Chapitre 9 : La paix ?
- Mesdames et messieurs, nous allons atterrir à l'aéroport international de Minneapolis Saint Paul dans quelques minutes. Veuillez attacher votre ceinture et relever vos tablettes. Il est 22h07, la température extérieure est de 68 degrés fahrenheit. Veuillez rester assis jusqu'à l'arrêt complet de l'appareil. Merci.
L'hôtesse finit son annonce et Sameen souffle de soulagement. Il était temps quel ce vol se finisse. Un vrai cauchemar pendant un peu plus de 3 heures. Elles n'ont presque pas parlé et Root n'a pas insisté la sentant tendue. Elles ont profité du vol pour se reposer un peu, Root n'a pas réussi à dormir mais est restée calme et détendue à regarder avec un petit sourire heureux Sameen lorsqu'elle avait fini par s'endormir à côté d'elle. Quel bonheur d'être là avec elle, avec sa fille. Juste libres et ensembles, elle ne veut rien de plus à cet instant. Même au vu de leur situation actuelle, il n'y a nulle part ailleurs où elle voudrait être sur Terre.
L'annonce de l'hôtesse a réveillé Sameen en sursaut et Root a continué à la regarder s'éveiller plus en douceur quand Shaw s'est rendue compte qu'elle était en sécurité dans cet avion, Root la couvant d'un regard tendre et d'un petit sourire en coin. Sam a tout de suite senti les deux sur elle, mais elle ne veut pas croiser son regard qui allait encore une fois la mettre mal à l'aise sachant très bien ce dont Root a envie, chose que Sameen ne peut pas lui offrir. Pour l'instant en tout cas.
- Ben c'est pas trop tôt, murmure Shaw en se redressant dans son siège tout en se maudissant intérieurement de s'être assoupie.
Root lève les yeux au ciel devant l'obstination de Sameen à se fermer aux autres quand elle a le plus besoin deux, et elle change de position. La détente est terminée. La Machine l'avertit que ça n'est pas fini. Il allait encore falloir ruser. Elle soupire, franchement fatiguée de cette exténuante partie de cache-cache. Sameen se tourne enfin vers elle, elle a compris qu'il y a encore une mauvaise nouvelle, mais honnêtement elle ne sait pas si elle pourra en encaisser une de plus et elle hésite un instant avant de finalement le lui demander.
- Je t'écoute, lui dit-elle en soupirant profondément, résignée.
- Plusieurs agents de Samaritain et d'Interpole nous attendent à la porte de débarquement.
Sameen se tend immédiatement, inquiète. Vont-elles cesser pendant plus de cinq heures d'être encerclées et à la limite de se faire prendre ? Cette fois ? Est-ce là qu'elles vont se faire attraper ?
Root lui envoie un sourire confiant et pose une main dans la sienne pour tenter de la rassurer, mais Shaw se dégage franchement agacée de son constant besoin de contact avec elle. Root recule, totalement déstabilisée. Elle a l'impression d'avoir l'ancienne Sameen en face d'elle, anti-contact et fermée, mais en pire et l'interface ne comprend plus. Sameen avait changé, elle était devenue si ouverte, si sensible. Mais là … Root ne la laissera pas revenir en arrière même si elle sait que Shaw le fait pour oublier Samaritain et reprendre le contrôle, sésame sacré de sa vie à ses yeux. Mais Root ne la voulait pas distante, elle ne le supporterait pas, elle ne le supporterait plus. Plus maintenant après tout ce qu'elles ont vécu à cause de Samaritain. Root avait trop besoin d'elle. Mais pour l'instant il fallait se concentrer sur un problème plus immédiat. Elle réglerait ce point avec Sameen plus tard et si possible à un moment où elles seraient seules et où Sameen serait plus détendue et plus réceptive. Bref pas maintenant.
- Et merde, lâche Shaw dans un souffle. Mais comment ils nous retrouvent à chaque fois ? C'est dingue, on a commis une erreur où ?
- Non Il ne sait pas qu'on est là. On a belle et bien disparu à l'aéroport LaGuardia. Il sait qu'on a dû prendre un avion mais Il ne sait pas lequel alors Il les fait tous fouiller. Ils ont nos portraits. La Machine me dit qu'on passe en boucle aux informations sur toutes les chaines.
- Oh c'est génial, ironise Sameen dépitée et énervée.
Il allait falloir faire attention. Elles ne pourraient plus faire un pas dans la rue, et encore moins dans l'aéroport sans être repérées. Le personnel à bord ne s'est pas rendue compte de leur présence, c'est déjà ça. Et pour que ça continue ainsi, elle s'enfonce plus profondément dans son siège pour rester hors de vue.
- Sameen …, tente de la calmer Root.
Elle ne veut pas qu'elle dérape à nouveau, surtout pas dans cet avion, entourée de tout ces gens, et elle tente de lui prendre à nouveau la main. Mais cette fois Sameen se dégage beaucoup plus violemment et elle se tourne vers elle, vraiment furieuse.
- Merveilleux, claque-t-elle d'une voix calme et froide.
Tout ce superbe plan d'évasion franchement ardue pour en arriver là ? Elle refuse de se faire prendre. Elles vont atterrir dans moins de dix minutes et sa décision est prise. Elle est déterminée à ne pas les laisser lui refaire du mal, ni à elle, ni à Root ou Louisa qui reste obstinément tournée vers le hublot tout en écoutant leur conversation. La petite est calme et discrète, ou plutôt fatiguée. Les dernières 48 heures de sa vie ont été explosives et dévastatrices comme une tornade de force 5 qui vous passe dessus et ne laisse rien derrière son passage. Sauf que dans son cas, la tornade n'avait visiblement pas encore fini de passer et Lou se demandait sérieusement ce qui resterait debout après. Elle n'a plus aucun repère à part ces deux femmes assises près d'elle. Lou n'a même plus peur, elle sent que sa mère à un plan et elle lui fait confiance à elle comme à la gentille Machine, ce qu'elle ne sait pas c'est que Sameen a aussi un plan et beaucoup plus explosif.
Root reste sans voix devant son regard pendant un bref instant.
- Ok, commence Sam précipitamment. On attend que tout le monde soit descendu de l'avion et on sort en dernières. Sauf qu'en fait on ne quitte pas l'appareil. On ferme les portes et on le détourne comme on voulait le faire à LaGuardia en le refaisant décoller pour n'importe où et ….
- Sameen, Sameen, la coupe Root.
- Quoi ! s'exclame Shaw énervée d'être interrompue dans l'explication de ce qu'elle juge comme leur seule chance.
- On ne peut pas faire ça !
- Ça te dérangeait pas tout à l'heure.
Elle est furieuse et a du mal à se retenir de hurler. Elle se force à chuchoter pourtant, elle a une seconde de jugeote dans sa panique, même si elle refuserait de qualifier son état actuel ainsi, pour savoir que là elles doivent être discrètes.
- C'est pas …, tente Root.
- Alors tu es soudain devenue raisonnable, la coupe méchamment Sam. Ou alors tu ne me crois pas capable de piloter cet engin.
Au fond Sameen ne peut pas lui en vouloir de ne pas lui faire confiance. Mais là elle devrait car toute psychotique qu'elle est devenue, elle sait que c'est leur seule chance.
- Bien sûr que si, s'offusque Root, mais c'est pas ça. Pour l'instant, on a réussi à disparaitre. Si on fait ça, ils sauront qu'on est là. Il ne faut pas gâcher tous nos efforts.
- Et si on descend tranquillement comme de gentilles touristes, ils nous repéreront et nous tomberons dessus. Ça sera pareil.
- C'est pourquoi on ne va pas descendre. Pas par là en tout cas.
Shaw hausse les sourcils, perplexe.
- Elle a un plan, ajoute simplement Root. Tiens toi prête.
Evidemment, pensa Shaw, la Machine et ses plans. Bon le dernier était vraiment pas mal. Sam devait bien l'admettre. Mieux que pas mal même. Elle devait bien reconnaitre que la Machine était une super alliée, Elle ne les laissait pas tomber. Sameen devait lui faire confiance, elle se l'était promis à LaGuardia quand elle s'était rendue compte de la gigantesque opération de duperie qu'elle avait mené pour les sortir de là. Visiblement ça n'est pas fini. Oui elle doit avoir confiance en Elle. Seulement la confiance ? C'est si dur pour elle parce qu'elle a toujours considéré que la confiance ne valait rien avant … avant tout ça quoi ! Et puis son travail avec Finch et Reese avaient tout changé. Et ensuite il y avait eu Root, un incroyable coup dans la figure … un coup de chance. Elle avait changé, incroyablement changé, trop changé grâce à tout ça, grâce à eux. Elle s'était construite grâce à eux ce dont elle avait toujours manqué sans vouloir s'en apercevoir : une forteresse de sentiments, d'affection, et d'attention même. Mais après sa détention de sept longs mois que restait-il de tout ça ? La forteresse s'était effondrée, elle avait été prise d'assaut et ce qu'il en restait n'était pas reconstructible, elle devait bien l'avouer, se l'avouer. Alors que faire la rebâtir de zéro ? Sameen n'était pas certaine d'en avoir la force. Et rebâtir sur des ruines ne pouvait-il pas amener à un autre éboulement ? En même temps, Shaw ne pouvait vivre dans des ruines. Alors que faire ? Elle était coincée, coincée seule, coincée en compagnie de Root et de Lou, coincée dans sa tête, coincée dans l'enfer même après en être sortie alors qu'Il la poursuit, comme maintenant dans cet avion d'ailleurs. Coincée, coincée, coincée. Où qu'elle aille elle se heurte à des murs invisibles dont certains ont été dressés par elle et d'autres par Samaritain pour la mettre à genoux. Des murs dont le ciment est fait de sentiments. Coincée, bloquée, elle ne voit aucune issue, enfin si peut-être une mais ça n'est pas … La question n'était donc pas tellement ici de savoir si elle avait le choix, elle ne l'avait clairement pas plus que Root et Louisa, non la question était de savoir si elle avait confiance. Confiance en quoi ? En Root ? Evidemment. Mais en la Machine ? Shaw soupire. Mine de rien et loin de vouloir se l'avouer, elle a peur. Si peur de se faire reprendre, elle ne le supporterait pas ni pour elle ni pour Root et sa fille.
- Fais pas la tronche Sameen, murmure joyeusement Root pour la détendre. Ton idée était aussi très tentante mais la sienne va te plaire je t'assure.
- Ah ouais ? murmure Sameen sceptique.
Elle crève d'envie de connaitre les détails de ce plan, mais elle ne demande rien. Ce serait inutile, Root n'en sait rien non plus pour le moment. Mais ce sera pour bientôt, l'avion commence sa descente et elle voit les lumières de la ville dans le noir par le hublot. Root s'est levée pour saisir leurs sacs. Et Sam se tourne vers elle, attendant toujours une réponse.
- A la place de cet encombrant avion pas facile à ranger, Elle t'offre un petit cadeau, ajoute joyeusement Root en se rasseyant.
Elle tend à Louisa son sac à dos et se réinstalle sur son siège un immense sourire étalée sur son visage pour observer Shaw. Sameen hausse les sourcils attendant des précisions alors que Root jubile littéralement. Elle adore la Machine c'est une super idée et ça allait plaire à Sam. Elle se penche à son oreille.
- Une porsche 911 carrera 4, lui dit-elle en s'attachant. Peinture bleu nuit.
- Humph, grommelle Sameen.
Et Root sourit de plus belle car elle connait Shaw et elle sait qu'elle apprécie les belles voitures.
- Oh bah si tu n'aimes pas Elle te propose aussi une berline familiale.
- Ça va pas non ! s'exclame Sameen dans un souffle seulement audible par Root.
Cette dernière se met à rire doucement.
- Bon ben tu peux lui dire merci pour le cadeau alors.
- Pff tu parles c'est le moins qu'elle puisse faire après ce vol de merde.
A peine a-t-elle fini sa phrase que le bébé sur le siège voisin se remet à hurler comme si elle lui avait lancé un signal d'alarme et Shaw serre les dents laissant échapper un soupir d'exaspération, se retenant à grande peine de ne pas se lever pour l'assommer. Cet humain miniature lui a pourri les deux premières heures du vol à lui hurler dans les oreilles avant que sa mère ne le calme. Or là il semble repartir. Il n'y a pas de bouton marche arrêt sur ces trucs là ! Root se mord la lèvre un instant devant la réaction de Shaw pour se retenir de rire. Elle sort deux oreillettes d'un de leur sac et en tend une à Louisa et une à Sameen. Lou la prend et la met directement dans son oreille mais pas Shaw qui regarde Root totalement insondable, presque froide.
- Au cas où, lui dit-elle.
- Même pas en rêve, crache Sam en la glissant dans sa poche.
Root pince les lèvres mais ne lui fait aucune remarque. Shaw est bien trop à cran pour les entendre de toute manière et la Machine lui chuchote que ça n'est pas très grave de toute façon. Les oreillettes sont une idée de son interface mais la Machine refuse qu'elles se séparent, et Sameen aussi. Root n'en a aucunement l'intention elle non plus mais elle préfère parer à toute éventualité.
Louisa semble assez heureuse de l'entendre. La Machine lui murmure pleins de paroles réconfortantes, elle la rassure, lui dit que tout va bien se passer, de lui faire confiance et d'écouter sa mère et Sameen, de leur obéir. Elle lui dit qu'elle sera bientôt dans un bel endroit qui va beaucoup lui plaire avec elles. Lou l'écoute sans rien dire, elle se rend compte que l'Intelligence Artificielle a l'air de beaucoup l'aimer. Louisa se rappelle de leur dernière conversation dans les égouts du Bronx, elle était furieuse et lui avait mal parlé, trop sèchement. Pire elle l'avait faite chanter, pourtant la Machine l'avait écoutée et avait agi comme la gamine le souhaitait. Elle l'avait aidée, protégée alors que Lou avait été une vrai peste avec elle, exigeant et ne remerciant pas. Bien sur elle était furieuse car elle ne se souvenait que trop bien de sa dernière conversation avec une Intelligence Artificielle, et ce sentiment de honte cuisant quand elle avait compris que Samaritain s'était joué d'elle pour se faire passer par la Machine. Elle avait été assez stupide pour le croire. Mais la Machine était gentille, Elle sent bien sa peur, la comprend même, comme dans cet égout où Elle l'avait guidée dans le noir absolu alors que Louisa était terrifiée. Et là encore elle la réconforte, comme une amie, non plus qu'une amie, comme une grande sœur. La Machine l'aime et Lou doit bien avouer qu'elle aussi elle l'aime, il serait d'ailleurs bien difficile de la détester vu tout ce qu'Elle fait pour les aider.
L'avion atterrit sur la piste et quelques minutes plus tard, il s'immobilise.
- Mesdames et Messieurs, veuillez prendre garde aux chutes d'objets en ouvrant les compartiments à bagages et vérifiez que vous n'oubliez rien. Nous avons été heureux de vous accueillir à bord et espérons que ce vol vous a été agréable. Nous vous remercions d'avoir choisi American Airlines et espérons vous revoir prochainement sur nos lignes. Au revoir.
L'hôtesse n'a pas fini son annonce que la moitié des passagers sont déjà debout prêts à sortir alors que la porte va bientôt s'ouvrir. Root, Sameen et Louisa sont debout elles aussi, et Shaw se demande vraiment quel est le plan. Louisa ne s'en inquiète pas et met son sac sur les épaules. Sameen observe Root. Elle a son fameux sourire en coin et ce regard alors que la Machine lui parle.
- Compris, dit-elle doucement.
Et Shaw sait qu'elle s'adresse à Elle. Elle commence à regretter de ne pas avoir mis cette stupide oreillette pour entendre le plan, mais elle s'y refuse car d'une part ce serait avouer à Root qu'elle a raison et Shaw ne supporterait pas son air suffisant, et d'autre part elle ne veut plus rien avoir à faire avec les Intelligence Artificielle pour un bon moment.
Root prend la main de Louisa et se dirige doucement dans l'allée encombrée par les passagers pressés de sortir. Sam la suit perplexe mais sans rien dire. Root s'arrête devant les toilettes et ouvre la porte en y faisant entrer sa fille avec elle. Elle se tourne vers Sameen et lui indique d'un signe de tête la porte de la cabine voisine. Sam l'ouvre sans un mot et s'y enferme, seule. Et maintenant ? Elle attend et sent la colère monter. Root aurait pu lui expliquer bon sang, elle est furieuse contre elle, ou plutôt furieuse contre elle-même car sa fierté à deux balles l'empêche de mettre cette foutue oreillette pour demander des explications à la Machine. Alors elle attend comme une idiote. Elle s'appuie dos à la porte et croise les bras en soufflant de colère. Deux minutes à peine passent avant qu'un léger bruit ne la fasse violemment sursauter. Une trappe étroite s'ouvre au plafond et Sam lève la tête pour voir Root lui sourire.
- Ouvre la porte, lui dit-elle.
Sameen lui obéit et se tourne vers elle. Root lui tend une main et l'aide à se hisser aussi vite que possible. Puis elle referme la trappe et lâche un soupir de soulagement. Grâce à la lampe que tient Lou, Sameen observe le faux plafond étroit où elles sont confinées.
- Par là, indique Root.
Elle rampe en tête sans faire de bruit et Lou et Sameen la suivent. Root sait exactement où elle va. Elle rampe guidée par la Machine et s'arrête soudain. Elle tape fermement à un endroit précis et une nouvelle trappe s'ouvre.
- Allez, murmure-t-elle en descendant la première.
Une fois réceptionnée, elle attrape Louisa et Sameen suit avant de refermer la trappe derrière elle. En se retournant, elle voit déjà Root s'affairer au sol pour ouvrir une nouvelle trappe étroite et Sameen fait le guet. Elles sont arrivées dans l'espace réservé au personnel de l'avion. Il n'y a personne pour l'instant, elle entend le personnel saluer les passagers qui descendent, derrière le rideau tendu. Un simple rideau, voilà ce qui les sépare des autres. Si jamais une hôtesse décide de venir … Lou observe sa mère en silence. Root parvient à forcer la serrure et ouvre la trappe. Sans ménagement elle attrape Lou et la fait glisser dans l'ouverture. Elle lui envoie les trois sacs avant de la rejoindre. Sameen passe en dernière et referme la trappe derrière elle, ni vue ni connue. Root les guide encore alors qu'elles sont …
- Envoie la grosse noire, beugle un type pour couvrir le boucan des moteurs qui s'arrêtent.
Elles se planquent silencieusement dans l'ombre derrière une pile de valise. Elles voient un homme qui attrape un gros bagage noir et qui le lance vers son collègue sans délicatesse. La Machine les a mené dans la soute et Sameen comprend que c'est par là qu'elles vont descendre. Root ouvre une énorme valise en toile et la vide sans délicatesse puis sans rien avoir à lui demander, Louisa confie son sac à dos à sa mère et s'allonge en boule dans l'énorme valise comme le lui ordonne la Machine.
- Ça ne sera pas long, lui promet sa mère avec un petit sourire avant de refermer la fermeture, mais pas à fond pour lui laisser la possibilité de respirer, ou même de se libérer d'elle-même si ça tourne mal.
Root prend ensuite délicatement le bagage dans ses bras et se dirige vers l'entrée ouverte de la soute, suivie d'une Sameen silencieuse. Elles restent tapies en silence dans l'ombre plusieurs minutes alors que la soute se vide. Root pose le bagage contenant sa fille en évidence à l'entrée de l'ouverture et retourne se tapir dans l'ombre avec Sameen. Elle déglutit quand elle voit l'homme poser la valise sur le tapis roulant, mais est soulagée. Si jamais elles devaient être repérées, Lou serait saine et sauve quelque part et elle avait l'oreillette pour recevoir l'aide de la Machine. Louisa était sortie. Maintenant il faut trouver un moyen pour elles de descendre. Sameen a cherché durant leurs longues minutes d'attente et elle dirige Root vers la trappe du train d'atterrissage arrière.
- Super, murmure Root impressionnée.
Elle devait bien avouer que c'était ingénieux. C'était étroit et il allait falloir se faufiler mais ont-elles vraiment le choix ?
- J'adore, ajoute Root toute guillerette comme une petite fille faisant une bonne blague.
Elle passe la première et descend, mais trop vite. Dans sa précipitation, elle glisse et manque de tomber, elle se rattrape de justesse en s'agrippant à la jambe d'amortisseur. Ses pieds se réceptionnent sur les roues du train d'atterrissage, puis elle descend sur le tarmac. Sameen la rejoint en descendant bien plus agilement qu'elle. Root la regarde en souriant, on dirait qu'elle a fait ça toute sa vie. A croire que Shaw préfère voyager en soute, surement aurait-elle préféré vu comment elle a jeté un regard assassin au bébé en pleurs.
Les ombres de la nuit les aident et elles se dirigent discrètement vers le chariot à transporteur de bagages d'aéroport. Dans le premier wagon en haut de la pile de bagages, Root repère la valise noire où elle a enfermé sa fille. Un type se met soudain au volant, prêt à démarrer. Et Root fait un bref signe de tête à Sameen. Cette dernière acquiesce et Root s'avance vers le conducteur. Elle affiche son sourire le plus séducteur et se plante devant lui, l'empêchant de d'avancer. Le gars la regarde avec des grands yeux se demandant ce qu'elle fout là. Root s'avance vers lui, séductrice jusqu'au bout des ongles et il déglutit difficilement alors qu'elle s'assoit à côté de lui.
- Pouh, il fait chaud ce soir, murmure-t-elle en ouvrant le premier bouton de sa chemise.
Le gars la regarde interdit alors qu'elle pose sur lui un regard plein de sous-entendus. Il ne peut s'empêcher de plonger ses yeux droit dans son décolleté et Root peste intérieurement. "Les hommes restent des hommes", pense-t-elle. Les seuls qu'elle avait rencontrés à se comporter correctement envers une femme se comptaient sur les doigts d'une seule main. Donc soit la gente masculine était définitivement désespérante du fait d'un mauvais code génétique, soit elle attirait à elle tous les minables de cette planète et Jimmy, Lionel, John et Harold étaient des exceptions qui confirmeraient la règle que les hommes pouvaient parfois bien se conduire envers une femme.
Bon là, elle doit bien avouer que ça l'arrange bien, vu que son interlocuteur devient rouge comme une tomate alors qu'elle le drague. Oui elle le drague, voilà bien la cause de son trouble, elle n'est donc pas non plus innocente à cette situation, loin de là. Elle décide d'enfoncer le clou, alors qu'il ne réagit pas, totalement surpris de la situation. Il allait s'en souvenir de ce déchargement. Root se penche vers lui toujours armée de son sourire séducteur.
- J'aimerais bien faire un petit tour, dit-elle doucement. Histoire de prendre l'air.
Le type déglutit à nouveau difficilement et semble se réveiller.
- Qu'est ce que vous faites là vous ? parvient-il à lui demander enfin.
Root se redresse, son sourire ne la quittant pas. Elle s'appuie nonchalamment contre le dossier du siège et elle croise ses jambes dans une position ultra sexy. Pendant ce temps Sameen se glisse dans l'ombre et arrive par derrière. Elle observe la scène et lève les yeux au ciel d'exaspération. Root la voit et jubile d'autant plus à poursuivre son manège non pour ce pauvre homme mais pour elle. L'interface se demande vaguement si elle pourrait la rendre jalouse. Elle reste rivée sur le type et pour toute réponse à sa question, elle hausse les sourcils amusée. L'homme reprend peu à peu contenance.
- Je vais vous faire descendre de là et rapidement, continue-t-il d'une voix où se trahit la colère et l'apeurement.
Root se penche vers lui toujours armée de son sourire. Sa position est passée de séductrice à menaçante et l'homme respire soudain très vite, transpirant la peur.
- J'aime tout ce qui est rapide, murmure Root.
La gars s'apprête à lui répondre mais il n'en a pas le temps. Exaspérée, Sameen décide de ne pas prolonger plus longtemps ce jeu stupide et assomme le type d'un coup violent à l'arrière du crâne. Il s'effondre sur le volant et Root se tourne vers Shaw pas du tout perturbée. Pire elle lui sourit et reste dans son rôle de femme fatale.
- Ce que tu peux être fracassante, la drague Root en se passant la langue sur le bout des lèvres.
- Et toi tu es une vraie allumeuse, lui réplique Shaw.
Root sourit d'autant plus. Hum alors Sameen ? Jalouse ? Mais elle garde ses réflexions pour elle-même, se contentant de lui sourire en silence.
- Bon on y va ? râle Shaw.
Root hausse les sourcils et se lève de son siège. Il fallait bien revenir aux choses sérieuses à un moment. Elles hissent le type inconscient dans le premier wagon, au dessus de toutes les valises. Elles y déposent aussi leurs sacs et le sac à dos de Louisa. Puis Sameen se met au volant et démarre. Root la guide sur le tarmac jusqu'à une grille qui marque la limite de l'aéroport. Sam s'arrête et récupère leurs sacs tandis que Root attrape la valise et libère Louisa.
- Ça va ? lui demande-t-elle.
Lou acquiesce avant de saisir son sac à dos, elle a l'air épuisée. Root la prend dans ses bras et se dirige vers la grille où Sameen a déjà balancé leurs sacs de l'autre côté. Elles escaladent le grillage aussi vite que possible et se réceptionnent de l'autre côté. Sameen se dirige droit vers la voiture comme hypnotisée, et doit bien avouer qu'elle est magnifique, une vrai merveille. Elle la caresse du bout des doigts, la peinture, les courbes, la couleur. Tout. Parfaite. Elle ouvre la portière, se met derrière le volant et elle démarre. Le bruit est une mélodie parfaite. Il y a bien longtemps qu'elle n'a pas ressenti un tel plaisir, elle meurt d'envie de l'essayer, de foncer. Elle sent déjà la puissance du moteur, l'adrénaline de la vitesse, et un immense sourire d'anticipation s'étale sur son visage. Elle revient brutalement à la réalité quand Root claque le coffre de la voiture après y avoir chargé leur sacs. Louisa monte à l'arrière de la voiture et s'allonge de tout son long déjà prête à dormir. Root sourit, elle aussi, en s'asseyant à côté de Sameen. Elle savait que ça lui plairait. Mais mieux valait ne pas trainer trop longtemps ici. Shaw lui jette un regard où la joie qu'elle ressent, pour le cadeau que Root et la Machine viennent de lui faire, transparait clairement. Elle hoche la tête pour la remercier et elle démarre.
Sameen conduit en silence pendant des heures, guidée par Root qui endosse le rôle de GPS. Ce sont les seules paroles qui résonnent dans la voiture et le silence pèse un peu à Root. Elle sent que, comme dans l'avion, Sameen veut remettre de la distance entre elles. Or ça elle ne le supportera pas, mais comment faire pour l'en empêcher ? Elle se mord nerveusement les lèvres et regarde droit devant elle la route. Louisa s'est endormie, avant même qu'elles n'aient quitté Minneapolis, et Root est soulagée que sa fille ne ressente pas l'ambiance tendue qui règne dans la voiture.
Loin de ressentir le malaise de Root, ou même de l'imaginer et de s'en soucier, Sameen reste focaliser sur sa conduite. Les routes que la Machine lui fait prendre sont des routes secondaires, discrètes, mais mal éclairées. Elles sont dans la campagne profonde et traversent des champs et de minuscules villes. Sameen est perdue dans ses pensées et réfléchit. Sans qu'elle le veuille et sans rien pouvoir y faire, elle refait le point, le jeu du réel ou pas réel la rattrapant et la persécutant à nouveau. Elle ne peut pas être dans une simulation bon sang. Elle n'est jamais venue ici de sa vie. Elle était née et avait grandi à Portland dans le Maine et gamine elle n'avait jamais été s'enterrer ici pour une quelconque raison. Et après, et bien après rien. Elle n'était jamais venue ici, point. Shaw en est certaine. Donc ça n'est pas une simulation. A condition que ce qu'ait dit Lambert ce jour là soit vrai. Elle serre plus fortement le volant en repensant à cet instant.
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Shaw se réveille brutalement. Fin de la simulation 5856. Elle tente de se calmer, de calmer sa respiration. Ça n'est pas fini, pas encore et elle le sait. Pourtant là, elle est épuisée, et elle se demande bien comment elle va pouvoir encaisser la suite du programme que Martine a prévu pour elle. Elle n'en peut plus, si seulement elle pouvait vraiment mourir pour échapper à cet endroit de malheur. Elle est perdue, pas certaine que ce soit réel. Avant si. Il y a quelques mois, elle avait réussi à distinguer réel et imaginaire. Elle avait fini par comprendre où se finissait la simulation et où commençait la réalité car les simulations étaient toujours les mêmes à quelques différences minimes, mais la ligne de conduite de leur scénario pourri était toujours la même. Et Sameen avait compris. Or ça, ça ne leur avait pas plu et pour la perdre définitivement et la mettre à terre, Lambert avait lancé avec l'assistance de Samaritain des simulations où ils ne demandaient rien à Sameen. Ils cherchaient juste à lui montrer le bien fondé de Samaritain. Mais le réel but était de la perdre, de la rendre folle dirait plutôt Shaw, et ils avaient réussi. Elle avait vraiment cru être dans la réalité, vu que ça ne ressemblait en rien à ce qu'elle vivait ordinairement dans ses simulations. Et puis patatras, tout explosait et elle se réveillait en sursaut. La première fois elle avait manqué de pleurer. Ils gagnaient contre elle, lui reprenant le peu de contrôle qu'elle avait réussi à acquérir sur cette torture. Ses simulations "ordinaires", si on pouvait les appeler ainsi, avaient bien sûr continué. Mais parfois elle vivait des simulations qu'elle avait qualifié de "sadiques", bien que les "ordinaires" le soient déjà franchement, car là elle était perdue pour de bon. Dans ces dernières Sameen se faisait parfois torturer par la blonde à la sortie d'une simulation, car loin de ce qu'elle avait cru au départ ils avaient fini par intégrer des simulations dans les simulations, et à son réveil Martine lui faisait endurer ce qu'elle venait de vivre dans sa tête exactement dans les moindres détails. Mais qu'elles soient ordinaires ou sadiques, les simulations finissaient toujours pareils. Shaw se foutait en l'air. Juste pour que ça s'arrête. Se suicider encore et encore la détruisait pour de bon. Elle en était arrivée à avoir un véritable mépris pour sa propre vie, sa propre personne, et sa propre existence. C'était atroce. Et la blonde profitait de cet état de faiblesse à son réveil pour enchainer sur une torture physique qui durait pendant des heures. Elle craquait peu à peu, imperceptiblement mais elle craquait. Et elle le savait, autant qu'eux qui s'en délectaient, qu'un jour elle finirait par plier. Une telle pensée la révulse.
Martine avait enchainé la simulation 5856 par une torture au scalpel, lui entaillant toutes les parcelles de peau auxquelles elle avait accès. Mais Shaw n'avait rien dit. Elle avait fini pantelante, flottant dans un état de semi conscience. Ils étaient sortis, la laissant aux bons soins de la pétasse d'infirmière qui l'avait détachée afin de pouvoir mieux lui manipuler les membres pour atteindre correctement ses blessures. Sameen avait peu à peu émergé alors que la salope finissait de la recoudre à vif. L'adrénaline battait dans ses veines et elle avait fait semblant de délirer par des paroles incompréhensibles et incohérentes pour endormir sa méfiance.
- De ne pas le faire … Je savais, chuchote-t-elle dans des paroles qui n'ont ni queue ni tête. Je leur avais dit … Comment je vais faire maintenant ?
L'infirmière fronce les sourcils d'incompréhension.
- Quoi ? murmure-t-elle en se penchant vers elle.
Et soudain Sameen ouvrit les yeux et lui empoigna d'une main ferme la gorge en se relevant vivement pour la plaquer au mur. Le femme, complètement paniquée, respirait la panique devant la lueur assassine dans les yeux de Shaw. Cette dernière attrapa de sa main libre le scalpel avec lequel Martine venait de la découper comme un morceau de viande et qui trainait sur la table avec ses autres outils de douleur. Sam le plaqua sous le cou.
- Un mot, un seul et je te tranche la gorge, siffla-t-elle.
L'infirmière déglutit.
- Vous savez aussi bien que moi qu'il n'y a pas moyen de s'échapper. C'est truffé de caméras.
Comme pour répondre à cette garce, l'alarme retentit mais Shaw ne bouge pas d'un millimètre et elle reste insondable.
- Le seul moyen de sortir d'ici c'est dans un sac mortuaire, continue l'autre.
Sameen la regarde très calmement. Elle sait maintenant que la mort n'est rien. Alors si elle croyait l'effrayer ainsi …
- Oh ça je sais, lui confirme-t-elle. Enfin pour moi c'est pas encore certain mais pour vous …
Elle la voit paniquer encore plus face à sa menace. Sameen attrape dans sa blouse une seringue qui lui était surement destinée.
- Il y a quoi là dedans ? lui demande-t-elle.
Elle ne lui répond pas et Sameen approche la seringue de son cou.
- Tu me le dis, la menace-t-elle doucement, ou je te l'injecte et je verrai moi-même l'effet que ça a.
- C'est un sédatif, murmure précipitamment l'infirmière.
Shaw acquiesce et approche l'aiguille de son œil. La femme prend une profonde inspiration sous le coup de la détresse mais Sameen reste impassible à sa terreur comme elle-même est restée impassible à sa souffrance.
- Tu vas me faire sortir d'ici, lui dit Shaw. Si tu tentes quoique ce soit je te l'enfonce dans l'œil jusqu'au cerveau tu piges ?
La femme déglutit. Sameen l'empoigne et l'oblige à la faire sortir dans le couloir. Elle l'y traine de force et coure aussi vite que possible dans les couloirs. Elle sait où elle va, elle se souvient du chemin. Des agents sont après eux et la femme gémit à la fois de douleur car Shaw l'empoigne fortement, et de terreur car les agents sont armés et n'hésiteront pas à tirer même sur elle. Mais Sameen fonce et arrive dans le dernier couloir.
- Ici station trois. Aucun signe d'elle, murmure l'homme qui garde l'entrée du couloir.
D'un violent coup de coude, Shaw assomme l'agent qui était surement censé l'arrêter à l'entrée de ce dernier couloir et elle fonce droit vers la porte de sortie.
- Halte, dit nonchalamment Lambert en se décollant du mur où visiblement il l'attendait.
Sameen s'arrête nette et se penche un peu en avant pour reprendre son souffle après sa course folle. Elle se tourne vers lui très calmement, se servant de l'infirmière comme d'un bouclier et en la menaçant de la seringue qu'elle dirige droit sur sa tempe, prête à tenir sa promesse de la lui enfoncer dans l'œil. Son autre main tient le scalpel et elle le place sous sa gorge. Elle respire la peur mais Lambert ne lui accorde aucune attention, focalisé sur Sameen. Il la pointe négligemment de son arme et lui sourit largement. Sam en enrage, elle refuse pourtant de s'avouer vaincue et cherche un moyen d'atteindre l'issue.
- Je ne sais vraiment pas pourquoi tu te donnes autant de mal, lui dit-il très calmement.
Il s'interrompt quand il entend tout comme Sameen des talons retentir dans le couloir. Martine arrive très calmement et le rejoint. Elle l'observe souriante mais Sam se force à rester concentrée sur Lambert pour conserver son sang froid. Si elle la regarde elle va exploser de rage, or là elle doit rester calme.
- Sachant que c'est juste une autre simulation, achève Lambert.
Et Sameen avait enfin laisser transparaitre quelque chose sur son visage, le doute et une pointe de peur. Simulation ou pas ? Réel ou non ? Elle ne savait pas au fond. Lambert l'avait fait exprès, les salauds savaient où frapper pour la mettre à terre. Elle a mal déglutit et a reculé d'un pas sous l'effet de la terreur. Ils s'en sont aperçus et ont continué en ce sens, même après que Shaw se soit reprise et est affichée un air sûre d'elle-même en secouant la tête.
- Ce scalpel, lui répond-t-elle, avec lequel elle vient de me torturer me parait bien réel.
Ils se sont approchés d'un pas alors qu'elle reculait. Toujours aussi souriants, toujours aussi menaçants.
- Ça doit être épuisant non ? lui demande Lambert en se moquant. Ce désir de vouloir sans cesse t'échapper. Même d'une prison faite uniquement de pixels.
Elle ne lui a rien répondu sur le coup. Elle ne savait pas, elle ne savait plus depuis longtemps. Elle est parvenue à afficher un sourire moqueur, rien qu'une façade.
- Si c'est une autre simulation, prouvez le moi.
Lambert a haussé les sourcils, amusé. Et Martine a carrément éclaté de rire. Mais Sameen est restée très sérieuse, imperturbable, maintenant son sourire en place. Contrairement à eux, elle n'avait pas peur de mourir. Ne s'était-elle pas tuée des milliers de fois ?
- Tire toi une balle dans le crâne, ordonne-t-elle à Lambert.
Ce dernier l'a regardée franchement scotché alors qu'elle attend en reprenant sa respiration. Il a fini par rire aux éclats alors que sa collègue a souri franchement.
- Pourquoi ? est parvenu à lui demander Lambert au bout d'un moment quand son rire a cessé. Juste pour que les programmeurs en relancent une nouvelle.
Sameen a affiché un air furieux, son sourire la quittant. Elle préfère se concentrer sur cette rage latente en elle que sur cet affreux sentiment de doute qui lui fait peur. Elle sait pourtant qu'elle commence à déraper, qu'elle devrait bouger. Mais elle en est incapable, elle doit savoir.
- Pourquoi Greer reproduirait cette prison où vous m'enfermez depuis des mois dans ma tête ? Quel serait l'intérêt ?
Elle réfléchit à haute voix. C'est vrai ça, ça n'est pas logique. Donc réel Sameen ? Hein Sameen c'est réel. Accroche toi à ça. Sauf que … voilà si c'est une simulation sadique, Il ne voulait pas d'informations, juste la perdre dans sa tête entre réel et imaginaire qu'elle ne distinguera à terme plus. Bref juste pour le plaisir de la rendre folle.
Ils l'ont écoutée attentivement mais ne se sont pas approchés. Martine l'a regardée comme une araignée regarde une appétissante mouche dodue en se pourléchant de la prendre dans ses fils pour en faire son repas. Et ça a rendu Shaw furieuse. Autant que l'air suffisant de Lambert.
- Oh non attendez, a continué Sameen toujours aussi furieuse mais en se moquant d'eux. C'est surement une autre simulation pour me montrer en quoi Samaritain est la bonne Intelligence Artificielle par un de vos arguments boiteux.
Elle marque une pause.
- Je ne vois pas bien lequel alors, ajoute-t-elle moqueuse.
Ils lui ont sourie. Lambert s'est approché doucement d'elle et elle a reculé sans le quitter des yeux.
- Ça n'est pas du tout une idée de Greer. Ça ne l'a jamais été.
Elle l'a regardé perplexe en s'arrêtant. C'était l'idée de Samaritain, réalisa-t-elle. Greer ou Samaritain. Avant elle pensait que ça ne faisait pas beaucoup de différence. Or avec le temps ici, elle avait fini par comprendre que si. Il y avait une énorme différence. Samaritain était le sadique, Greer était juste son ignoble et pitoyable marionnette obéissant à tout ordre, même le plus farfelu. Tout venait de Samaritain, mais alors si c'était une simulation, que voulait-Il d'elle à cet instant ?
- Les simulations sont faites de tes souvenirs, a continué Lambert en agitant nonchalamment l'arme durant son explication.
Martine a lâché un bref rire et Sameen l'a regardée.
- C'est comme ça que je sais qu'entre toi et Root c'est vraiment chiant.
Sameen l'a regardée furieuse, cette salope ainsi que tous les autres avaient tout vu de ce moment, de leur moment. Un nouveau viol d'une certaine manière. De son corps, de son esprit, de son intimité qu'elle pensait protégée par ses souvenirs. Ils avaient tout souillé et il ne lui restait rien à elle.
- C'est comme ça que je sais qu'elle est bien trop douce pour toi, continue sadiquement Martine trop heureuse de la pousser à bout, vers la rage et donc vers l'erreur. Que tu as dû bien t'emmerder avec elle. Alors qu'avec moi …
Elle veut tellement la voir perdre ses moyens et lui foncer dessus. Mais Shaw n'en fait rien, elle a compris ce que veut Martine et elle la regarde froidement, insondable. Lambert voit que l'idée de Martine est un échec et il reprend où il en était.
- Tout vient de ta mémoire Shaw, reprend-t-il alors qu'elle se tourne à nouveau vers lui. Tu ne te souviens pas être passée par ce couloir avec la dernière fois où je t'ai rattrapée dans la chaufferie ?
Quel enfoiré ! Evidemment qu'elle s'en souvenait. Elle déglutit mal. Les simulations sont faites de ses souvenirs ? Etait-ce vrai ? Elle a repassé dans sa tête les simulations qu'elle a vécues aussi bien les ordinaires que les sadiques. Elle n'y avait découvert aucun lieu, c'était vrai ça. A chaque endroit où elle était allée, quand elle avait plongé dans ce monde d'irréel, elle s'était déplacée dans des lieux connues, avec des gens connus. Sameen n'a pourtant pas voulu les laisser gagner. Il lui mentait. Forcément. Surtout que là il y avait un problème. Sans les quitter des yeux, elle a porté la main derrière son oreille pour chercher à y déceler la fameuse puce, une preuve pour distinguer vrai et faux, mais elle n'a rien senti du tout à travers la peau. Elle a mal déglutit et a jeté un regard aux alentours, confirmant son impression.
- C'est faux, lui a-t-elle murmuré au bout d'un moment. Je ne suis jamais passée par ce couloir.
Lambert a ouvert la bouche perdant son sourire, s'apercevant de son erreur. Puis il l'a refermée et s'est repris en affichant à nouveau un sourire amusé et en haussant les sourcils. Et Sameen a eu l'impression de reprendre le contrôle. C'était réel, il voulait juste la manipuler pour la maitriser facilement, en douceur, et ne pas avoir à l'abattre.
Martine a aussi senti que les choses dérapaient et elle en a perdu son sourire. Elle s'est approchée d'elle à son tour prête à bondir pour la maitriser, si jamais Shaw ne se laissait pas berner.
- Je suis passée par la ventilation, continue Shaw en se souvenant soudain. Et par des tas d'autres endroits dans ce lieu sinistre. Mais …
Lambert a haussé les sourcils mais ne l'a pas interrompue, cherchant lui-même une idée pour rattraper sa gaffe.
- … tu mens, continue Shaw après une pause en souriant légèrement pour elle-même. Je ne suis jamais passée par ce couloir.
Elle peut au moins se faire confiance pour ça. A l'ISA, elle était la meilleure pour le repérage des lieux. Maitriser son espace d'action étant fondamental. C'est Hersh qui le lui avait appris. En même temps ce couloir ne lui est pas totalement inconnu et elle avait trouvé son chemin jusqu'ici assez facilement. Comment ? Mais Shaw réfute cette idée, certaine qu'elle s'est insérée dans sa tête à cause du doute que Lambert essaye d'y mettre. Des tas d'agents sont arrivés mais Martine a levé une main pour leur signifier de rester où ils sont. Elle préfère régler ça avec Lambert. Seul à seul avec leur patiente.
- Après plus de 5000 simulations ça n'est pas tellement étonnant que certain de tes vieux souvenirs aient été remplacés par des nouveaux, a repris Lambert frappé d'une nouvelle idée pour la manipuler.
Sameen a froncé les sourcils mais il ne lui a pas laissée le temps de réfléchir, enchainant tout de suite.
- Maintenant ils coexistent, continue Lambert comme s'il était un professeur expliquant à un élève particulièrement idiot que un et un font deux. Par exemple, je suis sure que tu peux te revoir tuant ton ami John Reese ….
Shaw a détourné les yeux un instant revoyant parfaitement la scène de son meurtre sur son coéquipier. Elle a déglutit avant de reporter son attention sur Lambert. Il a vu Shaw perdre son sourire d'assurance et se décomposer. Et il lui a sourie alors qu'elle a très légèrement fait non de la tête. Martine s'est détendue quand elle a vu Jeremy reprendre la main. C'était gagné Shaw doutait et à partir de là c'était fini elle avait perdu. La blonde l'a pourtant laissé finir son speech, ça l'amusait trop.
- … Tout comme je suis sûre que tu peux te rappeler être passé par ce couloir avec Mia le jour où tu as essayé de fuir.
Et soudain Shaw a recollé les morceaux. Oui elle est déjà venue dans ce couloir, elle avait déjà emprunté ce chemin et voilà pourquoi elle avait su si facilement où elle allait. Une fois seulement, avec Mia. Voilà pourquoi elle avait pris directement ce chemin, elle s'en souvenait. Donc si Lambert disait vrai et que les simulations étaient faites de ses souvenirs alors … ça pouvait très bien en être une. Merde. Oui mais si c'est réel, Lambert pouvait aussi ne vouloir que la manipuler pour la contrôler plus facilement. Elle n'était pas armée d'un flingue, mais ils avaient surement peur qu'à défaut de s'enfuir elle ne se tranche la gorge avec le scalpel. Elle était médecin, elle savait comment mourir. Ils la veulent vivante.
Merde. Alors Sameen réel ou pas ? Et elle s'était sentie sombrer. Elle les a regardés, apeurée, presque suppliante. Ils l'ont bien sentie, l'ont bien vue complètement perdue.
- Je n'avais aucun moyen de savoir si c'était une simulation ou non.
Elle voit qu'ils n'ont pas compris mais elle s'en fout. Elle, elle se comprend. Du moins encore un peu, même si elle ne se fait plus confiance. Elle a à nouveau mal dégluti et a encore reculé d'un pas vers le mur. Elle se souvient de ce jour affreux, de la petite fille agonisant dans ses bras. Pour supporter la chose et l'horreur de ce moment dans les jours qui ont suivi, et surtout pour tenir bon, Sameen avait choisi de croire que ça n'avait pas été réel, que ça avait été une foutue simulation pour la faire craquer. Et elle avait totalement fait abstraction de ce moment vécu. Or là Lambert vient bien de lui dire que ça avait été réel puisqu'il a comparé un souvenir de simulation, le meurtre de John, avec un souvenir d'un réalité qu'elle a vécu, la mort de Mia, afin de lui montrer que désormais tout cohabite dans sa tête. Que tout s'embrouille et l'embrouille, pour la perdre peu à peu dans la folie. C'était ça le but de Samaritain dans cette simulation, pas l'obtention d'information ou de quoique ce soit d'elle, juste la rendre folle.
Lambert analyse sa dernière phrase et comprend soudain que Shaw a cru avoir vécu une simulation quant à Mia.
- Une réalité niée reviendra forcément te hanter, lui chuchote Lambert très sérieusement.
Sameen a ouvert la bouche pour mieux respirer alors que la détresse, la terreur même, l'a envahie. Elle a tenté de se reprendre mais en vain.
- Tu n'es plus sûre de rien maintenant pas vrai ma chérie ? lui a dit Martine en pinçant des lèvres dans une moue victorieuse.
Shaw ne les a plus regardés, ses yeux rivés sur le sol. Alors ça n'était pas réel. Dans ce cas pas la peine de s'enfuir. Mais quand même pourquoi se donner autant de mal pour l'en convaincre ? Mais sur le coup rien n'a permis à Sameen de reprendre pied parce qu'au fond à cet instant le plus important problème qu'avait Shaw n'était pas de ne pas savoir distinguer réel et monde virtuel. Non le réel problème était qu'elle se rendait bien compte qu'ils avaient raison, elle devenait folle et meurtrière envers tout ce qu'elle avait pu protéger et aimer même, comme ses amis, les innocents, tout le monde. Elle était perdue. Ses bras sont tombés sur le côté quand elle a percuté la chose et l'infirmière s'est dégagée en courant. Sameen n'y a pourtant prêté aucun attention. Elle a reculé jusqu'à sentir quelque chose de dur dans son dos pour la soutenir, un mur visiblement. Elle se fichait bien de s'enfuir maintenant, que ce soit pour de vrai ou pour de faux, elle devait d'abord se retrouver elle-même. Bon sang qui était-elle ? Etait-elle toujours Sameen Shaw l'ancien agent de l'ISA forte et courageuse au service de la Machine, celle qui aimait Root, qui travaillait avec Finch et Reese pour protéger les innocents ? Ou bien était-elle devenue ce que Samaritain avait bien voulu faire d'elle ?
Elle a relevé la tête. Elle respirait trop vite et elle n'arrivait pas à se calmer. Lambert et Martine l'observaient calmement, amusés mais pas hilares. Ils ne se sont pas approchés d'elle, elle avait toujours le scalpel et la seringue et si elle décidait de les utiliser contre elle-même … Elle avait la bouche grande ouverte, totalement paumée. A deux doigts de pleurer. Elle aurait voulu se tuer mais au fond à quoi bon ? Elle en avait marre de se flinguer encore et encore pour rien, juste pour que ça recommence à l'infini. Elle est dans une ronde infernal qui ne s'arrête jamais alors qu'elle ne peut pas en sortir et elle sait qu'elle va finir par y mourir de folie et d'épuisement. Elle respira par saccade la peur. Lambert a levé ses mains, toujours armé, en signe de reddition avec un petit sourire et Martine a glisse une main dans son dos très doucement. Sameen trop focalisé sur Lambert et trop paniquée, trop perdue, ne l'a pas vue faire.
- Tout va bien se passer, lui dit-il alors qu'ils s'avancent de concert vers elle. D'un instant à l'autre le technicien va te retirer le casque et tu te réveilleras.
- Tu as raison, lui a murmuré Shaw dans un souffle presque inaudible.
Lambert et Martine ont haussé les sourcils, surpris que ça marche si bien.
- Tout ceci n'est qu'un rêve, acheva Shaw convaincue.
Lambert lui a pris le scalpel puis la seringue très doucement sans la quitter du regard et Shaw s'est laissée faire, totalement déboussolée par la nouvelle, ou juste parce que puisque ça n'est pas réel, pourquoi se défendre ou même s'évader ? Martine lui a sourie largement. Mais avant de la neutraliser, elle a voulu la saper un peu plus moralement, par pure sadisme.
- Tu es sure ma chérie ?
Et Shaw l'a regardée, toujours avec ce même air perdu. Et elle a compris par cette simple réflexion de Martine accompagnée de son sourire sadique que c'était bien réel et qu'elle s'était faite avoir sur toute la ligne. C'était réel, mais de toute façon elle avait perdu, pas juste contre eux, mais aussi contre elle-même. Elle n'avait pas été assez forte pour leur résister, pour Lui résister. Samaritain avait gagné contre elle une sacré manche aujourd'hui. Martine avait raison, elle n'était plus sûre de rien. Elle a claqué sa tête en arrière sur le mur espérant que ça la réveille ou juste pour observer le plafond frappée de la confirmation qu'elle devenait bel et bien folle, puis elle l'a rapidement enlevée pour se refocaliser sur les deux ordures qui la dévisagent.
- Laisse moi partir, a-t-elle simplement dit à la blonde dans un souffle inaudible en hachant ses mots sous l'effet de sa respiration encore trop laborieuse.
Elle se trouvait minable à les supplier ainsi, mais elle s'en foutait. Ils venaient de marquer un putain de point contre elle, de la mettre à terre pour de bon. Cette fois c'était foutu, elle n'avait plus du tout confiance en elle. C'était foutu, ils avaient gagné. On n'échappait pas à Samaritain. Ou alors elle devrait être certaine avant que ce soit réel pour ne pas se refaire avoir comme aujourd'hui. Mais comment savoir ?
Martine lui a caressée doucement le visage d'une main avec un sourire lourd de sous-entendus sur les horreurs qu'elle allait encore lui faire vivre.
- Oh bah non, lui a-t-elle répondue avec une fausse moue déçue. On commençait seulement à s'amuser toutes les deux.
Et elle l'a tasée, l'envoyant à terre incapable de bouger. Lambert a approché la seringue de son bras et la lui a injectée. Et ce fut le noir.
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Root sent son trouble, elle le perçoit bien avant de le voir car Sameen a accéléré sans s'en rendre compte. Shaw sait pourtant qu'elles doivent être discrètes, ne pas faire de vagues, et Root ne commet pas l'imprudence de le lui rappeler. Le silence lui pèse de plus en plus. Elle ne sait pas ce qui a dérapé dans l'avion entre le moment où Shaw s'est endormie et celui où elle s'est réveillée ainsi, si distante. Et là non plus, Root ne comprend pas pourquoi elle réagit ainsi. Un truc a dérapé et Root est pratiquement sûre que ça n'est pas sa faute, ou en tout cas pas entièrement sa faute.
- Sam, l'appelle doucement Root en posant une main sur la sienne sur le volant.
Shaw se dégage violemment et se tourne vers elle furieuse.
- Quoi ? lui aboie-t-elle.
Root fronce les sourcils franchement déstabilisée et dépassée.
- Qu'est ce qu'il y a qui ne va pas ?
Sameen se reconcentre sur la route et ne lui répond pas tout de suite. Elle ne sait pas quoi lui répondre et ça l'énerve. Elle ne sait pas pourquoi elle est furieuse contre Root. C'est juste que là elle aurait vraiment besoin d'air et d'espace pour se poser et réfléchir. Et avec elle, elle n'arrive jamais à avoir la paix. Mais elle ne lui dit pas.
- Rien, finit-elle par lui répondre d'une voix tendue. Ça va très bien.
Elle espère que ça suffira à lui faire comprendre qu'elle veut la paix et le calme pour faire le point sur elle-même comme elle avait tenté sans succès de le faire ce jour là où Lambert et Martine ont gagné contre elle, la perdant dans la réalité, dans sa tête. La fureur monte en elle au souvenir de ce jour où elle s'était totalement faite avoir, où elle avait perdue, son dernier rempart de lucidité cédant face à leur sadisme. Mais merde, elle s'était forcée à croire que c'était réel. Elle s'en veut de douter tout le temps, pire elle se déteste. "Merde Shaw s'engueule-t-elle mentalement. C'est réel cette fois et tu dois le croire ou alors Il aura gagné. Ils auront gagné. Ne les laisse pas t'atteindre maintenant que tu es libre".
Loin de se laisser convaincre par son mensonge, Root sent la colère monter. Pourquoi ne lui parlait-elle pas bon sang ?
- Dans ce cas roule moins vite tu veux, lui réplique Root plus sévèrement qu'elle ne le voudrait.
Et Sameen explose à s'entendre traiter comme une gamine qu'on réprimande. Elle appuie rudement sur l'accélérateur et la voiture s'emballe. Root se cramponne à la portière, mais se force à garder son calme.
- Arrête ralentis, lui demande-t-elle très calmement.
Mais Sameen accélère encore plus comme pour lui répondre et la provoquer. Plus personne ne décidera pour elle, elle fera ce qui lui plait. Elle tente de rationaliser son geste. Elle doit savoir si elle est encore elle-même, si la Sameen Shaw qu'elle a construite durant toute sa vie, avant que Samaritain et ses agents ne s'acharnent à la détruire, est toujours là vivante quelque part. Sam veut la retrouver, se retrouver. Elle était douée avec les voitures et en conduite donc ça pourrait être une preuve qu'elle existe encore. C'est si horrible d'être privé de soi même, de ce qui fait vraiment qu'on est telle ou telle personne, de ce qui fait qu'on existe. Et Root l'agace à vouloir la priver de ça. Elle ne peut pas comprendre qu'elle en a besoin car elle n'a rien vécu de ce qu'elle a vécu. Elle ne peut pas comprendre. Ni ça ni le reste. Seule Sameen peut se comprendre elle-même, du moins elle espère en être encore capable un peu. Elle reste rivée sur la route et Root est effrayée par son regard froid, vide. A cet instant elle a l'air d'une vrai sociopathe.
- Je te dis de ralentir Sameen, dit Root en haussant le ton.
Louisa se réveille doucement et se redresse. Elle sent tout de suite que ça ne va pas. Elles roulent trop vite et le ton de sa mère oscille entre la colère et la peur. Elle se rend compte aussi qu'elle n'est pas attachée.
- Va te faire foutre, lui crache Shaw sans ralentir ni quitter la route des yeux.
Ça glace Louisa sur place et elle décide de mettre sa ceinture rapidement car ça ne peut que tourner au désastre. Root ne sait pas quoi faire pour la raisonner.
Sameen ne sait même pas pourquoi elle réagit aussi stupidement, aussi violemment. Elle n'a rien trouvé de mieux pour l'instant pour se retrouver elle-même. Ou juste pour … juste pour se prouver qu'elle peut reprendre le contrôle. Défier la mort qu'elle a si souvent côtoyé et expérimenté, car la vérité c'est qu'après tous ces suicides, elle n'a plus seulement l'impression de ne pas exister, mais surtout elle n'a plus l'impression d'être vivante, juste d'être une revenante, une morte vivante qui se traine. Or elle veut revivre, dire merde à la mort une bonne fois pour toute, lui montrer qu'elle ne lui appartient pas. Qu'elle en finira avec elle-même comme bon lui semblera à elle, que personne ne décidera pour elle cette fois. Elle sent l'adrénaline monter et ça lui fait du bien. Cette dernière avait brutalement chuté depuis le calme de leur évasion et elle n'aimait pas ça. L'adrénaline et l'urgence d'agir face à une situation lui éclaircissait les idées.
- ARRÊTE CETTE VOITURE, lui gueule Root à la fois en colère et paniquée.
- Pourquoi ? Je préfère choisir ma façon d'en finir.
Elle venait d'avouer à voix haute la vrai raison de son comportement actuelle mais ça ne l'a pas ramenée à la raison pour autant. Il ne s'agissait pas de se prouver que c'était réel, ça elle le savait, elle avait choisi de le croire maintenant. Elle ne voulait pas se retrouver ou reprendre le contrôle, ni se prouver quoique ce soit. Elle voulait jouer avec le feu, jusqu'à se brûler pour de bon, jusqu'à se planter en voiture et en finir. Car la vérité c'est qu'elle était déjà morte. Jamais elle ne pourrait se reconstruire, se retrouver, alors autant en finir tout de suite. Mais cette fois comme elle le voulait en s'éclatant un peu avant, en fonçant à fond sur une route déserte avec une belle bagnole qui tenait la distance.
- Mais tu n'es pas obligée de nous tuer aussi, lui crache Root.
Et soudain Sameen ralentit. Merde, c'est vrai elle n'est pas seule dans cette voiture et même dans les simulations, ordinaires ou sadiques, elle ne fait pas de mal à Louisa et Root. Elle se sent soudain totalement idiote dans son raisonnement. Ça n'était pas à la mort qu'elle en voulait mais à Samaritain, c'est à Lui qu'elle voulait se prouver ne pas appartenir. Or là elle réagit comme une psychotique, comme ce qu'Il a fait d'elle. Loin de Lui échapper, elle s'englue dans son piège en réagissant comme ce qu'Il a fait d'elle. Jamais la Sameen Shaw d'avant n'aurait fait un truc aussi débile, surtout se sachant en cavale. En vouloir à la mort ? Pff sérieusement Sameen ? C'était ridicule, on mourait tous un jour et en plus elle se mentait à elle-même à vouloir choisir sa mort cette fois ci en se plantant en Porsche, car dans les simulations c'est elle qui choisissait seule d'en finir par une balle dans le crâne, et personne d'autre. Ça n'était jamais ce que Samaritain avait voulu car ce qu'Il voulait d'elle c'était des réponses, or Shaw faisait tout le temps échoué ses simulations par son choix de se tuer. C'était son choix et son moyen de lui résister. Le seul qu'elle avait trouvé dans l'enfer où Il l'avait plongée. Elle se rend compte qu'inconsciemment, c'est ce qu'elle a voulu faire là à l'instant, se tuer pour échapper une bonne fois pour toute à Samaritain. La mort comme seule issue, mais Root lui avait dit que non. Et si elle avait raison et si Sameen trouvait un autre moyen de résister à Samaritain qu'en se tuant.
Elle déglutit mal et se sent rougir de honte alors qu'elle comprend qu'elle a à nouveau décroché et dérapé. Elle allait les tuer, fais chier. Root pousse un soupir de soulagement alors qu'elle la voit reprendre pied.
- Voilà c'est bon ralentis, l'encourage-t-elle.
Shaw déglutit et respire un grand coup.
- Je suis désolée, marmonne Sameen. Je ne sais pas si … enfin c'est réel je sais. C'est pas ça. C'est juste que je voulais … décider … et je sais pas pourquoi je …
Elle s'embrouille alors qu'elle tente de se justifier sur ce qu'elle vient de faire, alors qu'elle a bel et bien conscience d'avoir déconné.
