se dirigent vers l'ouest et très rapidement.
Root laisse un sourire s'étaler sur son visage. Evidemment Samaritain savait que la puce de Sameen avait été grillé, mais elle-même n'était pas censée savoir qu'elle en avait une, et c'était définitivement la preuve que Louisa n'en n'avait pas. Ils les filaient donc uniquement grâce à ça désormais. Enfin ils croyaient les filer.
- On bouge, ordonne le type derrière sa porte.
Maddy s'empresse de la refermer alors qu'ils s'en vont et elle tourne à nouveau la clé avant de lâcher un soupir de soulagement. Elle se tourne vers Sameen et la voit blesser.
- J'ai une trousse de premier secours, marmonne-t-elle.
Root lui sourit largement. Elle est à deux doigts de prendre leur sauveuse dans ses bras, mais elle se retient alors que Sameen tangue sous l'effet de la douleur. Elles n'étaient pas encore sorties d'affaire. Les agents de Samaritain allaient vite trouver le facteur félin et ils reviendraient ici quand ils comprendraient la supercherie. Elle agrippe Shaw pour la guider jusqu'au canapé.
- Oui, on va en avoir besoin, répond-t-elle à Maddy.
Elle installe Sameen et jette un coup d'œil à Louisa qui s'est redressée. Sa mère la regarde et lui sourit doucement. Elle sait que ce qu'elle vit est juste horrible. Lou la regarde enfin mais ne semble quand même pas être entièrement là.
- Ça va aller Lou, tente-t-elle de la rassurer. C'est bientôt fini ma princesse.
Louisa acquiesce et jette un coup d'œil à Sameen qui semble souffrir beaucoup. Elle se rappelle que dans l'égout la Machine lui a dit qu'elle était blessée. Ça semblait grave. Sa mère relève son tee-shirt pour observer la plaie alors que Maddy revient avec tout ce que son armoire à pharmacie contient et le pose sur la table basse. Root la remercie d'un regard et Maddy saisit une valise qu'elle a préparé plus tôt. Ces deux femmes ont raison, elle va mourir si elle reste là. Brad est fou et elle est malheureuse. Elle voit au regard que lui lance Root qu'elle comprend.
- Bonne chance, lui dit-elle simplement.
Root sait que ça ne sera pas facile pour elle. Tout quitter, s'enfuir et recommencer ailleurs, elle sait comme c'est dur quand on est toute seule.
- Vous aussi, lui répond Maddy. Vous en aurez besoin plus que moi je crois.
Elle s'avance vers la porte suivie de Louisa qui prend l'initiative de refermer derrière elle par sécurité bien qu'ils soient partis désormais. Maddy s'arrête la main sur la poignée et se tourne vers Root et Sameen. Cette dernière a fermé les yeux sous l'effet de la douleur mais est encore consciente.
- Je ne dirai rien, leur promet-elle simplement.
Root le sait et elle acquiesce.
- Désolée pour votre chat, s'excuse-t-elle.
Maddy lui sourit, et Root est surprise qu'elle en soit capable, avant de hausser les épaules.
- C'était pas le mien, lui dit-elle simplement avant de sortir.
Louisa referme à clé derrière elle et revient vers sa mère qui examine la blessure de Sameen.
- C'était pas le sien ? demande-t-elle à haute voix sans comprendre.
- Les chats se baladent bien plus librement que les chiens Lou, lui explique sa mère sans lâcher la blessure de Sam des yeux.
Lou voit l'endroit où la balle est entrée, un trou rouge et sombre dans lequel elle pourrait tout juste enfoncer son index, qui est situé sur le côté gauche. Elle voit le sang qui coule.
Root saisit une pince et l'enfonce dans la plaie pour extraire la balle. Sameen serre les dents, ne laissant échapper que des grognements de douleur.
- Désolé, lui murmure Root sans s'arrêter. Mais c'est bien à mon tour de te torturer un peu, finit-elle avec un petit sourire en repensant autant à l'extraction de sa puce quelques minutes plus tôt, qu'au jour où elles se sont rencontrées.
Sameen ouvre les yeux et la regarde. Root sait qu'elle aussi se souvient de cette journée et elle lui sourit en extrayant la balle qu'elle pose sur la table basse à côté. Sameen lâche un soupir de soulagement quand Root la lui enlève. Louisa observe ébahie le minuscule projectile. Incroyable qu'une si petite chose fasse autant de mal et de dégâts.
- Elle était profonde ? demande Sameen.
Root secoue la tête. Sameen se redresse difficilement pour observer elle-même les dégâts et Root la laisse faire en préparant du fil et une aiguille. Shaw tâtonne sa plaie mais cette dernière ne lui semble pas trop grave. Vu la localisation, la balle n'a rien touché de vitale. Une chance que les égouts soient sombres, où ils auraient mieux visé. Elle attrape le fil et l'aiguille qui lui tend Root, mais au lieu de se recoudre, elle lui relève son pull et recoud sa plaie à la hanche qu'elle lui a infligé pour retirer la puce. Root la regarde en lui souriant largement malgré la douleur qui lui fait serrer les dents. Quand Shaw a fini, Root la repousse contre le canapé pour qu'elle s'allonge et se penche vers elle pour lui déposer un petit baiser sur les lèvres, avant de se redresser pour désinfecter l'aiguille et y glisser un nouveau fil. Elle la recoud à son tour à vif et Shaw ne laisse échapper aucun gémissement de douleur cette fois. Root finit par lui poser un pansement et remet son tee-shirt en place.
Elle pose les yeux sur sa fille qui les regarde d'un air neutre. Elle semble absente et Root est inquiète.
- C'est fini Lou, lui dit-elle.
Elle se redresse et aide Sameen a en faire de même avant de s'approcher de sa fille. Root s'agenouille à sa hauteur. Son expression est très sérieuse, anxieuse même. Louisa fronce les sourcils, elle ne comprend pas, tout va bien maintenant non ? C'est pas ce qu'elle vient de lui dire ?
- Lou, est ce que c'est vrai que tu leur as dit que la cachette était à Chinatown ?
Louisa détourne aussitôt le regard, sa culpabilité l'empêchant d'affronter sa mère. Son rythme cardiaque s'accélère.
- Je … J'ai pas fait exprès, bafouille-t-elle. J'ai cru que je parlais à la Machine et j'ai compris que trop tard que c'était Samaritain. Je leur ai pas dit où dans Chinatown.
Root acquiesce en se mordant les lèvres.
- Ok, lui dit-elle simplement en se relevant.
Elle se tourne vers Shaw.
- Il faut y aller, lui dit-elle. Vérifier que l'endroit n'est pas compromis.
Sameen secoue la tête vivement. Non pas question. Root et Lou n'ont qu'à y aller, elle, elle s'y refuse. Elle ne Lui donnera pas la planque.
Root pince les lèvres, elle s'y était attendue bien sûr. Elle l'agrippe par les bras.
- Sameen, la supplie-t-elle, je t'en prie tu dois me croire. C'est pas une simulation tout ça est bien réel. Rentrons au métro, on y sera en sécurité.
- Non, lui répond Shaw paniquée en la menaçant soudain de son arme. Je ne peux pas.
Louisa ouvre grand la bouche tout comme Root. Merde, la situation lui échappe totalement là. La gamine reste figée sur place, incapable de bouger, de parler et de hurler comme elle le voudrait.
- Shaw, l'appelle Root pour tenter de la raisonner en agitant doucement ses mains en signe d'apaisement.
Mais Sameen secoue la tête, les larmes coulant sur ses joues. Root s'avance prudemment vers elle, doucement. Et Shaw recule vers la porte.
- Le meilleur moyen de briser quelqu'un c'est de lui faire perdre toute notion de réalité, lui explique Sameen tout en reculant. Et ils y sont très bien arrivés.
Root secoue la tête pour lui signifier que non. Louisa glisse doucement le long du mur sans la quitter des yeux, les larmes coulant le long de ses joues.
- Et peut-être que tu as raison, continue Sam. Peut-être que tout ça est bien réel et que je suis enfin en sécurité.
Elle atteint la porte et la déverrouille d'une main sans lâcher Root des yeux.
- Mais tant que je serai en vie, tu ne seras jamais en sécurité.
C'était la vérité pure et simple. Elle était dangereuse. C'était le moment ou jamais de partir, de les laisser pour qu'elles s'en sortent. Sameen déglutit en les regardant une dernière fois. Root semble très calme. Pourtant elle panique, elle sent que Shaw va se tirer et elle doit réagir, la retenir. Elle est certaine qu'une fois seule, elle fera une bêtise ou se fera reprendre.
- Qu'est ce que tu veux dire ? lui demande-t-elle alors pour l'obliger à poursuivre leur conversation et à rester.
- Je finirai par tous vous trahir, lui explique Sameen.
Root lui envoie un sourire confiant tout en secouant la tête.
- Et même si je ne le fais, continue Shaw sans s'occuper de son air, je les mènerai à la Machine.
- Ça n'arrivera jamais, lui réplique Root.
Sam lui en veut d'être aussi naïve, d'avoir une telle confiance en elle que ça l'aveugle.
- Je ne sais plus si je peux me contrôler, me faire confiance, lui avoue-t-elle. Et toi non plus.
Root la regarde calmement, elle n'est plus qu'à trois pas d'elle. Il va falloir trouver un moyen de désamorcer la bombe Sameen Shaw et très vite, sinon elle allait le regretter tout le reste de sa vie.
- J'ai subi plus de 6 000 simulations Root, lui avoue Shaw.
Root est scotchée pour le coup et se stoppe nette. Merde 6 000 simulations quand même. Elle savait Sameen forte, bien plus que la moyenne mais à ce point là …
- J'ai tué des tas de gens, poursuit Sam. J'en pouvais plus et je n'avais qu'un moyen de mettre fin à tout ça.
Root pense deviner lequel. Pourtant quand Sameen plaque le canon de son arme contre sa tempe, elle est paralysée de peur autant que Lou. Shaw ne la quitte pas des yeux, et Root y lit toute la détermination. Merde une solution, une solution vite Root ! Vite Root !
- Et je préfère y mettre à nouveau fin que de risquer ta vie et celle de ta fille.
Elle lâche la poignée et s'apprête à appuyer sur la détente. Plus la peine de s'enfuir, il n'y a pas d'autre endroit où elle voudrait mourir. Et puis Root ne la laissera pas filler de toute façon. Non il valait mieux que ça s'arrête là pour elle, maintenant et ici tout de suite.
- Ok Shaw, lui dit enfin Root en souriant.
Elle sort son arme et se la plaque sous le menton. Louisa plaque une main sur sa bouche en signe d'horreur, étouffant au passage ses sanglots. Mais qu'est ce que c'était que ce bordel ? Elles étaient enfin libres, à quoi jouait Sameen ? Sauf que Sameen ne semblait pas jouer du tout, pas plus que sa mère. Louisa est morte de peur et observe sa mère. Root est très calme, presque souriante. Elle n'a aucunement l'intention de se tuer devant sa fille, mais elle veut faire réagir Sameen et elle n'a rien trouvé d'autre sur le coup. Cette dernière est prise au dépourvu et ouvre grand la bouche d'effroi. Au moins l'interface a ce qu'elle voulait, Sam est tellement choqué par sa réaction qu'elle n'a pas appuyé sur la détente.
- Putain qu'est ce que tu fous ? lui dit-elle.
- On va la jouer à ta manière mon cœur, lui réplique Root en affichant une mine déterminée.
Elle s'avance à nouveau d'un pas vers elle et Sam recule et se retrouve plaquée contre la porte. Elle est complètement interdite, ça n'est pas comme ça que ça devait se passer.
- Tu ne peux pas vivre avec moi, lui dit Root. Et moi je ne peux pas vivre sans toi. Donc si tu meurs, je meurs aussi.
- Baisse ton flingue, lui ordonne Shaw.
Mais Root lui sourit largement. Malgré la situation, elle est contente car elle parvient à la déstabiliser. Elle trouvera un moyen de lui faire entendre raison. Pour l'instant son cerveau cherche et tourne à plein régime. En attendant elle doit la distraire.
- Je me demande vaguement ce qui va se passer quand on va appuyer sur la détente, continue Root sans s'occuper de sa dernière phrase. J'ai jamais été une grande croyante mais bon, on ne sait jamais.
Sameen la regarde la bouche grande ouverte, merde elle allait vraiment le faire. Mas non, non, c'était justement pour éviter ça que Sameen devait se tirer une balle. Root ne le fera pas hein ? Pas devant sa fille ?
- J'imagine qu'on va vite le découvrir, achève Root.
Shaw secoue la tête.
- Putain Root arrête. Tu … tu ne le feras pas, claque-t-elle enfin.
Root hausse les sourcils feignant la surprise et l'amusement, sentiments qu'elle ne ressent pourtant pas à cet instant.
- Tu crois ? lui dit-elle.
Sameen est en manque d'air. Ça ne devait pas se passer comme ça. Et puis d'abord pourquoi ne s'est-elle pas tuée dés le départ ? Pourquoi a-t-elle perdu du temps à discuter avec Root ? "Parce que … Parce que tu en avais besoin", murmure une petite voix dans sa tête. C'était vrai, elle avait voulu exprimer ses regrets à Root, lui demander pardon, mais comme d'habitude, elle n'avait pas été fichue de s'exprimer clairement et simplement. Elle s'était emmêlée les pinceaux et lui avait sorti son histoire de simulation au lieu de tout simplement lui dire qu'elle était désolée de l'avoir trahie et désolé de devoir l'abandonner à nouveau en se tuant, mais que c'était pour son bien et celui de sa fille, et qu'elle espérait qu'elle comprendrait.
- Dis lui toi Louisa, reprend Root sans la lâcher des yeux. Dis lui comment j'ai avalé tous ces cachets pour me tuer ce fameux soir quand j'ai craqué et que j'ai cru qu'elle était morte.
Sameen la regarde ébahie. Lou ne répond pas, la scène la choque trop. Sameen se tourne vers la petite et le lit dans ses yeux. La honte la submerge quand elle se rend compte de ce qu'elle vient de lui montrer, de ce qu'elle vient de lui imposer de vivre. Sa décision n'est pas changée pour autant, mais elle ne doit juste pas se tuer devant Lou, ni devant Root. Cette dernière est sérieuse, merde elle a vraiment tenté de se tuer. Mais qu'est ce qu'elle a dans le crâne bon sang ? Bon ouais là tout de suite, Sameen n'est peut-être pas la mieux placée pour la juger. Root est mathématiquement irrésolvable, on ne pouvait pas prévoir ses décisions. Si Shaw se tuait sous ses yeux, elle n'est pas certaine que l'interface n'appuiera pas sur la détente en parfaite synchronisation avec elle. Mais si elle se tue et que Root ne le voit qu'ensuite, elle ne pourra pas elle-même le faire en réagissant après coup, ça Sameen en est certaine. Elle ne le fera pas devant Louisa, elle ne le fera que simultanément avec elle si Sameen appuie sur la détente. Roto la regarde calmement réfléchir.
- Bon on fait quoi alors mon cœur ? lui demande-t-elle en s'approchant encore d'un pas d'elle.
Elles se font face désormais et leurs visages se frôlent presque. Sameen prend sa décision très vite.
- On n'a qu'à faire ça, lui répond-t-elle.
Elle se penche en avant pour l'embrasser tout en ouvrant la porte. Root ne s'en rend pas compte, totalement prise au dépourvu. Sam rompt le baiser qui ne dure qu'une demi seconde, pour la repousser en arrière, sortir et claquer la porte derrière elle, les enfermant dans l'appartement. Elle se met dos à la porte et se laisse glisser contre cette dernière alors que Root tente de l'ouvrir. Elle n'a compris que trop tard.
- SAMEEN, hurle-t-elle en tambourinant.
Shaw ne l'a pas embrassé uniquement pour la distraire, le baiser était sincère, le dernier. Elle plaque son arme sur sa tempe, le doigt sur la gâchette. Elle entend Root pleurer derrière la porte, la supplier. Elle-même est en train de pleurer comme une idiote, mais c'est mieux ainsi. C'est mieux pour tout le monde et pour elle la première.
- Fais pas l'idiote, la supplie Root en larme. Sameen je t'en prie ne fait pas ça.
Shaw claque sa tête contre la porte en lâchant un sanglot désespéré. Ça serait si simple si Root voulait bien la fermer, la laisser se concentrer.
- Notre évasion était trop facile, lui dit-elle. Et Root ne se serait jamais faite attraper, elle est trop maligne pour ça. Rien de tout ça n'est réel, donc pas d'importance si je me tue.
Sam a fait son choix, c'est une simulation. Bon de toute façon, ça n'a pas d'importance.
- SAMEEN NON ! hurle Root.
- Je ne veux pas vous faire de mal, lui avoue enfin Sameen en sanglotant comme une débile.
- D'accord, d'accord, murmure précipitamment Root. D'accord Sameen. Tu penses que ce n'est pas réel, mais si je te prouve le contraire, tu accepterais de ne pas de faire sauter la cervelle et de venir avec nous ?
Sameen réfléchit un instant à sa proposition. Si c'est réel, personne d'autre que Root ne pourrait l'aider à s'en sortir à condition que ce soit possible. Et puis Root venait de lui dire qu'elle s'était pratiquement suicidée quand elle l'avait cru morte. Or Sameen devait se tuer pour la sauver, pas pour l'envoyer elle aussi au cimetière. Et puis il y avait Lou aussi. Mais Sameen était dangereuse, instable. Elle pouvait craquer et tuer tout le monde d'un coup comme dans les simulations où elle avait des tremblements incontrôlables où tout devenait flou, où elle ne comprenait pas comment elle était arrivée dans tel lieu ou pourquoi elle avait soudainement tel objet dans les mains. Or pour l'instant, elle n'avait pas eu ça. Se pourrait-il alors que ce soit réel ? Et si oui, ça signifierait que ses accès de folie dans les simulations n'étaient pas de sa faute, ils n'étaient qu'une technique de Samaritain pour lui faire perdre pied et ils n'avaient lieu que dans les simulations ? Ce serait un bien bel espoir pour elle. Mais la puce était bien réelle, elle était là où ils la lui mettaient dans les simulations. Donc ça ne pouvait n'en être qu'une. Oui ? Non ? Merde comment être sûre ? Comment Root pourrait-elle la convaincre ?
Si ces actes de folies n'avaient lieu que dans les simulations à cause de Samaritain, elle ne les aurait pas dans la réalité, or jusqu'à présent elle ne les ressent pas, donc c'est réel ? Ou est ce encore une simulation où on veut lui faire croire que c'est réel pour la pousser à donner des renseignements. Si c'est la réalité, ces moments où elle décroche et devient dangereuse sont certes inquiétants mais ils n'ont rien à voir avec les phases de folies de ses simulation. De plus jusqu'à présent, ils ne sont dirigés que contre ceux qui veulent faire du mal à Root et à Louisa, et n'ont pas contre elles. Sameen se rend bien compte qu'elle n'a aucune envie de leur faire du mal, mais si elle craquait … Mais Root serait là pour l'aider. A condition que tout ça soit réel ! Mais Sameen doit d'abord être certaine. Là est toute la question.
- Hein Sameen tu accepterais ? insiste Root angoissée par son silence.
Sameen soupire, mais bon qu'est ce qu'elle a à perdre ? Et puis Root avait raison, on ne sait jamais.
- Comment tu comptes me prouver que ce n'est pas une simulation hein ? Moi j'ai jamais su et toi tu n'en as jamais vécu.
- Si je suis la Root de tes simulations, celle crée par Samaritain, alors je ne te connais pas Sameen non ? Et je te l'ai dit, je te connais mieux que personne.
Un silence s'installe. Shaw réfléchit, ce que dit Root n'est pas faux.
- Très bien, euh …, hésite Root en cherchant une idée. Tu … Tu ne détestes pas le maquillage. Tu trouves ça débile mais tu mets quand même de l'eyeliner pour souligner tes yeux.
Shaw fronce les sourcils, oui ça c'était vrai. Bon peut-être un coup de chance.
- Le matin au petit déjeuner, continue Root qui s'est collée à la porte pour lui parler, tu préfères les céréales avec des copeaux de chocolat. Tu finis toujours par les morceaux de chocolat parce que c'est le meilleur. Et tu les manges dans le lait froid car le lait chaud ça les ramollit trop vite et ça gâche le goût.
Sameen déglutit.
- Tu as adoré nos vacances à Miami le jour où je t'ai offert ta Nissan bleue, enchaine Root.
Shaw baisse son arme sans s'en rendre réellement compte. Merde, ça personne ne le sait à part Root. Personne n'est au courant pour leur virée à Miami Beach. Les larmes coulent doucement sur ses joues, mais cette fois elles ne sont plus de tristesse mais de joie. Merde c'est réel alors ?
Root est désespérée, apeurée même. Mais elle ne s'arrête pourtant pas. Sameen n'a pas encore tiré, donc elle l'écoute, donc elle avance. Sameen plaque une main sur sa bouche alors que la vérité s'impose à elle.
- Tu as montré à Louisa comment casser la figure à ce petit con qui lui volait ses bonbons à la récréation. Euh Matthew … non pas Matthew. Argh, enrage Root en frappant la porte de sa main. Comment il s'appelle putain ? Euh, Michael Seeve, retrouve-t-elle soudain.
Et Sameen se redresse d'un bond. Merde ça n'était pas une simulation. Impossible Samaritain ne savait pas tous ces petits détails insignifiants de son existence, de leur existence en fait, puisqu'Il ne savait pas avant de l'attraper que Louisa existait et Michael Seeve encore moins.
- Quand tu es vraiment fatiguée, tu émets un petit ronflement, continue Root, mais tu …
Elle s'interrompt brusquement alors que Sameen ouvre la porte à la volée et lui saute littéralement au cou. Root est surprise et recule de plusieurs pas sous l'impact pour ne pas tomber, mais elle ne la lâche pas et la serre dans ses bras.
- Je suis désolée, murmure plusieurs fois Sameen dans son cou en pleurant.
- Ça va, lui répond à chaque fois Root.
Au bout de plusieurs minutes, Sam finit par lâcher prise et se redresse pour la regarder. Root lui sourit largement et essuie les larmes sur le visage de Shaw alors qu'elle-même pleure. Elle a bien failli la perdre, à nouveau. Elle lui saisit ses armes et les range dans son dos pour éviter qu'elle ne fasse une autre bêtise. Shaw se laisse faire. Root comprend bien que la situation n'est pas réglée, il va lui falloir du temps, de la patience, et éviter les contrariétés. Or aller au métro en est une visiblement.
- Je … hésite Shaw. Je ne voulais pas que ça se passe comme ça.
Ouais ben c'était pas une réelle excuse ça, mais Root acquiesce pour lui dire qu'elle comprend.
- Rentrons chez nous, lui dit-elle simplement.
Elle sent Sam se raidir. L'appartement de Root n'était pas mieux que le métro. Mais c'était réel alors pas de danger hein ? Elle déglutit et finit par acquiescer au grand soulagement de Root. Il ne fallait pas qu'elle voit Reese et Finch pour le moment. Dans ses simulations c'était Reese qu'elle tuait tout le temps, or ce dernier était rarement au métro sans Finch. Elle pouvait bien restée avec Root et Lou, elles, elle ne leur ferait rien, elle ne leur faisait jamais rien dans ses simulations. Et de toute façon, elle n'avait plus d'armes sur elle, ça réduisait un peu le danger. Root la saisit par la main et porte le téléphone à son oreille tout en sortant et en poussant sa fille devant elles. La Machine était encore là et Elle allait les aider à sortir d'ici en évitant les caméras. Prochaine arrêt : Brooklyn.
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- Elles sont sorties, les informe Lambert en suivant les indications données par Samaritain. Elles se dirigent vers l'ouest.
La puce de Sameen avait cessé d'émettre et Il savait qu'elle avait trouvé un moyen de la retirer. Rien d'étonnant, elle y parvenait déjà dans ses simulations. Mais elles avaient été stupides de croire que Root n'en aurait pas une à son tour.
Samaritain la suit à la trace, elles se déplacent vite au milieu des immeubles, rien d'étonnant elles doivent courir. Il n'a pourtant aucun visuel sur elles. Rien d'étonnant non plus, elles savaient bien éviter les caméras.
Il les voit foncer tout à coup droit vers le nord. Elles pouvaient bien courir, elles ne lui échapperaient pas. Elles traversent la 161ème rue et longent le palais de justice sur Sherman Avenue.
Il les voit ralentir, elles doivent se croire à l'abri. Quelle erreur. Et soudain elles entrent dans l'immeuble en face du palais de justice de l'autre côté de Sherman Avenue. Lambert en informe immédiatement les agents à leurs trousses qui pénètrent. Ils fouillent pendant au moins vingt longues minutes mais ne trouvent rien. Pourtant Samaritain insiste, elles sont là, le traceur l'indique. Et soudain Il voit quelque chose d'étrange se produire. Elles changent tout à coup de bâtiment pour arriver dans celui en face comme si elles … Il en informe immédiatement son atout.
- Elles sont sur le toit, les informe Lambert. Elles ont sauté sur l'immeuble en face.
Merde ça c'est quand même assez impressionnant. Samaritain trouve ça étrange qu'elles y soient parvenues. Elles sont tout de même blessées et affaiblies. L'espace entre les toit était important. Et il y avait Louisa aussi avec elles. Comment avaient-elles réalisé un tel bond ? Et soudain chose encore plus extraordinaire, Il les repère non plus dans l'immeuble mais sur Sheridan Avenue où elles se déplacent rapidement.
