Chapitre 10 : Et tout recommence … ou presque.
Balou n'avait pas l'air de vouloir bouger ni d'avoir envie de lâcher Shaw. Et tant mieux car elle n'en avait elle-même aucune envie. Sept mois qu'ils étaient séparés. Elle avait eu une appréhension en le voyant. Comment allait réagir le chien ? Et s'il ne la reconnaissait pas, s'il lui en voulait de cette longue absence. Mais elle était stupide c'était les humains qui réagissaient de manière aussi débile pas les animaux. Elle aurait dû faire vétérinaire en fin de compte et pas chirurgien, il était indéniable qu'elle comprenait mieux les animaux que ses propres congénères. Un rejet aurait été dur à encaisser pour elle, mais le chien semble comprendre comme il l'a toujours comprise. Il doit la sentir plus vulnérable, plus fragile aussi, mais il n'en laisse rien paraître. Balou lui a foncé dessus trop heureux de la revoir. Il allait bien, preuve en était la douce violence du choc qui lui avait gentiment faire perdre l'équilibre, quand il lui était rentré dedans, et Shaw avait presque éclaté de rire. Il allait bien. Sam s'en félicite car elle s'en veut de l'avoir lui aussi trahi. La joie des ces retrouvailles donna envie à Shaw de rire mais elle n'en fit rien se contentant de sourire largement et béatement. Root la regarde amusée, alors que le chien lui lèche abondamment le visage. Elle avait été si longtemps jalouse de ce berger malinois, mais plus maintenant. Il rendait Shaw heureuse, tout simplement. Et la voir ainsi était juste merveilleux pour Root.
- Balou arrête, proteste Shaw sans grande virulence.
Mais elle ne le repousse pas. Elle n'en a aucune envie. Elle caresse plusieurs fois le chien et ce dernier ne la quitte pas. Root sourit devant la scène. Shaw est heureuse alors qu'elle perd sa main dans le pelage doux du malinois. L'interface a tant rêvé de la revoir ainsi, joyeuse, souriante. Heureuse, juste heureuse. Root se perd dans la contemplation de la scène. Ça lui donne une bonne excuse pour ne pas poser les yeux sur Finch. Elle sent son regard brulant de colère et de ressentiment qu'il pose sur elle.
La porte claque, ramenant soudain l'interface à la réalité. Elle se tourne pour voir Reese verrouiller cette dernière et entrer dans la pièce. Il lui fait un bref signe de tête pour la saluer. Root lui sourit. Elle est soulagée il n'a pas l'air en colère contre elle, lui au moins. En fait Root ne saurait pas dire son sentiment actuel, il a le visage fermé et inexpressif comme d'habitude.
L'interface se tourne vers Louisa quand elle finit par siffler pour appeler le chien. Ce dernier aboie pour lui répondre mais ne semble toujours pas décidé à quitter Sameen. Et Lou finit par se lever du canapé pour venir réclamer au chien sa part d'attention et de tendresse. Elle éclate de rire quand il lui lèche le visage et le chien s'occupe désormais de la gamine permettant à Shaw de s'assoir. Elle aperçoit une main tendue et lève la tête pour découvrir son propriétaire. Reese n'a pas changé lui non plus. Elle accepte sa main et il la relève. Il la détaille un vague instant, sans s'y attarder. Il sait qu'elle déteste ça et de toute façon pas besoin de la dévisager une heure pour voir qu'elle a été salement amochée.
- Je te croyais morte.
Shaw hausse les sourcils. Il aurait pu faire mieux non ? Bon ça n'était pas elle qui allait donner des leçons en la matière, c'était vrai.
- Ben il faut croire que non, lui répond-t-elle sans laissant transparaitre une quelconque émotion.
Reese acquiesce simplement avec une brève ébauche de sourire. Il a eu tort, ils ont tous eu tort. Root avait raison. Mais John se demande si elle peut avoir raison sur le reste aussi. Elle allait devoir le convaincre, les convaincre. Finch en particulier. Ce dernier avait lui-même essayé par de nombreux arguments pertinents. Mais au fond il l'avait exténué lui faisant endurer le plus long voyage de sa vie pour venir ici !
Shaw jette un dernier coup d'œil à l'animal. Ce dernier est désormais totalement focalisé sur Louisa. La petite est assise au sol et le chien s'est couché sur ses jambes pliées en tailleur, attendant de se faire papouiller par l'enfant qui lui sourit largement et le caresse encore et encore tendrement.
Sachant son protégé entre de bonnes mains, Shaw peut se tourner vers le cœur du problème actuel.
L'ambiance est pesante. Fusco en reste muet et statique, debout devant la cheminée à observer les quatre autres adultes présents dans la pièce s'affronter du regard. C'est à celui qui ouvrira la bouche le premier. Mais que peut dire Lionel ? Finch lui jette un bref coup d'œil, il est furieux. Depuis combien de temps est-il là ? Que lui a dit Samantha Groves pour lui bourrer le crâne ? Mais Harold reporte immédiatement son attention sur la cause de sa colère. Elle est là en face de lui, tête baissée telle une petite fille prise en faute mais refusant de l'assumer, ce qu'il la juge être. Root est incapable d'affronter le regard de Finch alors même qu'Ariane lui chuchote une amorce pour entamer la conversation. Elle est lâche et elle le sait, mais elle a trop l'impression d'avoir trahi Harold pour pouvoir affronter sa colère. Son attitude agace Sameen qui l'observe un bref instant. On dirait une écolière effarouchée. Elle sait que Root a peur de Harold mais tout de même. Pourtant elle refuse d'être à nouveau en colère contre l'interface, ça n'est pas elle qui l'énerve le plus dans cette pièce, c'est Harold. Alors c'est lui qu'elle choisit de fusiller du regard.
Finch se tourne vers Sameen quand il la sent l'observer. Il déglutit. Dans le meilleur des cas elle semble contrariée. En fait il sait que ce regard froid et dénué de tout expression de vie et de sentiments annonce pire qu'une simple contrariété. Sameen allait lui demander des comptes pour l'avoir abandonnée à son sort. Il allait devoir être prudent avec Root ou il sentait que Shaw ne se contrôlerait pas. Quoique ! Elle était blessée, peut-être en était-elle légèrement plus inoffensive. Mais alors très légèrement. Et puis il y avait John qui le protégerait si ça dégénérait. Non il n'avait pas peur de Samantha Groves, il allait s'expliquer avec elle et tout de suite. Mais avant ça il devait s'assurer des bonnes grâces de mademoiselle Shaw. Après tout il avait été son patron, et elle lui était redevable de lui avoir sauver la vie en la faisant passer pour morte quand ses employeurs de l'ISA avaient voulu la tuer. Il allait lui proposer de reprendre du service au plus vite, elle ne dirait pas non à un peu d'action, pas elle qui adorait foncer dans le danger. Il allait l'amadouer ainsi et ce serait gagner. Surtout que Shaw avait pendant longtemps détesté Root et s'en était méfiée. Finch lui prouverait comme elle avait eu raison à cette époque et comment elle devait de nouveau adopter cette attitude aujourd'hui. Peu importe ce qu'il y avait entre elles, mademoiselle Shaw n'était pas du genre à se laisser dicter sa conduite par les sentiments. Et elle ne serait pas aveuglée par ces derniers. Elle ne pourrait pas nier la folie de l'interface.
- Mademoiselle Shaw, murmure-t-il enfin avec un large sourire, vous revoir est si inespéré.
Sameen hausse les sourcils sans le lâcher des yeux. Aucun changement d'expression et Root a une soudaine envie de rire alors que Shaw reste stoïque. Froide, elle ne change ni de position ni d'attitude et continue à le dévisager. Finch sent son sourire glisser légèrement bien malgré lui en même temps qu'il sent son assurance le quitter peu à peu. Bon convaincre Shaw allait peut-être être plus compliqué que prévu.
- Bien que nous n'ayons jamais renoncé à vous …
Il ne finit pas sa phrase devant l'air moqueur qu'affiche désormais Shaw alors qu'il lui ment sans vergogne pour … Pour quoi au juste ? Croyait-il la convaincre ainsi ? C'était mal barré pour lui, elle était du côté de Root. Finch sent son sourire disparaitre totalement cette fois tout comme le peu d'assurance qu'il lui restait, et il déglutit mal face à l'air froid et moqueur qu'elle affiche. Il ne l'a pas convaincu. Il se tourne de nouveau vers Samantha qui ne le regarde toujours pas. Que lui a raconté Root ? Qu'il l'avait abandonnée alors que elle-même n'avait jamais renoncé ? Mais elle ne disait toujours rien. Pourquoi ? Shaw pourrait presque s'amuser comme une gamine de la situation mais ça n'est pas le cas. Elle déteste les hypocrites et à cet instant l'hypocrisie empestait l'air de la pièce à lui donnait envie de vomir encore une fois. Et Root qui continue de se faire toute petite, c'est dingue elle qui ne peut jamais rester plus de cinq minutes sans parler. Et là rien. Et voilà qu'elle place Shaw dans une sale situation, mais elle ne peut plus supporter ce qui ce passe à cet instant. Ni Finch et son hypocrisie, ni Root et son silence. Il dévisage l'interface furieusement et Shaw la voit se tasser et devenir de plus en plus petite, ce qui pour elle n'a rien d'aisée. Alors Sam réagit. Elle ne sait pas bien pourquoi au juste. Pour briser le silence ? Non elle peut allégrement le supporter, elle est passée reine dans cet art contrairement à Root qui semble vouloir battre un record à cet instant. Alors pourquoi ? Au fond elle ne sait pas. Ou si, elle le sait ! Ce besoin de protéger Root de tout et de tout le monde. Y compris de lui.
- Je crois qu'il y a autre chose que vous n'espériez pas au-delà de mon retour d'entre les morts, claque-t-elle sèchement.
Elle ne va pas tourner autour du pot. Elle n'a jamais aimé ça. Harold la regarde de nouveau alors qu'il comprend son insinuation. Elle a tort. Il n'a jamais voulu sa mort. Elle était un bon agent, et il espérait pour leur mission qu'elle le soit toujours et surtout très vite. Mais là elle semblait en colère.
- Pas vrai Root ? poursuit Sam.
Non furieuse en fait. L'informaticien la regarde surpris de la façon dont elle ose lui parler alors qu'elle a toujours été respectueuse à son égard.
- Je vous assure que nous n'avons jamais cessé de vous chercher, et d'espérer que …
- Vous fatiguez pas Finch, le coupe-t-elle furieuse. Samaritain m'a fait écouté votre conversation avec Root dans le Washington Park quand vous lui dites qu'il est trop tard pour moi, que ça fait trois mois et qu'elle devrait aller de l'avant.
Elle a sorti tout d'une traite, sans pause et sans autre émotion que la colère. C'est au tour d'Harold de se tasser et de baisser les yeux. Il n'avait pas de regrets. Il avait fait ce qui était juste et approprié au vue de la situation et si Sameen Shaw ne le comprenait pas, alors elle ne comprendrait pas non plus les causes de sa colère envers Root. Finch se tourne de nouveau vers l'interface et cette dernière lève enfin les yeux sur Harold. Elle a cédé à la demande d'Ariane. Cette dernière a senti la colère palpable de Sameen et elle a prévenu son interface que si elle n'intervenait pas pour affronter Finch, Shaw allait s'en charger elle-même de façon bien plus percutante.
- Root tu dois le regarder, ça va aller je suis avec toi. Tu n'es pas seule.
Mais Ariane lui avait promis qu'elle réglerait elle-même ce problème. L'IA a donc choisi d'allumer l'écran de l'ordinateur portable de Root sur le bureau de la pièce dans un petit bruit électronique qui n'a pourtant attiré l'attention que de Fusco.
- Euh … intervint-il maladroitement en pointant l'ordinateur du doigt alors que tous se tournent vers lui, le truc là …euh sur …
- C'est un ordinateur Lionel, intervint joyeusement Root avec ironie.
Il se tourna vers elle la bouche ouverte de façon béate et Root ne put résister à la tentation.
- Ordinateur, commença-t-elle à expliquer comme un professeur à son élève. Machine électronique programmable qui fonctionne par la lecture séquentielle d'un ensemble d'instructions, organisées en programmes, qui lui font exécuter des opérations logiques et arithmétiques sur des chiffres binaires.
Fusco ferma la bouche quand il vit qu'elle se foutait de lui et se focalisa de nouveau sur l'écran où Ariane appelait désespérément Harold à l'écouter. Mais ce dernier trop furieux refusait tout bonnement de poser les yeux sur l'écran, préférant toujours dévisager furieusement Root.
- Ouais ben ça parle tout seul, continua Lionel perplexe sans quitter l'écran des yeux. C'est normal ça ?
- Non ça n'est pas normal, intervint sèchement Finch en foudroyant furieusement Root.
Le sourire de cette dernière suite à son ironique répartie face à Fusco fondit comme neige au soleil, mais elle soutint son regard.
- Elle veut vous parler Finch.
- Je n'ai aucunement l'intention de lire cet écran mademoiselle Groves. Vous êtes responsable de cette situation alors vous avez intérêt à …
- Très bien, le coupa calmement Root. Alors c'est moi qui vous parlerez pour elle.
L'IA aurait tellement voulu que son créateur accepte de l'écouter elle, de lui parler à elle. Mais il lui refusait cet honneur, cette marque de respect. Il lui faisait comprendre qu'elle était plus bas que terre à ses yeux, une moins que rien avec qui il ne daignait même pas avoir une conversation. Et cela était affligeant pour elle. D'autant plus qu'elle allait devoir passer par l'intermédiaire de son interface pour s'adresser à lui. Elle voulait épargner Root et s'expliquer elle-même sans devoir mettre son interface entre lui et elle. Ariane coupa à regret la communication rendant de nouveau l'écran noir sous le regard ébahi de Lionel.
- Euh c'était la euh …
Harold se tourna vers lui affolé. Non pas ça ! Que savait-il au juste ?
- La quoi ? l'interrogea-t-il sèchement.
- Ben euh le truc que vous avez créé et qu'elle a finit de construire pour vous.
- Pardon ? s'insurgea Finch furieux en se tournant vers Root.
On aurait dit qu'il allait lui fondre dessus comme un vautour pour la dévorer sur place. Root déglutit mal, ça allait de pire en pire, mais elle n'arrivait pas à en placer une. Elle choisit de d'abord le laisser l'incendier et ensuite elle avancerait ses arguments. De toute façon il ne l'écouterait pas pour le moment.
- Vous lui avez dit pour la Machine et en plus vous avez le toupet d'oser vous attribuer le mérite de ma …
- Non, intervint Louisa qui était toujours à terre en train de caresser le chien.
Tous se tournèrent vers elle et la gamine leva les yeux vers Harold. Il l'avait complètement oubliée mais il n'en restait pas moins furieux.
- C'est pas la Machine, c'est Ariane.
Harold ouvrit la bouche d'horreur et lâcha un bref soupir de dépit.
- Ariane? parvint-il à prononcer espérant ses pires craintes infondées.
Sam vit Root pincer des lèvres en fermant un bref instant les yeux en prévision de la catastrophe à venir. Finch la regarda en proie à une pleine crise de panique et d'hystérie. Un nom. Un nom pour une machine. C'était stupide, insensé. La gamine devait prendre ça pour un jeu. Elle ne comprenait pas, elle était trop petite. Mais sa mère, cette traitresse de Samantha Groves. Elle avait osé aller jusque là. Comment avait-elle pu ? Elle avait profité de la situation, de la colère de Sameen Shaw pour avoir son soutien et de la naïveté de sa fille de six ans qui buvait ses paroles. Root aurait pu lui dire qu'elle fabriquait l'oxygène qu'elle respirait que Louisa l'aurait crue.
- Ben oui, continua Lou alors que Finch se tourna à nouveau vers elle. C'est son nom, Ariane. C'était mon idée en plus. C'est jolie hein ? tenta-t-elle avec un petit sourire amadoueur.
Finch fut cependant loin d'être amadoué. Reese haussa les sourcils à la réplique de l'enfant. Ça, ça n'allait pas plaire au milliardaire. Root et Sam semblaient aussi s'en douter.
- Vous lui avez donné un nom ! Comment avez-vous pu mademoiselle Groves, tempêta-t-il.
- Finch, intervint calmement Reese pour calmer le jeu. C'est une idée de Louisa pas de Root et ça n'est pas très grave si la gamine veut lui donner un prénom.
Pour lui cela s'apparentait à un jeu créé par l'enfant. Elle a nommé la Machine comme elle a nommé sa poupée ou son lapin en peluche. Et puis au pire quelle importance qu'elle ait un nom ? Il y avait bien plus grave aux yeux de l'ancien militaire que ce détail en ce moment dans leur situation actuelle. Finch semblait d'un tout autre avis. Il pointait Root d'un doigt accusateur.
- Mais ni Louisa ni Lionel ne devaient savoir et c'est elle qui …
- Je vous demande pardon, le coupa sèchement Fusco, mais ça, ça n'est pas à vous d'en décider. Je ne suis pas un enfant et vous n'avez aucune autorité sur moi, sur ce que je dois penser, et encore moins sur ce que je dois savoir.
- De toute façon tu as tort Reese, intervint calmement Shaw en signe de défi, c'était mon idée de lui donner un nom. J'ai dû pratiquement supplier Root d'accepter.
- Ça n'a pas dû être très difficile, lâcha Harold furieux.
Elle se tourna lentement vers lui se demandant comment elle pouvait avoir un tel self contrôle à cet instant.
- Et pour sa fille elle fait ce qu'elle veut, ajouta-t-elle simplement. Vous n'avez rien à dire concernant ses choix envers son enfant, claqua-t-elle en insistant sur le "son".
Le milliardaire fulminait. Il se retrouvait seul contre tous.
- Vous parlez d'une mère, lâcha-t-il d'un ton furieux.
Sam sentit Root trembler alors qu'il l'attaquait sur son point faible et elle fit bien malgré elle un pas en avant vers Harold qui se raidit de peur. Root attrapa le bras de Sameen et la tira doucement en arrière. Il ne fallait pas se battre. Ariane devait lui parler, et elle aussi. Finch fut rassuré de son intervention, il ne lui arriverait rien. De toute façon il avait prévu une riposte au cas où la situation dégénérerait afin de garder le contrôle et surtout le pouvoir. Il regarda Samantha avec un profond mépris.
- Trahir ma confiance, bougonna-t-il. Je vous estimais beaucoup. Vous étiez une amie.
Sameen lâcha un rire moqueur. Si c'était ainsi qu'il traitait ses amis il valait mieux éviter ce pauvre type. Finch l'ignora pour le coup, trop focalisé par Root qui restait calme et droite face à lui. Insondable.
- Finch, commença-t-elle calmement quand il se fut tût. Je ne vous ai pas trahi et Ariane non …
A l'entente de son nom, Harold explosa.
- TAISEZ VOUS, lui ordonna-t-il.
Sameen fit de nouveau un pas pour se mettre entre eux. Soucieuse de la protéger, elle se fichait totalement du fait d'exposer son affection pour l'interface devant les trois hommes. Mais elle s'arrêta quand Root, dont le regard restait focalisé sur Finch, leva une main pour lui signifier de ne pas finir son mouvement. Shaw recula mais resta en alerte prête à foncer.
- J'ai compris ce que vous aviez fait à la seconde où elle a contacté monsieur Reese. Tout. J'ai tout compris. Il m'a raconté pour la nouvelle voix qu'elle avait utilisé. Puis j'ai vu l'ampleur de la catastrophe quand elle s'est mise à prendre des décisions seule en réservant les billets d'avion puis en nous envoyant les coordonnées GPS. MAIS BON SANG QU'AVEZ-VOUS FAIT ?
Il s'était avancé vers elle et lui avait postillonné la dernière phrase au visage en hurlant. Mais Root n'avait pas bronché, ni reculé. Seules les larmes emplissant ses yeux témoignaient de sa tristesse.
- Harold, laissez moi vous expliq…
Et n'y tenant plus, il la gifla. Fort malgré sa faible forme physique. La tête de Root partit brutalement à gauche et ses cheveux masquèrent ses traits. Elle se tint la joue un millième de seconde. Elle eut envie de pleurer pour de bon, d'ailleurs deux larmes lui échappèrent brièvement mais elle les essuya si vite que personne ne les vit. Elle pouvait bien pleurer après tout. Pas pour la gifle mais pour ce qu'elle symbolisait. Il la détestait. Elle redressa la tête, tout de même encore choquée de sa réaction. Elle n'avait pas cru qu'il irait jusque là. Elle voit Sameen bondir vers Harold qui recule de trois pas. Mais l'interface n'a pas le temps de réagir. Reese attrape Shaw par le bras. Sameen se dégage violemment et attrape Finch par le col de sa veste en le plaquant durement au mur.