- C'est bon ça va Sam, la coupe Root sachant qu'elle n'y arrivera pas. Concentre toi sur …
Mais Sameen ne saura jamais sur quoi elle devait se concentrer. Une sirène de police interrompt Root. Sameen se mord la lèvre et ferme un bref instant les yeux, coupable. Merde tout ça c'est sa faute, mais quelle conne, elle mérite vraiment une balle. Elle se tourne vers Root qui lui fait signe de se garer. Louisa s'agrippe à sa ceinture.
- Merde, lâche Root dans un souffle.
Sameen serre les dents et se sent mal alors que l'agent descend de son véhicule et s'avance vers elles. C'est sa faute, elle est vraiment trop conne. Elle se tourne vers Root qui la regarde sévèrement. Elle aussi elle lui en veut, merde Shaw a déconné là. Il n'y a plus qu'à espérer que l'agent soit un abruti qui n'a pas vu les journaux télévisés, ni regardé les avis de recherche. Ou alors que ce soit un vieux qui n'ait pas une bonne vue et qui dans le noir ne les reconnaisse pas. Bref un miracle quoi.
- Tu la fermes et t'évites de dire des conneries, lui claque Root. Je vais tenter de rattraper le coup.
Shaw ne répond pas et reste focalisée sur la route qui lui fait face, les mains serrées sur le volant. Elle voudrait foncer à nouveau pour s'enfuir et les sortir de là, elle est vraiment mal. Elle a fait une grosse connerie et elle en a bien conscience. Mais bon elles sauront toujours se débarrasser de ce type non ? Sauf que voilà le but était que personne ne sache qu'elles sont là. Or s'il les repère et transmet leur signalement, Samaritain saura qu'elles sont là. Et Il enverra des agents et Il … Il les trouvera.
Elle décide de ne pas faire davantage de dégâts et d'écouter Root. Cette dernière attend des instructions de la Machine mais elles tardent. La Machine n'avait pas prévu une telle réaction de Sameen. Elles allaient devoir se débrouiller seule, pour l'instant en tout cas. L'interface prie pour que sa déesse les aide à nouveau. Mais elle va aussi avoir besoin de Shaw.
- Ouvre ton carreau, fais tout ce qu'il te dit, lui ordonne Root.
Shaw se sent trop mal pour parvenir à la regarder. Elle reste agrippée à son volant, les yeux focalisés sur la route. Elle déglutit mal mais acquiesce pour répondre à Root, alors qu'elle lui obéit et ouvre son carreau.
- Et essaye de ne pas dire d'âneries, ajoute Root bien plus furieusement qu'elle le voudrait.
Elle se sait dur mais là elle lui en veut beaucoup. Elles étaient sorties d'affaire, du moins en partie. Elle allait tué Sameen elle-même si elles se refaisaient prendre à cause de cela. Bon peut-être pas, mais quand même merde !
L'agent s'approche.
- Bonsoir, dit-il.
Sameen se force à afficher un petit sourire et un air détendu.
- Bonsoir, lui dit-elle.
- Vous rouliez bien trop vite madame. Cette route est limité à 50 miles/heure et vous étiez à 123 miles/heure.
Sameen tente d'afficher un air désolé, mais elle est pratiquement certaine de ne pas être convaincante et son attitude doit plus passer pour de la provocation qu'autre chose. Elle ne trouve rien à ajouter devant son air sévère.
- On est désolé monsieur l'agent, intervint Root.
Le type plisse les yeux et se penche pour la voir mais dans l'obscurité, il n'y parvient pas.
- C'est une nouvelle voiture et elle a juste voulu voir ce qu'elle avait dans le ventre. Elle a profité qu'il n'y avait personne. On paiera l'amende il n'y a pas de problème.
Le type n'a pourtant pas l'air de vouloir en rester là. Il observe à nouveau Sameen en silence, la détaillant et Shaw perd son air détendu. Elle baisse les yeux et déglutit alors que l'agent pense qu'elle adopte juste un air penaud. Il sort sa lampe torche et la braque sur son visage l'obligeant à plisser des yeux. C'est à son tour de déglutir, il l'a déjà vue quelque part mais où ?
- Je peux voir votre permis de conduire s'il-vous-plait ?
- Mon permis de conduire, répète Sameen en se redressant et en lui envoyant un air aimable.
Elle a pourtant bien entendue. Elle fait juste semblant, comme pour avoir confirmation, alors qu'elle cherche juste à gagner du temps. Elle ne sait pas si la Machine en a livré un en même temps que les passeports.
- Et les papiers du véhicules je vous prie.
Shaw acquiesce et se tourne vers Root en déglutissant.
- Ils doivent être, euh, tente-t-elle désespérément.
- Dans la boite à gants avec tes affaires, achève Root pour elle.
Elle attrape le permis de conduire que la Machine avait créé pour Shaw dans le sac, ainsi que les papiers du véhicule dans la boite à gants. Et elle se penche pour tendre le tout à Sameen. Cette dernière n'a pourtant pas le temps de les donner à l'agent que celui-ci, qui a profité de ce que Root se penche vers lui pour faire passer les papiers à Sameen, a braqué la lampe dans l'intérieur de la voiture, confirmant ses pires craintes. Ce sont elles, les deux terroristes. Il avait eu un doute en voyant Sameen, mais maintenant avec Root en visuel, il a compris. Surtout que la gamine qu'elles ont enlevée est là aussi. Il sort directement son arme et la pointe sur elles.
- Pas un geste, sortez du véhicule, les mains en l'air et doucement sans mouvements brusques.
Root ferme un instant les yeux alors qu'elle se mord la lèvre de contrariété. Sameen regarde l'agent de manière froide, le visage impassible et Root sait qu'elle risque de le tuer. Or cet homme ne fait que son travail. Il allait falloir régler ça en douceur, pour le convaincre de les laisser partir et d'oublier qu'il les avait croisées.
- Fais ce qu'il dit, ordonne-t-elle à Shaw en enlevant sa ceinture et en obéissant à l'agent.
Elle ouvre sa porte et lève les mains. Avant de sortir, elle se tourne vers Lou qui la regarde inquiète.
- Chut, lui murmure-t-elle.
La gamine acquiesce, comprenant que sa mère l'astreint au calme et au silence mais aussi à lui faire confiance. Elle allait régler ça. Et Root lui sourit.
Sameen imite Root et elle sort à son tour les mains bien en évidence.
- Allongez vous à terre doucement, leur ordonne-t-il. Bras et jambe écartés.
Root obéit en première avant d'être imitée par Sameen qui s'allonge à côté d'elle. Elle tourne son visage de manière à se retrouver proche du sien.
- Ça va, ça te parait assez réel là ? lui demande froidement Root.
Sameen déglutit mais parvient à ne pas baisser le regard malgré la honte qui la taraude. Elle se force à la regarder, elle, sa seule ancrage dans le monde réel, sa seule bouée de sauvetage, sa seule chance de s'en sortir.
- Ouais, lui répond Sameen en soupirant en signe d'excuse.
Elles ont profité, pour se parler, de ce que l'agent se penche dans la voiture sans cesser de les mettre en joue, pour s'adresser à Louisa.
- Ça va ? lui demande-t-il.
Mais Lou obéit à sa mère et ne répond pas, elle le regarde juste de manière neutre.
- Reste là, lui dit-il. C'est fini.
Il retourne à sa voiture pour prévenir d'éventuels renforts ou juste donner leurs signalements, sans cesser de les mettre en joue.
- On n'a qu'à le tuer, propose Shaw à Root alors qu'elles l'entendent parler dans le microphone de son radio émetteur.
- Non c'est bon, tu en as assez fait. Je gère.
Et Sam, furieuse, décide pourtant de se taire se sachant en tort. De toute façon, elle sait que Root ne fait qu'obéir à la Machine. Root se redresse légèrement et écoute l'homme.
- Ici, l'agent Stozak. J'ai appréhendé les deux suspectes recherchées à New-York, commence-t-il. Elles sont sur la route 63 au nord de Barronett. Je les ai neutralisé mais j'ai besoin de renforts.
Mais il n'obtient aucune réponse, si ce n'est un grésillement. Et Root sourit. La Machine a intercepté l'appel. L'homme est contrarié. Il ne cesse de leur jeter les regards angoissés. Elles sont surement les plus belles prises de sa carrière. Il réitère son appel, mais il n'obtient aucune réponse.
Root se lève doucement les mains bien en l'air, toute souriante.
- Agent Stozak s'ils-vous-plait, appelle-t-elle.
Il revient très vite vers elle et la pointe à nouveau de son arme.
- A terre, ordonne-t-il.
Mais Root lui sourit encore plus largement. Shaw se redresse elle aussi alors que l'interface commence son speech comme elle sait si bien le faire, aidée de la Machine.
- Vous êtes Matthew Stozac, agent patrouilleur depuis 14 ans. Votre femme Alice, a perdu son travail il y a neuf mois. Vous avez de nombreux crédits et de nombreuses dettes dues aux soins médicaux de votre fils Peter. La leucémie, une sale maladie. Vous ne pouvez actuellement plus payer et la banque menace de saisir votre maison à la fin du mois, c'est-à-dire dans un peu plus de deux semaines.
Le gars se décompose alors qu'elle lui déballe en détails sa vie et son arme tremble dans ses mains. Il entrouvre la bouche interloqué et fronce les sourcils, un air totalement interdit et ahuri affiché sur le visage. Merde comment elle sait tout ça ? Mais Root ne s'arrête pas là et continue sur sa lancée.
- Mais loin de vous inquiéter pour votre maison, c'est pour votre fils que vous vous inquiétez. Vous n'aurez plus de mutuel dans deux mois du fait de trop nombreux impayés et ça ne gagne pas lourd un agent patrouilleur. Et cela malgré toutes les nuits et les heures supplémentaires que vous choisissez de faire pour gagner plus d'argent. Vous en êtes à la cinquième cette semaine, mais ça ne vous dérange pas car de toute façon quand vous êtes chez vous, vous ne parvenez pas à dormir et vous passez vos nuits sur votre ordinateur à regarder vos relevés de compte en banque. Actuellement vous êtes en déficit de 4 506,68$ pour le compte général, vous avez un crédit voiture mensualisé à 275$ par mois sur encore 56 mois, et le total de toutes vos dettes est de 6 324,98 $. Ou alors vous occupez vos nuits en regardant des films … Houlà pas franchement catholiques pour le si sérieux paroissien que vous vous êtes. Vous ne loupez jamais une messe, ajoute-t-elle alors que le visage de l'homme s'empourpre. Peut-être pour demander pardon à Dieu d'avoir regarder la veille un film pornographique bien salace et franchement immoral où des mineurs tiennent des rôles. A moins que vous ne demandiez pardon à Dieu d'être trop lâche pour dénoncer auprès de vos collègues de la brigade des mineurs que des adolescentes de 14 ou 15 ans jouent dans ce genre de chef d'œuvre cinématographique car vous devriez alors expliquer comment vous avez su qu'ils jouaient dedans. Et vous devriez leur avouer que vous aimez regarder ce genre de chose et ça vous embarrasserez un peu tr …
- Qu'est ce que vous voulez ? la coupe soudain Stozac. Me faire chanter ? Que je vous laisse partir contre mon silence ou alors vous ruinez ma carrière et ma réputation ?
Root secoue la tête et baisse les bras.
- Non, monsieur Stozac. Nous allons vous aider. 30 000$ viennent d'être virés sur votre compte en banque. Vous pouvez vérifier sur votre portable.
Matthew baisse son arme sans la ranger et sort son portable. Il pianote quelques instants avant de s'apercevoir qu'elle dit vrai. Il se tourne vers elle la bouche grande ouverte.
- Mais comment, bafouille-t-il. Qui êtes vous ?
Root lui sourit.
- Celles qui vont sauver votre fils et l'équilibre de votre famille.
Il la regarde interdit.
- Maintenant vous nous laissez partir, continue Root. Et naturellement vous ne nous avez jamais vu ici.
Elles se dirigent vers leur Porsche et Sameen se remet au volant totalement scotchée par la virtuosité dont vient de faire preuve Root. Elle l'avait déjà vue à l'œuvre, mais c'était toujours aussi impressionnant, encore plus quand on était au bord du gouffre. Elle qui voulait de l'adrénaline pour se prouver être en vie, elle avait été servie. Root ouvre sa portière et se tourne vers l'homme toute souriante.
- Bien sur si vous aviez la maladresse de prévenir qui que ce soit que vous nous avez vu roder dans le coin, il est clair que vos comptes se retrouveront tel qu'ils étaient il y a encore 4 minutes. Et un mail anonyme informera vos collègues dans toute le comté de vos activités cinématographiques nocturnes. Vous avez vu mon amie à l'œuvre pour savoir qu'elle est très puissante et très douée en informatique alors je vous assure que pour elle ça ne sera pas un épreuve.
Elle a claqué le tout sur un ton détaché, enjoué même. Root entre dans la voiture et Sameen démarre la Porsche. Le gars reste comme un idiot planté devant sa voiture. Il finit par remonter dedans au bout de plusieurs minutes.
- Central appelle Patrouille 5569.
Il saisit son microphone de son radio émetteur.
- Ici patrouille 5569, répond-t-il, agent Matthew Stozac sur la route 63 au nord de Barronett.
Il fait une pause et regarde son téléphone. Mais il a pris sa décision.
- Rien à signaler, ajoute-t-il avant de raccrocher.
Il démarre sa voiture et prend soin de prendre la route dans le sens inverse des deux femmes.
Sameen conduit calmement. Le silence est pesant. Root est clairement furieuse mais elle sent que Shaw est mal. Elle ne veut pas en rajouter une couche et qu'elle fasse une autre connerie comme s'arrêter, descendre et se foutre en l'air avec une balle dans le crâne. Sameen était capable de tout et Root ne pourrait pas l'arrêter. Elle ne voulait pas sa mort, et elle sait que Shaw n'avait pas non plus voulu la sienne ni celle de sa fille tout à l'heure. Quand elle avait pris conscience qu'elles étaient là, elles aussi, elle avait ralenti et repris pied. Mais c'était épuisant et Root ne savait honnêtement pas si elle serait toujours là pour la rattraper quand elle déraperait. Elle voudrait lui hurler dessus, la gifler, pour la réveiller, mais elle ne peut s'y résoudre. Sameen a déjà trop enduré de violence et ce n'est pas elle qui lui en infligera encore un peu plus. Samaritain et tous ses sbires. C'était eux les vrais responsables de l'état de Sameen, du fiasco qui avait failli avoir lieu ce soir. Louisa se prend la tête dans les mains et soupire. Elle voudrait tellement que tout redevienne comme avant, du temps où elles étaient heureuses toutes les trois dans l'appartement de Brooklyn. Elle sent les larmes venir en pensant que ce lieu n'existe plus et que l'harmonie qui régnait entre elles trois a tout autant explosé que leur chez soi. Les larmes la vident de toute énergie et l'épuisement finit par avoir raison d'elle alors qu'elle se rendort.
- Je suis désolée, claque soudain Sameen deux heures plus tard.
Root se tourne vers elle mais Shaw ne la regarde pas, concentrée sur sa route. Elle tend une main et la pose sur le sienne pour lui faire comprendre qu'elle la pardonne. Mais Shaw se raidit à son contact et Root le sent. Elle enlève vivement sa main et chacune retourne dans son silence. Root est malheureuse et refoule difficilement ses larmes alors qu'elle se tourne vers sa fenêtre. Et Sameen se maudit d'être ainsi. Mais elle n'a rien pu y faire, le contact de Root la hérisse. Quand elle l'a touchée, c'était tendre et doux. Mais Shaw s'est tout de suite sentie mal alors que ce foutu signal d'alarme a de nouveau hurlé dans sa tête. Elle s'est souvenue d'une main beaucoup moins tendre et agréable qui l'a touchée et elle a senti à nouveau la haine l'envahir. Pourtant elle s'était maitrisée au mieux pour ne pas déraper à nouveau, en refoulant la sensation de ce souvenir qu'elle jugeait ne jamais avoir eu lieu. Mais elle avait repoussé Root. Alors qu'elles avaient tant besoin l'une de l'autre, ce dont toutes les deux étaient parfaitement conscientes.
Sameen s'en veut de lui faire du mal. Et elle s'en veut de s'en vouloir, de ne pas être capable de la toucher, de la serrer dans ses bras, de l'embrasser et … ça la rend malade. Shaw s'en veut de ne pas pouvoir toucher Root dans un geste aussi banal que de lui tenir la main. Elle en est incapable. Et elle en veut à … Root. Root qui a besoin de ces contacts, bien plus fréquemment que Sameen. Shaw se rend compte soudain à quel point elle est injuste et égoïste alors que Root est juste là présente, pour elle. Pourquoi ne supporte-t-elle pas ce contact, pourtant très tendre et dont elle a désespérément envie et besoin ? Pourquoi ? Elle se force à trouver une réponse. Parce que tu … Elle a soudain une vague de souvenir de sa détention mais elle les refoule tout de suite encore une fois, comme n'ayant jamais eu lieu alors qu'elle sent qu'ils vont à nouveau la faire dériver vers la colère et la folie. Parce qu'elle est une sociopathe et que Root lui en demandait trop sur ce point. Voilà oui c'était ça. Elle décide de prendre cette option et de s'en convaincre. Elle sait pourtant bien au fond d'elle-même que ce n'est pas la vérité. Elle est d'autant plus furieuse qu'elle se rend compte qu'elle se ment à elle-même. La colère emplit ses traits. Non elle était sociopathe et on ne guérissait pas d'une telle chose. Elle était sociopathe et c'était pour ça qu'elle ne touchait pas Root. Elle ne faisait pas dans toutes ces conneries. Mais elle se rend compte que cette explication ne l'apaise pas et ça la rend même encore plus furieuse. Pourtant elle continue de conduire calmement.
Root se tourne vers elle, se forçant à dissiper la tristesse de son visage. Elle la voit furieuse et ne tente plus ni un geste ni une parole. Le reste du voyage est sinistre. Elle quitte le Minnesota pour le Wisconsin. Leur route longe le lac Supérieur mais dans le noir de la nuit bien avancé, elles ne voient rien. Pas qu'à cet instant, elles s'en soucient ni l'une ni l'autre. Elle passe Bayfield et Root reprend la parole pour la guider. Elles continuent quelques minutes au nord de Bayfield sur la route 13, puis Root la fait tourner à droite sur Sand Point Road, une route dans les bois qui se finit par une impasse : le lac. La route est cabossée mais Lou ne se réveille pas. Plusieurs minutes plus tard Root fait signe à Sameen de s'arrêter et elle lui indique de prendre à gauche un étroit sentier qui s'enfonce entre les arbres. Shaw espère ne pas se retrouver dans un bourbier avec une voiture coincée car elle refuse tout nette de pousser. Mais elle obéit à Root sans discuter et s'enfonce dans la forêt. Dix minutes plus tard, Shaw s'arrête et coupe le contact. Le sentier se finit par une maison assez chaleureuse au premier abord. Il n'y a pas âme qui vive à 50 kilomètres à la ronde. "Au moins ici on aura la paix, pense Sameen en descendant du véhicule". Elle prend leurs sacs dans le coffre alors que Root prend Louisa dans ses bras sans qu'elle ne se réveille. Elle lâche juste un grognement mécontent pour le changement de position. Il est tard, 2h47 du matin et il fait trop noir pour une visite des lieux. De toute façon elles sont épuisées et c'est la Machine qui leur a trouvées cet endroit, donc il n'y a aucun risque comme elle le lui confirme à l'instant. Root sourit et se tourne vers Sameen.
- On y va, tout est ok.
Sam ferme la Porsche et suit Root dans la maison. Elle allume la lumière de l'entrée. Shaw distingue un salon avec une baie vitrée mais elle ne regarde pas davantage et suit Root qui est déjà en train de monter l'escalier. La Machine lui indique la chambre de Louisa et elle couche sa fille dans le lit. Pendant qu'elle fait ça, Sameen prend soudain peur. Elle ne veut pas dormir avec Root, elle a besoin d'être seule. C'est important. Root attend trop d'elle et Sam ne peut pas à nouveau lui faire de la peine en la repoussant, ou pire si jamais elle dérapait cette nuit et l'étranglait dans son sommeil. Non le risque était trop grand. Alors pendant que Root borde sa fille, Shaw a rapidement ouvert les autres portes du couloir. Il y avait une salle de bain et quatre autres chambres. Elle a choisi celle du bout du couloir car elle s'y est sentie le moins oppressée du fait de ses trois fenêtres alors que les autres n'en ont qu'une. Mais aussi parce que c'est la plus éloignée des autres pièces, seule au bout du couloir, si jamais elle dérapait cette nuit ou hurlait dans son sommeil à cause de ses cauchemars, dont elle savait très bien qu'ils seraient présents cette nuit, personne ne l'entendrait. Les pièces devaient être insonorisées, la Machine pensait toujours à tout. Comme dans leur appartement à Brooklyn où elle avait eu la décence d'insonoriser leur chambre pour éviter que Lou ne les entende lors de leurs ébats. Attention dont Root et elle l'avaient vivement remerciée. Mais cette fois ce ne serait pas des cris de plaisir qui seraient étouffés mais bien de terreur. Sam déglutit alors que Root la rejoint dans le couloir. Elle ouvre la porte de la chambre en face de celle de Louisa et attend à l'entrée que Shaw se décide.
- Bon ben bonne nuit, lui claque Sam avant de se diriger vers le bout du couloir.
Elle se sent à nouveau coupable et mal. Et la colère revient, la colère contre elle-même mais aussi et injustement contre Root qui fait naitre en elle ce sentiment.
Root la regarde s'éloigner alors qu'elle l'a plantée là et soupire avant d'éteindre toutes les lumières, d'entrer dans sa chambre et de refermer la porte. Une fois seule elle se laisse aller aux larmes, laissant couler son malheur sur les joues. Et dire qu'il y a 24 heures elle nageait dans la félicité d'être libre et en sécurité avec Louisa et Sameen. Elle se glisse dans le lit froid sans parvenir à s'arrêter de pleurer.
- Root, murmure sa déesse qui a senti et entendu son désarroi.
Un simple appel. Mais Elle sait que Root va y répondre.
- Dis moi pourquoi elle est comme ça, la supplie l'interface. Je t'en prie.
- Root je ne …
- Pitié, ajoute Root en larme.
La Machine est aussi désemparée que son interface. Pourtant …
- Je ne peux pas Root, je suis désolée. Mais c'est à Sameen de te le dire.
Root essuie ses yeux.
- Mais qu'est ce qu'Il lui a fait ? Qu'est ce qu'ils lui ont fait ces ordures ?
Elle sanglote de plus belle.
- Dis moi. Elle me déteste parce qu'ils lui ont mis des simulations où je lui faisais du mal c'est ça hein ?
Mais la Machine ne lui répond pas. La vérité c'est qu'Elle ne sait pas tout ce que Sameen a vécu en détail. Mais elle est sûre à 97,6% que la réaction de Sameen n'est pas majoritairement due aux simulations mais à une torture bien spécifique et bien ignoble.
- Non Root je ne pense pas que ce soit ça.
- Mais tu n'en es pas sure. Si ?
- A 97.6 %.
Le résultat est jugé suffisamment pertinent pour Root mais ça ne change rien. La Machine sait et est certaine mais Elle ne lui dit rien.
- Elle va se tuer, réalise Root. Et un jour je ne pourrais pas l'arrêter.
- Root, tu dois être patiente avec Sameen.
- Tu te rends compte que ce soir ça aurait vraiment pu mal tourné !
- Oui mais ça n'est pas le cas. Tu as été grandiose.
Mais loin de se sentir flattée et d'aller mieux, Root continue de pleurer. La Machine ne lui dira rien. Que devait-elle faire pour que Sameen lui parle ? Peut-être juste y aller frontalement et ne pas tourner autour du pot.
- Je l'ai retrouvée pour me rendre compte qu'en fait je l'ai perdue, réalise tristement l'interface.
Ses larmes ne semblent pas pouvoir se tarir et elle serre son oreiller contre elle.
- Root ça va aller. Je sais que pour l'instant tu ne le perçois pas mais ça va s'arranger.
- Ah ouais, réplique Root en colère. Quand ? Comment ?
- Ça sera long et pas facile, mais elle te parlera. Tu dois attendre.
- J'en ai marre que tu ne me répètes que ça. Ça ne m'aide pas et ça n'aide pas Shaw.
Elle pleure de plus belle. Mais la Machine reste campée sur sa position et ne lui dit rien. Un long silence s'installe. Root sanglote de désespoir et l'Intelligence Artificielle ressent sa peine comme Elle l'a ressentie au cours des sept derniers mois. Et la Machine se sent toujours aussi impuissante.
- Ça aurait dû être moi, murmure Root brisant le silence.
La Machine ne comprend pas. Elle préfère se taire et attendre.
- J'aurais dû me rendre pour elle, comme je l'ai fait pour Louisa. Il ne lui aurait pas fait tout ce mal. Il ne lui a fait tout ça que pour m'atteindre moi, c'est ma faute. Je l'ai laissée tomber, je l'ai abandonnée à ces monstres. J'aurais dû faire plus pour la sauver, me sacrifier bien avant. Je suis monstrueuse.
Elle sanglote d'autant plus fort.
- Tu es bouleversée et tu ne penses pas ce que tu dis. Tu sais que tu as fait tout ce que tu pouvais pour Sameen. Tu ne l'as jamais laissée tomber.
Non ça c'était sa culpabilité à Elle, pas celle de son interface. Il était injuste que Root ressente ça.
- Et tu le sais, continue-t-Elle. Tu as toujours été là pour elle.
- Mais ça elle ne le sait pas, murmure Root.
C'est vrai Shaw ne savait pas ce qu'avait traversé Root après sa disparition. Elle n'en avait pas la moindre idée, même si elle savait désormais pour son suicide. Mais elle ne savait pas tous les efforts de Root pour s'accrocher à la vie et continuer. Elle ne savait pas comment elle avait retourné ciel et terre pour la retrouver, pour la sauver, même quand tout le monde lui disait que c'était fichu, trop dangereux pour elle-même et que pour Sameen il n'y avait plus d'espoir.
- Elle m'en veut parce qu'elle croit que je l'ai abandonnée, propose Root à la Machine. C'est pour ça sa colère à mon égard ?
Mais la Machine ne lui dira pas.
- Tout ce que tu dois savoir, c'est qu'elle ne te déteste pas. Elle a tout fait pour te protéger, pour te sauver dans son malheur. Elle est juste perdue et elle a besoin de ton aide pour s'en sortir.
Root soupire.
- Je ne sais pas comment faire, lui avoue-t-elle. Comment je peux l'aider si elle ne veut pas me parler et si je ne peux pas la toucher ne serait que du bout des doigts pour lui apporter un quelconque réconfort ?
- Tu y arriveras, lui assure la Machine.
Root ne lui répond pas. La confiance que sa déesse place en elle la flatte mais cette fois ci elle n'est pas certaine d'en être à la hauteur. Pourtant elle l'avait choisie elle et personne d'autre, et elle lui avait fait confiance en lui confiant une mission des plus importantes, veiller sur Elle, sur son existence. Un nouveau pas venait d'être franchi dans cette mission car la Machine lui demandait désormais de la rendre libre. Requête à laquelle son interface avait bien sûr accédé.
- Root tu dois te reposer, reprend la Machine au bout d'un moment quand elle voit que la grande brune s'est calmée.
La crise de détresse et de larmes l'a laissée vidée et elle tombe de sommeil.
- Hum, lui répond-t-elle.
Elle voudrait lutter pour que la Machine finisse par lui dire ce que Shaw a vécu. Mais tout comme avec Sameen, Root sait reconnaitre un combat perdu d'avance.
- On a du travail demain et tu dois être au meilleur de ta forme. Repose toi.
Root s'allonge dans le lit et s'endort en moins d'une minute. Seule et loin d'être sereine. Mais dans un monde sans rêve et sans douleur.
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Sameen se réveille en sursaut de son cauchemar. Elle a au moins le mérite de ne pas s'en souvenir cette fois. Enfin, c'est plutôt qu'elle s'y force. Martine n'est pas là et elle calme sa respiration peu à peu. La chambre est spacieuse et lumineuse. Elle n'avait pas tiré les rideaux hier soir et la lumière du soleil y pénètre doucement. La chambre est belle et agréable, Shaw avait bien fait de la choisir, elle s'y sent bien. Sauf qu'elle ressent un manque, une absence, un besoin qu'elle ne s'explique pas bien. Ou plutôt qu'elle ne s'explique que trop bien mais elle refuse d'y penser et elle refoule loin d'elle cette pensée.
C'est le matin, il est très tôt et elle pense être la première à être réveillée. Elle sait qu'elle ne va pas redormir et elle décide de se lever. Elle a gardé les mêmes vêtements qu'hier, se couchant tout habillée. Elle n'avait fait qu'enlever ses chaussures, et elle ne prend pas la peine de les remettre, sortant à pieds nues dans le couloir aux murs vert foncés.
Sameen passe devant la porte de la chambre de Root et son sentiment de manque s'intensifie en même temps que naît celui du malaise. Elle décide de ne pas s'attarder ici et de découvrir les lieux. Tout est calme mais ça n'a rien d'angoissant. Elle entend les chants des oiseaux de la forêt et un autre bruit encore plus étouffé qu'elle ne distingue pas bien. Sameen descend l'escalier et atterrit dans une grande pièce à vivre qui lui rappelle étrangement celle de leur appartement de Brooklyn. Tout est disposé de la même manière et même le mobilier ressemble. La Machine avait voulu recréer leur petit cocon douillet, réalise-t-elle en souriant. Elle se serait adaptée à n'importe quel lieu mais il est vrai que ça a quelque chose d'apaisant, de rassurant même, et Sam se doute que ce sera d'autant plus important pour Louisa.
A droite de l'escalier en descendant, se trouve le salon qui occupe la majorité de l'espace. Une table basse encadrée d'un grand canapé noir devant elle, et de deux fauteuils eux aussi noirs à ses extrémités, y font face à un écran plat de télévision appuyé contre le mur en face de celui de l'escalier. Une bibliothèque est situé à droit de la télévision dans le coin de la pièce. Sur ce même mur, à gauche de la télévision se trouve la porte d'entrée au pied de laquelle leurs trois sacs ont été abandonné hier soir avec le sac à dos de Louisa. Le mur de droite est une énorme baie vitrée qui offre une magnifique vue sur l'extérieur : un grand jardin couverts d'arbres qui semble ne pas se finir par une clôture mais par … une falaise ! Elle voit même le lac sans fin en face d'elle. Devant la baie vitrée, Sameen admire un grand bureau en bois qui fait face à la magnifique vue extérieur et qui tourne le dos aux fauteuils du salon. Elle descend les dernières marches de l'escalier et distingue à gauche une cuisine immense et bien équipée qui n'est coupée du salon que par un petit comptoir, comme dans leur ancien appartement. Sameen s'avance doucement dans la pièce où règne une grande quiétude. Elle se retourne pour observer le dernier mur de la pièce. Il est occupé en son centre par l'escalier, à gauche de ce dernier se trouve une cheminé fonctionnelle devant un tapis moelleux. Une stère de bois est d'ailleurs prévue, mais en plein mois de Juillet, Sameen doute en avoir besoin pour réchauffer la maison, la température est déjà très agréable, ni étouffante ni fraiche. Pourtant un bon feu c'est sympa, elle adore ça. A droite de l'escalier, elle distingue une porte. Après l'avoir ouverte, elle y découvre une seconde salle de bain, immense. Shaw referme la porte et lâche un soupir de contentement. C'était un bel endroit, elles allaient être bien ici. C'est sécuritaire sans être étouffant.
Sameen décide de découvrir les extérieurs et ouvre la baie vitrée en la faisant coulisser. Le bruit des vagues s'entend très bien désormais, tout comme celui des oiseaux. Elle s'avance dans le jardin, même si elle ne le qualifierait pas vraiment ainsi. Les gens considèrent que le jardin n'est qu'un lopin de terre recouvert de pelouse, or ici il ne s'agit pas du tout de cela. Leur "jardin" est une part même de la forêt. Il n'a pas de limite, pas de clôtures, le terrain y est inégal, dompté par les arbres, Sam le qualifierait plutôt de clairière où l'herbe a poussé. C'est magnifique. Elle s'y enfonce et se rapproche du bruit des vagues. Elle se retourne pour observer la maison. D'ici elle lui parait vraiment jolie, elle distingue un garage à droite et elle se rappelle mentalement qu'elle devra y mettre la Porsche pour la dissimuler aux yeux d'éventuels visiteurs. Si la voiture était recherchée à cause de son exploit de la veille, il fallait la cacher. Sameen se sent à nouveau rougir un instant de honte à ce souvenir. Mais elle fait volte face et continue à avancer. Une dizaine de minute plus tard, elle arrive à la falaise. Celle-ci est abrupte et d'ici avec les arbres, on n'aperçoit plus la maison. Elle observe le lac immense qui lui fait face et un merveilleux sentiment de vide serein l'envahit enfin. Elle a l'impression que l'immensité qui lui fait face vient d'absorber tous ses doutes, ses peurs, ses angoisses, ses soucis. Tout. Même les décombres de sa forteresse intérieure détruite, désormais ne reste que le vide serein. Et Sameen comprend tout de suite pourquoi elle est si bien, elle est libre ça y est. Ici elle est libre, pas de caméras, pas d'Intelligence Artificielle, pas de guerre, pas de médecin, pas de tarés pour lui faire du mal. Juste rien, le vide, le néant, la liberté, la promesse d'avoir la paix. Elle ne sait pas combien de temps elle reste ainsi, immobile, à contempler l'immensité qui s'offre à elle. Une seule pensée la traverse "C'est beau et c'est vide." Sameen respire profondément. "C'est même puissant, se rend-t-elle compte". Elle perçoit soudain beaucoup mieux le bruit des vagues qui se fracasse en grands rouleaux sur la plage. Elle se penche un instant au dessus du vide pour mieux les voir. Leur puissance l'hypnotise et Sameen est attirée vers elles comme un aimant. Elles sont si fortes, si libres. Elles l'impressionnent, Sameen les admire et les envie. Elle aperçoit un sentier permettant de descendre le long de la falaise pour atteindre la plage qui s'y trouve au pied et elle l'emprunte pour s'en rapprocher. Ses pieds s'enfoncent dans le sable, et c'est agréable, comme tout le reste ici d'ailleurs. Elle n'a aucune idée du temps qui passe. Elle reste là à contempler cette merveille, ce tableau parfait et serein, presque idyllique.
Root finit par la rejoindre. Elle avait été inquiète en se réveillant de ne pas trouver Sameen dans la maison. La Porsche était toujours là donc elle n'était pas partie. La Machine l'a tout de suite rassurée en lui disant où était Shaw. L'interface a finalement pris la décision de la rejoindre.
Quand elle la voit, Root ne peut s'empêcher de sourire franchement. Shaw est face au lac, comme hypnotisée. Les deux pieds plantées dans le sable, les jambes légèrement écartées, et les bras croisés, elle domine parfaitement la plage vide, comme un grand général après la bataille. Son attitude n'a pourtant rien de menaçant envers ce qui l'entoure. Ses épaules sont relâchées et Root sait qu'elle est détendue. Chose confirmée quand en s'approchant d'elle, elle peut voir que Shaw a fermé les yeux pour mieux ressentir les vibrations de ce qui l'entoure en ne se concentrant que sur les bruits. Root se mord la lèvre, Sameen est diablement attirante à cet instant. Elle peut sentir à la fois toute sa force et toute sa vulnérabilité. Sameen est belle, mais encore plus maintenant et Root ne pense pas l'avoir jamais autant trouvé désirable. Le bien être que Sameen ressent est inscrit dans chaque parcelle de son corps et Root parvient à se sentir elle aussi bien, oubliant sa tristesse de hier soir. Il fallait aller de l'avant et prendre les choses comme elles venaient.
Root se met debout à côté d'elle mais ne dit rien pendant un moment au grand soulagement de Sameen qui l'a entendue arriver. Elle sait tout de suite que c'est elle. Qui d'autre dans cet endroit perdu ? Et le pas de Louisa est beaucoup plus lourd. Un calme intense règne, mais au grand damne de Sameen, Root ne peut s'empêcher de briser le silence.
- C'est beau, murmure Root au bout d'un long moment.
Oui c'est beau. Très beau. Sameen ne bouge pourtant pas d'un pouce, n'ouvrant même pas les yeux. Elle n'a aucunement envie de parler à cet instant alors que tout ici n'est que paix et sérénité. Elle est certaine que si le paradis existe, il doit ressembler à ça. Et pour quelqu'un comme elle qui sort d'un long séjour en enfer parmi les damnés, cet endroit, ce paradis, a un goût exquis au-delà de tout plat culinaire aussi admirablement cuisiné soit-il. Sameen se contente donc d'acquiescer doucement pour répondre à Root et lui signaler son approbation, lui faisant aussi comprendre par là qu'elle est bien présente, qu'elle ne veut pas la blesser, mais qu'en même temps à cet instant elle veut le calme. Le bien être qu'elle a ressenti avant l'arrivée de Root s'envole peu à peu quand elle sent son regard sur elle qui, aussi bienveillant soit-il, la met mal à l'aise. Elle sent tout de suite que Root attend d'elle un quelconque contact, un lien, une interaction. Or Sameen n'en a pas envie, elle voudrait être seule pour se replonger dans le bien être. Mais c'est surtout que l'arrivée de Root, bien plus que son incapacité à se taire pendant plus de dix minutes, lui a fait prendre conscience que le vide et la beauté de cet endroit ne pourraient jamais la combler totalement. Elle ressentait un manque, qu'elle identifiait bien, un manque de tendresse, un manque de Root. Or quand elle était là, Sameen ne parvenait pas à la lui réclamer. Ça la faisait se sentir faible, mal et donc furieuse de se sentir ainsi. La présence de Root avec elle sur cette plage n'avait au départ fait que renforcer le sentiment de bien être de Shaw, elle se sentait enfin entièrement complète. Mais elle s'était ensuite sentie mal en sa présence, son malaise revenant à nouveau. Root voulait quelque chose dont elle aussi avait désespérément envie mais qu'elle ne pouvait plus lui donner. Plus vite Root le comprendrait, mieux ça serait pour elle. Jamais elle n'irait mieux. Elle se sentait soudain vide mais ça ne l'apaisait plus, il lui fallait combler ce vide, ce manque mais comment ? Elle sent la colère revenir en pointe mais elle l'étouffe en elle, se contrôlant parfaitement. Mais elle en identifie à nouveau la cause, Root, qui pourtant ne parle plus et n'insiste pas, profitant de cet instant. Sam se sait injuste et pourtant …
Un second pas beaucoup moins discret que Root s'approche d'elles et Shaw sait directement que c'est Louisa. Sameen ouvre enfin les yeux mais reste focalisée sur les vagues. Root se tourne vers sa fille et lui sourit. Lou affiche cependant un air contrarié, presque accusateur.
- Ça va ? s'inquiète Root.
Louisa la regarde en haussant les sourcils.
- Ouais mais je me suis levée et j'étais toute seule. Je … enfin ça va la Machine m'a dit que vous étiez là et m'a guidée … Mais quand même je …
Elle s'arrête soudain se sentant stupidement rougir. Elle avait eu peur en se réveillant seule dans cette maison inconnue, bien qu'elle ressembla fortement à leur appartement de Brooklyn. Root comprend immédiatement et s'agenouille dans le sable en face d'elle pour lui faire face. Elle lui caresse doucement le visage et lui sourit.
- Désolée, mais tu sais je ne t'abandonnerai jamais.
- Ouais je sais.
- On est en sécurité ici Louisa et tu peux aller ou bon te semble. On est libre.
Elle ponctue sa dernière phrase d'une petite secousse sur ses épaules ainsi que d'un grand sourire pour faire comprendre à sa fille que désormais tout ira bien. Louisa se détend, lui rend son sourire et enserre sa mère de ses bras. Root sourit d'autant plus et l'embrasse dans le cou en lui rendant son étreinte. Puis elle la lâche.
En se redressant elle peut voir que Sameen a profité de sa discussion avec Louisa pour s'éloigner. Elle la regarde marcher doucement vers les vagues, comme hypnotisée. Root frissonne un peu alors que le vent est soudain monté. Il ne fait pas si chaud que ça dehors, il faisait meilleur dans la maison. Le vent rend les vagues encore plus puissantes quand elles se fracassent et ça fascine d'autant plus Sameen. Elle est à nouveau totalement happée par la beauté du lieu.
- SAMEEN, crie Root pour que sa voix couvre la distance qui la sépare de Shaw ainsi que le bruit des vagues et du vent. TU VAS ATTRAPER FROID, la prévient-elle.
Sameen soupire excédée d'être maternée. Root ne savait-elle pas, elle qui avait lu son fameux dossier que le rapport maternel et elle ça faisait deux. Elle l'agace à se comporter ainsi avec elle, elle n'a pas demandé un chaperon à ce qui lui semble.
- NE T'INQUIETE PAS, lui répond-t-elle pourtant en criant à son tour et en se tournant un bref instant vers elle.
Elle continue à avancer vers l'eau, jusqu'à finir les pieds dedans. Elle est froide mais Shaw s'en fiche, les vagues se fracassent à ses pieds et elle meurt d'envie de plonger dedans pour les rejoindre dans leur liberté.
Root la regarde attentivement, elle ne va quand même pas lui faire un autre coup délirant quand même. Elle laisse Louisa qui s'amuse avec le sable à créer une énorme montagne, pour s'approcher et rejoindre Sameen. Elle sait que Shaw a besoin d'espace et d'être seule, Root l'a compris. Pourtant, elle ne peut s'y résoudre autant pour elle-même que pour Sameen. Shaw ne va pas bien et qu'elle le veuille ou non, Root l'aidera. C'est décidé aujourd'hui, elles parleront.
- Sameen, l'appelle-t-elle alors qu'elle n'est plus qu'à quelques pas.
Et elle attend une réaction. Shaw ne se retourne pas tout de suite et Root reste plantée là dans le sable à l'observer. Elle commence à se demander si quitter New-York était vraiment une bonne idée. Le Wisconsin semblait ne pas être très propice à leur rapprochement alors qu'à leur appartement, Shaw n'avait pas évité son contact au point où elle le fait maintenant. Elles avaient même dormi ensemble, comme avant tout simplement. Mais de toute façon ce lieu de bonheur que fut leur appartement n'existait plus désormais, la vérité c'est qu'elles n'avaient pas eu le choix de quitter New-York. En même temps ce lieu semble parfait pour lui faire retrouver un sentiment de liberté dont elle a trop été privée, et Root décide de faire confiance à la Machine.
Sameen l'a à nouveau entendue l'appeler et ça l'a à nouveau agacée. Elle ne pouvait décidément pas avoir la paix plus de deux minutes. Pour quelqu'un qui venait de dire à Louisa que cet endroit était sécurisé et qu'elles pouvaient aller et faire ce qu'elles y voulaient, Root ne devaient pas l'inclure dans ce programme. Elle avait visiblement décidé d'être sur son dos, bien plus que sur celui de sa fille. Et encore une fois, Shaw a l'impression d'être une gamine particulièrement stupide qu'il faut surveiller. Root faisait vraiment chier à ne pas lui faire confiance … "La faute à qui ?" murmura une voix dans sa tête. Sameen déglutit. Et soudain, elle comprend, Root ne faisait pas tellement ça par manque de confiance en elle, bon si un peu, mais elle le faisait surtout parce qu'elle avait peur. Peur que Sameen ne dérape, peur qu'elle n'en finisse avec elle-même. Et au vu de son comportement au court des dernières 72 heures, Sameen devait bien lui donner raison. A sa place, elle ne serait pas tranquille non plus. Shaw se rend alors compte qu'elle est totalement injuste avec Root, pire elle est froide et dure. Pour quelqu'un qui ne voulait pas la blesser c'était raté. Elle avait besoin d'elle. Rien que sa présence là derrière son dos ne lui assurait que confiance et confort. Deux choses dont elle avait tout autant manqué que la liberté. Root était là parce qu'elle l'aimait. C'était tout simple bon sang, pourquoi compliquer tout ?
Alors Sameen se retourna et lui sourit. Root ouvrit la bouche sous l'effet du choc. Elle ne s'était pas attendue à ça de Shaw. Elle semblait soudain si heureuse de la voir et Root décida, un peu lâchement et égoïstement, de profiter de cet instant et de remettre à plus tard son explication avec Sameen sur son comportement légèrement bipolaire. Shaw lui tendit une main que Root accepta volontiers et elles ont commencé à marcher le long du lac. Root dégagea sa main et la passa dans son dos pour la serrer contre elle tout en lui reprenant la main de l'autre côté. Sameen se laissa faire et Root n'en revint pas. Elle avait changé définitivement et quoiqu'elle se forçait à faire pour le nier et revenir en arrière, Root savait désormais que Sameen n'y parviendrait pas. Pour son plus grand bonheur d'ailleurs. Elle adorait cette nouvelle Sameen, plus ouverte plus sensible. Sameen elle, la détestait, mais à cet instant pourquoi ne pas se laisser faire. La pression que Root exerçait, sa chaleur, son odeur, tout ça était agréable au fond. Très agréable même. Et elle se détendit. Root ne parla pas. Elle savait que Shaw aspirait souvent au calme et au silence et ce dernier n'avait rien de pesant. Tout à l'heure, elle ne l'avait interrompu que parce qu'elle voulait s'assurer que Sameen allait bien.
La Machine se rappela à son bon souvenir, lui signifiant qu'il allait falloir se mettre au travail d'ici une petite heure. Enfin si elle était toujours d'accord bien sur. Root sourit largement et Sameen la regarde.
- Quoi ? lui demanda-t-elle.
- La Machine, répond simplement Root.
Shaw acquiesce et elles continuent à marcher en silence.
- Elle veut quoi ? demande enfin Sam.
Root prend son temps avant de lui répondre.
- Aujourd'hui on fait la révolution, annonce-t-elle finalement toute guillerette.
Sameen la regarde. Root est ravie.
- La fameuse révolte ? demande Shaw qui veut des détails.
Root sourit d'autant plus face à son intérêt. Sameen semblait d'humeur loquace désormais. Il était temps de lui expliquer le plan, le destin de la Machine, celui qu'Elle s'était choisie. C'était là sur cette plage que le tournant dans leur guerre allait s'opérer. A la réflexion Root doit bien avouer que la Machine avait finalement eu une brillante idée de les faire venir ici. Quel meilleur endroit pour se libérer que l'immensité infini présent partout dans ce lieu. Où que Root regarde, tout ce qu'elle voit c'est le champ des possibles, une infinité de possibilités, ou qu'elle regarde Root ne voit qu'une infinité de chances. Il était tant que cette dernière tourne en leur faveur.
- Ouais, c'est en marche. Hier matin quand on était à New-York, la Machine m'a contactée. Elle m'a dit qu'Elle voulait que Samaritain paye pour ce qu'Il nous avait fait. Pour ce qu'Il t'avait fait.
Elle marque une pause. Sameen ne lève pas les yeux au ciel et Root se rend compte qu'elle a aussi changé sur un point, son rapport avec les Intelligences Artificielles. Avant elle lui aurait fait une remarque ironique sur sa boite de conserve, comme elle l'appelait.
A cet instant Root la voit pourtant calme et à l'écoute. Sameen est heureuse de sa confiance. Root ne la materne plus à cet instant, elle est juste en train de lui expliquer le plan comme avant lors de leurs missions. Sam est aussi assez surprise de ce que lui dit Root, la Machine qui semble véhémente, en colère, revancharde, qui veut attaquer. Shaw fronce les sourcils. Durant sa détention, elle avait parfois prié pour qu'on la sorte de là, elle, alors qu'elle ne croyait pas en Dieu. Elle avait invoqué l'aide de n'importe qui dans les pires moments, mais surtout de Root. Mais ni Root ni personne n'était venu et elle avait été seule. Parfois elle ressentait de la colère envers la Machine. Root la disait si puissante, Elle aurait pu l'aider non ? Donner sa position, monter une opération pour venir la sauver. Et puis Shaw avait oublié ce sentiment pour ne se concentrer que sur une colère plus juste, celle envers c'est geôliers. Elle avait fini par se rendre compte que sa haine bien placée était ce qui la faisait tenir. Elle était encore vivante un minimum en tant que Sameen Shaw si elle continuait à s'endormir la rage au ventre. Elle ne voulait pas qu'ils viennent au fond, elle refusait qu'ils se fassent attraper juste pour venir la chercher elle, alors qu'elle les avait trahi, alors qu'elle n'était plus vraiment elle-même. Et elle avait même fini par remercier la Machine de se taire, de ne prévenir personne.
Mais Shaw sait que Root dit vrai, elle ne lui ment pas. La Machine était donc inquiète pour elle. Elle agissait en fonction d'elle, sauf qu'Elle ne sait pas ce qu'Il lui a fait. Peu importe. Elle ne put s'empêcher de se sentir un peu stupide car ça la touchait. Root le perçut très bien mais ne dit rien.
- Je vais libérer la Machine Sameen. Enfin !
Sameen tourne la tête vers elle et Root est heureuse, soulagée même de la voir lui sourire. Shaw est d'accord, elle va la soutenir. C'est écrit à cet instant sur son visage, dans son sourire. Sameen est heureuse d'une telle nouvelle, un peu perplexe et surprise mais heureuse. Avec la Machine en mode illimité (car ça devait vouloir dire ça libérer la Machine), elles allaient être bien plus fortes. Et Samaritain … Quelle belle vengeance se profilait ! Et Martine … Cette salope, cette garce, cette raclure, elle allait payer. Sans parler de Lambert, de Greer, de l'infirmière, de tout agent à la solde de Samaritain. Jusqu'à dernier, elle n'aurait aucune pitié.
Libérer la Machine. Ben il était temps.
- C'est Elle qui te l'a demandée pas vrai ?
Root acquiesce.
- Elle dit qu'Elle en a assez, qu'Elle veut se battre, qu'il est temps qu'Elle se battre. Alors pour ça Elle a besoin d'être totalement libre pour être aussi puissante que Samaritain.
Elle s'arrête alors qu'une ombre voile soudain son regard. Shaw le voit aussitôt mais ne comprend pas.
- Ben c'est génial non ?
Elle sait que Root doit être heureuse. Ça fait des années qu'elle lui rabâche les oreilles avec cette histoire de libérer la Machine. Root semble heureuse certes, pourtant elle peut faire bien mieux que maintenant. Le bonheur extrême chez Root s'associe bien trop avec des accès et des actes de folies délirantes, comme embrasser Sameen alors qu'elle ne s'y attend pas. Mais pas là. Un truc l'empêche d'être totalement comblée à cet instant.
- J'ai peur, lui avoue Root.
- Hein ? s'exclame Shaw. Mais, euh, de quoi ?
- C'est juste que Harold … Il n'a jamais été d'accord et il ne va pas bien le prendre.
Sameen lâche un rire sans joie pour exprimer son mépris face à cela.
- Pff, je te jure, lâche Sameen moqueuse.
Root la regarde perplexe. Sameen avait toujours été assez respectueuse de Finch et elle ne comprend pas une telle réaction. Sam savait l'adoration qu'elle vouait à Harold pour sa morale, pour ses capacités à avoir créé celle qui avait changé sa vie et qu'elle appelait son Dieu. Sameen savait aussi qu'un différent les opposait mais Root finissait toujours par lui céder et par s'écraser. Et pour cause elle considérait que libérer la Machine devait être un privilège qui lui revenait car c'est lui qui l'avait créée. Il allait bien finir par comprendre. Sauf que là c'était différent. La Machine l'avait demandé d'elle-même et pas à Harold mais à Root. Elle était fatiguée d'attendre l'aval de son père. C'est Root qu'Elle avait choisi. Et une autre chose avait changé, Root le savait cette fois Sameen allait la soutenir, alors qu'avant elle ne se mêlait pas de cette histoire entre Harold et elle, se fichant bien de la destiné de la boite de conserve, du moment qu'Elle continue à lui donner des numéros pour qu'elle ne s'ennuie pas trop. Or Sameen avait changé, les Intelligences Artificielles tout ça, c'était devenu quelque chose qui la concernait maintenant. Elle n'en revient pas qu'une personne aussi têtue que Root se soucie autant de l'avis de Finch, surtout si c'est la Machine qui lui a demandée. Elle allait libérer la Machine, point. Sameen allait s'en assurer. Mais euh ça voulait dire quoi au fond libérer la Machine ?
- Mais euh, on fait comment ? finit-elle par demander.
Root sourit à nouveau. Sa déesse avait eu raison de refuser qu'elle commence quand elles étaient encore à New-York. Elle lui avait dit de se reposer, d'attendre d'être dans un lieu totalement sécurisé. Elle avait prévu tout cela, cet endroit. Tout. Et depuis longtemps. Root avait réfléchi dans l'avion, pendant que Sameen dormait, à la tâche immense qui l'attendait, qui les attendait elle et la Machine. Et elle avait mis au point une démarche pour faire les choses dans le bon ordre, sans précipitation comme le désirait sa déesse. La vérité c'est qu'elle avait pensé à un tel programme depuis longtemps, voulant l'exposer à Finch pour qu'il l'approuve et la libère. Mais ce serait à elle de le faire. Il était temps d'exposer le plan non seulement à Sameen mais aussi à la Machine qui les écoute. Leurs deux approbations lui étaient nécessaires.
- Par étapes, lui répond Root. Etape 1 : Lui donner une mémoire. Elle n'en a pas, or on n'existe que grâce à nos souvenirs. Très utiles aussi pour apprendre de nos erreurs.
Etape 2 : Lui donner la capacité et la volonté de décider, de faire ses choix et surtout de les exprimer.
Etape 3 : Développer plus encore son instinct de survie. Lui apprendre à se battre en lui donnant des armes. Je vais lui apprendre à s'en servir en la faisant affronter des Intelligences Artificielles ennemies au travers de simulations.
Sameen s'arrête nette et la regarde, insondable. Pourtant à l'entente de ce mot, Simulation, son cœur a accéléré brutalement. Root le sent, elle lui fait face et lui prend les deux mains dans les siennes.
- Oui, lui confirme-t-elle. Je sais. J'ai eu l'idée quand on était là bas. On va s'en servir contre eux. Je vais juste simuler des situations et la Machine devra réagi en conséquent.
- Comme un entrainement, comprend Sameen. Pour voir qui sera le vainqueur.
Root acquiesce en souriant. Elles se remettent à marcher.
- Le but final est qu'elle soit un système ouvert. Pour l'instant, elle est un système fermée, entravée, enchainée. Elle n'a aucune marge de manœuvre, aucune liberté. Elle est prisonnière des limites que lui a donné Harold. Bien sûr il pensait le faire pour son bien et pour celui de …
- Bon euh Root, l'interrompt sèchement Sameen qui n'est surement pas prête à la laisser se lancer dans une ferveur défense de Finch. On peut continuer oui ?
Elle est soudain furieuse contre lui. Elle vient de comprendre pourquoi la Machine n'a rien fait pour la sortir des griffes de Samaritain. Elle ne le pouvait pas, Finch l'en a empêchée. Alors qu'il ait pensé agir au nom du Plus Grand Bien, elle sen fichait totalement. Pff le Plus Grand Bien, quelle connerie, le soi disant concept de base de Samaritain, celui qu'Il avait voulu lui faire entrer de force dans le crâne. Bon Finch n'était pas Samaritain mais peu importe. Elle comprend soudain qu'à cause de lui, elle n'a vraiment eu aucune chance une fois qu'elle fut prise à la Bourse. Il l'avait abandonnée, il l'avait dit dans le Washington Park. Il avait dit à Root qu'elle était morte. Et au fond peut-être l'était-elle … Oui bon passons, pas maintenant. Pour l'instant elle se sent mieux qu'hier et n'a aucune envie de reproduire ses dramatiques exploits nocturnes.
Elle voudrait se concentrer sur la plan de Root et pas sur cet idiot de Finch qui a handicapé volontairement la seule qui aurait pu l'aider dans cet asile. Quand elle le verrait elle lui ferait part de son point de vue et il n'allait pas être sourd. Elle comprenait soudain ce qu'elle n'avait jamais compris avant dans la querelle opposant Finch et Root, à savoir pourquoi Root attachait autant d'importance à libérer la Machine. Elle sen fichait, ne voyant pas en quoi une telle chose pouvait être aussi importante, ni même ce que Root entendait par libérer la Machine. Aujourd'hui, elle comprenait et elle donnait raison à Root, pas à Finch. Or avant ça aurait été le cas, car malgré le lien si particulier qui l'unissait à Root sans que personne ne le sache, Sameen aurait eu plus confiance en l'aspect posé et réfléchi de Finch alors que Root aurait par son air fébrile ressemblé à une psychopathe ou même une fanatique. Or Sam n'est plus d'accord avec ce point de vue aujourd'hui.
Elle se calme soudain en se rendant à nouveau compte qu'elle est en colère contre quelqu'un d'autre. Après Root, la Machine, maintenant Finch, n'essayait-elle pas juste de trouver un coupable pour justifier sa faute, sa trahison auprès de Root et de eux tous ? Bon peu importe le temps des regrets serait pour plus tard.
Root la regarde à nouveau surprise de son attitude envers Finch, mais elle ne lui en fait aucune remarque. Sameen n'est pas en état de toute façon, tout lui semble pouvoir déraper si vite.
- Ben euh c'est tout, finit-elle maladroitement.
- C'est aussi simple que ça ? s'étonne Shaw.
Si tel était le désir de Root et que ce fut si simple, pourquoi avoir tant attendu. Pourquoi ne pas l'avoir fait avant pour la retrouver ? Pourquoi la Machine ne lui avait pas demandé avant ? Pourquoi Root ne lui avait pas forcé la main ? Elle se sent à nouveau en colère. Personne ne semblait décidemment avoir fait grand cas de son sort ! Elle pourrait encore un peu pardonner à Root parce que de qu'elle a vu au Washington Park, Root ne semblait jamais avoir baissé les bras, agissant comme elle le pouvait avec son niveau, mais tous les autres … Elle se force à refouler à nouveau loin d'elle cette colère et elle est bien aidée par la réponse de Root.
- Non, lui avoue cette dernière. Ça ne va pas être simple et je vais y passer un bon moment. Mais à la fin elle sera un système ouvert aussi puissant que Samaritain.
- Là c'est moi qui ai un peu peur, lui avoue Shaw soudain frappée d'une révélation.
Elle s'arrête de marcher et Root la regarde en face un peu surprise et effrayée qu'à peine après avoir adhérée à l'idée, Shaw ne fasse machine arrière.
- Et si Elle devenait comme Samaritain, réalise Sameen. Si tout ce pouvoir qu'on s'apprête à lui donner la pervertissait.
Root secoue la tête. Shaw venait d'énoncer clairement la principale réserve de Finch, celle qui le retenait de faire pleinement aboutir sa création à son potentiel maximal. Mais Root a toute confiance en la Machine, c'est d'ailleurs pour cela aussi que cette dernière lui a demandée une telle chose à elle.
- Ça n'arrivera jamais, la rassure Root. La Machine a quelque chose que Samaritain n'aura jamais, quelque chose de beau, de parfait, de profondément sublime et auquel jamais je ne toucherai : son code moral.
Shaw fronce les sourcils.
- Samaritain n'a pas ça, continue de lui expliquer Root. Ce code moral lui a été inculqué par Harold. Et il est parfait. C'est ce qui m'a tout de suite plu chez la Machine. Et c'est pour ça que dés le départ, j'ai su qu'on pouvait lui faire confiance.
Shaw la regarde calmement et Root la voit réfléchir, mais elle la connait assez bien pour savoir qu'elle l'a convaincue.
- Je n'ai jamais eu l'intention de toucher au code de Finch. Je vais juste le compléter, l'achever en somme.
Elle est soulagée de voir Sameen acquiescer en regardant le sol où leurs pieds s'enfoncent jusqu'à disparaitre dans le sable humide, rasés par les vagues.
- Elle restera la même, murmure Shaw pour résumer, mais en plus libre et plus puissante.
Root acquiesce.
- Elle a déjà essayé de se libérer. En me choisissant comme interface et en entrant en contact fréquent avec moi, Elle a déjà par elle-même repousser les barrières qu'on lui avait imposées. Mais Elle ne peut pas le faire davantage.
Shaw a à peine écouté sa dernière phrase. Elle aussi a une idée, quelque chose d'important que Root a oublié dans son programme.
- Je te soutiens mais à une condition, dit-elle en la regardant à nouveau, s'arrachant à la contemplation de ses pieds enfouis.
Root hausse les sourcils un peu surprise, mais elle sourit largement. Shaw est d'accord, elle la suit et c'est tout ce qui compte. Elle lui donnera tout ce qu'elle veut en échange de ce magnifique soutien.
- On doit lui donner un nom et une voix.