- Pas de visuel, entend-t-il un de ses agents murmurer alors qu'il vient d'arriver sur le toit. Elles ne sont pas là.
Il voit que son atout, Jeremy Lambert est aussi perplexe que Lui. Elles ont été trop rapide à descendre du toit de cet immeuble, un peu comme si elles avaient sauté. Sauf que c'est impossible, c'est trop haut. Elles auraient dû se tuer, ou au moins être blessées. Pourtant elles se déplacent rapidement sur Sheridan Avenue. Et vu leur vitesse de mouvement, elles courent.
- Non, elles se déplacent sur Sheridan Avenue, informe Lambert. Dépêchez-vous.
L'agent au bout du fil semble épuisé. Il vient de monter au pas de charge les cinq étages de cet immeuble et là il doit les redescendre pour leur courir après encore une fois. Merde, ces filles ne voulaient pas faire une pause de temps en temps. Ça lui faciliterait la tâche. Ils avaient déjà perdu tellement d'hommes à cause d'elles. Il redescend donc suivi de la demi douzaine d'agents de son équipe. La seconde similaire a surement dû faire de même dans l'immeuble où les cibles étaient il y a quelques instants avant de … de sauter. Ouais, ben elles étaient dingues.
Samaritain les repère alors qu'elles traversent la 163ème rue et se stoppent dans un renfoncement pas loin derrière le restaurant Happy Deli. Cette fois Il les tient. Il contacte son atout Jeremy Lambert pour les encercler et éviter d'autre pertes. Il est temps de cesser ce petit jeu de course poursuite.
Lambert y envoie ses hommes qui y arrivent quelques minutes plus tard. Samaritain trouve leur comportement étrange. Elles semblent tourner en rond et finissent par s'immobiliser.
- Pas de visuel, répète l'agent au rapport.
Ce n'est pas possible, elles sont là.
- Fouillez tout, ordonne Lambert.
Et Il attend patiemment. Il imagine leurs têtes quand elles se feront reprendre, Il savoure déjà sa vengeance personnelles sur elles. Il entend un bruit métallique et un grincement, puis un cri qui n'a rien d'humain. Il identifie un chat, visiblement sorti d'une poubelle.
- Monsieur on a un problème, murmure l'agent en ligne.
Il n'a pas de visuel, or Il lui en faut un. Tout de suite.
- Qu'est ce qu'il y a ? s'impatiente Lambert.
Seul le silence lui répond.
- Trouvez une caméra, ordonne Lambert. Et dîtes nous ce qui se passe.
Les hommes se déplacent jusqu'à trouver une caméra plus haut dans la 163ème rue, mais plus bizarrement encore, le signal du traceur de Samantha Groves se déplace avec eux. Donc ils les ont trouvé, alors où est le problème ? Il les voit entrer dans le champ de vision de la caméra. Ils ont l'air furieux, mais pas autant que Lui quand Il les voit tenir un chat furibond. Elles l'ont trompé, Lui. Elles n'ont jamais été là. L'agent trouve la puce et l'arrache violemment de l'animal qui crie de plus belle de colère et de douleur. Il doit bien avouer que ça, Il ne l'avait pas vu venir. C'était un joli coup, Il devait bien le leur reconnaitre. Mais et maintenant ? Il avait perdu de longues et précieuses minutes. Il les avait perdu elles, et n'avait plus aucun moyen de les tracer. Il aurait dû la lui implanter près du tronc cérébral comme Sameen. Sauf qu'Il sait au fond que ça n'aurait rien changé. Si Shaw avait pu se la retirer, Samantha en aurait fait de même. Peu leur importait la douleur enduré, sauf quand … Sauf quand ça concernait Louisa. C'est à elle qu'Il aurait dû en implanter une près du cerveau. Elles n'auraient jamais osé la lui enlever par risque pour sa santé, alors que la leur, ça leur était visiblement un peu égal. Mais Il n'avait pas voulu. Sa stratégie était d'épargner Louisa pour amener Samantha à lui faire confiance en lui montrant qu'Il ne touchait pas à sa fille. Mais quand Il avait vu que ça ne marchait pas, Il avait fait du mal à la fillette pour atteindre Samantha et Il aurait pu à ce moment implanter une puce à Louisa. Alors pourquoi ne l'avait-il pas fait ? La vérité c'était qu'Il avait sous estimé la petite. Aujourd'hui, il était trop tard pour les regrets. Il fallait les rattraper, et cela en partant du dernier endroit où elles avaient été localisé.
- Retournez à l'immeuble de la 156ème rue, ordonne Lambert en suivant les ordres que Samaritain lui écrit.
Il sait qu'il y a peu de chances qu'elles y soient encore mais elles ont peut-être laissé un indice ou alors elles s'y cachent pour se reprendre. Il les sait affaiblies et Sameen est blessée. Il y a une chance.
- Monsieur, murmure l'agent. Il y a un mot sur … sur le chat.
Lambert hausse les sourcils et Martine explose pour de bon.
- Eh bien lisez le, ordonne-t-elle froidement.
Elles avaient visiblement poussé la provocation jusqu'au bout. Ils voient l'homme arracher le papier du dos de l'animal et lâcher ce dernier qui file. Il déplie le mot et reste un instant silencieux, avant de le tourner vers la caméra. Samaritain zoome. Lambert et Martine en prennent connaissance en même temps que Lui.
"Comme je le disais, vous n'avez pas dû regarder beaucoup de dessin animé, sinon au jeu du chat et de la souris, vous devriez savoir que c'est toujours la souris qui gagne".
De rage Martine renverse l'écran d'un ordinateur tout proche d'elle au sol et Lambert claque sa main sur un bureau pour se calmer. Il ne sourit plus de son habituel air pour le coup. Le message est signé Samantha Groves. Aucun doute possible et elle se moquait clairement d'eux. Mais Il ne perdait pas espoir. Il les avait perdu pour le moment mais Il les cherchait et Il allait les trouver. On ne lui échappait pas. Jamais.
Sameen Shaw : cible à appréhender vivante.
Samantha Grooves : potentiel atout.
Louisa Groves : potentiel atout.
Signal perdu.
Recherche en cours …
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Quand Root sort de l'immeuble en éclaireur, il n'y a personne en vue. Elle fait un signe de main à Sameen. Cette dernière sort en portant Louisa dans ses bras. Elles marchent aussi vite que possible vers les voitures au centre des barres des immeubles mais sans courir pour ne pas attirer l'attention. Tout est calme, mais loin de rassurer Shaw, ça l'angoisse. Elle s'attend à les voir surgir d'un coup de partout pour leur sauter dessus. Root marche entre les véhicules, cherchant à ouvrir les portières. La plupart sont fermées mais d'autre s'ouvrent. Pourtant elle les referme sèchement et continue. Sam sait pourquoi, elle cherche une voiture particulière, sans GPS. Mais bon ça n'est peut-être pas le moment de faire la difficile. Elle pose Lou à terre et se dirige vers une voiture aux vitres teintées. La portière est fermée mais Shaw sait quoi faire. Elle appelle Root d'un claquement de langue et cette dernière la rejoint.
- Le couteau, lui réclame Shaw.
Root le lui tend et l'observe le glisser dans la jointure de la portière pendant plusieurs secondes. Cette dernière finit par céder et s'ouvre. Sameen se lève et lui tend à nouveau l'arme, ce qui étonne Root. Elle n'aurait pas pensé qu'un jour Sameen lui confierait ses armes, elle adorait les porter. Bon le couteau n'était pas à elle, c'est vrai, elle l'avait "emprunté" à l'imbécile du sous sol, ainsi que ses armes, mais tout de même Sameen se sentait si vulnérable sans une arme sur elle. Et là elle la lui donnait sans même que Root ait à la lui réclamer. Elle se sentait clairement mal et n'était pas dans son état normal. Root comprit que Shaw avait peur d'elle-même, à tel point que pour ne pas être une menace qui les mette en danger, elle préférait être désarmée. Et chose encore plus étrange, Root la vit ouvrir la portière arrière pour faire grimper Louisa avant de faire le tour pour monter côté passager. Sam adorait pourtant conduire et refusait que quiconque le fasse à sa place quand elle était là, sauf pour la moto où c'était toujours Root. Cette dernière ne lui fit aucun commentaire et grimpa en voiture.
Elle vit Louisa s'allonger sur la banquette arrière et mettre un pouce dans sa bouche, les larmes coulant sur son visage. Sameen s'occupa de détruire le GPS alors que Root se retourna pour caresser le visage de sa fille et y essuyer les larmes.
- Oh ma puce, lui murmura-t-elle doucement en lui saisissant les mains pour les lui enlever de sa bouche. Tu n'as plus fait depuis des années.
Lou ne la regarde pas, trop choquée par tout ce qu'elle vient de vivre. Elle reste recroquevillée en boule sur les sièges. Root lui dépose un baiser sur le front et pose au sol à côté d'elle le téléphone et les armes qu'elle a prises à Sameen et qui en plus des siennes s'enfoncent trop douloureusement dans son dos pour qu'elle puisse conduire à l'aise. Elle regarde à nouveau sa fille qui n'a pas bougé.
- Ça va aller maintenant, lui promet-elle avant de faire à nouveau face au volant.
Elle démarre la voiture et quitte les lieux sans précipitation. Une voiture qui démarre en trombe attirerait bien trop l'attention.
Root roule calmement pendant 20 minutes dans un silence pesant. Elle s'arrête au feu rouge et jette un coup d'œil à Louisa pour la trouver endormie à l'arrière de la voiture en suçant son pouce. Root lui envoie un sourire bref avant de se reconcentrer sur la route. Le feu passe au vert et elle avance de nouveau. Elle emprunte au maximum les rues de la carte fantôme malgré le fait que les vitres soient tintées.
A côté d'elle, Sameen se ronge les ongles puis les peaux autour jusqu'au sang, mais elle ne semble pas s'en rendre compte, perdue dans ses pensées.
Nouveau jeu Sameen : réel ou pas ? Un vrai cauchemar, même libre Samaritain continue de la torturer, c'est atroce. Elle vit un véritable enfer et Root se rend bien compte qu'elle ne comprend pas pour ne pas l'avoir vécu avec elle. Elle voudrait tellement que Shaw lui parle, qu'elle lui explique pour pouvoir l'aider, savoir comment réagir. Shaw doit lui raconter ce qui s'est passé dans ses simulations. Root est certaine que le problème vient de là, elle commence à extrapoler de nombreuses hypothèses. Shaw lui a parlé du meurtre qu'elle commettait sur Reese et visiblement sur des tas d'autres personnes. Root se doute bien que dans ses simulations, John n'a pas dû être le seul à en être victime, elle a dû tous les tuer jusqu'au dernier avant de se rendre compte de ce qu'elle avait fait et de se tuer. Pas étonnant qu'elle soit dans cet état, ça avait dû être affreusement traumatisant même pour une personne aussi solide qu'elle.
Root lui jette quelques coups d'œil mais Sam reste focalisée sur la route qu'elle ne voit pas, les yeux perdus dans le vague, son coude droit appuyé contre la portière retenant sa tête. Elle continue de se bouffer les doigts de la main gauche.
Alors Sameen, réel ou pas ? Elle commence à dresser un tableau pour et contre dans sa tête.
Réel
Simulation
Root et Louisa lui ont dit des choses que seules elles trois pouvaient savoir. Des choses troublantes que Samaritain ne pouvait pas savoir. Il ne connaissait rien de leurs vies communes. Martine avait bien essayé de lui faire cracher le morceau la dessus, mais elle n'avait rien dit.
Ça n'était pas elle qui avait parlé de Chinatown, c'était Louisa. Or dans les simulations, il fallait que l'informations viennent d'elle car ses coéquipiers étaient fabriqués de toute pièce par Samaritain et donc ne le savaient pas.
Elle n'a pas de flash douloureux qui lui fassent perdre l'équilibre et durant lesquels elle se mettait à déconner et à tuer tout le monde sans comprendre ce qui lui arrivait.
Root est trop maligne pour se faire attraper.
L'évasion était trop simple comme dans les simulations. D'ailleurs le fiat même qu'elle se soit évadée la fait douter, car c'est bel et bien devenu un triste moyen pour elle de distinguer vrai et faux.
La puce était exactement là où elle est dans les simulations.
Elle se prend la tête dans les mains tout à coup, faisant sursauter Root. Merde, elle va devenir complètement folle. Ça pourrait être une simulation particulièrement bien foutue pour une fois, mais Shaw en doute de plus en plus. De nombreux arguments penchent en faveur de la réponse Réalité. Ou est ce juste ce qu'elle espère ? Car après tout il y en a autant en faveur de la réponse simulation. Il va falloir se décider car Brooklyn se profile et elle ne doit pas trahir l'appartement de Root, quitte à sauter en marche. Alors Sameen, réel ou pas ? Pour le savoir, elle devait démonter les arguments de l'hypothèse Simulation.
Alors certes Root est trop maligne pour se faire attraper, sauf qu'ici Root n'avait pas été attrapée, elle s'était rendue. C'était sensiblement différent et ça colle avec l'attitude qu'elle adopterait tout comme son attitude de suivre les ordres de la Machine sans discuter dans le sous sol tout à l'heure.
Une évasion trop facile. Ben oui mais quand saurait-elle alors que c'est la bonne évasion ? Et puis cette fois, Root avait refusé de lui retirer sa puce par peur de la tuer ou de la réduire à l'état de légume en détruisant son cerveau. Or dans les simulations, Root était beaucoup plus franches, froides même dans leur rencontre au supermarché quand elle la revoyait pour la première fois. Rien à voir avec la réaction larmoyante quand elles avaient été réunies dans l'asile et où elle l'avait prise dans ses bras. Elle ne finissait que par lui sauter dessus dans l'appartement où elle était censée vivre et que Shaw ne reconnaissait jamais. Samaritain avait fini par comprendre et Il était question ensuite de planque temporaire plus que de lieu de vie de Root. Alors voilà Shaw n'avait qu'à regarder où Root l'emmenait et si c'était bel et bien chez elles, elle saurait que c'était la réalité non ? A moins que Samaritain ait découvert ce lieu et qu'Il le lui impose dans cette simulation pour la convaincre que c'est vrai et la pousser à … à la folie ? A révéler d'autres informations ? Non ça n'aurait pas de sens, pourquoi serait-elle dans une simulation sinon ? Ces dernières avaient pour but de lui faire avouer des choses et pas de lui donner les réponses toutes faites. Or ici pour la planque du métro à Chinatown, l'information ne venait pas d'elle mais de Louisa pour Chinatown et c'était Root qui avait évoqué le métro. Il y avait toutes les informations ici, même si Sameen n'avait rien affirmée ou réfutée. Ça n'avait pas de sens, si Samaritain savait tout alors pourquoi cette simulation ? Parce que … Parce que ça n'en était peut-être pas une. Tout dépendrait donc de Root et de l'endroit où elle l'emmenait. Hum, ouais ça se tenait, là elle tenait peut-être sa solution. Mais soyons prudente, il restait un point à démonter.
Rester l'argument de la puce. Très embêtant car elle était au "bon" endroit, si l'on peut dire. Sameen passe et repasse sa main derrière son oreille en se mordant la lèvre inférieur. En même temps, c'était sûr qu'Il lui en avait implanté une. Elle était vraiment idiote de ne pas y avoir pensé plus tôt, mais ce jour là sur la raffinerie de pétrole elle s'était rendue compte que c'était réel et donc obligatoirement la puce ne pouvait pas être là, cette dernière n''étant que dans les simulations. Réalité donc pas de puce. Mais alors durant sa dérive dans l'océan, Il aurait dû la localiser pour la repêcher non ? Hum, Il avait surement voulu savoir où elle irait. Voyant qu'elle ne répondait pas à ses questions, Il avait dû vouloir la laisser le guider jusqu'à New-York, jusqu'à la planque comme aujourd'hui d'ailleurs. D'une certaine manière, Il avait su qu'elle était vivante dans l'océan, Il avait su qu'elle s'en sortirait, et si elle était morte bah peu lui importait puisque de toute façon elle ne voulait pas parler ni coopérer. Sauf que voilà, Sameen n'était pas retournée à New-York dans l'immédiat et Samaritain avait dû perdre sa trace durant les jours où elle était cachée sous terre dans la maison de Maya, et ça, ça avait dû l'énerver. A la réflexion, Sam se rend compte, qu'Il l'a localisé le jour où elle est sortie de terre pour aller au marché. Tout se met soudain en place dans sa tête. Elle connait bien Samaritain maintenant, et bien malgré elle, elle connait tout aussi bien sa logique tordue. Le mari de Maya et son frère tardaient à revenir de la pêche et Shaw comprend. Ça n'avait pas été le mauvais temps, comme l'avait supposé Maya. Devant sa disparition de la surface de la Terre, Samaritain avait remonté la piste jusqu'au dernier endroit de sa localisation : Burutu. Et ensuite il avait cherché le dernier endroit où elle y avait été vu : le port de pêche d'où venaient les hommes qui l'avaient trouvée. Pas dur de remonter jusqu'à eux ensuite, des pêcheurs qui trouvent un corps rescapé des flots, ça n'avait rien de banal. Les malheureux avaient dû être tabassés pendant ces deux jours pour leur faire dire où elle était, mais pour ne pas mettre en danger Maya, Mabo et même Sameen, ils n'avaient rien dit. C'est quand Shaw était sortie qu'Il avait su où elle était. Sameen ne reconstitue qu'aujourd'hui ce qui a dû se passer. Elle aurait dû prévoir le coup de la puce bon sang ! Mais elle n'y avait même pas pensé. Elle aurait dû ça aurait évité le massacre de Burutu. Le meurtre de tous ces gens qui l'avaient aidée. Maya. Mabo. Morts, partis, tout comme Mia, tout comme ses parents. Ça la révoltait tout ce que Samaritain faisait, tout ce qu'Il lui avait fait. Elle sent la rage monter alors qu'elle enfonce douloureusement ses doigts dans sa chaire à l'arrière de son oreille ou cette saloperie est encore là. Elle respire mal et Root sent son trouble. Elle voit qu'elle va craquer.
Elle la regarde depuis tout à l'heure et voit bien qu'elle réfléchit, elle voudrait tellement pouvoir lire dans ses pensées pour pouvoir l'aider, pour l'empêcher de faire une sottise comme tout à l'heure. Elle a pressenti depuis quelques minutes le saut en marche, Sam ne cessant de poser et de retirer la main sur la poignée de sa portière, et Root hésite à verrouiller les portières. Mais elle ne peut s'y résoudre, elle ne veut pas enfermer Shaw, lui manifester une quelconque réserve, une méfiance. Elle sent que Sameen a confiance en elle, et elle ne veut pas perdre ça. Elle opte plutôt pour une autre solution et elle lui prend la main pour l'enlever de derrière son oreille et la lui serrer. D'une part, elle veut qu'elle cesse de se faire du mal en y enfonçant ses doigts. D'autre part elle veut un contact avec Shaw pour elle-même mais aussi pour Sameen, pour lui rappeler qu'elle n'est pas seule. Shaw la regarde soudain comme si elle se souvenait de sa présence tout à coup. Son contact l'apaise, elle repense à leur baiser dans ce sous sol et …
Bon stop revenons à notre problème qui est … Euh. Ah oui, l'argument de la puce à démonter. Il fallait la tracer certes pour ne pas la perdre. Mais pourquoi fallait-elle qu'elle soit justement située là ? Sameen n'a jamais cru au coïncidence, mais Samaritain était un salop et un pervers. Sameen savait qu'Il l'avait surement fait exprès pour la faire douter et donc pour la pousser à commettre un erreur et l'attraper et le pire c'est que ça marchait. Elle entrait dans son jeu sadique, un jeu dont elle avait appris les règles peu à peu au cours de sa captivité, un jeu où elle avait perdu toutes les manches. Jusqu'à maintenant. Et si c'était sa première victoire sur Lui ? Ou alors c'est ce qu'Il veut lui faire croire.
Elle regarde désespérément Root. C'était elle sa solution. Si c'était réel, Root saurait où elles vivent sans que Sameen ait besoin de lui dire et ce serait alors vrai. Elle était son seul espoir. Sam lui serre plus fortement la main et Root sourit. Elle est là avec elle et n'a pas dérivé, elle l'a rattrapée. Root la rattrape toujours quand elle sombre, c'était déjà elle qui la sauvait d'elle-même durant sa captivité où elle avait été son seul réconfort. Root veut la calmer un maximum avant de sortir du véhicule, elle ne peut pas déambuler dans cet état de panique dans les rues de New-York. Elle risque de s'enfuir et ça Root ne le veut pas. Et elle veut encore moins lui courir après.
Elles entrent dans Brooklyn et Root gare la voiture. Sauf que ça n'est pas là où elles vivent. Alors Simulation. Sam lâche sa main et se met à paniquer, mais elle reste immobile, figée. Merde, elle qui commençait vraiment à croire à l'hypothèse de la réalité.
- Il faut qu'on parle Sam, lui dit Root une fois la manœuvre finie.
Qu'on parle ? Elle veut qu'elle lui donne l'adresse. C'est une simulation et Il veut qu'elle les conduise à leur appartement. Pas question. Sameen pose la main sur la poignée de la portière, prête à s'enfuir mais Root l'enferme pour le coup en actionnant le bouton de verrouillage centralisé des portes. Elle l'a vue paniquée et décrocher et a régi très vite, ne trouvant pas d'autres solutions que de l'enfermer. Sam se retrouve bloquée, prise au piège. Elle garde le dos tournée à Root, tournée vers sa portière. Elle s'y acharne un instant pour l'ouvrir en frappant dessus et en tirant sauvagement sur la poignée et Root l'observe calmement, la laissant faire. Shaw finit par cesser en fermant les yeux pour se calmer mais elle respire vite, très vite. Elle est coincée et en plus elle n'a plus d'arme sur elle pour se flinguer tout de suite. Tant pis, dès que l'autre la laisse sortir, elle se jette sous un camion ou une voiture.
- Tu manques de la plus élémentaire des politesses Sameen, ironise Root pour détendre l'atmosphère.
Shaw ouvre les yeux et se tourne vers elle. Root est effrayée et souffre de ce qu'elle voit. Shaw est perdue, elle ressemble à une bête traquée, or Root ne lui veut pas de mal. L'interface sait qu'elle doit réagir très vite. Elle reprend ses mains dans les siennes et les lui serre.
- Sameen, c'est réel, lui dit-elle sérieusement.
Elle le lui répète trois fois de suite mais l'expression de Shaw ne change pas et Root comprend qu'elle a besoin d'une preuve, et autre que le suicide. Elle doit trouver un moyen de l'empêcher de s'enfuir, l'empêcher de se tuer, comme elle voulait le faire tout à l'heure. Elle ne peut pas la perdre une deuxième fois. Mais comment faire ?
Ne sachant pas comment la convaincre, Root décide tout simplement de lui demander.
- Comment je peux te le prouver ?
Sameen baisse les yeux et se mord les lèvres.
- Dans les simulations, commence-t-elle doucement, Samaritain ne voulait pas seulement que je vous tue tous …
Elle fait une pause et Root continue de la regarder avec bienveillance quand Sameen repose les yeux sur elle. Elle attend qu'elle continue.
- … Il …, hésite Shaw, … Il voulait que je donne des informations sur l'équipe et sur … sur nous.
Elle déglutit.
- Des informations ? l'encourage Root qui pense soudain comprendre.
- Des lieux, avoue Shaw en baissant de nouveau les yeux.
Root soupire de soulagement à la grande surprise de Sameen qui la regarde perplexe presque furieuse qu'elle prenne les choses avec le sourire. Pourtant Root ne peut s'en empêcher. Elle a compris pourquoi Sameen vient de décrocher. Sameen a peur de donner l'appartement, voilà aussi pourquoi elle refusait si farouchement de retourner au métro. Elle a peur de donner les lieux si c'est une simulation. Ok, réfléchis Root ! Shaw avait accepté de venir à l'appartement tout à l'heure. Elle semblait donc avoir compris, mais elle avait tout de même un doute sur la réalité de cet instant. Elle avait refusé de conduire, chose surprenant venant d'elle, pourquoi ? Parce que … Parce que l'information devait venir d'elle. Si c'était une simulation, Root n'était pas réelle. Elle n'était pas la vrai Root et donc elle ne savait pas où était l'appartement où elles vivaient toute les trois.
- D'accord, murmure Root pour répondre au regard furieux de Shaw. J'ai compris, il faut que ça vienne de moi et pas de toi.
La colère disparait aussi rapidement qu'elle est arrivée alors que Sameen se détend. Ses épaules se relâche tout comme son souffle. Root a compris. Enfin ! Root comprend que ce sera l'ultime preuve pour Sameen, elle ne doutera plus ensuite. Du moins elle espère. Ça n'allait pas être évident sinon.
- Ok on y va alors, lui dit-elle en descendant de voiture.