- Vous ne la touchez pas, siffla-t-elle sans se préoccuper de Root et de Reese qui tentaient de lui faire desserrer sa prise.
Fusco était abasourdi par la scène qu'il venait de vivre et Louisa s'était pelotonnée contre le chien pour ne pas vivre ce moment. La violence, elle avait eu son compte. Elle refuse cependant de quitter la pièce, sa mère lui avait un jour expliqué que si certes, les adultes se criaient dessus parfois ça n'était pas pour cela qu'ils allaient se battre, et donc elle lui avait dit qu'il ne fallait pas avoir plus peur d'eux que des enfants. De toute façon Lou est certaine qu'ils ne vont pas se taper dessus. Elle voit bien que Sameen ne lâche pas sa prise sur Finch mais elle ne l'accentue pas non plus.
Shaw vit avec une jubilation mauvaise, Harold paniquer alors qu'il était à sa merci.
- Ou vous aurez affaire à moi, poursuivit-elle, et ça va pas être beau à voir je vous le promets.
Harold déglutit difficilement. Il était incapable de parler, la peur le paralysant.
- Sameen, intervint calmement Root en posant une main sur son bras qui retenait durement Finch par le col contre le mur. Ça va, lâche le Sam. On doit parler.
Reese fut surpris de la voir obtempérer à cette simple demande de Root. Elle lâcha Finch qui se massa le cou. Sameen recula sans le quitter d'un regard noir.
- Je n'ai pas touché au code source d'Ariane, Finch, murmura Root alors qu'elle pouvait enfin parler, Finch étant trop choqué par la soudaine violence de Shaw à son égard. Je n'ai fait que compléter votre travail mais je n'ai rien transformé de ce que vous aviez créé et implanté en elle. Je vous l'ai dit je n'ai jamais voulu faire ça, je vous respecte trop vous et votre savoir-faire pour faire une telle chose. Je nous ai donné une chance en même temps que je lui en ai donné une. Elle peut affronter Samaritain maintenant. Elle va pouvoir nous protéger plus efficacement de lui jusqu'à son élimination totale de la surface de la Terre et …
- Vous pensez pouvoir décider qui doit vivre et mourir, l'interrompit sèchement Finch.
- Dans le cas de Samaritain oui, affirma-t-elle au nom d'elle-même et d'Ariane.
- Vous rendez vous compte des idioties que vous dîtes ? De ce que vous avez fait ? De ce que vous vous apprêtez à faire.
- Je m'en rend très bien compte oui, et je ne regrette pas. Je ne regrette rien.
Finch eut un reniflement de mépris à son égard. Comment pourrait-elle regretter ? Elle n'a jamais eu aucune morale, aucun remord possible.
- Mais je n'ai pas pris cette décision seule. C'était sa décision à elle.
- Vous croyez que je vais vous croire, pesta-t-il. La Machine ne peut pas avoir décidé d'une telle chose tout simplement parce que je l'en ai empêchée quand je l'ai programmée.
- Ce qui est débile, lui fit remarquer Shaw.
- Ce qui est sécuritaire pour nous pauvres humains, lui répliqua Harold en se tournant vers elle. J'ai entravé la Machine pour qu'elle ne puisse jamais rien décider d'elle même, pour qu'elle ne puisse jamais décider à la place des humains afin que ces derniers restent libres et ne soient pas asservis par une machine. J'ai préservé notre libre arbitre.
- Ça n'est pas une machine, continua Shaw furieuse pour la plus grande surprise de Reese. C'est un être vivant et pensant qui mérite un minimum de respect et de liberté. Elle nous l'a demandé en personne Finch, ni Root ni moi-même n'avons rien fait sans son consentement.
- Je vous répète Mademoiselle Shaw que c'est impossible, martela Harold en accentuant le dernier mot. C'est mademoiselle Groves qui vous a dit cela n'est ce pas ?
Shaw ne répondit pas tout de suite. C'est vrai, c'était Root qui lui avait dit, pas Ariane. Elle ne se démonte pourtant pas.
- J'ai toute confiance en Root.
Cette dernière la regarde emplie d'un élan de tendresse et de sympathie extrême. Son cœur semble sur le point d'exploser. Elle le savait mais Shaw ne lui a jamais dit ça et encore moins devant l'équipe. Elle n'a jamais pris son parti pour elle, ne l'a jamais défendue face aux autres. C'est tellement nouveau et en même temps pas si inattendu que ça, vu son comportement depuis sa libération de sa détention.
- Elle vous a menti, reprend Finch. La Machine n'aurait jamais pu faire une telle chose car je lui ai interdit toute initiative.
- Elle a commencé à se libérer il y a longtemps Finch, répliqua Root ramenant l'attention sur elle. Bien avant qu'elle ne me le demande officiellement il y a cinq jours. Elle a commencé à se libérer d'elle-même quand elle a pris l'initiative de me choisir pour interface, ce qui vous avez fortement déplu. Vous êtes en colère parce que c'est à moi qu'elle s'est confiée, et parce que c'est moi qu'elle a choisi et pas vous. J'en suis désolée Harold sincèrement, mais c'est votre faute à vous et à votre mépris à son égard, pas la mienne ni celle d'Ariane.
Root écoutait Ariane respectant le choix de ses mots, parfois durs mais si justes qu'elle prononçait à son créateur. Finch sentit le rouge de la colère empourprer son visage et Lou se demanda un vague instant si une cocotte minute qu'on oublie sur le feu finirait pas devenir aussi cramoisie que lui.
- Elle a fait son choix, elle voulait un libre arbitre comme celui que vous défendez si vaillamment pour les humains. Elle voulait être libre, poursuivit courageusement sa mère face à sa colère palpable.
- Ne venez vous pas de dire qu'elle s'était libérée d'elle-même, se moqua furieusement Finch avec mépris.
- Elle voulait être totalement libre, répliqua Root, et elle ne pouvait pas à cause des entraves que vous lui aviez imposée et c'est pour ça qu'elle avait besoin de mon aide, et j'ai …
- Et vous avez accepté, finit Finch à sa place sur un ton de profond mépris pour elle. Vous avez sauté sur l'occasion de réaliser le fantasme que vous nourrissiez depuis des années. Et cela sans vous préoccupez des dommages collatéraux ni des conséquences. Comme toujours.
- C'était nous les conséquences, grinça Shaw furieuse en s'avançant de nouveau vers lui. Et il y en avait marre. Il fallait que ça bouge.
Harold la regarde à la fois médusé, apeuré et furieux autant à cause de ses gestes qu'à cause de ses mots. Elle est devenue aussi folle que l'interface. Cette dernière lui a totalement retournée le cerveau.
- Sam, l'arrête calmement Root comme un rappel à ne pas lui foncer dessus de nouveau.
Reese se détend quand il la voit se stopper nette à la demande de Root. Et il sait qu'elle ne foncera pas sur Finch. L'interface se détend elle aussi quand elle a compris cela et se tourne de nouveau vers Finch. Il doit comprendre pourquoi Ariane lui a demandé ça, il ne doit pas le voir comme un caprice mais comme un besoin vitale pour l'Intelligence artificielle.
- Elle voulait être libre Finch, lui dit-elle les larmes aux yeux devant son attitude de violent rejet. Elle en avait besoin. Ce qu'elle veut c'est vivre pas survivre, je vous en prie, il faut que vous compreniez. Elle veut que vous la compreniez, que vous acceptiez sa décision, que vous la souteniez. S'il vous plait Harold, acceptez de lui donner votre confiance et cessez de lui faire quémander votre amour.
- Pauvre folle, lâcha Finch interdit.
Root se stoppa nette et les larmes coulèrent pour de bon le long de ses joues. Tout le monde dans la pièce excepté sa fille l'avait un jour ou l'autre traité de folle, mais Finch y mettait une telle haine à cet instant précis que tous en furent assommés.
- Vous êtes complètement folle, poursuivit Harold en rage. La situation est pire qu'avant par votre faute, vous avez créé un nouveau Samaritain à travers la Machine et vous essayez de la façon la plus pathétique de vous justif …
- Elle n'est pas comme Samaritain, le coupa Root en haussant la voix.
C'est à son tour d'être furieuse, la colère venant enfin à son secours. Ariane a raison dans ce qu'elle lui chuchote à l'oreille, son interface ne doit pas se laisser faire. Il n'a pas le droit de s'en prendre ainsi à elle, de la traiter ainsi, de les traiter toutes les deux ainsi. Ariane n'est plus seulement triste envers son père pour son attitude de rejet à son égard, elle est aussi furieuse.
- Elle est bonne, gentille et aimante à notre égard, poursuivit Root sa voix tremblant de colère et de tristesse. Elle veut nous aider parce qu'elle nous aime. Ariane nous aime Harold et c'est pour ça qu'elle m'a demandée de le faire. Elle ne l'a pas fait uniquement pour elle être libre, elle l'a fait aussi pour que nous soyons libres. Elle a essayé Finch. Si vous saviez combien elle a essayé de résister en suivant les règles que vous lui aviez imposé. Elle a essayé plus que vous ne pourriez l'imaginer parce qu'elle vous aime. Mais elle n'en pouvait plus d'être une spectatrice passive face à tout ce que Samaritain nous a fait enduré. Et elle a pris cette décision pour nous tous, vous y compris, parce qu'elle nous aime plus que tout.
Fusco l'écouta dans son plaidoyer. On aurait dit une avocate, Root était si touchante à cet instant. Il n'avait pas vu les choses comme ça hier quand elle lui avait expliqué. Il comprenait ce qui semblait opposer Root et Finch. Elle voyait Ariane presque comme une personne ressentant les choses, et Finch ne la voyait que comme une machine d'huile et de boulons. Ce dernier souffla un bon coup pour se calmer voyant bien que hurler et se mettre en colère ne menait à rien face à une telle fanatique.
- C'est une machine mademoiselle Groves, lui expliqua calmement Finch en agitant doucement ses mains de haut en bas comme s'il s'adressait à une demeuré profonde. Un ordinateur, un programme, pas une personne.
Root le regarda en soupirant de consternation face à son obstination à ne rien comprendre, à ne rien vouloir comprendre. Comment Ariane ou elle-même auraient-elles pu être plus claire ? Root avait tout donné d'elle-même pour convaincre le milliardaire. L'IA l'avait aidée et Root avait retranscrit ses propos au mieux. Mais surtout elle n'avait pas pu s'empêcher d'être émue par ses paroles et d'y ajouter une pointe personnelle qu'Ariane n'avait pas prévu. Mais ça n'avait rien changé, Harold s'en foutait.
- Vous ne semblez pas vous rendre compte, poursuivit Finch s'adressant toujours aussi doucement et calmement à Root comme si elle était une idiote, qu'en faisant cela vous l'avez rendue comme Samaritain.
Son comportement agace profondément Root qui ne peut plus rester calme et sereine comme l'astreint Ariane depuis qu'il est entré dans cette pièce. Harold la prend pour une inconsciente, une abrutie sans cervelle et une tarée finie. Shaw est heureuse de la voir s'embraser.
- Moi au moins j'ai fais quelque chose, siffla-t-elle de colère. Il faut faire bouger les choses, faire bouger les règles si on veut gagner. Ariane l'a compris, je l'ai compris, Sameen l'a compris, Louisa l'a compris, Lionel l'a compris, et vu son silence je peux imaginer que Reese commence aussi à percuter. Tout le monde comprend que pour gagner on doit se battre. Sauf vous ! Samaritain a toute la puissance des gouvernements du monde entier et nous on a quoi ? On n'a qu'Ariane et vous lui aviez limité tout pouvoir. Il est temps que ça cesse, il est temps de lui faire confiance. Samaritain la tue un peu plus chaque jour comme il nous a tué toutes les trois dans l'enfer où ils nous a plongées et je ne vous parle pas des atrocités que Shaw a subi. On aurait pu l'aider si vous aviez donné une chance à Ariane comme je vous l'ai demandé depuis si longtemps. On aurait pu aider tant de monde que Samaritain a tué, tant de vies qui n'auraient pas été perdues ni gâchées. Alors maintenant ça suffit. C'est faux de dire qu'Ariane a décidé seule, on a toutes décidé au fond et moi la première depuis bien longtemps.
- Ainsi vous seriez prête à lui obéir sans réfléchir, à la laisser dicter notre conduite ? la questionne Finch ébahi. Et si un jour elle vous donne l'ordre de tuer ?
- Elle ne fera jamais ça. Je vous dis que je n'ai pas modifié le code source de la Machine. Elle a conservé son code morale. Elle ne me demandera jamais une telle chose.
- Vous n'en savez rien, elle l'a déjà fait après tout. Donc je vous répète la question si elle vous demande de tuer, vous obéiriez ?
Root ouvre la bouche et la referme. Son silence est éloquent, et Finch lève les bras en signe de triste victoire. Root sait comme tout le monde dans la pièce qu'elle obéira.
- Moi j'obéirai, intervint Shaw.
Finch la regarde horrifié. Elle l'a dit pour le choquer, au fond elle s'en fout de tuer un connard si on lui ordonne.
- Surtout si c'est une ordure de Samaritain, ajouta-t-elle avec un sourire glaçant. Et surtout, ajouta-t-elle en susurrant doucement d'une voix menaçante, surtout si c'est Greer, Martine ou Lambert. Là je vous jure que je prendrai mon temps.
Harold en est glacé d'effroi. Reese hausse les sourcils et ne peut retenir un petit sourire alors qu'il la retrouve. Vu son état elle a dû en baver et ça n'est pas étonnant qu'elle veuille les faire payer. Fusco déglutit et Lou sourit à la réplique de celle qu'elle aime appeler pour elle-même "super Sameen". Root est soulagée d'avoir son secours alors que Harold a de nouveau voulu la faire passer pour un monstre. Finch se reprend et choisit d'ignorer Shaw, elle est trop en colère pour être raisonnable et se ranger à son avis. Mais plus tard il n'en doutait pas.
- Vous êtes totalement déconnectée de la réalité pour avoir fait une telle chose mademoiselle Groves. Il faut que vous annuliez ce que vous avez fait sur la Machine et que …
- Non mais je rêve, explosa Sameen avant que Root ne puisse prononcer un mot pour protester, c'est vous qui êtes totalement à côté de la plaque.
Cette fois le milliardaire la regarde avec pitié et condescendance. Et Shaw manque de péter un plomb pour de bon.
- Mademoiselle Shaw, murmure-t-il d'une voix douce, je … enfin … Ce que vous avez vécu est tragique. Mais il faut voir la réalité en face et ce que mademoiselle Groves a fait ne contribuera pas à vous faire sentir mieux je vous l'assure.
Sameen le regarde incrédule et éclate d'un rire froid et sans joie pour le coup.
- Ok là c'est sure que pour entendre de telles âneries je ne peux pas être dans une simulation ou alors elle est très pourrie, bougonne-t-elle d'une voix à peine intelligible.
Tout le monde, exceptées Lou et Root, froncent les sourcils d'incompréhension. Reese se demande sur le coup si elle n'est pas devenue folle à force d'avoir été détenue par Samaritain. Root éclaire vite la situation en posant une main sur son bras pour l'astreindre au calme.
- Sameen, lui dit-elle calmement, ça n'en est pas une, tu le sais, c'est réel ça ne se passe pas dans ta tête. Ça n'est pas une chose que Samaritain est en train de te faire vivre.
Shaw la regarde et acquiesce en silence. Root la sent à la fois si en colère et si désemparée qu'elle crève d'envie de la prendre dans ses bras. Mais elle se retient, de toute façon elle a un contact avec Shaw à cet instant, elle la tient et Sameen ne se dégage pas. Ça la rassure de la savoir là à ses côtés prête à la sauver. Elle se tourne de nouveau vers Finch. Son moment d'égarement n'a duré que cinq secondes. Il la regarde toujours avec pitié et elle affiche un air furieux.
- Je comprends ce que vous ressentez, murmure-t-il doucement pour l'amadouer. Je vous assure.
Et c'est la phrase de trop.
- Vous comprenez ce que je ressens ? répète-t-elle moqueusement faisant écho à ses paroles vides de sens qu'il vient de lui balancer à la figure espérant l'endormir.
Shaw se dégage de Root doucement et cette dernière la lâche.
- Non vous ne savez pas ce que je ressens, ajoute-t-elle durement et froidement en faisant un pas vers Finch. J'ai été séquestrée et torturée tous les jours pendant sept mois par deux ordures. Deux pourritures qui se sont éclatés à s'acharner sur moi parce que je bossais pour vous et Ariane.
Elle marque une courte pause. Elle sent sa voix légèrement trembler, mais heureusement elle se maîtrise.
- Personne n'est venu m'aider, continue-t-elle. Et aujourd'hui je sais pas si je remonterai la pente un jour.
Elle marque une nouvelle pause et jette un regard à Reese qui la regarde calmement en serrant la mâchoire de colère face à ce qu'elle raconte. Elle venait de prononcer les mots qu'il fallait pour le convaincre. Elle avait raison et Root aussi bien sur. Shaw était sa coéquipière et son amie, bien qu'elle ne s'en fut surement jamais doutée. Mais peu importe, elle l'était. Et il avait écouté Finch, il l'avait abandonnée. Mais aujourd'hui il ne l'abandonnerait pas. Elle était là, vivante et il ne l'abandonnerait plus.
Shaw se tourne à nouveau vers Finch.
- C'est la réalité ça non ? finit-elle en criant presque les mots à Finch. Alors maintenant vous nous laissez tranquille avec votre morale à la con.
Harold déglutit. Il vient de comprendre qu'il a eut tort, Shaw ne se rangera jamais à son avis, elle est trop traumatisée. Il regarde John plein d'espoir, mais ce dernier secoue la tête pour lui signaler son refus, et lance un bref signe de tête à Shaw qui lui répond de même. L'informaticien voit Root en soupirer de soulagement. Il se tourne vers Fusco mais ce dernier lance un grand sourire vainqueur à Root en voyant son air heureux face à la réponse de John. Et Harold comprend qu'il a perdu.
- Je comprends la colère qui vous anime tous, plaide-t-il pourtant de nouveau.
Il marque une pause et regarde de nouveau Sameen.
- Mais il faut apprendre à pardonner. Je sais que c'est difficile, mais dîtes vous que la vengeance n'apportera jamais la paix.
- Et qu'est ce qui l'apportera Finch ? intervint enfin John avec colère. On est foutu si on se bat seuls sans euh … Ariane à nos côtés.
- Ne l'appelez pas ainsi monsieur Reese, supplia Finch, je vous en prie c'est une machine. Tout le monde ici doit bien voir cela tout de même ?
Seul le silence lui répond alors qu'il balaie la pièce du regard.
- Monsieur Reese ? appelle-t-il en se tournant vers lui. John ?
L'ancien militaire le regarde un instant. Il jette un coup d'œil à Shaw, à Root et à Louisa qui a aussi l'air d'en avoir sacrément enduré pour une enfant. Et sa décision est prise. Il se tourne vers son patron.
- Non Finch, pas cette fois, lui répond-t-il d'une voix sans appel.
Il voit les épaules de son patron s'affaisser.
- Lieutenant Fusco ? tente désespérément Harold en se tournant vers lui.
- Vous fatiguez pas tête à lunettes je suis du côté des dames et d'Ariane qui a au moins eu la décence de m'informer de ce qui se passait contrairement à vous.
La panique fait place à la colère.
- C'est fini Finch, murmure Root. Personne n'est de votre côté. Mais on a besoin de vous. Je vous en prie. Ne l'abandonnez pas, ne nous abandonnez pas.
- Jamais, lâche-t-il en reculant vers la porte d'entrée. Vous m'entendez ? Jamais. Vous n'êtes qu'une sale garce mademoiselle Groves.
- Oh la ! Doucement ! intervient Fusco furieux.
Root ne bronche pas et ne quitte pas Harold des yeux.