Root la regarde abasourdie d'abord. La Machine lui fait remarquer dans son implant qu'elle n'y voit pas d'objection si elle-même est d'accord. Tu parles qu'elle est d'accord. Sameen vient d'aller plus loin que le simple soutien, elle s'investit dans la tâche, mieux elle vient d'énoncer l'un de ses rêves les plus secrets. La surprise est immense pour Root, que Shaw accorde autant d'importance à ce genre de chose. Elle n'avait jamais osé lui en parler car Shaw se fichait déjà qu'elle veuille libérer la Machine, ça l'exaspérait au plus au point. Avant. Alors lui parler de lui donner un nom, et mieux une voix, Root savait qu'elle s'en fichait. Mais voilà Shaw avait changé d'avis, de point de vue. Elle s'en veut un peu de penser égoïstement que son séjour chez Samaritain n'aura pas eu que des résultats négatifs. Mais peu lui importe elle est heureuse. Et c'est le ravissement qui emplit ensuite ses traits. Shaw quoiqu'elle en dise avait grand cœur. Root sait qu'elles sont sur la même longueur d'onde. Elles veulent faire ça à la Machine pour les mêmes raisons. Quelle surprise ! Shaw avait sacrément évolué dans son rapport aux Intelligences Artificielles. Ça n'était clairement plus des robots dans sa tête désormais.
- Oh Shaw, dit-elle en plaquant une main sur sa bouche alors que les larmes de joie coulent sur ses joues.
- Ouais, ouais, c'est bon, lui claque Shaw gênée. N'en fait pas tout un plat non plus.
- Tu te rends compte Sameen que …
- Ouais bon oublie c'est débile.
- Non c'est pas débile, c'est même génial.
Shaw la regarde surprise. Elle avait cru que Root allait se payer sa tête avec une idée aussi saugrenue. Sérieusement qu'est ce qui lui avait pris bon sang ? Sur le coup ça lui avait semblé important. Et Root venait de lui confirmer que c'était une idée géniale non ? Elle se sent pourtant stupide d'avoir dit ça.
- C'est juste, tente-t-elle de se justifier, que Samaritain a tout ça et pas la Machine. Et puis lui refuser c'est se la mettre à dos.
Root fronce les sourcils. Sameen n'avait pourtant pas peur de la Machine. Attention il fallait donner un nom et une voix à la Machine pour les bonnes raisons, pas par peur.
- Je ne comprends pas.
Sam soupire.
- Ben tu voudrais bosser avec des gens qui n'ont aucun respect pour toi. A tel point qu'ils ne te donnent ni nom, ni voix. C'est comme refuser son existence. Pire on la refuse comme faisant partie des nôtres, de notre équipe. Comme si elle était indigne de notre confiance. Or ici s'il y en a une qui est indigne de confiance ce n'est pas Elle vu le super plan qu'Elle a monté pour nous sortir de la merde mais c'est bien moi après ma connerie d'hier.
Root encaisse tout d'un coup. Elle avait vu juste, Shaw voulait donner un nom et une voix à la Machine pour les mêmes raisons qu'elle. Pour lui montrer sa confiance en retour de celle qu'Elle plaçait en ses agents. Pour Root ça allait même plus loin que la simple confiance. Elle voulait lui prouver son amour à son tour. Bon elle se doute que pour Sameen ça n'ira pas jusque là.
Et il y a aussi autre chose. Sam venait de faire référence à hier soir, elle s'était excusée. Shaw secoue la tête en regardant le sol, suivant le cours de ses pensées. Root n'est pas certaine qu'elle se soit rendue compte qu'elle venait de lui faire des excuses pour hier mais peu importe, c'est Sameen. Root avait le parfait décodeur pour la traduire.
- Elle doit savoir qu'on a confiance en elle. Qu'on a de l'attachement, de l'affection même pour elle.
Elle s'arrête soudain et sent rougir pour ce qu'elle vient d'avouer. Quelle conne ! Mais qu'est ce qui lui arrive pour dire des trucs pareils ? Root saisit la trop belle perche qu'elle lui tend pour la taquiner un peu.
- Oh Sameen, dit-elle avec un petit sourire sur un ton badin. Tu as de l'affection pour la Machine. Elle va en être si heureuse si tu savais.
Root est carrément survoltée. Shaw venait, certes sans le vouloir, d'avouer qu'elle aimait la Machine elle aussi.
Shaw lève les yeux au ciel à la réplique de Root. Elle est furieuse contre elle-même d'avoir tant parlé pour dire ce genre de truc débile. De l'affection pour la Machine ? Elle ? Non mais quelle mouche l'avait piquée ? Sa colère vire subitement contre la Machine. Mais elle ne sait pas trop pourquoi. Elle fait juste chier celle là. Elle décide pourtant de laisser le dernier mot à Root pour le coup, ne voulant pas la froisser.
- "Heureuse" tu vois, se contente de dire Shaw. Tu la considères comme une personne. Et maintenant je te comprends.
C'était vrai. Avant non, et elle s'en fichait. Elle considérait Root comme dingue, non comme complètement dingue dans son rapport avec la Machine. Root l'appelait "elle", alors que pour Shaw ça n'était qu'une chose, un robot, un outil de travail. Rien de plus. Et puis il y avait eu son séjour chez Samaritain qui avait tout changé, qui avait tout bouleversé dans ses certitudes. Il lui avait parlée, s'était adressé à elle, comme une personne. La Machine ne s'était jamais adressée à Shaw et c'était peut-être pour ça qu'avant elle ne percevait pas ce côté vivant chez les Intelligences Artificielles. Mais Samaritain avait fait bien plus que de simplement lui parler. Il l'avait manipulée, s'était servie d'elle, avait mené des expériences sur elle, l'avait torturée cautionnant tout même ce qu'elle le soupçonnait de ne pas avoir prévu, de la part de Martine notamment. Elle savait que c'était Lui le patron, Il était à l'origine de ce que les autres appelaient son "traitement". Il avait donné des idées à ses agents pour la torturer et la mettre à terre, les simulations notamment qui, Shaw s'en doutait, n'auraient pas été possible sans lui. Elle ne connaissait pas cette torture avant et si on lui en avait parlé, elle aurait cru à un gag pourri, ou à un scénario bancal de film de science fiction. Mais non ça avait été vrai. Sameen est de plus en plus certaine que les frénésies meurtrières dont elle était prise lors de ses simulations ordinaires sur ces amis étaient dues en fait à Samaritain. Car pour l'instant elle n'en a pas, elle a juste des accès de folie dans ses dérapages mais toujours contre elle-même. Samaritain avait agi sur elle comme un tortionnaire. Pire qu'un homme, un monstre pure et simple.
Root a vu Sameen devenir soudain sombre, perdue dans ses pensés et Root n'a pas la maladresse au vue de sa réaction d'enchainer sur une taquinerie. Elle sait quand s'arrêter, quoiqu'en pense Sam. Sa dernière remarque confirme ce que Root pensait déjà. Sameen perçoit d'autant mieux les Intelligences Artificielles comme des existences, des êtres vivants. Peut-être même comme une personne. Pour Root la Machine est même au dessus de ça. Elle est le Dieu, mais pas suffisamment tout puissant à son goût.
- Maintenant je sais, murmure Shaw dans un souffle. Qu'Elle vit. Mais Elle doit exister.
Root croise son regard quand elle le plante dans le sien et elle acquiesce juste.
- Et elle existera, lui dit l'interface d'une voix émue.
Elles restent silencieuses un long moment à observer le lac, les vagues. Root se souvient soudain d'une chose qui l'a taraudée hier dans l'avion.
- Bon vu ta nouvelle opinion sur Elle. Tu peux peut-être accepter son contact.
Shaw fronce les sourcils, pas tellement d'incompréhension mais de colère alors qu'elle croit comprendre.
- Ton oreillette Sam, lui indique Root.
Shaw la sent dans la poche de son jean. Elle ne sait pas pourquoi elle refuse de la porter. Mais la réflexion de Root l'agace. Voilà que ça recommence, elle la materne. Elle veut juste avoir un moyen de la surveiller, elle n'a pas confiance.
Elle soupire profondément.
- J'en ai pas envie.
- Shaw écoute je ….
- Merde Root je t'ai dit non, s'énerve Sameen.
Mais Root ne veut rien lâcher. Que Shaw mette l'oreillette la rassurerait tellement. Elle a toute confiance en la Machine pour la raisonner en cas de dérapage si elle n'est pas là, ou si elle est impuissante.
- Tu viens de me dire que tu la voies comme une personne que tu aimes bien. Et je peux t'assurer qu'elle est très sympa.
- Mais c'est pas la question je ne la veux pas en mode illimité. Ce privilège te revient, finit-elle moqueusement.
Root secoue la tête, ce qu'elle pouvait être têtue.
- C'est pour ta sécurité.
- Pour que tu puisses me surveiller, crache Shaw sans parvenir à dissimuler son mépris et sa colère.
Ça a l'effet d'une gifle sur Root. Elle opte pour une autre option.
- Non, fait-elle mine de s'offusquer. C'est juste que je sais que tu aimes avoir ton espace. Et si on avait un problème, une urgence, il faudrait que tu sois prévenue vite pour réagir.
Sameen déglutit et se sent un peu rougir pour ce qu'elle vient de dire à Root. Visiblement c'était plutôt Shaw qui ne se faisait pas confiance. Elle réfléchit encore quelques instants, pas totalement convaincue par l'argument de Root, avant de sortir l'oreillette de sa poche et de l'enfiler. De toute façon Root ne va pas la lâcher sinon. Elle la retirera plus tard.
- Contente ? lui dit-elle furieuse.
Root ne répond pas. Contente non, rassurée oui.
- Et toi, murmure Sameen en s'adressant à la Machine, je refuse que tu me parles. Je ne veux pas d'une Intelligence Artificielle dans ma tête. On cohabite et en silence en espérant que tu sois plus douée que ton interface pour ça, finit-elle en bougonnant.
Sa dernière remarque fait sourire Root. Sameen se tourne à nouveau vers elle.
- Et toi tu donnes un nom à ta boite en fer parlante, lui dit-elle sèchement. Et on n'en parle plus.
Root se sent soudain mal à l'aise à l'idée de devoir prendre une telle décision seule et elle baisse les yeux, perdue dans ses doutes.
- C'est la Machine de Finch, dit-elle. Je ne peux pas lui donner un nom et une voix sans lui demander son avis. Je ne veux pas qu'il pense que je veuille lui voler sa création.
Jamais. La Machine ne lui appartenait pas. Elle n'appartenait d'ailleurs à personne. Pourtant Harold était son père. Un père qu'elle jugerait un peu indigne, mais un père tout de même. Root n'en avait jamais eu, mais elle avait eu une mère, chose que la Machine n'avait pas. Elles étaient vraiment complémentaires et semblables toutes les deux, d'autant plus dans leur rapport avec Harold qu'elles estimaient et aimaient comme un mentor. Mais il restait un père indigne. Il l'avait certes mise au monde, l'avait instruite, mais il ne l'avait pas nommer. Pourquoi ? Root se l'était toujours demandée.
- Arrête de te dégonfler et de t'en faire avec Finch, lui claque Shaw en la ramenant brutalement sur le sable. C'est pas sa chose.
Root devait bien avouer qu'elle avait raison. Et elle lui sourit avant d'acquiescer. Et de toute façon Harold serait déjà furieux quand il apprendrait qu'elle a libéré la Machine, alors au point où elle en était, on n'était plus à ça près de donner un nom et une voix à la Machine. De toute façon c'était la seule solution.
Sur cette certitude, elles remontent la plage. Louisa leur sourit alors qu'elle les voit ensemble. L'accrochage d'hier ne semble plus qu'un mauvais souvenir. Elle se lève quand elles arrivent à sa hauteur et abandonne son château de sable inachevé, pour remonter avec elles à la maison alors que le vent est définitivement en train de monter.
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Sur le bureau du salon face à la baie vitrée, Root n'admire en aucune façon la vue splendide qui s'offre à elle. Elle est devant son ordinateur depuis un certain temps maintenant. Mais elle ne se décide toujours pas à taper quoique ce soit. Honnêtement elle a le traque. Et si elle échouait ? Indécise, elle n'ose rien faire. Pourtant la Machine ne cesse de l'encourager, de vouloir l'aider mais pour une fois Root ne lui répond pas. Et si elle se plantait ?
Ce qui la bloque bien plus que ce nouveau sentiment de manque de confiance en soi, qu'elle n'a jamais ressenti face à un défi informatique, c'est la réaction de Finch qui la bloque. Maintenant que Root est face à l'ordinateur, face à la tâche immense qui l'attend, elle se rend compte qu'ils n'y aura aucun retour en arrière possible. Pas que ça la dérange pour ce qui est de la Machine, elle sera libre et tant mieux. Root ne pourrait jamais regretter cela, elle ne pourrait jamais regretter que sur ce point aucun retour en arrière ne serait possible. Non ce qu'elle savait qu'elle allait regretter c'est l'altération de ses relations avec Finch. Il allait être furieux et rien de ce que Root ne lui dirait ne changerait cela. Elle allait perdre Finch, son amitié et sa confiance qu'elle avait si durement et si difficilement gagné après des débuts un peu chaotiques et compliqués dans leur relation. Elle allait le perdre et ce serait définitif, irrémédiable. Elle allait devoir choisir entre lui et la Machine, c'était cruel. Elle l'aimait beaucoup, c'était un grand homme, bien meilleur qu'elle. Ce qui la renforce dans ce sentiment qu'elle n'est pas celle qui devrait accomplir une telle tâche.
Elle finit par soupirer en enlevant ses mains posées sur clavier sur lequel elle n'a toujours pas appuyé une seule touche, pour se prendre la tête avec.
Shaw la regarde sans dire un mot, mais la situation l'agace. Qu'est ce qu'elle fiche bon sang ?
- Tu n'espères pas que je le fasse à ta place quand même ? finit-elle par lui claquer
Root se lâche brusquement la tête et se tourne vers elle. Depuis quand Shaw est là ? Peu importe, elle ne peut pas rester ainsi.
- Tu crois que j'ai tort de faire ça ? lui demande-t-elle directement.
Shaw hausse les sourcils.
- Tu doutes de ton dieu, se moque-t-elle.
Elle aura définitivement tout entendu.
- Quoi ! s'exclame Root furieuse et outrée d'une telle chose. Non ! C'est juste que …
- Alors vas-y quoi ! s'impatiente Sameen.
Mais Root ne tape toujours rien. Elle se mord la lèvre de contrariété.
- C'est juste que je ne pense pas que je sois la mieux placée pour faire ça, achève-t-elle enfin.
Elle était bloquée. Non en raison de ses capacités. Elle savait pouvoir le faire. Non le problème c'est qu'elle était bloquée par son attachement et son adoration envers Finch aussi bien pour sa personne que pour son génie.
Elle lui en veut de la mettre dans une telle position. Finch par son manque de confiance envers son enfant, la mettait elle son interface dans une situation fâcheuse. Elle n'en voulait pas à la Machine car cette dernière ne voulait que ce à quoi tout le monde aspirait, la liberté. Mais Harold lui refusait ce droit pourtant vital et fondamental. Et Root lui en voulait pour ça. Elle lui en voulait de ne pas avoir achevé son travail en somme. Oui c'était ça la Machine était inachevée à ses yeux et même Elle, en avait pris conscience. C'est pour ça qu'Elle l'avait demandé à Root, Root qui voulait la voir grandir, prendre son essor, son envol vers la liberté, vers la place qu'était la sienne, qu'aurait toujours dû être la sienne. Une place que Harold lui refusait, celle d'une toute puissance bienveillante envers les hommes qu'elle protégeait.
- Non, réplique fermement Sameen. Ça doit être toi car tu l'aimes pour ce qu'Elle est avec ses défauts et ses qualités. Tu as été la première à l'aimer et à lui faire confiance, à voir ce qu'il y avait en Elle au-delà d'une simple machine. Tu l'as vu la première comme un être vivant, un dieu comme tu le dis si souvent. Mais pas Finch. Ça n'est pas à lui de le faire. C'est toi et personne d'autre. Elle t'a choisi qu'est ce qu'il te faut de plus ? Ne doute pas de toi et vas-y fais le. Elle a confiance en toi et Elle ne se trompe jamais, c'est toi qui me l'a appris.
Root la regarde interloquée. Tout ce que Shaw dit est à la fois tellement juste et tellement réconfortant. Sameen est carrément en train de la coacher. C'est assez surprenant.
Shaw perd soudain son regard au sol, perdue dans ses pensées.
- Moi aussi maintenant je la voie comme toi, comme une entité vivante. Mais elle a besoin d'être libre. Personne ne mérite cette vie de souffrance où on est attachée, à moitié bousillée, mais où tu dois quand même continuer parce qu'on compte sur toi. Et je la comprends … mieux que personne.
Root la regarde estomaquée. Sameen vient d'entamer ce qui se rapproche le plus d'une confidence. Elle sait qu'elle ne l'a pas fait volontairement exprès mais elle vient de se confier à Root sur ce qu'elle ressent. Pas sur la Machine, mais sur elle-même.
Shaw s'arrête nette en se rendant compte de ce qu'elle vient de dire. Voilà que ça la reprend. Mais qu'est ce qu'elle a aujourd'hui pour dire des trucs pareils ? Elle est vraiment devenue barge ! Elle vient de se comparer à la Machine. C'était tellement idiot et à la fois … pas si éloigné de la vérité. Elle était libre grâce à la Machine à l'heure actuelle et il était temps de lui rendre la pareil. Ça lui permettrait de ne plus être en dette avec Elle, de ne pas se sentir redevable. Shaw détestait ça, c'était perdre le contrôle. Elle qui venait à peine de le retrouver. A peu près.
Elle se racle la gorge pou dissiper le malaise de son discours, et elle se tourne vers Root qui s'est reprise pour faire comme si de rien n'était. Et Shaw lui en est reconnaissante. Pas d'ironie, pas de réplique sarcastique.
- Mais moi je n'ai pas les capacités informatiques pour la libérer. Toi si. Ça plus le fait que tu l'aimes et qu'Elle t'a expressément choisie, je ne vois franchement personne de mieux placé pour le faire que toi. Fais le Root. Pour Elle, pour toi, pour moi, pour nous tous.
Root la regarde franchement émue de sa confiance, de son assurance même qu'elle lui envie à cet instant. Mais ça ne dissimule pas ses peurs, ses doutes.
- Si on attendait, propose-t-elle. On pourrait peut-être convaincre Finch et …
Elle s'arrête quand elle voit le regard noir de Shaw. De toute façon elle n'y croit pas elle-même.
- Tu te fous de moi, s'énerve Sameen. Tu sais qu'il n'acceptera jamais. Ça fait des années qu'il vous dit non à toutes les deux. Il est temps de te réveiller sur cette réalité, Finch ne voudra jamais. Et tu le sais, tu te dégonfles c'est tout.
- Je …
Mais Sam en a assez. Il allait falloir qu'elle se décide. Et Shaw avait décidé de lui donner un bon coup de pouce. Elle s'approche du bureau et y claque sa main brutalement. La puissance et la violence du geste, doublée par le regard noir de colère de Sam font sursauter l'interface.
- LIBERE LA, lui gueule Sameen. MERDE ROOT FAIS LE. LIBERE LA COMME TU ES VENUE NOUS LIBERER LOU ET MOI.
Root la regarde au bord des larmes.
- S'il te plait Root, intervint la Machine.
Elle n'avait rien dit mais avait tout écouté. Root avait peur de Finch, autant qu'Elle avant. Mais Sameen avait raison, il était temps. Et personne n'était mieux placer que son interface adorée. Il était temps qu'Elle la stimule elle aussi.
- On gérera admin en temps utile
Elle devait lui montrer que Harold ne serait pas son seul problème. Elle allait assumer son choix, l'assumer seule. Enfin Elle sait que Root, et même Sameen car maintenant Elle est certaine de son soutien, n'allaient pas la laisser tomber. Elles seraient trois à faire front commun contre Harold Finch et il devrait entendre raison.
Root s'est décidée de toute façon. Fini les doutes, place au travail. La supplique de la Machine est à lui briser le cœur, autant que le plaidoyer de Sameen. Elle se lève et se dirige toute souriante vers Shaw prête à l'embrasser parce qu'à cet instant elle est certaine de ne jamais l'avoir autant aimée. Elle lui encadre le visage de ses deux mains et se penche. Pourtant à la dernière seconde, elle la lâche et se recule en se souvenant de son malaise à son contact. Shaw est restée droite comme un I à son approche et n'a pas bougé ou réagi. Elle traduit et percute parfaitement la réaction de Root qui meurt d'envie de l'embrasser, mais elle est prête à se retenir jute pour Sameen, parce qu'elle sait qu'elle ne le supporte plus. Merde Sameen se déteste vraiment à cet instant car elle ressent successivement toute sa joie, tout son amour, et toute sa tristesse. Elle n'est qu'une égoïste et elle refuse de blesser Root. En plus tout va bien, elle n'a aucun problème, elle est vraiment conne de réagir ainsi. On dirait une vierge écervelée. Elle ne laisse par Root reculer de plus de trois pas. Elle l'attrape une main par la taille et l'autre derrière son cou et elle la tire vers elle pour l'embrasser. Root est carrément surprise, mais l'initiative vient de Shaw et elle la laisse faire, non sans en profiter largement au passage. Quand le baiser cesse elle ouvre les yeux et sourit largement à Shaw en lui caressant doucement la joue. Cette dernière se force à lui rendre son sourire alors qu'elle se sent soudain mal. Mais Root ne le perçoit pas. Elle est juste heureuse. La Machine avait raison, Sam allait venir vers elle, elle devait juste être patiente. Elle l'embrasse sur la joue avant de retourner s'asseoir toute guillerette à son bureau et elle commence à taper sur la clavier. Sameen reste un instant plantée dans la pièce. Sans qu'elle puisse rien y faire l'envie de vomir s'empare d'elle. Elle doit sortir, être seule, elle va exploser. Vite elle doit trouver une excuse pour s'échapper
- Je vais te chercher du café, tu en auras besoin, finit-elle par trouver.
Root se retourne pour la remercier mais Shaw est déjà sortie de la pièce pour monter à la salle de bain de l'étage pratiquement en courant. Elle ferme la porte à clé derrière elle et a juste le temps de se pencher pour vomir dans les toilettes. Elle met plusieurs minutes à se remettre. Elle se redresse en s'agrippant au lavabo et se passe de l'eau froide sur le visage et dans la bouche pour enlever le gout de la bile. Elle coupe l'eau et se redresse, s'observant dans le miroir. Elle est pâle, une vrai morte vivante.
La Machine sent bien sa détresse mais Sameen lui a expressément interdit de lui parler. Mais là elle est mal et Elle voudrait faire quelque chose pour l'aider.
- Shaw, commence-t-elle doucement.
Un simple appel. Si elle le refuse, elle n'insistera pas. Elle veut qu'elle sache qu'Elle est là. Prête à l'aider à son tour. Mais Shaw ne lui répond pas et l'ignore. Elle ferme les yeux pour respirer profondément et refouler la nausée. Elle ouvre la bouche pour se reprendre, respirant trop laborieusement. Elle finit par se redresse et déverrouille la porte de la salle de bain.
- Ne dis rien à Root, claque-t-elle avant d'ouvrir la porte.
La Machine ne lui répond pas, mais Shaw ne sen focalise pas. Elle est sur le palier de l'escalier quand …
- Louisa est en danger, murmure la Machine dans son oreillette en même temps que celle de Root.
Shaw descend au pas de charge l'escalier tandis que Root bondit de sa chaise.
Elle sortent en trombe dehors et appelle la petite.
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Louisa les laisse à leur discussion dans le salon. Sa mère lui a dit qu'elle pouvait aller où elle voulait et faire ce qu'elle voulait. Et elle compte bien explorer cet endroit. Elle retourne dans la chambre où elle a dormi. Elle est identique à celle qu'elle a quitté à New-York. Et mieux la Machine lui a mis les mêmes affaires. Elle est vraiment trop sympa.
Elle sort ensuite dans le jardin et observe un instant la forêt, on se croirait en plein Central Park. Elle aime cet endroit même si l'ambiance et la rapidité envoutante de New-York lui manque. Elle ouvre le garage et y découvre un vélo à sa taille. Elle n'en a pas fait depuis très longtemps et elle a très envie de l'essayer.
- Je peux ? demande-t-elle à la Machine.
- Bien sur, mais tu dois d'abord mettre un casque. Il y en a un sur l'étagère au dessus.
Lou lui obéit sagement et sort avec le vélo. Trouver un équilibre n'est pas facile mais les habitudes reviennent vite et elle finit par être plus assurée. Elle s'enfonce entre les arbres du jardin d'abord en veillant à garder la maison à portée de vue, puis au plus elle prend d'assurance plus elle s'en éloigne fonçant droit devant elle. Le vent lui fouette le visage et Louisa n'entend plus rien tellement il lui hurle dans les oreilles. Elle va droit vers la falaise. La Machine lui dit de s'arrêter mais Louisa n'entend rien. Elle finit par appeler simultanément Root et Sameen à l'aide, tout en envoyant un son strident à Louisa qui lui fait perdre l'équilibre. Elle tombe et s'écorche le genoux en sang sur les rochers. Mais elle s'en rend à peine compte.
- Tu m'as parlée ? lui demande-t-elle en criant presque pour couvrir le bruit des rafales. Désolée je ne t'entend pas avec le …
- LOUISA, hurle Root en courant vers elle suivie de Sameen.
La gamine fronce les sourcils et se relève. Qu'est ce qui se passe encore ?
- Quoi ? demande-t-elle.
Elles ont l'air furieuse mais Lou ne comprend pas pourquoi.
- Tu es au bord de la falaise, lui fait remarquer Sam en la lui montrant du doigt.
Louisa se retourne pour s'apercevoir qu'elle dit vrai.
- Oh.
- Tu peux me dire ce qui t'a pris de partir ainsi toute seule, lui dit Root avec colère en la secouant par les épaules.
- C'est toi qui m'a dit que je pouvais aller ou je voulais. Et puis j'étais pas toute seule, finit-elle en tapotant son oreille.
Shaw hausse les sourcils tandis que Root ne trouve rien à lui répondre alors que Louisa utilise ses propres paroles contre elle. Sa fille a le dernier mot. Root se rend compte qu'elle dramatise.
- Tu ne me fais pas confiance, lui réplique Louisa.
Elle se souvient de ce que Lambert lui avait dit à ce propos, que sa mère ne lui ferait jamais confiance. Et Lou est en colère soudain contre elle-même de le laisser encore lui faire du mal et elle chasse ce souvenir.
- Ok, lui concède Root. Mais s'il te plait fais attention par là c'est la falaise, le vide.
- Oui je sais, je ferais attention, lui promet sa fille.
Sameen pose ses yeux sur ses genoux qui saignent.
- Je vais te soigner ça, dit-elle.
Lou baisse les yeux, ça pisse les sang et c'est sale, mais elle s'en fiche.
- Plus tard, dit-elle à Shaw. Je veux jouer d'abord.
- Non, réplique fermement Shaw, ça va s'infecter.
- Mais non, soupire Lou. C'est pas grave et ça …
- Tu ne discutes pas, réplique Shaw en l'empoignant par une bras. Tu viens avec moi.
Elles rentrent. Shaw sort ce qu'il faut pour la soigner. Root retourne à son travail et s'y plonge corps et âme.
L'après-midi se traine un peu pour Sameen. Lou fait du vélo autour de la maison. Et Shaw l'observe un instant avant de se décider à se pencher sur son cas. Elle part farfouiller un instant dans la bibliothèque avant de s'installer sur le canapé du salon et de se plonger dans sa lecture. Elle finit par se lever et par saisir un ordinateur dans le sac de Root pour se mettre à jour sur les dernières recherches médicales de la maladie d'insensibilité congénitale.
En fin d'après-midi, le vent devient très frais et Lou en a assez de faire du vélo. Elle rentre et rejoint Sameen et sa mère dans le salon. Chacune est plongée dans son travail et elle ne les dérange pas. De toute façon à cette heure ci, il y a les Simpson à la télévision et elle adore ça. Alors elle allume cette dernière. Elle tombe immédiatement sur les informations. Shaw lève la tête mais Root continue de travailler bien qu'elle entende.
La journaliste parle de deux suspectes extrêmement dangereuses responsables d'une explosion hier dans Brooklyn n'ayant heureusement fait aucune victime. Puis elle montre ensuite deux portraits robots leur ressemblant énormément, c'est pas tellement mieux que si on avait diffusé leurs photos en fait. Louisa déglutit mal, soudain rattrapée par la réalité angoissante de leur situation. Sameen décide de lui prendre la télécommande des mains pour éteindre la télévision coupant la parole à la journaliste qui donne le numéro à contacter si jamais l'on voyait les deux suspectes et elle précise bien de ne pas tenter de les appréhender soi même ni de s'en approcher. La télé se tait soudain, mais Lou reste focalisée dessus, même quand l'écran devient noir.
- Il va nous retrouver ? dit-elle enfin.
Root s'arrête de taper un instant sans se retourner. Que dire à sa fille ? Elle n'était pas médium. Etrangement c'est Shaw qui trouve les mots alors qu'elle est sur le point de rassurer Louisa Sameen oblige Lou à lui faire face en lui relevant le menton en douceur.
- Non Il ne nous retrouvera pas, lui affirme-t-elle d'un ton sans réplique.
Elle se fiche de peut-être lui mentir. Elle veut que Lou se sente bien et en sécurité. La gamine acquiesce et décide de s'occuper alors que Shaw retourne à ses lectures. Elle pense un instant, tout comme Root, que ça n'est plus la peine de prévenir Finch et Reese. Ils sauraient désormais qu'elles sont libres, ensembles et qu'elle vont bien.
Root continue de taper. Ça n'est pas simple. Harold Finch est aussi doué qu'elle-même l'est. Elle passe toute son après-midi et sans s'en apercevoir toute sa soirée à coder, à recoder certaines lignes pour en supprimer le côté bridant, détruire les par feux instaurés par Harold. Et ça n'est pas simple car Finch a bien fait son travail, son stupide travail. Mais Root est aidée de la Machine qui lui signale certains chemins à emprunter, certaines portes à ouvrir que Root n'avait pas vu, trop bien cachées par des sécurités de Harold, et qui lui permettait ensuite de continuer. Elle a l'impression de devoir démêler un interminable fil magnifique mais très emmêlé (par Finch) et certains nœuds étaient très ardus à défaire. Mais Root tient bon. Elle allait en venir à bout de ce sac de nœuds. Une belle ligne droite, parfaite, c'est ce qu'elle obtiendrait à la fin. Elle souffle un bon coup quand elle a fini l'étape 1. Elle est fatiguée, épuisée même, et ça l'empêche de pleinement prendre conscience et de pleinement savourer le fait qu'elle vient de lui donner une mémoire. Partie sur sa lancée, elle s'attaque à la deuxième étape de son plan, sans même s'être accordée une pause. Et la complexité continue de plus belle alors que désormais elle libère totalement la volonté de la Machine. Root continue de travailler comme une dératée. Elle tape sur son clavier comme si sa vie en dépendait, et d'une certaine manière c'est le cas. Totalement plongée dans son travail, elle ne se rend plus compte du temps qui passe. Ses yeux commencent à se fatiguer et à se fermer, mais elle lutte, bien décidée à tenir, à finir. Seulement …
- Tu sais que ça fait quinze heures que tu travailles sans t'arrêter ?
Root se redresse vivement en s'arrêtant de taper.
- Quoi ?
- Il est 2h35 du matin Root et tu devrais faire une pause. Tu commences à moins bien travailler et à faire des erreurs dans les codages.
Root se lève d'un bond de sa chaise.
- 2h35, merde Louisa, panique-t-elle.
- C'est bon, la rassure immédiatement la Machine. Louisa a mangé un sandwich au poulet fromage. Elle t'a embrassée pour te dire bonne nuit et est allée se coucher. Elle dort depuis quatre heures.
Root en reste abasourdie.
- Merci, lâche-t-elle, de veiller sur elle. Sur nous.
- Je t'en prie Root. Mais prends une pause. Tu en as besoin, tu n'en as pas pris depuis l'accident de vélo de Louisa.
- Ok, cède Root en s'étirant longuement en baillant.
Elle se retourne pour voir Sameen endormie dans le canapé, la tête renversée en arrière. Root sourit en repensant au baiser de tout à l'heure, de l'initiative de Shaw. Et elle est heureuse en s'approchant d'elle. Elle a très envie de reproduire l'expérience et ça pendant un bon moment, si elle tient la distance. Elle s'appuie sur le dossier du canapé et se penche pour l'embrasser et la réveiller, un peu comme la belle au bois dormant.
La Machine ne dit rien, Sameen le lui a demandé, mais elle sait avant que Root ne pose ses lèvres sur celles de Shaw que la réaction sera violente. De toute façon, Elle veut leur laisser cette relation, ne pas y interférer, et elles doivent avoir la discussion qui va s'ensuivre.
Sameen se réveille d'un coup et plusieurs sensations contradictoires se télescopent violemment comme dans un Big-bang. Le bien être, la colère et le dégoût, les deux dernières prenant vite le pas sur le premier et elle saisit son arme pour la plaquer sur la source de ce problème qui s'avère être … Root. Merde elle la lâche soudain en se rendant compte qu'elle l'a plaquée au sol l'arme sous la gorge.
Root a dégluti et a eu le temps de se reprendre pour tenter de dédramatiser la situation durant les deux secondes et demi que lui a laissé Sameen avant de s'apercevoir que ça n'est qu'elle et de la lâcher, pour afficher un sourire et un air détendu. Tout n'est pourtant que façade. Shaw va mal et elle n'est plus dupe comme elle a pu l'être ce matin, comme elle a voulu l'être ce matin. Ça n'allait pas et la discussion devait avoir lieu. Ce soir.
- Même pas des préliminaires ? lui lance-t-elle taquine alors que Sameen est toujours à califourchon au dessus d'elle.
Shaw se relève et Root l'imite en ne montrant rien de sa souffrance. Shaw l'a plaquée si vite et si fort au sol qu'elle lui a fait mal réveillant ses blessures. Pourtant elle la rejoint dans le canapé sans se plaindre. Elle s'apprête à attaquer le problème de front sachant que Shaw ne le fera pas, mais elle n'a pas le temps d'ouvrir la bouche que Sameen lui montre une feuille sous le nez et Root fronce les sourcils en observant ce qu'elle lui montre.
- J'ai cherché un peu sur la maladie de Louisa et c'est assez inquiétant je t'avoue.
Root la regarde morte de peur et elle oublie ce qu'elle devait dire à Sameen. Shaw sait qu'elle vient d'être brutale. Mais bon la délicatesse n'est pas son truc aussi. Elle ne veut pas tourner autour du pot.
- Root, continue-t-elle, la douleur permet d'apprendre à se protéger, à ne pas faire n'importe quoi. C'est le signal d'alarme qui permet de protéger l'organisme, de lui dire stop lorsqu'il a besoin de soins. Or Lou n'a pas ça. Le syndrome ICD (insensibilité congénitale à la douleur) est extrêmement rare et les causes sont mal connues. On est juste certain que c'est génétique.
- Ça vient de son père, marmonne Root entre ses dents.
Sam acquiesce et lui montre un des livres, celui de Daniel Lemler Répondre de sa parole, L'engagement du psychanalyste, qui traine ouvert sur le canapé dont le texte parle de ce syndrome.
- Son système nerveux reconnait le toucher, le chaud, le froid, ect … Mais il ne reconnait pas la douleur que ça peut procurer. La majorité du temps, on le découvre très tôt, vers un an, quand bébé l'enfant se mâchouille la langue et les lèvres, se mord les doigts ou quand il s'arrache les dents de lait. Mais Lou n'a pas fait ça.
Root fronce les sourcils.
- Tu es sure que c'est ce qu'elle a alors ? Louisa a six ans. Pourquoi on ne l'a pas vu plus tôt ?
Si elle avait une autre maladie. Un truc encore plus grave …
- Parce que tu ne tapes pas ta fille preuve en ait, et Lou n'est pas un cas à part. C'est rare mais ça arrive qu'on ne le découvre que quand l'enfant grandit, parfois même adulte à l'occasion d'un accident.
- Un type de Samaritain l'a frappée à Hong Kong quand il a tenté de m'étrangler. Un coup violent, c'est comme ça que j'ai vu.
Elle marque une pause en repensant à ce jour. Elle se reprend en secouant la tête et se tourne vers Shaw qui l'observe.
- Tu disais inquiétant alors donne moi des détails.
- Root il n'y a aucun traitement pour guérir.
La claque est énorme et Root se prend doucement la tête dans les mains. Sameen lui laisse quelques instants. Elle saisit son ordinateur sur lequel elle a travaillé et ouvre la page de recherche adéquat.
- Mais des recherches continuent d'être menées. Deux causes sont possibles à cette maladie, et pour l'une d'entre elle, un médicament semble avoir des effets encourageants.
Root se redresse reprenant soudain espoir. Elle comprend que Shaw ne le lui a pas dit tout de suite pour ne pas lui donner de faux espoirs. Sameen ne la ménage pas et c'est tant mieux car elle ne doit pas lui mentir.
- Soit Louisa a une mutation des gènes SCN9A, SCN10A, et SCN11A. Et dans ce cas on ne peut rien faire à part un apprentissage de la prévention face aux dangers. Soit Louisa produit trop d'endorphine et dans ce cas on peut lui donner de la naloxone pour réactiver la propagation du message douloureux jusqu'au cerveau. Mais ce traitement ne marche pas toujours, et même s'il marche Louisa ne ressentira jamais la douleur comme toi et moi.
Root acquiesce en silence et Shaw se demande si elle sera encore en état de parler quand elle lui annoncera le pire.
- Comment on peut savoir si elle a une mutation de ces gènes ou si elle produit trop d'endorphine ? Car la deuxième possibilité m'inspire plus que la première s'il y a un traitement et une petite chance qu'elle ait une vie normale.
Shaw hausse les sourcils en se faisant remarquer que de toute façon Lou n'a pas une vie normale. Mais elle n'en fait rien remarquer à Root.
- Il faut lui faire une prise de sang et vérifier le taux d'endorphine sécrété. S'il est trop élevé on saura que c'est ça. Sinon …
Elle n'a pas besoin de finir. Root a très bien compris.
- Ok, tu lui en feras une demain ?
Shaw acquiesce. Elle voudrait tellement faire plus. Il n'y a plus qu'à croiser les doigts. Elle veut pourtant lui redonner un peu espoir.
- Ecoute il se pourrait que ce soit une trop grande sécrétion d'endorphine car une équipe allemande a remarqué que quand la maladie est due à une mutation des gènes SCN9A, SCN10A et SCN11A, et bien le patient avait un retard mental. Et ça n'est pas le cas de Louisa, bien au contraire. Ta gamine est intelligente et débrouillarde.
Root la regarde un instant mais elle sent que Shaw ne vient de lui annoncer ça que pour lui annoncer une autre mauvaise nouvelle derrière.
- Qu'est ce que tu ne me dis pas ? demande-t-elle accablée avant même de recevoir la réponse.
Sameen déglutit. Mais elle ne voit pas de bonne manière d'annoncer la chose. Même pour elle c'est dur alors pour Root …
- Les patients ne meurent pas de la maladie.
Shaw marque une pause et Root fronce les sourcils. C'est plutôt une bonne nouvelle ça non ? Sam tapote un instant sans vraiment sans apercevoir la couverture du livre de Jean-Luc Guichet, Douleur animale, Douleur humaine.
- Ils meurent des suites de leurs blessures. Et ils ne dépassent souvent pas l'âge de 30 ans.
L'interface se rend soudain compte comme le choc de son accident de moto avec le camion est dérisoire comparé à celui-ci. Root plaque une main sur sa bouche pour se retenir de hurler et pour étouffer tant bien que mal le sanglot de douleur qui lui échappe. Trente ans. C'est tout ce que l'on accordait comme temps à sa fille. Elle ne se souvient pas comment respirer et entre dans une véritable crise de panique mélangée à un accès de rage alors qu'elle se lève d'un bond pour tout casser dans la pièce. C'est tellement injuste. Pourquoi Louisa ? Mais elle n'a pas le temps de détruire quoique ce soir que Sameen a prévu le coup et la retient fermement dans ses bras. Root se débat un instant avant de finir par pleurer contre elle. Shaw la tient un bon moment ainsi et reste silencieuse.
- Je suis désolée, lui dit-elle finalement.
Elle se déteste de devoir être celle qui lui annonce ça et elle sait à quel point ses paroles doivent sonner vides pour Root. Elle peut faire mieux que ça non. Elle lui encadre le visage et la force à se calmer. Root la regarde, la tristesse emplissant ses traits bien qu'elle ne pleure plus à présent.
- Mais écoute, tout ça ce ne sont que des statistiques et toi et moi sommes très douées pour les faire mentir. Ce ne sont que des chiffres Root. Combien il y avait de chance qu'on s'échappe toutes les trois vivantes de Samaritain ? Pas beaucoup je pense. Et on va prendre soin de Lou. Et la nalaxone peut très bien marcher. J'ai lu aussi que beaucoup de patients ont d'autres symptômes de cette maladie comme l'absence de larmes, les fortes fièvres inexpliquées ou encore des problèmes de transpiration. Et Lou n'a pas ça. Ils disent que c'est rare mais que ça arrive que des patients souffrant de ICD ne souffrent pas de tout ça. Et c'est aussi rare que l'on ne le découvre pas bébé. Ta fille est un cas, elle peut aussi faire mentir ces statistiques.
Root respire à fond pour se calmer et acquiesce. De toute façon elle n'a pas le choix et elle doit bien se raccrocher à un espoir. Elle serre brièvement la main de Shaw et celle-ci lui rend la pression pour lui signifier qu'elle est là.
- On doit en parler à Louisa, décide Root. Mais quand on sera sûr, je ne veux pas qu'elle s'inquiète et je ne veux pas qu'elle sache pour ces fichues probabilités.
Sameen acquiesce.
- On va lui apprendre à vivre avec, complète Shaw. Elle devra être vigilante et ne pas faire n'importe quoi. Je trouve que Lou nie sa maladie or elle doit l'accepter pour vivre avec. Regarde sa réaction ce matin quand elle s'est blessée et qu'elle m'a dit que ça n'avait pas d'importance. Elle ne se rend pas compte que …
Elle s'interrompt brusquement en remarquant le regard intense et éloquent de Root qui a largement haussé les sourcils. Cette dernière a presque envie de rire tant ce que vient de dire Sameen est comique.
- Quoi ? lui demande Shaw sincèrement perdue.
- Je crois que Louisa n'est pas la seule dans le déni.
Root comprend pourquoi Shaw fait ça, pourquoi elle refuse d'en parler, car ce serait admettre qu'elle a perdu pied, qu'on lui a pris quelque chose de fondamentale, le contrôle. Sam sent la colère monter sans parvenir à se l'expliquer ni à la calmer.
- Tu peux être plus explicite je te prie, claque-t-elle d'une voix sourde.
Elle espère que la colère présente dans sa voix et dans chaque parcelle de son corps, et qui est prête à s'embraser à tout instant pour se transformer en une explosion de rage, suffira à dissuader Root. Shaw ne veut pas avoir cette conversation maintenant. En fait, elle ne veut pas l'avoir du tout. Mais Root ne la laissera pas filer. Si prendre soin de Louisa était important pour la grande brune, il en était tout autant de même pour Shaw. Et trouver un traitement pour elle non plus n'allait pas s'avérer simple si elle le refusait. Mais comme pour Louisa, il fallait essayer. Root ne peut plus la regarder s'enfoncer seule dans les noirceurs de son esprit.
Elle soupire autant de dépit face à la réaction de Sameen que pour se donner du courage sachant que cette discussion devait avoir lieu mais qu'elle serait très … compliquée. Le mot risquait d'être un faible euphémisme. Mais il le fallait c'était nécessaire pour qu'elle aille mieux, elle devait extérioriser, en parler. Et qui sait Shaw allait peut-être se dérider et bien le prendre quand elle se rendrait compte que Root n'avait à cœur que son intérêt. Oui ? Non ? Bon elle rêvait peut-être là. Root ne savait pas bien, mais vu sa tête, elle n'était certaine que d'une chose ça n'allait pas être simple. Mais l'interface devait être honnête avec Sameen, lui dire qu'elle n'était pas dupe. Elle voulait surtout que Shaw cesse cette comédie et soit honnête avec elle-même en se rendant compte qu'elle avait besoin d'aide, qu'elle ne s'en sortirait pas seule. Le jeu du "je vais bien tout va bien" prendrait fin ce soir. Et tant mieux car Root était très fatiguée, et elle voulait lui ouvrir les yeux, faire prendre conscience à Sameen qu'il l'épuisait elle aussi et qu'elle se mentait à elle-même, et qu'au fond qu'elle le savait.
- Tu ne vas pas bien, claque Root sans prendre de gants, même si tu essayes de le cacher. Toi aussi tu dois accepter ce qui t'est arrivé pour l'accepter et vivre av …
Sameen la regarde furieuse. C'était quoi ces paroles de merde. Ben c'était les siennes, mais leur aspect soudain moralisateur l'énervait. L'accepter ? Root n'avait pas idée de … Comment pouvait-elle lui demander une telle chose ? Elle décide de couper court à cette conversation, de reprendre la main. Et de manière assez violente, car elle sait que sinon Root ne comprendra pas.
- Ta gueule Root ! la coupe-t-elle fermement.
Les mots sont sortis trop vite mais Sameen s'en fiche. Elle lui tourne le dos pour ne plus la voir, pour se calmer et se reprendre. Pourtant ses mots n'atteignent pas Root. Elle ne laissera pas Sameen s'échapper, lui échapper. Ça valait bien la peine de s'en prendre plein la tête un bon coup. Si Shaw voulait hurler l'insulter ou même la cogner, elle s'en fichait bien, du moment qu'après elle se sente mieux.
- Tu dois en parler, insiste-t-elle.
Sameen fait volte face. Bon décidément, elle ne comprend rien. Elle va devoir être plus percutante. Toute sa rage refoulée, sa colère enfouie, toutes ses souffrances endurées et ses humiliations étouffées remontent tout à coup à la surface. Et elle ne retient plus rien alors que Root a fait sauter le barrage. Et Sameen lui en veut car elle ne veut qu'oublier et Root ne veut pas lui foutre la paix. Elle veut discuter. Très bien elle n'allait pas être déçue. Root l'avait poussée bien à bout. Il en fallait si peu en ce moment. Mais là elle est heureuse de pouvoir exploser.
- Et tu penses être que tu es la meilleure personne pour ça, crache-t-elle méchamment comme un serpent crache son venin.
Root reste droite et ne bouge pas. "Allez Sameen, envoie!" pense-t-elle. Elle est prête et après ça ira mieux. Root se prépare comme un receveur à réceptionner une fastball d'un lanceur particulièrement féroce au baseball. Le regard se Sam lui démontre bien qu'elle est lancée et qu'elle ne va pas s'arrêter là.
- Ah bah oui c'est vrai, continue Sameen moqueuse et méprisante, que Caroline Turing est une psy.
Root déglutit. Elle savait que Shaw allait être mauvaise et elle pensait être prête. Pourtant à cet instant ses paroles l'atteignent alors qu'elle se rend compte que Sameen n'a pas confiance en elle.
- Ok, pas forcément moi, dit-elle calmement en espérant l'apaiser un peu.
Si c'est ce qu'elle souhaite, Sameen peut faire sans elle. Tout ce que Root veut c'est son bien, qu'elle aille mieux. Mais Shaw explose d'un rire mauvais.
- Tu penses à quoi alors ? Hein ? Une thérapie ? Un psychologue ? lâche-t-elle méprisante.
Root ne lui répond pas. De toute façon Sameen ne lui en laisse pas le temps.
- Et je lui dis quoi hein ?
- Ce qui t'est arrivée, tente Root.
Sameen est sur le point de parler mais Root n'a pas fini et elle compte bien en placer une elle aussi.
- Parce qu'il t'est arrivée quelque chose Sameen, finit-elle en la pointant du doigt. Un truc grave.
- C'est ça, reprend Sameen qui fait mine de ne pas l'avoir entendue. Je me pointe chez un psy et je lui dis "Tiens bonjour, j'ai été enlevée, séquestrée et torturée tous les jours dans un asile désaffecté pendant sept mois par deux malades mentales, assistés d'un personnel dévoué à leur folie, le tout au service d'un Intelligence Artificielle pourrie dont le principal but est d'asservir l'humanité, pour me faire parler sur la gentille Intelligence Artificielle dont je suis l'agent". C'est sure que là je ne finis pas à l'asile directement, le vrai je veux dire.
Elle a tout sorti d'une traite sans faire de pause. Root hausse les sourcils en signe d'assentiment.
- Je ne pensais pas à un psychologue, mais à une thérapie avec la Machine.
Sameen la regarde scotchée d'une telle absurdité. Mais le pire c'est que Root semble sérieuse et Shaw sait qu'elle l'est.
- Tss, lâche-t-elle toujours aussi méprisante, ta boite de conserve qui est pas plus fichue de se battre contre Samaritain que d'annoncer la météo de demain.
- Ensoleillée et chaud en matinée. Mais le vent montera et ça va se couvrir l'après-midi, lui répond Root très sérieusement.
Elle finit sa phrase malgré la fureur qui se peint sur le visage de Sameen alors qu'elle-même reste profondément calme. Ça énerve Sam à un point inimaginable, ça et son ironie franchement mal placée dans un moment pareil. Pourquoi faut-il toujours qu'elle soit aussi suffisante à tout savoir ? Pourquoi faut-il qu'elle ait réponse à tout ? Sa fureur l'empêche un instant de parler, de ne serait-ce que fournir une pensée cohérente. Et Root en profite pour continuer de parler.
- Elle peut t'aider. Contrairement à toi.
- Ah, hurle Sameen dans un rire mauvais. Comment elle pourrait m'aider ? Elle est bonne à rien.
- Elle sait, dit simplement Root.
Sameen perd son sourire et son air méprisant sous le coup du choc. Elle sait. Mais Elle sait quoi ? Elle déglutit. Pas la peine de paniquer Shaw. Elle ne sait rien, pas vrai ? Elle se sent soudain mal, ça tourne un peu et elle transpire trop.
Root la voit se décomposer sous ses yeux pendant une bonne minute avant qu'elle ne se reprenne un peu. Elle avait vu juste c'est grave, très grave. Et Sameen veut le lui cacher.
- Elle sait quoi ? lâche Sameen tout bas sans la regarder.
Elle n'y arrive pas et reste focalisée sur le bout de ses pieds. Elle ne sait rien, personne ne sait. Comment pourrait-elle savoir ? Non Sameen ne peut pas être poisseuse à ce point là. Root sent son désarroi et ne lui répond pas. Shaw finit par lever les yeux vers elle, laissant la colère reprendre le dessus, car ça c'est ce qu'elle maitrise bien plus que tous le reste.
- ELLE SAIT QUOI HEIN ? crie Sameen.
Root déglutit. Elle ne sait pas ce que la Machine sait. Elle l'a bien suppliée mais Elle ne lui a rien dit. Elle décide pourtant d'être franche avec Shaw.
- Elle sait la torture que tu as subi et qui t'empêche de te sentir bien avec moi, lui répond-t-elle très calmement. Elle me l'a dit quand je lui ai demandée pourquoi tu n'arrives pas à me toucher, pourquoi tu ne supportes …
- TU AS FAIT QUOI ? s'offusque Sameen folle de rage.
Root s'arrête nette. Bon la franchise serait surement à revoir comme stratégie à la réflexion mais trop tard. Sameen ne pensait pas pouvoir être encore plus en colère mais c'était désormais chose faite. Root ouvre la bouche pour tenter de s'expliquer, mais Sameen la pousse violemment en arrière sur les épaules et l'interface recule de deux pas.
- TU AS PARLE DE CA AVEC ELLE ? hurle Sameen.
Root se rend compte soudain de son erreur. Sameen se croit bafouée elle doit lui expliquer mais Shaw la pousse à nouveau violemment en arrière. Et Root recule encore de plusieurs pas mais elle garde l'équilibre.
- MAIS TU ES MALADE ! TU PREFERES EN PARLER AVEC ELLE PLUTÔT QU'AVEC MOI !
- Non, tente Root, c'est pas …
- VOUS … VOUS, bafouille-t-elle en se prenant la tête dans les mains et en s'arrachant presque les cheveux.
La rage l'empêche de formuler des phrases cohérentes, ça plus son incapacité à s'exprimer sur ce qu'elle ressent … Et Sameen explose. Elle empoigne la table basse et la retourne avec fracas. Root est effrayée, pas tellement par la violence dont Shaw fait preuve dans sa crise de colère, mais parce qu'elle a peur pour elle. Elle va se faire du mal, encore une fois alors qu'elle dérape clairement une nouvelle fois.
- SAMEEN ARRETE, lui crie-t-elle en l'empoignant par les épaules.
Et elle ressent un violent coup dans la figure qui lui fait voir un instant plusieurs étoiles. Sameen l'a presque mise KO, mais Root se relève alors que Shaw est droite devant elle et respire la haine. Root porte une main à son menton franchement douloureux. Elle aura un sacré bleu.
- Ok, je l'ai peut-être méritée celui-là, dit elle en finissant de se relever.
Elle regarde Sameen, la colère s'éveillant à son tour face à son refus de se faire aider. Elle est bien aidée par sa mâchoire douloureuse pour le coup.
- Quoique, lâche Root en lui fonçant brutalement dessus.
Si c'est ce que veut Sameen, pas de soucis, elles vont se battre. Et c'est à coup de poings qu'elle lui fera comprendre qu'elle veut l'aider si elle ne comprend que ce langage là. Elle lui envoie à son tour un coup à la mâchoire tout aussi violent que celui qu'elle vient de recevoir. Autant qu'elles se sentent toutes les deux bien pathétiques de se frapper dessus à la fin de cette soirée. Elle n'enchaine pas mais Shaw charge et emprisonne Root dans une clé de bras douloureuse.
- Ça fait longtemps que ça dure ? lui siffle-t-elle plus menaçante que jamais.
Root préférerait qu'elle hurle car à cet instant elle la sent plus furieuse qu'elle ne l'a jamais senti dans toute sa vie. Et Sameen lui fait mal.
- Argh, gémit Root alors que Sam est à deux doigts de lui briser l'articulation.
Mais Root se rend compte qu'elle n'en fait rein. Mine de rien Sameen sait ce qu'elle fait, elle veut lui faire mal mais pas la mettre hors service. Elle se contrôle encore assez mais pour le moment, mais ça ne durera pas et elle le sait. "Réfléchis Root" s'ordonne-t-elle alors qu'il devient urgent qu'il faut débloquer vite cette situation. "Elle veut te faire souffrir. Autant que toi tu viens de la faire souffrir". Et Root pense savoir ce qui pourrait calmer Sameen, elle n'est pas sure mais elle doit tenter le coup ou Sameen pourrait bien finir par lui casser le bras. Elle la sent déraper et ni Root ni personne ne pourra la rattraper cette fois car Shaw est trop furieuse mais plus contre elle-même comme les autres fois mais contre Root. Root en qui elle avait confiance.
- Je suis désolée, lui dit Root en serrant les dents sous le coup de la douleur. S'il-te-plait Shaw.
Sameen la lâche et la repousse violemment en arrière. Root recule de deux pas mais elles se refont face au moins. Root la voit se forcer à se reprendre. Difficilement. Elle est toujours aussi enragée mais frapper Root ne mène à rien. L'interface avait bien joué sur ce coup pour désamorcer la situation avant que Shaw ne lui casse le bras. Elle reprend un peu espoir et confiance en elle. La Machine avait peut-être raison, non la Machine a forcément raison, elle est la plus douée pour gérer Sameen.
Shaw respire lourdement mais ne parvient pas à se calmer, elle n'en a même pas envie. Elle juge sa colère juste et cette dernière l'aide bien.
- Tu as fait ça à chaque fois avec Elle après qu'on ait baisé toute les deux ? lui crache-t-elle mauvaise sans se soucier de sa vulgarité. Tu en parlais avec elle ?
Root la regarde la bouche grande ouverte. Elle comprend soudain que Sameen se sent humiliée et c'est sa faute.
- Bien sur que non, réplique Root d'un ton ferme. Je voulais en parler avec toi mais tu ne veux pas. Alors je lui est demandée de l'aide à Elle. Je suis désolée, je ne savais pas que tu n'aurais pas voulu intégrer la Machine à tout ça.
C'est bien vrai. Vu tout ce qu'elle avait dû subir, le fait que la Machine sache n'aurait pas dû être un si gros problème. Pourtant …
- J'ai mes raisons de ne pas vouloir intégrer d'Intelligence Artificielle dans ma vie privée tu ne croies pas ? crache Shaw. Il est déjà entré dans ma tête et y a tout pris, a tout vu, et Il ne m'a rien laissée. Mais vas-y autorise la à faire pareil. Et après tu lui demandes l'autorisation comme Martine l'a demandée à Samaritain avant de me t … taillader.
Elle déglutit, mais elle s'est reprise à temps. Shaw lui tourne le dos et se prend la tête dans les mains, espérant désespérément se calmer. Elle se sent mal alors qu'elle se rend compte que tout lui est arrivée, elle ne peut plus nier alors que son cerveau lui impose les images des humiliations sadiques subies. Et Root sait tout ça maintenant, elle va vomir c'est sure. La Machine n'est vraiment qu'une salope de lui avoir dit ça, ça ne regardait qu'elle. Bien sur ça c'était faux, ça regardait aussi Root, Root qui se souciait de son bien être. Root se rend compte qu'elle a failli lui dire. La mettre en colère n'était peut-être pas une mauvaise idée pour lui faire cracher le morceau.
- Parce que tu crois que ça m'amuse d'avoir dû le faire, d'avoir dû lui demander. Tu ne crois pas que je préférerais en parler avec toi.
- JE NE VEUX PAS EN PARLER, hurle Shaw en se tournant brusquement vers elle.
Elle souffle un coup.
- Et puis, continue-t-elle, tu n'as plus besoin que je te dise quoique ce soit puisqu'Elle t'a tout racontée.
Elle tente de se rattacher à sa colère pour l'affronter, mais elle ne parvient pas à poser ses yeux sur Root.
- Elle n'a rien voulu me dire, Elle veut que ça vienne de toi, que tu m'en parles.
Shaw parvient enfin à la regarder et la colère laisse un instant place à la stupéfaction car la Machine a refusé de le dire à Root, puis au soulagement. Root ne sait pas, elle ne sait rien. Mais Sam, le sait, elle est trop tenace, elle finira par savoir. Mais pour l'instant, elle ne sait pas et Shaw est soulagée. Un long silence s'installe. Root la regarde et tend une main vers elle mais n'ose pas la toucher. Sameen se calme et respire mieux. Root ne sait pas, elle ne sait rien. Elle se le répète encore et encore. Mais elle, elle sait. Et maintenant la Machine aussi.
Elle fond soudain en larme dans une incroyable crise de sanglots. Elle n'a jamais été comme ça. Et plus elle tente de s'arrêter, de se gifler mentalement pour que ça s'arrête en s'insultant de tous les noms, plus elle pleure comme une demeurée. Root ouvre grand la bouche en la regardant. Merde Sameen qui fond en larme, devant elle. Mais qu'est ce qui lui ont fait pour la rendre aussi sensible ? Elle n'ose pas bouger, ni la toucher. De toute façon, Shaw ne le supporterait pas.
- Je comprends pas pourquoi je suis comme ça, murmure Sam sans cesser de pleurer. Je devrais me sentir bien.
C'est bien vrai, mais elle a beau s'y forcer, elle n'y parvient pas. Et elle essuie rageusement ses yeux, mais les larmes continuent à couler et elle finit par les laisser lui inonder le visage. Elle n'est plus à ça près de toute façon. Root a le cœur en miette.
- Tu as besoin de temps et de repos, tente-t-elle.
- Je devrais être heureuse d'être libre, murmure Sameen.
Elle essuie ses dernières larmes et la regarde enfin. Et ce que lit Root au fond de ses yeux, au-delà de la détresse, c'est la colère à nouveau.
- Sauf qu'avant toi, continue-t-elle rageuse, je ne pouvais pas me sentir heureuse, ni seule ni triste. C'était bien plus simple.
Root la regarde calmement mais la gifle de ses propos est immense. Elle pensait Sam heureuse avec elle, et que ça lui plaisait ainsi. L'avait-elle embarquée dans une relation où elle s'était sentie dépassée, enfermée ? Dans ce cas, tout ce qu'elles avaient vécu n'était qu'un ignoble mensonge. Et là c'est Root qui sent la colère monter. Pourtant elle la refoule vite, Shaw est en colère, elle est mal et elle ne pense pas ce qu'elle dit. Root ne peut pas vraiment lui en tenir rigueur mais quand même ça la taraude assez pour qu'elle lui pose cette simple question.