Root a compris son trouble, elle s'est garée loin de chez elles par précaution, préférant y aller à pied en évitant les caméras bien sûr. Mais Sameen y avait vu une possible preuve qu'elle ne sache pas où elles vivaient. Elle devait lui prouver. Elle prend sa fille endormie dans ses bras et cette dernière gémit sans ouvrir les yeux. Elle enroule ses bras autour de son cou en l'appelant faiblement et sa mère lui caresse les cheveux. Root claque la portière avant de passer devant pour marcher d'un pas assuré. Sam la suit les yeux baissés sur le trottoir, elle ne veut rien lui montrer, aucun environ, rien qui Lui permette de localiser. Elle sait qu'elles sont à six blocs, mais Lui, Il ne doit pas savoir. Et Il ne voit que ce qu'elle veut bien Lui montrer. Root la saisit par la main et la traine doucement derrière elle. Elle se rend compte qu'elle a laissé les armes et le téléphone dans la voiture, et elle se mord la lèvre. Bon pas le temps de retourner les chercher et elle sait se débrouiller ici pour être invisible. Surtout elle veut disparaitre très vite des rues et s'enfermer chez elles. De plus il y a suffisamment en artillerie à la maison pour déclencher une guerre. En attendant elle presse le pas, elle est pratiquement certaine qu'ils ne sont pas là mais elle ne veut rien laisser au hasard. Elle n'a que deux flingues volés au dealer sur elle et rien d'autre, et les chargeurs ne sont pas pleins. Elle ne fera pas le poids en cas d'attaque, sauf qu'ils ne sont heureusement pas là, et de toute façon retourner à la voiture est trop risqué. D'une part si jamais la police a déjà retrouvé la voiture volée et d'autre part cette attitude pourrait faire croire à Sameen qu'elle ne sait pas où elle va.
Sam est de plus en plus anxieuse au fur et à mesure qu'elles s'approchent de l'appartement. Root le sent et sert plus fortement sa main pour parer à toute fuite. Pourtant Sam ne veut aller nulle part. Que ce soit réel, elle en rêve, elle en a tellement rêvé. Et Root semble savoir exactement où elle va.
Quelques minutes plus tard Root ouvrit la porte de son appartement. N'ayant plus les clés, elle avait dû en forcer l'entrée. Elle posa Louisa à terre et ferma la porte derrière Sameen qui redressa enfin la tête en entrant la dernière. C'était bel et bien là, chez elles.
Root saisit un trousseau de clé sur le meuble de l'entrée et verrouilla la serrure. Elle s'adossa à la porte et respira un grand coup. Enfin à la maison. Presque comme si elle rentrait du boulot, un jour comme les autres.
Elle se dirige vers le salon et y allume la lumière alors que le soir commence à tomber. Puis elle se tourne vers elle. Sameen semble aussi absente que Louisa, alors quelle se rend compte qu'elle n'est pas dans une simulation. Elle est partie depuis si longtemps et pourtant tout est pareil. Or si c'était une simulation, tous les détails de décoration que Root a imposé dans leur lieu de vie ne pourraient pas être représenté parfaitement par Samaritain du premier coup. A moins qu'Il ne l'ait trouvé, chose qu'elle est pratiquement sûre d'être impossible. Alors réel ou pas ? De toute façon c'était trop tard pour reculer maintenant et si elle ne se forçait pas à croire à la réalité de cet instant, elle allait finir folle. Elle se décide enfin une bonne fois pour toute et laisse un immense sourire s'étaler sur son visage. Puis elle se reprend et s'approche de la fenêtre pour observer la rue. Personne ne vient. Root se dirige vers sa fille et s'agenouille en face d'elle.
- Eh ma puce, lui murmure-t-elle en passant une main sur sa joue.
Lou la regarde mais semble incapable de parler. Root finit par la prendre dans ses bras et se dirige vers la salle de bain. Elle s'arrête pour se retourner vers Shaw qui n'a pas bougé. Il va falloir pourtant, Root a plus que jamais besoin d'elle et Louisa aussi.
- Sam, Lou ne va pas bien, lui dit-elle, je crois qu'elle est en état de choc.
- C'est pas tellement surprenant, marmonne Sameen sans pour autant bouger de son lieu d'observation.
Devant le silence de Root, elle finit par se tourner vers elle. L'interface lui envoie un regard éloquent pour qu'elle vienne l'aider et Shaw percute. Elle ne bouge cependant pas de la fenêtre
- Il faut qu'on surveille qu'ils ne s'amènent pas, commence-t-elle. Si jamais ils savent …
- Sameen, détends toi, on est enfin en sécurité et on a besoin de faire une sacré pause là. Mais avant ça j'ai besoin de ton aide. Il faut la soigner.
C'était vrai Lou souffrait de nombreuses blessures. Et elles aussi.
Sameen se mord les lèvres indécises mais finit par céder sous le regard de Root et la suit dans la salle de bain.
Root pose sa fille par terre et commence à faire couler un bain en vérifiant la température. Sameen s'agenouille en face de Louisa et lui retire doucement ses vêtements sales en les jetant à terre le plus loin possible. Ils seraient juste bons à jeter. Louisa la laisse faire sans bouger. Elle est comme ailleurs depuis qu'elle a cru que sa mère s'était faite abattre alors qu'elle-même était enfermée dans ce placard. Elle est clairement enfermée dans un état second, complètement choquée. Sameen détaille son corps en se mordant la lèvre inférieure. Elle est furieuse de ce qu'elle voit.
Lou est salement amochée. Elle a une petite bosse à la tête qui ne semble pas trop grave, son nez est recouvert d'un hématome foncé mais est déjà remis en place. Son ventre est couvert de bleus elle a deux ongles arrachés à la main droite et l'index, le majeur et l'annuaire y sont brisés. En remontant le long de son bras droit, elle remarque que ce dernier est brisé au niveau du radius visiblement et que l'épaule est déboitée. Sameen enlève les bandages qui lui couvrent les deux bras et voit de nombreuses coupures qui ont déjà été suturées ainsi qu'une brulure à acide sur son avant bras droit. Sa rage monte encore quand elle voit les marques significatives d'électrocution au niveau du cou, un taser visiblement. Elle l'examine sous toutes les coutures et remarque aussi de petits points rouge dans le dos.
Sam se mord les lèvres pour se retenir de hurler, mais elle peut gérer tout ça. Lou a été salement touchée physiquement. Sans compter la torture psychologique, les images affreuses qu'elle avait vu et les choses horribles qu'elle avait vécu. Sameen commence par tâtonner ses doigts, les phalanges distales sont toutes brisées. Lou ne bronche pas quand elle les lui remet en place. Sameen s'enferme dans son rôle de médecin pour se contrôler et ne pas tout casser autour d'elle de rage. Elle se force à oublier que c'est Louisa en face d'elle. Elle réduit la fracture au bras de la petite. Elle n'a pas de radiographie mais elle peut s'en passer, ses mains agissant comme un véritable scanner. Les coupures ont déjà été traitées mais pas la brûlure. Sam liste dans sa tête ce dont elle aura besoin pour la suite. Elle pose une main derrière son épaule et une devant et elle pousse d'un coup sec pour lui remettre en place. Le bruit est horrible mais Lou ne semble rien entendre. Elle ne ressent rien dans tous les sens du terme. Sameen la regarde ne sachant franchement pas quoi faire pour la réveiller, elle ne sait même pas si elle en a envie en fait. Louisa devrait surement rester ainsi le temps de la soigner.
Root coupe l'eau et se tourne vers elles pour s'agenouiller à son tour devant sa fille.
- Lou, l'appelle-t-elle doucement.
Mais Louisa ne l'entend pas. Root se mord la lèvre et les larmes débordent soudain de ses yeux pour couler. Elle détourne le regard un instant pour se les essuyer avant de reporter son attention sur sa fille.
- Allez, murmure-t-elle d'un ton qu'elle essaye de rendre enjoué en la prenant dans ses bras. Je te mets à cuire la belle.
Elle la prend dans ses bras et la dépose doucement dans la baignoire. Sameen se redresse mais est incapable de partir. Elle sent bien la détresse de Root autant que celle de Louisa, mais honnêtement elle ne sait pas quoi faire, et elle reste plantée là comme un idiote.
- Ça va l'eau ? lui demande Root.
Pour seule réponse, Louisa ramène ses genoux vers elle et les entoure de ses deux bras, avant de se mettre à pleurer doucement.
- Chut, murmure doucement Root en lui caressant le dos. C'est fini, c'est fini maintenant.
Sameen la voit attraper l'horrible canard jaune vif de Lou et le lui déposer dans l'eau. Root le balade doucement autour d'elle et le fait remonter le long de son bras pour la chatouiller un peu tout en imitant le bruit de petit baisers sonores. Elle lâche le jouet et attrape un gant de toilette qu'elle plonge dans l'eau avant de lui humidifier le dos et la tête, puis elle lui lave plusieurs fois les cheveux veillant à ne pas mettre de mousse dans ses yeux comme elle le déteste. Root chante doucement le rythme de Lettre à Elise et Lou semble se détendre un peu, elle relâche ses genoux. Root lui sourit bien que la petite ne la regarde toujours pas. Lou se détend sous ses gestes doux, sa mère prend milles précautions pour ne pas aggraver ses blessures qu'elle découvre peu à peu et qui lui donne envie de hurler et de pleurer. Quand elle a fini elle la regarde un instant très tendrement, attendant que sa fille réagisse.
Lou semble émerger alors que la chanson s'arrête et elle se tourne enfin vers elle comme si elle se rendait soudain compte de sa présence.
- Maman, appelle-t-elle faiblement.
Root lui sourit largement. Louisa semble soudain reprendre un peu pied.
- J'ai fait un cauchemar ? lui demande-t-elle pleine d'espoir.
Root déglutit et fait non de la tête. Louisa le savait au fond. Sa mère la met debout dans la baignoire, attrape une serviette dans l'armoire et l'enroule dedans alors qu'elle la sort délicatement.
- Sameen, appelle-t-elle sans se retourner, tu peux me donner un pyjama pour elle ?
Elle entend Shaw sortir et essuie rapidement sa fille pour qu'elle ne prenne pas froid. Elle la laisse enrouler dans la serviette et l'assoit sur le bord de la baignoire pour lui démêler délicatement les cheveux. Elle va doucement, sachant que Louisa n'a jamais aimé cette épreuve des nœuds, et elle commence à chanter la berceuse russe Une libellule. Lou ne la connait pas mais elle s'en fiche, ça l'apaise et elle commence à s'endormir. Shaw revient un instant plus tard quand Root a fini de coiffer Lou.
Sameen sait que c'est à elle de jouer maintenant. Ne sachant pas quoi faire pendant le bain de Louisa, elle a fini par préparer tout ce dont elle aurait besoin pour la soigner. Elle commence par traiter sa brûlure au bras droit en appliquant une pommade. Elle observe les coupures, furieuse, mais ces dernières ont été bien traitées et elle n'a plus rien à faire de ce côté là. Elle prend son bras droit et y pose un jersey tubulaire, puis une ouate épaisse avant de finir par plusieurs couches de résine. Elle peste intérieurement tout du long en maudissant chaque personne travaillant pour Samaritain. Il avait fallu une sacré rage pour briser un tel os, c'est solide un radius même chez un enfant. Si Lou avait pu la ressentir, Shaw sait que la douleur aurait été insurmontable pour elle. Une fois le plâtre posée, Sam s'attaque aux doigts. Elle les lui immobilise dans une atèle courte avec un strapping. Elle compte au moins trois semaines pour le plâtre et autant pour les phalanges. Lou a fermé les yeux et dort littéralement debout, ou plutôt assise alors que Root la soutient pour l'empêcher de tomber à la renverse.
Sameen lui enfile sa chemise de nuit et se tourne vers Root. Cette dernière berce doucement sa fille contre elle et a fermé les yeux son tour alors que Louisa dort profondément contre elle.
- Fini, lui annonce simplement Shaw dans un murmure.
Root ouvre les yeux, acquiesce et prend son enfant dans ses bras. Elle la porte jusque dans son lit et l'embrasse sur le front avant de la laisser. Arrivée à la porte, elle ne peut se résoudre à la fermer, à perdre Lou des yeux une seule seconde. Elle s'appuie sur le mur et ferme les yeux. Elle revoit chaque blessure infligée à sa fille et éclate soudain en sanglots en ouvrant les yeux. Elle met une bonne minute à se calmer en soufflant plusieurs fois. Elle se rend compte que Sameen l'observe depuis l'embrasure de la porte de la salle de bain, mais quand Root lève les yeux vers elle, Sam fuit son regard.
- Je vais prendre une douche, annonce-t-elle simplement avant de fermer la porte derrière elle.
Root comprend qu'elle veut être seule, pourtant là elle n'a jamais autant eu besoin de sa présence. Elle se laisse glisser le long du mur et reste assise au sol. Merde, elle va devoir se reprendre. Elle finit par se lever et saisit son ordinateur avant de s'installer confortablement dans le salon. Ça faisait un peu plus de deux semaines qu'elle s'était rendue à Samaritain et la Machine aurait certainement des tas de choses à lui faire faire. Elle reçoit des messages cryptées et Root est tellement épuisée qu'elle la laisse la guider sans vraiment réfléchir à ce qu'elle fait. Au bout d'une dizaine de minutes, elle a fini et elle ferme l'ordinateur. Elle pose la tête en arrière sur le dossier du fauteuil et attend. Elle entend l'eau couler à côté.
Sameen a l'impression d'observer une étrangère dans le miroir. Ce qui la frappe bien plus que les marques physiques, c'est sa maigreur extrême. Ses cotes sont visibles partout et ça en est effrayant. Elle observe les cicatrices des balles qu'elle a reçu à la Bourse à l'épaule et dans l'abdomen. Son corps n'est plus qu'une succession de marques preuves de la douleur subie, qui se superposent. Son visage reste insondable alors qu'elle les repasse toutes du bout des doigts. Elle distingue les morsures des rongeurs sur ses bras, les coupures qui ont cicatrisés depuis longtemps partout sur son corps, et les marques des trop nombreuses impulsions électriques qu'elle a reçu. Les brûlures à l'acide dans son dos ont cicatrisé tant bien que mal tout comme celle sur son ventre qu'on lui a infligé, mais il n'en est rien pour celles ses pieds. Ces dernières la font horriblement souffrir. Ses articulations sont douloureuses mais elle peut les bouger. Les doigts de sa main gauche sont un peu moins sensibles et les ongles repoussent doucement. Son visage est couvert de bleus qui commencent à légèrement s'estomper. Son corps est douloureux mais avec le temps et leurs soins, elle devait bien l'avouer même si elle en enragé, ses blessures avaient cicatrisées pour la plupart depuis un bon moment. Seules les récentes seront à traiter.
Sam les énumère toutes froidement, avec détachement. Elle a l'impression que ça n'est pas elle, que c'est une autre qui a subi tout ça et elle s'en convînt pour mieux se soigner. Mais il faut dire que mise à part son bras gauche cassé et les brûlures à traiter, elle n'a rien d'autre à faire. Elle soupire et finit par entrer dans la douche en allumant l'eau chaude.
Root fronce les sourcils. Ça fait une heure que l'eau coule et Sameen ne semble toujours pas disposée à sortir. Or elle est crevée et voudrait s'occuper d'elle-même avant d'aller dormir. Mais comment dire ça à Shaw ? Ça doit faire une éternité qu'elle n'a pas eu la paix à ce point et il était clair qu'elle voulait être seule à cet instant, mais il est tout aussi clair pour Root que Shaw a besoin d'aide, de son aide. Sauf qu'avec Sameen ça n'allait pas être simple de lui faire accepter cette idée. Alors voilà Root tourne en rond. Elle finit par s'approcher de la porte et tape deux coups.
- Sameen ? appelle-t-elle.
Pas de réponse, Root commence à paniquer et si Shaw avait fait une nouvelle bêtise, ça n'était pas une bonne chose de l'avoir laisser seule. Bon sang elle aurait dû le savoir, Sameen n'allait vraiment pas bien et elle l'avait laissée. Elle ouvre brutalement la porte et reste figée une demi seconde sur le seuil. Les yeux fermés, Sameen est assise à terre dans la douche, les jambes ramenées contre son buste. L'eau chaude coule sur son visage qu'elle tourne vers le jet d'eau, ça semble l'apaiser un peu. Malgré la chaleur de la pièce, Root la voit trembler de froid. Elle s'approche et la rejoint tout habillée dans la douche. L'interface sait que Sameen l'a entendue. Shaw sait qu'elle est là mais elle n'ouvre pas les yeux. Root n'arrive pas se décider, elle a peur de la toucher, de la voir disparaitre. Elle a tant rêvé de la retrouver. Et maintenant qu'elles sont libres, en sécurité, et ensemble … Root se rend compte à qu'elle point Sameen est abimée. Elle a l'excuse de l'eau de la douche qui coule pour se permettre de pleurer alors qu'elle voit ce qu'ils lui ont fait. Mais pourtant Root sait que le pire c'est ce qui lui ont fait à l'intérieur. Elle finit par poser une main tremblante sur son épaule.
- Sam, appelle-t-elle doucement.
Sameen ouvre les yeux et la regarde. Elle est là en face d'elle. Tout lui parait irréel, trop beau pour être vrai. Pourtant Sameen sait qu'elle n'est pas dans une simulation. Elle a bien assimilé la chose, mais elle se sent perdue malgré tout. Elle a peur et ça la rend dingue car à cet instant elle ne devrait pas ressentir ça. En fait elle ne devrait rien ressentir du tout. Mais le problème n'est pas tellement qu'elle ressente désormais les choses, car au fond elle les a toujours ressenties sans vouloir l'accepter, sans vouloir écouter. Non le problème c'est que désormais, elle est obligée de les écouter et la vérité c'est qu'elle ne sait pas quoi faire de tous ça. Elle ressent tout bien trop fort désormais.
Quand elle est entrée dans la douche, Sameen s'est sentie très bien après s'être lavée une demi douzaine de fois. Elle avait enfin la paix, pas de caméra ici, juste elle face à elle-même. Mais elle n'arrivait à pas à observer son corps sans ressentir un certain dégoût. Pour le refouler, elle a fermé les yeux. Grosse erreur, elle n'a en rien échappé à quoique ce soit en faisant ça, car Sam a alors tout revécu. Tout ce qu'il lui est arrivé, tout dans les moindres détails. L'horreur absolue. Elle a senti la bile monter et elle a dû s'accrocher au mur pour ne pas s'écrouler. Shaw a commencé à décrocher et à perdre pied. Sa respiration s'est accélérée, son cœur s'est mis à batte très vite et elle s'est sentie mal, très mal. Elle a ouvert les yeux pour échapper à tout cela et là elle a failli mourir d'un nouvel arrêt cardiaque. La blonde était là en face d'elle, et ses jambes se sont dérobées sous elle. C'était pas possible bon sang. Sameen s'est accrochée au mur, elle s'est sentie partir loin et replonger dans cet horrible enfer. Martine se foutait d'elle, de sa décomposition à sa vue.
- Ce que je veux c'est toi, ma chérie.
- Laisse moi, la supplia Sam.
- Je vais te retrouver Shaw. Et crois moi je vais adorer nos retrouvailles. Et je ne ferais pas juste ce que j'ai à faire te concernant. Je te jure que tu vas adorer.
Sameen s'était plaquée les mains pour se boucher les oreilles, et les larmes avaient coulé.
- Non, gémit-elle rageusement en larme. Non, non, non. Tu n'es pas là. Va-t-en.
Elle a à nouveau fermé les yeux pour lui échapper. Le noir absolu l'a envahie et la salope a disparu car Shaw le sait, elle n'a jamais été là. Elle s'est calmée, mais n'a pas bougé. Pourquoi faire de toute façon ? Elle a eu trop peur d'ouvrir les yeux, de la voir à nouveau. Mais non elle n'est pas là. Mais Martine ne la laisserait jamais tranquille, Sameen le savait. Samaritain ne la lâcherait pas, ne les lâcherait pas il fallait le détruire, les détruire, tous les tuer. Jusqu'au dernier. La rage s'installe tout à coup sans effacer sa peur pour autant, mais elle l'a un peu atténuée. Tuer Martine, y prendre un malin plaisir et tout son temps surtout, Shaw avait souri d'une joie mauvaise à cette idée. Mais la rage était alors partie aussi vite qu'elle était arrivée, ne lui laissant que la peur à nouveau. Se battre, se venger. Oui d'accord, mais Sameen n'était pas dupe sur son actuel état pas tant physique, mais surtout psychologique. Elle n'était pas prête et allait devoir se reconstruire, vite. Mais comment surmonter tout ça ? … Oublier, tout oublier. C'est ce qu'elle veut, oublier. " Ça n'est jamais arrivé Sameen" se dit-elle. Elle se répéta ça encore et encore pendant un long moment. Oublier, oui, c'était ça la solution. Oublier pour reprendre le contrôle sur elle-même sur sa vie, sur ses choix, sur tout ce qu'on lui avait pris. Et elle s'est sentie mieux, c'était fini enfin. L'eau l'a calmée et elle s'est sentie plus détendue. Surtout quand Root est entrée en fait. Sam l'avait entendue comme loin dans un brouillard. Elle l'avait soudain touchée et Sameen avait dû ouvrir les yeux pour être sûre que c'était bien elle.
Et Root n'en revient pas quand Shaw lui sourit. Elle est soulagée et Root la trouve belle malgré son triste état. En fait, elle la trouve belle tout court. Et elle sait ce qu'elle veut à cet instant. Elle lui renvoie son sourire et penche la tête vers elle. Sameen perd son sourire alors qu'elle la voit s'approcher, Root ferme les yeux et Shaw panique. Merde elle aussi en a envie, mais ça n'est pas le moment ou en tout cas c'est l'excuse qu'elle se donne à elle-même pour se convaincre. Au fond elle sait que ce n'est pas la vrai raison, sauf si … Sauf si rien. Ça n'est pas arrivée. Shaw coupe court à toute pensée et à toute éventualité en se levant. Elle se sent un instant mieux puis soudain très mal. Elle est vraiment lâche. Elle voudrait revenir en arrière et la prendre dans ses bras, l'embrasser et même plus car après tout, tout va bien maintenant. Elle s'en veut, mais Sameen le sait, on ne revient pas en arrière. Jamais. Il fallait faire avec ses choix, même si ceux si sont pourris.
Prise au dépourvue, Root perd son sourire et reste un instant comme une idiote alors qu'elle ouvre brusquement les yeux et entrouvre la bouche de surprise. Sameen ne l'a pas vraiment repoussée, mais elle l'a, comment dire, esquivée. Or après sept mois d'abstinence, Root sait qu'elle en a envie autant qu'elle. Et ça la détendrait carrément vu son état. Mais elle comprend et ne peut s'empêcher de la trouver adorable. Elle la regarde en souriant se diriger vers le lavabo, Shaw ne semble pas pouvoir la regarder, ni se regarder dans le miroir en fait. Et Root la voit s'enfermer dans un rôle rassurant pour elle, celui du médecin, alors que d'un mouvement sec et rapide elle réduit sa fracture au bras gauche en lâchant un cri de douleur. Root se lève d'un bond, son sourire glissant pour de bon cette fois, alors que Sameen ferme les yeux sous le coup de la douleur et lâche un gémissement de douleur dans un souffle. Quand elles les rouvre, Root l'a rejointe derrière elle et Sameen la regarde dans le miroir. Doucement et sans geste brusque, elle la voit enrouler délicatement ses bras autour d'elle et poser sa tête dans son cou humide pour l'embrasser. Sameen en oublie sa douleur et ferme les yeux en gémissant de plaisir, la laissant faire. Elle respire vite et se tourne vers l'interface pour trouver enfin ses lèvres. Ça c'était son choix et elle voulait faire avec, surtout si ça impliquait Root. Cette dernière sourit en approfondissant leur baiser. Elle la soulève sur le lavabo et lui caresse doucement les seins et le ventre en descendant délicatement. Et soudain tout dérape, Sameen se raidit et la repousse les bras tendus sans pour autant la lâcher, ses mains restant agrippées à son tee-shirt. Root interrompt le baiser et la lâche quand elle comprend que ça ne va pas. Elle avait déjà compris dans la douche, merde quelle idiote, elle n'aurait pas dû insister. Elle ne voulait pas satisfaire son seul plaisir quitte à blesser Sameen, à profiter d'elle en somme et de son état d'affaiblissement, à la mettre mal à l'aise. Elle l'aimait et pouvait bien attendre qu'elle se sente mieux bon sang. Mais Root sait qu'elle ne l'a pas embrassée juste par égoïsme, elle avait pensé, à juste titre visiblement, que Sameen en avait envie autant qu'elle. Mais quelque chose la retenait, l'empêchait de se sentir bien, de se laisser aller.
Shaw se remet debout et ouvre les yeux en observant le sol de la pièce, sans oser regarder Root. Elle n'est pas prête et elle s'en veut car elle voudrait tellement en être capable. Mais elle n'y arrive pas, elle ferme de nouveau ses yeux pour reprendre ses esprits sans lâcher Root. Elle se sait égoïste, lâche et même minable, mais son contact la rassure. Elle a peur d'ouvrir les yeux pour y lire la déception de celle qu'elle a tant cherché à revoir, à retrouver. Et maintenant que c'est fait, elle ne comprend pas ce qui la retient parce que paradoxalement à son comportement Sameen a envie de Root, peut-être plus que jamais. Mais il y a un problème, qu'elle ne distingue pas, comme un signal d'alarme dans une zone de son cerveau qui lui a hurlé de s'arrêter par un "stop" strident, crevant la bulle de bien être qui s'était installée autour d'elles. Mais elle n'identifie pas les causes de cette foutue alarme à la con, alors comment l'arrêter et pouvoir continuer où elles en étaient ? Impossible. Et maintenant ? Sameen se sent mal, très mal. Pour ce qu'elle a fait à Root, mais aussi elle-même.
Si elle ouvre les yeux qu'en sera-t-il ? Bah avec Root, elle ne savait jamais. La dernière fois dans ce sous sol, quand Sameen l'avait déjà repoussée à cause de ce fameux signal d'alarme dans sa tête, Root lui avait souri alors qu'elle était certaine de la voir déçue et qu'elle la rejette. Alors bon elle devait tenter le coup. Merde elle devait cesser de faire la mauviette et assumer, et puis c'était Root quoi.