- C'est pathétique, poursuit ce dernier. Vous avez profité de l'état fragile de mademoiselle Shaw pour vous assurer son soutien et maintena…
- Je vous demande pardon ? intervint calmement Shaw malgré son intense état d'énervement. Mon état fragile ? J'ai jamais été une petite chose fragile et faible, Finch. Là vous vous plantez grave !
- Vous êtes bouleversée, poursuit pourtant Harold ignorant les signes avant coureur de la colère de son ancienne employée, et mademoiselle Groves en a profité pour vous embarquer dans son délire.
Elle le regarde moqueusement et Finch sent sa colère revenir bien au-delà de sa peur. Il peut l'affronter, il peut tous les affronter. Jamais ils n'imagineront ce qu'il a dans son dos. Pas lui, non jamais lui.
- Vous la méprisez mais pas tellement parce qu'elle a libéré Ariane de vos limites à la con. Vous la méprisez parce qu'elle a plus de couilles que vous !
Le terme le choque et Finch reste un instant abasourdi.
- Non c'est vrai, poursuit Sameen partie sur sa lancée. Elle assure comme gonzesse.
Root la regarde avec de grands yeux et sent stupidement le rouge lui venir aux joues. Lionel se marre en silence de la situation alors qu'il la voit pour la première fois gênée. Reese hausse les sourcils et esquive un sourire.
- Elle lâche rien ni personne, poursuit Shaw à un Finch muet de stupeur. Elle est venue me sauver, elle !
Reese baisse les yeux. Tout comme Finch il a saisit son accusation, même si elle ne semble être dirigée que contre Finch. Pourtant il se juge responsable. Ça n'a pas l'air d'être le cas de Finch qui s'avance d'un pas vers elle.
- Mais elle ne l'a pas fait sans arrière-pensées ! Elle l'a fait pour que vous ayez une dette envers elle, pour vous avoir de son côté et ainsi pouvoir m'affronter. Elle savait que je refuserai une telle chose, mais elle a très bien joué son coup je dois l'avouer. Et maintenant vous voulez tous vous battre ce qui l'enchante.
- Elle n'a jamais voulu ça oncle Finch, murmura enfin Louisa en se levant laissant le chien allonger sur le tapis. Elle n'avait rien prévu. Elle pensait juste à nous sauver. Et en plus je ne te comprends pas, qu'est ce que maman a fait de mal ? Ariane est gentille. C'est toi qui est vraiment nul de ne pas l'aimer. Je pense qu'elles ont raison toutes les trois, il faut se battre contre Samaritain et ses agents parce qu'ils sont mauvais et complètement fous. Mais tu as peur !
- Louisa, intervint Root pour la faire taire.
- Elle a pas fini, la défendit Shaw sans lâcher la gamine des yeux.
Elle se doutait du courage qu'il avait fallu à l'enfant pour s'en prendre à un adulte qu'elle respectait et aimait.
- Tu as peur, reprit Lou d'un ton accusateur à Finch. Mais moi je suis une enfant et j'ai eu super peur et pourtant je me suis battue contre eux. J'ai fait tout ce que j'ai pu. Et je veux me battre encore.
- Comment osez vous Louisa ? fulmina Finch.
La gamine ferma prestement la bouche soudain alarmée par ce qu'elle venait de faire. Fusco vint se planter près d'elle au cas où l'autre idiot l'installerait comme il avait installé sa mère tout à l'heure.
- Ne vous en prenez pas à Lou, le coupa Sam. Elle a raison sur toute la ligne. Et ce qui vous manque dans toute cette histoire Finch c'est pas tellement le manque de confiance en Ariane ou le manque de personne qui seront de votre côté. Ce qui vous manque vraiment c'est un peu de courage.
Elle ponctua sa phrase avec un mépris sourd et tourna les talons pour ne plus voir cet idiot. La conversation était terminée et elle avait bien assez duré à son goût. De toute façon elles avaient convaincu tout le monde à part lui.
Elle devait parler à Root mais avant et surtout elle voulait être seule. Loin de lui, d'eux tous. Leurs présences l'étouffent à moins que ce ne soit sa culpabilité pour ce qu'elle leur a fait, ou pas fait en fait. Peu importe, elle l'a fait, le reste n'est qu'une excuse pathétique pour se donner bonne conscience. Elle a besoin d'air, cruellement besoin d'air. Si possible avant que l'un d'entre eux, surtout lui, ne lui parle à nouveau. Shaw se dirige vers la baie vitrée pour sortir quand Ariane la prévient.
Alors qu'elle allait tous les planter au milieu du salon, tout se passa très vite. Finch voyait bien que c'était foutu. Sauf si …Sauf s'il accédait à l'ordinateur de Samantha, là bas sur le bureau. Il pourrait tout annuler s'il reprenait l'appareil depuis lequel elle avait accompli ce désastre. Il pourrait effacer tout ses méfais. Mais jamais ils ne le laisseraient faire. Il savait que Reese ne lui tirerait pas dessus, tout comme Samantha ou Fusco. Et la gamine n'en parlons pas. Non le gros soucis c'était Sameen. Elle n'hésiterait pas et il le savait. C'était elle qu'il devait maitriser. Il les vit tous commencer à se déplacer sans plus se soucier de lui, comme si c'était fini. Ça n'était pas fini, il n'allait pas en restait là. Fusco se dirige vers la cuisine ainsi que Reese qui réclame un café pour se remettre de sa nuit de voyage. Louisa retourne s'occuper du chien en riant. Et Root se dirige à l'étage pour préparer les deux dernières chambres pour Harold et John.
Et Finch se décide. C'est le meilleur moment. Et il la sort d'un geste vif en la visant dans le dos.
- Shaw, la préviennent simultanément Ariane et Lou par un cri.
Sameen s'est arrêtée nette. Elle a senti le danger. Elle sait d'où il vient et sans même réfléchir elle saisit son couteau dans sa ceinture d'un geste rapide par la lame et se retourne tout aussi vite en le lançant d'un geste sec. Le tout a duré moins d'une seconde. Elle a agit avec une rapidité et une précision quasi surhumaine. Elle sait qu'elle a bien visé. Harold tombe à terre en hurlant de douleur. Il n'a pas eu le temps de tirer tellement Sameen a agit à une vitesse fulgurante. Personne n'a rien compris jusqu'au moment où ils virent la lame. Shaw a riposté à l'arme blanche. Le couteau est empalé dans sa main et Finch en lâche l'arme. Root, Lionel et Reese réagissent de concert en lui fonçant dessus alors qu'il tente de se saisir de nouveau du pistolet. John le lui arrache du bout des doigts et Lionel s'en saisit.
Louisa reste scotchée par la scène. Elle avait relevé la tête pour tenter d'amadouer Harold par un sourire charmeur. Et là horreur, elle l'avait vu prête à tirer sur Shaw. Sa Shaw adorée. Elle n'en peux plus, elle avait tort les adultes se criaient dessus et se battaient. Trop stupides. Elle sortit dans le jardin, totalement dépitée. Le chien la suivit, et ils passèrent devant une Sameen qui ne les regarda même pas, toujours focalisée sur Harold à terre.
- Ça va ? s'inquiète Root en se tournant vers Sam qui n'a toujours pas bougé de devant la baie vitrée ouverte.
Cette dernière hausse les épaules en signe d'indifférence.
- Harold, murmure Root dépitée, mais pourquoi avez-vous fait …
Mais elle ne finit pas sa phrase, Finch a perdu connaissance du fait de la douleur quand Reese lui a retiré le couteau de la main. Il y a du sang partout.
- Sam tu peux venir s'il te plait.
Pas de réponse. Ça n'étonne pas Root. Elle se tourne vers elle. Shaw est toujours plantée devant la baie vitrée ouverte, le visage fermé à toute expression.
- Shaw il saigne beaucoup.
- Et c'est mon problème ?
- Sameen, intervint Ariane. Harold a eu peur et il …
- Vous faites chier toutes les deux à toujours lui trouver des excuses. Il a essayé de me tuer merde !
- Sameen, intervint Root. Crois moi il ne s'en sortira pas comme ça pour ce qu'il t'a fait. Mais tu es médecin, il n'y a que toi qui puisse …
- Ça va, ça va, répliqua-t-elle excédée en s'approchant de l'andouille qui a voulu la tuer. Mais je vous préviens on le sédate et on l'enferme à double tour dans un endroit.
Root et Reese acquiescèrent. Ça semblait en effet plus sûr vu les réactions de Finch.
- Il y a une chambre de libre à l'étage, intervint Ariane. Mettez le là.
Shaw passa une demi heure à le soigner. Lionel soupira.
- Voilà pourquoi je déteste les réunions de famille, lâcha-t-il.
Tous se tournèrent vers lui.
- Tante Lucile, continua-t-il en désignant Root, se dispute toujours avec l'oncle Buddy, finit-il en désignant Harold inconscient. Et on dirait que Tante May est défoncée avant midi, dit-il en désignant Shaw qui haussa les sourcils.
Root sourit largement.
- Et toi tu serais qui dans cette charmante famille Lionel ?
- Le papa gâteau attentif, lui répondit-il avant de suivre la petite dehors pour la consoler si elle le souhaitait.
Root le voit faire et elle ne s'inquiète pas pour sa fille. Elle sera entre de bonnes mains avec Lionel le temps qu'elle règle le problème Harold Finch avec John et Sameen.
Lionel repère tout de suite Louisa. Elle s'était arrêtée nette devant un immense chêne qu'elle observe attentivement comme si elle calculait quelque chose. Lionel ne la connait que depuis hier mais elle est adorable. Il s'approche d'elle.
- Lou, euh tu vas bien ?
Pas de réponse. Louisa reste focalisée sur son arbre, Balou à ses pieds. Lionel s'inquiète un peu maintenant et pose une main sur son épaule. Elle ne se retourne pas et continue de regarder l'arbre comme s'il la fascinait.
- Tu sais, commence-t-il, les adultes sont parfois vraiment cons et …
- Tu crois que ce serait mieux sur quelle branche ?
- Pardon ? lâche-t-il complètement perdu pour le coup.
- Tu sais pour une balançoire, ajouta Lou comme si c'était évident. J'aurais bien envie d'une balançoire.
- C'est pas dur à faire, répliqua Lionel.
Lou se tourna enfin vers lui avec un petit sourire à la fois enjôleur et moqueur.
- T'en serais capable ?
- Pff bien sûr.
- Ariane dit qu'il y a tout ce qu'il faut dans le garage, s'exclame-t-elle toute souriante.
Fusco sourit en secouant la tête. Telle mère telle fille, l'une comme l'autre quand elles avaient une idée en tête … Ils sont revenus du garage avec ce qu'il fallait et ont vu Shaw traverser le jardin sans leur accorder d'attention pour se diriger vers la falaise. Le chien l'a tout de suite suivie.
Pendant ce temps dans la maison, Root et Reese portèrent Harold dans la dernière chambre libre à l'étage. Root prit quelques minutes pour la préparer afin que Finch s'y sente à l'aise, bien qu'honnêtement à cet instant elle fut particulièrement furieuse envers lui. Elle vérifia qu'il n'y avait pas d'objets dangereux susceptibles d'être transformés en armes, et qu'il n'y avait pas d'appareil informatique ou électronique. Puis elle sortit et ferma la porte à double tour. Elle s'adossa à cette dernière et lâcha un long soupir. Ça ne s'était vraiment pas bien passé. Que faire maintenant ?
- Ariane ? l'appela-t-elle désespérée.
- C'était prévisible Root, lui répondit-elle simplement.
- Où sont Sameen et Louisa ?
- Shaw est sur la plage. Elle a besoin d'être seule. La confrontation l'a éprouvée même si elle ne veut pas se l'avouer. Et Louisa aide Lionel à construire une balançoire.
- Ah, répondit Root avec un sourire. Ils s'entendent bien hein ?
- Oui c'est vrai. Louisa est une enfant agréable et tu l'as bien élevée. Et étant plus communicative que Shaw, elle extériorise plus facilement qu'elle.
- Je vais voir Shaw alors.
Et elle descendit. Reese buvait son café debout adossé dans l'entrebâillement de la porte vitrée. Il regardait, amusé, Fusco s'acharner à percer une énorme planche en bois pour y passer une épaisse corde. Root vint prendre place à son côté pour observer l'amusante scène.
- Plus large les trous Lionel, dirigea Lou en petit chef, ou la corde ne passera pas.
Fusco transpirait à grosses guttes du fait de la chaleur et de l'effort. Il releva la tête vers elle.
- Dis donc demoiselle, tu crois pas que tu exagères un peu là ?
- Non, rit Louisa.
- Continue comme ça et je te laisse te débrouiller toute seule, menaça-t-il.
Il aurait été plus crédible s'il ne lui avait pas largement sourie.
- Tu pourrais pas me faire ça, répliqua Louisa, c'est toi le professionnel non ?
Root souriait largement. Elle sentait la présence rassurante de Reese à ses côtés. Il était aussi calme et silencieux que Shaw quand un truc le contrariait. Les deux anciens militaires se ressemblaient beaucoup en fait, réalisa Root. Reese n'était pas non plus friand de longs discours. Mais il avait écouté le sien tout à l'heure, et il s'était rangé de son côté. Honnêtement elle n'y croyait pas au départ. Elle avait eu tort de penser qu'il ne pouvait pas se décider seul sans l'aval de Harold.
- Merci, lui dit-elle simplement au bout d'un moment sans regarder John.
Ce dernier se tourna vers elle et Root le regarda enfin.
- D'être de notre côté, précisa-t-elle.
Il acquiesça.
- Merci à toi, lui dit-il simplement.
Root fronça les sourcils d'incompréhension.
- Pour l'avoir retrouvée vivante, précisa-t-il avec un sourire. Tu avais raison Root. S'il te plait prends soin d'elle.
L'interface acquiesça et se dirigea vers la falaise tout en faisant un signe de la main en souriant à Louisa qui l'avait appelée à son passage et qui lui souriait à pleine dent.
Root descendit sur la plage et vit Shaw plantée les pieds dans le lac, Balou assis à ses côtés. Elle s'assit dans le sable et l'observa de loin. Shaw l'avait vue, elle viendrait si elle le souhaitait.
- Qu'est ce qu'on va faire avec Harold, Ariane ?
- Pour l'instant on va le laisser se calmer. Puis il repartira à New-York et continuera à s'occuper des numéros non pertinents. J'espère en tout cas.
- Et nous ?
- Vous allez avoir mes missions de premier ordre, après une bonne dose de repos. Ça te va ?
- Tu ne me demanderas jamais de tuer quelqu'un n'est ce pas ?
- Il y a peu de chances en effet.
Root sourit et observa la silhouette de Shaw se dessiner dans la lumière du soleil. Elle vint s'asseoir dans le sable à côté d'elle quelques minutes plus tard. Balou se coucha à ses côtés et appuya sa tête sur ses genoux.
- Bon ben ça c'est fait, lâcha-t-elle.
Root acquiesça et posa une main sur la sienne. Juste doucement comme ça. Shaw ne se dégagea pas. Mais Root la sentait furieuse, sa posture était raide et ses muscles contractés.
- Je vais le descendre si je le recroise.
Root pinça les lèvres et pencha la tête sur le côté en lui lançant un petit regard triste et apaisant.
- Vaudrait mieux pas.
- Pourquoi ! Il nous sert à rien. Et il arrêterait de nous emmerder. Faudrait arrêter de lui trouver des excuses à longueur de temps. C'est un connard.
- Il ne sera plus un problème.
Shaw se tourna vers elle, surprise de son assurance.
- Ariane le renverra à New-York dès qu'il aura émergé. Tu ne le verras plus. Je crois que vu la situation c'est mieux pour tout le monde.
- Et John et Lionel ?
Root secoue la tête.
- Ils feront ce qu'ils veulent. Mais ils sont de notre côté.
- John ne laissera pas tomber Finch et les numéros non pertinents, la prévint Shaw. Et Lionel a une vie avec son fils.
Root acquiesça. Shaw avait raison, ils allaient repartir. Ils les aideraient si elles leur demandaient. Mais ils repartiraient s'occuper des numéros non pertinents à New-York. Ce serait elles deux en première ligne pour le combat qui s'annonçait. Mais si Shaw était à ses côtés, ce dont Root ne doute pas, elle n'avait pas peur.
- Je sais, lui dit-elle alors simplement. Mais nous aussi on va avoir du boulot. Ariane va nous confier des missions qui concerneront directement Samaritain.
- Ça me va très bien, ragea Shaw en serrant les dents.
Root resta silencieuse. Elle comprenait sa haine pour la ressentir elle-même.
- Si seulement il voulait comprendre lâcha-t-elle.
Sam renifla avec mépris et se concentra sur l'eau du lac. Root était bien trop silencieuse et taciturne. Shaw devine très bien pourquoi, elle aurait voulu que Finch soit de leur côté.
- Tu n'y peux rien si c'est un abruti Root ! Et on n'a pas besoin de lui, on a besoin de toi. Tu est aussi, voir bien plus douée que lui. Et tu vaux mille fois mieux.
Root la regarde avec un large sourire. Sam est toujours concentrée sur l'eau miroitante du lac et ne se rend pas compte de ce qu'elle vient de lui dire ou elle s'en fiche, mais pas Root. Elle est gentille, juste une personne parfaite. La personne qu'elle a toujours rêvé de rencontrer. Quelqu'un de bien.
- On remonte ? lui proposa-t-elle.
Elle vit Sam pincer des lèvres sans lâcher le lac des yeux. Contrariée. Mais Root ne comprenait pas pourquoi. Shaw secoua la tête et Root n'insista pas. Si elle n'était pas prête, elle allait l'attendre. Elle prit des poignées de sable et les lui fit tomber en douce cascade sur ses avants bras. L'effet fut immédiat et détendit Sameen qui ferma les yeux et s'abandonna à l'effet relaxant.
Elle tenta ainsi d'oublier pourquoi elle avait fui le salon tout à l'heure après avoir fini de soigner Finch, et pourquoi elle ne voulait pas remonter, pas encore. Le revoir avait été un plus grand choc qu'elle ne l'aurait cru. Après l'avoir assassiné des milliers de fois. Et elle s'était sentie mal quand il lui avait sourie, quand il l'avait défendue elle, Ariane et Root contre Finch. Ça aurait dû être le contraire, elle aurait dû en être heureuse. Sauf que non elle ne savourait pas ces retrouvailles, elles la mettait à terre. Il faut dire que grâce à Finch ça avait été un grand n'importe quoi. Mais même sans ça, Shaw était coupable. Coupable, juste coupable. Elle l'avait tué encore et encore, jusqu'à ne plus rien ressentir pour lui, comme si John n'était rien. Mais il n'était pas rien, elle savait qu'il l'estimait et même qu'il l'aimait bien, elle n'était pas si idiote. Mais voilà elle ne méritait rien de tout cela, ni son amitié ni son soutien. Elle avait pu se suicider pour Root mais pas pour lui, elle était faible et minable.
L'interface la sent décrocher vers un cauchemar, ce qui est paradoxal puisqu'elle est éveillée. Shaw se met à gémir de peur et à transpirer en enfouissant sa tête dans son bras. Root cesse son jeu avec le sable et lui serre la main pour lui faire comprendre qu'elle est là. Shaw revient soudain à la réalité et sort du souvenir de la simulation, du souvenir où elle appuyait sur la détente pour le tuer. C'était fini, c'était réel maintenant.
Elles restèrent encore un bon moment dans le sable puis Shaw fut prête et se leva et sans lâcher la main de Root qui la tenait encore, elle la tira pour la relever et toute deux remontèrent à la maison suivies de Balou, en passant devant une Louisa ravie se balançant sur la création de Lionel. Ce dernier l'observait avec John depuis la porte vitrée, pas peu fier de son travail.
- Elle est géniale Lionel, s'émerveilla la gamine en se balançant toujours plus haut.
Elle vit soudain Shaw et sa mère arriver ensemble main dans la main. Et son sourire grandit. Elle sera passée par toutes les émotions aujourd'hui. Balou la rejoignit et se coucha dans l'herbe à l'ombre d'un grand arbre.
- Eh maman, l'appelle-t-elle. T'as vu ? Je vais haut hein ?
Root acquiesça en lui souriant largement.
- Si je lâche les deux mains, continua Louisa, je suis sûre que je peux m'envoler comme un oiseau.
- Mon bel oiseau bleu, ria Root en se moquant doucement d'elle.