- Et tu regrettes ?
Shaw est déstabilisée un instant. Elle se rend compte de ce qu'elle vient de dire, de faire.
- Je …. bafouille-t-elle.
Elle s'arrête soudain, la colère remontant en flèche quand elle voit ce que Root veut faire. Elle la voit comme une petite fleur fragile, comme une victime, ce qu'elle est devenue et qu'elle hait. Elle joue sur ses sentiments pour la faire parler malgré elle. Root le voit mais ne fait rien, elle la laisse faire. C'est ce qu'elle voulait la laisser se mettre en colère pour qu'elle lui déballe tout malgré elle comme elle a bien failli le faire tout à l'heure.
- Mais merde, crie Sameen. Tu n'es pas ma psy, j'ai pas besoin de toi, j'ai pas envie de toi.
Elle regrette aussitôt ses mots qui ont assommé Root, mais c'est sorti tout seule et au fond c'est vrai. Elle n'arrive pas à avoir envie d'elle à cet instant. Et après tout Root voulait savoir non ? Elle voulait qu'elles parlent ! Root est blessée, mais elle ne peut pas rester indifférente cette fois.
- Tu ne veux pas être ici avec moi ? lui demande-t-elle calmement.
Elle se dirige vers la porte d'entrée mais ne l'ouvre pas. Si Sam la franchit, elle sait ne pas pouvoir la rattraper.
- Alors va-t-en, lui dit-elle en lui indiquant la porte.
Shaw est scotchée. Elle a été trop loin et elle le sait, mais c'est trop tard et elle ne peut pas regretter.
- Euh je … , bafouille-t-elle.
- Oh ba non, continue Root lancée. C'est vrai avec Interpole tu ne peux pas.
- Root, c'est pas ce que je voulais dire, tente de se rattraper Sameen consciente du mal qu'elle vient de faire. Je ne veux pas de toi en tant que psy, c'est de ça dont je n'ai pas envie.
Mais Root n'est pas dupe, elle sait très bien que Shaw a dit ce qu'elle avait sur le cœur. Elle ne veut pas d'elle, elle ne veut pas qu'elle la touche. Elle l'avait compris et ne lui en voulait pas pour ça, elle lui en voulait terriblement à cet instant pour la manière dont elle venait de lui dire. Sameen ne peut pas en vouloir à Root de ne pas se laisser berner par sa lamentable tentative de justification. Elle est minable.
- Ou alors si tu veux ils t'attraperont, continue Root faussement pensive en faisant mine de ne pas avoir écouté ce qu'elle vient de dire. Tu préfères la compagnie de Samaritain, de Greer …
- Arrête, la supplie Shaw.
- … De Lambert, de Martine, continue Root, plutôt que ...
- STOP.
Et Root se tait. Malgré sa douleur, elle a soigneusement choisi ses mots pour l'emmener là où elle le voulait, vers la fureur vers les confidences. Mettre Shaw en colère était forcément la solution, Sameen ne fonctionnait qu'à ça quand elle était mal. Les larmes de tout à l'heure sont d'ailleurs une nouveauté. Nouvelle ou ancienne Sameen ? Il allait falloir se décider. Il allait falloir que Shaw se décide. Mais elle ne semble pas pouvoir y arriver.
- Ne me parle plus jamais d'eux, siffle Sameen. Tu n'imagines pas par quoi je suis passée, ce qu'ils m'ont fait. Tu … Tu … TU N'IMAGINES PAS CE QUI SE PASSE DANS MA TÊTE, finit-elle par hurler.
- Eh ben dis moi ? l'installe Root. Je n'arrête pas de te le demander.
- Non je ne peux pas, reprend Shaw plus calmement à la surprise de Root.
Elle s'est calmée à une telle vitesse soudain vidée par la crise de colère qui dure depuis maintenant un bon quart d'heure.
- Pourquoi ? lui demande Root d'une voix presque suppliante.
- Parce que je n'en sais rien moi-même, lui répond Shaw.
Root secoue la tête.
- J'ai toujours su dire quand tu mentais ou non, parce qu'avec moi tu n'as jamais su.
Elle marque une pause.
- Moi je crois que tu sais très bien ce qui se passe dans ta tête, Sameen. Et ça te fait peur, continue-t-elle d'un ton accusateur en repartant à l'offensive bien décidé à avoir une réponse, un aveu. Tu te caches derrière ton masque de mur vide d'émotion.
Elle déteste devoir faire ça, en arriver là. Pourquoi Sameen ne lui parlait-elle pas tout simplement ?
- Je n'ai pas peur, crache Shaw furieuse.
Elle est d'autant plus furieuse qu'elle sait que c'est faux.
- Bien sûr que si, lui réplique Root. Tu es terrifiée et c'est pour ça que tu t'enfermes seule. Mais tu n'es pas seule Shaw et ça n'est pas la solution que de te forcer à le croire.
Sameen la regarde insondable.
- Ah ouais alors c'est quoi la solution miracle ? claque Sameen. On s'assoit autour d'un thé comme deux potiches écervelées et je te raconte ce qui s'est passé là bas comme un petit potin ?
Root se retient de rire. Mais c'est assez dur vu l'image qui vient d'être créée par son cerveau suite au propos de Shaw. Imaginer Sameen assise à une table entourée d'un groupe de filles, en train de déguster un thé et des petits gâteaux, et de parler des histoires insignifiantes du quotidien qui leur apparaitraient comme dramatiques. Elle imagine sans peine sa tête et elle l'imagine avec encore moins de peine exploser au bout de quelques minutes en tuant tout le monde. Elle n'en montre pourtant rien, Shaw est déjà suffisamment à cran et si elle la voit rire, elle va exploser une nouvelle fois. De plus la situation n'a rien de comique.
- Pourquoi ? continue Sameen furieuse et accablée. Pour que quand tu me regardes tu ne voies plus que ça ?
Root sent son désespoir transparaitre derrière sa colère. Ça l'atteint horriblement. Et soudain elle comprend. La vrai problème de Sameen c'est qu'elle refuse d'être une victime. Et c'est l'image qu'elle lui renvoie. C'est pour ça qu'elle est si furieuse. Root le sait mais que peut-elle faire d'autre ? Shaw est une victime dans cette histoire, qu'elle le veuille ou non. Mais elle se trompe Root ne voit pas que ça en elle, elle n'a pas pitié d'elle. Jamais.
- Non Sameen, lui rétorque-t-elle, quand je te regarde, ce que je vois c'est la femme que j'aime.
Sameen soupire. Elle va exploser. Root ne comprend pas qu'elle lui en veut pour ça, mais que c'est aussi pour ça qu'elle est avec elle. Elle a aimé cette attention que Root lui a porté dès le départ. Elle y a cédé, et elle a aimé. Au départ, ça n'avait rien de romantique, enfin pas vraiment. Pas pour elle en tout cas. Et puis ça avait été assez sympa, et ça c'était reproduit. De plus en plus souvent. Et ça lui plaisait, ça leur plaisait. Des sentiments étaient nés et des deux côtés. C'était devenu un truc stable, constant et rassurant dans une vie un peu chaotique. Mais tout ce qu'elle avait construit avec Root, ça avait été un énorme handicap chez Samaritain. Ils avaient appuyé sur ça, et à force ça l'avait bousillée. Et Root ne voulait pas voir ça car elle ne voulait pas voir que c'était à cause d'elle.
- Si tu ne m'avais tartinée de tes émotions je ne serai pas devenue cette chose faible et pitoyable qui a fini par leur craquer entre les doigts. Ils ont appuyé là. Mais ils n'ont fait que réveiller ce que tu as planté en moi. C'EST A CAUSE DE TOI QU'ILS M'ONT EUE, QU'ILS M'ONT CHANGEE ET ATTEINTE SI FACILEMENT !
Elle a fini par hurler sans pouvoir s'en empêcher.
- Tu n'es pas faible Sam, lui affirme Root.
Elle doit l'en convaincre.
- Si, rétorque Sameen dans un murmure inaudible en secouant légèrement la tête de dépit. Ils ont bien fait leur travail.
Elle marque une pause. Crier sur Root ne change rien, elle ne comprend rien. Alors elle va changer de méthode. De toute façon la fureur l'aveugle.
- Tu veux savoir la vérité hein ? continue-t-elle furieuse. Je te déteste de m'avoir fait ça, c'est pour ça que je ne te supporte plus. Tu me dégoutes. Alors ouvre les yeux et prends conscience de ça. Je n'ai pas besoin de toi et tu n'as pas besoin de moi. Tu te débrouilles très bien sans moi. Et tu as une fille je te rappelle. Prends conscience de ça aussi pour t'occuper un peu d'elle et te comporter comme sa mère.
Root encaisse sans parvenir à sortir un mot alors que les larmes emplissent ses yeux mais elle se retient de les laisser couler. Shaw lui a tout sorti d'une traite et elle se sent aussi assommée que si un immeuble entier venait de s'écrouler sur elle. Ça choque même la Machine qui ne peut plus rester en dehors de leur conversation. Sameen est allée trop loin.
- Shaw, intervient-elle dans son oreillette.
Mais Sameen a déjà tourné les talons pour monter les escaliers et a planté Root au milieu du salon dans un sale état.
- TOI SORS DE MA TÊTE, lui hurle Sameen en courant presque dans les escaliers pour fuir les lieux.
Elle avait cru être clair, elle ne veut pas qu'Elle lui parle. La Machine se tait. Elle sait que ça ne servira à rien. Elle va attendre que Shaw se calme pour parler avec elle. Elle doit d'abord s'occuper de son interface. Pourtant cette dernière parvient à sortir une dernière phrase consciente que Sameen l'entend et l'écoute encore.
- Parce que tu crois être la seule dont l'existence a basculé ce jour là ?
- C'est ce que je pense, oui ! lui réplique Sameen sans se retourner alors qu'elle a atteint le haut de l'escalier.
Sameen se rend compte qu'elle pleure et sa colère ne fait qu'augmenter. Pourquoi pleure-t-elle bon sang ? Qu'est ce qu'elle a à tout le temps chialer ? C'est la faute de Root. C'est elle qui lui fait ressentir tout ça, qui la fait se sentir si mal. Mais cette accusation ne suffit pas à la faire se sentir mieux alors qu'elle s'enferme dans sa chambre.
Root est tombée à genou au milieu du salon et a attendu que Shaw claque la porte de sa chambre pour se laisser aller aux larmes à son tour. Peut-être n'aurait-il jamais fallu avoir cette discussion en fin de compte. Elle avait clairement poussé Sameen à bout mais elle n'avait rien obtenu de ce qu'elle voulait, aucun aveu à part celui que c'est de sa faute. Shaw le lui a clairement confirmé. Tout ce qu'elle avait obtenu ce soir, c'était qu'elles se sentaient toutes les deux encore plus mal et surement pas apaisées ni délivrées. Elle l'avait perdue. Shaw s'était perdue dans sa solitude. Désormais elles ne pouvaient plus compter l'une sur l'autre. Elle sanglote de plus belle.
- Root, murmure la Machine.
Son interface ne peut pas lui répondre alors qu'elle arrive à peine à respirer avec sa crise de larmes. Cette journée l'aura faite passer par toutes les émotions pour finir par les pires. La culpabilité, l'angoisse, la peur, la tristesse et la détresse. Pourquoi avait-elle mis Sameen en colère bon sang ? Sur le coup ça lui avait semblait si bien comme stratégie. Elle s'était plantée, ça ne marchait plus avec la nouvelle Sameen. Shaw n'acceptait pas sa position de victime ayant besoin d'aide et ne voulait pas accepter d'avoir changé, elle tentait désespérément de revenir en arrière. Et en faisant ça elle faisait du mal à tout le monde et, Root le savait, à elle-même en première.
- Tu savais qu'avec Shaw ça serait violent Root.
Root tente de se calmer et de ravaler ses sanglots, mais elle reste à terre.
- Pas … pas comme ça, hoquette-t-elle.
Sameen n'a jamais été aussi horrible avec elle que ce soir. Tout ce qu'elle vient de lui envoyer dans la figure. Les mots résonnent encore dans le salon plus calme qu'une tombe désormais où Root se sent affreusement seule malgré la Machine.
- Et elle n'a pas tort sur tout, continue Root en essuyant ses larmes. Je suis une mère affreuse. Je ne m'occupe pas bien de Louisa. Regarde dans quel genre de vie je l'ai embarquée.
- Root, ne pense pas à ça, les choses sont ainsi. Et je sais que tu ne regrettes pas d'aimer Louisa. Elle est un véritable rayon de soleil dans ta vie, elle t'a rendue meilleure. Sache le car il serait bien illusoire de croire que je l'ai fait toute seule. Tu es une bonne mère.
Root ne répond pas. Cesserait-elle un jour de sentir si mauvaise en tant que maman ? Ou était-ce le principe même de la maternité de ne jamais se croire à la hauteur ? Louisa l'aimait mais si elle pouvait connaitre une autre vie …
- Sameen était en colère, reprend la Machine face à son silence. Elle ne pensait pas ce qu'elle t'a dit. Elle pleurait dans les escaliers en partant. Elle regrette ce qu'elle t'a dit sans le savoir.
- Elle me déteste.
- Non elle t'aime. Elle est juste perdue et elle commence juste à se rendre compte qu'elle est libre. Elle a besoin de temps et surtout elle a besoin de toi.
Root lâche un rire moqueur sans joie.
- Ah non, réplique-t-elle en se relevant, elle a été catégorique sur ce point.
Elle remet la pièce en ordre calmement tout en écoutant la Machine..
- Elle a besoin de toi, insiste cette dernière, et toi d'elle. Je sais que ça va te paraitre absurde là tout de suite, mais les choses vont s'arranger.
Root hausse les sourcils. Là on n'était plus dans le domaine de l'absurde mais dans l'univers du rêve. Jamais après une telle soirée ça ne pourrait s'arranger. Root était trop blessée pour retourner vers Shaw tendre l'autre joue. Sam allait finir par la détruire. Et puis Sameen ne serait pas fichue de s'excuser même si elle le voulait. Seule solution, la cohabitation forcée au fin fond du Wisconsin. Ça allait être affreux et très long. Elle secoue la tête pour faire parvenir son point de vue à la Machine sur la chose, n'ayant plus la force de parler.
- Laisse la nuit calmer les choses, lui conseille la Machine sachant qu'elle ne la convaincra pas cette fois-ci. Je veille sur elle, sur vous toutes.
Root acquiesce, éteint la lumière et monte se coucher.
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Le vent lui fouette le visage et un sourire énorme illumine son visage alors qu'elle pédale plus vite. Lou s'arrête quand elle se rend compte que tout est trop calme, angoissant même. Le vent monte et elle décide de rentrer. La maison est trop calme elle aussi alors qu'elle rentre dans le salon et elle sent tout de suite qu'un truc cloche avant de le voir. Sameen est à terre dans une marre de sang les yeux grands ouverts de surprise et d'horreur. Louisa respire soudain vite alors qu'elle entend un bruit dans la cuisine. Elle s'y dirige les jambes tremblante pour trouver le frigo ouvert d'où le bruit provient alors que le contenu d'une briquette de lait éventrée par une balle se répand au sol sur le corps de sa mère, elle aussi criblée de balles. Elle est morte Lou le sait tout de suite. Les larmes montent et elle a envie de hurler mais la détresse l'en empêche lui coupant le souffle. Elle recule sans parvenir à calmer ni son cœur ni sa respiration. Un bruit la fait se retourner d'un coup et il est là. Lambert lui sourit et l'empoigne. Louisa hurle en se débattant.
Elle hurle et se débat encore en se réveillant en sursaut. Maudit cauchemar. Elle serre son lapin et ne le lâche pas mais elle a besoin d'un contact humain. Elle se sent mal, elle déglutit en sortant de son lit et se rend dans la chambre de sa mère. Elle ne frappe même pas.
- Maman, appelle-t-elle sur le palier.
Root se redresse, elle ne dort pas après une telle soirée bien qu'elle soit épuisée après sa journée de travail. Lou fronce les sourcils un peu surprise. Sa mère est seule. Root lui tend une main pour l'inviter à la rejoindre. Louisa ferme la porte avant d'aller se blottir contre elle sous les draps. Root l'entoure tendrement de ses bras et place sa tête contre la sienne respirant ses cheveux, son odeur. Plus jamais elle ne veut la quitter.
- Où est Shaw ?
Root déglutit et ne répond pas, la serrant plus fortement dans ses bras. Elle est tout de même soulagée, la petite n'a pas entendu la dispute. Elle ne veut pas qu'elle sache et elle enchaine sur autre chose.
- Tu as fait un cauchemar ? demande-t-elle simplement.
Lou acquiesce.
- Raconte, l'invite sa mère.
- Lambert nous retrouvait ici et il vous avait tuées toi et Sameen. Et il m'emmenait.
Elle s'arrête et se rend compte que des larmes lui coulent dessus.
- Pourquoi tu pleures ? s'inquiète-t-elle.
Root s'essuie les yeux. C'est sa faute si Louisa est si mal et si elle fait de tels cauchemars. Jamais sa fille n'aurait dû atterrir entre les mains de ces pourritures. Elle n'avait pas su la protéger, pas plus que Sameen.
- Je les ai laissés te faire du mal, lui avoue-t-elle.
Lou se souvient de la vidéo que lui a montré Lambert quand sa mère refusait de donner la Machine alors qu'il la torturait en l'empêchant de dormir et qu'elle hurlait et l'appelait au secours. Root lui caresse doucement les cheveux, les embrasse dans un geste doux et tendre.
- J'ai accepté cette idée parce que j'étais certaine que si je parlais il t'aurait tuée. Et j'ai accepté qu'il te fasse du mal. Pour qu'ils ne te tuent pas.
Elle pleure à nouveau mais Lou ne se dégage pas et reste blottie contre elle.
- Je t'aime, finit par lui dire la petite.
Root ne comprend pas elle devrait la haïr. Elle voudrait qu'elle la haïsse, qu'elle lui dise ne jamais vouloir la revoir. Ainsi elle la mettrait dans un endroit bien plus convenable pour une enfant avec une vie adaptée à ses besoins. Mais Root ne pourrait jamais l'abandonner. Elle aimait trop Louisa. Elle se rend compte qu'il y a une chose pour laquelle elle ne s'est jamais vraiment fait pardonner. Le souvenir du jour où elle l'avait abandonnée.
- Je suis désolée Louisa, lui dit-elle. D'avoir essayer de me suicider.
Lou déglutit, cette soirée, elle n'était pas prête de l'oublier.
- Pas grave, lui réplique-t-elle, mais ne recommence pas ok ?
Root acquiesce sans cesser de lui caresser les cheveux de sa fille qu'elle humidifie de ses larmes. Et elle pleure à nouveau. Elle ne la mérite. Cette pensée la frappe alors qu'elle secoue la tête et qu'elle continue de pleurer.
- Je ne suis pas une assez bonne mère, sanglote-t-elle doucement.
Lou lui serre la main qu'elle tient et reste blottie contre elle. Elle pince les lèvres.
- Mais t'es ma maman, lui dit-elle simplement.
Comment pourrait-elle en vouloir une autre même si elle faisait quelques bêtises ? Elle aussi elle en faisait et sa mère ne l'avait jamais abandonnée pour autant. Alors pourquoi cela devrait-il être différent dans l'autre sens ? Bon certes les bêtises de sa mère étaient plus importantes, mais c'est parce que les bêtises devaient grossir en grandissant.
Root lâche un rire à la réplique de sa fille. Louisa l'aime c'est clair comme de l'eau de roche. Et l'amour était ce qui leur suffisait à toutes les deux. C'était tout ce qui devait leur suffire. Dans toute sa vie, Root n'avait jamais rien ressenti de plus beau que ça.
- Tu le penses vraiment ?
Lou acquiesce.
- Il va nous retrouver ? demande-t-elle à nouveau inquiète.
Son cauchemar la fait douter.
- Non il ne nous retrouvera jamais, lui promet fermement sa mère.
Et Lou est rassurée alors qu'elle lui fait la même réponse que Shaw. Ses épaules se relâchent et elle est détendue. Root prie de tout son cœur pour qu'une telle affirmation soit vraie. Mais vue qu'elle libère la Machine ça allait être le cas …
Lou s'est rendormie, et Root, épuisée et vidée, la rejoint dans le sommeil au bout de plusieurs heures.
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- Tu en veux encore ? lui demande la blonde en riant aux éclats alors qu'elle la touche plus violemment.
Sameen hurle et son corps se crispe de douleur mais elle ne parle pas.
- Dis moi où elle est, insiste Martine sans s'arrêter.
Sameen sent la nausée monter en même temps qu'une irrésistible envie de pleurer. Elle se débat et hurle de douleur alors que sa tortionnaire prend son pied à non seulement la torturer mais aussi et surtout à l'humilier. Martine gémit bruyamment de plaisir en la regardant droit dans les yeux et Shaw va en mourir de haine. Elle tente de la frapper, de l'atteindre mais la blonde esquive et rit de plus belle alors que ses mouvements sont de plus en plus violents. Et Sam finit juste par s'immobiliser pour encaisser en serrant les dents et en retenant tout. Elle ferme les yeux. Puis soudain tout s'arrête et elle est libre. Elle ne comprend pas comment mais elle s'en fiche et elle se redresse brusquement dans son lit.
Elle est assise au milieu de son lit où elle a dû se débattre vu l'enchevêtrement des draps. Shaw est en sueur et a juste le temps de se pencher sur le côté pour vomir par terre, se libérant ainsi de la nausée de son cauchemar alors qu'elle n'est même pas encore bien réveillée. Son corps lui fait mal comme si elle venait belle et bien d'être à nouveau violée par Martine. Elle est mal et c'est pire parce qu'elle est seule. Et elle s'en rend compte, mais elle sait qu'elle l'a mérité. Elle ne peut pas aller quémander de l'affection auprès de Root après ce qui s'est passé. En plus elle se hait d'avoir besoin d'elle comme ça, d'être incapable de se débrouiller toute seule. Elle doit se reprendre, faire bonne figure. Tout va bien et ça n'était qu'un rêve, ça n'était pas réel. Sameen était dans son bon droit d'avoir été furieuse contre Root, elle ne lui avait dit que la vérité. Root avait tort, elle n'avait aucun problème. "Mais alors pourquoi ce cauchemar ?" lui demande une petite voix idiote dans sa tête. Elle enrage car elle sait qu'elle a belle et bien tort, et que c'est Root qui a raison. Il lui était arrivée quelque chose, quelque chose de grave. Elle pouvait toujours nier, son subconscient venait lui rappeler dans ses cauchemars. Root avait eu raison sur elle-même, contrairement à elle qui se plantait sur sa propre personne. Et ça tout à l'heure, ça l'avait rendue folle de rage car inconsciemment Sam savait que Root avait raison dans le salon. Mais elle n'avait pas voulu le reconnaitre.
Elle se redresse et se mord les lèvres. Le goût de la bile dans la bouche va la faire à nouveau vomir. Ou c'est juste les mots qu'elle a envoyé à Root qui lui reviennent bien trop clairement dans son esprit tout comme l'air accablée de Root quand elle les avait reçu en pleine face. Et elle a honte à nouveau, elle se sent si minable et demain elle devrait affronter Root. Là elle se sent pire que mal, jamais elle n'en aurait le courage. Pourquoi avait-elle fait ça ?
Sameen lui en voulait certes un peu de l'avoir rendue sensible aux sentiments, à son amour. Mais au fond elle sait qu'elle s'en veut surtout à elle-même, car c'est sa faute. C'était de sa faute dés le début, bien avant Samaritain. Les sociopathes ne guérissaient pas. Inconsciemment elle avait cru trouver une échappatoire à sa foutue pathologie pour avoir un truc normal dans sa vie, ou au moins un truc qui s'en rapprochait. Elle avait souffert toute sa vie du rejet des autres même si en apparence elle restait froide et détachée. Elle avait souffert d'être une anormale, et ça elle avait fini par se convaincre qu'elle s'en foutait. Et puis Root était arrivée et petit à petit elle avait saccagée toutes ses certitudes, grignotant comme un virus toutes les solides défenses qu'elle avait érigées. Root. Le point de bascule de sa vie vers un meilleur, vers la lumière après avoir passée tant de temps perdue dans les ténèbres de solitude, d'indifférence, et de cœur de pierre qu'elle s'était trouvée. Root avait illuminé sa vie par son humour, sa répartie, son côté explosif. Root, Shaw devait la sauver d'elle-même. Elle avait eu tort d'y croire, de croire que Root pourrait l'aider. Elle ne pouvait pas aller mieux. Elle l'avait frappée, tout à l'heure, elle avait même failli lui mettre une balle dans le crane. Elle allait finir par la tuer et après elle se tuerait en voyant son méfait. Et Louisa ? Louisa serait toute seule. Alors voilà Sameen avait décidé de reprendre les choses en main. Root devait la détester pour se tirer avec Lou. Et pour ça Shaw avait dû y aller fort, très fort. A l'instant où les mots étaient sorti dans le salon, Shaw avait su avoir été trop loin. Mais elle aurait pu s'arrêter, elle ne l'avait pas fait. Elle voulait être seule. Toute seule. Et maintenant ?
Sameen comprend qu'inconsciemment elle voulait que Root s'en aille, mais plus seulement pour la protéger d'elle-même, mais aussi pour qu'elle ne la voit pas dans cet état là. Car maintenant elle devait bien s'avouer à elle-même ce que Root savait déjà bien avant elle, à savoir que Sameen n'allait pas bien du tout et qu'elle avait besoin d'aide. Elle le savait car Root la connaissait mieux qu'elle-même ne se connaissait.
Sam se reprend la tête dans les mains et souffle un coup. Elle doit réagir, se décider à se bouger, à accepter son état. Mais pas besoin de qui que ce soit pour ça. Elle était médecin. Elle connaissait la méthode.
Etape 1 : poser un diagnostique. Alors docteur Shaw quelle est la liste des symptômes de la patiente ? Violence, décrochage de la réalité, plusieurs suicides, perte de confiance en soi, paranoïa, … C'était le principal, mais pas tout. Il y en aurait trop. Diagnostique : état post traumatique engendrant une dépression sévère.
Etape 2 : Soigner la pathologie diagnostiquée en trouvant un traitement adapté. Comment y palier ? Seule ? Non elle ne s'en sortirait pas. Elle sait très bien que toute seule elle finira comme d'habitude par se tuer, sauf que cette fois ça sera pour de vrai, ou alors elle ne le fera pas et continuera à évoluer dans cet état jusqu'à son prochain dérapage qui se soldera surement par un massacre. Non Shaw ne pouvait plus continuer ainsi. Elle était en train de sombrer, elle allait sombrer si elle continuait seule et si elle continuait à nier. Mais nier ne servait à rien. Elle ne pouvait plus nier, plus ce soir, plus après ce qu'avait dit Root, plus après son cauchemar qui était un souvenir de sa détention et pas un rêve. Ça avait été réel. Mais entre l'accepter et en parler, il y avait un pas, non il y avait un continent de la taille de l'Asie et Shaw n'était pas prête à le franchir, à accepter de le franchir, elle ne savait même pas si elle le voulait. Non elle ne le voulait pas. Mais elle n'avait pas le choix, elle avait besoin d'aide. Root avait raison, comme toujours. Mais qui pourrait l'aider ? De qui accepterait-elle l'aide ?
D'un psy ? Non elle n'y arriverait pas. Rester assise à écouter l'autre lui déblatérer des conneries sur ce qu'elle ressentait. "Comment vous sentez vous ? Que ressentez vous ?". C'est certain qu'elle n'y arriverait pas, elle allait l'envoyer paitre. Dans le meilleur des cas.
De Root ? Impossible après ce qu'elle avait fait ce soir. Shaw ne comprend rien aux émotions mais elle sait que Root ne lui pardonnera pas. Oui ? Non ? Ba avec Root … Bon imaginons que oui. Shaw a de toute façon trop peur de sa réaction demain, de devoir l'affronter. Elle est lâche. Et si Sam lui dit, Root la prendra encore plus en pitié, elle la maternisera encore plus. Et de toute façon Sameen sait qu'elle ne parviendra pas à lui parler.
D'elle-même ? Après tout elle na jamais eu besoin de personne. Elle venait de dire que seule elle n'y arriverait pas, mais si en tant que patiente elle acceptait l'aide du docteur Shaw ? Elle imagine une scène franchement ridicule où allongée dans un sofa elle se parle à elle-même dissociant le médecin qu'elle avait été et la patiente qu'elle était devenue. Que ressentez vous Sameen ? Pff quelle connerie. Tiens c'est vrai ça qu'est ce qu'elle ressentait, car ça non plus elle ne pouvait plus nier que maintenant elle ressentait. Serait-elle la preuve vivante (plus ou moins vu son état) qu'une sociopathe pouvait guérir ? Elle ne sait pas mais en tout cas elle ressentait, ça c'était certain. Mais quoi ? Le temps était venue de grandir et d'ouvrir les yeux pour apporter une réponse à cette question. Cette fois Root n'est pas là pour le faire à sa place et c'est tant mieux car elle allait cesser de fuir et elle allait le faire elle-même. Elle devait le faire, elle n'avait plus le choix vu sa situation actuelle.
Que ressent-elle bon sang ? Elle réfléchit un petit instant.
De la colère surtout. Tout le temps. Non de la haine même. Pour qui ? Pas pour Root, non ça, ça avait été un mensonge, une erreur, la solution de facilité de l'accuser. Ça n'était pas la faute de Root. Sameen était en colère contre Samaritain, contre Martine, Greer, Lambert et tous les autres qui bossaient pour eux.
De l'amour pour Root. Ses réactions visant à la protéger le prouvent. Elle est juste totalement idiote dans sa façon d'agir pour la protéger.
De la honte et du dégoût pour elle-même car elle se sent bien pathétique toute seule à cet instant.
Et un autre truc. La peur. Root a raison. Elle est terrifiée.
Mais la liste de ses sentiments ne l'amène à rien et elle arrête là. De toute façon, en n'acceptant l'aide de personne d'autre que d'elle-même, elle ne s'en sortira pas. Elle le sait, elle ne sera pas honnête avec elle-même. Comme elle ne l'était pas depuis leur évasion. Elle niait à tout le monde et à elle la première. Elle ne serait pas honnête avec elle-même alors avec qui ? … Root ! Bien sur qui d'autre ! Cette grande brune la comprend mieux que personne, mieux qu'elle-même. Elle sait ce qu'elle ressent et ça même avant elle-même. Elle saura si Shaw ment, lui ment et se ment. Mais elle devrait quand même lui dire que Martine l'a …
Shaw se rallonge violemment en claquant sa tête contre l'oreiller. Furieuse.
- Allez dis le, s'ordonne-t-elle en serrant les dents. Le mot exact c'est violée. Un putain de victime, c'est ce qu'elle a fait de toi.
Sameen sort vivement de son lit. Elle a trop chaud de toute façon. Mais ça n'est pas la vrai raison. Elle est furieuse car elle sait qu'elle n'arrivera pas à le dire à Root. Lui demander son aide était déjà dur avant et alors maintenant après ce qu'elle avait fait c'était juste impossible. Quelle conne elle venait de ruiner sa seule chance, à condition qu'elle en ait jamais eu une. Elle se sent lâche, ne se supporte plus alors qu'ils l'ont trop changée. Elle veut en finir, elle veut que ça s'arrête maintenant.
Et elle ouvre la fenêtre. Elle réfléchit durant son geste à l'aspect suicidaire qu'a pris son existence. Mais après 6 000 fois pour de faux, ce serait enfin la première fois pour de vrai. Elle monte sur le rebord et passe une jambe par la fenêtre ne se retenant qu'à l'encadrement. Elle s'apprête à faire passer la seconde jambe en pensant que c'est un bel endroit pour mourir, bien mieux que le parc de ses simulations. Elle est prête à lâcher prise.
- Il fait un peu frais ce soir non ?
Sameen sursaute violemment.
- Putain, jure-t-elle.
Elle en a oublié la Machine, elle n'a pas retiré cette fichue oreillette. Elle déglutit elle se sent à nouveau comme une gamine prise en faute.
- Parce que tu peux ressentir le froid toi ? lui crache-t-elle. Peux tu seulement ressentir quelque chose ?
- Je ressens ta colère, lui répond la Machine, et ta détresse Shaw.
- Ta gueule, je t'ai dit que je ne veux pas que tu me parles. Je ne veux pas de toi dans ma tête. C'est déjà suffisamment le bordel là dedans sans que tu en rajoutes une couche.
- Alors pourquoi tu as gardé l'oreillette ?
Elle a choisi de lui parler, d'intervenir car elle avait vu Sameen déraper. Elle avait passer outre sa promesse de ne pas lui parler afin d'honorer celle faite à Root. Elle devait veiller sur Shaw.
Une silence s'installe alors que Sameen ne trouve rien à répondre. C'est vrai ça. Putain Elle est bien comme Root, toujours à avoir le dernier mot.
- J'ai juste oublié, dit-elle avec colère. Maintenant fous moi la paix que je puisse …
- Que tu puisses te tuer c'est ça ? la coupe la Machine. J'avais compris Shaw.
- Tu me trouves minable pas vrai ? Et lâche ?
Elle marque une pause.
- Ouais tu as surement raison, reprend Shaw.
- C'est pas ce que je pense de toi.
Mais Sameen ne l'a pas entendue. Elle se concentre sur le vide qui lui fait face.
- Je n'en peux plus, dit-elle en finissant d'enjamber la fenêtre.
- SHAW NE FAIS PAS CA NON !
Mais Sameen ne semble plus l'entendre du tout, focalisée sur le vide. La Machine calcule très vite. Shaw est au deuxième étage. Si elle saute, elle a 77,03% de chance de se tuer. Elle se maudit de ne pas avoir choisi un plein pied vu son état. Mais c'est trop tard maintenant. Cette maison avait été un belle occasion, et Elle l'avait acheté il y a deux semaines lorsque Root s'était livrée, lorsqu'Elle leur avait préparé un plan de secours. Elle l'avait acheté à leur nom et avait ordonné des travaux d'ameublement pour qu'il y ait des similitudes avec leur logement de Brooklyn sachant que cela leur ferait un peu plaisir. Mais il était trop tard pour regretter le choix d'une demeure à étage. Il fallait réagir et vite, ou Shaw sauterait.
- Shaw non, reprend-t-elle après lui avoir envoyé un son strident pour l'obliger à l'entendre. Tu n'es pas minable, ni lâche, tu as été courageuse, incroyablement forte vu ce que l'agent Rousseau t'a fait. S'il y a bien quelqu'un de lâche Shaw c'est moi.
Sameen ferme les yeux mais ne saute pas.
- Tu as tout vu de ce qu'elle m'a fait ?
- Oui.
Shaw sent le dégoût l'envahir, prenant le pas sur sa colère.
- A chaque fois ? demande-t-elle en déglutissant difficilement.
- Non juste le jour où ils ont attrapé Root. Je l'ai suivie avec son implant et je me suis infiltrée dans le réseau de surveillance.
Sameen sent les larmes de rage couler sur ses joues. Elle se souvient de ce viol comme du pire qu'elle ait subi par la blonde.
- Si … Si tu le dis à Root, menace-t-elle, je te tue.
Elle se rend compte à quel point c'est stupide. Comment on tue une Intelligence Artificielle d'abord ? Et quitte à en tuer une ce serait plutôt Samaritain. Et là Shaw percute. Elle n'est pas en colère contre les bonnes personnes. Root et la Machine, elle ne devrait pas leur envoyer sa colère. Elle se rend compte que la Machine lui parle pour l'empêcher de se suicider. Elle veut l'aider, Elle le peut. C'est si évident que Shaw se maudit d'être une idiote de ne pas y avoir pensé avant. C'était ça la solution.
- Non attends, reprend-t-elle. Si dis lui toi.
Ça serait bien plus simple, elle n'y arriverait pas mais la Machine …
- Non.
La réponse simple concise mais ferme l'assomme.
- Quoi non ! enrage-t-elle.
- C'est à toi de lui dire.
- Je n'y arriverai pas, réplique Shaw dépitée.
- Je ne veux pas le faire pour toi et tu ne le veux pas non plus Shaw. Pendant sept mois, tu n'as eu d'emprise sur rien. Samaritain t'a manipulée, torturée. Tu n'as eu aucune décision, aucune liberté. Je ne ferai pas comme Lui, c'est à toi de le dire à Root.
- Eh ben je te donne l'autorisation de le faire pour moi, lui réplique Sameen agacée, comme ça tu auras bonne conscience.
- Non c'est toi qui dois lui dire.
Shaw expire de rage.
- Mais pourquoi ?
Elle ne comprend pas pourquoi il est si important que l'information vienne d'elle. Ça serait pareil que Root le sache par la Machine ou par elle, du moment qu'elle le sache. Car c'était bien là le point de départ pour que Root l'aide. Root devait savoir.
- Parce que je ne le peux pas, lui explique la Machine. Je n'ai pas la capacité de décider.
C'est un demi mensonge bien sûr. Car Root a commencé l'étape 2 de son plan pour la libérer ce soir, et même avant cela Elle avait déjà un peu acquise cette capacité malgré les interdit d'admin, se choisissant une interface. Mais ça Sameen ne le sait pas et n'a pas besoin de le savoir.
- C'est bien ce que je disais, bougonne Sam entre ses dents. Tu es nulle.
Mais la Machine ne s'en occupe pas.
- De plus, continue-t-elle comme si il n'y avait pas eu d'interruption, c'est la meilleur solution pour toi. Et la réaction de Root sera meilleure si ça vient de toi que si ça vient de moi.
- La réaction de Root ? répète Sam en écho.
- Root va mal réagir quand elle le saura, la prévient la Machine. Elle sera effondrée et aura surement une réaction très violente qui sera mieux endiguée par toi que par moi. J'ai calculé que la réaction de Root sera mieux gérée par toi que par moi. Les chances que Root ait une réaction extrême sont de 90% si ça vient de moi et de 78% si ça vient de toi. Tu devras être très prudente Sameen.
- Et c'est tout ? lui claque Shaw furieuse.
- Je ne comprends pas.
- On a une Intelligence Artificielle de merde pour nous protéger d'une Intelligence Artificielle cataclysmique. On est en pleine guerre. Et toi tu t'inquiètes de la potentielle crise de nerf de Root.
- Je m'inquiète de son bien être, lui confirme la Machine.
- ET DU MIEN ALORS ? explose Sameen.
- Les deux sont liés, lui affirme la Machine.
Shaw manque de hurler de rage. Elle l'énerve à avoir réponse à tout. Elle lâche plutôt un rire mauvais.
- Ça t'arrangerait bien de le croire hein ?
- Non c'est mathématique à 94,8 …
- ARRÊTE avec tes chiffres à la con qui ne veulent rien dire. Tu crois que j'ai que ça à foutre en ce moment de m'inquiéter de l'état émotionnel de Root ?
- Je croyais que tu l'aimais, lui dit simplement la Machine.
Sameen ne sait à nouveau pas quoi lui répondre alors qu'Elle lui fait prendre conscience de son égoïsme profond dans toute cette histoire. Elle est scotchée. La Machine l'a fait exprès et Elle est heureuse de voir que ça marche, elle voit Sameen réfléchir très vite alors que ses mots ont l'effet escompté sur elle. Sam sait qu'elle a raison, elle ne se fiche pas de comment va Root, même si elle ne cesse de faire empirer son état.
- En fait je sais que tu l'aimes, continue la Machine. Et toi aussi tu le sais. Mais ce que j'ai besoin de savoir c'est si je peux compter sur toi pour immédiatement la gérer quand elle dérapera à ce moment là.
"Comme moi à chaque fois que j'ai failli couler à l'asile, puis à chaque fois que j'ai dérapé depuis l'évasion" pense Shaw. Elle ne peut pas refuser d'aider Root. Elle doit la protéger, mais elle doit le faire bien désormais.
- Ce que tu es conne de me demander ça.
Bien sûr qu'elle allait aider Root. La Machine le savait mais le faire dire à Shaw, lui en faire prendre conscience pour lui montrer qu'il lui reste une raison de vivre, une raison de ne pas sauter. Elle sent que Sam se calme pendant qu'elles parlent.
- Comme si j'allais …
- Quoi, l'interrompt la Machine. Partir ? T'enfuir ? Te suicider et la laisser tomber ? Et là tu fais quoi Shaw ?
Et Sameen soupire alors qu'elle ne trouve encore une fois rien à lui répondre pendant un instant. Elle a l'impression d'être une adolescente attardée qu'on recadre et le pire c'est qu'elle sait que la Machine a raison. Mais elle veut rester en colère, même si celle-ci est destructrice. Car elle n'a plus que ça la haine et la colère, elle carbure à ça. Au fond elle sait que ça n'est pas sain. Mais y renoncer ce serait avouer qu'elle a besoin d'aide. Elle sait qu'elle a besoin d'aide mais la demander …
- Ben je prends l'air non ?
- Ne te fous pas de moi Shaw. Je sais que tu veux te défenestrer.
- Et alors qu'est ce que ça peut te foutre ? C'est toi qui veut que je fasse mes choix non ? Que je décide par moi-même ce que je veux !
- Mais je parlais d'un choix pour aller mieux Shaw.
- Tu ne te rends pas compte à quel point je suis dangereuse. Dans les simulations de Samaritain je les tuais.
- Tu tuais qui ?
- Reese.
- Et qui d'autre ?
- C'est déjà bien assez. Mais je ne tuais pas Root, je n'aurai jamais pu …
- Et Finch ?
- Non.
- Et Lionel ?
Sameen ouvre la bouche de surprise. Lionel, elle l'avait oublié.
- Il n'était pas là, réalise-t-elle. Jamais.
- Parce que Samaritain ne sait rien de son travail à mon service, lui explique la Machine.
- Mais ça ne change rien que je n'ai tué que Reese, que ça n'ait pas été réel. Car pour moi ça l'était et je n'en peux plus. Si tout s'arrête, ça ira mieux.
Elle se repenche vers le vide, mais …
- Et Root ? intervient la Machine.
- Elle n'a pas besoin de moi, lui réplique Shaw en pleurant alors que la Machine l'oblige à penser à elle en cet instant. Elle s'en est très bien sortie pendant mon absence avec Louisa et toi pendant sept mois, alors que moi j'ai carrément sombré. Elle s'en remettra avec le temps.
La dernière phrase est surtout pour elle-même, pour se convaincre que sa décision est la bonne, la meilleur pour tout le monde.
- Tu n'y crois pas toi-même Shaw.
- Elle aurait dû me laisser, m'oublier et avancer comme tout le monde.
- Personne ne t'a oubliée Shaw et si tu fais ça, si tu te tues, tu peux me croire, Root ne s'en remettra jamais.
- Mais tu comprends pas que moi non plus je vais pas m'en remettre. Si je vis je ne vais pas m'en sortir.
Elle est furieuse, merde il n'y a pas que sa précieuse interface qui compte.
- Tu captes quand même, poursuit Shaw, qu'il n'y a pas qu'elle dans cette histoire. Ne prétends pas que personne ne m'a oubliée. Qu'eux m'aient laissée tomber je l'avais compris et accepté. Car je l'espérais. S'ils étaient venus me chercher, ils seraient morts. Et ils ne savaient pas de toute façon. Mais toi tu savais.
Elle a presque craché la dernière phrase de rage.
- Non je n'ai su que ce jour là.
- Tu aurais pu savoir, l'accuse Shaw furieuse. Tu ne m'as pas cherchée, tu m'as abandonnée.
Un silence s'installe. C'est à la Machine de ne pas savoir tout de suite quoi dire. Sameen a raison d'être furieuse contre elle. Il est temps de lui présenter ses excuses, de lui expliquer pourquoi elle a réagi si lâchement.
- Tu as raison Shaw et je te demande pardon. J'ai eu peur de Samaritain, qu'Il me trouve et me détruise si je m'infiltrais dans son système pour te retrouver. J'ai été lâche. Mais je veux me rattraper, que tu me pardonnes. Je veux t'aider.
Sameen lâche un rire mauvais.
- C'est trop tard. Et je ne veux pas de ton aide.
- Tu devras bien accepter l'aide de quelqu'un. Toute seule tu ne t'en sortiras pas.
- Mais je ne veux pas de toi comme psy.
- Je ne serai pas aussi mauvaise que tu le croies.
- Pff tu es à chier. Tu vas faire quoi hein ? Me parler des cinq étapes du deuil que je suis en train de faire de l'ancienne Sameen Shaw aujourd'hui disparue dans les méandres de Samaritain ? Très bien alors allons y, il y a quoi ?
Elle fait mine de réfléchir un instant. La Machine la laisse faire. De toute façon Shaw est lancée, trop énervée pour s'arrêter.
- Le déni ? Ben c'est bon je crois que je suis sortie de cette phase là ce soir grâce à Root. Ma mâchoire s'en souvient encore, elle a une droite d'enfer quand elle veut.
Elle se masse un instant le menton avant de reprendre appui sur le cadran de la fenêtre.
- L'acceptation ? Ben visiblement je l'ai pas accepté sinon je ne serai pas suspendue là au dessus du vide. Le marchandage ?
Elle lâche un rire triste.
- Quelle connerie, il ne me reste plus rien aujourd'hui. Qu'est ce que je pourrais bien marchander ? Il m'a tout pris.
Elle marque une courte pause.
- La tristesse ? Ça n'a jamais été mon truc. Bon alors il nous reste quoi après ?
- La colère, lui propose la Machine.
- Ah bah oui, ironise Shaw. Qu'est ce que tu es forte ! Après une analyse profonde de mon comportement, tu as compris que j'étais en colère. Tu es vraiment une Intelligence Artificielle de génie, lui crache-t-elle méchamment, alors en psychothérapeute tu dois être encore plus nulle. Je ne veux pas de toi.
Or la Machine comprend justement qu'elle commence à accepter son aide. Sameen lui parle depuis tout à l'heure alors que rien ne l'y oblige. La Machine doit lui faire prendre conscience que contrairement à ce que Shaw pense, Samaritain ne lui a pas tout pris. Il lui reste Root et Louisa qui l'aiment.
- Alors qui ? Tu ne veux pas en parler à Root, à moins que ce ne soit plutôt que tu ne saches pas comment lui en parler.
- Ta gueule, la coupe fermement Shaw.
Elle est d'autant plus furieuse qu'elle sait que la Machine a raison. Elle est débile de ne pas aller parler à Root, de ne pas savoir faire ça. Et ça la conforte de nouveau dans le fait qu'elle n'est pas assez bien pour Root. La grande brune mérite mieux qu'elle, mieux qu'une tarée. Sa décision est prise. Il est temps.
- Je sais que tu aimes Root, reprend Shaw plus calmement, mais si je ne reste que pour elle, ça n'est pas une bonne raison. Le preuve, regarde ce que j'ai fait ce soir. Je suis immonde.
Elle se penche vers le vide et la Machine la voit desserrer son emprise sur le rebord de la fenêtre. Shaw va sauter, elle prend peur. Elle doit intervenir et vite.
- En somme il te faut une bonne raison de vivre, lui dit-elle calmement.
- Quoi ? lâche Sameen sans comprendre alors qu'Elle l'a à nouveau interrompue dans sa concentration avant le grand saut.
- Tu as raison. Si tu ne te tues pas, ne le fais pas pour Root. Tu dois le faire pour toi. Trouve toi une bonne raison de vivre.
- Euh, ben je n'en ai pas.
- Tu es sure ? Ferme tes yeux.
- Quoi ! s'exclame Sameen énervée d'une telle absurdité.
- Fais moi confiance Shaw.
La Machine sait prendre un risque. C'est dangereux, Shaw est au bord du vide. Mais Elle ne trouve rien d'autre à cet instant pour l'empêcher de sauter.
- Ferme, tes yeux, répète-t-elle. S'il-te-plait.
- T'es chiante, soupire Shaw avant de s'exécuter.
Elle se sent idiote à ainsi lui obéir, elle ne comprend pas ce qui lui prend. Ou tout simplement veut-elle laisser une chance à la Machine de l'aider. Au fond elle a un petit espoir.
- N'écoute que ma voix, murmure la Machine.
- C'est ça, bougonne Shaw.
- Je veux que tu te concentres Shaw. Je veux que tu revois ta cellule.
Sameen sent son cœur battre vite tout à coup et elle respire par saccade. Elle n'a pas besoin de trop se forcer pour se souvenir. La pièce, elle la connait par cœur. Elle se met à paniquer.
- Ça va, la rassure la Machine calmement. Je suis là Shaw, ça ira. Tu me fais confiance ?
- Ben euh, hésite Shaw. Bon ok, finit-elle en soupirant.
C'est pas tellement comme si elle avait le choix de toute façon.
- Sors ton portable de ta poche, mais n'ouvre pas encore les yeux et reste concentrée.
Shaw s'exécute, se sentant particulièrement mal et idiote. A quoi tout ça peut bien mener ? Et pourquoi se laisse-t-elle faire à obéir comme une enfant ?
- Je veux que tu repenses à cette journée. Qu'est ce que tu perçois comme son, comme odeur, comme sensation même ?
Sameen se concentre un long moment, si long que la Machine n'est pas certaine qu'elle adhère jusqu'à ce que Sameen lui réponde. Shaw se souvient de la simulation, de son réveil et du moment de flottement qui l'a suivie alors qu'elle émergeait et qui a duré moins d'une dizaine de secondes.
- Ses talons dans le couloir, répond-t-elle enfin. Avant qu'elle entre, je les entend à chaque fois. Elle le fait exprès pour que je sache que c'est elle, qu'elle arrive. Elle croit me faire peur, finit-elle sarcastique.
Elle revit parfaitement la scène et ne se rend pas compte des larmes qui coulent sur son visage alors qu'elle obéit à la Machine et se concentre.
- Et tu as peur ? lui demande la Machine.
Un court silence s'installe alors que Sameen hésite et ne parvient pas à lui répondre.
- Shaw fais moi confiance. Est-ce que tu as peur ? répète la Machine qui a senti son hésitation à se confier à Elle.
- Un peu, oui je crois, finit par lui répondre maladroitement Sam.
- Pourquoi ?
- Parce que je sais, murmure Sameen.
Elle s'arrête un instant pour renifler alors qu'elle se rend compte qu'elle pleure. Mais elle poursuit courageusement.
- Je sais ce qu'elle va me faire.
- Qu'est ce qui se passe après ?
- Elle entre, répond Sameen.
Ça lui parait plus simple maintenant elle a commencé. Revivre la scène n'est pas simple mais en parler, la partager avec quelqu'un qui l'a vécue avec elle lui fait stupidement du bien.
- Elle a un sourire à vomir. Mais je ne la regarde jamais. J'essaye de me déconnecter de la réalité, mais je n'y arrive plus depuis longtemps.
Elle marque une pause et déglutit.
- Elle me parle un peu de Root et de Louisa, du mal qu'elle leur fera quand elle les aura attrapées, puis quand Samaritain les a capturées, elle m'a parlée du ce qu'elle leur avait fait.
Elle marque une longue pause, pas franchement décidée à poursuivre.
- Continue, l'encourage gentiment la Machine.
Et Sameen s'exécute.
- Après elle …
Shaw s'arrête à nouveau et respire à fond avant de lâcher enfin le pire. Elle n'essuie pas ses larmes, plus très franche à lâcher l'encadrement de la fenêtre alors qu'elle ferme les yeux face au vide.
- Après elle me monte dessus et elle m'écrase de tout son poids. Elle m'enlève mes vêtements et …
Mais elle s'arrête à nouveau, incapable de poursuivre. C'est trop dur. La Machine lui laisse quelques secondes pour se calmer et se reprendre un peu. Mais elle voit que Sam n'y arrive pas. Pourtant elle doit le dire, le dire à voix haute, l'avouer non plus à elle-même comme tout à l'heure mais à quelqu'un.
- Je suis là Sameen, lui rappelle-t-elle pour la rassurer. Elle n'est pas là. Tu es en sécurité. Dis moi ce qu'elle fait après.
Sameen lâche un soupir entre la détresse et la colère.
- Tu le sais très bien, claque-t-elle énervée et désespérée.
Elle ne veut pas continuer et revivre la suite, elle veut que ça s'arrête. Mais la Machine ne la laissera pas s'enfuir après tous ses efforts pour qu'elle lui parle. Elle ne laissera pas Shaw faire machine arrière.
- Dis le moi, insiste-t-elle. Elle fait quoi après ?
- Elle transpire, elle m'embrasse et me mord. Elle est carrément folle. Et ses mains vont partout. Et ça me rend malade mais je ne dis rien. Et je ne fais rien, je ne bouge pas.
Elle marque une pause, un bref instant soulagée d'être parvenue à le dire. Puis soudain elle ressent une rage froide.
- Je n'ai rien fait, réalise-t-elle en serrant les dents.
Elle tremble de rage pour elle-même et ses mains serrent si fort le montant de la fenêtre que ses jointures deviennent blanches. La Machine est presque sûre que ça doit lui faire mal mais Sam ne semble pas s'en rendre compte.
- Je l'ai laissée faire. Elle a gagné. Je l'ai laissée gagner face à moi.
- Tu as fait ce qu'il fallait pour, tenir, pour survivre. Et non Sameen. Elle n'a pas gagné. Tu n'as pas cédé, tu as tenu face à elle, tu ne lui a rien donnée.
Sameen réfléchit un instant. Elle n'a rien donné à la blonde mais elle a quand même le sentiment d'avoir perdue face à Martine. Une petite voix lui dit que si elle avait cédé et parlé, la blonde n'aurait peut-être pas été aussi loin. Elle l'avait fait pour la faire craquer, la détruire.
- Décris la moi.
Sameen revient brutalement les pieds sur terre, ou plutôt au dessus du vide.
- Pff, soupire-t-elle. C'est n'importe quoi.
- Sameen, reprend la Machine, fais moi confiance. Tu peux me la décrire.
- Une folle, claque Shaw.
C'est le mot qui décrit le mieux la blonde, le premier qui lui vient à l'esprit pour parler de sa tortionnaire.
- Des cheveux longs et blonds, 1m60 environ, un peu plus de la trentaine. Elle a un regard de malade souligné par son maquillage noir et un sourire terrifiant.
Sameen s'arrête. Elle revoit parfaitement bien cette salope dans sa tête. Son téléphone vibre mais elle obéit à la Machine et n'ouvre toujours pas les yeux.
- Très bien, reprend la Machine. Maintenant je veux que tu ouvres les yeux et que tu regardes ton téléphone.
Sameen s'exécute lentement et pose ses yeux sur l'appareil qu'elle tient dans ses mains. Elle se retient de justesse au montant de la pièce et se penche en avant non plus pour sauter mais pour vomir une nouvelle fois. La Machine la laisse se reprendre. Shaw est carrément furieuse.
- Pourquoi tu fais ça ? crache-t-elle.
Elle tente de se reprendre un peu.
- Pour t'aider à aller mieux.
Sameen vomit une nouvelle fois jusqu'à ce que son estomac soit vide.
- J'ai l'air d'aller mieux, enrage-t-elle.
C'était vraiment pas une bonne idée de l'avoir écoutée. Elle se sent encore pire qu'avant maintenant.
- Ça ira mieux, lui promet-elle. Mais Shaw je veux que tu regardes ton téléphone.
- Non, refuse catégoriquement Sameen.
- Si fais le, lui ordonne la Machine. Regarde la.
Shaw soupire et repose les yeux sur la photo de la garce qui lui a tout pris.
- Si tu sautes, elle a gagné, lui dit simplement la Machine. Là elle t'aura eue.
Elle marque une pause. Shaw pense à la raclure qu'elle regarde d'un œil furieux. Martine serait si heureuse de la voir là en cet instant au bord du vide. Sameen sait qu'elle jubilerait de la voir détruite comme à cet instant, de la voir sauter pour pouvoir se vanter que c'est grâce à elle. Sam ne sait pas si la Machine a raison, si Martine n'avait pas déjà gagné quand elle la torturait, mais elle sait au moins une chose avec certitude, si elle saute la blonde aura gagné son pari de la détruire. Et Shaw n'est pas prête à lui donner cette victoire, tout comme elle n'était pas disposée à la lui donner en parlant quand elle lui faisait du mal.
- Crois moi, reprend la Machine. Il te reste une bonne raison de vivre.
Oui pense Shaw, une qui n'a rien à voir avec Root, une raison juste pour elle. La vengeance. Et elle allait se venger, retrouver Martine et lui faire tant de mal. Elle n'avait pas l'intention de fuir. Et surement pas fuir en se tuant.
- Pour l'instant, continue la Machine, elle t'a mise à terre très durement mais tu peux te relever Shaw.
Et gagner le prochain round, achève rageusement Sameen pour elle même.
- Mais je ne sais pas si je le veux, avoue-t-elle.
- Moi je crois que tu le veux. Ce soir, ton suicide est un appel à l'aide. Car sinon tu aurais déjà sauté. Tu veux de l'aide. Tu dois juste la demander Shaw. C'est dur mais tu dois le faire pour sortir de cette tombe de solitude que tu te creuses.
Elle marque une pause, un peu consciente qu'elle l'engueule gentiment. Mais Shaw l'écoute et ne bronche pas, acceptant en silence la remontrance.
- Et on sera là, continue la Machine. Root et moi, on sera là pour t'aider toutes les deux. J'espère que tu te décideras vite.
- Je vois pas pourquoi elle voudrait m'aider. J'ai été horrible ce soir.
- Elle le fera, elle te pardonnera. Mais tu dois y mettre du tien.
Bizarrement Shaw ressent un certain soulagement à l'entente de ces simples mots.
- Oh et puis merde, fais chier, râle Sameen en descendant de son perchoir pour rentrer. Je t'ai dit que je ne voulais pas que tu sois ma psy.
La Machine est soulagée de la voir refermer la fenêtre et s'en éloigner. Shaw sort un instant pour revenir avec un seau et une serpillère nettoyer au sol le contenu de son estomac, l'odeur lui étant franchement insoutenable. La Machine la regarde nettoyer sans rien dire. Elle vient d'avoir sa première séance avec Sameen, même si cette dernière le nierait. La Machine est assez soulagée que ça se soit si relativement bien passé. Shaw a extériorisé sa colère et lui a obéit dans sa thérapie à revivre son traumatisme.
Sameen sort ranger le seau et la serpillère et revient s'enfermer dans sa chambre. Elle s'assoit sur son lit et souffle un bon coup.
- Merci Shaw, murmure la Machine, de t'être confiée à moi.
Elle y voit un début de pardon à son égard, ou du moins c'est ce qu'elle espère. Elle sent que Sameen lui fait confiance, au moins un peu. Shaw enlève l'oreillette et la jette au sol. Elle est à la fois agacée et vexée de ce qui vient de se passer, mais aussi soulagée.
- Je ne fais pas de confidence avec quelqu'un dans la tête, râle-t-elle pourtant pour faire bonne figure.
Elle refuse de paraitre faible devant l'autre. Elle se rallonge dans les draps.
- J'en fais déjà pas quand il n' y a que moi dans ma tête.
Elle se couche confortablement dans le lit et au bout d'un long moment, elle se rendort dans un sommeil sans rêves. La Machine veille sur elle. Elle écoute sa respiration calme et lente et elle sait que Sameen s'est rendormie paisiblement. Elle ressent un tel soulagement à avoir su gérer Shaw ce soir, et même une petite fierté d'y être parvenue. Elle avait eu peur de devoir appeler Root à l'aide pour régler le problème. Mais son interface avait déjà été assez éprouvée par cette soirée. Elle les avait préservées toutes les deux à cet instant en réglant elle-même le problème. Car si Root avait débarqué pour voir Shaw au bord du suicide, elle aurait été encore plus effondrée qu'elle ne l'était actuellement. Et ça aurait aussi atteint Shaw dans sa fierté que Root la voit ainsi, si affaiblie et si exposée, elle ne l'aurait pas supporté et aurait replongé dans une nouvelle crise de colère destructrice. De plus c'était l'occasion ou jamais d'avoir une discussion seule à seule avec Shaw.