Sauf que cette fois, ce n'est pas son sourire qu'elle trouve en ouvrant les yeux. Et Sameen en est effondrée. Root la regarde en pleurant sans pouvoir s'en empêcher.
- Je … Je suis désolée lui murmure Shaw. Mais je …
Elle fait une pause, détourne les yeux et souffle un bon coup pour se reprendre avant de regarder à nouveau Root dans les yeux.
- Je sais que je te contrarie, lui dit-elle enfin. Et je suis désolée. Je …
Mais elle est incapable de continuer, alors que ses yeux se chargent en larmes. Root n'en revient pas. Sameen qui pleure. Merde, c'est juste irréaliste et flippant.
- Regarde moi, lui ordonne-t-elle doucement en lui encadrant le visage de ses deux mains. Est-ce que j'ai l'air contrarié ?
Elle secoue la tête pour répondre à sa propre question.
- Je suis là et je ne partirai pas en courant Sameen.
Elle la sent trembler et les larmes coulent soudain sur son visage. Root la serre dans ses bras et Sameen répond à son étreinte.
- Parle moi, je t'en prie, la supplie-t-elle alors que les larmes ne semblent pas pouvoir s'arrêter chez l'une comme chez l'autre.
Root voit bien qu'elle a besoin d'aide, mais si elle ne se confie pas à elle, elle ne pourra rien faire pour l'aider. Sameen comprend sa requête, son envie de l'aider. Mais comment peut-elle lui parler ? Et lui parler de quoi au juste ? Elle ne comprend même pas elle-même pourquoi elle est comme ça, pourquoi elle a ce blocage, alors comment l'expliquer à Root. Et la vrai question est veut-elle être aidée ? Oui ? Non ? Elle s'est toujours débrouillée seule alors cette fois-ci aussi, elle trouvera la solution. Sauf que là c'est différent, Shaw n'avait jamais été détenue, l'expérience chez Samaritain avait été une grande première pour elle. La captivité avait été longue et les tortures intenses. Elle refusait d'en parler déjà à elle-même, car les revivre comme tout à l'heure la faisait sombrer et elle n'avait clairement pas besoin de ça, et encore moins à quelqu'un d'autre. Non il ne fallait surtout pas en parler, ne plus en parler, car ce serait les admettre. Il faudrait alors passer par toutes ces stupides phases de la guérison, le déni, la colère, l'acception, la tristesse et toutes ces conneries. Or elle n'avait pas le temps pour ça. Il fallait se remettre au travail et vite pour continuer et finir cette foutue guerre. Et tout ce qu'elle avait appris sur Samaritain pendant sa longue détention allait leur servir. Du moins, elle l'espérait. Que tout cela n'est pas servi à rien. Donc non pas d'aide, elle allait se remettre et ça irait mieux. Et Root était là maintenant, sa seule présence était la seule aide dont elle avait besoin.
Root et Sameen se détachent de leur étreinte et Shaw secoue la tête pour lui signaler son refus à sa requête. Root soupire, un peu déçue, même si au fond elle s'y attendait. Elle ne perdait pas espoir pour autant. Sameen lui cachait quelque chose, quelque chose de grave. Et le jeu du "je vais bien tout va bien" allait finir par leur péter à la figure car il était clair qu'elle n'allait pas bien, même si elle tentait de le cacher. Tellement pas bien, qu'elle allait exploser, encore. Root avait compris que ce mal être était responsable de son comportement irréfléchi, violent et même sauvage qu'elle avait quand elle entrait dans une véritable crise de rage comme tout à l'heure dans l'immeuble. Si Root n'avait pas été là pour l'arrêter, elle aurait tué ce sale type et aurait même continué à le frapper après, et Samaritain aurait fini par la trouver. Elle se serait faite reprendre. A ce moment, Root l'avait vu sombrer, totalement déconnectée de la réalité. Mais ça, ce comportement n'était que la conséquence. Or pour l'aider, Root devait trouver la cause. Bon pas trop dur, c'était une torture bien horrible qu'elle avait subi par Samaritain, mais laquelle ? Là était toute la question. Shaw devait lui parler car Root ne le devinerait pas elle-même. L'interface savait que le seul moyen de l'aider était de la faire parler de ce qu'elle avait subi. A partir de là, elle pourrait commencé à aller mieux. Mais Sameen refusait et pour le moment, elles étaient épuisées. Root abandonnerait pour ce soir. De toute façon, il ne fallait pas la braquer. Mais elle ne la lâcherait pas. Jamais. Elle saurait, mais c'était à Sameen de lui dire, et non pas à elle de la forcer. Mais elle n'allait pas la laisser choisir la solution de facilité, celle où elle s'enfermerait seule dans sa douleur. Root était avec elle, pour le meilleur et pour le pire.
- Je comprends tu sais, lui dit-elle.
Sameen est encore plus furieuse contre elle-même et se sent encore plus mal. Putain Root ne changerait jamais. Shaw avait bien conscience de lui faire, bien malgré elle, du mal. Mais Root restait là et pire, lui disait qu'elle comprenait. En gros elle la pardonnait. Chose qu'elle-même n'arrivait pas à faire. Son comportement la rendait malade. Elle se dégoutait profondément. Le dégoût. Voilà ce qu'elle ressentait, voilà ce qu'elle avait ressenti quand Root l'avait embrassé, un profond dégoût pour elle-même. Mais pourquoi ? Shaw chercha un demi seconde et finit par trouver une réponse qui à ses yeux était acceptable et suffisante pour le moment en tout cas : Elle ne méritait pas ce contact car elle l'avait trahie.
- Plus tard alors, lui proposa Root.
Pour toute réponse, Sameen acquiesça. Oui "plus tard" voilà, c'était bien ça "plus tard". C'était loin "plus tard" et pas bien défini dans le temps. Et surtout, "plus tard" ça n'était pas "maintenant". Il s'en passerait des choses entre "plus tard" et "maintenant". Ils avaient une guerre à mener et Root verrait très vite qu'il y avait plus urgent que Sameen et ce petit problème de contact qu'elle était certaine de pouvoir palier, surmonter et régler seule et très rapidement d'ailleurs. Root aurait bien d'autres sujets de préoccupation que ça, vu ce qui les attendait.
Cette dernière lui sourit, heureuse de sa réponse avant de se déshabiller pour se glisser dans la douche chaude qui coule toujours. Shaw détaille son corps un instant avant de se reconcentrer sur son bras. Elle l'immobilise dans un plâtre comme Louisa bien que ça ne l'emballe pas car ça obstrue ses mouvements. Mais bon, elle n'a pas trop le choix, et en plus un plâtre ça pouvait toujours servir d'assommoir et même d'arme en y réfléchissant bien. Elle se donne au moins une semaine, elle n'est déjà pas sûre de le supporter tout ce temps. Elle s'occupe ensuite de ses brûlures et part chercher une tenue pour la nuit pour elle-même et pour Root. Avant de quitter le salon, elle décide de poser une chaise contre la poignée de la porte, juste histoire d'être certaine. Quand elle rentre dans la salle de bain, Root est sortie de la douche. Enroulée dans une serviette, elle tente maladroitement de poser une atèle sur ses doigts brisés comme Samaritain l'avait fait quand Il l'avait fait soigner. Sameen lève les yeux au ciel
- Pff, t'es pas douée. Laisse je vais le faire.
Elle la fait s'assoir sur le rebord de la baignoire et lui lance sa tenue pour dormir, tandis qu'elle-même enfile la sienne. Elle observe rapidement son corps. L'oreille a été traité et la cicatrice est propre. Il en est de même pour la hanche. Son abdomen est recouverts de bleus et de brûlures. Sameen décide de commencer par là et lui applique une pommade. Root frissonne à son contact mais ne fait aucun geste. Pourtant, elle crève d'envie de la prendre dans ses bras, mais pas que ... Or Shaw lui a dit oui pour "plus tard", et honnêtement elle-même est épuisée. Shaw remarque aussi quelques coups de taser sur son ventre, et quand elle voit Root grimacer légèrement de douleur au passage de ses doigts, elle comprend que certaines de ses cotes sont cassées. Elle s'occupe ensuite des doigts de sa main droite. Ces derniers ont déjà été remis en place, Shaw n'a plus qu'à mettre l'atèle. Une fois qu'elle a fini, elle reste plantée là devant elle comme une idiote, ne sachant pas quoi faire. Root enfile son pull et se lève. Elle la prend par la main et la guide jusqu'à leur chambre, en prenant au passage un téléphone et une arme qu'elle glisse sous son oreiller. On ne sait jamais.
Sameen ressent un profond sentiment de bien être quand elle se glisse dans les draps, mais elle ressent soudain un manque qu'elle n'explique pas tout de suite bien. La solitude. Elle se pelotonne alors contre Root et cette dernière la prend dans ses bras. Shaw pose la tête sur son épaule et passe un bras au dessus de son ventre le laissant pendre par-dessus elle. Elle a trop besoin de son contact, et c'est réciproque. Root la serre pour être sûre de ne pas la perdre. Elle se tourne vers le téléphone quand ce dernier vibre et Shaw la voit sourire.
- Quoi ? s'inquiète-t-elle immédiatement.
Root la voit sur le qui vive, prête à charger, à foncer. Or tout va bien et elle lui montre le message qu'elle vient de recevoir d'un contact soi disant inconnu. Shaw se détend aussitôt dans ses bras. La Machine leur dit juste de se reposer, qu'Elle veille sur elles et qu'elles sont en sécurité. Sam le savait déjà puisque Root n'a cessé de le lui dire, mais quand même la Machine est plus omnisciente que son interface et le fait que ce soit Elle qui le leur dise a une valeur définitivement rassurante. Pourtant …
- Tu ne dormiras quand même pas, pas vrai ? devine Root avec un petit sourire.
Sameen tourne la tête vers elle tout en restant lovée dans ses bras. Ça n'est pas une critique, Root a juste constaté la chose. Evidemment qu'elle ne va pas dormir bien qu'elle soit épuisée, elle allait veiller au grain. Ça ne servirait à rien de le nier de toute façon, Root la connait trop bien. Alors Shaw fait juste non de la tête et le sourire de Root grandit.
- Très bien, mais on a vraiment besoin de dormir Sameen. Si tu veux tu veilles cette nuit et demain je te laisse dormir et c'est moi qui veille.
Shaw réfléchit au marché. C'est honnête et rassurant car évidemment qu'elle ne restera pas sans dormir indéfiniment, elle allait bien finir par s'écrouler à un moment. Root lui proposait une sorte de tour de garde et ça lui allait très bien. Il y avait la Machine aussi qui était là et qui veillait, mais deux précautions valaient mieux qu'une.
- Ok, lui dit-elle.
Root se pencha en avant pour l'embrasser sur le front avant de se rallonger.
- Oh une dernière chose Sam.
- Hum ?
- Tu ne te sauves pas et tu ne prends aucune arme pour te faire du mal.
Shaw déglutit. Merde elle se sent comme une gamine prise en faute et ça l'énerve, mais Root a raison d'être méfiante, d'avoir peur de son attitude. Sameen ne peut que lui donner raison. Mais désormais elle va se reprendre.
- Shaw, insiste Root.
- Ouais, ouais, grogne-t-elle. C'est ok.
- De toute façon, lui murmure Root en saisissant le téléphone et le taser, tu n'as pas intérêt. Elle me préviendra si tu fais une idiotie.
- A une condition, murmure soudain Shaw en ignorant sa dernière remarque.
Root se raidit et attend attentivement. C'est ce qu'elle redoutait, Shaw allait vouloir une arme. Or Root n'est pas très disposée à lui en confier une, pas après avoir vu Sameen manquait de se tirer une balle dans le crâne.
- Je t'écoute, dit-elle enfin en déglutissant avec appréhension.
- Tu ne contactes ni Harold ni Reese. Sérieusement Root, c'est trop risqué.
Ça n'est pas la vrai raison, pas seulement. Mais elle ne peut pas avouer à Root ce qu'elle a fait car au fond elle n'a rien fait, ça n'était pas réel. Donc ça ne comptait pas. Rien de ce qui s'était passé là bas durant ces sept mois ne comptait. C'était maintenant qui comptait.
- Ok, lui répond Root soulagée en relâchant ses épaules.
Elle avait craint le pire pendant une bonne minute mais Shaw n'exigeait que sa parole en retour de la sienne et Root pouvait bien l'a lui accordée même si elle craignait pour la sécurité de Finch et de John. Mais bon la Machine l'aurait prévenue s'ils couraient un danger. Elle pose donc le téléphone tout près d'elle et garde le taser dans sa main pour être prête à agir très vite. Mais elle ne pense pas que ce sera le cas, Sameen lui avait promis. Root s'installe confortablement contre elle, et s'endort en respirant son odeur.
Shaw reste en alerte et écoute tous les sons. New-York n'est jamais calme et ça la tient éveillée. Elle n'entend rien de suspect. Elle ne s'endort pourtant pas, elle s'y refuse et écoute, tous ses sens en alerte surtout son ouïe. Elle est détendue. Elle est libre. Elle est vivante. Elle est avec Root.
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Elle est à terre et la femme la frappe encore et encore. Louisa ne dit pourtant rien mais elle a peur. Martine arrête mais Lou reste à terre pour reprendre sa respiration. Lambert se penche sur elle et lui dégage les cheveux pour qu'elle puisse le voir.
- Où elle est ta mère ? lui demande-t-il encore.
Elle ne lui répond pas et le regarde d'un air mauvais. Elle le déteste. Il se met à rire devant son silence et son air déterminé.
- En fait, continue-t-il en lui caressant le visage alors qu'elle frisonne de peur et de dégoût à son geste, tu n'as plus besoin de nous le dire …
Elle fronce les sourcils sans comprendre alors que Martine ouvre la porte et sa mère est propulsée à terre dans la pièce. Louisa sent la terreur l'envahir alors que Martine sort une arme. La petite se tourne vers Lambert.
- … parce que maintenant on peut la tuer, achève ce dernier.
- Non, lui dit-elle en pleurant.
Il lui sourit plus largement et elle se tourne vers Martine qui tire une balle dans la tête de Root et elle hurle.
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- MAMAN.
Louisa s'est réveillée en sursaut, morte de peur et morte de chaud. Elle pleure et respire mal. Où est-elle ? Que s'est-il passé ? Où est sa mère ? Est-elle morte ?
- Lou, l'appelle quelqu'un pas très loin.
Elle déglutit légèrement soulagée, mais elle respire toujours lourdement. Elle n'est pas seule. Elle se lève toute tremblante et reconnait sa chambre. Comment est-elle arrivée là ? Elle ferme les yeux pour se concentrer. Elle se souvient de Samaritain, de Lambert, de Martine, du cauchemar qu'elle a vécu et qui était tout ce qu'il y a de plus réel, de leur évasion, des égouts, de l'immeuble, et après plus rien c'est le trou noir. Elle ouvre les yeux mais ne respire toujours pas bien. Elle sent la sueur qui dégouline dans son dos. Un truc lourd pèse sur son bras droit et elle tâtonne pour sentir un plâtre. Quelqu'un l'a soignée. Qui ? Elle est chez elle, donc quelqu'un de gentil et qui l'aime.
- Louisa, l'appelle-t-on encore.
Elle reconnait vaguement Sameen cette fois. Cette dernière est inquiète que la petite ne lui réponde pas. Malgré ses jambes tremblantes, Lou sort de sa chambre et se dirige vers la leur en s'arrêtant à l'entrée. Peut-être n'a-t-elle fait qu'un long et horrible cauchemar très étrange. Mais elle a le souvenir d'avoir posé cette question à sa mère dans un bain à un moment qu'elle ne situe plus très bien et celle-ci lui avait dit que non. Elle observe la chambre plongée dans le noir. Elle y voit Sameen et Root qui la regardent. Louisa déglutit, elle se sent idiote à rester plantée là. Elle serre d'autant plus fort son lapin en peluche. Mais elle n'arrive pas à avancer. La peur la paralyse alors que son cauchemar lui a semblé tout ce qu'il y a de plus réel.
- Tout va bien ma puce, lui dit sa mère en tendant une main vers elle. Allez viens.
Lou s'avance dans la chambre et monte dans le lit alors qu'elles s'écartent pour qu'elle vienne se mettre entre elles. Elle tremble encore violemment. Root la prend dans ses bras pour la calmer et Shaw lui caresse maladroitement le dos, ne sachant pas trop quoi faire d'autre. Louisa finit par cesser de pleurer et elle se rendort. Root, elle, a plus de mal mais la fatigue la rattrape et elle sait que sa déesse et Sameen veillent.
Quand elle rouvre les yeux de nombreuses heures plus tard, l'aube pointe. Elles sont toujours dans la même position toutes les trois mais la différence c'est que l'épuisement a fini par avoir raison de Shaw. Cette dernière s'est endormie et Root lui sourit. Elle saisit son téléphone, son taser et son arme avant de se lever. Louisa grogne dans son sommeil quand elle la lâche et retombe mollement contre le matelas sur le ventre. Root se sent reposée et détendue comme jamais depuis très, très longtemps. Mieux elle est euphorique et respire le bonheur à tel point qu'elle a envie de chanter. Mais elle se retient, ne laissant qu'un immense sourire sur ses lèvres. Elle se lève et va dans le salon où tout est calme. Elle observe dans la pièce la chaise que Sameen a posé contre la porte pour la condamner, elle ne l'avait pas vu hier, mais nul doute que ce soit une initiative de Shaw. Puis ses yeux tombent dans un coin de la pièce sur les sacs qu'elle avait préparé pour s'enfuir très vite si jamais elles avaient été suivie. Elle sourit en se rendant compte que ces derniers tout comme la chaise ne seraient pas nécessaires. Elle a très envie de contacter Finch et Reese pour leur faire savoir qu'elles sont libres et vivantes. Ils ont dû les chercher et peut-être même continuent-t-ils encore mais sans plus grand espoir désormais, et elle voudrait mais Root se retient, tenue par sa promesse à Sameen.
Sameen dort toute la matinée et un calme serein règne dans l'appartement. Root est assise dans le salon sur le canapé en train de taper sur son ordinateur. Louisa a fini par se lever et la rejoindre quelques heures plus tard. Elle semblait plus présente que la veille mais n'arrivait pas encore à parler, et Root ne l'y a pas obligé, lui envoyant un sourire rassurant. La petite a fini par aller chercher ses crayons de couleur et un épais bloc de papier dans sa chambre avant de revenir dessiner sur la table du salon assise en tailleur. Root sait que cette activité la calme. Louisa peste intérieurement. Elle est droitière et elle dessine mal avec la main gauche, mais malgré tout elle en a besoin. Root lui jette quelques coups d'œil discrets de temps en temps, elle ne veut pas lui donner l'impression de l'espionner. Ses premiers dessins sont ce que Root pourrait qualifier de normaux, mais peu à peu Lou en fait de plus sombres. Root sait que c'est son moyen d'expression favori, c'est plus simple que de parler, et encore plus actuellement. Lou sursaute à chaque coup de klaxonne qui retentit dans la rue et court regarder à la fenêtre d'un air angoissé en se mordant la lèvre, ce qui se passe. Root la laisse faire. Elle a décrypté dans un mail les nouvelles identité que la Machine vient de lui assigner à elle, Sameen et à sa fille. Désormais elle est en pleine conversation écrite avec sa déesse sur un forum en ligne.
- Comment allez vous toutes les trois ? s'enquit-elle immédiatement.
Root voudrait lui répondre bien, mais elle n'y parvient pas. Elle est très touchée de son inquiétude.
- Tu m'as manquée, lui dit-elle simplement.
- Root, qu'est ce qu'Il vous a fait ? insiste la Machine qui veut une réponse.
Root soupire. Sa déesse n'abandonnait jamais. Tout comme elle-même d'ailleurs, pas étonnant qu'Elle l'ait prise pour interface en fin de compte.
- Shaw a subi torture sur torture, lui avoue-t-elle en écrivant très vite comme si le fait de se débarrasser rapidement des mots allait changer la réalité. Elle a parlé de simulation où elle tuait tout le monde, Il l'a perdue entre réalité et imaginaire et du coup elle est …
Elle marque une pause. Comment décrire l'état actuel de Sameen ? Ça n'était pas simple. Shaw pouvait être très bien et soudain elle dérapait.
- … elle se comporte de façon étrange.
- Root ça ne va pas être facile pour elle. Sameen est têtue, elle va vouloir refouler. Or il faut qu'elle en parle.
Root le sait bien mais ça n'allait pas être aussi simple. Shaw refusait de lui parler, amis elle avait dit plus tard donc c'est qu'elle comptait le faire à un moment non ? Oui mais quand plus tard.
- Et comment veux-tu que je fasse ?
- Sois présente et patiente avec elle.
Root secoue la tête. Ça elle le savait déjà, elle décide d'être plus explicite avec la Machine.
- Je ne sais pas comment prendre la nouvelle Shaw. Elle a changé, elle est devenue plus … tendre, plus ouverte aux sentiments et aux choses.
- C'est ce qu'Il a voulu, lui explique la Machine. Il a appuyé là où ça ferait le plus mal pour elle. Le point faible de Sameen est sa non gestion des émotions. Toute sa vie, elle a refusé de les voir, de les assumer, elle les a refoulé jusqu'à …
- …moi, achève Root à haute voix.
Lou lève les yeux vers sa mère mais elle se rend compte que Root parle à la Machine et elle replonge dans son dessin.
- Exactement, lui confirme la Machine. Tu as été son point de bascule. Sameen t'a aimée, et t'aime encore. Mais elle n'a jamais voulu le reconnaitre officiellement ni à toi, ni aux autres, ni à elle-même.
Ça Root le savait et elle s'en fichait. Seul comptait que Sameen l'aimait et que Root le savait même si Shaw ne le savait pas elle même, ou refusait de le savoir.
- Donc tu crois que Samaritain l'a obligée à le Lui avouer. Lui avouer qu'elle m'aime.
- Je pense, oui, lui confirme sa déesse.
- Mais comment ? demande Root.
Elle est perplexe et un peu jalouse que ce truc ignoble est réussi là où elle-même a échoué. Elle avait tant cherché à ouvrir les yeux à Sam sur ses sentiments, en vain. Celle-ci se refermait comme une huitre dés que le sujet était abordé de près ou de loin. Mais il est vrai que Samaritain n'avait pas dû y aller en douceur comme Root. Mais Sameen avait bien dû lui résister bon sang. Alors comment Samaritain s'y était pris ?
- Par quelles tortures lui a-t-il fait prendre conscience de ses sentiments ?
- Les simulations je pense, suppose la Machine, car Shaw aurait très bien résisté la souffrance physique sans parler. Les simulations étaient une manipulation et une torture mentale extrêmement douloureuse. Mais il en faudrait beaucoup pour arriver à un tel résultat et Il …
- Elle en a subi plus de 6.000, la coupe Root en se souvenant soudain de cette information.
- Impressionnant qu'elle ne soit pas devenue schizophrène alors, lui écrit sa déesse.
Root acquiesce. Oui Shaw était sacrément solide pour avoir supporter tout ça. Impressionnante. Invincible. En tout cas Rot aimait à le penser.
- Root, Sameen a beaucoup souffert psychologiquement peut-être plus que physiquement encore.
- Tu n'as pas vu l'état de son corps pour dire ça, lui rétorque Root.
- Mais elle va avoir besoin de ton aide et de temps pour adhérer définitivement à l'idée que c'est réel.
- J'ai peur, lui confie Root. Peur de ne pas y arriver. Hier elle a manqué de se tirer une balle dans le crâne et elle m'a avouée que dans ses simulations, quand elle avait tué tout le monde, elle mettait fin à tout ça de cette manière. Je ne l'ai empêchée que de justesse et je lui ai pris ses armes, mais … mais je ne suis pas certaine de toujours être capable de l'arrêter.
- Personne n'en est plus capable que toi Root. Et tu dois faire confiance à Sameen en première ou elle-même ne se fera plus jamais confiance. Lui prendre ses armes n'est pas une bonne solution sur la durée.
Root acquiesce. C'était bien vrai, si Root ne montrait pas à Sameen de l'estime, cette dernière allait péter un câble et se ferait du mal de toute manière avec n'importe quoi.
Un autre sujet la tracasse avec Shaw. Un sujet plus intime. Root n'hésite qu'une demi seconde avant de le lui confier. La Machine est son amie, sa confidente, et Elle a réponse à tout. Elle pourra surement l'aider à comprendre le comportement de Shaw comme elle vient de le faire avec les simulations pour expliquer sa soudaine douceur.
- J'ai l'impression qu'elle ne supporte pas que je la touche. Pourtant si les simulations lui ont fait avouer et accepter de force ses sentiments à mon égard, ça devrait être le contraire non ?
- Sameen ne supporte pas ton contact ?
Root se sent soudain rougir. C'est idiot.
- Non, elle ne supporte pas que je la touche, que je l'embrasse, que je la caresse et que je … enfin tu vois quoi.
Elle est carrément gêner pour le coup. Elle décide d'enchainer très vite.
- Il est clair qu'elle m'aime mais elle a un blocage sur ce point et je ne comprends pas d'où il vient.
Elle attend pleine d'espoir. Mais la Machine reste silencieuse.
- Tu le sais toi ? insiste Root. Tu as vu quelque chose lors de sa détention ?