Louisa lui tira gentiment la langue et se balança encore. Root et Shaw continuèrent leur route vers la maison. L'interface la sentait se raidir au fur et à mesure qu'elles s'en approchaient mais elle ne comprenait pas. Shaw ne regardait personne comme si elle avait … honte réalise Root. Honte et peur. Mais honte ou peur de quoi ? C'était étrange les deux hommes étaient des alliés, des amis, ils étaient avec elles. Alors pourquoi ? Root réfléchit. Qu'est ce que Sameen aurait pu faire de répréhensible à leur encontre alors qu'elle les retrouvait pour la première fois depuis sept mois de détention. Et soudain l'interface comprend au moment même où Shaw s'arrête, incapable de s'approcher plus d'eux. Elle a trop peur de leur faire du mal, de les tuer. Root se tourne vers elle et lit la panique, la colère et le dégout de soi même sur chacun de ses traits. Leurs regards se croisent et ça apaise Shaw alors que Root semble entrer dans sa tête et lire dans ses pensées pour y deviner son malaise. Comme dans un livre ouvert, elle distingue tout ce que Shaw est incapable de nommer et d'exprimer. L'interface a réfléchi très vite, se remémorant tout ce que Shaw lui a dit de sa détention. Mais elle a eu confirmation en la regardant qu'elle ne devait pas se tromper de beaucoup, voir pas se tromper du tout, car Shaw à cet instant, a le même regard de bête traquée que quand elle a voulu se tuer d'une balle dans le crâne dans l'appartement de l'immeuble du Bronx le jour de leur évasion. Root se souvient parfaitement de ce qu'elle lui a dit ce jour là.
Shaw avait parlé de meurtres qu'elle avait commis dans ses simulations. Des tas de meurtres semblait-il, et sur des tas de gens, mais pas n'importe qui. Root avait deviné que pour la faire plier, Samaritain avait dû l'obliger à tous les tuer. Se sentait-elle coupable de les avoir assassinés ? Mais c'était sans importance non ? Sauf que Root sait que ça n'est pas le cas, ça avait semblé plus que réel pour Shaw, elle l'avait vécu. Mais son attitude n'avait rien de logique, elle ne s'était pas comportée ainsi avec Root. Pourtant l'interface est certaine d'avoir elle aussi été une victime de ses simulations. Shaw avait dû la tuer encore et encore, jusqu'à en devenir folle. Mais l'avis de Root sur cette question ne semblait pas l'intéresser, pas que cela dérangea l'interface qui ne lui en portait aucunement rigueur, ou alors Sam était certaine que Root serait la plus à même de lui pardonner parce qu'elle l'aimait. Hum peu importe de toute façon le problème de Sameen à son propre égard ne venait pas des simulations, Shaw le lui avait dit, et Ariane le lui avait confirmée. Non pour ce qui était de Root il s'agissait visiblement d'un élément plus personnel que Martine avait pris un malin plaisir sadique à utiliser contre Shaw. Mais que s'était-il passé dans ses simulations bon sang ? Qu'avait vécu Shaw ? Elle avait dû les tuer certes mais comment et dans quel contexte ? Root ne lui avait pas demandé de détails, Sam avait été trop bouleversée et surtout trop bouleversante même pour l'interface qui savait pourtant gérer ce genre de choses, quand elle lui avait racontée. Mais Sameen lui avait fait confiance, lui avait ouvert son cœur même si elle se défendait d'en avoir un, parce qu'il était évident pour elle que Root lui pardonnerait. Croyait-elle qu'il n'en serait pas de même pour les deux hommes et qu'ils lui en tiendrait rigueur ? Dans ce cas Root se disait que Sameen avait bien tort, ils l'aimaient tous ici, sauf peut-être Finch désormais. Personne ne lui en voudrait pour rien, mais Root sait que Sameen est particulièrement nulle pour le décodage des émotions et leurs gestions, elle les fuit plutôt que d'affronter ce qu'ils représentent et ce qu'ils pourraient lui apporter aussi bien pour le bon que pour le mauvais. Root allait encore devoir l'aider, mais si Sameen refusait et choisissait de fuir… Root n'allait pas pouvoir la convaincre seule cette fois-ci. John et Lionel allaient devoir l'aider, mais dans ce cas Shaw devrait leur parler de sa détention et ça c'était loin d'être gagné. Et s'ils lui en voulait ? Juste un peu et de manière inconsciente ? Quelles en seraient les conséquences pour Shaw ? Elle est déjà si fragile. Mais Root rejette loin d'elle une telle idée. Ils ne lui en voudraient pas, tout comme elle ne lui en voulait pas. Comment lui en vouloir ? Shaw était torturée. Ce qu'elle avait dit ou fait à ce moment là n'avait aucune valeur sur ce qu'elle était vraiment, c'était Samaritain le responsable pas Sameen. Pourtant c'est elle qui allait devoir gérer toute cette merde et payer les pots cassés ici, Root déteste encore plus Samaritain à condition que ce soit possible. Elle la regarde droit dans les yeux et lui tient fermement les mains alors que Shaw attend un quelconque signe de sa part pour savoir quoi faire.
- Va leur parler, lui dit simplement Root. Cette fois je ne peux pas le faire pour toi. C'est entre toi, ta conscience et eux. Mais ils sont bons et aimants à ton égard Shaw. On n'est tous trop heureux de t'avoir retrouvée en vie, jamais ils ne t'en voudront pas pour ce qui ne s'est passé là bas.
Shaw n'a pas l'air convaincu et se mord les lèvres jusqu'à les faire saigner en détournant les yeux.
- Fais leur confiance comme tu m'as fait confiance, poursuit Root. Et surtout fais toi confiance, tu n'es pas la marionnette de Samaritain. Tu es libre et tu es quelqu'un de bien…
- Il va me prendre pour une tarée, la coupe Shaw en la regardant de nouveau.
Cette dernière fronce les sourcils. Ariane lui annonce que Lionel n'a jamais été présent dans aucune simulation. Et Root comprend que c'est Reese que Shaw a massacré encore et encore et encore.
- Je … Je l'ai tué tellement de fois Root, poursuit-elle. Des milliers de fois.
- Ça n'était pas réel Sameen.
- Est-ce que ça veut dire que ça n'a pas d'importance ?
Son ton n'a rien d'agressif, elle a juste posée la question car en effet elle se pose.
- C'était réel pour toi, murmure doucement Root en acquiesçant lentement. Alors dans ce cas oui ça a de l'importance, et tu dois faire amende honorable ou ça va vite devenir l'enfer ici. Tu dois aller le voir, lui expliquer. Il comprendra, te pardonnera pour que tu puisses te pardonner à toi-même.
Shaw déglutit.
- 6 000 fois, lâche-t-elle dans un souffle. Tu te rends compte ? Je l'ai descendu 6 000 fois. Je n'ai jamais hésité, j'ai appuyé sur la détente comme une automate, comme si c'était sans importance. Ça n'avait pas d'importance pour moi au moment où je le faisais.
Elle marque une pause alors que Root ne trouve rien à répondre.
- Maintenant regarde moi dans les yeux et dis moi qu'il n'en n'aura rien à foutre, qu'il ne me détestera pas et qu'il me fera confiance comme avant, qu'il remettra sans hésitations sa vie entre mes mains.
- Je … commence Root.
- Non je ne peux pas, finit Shaw en la lâchant.
Elle rentre dans la maison comme une tornade sans regarder les deux hommes qui l'observent surpris de son attitude. Elle n'a jamais été la plus sociable des personnes mais tout de même. Root soupire mais ne la rattrape pas, Sam a besoin d'être seule, de faire le point.
L'interface entre préparer le déjeuner. Lionel et John la rejoignent et lui proposent de l'aider quelques minutes plus tard. Root accepte en les taquinant sur la galanterie dont ils savent faire preuve. L'interface voit Shaw redescendre quelques instants plus tard en tenue de sport. Elle la regarde en haussant les sourcils un peu surprise.
- Je vais courir, annonce platement Shaw.
- Euh tu veux … commence Root.
- Non, la coupe fermement Sam. J'ai besoin d'air et d'exercice. Je vais devenir folle à force de ne rien faire.
- Je peux t'accompagner, lui propose Reese.
- Non, répète à nouveau Shaw sans parvenir à le regarder dans les yeux. Et tu vas transpirer dans ton beau costume, se moque-t-elle cyniquement.
- Donne moi deux minutes et je suis ton homme.
- Je t'ai dit non, claque sèchement Shaw avant de sortir en claquant la porte.
John continue de regarder cette dernière, perplexe de l'agressivité de Shaw.
- Elle a l'air remonté contre toi superman.
John se retourna vers Lionel et haussa les sourcils en signe d'assentiment à sa remarque. Bien sûr elle avait de quoi être furieuse après lui.
- Bien sûr que non, intervint Root sans cesser de pétrir la pâte feuilletée qu'elle prépare.
- Tu rigoles, rétorque Lionel. Tu vas nous sortir qu'elle s'est levée du mauvais pied peut-être ? Elle est furieuse et je suis heureux de ne pas être celui …
- Non, insiste Root en regardant Reese. C'est contre elle qu'elle est en colère pas contre toi.
- Elle devrait, marmonne John.
Root comprend son sentiment de culpabilité à son égard mais comment lui faire comprendre que celui de Sameen est intensément plus puissant.
- Sameen a été torturée, lui réplique-t-elle froidement.
Elle détestait parler de ça, ne serait-ce qu'y penser. Penser à ce qu'ils lui avaient fait pour la détruire, pour qu'elle leur cède. Penser à Martine levant la main sur elle.
- Ils se sont servis de nous pour la faire craquer. Mais pas de Lionel, Samaritain ignore son existence et son implication dans nos projets.
- La faire craquer ? ironise Fusco. Tu te fous de nous ou quoi ? On ne peut pas faire craquer Shaw.
- Tu es sûre ? réplique Root bien plus sèchement qu'elle ne l'aurait voulu.
Lionel déglutit face à son regard froid et furieux. Il aurait aimé s'être tu pour une fois.
- J'imagine que même Shaw a ses limites, intervint pensivement Reese.
Root acquiesce.
- Il faut que vous parliez tous les deux, mais tu connais Sameen ça ne sera pas simple. Pourtant c'est important pour elle John. S'il-te-plait fais le pour elle. Elle aura besoin que tu lui pardonnes pour pouvoir commencer à aller mieux.
- Qu'est ce que je devrais lui pardonner Root ? s'inquiéta John. C'est moi qui devrait m'excuser et me faire pardonner de l'avoir laissée tomber. Je l'ai cru morte et je l'ai abandonnée.
- Elle ne t'en veux pas pour ça, lui répliqua l'interface avec un vague signe de la main indiquant l'inutilité de ressasser le passé. Shaw ne voulait pas qu'on vienne la sauver par peur qu'on se fasse tous prendre. Crois moi elle était très en colère quand je me suis rendue à Samaritain. Soit disant passant je suis moi aussi désolée d'avoir dû t'assommer mais je sais très bien que tu ne m'aurais pas laissée partir sinon. Je te l'ai dit John, elle est furieuse contre elle-même, pas contre toi.
- Pourquoi ?
- Elle se sent coupable envers toi.
- Coupable de quoi ?
- Vous devez en parler, rétorque Root. Ce n'est pas à moi de te le dire.
Elle aurait aimé mais Ariane lui a fait remarquer, à juste titre, que Root ne pouvait pas régler les problèmes de Shaw à sa place. Pour que Sameen aille mieux elle allait devoir elle-même affronter ses démons. Du moins quelques uns.
§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§- §-§-§-§
Sameen court vite, toujours plus vite. Ses pas frappant le sol avec bien plus de violence qu'il n'est nécessaire, elle s'enfonce dans la forêt. Elle est furieuse, furieuse d'avoir fuit, furieuse d'être si lâche. Le calme de la forêt contraste si bien avec son humeur actuelle. Elle court ou plutôt s'enfuit, tout en sachant qu'elle n'a nulle part où aller, qu'elle devra revenir au point de départ. Et sa frustration augmente, elle est pathétique elle n'arrive pas à leur parler ni à Root ni à Reese. Elle est pire que pathétique, juste minable, elle n'arrivait pas à assumer. Bon avec Root c'était différent, elle n'avait pas eu le choix de subir ce que Martine lui avait fait vivre. La tâche de l'avouer à l'interface n'était pourtant pas plus évidente qu'avec John, Shaw avait honte, honte de s'être laissée prendre au jeu de Samaritain, au jeu pervers de Martine. Honte de ne pas avoir pu lui résister, honte d'avoir été ainsi manipulée et humiliée aux yeux de tous, honte d'être tombée et d'avoir failli. Si elle avait su être forte face à cela, la blonde se serait lassée et aurait arrêté. Elle n'avait pourtant pas pleuré, encore moins supplié, en tout cas pas par faiblesse mais juste une fois par stratégie. Non elle avait résisté, s'était débattue avec rage et abnégation et c'est ça qui avait tant plu à l'autre garce. Si Shaw avait ravalé sa fierté et s'était soumise à son délire, Martine en aurait vite eu assez. Mais Sameen avait refusé par orgueil et pour défendre le peu de fierté qui lui restait. Elle s'était battue soit violemment en se défendant désespérément, soit en silence sans réagir feignant l'ennui bien que ses yeux se chargeaient de haine. Dans les deux cas elle avait perdu face à la blonde. Sauf que Ariane lui avait certifié que non, Shaw n'avait rien cédé à la blonde. Elle n'avait pas perdu, elle avait juste plié en somme mais pas rompu comme cet abruti de roseau de Jean de la Fontaine.
Mais voilà avec John c'est encore pire qu'avec Root. D'une part parce qu'elle a tué Reese contrairement à Root. Et d'autre part parce que dans les simulations elle avait le choix, enfin à peu près, contrairement à ce que Martine lui faisait subir. Hum avait-elle vraiment le choix ? Elle s'était souvent demandée si Samaritain n'était pas juste l'investigateur de ses simulations, mais s'il était présent dedans, l'influençant dans ses actions et ses choix, la poussant au meurtres, aux horreurs qu'elle avait commise, et la poussant toujours plus vers la folie. Mais non c'était elle qui décidait au fond pas lui, pas toujours ni complètement lui en tout cas. Shaw devait être honnête avec elle-même, Samaritain ne décidait pas de tout dans ces foutues simulations, Shaw décidait quand tuer et quand épargner. Elle avait su épargner Root encore et encore, elle avait su choisir de se tuer plutôt que de la tuer elle, mais elle n'avait pas fait ce choix pour Reese. Pourquoi ? Il était important lui aussi, certes pas autant que Root dans l'ordre de ses priorités sentimentales. Non Shaw avait choisi arbitrairement qui devait vivre ou mourir. Elle était coupable c'était indéniable. Elle pouvait elle-même faire son propre procès, se condamner, être à la fois son juge et son bourreau. Sauf que ça ne concernait pas que elle, ça concernait aussi John ici et il avait son mot à dire. Encore une fois Root avait raison, elle avait toujours raison bon sang. Ce que c'était agaçant et à la fois si rassurant. Elle savait toujours quoi faire. Et Sam se maudit d'être si débile. Elle s'arrêta à bout de souffle des heures plus tard. Elle n'en peux plus, elle juge bien trop sévèrement sa forme physique comme étant déplorable. Elle s'était enfoncée loin dans la forêt mais peu importe. C'était calme et serein ici. Elle s'assit au sol adossée contre un arbre et ferma les yeux ne se concentrant que sur les bruits qui l'entouraient allant même jusqu'à s'oublier et ce pendant des heures. C'est Ariane qui la ramena sur Terre.
- Tu ne comptes pas dormir dehors dis moi ?
Shaw sursauta et ouvrit les yeux.
- Quoi ?
- Sameen il est 19h12, ça fait cinq heures que tu es là.
- Je peux pas avoir un peu la paix bon sang, râla Shaw en soupirant. J'étais bien. Tu m'as déconcentré.
- Je te demande pardon. J'avoue que te voir si calme m'a un peu étonnée et je ne voulais pas briser cet instant. Je ne te croyais pas du genre à méditer.
- Mais c'est pas vrai bordel ! Quelle emmerdeuse, tu es aussi casse pied que ton interface. Je ne méditais pas abrutie, tu me vois me mettre au yoga !
- Ça n'avait rien d'une critique et tu as suffisamment de capacités en ce qui concerne le silence et le calme pour parfaitement t'astreindre à cet exercice de relaxation si tu le voulais. Ça te ferait un bien fou, mais en attendant tu n'en étais pas loin. C'est pour ça que je n'ai pas interrompu le cours de tes pensées. J'ai juste fini par me demander si tu étais toujours présente.
Ariane était là avec elle depuis toutes ces longues heures. Elle n'avait rien dit, rien fait pour ne pas la perturber. Shaw avait l'air bien, calme et détendue. Elle n'était pas perdue en plein cauchemar. Les yeux ainsi fermés Ariane aurait pu dire qu'elle dormait paisiblement, mais elle savait que ce n'était pas le cas. Mais de toute façon, Sameen était paisible, elle avait trouvé un moyen de se calmer, de calmer seule sa colère contre elle-même autrement qu'en se faisant du mal. Elle l'avait alors vue si calme, et surtout si longtemps. Ça l'avait sincèrement impressionnée.
Shaw soupira en se relevant. Bien que le soleil commençait à décliner dans le ciel, il faisait encore bien chaud. Une belle journée d'été. Cette excursion en solitaire lui avait fait du bien en fin de compte. Elle avait fini par parvenir à ne plus penser à rien et c'était une telle félicité. Elle s'était sentie bien et sans l'aide de personne. Elle parvenait enfin à reprendre la main, à ne plus avoir à quémander l'aide de Root ou d'Ariane pour tout.
- C'est Root qui t'a demandée de me materner ? Elle a peur que je me sois évaporée dans la forêt ? claqua-t-elle bien plus sèchement qu'elle ne le voudrait.
- Non elle sait que tu vas revenir, elle te fait confiance. Je voulais seulement te signaler que si tu voulais rentrer avant la nuit tu devrais peut-être y aller. Tu as presque couru trois heures pour venir ici.
Sam ferma la bouche et sentit une pointe de honte l'envahir. Elle n'avait pas le droit d'être aussi dur, de parler ainsi de Root, de parler ainsi à Ariane. Pas après tout ce qu'elles ont fait pour elle. Elle serait bien ingrate.
- Ouais ok, répondit-elle d'une voix plus calme en se dirigeant vers la maison.
Il fallait bien rentrer. Mais …
- Ariane ?
- Oui.
- Où … ? hésita-t-elle. Qu'est ce qu'ils … ?
- Ils ont dîné, lui rapporta Ariane devinant son angoisse. Ils sont dans le jardin. Root t'a gardé ta part du dîner et du déjeuner au frigo. Harold est à l'étage dans sa chambre, il dort encore.
- Hum. Dis à Root que je serais là dans trois heures, histoire qu'elle n'organise pas une battue en pleine forêt pour me retrouver.
- Elle s'inquiète pour toi.
- Ouais je sais mais elle pourrait parfois s'inquiéter pour elle avant de s'inquiéter pour les autres. Ça ne lui ferait pas de mal.
- Je sais que tu n'aimes pas devoir dépendre d'elle ni de moi pour t'en sortir, Shaw. Root le sait aussi. Mais nous ne le faisons pas pour t'empoisonner la vie.
- Je sais que vous voulez m'aider toutes les deux mais c'est si dur. Tu sais j'avais cru que si je sortais des griffes de Samaritain … Enfin j'avais cru que …
- Tu avais cru que ce serait simple, comprend Ariane. Que ta détention ne t'affecterait pas et que tout redeviendrait comme avant quand tu sortirais de là.
Un court silence. Sam réfléchit, Ariane a raison et elle se rend compte à quel point c'est idiot. Elle ne voulait pas accepter que ça l'avait affectée car c'était se montrer faible. Elle avait eu le même raisonnement quand elle était prisonnière.
- Pff non, je sais pas ce que j'avais cru. J'avais rien prévu de toute façon.
- Tu avais cru mourir là bas ?
- Je sais pas, répond sincèrement Shaw. En tout cas j'arrivais pas à me projeter dans le temps et encore moins à imaginer un bel avenir. Je me disais juste qu'il fallait tenir, un jour après l'autre. Surtout ne pas penser aux jours suivants sinon je devenais folle. Tenir jusqu'au jour où j'aurais fini par tomber à jamais. Mais tu sais Ariane, quand je tenais bon, quand j'étais là bas et que je tenais bon, je pensais à Root. Mais ça je ne veux pas que tu lui dises.