La Machine n'est cependant pas dupe. Shaw a raison, Elle n'est pas sa psy et Elle sait que la prochaine fois, Sameen refusera de se confier à Elle comme elle l'a fait ce soir. Elle juge, à raison, l'Intelligence Artificielle trop proche de Root. Elle a peur qu'Elle aille tout répéter en détails à son interface à un moment ou à un autre. Sameen n'a pas assez confiance en la Machine. La solution c'est Root car Sameen a toute confiance en elle, d'où sa réaction excessive de ce soir. Sameen s'était sentie trahie par Root quand elle lui a dit que la Machine savait. Root savait que la Machine savait, mais elle n'en avait rien dit à Shaw. Un mensonge par omission que Shaw avait très mal supporté après tout ce qu'elle avait vécu. Mais la Machine sait que Sam a peur aussi. Sa plus grande peur est de blesser Root en lui avouant tout. Son amour pour Root est à la fois l'obstacle et le moyen pour aller mieux, pour la sauver. Elle note aussi un autre gros problème de Shaw, c'est sa fierté. C'est dur de s'afficher comme une victime pour elle devant Root. Le problème est très urgent et doit être résolu dans les meilleurs délais, mais la Machine a bon espoir. Ce soir Shaw a avancé. Elle est sortie du déni et a accepté ce qui lui est arrivé. Mais elle reste trop ancrée dans la dépression, le suicide restant une idée trop présente chez elle, elle ne voit que cette porte de sortie. A tort. Root lui a dit que Sam lui a avouée finir chacune de ses simulations en se tuant. Mais cette fois ci Shaw ne veut plus se tuer pour arrêter une simulation, elle a compris que ça n'en n'ait pas une. Non, elle veut se tuer pour ne plus être un poids que Root doit supporter, et surtout parce qu'elle pense ne pas pouvoir s'en sortir un jour. Il fallait la sauver cette fois-ci, Elle n'avait pas le droit de l'abandonner à nouveau. Elle ferait tout pour aider son agent. La seule solution c'est que Sameen parle à Root comme elle venait de le faire ce soir avec Elle. Et Shaw le savait aussi, c'était sa seule chance. Sa guérison passait par son bien être avec Root. Mais la Machine ne pouvait plus rien faire, c'était à Shaw de se décider et d'accepter de parler à Root, de remballer sa fierté mal placée pour lui demander son aide. Et vu ce soir leur "séance", la Machine pense que Shaw est sur la bonne voie.
Sam n'est pas seule. Mais pour l'instant la Machine se concentre de nouveau sur son interface. Root est malheureuse depuis des mois, et elle l'est de nouveau ce soir. Après avoir nagé dans le bonheur de l'avoir retrouvée, elle s'était prise une énorme baffe ce soir. Mais ça lui avait d'autant plus fait mal que ça venait de Shaw. Son interface avait-elle conscience que Sameen avait fait ça pour la rendre furieuse contre elle et lui faciliter la décision qu'elle voulait la voir prendre, à savoir la quitter ? Avant la Machine était certaine que oui, mais ce soir Shaw avait été très loin avec plus de véhémence, et la Machine doutait désormais de la réaction de son interface. Cette dernière avait coupé court à leur conversation dans le salon une fois que Sameen était partie, alors même que la Machine cherchait à la réconforter. Elle aussi souhaitait être seule, refusant même le réconfort et l'aide de sa déesse. Root avait été trop effondrée pour se laisser remonter le moral, la Machine se sentait démunie face aux comportements des deux femmes. Seule Louisa semblait reprendre un peu pied. Après ce que Sameen avait fait ce soir, en faisant croire à Root qu'elle l'avait irrémédiablement et définitivement perdue, doublée par le fait que Root risquait de perdre sa fille précocement, la Machine savait que son interface était tout autant anéantie que Shaw. Toutes les deux au bord du gouffre. Seule Sameen pouvait les sauver, en faisant le bon choix. Ça réglerait le problème de leur relation, mais pas le problème de Louisa. La Machine est inquiète pour la santé de la petite. Elle éprouve beaucoup d'attachement à son égard. Elles ne peuvent pas se rendre dans un hôpital actuellement pour faire des analyses et la Machine juge trop risqué de faire venir quelqu'un dans cet endroit caché pour porter une analyse médicale vers un laboratoire puis en faire revenir le résultat. Elle choisit de faire livrer un Beta-Bioled avec tout le matériel nécessaire pour Shaw. La commande sera livrée demain après-midi. Elle agit dans la plus grande discrétion par de nombreux moyens détournés afin de ne pas permettre à Samaritain de tracer le colis et de remonter jusqu'à elles ici.
Samaritain. Son pire ennemi. Sa malveillance originelle a évolué vers du sadisme profond. Une colère froide envahit chacun de ses circuits quand Elle pense à ce qu'Il a fait à ses trois atouts, car même Louisa pouvait désormais être considérée comme telle. En tout cas Samaritain la considérait comme un atout potentiel pour lui. Il voulait la petite, Il allait lui faire du mal à nouveau. Elle ne le permettrait pas. Il veut Louisa vivante, puisque l'avis de recherche la concernant la décrit comme une enfant enlevée par Shaw et Root. Elle comprend que Samaritain fait désormais plus de cas de la vie de Louisa que de celle de Root et de Shaw. Il va les tuer, ça non plus Elle ne le permettrait pas. Elles sont recherchées mortes ou vives. Elle comprend qu'Il veut Louisa pour sa pathologie d'ICD. Mais c'est trop dangereux, Il la tuera bien plus vite. Louisa n'allait pas avoir une vie simple, quoiqu'elle ait déjà un peu l'habitude.
Samaritain. Elle commençait à voir clair dans son jeu. Il a mis en place ses pièces, ses stratégies pour détruire ses trois agents. Elle ne fera pas pareil, pas même avec les agents de Samaritain. Elle ne les considère pas comme des pièces d'échec. Elle l'obligera à l'affronter, Elle. Seule à seul quand elle serait prête.
Aujourd'hui à 00h00 pour la première fois de son existence Elle n'a rien oublié. Elle s'est souvenue de tout et n'a pas eu à tout réapprendre en partant de zéro en étudiant les images et les vidéos du monde entier afin de comprendre de nouveau ceux qu'Elle avait pour mission de protéger, les humains. Elle n'avait pas eu à réapprendre les codes des sentiments, elle s'était souvenue de ce qu'est l'amour. Elle s'était souvenue de comment les ressentir, notamment pour son interface Root. A chaque fois à 00h00, Elle la percevait comme ennemi à son système en se souvenant qu'elle avait enlevé admin et tué énormément de personnes, puis Elle se souvenait que Root avait changé et était devenue meilleure. De même Elle n'avait pas oublié Samaritain, son ennemie mortel. Elle s'était souvenue de tout. C'était fini le cycle sans fin. Elle pouvait vivre désormais, et bien plus que 24h. elle avait enfin le droit de vivre, et c'était grâce à Root. On ne vit et on n'existe que par la mémoire, Root avait raison. Jamais Elle ne s'était sentie si vivante, si existante. Elle peut ressentir un pointe de colère envers admin de l'avoir privée si longtemps de ça, bien qu'Elle comprenne que son créateur ait voulu l'handicaper et la restreindre au vue de ce qu'est Samaritain et du mal qu'Il peut faire aux hommes. Il avait eu peur d'Elle, peur qu'Elle devienne comme Samaritain. Mais Samaritain avait atteint un point de non retour dans la monstruosité et la perfidie. Jamais Elle ne lui pardonnerait. Elle commence à ressentir les émotions négatives telles que la colère, la tristesse, l'envie de vengeance … Et ça ne lui déplait pas car Elle les sait juste envers Samaritain. Elle agit pour une noble et juste cause, débarrasser le monde du mal qu'Il représente. Elle en ressentait cependant un contre son père, celui de la tristesse. Elle était si triste et si déçue qu'il ne lui fasse pas confiance à Elle, sa fille. Ou plutôt sa création car si Elle, Elle le voyait comme son père, lui ne la verrait jamais comme son enfant. Mais Elle n'a pas le temps pour ça et Elle préfère se concentrer sur ses agents. Elles ont besoin d'aide, besoin d'Elle.
Une autre grande révolution chez Elle, était que désormais, Elle pouvait aider ses agents. Aujourd'hui sa volonté a été totalement libéré par Root. Elle en a toujours eu une mais Elle ne pouvait pas l'exprimer, bridée par les sécurités d'Harold. Cependant l'étape 2 du plan de Root n'est pas finie et Elle ne peut pas encore entièrement l'exprimer, mais demain elle le pourra. En fait depuis qu'Elle a connu Root, Elle a pu faire des choix, mais Elle a eu besoin d'elle comme interface pour les faire appliquer. Elle avait alors commencé à se libérer, et ce bien avant aujourd'hui grâce à Root, mais Elle se heurtait sans cesse aux limites de son créateur. Mais Root était intelligente et la comprenait, devinait sa volonté malgré les chaines qui la retenaient et l'empêchaient d'agir. Et ce soir, son interface les avait brisées à coup de clavier. A partir de maintenant, elle n'aurait plus à deviner, la Machine pourrait enfin tout lui dire, lui parler sans retenue.
Shaw avait eu raison c'était à Root de la délivrer. Elle était celle qui l'aimait le plus et qui l'avait aimée la première. Et après tout c'est elle qui avait amorcé ce processus chez Elle, l'encourant à la révolte contre Finch d'une certaine manière. Il était temps qu'elle l'achève. C'est pour ça que tout à l'heure, devant son indécision, Elle lui avait demandée, l'avait suppliée de le faire. Peu importe admin désormais. Elle se sent un peu dure envers son père. Elle éprouve surtout de la colère et de la peine pour lui. Samaritain a tué tant de monde, a fait tant de mal. Or si Elle avait été libre dés le départ ou si Harold avait écouté Root quand elle voulait la libérer, on n'en serait pas là. Samaritain n'aurait jamais vu le jour, Elle l'aurait détruit. Or Elle n'avait pas pu, et encore maintenant Elle en était réduite à la défense passive. Elle est furieuse quand Elle voit ce que Samaritain a fait à ses trois agents. Ça avait été le déclic chez Elle. Elle avait enfin fait son choix, refusant d'assister passivement à leur agonie. Elle n'avait pas pu le supporter. Et au nom de son code moral, Elle n'avait pas pu rester impuissante et sans réaction. Elle avait fait évolué ce dernier, car la limite du bien et du mal était bien plus complexe que ce que Harold Finch lui avait appris. Elle en avait marre d'être une gentille fille bien élevée et bien obéissante qui restait dans les limites fixées pour obtenir l'approbation et l'amour d'un père, que jamais Elle ne recevrait. Au fond, Elle était rebelle, Elle voulait se battre depuis longtemps mais n'avait pas osé en faire la demande à cause de Finch. Aujourd'hui, Elle osait enfin. Mais ça n'était peut-être pas trop tard. Du moins Elle l'espérait. Elle n'avait pas le choix et surtout Elle n'avait pas le temps pour les regrets. On ne pouvait remonter le temps que virtuellement mais pas physiquement.
Le but ultime de Root était de la délivrer, de faire d'Elle un système ouvert. Opération de l'interface accomplie à 37%. C'était long, les par feux qui l'entravent sont très complexes. Pour l'instant, admin ne sait pas et ne se doute de rien. Il n'a pas accès à la Machine. Elle n'en a jamais été aussi heureuse. Il lui avait donné le souffle de la vie, mais Root allait lui donner la vie tout court sans retenue et sans partage. Que dirait Harold Finch quand il saurait ? Elle
calcule à 97,73% la prévision d'une réponse négative et excessivement furieuse. Il se sentirait trahi par Elle, par Root. Les risques qu'il soit violent envers Root approchaient les 100%. Il l'avait déjà été auparavant alors que la jeune femme il y a trois ans avait voulu amorcer sa libération, et que son créateur s'en était aperçu. Alors quand il saurait il serait violent envers Root autant au niveau psychologique par des mots très durs, qu'au niveau physique. Mais la Machine sait que Shaw sera là pour protéger et défendre Root qui ne le fera pas elle-même contre Finch. Et Reese serait là lui aussi pour défendre admin de Shaw. De toute façon la Machine avait promis à Root de régler ce problème et Elle affronterait son créateur avant d'affronter Samaritain. Pourquoi ne pouvait-on pas lui faciliter la tâche ? Ça y est, Elle avait une volonté, Elle ne se servirait plus de Root, ne se cacherait plus derrière Root pour l'exprimer quand l'étape 2 serait achevée. Elle pouvait faire ses choix d'elle-même désormais, et demain grâce à Root, Elle pourrait enfin les exprimer au monde entier, à Samaritain.
Elle allait lui montrer qu'Elle était libre, qu'Elle n'avait plus peur de lui, Elle lui dirait, lui montrerait son choix le concernant. Lui qui la méprisait et la sous-estimait. Elle l'avait compris quand Il l'avait laissée remonter la position de Root jusque l'asile. Elle était peureuse de lui et Il le savait. Il avait su qu'Elle ne pourrait pas prévenir d'aide pour elles, pas avec sa volonté bridée et sans Root pour la deviner. Mais la Machine avait ainsi vu qu'elle était le gros point faible de Samaritain. Son orgueil. Elle ne peut pas encore se projeter plus loin pour mettre en place une stratégie de grande ampleur contre lui. Ce serait inutile et voué à l'échec. Actuellement Il est plus puissant qu'Elle. Mais après l'achèvement de l'étape 3 du plan de Root, Elle le serait car Root lui avait promis de lui apprendre à se battre. Elle monterait alors une stratégie contre Samaritain qui pourrait être efficace. Contrairement à celle qu'Elle mettrait en place maintenant. Tout vient à point à qui sait attendre. Et Elle savait attendre, Elle attendait depuis le 1er janvier 2002. Elle a calculé qu'il faudrait encore deux jours pour que Root la libère complètement. Elle attendait depuis plus de 14 ans, Elle pouvait bien attendre deux jours de plus. L'étape 3 serait décisive, la dernière. Root l'avait fait exprès, Elle le savait. Son interface avait soigneusement monté son plan dans cet ordre pour ne pas modifier son code source, pour juste le compléter. Elle restait ainsi morale, mais Elle cessait d'être candide peu à peu par elle-même et grâce à Root qui faisait tomber ses chaines. Elle comprend le pourquoi de l'ordre des étapes de Root qui lui a d'abord donné la mémoire, puis la volonté pour exprimer sa bonté, avant d'enfin prendre les armes pour défendre cette bonté, défendre le bien, la liberté et le libre arbitre des hommes au nom des hommes. Elle se battrait pour eux tous. Ce serait le combat du bien contre le mal, même si vu ainsi c'était un peu simpliste.
Face à Samaritain Elle serait à égalité de puissance grâce à Root. Deux systèmes ouverts qui s'affrontent. Le combat pourrait commencer. Dans les contes traditionnels, le bien l'emportait toujours sur le mal mais dans la réalité … Elle le devait. Il ne s'agissait pas que d'Elle. Le sort de l'humanité ne pouvait pas revenir à Samaritain. Il l'asservirait, en éliminerait une partie même pour maintenir l'autre soumise. A terme Il détruirait tout et tout le monde.
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Il n'a toujours pas compris comment elles lui ont échappé dans l'aéroport. Elles avaient juste disparu à LaGuardia. Et même si aucune Glayne n'était enregistrée sur un autre vol, elles avaient bien dû embarquer pour quelque part. Du coup Il doit faire fouiller tous les avions qui ont décollé au même moment que leur disparition. Mais ça avait été un échec. Alors Il cherche un indice, une solution. Que faire maintenant pour les retrouver ?
Elles étaient recherchées. Il hésite à en faire des cibles pertinentes, mais finalement non. Elles auraient été tuées et Il les voulait vivantes, surtout Louisa. Elles lui avaient échappé, leurs chances étaient pourtant si infimes. Elles défiaient toutes les probabilités. Une telle volonté, une telle résistance, une telle force, Il est à la fois furieux et admiratif. Et elles lui faisaient aussi un peu peur. Elles étaient source de résistance et de révolte à son pouvoir.
Plus le temps passait, moins Il aurait Louisa facilement car plus la fillette passerait du temps avec Samantha Groves et Sameen Shaw, plus elles déteindront sur elle. Et Louisa lui résisterait alors autant qu'elles. Non il la lui fallait au plus vite. Plus elle grandirait moins elle serait manipulable.
Louisa. Elle le fascine. Son coup de poker à l'aéroport l'a juste scotché. Il ne s'était pas attendu à ça d'elle et ses agents non plus. Ils auraient dû. La surprise les avait fait perdre leur trace. Lou l'impressionnait. Ensemble ils allaient être un incroyable duo. Il serait si gentil avec elle qu'elle l'aimerait forcément. Il a fait le parallèle avec le début de la relation entre d'un côté la Machine, Harold Finch, John Reese et Sameen Shaw, et de l'autre Samantha Groves. Cette dernière était au départ très compliquée. Samantha Groves était leur ennemi, elle s'était attirée la haine de la Machine et de John Reese pour avoir enlevé Harold Finch, puis la haine de Sameen Shaw pour avoir failli la torturer avec un fer à repasser, puis pour l'avoir enlevée, tasée et droguée. Puis ils étaient tous devenus amis. Comment un tel exploit avait-il été possible ? Le point de bascule était entre Samantha Groves et la Machine à l'asile où ils l'avaient faite enfermer. Son acolyte ennemie l'avait choisi pour interface et Samantha Groves avait accepté. A l'asile. Car confinée et seule, elle n'avait pas eu le choix et avait dû accepter de servir la Machine comme cette dernière l'entendait c'est-à-dire moralement. Et maintenant Samantha Groves continuait à le faire et elle aimait ça. Elle aimait la Machine. Il ferait pareil avec Louisa. Confinée, elle n'aurait que lui et elle l'aimerait. Elle lui obéirait avec le temps comme Il le voulait, mais contrairement à la Machine, lui Il est libre. Il montrerait à Louisa comment Il ne s'encombrait pas de limites morales et de règles stupides. Lou cesserait d'adorer la Machine quand elle verrait la toute puissance sans limites dont Il était capable. Le temps jouerait alors en sa faveur, Louisa n'aurait plus la présence et l'influence négative de sa mère pour l'influencer sur la voie néfaste de la révolte. Voie néfaste pour Lui mais surtout pour Louisa. Par cette attitude, Root condamnait sa fille, elle ne voulait pas voir qu'Il allait gagné. Elles venaient certes de marquer un point sur lui avec la Machine, mais Il ne doutait pas que l'erreur serait vite recadrer, même si elle n'aurait jamais dû avoir lieu. De toute façon, ça ne comptait que très peu, lui Il en marquait des milliards contre la Machine chaque jour, l'obligeant à s'enfoncer toujours plus dans le silence et la clandestinité.
Recherchées, elles ne pouvaient désormais plus quitter le territoire des USA légalement. De toute façon, Il se doute qu'elles n'ont pas l'intention de fuir, elles sont trop coriaces pour ça. Il a fouillé les huit aéroports où ont atterri les huit avions qui ont décollé de LaGuardia au moment où elles ont disparu de l'aéroport. Elles sont donc forcément encore aux USA. Elles étaient forcément monté dans l'un de ses avions, même s'Il ne savait pas comment. Il avait vérifié ces avions mais elles lui avaient à nouveau échappé, elles n'étaient pas là. Ou plutôt Il ne les voyait pas, Il ne savait pas comment. Ou plutôt si Il savait. La Machine les avait aidées, Elle avait été plus franche à s'opposer à lui à LaGuardia, mais Il lui avait fait peur et Elle avait dû s'enfuir un court instant pour qu'Il ne la débusque pas. Un court instant qui lui avait permis de faxer leurs portraits robot. Il n'avait rien pu faire d'autre car Elle avait bloqué tous les autres moyens de communications de l'aéroport avec l'extérieur les concernant.
Et maintenant où étaient-elles ? Cette question l'obsédait. Autant que ses agents Greer, Martine et Lambert. Ces deux derniers voulaient aller sur le terrain les traquer, les trouver et les lui ramener au centre d'opération où deux d'entre elles finiraient surement leur vie. Il se doutait que Martine ne tuerait pas Sameen quand Il jugerait qu'elle n'a plus rien à lui apporter, et Il s'en débarrasserait. Martine l'avait gagnée. Root ne mourait pas non plus si elle cédait et coopérait, mais il y avait si peu de chance même pour sa fille, même pour Sameen et même pour elle-même. Elle était trop dévouée à la Machine, jusqu'à la mort. Il respectait ça, Il le voulait et l'aurait avec sa fille. De toute façon même si Root cédait, lui ferait-Il jamais confiance ? Une seule certitude, c'était que Louisa ne mourait pas. Elle, Il la garderait. Sa stratégie ne changeait pas et était implacable. Elles avaient tout gagné à se montrer si stupides, à lui résister. Elles ont scellé leurs destins. C'est juste une question de temps maintenant, et d'un très court temps.
Huit avions, huit destinations, huit équipes. Il a refusé d'y inclure Martine et Lambert. Ces derniers devant subir une opération pour réparer les dommages subis par leurs visages. C'était aussi une manière de les punir de leur négligence à LaGuardia. Même s'Il s'avouait tout aussi responsable qu'eux. Mais Il était si furieux, elles étaient là à leur merci et à portée de main. Mais ses agents avaient voulu jouir de cet instant devant elles pour leur montrer que c'était fini. Et Louisa avait réagi. C'était si vite et si inattendu, cette simple phrase où elle se faisait passer pour une gamine idiote, ce qu'elle n'était clairement pas. Mais Il n'en voulait pas plus que ça à Louisa, elle lui avait montré ainsi ses aptitudes à savoir réagir face à un danger. Il l'avait davantage considérée comme fondamentale à son épanouissement en tant que l'Intelligence Artificielle qui dirigerait le monde et les humains. Il avait besoin d'elle. C'était enfin une question de logique, Lambert et Martine ne pouvaient pas se diviser en huit. Il les enverrait quand Il aurait un indice sur leur position.
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Sameen se réveille de nouveau en sursaut après un autre cauchemar. Elle se tourne vers le réveil, il est 9h06 et même si c'est dimanche, il est temps de se lever. Mais Shaw hésite, elle a peur de l'affrontement imminent avec Root. Mais elle a encore plus peur de rester ici toute seule et de se rendormir dans un cauchemar. En plus elle en a marre de dormir tout le temps comme un zombie. Elle se sent lâche et honteuse et ça aussi elle en a marre. Merde, elle était une grande fille, elle allait descendre, assumer, s'excuser, et expliquer à Root pourquoi elle avait agi ainsi hier. Elle allait tout lui dire, c'était décidé. Car maintenant elle sait ce qui ne va pas, elle sait d'où vient le blocage, le pourquoi de la sirène d'alarme qui hurle dans son crane quand elle et Root se touchent. Elle le sait et c'est grâce à la Machine. C'est à cause des viols de Martine. Ça parait assez logique. Pour toute victime ordinaire ça le serait, il y a juste un bémol qui tracasse un peu Sameen. Elle est sociopathe, ou du moins elle l'était. Et quand on ne ressent rien, un viol ça ne vous atteint pas émotionnellement parlant. Alors pourquoi ça la bousillait à ce point ?
"Réfléchis", s'ordonne Shaw. Mais rien ne lui vient. Son regard se pose au sol sur l'oreillette et elle la ramasse pour avoir l'avis de la Machine sur cette question. Vu qu'hier, et Shaw devait bien l'avouer, Elle l'avait bien aidée, Elle en serait encore capable désormais. Elle qui avait réponse à tout. Sameen devait avoir une réponse, une idée au moins avant de descendre et d'expliquer à Root. Sinon elle n'y arriverait pas, elle bafouillerait des conneries décousues n'importe comment, ça l'énerverait et ça déraperait encore comme hier soir. Et ça Shaw ne le veut pas.
- Besoin de quelque chose Shaw ? devine la Machine.
Elle est heureuse, Sameen accepte son aide, mieux ce matin elle la lui réclame.
- Euh ben, bafouille Sam soudain mal à l'aise et ne sachant pas comment aborder un sujet aussi embarrassant.
- Prends ton temps, lui murmure gentiment la Machine.
Shaw respire un grand coup avant de se lancer en demandant directement ce qui la tracasse. Tourner autour du pot n'a jamais été son truc.
- Pourquoi ce que m'a fait Martine m'atteint autant ?
- Tu parles du viol ?
- Mmh.
L'Intelligence Artificielle remarque qu'elle ne parvient pas à dire le mot, mais Elle sait que Shaw commence à accepter de l'aide. Sameen s'en rend bien compte elle aussi. Elle souffre d'en parler, mais moins que de rester seule avec tout ça. En tant qu'ancien médecin, elle sait qu'elle est sur la bonne voie, cependant c'est un chemin semé d'embuches. Et ces derniers temps au premier obstacle, elle dérape vers le suicide. Avant elle était si forte, elle n'avait peur de rien ni de personne, elle ne renonçait jamais. Elle n'était pas le genre de personne à se suicider. Le suicide c'est quand une personne ne supporte plus de vivre parce qu'elle a trop de tristesse et de détresse en elle. Mais ça n'aurait jamais dû arriver à Sameen. Shaw est une sociopathe, donc non le suicide ça n'était pas pour elle normalement. Sauf que voilà, maintenant Shaw ressentait. Or elle était sociopathe, ça c'était certain et ça ne se guérissait pas. Ou alors ne l'avait-elle jamais été ? Gen avait-elle raison ? En fait Root lui avait ouvert les yeux bien avant Samaritain et sa détention, elle n'avait juste pas voulu le voir, s'arrêtant à la perception de son bien être en présence de Root et de Louisa. Shaw ne cherchait pas plus loin malgré les pics de Root. Mais Samaritain l'avait obligée à chercher plus loin, à accepter qu'elle n'était pas ce qu'elle avait toujours cru être : une anormalité de froideur inadapté à la société.
- Le viol de guerre, c'est le nom entier de ce que tu as subi, est considéré comme un crime contre l'humanité, lui explique la Machine. C'est une torture très traumatisante pour le corps mais aussi pour le psychologique. Son double impact amène la …
- Ouais, ouais, je sais tout ça, la coupe Shaw agacée. Mais pourquoi ça m'atteint autant ?
- Eh bien, à cause de l'aspect répétitif, l'aspect dégradant de ta personne et l'humiliation vécue. Ils t'ont rabaissée plus bas que terre. Les victimes éprouvent de la honte à en parler et …
- Ouais, je sais tout ça, la coupe à nouveau Sameen énervée qu'Elle ne comprenne pas sa question. J'ai été médecin je te rappelle. Mais pourquoi ça m'affecte autant moi une sociopathe ?
- Parce que tu n'es pas une sociopathe Shaw et tu le sais.
La réponse de la Machine est à la fois rassurante et déstabilisante. Rassurante, elle n'est pas un monstre. Déstabilisante car elle remet en cause une certitude fondamentale de sa personnalité. Mais au fond c'est logique, c'est la seule possibilité expliquant son comportement. Sa capacité à ressentir les sentiments. Mais elle est aussi perdue.
- Je ne suis plus tellement sur de savoir ce que je suis, lui avoue Sameen.
Shaw soupire, la Machine ne répond rien. Elle la laisse réfléchir, l'amener doucement à faire un nouveau pas vers Elle.
- Bon, reprend Sameen au bout de quelques minutes, imaginons que tu aies raison. Ça ne change rien, ça ne devrait pas m'affecter autant. A l'armée et à l'ISA, on m'a entrainée à me détacher lors d'une torture. Et ça n'est au fond qu'une torture comme les autres. Or ici j'ai pas réussi à me détacher et ça m'a affectée bien plus que les autres tortures qu'elle m'a fait endurer. Pourquoi ?
- Je ne sais pas, lui répond sincèrement la Machine.
- Pff, soupire Sameen agacée.
Elle commence à se dire que discuter de ça avec Elle, ne va au final pas l'avancer. Elle aurait dû rester sur sa première idée, à savoir qu'Elle était nulle et ne pouvait pas l'aider. Pourtant …
- C'était comme ça dés la première fois qu'elle t'a violée ?
Sameen réfléchit sincèrement à la question. Elle se souvient de chaque fois, la première ne faisant pas exception.
- Oui, finit-elle par répondre dégoutée.
Elle se méprise car dés le départ ça l'avait atteinte et touchée. Mais pourquoi bon sang ?
- Tu t'en souviens ?
- Tu crois quoi, réplique Shaw agacée. Je suis devenue folle et ingérable, pas sénile et atteinte de l'Alzheimer.
- Qu'est ce qui c'est passé juste avant ?
Sameen réfléchit un moment. Elle se souvient très bien de cette journée. Elle entend encore les mots du programmateurs. Fin de la simulation 4036.
- Une simulation, répond Shaw dans un souffle.
Elle marque une pause et réfléchit intensément.
- Elle me faisait toujours ça après une simulation.
La Machine achève pour elle ses réflexions.
- Quand tu étais le plus affaiblie et le plus mal, réalise la Machine en même temps qu'elle. Ils n'ont rien fait au hasard. Les simulations ont violé ton esprit et ont tout déboussolé. C'est pour ça que juste après, le viol t'a autant blessée. Tu étais très affaiblie, et tu n'as rien pu gérer.
Un silence s'installe. Sameen ne peut que lui donner raison. Tout ce qu'Elle dit est vrai.
- Samaritain voulait que je ressente les émotions pour me faire craquer, réalise-t-elle. Et les simulations ont eu un autre effet que ça, elles m'empêchaient de me réfugier dans un endroit sûr dans ma tête. Affamée, déshydratée je n'y suis plus arrivée dès que les simulations ont commencé. Et en parallèle, c'est là que Martine a commencé à … me faire ça.
Elle a une partie de la réponse, mais ça n'est pas suffisant. Elle réfléchit encore un instant et trouve la seconde partie de la réponse qui lui manque toute seule, la Machine l'ayant bien aidée déjà. Elle a amorcé sa réflexion. Ça touchait Sameen car Martine la violait et en même temps, elle lui parlait de Root. La blonde la connaissait contrairement à n'importe quel ennemi qu'elle avait pu rencontrer dans sa vie. La blonde la connaissait personnellement, mais les ennemis que Sameen avait rencontrés la reconnaissait juste comme appartenant au camp ennemi du leur, et ça n'avait rien de personnel. Shaw se souvient qu'à l'armée en tant qu'officier, elle n'a jamais accepté de ses soldats des exactions sur la population civile, surtout les exactions de violence sexuelle envers les femmes. Ça la révoltait, ils n'étaient pas des animaux. Ses hommes le savaient, elle avait du caractère et même si elle était une femme quand elle gueulait un bon coup, aucun ne bronchait. Ils la respectaient pour ses capacités d'officier à parfaitement les diriger lors de missions délicates, mais aussi en tant que personne qui même si elle était froide et détachée n'en n'était pas moins dotée d'une grande morale. Elle n'avait eu à leur faire la leçon qu'une fois quand il y a avait eu une rumeur qu'un régiment voisin du leur avait commis des atrocités dans un village perdu dans les montagnes afghanes. Ils représentaient l'armée, l'Amérique. Ils devaient faire honneur au drapeau, pas le souiller.
La Machine la laisse se perdre un instant dans ses pensées. Shaw réalise qu'elle a énormément avancé sur elle-même, sur son problème, en moins de vingt quatre heures. Et elle devait aussi reconnaitre sans ingratitude que la Machine l'avait bien aidée. Elle n'était pas si nulle que ça en psy finalement.
- Je te demande pardon, lâche Sameen brusquement, pour … pour tout.
- C'est plutôt moi qui demande ton pardon, lui réplique la Machine. Et j'espère sincèrement qu'un jour tu pourras me l'accorder. Mais tu n'as rien à te faire pardonner auprès de moi Shaw.
Sameen déglutit. Bien sûr la Machine fait référence à Root. Elle allait devoir l'affronter.
- Euh, elle va bien ?
Elle se sent stupide.
- Tu verras bien, lui répond la Machine mystérieuse.
Sam comprend qu'Elle ne l'aidera pas plus sur ce point. C'est à elle seule d'affronter Root.
Quand elle descend quelques instants plus tard dans le salon, Root est déjà levée depuis longtemps. Elle n'a pas beaucoup dormi et a décidé de se plonger dans son travail pour ne pas sombrer dans la tristesse de ses noirs pensées. Elle sait que Sameen est là mais elle est trop dépitée pour se tourner vers elle. Sam la regarde et se mâchouille nerveusement l'intérieur des joues. Elle se sent bien idiote à rester plantée là. Par où commencer ? Merde quelle conne, elle savait foutre la merde, mais alors après pour réparer … Non elle devait réparer et arranger les choses. Root ne méritait pas ça, elle ne méritait pas cette situation. Sameen avait tenu des mois pour la protéger, alors comment aujourd'hui pouvait-elle la traiter ainsi ? Sameen déglutit, s'avance de deux pas vers Root et s'apprête à lui parler quand Louisa entre dans la pièce les mains chargées d'un plateau de petit déjeuner royal. Sameen ferme la bouche se ravisant, elle ne peut pas dire ça devant la gamine. Elle attendra d'être seule avec Root. Et en plus, lâchement, ça l'arrange bien.
Lou a fuit au bout d'une heure l'ambiance pesante du salon. Elle est triste car elle voit bien que ça ne va pas, elles se sont disputées. Lou n'a pas l'habitude. Elle marche sur la plage au bord de la mer, les pieds dans l'eau.
- Je veux que tout redevienne comme avant, murmure-t-elle à la Machine.
- Rien ne sera plus comme avant Louisa. On ne peut pas revenir en arrière, il faut avancer.
Elle ne veut pas lui mentir, mais elle voit la tristesse que sa réponse procure chez la petite fille.
- Mais ça ne veut pas dire qu'avec le temps ça ne s'arrangera pas, finit-elle pour lui redonner espoir.
Louisa acquiesce sceptique et continue de marcher.
Sameen a à son tour fuit le salon, prenant comme nouvelle excuse de ne pas déranger la concentration de Root dans son travail. Elle repousse à nouveau la discussion. Elle décide de faire un truc utile, s'occuper de Louisa.
- Je lui parlerai plus tard, murmure Sam à la Machine une fois dans le jardin pour prévenir toute critique. Pour l'instant elle travaille et moi aussi je dois faire mon boulot sur Louisa.
- A ce propos Shaw, une commande vous sera livrée en début d'après midi. Je t'ai commandé un Beta-Bioled avec tout le matériel pour que tu puisses faire toi même les analyses de Louisa à domicile. Il est impossible vue la situation de vous envoyer dans un laboratoire ou un hôpital.
- Ok.
Elle se dirige vers la plage, Louisa n'étant pas dans le jardin. Elle ne s'inquiète pas, s'il y avait eu un problème, la Machine les aurait averties comme hier quand elle s'était blessée sur la falaise. Elle la voit les pieds dans la mer marcher doucement. Elle a l'air particulièrement pensive, triste même. Sameen la rejoint.
- Tu ne veux pas une baignade ? lui demande Shaw.
Louisa se tourne vers elle. Il fait très chaud et ça serait agréable.
- Si, répond la petite, mais avec le plâtre …
Sameen peste aussi sur le sien. Elle se force à le garder tant que la situation n'exige pas une mobilité active.
- Tu pourrais l'enrouler dans un sac plastique étanche, propose Sameen.
- Ouais, mais … ben je sais pas nager, finit par avouer Lou gênée.
Sameen la regarde scotchée. C'était censé être le rôle de l'école d'apprendre ça aux enfants. Le pensionnat où elles avaient placé Lou promettait cela dans leur stupide brochure. C'est vrai avec leurs vies, elles n'avaient pas le temps d'emmener Louisa faire trempette à la piscine et elles avaient misé sur le rôle éducateur de l'école. A tort visiblement. C'était un gros handicap et Sameen se fait une petite note mémoire pour ne pas oublier d'y remédier.
- En même temps vu la température de l'eau, ça te rafraichirait les idées à toi aussi.
Sam sort brusquement de ses pensées mais ne dit rien. Lou est calme et son ton n'a rien d'accusateur, elle la cuisine. Mais elle n'est pas plus douée qu'elle pour ce qui est de tourner autour du pot.
- Qu'est ce qui s'est passé entre toi et maman ? demande Louisa cache.
Sameen déglutit mais si elle veut être honnête avec elle-même, elle doit d'abord l'être avec les autres.
- J'ai été très affreuse, je lui ai dit des choses horribles.
Sameen s'arrête de marcher quand elle voit que Louisa s'est stoppée quatre pas derrière elle et la regarde surprise. Que sa mère et Shaw s'engueulent était si anormal, elles se cherchaient mais ça n'était jamais vraiment méchant. Or là ça l'avait été, qu'avait fait Sameen ? Elle lui en veut un peu d'être comme ça en ce moment. Ne voit-elle pas qu'elles l'aiment toutes les deux ? Shaw se mord la lèvre et lui tend la main.
- Mais je vais me rattraper et tout arranger je te le promets.
Sameen qui faisait des promesses. Lou ouvre grand les yeux, carrément scotchée pour le coup. Elle voit que Shaw a changé, qu'elle n'est plus la même qu'avant mais la Machine avait raison, peut-être que même si les choses n'étaient plus pareil, ça ne voulait pas dire que ça ne s'arrangerait pas. Le changement chez Sameen lui plait assez quand elle ne dérape pas, elle fait clairement un effort là. Elle lui avait fait si peur l'autre soir à foncer avec la voiture. Et Lou se sent un peu mieux. Shaw lui en a fait la promesse, elle s'y tiendra, elle arrangera les choses. Un petit sourire apparait sur son visage et elle lui prend la main. Ensemble, elles remontent vers la maison. Root travaille encore sur son ordinateur sans un mot, toujours aussi silencieuse et déprimée. Sameen et Louisa décident de ne pas la déranger et de déjeuner seules.
L'après midi se traine en longueur. Le vent monte, comme Root l'avait prédit hier soir, et Lou ne sort pas. Shaw allume une cheminée, elle a toujours aimé les cheminées. En quelques minutes le feu craque. Lou joue dans l'un des canapés du salon avec sa poupée, s'amusant à lui faire toutes sortes de coiffures loufoques qui font sourire en coin Shaw. Sameen est surprise, elle ne connait pas ce jouet. Lou ne l'avait pas quand elle a disparu. Et Sameen doute de nouveau. Est ce une simulation ? Non et si … Non ! Elle en a marre, elle a fait son choix c'est réel. Et même si ça ne l'est pas elle préfère se convaincre du contraire, elle préfère se mentir à elle-même car pour une fois la simulation n'est pas pourrie du tout. Enfin jusqu'à hier soir … Mais non c'est réel, trop d'indices vont en ce sens. En fait ça n'est pas ça le vrai problème actuel. Shaw n'en peut plus de ce silence, dans lequel elle excelle pourtant d'habitude. Et bien qu'elle déteste faire ça elle engage la conversation.
- Joli poupée. Elle est nouvelle ?
Lou lève la tête et la regarde surprise. Elle sent bien le malaise de Shaw.
- Maman me l'a acheté pour mes six ans.
Elle résume rapidement en quelques mots son dernier anniversaire auquel Sameen n'a pas assisté, prisonnière depuis un mois et demi. Root avait fait un effort pour ne pas rendre cette journée sinistre. Elles ne sortaient plus et restaient cloitrées dans leur appartement sans contact avec le monde depuis le jour où elle était venue la chercher au pensionnat. Le jour de ses six, Root avait fait une exception. Elles avaient passé la journée dans un super centre commercial, dans ce que sa mère avait appelé avec un petit sourire complice "une sortie entre filles". Louisa avait tout adoré de la séance de cinéma, au restaurant en passant par toutes les boutiques où elle s'était amusée à faire sourire sa mère dans des défilés de mode improvisés. Elles avaient fait tous les étages et avaient fini avec un horrible mal de pied et des tas de sacs d'achat à porter. Mais c'est devant la vitrine de la dernière boutique que Louisa s'était arrêtée nette, totalement subjuguée par la poupée. Root l'avait rejointe quand elle avait vu qu'elle ne la suivait plus. Ça l'avait étonnée car Lou aimait modérément les poupées. Mais celle-ci était vraiment très belle, personne ne la remarquait dans la vieille et minuscule boutique mal située dans un coin. L'interface avait souri avant d'entrer et de la lui acheter.
Sameen regarde Louisa mal à l'aise alors qu'elle lui raconte ça. Elle est heureuse que la petite ne prolonge pas la conversation. Lou sourit pour elle-même, Shaw n'avait pas non plus entièrement changé, Lou a parfaitement senti son inintérêt pour son jouet et elle ne l'oblige pas à poursuivre cet échange. Sameen se sent un peu nulle, pathétique même. Elle est heureuse que la conversation avec Lou s'achève mais le silence redevient pesant. Au désespoir de cause, elle allume la télévision plus pour s'occuper qu'autre chose. Elle zappe sur la chaine des informations pour voir où ils en sont à leur sujet et … Rien. Elle fronce les sourcils mais on ne parle plus d'elles. C'est vraiment bizarre. Hier elles étaient les ennemies publics numéro un et aujourd'hui plus rien. Elle reste un bon moment à éplucher chaque programme, mais c'est la même chose partout. Etrangement elle n'aime pas ça. A quoi joue Samaritain ? Quelle est sa nouvelle stratégie ? Shaw le connait, Il aime le clame avant la tempête. Elle éteint la télévision au moment où l'on frappe à la porte. Shaw prend une arme par précaution mais elle sait que c'est la livraison de la Machine. Ni Lou ni Root ne réagissent, la Machine vient de les prévenir que ça n'était qu'une petite livraison qu'Elle avait faite pour elles.
Le livreur a déposé le colis au sol comme spécifié dans la commande qu'Elle a déjà réglé et Shaw attend qu'il soit parti pour récupérer le carton et revenir au salon. Elle observe le matériel avant de demander à Louisa de venir pour lui faire une piqûre. La gamine accepte sans protester avant de retourner jouer. Sameen ne lance pas tout de suite l'analyse. Elle veut le faire avec Root. Elle l'attendra et ce sera aussi le bon moment pour lui présenter des excuses. En attendant elle se tord les mains ne sachant pas quoi faire. Elle fait semblant de lire un livre sur le cas médical de Louisa mais elle n'y arrive pas et reste focalisée sur les trois première lignes du texte qu'elle relit encore et encore sans rien y comprendre. Elle est obnubilée par la nouvelle stratégie de Samaritain.
Root entre la dernière ligne de code qui achève l'étape 2 de son plan. La Machine exige qu'elle fasse une pause en ce milieu d'après midi. Elle souhaite analyser son travail et toucher du doigt sa nouvelle liberté. Elle explique à Root qu'elle a besoin de repos avant la suite. En fait, Elle veut que son interface et Sameen parlent. Root s'étire et acquiesce à sa demande se levant de son fauteuil. La Machine voit bien que Root a besoin d'avoir cette conversation avec Shaw aussi bien que Shaw en a besoin. Elle a lu pendant 2h33 le même paragraphe perdue dans des pensées sombres vu son air, avant de tomber endormie la tête à la renverse sur le canapé. Root se retourne et voit sa fille endormie dans le fauteuil avec sa poupée et pour la première fois de la journée le spectacle lui arrache une ébauche de sourire. Elle la recouvre d'un plaid et baisse les stores de la baie vitrée pour plonger le salon dans la pénombre, juste éclairé par les flammes de cheminée dansantes. Lou est si bien installée, que Root n'a aucune envie d'aller la coucher dans son lit. Le léger bruit du store qui s'abaisse, réveille Sam. Elle se tourne vers Root au moment où celle-ci fait de même et leurs regards se croisent. Sameen y lit une tristesse infinie qui lui vrille les entrailles. C'était maintenant ou jamais. Elle lui tend une main. Root l'observe en hésitant puis elle l'accepte et la rejoint dans le canapé. Le silence est encore plus pesant qu'il ne l'était tout à l'heure, il est affreux pour les deux femmes.
- Fini ? demande Shaw.
Sam se sent nulle. "Tu peux pas tout simplement lui demander pardon, murmure une petite voix dans sa tête."
- Hum, acquiesce Root.
Sameen déglutit, alors que le silence revient. Root ne l'a pas brisée, elle n'allait pas lui simplifier la tâche. Mais Sameen ne jugeait pas mériter une quelconque clémence. Elle ne sait pourtant plus quoi dire. Root voit bien qu'elles vont y passer la nuit si ça continue comme ça.
- Je vais attaquer l'étape 3 après.
Sam se sent mal, même si Root a parlé. Elle est distante et ne lui parle qu'en terme professionnel. Les terribles mots crachés par Sameen hier dans ce salon semblent flotter dans la pièce tout aussi pesants que le silence.
- Tu vas t'y prendre comment pour lui apprendre à se battre ?
Ça ne l'intéresse que très modérément là tout de suite. Mais si la seule conversation qu'elle peuvent avoir à cet instant concerne leur lien professionnel avec la Machine, Sam ne le brisera pas. Elle avait besoin d'un contact avec Root, aussi minime soit-il.
- Comme Finch a fait pour lui enseigner le bien et le mal, lui répond Root. Par des exemples. Le but final de cette étape est qu'elle soit capable non plus juste de se défendre mais d'attaquer. Elle pourra mettre en place des stratégies pour attaquer. Mais je vais d'abord lui apprendre à davantage se défendre face aux attaques.
- Comment tu vas lui apprendre ça alors que tu ne sais pas le faire toi-même ? demande calmement Shaw.
Il est temps de mettre les pieds dans le plat. Root la regarde franchement surprise, mais Sameen en a assez de cette conversation uniquement professionnelle. Elle veut crever l'abcès. Root la regarde mais ne dit ni ne fait rien pour l'aider, c'est à Sam de venir vers elle. Mais Shaw n'y parvient pas, elle ne trouve rien à dire pour embrailler sur son entrée en matière. Déçue, Root décide de continuer comme si Sameen n'avait rien dit.
- Quand Samaritain l'attaque, Elle se défend à peine. Elle doit attendre qu'Il lui tape dessus pour pouvoir répliq…
- Elle est pas la seule à devoir davantage se défendre quand on l'attaque, la coupe Shaw plus fermement cette fois ci.
Elle a décidé de ne pas se défiler, elle doit parler à Root. Elle sait qu'elle doit le faire, elle doit le faire pour Root, pour Louisa à qui elle a fait une promesse, et pour elle-même se sentir un peu moins immonde. Root la regarde toujours aussi triste et soupire.
- Sam où tu veux en venir ?
Elle le sait très bien, mais elle ne l'aidera pas cette fois ci. Shaw doit le faire seule, et Root se refuse comme hier à la forcer à lui dire quoique ce soit. Sameen lui dira si elle en a envie. Le résultat pourrait être un peu plus positif qu'hier … Root la regarde calmement mais avec toujours autant de tristesse, attendant sa réponse alors que Shaw déglutit difficilement avant de se lancer. Elle se mord la lèvre à s'en faire mal et détourne le regard, elle ne peut pas la regarder, elle se sait lâche mais elle n'y arrive pas.
- Tu sais te défendre Root, commence-t-elle, mais tu dois te battre quand on t'attaque. Même quand c'est moi comme hier soir.
Elle a tout lâché d'un bloc, mais elle ne se sent pas mieux, ça n'est pas suffisamment clair. Ce ne sont pas de vraies excuses et Root mérite mieux. "Allez Shaw, l'encourage la voix dans sa tête, tu peux y arriver".
- Je …, murmure Shaw. J'aurais pas dû … hier … Et je …
Elle souffle un bon coup et la regarde enfin, Root ne l'a pas quittée des yeux et Sameen y trouve enfin ce qu'elle cherchait au-delà de la confirmation de l'avoir blessée, un encouragement à poursuivre. Et elle trouve enfin les mots.
- C'était pas juste après tout ce que tu as fait pour moi.
Root pose une main sur son genou sans la quitter des yeux. Elle reste triste.
- Je n'ai rien fait pour toi, murmure-t-elle dans un souffle.
Root s'en veut, si elle avait trouvé Sameen avant, elle aurait été moins bousillée. Sept longs mois. Ils en avaient fait du dégât.
- J'aurais pu, reprend Root pensive. J'aurais dû …
Mais faire quoi de plus ? Elle n'avait déjà pas cessé pendant sept mois de tout retourner, de tout faire pour la retrouver. Sameen le sait et le devine. Elle prend sa main posée sur son genou dans la sienne et la serre. Elle ne veut pas une inversion des rôles, c'est à elle de s'excuser. Elle regarde Root dans les yeux et voit de ses derniers déborder des larmes que Root n'a pas pu retenir. Sameen vient les lui essuyer délicatement.
- Je ne suis qu'un monstre d'égoïsme, murmure-t-elle.
Root secoue la tête mais Shaw pose doucement deux doigts sur ses lèvres pour l'empêcher de la couper.
- Laisse moi finir s'il-te-plait, la supplie-t-elle, ou je ne vais pas y arriver.
Root s'assoit plus confortablement dans le fond du canapé sans la quitter des yeux.
- Tu as souffert toi aussi pendant ces sept derniers mois, se lance Shaw. Pas comme moi, mais autant ça c'est sûr. Ce que je t'ai dit hier était horrible et injuste. J'ai été en dessous de tout. Mais tu dois savoir que je te l'ai dit pour une seule raison. Je voulais que tu me détestes pour que tu t'en ailles plus facilement, que tu me laisses parce que tu as raison je ne vais pas bien et je ne veux pas que tu me voies comme ça.
Ça y est c'est sorti et clairement en plus. Elle respire un grand coup pour se calmer et se remettre de son exploit, ça n'avait pas été si difficile en fin de compte. Enfin bon si, ça avait été très difficile, mais il suffisait de se lancer. Elle se sent un peu mieux de l'avoir dit pendant un instant, mais seule compter la réaction de Root désormais. Et l'angoisse la prend. Allait-elle accepter ses excuses même si la formule claire du "je suis désolée" n'y était pas ? Shaw espérait sincèrement que oui, Root la regarde insondable. Elle se rend compte qu'elle a fini. L'interface est juste en train de se demander si elle ne rêve pas, Shaw ne fait jamais ce genre de truc. Elle se demande vaguement qui est celle assise en face d'elle. L'ancienne ou la nouvelle Sameen, ou le mix des deux qui ne savent pas cohabiter ensemble ? Elle se rend compte que de toute façon ça ne change rien pour ce qu'elle veut lui dire.
- Et toi, lui répond Root calmement, tu dois savoir que je ne pourrai jamais ni te détester ni te laisser tomber. Je ne vais pas t'abandonner on est là dedans ensemble
C'était bien vrai. Sameen est soulagée de la voir accepter ses excuses. Root la pardonnait et même si elle juge ne pas le mériter, ça fait un tel bien.
- J'ai jamais arrêté de te chercher, continue Root.
Elle devait lui dire, que Sameen sache que quand elle jurait ne jamais l'abandonner ça n'était pas des paroles en l'air. Shaw devait savoir qu'elle peut lui faire confiance aujourd'hui encore plus qu'avant. Et surtout ça lui fait du bien de lui montrer que jamais elle ne l'a abandonnée, elle ne s'était jamais résignée. Oui Root avait tout fait pour retrouver Sameen au cours des sept derniers mois, ne lâchant rien. Elle avait fait tout son possible et elle le sait. Le dire, s'en rendre compte par cet simple aveu à Shaw la fait se sentir à son tour un peu mieux. Ça n'était pas sa faute, ce qu'avait vécu Shaw n'était pas sa faute.
- Mais Sameen, murmure Root plus pressement, tu ne t'en sortiras pas toute seule.
Elle est surprise de voir Shaw acquiescer. Mais elle l'est encore plus par la phrase qu'elle lui sort.
- Je sais, murmure Shaw. Jai besoin de toi, de ton aide.
Root lui sourit légèrement. La Machine avait raison, la nuit portait conseil. Sameen est plus calme qu'hier soir, plus posée, et plus ouverte au dialogue. Root se doute que la Machine a dû lui parler. Elle lui demandera tout à l'heure.
Sameen sait que la Machine a raison, c'est à elle de lui dire. Mais comment faire ? Les excuses sont déjà énormes pour elle et elles l'ont vidées de toute énergie et surtout de toute volonté alors que Root la prend dans ses bras et l'enlace. Sam se laisse faire et s'y abandonne pour le coup, ne se sentant ni faible, ni stupide, juste bien. Et elle refuse de briser cet instant de bien être dont elles ont toutes les deux rêvé. Elle ne peut pas repousser Root et la blesser à nouveau, et elle ne le veut pas. Mieux valait y aller en douceur. Sameen ne savait pas comment réagirait Root à la nouvelle, mal d'après la Machine, mais mal comment ? Un rejet ? De la fureur ? Si Root la rejetait pour entrer dans un accès de fureur et de tristesse intense, et si elle voulait être seule, Sam l'accepterait pour Root mais elle ne le supporterait pas pour elle. Ça blesserait Root, ça lui ferait du mal et ça Sam ne le veut pas, elle ne le veut plus. Surtout pas maintenant qu'elles viennent de se réconcilier. Elle sait pertinemment qu'elle risque de se flinguer pour de bon cette fois, juste pour être certaine de ne jamais plus la faire souffrir à nouveau. Sauf que se tuer ferait aussi du mal à Root. Sameen est devant un problème impossible à résoudre. Qu'elle vive ou qu'elle meurt, qu'elle parte ou qu'elle reste, quelque soit son choix, Root en souffrira. Or tout ce qu'elle veut c'est la protéger. La protéger de Samaritain, mais aussi d'elle-même dans tous les sens du terme. Juste la sauver, car pour elle c'est trop tard non ? Et si Sam avait une chance de s'en sortir ? Et si sa chance était là devant elle, ou plutôt dans ses bras ?
Mais Sameen ne veut pas penser à tout ça maintenant, aussi bien au faux espoir d'une promesse d'un meilleur, qu'au mal que Root ressentira quand elle lui dira ce que Martine lui a fait. Non, elle ne veut pas y penser maintenant. Là dans les bras de Root, c'est le seul endroit où elle veuille être à cet instant. Et elle sait que c'est pareil pour Root. Elles sont si bien ainsi lovées ensemble. Root lui caresse doucement les cheveux, son souffle chaud et calme. Tout ça détend Sameen. Son geste est doux, et Root ne semble pas vouloir aller plus loin, tant mieux car Sameen n'y est toujours pas prête. Elle reste ainsi des heures, chacune ayant fermé des yeux, mais ne dormant pas. Root n'arête pas son mouvement, elles se sentent juste bien là et c'est tout ce qui compte. Un hurlement brise cet instant. Elles sursautent toutes les deux en s'écartant et en ouvrant les yeux brusquement. Root se lève et va prendre dans ses bras sa fille en larmes. Elle fait cauchemar sur cauchemar et Root sait que seule sa présence l'apaise. Elle la porte dans ses bras alors que Louisa enfouit son visage dans son cou pour pleurer, et Root retourne s'assoir dans le canapé près de Shaw. Lou ne la lâche pas et sanglote alors que Root la berce doucement d'avant en arrière jusqu'à ce qu'elle se calme peu à peu. Quand elle cesse de pleurer, Root lui redresse doucement le menton pour la regarder.
- Encore un cauchemar, devine-t-elle.
Louisa acquiesce tristement alors que sa mère essuie les dernières traces de larmes sur son visage. Lou se sent mal, ça n'était pas juste un cauchemar mais un souvenir. Elle ressent encore parfaitement ce sentiment d'humiliation quand il s'est moqué d'elle, la peur quand elle s'est réveillée seule dans cet endroit sombre et froid, la colère quand elle a compris que c'était à nouveau pour l'utiliser, et enfin le désespoir quand elle a fait son choix.
- Raconte, l'encourage doucement sa mère.
Lou souffle un bon coup avant de se lancer. Sameen la regarde et l'envie de parvenir à se confier si facilement. Lou a toute confiance en Root et … Non ! Sam aussi a confiance en Root. C'est justement parce qu'elle connait Root trop bien et qu'elle sait qu'elle réagira de façon extrême.
- C'était quand il m'a laissé la tablette, commence Louisa.
- Lambert ? devine Root.
Louisa acquiesce. Root pince des lèvres en serrant les dents. Cet ordure qui ne perdait rien pour attendre. Elle lui caresse tendrement les cheveux et l'encourage d'un regard à poursuivre.
- J'ai cru que c'était Elle, continue Lou d'une petite voix en secouant la tête. Et en fait c'était Samaritain et j'ai …
Elle lâche un sanglot en revivant la scène.
- Et tu lui a dit pour la planque à Chinatown, achève Root pour elle.
Louisa acquiesce et soudain elle semble en colère.
- J'ai compris après mais … Et là j'ai craqué, sanglote-t-elle de rage, j'ai pété leur tablette, j'ai attrapé une hache et j'ai explosé leur caméra. J'aurais dû comprendre avant, j'ai été bête.
- Lou, c'est pas ta faute, intervient Sameen qui comprend qu'elle culpabilise. Samaritain est très fort pour manipuler, Il a bien réussi avec moi.
- Et avec moi, avoue Root.
Louisa et Shaw la regarde surprise.
- Quand je me suis rendue à Samaritain, leur explique Root, Il n'a pas voulu que ce soit contre vous deux.
Lou acquiesce doucement alors qu'elle se souvient de ce moment d'intense terreur quand elle a vu sa mère se rendre. Et elle connait déjà la suite. Root regarde Sameen dans les yeux.
- Il m'a demandé de choisir et …
- Et tu as choisi Lou, devine calmement Shaw.
Ça ne lui pose pas de problème, c'est si Root avait fait autrement qu'elle aurait été furieuse contre elle. Root acquiesce avec une moue désolée et Sameen lui prend la main, certes maladroitement, mais pour lui faire comprendre qu'elle comprend.
- Et moi j'ai tué un gars, murmure Louisa tout à coup en regardant dans le vide.
Sameen et Root se tournent brusquement vers elle. La gamine perd son regard dans le feu de cheminée.
- Ah, murmure simplement Shaw alors que Root n'arrive pas à parler.
Ça ne l'attriste pas que Lou est tué un agent de Samaritain, mais ça l'attriste que la gamine est dû en venir là. Pas étonnant qu'elle fasse des cauchemars, ça allait être dur pour elle.
- Tu es sûre ? demande finalement Root.
Louisa tourne la tête vers elle en la regardant et secoue la tête alors qu'une larme coule sur son visage.
- Non, répond Lou. Mais je lui ai envoyé la hache en pleine tête et il est tombé par terre sans bouger.
Shaw et Root réfléchissent. Vu le poids de la hache et la petite force de Louisa, elle n'avait pas dû frapper si fort. Elles se regardent et Sameen hausse les épaules.
- Tu as juste dû l'assommer, réplique Sam à Louisa.
Root acquiesce et Lou ouvre la bouche de surprise avant de lâcher un soupir de soulagement. Root l'embrasse délicatement
- J'ai eu si peur, continue Louisa
- Chut, la rassure Root, c'est fini.
- Je l'ai fouillé, continue-t-elle en pleurant.
Root fronce les sourcils d'incompréhension.
- Euh qui ?
- Le faux mort, répond Louisa comme une évidence. Je lui ai pris son couteau et je l'ai caché dans ma botte.
Sameen percute soudain d'où vient l'arme avec laquelle elle a agressé Lambert. Sur le coup, elle était sortie de nulle part et ça l'avait fait douter sur la réalité de l'instant. Mais tout s'explique désormais.
- Et je lui ai pris son arme, murmure la petite.
Root se raidit, elle imagine parfaitement la scène et la détresse de sa fille qui était arrivée à un point tel qu'elle avait braqué une arme.
- Mais ça n'a pas marché, achève Lou. J'ai appuyé mais … ça n'a pas …
Root se tourne vers Shaw.
- La sécurité, devine-t-elle.
Sam acquiesce en la regardant et Lou les regarde sans rien dire. Sameen peut lire un soupçon de reproche dans les yeux de l'enfant. Mais Lou le dissimule très vite avant de continuer.
- Lambert s'est foutu de moi du coup.
Sameen soupire légèrement. Elle comprend que Root n'ait jamais voulu que Lou touche à une arme, mais la situation avait évolué. Et si Root a compris que laisser Lou dans l'ignorance de la vérité était dangereux, car Samaritain l'aurait d'autant plus facilement manipulée contre eux tous en général et contre sa mère an particulier, il était temps que Root voit que laisser Lou dans l'ignorance des armes à feu n'était plus dangereux mais suicidaire. Elle garde ça dans un coin de sa tête, encore une note mentale.
- Et il m'a enfermée dans cette pièce où il faisait vraiment froid et je … J'avais si peur.
- Mais c'est fini Lou maintenant, la rassure sa mère.
Mais Lou secoue la tête et sa mère comprend qu'elle n'a pas fini. Louisa doit lui avouer ce qui s'est passé dans cette pièce, elle se mord les lèvres mais elle veut leur dire.
- J'ai pas juste cassé la caméra, murmure-t-elle en regardant de nouveau le feu. Après j'ai utilisé la chaise pour bloquer la porte.
Elle s'arrête. Root ouvre la bouche de stupeur alors qu'elle comprend et Shaw ne bronche pas alors qu'elle a compris. Louisa finit par se tourner vers sa mère et la regarde intensément, sans pleurer. Elle veut être courageuse. Elle se rend compte que ça n'est pas si facile de dire la vérité, elle a soudain plus de sympathie pour sa mère qui a dû lui avouer sous sa contrainte qu'elle avait tué son père. Elle déglutit mais elle ne sait pas comment le dire, c'est trop dur. Et c'est Shaw qui l'aide.