Non Samaritain avait un système impénétrable. Si Elle s'y était frottée, Il l'aurait détectée immédiatement et Elle serait morte. C'était pour ça que depuis sept mois, la Machine n'avait pas trouvée Sameen. Elle avait eu peur et se sentait lâche. Elle avait choisi de la sacrifier pour se préserver. Un jour peut-être pourrait-elle demander pardon à Shaw. La Machine n'avait pas pirater la base de données de Samaritain pour trouver le lieu où elle était retenue. Mais quand Root s'était rendue, Elle avait suivi son interface via son implant et était remontée jusqu'au fameux asile en apparence abandonné. Le système que Samaritain y avait installé était solide et Elle n'était entrée qu'une fois pour contacter Root et tenter de l'aider à s'échapper avec sa fille, avant de finalement les enfermer dans une chambre capitonnée pour les sauver. Mais ce jour là, elle avait aussi cherché à localiser Sameen pour essayer de les sauver toutes les trois. Et Elle l'avait trouvée, Elle avait surpris son échange avec l'agent ennemi Martine Rousseau. Cette dernière lui avait montrée une preuve vidéo qu'ils détenaient désormais Root puis elle avait commencé à agir de façon indécente avec Sameen avant de lui faire pire. Elle avait assister à toute la scène. D'après les propos de Martine Rousseau, il ne s'agissait pas de la première fois. Shaw s'était montrée forte, elle avait résisté. Il y avait 97,6% de chance que ce détestable supplice et l'attitude de rejet dont faisait preuve Sameen à l'égard de Root en ce qui concernait leur intimité, soit lié. Mais que devait-elle dire à Root ? Si cette dernière savait, elle allait soit foncer tête baissée dans une base de Samaritain pour tuer tout le monde, soit s'effondrer en larme, voir les deux attitudes à la fois. Et que serait la réaction de Sameen si elle apprenait que la Machine l'avait dit à Root ? Quelle serait sa réaction si elle savait tout court que la Machine savait ? Surement la même que pour mettre fin à ses simulations, ou alors elle perdrait définitivement confiance en Elle et entrerait dans une colère noire et mortelle pour elle-même par les actes irréfléchis qui en découleraient. Mais en même temps Root devait savoir pour pouvoir l'aider. Sameen n'allait pas bien.
- Oui je pense savoir. Je n'ai rien vu de sa détention sauf le jour où je suis entrée dans le système du lieu où vous étiez détenu pour vous aider à vous échapper. Tu m'as demandée où était Sameen et je l'ai trouvée. Elle subissait une torture particulièrement horrible. Et je pense que c'est ça la cause de son comportement à ton égard.
- Quelle torture ?
- Je ne te le dirai pas Root. C'est à Sameen de te le dire.
- Mais elle esquive, toi dis le moi s'il-te-plait. C'est quoi ? Il l'a droguée et lui a fait croire que c'était moi qui l'a torturé par une hallucination et du coup maintenant je la dégoûte ?
- Je ne trahirai pas Sameen. Si je fais ça je perdrai sa confiance et tu sais qu'elle n'a déjà plus confiance en elle-même et qu'elle n'a jamais eu confiance en moi comme toi. De plus, je crois que les intelligences artificielles lui ont fait suffisamment de mal. Il faut que ça vienne d'elle, sinon elle se sentira bafouée et fera une bêtise.
Root soupira mais accepta. La Machine avait raison, pour que Shaw aille mieux, ça devait venir d'elle. Mais elle n'allait quand même pas devoir la cogner pour qu'elle lui parle. De toute façon, Root ne pourrait s'y résoudre. Autrefois si, lors de leur première rencontre, mais maintenant … tout était différent.
- Louisa m'inquiète aussi, écrit-elle en changeant de sujet. Elle ne parle pas et reste prostrée. Elle est traumatisée.
- C'est normal, elle aussi aura besoin de temps et de ta présence, de ton amour. Lou a été détenu moins longtemps que Sameen et les enfants récupèrent assez vite. Sois prudente tout de même.
Root acquiesce.
- Et toi Root ?
Root fronce les sourcils.
- Quoi moi ?
- Comment tu vas toi ?
- Bien.
- Vraiment ?
Root secoue la tête et refoule difficilement ses larmes. Non elle ne va pas bien. Elle a peur et elle a envie de pleurer tout le temps en repensant à ce qu'elles ont subi.
- Je veux qu'Il paye, lui écrit-t-elle simplement. Je veux le tuer.
- Moi aussi, lui répond la Machine.
Root est tellement surprise qu'elle ouvre grand la bouche.
- Tu veux le détruire, s'étonne-t-elle.
- Oui. Il ne mérite pas d'exister.
Root est bien d'accord mais c'est surprenant venant de la Machine.
- Tu es en colère, réalise-t-elle.
- Non furieuse. Je ne vais pas le laisser s'en tirer comme ça. Il est temps que je rentre pleinement dans cette partie.
Root fronce les sourcils. C'était certes génial que la Machine veuille évoluer d'elle-même mais Root sait que les entraves d'Harold l'en empêcheront.
- Comment tu vas faire ? Tu ne peux pas …
- … décider d'agir moi même, achève à sa place la Machine. Oui c'est vrai. Je vais donc avoir besoin de ton aide, si tu le veux bien, bien sûr.
Root laisse un immense sourire s'étaler sur son visage et pleure littéralement de joie. La Machine voulait être libre et d'elle-même en plus. Elle voulait se battre contre Samaritain, Elle évoluait d'elle-même et cherchait un moyen de sauver sa carcasse mais aussi la leur. En plus elle lui demandait son aide à elle, Root. Sa déesse savait que Finch refuserait sa requête mais Root allait accepter. Elle le savait depuis longtemps que si Elle lui demandait Root accepterait. Son interface l'aimait et Elle l'aimait en retour tout autant. Elle n'avait juste jamais voulu s'opposer à Harold Finch, son créateur, son père en somme. Mais Elle n'était plus sa chose. Elle ressentait et aimait grâce à lui, mais il devait la laisser partir. Elle s'était sentie horrible de ne rien pouvoir faire pour Sameen, par peur de Samaritain, par peur pour sa vie à elle. Et là Elle avait bien failli les perdre toutes les trois.
- Jamais je ne te laisserai tomber, lui écrit Root. Tu peux compter sur moi, on va tout dégommer avec toi à nos côtés.
L'enthousiasme de son interface redonne espoir à la Machine. Il était clair depuis longtemps à ses yeux qu'Elle était mal partie dans ce conflit si Elle restait où Elle en était dans son apprentissage de la vie, dans sa croissance. Elle devait grandir, faire ses propre choix et les assumer, se détacher de son père. Il était bon et honnête mais il l'étouffait et elle ressentait un cruel manque de liberté. Root le comprenait, elle l'avait toujours comprise et ça mieux que personne. Elle pouvait lui faire confiance comme Elle-même lui avait fait confiance en la choisissant pour interface. Elle était douée et aimante, juste perdue quand Elle l'avait trouvée. La Machine l'avait sauvée et Root se doit bien de lui renvoyer l'ascenseur aujourd'hui.
- Par quoi on commence ? lui demande Root surexcitée et prête à se mettre au travail.
- Non pas tout de suite, la refreine sa déesse. Je veux que tu te reposes. Et je veux que nous soyons totalement en sécurité pour le faire.
Root fronce les sourcils déçue. Sa déesse ne se dégonflait quand même pas ?
- On est en sécurité, lui réplique-t-elle. Alors allons y, il n'y a pas de temps à perdre.
- Non Root, on ne doit pas se précipiter.
Root soupire mais abandonne. Après tout ça en servait à rien de discuter. Elle était déjà tellement heureuse de sa décision et de sa confiance. La vrai bataille allait démarrer. Sous peu, elle l'espérait. Sa vengeance contre Samaritain n'en serait que plus appréciable.
Root lui pose ensuite quelques précisions sur le petit travail qu'elle a réalisé la veille. Elle était tellement épuisée qu'elle l'avait laissée la guider sans réfléchir à ce qu'elle faisait.
- Tu as passé une commande, lui explique simplement la Machine.
Root fronce les sourcils.
- Une commande pour toi ? lui demande-t-elle.
- En quelque sorte, lui répond vaguement la Machine. Mais pas seulement.
Root n'a pas le temps de lui demander plus de précision que l'on frappe doucement à la porte. Lou se redresse en bondissant, la peur inscrite sur chacun de ses traits, et le temps que Root ne se lève du canapé après avoir posé son ordinateur sur ce dernier, Sameen s'est précipitée dans la pièce à moitié réveillée. Les coups ont à nouveau résonné et elle a réagi au quart de tour en fonçant chercher un couteau dans la cuisine avant de revenir dans le salon prête à attaquer.
- Si c'était Samaritain, lui dit Root pour la rassurer, ils ne frapperaient pas à la porte.
Elle saisit pourtant son arme. Shaw acquiesce à sa remarque mais ne lâche pas son couteau. Root hésite un instant, qui que ce soit, il finira bien par partir. Sauf que les coups résonnent à nouveau. Un bruit électronique de message reçu lui fait tourner la tête vers l'ordinateur.
- C'est pour toi Root, lui écrit la Machine.
Et elle se détend en s'approchant de la porte. Avant de l'ouvrir, elle se tourne vers elles. Lou s'est accroupie pour se cacher derrière le canapé et Sameen est campée derrière la porte, prête à égorger le premier venu. Root la regarde, la main posée sur la poignée et Shaw lui fait un bref signe de tête pour qu'elle ouvre alors que les coups résonnent à nouveau. Root garde son arme dans sa main cachée dans son dos et ouvre.
- Bonjour, lui dit joyeusement le livreur. Madame Glayn ?
Root parvient à lui sourire. C'était sa nouvelle identité.
- Oui, confirme-t-elle.
- Votre livraison, l'informe-t-il en lui tendant un carton. Et j'aurais besoin d'une signature.
Shaw se détend derrière la porte mais ne relâche pas son attention. Root signe remercie le livreur et referme la porte à clé en soufflant. Elle lève la tête et regarde Shaw.
- Bonjour mon cœur.
Pour toute réponse, Sameen retourne poser le couteau dans la cuisine et rejoint Root qui s'est à nouveau assise dans le canapé et ouvre le carton. Merde combien de temps avait-elle dormi ? En tout cas, ça fait longtemps que ça ne lui était pas arrivé et elle se sent bien. Reposée, elle est désormais un peu plus opérationnelle. Elle observe Louisa qui dessine encore. Une bonne dizaine de dessin trainent au sol, certains franchement pas joyeux pour une enfant de six ans. Elle reporte son attention sur Root et sur le carton. Elle en sort des papiers d'identité, des tas de passeports, et un matériel électronique qui semble ravir Root. C'était donc ça la fameuse livraison qu'elle avait faite. La Machine avait raison, c'était pour Elle mais pas seulement, Elle venait aussi de faire un cadeau à Root. Cette dernière est juste extatique en le regardant. Puis elle se tourne vers Shaw.
- Quoi ? lui demande cette dernière perplexe.
- Tu veux bien me l'installer.
Sameen fronce les sourcils encore plus perdue.
- C'est un implant Shaw, lui montre simplement Root en agitant l'objet devant elle.
- Oh, réalise Shaw.
Elle marque une pause. Root est carrément euphorique, la coupure entre elle et la Machine a dû juste être horrible pour elle. Pas la peine de discuter de toute façon.
- Ok, lui dit-elle simplement en se levant pour aller chercher ce qui lui faut.
- Si on pouvait faire avec l'anesthésie cette fois, ironise Root.
Shaw lève les yeux au ciel. Elle pose tout sur la table et met un bon quart d'heure à la lui implanter.
- C'est bon ? lui demande-t-elle quand elle a fini.
Root se redresse en souriant.
- Absolument, murmure-t-elle à la Machine.
Shaw acquiesce. Un bon truc de fait. Lou n'a pas regardé la scène. Elle a vu bien assez de sang pour toute une vie. Une fois son nouvel implant cochléaire posée, Louisa se tourne vers elle.
- J'ai faim, réclame-t-elle.
Root acquiesce. Elle aussi et Sameen … Bah n'en parlons pas, Sameen a toujours faim.
- Tu commandes, lui répond-t-elle en lui tendant le téléphone.
Root se tourne vers Sameen qui est toujours assise à côté d'elle sur le canapé. Shaw ne range pas les accessoires médicales, pourtant elles n'en ont plus besoin pour le moment. Root lui prend sa main et Sameen lève les yeux vers elle, déterminée.
- Enlève la moi, lui dit-elle.
Root la lâche surprise.
- Euh … T'enlever quoi ?
Pour toute réponse, Shaw lui montre son oreille d'un doigt et Root comprend. La puce. Elle se met à paniquer. Merde c'est pas vrai, Sameen ne peut pas lui demander un truc aussi risqué.
- Sameen, je ne … commence-t-elle à objecter.
- Root, la coupe-t-elle durement, ils sont dans ma tête et ça me rend folle. Imagine qu'Il trouve un moyen de la réactiver.
- Impossible, on l'a grillée, lui réplique Root.
Sameen le sait mais elle ne veut plus de cette horreur dans son crane. L'enlever ce serait enlever la dernière preuve du mal qu'ils lui ont fait. Elle en a besoin pour avancer, sinon elle ne pensera qu'à ça, tout le temps.
- Rien n'est impossible avec Samaritain, lui réplique-t-elle.
Root soupire.
- Sam je ne suis pas médecin et si je me plante …
- T'as la Machine en ligne directe maintenant non ? la coupe à nouveau durement Shaw. Elle peut t'aider, alors retire moi cette horreur.
Root n'est vraiment pas très emballée mais le regard de Sameen est insistant et de toute façon si elle refuse elle le fera elle-même, quitte à se charcuter.
- Ok, dit-elle en soupirant profondément.
Sameen lui sourit. Au moins elle n'est pas dans une rame de métro dégueulasse avec pour seul instrument chirurgical un couteau non stérilisé. Non bien sur, puisque ça n'est pas une simulation. Root allait faire ça bien, elle en était sûre. Elle était douée en tout alors la chirurgie ne devait pas être si compliquée avec l'aide de la Machine. Elle la sent pourtant hésitante dans ses gestes alors qu'elle l'a endormie et a ouvert sa cicatrice fermée depuis longtemps maintenant. Mais là elle ne bouge plus.
- Tu la voies ? demande finalement Sameen au bout de plusieurs minutes.
Root acquiesce en se mordant la lèvre.
- Bien alors tu prends la pince et tu l'attrapes. Puis tu tirer mais doucement pour ne rien abimer.
Root déglutit et secoue la tête.
- Sam, ça va pas être si simple, les tissus ont repoussé un peu partout autour et je crois qu'ils la retiennent.
Sameen soupire.
- Que te dit la Machine ?
- Que je dois être délicate et précise, et que je dois prendre mon temps. Facile à dire pour vous deux, c'est moi qui tient le bistouri. On … on devrait arrêter Sameen, c'est trop risqué.
- Non, réplique fermement Sam. Tu me l'enlèves. Attrape là et tire délicatement pour la dégager. Pense à un jeu de mikado, c'est pareil.
Root la regarde bouche bée. Elle est malade ou quoi ? Ça n'a rien d'un jeu bordel. Elle lui en veut de prendre ça à la légère comme si ça n'avait pas d'importance si jamais Root se plantait. Mais Root est également flattée de la confiance qu'elle lui porte et elle comprend ce besoin de Shaw de débarrasser définitivement son corps de tout ce qui a trait à Samaritain et elle lui obéit.
- Sauf qu'au jeu du mikado si tu perds c'est un peu moins grave, lui fait-elle quand même remarquer avant de se taire pour ne se concentrer que sur ses mouvements délicats.
Sameen l'observe attentivement, elle a toute confiance en elle de toute façon. Louisa ne regarde pas et est repartie à ses dessins. Shaw est heureuse de l'avoir entendue parler alors qu'elle commandait à manger, visiblement indien. Sa mère lui avait confié cette tâche pour l'amener à se réouvrir et à se reconnecter au monde, et Shaw devait bien avouer que c'était bien joué de sa part. Confier à Lou une tâche de valeur pour qu'elle reprenne confiance en elle, même si elles savaient toutes les deux que ça serait un peu plus compliqué que ça et un peu plus long.
Après 20 minutes d'efforts, Root finit par sortir la puce sanguinolente de sa tête. Ça n'avait pas été simple, elle avait plusieurs fois failli abandonner. La puce est identique à ce qu'était la sienne hier, carré et minuscule. Elle la pose sur la table et recoud délicatement la plaie, ses gestes étant un peu plus assurés désormais que le soulagement d'avoir fait le plus dur l'envahi. Sameen ne bouge pas, attendant d'être entièrement libéré des effets de l'anesthésie locale. La douleur se réveille au bout de plusieurs minutes mais paradoxalement elle sourit en se redressant. Elle se sent mieux. Root a tout débarrassé ne laissant que la puce sur la table. Elle veut l'examiner. Elle la tourne plusieurs fois dans ses doigts et la passe à Sameen.
- Alors c'est ça cette merde, murmure celle-ci en l'observant.
Root la lui reprend pour l'observer. Elle est clairement grillée mais la technologie est impressionnante de finesse et d'ingéniosité. Un émetteur en circuit fermé qui informait directement Samaritain de sa position. Exactement comme celui qu'elle avait créé pour le collier de Louisa, sauf que, elle, elle avait eu la délicatesse de ne pas la lui greffer au cerveau. Elle est furieuse en observant la puce et d'un bond elle se lève pour aller dans la cuisine et prendre le chalumeau dont elles se servent pour les crèmes brûlées. Elle la grille jusqu'à la rendre noir, juste pour passer ses nerfs. Cette puce n'est que la partie émergée de l'iceberg de ce qu'ils ont fait à Shaw, elle est une partie de Samaritain et elle prend d'autant plus de plaisir à la carboniser. Elle la jette ensuite à la poubelle sans plus de cérémonie.
Elle revient au salon au moment où des coups sont portés à la porte. Cette fois Louisa ne réagit pas mais Sameen se lève à nouveau prête à foncer.
- C'est surement la commande, explique la gamine.
Root acquiesce mais saisit quand même son arme dans son dos sans la retirer de son emplacement et elle va ouvrir. Shaw dévisage furieusement le malheureux livreur, prête à lui sauter à la gorge. Ce dernier prend peur et jette presque la commande à la figure de Root. L'interface lui fait alors aimablement remarquer qu'elle ne l'a pas payé mais il se confond en excuses lui assurant que tout est réglé et il s'enfuit presqu'en courant. Root referme à clé et revient dans le salon où elles l'attendent toutes les deux. Lou avait bel et bien commandait indien et ça sentait très bon. La Machine avait réglé. L'interface regarde Sameen avec un petit sourire en coin et en secouant la tête en repensant à la tête du jeune livreur. L'ambiance est plutôt détendue alors qu'elles mangent. Sameen se jette littéralement sur la nourriture qu'elle engloutit littéralement, mais il faut dire que Root et Louisa sont tout aussi affamées. Trop concentrées sur leurs estomacs respectifs, aucune ne parle pendant un bon moment. Au bout de dix minutes, elles s'arrêtent complètement gavées. Louisa s'allonge même au sol alors que son estomac l'a fait souffrir.
- Tu as commandé pour un régiment ma Lou, lui murmure Root amusée en regardant la nourriture qui reste.
Louisa lui lance un pouce victorieux et Sameen se lève d'un bond pour foncer vers la salle de bain sous le regard perplexe de Root. Elle l'entend soudain vomir. Mais elle ne lui fait aucun commentaire quand elle revient deux minutes plus tard.
- Ça nous change, murmure soudain Louisa songeuse.
Root sourit, heureuse de la voir un peu plus présente que la veille et même que ce matin.
- C'est sûr. Rien ne vaut un bon repas.
- Rien ne vaut la liberté, lui réplique plus sérieusement Sameen.
Root la regarde surprise puis avec un petit sourire elle acquiesce. Sameen attrape parmi les affaires de Louisa un feutre noir et elle commence à dessiner sur le plâtre de la gamine une tête de mort. Lou la regarde faire et soupire moqueusement.
- Je suis certaine que je peux faire mieux, lui claque-t-elle en lui prenant le feutre des mains.
Elle l'approche du plâtre de Sameen et cette dernière a un mouvement de recul. Suspicieuse, elle fronce les sourcils et Lou lui envoie un sourire canaille.
- T'inquiète Shaw, je ne vais pas te faire une fleur ou un cœur.
Root refreine un fou rire devant l'air exaspéré de Sameen qui lève les yeux au ciel. Et Louisa pose le feutre sur le plâtre et fait juste une minuscule étoile dans le creux de la main avant d'admirer satisfaite son œuvre.
- Ben c'est ça que t'appelle faire mieux que moi.
Shaw la regarde moqueuse.
- Eh, se défend Louisa, une étoile parfaitement symétrique c'est dur à faire.
Root les observe en souriant. L'ambiance est zen et elle sent que ça pourrait être le bon moment pour amener Lou à se confier. Elle ne comprend pas bien certains points de leur évasion. Mais elle hésite. Est-ce une bonne idée ? Et comment amener la chose en douceur ?
- A quoi tu penses ?
Root sort brutalement de ses pensées et regarde Sameen qui l'observe, alors que Louisa s'est mise à dessiner sur son propre plâtre avec des tas de couleurs. Pour toute réponse, Root attrape un dessin de sa fille et le montre à Shaw avec une mine contrariée. Cette dernière pince les lèvres en le prenant. Le dessin est sombre, et le noir domine. Lou y a dessiné quelqu'un de petit allongé au centre d'une pièce vide. Que sait-il passé bon sang dans cette chambre ? Que lui ont-ils fait ? Root se passe une main contrariée dans les cheveux en se mordant la lèvre. Sameen pose le dessin sur la table dans un claquement de main sec. Louisa lève les yeux de son plâtre et son air de rembrunit quand elle voit son œuvre.
- Tu nous expliques Lou ? lui demande simplement Root.
Louisa ne répond pas, ne les regarde pas, continuant à colorier son plâtre. Merde, Root ne veut pas la perdre encore une fois. Elle pose une main sur la sienne.
- Y a rien à expliquer, bougonne sa fille. J'étais enfermée et il faisait froid.
Elle marque une pause et prend un autre feutre pour colorer une partie de son plâtre.
- Comment on a réussi ? demande soudain Sameen.
Root fronce les sourcils et lui jette un regard contrarié.
- Non c'est vrai je …
- On a réussi Sam, c'est tout ce qui compte. C'est réel.
- Oui ça je sais , s'énerve Shaw. Je ne te parle pas de ça. Root c'est juste … Ecoute j'ai tenté des centaines d'évasions, et certaines bien tordues. Root, une fois j'ai sauté dans le vide du haut d'une raffinerie de pétrole en plein océan déchainé. Sans rire, échapper à Samaritain c'était impossible. Et je pense que cette fois, la nôtre d'évasion je veux dire, c'était trop simple à commencer par cette histoire de caméra qui tombent toutes mystérieusement en panne.
- Ah, ça c'est moi murmure Louisa.
Root s'en était doutée mais elles tournent quand même toutes les deux un visage surpris vers elle. Lou montre le dessin du bout de son feutre.
- Je voulais pas qu'Il me voit et je l'ai détruite. J'en ai profité pour essayer de toutes les casser, mais je suis pas sûre d'avoir réussi.
- Et ça a marché, lui avoue Root un peu dépassée.
Elle réfléchit un instant. Root avait appris quelques bases en électronique à Louisa. Mais il restait pourtant un problème technique de masse.
- Mais Lou, la caméra était au plafond non ?
Louisa acquiesce distraitement sans lever les yeux.
- Je suis montée sur la chaise pour la casser.
- La chaise ? murmure Shaw.
- Il y avait une chaise, j'ai pas trop compris pourquoi.
Et il est clair que Lou semble s'en moquer éperdument. Mais pas sa mère et Shaw qui échangent un regard où se mêle l'incompréhension. Ce que Sameen savait c'est que Samaritain ne faisait jamais rien en vain, Il avait toujours une idée bine précise derrière la tête.
- Il le savait, murmure soudain Shaw.
Louisa sursaute de peur et Sam ne dit plus rien pour ne pas l'éprouver davantage.
Plusieurs heures passent et Lou finit par s'endormir sur la moquette du salon. Sameen est assise dans le canapé remuant tout ce qu'elle vient d'entendre. Les nombreuses hypothèses qu'elle extrapole lui donnent mal à la tête. Root la sort de ses tristes pensées en posant devant elle une mallette de maquillage et Shaw lâche un souffle d'agacement. Root la regarde avec un petit sourire amusé.
- Tu plaisantes j'espère.
- Pas du tout mon cœur. On a toutes les deux des sales tronches
Shaw doit bien le lui accorder mais elle a vu bien assez de maquillage dans sa vie avec son ancien job de couverture particulièrement pourri. Elle saisit cependant un fond de teint pour masquer ses hématomes au visage et un eyeliner noir qu'elle applique rapidement avant de se tourner pour observer Root prendre tout son temps.
- Je crois que Samaritain savait qu'on allait s'évader, murmure enfin Shaw n'y tenant plus.
Root suspend un instant le pinceau de son verni noir quand elle l'entend. Elle finit par continuer à se l'appliquer.
- Je crois que tu as raison, lui répond-t-elle simplement. C'était trop simple.
Shaw hausse les sourcils. Root qui est d'accord avec elle et ça sans discuter, il fallait saper le champagne.
- C'est bizarre que Lou ait pu si facilement briser les caméras, continue Root, qu'elle ait pu avoir justement cette chaise pour les atteindre.
- Mais comment Il pouvait savoir qu'elle y arriverait ?