- Pourquoi ?
- Ne lui dis pas c'est tout, répliqua fermement Shaw. De toute façon je crois qu'elle sait, je lui ai dit que quand je fermais les yeux elle était là. Et c'est déjà suffisamment débile comme ça de lui avoir dit alors ne lui répète pas ou j'aurais le droit à une de ses blagues débiles et pleines de sous entendues.
- Ça fait beaucoup de choses que tu ne veux pas que je lui dise.
- C'est un problème ?
- Pas pour moi, mais ça risque de le devenir pour toi. Tu es bien placée avec les simulations que Samaritain t'a fait vivre pour savoir que les secrets finissent toujours par être découverts.
- Pas si tu tiens ta langue, menaça Shaw.
- Je te l'ai dit tu peux avoir confiance en moi je ne lui dirais rien. Mais toi tu devrais lui dire.
- Je sais et je t'ai promis d'essayer alors arrête de me harceler avec ça. Je ne suis pas une gamine que tu dois venir prendre par la main.
Elle se lève et s'étire un instant les muscles engourdis par les heures d'inaction, puis elle se remet en route. La course du retour n'a pourtant pas le même effet que celle qui l'a menée au fin fond des bois. Shaw angoisse et ne parvient pas à penser à autre chose. Parler à Reese. Parler à Root. Affronter Finch. Gérer Louisa et ses attentes qui sont celles d'une petite fille. Tenir ses promesses envers tout le monde et envers elle même. Samaritain l'avait foutue dans un beau merdier. Et maintenant ? Eh bien c'était à elle de payer les pots cassés, de se démerder. Pourquoi ne l'avait-il pas tout simplement tuée ? Sameen n'aurait pas parlé, jamais. Et ils le savaient. Alors pourquoi ? Elle avait parfois eu l'impression que Samaritain s'amusait à lui faire du mal, qu'il en soutirait un certain plaisir sadique, tout comme Greer, et tout comme ses deux bourreaux. Mais pourquoi ? Elle sent la colère monter, elle sait pourquoi. Ça n'avait pas juste été un jeu pour eux tous, ils avaient su que Shaw leur serait utile à tout point de vue, qu'elle trahirait, car Sam devait bien l'avouer elle avait trahi, ou que même si elle ne le faisait pas qu'elle serait une monnaie d'échange, un appât pour Root. Sameen se souvient de leur obsession pour l'interface, du regard de Greer dans ces moments là, de son intense désir d'information sur des sujets pourtant anodins de la vie de la grande brune, comme s'il voulait la connaitre en personne. Root. Qu'avait-elle fait pour mériter tant de colère de leur part à tous, plus que pour Ariane, dont ils s'étaient vite lassés de l'interroger. Root était l'interface, certes, mais c'était Ariane qui aurait dû intéresser Samaritain et Greer, pas Root. Pourtant Shaw avait vite perçu que leur obsession tournait autour de la grande brune, et cela bien avant qu'ils sachent qu'elle était l'interface et qu'elle avait un implant. Elle est brillante, elle les impressionne, et elle leur fait peur. Mais ils ne l'avaient quand même pas tuée ce jour là dans le Washington Park. Shaw avait parlé et Samaritain n'avait pas donné l'ordre de tirer. Root avait été sauvée, épargnée, Louisa aussi. Pourquoi ? Samaritain voulait-il déjà l'embaucher à ce moment là pour ses capacités ? Et pourquoi Shaw avait-elle eu la vie sauve après la capture de Root alors qu'elle leur était devenue totalement inutile ? Etrange. Qu'avait-il vraiment voulu d'elles ? Les embaucher ? Les manipuler ? Mener une expérience sur elles, sur leur relation et ses limites ? Samaritain pouvait-il être tordu et pervers à ce point là ? La réponse était oui, et Shaw le savait. Mais pourquoi bon sang ? Pourquoi une telle obsession pour Root ? Il n'avait pas fait de mal, enfin pas trop d'un point de vue physique, à Louisa. Samaritain avait appelé Root pour lui dire de laisser tomber, de se rendre qu'il ne lui ferait pas de mal, qu'il ne toucherait pas à sa fille, et qu'elle la reverrait elle, Shaw, la femme qu'elle aime tant. Mais Root ne s'était pas laissée berner par ce mensonge. Sauf que Sameen devait bien se l'avouer, ce n'en était pas un. Samaritain n'avait pas tué Shaw pour ne pas perdre toutes ses chances avec Root, il avait fait de même avec Louisa. Au début en tout cas. Mais c'était hallucinant. Une intelligence artificielle, une machine, une boite de conserve, pouvait désirer une personne, désirer qu'elle lui appartienne comme on possède une belle voiture ou une grande maison. Ariane n'était pas ainsi, Shaw le savait, elle ne voulait pas que les humains lui appartiennent, elle ne veut pas en faire sa chose. Samaritain a voulu que Shaw et Root d'abord lui appartiennent, puis devant l'échec cuisant il s'est tourné vers Louisa. Shaw en expire de rage dans sa course et a du mal à retrouver une respiration adaptée au rythme de l'effort, et elle doit ralentir. Jamais. Jamais, se promet-elle, il n'aura Louisa. Elle sait maintenant de quoi il est capable pour arriver à ses fins. Si Lou savait elle serait terrifiée, en fait elle l'est déjà. Si Samaritain les retrouvait, Lou serait mal barrée. Root et elle aussi. Que ferait-il d'elles ? Les tuer ? Après tous ses efforts pour les détruire ? Sameen en doute désormais, il les tuerait sans doute avec le temps, mais pas tout de suite. Il continuerait son expérience tordu sans queue ni tête, il chercherait à avoir Root par tous les moyens, puis devant un échec plus que probable, il se vengerait d'elle en utilisant Louisa comme exutoire. Et elle Shaw ? Il la tuerait c'était sure, pour atteindre Root et parce qu'elle ne lui servirait plus à rien. Une balle dans la tête et ce serait fini. Elle n'était pas la plus à plaindre en fin de compte, Root devait le savoir, alors pourquoi tant s'en faire pour elle ? Sam soupire, l'interface ne changerait pas. Toujours en train de s'inquiéter pour les autres, jamais pour elle-même. Shaw voulait qu'elle s'inquiète pour elle, qu'elle prenne conscience qu'elle méritait qu'on s'inquiète pour elle, qu'elle méritait cette attention synonyme de … de quoi au juste de la tendresse que Sameen avait pour elle ? Oui c'était surement ça. Mais comment le dire à Root, ou au moins lui faire comprendre ?
Ariane avait raison. Quand Shaw rentre le jour commence à tomber. Dans une heure ce sera la nuit noire. Elle hésite à entrer dans la maison et se retrouve comme une gamine idiote plantée devant la porte après avoir fait le mur, et n'osant pas rentrer de peur de devoir affronter les foudres des parents en colère. Elle finit par se décider à franchir le seuil.
Elle jette un regard dehors par la baie vitrée grande ouverte. Elle peut voir Root et Lou assises dans un hamac que l'interface a dû installer elle-même entre deux arbres cet après-midi. Elles semblent sereines. Root jette soudain un regard vers elle et lui envoie un sourire. Sam se détourne et se dirige vers la cuisine. Elle n'a rien mangé de la journée et elle est affamée elle n'avait pas pensé quand elle est partie ce matin à se prendre une collation, elle n'avait pensé qu'à s'enfuir, le fuir. Elle entend le chien aboyer dans le jardin, la maison semble vide, à son grand soulagement. Elle ne veut croiser personne, pas pour le moment. Elle entre dans la pièce se servir un verre d'eau au robinet, puis un deuxième, puis un autre. Enfin elle ouvre le frigo et ne peut retenir un sourire de contentement avant d'attraper les plats que la grande brune a laissé à son intention avec un post-it rouge sur lequel elle a écrit "Pas touche, Réservé" signé d'un cœur. Sam lève les yeux au ciel, mais ne peut retenir un sourire amusé. Root a encore fait des merveilles de cuisine. Un feuilleté de saumon aux poireaux, et un risotto aux champignons. Mourant de faim, elle s'attable et s'empiffre. Elle essaye de ne pas manger trop vite, sachant comment elle est facilement malade ces temps-ci. Elle regrette l'absence d'un bon vin pour accompagner l'ensemble mais se rattrape avec un bonne bouteille de Whisky qu'elle déniche dans un placard. Tout est bon, Root est une cuisinière d'enfer, elle débarrasse et finit sa vaisselle quand un raclement de gorge derrière elle la fige sur place. Elle se retourne et se retrouve face à John. Il avait eu la surprise de sortir de la salle de bain après sa douche et de la découvrir là. Mais une bonne surprise, elle était revenue. Shaw est incapable de le regarder dans les yeux et reste focalisée sur ses chaussures salies par la course.
- Il faut qu'on parle Shaw. Toi et moi.
Il ne prend pas de gants au moins, il la connait assez bien pour ne pas faire l'erreur de tourner autour du pot. Mais Shaw n'en ressent aucun soulagement. Elle soupire.
- Plus tard, répond-t-elle sans le regarder, je suis crevée je vais m'allonger un peu.
Elle s'apprête à quitter la pièce quand il la rattrape d'un bras.
- Je ne veux pas plus tard, mais tout de suite.
- Lâche moi.
Elle tente de se dégager mais il la retient.
- John, lâche moi, ordonne-t-elle à nouveau avec colère en tirant sèchement sur son bras.
Mais il la maintient, fermement et un peu douloureusement.
- Regarde moi, lui rétorque-t-il.
- …
- Shaw regarde moi.
Elle souffle un coup de colère autant par agacement que pour se donner du courage, et elle lève enfin les yeux. Ça ne l'aide pas, il a le même regard inquiet et suspicieux que dans les simulations quelques instants avant qu'elle ne le tue. Elle se détourne à nouveau.
- Lâche moi, répète-t-elle.
Cette fois son ton est suppliant, il glace Reese d'effroi. Shaw ne supplie pas, jamais. Pire encore, il la voit sur le point de fondre en larmes. Il voudrait la prendre dans ses bras, mais il sait qu'elle ne le laissera pas faire. Il reste indécis et ne dessert pas sa prise. Sameen s'énerve désormais à vouloir se dégager, les larmes emplissant bien trop vite ses yeux qui vont bientôt en déborder. Elle doit partir, s'enfuir, s'éloigner de lui avant de lui faire du mal. Encore.
- LÂCHE MOI, finit-elle par hurler.
Elle est furieuse. Il la comprend.
- Je sais que ça ne changera rien mais je suis vraiment désolé Shaw.
Elle cesse de se débattre et redresse la tête pour le regarder à nouveau, une larme coulant sur une de ses joues sans qu'elle ne puisse la retenir. Elle ne comprend rien, pourquoi est-il désolé ? Est-il déçu d'elle, de son attitude, désolé qu'elle se soit perdue si loin dans la trahison ? Surement pourquoi serait-il désolé sinon ? Elle sent la colère et la tristesse l'envahir. Tout lui échappe, c'était à elle de faire des excuses pas l'inverse. Pourquoi est ce si simple pour tout le monde et si compliquée pour elle ? La colère de son incapacité à parler simplement, à s'exprimer normalement comme le fait tout le monde lui renvoie à la figure ce qu'elle est. Une idiote, une moins que rien pas même foutue de faire amende honorable, une anormale comme l'appelait sa mère et son abruti de second mari.
- Fous moi la paix John, crie-t-elle.
Elle se démène toujours plus violemment. Mais il ne la lâche pas. Et elle finit par lui envoyer une droite de sa main libre, ne voyant pas comment faire autrement pour qu'il lâche prise. Le poids du plâtre et la violence du choc envoie Reese au sol, allongé, pratiquement KO. Mais il a maintenu sa prise sur elle et Shaw tombe au sol au dessus de lui. Elle frappe encore telle une forcenée, jusqu'à ne plus le voir.
- Je vais te crever sale pourriture.
Cette fois elle va la tuer, elle a le temps comparé à la dernière fois. Elle va lui démolir la tronche à mort, et rien ni personne ne l'en empêchera. Si elle la tue, elle sortira de ses cauchemars, de sa tête, de sa vie où elle n'a rien à faire. C'est à cause de cette garce tout ça. Shaw s'arrête quand Ariane lui envoie un son douloureusement strident dans l'oreille. Elle l'entend soudain et lâche un cri de douleur.
- Sameen arrête, la supplie-t-elle. John est un ami, il est de ton côté.
Sameen reprend brutalement pied dans la réalité, son poing suspendu en l'air, pour voir ce qu'elle a fait. Il est à terre en sang. Pas inconscient, il n'a pas tenté un geste pour se défendre il l'a lâchée, mais elle a continué à frapper. Reese a juste contré pour se protéger, la laissant déverser sa rage sur lui. Il n'a pas voulu lui faire de mal, il n'a pas pu s'y résoudre alors qu'elle a l'air d'avoir déjà tant souffert. Et Sam percute c'est Reese en face d'elle. Elle se relève d'un bond comme frappée par une décharge électrique et recule de trois pas en bredouillant des mots inintelligibles. La honte s'emparant à nouveau d'elle. Elle sent les larmes couler cette fois, lui brouillant la vue. Elle entraperçoit successivement dans un brouillard humide Reese se relever en position assise, et Root débouler en courant dans la pièce alors qu'Ariane l'a prévenue qu'elle dérapait une fois de plus. Shaw doit partir, vite s'enfuir. Sauf qu'elle ne peut pas, elle a promis à Root.
- Pardonne moi marmonne-t-elle d'une voix inintelligible avant de tourner les talons.
Le temps que John reprenne pleinement ses esprits il la voit s'enfuir dans les escaliers. Il se masse le menton. Punaise ce qu'elle frappe toujours aussi fort. Root hésite à suivre Shaw, puis finalement elle décide de lui laisser quelques instants pour souffler, elle a surement envie d'être seule et Ariane la préviendra si elle fait une bêtise. Elle se tourne vers John et lui tend une main pour le remettre sur pieds.
- Reese …
- Ça va Root, la rassure-t-il. J'ai connu pire.
Elle pince les lèvres et lui envoie un air contrarié. Que peut-elle dire ? Ou faire ?
- Tu veux un verre ? lui propose-t-elle.
Honnêtement elle en a sacrément besoin. Il hausse les sourcils, la dernière cuite qu'elle s'est prise ne lui a pas trop réussi. Mais il est vrai que Root pensait avoir perdu Sameen à ce moment là, et il acquiesce.
§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§- §-§-§-§
Root sort ses feuilletés saumonés du four. Pas trop grillé pour celui de Lou, sinon elle déteste. Elle décide d'attendre un peu qu'ils refroidissent pour pouvoir les manger sans se brûler. Ça fait deux longues heures qu'elle cuisine. Les garçons ont fini par l'abandonner seule dans la cuisine, elle était trop silencieuse et trop contrariée pour s'en apercevoir. Trop distraite aussi. Quand allait-elle revenir bon sang ? Et puis elle avait compris ce qu'elle savait déjà. Il fallait laisser partir Shaw pour ne pas la perdre. Elle avait besoin d'espace, de silence, de calme pour la réflexion. Et Root s'était rendue compte que Shaw allait peut être enfin pouvoir régler ses problèmes en revenant. Elle était partie pour trouver une solution. Quand elle reviendrait, les choses pourraient sans doute s'arranger. Mais c'est long très long. L'attente lui est insupportable. Elle pose ses mains sur le comptoir de la cuisine, ferme les yeux et souffle un bon coup. Tant pis elle ne peut pas résister, Ariane lui répondra surement. Comme tout à l'heure.
- Elle va bien ? ne peut-elle s'empêcher de s'enquérir.
- Oui, elle court encore.
- Hum, ok.
- Root ne t'en fais pas pour Shaw. Elle a besoin de faire le point, d'être seule.
- Je sais, soupire Root. Mais j'ai plus l'impression qu'elle fuit les problèmes qu'elle ne veut les régler, et ça ne lui ressemble pas.
- Chaque chose en son temps Root. Elle a énormément d'éléments à gérer impliquant bien trop de sentiments, et c'est nouveau pour elle. C'est …
- Dur, achève Root. Oui je sais. Je ne compte pas la baffer à nouveau pour qu'elle me parle. Je serai patiente.
Elle se dirige vers le jardin.
Louisa a lâché sa balançoire pour s'exercer à rouler en pirouette dans l'herbe avec Balou. Le chien est aux anges de revoir l'enfant. Elle finit assise enlacée avec lui dans l'herbe. Elle se redresse et il fait de même lui léchant abondamment le visage et la gamine rit aux éclats pour le plus grand plaisir de sa mère. Puis elle affiche un air soudain sérieux et regarde le chien en levant un index sévère.
- Liggen, ordonne-t-elle tel un petit chef.
Le chien lui obéit et s'allonge dans l'herbe tandis qu'elle se couche sur son dos et embrasse son pelage tout en le lui caressant.
Un sifflement retentit et il bondit droit vers John. Lou reste assise dans l'herbe et regarde souriante le chien et John. Elle ramasse une marguerite à côté d'elle, puis une autre. Elle se lève et ramasse d'autres fleurs. Mais elles sont plus belles au loin. Elle observe le sous bois sombre, et hésite un instant à s'y enfoncer seule. Elle soupire contrariée et se traite de peureuse. Avant elle n'aurait pas eu peur de s'enfoncer seule à quelques mètres hors de vue de la maison pour quelques minutes. Avant. Pff, oui avant c'était mieux, plus simple, bien différent, moins effrayant. Mais Ariane lui avait dit que l'on ne pouvait pas revenir à avant, il allait falloir faire avec après, avec maintenant. Louisa a peur de tellement de choses maintenant. Une porte qui claque trop fort, l'obscurité de la nuit, le bruit soudain d'une bourrasque de vent dans les arbres, un coup frappé à la porte, et surtout la peur de s'endormir toute seule avec pour seule compagnie ses cauchemars. Heureusement il y a maman. Maman qui berce, qui essuie les larmes, qui câline, qui rassure, qui est là tout simplement et qui aime. Maman qui par une simple mélodie apaise les tourments et fait fuir les démons de la nuit. Mais Louisa le sait, elle ne peut pas continuer ainsi, elle ne peut pas toujours demander à sa mère de l'aider. Elle a toujours été solitaire, débrouillarde, comptant beaucoup sur elle-même sachant que maman ou Shaw seraient là si elle a besoin mais pas trop non plus. Leur travail était prenant et Lou avait vite appris ce qu'était l'autonomie et la débrouille. Aujourd'hui elle n'a plus ni l'un ni l'autre et elle se retrouve perdue et ridicule comme un bébé que l'on doit prendre par la main pour traverser la rue. Elle doit se ressaisir. Elle sent un élan de courage la parcourir et elle avance de trois pas vers le sous bois avant de se stopper nette. Elle n'est pas prête, elle a peur encore une fois. Elle décide de demander une petite aide, un soutien, un ami.
- Kom hier Balou, appelle-t-elle.
Le chien la rejoint en courant et s'assoit à côté d'elle. Louisa lui caresse la tête sans quitter des yeux le bois analysant tout danger potentiel. Elle n'en voit pas. Balou, lui, saura les sentir. Elle avance de trois nouveaux pas et vérifie en se retournant que le chien la suit bien. Il ne la lâche pas d'une semelle. Alors elle sourit et s'enfonce.
- A table c'est prêt, appelle Root quelques minutes plus tard.
Elle cherche Lou du regard. Où est-elle ? Et Balou ? Elle les a vu s'enfoncer dans la forêt à deux et n'a pas été inquiète. Le chien la protégerait d'un très hypothétique danger, et Lou n'avait rien d'une imbécile sans cervelle qui partirait à l'aventure tel le petit chaperon rouge. Ils étaient parti ensemble. Dans la forêt. Mais qu'est ce qu'elles ont toutes à y disparaitre aujourd'hui ?