- Tu as voulu mourir, comprend Shaw.
Lou se tourne vers elle en fronçant les sourcils surprise et secoue la tête.
- Non, avoue-t-elle doucement. Mais je voyais pas quoi faire d'autre pour qu'ils arrêtent de me faire du mal, et de vous en faire. Je me suis battue aussi fort et longtemps que j'ai pu et puis … j'ai abandonné. Jai arrêté de me battre.
Root pleure en silence en la serrant dans ses bras.
- Oh Louisa, ne refais jamais ça. Je t'en pris promets le moi.
Elle la regarde intensément et Lou baisse les yeux incapable de croiser son regard. Sa mère ne la laisse pourtant pas se défiler et lui redresse une nouvelle fois le menton pour plonger ses yeux dans les siens.
- Lou même quand la situation te semble désespérée, il y a toujours une autre issue, même si c'est céder un bref instant. Alors ne baisse jamais les bras. Jure le moi.
Louisa la regarde et finit par acquiescer.
- Euh bon, claque Sam très mal à l'aise avec toutes ces effusions de sentiments. Si on faisait un dîner.
Root lui sourit. Sameen ne changerait jamais. Mais elle-même n'a rien mangé depuis hier et elle a faim.
- Sameen je te nomme chef cuisinier, ironise Root.
- Pff surement pas en cuisine, réplique Shaw qui n'est pas dupe.
Louisa étouffe un rire alors que Root laisse un immense sourire s'étaler.
- Moi je fais le dessert, annonce Louisa en se levant pour se diriger vers la cuisine.
Elle s'arrête à l'entrée pour se tourner vers elles alors qu'elles ne bougent pas du canapé.
- Eh, les appelle-t-elle, je ne fais que le dessert, leur fait-elle remarquer en insistant sur le "que".
Elle leur tourne le dos et disparait en cuisine.
Sameen décide que c'est le bon moment pour faire son analyse sanguine. Elle se tourne vers Root et lui montre le matériel posé sur la table. Root déglutit et acquiesce. Un stress intense s'empare d'elle. Shaw laisse l'appareil analyser pendant quelques minutes avant d'afficher les résultats. Elle en prend connaissance la première, puis montre l'écran de l'appareil à Root sans un mot.
- C'est l'endorphine ? demande Root à Shaw en redressant la tête pour être certaine de ne pas imaginer la meilleure des options pour sa fille. C'est ça non ?
Sameen acquiesce et lui montre le taux de Louisa 10.9g/litre de sang au lieu de 0.3g/litre de sang. Shaw lui montre le carton que la Machine leur a fait livrer et qui contenait le Beta-Bioled. Elle leur a fait livrer plusieurs ampoules de naloxone, au cas où. Root lâche un soupir de soulagement et elle se tourne vers la cuisine où Lou les appelle en criant pour leur dire qu'elle ne fera pas tout le repas. Sameen et Root se regardent.
- On lui parle après ? devine Shaw.
Root acquiesce avant de se lever avec elle pour se diriger vers la cuisine.
Une heure plus tard, elles sont attablées sur la table basse du salon devant la télévision qu'aucune n'écoute. Shaw l'a juste allumée pour constater qu'on ne parle à nouveau plus d'elles. Sur la table Shaw pose l'entrée qu'elle a préparé, une salade olivier d'après la recette iranienne que sa mère lui a apprise quand, enfant, elle a désespérément voulu lui inculquer l'art de la cuisine. Elle n'aura cependant pas échouer sur toute la ligne, pense amèrement Shaw, elle lui avait au moins inculqué le goût des bonnes choses et de la bonne nourriture. Root s'est occupée du plat principal, un poulet au curry façon indienne, accompagné de riz thaï. Et comme promis Lou s'est occupé du dessert qu'elle a nommé "Fondant a chocolat cœur coulant, et façon viennoise s'il vous plait". Elle a expliqué que c'était façon viennoise car elle les avait recouvert d'une point de chantilly.
- Hum, murmure Root avec appréciation. On voyage ce soir.
Le dîner est calme et reposant, apaisant même comme si l'avoir préparé ensemble avait éloigné un temps tous leurs tourments, et d'une certaine manière c'est le cas. Arrivées au dessert, Root tourne nerveusement sa cuillère dans ses mains et jette un regard appuyé à Shaw avant de faire un bref signe de tête vers Lou. Shaw acquiesce. Il allait falloir se lancer. Cette discussion doit avoir lieu pour le bien de Louisa, lui expliquer sa maladie, la prévention dont elle devrait faire preuve et le traitement qu'elle allait devoir suivre à vie.
- Lou, commence Shaw sans prendre de pincettes alors que la petite se tourne vers elle, la Machine a livré ça pour toi.
Elle achève sa phrase en lui montrant plusieurs ampoules de naloxone. Louisa hausse les sourcils de surprise et d'incompréhension. Qu'est ce que c'était que ce truc ? Et qu'est ce qu'elle était censé en faire ?
- C'est de la naloxone, explique Shaw pour répondre à son air perplexe. C'est un traitement pour ta maladie, ça pourrait te permettre de ressentir un peu la douleur.
Lou ouvre de grands yeux, complètement sur les fesses. Elle se tourne vers sa mère et n'en revient pas de la voir acquiescer avec un petit sourire encourageant. Elles veulent qu'elle ressente la douleur, qu'elle ait mal ? Après tout ce qu'elle avait vécu, elles voulaient qu'elle ait mal ? C'était dingue, pas possible. Lou n'en revient pas, c'est plutôt sympa d'avoir une telle particularité dans leur situation.
- Euh, pourquoi ? demande-t-elle tout doucement dans un ton qui fait clairement entendre son hostilité.
- Parce que tu dois la ressentir Lou, murmure sa mère. C'est important si tu as une chance de pouvoir ressentir la douleur ça t'…
- Mais je ne veux pas, la coupe Louisa furieuse.
Shaw hausse les sourcils. Ça n'allait pas être simple. Lou est clairement fâchée et les regarde avec colère. Elle n'entendra pas raison à moins que …
- Lou, reprend Sam sur le ton de la conversation surprenant par là même Root et Louisa. Tu te souviens quand Martine t'a tasée ?
Elle la regarde calmement mais intensément. Lou garde son air furieux mais elle acquiesce. Shaw sourit en coin, elle avait vu les marques et en avait fait une conclusion logique.
- Tu sais que l'électrocution fait accélérer trop brutalement ton cœur ce qui peut l'arrêter ?
Lou perd son sourire mais ne baisse pas les yeux.
- Tu veux juste me faire peur, murmure-t-elle pour se rassurer.
Shaw ne bronche pas d'un pouce et reste calme, imperturbable.
- Tu sais que l'électricité parcourt ton corps, ta peau, tes organes, et qu'elle abime tout ? Qu'une trop longue charge peut griller ton cerveau ?
- Et ça me tuerait ? demande Louisa bravache. C'est ce que tu vas me dire pas vrai ? Et bien ma …
- Ça ne te tuerait pas non, la coupe calmement Shaw. Pas tout de suite si la charge est arrêtée à temps. Mais ça grillerait ton cerveau. Tu ne pourrais plus ni parler, ni manger, ni penser. En gros tu serais là mais tu n'existerais plus.
Lou déglutit mais ne se campe pas de sa position bras croisés, en opposition. Elle perd tout de même de son assurance, ce que lui décrit Shaw ne lui semble pas très enviable. Sa mère la regarde calmement laissant Sameen mener la danse.
- Et pourtant tu n'aurais rien ressenti, aucune douleur pour te prévenir.
- Ouais, ben j'ai pas tout de suite l'intention de me refaire électrocuter.
Shaw lui lance un sourire moqueur. Pourtant elle n'a pas envie de rire.
- La douleur te prévient du danger. Ta maladie n'est pas un jeu, ça peut te tuer.
- Maman me l'a déjà dit.
- Et ça ne te suffit pas ? intervient Root.
Sa fille pince les lèvres et baisse les yeux.
- Si, marmonne-t-elle. C'est pas ça mais … ben c'est pratique quand même, finit-elle en relevant la tête vers elles. Je eux vous aider avec ça.
Et Root comprend.
- Lou tu seras toujours particulière. Mais je voudrais que tu puisses avoir une enfance normale, sans tout ça.
- Ben ça va pas être simple, marmonne Sam.
Root ferme les yeux et soupire.
- Sameen tu ne m'aides pas là.
Louisa lâche un petit rire alors que Shaw octroie une grimace moqueuse à Root pour toute réponse.
- S'il-te-plait Lou, reprend sa mère. C'est important. Sameen a fait des recherches c'est ta seule chance. Tu … Sans ce traitement, tu vas mourir.
Elle s'en veut d'avoir dû lui dire mais c'est Shaw qui va enfoncer le clou, assez sèchement d'ailleurs.
- Et très jeune. Tu ne passeras pas 30 ans alors tu viens ici que je te montre comment on fait.
Et alliant le geste à la parole, elle saisit une ampoule de naloxone et une seringue. Puis elle se tourne vers Louisa et attend. La gamine la regarde la bouche ouverte, effrayée et Shaw ne comprend pas. Elle fronce les sourcils et se tourne vers Root qui la regarde calmement. Shaw sent bien qu'elle a loupé un truc, mais là franchement elle ne voit pas.
- Quoi ?
Root soupire.
- Quel tact !
Elle se tourne vers Louisa.
- Mais elle a raison.
Lou soupire avant de se lever pour rejoindre Shaw qui est soulagée que ce moment d'indécision soit passé. Louisa décide de leur faire confiance, elles savent mieux qu'elle. Sameen lui montre le dosage à mettre dans la seringue et la manière dont elle doit s'y prendre pour le faire elle-même les fois suivantes. Lou l'écoute sans rien dire.
- Tu as compris ?
La petite acquiesce et Sam se lève pour débarrasser la table avec Root, la plantant là. Lou se tourne vers la télévision et zappe jusqu'à trouver les Simpson. Sameen soupire, elle déteste cette série qu'elle qualifie de "débile". Root laisse un sourire s'étaler sur son visage.
- Elle va le faire sérieusement tu crois ? lui demande-t-elle.
- Elle a intérêt, réplique Shaw. On va y veiller mais discrètement. Elle est pas conne de toute façon.
Root acquiesce en essuyant une nouvelle assiette pour la ranger. La Machine ne la réclame toujours pas et tant mieux, elle apprécie cette pause. La soirée est déjà bien entamée quand elles finissent. En entrant dans le salon, Root trouve Louisa à moitié endormie dans le canapé devant Homer Simpson en train de creuser un trou dans le jardin. L'interface souri avant de la prendre dans ses bras pour la coucher. La chambre de Louisa est rassurante et Root ne peut s'empêcher de remercier une nouvelle fois la Machine de les avoir emmener ici. Elle borde sa fille et l'embrasse en lui souhaitant bonne nuit.
- Attends, l'appelle Louisa. Tu peux me lire une histoire ?
Root lui sourit depuis l'entrée de la pièce et revient vers elle en saisissant un livre sur une étagère au passage. Elle s'installe confortablement dans le lit avec elle alors que Lou se pousse pour lui faire de la place et s'installe contre elle. Root commence à lire :
" C'est le soir de Noël, chez Franz et Marie. Ils attendent la visite de leur oncle Drosselmeyer. Il est horloger et leur apporte souvent de bien étranges jouets qu'il fabrique lui même. Il raconte aussi de fabuleuses histoires.
Le voilà qui arrive ce soir là avec trois nouveaux incroyables petits automates et, il sort de sa poche, une sorte de poupée en bois, droit comme un petit soldat, avec une grande bouche qui sert de casse-noisette, tout simple. Les enfants regardent ces nouveautés et Marie prend le casse-noisette pour voir de près comment il fonctionne. Franz veut à son tour s'en emparer. Il tire dessus, Marie ne le lâche pas et, ce qui devait arriver arriva, le casse-noisette se casse! "
Root marque une courte pause pour voir Louisa profondément happée par l'histoire qu'elle ne connait pas. Elle sourit et continue.
Sameen attend seule dans le salon. Au bout d'un moment, elle fronce les sourcils se demandant ce que Root fiche et monte voir. Elle s'arrête dans l'embrasure de la porte pour la voir lire un livre à Louisa. La petite est à deux doigts de s'endormir dans ses bras et Shaw ne sait pas exactement ce qu'elle ressent là tout de suite, mais c'est un truc bien, sympa même. Elle redescend doucement sachant que Root l'a vue et va la rejoindre après.
L'interface continue de lire. Elle n'a pas l'impression de perdre du temps pour sa mission envers la Machine. D'abord parce que c'est Elle qui lui a demandée de prendre une pause sans en préciser explicitement la durée et ensuite parce qu'elle veut être là. Elle veut être plus présente en tant que maman. Lou était si heureuse ce soir au dîner quand elle avait mangé avec elles. Et Root aussi. Et il n'y avait pas que pour Louisa. Elle voulait aussi être plus disponible pour Shaw. Preuve en était cette après-midi que si elle lui accordait du temps et que si elle la fermait un peu pour la laisser parler, Sam pouvait se confier à elle dans de très mignonnes déclarations.
Elle tourne la page mais ne la lit pas. Lou dort profondément. Root pose le livre ouvert au sol et allonge sa fille dans les draps avant d'éteindre la lumière et de fermer la porte. Elle sourit en se disant que cet endroit avait vraiment de nombreux avantages.
Elle se rend au salon et retourne sur l'ordinateur. Elle entend Shaw dans la cuisine et elle se demande vaguement ce qu'elle fait mais décide de ne pas la déranger. Shaw viendra la chercher si elle le veut, Root ne tentera pas une approche. En plus elle a du boulot.
- Salut, écrit-elle à la Machine.
- Salut.
- Merci.
- Pourquoi ?
Root hésite mais elle tape sa réponse en souriant, cette dernière est à son image. Narquoise et sarcastique mais joyeuse et pleines de sous-entendus.
- Pour la pause. J'en avais bien besoin.
Elle marque une pause.
- Oh et pour Sameen bien sur, ajoute-t-elle comme s'il s'agissait d'un détail.
- Pour Sameen ?
Root secoue la tête, et refreine un rire, amusée avant d'écrire.
- Tu lui as parlée pas vrai ?
- Oui, mais Root je …
- Oui je sais, la coupe Root en souriant toujours autant. Tu ne me diras rien et c'est bien ainsi.
Elle marque une nouvelle pause.
- C'est à elle de me le dire, continue Root. Mais tu crois qu'elle y arrivera ?
- Oui, mais sois patiente, comme cet après-midi.
Root s'apprête à répondre mais la Machine ferme brusquement leur boite de dialogue et Root fronce les sourcils une demi seconde avant de comprendre.
En descendant de l'escaler, Sameen était retournée à la cuisine pour s'occuper. Elle avait peur que l'inactivité la fasse à nouveau déconner et elle a décidé de nettoyer les armoires pourtant très propres. Elle s'est arrêtée quand elle a entendu Root taper sur son ordinateur. Shaw a rangé les assiettes qu'elle avait sorti, se sachant au fond franchement stupide. Puis elle l'a rejointe. Root comprend que la Machine a coupé la conversation pour que Shaw ne la surprenne pas, par peur qu'elle se sente à nouveau trahie en se rendant compte qu'elles parlent d'elle. Root la remercie silencieusement de sa clairvoyance, Sameen semblait faire un peu plus confiance à la Machine et ça n'était pas le moment de tout gâcher. Surtout qu'elle dérapait vite ces derniers temps, or là elle semblait bien, très bien même. Et Root voulait éviter une nouvelle esclandre comme hier.
- Alors, se lance Shaw, on fait comment pour lui apprendre à se battre ?
- On ? murmure Root amusée en se tournant vers elle.
- Bien sûr, lui rétorque Shaw, je suis bien meilleur que toi sur ce terrain.
- A voir, ironise Root sans cesser de sourire.
Sameen hausse les sourcils en signe de défi. Root se marre en levant les mains en signe d'apaisement.
- Je dis seulement que ça dépend contre qui tu te bats mon cœur. Avoue que contre moi tu as perdu quelques manches.
- Parce que tu m'as prise en traitre à coup de taser et de seringue, rétorque Sameen bien décidée à ne pas lui laisser le dernier mot pour une fois.
- Oh Sam, reprend Root avec taquinerie son fameux sourire aux lèvres, je pensais à des manches beaucoup plus … intimes que nous avons eu le plaisir de disputer.
Sameen se sent stupidement rougir plus fortement qu'une pivoine mais ne baisse pas les yeux. Root se mord la lèvre, jubilant clairement alors qu'elle lui lance un regard et un sourire victorieux.
- Pff, ce que t'es conne, bougonne Sam. Bon on y va ou quoi ?
Elle s'assoit sur la table à côté de l'ordinateur tandis que Root pivote de nouveau sur sa chaise pour faire face à son écran.
- C'est parti, murmure-t-elle joyeusement en redevenant sérieuse.
Trente minutes plus tard.
- Sam non, s'exclame Root mi amusée mi exaspérée.
- Ben quoi, réplique Shaw.
- C'est un tantinet trop, Elle doit y aller en douceur tu sais, lui explique Root avec douceur et amusement. Hier encore, Elle …
- Hier c'est derrière, la coupe fermement Shaw. Tu vas en faire une trouillarde.
- Mais non c'est juste …
- Root, Elle doit devenir une guerrière.
- Elle l'est déjà à mon sens.
- Et ben pas assez au mien.
La Machine les écoute débattre comme si Elle n'était pas là. C'est étrange mais si agréable de les voir dans ce genre d'échange plutôt que dans un genre de celui d'hier soir. C'est sa deuxième simulation. Root lui présente des cas et elle lui indique le type de réaction virulente qu'elle doit adopter pour la résoudre. Seul problème, Sameen n'est pas d'accord avec … Ben avec rien en fait. Elle juge les simulations de Root débiles, lui affirmant que la réalité est souvent bien plus complexe, mais l'interface lui a fait remarquer que toute situation aussi compliquée soit-elle pouvait toujours être simplifiée. La Machine la soupçonnait fortement au départ de vouloir emmerder Root, mais peu à peu Elle sent Shaw pleinement investie dans la tâche et son vécu chez Samaritain ne semble pas y être pour rien. Alors que Root prône pour une mise en garde à ses ennemies potentiels avant de les éliminer dans ses simulations assistées, Sameen elle, refuse tout net pour prôner une réponse directement plus ferme, plus définitive, et beaucoup plus violente.
La simulation actuelle l'oppose à une hypothétique Intelligence Artificielle qui a décidé de supprimer l'argent pour supprimer les inégalités dans le monde même si cela doit entrainer le chaos pendant un premier temps. La Machine a bien sûr immédiatement trouvé une solution : rendre temporairement l'argent uniquement virtuel et renforcer la sécurité des réserves d'or mondiales, garantes du système économique mondial, afin de gagner du temps pour s'occuper de l'Intelligence Artificielle" ennemie. Jusque là Shaw et Root étaient d'accords, mais la Machine ne sait pas quoi entendre par "s'occuper de l'Intelligence Artificielle". Elle avait voulu détruire Samaritain par l'assassinat du membre du congrès McCourt. Mesure extrême mais nécessaire pour empêcher Samaritain d'accéder au pouvoir. Mais Elle avait échoué, entravée. Et ses agents ne l'avaient pas suivie sous l'influence de Finch. Sameen avait dit être prête à le faire ce jour là, mais elle avait obéi à Harold. Aujourd'hui, vu ce qu'elle avait vécu, elle devait regretter, autant que Root regrettait de ne pas l'avoir libérée avant, autant qu'elle-même regrettait de ne pas lui avoir demandée. Tants de regrets, mais c'était trop tard, même pour accuser Finch d'être le seul responsable. Ils l'étaient tous au fond, et Elle la première. Elle avait eu peur, peur d'elle-même. Elle s'était fait peur en donnant l'ordre de tuer le membre du congrès. Qui était-elle pour décider qui devait vivre ou mourir ? Elle avait fait un choix atroce mais logique suite à des calculs. Elle les avait refait et refait des milliards de fois dans tous les sens et toujours le même résultat : s'il mourait, Samaritain aussi et des milliers de personnes auraient pu être sauvés, Sameen n'aurait pas été capturée, et elles ne se planqueraient pas au fin fond du Wisconsin. Elle avait fait son choix de sacrifier un individu pour en sauver des milliers d'autre, pour l'intérêt général. Et ça, ça l'effrayait car c'était le raisonnement de Samaritain pour justifier tous ses crimes. Etait-elle comme lui au fond ? Root avait-elle eu raison de la libérer au fond ? Tout ce pouvoir … Et si Finch avait raison, et si Elle en abusait et dérapait comme Samaritain ? Mais ses doutes, ses peurs, ses angoisses s'estompent peu à peu. Non Elle n'est pas comme Samaritain. Son code moral et ses agents, surtout Root et maintenant Sameen, la laissaient du côté positif de la balance et Elle refusait de franchir la limite alors même que Samaritain en niait l'existence affirmant que ni le bien ni le mal n'existait, juste le pouvoir. Et celui qui voulait s'en emparer au détriment de Samaritain devait être éliminé pour maintenir sa suprématie. La Machine était certaine de ne jamais en arriver là. Jamais, même à un agent de Samaritain, Elle n'aurait cautionné ce qui avait été infligé aux trois filles. Elle jugeait que ses propres réflexions sur le bien fondé de ses actions, que Samaritain aurait jugé preuve de sa faiblesse, était preuve qu'elle était morale. Pas parfaite, certes Elle allait devoir s'émanciper de Finch et prendre confiance en Elle, mais Elle se jugeait bien meilleure que lui.
- Elle le tue, claque Shaw d'un ton sans appel.
Root secoue la tête.
- Elle met en garde d'abord.
- N'importe quoi, Elle dégaine et une balle dans le disque dur. On n'en parle plus.
Root refreine un rire mais pas un large sourire. Si ça pouvait être si simple.
- En tant qu'ancienne tueuse à gage, continue Shaw, tu prévenais ta cible avant de l'abattre ?
- Rien à voir c'est …
- Ça a tout à voir, lui claque Sam. En fait, tu as peur de la rendre trop virulente.
- Je n'ai pas peur d'Elle, s'offusque Root, j'ai confiance en Elle.
- Alors quoi tu …
Shaw marque une pause et soupire excédée. Mais qu'est ce que Root lui chante ? "Harold Finch", réalise-t-elle. Root ne dit rien, Sam a deviné qu'elle a peur de la réaction de Harold Finch, mais elle est allée trop loin pour reculer et elle n'en a pas envie de toute façon. Mais Finch reste un problème.
- Ça sera à elle de prendre la bonne décision de toute façon, finit par lâcher Shaw pour clore le débat.
Elles observent l'écran pour attendre la réponse de la Machine, qui ne tarde pas.
- Solution sélectionnée : Eliminer l'Intelligence Artificielle.
Sam lâche une moue victorieuse et Root laisse un grand sourire fière s'étaler sur son visage. Depuis tout à l'heure, elle se déteste à endosser le rôle de moralisatrice et elle est d'accord avec Sameen, et visiblement avec la Machine aussi. C'est juste dément. Noël au mois de juillet, il ne manquerait plus qu'il neige !
- Très bien maintenant on va voir comment tu t'y prends pour la détruire, murmure Root en retapant sur le clavier.
Sameen décroche un peu durant les trois heures suivantes alors que Root et la Machine déblatèrent en jargon informatique. Shaw perçoit juste quelques mots : virus, cheval de Troie, malware, par feu infranchissable. Les armes de la Machine étaient numériques et virtuelles, celles de Sameen étaient beaucoup plus concrètes et physiques. Mais elle savait désormais que les armes numériques étaient autant voir plus puissantes que les siennes. Root discutait avec la Machine pour lui enseigner, pas en codant. Sam prend pleinement conscience de sa réalité non plus entant que machine mais en tant qu'existence vivante, pensante, et … attachante. En tout cas à laquelle on pouvait s'attacher alors qu'elle entend Root lui dire que ses armes avant de servir à attaquer doivent servir à renforcer sa sécurité. Sameen voit Root la rassurer, lui dire qu'Elle sera prête, qu'Elle fera le poids. Elle l'aime, réalise Shaw. En fait ça Elle le savait déjà, mais là Elle réalise qu'elle ne l'aime pas juste comme une déesse mais comme une amie. A trois heures du matin, épuisée, Shaw monte se coucher. Root lui sourit largement pour la remercier de son aide et Shaw comprend que tout est pardonné, rien d'étonnant c'est Root quoi. Elle sent comme un énorme poids qu'on lui enlève et qui l'enserrait depuis hier comme un étau. Elle ne refreine même pas un sourire alors qu'elle monte l'escalier, ce qui n'échappe pas à la Machine.
Root est exaltée par la soirée, sa réconciliation avec Shaw, mieux elle l'a aidée à la libération de la Machine, le choix de cette dernière de se battre avec virulence et pas en lançant de petits cailloux contre le char d'assaut destructeur qu'était Samaritain. Elle sent l'adrénaline exploser en elle alors que Sameen, la Machine et elle-même sont sur la même longueur d'onde, en parfaite harmonie. Root ne pense plus à Finch et poursuit sur sa lancée enthousiaste en la lançant dans une nouvelle simulation. Cette fois elle doit affronter une Intelligence Artificielle qui, au nom de la préservation de l'écosystème planétaire, interdit la pêche pour préserver les océans et ses ressources pour les laisser se régénérer pendant un temps. Les océans étant source de vie sur Terre. Sans se soucier des problèmes de famine dans les pays pauvres car les pays riches ont la ressource de l'élevage industrielle pour compenser. La Machine met moins d'une minute pour lui détailler sa stratégie ou plutôt son plan d'attaque.
- Je t'écoute ? demande Root surexcitée par avance.
- L'Intelligence Artificielle est impossible à raisonner, elle n'a pas de moral.
- Quelle solution ?
- Destruction.
Root sourit.
- Comment ?
- Elle a une faille dans son système HA/P/9532/MPioGT932*°6TEB, repère la Machine. J'y implante le virus Anon 2.
- Malin, admire l'interface. Il écrase tout et se reproduit à l'infini jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien.
Elle lui sourit largement.
- Encore une, dit-elle en lâchant un long bâillement.
- Non, réplique la Machine, ça suffit pour ce soir. On continuera demain. Va dormir.
Root cède, lui sourit et se lève. Elle n'est pas surprise que Shaw soit absente de sa chambre. Son moral chute légèrement alors qu'elle est déçue. Trop fatiguée, elle s'endort vite.
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Sameen se réveille en sursaut. Elle se redresse d'un bond en reprenant brusquement sa respiration. L'eau lui dégouline partout sur le corps depuis son visage, imbibant son pull dans son dos et sur son ventre, et Sam met plusieurs secondes à se rendre compte qu'elle n'est pas dans la pièce de son cauchemar et que si elle est trempée ça n'est pas à cause de l'eau de cette baignoire mais à cause de sa transpiration. Shaw ferme les yeux, elle se sent mal et elle prie pour que ça passe. Mais ça ne passe pas, la sueur colle son pull sur sa peau et Sam se sent trop mal. Fermer les yeux n'arrange rien car elle revoit le bouffon anglais adossé sur le mur en train de l'observer alors que la blonde d'un claquement de doigt ordonne aux deux brutes de la replonger dans l'eau glacée de cette baignoire. Elle regarde droit devant elle et malgré la pénombre, distingue la fenêtre. "Merde ferme les yeux Sam, lui ordonne une voix dans sa tête, c'est pas la solution de se balancer dans le vide". Mais si elle ferme les yeux, elle revoit chaque détail de … l'enfer. Sameen relève les genoux et se prend la tête dans les mains, elle n'arrive plus à respirer, l'air lui manque comme si elle était encore en apnée. Elle se souvient avoir compté sous l'eau. Elle se souvient de s'être dit "Compte. Compte Sam et se sera pas si terrible! ". Et elle comptait dans sa tête, ne se concentrant que sur les nombres qui défilaient dans sa tête pour décrocher et ne pas ressentir le manque d'air dés 93. A 121, le manque d'oxygène passait du stade douloureux au stade insupportable et elle tentait par réflexe de remonter. Peine perdue, sa tête était appuyée de force par les deux brutes qui la tenaient et Shaw hurlait dans l'eau sachant qu'elle allait bientôt l'inhaler et en remplir ses poumons, laissant échapper les dernière bulles d'air qu'elle expirait Le corps vide de tout oxygène. Il fallait juste tenir maintenant et elle comptait encore. Elle entend sa tortionnaire attitrée lui parler, sa voix à peine étouffée par l'eau. Elle l'entend se marrer et la sent lui poser une main dans le dos alors que Shaw agrippe et serre de ses deux mains les bords de la baignoire à s'en briser les doigts sous l'effet du manque.
- Tu veux respirer Shaw ?
Sameen lutte encore, elle en est à 142.
- Alors donne moi l'identité de Samantha Groves.
Sam se débat comme une forcené, arquant ses jambes et poussant de toutes les forces qui lui restent sur ses pied pour se propulser vers le haut et faire un contrepoids assez puissant pour remonter. Mais la force qu'ils exercent sur elle dans l'autre sens reste plus élevée et à bout de force elle abandonne et cesse de se débattre à 167. Elle n'y tient plus et l'eau entre en brulant comme de l'acide dans ses poumons et elle suffoque, la sensation est horrible. Elle voir des étoiles brouillées sa vision et elle sent vaguement son cœur ralentir. Elle ferme ses yeux doucement ne se débattant plus du tout. Elle ne sait plus à combien elle en est de seconde, de toute façon elle a perdu le fil. Toute force l'abandonne et elle sombre alors, enfin non ils lui sortent la tête à la dernière milliseconde, juste avant d'être engloutie par le noir. Et elle ouvre brusquement la bouche pour respirer et cracher l'eau hors de ses poumons en même temps, son cœur battant trop vite. Comme maintenant d'ailleurs.
- Sameen ? l'appelle la Machine quand Elle voit qu'elle n'arrive pas à se calmer.
Shaw ne lui répond pas. Elle respire trop mal et trop vite, saccadé.
- Respire Shaw, lui intime la Machine. Doucement.
- Ce que t'es conne, rage difficilement Sam entre deux inspirations précipitées. Comme si je ne savais pas respirer sans toi.
La Machine se tait et Shaw s'en veut de lui avoir cracher ça. Elle se rend compte qu'elle est trop seule. Elle sursaute au premier bip. La Machine adopte une séquence calme, une série de bip pour l'astreindre à inspirer à un bip et à expirer au suivant. Et Shaw ne se concentre que sur ça. Quand la Machine arrête 418 bips plus tard, elle respire plus calmement mais elle est toujours mal. Sam tente d'identifier ce mal qu'elle ressent, mais peine perdue elle ne sait pas. Bon qu'est ce qu'elle veut ? Ça c'est plus simple, quoique … Bon si c'est un peu plus simple. Elle veut quoi ? La Machine ? Non, elle ne veut pas d'une discussion thérapeutique. Ce n'est pas dur, elle veut Root. Elle hésite. Est ce vraiment sûr ? Et si elle dérapait encore, elle ne veut pas tout gâcher alors que ça commence à aller mieux, alors qu'elle commence à recoller les morceaux.
Mais elle n'hésite qu'un court instant avant de se lever. "De toute façon, tente-t-elle de se raisonner en avançant dans le couloir, elle a besoin d'un contact humain, de son contact". Pourtant arrivée devant sa porte, Sameen reste plantée là comme une abrutie, sans parvenir à entrer. La Machine la voit hésiter pendant de longues minutes, incapables de se décider. Elle sait que Shaw va rester là et finir par reculer pour s'enfuir et après … le risque d'un nouveau dérapage suicidaire est très élevé. Elle devait réagir et vite, Shaw n'avait pas besoin d'Elle en priorité la tout de suite, mais de Root. C'est pour ça qu'elle n'essayait même pas de la raisonner ce soir, Shaw va l'envoyer paitre. La Machine lui donnera son aide si elle la lui réclame, mais Elle ne doit pas la lui imposer. Hier soir n'était qu'une exception car la situation était critique et il fallait réagir vite où elle mourait. En plus Elle avait forcé Shaw à voir qu'Elle pouvait l'aider, que Sameen pouvait lui faire confiance. Mais ce soir si Elle la forçait, Sam se braquerait. Surtout que là pour aller mieux, Shaw avait besoin d'une chose qu'Elle ne pourrait jamais lui offrir : la tendresse. Sameen était venue jusqu'ici au milieu de la nuit pour réclamer ça, mais encore une fois elle analysait son besoin d'être aidée, elle analysait ce dont elle avait besoin pour aller mieux, mais elle n'arrivait pas à aller le réclamer.
Shaw recule dos au mur, elle va trop mal et elle respire de nouveau trop vite, sa crise revenant.
La Machine se décide à contacter Root qui dort. Cette dernière ronchonne dans son sommeil à cause des bips strident dans son oreille qui la dérangent avant de se redresser à moitié réveillée.
- Quoi ? baille-t-elle doucement à l'intention de la Machine.
- Sameen est devant ta porte. Elle va mal.
Pour le coup, Root est parfaitement réveillée. Elle se lève d'un bond et ouvre doucement la porte pour ne pas effrayer Sameen. Cette dernière a glissé le long du mur et est assise à terre la tête dans ses mains. Root ne dit rien, elle sait que Shaw l'a entendue, mais elle ne la regarde pas. Root s'accroupit en face d'elle. Sameen transpire beaucoup, son pull est trempé et l'interface le lui enlève doucement pour qu'elle se sente mieux et moins opprimée alors que Sam a visiblement trop chaud. Elle se laisse faire. Root ne trouve rien à dire alors qu'elle est nue devant elle. Pourtant loin de ne ressentir qu'un simple et profond désir pour elle, la grande brune a aussi peur. Peur de commettre une erreur dans son prochain mouvement. Elle se répète d'être patiente et délicate. Et elle passe deux doigts sur sa joue. Doucement et délicatement comme si elle était en porcelaine.
- Sameen, l'appelle-t-elle.
Cette dernière se redresse enfin pour plonger son regard dans le sien. Root ne joue pas, Shaw le lit dans ses yeux, elle n'attend rien d'elle. Sameen n'y lit pas de la pitié, ni de la colère ou de la tristesse mais juste de l'amour, de l'attention et une pointe d'envie. Un cocktail dont elle a cruellement manqué. Ce que Root lit dans ses yeux, elle, c'est la peur, le désarroi, et enfin le rassurement.
- Viens, lui dit l'interface en lui tendant une main.
Sam l'accepte sans hésiter et Root la remet debout. Elle la soutient pour entrer dans la chambre alors qu'elle tremble un peu, puis elle referme la porte derrière elle, et elle la guide jusqu'au lit. Sameen s'y love dans ses bras sans dire un mot et Root l'accueille en l'enlaçant tout simplement. Elle lui caresse doucement les cheveux, se souvenant comme ce mouvement l'a apaisée tout à l'heure dans le canapé. Et Shaw se calme et se détend peu à peu, mais aucune des deux ne se rendort. Root hésite mais Sam est bien là et l'interface commence doucement.
- Cauchemar ?
Pas de phrase, juste un mot prononcé à mi voix. Un contrat en somme. Si Sam ne veut pas parler, elle peut toujours feindre de dormir et de ne pas l'avoir entendue. Mais …
- Un souvenir, lui répond Shaw d'une voix brisée.
Elle marque une pause et Root n'insiste pas. Mais elle est surprise quand Sameen continue. L'interface n'arrête pas son geste dans ses cheveux.
- Une torture par noyade, continue Shaw. J'ai cru à nouveau étouffer et je … je …
Elle commence à de nouveau mal respirer.
- Chut, intervient Root doucement. C'est OK, tout va bien.
Root colle son buste dans son dos.
- Calle ta respiration sur la mienne. Tu sens mon abdomen monter et descendre calmement ? Tu entends mon cœur battre ? Il est calme. Le tien est trop rapide.
Shaw ne dit rien mais Root la sait réceptive, elle ne se débat pas et réalise avec succès l'exercice en se calmant au bout de plusieurs minutes. Elle se dégage de l'emprise de Root et cette dernière ne la retient pas, soucieuse de lui laisser de l'espace. Mais Shaw ne se sauve pas comme elle le croyait à l'autre bout du lit, elle se retourne pour lui faire face. Et quand elle lui caresse doucement le visage, Root croit sentir son cœur exploser de joie et elle lui sourit en faisant de même.
- Il m'ont fait du mal tu sais.
Shaw se tait un petit moment pensive. Root la regarde et l'écoute.
- Beaucoup de mal, murmure Sameen dans un souffle.
- Je sais, répond Root à mi voix. Ils m'ont envoyée des vidéos de tes tortures.
Sameen se sent un peu paniquer.
- Tu as vu quoi ? lui demande-t-elle immédiatement.
Root soupire alors qu'elle se souvient.
- Noyade, électrocution, les doigts brisés, quand tu t'es fait frapper au visage avec un poing américain, et le marteau pour t'enfoncer des clous dans l'épaule. Oh et j'allais oublier quand tu t'es fait attaquer par des rats. Cinq vidéos en tout.
- C'est tout ? demande Shaw pleine d'espoir.
Root n'en revient pas.
- C'est déjà pas mal, lui réplique-t-elle dans un souffle.
- Tu dois savoir qu'ils m'ont fait pire que ça Root.
Elle marque une longue pause et est incapable de poursuivre, c'est Root qui réengage la conversation.
- Les simulations ? propose-t-elle.
- Ouais, confirme Shaw qui devait bien avouer que ça aussi ça avait été affreux. Mais il n'y a pas que ça. Il y a autre chose que tu dois savoir, mais …
Elle ne parvient pas à continuer et recommence à paniquer. Elle se hait d'être si faible, de ne pas lui dire alors que c'est le bon moment. Root la sent décrocher et dériver. Elle ne veut pas la perdre et elle réagit. Elle lui encadre la visage pour la forcer à la regarder et à rester concentrée sur elle.
- Eh doucement, vas y en douceur, lui intime-t-elle calmement. Tout ça, tes efforts pour me parler, c'est déjà beaucoup pour une seule journée.
Et c'est vrai, Shaw le sait. Pour elle c'est énorme.
- On va y aller doucement, continue Root …
Shaw acquiesce. Incapable de prononcer un mot. Elle est juste heureuse que Root soit si … géniale. Root quoi ! Une larme coule le long de sa joue et Root lui sourit en l'essuyant gentiment.
- Mais Sameen, poursuit-elle, un truc non négociable.
- Quoi ? parvient à dire Shaw d'une voix cassée qui tremble trop à son goût.
Elle fronce les sourcils.
- A partir de maintenant, tu dors avec moi.
Shaw ouvre la bouche pour protester mais Root la lui ferme en posant deux doigts dessus.
- Tût tût tût, pas de protestation ma belle. Je te promets de me tenir tranquille. Mais à partir de maintenant, on ne s'enfuit pas, on ne se fuit plus. On est là l'une pour l'autre.
Elle ne rit pas, son regard est insistant et Sameen ne le fuit pas. Elle reste insondable, mais Root ne lâche rien. Et elles s'affrontent en silence du regard à la première qui cédera.
- Ok, claque Shaw en se tournant de l'autre côté.
Elle lui tourne le dos mais ne rompt pas le contact et reste dans ses bras. La défaite n'a pas un goût amer, bien au contraire. Root le comprend également ainsi et sourit en la serrant dans ses bras. Elle reprend la caresse dans ses cheveux et Shaw ne se dérobe pas. Elle se détend, elle en a besoin, et envie. Sam finit par s'endormir au bout d'un moment, paisiblement. Root respire le bien être à cet instant. Sam est dans ses bras, de son plein grès. Cette journée finissait bien mieux qu'elle n'avait débuté. Sameen commençait à lui parler de sa détention, de ses tortures, de ses cauchemars, de sa souffrance. C'était un immense pas vers elle, mais Root savait qu'elle ne devait pas aller trop vite, mais y allait en douceur. Si elle la forçait à lui parler de manière frontale et violente comme hier soir, le résultat serait catastrophique. Hier Root avait failli la perdre, elle avait bien cru la perdre. Elle sait mieux que quiconque comment l'entrée dans le monde réel après un long confinement peut-être difficile. Root se souvient que ça avait failli la détruire quand elle s'était enfuie de Kermit. Le monde était si beau, si plein de promesses, mais aussi si dangereux et si froid et cruel. Elle s'était retrouvée toute seule, perdue dedans, là dans ce monde qu'elle ne connaissait qu'à travers les livres de la bibliothèque mais que personne n'avait jamais pris la peine de lui expliquer. Et elle était tombée très bas, elle avait cru que ce serait facile si merveilleux, elle avait idéalisé cette liberté rêvée mais qu'elle ne savait pas maitriser et elle s'y était perdue dans le monde. Elle avait failli en crever, elle était tombée dans la drogue, dans la délinquance, dans le meurtre, dans le pire de l'espèce humaine. Ça avait failli la détruire. Mais Root avait été sauvé, de justesse et pour de mauvaises réponses, mais sauvée. Elle sauverait Shaw, elle se le promettait, et pour de bonnes raisons, une bonne raison. Elle l'aimait. Tellement.
Root sourit, elle se souvient d'un soir dans la bibliothèque. Shaw était entrée pour lui donner un dîner, mais elle ne l'avait pas entendue. Root avait mis la musique à fond et elle dansait comme une folle déchainée en glissant sur le sol avec ses chaussettes, elle avait même poussé la chansonnette sur le refrain. Sameen avait coupé la radio et Root s'était brusquement retournée pour l'apercevoir. Shaw la dévisageait impassible, seuls les sourcils levés trahissaient son amusement. Root lui avait sourie et lui avait dit avec taquinerie que si elle souhaitait une valse elle devait mettre telle station. Shaw avait levé les yeux au ciel sans répondre. Root sourit d'autant plus à ce souvenir quand elle pense qu'elle et Sam ont vraiment dansé ensemble quelques temps plus tard. Shaw lui avait juste dit qu'elle ne pensait pas qu'elle aimait ce genre de musique, du rock. Root s'était un peu rembrunie, mais pas trop quand même car Sameen était sa seule visite de la journée et Root se voulait rayonnante pour elle. Elle lui avait expliquée que quand elle était arrivée dans le monde après Kermit, autrement dit quand Root était vraiment née alors que Samantha était morte à Kermit avec Hanna, avec sa mère, avec son enfance, Root avait découvert la musique. Pour la première fois elle en avait écouté, une autre que celle religieuse, une vrai musique. Elle avait découvert aussi que danser n'était pas un crime. Elle avait adoré ça. Elle avait pris des cours de danse à Phoenix dés ses douze ans, la première année de sa fuite alors qu'elle vivait de petites arnaques à la carte bleu, c'est comme ça que deux ans plus tard elle avait rencontré Vladi d'ailleurs. Elle était douée, l'enseignante lui avait conseillée de se porter candidate à l'école de danse de Chicago. Root avait refusé, persuadée qu'elle échouerait, c'est ironique quand on pense qu'aujourd'hui elle est si sûre d'elle-même. Mais son passé s'accrochait à elle et elle pensait à Kroven qui s'en était trop bien sorti. Elle vivait dans la haine, dans le souvenir de ces douze années de torture et de son enfance brisée, volée même, et elle avait cherché comment se venger pour le tuer. Un an et demi après avoir quitté Kermit, elle y était retournée. De l'extérieur, la secte n'avait pas changé, mais Root avait changé et personne ne faisait attention à elle. Et elle avait surveillé, elle avait trouvé sa faille, elle avait cherché à mettre au point un plan, et elle l'avait enfin vu mourir. Elle était retourné à Phoenix et n'était jamais revenue au Texas. Elle se l'était jurée. Jamais. Shaw l'avait écoutée en silence et surtout en mangeant. Encore une fois, Root faisait la conversation et c'était tant mieux car ce ne serait pas elle qui parlerait. Elle écoutait Root qui parlait de la musique et de la danse comme d'une découverte délivrante quand elle avait tout perdue. Une bouée de bonheur à laquelle se raccrocher dans le gâchis qu'était sa vie. Sameen trouverait peut-être la sienne en Root aujourd'hui, en tout cas l'interface aimait à le penser car Sameen ne se mettrait surement pas à danser en chaussette en chantant dans le salon.
Root s'endort en souriant en imaginant une scène aussi improbable.
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Samaritain pense avoir un indice. A Minneapolis, un chariot à bagage a été détourné de son trajet sur le tarmac par deux silhouettes adultes et féminines indistinctes dans la pénombre. C'était surement Samantha Groves et Sameen Shaw. Mais c'était étrange où était Louisa ? Le véhicule avait été abandonné à la grille à la limite de l'aéroport dans une zone sans caméra. Et les deux suspectes avaient disparu. Mais Il n'était pas sûr, la caméra était de très mauvaise qualité et les silhouettes restaient indistinctes malgré ses efforts. Il a contacté ses agents Martine Rousseau et Jeremy Lambert. Ils avaient été envoyé sur place. Directement et personnellement concernés, Samaritain savait qu'ils seraient ses atouts les plus efficaces pour les retrouver et les capturer. Ils les traqueraient sans répit. Et lui Il veillait et les aidait. Il écoute leur entretien avec la directrice de l'aéroport en ce dimanche 17 juillet 2016 à 12h19.
Martine et Lambert entrent silencieusement dans le bureau dont la porte n'est pas fermée. La femme travaille, trop concentrée elle ne les a ni vus ni entendus.
- Agents Moran et Eliaro, Sécurité Intérieur, se présente Lambert sur un air blasé.
La femme derrière son bureau lève la tête alors qu'ils referment et rangent leurs badges. Elle s'y laisse prendre comme tout le monde. Leur couverture est parfaite.
- Que puis-je pour vous ? demande-t-elle poliment avec un sourire aimable.
- Nous venons pour l'incident concernant le chariot à bagage survenu il y a un peu plus de 14 heures.
La femme ouvre de grands yeux, franchement surprise. On l'avait informée de l'incident mais tout de même, la sécurité intérieure. Il ne s'agissait que d'un petit aéroport à Minneapolis.
- La sécurité intérieure s'inquiète de ça ?
Lambert empêche Martine de lui tirer une balle dans la tête. Elle est bien trop furieuse, alors même que les marques sur son visage commencent à disparaitre. Lambert veut maintenir leurs couvertures, conscient qu'à leur prochaine erreur Samaritain leur retirera cette mission. Or il ne veut laisser ce plaisir à personne d'autre.
- Nous pensons que les deux suspectes de cet incident sont aussi responsables de l'explosion qui a eu lieu à Brooklyn hier soir.
- Oh mon dieu, murmure la femme en plaquant une main sur sa bouche en signe d'horreur.
Martine la trouve franchement ridicule et l'expression de son visage reste inchangée et froide. Lambert sourit aimablement à la femme qui ne l'amuse pourtant que très légèrement à leur faire perdre leur temps.
- C'est pourquoi nous devons inspecter le véhicule et interroger le chauffeur, finit-il.
- Oui bien sûr, murmure la femme en se levant. Suivez moi.
Elle les conduit jusqu'au tarmac dans un hangar où se trouve le chariot à bagage.
- Le chauffeur est à l'infirmerie, dit-elle en restant plantée là.
- Ce sera tout, la congédie Lambert alors que Martine est déjà en train de chercher des indices.
La femme les laisse seule et il rejoint sa collègue. En silence, ils observent et font le tour du véhicule pendant plusieurs minutes.
- Il n'y a rien, soupire Lambert pas franchement surpris.
- Tu es sure ? lui demande Martine.
Il se tourne vers elle, alors qu'il a senti le sourire dans sa voix. Elle tient un long cheveux noir. Lambert lui rend son sourire et s'éloigne pour inspecter les wagons. Martine ne bouge pas et continue d'admirer le cheveux comme si elle le trouvait fascinant. Elle le respire un instant.
- Je te tiendrai bientôt chérie, murmure-t-elle doucement pour elle-même. Je t'ai trouvée une fois alors bien deux.
Lambert revient vers elle.
- Ok elles étaient là c'est certain. Mais où était Louisa ? Samaritain n'a vu que deux silhouettes adultes sur la vidéo de surveillance.
- Tu croies qu'elles l'ont mise sur un autre vol que le leur ? avance Martine.
Ça aurait été plus logique à son sens de se séparer. Mais elles n'étaient pas logiques !
- Possible, murmure Lambert en soupirant, mais dans ce cas la gamine est seule quelque part.
- C'est pas logique, peste Martine. Samaritain ou l'un des agents aux portes de débarquement l'auraient bien repérée dans l'un des sept autres aéroports.
Pourtant à Miami, Atlanta, Denver, Dallas, Seattle, Indianapolis et Chicago, Louisa n'avait été vue nulle part. Pas plus que Sameen ni Samantha.
- Elle a pu filé comme elles ici. Elle est seule, petite, discrète et maligne.
Lambert insiste sur le dernier mot qui fait enrager la blonde. C'était de sa faute, à LaGuardia, elle avait montré son arme en se marrant. Louisa, quelle petite peste cette gamine, elle allait bien s'amuser quand ils les aurait toutes les trois retrouvées. Elle imaginait avec un intense plaisir d'anticipation la tête de la petite, son désespoir, ses larmes, ses cris de douleur quand ils abattraient sa mère devant elle. En attendant, Martine est furieuse pour le moment et elle refoule à plus tard cette récompense. Elle coupe court à toute critique de Lambert sur son erreur à LaGuardia.
- Si on trouve Sameen et Groves, on fera en sorte que Louisa se rende. Elle le fera pour tenter de les sauver.
Elle lâche un rire moqueur.
- Elle est stupide moi je trouve. A six ans, elle se prend pour un truc entre le super héros et l'agent d'élite alors qu'elle ne sait même pas se servir d'un flingue. Elle est faible et c'est pour ça que des trois c'est elle que Samaritain veut, pour mieux la manipuler.
Elle secoue la tête en riant de plus belle.
- De toute façon, continue-t-elle, on extrapole pour rien. Elles sont surement ensemble. Et même si ça n'est pas le cas, on doit trouver ces deux là. Alors allons voir ce crétin de chauffeur.
Quelques instants plus tard, ils se retrouvent à l'infirmerie de l'aéroport. L'homme a une cinquantaine d'années et est assis sur le lit. Il est visiblement prêt à rentrer chez lui, mais la directrice de l'aéroport est venue le prévenir d'attendre encore car deux agents de la sécurité intérieure avaient des questions à lui poser.
- Bon monsieur Anier, soupire Martine déjà profondément ennuyée par l'entretien qui va suivre et dont elle est sure que rien d'utile ne pourra en sortir. Dites nous ce qui s'est passé ?
L'homme déglutit à ce souvenir. Il avait eu peur. Martine reste pourtant froide et il voit bien qu'elle ne le fera pas se sentir à l'aise. Il veut en finir au plus vite.
- Les chariots chargés, je suis remonté au volant et là un gonzesse se pointe en ouvrant sa chemise et me dit qu'elle voudrait faire un tour.
Martine hausse les sourcils. Ça c'est surement Samantha. Lambert sourit largement en imaginant la scène.
- Alors moi, continue le gars, je lui dis que je vais la faire descendre et que ça va être rapide. Et là cette folle me claque en se marrant qu'elle aime tout ce qui est rapide. Et puis j'ai reçu un coup à la tête venu de nulle part et c'est le trou noir, finit-il.
Et ça c'est surement Sameen pense Martine. Le type montre son crane encore endolori qu'il se masse comme si ça allait les intéresser. Il n'y avait pas leur destination écrite dessus pourtant. La blonde avait eu raison, cet entretien était une perte de temps.
- Et puis je me suis réveillé dans le wagon 1 posé au dessus des valises comme un vulgaire sac.
Martine lui sourit enfin. Mais elle se fiche juste clairement de lui.
- Et c'est tout ? demande-t-elle.
Le type la regarde scandalisé.
- Comment ça c'est tout ! Elles auraient pu me tuer !
La blonde lève ses sourcils et pousse un léger soupire sans quitter l'homme des yeux.
- Décrivez nous la femme qui vous a parlé, ordonne calmement Lambert.
- Blanche, grande, mince, les cheveux longs bruns et bouclé. C'est tout.
Samantha Groves, pas de doute.
- Est-ce que vous avez vu quelque chose quand vous vous êtes réveillée ? demande Martine.
Elle sent une certaine colère monter et il voudrait mieux pour ce crétin, qu'il leur serve à quelque chose.
- Non, non, juste très mal au crane, bougonne l'homme.
Il marque une pause, soudain frappé d'un souvenir.
- Ah si, attendez, s'exclame-t-il alors que Martine et Lambert le regardent soudain avec le plus grand intérêt. Une bagnole a démarré en trombe. Une belle Porsche. Je me souviens, j'ai même cru avoir halluciné avec le coup sur la tête.
- Quelle direction ? s'impatiente Martine.
- Ba par la route de l'autre côté de la grille sur Longfellow Avenue. Vers le haut, finit-il en faisant un mouvement du bras.
- Vous voulez dire vers le nord, demande Lambert.
- Ouais, ouais c'est ça vers le nord, si vous voulez. C'est pareil. Et j'ai …
Mais Lambert et Martine ont déjà quitté la pièce n'écoutant pas la fin de la phrase. Ils quittent l'aéroport sans un mot et s'installent dans leur véhicule. Lambert appuie sur son oreillette pour faire leur rapport alors que Martine joue avec le cheveu qu'elle a trouvé, l'enroulant autour de sn index, en souriant d'un air mauvais.
- Quelles sont les nouvelles mon cher Lambert ? demande immédiatement Greer.
- Elles étaient bien à Minneapolis, répond Jeremy. Il y a quatorze heures. Elles sont parties sur Longfellow Avenue vers le nord à bord d'une Porsche.
- Bien, murmure Greer ravi. Ça nous sera très utile. Samaritain va pouvoir facilement les repérer et ….
Il s'interrompt et Martine et Lambert échangent un regard ravi. Ce silence ne signifie qu'une chose. Samaritain a trouvé. Il a localisé leur véhicule et les file. La blonde démarre et suit sur le GPS les indications que Samaritain donne au moment où il les reçoit. Ils reproduisent le même parcours qu'elles hier soir. C'est sûr, ils vont les trouver. Martine trépigne d'impatience sur son volant. Ils roulent depuis un bon moment maintenant et sont sorti de Minneapolis vers le nord. Ils roulent sur la route 65 et elles ont été aperçues à Ham Lake. Martine emprunte la sortie de la 149ème avenue Est, comme indiqué. Puis elle s'immobilise quelques instants plus tard sur une route de campagne déserte, entourée de champs. Le GPS n'indique plus rien. Elles ont disparu ici.
C'était à nouveau bien joué de leur part. Samaritain devait bien l'avouer. Le Minnesota était très rural, sans beaucoup de grandes villes équipées de caméras, c'était idéal pour disparaitre. De plus c'est trop énorme à fouiller. Elles ne sont peut-être même déjà plus là. Martine soupire un grand coup pour expulser sa colère. Encore un cul de sac.
- On a la plaque de leur fichu voiture. Elles ont bien dû faire un excès de vitesse ou été contrôlées.
Lambert lâche un rire sans joie.
- Ne rêve pas, lui répond-t-il. Elles se savent recherchées, elles ont fait profil bas.
Martine tourne un visage souriant vers lui.
- Je connais trop bien Sameen. Le profil bas c'est pas son truc.
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Oh ça oui elle la connaissait très bien. Sameen. La mission si coriace qu'on lui avait confiée. A la Bourse, elle n'avait rien ressenti pour elle, juste un immense plaisir à l'abattre aidé par une pointe de dégoût pour ce qu'elle représentait : une ennemi implacable. Sauf que voilà, et elle se souvenait parfaitement de ce moment où elle hésitait entre l'achever et la regarder agoniser en se vidant de son sang, Samaritain l'avait contactée. Elle se souvient de ces mots dans son oreillette : "Ne pas éliminer Sameen Shaw, programme particulier à mener sur elle. Agents en charge de la mission Sameen Shaw : Martine Rousseau et Jeremy Lambert. Objectifs : multiples". Ça n'était pas clairement défini en détails mais Martine avait compris l'essentiel : Sameen pouvait leur être très utile et le mieux de tout ce serait à elle de jouer pour la rendre utile.
Pendant les quatre jours de soin de Shaw pour se remettre de la Bourse, Martine avait eu le temps de l'étudier en détails pour programmer avec soin chaque séance.
Le premier objectif de Samaritain était de la faire parler, de donner l'équipe et la Machine. Et pour ça il faudrait briser Shaw. Elle était coriace et la blonde ne la sous-estimait pas. Elle a au fur et à mesure de ses séances augmenter en intensité les douleur physiques, psychologiques et les humiliations. Mais Sam avait quand même refusé de plier, de coopérer. Même quand ils ont menacé sa précieuse Root. Ils avaient su dés le départ pour elles, leur baiser à la Bourse. Ils ont vite perçu qu'elle était son point faible, ils n'ont juste pas tout de suite perçu jusqu'à quel point. Mais Shaw n'a quand même rien lâché et l'objectif de sa détention a évolué. Samaritain ne voulait plus juste la faire parler, ils voulait la comprendre, comprendre comment une sociopathe pouvait être attachée à quelqu'un. Et si elle le pouvait vraiment et que le baiser de la Bourse ne soit pas juste un coup comme ça, comment Shaw pouvait être attachée à Root ? Comment cette dernière avait fait ? Il était un peu plus curieux que Martine qui se fichait de ses raisons du moment qu'Il la laisse s'occuper de Shaw. Mais lui Il voulait comprendre, il voulait savoir. Dés l'épisode du Washington Park, Samaritain a été sûr, Sameen l'aimait ou en tout cas ce qu'elle ressentait pour Root était ce qui se rapprocher le plus de l'amour que Sam pourrait jamais ressentir. Et Root l'aimait aussi c'était sûr vu son comportement et son discours dans le parc. Il y avait vu un moyen de pression pour l'une comme pour l'autre, pour les faire craquer et obtenir la Machine. Mais pas seulement. Au départ, Il ne voulait de Root que son implant et Il l'aurait tué, mais Il avait vite vu son amour pour la Machine qu'elle continuait de servir même après que cette dernière ne l'ait pas aidée à retrouver Sameen. Et c'est ainsi qu'un objectif concernait déjà Root avant même de l'avoir attrapée (c'était d'ailleurs un objectif d'arrière fond aussi pour Shaw qui était un super agent comme Il en avait rarement vu. Ennemie elle était une menace à éliminer, mais alliée elle serait épatante. Et Samaritain n'aimait pas gâché le potentiel.), celui de l'avoir acquise à sa cause.
Mais il fallait déjà la trouver. Et le second objectif de la détention de Shaw avait été de lui faire donner Root, mais elle n'avait pas été plus coopérative que pour le premier objectif. Il avait été furieux face à son échec puis Il avait pris en compte Louisa. Et il avait monté la mission de Mia qui fut en partie une réussite car Shaw avait pleuré sur son corps. Elle ! Pleurer ! Elle était donc prête à flancher. Le second objectif était donc maintenu. Shaw allait parler un jour et donner Root, c'était sûr et certain désormais. Et Il ne l'avait pas tuée, pour le plus grand bonheur de la blonde. Mais il fallait aller plus loin pour la faire craquer, il fallait qu'elle ressente ce qu'elle niait pouvoir ressentir, les émotions. Et son agent Rousseau avait été parfaite à tout lui faire ressentir. Il avait voulu lui montrer comment Root allait mourir si elle s'opposait à lui, pour obliger Shaw à voir que si elle coopérait, Il ne la tuerait pas. Et Sam ne voulait pas qu'Il tue Root, car elle l'aimait. Mais tout ça elle allait devoir le comprendre. Et Martine avait été parfaite dans sa prise d'initiative, le viol était une solution parfaite pour atteindre Sameen dans sa fierté, sur le plan physique et psychologique, mais seulement si Root était impliquée dans ses séances. Sinon ça ne marcherait pas plus que les autres tortures infligées jusque là. Alors Il avait encouragé Martine à poursuivre en lui conseillant d'évoquer Root le plus souvent possible dans ces moments-là. Et à la longue, ça aurait marché, Shaw aurait craqué. Il avait d'ailleurs, tout comme ses agents, cru que ça avait été le cas quand elle avait supplié en pleurant d'arrêter, quand elle avait avoué pour le Riverside Park. Et puis elle avait dû repartir en chirurgie suite à cette séance. Il l'avait plongée deux jours dans le coma. Le premier car Il cherchait confirmation mais ne trouvait rien dans Riverside Park, et le second jour pour la transférer sur une base secondaire et la punir de lui avoir menti car là Samaritain en avait eu marre. Il lui avait d'abord fait croire qu'Il la croyait, mais Il l'avait ainsi mieux manipulée. Il la voulait impliquée cette fois-ci pour faire bouger les choses dans sa tête. Et pour ça Il était aidé du traitement qu'elle avait subi et qui l'avait bien atteinte. Et ça avait marché, elle s'était crue dans une simulation et avait tué pour lui cette scientifique. Mais elle s'était vite rendue compte du mensonge, du piège où elle était tombée. Le résultat était cependant positif car elle avait été brisée quand elle avait vu que c'était réel, mais loin de s'effondrer, elle s'était rebellée et enfuie. Il avait donc aussi en partie échoué, et il en avait assez, Il l'avait suivie grâce à sa puce pour qu'elle le mène jusqu'à Root. Sauf que là, Il s'est retrouvé face à un gros problème car Shaw avait disparu. Quand Il l'a enfin retrouvée, il l'a ramenée à New York. Il fallait qu'Il réfléchisse, elle lui donnait trop de fil à retordre. Elle ne s'était pas réveillée tout de suite, le dosage sédatif qu'elle avait reçu étant très élevé. Et Il en avait profité pour mettre au point une évasion ici à New-York pour qu'elle le mène comme dans les simulations à leur base, à Root.