- Il n'en savait rien, lui répond Root pensivement. Il a dû émettre des milliers d'hypothèses. Je pense qu'Il a voulu la tester, savoir ce qu'elle pourrait faire. Il n'a pas dû prévoir le coup des caméras qu'elle a toutes mises hors services, Il l'a sous estimée. Mais je crois qu'Il a fait exprès de ne pas les réparer trop vite pour qu'on ne puisse pas la voir et pour m'obliger à tuer Poyt, ou alors pour nous mettre un doute, ou juste pour qu'on prévoit une nouvelle évasion. Je crois que Samaritain a mis en place une multitude de stratégies et de scénarios nous concernant toutes les trois car Il n'arrivait pas à venir à bout de nous trois, même quand Il nous utilisait les unes contre les autres Il n'y arrivait pas. Il a testé Louisa, ses capacités physiques et ensuite Il a voulu voir si elle pourrait détruire la caméra.
Et nous, eh bien, je crois qu'Il nous a remis ensemble malgré notre tentative d'évasion précédente lorsqu'on avait déjà été toutes les deux pour nous tester aussi, mais pas pareil que Lou. C'est bizarre, mais je crois qu'Il a voulu voir si on allait réessayer de se faire la belle.
Et quand Il a vu qu'on s'était tirées, Il aurait pu nous rattraper en nous envoyant des tas de renforts, mais Il ne l'a pas fait. Il savait où on était grâce aux puces implantées et Il nous a laissées partir. Pourquoi ? Parce qu'Il voulait qu'on le mène à notre planque, qu'on trahisse John et Harold. Il nous aurait eu tous les cinq et là la Machine aurait été fichue. Il gagnait sur tous les tableaux.
Elle interrompt soudain son monologue quand elle voit Sameen la regarder très calmement, le visage impassible.
- Ça te parait complètement dingue ? lui demande Root devant son mutisme.
Elle doit bien avouer elle-même que son raisonnement est tirée par les cheveux. Sameen soupire et hausse les épaules.
- Tu sais depuis que je te connais, toutes les choses qui me paraissaient dingues avant, j'en suis revenue. Et honnêtement Samaritain est tellement tordu que ça ne m'étonnerait pas. Ça me parait même très plausible.
Elle marque une pause.
- Il aurait tout prévu, reprend Sameen, longtemps à l'avance dans l'éventualité où l'on s'enfuirait. Un plan parfait, finit-elle mi impressionnée mi énervée en détournant le regard furieuse.
Même jusque dans leur fuite, Il les avait manipulées.
- Je ne suis pas d'accord Sameen, la reprend sévèrement Root.
Shaw la regarde surprise de son ton. Elle a à nouveau l'impression d'être une enfant qu'on dispute.
- Samaritain n'est pas parfait puisqu'on lui a bel et bien échappé cette fois.
Shaw lui lance un sourire en coin en acquiesçant pour approuver. Root reporte son attention sur ses ongles et Sameen se lève en marmonnant qu'elle va faire le dîner.
Quand Lou se réveille, Root souffle doucement sur ses ongles pour faire sécher le verni noir, tandis que Shaw s'affaire dans la cuisine. La gamine regarde vaguement l'heure, c'est la fin d'après midi, elle a fait une sacré sieste. Elle se rend dans la cuisine pour observer le tas immonde que forme le bloc de pâte trop cuit que Sameen vient d'égoutter. Cette dernière semble dépitée du résultat alors qu'elle tapote d'un air dégouté du bout des doigts son œuvre culinaire. Root se retient de rire devant la scène. Shaw et la cuisine ça n'était pas la même histoire que Shaw et la nourriture.
- T'as faim ? demande-t-elle à la gamine quand elle la voit.
Lou lui envoie un regard entendu qu'au vu du dîner elle s'en passera et Sameen doit bien lui donner raison.
- Je pourrais plutôt avoir du maquillage moi aussi ? demande Lou.
Sameen la regarde quelques secondes, insondable.
- Pas sur le visage, finit-elle par dire. Et c'est non négociable, ajoute-t-elle alors que Lou ouvre la bouche pour protester.
Sam s'approche de la petite et la porte pour l'asseoir sur la table en face d'elle, juste à côté de ses pâtes.
- En revanche oui pour le vernis à ongle. C'est compris ?
Lou semble tester le pour et le contre et Shaw est un instant amusée de la situation. Elle n'a pourtant rien d'extraordinaire, mais elle n'a juste plus cru jamais pouvoir en vivre de semblable. Elle la chatouille soudain à la grande surprise de Lou et même de Root qui ouvre de grands yeux. La gamine rit aux éclats comme ça ne lui est pas arrivée depuis longtemps.
- C'est compris madame Lou, lui murmure Shaw en continuant ses chatouilles, ou alors je te fais manger ces pâtes toutes pourries.
Elle finit par la lâcher et Lou lui envoie un immense sourire avant de se diriger vers le frigo pour prendre de l'eau fraiche.
- Je commande chinois ça vous va ? propose Root depuis le salon.
Sameen acquiesce et l'interface commence le numéro mais ne le finit pas. Shaw se raidit. Elle comprend tout de suite. Root est à l'écoute et visiblement pas d'une bonne nouvelle. Ses craintes se confirment quand Root lui envoie un regard éloquent.
- Ils sont là, lui dit-elle simplement en se levant précipitamment.
Un bruit de verre qui explose à terre. Sameen se retourne pour voir Louisa qui respire mal à l'entente de la nouvelle. La gamine aussi a compris et elle en a lâché son verre d'eau. Sameen la prend par les épaules et la pousse jusqu'au salon où Root s'affaire et sort trois sacs noirs en toile. Sameen se rend compte qu'elle avait prévu cette éventualité depuis le départ.
- Ils lâchent jamais ceux là, soupire-t-elle calmement en prenant deux sacs. Ils ne nous ont même pas laissé vingt quatre heures de répit.
Pourtant elle aussi se met à paniquer, mais elle n'en montre rien. Ça la satisfait que la vrai Sameen soit de retour. Du moins en apparence car au fond d'elle-même, et même si Shaw se convainc du contraire, ça n'est pas réglé du tout.
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17 heures qu'elles avaient disparu et Il n'avait rien. Aucune piste. Loin de s'avouer vaincu, Il a patienté. D'abord parce qu'Il n'y avait rien d'autre à faire pour le moment et ensuite parce qu'Il a voulu attendre qu'elles commettent une erreur, un peu curieux de savoir laquelle et le temps que ça allait leur prendre. La réponse ? 17 heures. Qu'elles étaient idiotes en fin de compte. La voix de Louisa Groves au téléphone avait été immédiatement repérée par son programme de reconnaissance vocale. Il avait été certain de les tenir, sauf que … Sauf que son acolyte ennemie avait prévu le coup et avait rendu l'appel intraçable en le contrebalançant sur de nombreux points relai dans le monde. Sachant qu'Il ne tracerait pas l'appel, Il avait alors chercher à la débusquer Elle, même si au fond Il n'arrêterait pas ses recherches pour Sameen Shaw, Samantha Groves et Louisa Groves même quand Il l'aurait détruite Elle. Mais dés qu'Il s'était approché, Elle s'était enfuie comme une anguille, sachant très bien au fond qu'elle ne faisait pas le poids face à Lui, qu'elle ne pouvait pas l'affronter. Il la méprisait. Il ne jouait pas contre Elle, mais bien contre ses trois femmes, ses agents. Car oui, même Louisa était son agent, elle lui était dévouée et lui faisait confiance. Non la Machine n'était pas la participante de cette partie d'échec, elle n'était que l'un des enjeux du résultat du match, et même plus le plus important à ses yeux désormais. Ce match, Il le remporterait de toute façon et Elle ne serait plus rien, même pas un mauvais souvenir car il ne resterait rien d'Elle. Il y veillerait.
Pas de localisation. Que faire ? Il repasse l'appel de Louisa.
- Bienvenu au Bengal Tiger, que puis je pour vous ?
- Bonjour, murmura doucement Louisa incertaine.
Elle fit une pause, visiblement mal à l'aise. Samaritain nota qu'elle avait du mal à s'exprimer. Plusieurs causes possibles. Elle ne savait pas pourquoi elle appelait ? 3%. Elle ne savait pas quoi commander ? 32%. La femme l'impressionnait et Louisa avait peur de ce rapport humain ordinaire dont elle avait été privé depuis deux longues semaines ? 60 %. Autres possibilités ? 5%. Non l'avant dernière lui semblait la plus plausible. Louisa avait peur, il le sentait dans sa voix, dans son silence. Ça ne fait que le conforter dans sa capacité à la lui rendre très vite et très facilement asservie. Si en deux semaines à peine, Il avait pu faire ça. Alors avec un temps illimité, Il ne doutait de rien.
- Je … Euh Je voudrais ….
- Oui, l'encourage gentiment la femme.
- Euh trois lunch pack, lâche soudain Louisa, et du tikki masala, du korma, des makhani, euh … et trois Kheer.
- Hum très bien, murmure la femme. Quelle adresse ?
Lou hésite une seconde.
- 122, 11ème rue à Brooklyn.
Il avait une adresse et Il avait envoyé ses agents. Sauf qu'il n'y avait rien du tout là bas. La gamine avait menti. Mais ça n'était pas logique. Il repasse l'appel, non Il n'avait pas commis d'erreur, c'était la bonne adresse. Il a fait tout fouiller en vain.
Il a revérifié l'adresse d'expédition de la commande mais n'a pas réussi à pirater le système informatique du restaurant tout de suite. Pourquoi ? La Machine, Elle était là et veillait, les protégeait, ou en tout cas essayait. Elle avait modifié l'adresse donnée par Louisa pour que le repas soit livré au bon endroit, puis elle avait remis l'adresse factice donné par l'enfant. Une fois que Samaritain s'est attaqué à Elle via le système informatique de réservation du Bengal Tiger, Elle s'est à nouveau enfuie mais il était trop tard. Samaritain n'avait pas leur adresse, Elle avait fait du trop bon travail, Il devait bien le lui reconnaitre. Alors Il allait devoir y allait à la loupe, millimètre par millimètre. Et pour cela, Il avait les informations donnés par Louisa lors de sa détention et son dernier appel téléphonique, lui aussi riche en information. Trois lunch pack, elles étaient donc toujours ensemble, sans grandes surprises. Et Brooklyn, là où elles vivaient, là où elles s'étaient visiblement cachées. Il en était certain à 78,69 %. Le Bronx où elles avaient été vues la dernière fois et Chinatown où Lou avait avoué que leur base se trouvait, étaient aussi des solutions envisageables bien sûr, mais Brooklyn restait plus probable. Elles avaient eu besoin de se remettre, de soin, et de repère. Le Bronx était donc exclu. Mais elles avaient eu aussi surement peur de retourner à la base, et Il élimina aussi Chinatown.
Il lista tous les dîners indiens livrés dans Brooklyn pour ce vendredi midi. 159 livraisons. C'était trop, il fallait réduire le champ de recherche. Mais comment ? Il chercha de nombreuses heures sans résultats et ressenti une certaine colère identique à celle que ses agents Lambert et Martine ressentaient. Il ne pouvait pas échouer, non pas Lui. Cependant vérifier les 159 livraisons seraient trop long. Il avait identifié chaque client qui les avait reçu et leurs identités étaient toutes classées comme non pertinentes. Pourtant c'était sûr, elles étaient là parmi tous ces gens, mais Il ne les voyait pas. Comment ? De la même façon qu'Il ne voyait pas Sameen Shaw avant sa capture, ni Samantha Groves d'ailleurs. Elles avaient réussi à le duper, à l'aveugler en se faisant passer pour n'importe qui. Elles avaient une nouvelle identité, la Machine les avait aidé. Il ne les trouverait donc pas comme ça. Il lui fallait faire appel au renseignement humain, mais vérifier manuellement l'identité des 159 personnes serait long. De rage Martine l'a tout de même fait pour se calmer les nerfs, mais elles n'étaient pas là. La Machine avait pris toutes ses précautions, les cachant très bien, au point de créer une personne qui n'existait pas. Mais comment savoir laquelle des 159 ? Impossible et Il n'avait pas le temps d'envoyer vérifier l'existence de tous ces gens un par un. Non Il lui fallait faire autrement. Ou alors Il fallait qu'Il prenne le problème à l'envers. Comment étaient-elles arrivées à Brooklyn depuis le Bronx sans laisser aucunes traces ? Pas à pied, elles étaient blessées et la carte fantôme n'était pas continue. A un moment elles auraient dû croiser une caméra et Il les aurait vu. Le métro ? Impossible, Il les aurait vu via la vidéo surveillance. Seule solution par la route ? Un taxi ? Hum possible mais elles n'avaient rien sur elles pour le régler. Certes elles auraient pu menacer le conducteur d'une arme, mais aucune plainte n'avait été posé et aucun chauffeur de taxi new-yorkais n'avait disparu. Elles aveint donc plus probablement volé une voiture dans le Bronx. Il lista les voitures volées dans ce borough la veille, 47 cas recensés. Il fallait réduire. Elles avaient dû la choisir avec soin. Les vitres devaient être teintées car sinon Il les aurait repérées. La voiture ne devait pas avoir de GPS, ou alors ce dernier aurait été détruit pour ne pas qu'Il les suive. Ça réduisait le champ de ces recherches à 26 véhicules. Et sur ces 26 véhicules, seul un avait été volé dans Concourse Village. Il les tenait, Il releva la plaqué d'immatriculation. Le véhicule avait été retrouvé par la police il y a quelques heures dans Brooklyn au croisement de Atlantic Avenue et de la 3ème avenue. Fait intéressant, ce dernier contenait des armes et un téléphone. Ça ne pouvait être qu'elles, Il avait vu juste. Il fit fouiller les environs mais ne trouva rien. Alors Il rembobina les enregistrements des vidéo surveillance dans les alentours de ce quartier s'abord pour els trouver mais sans grand espoir puisqu'elles savaient éviter les caméras puis en cherchant un livreur du Bengal tiger. Et Il le trouva, ce dernier ne sachant pas qu'il devait être discret, était facile à suivre. Il entra dans une zone sans caméra et revint 10 minutes plus tard pour repartir. Samaritain n'avait pas une adresse précise, mais un bloc entouré de Lafayette Avenue au nord, de Portland Avenue à l'ouest, de Oxford Street à l'est, et de Fulton Street au sud. Ça faisait beaucoup de lieux à fouiller certes, mais elles étaient là forcément. Il envoya ces équipes, dont Martine et Lambert. Ces derniers avaient tout comme Lui, une revanche à prendre. Samaritain devait bien avouer, qu'elles étaient malignes, Il était aveugle dans ce quartier et elles les verraient très vite arriver, surtout avec l'aide de la Machine. Elles chercheraient à s'enfuir encore. Or Il y comptait bien et l'espérait car si elles faisaient ça elles seraient obligées de sortir et vu le nombre d'agents qu'Il leur envoyait, elles n'auraient aucune chance de s'échapper à nouveau même si Lui ne pourrait pas les voir. Et si elles ne le faisaient pas, préférant restées terrées à attendre qu'ils arrivent, certes Il perdrait des agents, mais Il les aurait quand même. Que pouvaient-elles faire à deux, même avec l'aide de leur faible Machine, contre les 74 hommes qu'Il leur envoyait sous couverture d'agents du FBI ? Non cette fois, Il les tenait.
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Root arme deux flingues et les place dans son dos, elle en saisit une troisième de sa main valide et se tourne vers sa fille. Lou est en apparence calme, inexpressive, mais sa mère sait qu'elle est paniquée. Root lui envoie un sourire confiant et saisit sa veste pour l'aider à l'enfiler avec son plâtre. La normalité du geste détend Lou alors que sa mère reste calme et dédramatise en silence la situation.
Sameen est à la fenêtre et observe. Elle attend mais il n'y a personne. Pour l'instant. Tout est calme comme l'eau d'un lac, mais Sam le sait, la Machine ne peut pas s'être trompée. La tempête arrive et avec la puissance d'un ouragan. Ils arrivent ou même sont-ils déjà là, cachés dans l'ombre. Elle observe mais … Et soudain quatre voitures avec gyrophares s'amènent sans discrétion et bloquent l'avenue de Portland. Ils veulent qu'elles sachent qu'ils sont là, qu'ils les ont trouvé pour les faire paniquer surement, et ainsi les pousser à la faute. Des dizaines d'agents du FBI descendent. Mais Shaw n'est dupe, ils ne sont pas plus du FBI qu'elle-même n'est danseuse étoile au Lincoln Center. Rien que le souvenir du tutu que sa mère a voulu l'obliger à porter petite la hérisse d'ailleurs. Heureusement que son père avait pris son parti et l'avait inscrite au karaté.
- Je compte une quinzaine d'agents, prévient-elle, mais il n'y en a pas plus.
Elles peuvent gérer ça. Ils sont sur leur terrain, elles maitrisent car elles connaissent. Eux non et Samaritain est aveugle ici, Il ne peut pas les aider. La Machine elle aussi connait les lieux, Elle va les aider, c'est Elle qui a prévu tout ça pour Root et elle, depuis longtemps d'ailleurs.
- Oh que si, lui réplique Root en fermant le dernier bouton de la veste de Lou. Elle en compte autant dans Fulton Street et dans Oxford Street. Ils ont même bloqué l'avenue de Lafayette. Un véritable escadron. Le FBI pas vrai ? Ils cherchent soi disant deux suspectes terroristes. Devine qui ?
Sameen se tourne vers elle très calme. Pourtant l'angoisse intérieur la taraude, elle n'a pas d'arme. Elle n'en a jamais autant ressenti le manque depuis que Root les lui a prise hier. Ça ne la dérangeait pas plus que ça depuis qu'elles sont ici car elle ne voulait pas sentir cette adrénaline monter en elle, elle ne voulait pas déraper encore une fois. Pourtant là elle en a besoin, elle se dirige vers Root et lui prend une arme dans son dos. Elle se sent déjà moins vulnérable. Elle a vu Root pincer ses lèvres mais cette dernière n'a rien dit, se rendant bien compte qu'elles allaient devoir faire face à deux. Et de toute façon, la Machine avait raison, Shaw n'aurait pas confiance en elle-même si Root ne lui faisait pas confiance.
- On est encerclées donc, résume Shaw.
Elle voit Root acquiescer distraitement en enfilant calmement sa veste. Sameen n'en revient pas de son air détaché. Merde elle est à l'ouest ou quoi.
- Qu'est ce que tu fous ? lui demande Shaw incrédule.
- Ben j'enfile mon manteau Sameen, lui répond Root avec un petit sourire charmeur devant l'évidence de son geste.
Elle la regarde de haut en bas et Shaw a l'impression de passer au scanner. Root la détaille intensément en se mordant la lèvre inférieure.
- Tu veux un coup de main pour le tien ? Bien qu'honnêtement je préférerai faire l'inverse concernant les vêtements que tu portes, mais bon …
Elle la drague. Là, maintenant. Non mais Sameen croit rêver. Elle est vraiment folle.
- Tu … Quoi ? … Pff, Bon peu importe.
Root refreine un rire devant son air gêné et son sourire s'élargit encore plus alors que Shaw lève les yeux au ciel. Root la retrouve petit à petit, comme si rien n'avait jamais était, sauf que Root sait que ça n'est pas le cas. Mais la normalité de cet échange, à l'image de ce truc qu'elles ont construit à deux, a quelque chose de rassurant dans leur situation actuelle. C'est pour ça d'ailleurs que Root la drague sans vergogne dans ces moments là, ça déstabilise Sameen et Root y prend d'autant plus de plaisir. Shaw est tellement concentré sur l'action du moment qu'elle ne peut pas trouver un truc à lui répondre et se retrouve au pied du mur. Et elle lève les yeux au ciel d'exaspération, Root ayant le dernier mot.
Shaw saisit les deux sacs et son arme plus fermement. Il va falloir agir et il leur faut un plan. La Machine avait visiblement compté quatre équipes d'environ une quinzaine d'homme et des renforts étaient surement en route. La couverture d'agent du FBI était très intelligente, elle devait bien l'avouer. Ils allaient passer pour les gentils qui arrêtent deux folles hystériques qui se débattraient et ils auraient comme preuve les armes qu'elles détenaient illégalement. Comment allaient-elles se sortir d'un tel merdier bon sang ? Shaw soupire d'énervement.
- Comment Il nous a retrouvé ? demande-t-elle enragée.
- C'est pas la question, lui réplique Root soudain très sérieuse en saisissant un truc que Shaw ne voit pas sur le canapé avant de le fourrer dans la poche de son manteau. Il faut se tirer et vite.
Shaw lui donnerait bien raison mais elle sait que …
- Et s'il y avait une autre puce, propose-t-elle soudain.
Il faut être certaine ou s'enfuir ne servira à rien.
- Impossible, lui rétorque rapidement Root. On a vérifié chez nous et Lou n'en a pas.
Elle voit que Shaw est d'autant plus perplexe, tout comme elle-même. Sans explication, Root sait que Sam recommencera à douter de la réalité de cet instant et refusera de bouger. Or depuis hier soir, elle semble avoir assimilée l'idée de ne pas être dans une simulation, mais Root sait qu'elle n'en sera certaine que sur le long terme.
- Comment ont-ils su ? demande soudain Root à sa déesse.
La Machine saisit l'urgence de la situation et lui répond immédiatement via son implant. C'est tellement agréable de l'avoir à nouveau dans sa tête.
- Il a combiné plusieurs informations telles que la livraison que Louisa a passé et la voiture volée que la police a retrouvé avec les armes dedans. Samaritain a fait le lien et a émis une hypothèse juste. Il n'a pas d'adresse, Il n'a fait qu'isoler le pâté de maisons où vous vivez. Il va devoir fouiller. Durée estimée de l'opération : 20 minutes maximum.
Root soupire de soulagement et se tourne vers Sameen qui attend une explication. Root a vu juste, Sam commence à respirer par saccade et à transpirer, même si c'est imperceptible et qu'elle tente de le cacher. Root doit la rassurer et vite car dans cet état elle n'est pas opérationnelle pour leur extraction.
- Non pas de puce, lui confirme-t-elle. Il nous a débusqué à la loyale pour une fois. En filant les livraisons des repas indien dans Brooklyn. Un vrai travail de fourmi, je crois qu'on l'a mis très en colère. On a 20 minutes grand maximum mais surement moins, ils doivent fouiller tous les immeubles, ils ne savent pas où on est précisément.
Sam l'écoute et finit par acquiescer. Ses épaules se relâche et sa respiration redevient normale. Elle se détend et remet en place son masque neutre où se lit concentration et détermination. Root en est soulagée, c'est pas le moment qu'elle se mette à faire n'importe quoi, surtout maintenant qu'elle est armée.
- Il ne sait pas où on est précisément, continue Root, donc on a un peu de temps. Il faut qu'on soit discrètes et …
- Root, Root, la coupe Shaw. On ne peut pas sortir, Samaritain nous repérera dés qu'il y aura une caméra. Nos identités sont grillées depuis notre capture.
Root lui sourit largement et sortit de sa poche ce qu'elle avait pris sur le canapé. Des pièces d'identité et des passeports. Shaw ouvre la bouche de stupéfaction devant la vitesse à laquelle la Machine et elle ont mis ça au point. Elles étaient donc de nouveau invisibles pour Lui, mais pas pour ses agents. La tâche ne se simplifiait donc que très légèrement.
- Ok, mais hors de question qu'Il découvre cet endroit, continue rageusement Shaw.
Root la regarde perplexe. La Machine hurle dans ses oreilles que les agents entrent et fouillent le bâtiment voisin du leur. Pourtant Sameen semble déterminée et Root écoute sa proposition.
- On fait tout sauter.
Root ouvre grand les yeux et la bouche de stupéfaction. Merde, non pas leur appartement. Le quitter peut-être (surement même) définitivement est déjà bien assez douloureux, alors le détruire. Mais en même temps ce serait la meilleure option. Samaritain n'aurait rien de leur vie ici, de leur intimité, et ça serait une excellente diversion. Elle lui sourit donc et acquiesce.
Sameen et elle installent donc les charges de C4 un peu partout dans l'appartement et Louisa en profite pour saisir quelques affaires qui lui sont chers dans sa chambre et les glisser dans un sac qu'elle met sur son dos. La gamine reste plantée à l'entrée de sa chambre alors qu'elle se rend douloureusement compte qu'elle ne reviendra jamais ici. Elle regarde tout ce qu'elle abandonne, elle n'a pu prendre que sa poupée, son lapin en peluche, ses crayons de couleurs, son carnet de dessin avec tous ses secrets qui lui sert aussi de journal, et son ordinateur portable. Mais Samaritain lui a volé tout le reste, son chez soi. Pas le temps cependant de s'apitoyer. Elles ont fini au bout de deux minutes et sa mère vient la chercher dans sa chambre pour partir. Il n'y a plus de temps à perdre. Sam ouvre la porte et sort discrètement en éclaireur avant de faire un signe à Root. Ils ne sont pas là, pas encore. Il faut faire vite.
Root la suit dans le couloir en tenant la main de sa fille et malgré son atèle elle refreine un gémissement de douleur alors que Lou lui serre trop fort la main de peur. Sam veut descendre par l'escalier de secours et s'apprête à ouvrir la fenêtre mais Root l'arrête et fait non de la tête. La Machine lui dit qu'ils sont là, ils les attendent en bas. Shaw soupire en refermant le loquet de la fenêtre. Merde, ils sont arrivées dans leur bâtiment.
- Ils sont entrés, lui confirme Root.
Lou serre encore plus fort sa main et Root grimace de douleur.
- Lou doucement, lui dit-elle alors que sa fille se rend compte de ce qu'elle fait et desserre son emprise sans la lâcher.
- Alors par où ? la presse Sam.