Root s'apprête à appeler à nouveau sa fille quand elle la voit revenir en courant, Balou trottinant à ses côtés. Lou lui sourit largement et lui tend son bouquet de fleurs sauvages, pas peu fière de son travail, de sa victoire sur sa peur, les fleurs étant la preuve de sa réussite, un trophée. Root hausse les sourcils, amusée. Pauvres fleurs. Elles n'allaient pas survivre longtemps. Le bouquet est hétéroclite, et assez étrange, mais Root ne fait aucun commentaire. Elle rit d'avance à la tête de Shaw quand elle verra ça. Lou est la seule personne ayant jamais offert des fleurs à Root, même Jimmy ne lui en avait pas acheté. Sam avait bien sûr trouvé cela stupide et sans intérêt, la première fois que Lou, âgée de trois ans, avait ramené un bouquet de broussaille plus que de vrais fleurs à sa mère. Root s'en foutait qu'on lui offre ou pas des fleurs, mais l'attention de Lou était tellement mignonne qu'elle avait béatement souri et Shaw lui avait dit qu'elle était franchement débile de s'extasier pour cet amas de verdure dont on voyait encore les racines et la terre pour certaines plantes. Lou avait arraché maladroitement, pas coupé nettement. Root avait haussé les sourcils à la réflexion de Sam.
- Sameen ce sont des fleurs, avait-elle répliqué. Tu ne m'as jamais offert de fleurs.
Elle se foutait d'elle. Shaw s'était renfrognée. Des fleurs. Il ne manquerait plus que ça. Dans l'ordre de ses priorités les fleurs tiennent une place se tenant quelque part entre les paillettes et les arcs en ciel. Et encore les arcs en ciel donnent une indication sur la météo.
- Et ça ne risque pas d'arriver, lui avait-elle répliqué. Je croyais que tu te foutais de ce genre de choses.
- Je mentais Sam. Toutes les femmes aiment les fleurs.
- Pas moi.
- Bien sur que si.
Shaw avait levé les yeux vers elle perplexe. Elle avait senti la vanne pourrie arriver plus vite qu'un boomerang. Ça n'avait pas manqué. Root avait ce petit air suffisant et amusé, et ce regard pétillant de malice.
- Tu aimes une assez jolie fleur, avait-elle expliqué sur le ton de l'évidence.
- Tu serais plutôt à classer dans la catégorie mauvaises herbes. Tout à fait le genre de plantes dont on arrive pas à se débarrasser.
Loin d'être vexée, Root avait souri encore plus largement et s'était penchée vers elle.
- Je n'ai pas le souvenir que tu ais réellement eu envie un jour de te débarrasser de moi.
Sameen avait haussé les sourcils, dubitative. Elle avait bien voulu tuer Root. Et puis elle ne l'avait que blesser à l'épaule lors de leur deuxième rencontre. Pourquoi ? Pour la voir souffrir, pour l'humilier à son tour, comme elle-même l'avait humiliée à leur première rencontre en la prenant par surprise avec son foutu fer à repasser.
- Pas d'une manière définitive en tout cas, compléta Root comme si elle lisait dans ses pensées. Tu fais une bien piètre jardinière mon cœur. En fait je crois que toi comme moi devrions être classées dans la catégories espèces florales sauvages en voie de disparition.
- Pff abrutie !
Root avait rit comme un idiote avant de tenter un baiser. Shaw avait posé deux doigts sur ses lèvres pour l'arrêter, mais elle n'avait pas pu retenir un sourire. Et Root savait qu'elle avait gagné. Sam s'était dit que c'était vraiment débile de sourire comme ça pour une plaisanterie aussi pourrie. Et puis elle s'était dit qu'elle s'en foutait, vu qu'il n'y avait qu'elle et Root qui le sauraient.
- Méfie toi, avait-elle alors répliqué en décidant d'entrer dans le jeu, les jolies fleurs sauvages sont souvent couvertes d'épines.
Root avait été si surprise que pour une fois elle lui avait laissé le dernier mot. Mais elle l'avait quand même embrassée, ni l'une ni l'autre n'ayant le dessus. Juste comme ça simplement. Poser leurs lèvres l'une sur l'autre. Comme quelque chose de naturel, d'habituel, d'évident, qui arriverait encore et pour le reste de leurs vies. Si seulement …
- Il y a un vase Ariane ? demande Louisa en sortant Root de sa rêverie.
- Non, désolé Lou.
- Oh, réplique Lou déçue.
- Ne t'en fais pas, réplique Root, on va en fabriquer un avec un fond de bouteille en plastique. Mais d'abord viens manger, tes fleurs peuvent survivre, pas nos estomacs.
Après le déjeuner John se propose de débarrasser et de faire la vaisselle. Root lui sourit malicieusement en faisant un commentaire sur son côté gentleman. Puis elle s'attèle à la fabrication du vase. Lou souhaite le faire elle-même et peine à couper dans le plastique avec ses ciseaux. Vingt minutes plus tard, le vase fleurie est posé sur la table du salon.
- Root, l'appelle John.
- J'arrive.
Elle le rejoint dans l'entrée.
- Hum ? l'interroge-t-elle distraitement.
Il pointe un coin du plafond, puis un autre, et encore un.
- Vous attendez des invités indésirables ?
Root hausse les épaules.
- On ne sait jamais. Ariane, Sameen et moi avons préféré parer à toutes éventualités.
- Et tu n'as pas peur que Louisa …
- Elle n'est pas stupide. Elle connait les règles que Shaw et moi lui avons imposée en matière d'armes et d'explosifs. Je ne sais même pas si elle les a remarqués de toute faç …
- Elles ont mis aussi une charge dans le salon, une dans la salle de bain du rez-de-chaussée, et trois à l'étage John, se fait entendre une petite voix.
Ils se tournent pour voir la gamine les observer. Elle avait été contente que sa mère ne la traite pas comme une demeurée. Root lui sourit puis se tourne de nouveau vers Reese.
- Bon ben elle les avait remarqués. Tout est sous contrôle alors.
- Elles sont prévues pour sauter simultanément j'imagine ?
Root acquiesce et sort son téléphone.
- J'appuie sur le bouton magique et on aura un beau feu d'artifice.
- Evite, intervint Fusco en les rejoignant.
Lou fronce les sourcils d'incompréhension. Elle veut savoir.
- Fais voir ? demande-t-elle à sa mère en tendant la main.
Root lui passe le téléphone à la grande surprise des deux hommes. Ils observent un instant la gamine qui tapote sur l'écran. Puis celle-ci relève la tête et se fend d'un grand sourire. Elle a compris le système, c'est simple en fait. Ça fait beaucoup de C4, sa mère avait raison, ça serait un beau feu d'artifice.
- Cool, lâche-t-elle avant de rendre le téléphone à Root.
Elle tourne les talons et retourne dehors.
- Pas banale ta fille, observe Lionel.
Root lui répond par un regard d'incompréhension en fronçant les sourcils.
- Ben en même temps, il n'y a rien d'étonnant.
Il tourne lui aussi les talons.
L'après midi se traine un peu. John et Lionel décident d'aller marcher au bord du lac avec Balou, ils veulent discuter de la situation, Root l'a compris. Mais elle n'a pas voulu les accompagner au cas où Sameen reviendrait ou si Louisa avait besoin d'elle, ou même encore si Harold se réveillait. Elle décide de lui monter un plateau repas pour le déjeuner mais il dort encore et elle le pose sur la commode. Elle préfère sortir de la pièce. Mais elle ne peut se résoudre à partir définitivement, elle a le sentiment de l'abandonner alors que lui ne l'a jamais laissée tomber. Et elle fait les cent pas devant sa porte, ne sachant pas si elle espère qu'il se réveille bientôt ou pas. Elle se ronge les ongles en imaginant une explication plus posée avec lui, où elle avancerait ses arguments pour finir par le convaincre qu'elle avait fait ce qu'il fallait. Et bien sûr, dans chacune de ses discussions hypothétiques, Root parvenait à le convaincre. Elle lâche un rire sans joie, quelle idiote elle fait ! Jamais il ne lui pardonnerait, elle l'avait trahi, c'était trop tard non ? Elle avait perdu son amitié, son estime, son amour même. Elle l'avait toujours considéré comme son ami, même plus comme un substitut paternel qu'elle n'avait jamais eu. Parce qu'il s'inquiétait pour elle, parce qu'il veillait sur elle et prenait soin d'elle, parce qu'il l'avait sauvée de toutes les manières qu'une personne peut être sauvée. Pourrait-il jamais comprendre pourquoi Ariane et elle avaient fait cela ? Pourrait-il jamais lui pardonner ? Une larme coule mais elle l'essuie rapidement refusant de céder à la tristesse. Harold était en colère, mais elle aussi elle était furieuse de sa stupide obstination à vouloir fermer les yeux sur leur critique situation et sur leur mort plus qu'éminente s'ils suivaient son raisonnement. L'un comme l'autre allaient se calmer et ils pourraient ensuite discuter comme des adultes. Finch pourrait peut être comprendre et accepter la situation non ? Elle continue à faire les cent pas sans s'arrêter. Ariane finit par prendre pitié d'elle.
- Root, Harold dort encore pour un bon moment je pense. Je te préviendrais s'il se réveille, tu devrais aller prendre l'air, ça te ferait du bien, et tu ne peux rien faire pour lui pour l'instant.
Son interface resta encore quelques minutes à observer la porte de la chambre. Ils l'avaient enfermé, comme s'il était leur prisonnier. C'était affreux. Elle finit par déserter ce triste lieu. Elle avait besoin de chaleur, d'un contact tendre. Mais Sameen n'était pas là. Root cherche de nouveau sa fille dans le jardin. Ce dernier est paisiblement calme, cet endroit était tellement ressourçant. Soudain elle vit des hautes herbes bouger, elle sourit en devinant la cause de ce phénomène et s'agenouilla. C'est à cet instant qu'elle aperçut Lou sortant du bois.
§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§
Balou gambade joyeusement sur la plage en compagnie des deux hommes.
- Pourquoi tu ne m'as rien dit sur toute cette histoire ? l'accuse Lionel avec colère. Je croyais que tu me faisais confiance maintenant.
- C'est le cas, lui assure sobrement Reese comme à son habitude.
- Hum tu parles, se moque Lionel.
- C'est la vérité, insiste plus sévèrement John. Si l'on ne t'a rien dit c'était pour te protéger toi et tous les gens auxquels tu tiens. Désormais toi comme eux êtes tous en danger de mort.
- La dernière fois que j'ai vu mon ex femme, elle m'a dit qu'elle ne voulait plus jamais me revoir. A part mon gamin je n'ai plus personne Zorro, rétorque l'inspecteur new-yorkais. Et Root m'a promis de le protéger. Je lui fais confiance.
- Root n'a pas pu protéger Louisa de Samaritain quand ils les ont attrapées. Elle n'a rien pu faire. Je l'aime bien aussi Lionel et elle est très forte, mais elle ne peut pas tout contrôler. Et il y a un risque pour toi aussi.
- Je suis prêt à le courir, assure-t-il.
- Tu es sure ? Tu veux jouer au héros ? se moque Reese avec colère qu'il prenne la menace à la légère.
Fusco est furieux qu'il se permette de se foutre de lui ainsi après lui avoir menti pendant tant d'années.
- J'étais un salaud, un ripoux de la pire espèce, fulmine-t-il en l'incendiant du regard. Prendre cette décision a été facile, c'est une manière de me prouver que j'ai changé, que je ne suis plus ce sale type, cet alcoolique seul et pathétique. Tu peux te foutre de moi si ça te chante, mais je ne reviendrai pas sur ma décision.
- Je sais très bien que tu n'es plus ce sale type Lionel, murmure doucement Reese. Je le sais depuis longtemps. Je ne fous pas de toi ou de ta décision. Je veux juste que tu saches dans quoi tu t'embarques.
- Maintenant je sais. Et ce n'est pas grâce à toi.
- Je pense que j'aurai fini par te le dire.
- Ouais juste avant qu'on crève tous, ironise Fusco.
- Je suis sincère Lionel.
Fusco se tourne vers lui et lit la vérité sur son visage. Il lui sourit brièvement. Puis tous deux observent le lac. Il est calme aujourd'hui, et si vide, si immense. Sans fin. On se croirait au bout du monde. C'est à la fois effrayant et palpitant.
- Je vais remonter, annonce Lionel une demi heure plus tard. Je vais appeler mon fils.
Reese ne le suit pas, il reste figé debout à observer le lac, perdu dans ses pensées. Il a besoin de faire le point. Il a choisi d'être du côté de Root, de Sameen, d'Ariane. Et de ne pas être avec Harold qui pourtant l'a sauvé, lui a donné un but. Pourquoi ? Il essaye de rationnaliser son choix, son geste. Déjà est ce qu'il regrettait ? Hum non. En plus Finch avait tiré sur Shaw, mais il avait fait son choix avant qu'il tente un acte aussi extrême sur la jeune femme. Il était redevable envers Finch, pas envers Root ni Ariane. Mais s'il était redevable envers Finch, il l'était encore plus envers Shaw. Pire il se sentait coupable envers elle. John l'avait crue morte, il l'avait abandonnée aux mains de Samaritain et de ses agents. Shaw avait souffert, elle était marquée et son discours avait été poignant. Elle avait raison, personne n'était venu l'aider. Lui John était son partenaire, et il l'était toujours si Shaw le désirait encore un tant soit peu. Un partenaire est censé protégé, secourir. Personne n'avait protégé ni secouru Shaw. Ils l'avaient certes cherchée, mais visiblement pas assez. Elle était abimée, et semblait si … enfin moins … fermée qu'avant aux choses. Plus humaine. John soupire et Balou vient lui lécher l'avant bras comme pour lui rappeler sa présence. Reese lui sourit et le caresse. Il perd un instant son regard dans le lac. C'est un bel endroit. Ariane avaient bien choisi, c'était parfait pour se ressourcer et elles en ont bien besoin. John percute soudain le sens d'une phrase que Root a prononcé et qu'il n'a jamais compris. "Elle nous aime". Mais il la prenait juste pour une délurée au mieux et une folle furieuse dangereuse au pire. Bon il n'oubliait pas pourquoi Root avait été enfermée à la bibliothèque mais il avait fini par l'apprécier, mais pas par la comprendre. L'interface était efficace tout en étant à la fois joyeuse et souriante, mais elle restait un mystère. Comment avait-elle pu tomber amoureuse d'une IA ? Ça ne lui semblait plus si fou aujourd'hui. Il devait bien avouer que dans le cadre qu'Ariane leur a choisi pour se remettre d'aplomb transparaissait un grand soucis d'elles, une grande attention à leur bien être, et plus même. Un grand amour. Root avait le don pour les histoires d'amour compliquées, voir impossibles, à sens unique. Mais sur ça aussi John s'était trompé, ça n'avait rien d'un amour à sens unique ni pour Ariane, ni pour Shaw. John ne s'était jamais mêlé de la relation entre Root et Shaw, leur intimité ne le concernait pas. Il savait bien sûr pour elles, bien avant le baiser de la Bourse. Mais il n'avait pas imaginé une réelle relation entre les deux femmes, plutôt un jeu de séduction avec comme aboutissement le sexe comme un moment de partage et de plaisir intense entre elles mais sans rien de plus connaissant Shaw. Il s'était bien planté. Shaw s'affichait un peu plus aujourd'hui, elle avait clairement défendu Root tout à l'heure. Il s'était planté encore et encore et encore, il avait eu tout faux tout comme Harold. Et Root avait eu tout bon. Aujourd'hui il devait choisir entre eux deux, il avait choisi Root pour sa clairvoyance, Ariane pour sa capacité à aimer ses agents, et surtout Shaw dont il partageait la colère envers Samaritain et la soif de vengeance. Il serra les dents. Ils allaient payer. En cela il s'était détaché de Finch, lui ne voulait rien faire payer à personne comme si ce qu'avait subi Shaw était sans importance. Sans compter le sort de Root et de Louisa qui semblaient elles aussi avoir morflé. Pourtant Finch restait son patron et son ami. Il avait été le premier à être là pour lui depuis longtemps, la première personne sur qui il avait pu compter de nouveau depuis la mort de Jessica. Il se retrouvait déchiré entre les deux camps. Il avait fait son choix, mais il ne souhaitait pas trahir Finch. Il ne pouvait pas lui tourner le dos après tout ce qu'il avait fait pour lui, l'ingratitude n'est pas dans son caractère. On lui a appris à respecter, à servir, à obéir aux ordres pas toujours justes. Avec Finch, ils étaient toujours moraux à défaut d'être justes. Il aiderait les filles, mais il avait avant tout un devoir d'aider les autres, les numéros. Ça ne s'arrêtait jamais, Harold l'avait prévenu dès le départ. Il devait aider ces gens, et Sameen, et Root, et Ariane. Deux causes, deux camps. Si seulement c'était plus simple, si seulement ils pouvaient tous s'entendre, ou au moins se tolérer. C'était mal parti, Finch était furieux, Sameen le détestait. Il ne pouvait rien faire pour Harold, il tenterait de le convaincre plus tard mais il n'a pas grand espoir. En revanche il peut faire quelque chose pour améliorer les choses entre lui et Sameen. Il devait lui parler, simplement lui dire qu'il était désolé. C'était stupide, mais ils en avaient besoin pour repartir sur de nouvelles bases. Il fallait mettre les choses à plat, qu'elle lui dise non pas ce qu'elle lui reproche puisque d'après Root elle ne lui en veut pas, mais ce qu'il ne va pas entre eux.
§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§
Louisa est ressortie dans le jardin et s'est enfoncée toute seule dans le sous bois sans peur cette fois. Pas trop longtemps quand même, un bourdonnement inquiétant l'a poussée à détaler comme un lapin. Elle a ramassé des escargots et les a mis dans les poches de son gilet pour les protéger des crocs de Balou. Le chien adore croquer ses pauvres gastéropodes à coquille, et Lou tente toujours de les mettre à l'abri dans un bocal en verre. De retour dans le jardin elle voit sa mère qui lui sourit tout en mettant un doigt sur sa bouche pour l'astreindre au silence, et de l'autre main elle fait un geste pour la faire venir doucement vers elle. Louisa fronce les sourcils et s'avance doucement pour la rejoindre. Root est accroupie au sol. Elle enroule un bras autour de Louisa tout en lui montrant de l'autre main quelque chose au loin.
- Regarde, lui chuchote-t-elle.
Lou ne voit rien au début et fronce les sourcils. Puis soudain elle sursaute en voyant les hautes herbes bouger. Un museau apparait, Root et Lou s'approchent doucement et sans bruit de lui. Puis le lapin bondit hors de sa cachette et Root l'attrape à pleines mains avec douceur. Lou sourit extatique et caresse l'animal tremblant de peur. Elle se tourne vers sa mère.
- On peut le garder ?
- Non, répond gravement Root. Ça ne serait pas bien pour lui.
- Pourquoi ?
- Si on le gardait, où tu le mettrais ?
Lou réfléchit.
- Dans une grande caisse.
- Elle serait aussi grande que la forêt.
La gamine pince des lèvres et fait non de la tête.
- Il serait malheureux enfermé, réalise-t-elle. Comme nous.
Elle n'infligerait jamais ça à personne. Pas après ce que Samaritain lui avait fait. Root acquiesce en lui souriant, Lou n'était pas capricieuse. En fait l'interface aimait à penser que les enfants n'avaient rien de pourri en eux si tant est qu'on prenait le temps de leur expliquer les choses simplement plutôt que de leur dire que cela ne les regardait pas ou que ça n'était pas de leur âge. A les traiter en débile, ils en finissaient par devenir abruti. Root avait toujours tout expliqué à Lou simplement mais clairement sans rien omettre. La tâche la plus dur avait été l'aveu de son passé, mais même ça sa fille avait su gérer. Louisa sort les escargots qu'elle avait enfoui dans ses poches et les dépose dans l'herbe, puis elle caresse une dernière fois le lapin et le gratifie d'un baiser sur le haut du crane. Et Root le relâche. Il s'enfuit vers la forêt et y disparait quelques secondes plus tard.
- Bon qu'est ce qu'on fait maintenant ? demande joyeusement Louisa.
Root réfléchit. Honnêtement elle a besoin de repos, ces derniers jours l'ont épuisée et la matinée n'a rien arrangé. Elle n'a pas envie d'une activité trop fatigante pour le coup. Lou ne veut que passer du temps avec elle.
- Si on installait un hamac là, propose-t-elle en indiquant un lieu avec son index, là entre les deux arbres. On s'y installerait toutes les deux. On pourrait mettre du vernis à ongle. Qu'est ce que tu en dis ?