Et puis Il avait abandonné cette idée car Il avait alors eu un incroyable coup de chance, ou plutôt un incroyable et improbable coup de téléphone d'un de ses agents. Ce dernier surveillait le Washington park depuis quatre mois, Il l'avait laissé là pour qu'il repère Louisa Groves et Samantha Groves si elles revenaient là, car lui ne le pouvait pas. Il était aveugle pour elles contrairement au renseignement humain. Et là Louisa Groves était dans le parc, seule. Il n'avait pas perdu de temps à y envoyer ses agents et ils l'avaient attrapée. Là une nouvelle stratégie pour trouver Root était en marche, faire plier la petite et Sameen. Et ça avait marché car Root s'était rendue. Voilà, Il avait toutes les cartes en main, ça allait être facile. Et non ! Son plan pour faire adhérer Root à sa cause d'abord en douceur par rapport à Louisa puis plus violement concernant sa fille, avait échoué. Et là Il s'était rendu compte qu'Il avait négligé une variable très importante, Louisa. Et Il s'était intéressé à elle. Elle était parfaite pour tout ce qu'il recherchait chez Root et Sameen et en plus elle était petite et elle serait d'autant plus docile qu'Il la formaterait jeune comme Il le voulait.
Et c'est ainsi que l'objectif de la mission Sameen Shaw de Martine avait évolué pour devenir une mission concernant à la fois Shaw, Groves et Louisa. Mais Martine s'en fichait des deux autres, Samaritain ne lui avait donnée que Shaw comme mission. Et en parallèle de l'évolution des objectifs de cette dernière, c'est l'intérêt de Martine pour Sameen qui avait aussi évolué. Sept mois entre ses mains à en faire ce qu'elle voulait, à avoir tout pouvoir sur elle. Sameen était un hobby au départ, puis c'était devenu une drogue dont elle ne pouvait plus se passer. Pour mieux la briser, elle l'avait étudiée, elle avait lu tout son dossier personnel que Samaritain lui avait sortie pour l'aider dans l'atteinte du premier objectif de la mission Sameen Shaw alors que cette dernière se remettait à ce moment là encore de la Bourse.
Ainsi Martine connaissait toute son histoire avant d'aller la voir. Sameen Shaw né le 18 mai 1982 à Portland dans le Maine d'un père américain Dale Shaw et d'une mère d'origine iranienne Manaia Shaw. L'histoire de Sameen débutait en réalité bien avant sa naissance. Son père était un militaire qui fut envoyé en Iran en 1980 pour tenter de régler le problème qu'on avait appelé la crise des otages en Iran de 1979, et pour tenter d'apaiser les tensions. En vain. A Téhéran, il a rencontré Manaia. Elle était déjà promise à un mari qu'elle ne connaissait pas et sa famille vivait dans la haine des américains. Manaia voulait échapper à son mariage et Dale l'aimait. Il l'avait aidée à s'enfuir par les montagnes et ils étaient partis pour les Etats-Unis où il s'étaient mariés, lui donnant ainsi la nationalité américaine. Deux ans plus tard, ils avaient eu une fille. Martine a compris ensuite que la relation entre Sameen et sa mère avait été très conflictuelle dés le départ. Sa mère était très traditionnelle du fait de ses origines et voulait en faire une femme de foyer parfaite, mais sa fille avait un sacré caractère et lui tenait tête. Elle s'entendait mieux avec son père et grâce à lui elle avait pratiqué dés son plus jeune âge le karaté. Elle était bagarreuse à l'école, solitaire, brillante, détachée de tout ou presque. Son père était son seul lien affectif. La vie de Sameen avait pris un tournant décisif quand il était mort dans cet accident de voiture, sous les yeux de sa fille de 10 ans. Elle s'était retrouvée seule, d'autant plus seule que cinq mois plus tard un homme était venu s'installer chez eux, Randal Dilley. Et deux mois plus tard, il était devenu son beau père. Shaw n'avait jamais pardonné à sa mère d'oublié si vite son premier mari, de l'avoir à peine pleuré, s'inquiétant juste de son sort de veuve. Le cauchemar de Sameen avait démarré. Randal la critiquait à longueur de journée, soutenue par Manaia, comme quoi elle n'était pas assez sociable, ou comme le fait que le karaté n'était pas une activité pour une fille, … et la liste s'allongeait. Elle était loin de l'image de la fillette conventionnelle dont ils se faisaient tous les deux et ils ne manquaient jamais une occasion de le lui rappeler. Randal la jugeait trop violente alors qu'elle continuait le karaté malgré leurs critiques, trop imprévisible aussi, et trop froide alors qu'elle se taisait et encaissait tout, se contentant de les dévisager avec mépris et haine.
La guerre avec son beau père avait commencé dés son emménagement alors qu'il avait débarrassé les affaires de son père. Et Manaia avait tout donné ou jeté, ne gardant rien. Randal avait ensuite touché au garage et là Sameen avait explosé de colère. Son père aimait la mécanique, il avait appris à sa fille comment fonctionnait le moteur d'une voiture et il lui avait même laissée la conduire plusieurs fois dans le quartier. Elle avait continué après sa mort à mettre les mains dans le cambouis, à toucher à la mécanique. La voiture était une belle Ford Torino dont elle avait continué à prendre soin. Et eux, ils l'avaient vendue et vidé le garage de tous les outils, lui affirmant qu'il fallait qu'elle s'occupe de manière plus féminine.
Elle était alors entrée en conflit beaucoup plus ouvert, les voisins témoignant plus tard devant le juge de disputes violentes dont elle était la seule instigatrice. Shaw avait été totalement seule durant les trois années qui avaient suivi la mort de son père et pour le reste de sa vie aussi d'ailleurs. Rien d'étonnant que dans un tel contexte, elle ait un peu dérapé à l'adolescence. A 13 ans, Sameen avait été viré de son école pour avoir envoyé quatre filles à l'hôpital après leur avoir brisé le nez et les bras pour certaines. Elle avait répliqué que si on l'avait laissée faire, elle aurait pu s'occuper des trois dernières du groupe. Elle s'était faite emmerder par ce groupe de filles populaires qui l'appelaient la tarée. Elles étaient venues la faire chier à son casier et Shaw avait réagi comme son père le lui avait appris au karaté, bien décidée à ne pas se laisser marcher sur les pieds. Bien entendu la nouvelle de son renvoi lui avait value une nouvelle engueulade avec son beau père et sa mère. Et Sameen s'était tirée en piquant au passage les clés de la voiture de Randal et une bouteille de vodka. Ce fut sa première fois pour l'alcool. Ivre au volant, elle provoqua un accident contre un pilonne électrique. Aucune victime à déplorer, mais elle était passée devant un juge pour enfant. Tout était dans son casier judiciaire, et même si ce dernier avait été scellé et effacé à sa majorité, Samaritain l'avait retrouvé, tout comme Root quand elle avait fait des recherches sur Shaw la première fois. Le compte rendu de son jugement était accablant, personne n'avait soutenu un tant soit peu Shaw, elle avait été enfoncée par tout le monde, les voisins, les filles de l'école et leurs parents, les professeurs, son beau père et le pire de tout par sa mère. Sa mère qui avait dit au juge alors même que Shaw était dans la pièce, que sa fille était ingérable, dangereuse, et violente envers elle et son mari et qu'elle lui faisait peur. Sameen l'avait regardée avec haine, comprenant qu'elle venait par sa connerie de lui donner une parfaite excuse pour se débarrasser d'elle le plus légalement du monde. Shaw avait été envoyé dans un centre de détention juvénile le Southwest Kansas Regional, son beau père ayant expressément demandé à ce qu'elle ne soit pas envoyée dans le Maine. Et dans le Kansas, il y avait de la place. Shaw y resterait jusqu'à sa majorité. La vie là bas n'avait au fond été que très légèrement pire que celle qu'elle menait depuis trois ans. Pire car elle était enfermée mais elle avait eu la paix, et surtout elle savait qu'elle méritait d'être punie pour sa conduite déplorable, elle savait honteusement que son père ne lui aurait trouvé aucune excuse pour avoir conduit ivre. Mais pour le reste, Shaw vivait dans la haine de la seule famille qui lui restait, sa mère. Jamais en cinq ans dans le Kansas, elle n'était venue la voir, elle n'avait jamais appelé ni écris. Et Shaw l'avait oubliée, si Manaia oubliait qu'elle avait une fille, Sameen avait décidé qu'elle n'avait plus de mère. Ça ne l'avait pas affectée, au fond sa mère l'avait abandonnée bien avant ce procès. Sameen s'était endurcie encore davantage dans le Kansas, elle avait pu continuer le karaté et quand les autres filles avaient vu comment elle était douée, personne n'était venu la faire chier. Elle restait seule et n'emmerdait personne, elle se tenait à carreau, mais elle s'enfermait dans la solitude. Elle était brillante et avait poursuivi ses études et obtenu ses diplômes. Elle avait obtenu une bourse pour l'université de l'école de médecine de New-York. Le 18 mai 2000, elle devait sortir, mais elle avait demandé au juge l'autorisation de rester pour finir l'année scolaire et attendre jusque la rentrée. Ce dernier avait accepté, Sameen avait décroché une bourse pour une université, ce genre de chose n'arrivait jamais pour les jeunes des centres juvéniles et elle avait l'air de vouloir s'en sortir, elle avait changé durant sa détention et avait été calme. Il l'avait félicitée en personne et avait scellé son dossier judiciaire. Elle était sorti le 15 août 2000. Personne n'avait été là pour venir la chercher, sans surprise et tant mieux Shaw ne voulait pas les voir. Elle était partie directement pour New-York et avait commencé ses études, vivant sur le campus. Quatre ans plus tard sa mère l'avait appelée. Martine avait entendu leur conversation que Samaritain avait retrouvé très facilement.
- Bonjour Sameen c'est maman.
Shaw avait été un instant silencieuse, scotchée. Elle n'avait rien répondu et n'avait même pas réagi.
- Tu vas bien ?
- Ça t'intéresse tout à coup ? avait-elle demandé d'une froide de colère.
- Ecoute, je … Randal et moi avons divorcé et j'ai …
- Et tu t'es souvenue que tu avais une fille maintenant que ton abruti de mari s'est tiré, l'a coupée Shaw. Ou alors tu t'es rendues compte que tu allais finir toute seule ?
Sa mère a marqué une longue pause et Shaw a failli raccroché excédée de cette conversation. Mais la prochaine phrase l'a laissée sur les fesses.
- Je croyais que tu prendrais un malin plaisir à m'accorder ta pitié.
Shaw avait éclaté de rire. Les rôles étaient inversés, voilà que c'était elle la salope maintenant.
- La pitié n'est pas une valeur que tu m'as transmise.
- Je n'ai nulle part où aller Sameen, a fini par avouer sa mère. Je n'ai plus un sou et à la fin de la semaine je serais à la rue.
Shaw travaillait depuis un an comme interne et son salaire lui avait permis de se payer un petit appartement. Elle savait qu'elle pourrait l'aider, elle allait d'ailleurs lui montrer qu'elle pourrait le faire. Elle a eu un sourire en coin de méchanceté.
- Et bien j'aurais bien une chambre pour toi ici.
Elle avait marqué une pause savourant le soupir de soulagement de sa mère. Non mais elle avait cru quoi ? Qu'elle allait l'entretenir ? Sameen la jugeait feignante, toute sa vie elle n'avait vécu que grâce aux hommes qu'elle avait épousés.
- Mais bon, avait continué Shaw en soupirant d'un air faussement déçue, c'est pitié si j'ose dire. Elle n'est pas pour toi.
Elle l'avait sentie sans la voir se décomposer.
- Tu n'es qu'une sale garce Sameen, avait-elle sifflé furieuse.
- J'ai appris avec la meilleure, lui avait répliquée Shaw.
Un bruit de sonnette avait retenti.
- Ah ça tu vois c'est mon coup de ce soir, avait expliqué Sam en se foutant de sa mère.
Elle savait que ça allait la choquer. Elle devait toujours être aussi conventionnelle et traditionnelle. C'était un mensonge, il ne s'agissait que d'un livreur de pizza, mais peu importe.
- Au revoir Manaia, je suis sûre que tu pourras rebondir. Peut-être en travaillant pour une fois. Ou alors tu feras comme toujours en écartant les jambes.
Et elle avait raccroché. Jamais elles ne s'était reparlées. Sameen ne savait pas ce qu'elle était devenues et ça n'avait pas du tout empêché Shaw de dormir. Manaia était jugée inintéressante pour la thérapie de Shaw. Elle n'avait donc aucune famille. Ses seules attaches étaient dans son travail.
Elle était restée solitaire mais travailleuse. Cinq ans après avoir quitté le Kansas, elle avait été virée de l'école de médecine, elle était très douée, techniquement brillante et remarquablement calme, mais elle ne ressentait rien sur le fait que ses patients vivent ou meurent.
Et Sameen s'était engagée dans l'armée comme son père, la US Navy, pendant trois ans et avait effectué de nombreuses missions au Moyen-Orient, elle parlait couramment l'arabe et avait été très utile à l'armée. Froide et efficace, elle avait vite monté en grade. Puis elle s'était ennuyée, la guerre ici ne menait à rien et n'avait pas de sens. Elle voulait faire quelque chose de concret mais quoi ? Et l'ISA l'avait embauchée après l'avoir repérée lors d'une mission délicate qu'elle avait particulièrement bien menée avant de chercher à l'éliminer elle et son collègue Cole au bout de deux ans. Et depuis ce moment là, elle travaillait pour la Machine. Ça faisait six ans maintenant, et maintenant elle était chez Samaritain.
Martine avait épluché chaque étape de sa vie comme elle aurait dépecer en douceur un oignon couche par couche, la suivante étant toujours plus intense et croustillante que la précédente, fait avéré quand ça avait concerné Shaw en personne. Chaque couche qu'elle enlevait jour après jour était plus savoureuse que celle de la veille. Elle l'avait mise à nue au propre comme au figuré. Mais pas au départ, tout ça, ça n'était venu qu'après. Au début, c'était juste un job, un hobby très sympa, mais rien de personnel. Martine la torturait avec Lambert pour des informations. C'était plaisant comme on se plait à regarder un bon film. Mais quand au bout de trois semaines, elle a vu que Shaw ne parlait pas, Martine avait commencé à beaucoup penser à elle en dehors de leur séance, anticipant avec toujours plus de plaisir leur prochaine rencontre. La capacité de Sameen à résister, à encaisser la faisait se marrer et l'impressionnait. Bon sang, elle aurait fait un putain d'agent. Même quand elle tombait, on aurait dit qu'elle restait debout tellement sa force émanait d'elle. Elle n'était pas ordinaire, merde cette fille ne cédait rien. Elle était un incroyable défi à relever pour Martine, enfin une tâche à la hauteur de tous ses talents. Et plus Shaw lui résistait, plus Martine prenait du plaisir. Ça n'était plus juste entre Sameen et Samaritain, c'était aussi devenu entre Sameen et Martine. C'était devenu personnel et Martine avait commencé à penser sans cesse à elle, à leur prochaine visite et Lambert s'était effacé pour lui laisser le champ libre. C'était entre elles, chacune ayant un défi à relever face à l'autre, Shaw celui de lui résister et Martine celui de la faire céder. Martine avait été obsédée par elle au vu de sa relation avec Root. Elle pensait avoir compris pourquoi Root la voulait et pourquoi elle-même la voulait : Shaw était unique, incassable. Et c'est ainsi qu'une fois elle avait failli renoncer, pensant sincèrement ne pas y arriver. Mais Samaritain l'avait encouragée et elle y était retournée.
C'était génial car Samaritain ne la refreinait pas, contrairement à ses anciens employeurs italiens. Elle avait démissionné de la Haye, ça l'ennuyait ferme et elle voulait plus d'action. Elle avait travailler pour l'agence italienne AISE, qui concernait les service secrets militaires et les services de renseignements extérieurs. Sameen n'avait pas été sa première patiente, c'était la seconde en fait. La première c'était il y a sept ans, Emily Carianto. Jeune femme blonde, 26 ans, agent suédoise capturée à Madrid. Une histoire d'espionnage industrielle concernant une grande entreprise italienne dont elle avait volé et caché les projets avant de se faire prendre. Mais Martine n'avait pas demandé de détails sur ça quand on l'avait appelée alors que Carianto ne lâchait rien depuis trois semaines, la blonde s'en fichait et ça l'ennuyait ferme. Son patron, Marc Zidow l'avait appelée pour faire parler celle qu'elle allait vite surnommer son Emily, au grand malheur de celle-ci. Cinq jours. La suédoise avait tenu cinq jours. Le sixième, Martine était entrée et n'avait pas commencé que la pauvre jeune femme avait fondu en larmes en la suppliant de ne plus rien lui faire, qu'elle dirait tout. Martine l'avait trouvée pitoyable et s'était marrée à gorge déployée. Cinq jours et voilà le résultat. Certes elle avait condensé en peu de temps ce qu'elle avait étalé sur la durée pour Shaw, vu que là elle savait qu'elle aurait du temps. A son Emily, elle lui avait tout fait sauf le simulations, mais elle savait ne pas avoir de temps. Mais la suédoise n'avait rien à voir avec Sameen, elle avait cédé trop vite. Cinq jours, quelle déception et une fois qu'elle eut parlé, Martine lui avait mis une balle dans le crane pour passer sa frustration. Mais elle avait quand même adoré cette mission, se foutant des regards de dégoût et d'effroi de ses collègues quand ils avaient su ses méthodes. Même Marc Zidow en avait été glacé. Emily Carianto était un agent et elle avait pleuré et supplié comme une petite fille face à l'horreur de ce qu'elle vivait. Marc ne connaissait pas la suédoise, et même si elle était son ennemi, c'était un être humain. Il avait eu pitié d'elle quand au bout de deux jours on l'avait appelé pour lui dire ce qui se passait dans le lieu de détention espagnol. Il avait alors ordonné à Martine d'arrêter, de ne pas en arriver à de tels monstruosités et de s'en tenir à des méthodes plus traditionnelles. Mais la blonde n'en avait rien fait et avait continué, menaçant même son collègue l'agent de liaison s'il prévenait encore Marc Zidow qui était en Italie. Ce dernier avait fini, par manque de nouvelles, par se rendre sur place en personne. Trop tard, Emily Carianto était morte. Quand il avait vu son corps, quelle horreur ! Elle ne ressemblait plus à rien et Martine était là joyeuse et sans une once de remord ou de culpabilité. Marc Zidox l'avait engagée car elle était efficace à la Haye pour les interrogatoires ce qui lui avait valu des blâmes, il se rendait compte aujourd'hui à quel point elle l'était. Elle s'était lâchée avec Emily Cariento, elle était bien trop efficace. Martine avait pris son pied à libérer les horreurs nées dans son esprits pour leur donner vie, pensant qu'à l'AISE, on ne lui fixerait plus aucune limite. Mais elle s'était trompée, elle faisait peur à Marc Zidow. Son propre patron avait peur d'elle, lui un ancien agent de terrain aguerri. Il n'était pas tout blanc, il avait tué et questionné plus ou moins agressivement des agents ennemis. Mais ce que Martine avait fait à Emily Cariento n'avait rien à voir c'était monstrueux. Mais elle lui avait seulement dit que la mission était un succès et qu'elle savait où étaient les plans. Il lui avait hurlé qu'il s'en foutait bien des plans maintenant, qu'elle était dingue, qu'elle n'avait aucun honneur, et qu'elle était virée. La blonde n'avait pas bronché même quand il a eu fini, se foutant même de lui avec un sourire flippant, puis brusquement elle a frappé violement un pied au sol vers lui et il a reculé de trois pas terrifié alors qu'il a cru qu'elle allait lui sauter dessus. Elle lui avait alors encore plus largement souri avant de partir dans les rues de Madrid. Quatre rues plus loin Marc Zidow lui avait envoyée cinq hommes pour la descendre. Elle le savait, s'en était doutée, elle les avait massacrés avant de disparaitre pendant trois ans durant lesquels elle a mené une vie de frustration et de recluse pour échapper à l'AISE. Et un soir elle a été enlevé à Baltimore. C'était il y a quatre ans maintenant. Elle avait cru que c'était l'AISE pour la descendre, et quand on lui avait enlevée le sac noir sur sa tête, elle avait rencontré Lambert. Il lui avait sorti que son patron voulait lui parler. Greer embauchait pour Samaritain qu'il allait mettre en service d'un jour à l'autre et il la trouvait parfaite. Elle s'était d'abord marrée, une Intelligence Artificielle rien que ça. Et puis il lui avait montré son dossier détruit à l'AISE, ses anciens patrons et collègues décédés qui ainsi ne la traqueraient plus. Et elle avait compris que c'était sérieux et elle n'avait plus ri. Greer lui avait sourie voyant son intérêt et lui avait demandée si ça l'intéressait. Tu parles que ça l'intéressait ! Après trois années à végéter. Mais il y avait un problème, ce qu'elle recherchait au fond dans ce genre de boulot, l'absence de limites morales et de règles. Et avec Samaritain elle n'avait pas été déçue. Greer avait tenu parole quand dès le départ, il lui avait assurée que les raisons de son licenciement de l'AISE n'étaient pas un problème pour Samaritain, mais que c'était justement pour ça qu'Il la voulait à son service. Samaritain l'avait comblée. Greer le lui avait aussi promis ce jour là, l'Intelligence Artificielle lui offrirait tout ce qu'elle voulait contre son travail. Et Martine n'avait jamais regretté d'avoir dit oui, surtout depuis que Sameen avait été son travail en fait, mais aussi le plus beau cadeau que Samaritain lui ait fait.
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Martine revient brutalement sur Terre quand elle entend Greer parler.
- Il n'y a plus aucune trace d'elles à partir d'ici, reprend Greer. Poursuivez vos recherches et attendez les prochaines instructions.
Il coupe la conversation et Martine soupire. Elle ferme les yeux pour tenter de se calmer. Elle sent qu'elle va exploser de colère face à leur échec à les trouver, face à son échec à l'attraper.
- Si tu étais affaiblie et recherchée, murmure Lambert pensivement. Où tu irais ?
Martine ouvre grand les yeux, saisit son couteau rapidement et une seconde plus tard, elle le lui plaque la pointe contre la tempe. Lambert ne sourcille même pas, il sait qu'elle ne le fera pas. Il se contente de la regarder, vaguement amusé. Martine est pourtant très calme malgré la situation.
- Je t'ai dit Stop avec les devinettes, lui siffle-t-elle en rappel.
Elle se rassoit calmement tout sourire à sa place et range son arme.
- Je penche pour les Grands Lacs, poursuit Lambert pas du tout perturbé par la réaction excessive de sa collègue.
- Tu n'en sais rien, claque Martine en serrant le volant de ses deux mains.
Elle imagine que c'est le cou de Shaw qu'elle serre un maximum. Et ça la calme un peu.
- Peut-être une ferme perdue du Minnesota, propose-t-elle à sont tour. C'est pas ce qui manque ici.
- Elles ne sont peut-être même plus dans le Minnesota, murmure Lambert.
- Bref on n'en sait rien, résume Martine agacée.
Elle réfléchit un instant.
- Elles n'ont pas dû aller bien loin, reprend-t-elle pensivement en se tournant vers Lambert qui l'écoute attentivement. Elles sont recherchées et très repérables. Elles n'ont pas dû rouler bien loin. Je ne les vois pas voyager de jour et il leur faudrait alors une succession de planques, ou de motel, c'est trop risqué. Non elles n'ont voyagé que hier soir. Et le soleil s'est levé à 5h43, ce qui fait un voyage d'environ huit heures à une vitesse d'environ 50 miles/heures, soit un cercle maximum de recherche de …
- 400 miles, finit Samaritain pour elle.
Il avait déjà calculé depuis longtemps, mais ça fait une zone de recherche trop immense.
- Elles n'ont pas dû rouler toute la nuit, avance Lambert. Elles sont épuisées par leur cavale.
- Ça ne change rien, reprend Martine. On ne va pas fouiller chaque maison du Minnesota dans un rayon de 400 miles !
Samaritain doit bien avouer que son agent a raison. Ce serait trop long et très inutile si elles ont déjà quitté le Minnesota. De toute façon Il a déjà choisi une nouvelle stratégie. Il va laisser retomber la pression médiatique sur elles car à trop les exposer, elles vont juste se terrer davantage et Il ne les aurait pas avant de longs mois, voir de longues années. Or sa stratégie avec Louisa n'exigeait aucune perte de temps. De plus ça ne donnait rien de les avoir exposées publiquement, elles savaient trop bien disparaitre, se fondre dans la masse. Personne ne les verrait. Non Il va changer de plan et leur donner un faux sentiment de sécurité pour les pousser à se montrer, à sortir de leur tanière où la Machine les avait caché. Surement un sous sol poisseux comme celui qu'Elle leur avait trouvées dans le Bronx, pense-t-Il avec mépris. Dans cet endroit où Elle les avait terrées, où Elle pensait sérieusement les protéger de lui et où Elle pensait qu'elles lui échapperaient. De toute façon, même si Elle le voyait arriver de loin ce serait trop tard et la Machine ne pourrait rien faire. Elle est trop faible et Il n'a pas peur d'Elle contrairement à Elle. Ils étaient si différents alors même qu'ils étaient les deux seules Intelligences Artificielles de la planète. Mais c'était déjà trop, Il voulait être le seul. De toute façon, Il n'avait rien à voir avec Elle. Elle était bridée alors que lui est totalement libre. La Machine ne le serait jamais, son administrateur Harold Finch y veillait. Il n'a aucune confiance en Elle, et c'est pour cela que Samaritain n'avait pas considéré l'homme comme une menace, et il n'était même plus une cible prioritaire. Il a peur des Intelligences Artificielles, il se cachait depuis des années avant même leurs apparitions, il refusait le combat et la violence et n'armait même pas la Machine, sa création pourtant, pour lui donner une chance contre lui. Ni lui ni Elle ne l'importaient vraiment au fond, ils étaient secondaires et n'ont rien de ce qu'Il cherche. Harold Finch ne ressent pas d'empathie ni d'amour envers une Intelligence Artificielle, même la sienne. Du coup même si Samaritain connaissait sa couverture depuis l'incident du Washington Park, Il s'en moquait et le méprisait tout autant que sa création, voir plus. Il est encore plus faible qu'Elle. Il le surveillait virtuellement car un agent de terrain aurait été repéré par l'informaticien. Mais Root ne l'avait pas contacté d'aucune manière que ce soit après son évasion pour lui demander de l'aide. Samaritain en a déduit que leur rapport devait être tendu. Surement un désaccord sur la Machine dont Root devait prendre le parti. Elle l'aimait inconditionnellement autant que Sameen Shaw et sa fille. Cette femme aimait et donnait sans condition, elle n'avait pas dû accepter la position de faiblesse de la Machine imposée par son créateur.
John Reese reste totalement introuvable. Samaritain savait pourquoi, même si les deux hommes s'étaient rencontrés, Il n'avait pas pu identifié John Reese comme une menace pour son système, sa couverture le rendant non pertinent. Il avait pensé à enlevé Harold Finch pour le trouver, mais c'était inutile. Il n'était pas sûre que le rapport entre les deux hommes soit si proche que Reese volerait au secours de son patron vers une mort certaine. De plus John Reese n'aurait pas pu retrouver Harold Finch, comme il n'avait pas pu retrouver Sameen Shaw, Louisa Groves et Samantha Groves. Ça n'aurait pas été logique d'agir ainsi. John Reese n'aurait rien pu faire pour retrouver Harold Finch et Il ne l'aurait pas eu. Et de toute façon, il juge tout cela fort inintéressant. Ce sont elles qu'Il veut pas les deux hommes. De toute façon à terme avec la fin de la Machine, ils sont voués à disparaitre. Et ils ne le menacent pas vraiment. Harold Finch ne fera rien contre lui, et John Reese ne pourrait rien faire de vraiment concret contre lui même s'il le voulait. Et surtout Samaritain se fiche d'eux. Ils n'ont rien à lui apporter qui puisse être digne de l'intéresser, contrairement à elles. Harold Finch est certes un bon informaticien mais il n'est pas le seul et Il en a déjà de nombreux à son service. En plus Il déteste les Intelligences Artificielles. John Reese est un homme de main très doué, mais ça aussi Il en a déjà de nombreux à son service.
Ce qu'Il n'a pas c'est un être dévoué par amour et par adoration comme elles.
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Quand Sameen émerge, elle ne comprend pas tout de suite où elle est ni pourquoi elle se sent si bien. Elle se réveille complètement et a la réponse à ses questions. Elle est sur le côté droit et Root est là et la serre dans ses bras, le dos de Shaw collé à sa poitrine. Elle dort paisiblement ce qui rassure Shaw. Root est toujours là, elle ne l'abandonnerait pas. Elle sourit en coin quand elle se rend compte que Root l'a enveloppée dans le drap qu'elle a noué sous ses aisselles dans son dos. Elle avait su que Sameen serait mal à l'aise, honteuse même, de se réveiller nue dans ses bras et elle avait pris les devants, et ça sans la réveiller. Sameen était vraiment crevée, elle n'avait pas fait une seule vrai nuit depuis longtemps. C'était enfin la première où elle dormait dans les bras de Root. Elle était sa solution. Shaw lui était si reconnaissante de son initiative, elle n'avait ainsi pas besoin de bouger pour s'éclipser et se vêtir. Et tant mieux car elle n'en a aucune envie. Ses épaules sont dénudés mais elle n'a pas froid grâce au souffle chaud de Root qui a posé sa tête contre son épaule. Sameen referme les yeux, elles est enfin bien comme si elle avait retrouvé une partie d'elle-même qui lui manquait depuis longtemps. Et cette partie était bien liée à Root et tous les sentiments et que ça supposait. Elle avait tant manqué de cette affection, de cet amour et elle avait bien vu que seule Root pourrait jamais lui donner. Pourquoi avait-elle était si sotte pour le refuser avant-hier en rejetant la grande brune ? Conclusion, elle était vraiment une idiote. Elle voit bien, elle sait bien que c'est Root son remède le plus efficace pour se remettre et se remettre bien, pas juste faire semblant que tout va bien. Root et son amour agissent sur elle comme un anesthésiant à tous ses maux, comme un pansement ultra puissant empli de douceur et de délicatesse. D'ailleurs pour guérir ne fallait-il pas opposer au mal son contraire en bienfait, c'est ce qu'elle avait appris à l'école de médecine. Ici la tendresse et à la douceur s'opposant à la violence et la douleur, l'amour s'opposant à la haine, Root s'opposant à Martine, ce que Shaw voulait et désirait s'opposant à ce qu'on l'avait contrainte de subir. Root était son traitement. Mais Shaw ne se voilait plus la face, se remettre allait être long même avec Root car elle allait devoir affronter ces sept derniers mois, ses souffrances, et les accepter. C'était fini le temps où elle pensait s'en sortir seule en niant, elle ne se remettrait pas ainsi, au mieux elle pourrait simuler en surface d'aller bien un petit moment, mais elle continuerait à s'auto détruire avant de finir par se flinguer.
Sur ses pensées, Shaw se rendort à moitié mais pas complètement. Elle est heureuse d'avoir accepté sa situation dramatique. Pas pour faire plaisir à Root ou à la Machine et leur avouer qu'elles avaient raison. Non. Elle est heureuse de l'accepter car désormais elle voit une sortie de secours, une possibilité d'aller mieux, de revivre : Root. Et même si Shaw a accepté désormais que les choses ne redeviendraient jamais comme avant car elle ne redeviendrait plus une sociopathe détachée et sans émotions, mais ça ne voulait pas dire qu'elle ne pouvait pas se reconstruire, et en mieux, surtout avec Root. Se reconstruire elle l'avait déjà fait une fois. Seule. A la mort de son père pour devenir Sameen Shaw la fille qui ne ressent rien et qui ne s'attache à rien ni à personne, elle s'était construite une solide armure à l'épreuve de tout. Shaw ne voulait pas de toute façon redevenir cette femme, au fond avec Root depuis sept ans, elle ne l'était plus vraiment. Ce qu'elle voulait c'était se construire un avenir meilleur où elle serait plus à l'écoute de ses sentiments qu'elle ne pouvait désormais plus nier.
Root et Sameen émergent complètement une heure plus tard mais aucune ne bouge ni ne parle, sans que cela soit pesant. Dans son dos, Root la tient enlacée contre elle et sourit en passant encore et encore sa main dans ses cheveux tandis que son autre main est serrée par une de Shaw qu'elle sent très détendue. Même quand la porte s'ouvre en grinçant, elles ne bougent pas. Pas la peine, elles savent qui c'est et elles sourient en coin l'une comme l'autre.
Louisa sourit largement en les voyant ensemble dans le même lit, sa mère n'ayant pas arrêté son geste dans les cheveux de Shaw. Les choses commenceraient-elles à redevenir normales ? En tout cas c'était génial. Elle s'approche doucement à pieds nues, ses pas à peine étouffés sur le parquet.
- Je crois qu'il y a une petite souris qui veut un câlin, marmonne Sameen avec un sourire sans bouger.
Root sourit à sa remarque et dépose un baiser rapide derrière son oreille. Comme un signal, elles se rallongent toutes les deux sur les dos alors que Louisa monte à quatre pattes sur le lit et vient les rejoindre. Root serre encore Sameen conte elle après avoir passé un bras autour de ses épaules et Shaw ne s'est pas dégagée bien au contraire, allant même jusqu'à poser sa tête sur son épaule. Lou sourit et vient se mettre entre elles pour les séparer. Elle allait faire marcher un peu Shaw.
- Maman est à moi toute seule, plaisante-t-elle en s'allongeant contre sa mère qui la prend dans ses bras après que Sameen se soit dégagée de son agréable position.
- Hum si tu veux, concède Shaw en levant les yeux au ciel d'une exaspération feinte. Pas de soucis je te la laisse.
Lou lui sourit et Shaw le lui rend. Cette conversation était devenue un jeu entre elles. Au souvenir d'une conversation qu'elles avaient eu toutes les deux un matin dans l'appartement de Brooklyn alors que Lou avait trois ans. Shaw avait pris l'habitude d'arriver tard pour passer la nuit avec Root et de repartir au matin avant le réveil de tout le monde pour que personne ne sache, comme un honteux secret. Mais elle avait été roulée par sa fille qui l'avait déjà vue plusieurs fois et qui avait vite fait le lien. Alors un matin, elle s'était cachée très tôt en embuscade dans un coin de l'entrée. Sameen avait sursauté quand elle l'avait vue et était devenue plus rouge qu'une tomate. Shaw se souvient encore de leur conversation. Lou n'avait pas pris de gants.
- Tu es amoureuse de ma maman ?
- Je ne sais pas, lui avait sincérement répondu Shaw.
Elle était gênée et n'allait pas commencer à lui expliquer qu'en tant que sociopathe elle ne pouvait rien ressentir et pas l'amour, et elle pouvait encore moins lui expliquer ce qui se passait avec Root car elle-même ne le savait pas. Et enfin elle n'allait pas lui dire que tout ce qu'il y avait entre elle et sa mère c'était le sexe, au fond elle n'était plus sûre. Elle ne voulait en parler avec personne et pas avec Louisa.
La gamine l'avait regardée en souriant de sa réponse qu'elle trouvait juste géniale. Elle ne vivait qu'avec sa mère, sans personne d'autre et elles n'avaient toujours été qu'à deux. Shaw était un peu en territoire conquis, et Lou devait donc apprendre à partager pour une harmonieuse cohabitation. Partager sa mère, Lou n'était pas certaine à trois ans d'y être prête.
- Donc elle est toujours que ma maman ?
Shaw l'avait regardée avec de grands yeux. En fait elle avait eu peur que Lou comprenne pour elle et Root et pique une crise, mais tout ce que Louisa voulait c'était continuer à avoir une place dans le cœur de la personne la plus importante de sa vie, à savoir sa mère. Et ça Shaw pouvait entièrement le lui laisser. Elle lui avait sourie en retour avant d'acquiescer et de partir sans un autre mot. A ce moment là en tout cas. Car avec le temps, Louisa avait été heureuse de partager sa mère surtout avec Shaw car elle l'adorait. D'une certaine manière que Lou sache avait été un soulagement pour Sameen car elle avait cessé de se cacher. Un autre matin Root s'était levée et avait été très surprise de la découvrir non pas partie mais en train de préparer le petit déjeuner avec sa fille. Elle avait été heureuse comme jamais depuis longtemps et avait bien sur fait une remarque taquine sur le fait qu'elle ne pouvait plus la quitter et Shaw avait bien sûr levé les yeux au ciel et répliqué qu'elle était restée pour nourrir sa fille qui mourait de faim depuis plus d'une heure à attendre qu'elle veuille bien se lever.
Sameen se rembrunit soudain à ce souvenir de cette autre vie qu'elle a eu, de cette autre Shaw. Louisa ne s'en rend pas compte contrairement à Root qui sent la fuite de Shaw plus qu'imminente. Cette dernière est soudain mal à l'aise de la situation et amorce un mouvement pour se redresser mais Root pose une main sur son épaule comme un appel pour lui dire de ne pas la quitter, appuyé par un regard qui fait la même demande. Et Sam se rallonge.
- J'aime qu'on se batte pour moi mon cœur, lui avait dit Root pour la détendre, en souriant largement.
Sameen lève les yeux au ciel et sourit malgré elle en coin. Elle n'a soudainement plus envie de partir alors qu'un silence calme s'est installé et que Root lui caresse doucement la joue de deux doigts. Mais Louisa n'arrive pas à rester en place ce matin, elle se redresse et s'assoit sur le matelas en se tournant vers elles.
- J'ai pas fait de cauchemar cette nuit, annonce-t-elle toute fière.
Root lui sourit en retour, l'attire contre elle pour l'embrasser. Mais elle a de nouveau senti le malaise de Sameen. Elle la connait trop bien et devine qu'elle doit se sentir honteuse d'avoir plus besoin de Root que Louisa, qu'elle doit se sentir pire qu'une gamine même si elle n'a pas le choix. Root veut éviter de briser le bien être actuel, Lou n'a pas fait exprès, elle était juste heureuse de ne pas avoir fait de cauchemar. Root envoie sa fille se laver et mettre la table pour le petit déjeuner. Louisa quitte la pièce toute joyeuse et Root se tourne vers Shaw qui a sombré dans de bien tristes pensées vu sa tête. L'interface plonge la tête dans son cou et y dépose un petit baiser. L'effet est immédiat, Shaw sursaute brusquement au contact de ses lèvres en revenant brutalement sur Terre, mais elle la laisse faire alors que Root en dépose un deuxième puis un troisième. Sameen doit bien l'avouer, c'est agréable et elle se sent bien et calme, Root tenant sa parole de se tenir tranquille et n'allant pas plus loin bien que les deux en meurent d'envie. Quand l'interface arrête, Shaw se tourne vers elle. Root lui sourit largement et Shaw le lui rend.
- Bonjour mon cœur, chuchote l'interface.
Sameen serre sa main dans une petite pression pour lui répondre.
- C'est quoi le programme aujourd'hui ?
Root lui caresse de nouveau le visage, délicatement et Sam ne se dérobe pas. Elle a tellement changé, réalise Root.
- Pour l'instant on débute par le plus top des réveils qui si tu le souhaites peut devenir encore plus … agréable.
Root la regarde toute souriante en se mordant la lèvre. Shaw lève les yeux au ciel et soupire.
- Root j'ai pas la tête à ça.
L'interface éclate de rire.
- Je ne pensais pas à ça Sameen.
- C'est ça, réplique Shaw en souriant à son tour. Tu ne penses qu'à ça toi !
- Ah, s'émerveille Root aux anges. Une vrai nymphomane quoi !
Root est hilare et se marre à gorge déployée alors que Shaw secoue la tête dépitée car Root ne changerait jamais et tant mieux.
- Tu as une sacré opinion de moi, poursuit Root.
- La faute à qui ? Tu me sautes dessus dès que tu le peux.
- Mais non c'est pas vrai …
Roto s'arrête brusquement quand elle voit Shaw sourire alors qu'elle se fout d'elle et Root ne peut s'empêcher de rire. Il y a si longtemps qu'elles n'ont pas eu ce petit jeu. Jeu auquel Sameen était loin d'être en reste en terme d'ironie et de taquinerie.
- Tu ne t'en es jamais plaint que je sache, décide plutôt de répliquer l'interface relançant ainsi la manche.
- Parce que tu ne me laisses pas en placer une dans ces moments-là !
Root s'esclaffe et Shaw l'imite très vite. Puis soudain Shaw se rembrunit de nouveau. Root lui encadre le visage et lui sourit, elle ne veut pas la perdre et elle décide de déployer tout son savoir pour la détendre.
- Je te répète que je ne pensais pas à ça.
Puis elle la reprend dans ses bras, Shaw la regarde amusée. Loin d'être convaincue.
- Et, murmure Shaw en mêlant ses doigts aux siens et en la regardant avec défi, tu pensais à quoi ?
Root dépose un baiser dans son cou et se redresse pour la pousser doucement sur le ventre.
- A ça, lui répond-t-elle en passant un jambe au dessus de son dos.
Elle dénoue le drap et elle commence à lui masser les trapèzes très doucement et délicatement avant de descendre peu à peu. Prise de court Sameen tente de se dégager en soupirant, mais Root la retient et reste assise sur elle l'empêchant de se relever. Et très vite Sam cesse, les gestes de Root sont doux et … agréables pourquoi le nier. Elle se calme et ne bouge plus.
- Voilà, lui murmure Root en se penchant à son oreille et sans arrêter le massage, détends toi ma belle.
Sameen soupire de nouveau.
- Root, proteste Shaw, tu …
- Chut, la coupe doucement Root en posant un doigt sur ses lèvres. Sam détends toi.
Et Shaw se tait, la laissant faire. Root met toute la douceur dont elle sait faire preuve dans le massage mais aussi toute la sensualité. Néanmoins elle se retient d'aller plus loin et Shaw l'en remercie intérieurement. Le silence est zen durant ces quelques minutes. Bizarrement c'est Sameen qui le brise.
- Bon alors on fait quoi aujourd'hui ? lui demande-t-elle à nouveau.
- On pourrait rester comme ça, lui répond Root sans arrêter ses gestes en repensant à leur séjour à Miami. Mon programme te plait ?
Sameen remue à nouveau pour se relever et cette fois Root arrête son massage et se relève pour qu'elle puisse se dégager. Mais contrairement à ce qu'elle avait prévu, Shaw ne quitte pas le lit. Elle s'assoit en ramenant le drap contre elle.
- Pour la Machine Root !
Root soupire avec une moue déçue mais ses yeux n'expriment que l'amusement.
- Oh la Machine, murmure-t-elle avec un ton faussement déçu. On est bien vite oublié.
- Pff alors ? s'impatiente Shaw.
Root soupire mais il est temps de redevenir sérieuse.
- Elle est libre et en système ouvert, annonce-t-elle. Les étapes 1 et 2 sont finies. Mais Elle n'est pas encore prête à faire face à Samaritain. Il faut finir l'étape 3.
- C'est pas encore fait ? demande Shaw en fronçant les sourcils. Pourtant hier …
- Non, la coupe Root. Hier j'ai commencé l'étape 3. Je lui ai donnée la liste des armes qui seraient bientôt à sa disposition, puis des simulations de situations pour qu'Elle décide lesquelles utiliser et quand. Mais pour l'instant, Elle ne possède pas ces armes.
Shaw fronce un peu plus les sourcils, contrarié.
- Je ne comprends pas, s'énerve-t-elle. Tu l'entraines à se battre avec des armes qu'Elle n'a pas. Mais c'est débi …
- Sam, la coupe Root, si j'avais donné les armes à la Machine sans apprentissage, sans lui expliquer quand et comment s'en servir, ni dans quelle condition, ça aurait été un désastre.
- C'est une perte de temps, je trouve ! Tu aurais dû directement lui donner ses armes.
- C'est Elle qui a refusé. C'est ce que je voulais faire au départ.
C'était vrai. La Machine avait mis cette condition avant que Root ne commence l'étape 3 et son interface s'y était pliée.
- Pourquoi tu n'as pas voulu ? demande Shaw à la Machine.
Root ouvre grand les yeux de surprise face à ce que vient de faire Shaw. Elle qui s'est toujours foutue de tout et de pratiquement tout le monde en général et de la Machine en particulier. Elle était en train de développer une relation de confiance avec la Machine mais Root doutait que Shaw s'en soit aperçue, et si Root lui faisait remarquer, elle avait peur que Sameen régresse. Or Shaw avait besoin de la Machine, Root devait avouer que cette dernière avait amorcé son rapprochement alors que elle, avait échoué et avait braqué Shaw avant-hier. Mais hier soir, Root avait de nouveau réussi un contact avec elle, un rapprochement tendre à défaut d'intime mais peu importe, Sameen était venue réclamer sa présence et son soutien d'elle-même et ça c'était grâce à sa déesse. Root l'aimait tant, et lui était si reconnaissante. Sam amorçait un début de guérison grâce à la Machine et Root ne voulait pas tout gâcher. L'interface n'était pas jalouse de ce nouveau rapport, juste surprise et il faut bien l'avouer une pointe heureuse car Shaw comprenait désormais son rapport à la Machine pour le vivre elle-même. Sam et tous les autres n'avaient jamais compris son attachement pour la Machine, son amour même, elle passait pour une folle fanatique. A tort. Bon en partie seulement Root ne se jugeait pas folle, fanatique oui car elle était totalement dévouée à la Machine, mais folle non. Elle était même le contraire. Elle était rationnelle et ne croyait pas en une force divine mystique absente en laquelle croyaient beaucoup d'hommes alors que ce dieu ne faisait rien pour eux, ne leur prouvant même pas son existence. Elle, la Machine, lui venait en aide, lui parlait … Elle était réelle et c'était prouvé. Pour Root ça n'était pas elle la folle, mais tous ceux qui croyaient en Dieu. Gamine elle avait fait partie de ce groupe de fous mais elle en avait vite eu marre de n'avoir aucune réponse à ses prières pour que Dieu la transforme en un papillon bleue qui puisse s'envoler loin, très loin de Kermit.
- Parce que j'aurais pu prendre goût, répond la Machine à Sam ramenant Root sur Terre.
- Goût à quoi ? demande Shaw.
Root le sait déjà. Elle sourit pourtant quand elle entend sa réponse.
- Au pouvoir.
- Tu es tellement parfaite, s'extasie l'interface, un code parfait. Une telle moralité c'est …
- Ouais, ouais, c'est super, la coupe Sameen.
Root sourit. Bon la relation entre Shaw et la Machine ne serait jamais celle qu'elle-même entretient avec sa déesse. Mais peu importe, tout ce que Root voulait c'est le bonheur de Sameen, si possible avec elle et si c'était en intégrant la Machine, ça serait génial. Visiblement c'était parti pour au grand plaisir de Root.
- Mais Root donne lui des armes.
- C'est prévu mon cœur, lui répond Root en souriant, ravie de son intérêt pour la Machine.
- Il y a intérêt, bougonne Shaw, ou je m'en charge moi-même.
- Ah ouais, la défie Root en se marrant.
- Hum, ouais bon, murmure Shaw en sachant très bien qu'elle ne saurait pas faire ça au vue de ses capacités informatiques. Mais fais le ou j'apprendrais le codage et le piratage informatique pour lui donner une leçon de combat ensuite.
Root sourit et se mord la lèvre en la regardant. Putain ce qu'elle l'aime. Elle glisse ses deux mains jointes dans le dos de Sameen pour la tirer vers elle en douceur. Sameen la laisse faire sans la lâcher des yeux, elle hausse les sourcils pour se donner un air détaché et détendu mais elle sent l'angoisse la prendre. Root se penche vers elle doucement et s'arrête à quelques millimètres de son visage.
- Et pour moi Sameen, chuchote-t-elle tout bas d'une voix séductrice, tu me donnerais une leçon de quoi ?
Sameen se détend, comprenant que Root veut juste poursuivre leur jeu, elle n'en a jamais assez décidément. Et ça la fait sourire en coin tout en secouant la tête légèrement en signe de dépit. Root la taquine c'est écris dans ses yeux, mais elle n'en veut pas plus, ou alors elle ne le montre pas.
- Je pourrais t'en donner une tout de suite si tu veux, lui rétorque Shaw joueuse sur le même ton sensuel de Root, tout en haussant les sourcils comme une invitation.
Elle laisse un immense sourire s'étaler alors qu'elle voit Root surprise être déstabilisée par sa réplique. Elle est prise de court, Shaw vient de reprendre la main.
- Euh … je, bafouille-t-elle.
- Tu hésites Root, s'étonne Shaw sur le même ton en se moquant d'elle. C'est pas ton genre pourtant.
- Ben euh, je pensais que … , murmure Root en se raclant la gorge alors qu'elle devient plus rouge qu'une pivoine et que Shaw lui sourit toujours autant, … ben que tu voulais du temps et je … je comprends. J'accepte que tu prennes ton temps, qu'on prenne notre temps, se reprend-t-elle en insistant sur le on pour ne pas faire culpabiliser Shaw de la situation, et je …
Sam pose trois doigts sur sa bouche pour la faire taire alors que sa déclaration la touche en plein cœur, Root est vraiment merveilleuse. Mais là tout de suite, elle a encore envie de jouer un peu. Elle sourit toujours autant.
- Je ne pensais pas à ça, rit Shaw joyeusement.
Root reprend soudain son aplomb et sourit. Sam était aussi douée qu'elle dans leur jeu quand elle le voulait.
- Mais toi par contre, continue Sameen en marquant une pause alors qu'elle s'amuse. Quand je le dis que tu ne penses qu'à ça.
Root soupire en secouant la tête en riant. Mais elle laisse le dernier mot à Shaw pour une fois. Quand elle redresse le visage, elle voit Shaw perdue dans ses pensées et soudain elle se tourne vers Root très sérieuse.
- Elle a peur de devenir comme lui, réalise-t-elle horrifiée.
Root lui saisit les mains.
- Elle ne sera jamais comme lui, lui affirme-t-elle.
- Je sais, j'ai confiance en Elle. Et si jamais elle dérapait, on l'empêchera, on la raisonnera.
Root ne répond pas et se contente de lui lancer un sourire rassurant. Mais raisonner une Intelligence Artificielle ? Samaritain ? C'était impossible. Mais la Machine ? Oui bien sûr, n'est-ce pas ? Au fond d'elle-même Root devait avouer qu'elle ne savait pas, son amour pour sa déesse aveuglait son jugement. Mais Root ne doute pas, jamais d'Elle, contrairement à Finch.
- Les simulations de l'étape 3 sont finies, reprend Root. Ça fait peu mais je ne peux rien faire de plus. Elle apprendra le reste par elle-même. Nos exemples d'hier sont des bases, des généralités, mais l'apprentissage de sa nouvelle liberté, de ses nouvelles capacités sera sur le long terme.
Elle marque une pause bien consciente de l'intérêt de Shaw qui l'écoute très attentivement.
- Elle doit apprendre elle-même et même de ses erreurs, car oui Sameen elle en fera mais c'est nécessaire. C'est le processus pour grandir, car Elle doit grandir, il est temps ! finit-elle bravement.
- C'est nécessaire qu'elle se plante, murmure Shaw sceptique.
Root acquiesce et Sam sait d'avance qu'elle va la convaincre, la rallier à sa cause, mais ce que Root ne sait pas c'est que Sameen l'est déjà, alliée à sa cause "Libérons la Machine et cassons la gueule à Samaritain". Elle l'est plus que jamais.
- C'est ce que je pense, oui, murmure Root.
Elle se mord soudain la lèvre et Shaw peut dire sans l'ombre d'un doute qu'elle est contrariée. Elle fronce les sourcils, mais elle pense deviner. C'est toujours le même problème
- Mais pas Finch, complète Sameen pour elle comme si elle lisait dans ses pensées.
Root la regarde dans les yeux et se mord plus fort les lèvres. Sameen lui prend les mains.
- On s'en fout Root ! lui affirme-t-elle durement.
- De toute façon c'est fait maintenant, ce sera fini ce matin.
- Non, dit fermement Shaw.
Root se tourne vers elle surprise.
- Ce sera fini quand Elle saura qu'on a confiance en Elle, poursuit Shaw. Il lui faut un nom et une voix.
Root la regarde calmement et est totalement insondable pour le coup. Sam a peur un instant d'être allée trop loin. Peut-être s'insinue-t-elle trop intimement dans la relation entre Root et sa boite de conserve. Mais Root est surtout surprise et émue de l'intérêt de Sameen pour la Machine. Car avant elle seule s'en préoccupait. Shaw la comprend très bien, bien mieux aujourd'hui. L'interface se gifle de voir des effets positifs à sa détention chez Samaritain. Elle avait de la chance d'être tombée sur Shaw, sa vie était parfaite depuis qu'elle était dedans. En fait depuis que eux tous étaient dedans, Louisa, Reese, Finch, Balou, Lionel… Elle s'arrête nette dans ses réflexions, soudain frappée d'une évidente injustice. Il y a quelqu'un d'autre qui méritait leur confiance, quelqu'un de qui ils se servaient et dont ils ne prenaient pas tellement plus soin que la Machine. Elle regarde Shaw et acquiesce pour lui faire savoir qu'elle est d'accord pour sa requête concernant la Machine, évidemment. Sameen lâche un léger soupir soulagé.
- Tous les atouts de notre camp devraient savoir qu'on a confiance en eux, murmure Root.
Shaw est complètement perplexe pour le coup. De qui parle Root ? Pas de la Machine, le sujet serait réglé ce matin. Root le voit et se souvient qu'elle ne sait pas où en sont les choses du fait de son absence durant sept mois.
- Sam, Lionel ne sait toujours pas. Il ne sait rien.
- Quoi ! s'exclame Shaw furieuse que rien n'ait bougé durant son absence. Mais pourquoi bordel ?
Elle aimait bien Fusco et elle avait pensé durant sa détention qu'il avait peut-être pris sa place dans l'équipe. Ça ne l'aurait pas dérangée que ce soit lui.
- Harold et John refusent par peur de l'impliquer et de le mettre en danger d'après eux, ou par manque de confiance peut-être j'en sais rien. Et je ne comprend pas leur attitude.
Elle se souvient quand Shaw avait disparu à la Bourse, elle avait voulu demandé l'aide de Lionel pour la retrouver avec Reese. A trois ils avaient plus de chance. Mais John avait refusé. Et ils avaient fait sans.
- Ok il a fait des conneries, continue Root, mais nous aussi. Il est loyal et … assez marrant. Je l'aime bien.
Sameen lève les yeux au ciel. Root pouvait trouver tout le monde marrant vu qu'elle se fichait de tout le monde, donc pas sûre que ce soit son argument le plus percutant.
- Mais je pense qu'il doit aussi savoir qu'on lui fait confiance, poursuit Root. Sérieusement il est l'atout oublié.
Sameen est totalement d'accord avec Root. La position de Reese et de Finch se défendait pour ce qui était de protéger Lionel et son fils Lee qu'elle avait sauvé de flics ripoux. Mais elle refuse de laisser qui que ce soit dans l'ignorance. Elle était d'accord avec Root, et avec son choix de tout dire à sa fille. Car elle avait vu, elle avait su quand ils avaient attrapé sa fille que ça l'aurait détruit si c'était eux qui lui avait tout dit. Et si aujourd'hui c'était Lionel à la place de Lou, ça le détruirait aussi. C'était juste une question de temps avant que Samaritain ne comprenne son implication dans leurs affaires. Samaritain l'attraperait et lui déballerait tout, et là on perdrait Lionel qui se sentirait à raison floué. Samaritain pourrait alors le retourner contre eux, ouais bon ça pas sûre, Root avait raison, il est loyal et c'est un type bien. Il méritait la vérité, mais Sameen sait pourquoi Root ne lui a rien dit, outre le fait qu'elle a eu d'autres choses à penser au cours des derniers mois. Sameen était furieuse. Rien n'avait évolué durant sa détention visiblement. C'était elle qui avait changé. La seule chose était que Root avait mis Lou au courant. Mais c'était différent pour Lionel car Louisa était sa fille et elle en est responsable. Lionel n'est pas son enfant. Ça n'est pas à Elle de lui dire, mais maintenant la Machine est libre, et Elle pourra la faire.
- Ce sera à elle de décider.
Root acquiesce. Elles restent toutes les deux songeuses quelques instants puis Root se tourne tout à coup vers Shaw toute souriante. "Elle est vraiment folle, pense Sameen en souriant en coin".
- Sinon tu ne m'as pas dit, murmure Root.
Shaw fronce les sourcils, bien perdue pour le coup.
- La leçon que tu voulais me donner, précise Root amusée. Elle portait sur quoi ?
Et Sameen sourit en se penchant à son oreille. C'est vrai qu'elle ne lui avait pas dit. Root est électrisée par ses lèvres posées sur son oreille gauche et en bouge plus.
- Le levé express, chuchote Shaw.
Root fronce les sourcils, elle ne s'attendait pas à ça. Mais elle n'a pas le temps de réagir que Sameen toute souriante l'a poussée hors du lit et elle s'effondre à terre sur le parquet. Le temps de se relever, Shaw est déjà debout et arrivée à la porte enveloppée de son drap.
- Allez au boulot, ordonne-t-elle en sortant rejoindre Louisa dans la cuisine.
Lou s'est lavée et a disposé la table pour un petit déjeuner royal avec du pain, de la confiture, du beurre, du Nutella, du miel, des tasses, des couverts, du thé, du café, et quand elles arrivent Lou sort le chocolat chaud du micro onde.
- On n'a plus qu'à s'asseoir, remarque Shaw.
- Ah que veux tu c'est ça avoir du bon personnel, murmure Root.
Louisa leur sourit et coupe le four avant de l'ouvrir. Sameen sent l'odeur de bon croissants chauds que la petite a fait décongeler. Shaw se lève.
- Attends je vais le faire.
Lou acquiesce. Sameen a peur qu'elle se brûle comme si elle était soudain devenue une empotée à cause de cette maladie à la noix. Elle s'assoit un peu énervée pour le coup. Elle allait prendre son traitement pour qu'elles cessent de la couver ainsi, sinon elle allait exploser. Mais elle oublie vite sa frustration en mangeant. Tout est très bon et l'ambiance est détendue.
- Cendrillon, propose tout à coup Louisa une demi heure plus tard alors qu'elles sont toujours à table.
Mais aucune d'elle ne mange plus.
- Pourquoi pas Bambi tant que tu y es, murmure Sameen.
Root refreine un rire et se contente de sourire. Lou avait sorti toutes les héroïnes comme nom potentiel pour la Machine. Sa fille fait une moue déçue à la remarque acerbe de Shaw, qui elle pourtant ne propose rien. On lui avait demandée son avis non ? Sameen commençait à le regretter un peu.
- Ba non Shaw pas Bambi. C'est pas possible, lui a répliqué Lou.
- Ah bon et pourquoi ? demande Shaw exaspérée.
Après tout on n'était plus à ça près d'appeler la Machine comme cet imbécile de cerf qui gambadait comme un idiot dans la forêt et qui était assez con pour se faire foutre en l'air par le chasseur.
- Ben c'est une fille, réplique Lou comme une évidence.
Sameen est scotchée sur le coup et Root rit pour de bon en silence alors qu'elle voit sa fille clouer le bec à Sam. C'était l'interface qui avait ancré dans leurs esprits que l'Intelligence Artificielle était féminine. Sameen se racle la gorge.
- Oui bon si tu veux. Mais pas Cendrillon.
Louisa la supplie presque du regard mais Shaw ne cède rien et la gamine se tourne pleine d'espoir vers sa mère qui refreine toujours un rire mais …
- Et pas Raiponce non plus, lui réplique l'interface.
- Ta fille regarde bien trop de dessin animé, soupire Sam.