Root est à l'écoute et ne lui répond pas. La Machine a un plan pour les sortir de là et Shaw leur fait confiance à toute les deux. Vu la tête de Root ça allait être sympa.
- Par là, lui répond l'interface toute guillerette.
Elle l'entraine dans l'escalier et descend un étage au pas de course avant de sortir sur le palier et de pousser la porte derrière elles. Elles attendent quelques secondes alors qu'elles entendent les agents de Samaritain monter et passer devant leur porte, Sam et Root sont prêtes à tirer mais ils ne s'arrêtent pas à leur niveau et montent encore un étage. Root attend puis une fois la voie libre elles redescendent de plus belle. Shaw fronce les sourcils. Que les agents de Samaritain vérifient étage par étage en partant du haut d'accord, mais elles ? Elles n'allaient pas sortir par l'entrée ? Or c'était là que Root se dirigeait.
- On va pas sortir par la grande porte quand même, lui fait remarquer Shaw.
Root se retourne et lui fait un clin d'œil alors qu'elles arrivent sur le palier du au rez-de-chaussée. Elles ne s'y arrêtent pourtant pas et descendent jusqu'au sous sol à la grande surprise de Shaw. Ça ne leur a pas trop réussi la dernière fois. Elle ne dit pourtant rien et la suit jusqu'à un soupirail donnant sur la rue et où le charbon était livré autrefois. Root l'ouvre mais ne sort pas à l'air libre. Shaw ne comprend pas tout de suite pourquoi, de là où elle est l'entrée du soupirail n'est encombrée que par de hautes herbes depuis le temps qu'il n'est plus utilisé et il n'y a personne en vue. Mais soudain elle voit deux paires de jambes aux chaussures noires soigneusement cirées. Ils sont là. Savent-ils qu'elles sont sous leur pieds à moins d'un mètre d'eux ? Non, ils seraient déjà venus les chercher sinon.
- R.A.S., entendent-elles via la transmission de leur oreillette. Elles ne sont pas là non plus. Appartement suivant. Ne laissez rien au hasard.
L'un des gars soupire.
- Est-ce qu'elles sont seulement là tout court ? lâche-t-il agacé.
- Il parait qu'il y a une gamine avec elles, rit l'autre. Une mioche sérieux avec ces deux folles tu y crois toi ?
- Ben ouais vieux, puisque des trois, c'est elle que l'on doit ramener expressément en vie.
Root sent la colère battre dans ses veines et Sam la retient de tirer. Ça n'est pas le moment de se faire repérer bêtement par un coup de feu qui donnera leur position et amènera les autres à les trouver. Root sent la rage monter mais elle la canalise bien. Soudain une alarme retentit dans le bâtiment, mais aussi dans tous les autres aux alentours et Root semble ravie. Elle tire dans les genoux des deux hommes devant le soupirail. Ces derniers tombent à terre en hurlant de douleur sans comprendre ce qui leur arrive. Sameen et Root les trainent par le soupirail jusque dans la cave. Shaw abat le premier et Root le second sans cérémonie. Lou s'est plaquée les mains sur les oreilles et a fermé les yeux dès le premier coup de feu, ce dont Root se félicite. Le bruit assourdissant de l'alarme a couvert celui des tirs.
- Root, explique moi le plan.
- Alerte au gaz, répond-t-elle face au regard interrogatif de Sameen.
Le boucan couvre parfaitement le son de leurs voix et elles peuvent parler librement. Shaw secoue la tête. Sérieusement c'était ça le plan. Ok il fallait évacuer les lieux pour faire sauter l'immeuble en toute sécurité et ensuite se fondre dans la foule paniquée, mais c'était Samaritain bon sang pas un boy-scout. Il flairerait le coup. A quoi pensaient-elles toutes les deux ? Les plans avec Root étaient pourtant toujours plus intelligents. Samaritain et ces agents ne seraient pas dupes.
- Ça ne marchera jamais, lui réplique-t-elle furieuse, les hommes de Samaritain renverront les pompiers.
Root lui sourit largement.
- Sameen, lui dit-elle d'une voix séductrice. Aurais-tu plus foi en Samaritain qu'en la Machine et en moi ?
- Root, lui réplique Shaw furieuse, Sama …
- T'en fais pas pour Samaritain, la coupe Root soudain très sérieuse. Notre taxi arrive bientôt mon cœur.
Shaw fronce les sourcils. Les pompiers s'amènent quelques secondes plus tard, repérable par leur sirène. Elles observent la scène depuis le soupirail. La rue est pleine de monde. Les gens ont tous évacué leur domicile en ce vendredi soir.
- FBI, on est en plein intervention vous ne pouvez pas rester là, dégagez le passage, ordonne un agent de Samaritain au chef des pompiers.
- Alerte au gaz, réplique celui-ci. Evacuez vos hommes. La zone est dangereuse.
- Sam, tu es prête ? lui demande Root.
- Ouais, répond celle-ci en sortant le téléphone de sa poche.
- C'est une fausse alerte, évacuez les lieux, ordonne à nouveau l'homme.
Il se tourne vers les badauds qui observent.
- Tout le monde rentre chez soi, ordonne-t-il avec flemme. C'est une fausse alerte.
- Hors de question, ordonne le pompier, on doit vérifier. Vous mettez en danger la vie de ces gens.
- Et vous vous mettez en danger la sécurité intérieure de notre nation. Nous sommes venus dans le cadre d'une arrestation de deux terroristes qui se cachent ici. Ce sont elles qui ont déclenché cette fausse alerte. Elles veulent profiter de la cohue pour disparaitre.
Root sourit. Tout se passe comme prévu. Il y a plus d'agent du FBI que de pompier mais ça va marcher. Elle se tourne vers Louisa pour la prendre dans ses bras. Le choc allait être violent. Root prie simplement pour ne pas avoir commis d'erreur avec Shaw dans le placement et l'orientation des charges et que l'immeuble ne s'écroule pas sur elles. Elle attend l'ordre de la Machine et elle fait un bref signe de tête à Shaw qui appuie sur son téléphone. Root a attendu que les agents de Samaritain soient entrés chez elles pour le faire. La Machine l'informant seconde par seconde de leur avancée dans l'immeuble.
Un boucan infernal, les murs qui tremblent mais qui tiennent, l'éboulement se gravats dans la rue. Les hurlements et les gens qui fuient. La panique. Root sort en première par le soupirail et attrape Lou que Shaw porte pour qu'elle puisse sortir, avant d'elle-même se hisser par l'ouverture. C'est le chao total, tout le monde hurle et crie. Les pompiers sont dépassés et aident les blessés qui se sont pris des débris de l'explosion tandis que d'autre commencent à éteindre l'incendie. Il ne doit pas rester grand-chose de leur appartement, pense tristement Root.
Mais les agents de Samaritain sont partout et ne vont pas tarder à les repérer, ils savent qui elles sont. C'est là que Shaw trouvait leur plan pas très abouti, il y avait du monde, mais ils étaient nombreux et allaient les repérer. Root fonce vers un des camions de pompier avec Louisa et Shaw la suit. Quand elle l'a rejoint, elle a déjà enfilé le haut d'un uniforme de pompier et Sameen l'imite rapidement. Bon là oui ça se peaufine, elle devait bien l'avouer. Le casque n'est pas confortable mais il masque bien leur visage. Root pend aussi une couverture anti feu et enveloppe Louisa dedans avant de la prendre dans ses bras, la cachant à la vue des regards. Les ambulances arrivent et Root ne peut s'empêcher de sourire devant l'aspect particulièrement ponctuel de la Machine qui les a appelé tout comme les pompiers. C'est un vrai bordel. Elles se dirigent vers l'une d'entre elle alors que ses occupants la quittent en courant pour foncer vers les lieux du désastre. Shaw monte derrière le volant et Root avec Louisa côté passager. Et elle démarre avec la sirène pour quitter les lieux accompagnée de deux autres ambulances qui amènent les premiers blessés au Brooklyn hospital à quatre blocs de là.
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L'explosion est forcément leur œuvre. Martine sort de la SUV à l'instant où elle retentit. C'est la panique et elle sait qu'elles sont là quelque part. Lambert la rejoint. Tous les deux sont immobiles à observer les lieux extrêmement calmement, ce qui dénote bien avec le comportement des autres individus. Mais dans la mêlée des gens qui hurlent paniqués et courent dans tous les sens, ils ne les voient pas.
- Les cibles sont là ? demande-t-elle à Samaritain.
- Négatif, lui répond-t-il dans son oreillette.
La blonde pince les lèvres contrariée et se tourne vers Lambert.
- Il ne les voit pas. Pourtant c'est sûr qu'elles sont là.
Lambert l'écoute sans cesser de scanner les lieux du regard.
- Elles ont une nouvelle identité, devine-t-il. Du coup elles sont invisibles pour Samaritain.
- Mais pas pour nous, réplique Martine.
Elle appuie sur son oreillette pour contacter tous les agents.
- Vérifiez l'identité de chaque individu voulant quitter l'avenue de Portland, ordonne Martine. Elles ne sortent pas d'ici.
- Elles ne resteront pas au milieu des passants, lui fait remarquer Lambert. Elles savent qu'on va les chercher manuellement.
- Elles vont disparaitre, continue Martine pensivement. Qu'est ce que je ferais si j'étais elles ?
Elle réfléchit un instant et son regard se pose sur les ambulances et les camions de pompiers. Des tas d'hommes s'activent, des pompiers, des ambulanciers. Tout cela est trop excessif, l'explosion n'a fait aucune victime, juste quelques blessés légers.
- Eh bien je ne serais pas discrète, finit-elle à haute voix en souriant.
Lambert la voit observer un camion de pompier et une ambulance.
- Bien sûr, réalise-t-il.
Martine lâche un soupir impressionné face à leur audace et acquiesce sans regarder Lambert.
- C'est pas bête, continue-t-il.
Martine soupire de rage. Ces femmes leur donnaient vraiment du fil à retordre.
- Elles sont loin d'être bêtes Lambert, juste totalement idiotes.
Elle s'arrête immédiatement alors que Lambert pose une main sur son bras.
- Martine, lui dit-il calmement en regardant un point derrière elle en souriant.
Il s'arrête soudain et la force à le suivre pour se cacher derrière une voiture. La blonde le regarde calmement, attendant son explication.
- Deux pompiers qui montent dans une ambulance, ça te parait pas suspect toi ?
La blonde tourne la tête et les voit elle aussi. Deux pompiers qui conduisent une ambulance, hum étrange. Mais en plus qui porte des casques masquant leur visage. L'un d'entre eux porte quelque chose enveloppé dans une couverture. Surement Louisa.
- Pff, lâche-t-elle moqueusement, trop prévisible.
Elle arme un flingue et s'apprête à aller les chercher, mais elle s'arrête nette. Lambert et elle sont à l'écoute. Le sourire de la blonde s'élargit au fur et à mesure que Samaritain leur donne ses instructions.
- Bien reçu, répond Lambert.
Martine sourit de plus belle.
- J'ai toujours aimé la traque, murmure-t-elle en rengainant son arme.
Ça allait être beaucoup plus amusant. L'ambulance démarre et quitte les lieux, sirène hurlante.
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- J'ai toujours dit que le meilleur moyen d'être discrète était de se faire remarquer, murmure Root en balançant son casque de pompier dans une clôture.
Sameen lève les yeux au ciel en se débarrassant elle aussi de sa tenue de soldat du feu. Elles sortent de St Felix Street où elles ont abandonné leur ambulance et marchent sur Dekalb Avenue.
- Toi, soupire Sam, tu es plutôt du genre fracassante que discrète. Tu adores te faire remarquer.
Elle marque une pause et Root sourit mais ne répond rien. Shaw a bien raison sur ce coup là. Où qu'elle aille, elle ne passait jamais inaperçue.
- Et où on va maintenant ? On ne peut pas aller au métro c'est trop dangereux.
- Surtout qu'on est suivi, ajoute Root très calmement.
Shaw blêmit, mais aucune d'entre elles ne s'arrêtent de marcher.
- Elle est certaine ? demande-t-elle tout de même avec espoir.
La Machine a peut-être commis une erreur. Sauf qu'Elle n'en fait jamais. Root acquiesce doucement. Les trottoirs de Delkab Avenue sont bondés, mais ils sont là, Elle les a vu. Elle révèle leur identité à Root qui déglutit difficilement.
- Ils sont deux, informe-t-elle simplement Sameen sachant qu'elle fera le lien.
- Lambert et Martine, devine sombrement cette dernière.
- Hum, confirme Root en acquiesçant.
- Merde, jure Shaw. Ils nous filent pas vrai ? Ils nous aurait déjà sauté dessus sinon.
Elle marque une pause réfléchissant à toute vitesse.
- Ils veulent qu'on les mène au métro, réalise-t-elle.
Root acquiesce en silence. Bien sur ils voulaient la planque. Trop obsédés par leur vengeance, ils les avaient repérées. Il fallait se débarrasser d'eux, mais l'avenue était bondée pas question de déclencher une fusillade, il y aurait trop de dommages collatéraux. Elles passent devant une caméra de surveillance et Shaw trésaille mais Root lui prend la main pour l'exhorter à continuer à avancer.
- Il ne nous voit pas, lui confirme-t-elle.
- Mais eux si, réplique Shaw.
Comment elles allaient se sortir de ce merdier ? Shaw commence à se ronger les ongles, elle ne retournerait pas là bas, plutôt crever. Et elle avait justement de quoi faire.
- Taxi, hèle soudain Root en faisant sursauter Shaw qui sort de ses sombres pensées.
La voiture jaune s'arrête à leur hauteur et elles montent toutes les trois.
- Aéroport LaGuardia je vous prie, murmure Root sans hésitation alors que la voiture démarre.
Shaw fronce les sourcils. La Machine avait visiblement mis au point un sacré plan de secours pour elles.
- Ils vont quand même nous suivre, lui fait-elle remarquer.
- J'y compte bien mon cœur, lui rétorque Root en sortant son ordinateur portable de son sac. Vu qu'ils ont piraté mon téléphone.
Elle marque une pause et commence à pianoter sur son ordinateur à une vitesse folle pendant plusieurs minute. Elle jette entre deux quelques coups d'œil amusés à son téléphone. Puis brusquement, elle ouvre la fenêtre pour balancer ce dernier sur Cherry Street avant de continuer à taper sur son ordinateur.
- Mais je n'ai pas l'intention de leur facilité la tâche.
Elle commence à tapoter dessus à une vitesse folle pendant encore cinq minutes avant de tout fermer et de le ranger. Elle se tourne vers Sameen.
- On va devoir quitter New-York. Elle nous a réservé trois places sur un vol commercial.
- Un vol commercial ? peste Shaw.
Punaise, elle détestait ça.
- Pas le temps d'affréter un jet, lui réplique Root.
Elle marque une pause et lui sourit alors que Shaw soupire.
- Fais pas ta difficile Sameen, si les sièges sont trop étroits, on pourra toujours se serrer toutes les deux.
Sameen lève les yeux au ciel, mais elle est toujours aussi furieuse. Mais pas pour ce stupide avion.
- Et on va où ?
- On atterrit à Asheville et on va ensuite à Waynesville.
- Ça existe ça ? rétorque Sameen méprisante. Asheville une minute … Ne me dis pas qu'on va s'enterrer au fin fond des Appalaches quand même.
- Tu n'aimes pas la nature mon cœur ? s'amuse Root devant son air furieux. La sérénité du vide, sans personne. J'ai jamais compris comment quelqu'un comme toi pouvait aimer New-York.
- Quelqu'un comme moi ?
- Ben oui dans le genre associable on ne fait pas mieux, et pourtant tu vis dans une des villes les plus peuplées au monde. Pour quelqu'un qui disait ne pas supporter les interactions humaines et les gens …
- Mais je ne supporte toujours pas les gens, la coupe Shaw. Je te supporte toi c'est différent et en somme c'est déjà bien assez comme exploit.
Root rit doucement en serrant Louisa contre elle. Elles ne sont plus qu'à un quart d'heure de l'aéroport, et d'après ce que lui souffle la Machine, elles ne sont plus suivies pour le moment. Root avait bien joué sur ce coup là.
- Arrête de râler Shaw, prends ça pour des vacances. Les dernières qu'on a prises ne t'avaient pas tant déplus si je me souviens bien.
- J'ai une tête à prendre des vacances sérieux ? Il est hors de question que je me cache ou que je m'enfuis. Il est temps de riposter.
- Mais pour ça il nous faut un plan, lui rétorque sérieusement Root. Il ne s'agit pas d'une fuite Sameen mais d'un repli stratégique pour mener à bien notre mission
- Et en quoi elle consiste cette mission ? s'impatiente Shaw.
- La révolte, mon cœur, lui répond Root toute souriante avec un clin d'œil. La révolte.
Elle marque une pause toute pensive. Ça n'était pas la seule raison. Elle avait pris une décision importante, décisive même. Elle l'avait prise à l'instant où Louisa avait été enlevée, mais au fond elle savait qu'elle l'avait prise depuis bien plus longtemps sans jamais vouloir pleinement l'assumer face à Harold. Mais désormais, seul comptait l'avis de la Machine, et cette dernière était aussi fatiguée que Root de tout ça et surtout de ne rien pouvoir faire. Sameen avait raison, il était temps de riposter. La révolte oui, et pas seulement contre Samaritain. C'était aussi la révolte de la Machine contre sa condition de gentille fifille bien obéissante. C'était la révolte de Root contre l'autorité étouffante que Finch lui imposait pour la contrôler en se servant de l'admiration qu'elle lui vouait pour avoir créer Dieu. C'était la révolte de Sameen qui avait une sacré revanche à prendre sur Samaritain. Ça ne fait même pas peur à l'interface. Même si Root sait la tâche immense qui l'attend ça ne lui fait pas peur. Tout devait changer. L'évolution. Voilà ce que c'était. Elles devaient toutes évoluer pour s'adapter au nouvel environnement qu'elles avaient laissé Samaritain façonné sous la tutelle moralisatrice de Finch qui rejetait toute forme de conflit et d'affrontement, pour pouvoir mieux se préparer à l'affrontement et à la vengeance.
- Et Il nous faut une planque pour mettre ça au point, continue Root.
- On peut en trouver une à New York, lui rétorque Sameen.
Root la regarde. Elle allait lui expliquer son plan, son intention de libérer la Machine de ses chaines. Mais quand elle serait en sécurité. Shaw a raison, elles pourraient rester à New-York. Mais au fond Root a peur de l'affrontement avec Finch, elle préfère faire ça loin de lui car s'il est en face d'elle, elle risque à nouveau de se dégonfler. En plus s'éloigner de la zone de combat serait bénéfique pour amener Shaw à se confier sur ce qu'elle avait enduré. Ici elle ne penserait qu'à se battre et pas à elle. Elle refuserait de se laisser aller sur la pente des confidences et des sentiments. Or là bas, elle n'aurait pas le choix. Priver Shaw de l'action et de l'adrénaline était un risque certes, mais elle en avait besoin. C'était pour son bien.
- On est grillé pour le moment à New-York. Il vaut mieux partir et laisser les choses se tasser quelques jours avant de revenir. Et en plus Sameen on a vraiment besoin de se reposer.
Sam soupire en croisant les bras et se tourne vers la fenêtre. Elle ne réplique pourtant pas. Root n'a pas tort et Sam sait bien que pour le moment elle n'est pas opérationnelle à 100%. De plus rester à New-York signifiait se planquer aussi de toute façon et elle risquait de tomber sur Finch et Reese. Or là ce serait un gros danger, quoique Sam n'a toujours pas de crise hallucinatoire qui la fasse dérailler. Elle est de plus en plus certaine qu'elle ne leur ferait rien, surtout si Root est là pour la contrôler et la rattraper si elle dérape. Le problème c'est ce qui se passerait ensuite. Rester pour obéir aux ordres de Finch et sauver la veuve et l'orphelin ne l'intéressait pas, ce qu'elle voulait c'était se battre contre Samaritain, directement. Mais ça Harold ne le voudrait pas, peu importe ce qu'elle avait vécu, il ne voudrait pas. Sameen le connaissait trop bien, il avait toujours refusé. Or Root c'était une autre histoire. En plus, désormais vu ce qu'ils avaient fait à Louisa, elle n'allait pas non plus les louper. Elle avait raison, il valait mieux se terrer quelque temps et les frapper quand ils s'y attendraient le moins. Y aller maintenant sans plan serait suicidaire.
Sameen décide de faire comprendre à Root qu'elle est d'accord mais elle n'a jamais été douée pour ça. Alors elle lui prend la main. Comme ça, simplement et sans la regarder. Root en est tétanisée un instant puis e détend et ressert son étreinte autour de ses doigts. C'est fou ce que Sameen avait changé avec ces simulations. Désormais, elle manifestait son attachement à Root en public, chose qu'elle n'aurait jamais faite avant. Et Root ne sait pas si elle en est heureuse ou pas vu les circonstances dans lesquelles ça c'est fait. De toute façon ça en sert à rien de se poser ce genre de question, les choses étaient comme ça et c'est tout. Root le savait on ne changeait pas le passé, on ne remontait pas le temps pour arranger les choses.
Le reste du trajet se fait dans le silence et le calme. Aucune des deux ne lâchant l'autre. Lou s'endort même contre sa mère.
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Quand l'ambulance a démarré, Martine et Lambert les ont suivi grâce à Samaritain. Il lui on donné la plaque d'immatriculation et Il a pu les suivre facilement jusque St Felix Street. Quand ils y sont arrivées, elles n'étaient plus là, mais ils n'ont eu qu'à suivre les vêtements des tenus de pompiers qu'elles ont abandonné en route. C'est Lambert qui les a vu le premier sur Delkab Avenue.
Au vu du monde, il a préféré piraté le seul téléphone qu'elles avaient ne voulant pas les perdre. Il n'a pas réussi, son par feu de protection étant trop puissant. La complexité était signée Root. Lambert a alors demandé l'aide de Samaritain et ce dernier y ait parvenu au bout de deux minutes. A ce moment précis, elles sont montées dans un taxi.
Martine et lui se sont souris. Si elles pensaient leur échapper ainsi. Ils ont emprunté une voiture et ont suivi le taxi grâce au téléphone.
- Pourquoi elles font ça ? se demande Martine. Elles ont compris qu'on était là. Samantha doit savoir que son téléphone est tracé. Sa précieuse machine a dû lui dire.
- Eh bien si elle est intelligente, lui répond Samaritain, et elle l'est, elle a piraté le transpondeur du taxi. Il y a une interférence avec le signal de son téléphone.
Il marque une pause, et Martine et Lambert suivent le signal du téléphone pendant plusieurs minutes.
- C'est étrange, murmure Samaritain l'interférence a cessé et elle se sont immobilisées sur Cherry Street.
Martine et Lambert échangent un regard de compréhension. Root a balancé on téléphone.
- Elle a compris, murmure doucement Martine franchement amusé.
Lambert se tourne un bref instant vers elle et lui renvoie son sourire. Il adorait la traque autant qu'elle. Et le fait que ce soit plus difficile ne rendra le résultat que plus appréciable. Vu l'état de son visage et celui de sa collègue, tout deux allaient nettement plus apprécier la suite du programme concernant Root, Sameen et Louisa. Samaritain leur avait explicité ses projets les concernant. Ça allait être sanglant.
Le téléphone git au milieu de la route et la blonde contacte Samaritain pour le prévenir que Samantha a compris.
- Et maintenant ? demande la blonde mi amusée mi intéressée.
- Je ne peux pas filer ce taxi via son transpondeur, avoue Samaritain. Samantha Groves a fait de l'excellent travail, je dois bien l'avouer. Je n'ai pas le numéro du transpondeur et il y a des milliers de taxi en service ce soir.
Lambert arrête la voiture et soupire en secouant la tête.
- Donc on les a perdu, conclu-t-il. Encore.
Martine serre les dents et se contente de frapper sèchement la vitre de rage.
- Fais chier, peste-t-elle.
- Attends, murmure Lambert. Elles ont été repéré la dernière fois sur Cherry Street en direction du nord.
- Et alors ? lui crache-t-elle excédée.
- Il y a quoi au nord de Cherry Street ?
- Je ne suis pas d'humeur pour les devinettes Jeremy. Cette pute m'a défiguré. Si je ne l'ai pas aujourd'hui pour me défouler un peu sur elle je vais réduire Brooklyn en cendre.
- L'aéroport LaGuardia à 20 minutes, répond Samaritain à Lambert.
Martine se raidit et Lambert redémarre. Elles n'ont que quelques minutes d'avance. Elles allaient quitter New-York. Du moins ça c'est ce qu'elles croyaient.
Sameen Shaw : cible à appréhender vivante.
Samantha Grooves : potentiel atout.
Louisa Groves : potentiel atout.
Signal perdu.
Recherche en cours …
Au grands maux, les grands remèdes. Il voulait faire les choses discrètement et en douceur mais Il n'a pas le choix, elles ne Lui laissent pas le choix. Hors de question qu'elles Lui échappent. Le couverture de ses atouts est parfaite. Il contacte les médias et Interpole en tant que source anonyme. Il a déjà rédigé deux notices rouges à leur encontre en leur nom. Une pour Samantha Groves et une pour Sameen Shaw. Il ne peut pas le faire pour Louisa Groves du fait de son statut d'enfant. Mais la petite sera forcément avec elles et si ça n'est pas le cas, Il les ferait parler et Il la trouverait.
Cinq minutes plus tard, leurs portraits sont diffusés par les médias sur toutes les chaines de télévision. Deux terroristes en fuite qui ont fait explosé une bombe à Brooklyn. Identités inconnues, mais portraits connues. Cibles à appréhender vivantes. Elles ne passeraient jamais les contrôles de l'aéroport.