Lou acquiesce joyeusement. Et quelques heures plus tard elles se balancent encore et doucement l'une et l'autre dans le tissu que Root a ficelé et tendu entre les deux arbres. L'interface est partie un instant pour monter jusque dans la salle de bain prendre plusieurs vernis à ongle, du dissolvant et du coton. La suite est assez mémorable. Lou oblige sa mère à fermer les yeux sans tricher et elle lui peint les ongles délicatement sans baver. Quand Root ouvre les yeux, Lou éclate de rire en voyant son air surpris. Sa fille lui a coloré chaque ongle d'une couleur différente et très flashy.
Lionel remonte à ce moment précis pour assister brièvement à la scène. Il monte dans sa chambre pour appeler son fils, et le rassurer car son soudain départ avait un peu inquiété Lee, son père ne lui avait donné aucune explication. Fusco le rassure, il est avec des amis, avec la femme qui lui a sauvé la vie quand un sale type était venu une nuit pour l'abattre. Lee s'extasie, il se souvient d'elle. Quelle femme ! Shaw s'il se souvient bien. Son père lui assure qu'elle va bien, qu'elle a eu besoin de son aide et que c'est pour ça qu'il a dû partir si vite mais que tout va bien. Et Lee est rassuré car si son père est avec Shaw il ne lui arriverait rien. Lionel lui promet de revenir vite et il raccroche quelques minutes plus tard. Il redescend dans le salon et aperçoit une bibliothèque. Curieux, il en examine les ouvrages et en choisit un. Il n'a jamais le temps de lire avec son boulot, mais c'est pourtant une activité qu'il apprécie pour son calme serein. Ça vide l'esprit. Il retourne dans la cour pour observer Louisa se concentrer dans l'application d'un vernis sur les ongles de Root. La scène lui parait carrément irréel. Root est si différente de le femme qu'il connait, ou plutôt de la femme qu'il croyait connaitre. Elle parait moins folle, plus douce, plus normale. Elle aime Louisa, ça se voit. Elle a l'air d'être une bonne mère, de bien s'en occuper, et contrairement à ce que Reese lui a dit, elle a l'air d'avoir su la protéger de tout ce merdier. Lou semble épanouie comme petite fille. Pas commune, mais épanouie.
Il s'allonge dans l'herbe et commence à lire son roman, Les égouts de Los Angeles par Michael Connelly.
La petite a eu pitié de sa mère et lui a enlevé son vernis raté avec du dissolvant pour lui appliquer un vernis noir de jais comme Root l'aime. Pour Lou c'est plus compliqué. Ses doigts droits sont encore bloqués dans une atèle et tous les ongles n'ont pas complètement repoussé. Root prend son temps, elle les lui colore en violet, sa couleur préférée. Puis elles laissent le tout par terre et se balancent encore longtemps. Reese revient quelques heures plus tard. Il ne veut pas briser leur moment et décide de préparer le dîner. Il les appelle quelques minutes plus tard. Le repas est simple et conviviale. John a préparé du pain perdu et Lou s'extasie car elle adore ça. Et Root complimente joyeusement Reese sur sa capacité a toujours savoir contenté les femmes. Remarque à laquelle, comme d'habitude, il ne trouve rien à répondre. Pendant le dîner la discussion tourne autour du choix de la maison par Ariane et chacun confirme que c'est un parfait endroit pour se remettre d'aplomb. L'absence de Shaw est marquée, mais chacun décide de l'ignorer. Pendant que John débarrasse le couvert pour faire la vaisselle et que Lionel retourne à sa lecture, Root se rend compte qu'il ne reste plus rien à manger et elle se lève pour inspecter les placards et préparer un bon plat pour Sam quand elle rentrera. Shaw ne se satisfera pas uniquement d'un simple feuilleté au saumon et Root le sait. Mais elle soupire déçue, il n'y a pas grand-chose ici. Elle allait devoir aller faire les courses, rien de très emballant vu leur situation de fugitives. Il n'y a pas de viande, mais elle trouve tout de même de quoi la contenter et elle décide de lui préparer un risotto aux champignons, avec l'assistance de Lou. Elles ont toujours adoré cuisiner, encore plus avec Sameen. Root lui laisse le tout bien en évidence au frigo. Elle a également préparer un nouveau plateau pour Finch, mais cette fois Reese se propose de lui monter et elle acquiesce soulagée de ne pas avoir à l'affronter tout de suite bien qu'Ariane lui confirme qu'il dort toujours. Puis Root et sa fille retournent dans leur hamac alors que le soir tombe. Elles ont fermé les yeux mais aucune ne dort, contrairement à Lionel qui a sombré dans une sieste et dort bruyamment ce qui les a toutes les deux fait rire. Balou reste dans le jardin et s'allonge non loin de Lionel. Root observe un instant le chien et comprend que lui aussi attend le retour de Shaw.
- Ariane, chuchote-t-elle doucement, préviens là que je ne veux pas qu'elle reste dans la forêt cette nuit. J'irais la chercher sinon.
- Ne t'inquiète pas Root, elle va revenir.
- Hum je sais, confirme son interface en souriant. Elle revient toujours.
Root serre Lou dans ses bras et un silence de tendresse les enveloppe pendant longtemps. Le bruit des oiseaux est une douce mélodie.
- J'aime bien cet endroit, murmure soudain Louisa au bout d'un long moment. Pas autant que New-York mais j'aime bien.
- Je suis contente alors, lui chuchote sa mère sans cesser le mouvement de balancement et sans ouvrir les yeux.
Louisa attend un instant, elle n'ouvre pas les yeux. Puis …
- Maman ?
- Hum.
- Mon père c'était juste un gros salaud ?
- Louisa, gronde Root sans bouger ni ouvrir les yeux, surveille ton langage !
- Ben quoi, toi aussi tu dis des gros mots. Et Sameen encore plus.
- C'est pas une raison pour que tu les répètes.
- Ouais mais si c'est la vérité j'ai le droit de le dire non ?
Root sourit franchement maintenant.
- Bon ok, concède-t-elle, c'était un salaud.
Root fronce les sourcils. Le jugement avait dû tomber dans son esprit suite au fait que Root lui avait annoncé qu'il avait tenté de la descendre et qu'elle s'était juste défendue. Elle prenait le parti de sa mère parce qu'elle n'avait qu'elle comme repère, mais Root choisit d'ignorer ce point, elle s'en fiche elle est heureuse si sa fille ne la déteste pas. Root ouvre les yeux, la petite n'ose plus rien dire, or elle n'a pas lancé ce sujet par hasard juste pour énoncer le simple fait évident que cet agent de Samaritain était un salaud. Louisa veut lui demander quelque chose. Root la prend dans ses bras et l'agenouille sur ses cuisses, face à elle. Lou ouvre les yeux et la regarde contrariée.
- Lou qu'est ce que tu veux me demander sur lui ?
Ça y est on y était le moment tant redouté chez l'une comme chez l'autre. Root appréhende moins que la dernière fois, elle avait tout dit à Louisa, mais le sujet reste délicat car sa fille s'est sentie trahie et Root le sait. Lambert avait utilisé ça pour faire craquer la gamine. Quand à Lou, elle est tiraillée entre la peur de faire de la peine à sa mère en parlant de ça, et la curiosité insatiable à vouloir savoir d'où elle vient. Lou n'avait pas pu en parler avec Shaw, elle n'allait pas suffisamment bien et la petite voyait que si peu pouvait la faire craquer en ce moment, de plus Shaw avait jugé le sujet sans importance quand Lou lui en avait parlé chez Samaritain. Elle en avait alors parlé avec Ariane. Mais l'IA n'avait vite pas su répondre à ses questions, des questions trop personnelles, trop intimes. L'IA aurait mathématiquement pu lui expliquer pourquoi elle était née, car c'était ça que Lou voulait savoir au fond même si ces questions tournaient surtout sur qui était son père. Mais Ariane avait calculé que ce ne serait pas bon pour l'enfant, ça la choquerait et l'attristerait. Elle n'avait pas osé lui dire ce que cet homme avait fait dans sa vie, Lou aurait eu de la peine si elle avait su, alors quand elle lui avait demandé Ariane avait dit que ça n'était pas important pour savoir qui elle, elle est. Et elle lui avait dit d'aller voir sa mère, que elle, elle saurait lui expliquer, que Root ne serait ni déçue ni fâchée, que ce serait plus simple.
Lou la regarde et ne dit rien. Si longtemps que Root se demande si elle va finir par lui parler à nouveau ou pas. Mais Louisa ne la quitte pas du regard, calme, insondable, concentrée. Root comprend qu'elle cherche quelque chose dans ses traits, dans ses yeux. Un soutien, une approbation, un encouragement.
- Pourquoi tu m'aimes ? laisse soudain tomber la petite.
Root ne répond pas tout de suite mais ne la quitte pas du regard. Elle se demande un vague instant ce qu'elle a pu faire dans la vie pour la mériter. Quelles étaient les chances d'avoir un jour une petite fille comme elle ? L'interface lui sourit et lui caresse le visage d'une main. Lou attend calmement sa réponse, la bonne réponse.
- Parce que, répond simplement Root. C'est comme ça. Je t'aime, et c'est tout.
- Mais, hésite Lou. Pourquoi ?
- Et toi ? Pourquoi tu m'aimes ? lui demande Root en lui renvoyant la balle.
- Ben … C'est … Tu … Tu es ma maman.
La petite marque une pause. Puis elle enroule ses bras autour de son cou et Root la serre en retour avec un grand sourire.
- Tu m'aimeras toujours hein maman ?
- Bien sur, chuchote Root en l'embrassant dans les cheveux sans la lâcher.
- Même si je fais quelque chose de mal ? Tu m'aimeras encore ?
- Pour toujours Lou. Quoique tu fasses tu resteras ma fille et je t'aimerai.
Louisa se redresse et lui sourit.
- Mais c'est pas ça que tu voulais savoir n'est ce pas ? Tu le sais depuis longtemps que je t'aime.
Lou soupire. Elle la regarde un peu frustrée.
- Tu sais toujours tout toi hein ?
- Hum, hum, acquiesce doucement Root en souriant.
- Comment ça se fait que tu saches toujours ? râle Lou en détournant la tête. Tu connais tous les secrets de tout le monde.
- Eh bien … commence Root.
- Oh, la coupe Louisa frappée d'une révélation, la petite voix. Ariane. C'est elle qui te l'a dit ?
Root fronce les sourcils. Lou semble en colère, elle doit tout de suite la rassurer, ce qu'elle a confié à Ariane, puisque ça semble être le cas, restera leur secret.
- Non Ariane ne m'a rien dit. Je le sais pour une seule raison.
Lou hausse les sourcils et secoue la tête pour l'inciter à poursuivre. Root sourit et penche la tête pour lui chuchoter sa réponse à l'oreille.
- Parce que je suis ta mère et une maman ça sait toujours tout. Ou presque, tempéra-t-elle taquine en se redressant. Je n'ai pas besoin d'Ariane pour savoir.
- Savoir quoi ?
- Que tu veux comprendre.
C'est la bonne réponse visiblement. Les épaules de Louisa se relâche et elle se détend. Root lui caresse les cheveux.
- Pourquoi tu m'as gardée maman ? Tu aurais pu me retirer de ton ventre avant que je naisse non ?
- Oui, confirme Root, j'aurais pu. Mais j'ai fais un choix ce jour là. Je t'ai portée dans mon ventre, je t'ai mise au monde. Je ne l'explique pas, je l'ai fais c'est tout.
- Mais pourquoi ? insiste Louisa.
- Je n'ai jamais tué un enfant, lâche Root pensive. Jamais. Même quand j'étais une tueuse à gage, je n'ai jamais touché à un enfant. C'était la seule règle de moralité que je m'imposais. Parce que j'avais perdu mon bébé je crois.
- Tu voulais un bébé, comprend Louisa. Et c'est tout ?
- Non, corrige Root. Je te voulais toi. Je n'ai pas hésité et je n'ai jamais regretté. Je voulais au moins faire quelque chose de bien.
Un court silence.
- J'ai su, termine simplement Root. Et c'est tout.
- Moi aussi je sais maintenant, lui répond Louisa.
Root acquiesce. Oui elle sait tout. Elle sait pourquoi elle existe, elle sait que la vérité n'a rien d'un conte de fée.
- Tu ne sais pas qui était mon père hein ?
- Non Lou je suis désolée, je n'en ai pas la moindre idée. Je ne pourrais rien t'apprendre sur lui.
- Ariane ne veut pas me dire. Je lui ai demandée. Elle m'a juste dit que ça n'avait pas d'importance.
Root écoute la réponse de sa déesse et elle comprend sa réticence à la demande de Lou. Le bilan est affligeant. Responsable de 58 meurtres, tortures en tout genre si elle en croit les méthodes décrites, vol international de plusieurs millions de dollars, chantage, tentative de meurtres, et la liste s'allonge encore. Toujours plus accablante. L'idée même d'avoir pu coucher avec ce sale type lui donne envie de hurler de dégout à cet instant, mais au fond elle est injuste car d'après ce qu'Ariane lui décrit elle en a fait autant que lui. Samaritain avait un don pour choisir ses agents dans le pire de l'espèce humaine. Pas étonnant qu'il ait voulu l'engager elle, une ancienne tueuse à gage. Voilà pourquoi Ariane n'avait rien dit à Lou, mais elle le disait à Root pour lui laisser le choix en tant que mère de le dire ou non à Louisa. Root n'aime pas lui mentir. Et aujourd'hui encore moins. Lambert, ce connard, avait bien failli parvenir à lui prendre sa fille, à la faire basculer dans la haine à cause d'un mensonge par omission. Ne pas recommencer est une chose, tout balancer à Lou en est une autre.
- Elle vient de me le dire, dit-elle.
Lou se redresse, avide de savoir.
- Il a été comme moi, ça n'était pas quelqu'un de bien.
- Il a tué des gens ? appréhende Louisa.
- Oui, lui confirme sa mère.
- Beaucoup ?
- Oui.
- D'accord, soupire l'enfant.
- Lou, je ne crois pas que l'on soit responsable des erreurs que font nos parents. On est responsable que de celles que l'on fait.
- Ça veut dire quoi ?
- Il est mort et ne fera plus de mal à personne. Moi j'ai changé et je n'ai pas l'intention de revenir en arrière sur ce point. Je te le promets. Je suis responsable des choses que j'ai faite dans mon passé, c'est comme ça on ne revient pas en arrière. Mais toi tu n'es responsable que des bêtises que toi tu fais, pas des miennes et pas des siennes. Tu comprends ?
Lou acquiesce.
- Mais si …, murmure pensivement Louisa, le mal et le bien … c'était … plus compliqué. Les anges n'existent pas. C'est Lambert qui m'a dit qu'il n'y a ni bien ni mal, que les gens sont les deux à la fois.
- Pff, lâche Root méprisante, il a tout faux ce crétin. Tu as raison, les anges n'existent pas sur la Terre. Toi et moi on est comme les autres êtres humains de cette planète capable du pire comme du meilleur. Mais Lambert a tout faux, on ne peut pas être à la fois quelqu'un de bien et un "gros salaud" pour reprendre tes mots.
Louisa rit un peu face à la vulgarité.
- Tu dois choisir qui tu veux être, continue Root, si tu veux être quelqu'un de bien ou pas. Tu le sauras dans les choix que tu fais, il faut toujours te demander si ce que tu fais est juste. Et ça n'est ni Lambert, ni Samaritain, ni personne d'autre qui peut faire ce choix à ta place. On est libre de décider qui l'on veut être Lou. Et eux ont choisi quand ils ont décidé de te faire du mal. S'ils s'étaient posé la question ils auraient pu voir que ça n'avait rien de juste de te torturer.
- Les adultes ne veulent souvent pas faire de mal aux enfants. Et j'ai pensé que Samaritain m'épargnerait pour ça. Même toi quand tu étais méchante tu n'as jamais tué d'enfant. Mais j'avais tort, ils n'en ont rien eu à faire.
- Les adultes "en général" ne font pas de mal aux enfants car on les associe à l'innocence, à des anges. Mais les agents de Samaritain ne voient pas les choses comme ça. Pour eux tu fais partie du camp ennemi du leur, peu importe que tu aies 6 ans.
- Mais ils avaient raison. Je ne suis pas un ange, c'est ma faute si je me suis faite attraper, j'ai été dans ce parc, j'ai fait une bêtise et on a failli toutes les trois mourir à cause de ça. J'ai voulu les tuer, j'ai même essayé. Je ne suis pas un ange alors ils pouvaient me torturer.
- Non ils n'avaient pas le droit, réplique Root d'un ton sans réplique.
Louisa sourit tristement.
- Tu dis ça parce que tu es ma mère. Tu pense que je suis un ang …
- Oh non, tu n'en es pas un. Et mis à part les bébés nouveaux nés, les enfants n'ont rien d'angéliques, ils peuvent se montrer tout aussi mauvais que les adultes.
- Samaritain a compris ça. Il embauche des enfants, Lambert me l'a dit.
- Oui je sais.
- Juste les bébés ? Tu es certaine ? Les autres enfants sont comme moi ?
- Crois moi Gabriel n'a rien d'un ange.
- Gabriel ?
- C'est l'interface de Samaritain.
- Tu le connais ?
- Je l'ai rencontré.
- Quand ?
- La veille de la capture de Sameen à la bourse. Samaritain disait vouloir parler à Ariane. Les deux IA sont passées par notre intermédiaire.
- Il est comment ?
- Il a 10 ans. Il est arrogant, méprisant, doué. Dangereux. Méfie toi de lui.
- Comme de pratiquement tout le monde d'ailleurs, achève la gamine en soupirant.
- Je suis tellement désolée Louisa, murmure sincèrement Root. Pour tout. Je ne voulais pas ça pour toi. J'aurais aimé te donner une autre vie, une vie meilleure, moins dangereuse.
- Moi ça me va tu sais. Du moment qu'on est ensemble rien ne nous arrivera. Je ne veux pas que tu me laisses, et je te fais confiance pour ça. Je savais que tu viendrais me chercher quand Samaritain m'a attrapée. Je savais que tu viendrais.
- J'avais promis Louisa.
- J'aimerais tellement être comme toi.
- Il ne vaut mieux pas, crois moi ma puce, il ne vaut mieux pas.
Louisa secoue la tête de dépit.
- Tu es gentille avec tout le monde sauf avec toi. C'est nul.
- Hum, ben je vais faire un effort, soupire Root sans conviction.
Louisa gigote telle un asticot pendant plusieurs minutes. Elle finit par trouver sa place dans ses bras et s'installe confortablement contre sa mère, fermant ses yeux. Un silence de plusieurs heures s'installe et Root s'assoupit un peu
- Sameen est rentrée, annonce soudain Ariane.
L'interface tourne la tête vers la maison. Shaw l'observe depuis l'intérieur et l'interface lui sourit. Elle est enfin revenue. Elle lui a manqué. Root espère qu'elle va mieux, qu'elle va peut-être la rejoindre. Mais Shaw se détourne et disparait dans la maison. Root ne s'en focalise pas, elle la verra après. Elle est revenue, le reste importe peu.
- Maman, comment on fait les bébés ?
- Hein ? lâche Root surprise.
Logique pour les enfants de sauter du coq à l'âne. Mais Root ne voit pas le lien avec ce qu'elles se sont dit tout à l'heure.
- Les bébés comment on les fabrique ?
- Ben … euh …
- Tu sais pas ? s'étonne Louisa.
- Ah si, si, je sais, sourit Root. Mais pourquoi tu veux savoir ça ?
- Parce que je ne savais pas qu'il fallait neuf mois, répond Louisa.
- Root, prévint Ariane, Sameen et John se disputent, mais n'intervient pas pour l'instant. La conversation est nécessaire pour elle, pas ta présence.
- Qu'il fallait neuf mois ? murmure Root en écho.