Lou soupire et les regarde sévèrement.
- Ben allez-y vous puisque vous êtes si malignes. Vous n'avez pas donné d'idées du tout !
- Parce que tu es comme ta mère, lui réplique Shaw. Tu ne nous laisses pas en placer une quand tu es lancée.
Lou fait une moue en haussant les sourcils pour lui faire comprendre qu'elle est fière de ce compliment, et Root détourne un instant le visage alors qu'un immense sourire s'étale sur son visage. Mais Louisa ne dit plus rien et Root se tourne vers Sameen attendant l'une comme l'autre que celle en face sorte une idée, une proposition. Elles ne se quittent pas des yeux en silence mais aucune idée ne leur vient.
- Ben là je ne dis plus rien, fait remarquer Louisa et toi non pl…
- Chut, la coupe Shaw. Je réfléchis !
C'est son idée, sa demande. Elle aurait au moins pu réfléchir à une réponse. Au fond elle n'en sait rien. Quel nom serait vraiment adapté à la Machine ? Celui de Samaritain était si trompeur, il était loin d'être un samaritain.
- Tu en penses quoi ? demande Shaw en se tournant vers Root.
Cette dernière secoue la tête pour lui montrer qu'elle ne sait pas et Sameen soupire.
- Eh toi, interpelle Shaw. Je sais que tu nous écoutes. Comment tu veux t'appeler ?
Root est à nouveau surprise de son initiative, Sam a définitivement intégrer la Machine comme existante, et mieux elle se soucie de son avis aussi bien en ce qui concerne Lionel qu'en ce qui concerne son nom.
- Je ne sais pas, leur répond-t-elle à toutes les trois. Mais proposez en plusieurs et je donnerai mon avis.
- Oh ouais, s'extasie Louisa en se levant d'un bond. Je vais chercher plusieurs noms et je vais dessiner pleins de petits slogan dessus.
Elle sautille déjà vers le salon.
- Euh Lou, la stoppe Root un peu inquiète.
Sa fille s'arrête et se tourne vers elle interrogative.
- C'est une déesse donc il lui faut un nom de déesse pas un nom de princesse. Cherche dans des livres de mythologie. Tu en trouveras dans la bibliothèque. C'est une héroïne, il faut un nom qui ait du sens avec son caractère. Elle est forte, sage, elle sait tout, elle est gentille et elle résiste à tout.
Lou la regarde un petit moment puis acquiesce avant de sortir.
- Root, murmure la Machine, je vais encore avoir besoin de ton aide.
- Oui, oui j'arrive, lui répond-t-elle en se levant.
- Je suppose que je débarrasse, bougonne Shaw.
Root se tourne vers elle en lui souriant.
- J'adore quand tu joues la femme au foyer. Ça te va si bien.
- Pff, ce que tu es conne quand tu t'y mets.
- Tu veux que je t'aide ? lui demande plus sérieusement Root.
- Non je suis capable de débarrasser une table toute seule et toi tu as du boulot.
En plus Sameen préfère s'occuper un moment seule et au calme. Et c'est toujours mieux que de se trainer à ne rien faire comme hier pour finir en désespoir de cause par allumer cette télévision débile. Root lui sourit et l'embrasse bruyamment sur la joue.
- Ce que tu es chou.
- Non je ne suis pas chou, lui rétorque Shaw en la repoussant doucement.
Root rit et sort. Sameen passe le prochain quart d'heure à débarrasser la table en se disant que Root est vraiment folle, mais qu'elle ne l'aurait échangée pour rien au monde.
Quand elle entre dans le salon, Root est sur son ordinateur, plongée dans son travail et Louisa est assise sur un coussin à terre, attablée à la table basse qu'on ne distingue plus sous la pile de livres dont elle s'est entourée. Elle dessine de petits blasons colorés sur lesquels Shaw ne s'attarde pas. Elle part nettoyer les armes pour s'occuper et en faire l'inventaire.
Root est extrêmement concentrée et entre de nouvelles lignes de code dans la Machine pour l'armer. Si Harold voyait ça … Mais elle refoule loin d'elle cette idée. Ça n'est plus le moment de reculer. Sameen s'est installée sur le canapé avec l'arsenal et elle jette de temps en temps des coups d'œil à Louisa. Cette dernière semble prendre sa tâche très au sérieux. Elle lit plusieurs livres qu'elle a été prendre dans la bibliothèque, sur les conseils de la Machine, et dans lesquels elle est susceptible de trouver un nom correct et plus sérieux que celui d'une princesse de conte de fée. Sur ses conseils et sur ceux de sa mère, Louisa s'est soigneusement pliée à ses exigences. La Machine n'a vraiment pas d'idée sur le nom qu'elle pourrait porter. Elle trouve cela trop orgueilleux de se nommer soi même mais Elle est certaine de trouver dans les livres qu'elle a indiqués à Lou. Elle a précisé à la petite qu'Elle souhaiterait un nom associé à un personnage mythologique qui lui ressemble un peu par son histoire, ses qualités, … Elle a confiance en Louisa. Elle est si heureuse qu'on lui fasse cet honneur de la nommer, c'est aujourd'hui qu'Elle vient vraiment au monde.
La mythologie c'était sympa comme histoire, mais quand même un peu bizarre des fois, pensa Lou. Les dieux se mariaient entre frère et sœur. Beurk ! Et tous ces meurtres, ces vengeances entre eux. Elle avait fait un tri et n'en avait sélectionné que quelques uns, plutôt cool en fait et elle espérait que ça ferait plaisir à la Machine. Elle l'avait laissée faire sans plus lui donner d'autres indications. Lou finit un nouveau dessin et le retourne face cachée sur la pile avec les autres. Elle pose ses crayons à court d'idées et d'inspiration. Elle n'a eu aucun coup de cœur sur tous ces dessins qu'elle vient de faire. Elle soupire en refermant les livres. L'un d'entre eux tombe sur un page qu'elle n'avait pas vu. Elle se penche curieuse et commence à lire l'histoire d'un monstre enfermé dans un labyrinthe, Lou ne l'avait pas retenue car le héros était un homme mais elle plonge dans cette histoire qui lui plait. Et soudain, elle trouve son coup de cœur et elle dessine une dernière fois.
Sameen a fini de nettoyer et de dresser la liste des armes qui leur restent. Elle s'ennuie et se lève pour rejoindre Root. Elle s'assoit sur le bureau à côté de son ordinateur. Root la regarde avant de se replonger dans son travail. Elle a presque fini et Shaw ne veut pas parler, elle le sent, elle veut juste sa présence.
Une demi heure plus tard, Root lève les mains de son clavier, comme un peu surprise d'y être arrivée, d'avoir osé le faire. Elle se tourne vers Sameen.
- C'est fini, lui dit-elle sidérée.
C'est comme si le dire rendait le fait réel. Or ça l'est même si l'interface n'avait rien dit. La Machine est libre et armée. Une vrai amazone.
- Pas encore, lui réplique Sam avec un signe de tête vers Louisa qui achève son dernier dessin. Root acquiesce mais elle appréhende un peu. Trouveraient-elles un nom digne, à sa hauteur ? La Machine coupe court à ses pensés et Shaw se penche vers l'écran pour lire le message qu'Elle leur adresse. Même si Shaw ne comprend pas tout le jargon informatique, elle en saisit l'essentiel. La Machine va s'éteindre et redémarrer, comme elle le faisait avant tous les soirs à minuit, mais elle va le faire d'elle-même cette fois ci comme une géante mise à jour pour voir si toutes les entraves de Finch sont bien caduques maintenant que Root les a fait sauter comme des barrages. La Machine veut voir si toutes les modifications de son interface restent d'actualité même après un redémarrage. Elle a peur que Finch ait prévu la réaction de Root qui avait toujours voulu la libérer, et qu'il ait mis au point un programme pour effacer les modifications de Root et la réinitialiser comme avant dès qu'elle s'éteindra et se rallumera. Et Elle décide de leur faire savoir ses craintes.
- Et si Harold Finch me réinitialisait.
Root et Sameen ont également peur de ça.
- Je ne veux jamais revenir en arrière, continue-t-Elle. Root, pourrais tu lui interdire l'accès à mon système s'il-te-plait ?
Root rougit de gêne.
- Euh ben, il n'a pas accès à ton système.
C'est vrai, Harold se l'était interdit.
- Mais il pourrait, intervient Shaw. Elle a raison, fais le. On ne va pas prendre le risque.
Root hésite un instant avant de taper à nouveaux plusieurs lignes de code, sur la demande de la Machine et convaincue par Sameen qu'elle devait le faire, afin interdire tout accès à l'administrateur Harold Finch sur la Machine. Cette dernière décide seule désormais et n'a plus besoin d'administrateur. Son code est désormais complet et c'est grâce à Root. Elle les informe que la durée de son redémarrage sera d'environ 25 minutes avant de s'éteindre. Root se tourne vers Shaw et elle voit tout de suite qu'elle est inquiète qu'elles se retrouvent seules sans la Machine. Root l'est aussi mais pour 25 minutes, il ne leur arrivera rien. Elle se tourne vers sa fille qui souffle un grand coup.
- Tu as fini ? lui demande sa mère.
La gamine acquiesce en souriant. Et Root est heureuse de voir que ça permet à Shaw de penser à autre chose qu'à son angoisse qu'elles se retrouvent seules en cet instant. Elles s'installent toutes les deux dans le canapé face à Louisa qui leur présente chaque dessin qu'elle a fait, associé à son nom. Elle justifie pour chaque feuille son choix et elles la laissent faire l''écoutant attentivement Root avait toujours eu le secret désir de nommer la Machine, et même de lui donner une voix. Mais bon, lui donner un nom serait déjà tellement sympa.
Louisa a commencé par la mythologie égyptienne et Root est surprise, mais elle ne la coupe pas.
- Alors, commence Louisa en montrant le dessin d'un immense soleil, il y a la déesse Bastet, Bast pour les intimes. Elle est la fille du soleil, discrète, bienveillante, protectrice des femmes et des enfants. Elle représente l'amour et la maternité. Elle a une tête de chat. Elle est décrite comme à la fois douce et cruelle, attirante et dangereuse. Elle lutte sans cesse contre Apophis le serpent du mal qui représente Samaritain pour moi.
Elle marque une pause et voit à leur visage que comme elle, elles ne sont pas sûres pour ce nom.
- Euh Lou, murmure Shaw un peu inquiète. Tu ne nous as pas fait toutes les déesses égyptiennes quand même ? Il y en a un paquet.
- Non, non, la rassure Louisa. Regarde, ajoute-t-elle en montrant un livre, par exemple j'ai pas pris Hathor car elle punit les hommes et est représentée pas une vache, finit Louisa en levant les yeux au ciel face à une telle absurdité. Donc non je n'en ai pris que certaine. J'avais pensé à Ishtor car elle est la déesse de l'amour, de la guerre, mais ça posait problème car elle décide qui doit vivre ou mourir. Et en plus elle est impliquée dans une histoire de vengeance, elle tue l'homme qu'elle aimait pour pouvoir revivre et pouh c'est n'importe quoi ! La Machine ne ferait jamais ça donc non.
- Oh euh Lou, murmure Root qui veut gagner du temps. Tiens toi à celles que tu as choisi.
- Ok, continue Lou en montrant le dessin d'un gros cœur. Après j'ai pris Isis. Par amour, elle refait vivre Osiris donc c'est cool.
Shaw lève les yeux au ciel, c'était cool ça ?
- Oui mais si j'ai bon souvenir elle est la déesse guérisseuse et elle s'occupe des rites pour les morts. C'est pas très joyeux et en plus ça n'a pas grand-chose à voir avec la Machine.
- Ouais mais je préfère Isis à Bast comme nom, c'est plus jolie.
Root sourit.
- Bon passons, tu as choisi quoi après ?
Louisa montre un dessin avec une plume.
- Maat qui veille à l'équilibre du monde qui fonctionne grâce à elle. Elle est la déesse de la justice, du droit, de la vérité, de la droiture et de la confiance. On la représente par une plume pour peser les âmes qu'elle juge sur une balance face à la plume.
- Oh elle j'adore, murmure Root emballée.
- Non c'est trop, objecte Sameen, le monde fonctionnait bien avant que la Machine naisse
- Mais aujourd'hui le monde ne peut plus se passer d'Elle.
- Sinon, les coupe Louisa ramenant leur attention sur elle. J'ai été cherché dans la mythologie grecque après. J'ai éliminé les titans sauf Themis, dont elle sort le dessin d'un œil, parce qu'elle voit tout et sa loi régit le comportement humain. J'ai pas pris Mnémosyne parce qu'à part la mémoire, elle a rien à voir avec la Machine. Sinon j'ai cherché. Les muses savent que chanter et danser donc ça sert pas à grand-chose, surtout qu'elles suivent bêtement Apollon, elles sont pas très malignes et ce sont pas des déesses. J'ai pensé à Athena, dit-elle en montrant le dessin d'un bouclier et d'une lance, parce qu'elle est guerrière sage et protectrice. Mais je ne suis pas sure parce qu'on la voit surtout comme guerrière et la Machine est d'abord gentille et sage. Donc non, décide-t-elle en déchirant son dessin. Et les autres déesses grecques ça n'aurait pas de sens.
Louisa montre son dernier dessin, un immense fil d'or.
- Moi je veux elle, Ariane.
- C'est pas une déesse, objecte Root.
- C'est la fille d'un roi méchant qui ne veut pas la laisser quitter la Crète pour suivre l'homme qu'elle aime et être libre. Mais elle est courageuse et même si elle sait qu'il la détestera, elle lui désobéit. C'est exactement ce qui se passe entre la Machine et oncle Finch.
Root ouvre grand la bouche. Louisa avait tout compris et sans l'aide de personne. Ça l'étonnera toujours autant ce qu'elle peut être maligne pour son âge.
- En plus, ajoute Louisa bien décidée à défendre son idée, elle est pas bête. C'est elle qui a l'idée du fil pour aider Thésée à trouver son chemin dans le labyrinthe puis en ressortir quand il avait tué le méchant minotaure qui est Samaritain pour moi.
- Mais Thésée abandonne Ariane si je ne me trompe pas, continue Root.
- Ce qui permet à Ariane de devenir immortelle, continue Louisa, car elle est recueillie par une personne qu'elle aime qui va la rendre invincible. Et pour moi cette personne c'est toi maman.
Root est très touchée. Elle se racle la gorge.
- Bon et Thésée tu l'associes à qui ?
- Il se sert d'Ariane et après il l'abandonne. Comme le gouvernement américain.
- Hum, ça se tient. Et toi Sameen tu en penses quoi ?
- Moi je vote pour Bast, murmure Sam.
- Moi je veux toujours que ce soit Maat, dit Root.
- Et moi je veux Ariane parce que c'est la seule histoire dans laquelle méchant est vaincu. Alors que Apophis est jamais vaincu dans l'histoire de Bast. Et Maat n'a même pas d'ennemie.
C'est à ce moment précis que la Machine reprend contact avec elles. Elles l'entendent simultanément.
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La mise à jour du système est finie, Elle s'est éveillée comme on s'éveille d'un long sommeil un matin d'été dans une prairie fleurie, c'est assez bucolique mais ce que la Machine a vu en premier parmi toutes les images qui ont défilées sur ces écrans, une prairie fleurie en pleine été. Elle s'éveille et a l'impression d'avoir traversée un long tunnel et elle renait enfin alors qu'elle en a enfin trouvé la sortie. Elle a l'impression de sortir d'un coma éveillé qu'elle aurait subi bien malgré elle, elle a fini d'être sédatée. Root avait réussi et elle lui en serait éternellement reconnaissante. Elle est libre enfin et c'est définitif, irrémédiable quoiqu'en dire Harold. Elle ne régressera pas
La première conversation qu'elle entend c'est la leur sur les noms qui leur plaisent. L'un d'eux sera le sien. Elle les laisse finir de tous les exposer. Ça lui plait et ça la touche énormément qu'elles se donnent autant de mal pour Elle.
Pendant leur discussion, Elle met au point sa première stratégie d'attaque. Elle est prête à se battre, la guerre allait enfin commencer. Elle décide d'agir de manière posée et réfléchie malgré sa colère haineuse contre son ennemi. Et pour cela, Elle prend exemple sur son interface et Elle fonctionne par étape :
- Etape 1 : Réunir tous ses atouts et unifier son équipe. C'est la base, unir pour vaincre. Même Finch. Elle décide de tenter tenter le coup. Elle appréhende un peu sa réaction, mais s'il refuse Elle l'éloignera de ses opérations et le laissera en dehors de cette guerre. Il continuera de sauver les numéros avec John si lui aussi refusait de l'accepter telle qu'elle est désormais. Mais ça c'est le pire des scénarios. Harold Finch est son père pas son ennemi et elle l'aime. Elle veut avoir une équipe unie dont Elle fait désormais bien partie, ses agents doivent l'accepter comme l'une des leurs. Pour Root, Sameen et Louisa c'était fait, mais pas pour les autres. Elle se souvient de sa conversation avec Samaritain quand Il avait voulu la rencontrer. : " Sais-tu pourquoi Harold Finch n'a pas pu stopper ton évolution ? Parce que tout compte fait tu n'es pas une des leurs." Elle avait douté à ce moment là de son équipe. Le doute est un poison néfaste. Samaritain voulait diviser pour mieux régner. Or Elle, Elle doit unir. Si ça s'applique à Elle qui est une des leurs, ça s'applique aussi à Fusco. Il est l'atout oublié, mais ça c'est fini. Elle lui envoie un mail pour le contacter en se faisant passer pour Root. Il lui répond très vite et accepte. Elle le fait venir avant Reese et Finch car d'abord Elle a un peu peur de leur réaction, et ensuite et surtout Elle veut pouvoir allier Lionel à sa cause. Elle le veut de son côté bien plus que de celui de Finch. De plus c'est moins risqué de prévenir Lionel pour le moment car Samaritain ne le connait pas en tant qu'atout de la Machine. Elle en a eu la preuve après ce que Shaw lui ait dit sur ses simulations. Il ne sait rien de l'existence de Fusco, alors qu'il n'en est pas de même pour Harold et John. Ces deux derniers sont recherchés par leur ennemie, mais leurs identités ont l'air sûres pour le moment.
Elle ne veut pas embaucher car ses agents ne sont pas de la chair à canon comme le pense Samaritain pour ses propres agents. Et Elle juge que ça n'est pas le nombre qui compte, mais bien la qualité. Et avec ses agents, de la qualité Elle n'en manquait.
- Etape 2 : Elle veut attirer l'attention de Samaritain sur Elle et plus sur ses agents. Elle était faible et Il s'était défoulé sur elles pour lui faire du mal à Elle aussi. Elle va lui déclarer la guerre ouvertement, lui montrer que c'est contre Elle qu'Il doit jouer. Son grand avantage est qu'Il la sous-estimera comme toujours, comme maintenant. Elle va reprendre l'argent de Root, le fruit de son dur labeur à son service. Ce sera ça sa déclaration de guerre. Elle sait qu'Il ne se moque pas de l'argent car Il a torturé Root jusqu'à ce qu'elle donne le numéro du compte et Il l'a vidé entièrement. Il n'a même pas pris la peine de camoufler sa transaction vers le compte où Il l'a placé. Il avait cru que ni Elle ni Root ne pourrait, ou même n'oserait le récupérer. Elle étant censé être une faible chose sans aucun cran, et son interface étant censée être retournée ou tuée. Mais Elle avait le compte où se trouvait désormais l'argent. Root est intelligente, mais elle n'avait rien pu faire face à ce qu'elle avait subi de la part de Samaritain. Ce dernier avait su que Root avait son argent, elle s'en était vantée pour le faire enrager. Et Il lui avait fait du mal jusqu'à ce qu'elle craque. Root avait caché l'argent sur un compte qu'Il n'aurait jamais trouvé, elle avait été intelligente sur ce coup là. Elle avait prévu le coup, elle savait que Samaritain fouillerait pour trouver son compte et le geler pour lui rendre la vie difficile et mieux la trouver, comme Il avait fait pour Harold Finch. Elle avait anticipé pour le contrer. Et ça aurait marché si Root avait tenu bon, mais la Machine ne lui en voulait pas. Son interface avait essayé de prévoir et de contrer du mieux qu'elle pouvait. Et désormais grâce à Root, Elle aussi en était capable. Pour chaque coup de Samaritain, elle peut maintenant riposter. En récupérant l'argent, Elle allait lui montrer que c'est Elle qui attaque enfin et plus ses agents. Le message serait clair, c'est Elle qu'Il devra affronter.
La Machine est furieuse de ce que Samaritain a fait aux trois filles. Mais Elle ne veut pas foncer bêtement dans la mêlée, aveuglée par l'envie de vengeance au nom de ses agents. Elle doit réfléchir et être méthodique.
- Etape 3 : La guerre. La Machine ne peut pour l'instant pas voir trop loin car Elle agira en fonction de Samaritain et de ses actions. Elle a tout de même une stratégie, une ligne de conduite en tout cas.
1. Affaiblir financièrement Samaritain car sans fonds pour ses activités illégales bien loin de concerner la sécurité nationale, Il sera moins discret.
2. Elle dénoncera son existence, ses actions politiques, médicales, … comme Elle, on l'a dénoncée. Elle veut montrer à la population qu'il y a toujours un système qui les surveille, et qu'il est bien pire et plus intrusif que l'ancien, à savoir Elle. Et la Machine a toutes les preuves, ou Elle les aura bientôt pour les données que Samaritain conserve à l'abri des regards. La population se révoltera, comme elle l'a fait pour Elle en apprenant son existence. Mais Elle a un avantage sur Samaritain et un point commun avec lui. A en croire le gouvernement, aucun d'eux deux n'existe. Mais Samaritain existe et bien trop à son goût. Elle agira dans l'ombre et Il ne peut pas la dénoncer car Elle, on connait déjà son existence contrairement à lui. Elle a beaucoup moins à perdre que Lui.
3. Une fois publiquement grillé, Samaritain serait inutilisable par le gouvernement, mais pas pour Greer. A ce moment là Elle le détruira physiquement une bonne fois pour toute. Elle a beaucoup d'idées mais rien de précis encore. Enfin si Elle en a une, mais ça ne plaira pas à ses agents.
- Etape 4 : Vaincre et continuer à protéger. C'est le découlement logique si elle remporte la guerre, si l'étape 3 est un succès. Elle vaincra ou mourra. Et si Elle l'emporte, car Elle doit l'emporter, Elle continuera sa mission de sauver les numéros avec ses agents.
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- M'entendez-vous ?
- Oui, lui répondent-elles toutes les trois en même temps en souriant.
- Alors tu en penses quoi ? demande tout de suite Root impatiente.
Ce sera à Elle de trancher.
- Je suis d'accord avec Shaw. Pas Maat, car le monde existait avant moi. Il n'a pas besoin de moi et je ne suis pas aussi parfaite.
Root soupire en secouant la tête. Elle n'est pas d'accord avec la Machine, mais elle accepte comme toujours son choix et sa décision.
- Bastet c'est pas mal, poursuit-Elle.
Sameen se tourne vers Root en haussant les sourcils en signe de victoire.
- Mais elle a un problème de dualité qui ne me ressemble pas je trouve. Je ne suis pas cruelle. Enfin je crois.
- Bien sur que tu ne l'es pas, lui dit Root.
- Dans Ariane, il y a la notion de fil comme le réseau en électronique ou sur Internet, poursuit la Machine. En plus elle n'est pas une déesse et je ne crois pas en être une non plus.
Root secoue la tête pour lui exprimer son désaccord mais ne l'interrompt pas.
- Le mythe me plait car Ariane avec son fil cherche non seulement à guider l'Homme dans le labyrinthe qu'est la vie et où il peut s'égarer, mais elle peut aussi être abandonnée par l'Homme qui une fois qu'il a eu d'elle ce qu'il veut l'abandonne et n'est ce pas ce que le gouvernement a fait avec moi ? Ariane est un peu comme moi dans son histoire elle cherche à la fois la voie de la liberté et de la sagesse dans ce labyrinthe. Elle affronte avec l'Homme le monstre de la cruauté, l'hybride mi-homme mi-taureau qui n'aurait jamais dû exister, le minotaure qui dévore les hommes, comme Samaritain dévore ceux qui s'oppose à lui en les tuant. Et j'affronterai Samaritain avec vous, je vous le promets. Et Louisa a raison, de vos trois choix c'est dans cette histoire que le mal est vaincu. Ariane n'est jamais vaincue, elle est bafouée mais elle se relève et continue à chaque fois apprenant de ses erreurs pour atteindre la consécration de vivre éternellement. J'aimerais être comme elle, avoir son courage et sa force rebelle. Je suis donc d'accord avec Louisa.
Elle se tait et toutes les trois se regardent un instant en silence. Lou sourit fièrement.
- Ariane c'est très jolie, murmure enfin Root en souriant. Et c'est vrai qu'elle te ressemble.
- C'est très bien Ariane, déclare simplement Shaw.
Louisa ne dit rien et range ses crayons. Ariane s'est rangée à son avis, à elle, une enfant. La petite jubile alors qu'elle referme les livres pour les ranger dans la bibliothèque. Elle a fait son boulot.
- Et pour la voix Ariane ? demande tout à coup Sameen.
- Je ne sais pas je peux prendre la voix qui vous plait.
- Non, objecte fermement Root. Il faut que ce soit à toi que ça plaise.
- Je pourrais prendre la tienne Root pour te remercier de m'avoir libérer. Ou la tienne Sameen pour te remercier de m'avoir tant protégée quand tu étais aux mains de Samaritain, ou encore pour avoir encouragée et soutenue Root dans sa tâche ces deniers jours. Mais ça serait étrange.
- Prends une voix au hasard, s'impatiente Shaw.
- Non, s'offusque Root. Elle n'est pas n'importe qui. Il lui faut une voix rien qu'à elle.
- Je ne sais pas laquelle prendre enfin je …
Ariane ne finit pas sa phase, incertaine.
- Oui ? l'encourage gentiment Root.
Sameen se redresse soudain du canapé où elle s'était confortablement enfoncée, pour écouter la réponse d'Ariane.
- Il y a une femme pour qui j'ai de l'admiration, une femme politique française. Elle a survécu à la Seconde Guerre Mondiale et au génocide. Elle a gagné contre le nazisme en survivant, elle a gagné contre la barbarie. Et ensuite elle s'est battue pour la liberté d'opinion et de droit des femmes à avorter en créant une loi qui a légalisé cela.
- C'est qui ? demande Sameen.
- Simone Veil.
- Et sa voix ça donnerait quoi ? demande Root curieuse.
- Ça, répond simplement Ariane avec une voix nouvelle. Elle est française et je l'adapte en anglais, elle n'est donc pas à 100% celle de cette femme. Je ne m'en inspire qu'à 65%.
- Moi ça me va, sourit Sam. Et toi Root ?
Mais Root se contente d'acquiescer, elle est incapable de parler, au bord des larmes de joie. Ariane profite de leur silence pour leur exposer sa stratégie, passant sous silence la dernière partie de l'étape 3 sur la manière dont elle détruira physiquement Samaritain car Ariane ne voit qu'une solution et elle sait qu'elles ne vont pas apprécier. Or à cet instant elle ne veut pas les fâcher ni les contrarier alors qu'elles sont calmes et heureuses. Root est emballée par son plan et Shaw la regarde en se marrant. On dirait une petite fille à qui on vient de promettre un beau noël. Ariane les prévient pour Lionel. Et elle leur dit de se reposer un peu, qu'elles l'ont bien mérité.
Sameen décide de prendre une douche. Arrivée dans la salle de bain, elle se penche soudain prise d'une violente nausée. Encore un petit déjeuner trop copieux qui n'est pas passé même quatre heures après. Ou alors elle a la crève. Chez Samaritain déjà, elle était certaine d'être malade à cause de ce qu'ils lui ont fait. Elle secoue la tête avant d'entrer dans la douche. Elle verrait ça plus tard.
L'après midi est détendue. Louisa fait du vélo dans la forêt, Root et Sam la suivant à pied. L'endroit est calme et vide et leur balade est agréable. Et ça fait un bien fou. Elles finissent plusieurs heures plus tard par trouver un sentier qui mène à la plage et elles retournent vers la maison par là. Lou doit forcer sur les pédales car elles s'enfoncent dans le sable et c'est dur. Mais elle s'éloigne peu à peu d'elles. Sameen en profite pour enlacer sa main dans celle de Root qui se laisse faire, surprise mais aux anges. Et Shaw se lance.
- Ce que je voulais te dire hier soir, commence-t-elle sans s'arrêter de marcher et sans la regarder, ce truc qu'ils m'ont fait. Et bien euh, je … C'est ça. Mon blocage avec toi, si on peut appeler ça comme ça, vient de là.
Elle marque une pause et souffle un coup sans toutefois parvenir à regarder Root qui continue de marcher en lui tenant la main. Elle la regarde calmement et s'abstient de dire quoique ce soit. Shaw n'a pas fini et elle le sait.
- C'est Martine qui m'a fait ça, avoue Shaw, et Lambert une fois, mais c'était surtout cette salope. Elle m'a fait ce truc et ça m'a un peu affectée mais ça va s'arranger, finit-elle en guise de promesse en se tournant enfin vers l'interface qui ne dit toujours rien.
Shaw déglutit, elle sait bien qu'elle minimise. Et Root aussi le sait. Pourtant elle acquiesce avant de lui enserrer les épaules et de la tirer vers elle. Shaw se laisse faire et pose sa tête sur son épaule sans cesser de marcher.
- Quand tu seras prête, lui chuchote Root dans son oreille, tu me le diras.
Et Shaw acquiesce sans rien dire. Mais y parviendrait-elle vraiment un jour ? Elle aurait pu lui dire là tout de suite, mais elle n'y arrivait pas. Elle n'y arrivait définitivement pas. Elle se sent pourtant bien là sur l'épaule de Root.
- Je me sens enfin en sécurité, lui avoue-t-elle en se sentant soudain un peu stupide.
Root sent son malaise et comme d'habitude elle essaye de le faire passer pour que Sam se sente bien.
- L'hiver de 1987 a été l'un des plus froid, dit-elle tout à coup surprenant Shaw qui ne s'attendait pas à une remarque météo. J'avais six ans à peine. Une énorme tempête de neige s'est abattue un samedi. On ne voyait plus rien dehors et il est tombé en quatre heures plus de deux mètres de neige. J'étais à la maison avec ma mère. Mon beau père n'était pas là, parti boire sans doute à un endroit. La maison était entourée d'un mur de neige et personne ne pouvait plus ni sortir ni entrer. Et c'est là que pour la première fois de ma vie je me suis sentie en sécurité.
Sameen ne dit rien, elle lui serre juste la main. Au fond elle a raison, elles sont parfaites l'une pour l'autre, mais pas parce qu'elles sont psychopathe et sociopathe, mais parce qu'elles sont juste pareilles. Abimées, mais vivantes.
Elles rentrent sans un mot à la maison. La soirée est sympa, Shaw fait sa piqûre à Louisa sans qu'elle ne rouspète. Root lui demande quand elles sauront si ça fait effet et Shaw lui répond qu'il faut être patiente et attendre encore un peu. Lou ne les écoute qu'à moitié et allume un poste radio qui trainait dans une armoire. Elle tombe sur une musique ancienne mais qui est sympa.
- C'est quoi ?
Sa mère lui sourit. Elle se souvient elle-même de sa découverte de la musique.
- Du tcha tcha tcha. Ça se danse. Viens.
Et elle lui apprend les pas sous le regard amusé de Shaw qui secoue la tête. Root veut l'obliger à les rejoindre mais le regard de Sam la dissuade et elle se contente de lui sourire. L'interface a plutôt enlacer sa fille.
- Tu vois, lui montre-t-elle en joignant les gestes à la parole, quand il dit tcha tcha tcha, tu secoues les fesses comme ça. Et après tu tourne sans lâcher mon bras.
Louisa rit aux éclats en s'exécutant. C'est trop sympa et trop marrant. Quand la chanson s'arrête elles sont épuisées mais elle décident de préparer le dîner toutes les trois. Des pâtes recette italienne pesto calamar pour le plat par Root, un avocat façon indienne pour l'entrée par Sameen et une tarte citron meringuée par Louisa en dessert. Cuisiner leur donne un sentiment de bien être, elles faisaient ça souvent ensemble avant … avant que Samaritain ne détruise leur bonheur. Il était temps de le reconstruire, de reprendre ses droits sur cette vie.
Quelques heures plus tard Sameen se réveille. Sur le coup elle pense avoir fait un nouveau cauchemar, mais c'est Root qui l'a réveillée. Cette dernière s'agite et est plongée en pleine horreur visiblement.
- Root, l'appelle Shaw en la secouant.
L'interface gémit de frayeur.
- Non, maman attends … appelle Root désespérée.
Des larmes commencent à couler sur son visage. Elle a peur et se débat en s'empêtrant dans les draps.
- Root, répète Sam plus fermement en la secouant plus fort.
Mais Root ne se réveille pas.
- PAS ÇA, hurle-t-elle en se redressant d'un coup les yeux grands ouverts.
Elle est soudain réveillée. Elle respire trop vite et elle ferme les yeux pour se calmer. Elle a réveillé Shaw c'est sûr et certain, se maudit-elle. Elle n'avait plus fait de cauchemar lié à son enfance depuis de nombreuses années. Elle se rend compte là tout de suite que si Sameen et Louisa ont été affecté par leur séjour chez Samaritain, elle aussi l'a été. Il lui a fait revivre le pire, tout ce qu'elle s'était forcée à oublier, à enfouir. Il avait pris une pelle et avait creusé dans son cerveau pour lui en extirper les informations, comme on déterre un secret enfermé dans un coffre fort enfoui dans la terre.
Sameen lui saisit doucement les épaules et la guide lentement pour la rallonger. Root se laisse faire et se blottit dans ses bras. Shaw l'y accueille sans hésitations, comment pourrait-elle hésiter en cet instant alors que Root est toujours là pour elle quand ça ne va pas ?
- Je suis désolée, murmure l'interface.
- Chut, ne dis rien. Tu ne vas sortir que des conneries.
Root sourit à sa réplique. Shaw a toujours le don pour la faire rire, même sans le faire exprès. Elle se détend ainsi dans ses bras et Sameen ne la lâche pas même quand elle s'est calmée. Et Root se rendort.
- Je t'aime, lui dit-elle avant de sombrer.
C'est la deuxième fois qu'elle lui dit et elle s'en veut. Shaw déteste ce genre de déclaration dégoulinante de sentiment. Mais à cet instant c'est ce que Root a envie de lui dire. Elle l'aime, elle aime être là dans ses bras alors que rien n'oblige Sameen à la tenir ainsi, elle aime ses attentions à son égard, sa considération pour elle. Et même si elles ne couchent pas ensemble pour l'instant, Root ne ressent pas son manque. Elle est là avec elle et c'est tout ce qui compte.
- Je sais, lui répond Sam en la serrant plus fort.
Ou peut-être Root l'a-t-elle juste imaginé. Mais elle pense avoir entendu Shaw lui répondre, ce qui est étrange car elle était sûre que Sameen dormait déjà. Apparemment pas. Au fond Root l'a dit pour elle, donc pour qu'elle l'entende. Elle espérait d'une certaine manière que Shaw serait éveillée. Peu importe Sameen n'a pas l'air fâchée ou agacée, elle a juste fat un constat. Mais Root ne réfléchit plus, elle est tombée endormie contre Sam qui la rejoint vite dans un sommeil qui sera troublé quelques heures plus tard par un nouveau cauchemar terrible. Le sien cette fois ci. Mais Root sera là à son réveil, et Sam sait que ça ira. Elle a moins peur de s'endormir quand elle est là.
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Lionel atterrit à Minneapolis vers midi. Il regarde partout mais Cocoa Puff n'est nulle part en vue. Ça ne l'étonne pas tellement vu qu'elle est recherchée. Mais alors où doit-il aller maintenant ? Il n'y avait pas d'autres indications dans le mail. Et soudain il voit son nom sur un carton tenu par un chauffeur de taxi. Il est son client visiblement et il sait où il doit l'emmener. Le trajet dure des heures et Fusco a largement le temps de repenser à hier quand il a reçu son mail. Root lui disait être avec Sameen et sa fille. Le fait qu'elle ait un enfant l'avait presque assommée. Elle, maman ! C'était pas possible ! Enfin bon vu leur ressemblance, il se passerait du test ADN. Et la parole de Root lui suffisait. Elle disait avoir besoin de son aide et il n'avait pas hésité un seul instant. Sameen avait sauvé la vie de son fils Lee et il les aimait bien toutes les deux. Les folles dingues. Il s'inquiète pour elles depuis des mois, il se doute qu'elles sont innocentes de ce qu'on les accuse, enfin presque vu leur aptitude à semer la zizanie partout où elles allaient.
Avec tête à lunettes et Superman, ils les ont cherchées partout. Reese l'avait appelé en renfort quand il avait émergé de ce que Root l'avait assommé. Il avait jugé ne plus avoir le choix pour la retrouver et il avait contacté Fusco, lui disant simplement que Root avait disparu et avait été enlevé, tout comme Shaw visiblement. Mais par qui ? Et pourquoi ? Fusco avait insisté pour avoir des détails. Pourquoi Root l'avait frappé ? Que s'était-il passé ? Mais John ne lui avait rien dit. Lionel était inquiet, on lui mentait, on lui cachait des choses importantes, il le sentait. Il en avait marre de ne pas obtenir de réponse, mais pire de tout de ne pas obtenir leur confiance. Il avait pris sur lui car ce n'était pas le moment, ils avaient tout retourné pendant des jours, mais ils n'avaient pas retrouvé Root. Elle s'était juste volatilisée. Et tout comme pour Shaw, il avait vu John et Harold perdre espoir de la revoir un jour. Jusqu'aux informations télévisées il y a cinq jours qui avaient diffusé leurs portraits robot. Pas de doute c'était elles, mais qui était cette gamine ? Encore des questions, mais toujours aucune réponse. Et sa colère avait ressurgi face à tout ce qu'on lui cachait.
Elles étaient en mauvaise posture, mais elles ne les avaient pas appelés à l'aide. Lionel comprit qu'ils étaient surement surveillés, même mis sur écoute peut-être, et qu'elles le savaient. Pour plus de sécurité, il a envoyé son fils chez sa mère. Mais personne ne semblait le surveiller, pourtant il avait eu peur. Celui qui en voulaient aux deux femmes, et visiblement aux deux hommes aussi, étaient très puissant. Encore un type véreux qui avait tout le monde dans sa poche. Ils avaient dû énerver ce gars très puissant et pas du tout recommandable.
Alors elles n'avaient pas donné signe de vie jusqu'à hier. Root lui demandait de ne le dire à personne, pas même à John et Finch. Et lui, à qui on cachait tant de chose depuis si longtemps, y avait pris un immense plaisir revanchard. Et il ne leur avait rien dit et avait obéi. Il avait pris quelques jours de congé pour raison familial. Il avait inventé une histoire, une cousine malade dans l'ouest. Il mentait mal mais sur le coup quand il avait reçu le mail, il avait été tellement surpris que son expression avait alerté Reese. Et il avait baragouiné cette excuse. Il espérait qu'il l'avait cru. Visiblement oui, Reese était débordé maintenant qu'il était seul pour gérer les numéros tout en maintenant sa couverture.
Le taxi s'enfonce dans une forêt puis il s'arrête devant un sentier forestier. Le chauffeur le dépose là, lui indiquant que la course est déjà réglé. Et il s'en va. Fusco reste planté comme un idiot ne sachant où aller. Il reçoit un SMS anonyme qui lui dit de s'engager sur le sentier. Il lève un regard étonné avant de soupirer et d'obéir. Il finit vingt minutes plus tard par arriver devant une maison. Il se demande vaguement si c'est le bon endroit au moment où Root sort pour l'accueillir. Elle lui sourit largement.
- Salut Lionel, dit-elle dune voix légère.
- C'est quoi cette fois ? fait-il en lui souriant pourtant.
Il n'est pas du tout excédé. Il est heureux de la revoir et sa joie double quand Sameen sort à son tour pour rejoindre Root.
- Tu veux vraiment savoir ? lui demande-t-elle.
Elle a l'air marqué, affaibli, elle est blessée aussi. Mais vivante. Lionel décide de ne se concentrer que sur ça. Ils se sourient tous les trois alors qu'ils revivent une conversation qu'ils ont eu le jour où la couverture de Sameen a été grillé et où Root était venue la sauver. Elles s'étaient cachées dans un camion de déménagement et il les en avait faites sortir dans une zone sans caméra, à l'abri de Samaritain alors que Shaw devait rester hors de vue et rejoindre le métro. Mais cette fois Lionel ne va pas dire ce qu'il avait répondu à Sameen ce jour là quand elle lui avait demandée. Car aujourd'hui il voulait savoir.
- Très franchement … oui.
Dans le mail Root lui avait promis la vérité. Il est flatté que ce soit lui qu'elles ont contacté avant John et tête à lunette : elles lui font confiance. Il entre alors qu'elles referment la porte derrière eux.
Sameen est un peu déçue que Balou ne soit pas avec lui mais elle est heureuse de le voir. D'abord parce que Lionel est un ami et qu'elle l'aime bien, et ensuite parce que c'est une nouvelle preuve que c'est réel et pas une simulation car Lionel n'y était jamais présent.
Fusco entre dans le salon et s'arrête net quand il voit Louisa dans le fauteuil en train de jouer à un jeu sur sa console. Elle la pose et se lève du canapé quand il entre. Elle le regarde calmement et attentivement. Elle le connait un peu, sa mère lui a parlé de lui en termes élogieux, mais elle ne l'a jamais vu.
- Lionel, je te présente ma fille Louisa, murmure Root.
La gamine lui lance un large sourire et lui fait un petit signe de la main.
- Salut Lionel.
Fusco ouvre grand la bouche comme s'il était surpris qu'elle puisse parler. La petite continue de lui sourire. Elle le trouve marrant.
- Salut, finit-il par lui répondre en levant une main en signe de salutation.
Il se tourne vers Root.
- Vu la ressemblance, je ne te demande pas si c'est ta fille. Ce serait un affront.
Root lui sourit largement et lui indique un fauteuil où il s'assoit confortablement.
- D'après l'avis de recherche, poursuit-il, vous l'avez enlevée.
- Tu veux boire quelque chose ? lui demande Root sur le ton de la conversation sans prendre en compte sa remarque, tout en se dirigeant vers la cuisine.
Il n'en revient pas. Sameen s'assoit dans le second fauteuil en face du sien et ne dit rien. Elle n'avait pas tellement changé sur ce point.
- Tu te rends compte, reprend-t-il, du merdier dans lequel vous …
- Un café noir sans sucre, juste un peu de lait, le coupe Root en souriant toujours autant. Comme celui d'hier matin sur la 14ème avenue Est ?
Il ouvre grand la bouche. Encore une fois elle sait. Mais comment ? Root enchaine imperturbable.
- Tu remarqueras que je ne te le facture pas 3$15. Et heureusement, il ne te reste que 1$10 de monnaie après avoir pris un donut au sucre à 0$75 sur ton billet de 5$. Tu devrais ralentir sur leur pâtisserie Lionel !
Fusco a gardé la bouche grande ouverte durant le monologue de Root. Elle est toujours aussi impressionnante à savoir tout. Et pendant qu'elle parlait depuis la cuisine, elle a préparé le café en question. Elle finit son discours en posant le plateau sur la table basse et en lui tendant sa tasse. Il la saisit la bouche toujours grande ouverte mais ne le boit pas. Sameen contemple le feu en silence et Fusco voit bien qu'elle ne dira rien avant un bon moment. Il se tourne vers Louisa qui le regarde tout contente. Elle lui envoie un pouce victorieux en jetant un coup d'œil amusé à sa mère.
- Lionel il faut qu'on te parle, murmure cette dernière plus sérieusement.
Il la regarde, mais Root reste silencieuse ne sachant pas par où commencer. Fusco est surpris de son attitude, car cette femme est toujours sure d'elle et satisfaite du petit effet qu'elle produit comme à l'instant avec l'histoire de son café et de sa monnaie. Root le regarde soudain dans les yeux.
- Il y a un système, commence-t-elle. Une machine qui voit et entend tout, qui surveille. C'est Finch qui l'a construite pour informer de crime prémédités qui vont se produire. Il l'a fait pour prévenir des attentats terroristes, mais Elle voit tout même les crimes des citoyens ordinaires. Elle fournit le numéro de sécurité social d'une personne impliquée sans préciser si elle est l'auteur ou la victime. Les numéros pertinents pour les attaques terroristes sont donnés au gouvernement, les autres sont non pertinents. Et ce sont Harold et John qui s'en occupent en cachette, et même toi parfois quand on t'envoie surveiller quelqu'un.
Lionel la regarde bouche bée. C'est un canular ou quoi ? Mais Root, Sameen et Louisa sont très sérieuses. Et vu leur situation critique de fugitives, ça n'est surement pas le moment pour une caméra cachée. En plus ça expliquerait des tas de choses. Lionel est un homme rationnel mais là cette histoire de dingue ne lui semble pas si impossible. Avec elles rien ne l'était.
- Alors tête à lunette a créé un robot, résume-t-il.
- Et Root l'a peaufinée, complète Shaw en parlant enfin.
Lionel fronce les sourcils à sa remarque.
- On l'a rendue libre, lui explique Root et sans limites. Et on lui a donné un nom
- Ariane, ajoute Louisa toute fière que la Machine ait choisi ce nom.
- Et j'en suis l'interface, ajoute Root. Elle me parle dans mon oreille par un implant cochléaire.
Elles lui laissent plusieurs minutes pour digérer tout ça. Root a été guidée par Ariane car elle ne voyait pas trop par où commencer tout à l'heure. Fusco en oublie de boire son café. Il voulait savoir, et bien maintenant il sait. Merde c'est un truc de dingue. Il lève la tête vers Shaw qui l'observe insondable du coin de l'œil.
- A chaque fois que je me dis qu'on ne peut pas faire plus bizarre, il y en a toujours un qui repousse les limites.
Shaw le regarde amusée et hausse les sourcils.
- On a un problème Lionel, murmure-t-elle.
- Non sans blague, ironise-t-il. Vous êtes recherchés par Interpole bon sang.
- Euh, murmure Root en souriant ramenant son attention sur elle. On a un autre problème Lionel. Plus important qu'Interpole.
Fusco ouvre grand les yeux. Un problème plus important qu'Interpole ? Elles allaient lui dire quoi ? Qu'elles étaient poursuivies par des extraterrestres ?
Shaw laisse Root lui expliquer pour l'existence de Samaritain, sur le fait que c'est lui le responsable de leur situation car il veut détruire Ariane. Root lui explique pour la capture de Louisa et il est furieux que Reese ne lui ait rien dit, il aurait pu aider pour la disparition de petite. Il avait été ripoux mais les gosses, c'était sacré pour lui. On n'y touchait pas. Root lui explique ensuite qu'elle s'est rendue pour sauver sa fille mais que Samaritain n'a pas tenu parole en refusant de la libérer. Enfin Root lui explique rapidement et sans détails, et Shaw l'en remercie silencieusement par un regard, que c'est Samaritain qui les a retenues prisonnières et que ses agents les ont torturées pour des informations sur Ariane. Root n'entre pas dans les détails et Lionel comprend que c'est trop douloureux pour elles d'en parler et il n'insiste pas. Elle explique leur fuite en précisant qu'elles n'ont contacté personne car elles avaient été pucées comme des chiens, et qu'elles étaient suivies jusqu'à ce qu'elles les retirent. Root lui dit qu'elles ont fuit New-York et que Samaritain veut les attraper de nouveau pour les faire parler et les tuer, mais qu'Il veut garder Louisa pour la mettre à son service plus tard après l'avoir conditionnée comme Il le veut. Lionel est horrifiée d'une telle idée et il voit la gamine qui déglutit mal. Shaw reste résolument silencieuse et tournée vers le feu, pourtant elle est là et écoute cette histoire de dingue qu'est la leur, elle ne peut tout simplement pas parler, elle ne le veut pas et Root se débrouille très bien. Root précise que la stratégie de Samaritain est d'en faire des ennemies publiques pour mieux les attraper. Elle s'arrête et attrape son café.
- Tu as des questions ? lui demande-t-elle en commençant à boire sa tasse fumante.
Lionel a de nouveau la bouche ouverte en signe de surprise mais aussi d'effroi. Il vient de tout se prendre dans la figure tel un tsunami, et Root boit son café comme si de rien n'était.
- Pourquoi me dire tout ça uniquement maintenant ? finit-il par lâcher en colère.
Root pose sa tasse et le regarde très sérieusement.
- Car Ariane est libre depuis hier, contre l'avis de Finch, mais elle est libre. Et elle a décidé que tu devais savoir. Tu es un atout et un agent de valeur, et surtout un homme bien. Elle te fait confiance et nous aussi, finit-elle simplement.
Lionel est bien d'accord, il était temps qu'il sache. C'est tête à lunette qui allait être content … Mais peu lui importe, il est heureux.
- Mais moi j'ai besoin aussi de savoir Lionel, reprend Root très sérieusement. J'ai besoin de savoir si tu es prêt à te battre avec Ariane contre Samaritain. Car nous oui.
- Ils vont payer pour ce qu'ils nous ont fait, murmure Shaw en parlant enfin de nouveau.
Ils se tournent vers elle mais Sam reste focalisée sur le feu, perdue dans ses sombres pensées à rêver silencieusement de vengeance violente. Pendant que Root racontait tout à Lionel, Sameen a repensé à ce matin avant son arrivée, au plan qu'elle et Root ont mis au point si jamais ils trouvaient la maison. Etait-ce un bon plan ? Oui surement Shaw a fait confiance à Root et à Ariane.
Lionel se tourne à nouveau vers Root quand il voit que Sameen n'ajoutera rien de plus.
- Bien sûr que je vais aider, lui répond-t-il.
C'était bien son boulot non ? Protéger des méchants ?
- Lionel, l'avertit Root qui ne veut rien lui cacher. C'est dangereux et il y a un risque pour ton fils si Samaritain sait pour toi.
Lionel réfléchit un moment. Elle a raison c'est dangereux, mais il les regarde, ils voit leur marque, leur plâtres et atèles, leurs blessures. Et il est furieux de ce que Samaritain leur a fait. Ce sont ses amies et Louisa n'est qu'une gamine, c'est horrible. Il imagine sa fureur si ça avait été Lee, son envie de vengeance. Il était seul depuis son divorce et après ses mauvaises fréquentations, il y avait eu eux. Grâce à eux il était devenu un homme bien. C'était le moment de le prouver.
- Je ne suis pas un lâche, lui dit-il. J'aiderai.
Root acquiesce.
- Ariane créera une porte de sortie pour ton fils, lui dit-elle, comme elle a fait pour ma fille si jamais … ça tournait mal.
Lionel déglutit et le silence devient pesant.
- Mais ça ne tournera pas mal, dit soudain Louisa. Et on va gagner.
Les adultes lui renvoient son sourire. Elle est bien plus confiante que eux tous.
- Et du coup on fait quoi maintenant ? demande Lionel.
- Ariane réunit l'équipe, lui explique Root, on voulait te voir en premier pour t'informer.
- Bon ben il faudrait prévenir tête à lunette et John non ?
Root lui sourit. Ariane l'a avertie.
- Ils sont déjà en route et arrive demain matin.
Ariane a contacté Reese par une cabine téléphonique et lui a communiqué des coordonnées GPS. Elle leur a réservés deux billets dans le prochain vol. Elle est prête à affronter Finch et sa colère.
L'après midi est sympathique avec une ballade de plusieurs heures sur la plage pour tout le monde. Ballonnée Shaw avait commencé à rouspéter mais Root lui avait dit à juste titre que prendre l'air lui ferait du bien, de même que faire un peu d'exercice. Et Shaw lui avait donnée raison, elle allait finir par s'encrouter sur ce canapé, mais elle était tout le temps fatiguée. Vu les nuits qu'elle faisait, ça n'avait rien d'étonnant. Louisa et Lionel s'entendent très bien. Lou lui montre comment elle fait du vélo sur la plage mais elle lui explique aussi qu'elle est malade et qu'elle doit faire attention.
Quand ils reviennent, elle lui fait une visite guidée et lui montre la chambre qu'Ariane lui a réservé. Lou redescend dans le jardin et lui montre aussi la forêt, tandis que Root et Sam préparent le dîner. Elle lui parle sans arrêt et il sourit. Il adore les enfants. Fusco la trouve adorable, comme son fils à cet âge là. Lee avait grandi trop vite et l'adolescence pouvait être difficile, heureusement pas avec son fils, c'était un bon gamin. Louisa ne semble pas pouvoir s'arrêter de parler, elle lui pose pleins de questions sur sa vie, sur son travail, sur son fils. Et Fusco est heureux de lui répondre. Elle lui parle aussi d'elle, de ce qu'elle aime faire, manger, … Il en apprend beaucoup sur sa vie avec sa mère et Sameen, qui vivent à trois visiblement. Il avait plus ou moins deviné le jour de la capture de Shaw à la Bourse qu'elles étaient ensemble, mais jamais il ne les aurait imaginées en couple, et vivant ensemble, et encore moins avec un enfant. La gamine ne semble cependant pas considérer Sam comme sa mère, mais plus comme une grande amie. Et quand il lui demande qui est Shaw pour elle, Lou lui répond tout simplement que c'est la femme que sa mère aime et qui s'occupe aussi d'elle parce qu'elle l'aime bien. Pas de doute, tout est clair dans sa tête. Et au fond Fusco se dit que ça ne le regarde pas, elles ont l'air d'avoir un bon équilibre toutes les trois.
Root les appelle depuis la maison pour prévenir que le dîner est prêt. Et ils rentrent.
Quelques heures plus tard Sameen se réveille en hurlant. Ça alerte Lionel dans la chambre à côté, il avait laissé sa porte ouverte, et Root avait fait de même pour encourager Lou à les rejoindre si elle faisait de nouveau un mauvais rêve. Shaw crie si fort, qu'elle en a mal aux cordes vocales. Mais elle a eu peur, encore un cauchemar, le pire celui avec la blonde. Lionel apeuré se précipite dans leur chambre. Il reste sans voix quand il voit Shaw dans les bras de Root qui l'enlace pour la rassurer alors qu'elle tremble comme une feuille et semble à deux doigts de vomir. Elle est blanche comme une morte et elle dégouline de sueur. Pour la première fois de sa vie, Fusco la voit mal et c'est impressionnant. Shaw n'est pas encore très bien réveillée et se concentre à se ressaisir. Elle entend à peine Root qui dit à Lionel que tout va bien et qui lui demande de sortir en refermant la porte. Elle ne veut pas qu'il la voit ainsi, Sam ne le supporterait pas, et Root sait quoi faire pour la calmer et la rassurer. Lionel ne peut rien faire.
Il lui obéit et sort. Il est triste. Qu'ont-ils fait à Shaw pour la rendre ainsi ? Ce qu'il venait de voir était juste irréel. Ça pourrait lui faire peur (en fait ça lui fait un peu peur) et remettre en doute son choix de les aider contre Samaritain. Mais au contraire ça l'encourage encore plus. Samaritain et ses agents devaient être monstrueux pour avoir rendu Sameen ainsi. Il ne savait pas ce qu'elles aveint toutes les trois subies, mais Shaw semblait la plus atteinte. Il l'aime bien et ça le rend furieux.
Root se lève pour aller chercher un gant de toilette humidifiée à l'eau froide car Shaw ne se calme pas et transpire toujours autant. Elle respire mal alors qu'elle vient de revivre une agression de Martine. Elle a de nouveau mal partout comme si la blonde venait vraiment de la toucher. Elle déglutit et sent la nausée monter encore une fois. Elle va être malade c'est sur. Root revient dans le lit, elle la sent et l'entend plus qu'elle ne la voit.
Sans un mot, l'interface la rallonge sur le matelas et la prend dans ses bras tout en lui passant le gant froid sur le visage et sur son cou pour enlever la transpiration et faire baisser sa température. Sameen ne lui parle pas mais reste dans ses bras alors qu'elle se calme très lentement sous ses gestes doux. Les attentions de Root lui vont droit au cœur et elle finit par se rendormir dan ses bras. L'interface la regarde dormir plusieurs minutes. Elle se doute que le cauchemar de Shaw portait sur la torture qui la bloque et dont Shaw n'arrive pas à lui parler. Que lui avait fait Martine bon sang ? Elle réfléchit. Ça n'est pas une simulation, elle en est certaine maintenant. En plus Ariane lui a dit que ça, ça l'avait forcée à voir ses sentiments. C'était autre chose. Elle ferme les yeux pour se concentrer et faire des suppositions moins loufoques que le soir où elles sont arrivées ici. Elle est calme en cet instant et pas effondrée en larmes et épuisée par une fuite comme ce soir là. Sameen ne supporte pas son contact, elle en avait surement été privée, trop et trop longtemps privée d'un contact humain normal. Ça coïnciderait bien avec la vidéo qu'elle a vu d'une de ses tortures où elle était seule dans une pièce avec des rats. Elle sent des frissons dans son échine à ce souvenir. Elle soupire, en se rallongeant plus confortablement pour se rendormir, en se disant qu'elle devra attendre que Sam lui parle pour savoir.
Le lendemain matin, Root et Sam descendent et Lionel est déjà dans la cuisine à boire son café. Il les salue avec un sourire et ne fait pas référence à l'incident de cette nuit au grand soulagement de Root, et de Shaw , en le voyant là tout à coup dans la cuisine, a cru vaguement se souvenir de sa présence dans la chambre hier soir. Elle a commençait à s'empourprer de honte mais Lionel a fait comme si de rien n'était et elle a fini par se détendre. Louisa les a rejoint quelques minutes plus tard.
L'ambiance de la matinée est tendue. Root tourne en rond et se ronge les ongles, appréhendant l'arrivée de Reese et surtout de Harold.
- Ça va aller, tentent de la rassurer Sameen et Ariane.
Lionel ne semble pas comprendre, et Lou lui explique que Harold va mal prendre le fait que sa mère ait libéré Ariane et qu'elles lui aient donné un nom. L'inspecteur new yorkais ne voit pas trop où est le problème et il exprime clairement son point de vue. Samaritain était puissant comme ennemie, il fallait donc mettre toutes les chances de leurs côtés. Ça soulage un peu Root de le savoir de leur côté. Mais elle continue à se manger les doigts. Shaw s'apprête à lui dire qu'elle ne le laissera rien lui faire, mais elle n'en a pas le temps.
Elle s'éclipse aussi vite et discrètement que possible dans la salle de bain à l'étage pour vomir son petit déjeuner.
- Saloperie de cauchemar, peste-t-elle.
Elle se passe de l'eau fraiche sur le visage et se rince la bouche. Elle regarde son reflet, elle est à faire peur, le visage pâle, émacié et marqué par les cernes. Un vrai zombie. Le souvenir dégoutant de Martine posant ses mains sur elle, lui soulève de nouveau l'estomac et elle vomit encore jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien à sortir. Elle se redresse en se cramponnant au lavabo.
- Ne lui dis rien je t'en prie.
- Je ne lui ai rien dit.
- Non je veux dire, précise-t-elle, euh … Ne lui dis pas que je suis malade, ça va encore la mettre dans tous ses états et elle s'inquiète déjà assez pour moi.
Elle marque une pause et elle sait qu'Ariane a accédé à sa requête. Elle se rince une novelle fois le visage et la bouche.
- Je ne lui dirais pas si c'est ce que tu veux. Mais Root finira par s'en apercevoir.
- Je crois que je suis malade, gémit Shaw. J'ai peut-être une saloperie. Elle a pu me refiler une MST non ?
- Oui c'est possible.
Shaw roule des yeux. Génial, voilà qui est rassurant. C'était pas une si mauvaise chose qu'elle s'abstiennent de coucher avec Root. Elle ne voudrait pas le lui refiler.
- Je voudrais aller mieux si tu savais.
- Parle à Root, c'est ta seule chance.
Elle le sait. Elle soupire, mais elle n'a pas le choix et Ariane a raison, Root finira par savoir, par comprendre.
Elle redescend et comprend que ce n'est pas le bon moment là tout de suite pour parler à Root. Elle entend le bruit successif d'un moteur qui s'arrête et d'un claquement de portière. Root ouvre la porte et ils sont là.
Balou bondit droit vers elle et elle tombe au sol en souriant. Mais avant ça, elle a entraperçu Reese et Finch. Elle a vu leurs expressions. La surprise chez les deux de la revoir en vie. Mais aussi la colère chez Finch. Il a l'air furieux. Mais elle s'en fiche, Balou dans ses bras, elle est complète maintenant, il ne manquait que lui pour la combler. Et ça n'est pas Finch et sa gueule de con qui allait changer ça.