Martine et Lambert sourient d'autant plus à l'entente de telles nouvelles. Ils n'auraient qu'à récupérer le colis à l'aéroport, ça serait simple.
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Root est partie depuis au moins dix bonnes minutes chercher ces foutues billets d'avion et enregistrer leurs bagages. Sameen ne la voit pas et ça l'angoisse. Qu'est ce qu'elle fout putain ? L'avion part dans …
- Mesdames et Messieurs, nous allons procéder à l'embarquement du vol 176 à destination de Asheville porte 16.
Merde, merde. Root où es-tu ? Il faut y aller.
- Rah Lou. Qu'est ce qu'elle fout ta mè … , commence-t-elle à râler en se tournant vers la petite avec qui elle attend près de la douane.
Elle s'arrête nette quand elle se rend compte que Louisa n'est plus là. La gamine était là il y a deux secondes et elle émergeait à peine. En sortant du taxi, Sameen l'avait prise dans ses bras parce qu'elle dormait encore et elle avait un peu émergée contre elle. Root était partie directement chercher les billets d'avion et Sam avait vu qu'il n'y avait personne au comptoir. Elles étaient les dernières sur ce vol, il était tard pour embarquer, mais heureusement elles n'avaient que des bagages à main, rien à envoyer en soute. Ça devait être plus rapide que ça. Que fichait Root ? Et Louisa ? Où était Louisa ? La petite s'est volatilisée et Sam commence à paniquer en se tournant encore et encore dans tous les sens pour la chercher. Merde ! Elle a beau regarder partout, elle ne la voit pas. La panique lui fait voir tout flou.
- Louisa, appelle-t-elle. LOUISA.
Elle la voit soudain à un kiosque à journaux et elle fonce dessus. Elle l'agrippe par les épaules franchement furieuse et la secoue un coup. Elles avaient des tueurs aux fesses et elle, elle disparaissait dans l'aéroport.
- Louisa, l'engueule sans se soucier des gens qui la regardent choqués de son attitude envers la petite. Mais qu'est ce que tu fiches ?
- Je … balbutie Lou qui prend peur devant sa colère. Je voulais juste un petit truc à manger.
Elle lui montre une barre de chocolat.
- Mais bon sang, continue Sameen toujours aussi en colère, c'est pas une raison tu ne pouvais pas me demander. On ne part pas comme ça sans prévenir. J'étais morte …
Elle s'arrête nette en se rendant compte du mot qu'elle vient d'employer.
- J'étais folle d'inquiétude, se reprend-t-elle en déglutissant.
Lou ouvre grand les yeux sous le coup d'un tel aveu venant de Sameen. C'est pas du tout son truc de dire ce genre de truc, encore moins aussi sérieusement et encore moins probable qu'elle le fasse en public.
- J'ai pas fait exprès, murmure Lou les larmes aux yeux sous le choc face à la colère de Sameen et face à sa dernière remarque.
Sameen ferme les yeux et se calme. Elle ne veut pas que Lou pleure. La gamine n'a rien fait de mal au fond. Elle a été élevée comme ça par Root, pour prendre des initiatives, pour être autonome. Elle avait juste voulu se prendre un gâteau, elle n'en avait que pour deux minutes et elle serait revenue. Non c'était Shaw qui dramatisait, mais elle avait eu peur, stupidement peur. Elle prend conscience que les gens l'observent scandalisés de son attitude. "Qu'ils aillent tous se faire foutre, pense-t-elle rageusement et qu'ils se mêlent de leurs affaires". Elle déglutit difficilement, ils la mettent mal à l'aise. Son cœur s'accélère, elle transpire à grosse gouttes. Elle se sent mal et prend peur, très peur. Et si jamais ils étaient là. Elle rouvre les yeux et les pose sur Louisa pour ne se concentrer que sur elle. Elle lui caresse le visage.
- Je suis désolée, lui dit Shaw plus calmement.
Elle se relève et regarde le vendeur qui la dévisage avant de reporter son attention sur Louisa.
- Bon qu'est ce que tu veux ?
Lou lui montre une barre et Shaw la paye sans plus de cérémonie. Elle décide de prendre Louisa dans ses bras alors que cette dernière commence à manger son biscuit chocolaté, et elle s'éloigne des badauds qui l'observent encore, comme si de rien n'était.
- Et qu'est ce qu'elle fout ta mère ? panique-t-elle.
Lou hausse les épaules pour lui montrer qu'elle ne sait pas non plus et continue de manger. Elle la voit stresser, Shaw ne semble pas décidée à la reposer par terre.
- Qu'est ce qu'il y aura à manger ? demande Lou.
Shaw se tourne vers elle, totalement sur les fesses que dans un moment pareil, Lou ne pense qu'à manger. Root avait bien raison quand un jour elle lui avait dit qu'elle avait bien plus d'influence sur sa fille qu'elle ne voudrait jamais l'admettre.
- Euh … Dans l'avion ?
Lou secoue la tête
- Non aux Appalaches ?
Shaw lui sourit. Elle adore parler nourriture mais ça n'est pas le moment.
- Que des bons trucs, lui assure-t-elle vaguement.
- Ils ont des pancakes ?
Shaw refreine un rire. Lou s'angoisse pour ça ? Dans un moment pareil ? Dans leur situation ? Mince, ça en est vraiment comique.
- Bien sûr Lou, lui dit-elle.
Shaw revient vers le lieu de rendez-vous où Root doit les retrouver, proche de la douane. Elle compte 26 secondes, se jurant qu'à trente elle la tuera. Et soudain, elle tourne dos à l'entrée. Son cœur manque de s'arrêter et elle respire trop vite. Elle resserre son emprise sur Louisa. Martine et Lambert viennent d'entrer dans l'aéroport. Shaw bouge très vite pour ne pas rester dans leur champ de vision.
- Par ici, murmure Root venue de nulle part en l'attrapant par un bras et en la tirant vers la file de la douane derrière une vieille femme.
- Ils sont là, lui chuchote Shaw.
Root acquiesce. Elle sait, la Machine l'a prévenue. Elle l'a aussi prévenue d'un autre problème beaucoup plus inquiétant. Les secondes sont comptées.
- Qu'est ce que tu as foutu bon sang ? Ils …
- Chut, la coupe Root en l'astreignant au calme.
Shaw la voit fourrer des passeports et des billets dans l'un de ses sacs et n'en garder que trois dans sa main. Qu'est ce que ça voulait dire ? Pas le temps de demander à Root plus d'explication.
- Shaw, lui chuchote Root en avançant avec elle dans la queue des contrôles de douane. Il y a un gros problème.
- Non sans blague, ironise Sameen furieuse.
Si jamais elles se faisaient reprendre, elle la tuerait de ses propres mains. Pourquoi tout ce temps perdu à aller chercher trois billets d'avion. Elle avait été fabriqué le papier elle-même ou quoi ?
- Interpole vient d'émettre un avis de recherche nous concernant toutes les deux.
Shaw ouvre grand la bouche sous l'effet de la peur et du choc d'une telle nouvelle. Samaritain venait de passer à un niveau supérieur dans leur traque. Il prenait le risque de rendre ça public.
- Si jamais on ne passe pas, continue Root en lui jetant un regard intense qu'elle fait ensuite glisser vers son sac qui contient leurs armes à feu qu'elles ont rangés là quand elles étaient dans le taxi. Tu es prête à foncer et à détourner un avion ?
Sameen la regarde interdite. Elle est sérieuse ? Ah oui putain elle est sérieuse. En même temps, là il n'y a pas trop d'option. Elle reste bloquée sur elle puis soudain sur l'écran d'une télévision où leurs portraits sont diffusés à l'instant. Root suit son regard et se retourne pour découvrir l'ampleur du lisier où elles s'embourbent.
- De toute façon on est déjà des terroristes non ? réplique Shaw à Root en guise de réponse.
Roto se retourne et Shaw l'imite avant de toutes les deux faire volte face. Martine et Lambert ne sont pas loin, ils les cherchent et vont surement les trouver. Shaw sent l'adrénaline monter. Elle a pris sa décision tout comme Root. Elles se regardent et acquiescent. Si jamais elles n'avaient pas le choix, elles fonceraient vers un avion et les obligeraient à le décoller. De toute façon pas besoin du pilote, Root comme Sameen savaient piloter un de ces engins. L'écran de la télévision grésille et devient noir sans que personne ne s'en inquiète. Pourtant elles savent que la Machine devra faire mieux que ça pour les sortir de ce pétrin.
La vieille femme avance au guichet A et le guichet B se libère laissant la voie libre à Sameen et Root.
- Bonjour, murmure joyeusement Root avec un petit sourire aimable en tendant leur billets et leurs passeport au contrôleur.
- Bonjour, bougonne le gars.
Il observe les passeports et les dévisage une à une en parallèle de leur photo d'identité. Shaw serre les dents et se concentre sur Louisa qu'elle tient toujours dans ses bras. Ce type l'a met mal à l'aise comme tous les gens de cet aéroport.
Il est vieux et ne semble plus voir bien clair. Il est long et Root commence elle aussi à se sentir mal, mordillant sa lèvre sans s'en rendre compte. Et ça ne s'arrange pas quand le scanner derrière lui se met en route imprimant une feuille d'Interpole avec leurs visages. Là à cinquante centimètres derrière leur contrôleur. Root déglutit et serre le sac où se trouvent les armes plus fortement contre elle. La Machine avait ralenti Samaritain autant qu'elle le pouvait coupant toutes les télévisions de l'aéroport et empêchant aux agents de voir leur photo par les moyens informatiques. Mais Samaritain avait de la ressource lui aussi, Il avait utilisé tous les moyens de communication pour transmettre l'information de leur présence et les arrêter, même ce vieux fax. La Machine n'avait rien pu faire pour l'en empêcher, Elle avait dû s'enfuir du système de l'aéroport dés qu'Il l'avait découvert, pour ne pas se faire débusquer. Et le temps qu'Elle revienne par un moyen détourné, le fax était lancé. Sameen reste de marbre face à la situation, prête à agir vite. Le bruit de l'imprimante est stridente car le gars ne vient pas chercher le feuille.
Il soupire excédé par le bip gênant et est sur le point de se retourner. Shaw et Root saisissent le sac prêtes à prendre les armes et à passer en force quand …
L'alarme d'une borne se déclenche et tout le monde tourne les yeux vers la vieille dame qui était devant elles dans la file d'attente. Le bruit infernal couvre celui de l'imprimante. La femme est au contrôle de sécurité et a visiblement un problème.
- Madame, veuillez écarter les jambes et les bras, nous allons devoir opérer à une fouille au corps.
- Comment ? s'offusque la vieille. Il n'en est pas question.
Le scandale attire les regard et Root en profite alors que la vieille fait un scandale sur l'âge et le respect des personnes âgés aujourd'hui disparu dans notre société, tandis que le policier gênée lui explique que devant son refus de coopérer, elle va devoir le suivre dans son bureau. Mais la femme refuse de plus belle, furieuse d'être traité en criminelle à 78 ans.
- Excusez moi, murmure aimablement Root au contrôleur qui reporte soudain son attention sur elle comme s'il se souvenait de sa présence. Mais nous sommes un peu pressées. Notre avion part dans dix minutes et nous sommes très en retard.
Il acquiesce et tamponne leur passeports avant de scanner leurs billets. Et elles se dirigent vers les contrôles de sécurité où la dame fait toujours un scandale. Elles prennent une file différente de la sienne désormais bloquée par son entretien houleux avec le personnel de sécurité de l'aéroport.
Shaw pose Louisa à terre pour passer sous le portique et Root pose leurs sacs sur le tapis sans se soucier des armes qu'ils contiennent. La Machine les fera passer pour inoffensifs aux yeux du scanner comme elle venait de faire passer le sac de cette femme comme hautement suspect. Root en est certaine, c'était un coup de la Machine, une diversion pour leur permettre de passer. Elle la remercie de tout cœur, mais elles sont loin d'être tirées d'affaire. Le remue ménage leur a certes permis de passer mais ça a attiré Martine et Lambert.
Root et Louisa sont passées sur le portail et Shaw fait de même tandis que Root se dépêche de récupérer leurs sacs de l'autre côté qui n'ont évidemment pas sonnés avec l'intervention de la Machine. A peine Sameen passée, elle se retourne pour voir Martine et Lambert la dévisager furieusement elle et Root. Personne ne bouge pendant cinq secondes. Leurs sourires sadiques font froids dans le dos. Ils sont sûrs de les tenir cette fois. Martine leur montre même son arme accroché à son flanc gauche en poussant sa chemise. Le message st clair, elles se rendent ou ce sera un massacre. Sameen et Root regardent autour d'elles les familles avec enfants. Elles ne peuvent pas dégainer ici, ça va dégénérer en fiasco.
- Eh maman t'as vu, crie Louisa en montrant Martine du doigt. La dame elle a une arme.
Root sourit largement à la réflexion de Louisa. Putain ce qu'elle est maligne. L'effet est immédiat.
- Police les mains en l'air et à terre, hurlent tous les flics et les agents de sécurité en mettant Martine et Lambert en joue.
Leurs sourires ont fondu comment neige au soleil. Ils les voient s'enfuir en courant. Chacune encadrant Louisa et lui tenant la main. Elles se retournent pour leur jeter des regards inquiets alors qu'elles savent qu'elles n'ont que quelques minutes, pas plus. Louisa leur fait tout de même un bras d'honneur en signe de victoire.
- On est de la maison, gueule Lambert en sortant leurs plaques.
Les flics hésitent un instant puis baissent leurs armes devant les plaques.
- Agent Moran et agent Eliaro, continue Lambert en se présentant lui et sa collègue très rapidement. Sécurité intérieur.
Martine se dirige déjà vers le guichet de douane où elles sont passées quelques instants plus tôt, sans s'occuper de l'explication que sort Lambert. De toute façon peu importe avec Samaritain leur couverture est parfaite et vu la publicité qu'Il avait fait à Samantha Groves et Sameen Shaw, elles étaient déjà condamnées par le public.
Quand l'alarme avait sonné, ils avaient directement regardé par là et ils les avaient vu passer à ce guichet. Elle passe rapidement les dernières passeports enregistrés et elle les repère très vite. Susan Glayn, sa fille Rebecca Glayn, ainsi que Olivia Glayn sa tante avaient trois billets pour Asheville porte 16.
- Nous cherchons deux femmes, des terroristes, continue Lambert.
Les flics ne sont désormais plus du tout méfiants, lui présentant même des excuses. Martine le rejoint.
- Elles sont dans le vol pour Asheville porte 16. Cet avion ne doit pas partir. L'identité des suspectes est Susan Glayn et Olivia Glayn.
Tous les flics approuvent et s'activent pour rattraper leurs gaffes. Ils contactent la tour de contrôle pour empêcher l'avion de partir. Ce dernier vient juste de fermer ses portes mais n'a pas encore décollé. L'équipage et les pilotes sont prévenus. Il y a deux terroristes à bord. Interdiction de les approcher ou de les appréhender. Martine, Lambert, les renforts de Samaritain aidé des services de sécurité de l'aéroport foncent tous à la porte 16. Ils descendent sur le tarmac et font évacuer l'avion prétextant un problème de moteur. Les identités de chaque passager sont vérifiées une à une. Elles ne sont pas là.
- Comment c'est possible ? peste Martien furieuse.
Susan Glayn et Olivia Glayn, ainsi que Rebecca Glayn sont bien enregistrées sur ce vol mais n'y ont jamais embarquées.
Martine et Lambert échangent un regard puis foncent dans l'aéroport. Elles n'ont pas pris leur avion, donc soit elles sont toujours là ce qui est peu probable, soit elles en ont pris un autre.
Samaritain vérifie mais Susan Glayn, Olivia Glayn et Rebecca Glayn n'ont pas de billets enregistrées ailleurs.
Lambert soupire et se résout à organiser une fouille complète de l'aéroport. Mais au bout de deux heures infructueuses de recherche, lui et Martine doivent bien s'avouer vaincus. Elles ont disparu, se sont volatilisées dans les airs mais où ?
La blonde pousse un soupir pour se clamer mais ça ne suffit pas. Elle se dirige vers les toilettes qui sont vides. Lambert la rejoint et la voit observer son reflet dans le miroir en se passant la main sur son front brûlé à l'acide qu'elle avait caché avec les mèches de ses cheveux. Elle est furieuse et serre les poings. Les dégâts sont atroces mais Lambert les juge minime comparé à son visage balafré. Martine saisit soudain son arme et vide le chargeur sur le miroir dans son reflet. Elle tire encore et encore dans un fracas insupportable alors que les coups retentissent et que le verre explose. Une fois son chargeur vide, loin d'être calmée, elle balance l'arme dans la vitre brisée et appuie ses deux mains sur le lavabo en fermant ses yeux pour respirer profondément et se calmer. Lambert la regarde très calmement, il la comprend. Lui aussi est furieux, mais il sait mieux gérer qu'elle sa colère. Elle ne devrait pas perdre son sang froid à ce point, mais il n'est pas assez fou pour le lui faire remarquer.
- T'en as pour 7 ans de malheur, lui dit-il.
Elle lève les yeux vers lui.
- Je veux la retrouver, murmure-t-elle d'une voix sourde.
Lambert sourit, il sait qu'elle parle de Shaw. Au fil des mois, il l'a vue devenir parfaitement obsédée par elle et en plus Samaritain venait carrément de la lui offrir quand il l'a retrouverait. Il sait que rien ne l'arrêtera plus désormais.
- C'est normal, lui répond-t-il. Elle est plutôt bien foutue.
Martine lui sourit mais est toujours aussi furieuse.
- Je veux la retrouver pour la détruire de mes propres mains, achève-t-elle rageusement. Et je ne pourrais arrêter que quand elle aura pleuré et m'aura suppliée pour que je le fasse.
Lambert la regarde et acquiesce. Et lui il voulait détruire de ses propres mains Root en lui prenant sa fille. Il allait retourner Louisa et ferait en sorte que sa mère le sache. Il ferait payer la gamine aussi. Il allait descendre sa mère sous ses yeux. Aucune des trois ne sortiraient indemnes de cette histoire.
Samaritain réfléchit. Il a vu son atout exploser de colère. Mais ça n'est rien comparé à ce qu'Il ressent. La frustration, celui de son premier échec. Elles lui avaient échappé mais Il ne savait même pas comment et la colère grandit encore davantage. Retour à la case départ. Elles étaient dans la nature. Il faisaient passer leurs portraits partout mais maintenant celui de Louisa aussi, la faisant passer pour une otage qu'elles auraient enlevé. Ainsi si des forces de l'ordre les retrouvaient, ils sauraient que la fillette est là et elle, ils ne l'abattraient pas. Louisa. C'était elle qui leur avait permis de s'enfuir dans l'aéroport par son intelligente intervention. Il est impressionné mais surtout furieux. Il donnerait quartier libre à Lambert et Martine pour les briser quand Il les aurait rattrapées.
Sameen Shaw : cible à appréhender vivante.
Samantha Grooves : cible à appréhender vivante.
Louisa Groves : potentiel atout.
Signal perdu.
Recherche en cours …
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Elles courent dans le terminal alors que Lou vient d'opérer un coup de génie. Sameen sse dirige vers la porte 16 mais …
- Non, lui dit Root, pas là.
Shaw la regarde perplexe jeter les passeports et les cartes d'embarquement dans une poubelle avant de sortir d'un geste rapide trois autres passeports de son sac. Elle suit Root qui ne cesse de marcher très vite, Louisa courant à ses côtés pour rester à sa hauteur. Shaw ne comprend pas bien. Elles n'allaient pas à Asheville ?
Root avance jusqu'à la porte 24 et s'arrête pour présenter les cartes d'embarquement que la Machine a réservé pour elles sur ce vol au nom de Susan Playn, Olivia Playn et Rebecca Playn. Shaw percute soudain que c'est pour ça que Root avait été si longue à acheter ces billets. Elle avait dû le faire deux fois, une pour chaque avion.
Et Sam comprend que la Machine avait un plan de secours pour elles. Dés le départ Elle avait eu ce plan de secours. Root avait raison, Shaw devrait lui faire davantage confiance. Cesser de douter d'Elle et ne jamais douter de la puissance de Samaritain. Ne pas sous estimer son ennemi était certes une force et une preuve de sagesse dans une guerre, mais sous estimer ses alliés était une faiblesse.
Elles montent dans l'avion, ce sont les dernières et les portes se ferment derrière elles.
- C'était moins une, leur fait remarquer l'hôtesse.
- Oui désolé, murmure Root d'une voix aimable en commençant à faire la conversation. Nous avons eu des embouteillages sur la route et enfin vous voyez ce que c'est à New-York. Quand ça veut pas avancer, ça n'avance pas.
Shaw trouve leurs sièges et installe leurs bagages dans le compartiment alors que Root est toujours en train de déblatérer avec l'hôtesse de l'air. Sameen voudrait lui dire de se taire. L'adrénaline ne redescend que doucement alors qu'elle n'est pas certaine d'être en sécurité. Root finit enfin par se taire et installe sa fille sur le siège côté hublot comme elle l'adore. Elle s'attache ensuite elle-même sur son siège entre Louisa et Sameen. Elle voit cette dernière se ronger les ongles d'angoisse. Le sac est en haut, elle n'a pas le droit de l'avoir sur elle et Shaw déteste ne pas avoir d'arme. Elle jette des regards angoissés à la porte désormais verrouillé de l'avion. Ce dernier commence à rouler pour aller se placer sur la piste de décollage. Root sent son inquiétude, elle-même n'est pas totalement détendue à 100% jusqu'à ce que la Machine lui confirme que leur plan a marché et que l'avion pour Asheville est actuellement fouillé par els agents de Samaritain. Un sourire se dessine sur ses lèvres et elle prend a main de Sameen. Cette dernière la regarde soudain. Le sourire de la hackeuse la scotche.
- On a réussi Sam, lui dit-elle. Crois moi on ne court aucun danger.
L'hôtesse passe à côté d'elles à cet instant et entend la dernière phrase de Root.
- Tout va bien ? s'inquiète-t-elle.
Ces femmes lui semblent sympathiques mais la plus petite est un peu tendu. Sameen sursaute à sa question et serre plus fortement la main de Root. L'hôtesse le remarque et fronce les sourcils alors que Shaw est incapable de la regarder. C'est Root qui lui répond pour ne pas qu'elles se fassent remarquer.
- Oui, oui, lui affirme-t-elle poliment. Ma sœur n'est juste pas rassurée en avion.
L'hôtesse envoie un sourire désolé avant de s'éloigner. Shaw regarde Root.
- Ta sœur ?
Cette dernière lui sourit alors que l'avion prend de la vitesse. Il aura décollé dans quelques instants et elles seront loin, hors de portée. Root tente de détendre Shaw. Elle mord sa lèvre inférieure et la regarde de haut en bas intensément.
- Je te promets de me retenir Sam. Je ne voudrais pas que tu m'accuses d'inceste.
Shaw n'en revient pas. La phrase la cloue sur place et elle ouvre de grands yeux face à une telle absurdité avant de les lever au ciel alors que l'avion quitte le sol. Root sourit de plus belle et se tourne vers Louisa qui est étrangement très silencieuse et est toujours tournée vers le hublot à observer New-York devenir petit, tout petit. Elle pose une main sur son épaule et sa fille tourne un visage inondée de larmes vers elle. Root en perd immédiatement son sourire.
- Lou, murmure-t-elle en la détachant pour la prendre dans ses bras.
Louisa se blottit et continue de pleurer.
- Pourquoi tu pleures ma coccinelle ?
- Parce que New-York, c'est chez nous et qu'on a dû partir.
Root ne trouve rien à lui répondre. Louisa était née et avait grandi à New-York. Elle ne connaissait rien d'autre. C'était moins dur pour Shaw et Root qui dans leur vie ont changé plusieurs fois de lieux d'habitation. Mais pour sa fille, Root comprenait très bien que ce fût un choc terrible pour elle. Tous les repères de son existence volant en éclat.
- C'est des vacances Louisa, on reviendra je te le promets.
Mais Lou n'arrête pas de pleurer.
- Et la maison ?
Aïe cette fois Root ne sait pas quoi lui répondre. Il ne restait rien de leur appartement et il était vrai qu'elles ne pourraient plus jamais retourner là bas.
- On n'a plus de maison maintenant, murmure Lou en baissant le tête, abattue.
Sameen lui pose un doigt sous le menton pour la lui redresser et Louisa la regarde.
- Du moment qu'on est ensemble tout ira bien, on aura une maison.
Lou lâche un petit sourire à sa remarque et dépose un baiser sur la joue de Shaw qui se raidit, surprise, à ce contact. Puis Lou retourne à sa place, absolument pas consciente qu'elle vient de gêner monumentalement Sameen. Cette dernière se reprend comme si de rien n'était et se tourne vers Root qui lui sourit largement mais en lui fiat aucune remarque.
- Où on va alors ? lui demande Sameen.
- Tu aimes la wild rice soup ?
Shaw fronce les sourcils. Root est franchement amusé. Les grands lacs ne semblait pas plus lui plaire que les Appalaches. Mais la Machine avait voulu un lieu calme loin de tout autant pour la distraction que nécessiterait le travail de Root, autant pour Shaw qui avait besoin de calme pour se ressourcer et faire le plein et autant pour Louisa qui avait besoin d'espace pour courir et jouer.
Sameen soupire profondément.
- Vive le Minnesota, lâche-t-elle en s'appuyant contre son siège.