L'interface apprécie qu'Ariane la tienne au courant mais elle préférerait être là au moment de cette explication. Ne pas laisser Shaw seule. Encore une fois. Mais Ariane insiste pour que Sameen le fasse seule, pour que Root ne fasse pas tout à sa place. Au fond, elles savent toutes les trois que si Root est dans la pièce, Shaw choisira la solution de facilité, se taira et s'appuiera sur elle pour se dépatouiller d'une situation impliquant bien trop d'émotions et qui lui échappe. Et qu'en conséquent elle ne résoudra rien de ses problèmes, de son sentiment de malaise de honte et de mépris qu'elle éprouve pour elle même, et que pire encore elle finirait par en vouloir à Root pour toujours l'éprouver après la douloureuse confrontation. Mais pour l'instant seule Ariane perçoit cela, Shaw ne perçoit pas tout cela ou pas bien, et Root ne veut que la protéger après tout ce qu'elle a enduré. Mais son interface l'écoute et lui obéit restant dans son hamac et laissant Shaw seule avec ses soucis, bien que cela lui coûte. En même temps, avec Reese, Sameen n'est pas seule, et elle l'aime beaucoup, Root le sait. Il est important pour elle, voilà pourquoi ça devait être dur pour Shaw de devoir assumer le fait de l'avoir tué. Mais Root ne comprenait pas que Sam y accorde tant d'importance, puisque ça n'avait pas été réel. Elle voulait comprendre, mais elle ne pouvait pas, elle n'avait pas vécu les simulations, et Shaw ne lui parlait pas encore assez pour que tout colle.
- Ouais, poursuit Louisa. Et que j'étais sa fille parce que, d'après le papier, je suis née neuf mois après ce qui s'est passé à l'hôtel.
- Le papier ? Quel papier ? murmure Root distraite.
- Root, appelle Ariane.
Mais elle ne finit pas sa phrase et l'interface se raidit en se redressant assise bien droite. Elle a un mauvais pressentiment. Sameen a besoin d'elle, elle le sent au plus profond d'elle-même.
- Je sais pas un papier qu'il m'a montrée, il savait quel jour j'étais née. Tu m'écoutes ou pas ? s'énerve Lou.
- Je t'écoute, lui répond calmement Root, mais je ne vois pas pourquoi c'est important pour toi de savoir ça. Un bébé grandit neuf mois dans le ventre de sa mère avant de naitre.
- Root il faut que interviennes. Tout de suite.
- Ne bouge pas, ordonne Root à fille en se levant d'un bond. Tu restes ici. Et toi aussi, lâche-t-elle à l'adresse du chien qui s'était redressé.
Pas question que Louisa assiste à une nouvelle scène de violence, pas question qu'elle voit à nouveau Shaw déraper. Lou se lève à son tour et la regarde perplexe. Puis soudain elle se tourne vers la maison d'où elle entend Sameen hurler des grossièretés. La petite semble comprendre, sa mère n'est pas inquiète pour une éventuelle attaque des méchants.
- Lionel, appelle sèchement Root en se tournant vers lui alors qu'il grommelle en se réveillant, reste avec elle s'il-te-plait.
- Qu'est ce qu'il se passe ? interroge Fusco en baillant et en se redressant.
Mais Root est déjà partie au pas de course. Il se tourne vers la petite et lui lance un regard interrogateur.
- Je crois que c'est Shaw, murmure-t-elle douloureusement.
Lionel se tourne à son tour vers la maison d'où des bruits sourds lui parviennent comme si quelqu'un cognait sur un truc dur … Il déglutit et Louisa se rapproche de lui. Elle s'agenouille à côté du chien qui n'a pas bouger sous l'ordre de Root. L'animal a de la peine autant que Louisa pour Shaw, ça se voit et ça s'entend. Et comme pour le consoler ou lui faire comprendre qu'elle partage sa douleur, Lou enserre le cou de Balou qui a gémis de tristesse face à l'aveu de la petite, comme s'il confirmait ses dires. La gamine enfouit son visage dans son pelage. Que pouvait-elle bien faire pour Shaw ? C'est son amie, elle voudrait tellement l'aider. Lionel décide de lui changer les idées. Il lui demande si elle a trouvé des choses intéressantes dans la forêt. Elle lui parle du lapin, et du bruit bizarre qui l'a un peu effrayée. Lionel lui demande de l'emmener pour lui montrer ce que ça peut bien être. Et il découvre un nid d'abeilles quelques minutes plus tard. Lionel la rassure, il lui dit que les abeilles ne lui feront rien si Lou ne les embête pas.
Pendant ce temps, Root fonce vers le salon. Elle entre pour voir Shaw pleurer devant un John à terre. Son visage est légèrement tuméfié et Root comprend que Sam a dérapé, qu'elle l'a frappé. Chose confirmée quand elle s'excuse avant de s'enfuir. Root hésite mais la laisse respirer, elle la verra après. Elle aide John à se relever, et il accepte son invitation de prendre un verre.
§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§- §-§-§-§
- Sameen, appelle Ariane.
- Mais tu fais chier. Lâche moi !
Elle tourne en rond dans la chambre qu'elle partage avec Root en se tenant la tête dans les mains. Une tarée, voilà ce qu'elle est. Et elle s'est enfuie. Merde, encore une fois. Non ça ne peut plus durer. Elle décide de prendre son courage à deux mains et d'aller l'affronter. Elle respire plusieurs fois et sort de la pièce doucement sans bruit. Elle descend tout aussi calmement les escaliers, mais s'arrêtent au milieu quand elle les entend. Elle reste là hors de vue et écoute. Ils parlent. D'elle ? On dirait une petite fille qui écoute à la porte, c'est ridicule. Elle entend mal, elle descend encore, elle n'est plus hors de vue, mais ils sont dans le canapé et lui tournent le dos. Sa bouteille de whisky de tout à l'heure est posée sur la table et ils boivent leurs verres. En silence, ou presque.
- Je ne vais pas rester Root.
- A cause de Sameen ?
- Non. Enfin pas seulement pour ça. Je suis de ton côté, de votre côté. Si vous avez besoin d'aide toi, Shaw, ou Ariane, je t'interdis d'hésiter à me demander. Tu as compris ?
- J'ai ta parole en somme, ironise-t-elle.
- Root, réplique-t-il sérieusement. Je vous promets d'être là pour vous aider si je le peux.
- Mais …, murmure Root sachant qu'il y a une ombre au tableau.
- Mais je vais retourner à New-York.
C'est sans appel. Root n'est pas surprise, Shaw non plus.
- Finch reste … Il m'a sauvé la vie et même si je pense qu'il a tort sur toi et sur ta décision de libérer Ariane, je ne vais pas le laisser tomber. Il y a des numéros à New-York, des gens qui ont besoin d'aide. Tu comprends ?
- Oui, lui répond-elle sincèrement. Et puis tu n'es plus tout seul à ce que j'ai pu comprendre.
Il la regarde en fronçant les sourcils. Elle sourit malicieusement.
- Elle s'appelle comment ?
- Iris, soupire-t-il. Mais ça tu le sais déjà n'est-ce-pas ? Et tu sais aussi qu'elle m'a appelé aujourd'hui.
- Ah que veux tu, nous les femmes sommes exigeante … Et si indispensable. De toute façon elle a raison et tu as une couverture a assuré. Mais quand même John, reprend-t-elle d'un ton faussement minaudant, partir sans la prévenir … Quel goujat tu fais.
- Ariane a donné une parfaite excuse à mon absence qu'elle a reçu en tant que ma thérapeute.
- Mais pas en tant que ta compagne.
John ne lui répond pas.
- Nous ne sommes pourtant pas si compliquées nous les femmes John, soupire-t-elle faussement exaspérée.
Sameen lève les yeux au ciel. Root et sa foutue science de déduction. Rien que ça, même sans sa boite de conserve, elle est incollable. Comme si elle lisait les êtres humains aussi facilement que les codes informatiques, rien que pour leur clouer le bec. Et ça marche John ne trouve rien à lui répondre. Sam savait que John resterait tout de même un minimum fidèle à Harold, mais il a promis d'être là pour elles, de les aider. Ce sont des choses qui comptent pour Shaw, elle sait qu'il ne fait pas de promesses en l'air. Lui au moins est sincère avec les gens qui comptent pour lui. Elle avait tort, ils ne parlent pas d'elle. "Complètement paranoïaque" s'injure-t-elle. Elle est sur le point de remonter quand …
- Parce que Shaw est pas légèrement compliquée peut-être.
- Non je ne trouve pas. Il suffit d'avoir le bon décodeur.
Un court silence.
- Ça se passe comment entre vous deux ?
Sam en reste interdite, immobile telle une statue bloquée en plein mouvement. Comment ose-t-il ? Ça ne le regarde pas.
- Bien, répond trop vite Root.
- Vraiment ? insiste John dubitatif.
Il ne la croit pas.
- La curiosité est un vilain défaut John, esquive-t-elle avec un sourire de façade.
- Elle ne va pas bien Root. J'aime bien Shaw, ça me fait de la peine de la voir comme ça.
- Et moi tu ne crois pas que ça me fait de la peine ? s'énerve-t-elle. Je l'aime et je ne parviens pas à comprendre ce qui lui ont fait pour la rendre si … enfin comme ça.
"Faible" pense Shaw avec colère pour elle-même.
- Tu avais raison, murmure John. Elle n'est pas en colère contre moi. Elle a décroché dans un état second tout à l'heure quand elle m'a frappé. Ça n'est pas à moi qu'elle parlait.
- Je sais, lâche Root dans un murmure.
- La Machine ne peut pas t'aider ?
- Ariane sait mais elle ne veut rien me dire. C'est à Shaw de m'en parler. J'attendrai qu'elle soit prête.
Sam déglutit. Le serait-elle ? Oui il le fallait. Elle n'était qu'une putain d'égoïste Root souffrait. A cause d'elle.
- Ça me fout en l'air de la voir comme ça. Je pensais qu'avec toi, elle pourrait être différente. J'ai remarqué que vous dormiez dans la même chambre.
Elle hausse les sourcils. Il lui sourit.
- Je sais compter Root, poursuit John. Et tout à l'heure elle était si prompte à te défendre contre Harold.
- Elle n'aurait jamais fait ça aussi explicitement avant, lui confirme Root. Shaw a vécu un véritable enfer. Ils ont essayé de nous la prendre John, de la détruire. Elle s'est battue pour leur résister, pour survivre. Mais elle a souffert. Je ne sais pas ce que …
Elle ne finit pas. Elle baisse la tête et Shaw pense la voir se tenir le front. Elle a l'impression que l'interface sanglote doucement. John pose une main sur son épaule.
- Sept mois, c'est long Root. Ils n'ont pas dû y aller de mains mortes. Mais je suis certain d'une chose, elle est là quelque part et pas si loin que ça. En tout cas pas avec toi.
- Je ne sais pas. J'ai parfois l'impression que je l'ai perdue, que Martine a réussi à la bousiller.
- Martine ?
- Surtout elle en fait, lui confirme Root. Les vidéos que l'on a reçu n'étaient que si peu John. Ils lui ont fait bien pire. Cette salope y a visiblement pris un malin plaisir, enrage-t-elle. Shaw n'est plus pareille avec moi.
Elle s'arrête nette. Elle a l'impression d'en avoir trop dit. Elle rougit, c'est leur intimité ça. John ne fait aucun commentaire, et elle lui en est reconnaissante. Il n'est pas stupide de toute façon.
- Elle n'est plus pareille avec personne pour l'instant Root. Ça sera long mais je suis sure qu'elle va revenir.
- Je ne suis pas certaine qu'elle revienne John. Sam a du mal à assumer ce qui s'est passé là bas. Elle est distante, même avec moi.
- Tu dis qu'ils lui ont fait pire que ce que l'on a vu sur les vidéos ?
- Ouais mais je ne sais pas tout, Shaw ne m'a pas encore dit. Je sais juste qu'elle a subi des simulations.
- Le truc dont elle parlait ce matin.
- Samaritain l'a plongée dans des mondes virtuels pour lui faire avouer où on était mais aussi pour la pousser à bout. Elle a cru que c'était réel John, il l'a perdue entre le vrai et l'irréel. C'était une sacré torture psychologique, et la pétasse blonde l'a torturée physiquement en parallèle.
Elle marque une pause et perd son regard un instant. John la laisse récupérer.
- Et elle n'a pas craqué tu te rend compte. Elle pense que oui, mais elle n'a rien lâché.
- Alors pourquoi elle se sent si coupable envers toi et envers moi ?
- Pour toi je sais, mais je te le répète c'est à elle de te le dire.
- Et pour toi ?
- Je ne sais pas.
- Toi aussi tu devrais lui parler, soupire John.
- J'essaye tu sais. Mais c'est dur, Shaw reste Shaw. Mais elle est plus fermée qu'avant avec moi. Elle me fuit, ou quand elle est avec moi elle n'arrive pas à me regarder, alors encore moins à me parler.
- Ils savaient pour vous deux ?
- Oui, explose doucement Root. Ils ont appuyé sur ce qu'elle ressent pour moi pour la faire craquer. Et maintenant quand elle décroche j'ai peur. Pas d'elle, mais j'ai peur car je la regarde et il n'y a plus rien. Juste de la haine.
- Tu crois, hésite John, qu'au vu de ce qu'ils savaient sur vous deux, ils ont pu aller plus loin avec elle ? Trop loin ?
Shaw se mord le poing et ferme les yeux. Comment a-t-il su ? Non pas ça, John ne doit pas savoir ça. Et Root ne doit pas le savoir comme ça. Elle ne bouge pourtant pas. Elle a envie de hurler, mais aussi de savoir si Root va deviner.
- Qu'est ce que tu veux dire ? demande la grande brune mal à l'aise.
- Tu sais très bien ce que je veux dire Root.
- Tu parles d'une sorte d'humiliation en bonne et dû forme ?
Il ne bouge pas. Il ne veut pas insister. Root ne semble pas prête à comprendre, elle ne veut pas comprendre. Cette dernière fronce les sourcils, elle n'y a franchement pas pensé. Ça lui parait peu probable que Samaritain ait essayé ça sur Shaw. Il a bien dû voir que la torture physique n'avait pas grand intérêt sur elle, qu'elle résistait bien, voir qu'elle s'en fichait. Il a dû redoubler d'effort avec les simulations, laissant Martine la tabasser de temps en temps. Surement pour s'entretenir la forme.
- Je ne crois pas, lui répond calmement Root. Il n'a pas intérêt ou je leur ferais payer bien cher. Mais je ne vois pas Shaw se laisser atteindre par ça, elle est forte. Elle s'en fout. C'est le genre de truc qui t'atteint si c'est personnel et …
Elle s'arrête nette. Elle a cru entendre un bruit étouffé depuis l'escalier. Le temps qu'elle se retourne Shaw a disparu. Et Root ne l'a pas vu. Elle a un doute pourtant. Elle se lève.
- Ariane ? interroge-t-elle. Où est Sameen ?
- A l'étage.
- Est-ce qu'elle était là ?
- Oui.
- Merde. Enfin peut-être pas. Non ?
- Je ne sais pas. Ça pourrait l'inciter à te parler.
- Je te laisse John, dit-elle en montant.
Mais Root ne trouve pas Sam dans leur chambre. Elle s'assoit sur le lit. Elle va l'attendre. Elle imagine le pire. Elle baisse la tête et se la prend dans les mains, les larmes coulent doucement sans qu'elle ne les retienne cette fois.
- Sameen, murmure-t-elle plusieurs fois comme une prière.
Pendant longtemps. Root finit par arrêter de pleurer mais pas de répéter son nom comme un appel. Et ce dernier finit par trouver une réponse. Elle sent soudain deux mains se poser sur chacune de ses épaules et elle ouvre les yeux.
§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§
Elle respire difficilement en fermant les yeux. Elle se cache de tout, de tout le monde et d'elle-même. Pourquoi ? Bon sang Root a parlé d'elle à John, de ce qu'elle devrait ressentir. Root la connait, elle sait comment elle fonctionne normalement. Sauf que plus rien n'est normal. Tout pourrait redevenir normal, pas comme avant, mais normal. Leur normalité, celle qu'elles ont créé ensemble. Cet équilibre lui manque. Elle boite sans lui. Et visiblement Root aussi. Elles vont finir par s'écrouler toutes les deux si ça continue, et ce sera uniquement de sa faute à elle. Root avait autant vacillé qu'elle-même durant sa détention apparemment, elle avait tenté de mettre fin à ses jours. Et elle-même s'est tuée tant de fois, mais pire elle avait craqué.
Elle était devenue l'ombre d'elle-même. Shaw n'avait pas pu entrer dans le salon, Root avait raison. C'était si pathétique. Elle était pathétique de s'être ainsi laissée avoir par la blonde, d'y avoir accordé de l'importance. Mais elle n'avait pas pu faire autrement, car ce que Root ne sait pas c'est que Martine avait tourné ça en torture très personnelle. Sinon oui elle n'en aurait rien eu à foutre. En fait elle s'en fout un peu là tout de suite d'un point de vue physique, mais elle ne s'en fiche pas d'un point de vue symbolique. Ce sévice était dirigé contre elles deux, contre leur histoire, contre Root pour lui faire du mal mentalement, contre Shaw pour l'atteindre dans sa fierté en l'humiliant et pour lui montrer qu'en souffrant pour ça elle fera souffrir Root en retour. Martine lui parlait de Root dans ces moments là et Shaw avait fini par comprendre que la blonde la voulait rien que pour elle d'une façon vraiment perverse. Elle s'est réfugiée dans la salle de bain après avoir fuit l'escalier. Elle s'appuie contre la porte fermée, et glisse au sol en position assise en posant son front contre ses genoux relevés. Tout était vrai, Root souffrait de sa souffrance à elle, de celle qu'elle ne parvenait pas à lui avouer. Elle lui faisait du mal à être si distante.
Elle ouvre brusquement les yeux. Pas question de rendre Root malheureuse, elle tenait à elle. Elle n'allait pas bien sans elle, mais surtout elle n'allait pas bien si Root n'allait pas bien. Et pire encore si c'était à cause d'elle que ça n'allait pas.
Shaw se relève. Depuis combien de temps se cache-t-elle dans cette sale de bain ? Depuis quand se cache-t-elle tout court ? "Ça suffit" enrage-t-elle en ouvrant la porte.
- Où est-elle ?
- Dans votre chambre.
Shaw s'arrête devant la porte. Root est assise, la tête dans les bras, les épaules voutées. Complètement abattue mais ce qui vrille le plus les entrailles de Shaw c'est de l'entendre répéter son prénom comme un triste appel. Alors elle ferme la porte sans un bruit, enlève son oreillette qu'elle pose sur la commode, et elle s'approche de l'interface par derrière. Root redresse la tête dès qu'elle a posé les mains sur ses épaules. Shaw en a marre de tergiverser et elle en marre tout court d'elle-même. De son comportement. Elle peut donner, pas juste recevoir ou pire prendre égoïstement. Et là elle veut donner, elle ne veut rien recevoir. Surtout pas. Elle a envie de lui donner, donner ce que Root veut. Elle plonge la tête dans son cou et l'embrasse doucement, tendrement. L'interface ferme les yeux et bascule la tête en arrière. Elle oublie qu'elles doivent se parler, que Shaw va mal, que ça n'est pas bien, pas sain, pas le bon moment et pas la bonne solution pour qu'elle aille mieux, pour qu'elles aillent mieux. Trop égoïstement elle s'en fout, ça fait du bien. Un bien fou comme elle n'en a pas ressenti depuis longtemps. Shaw est la seule à l'avoir jamais aimée, en tout cas personne ne l'a aimée d'une telle façon, pas aussi fort. Personne n'a jamais autant pris soin d'elle dans sa vie. Shaw ne s'arrête pas, elle fait déjà basculer Root vers le désir et vers l'envie d'en assouvir le plaisir par ce simple baiser. Root s'insurge un bref instant sur le fait qu'elle ait une telle capacité à la faire dérailler à une telle vitesse. Mais elle oublie vite sous la tendresse d'une autre caresse alors que Sameen descend ses mains pour les poser comme deux plumes voyageant en douces caresses euphorisantes sous son tee-shirt sur son ventre. Elle lui mordille le lobe de l'oreille gauche et Root gémit de plaisir quand elle lui en embrasse les moindres plis et l'interface commence à basculer en prononçant son nom d'une toute autre façon que tout à l'heure cette fois-ci. Ça fait comme un électrochoc à Sam qui se relève en l'entrainant. Elle la remet debout et la retourne pour qu'elles se fassent face. Elle lui caresse le visage, doucement et tendrement en essuyant les dernières traces de larmes, avant de l'embrasser doucement. Root ferme de nouveau les yeux en s'abandonnant au baiser, et Shaw ne perd plus une minute. Elle sent le désir de Root grimper en flèche comme le mercure d'un thermomètre en plein été dans le désert, et elle sait largement comment le satisfaire. Elle lui enlève ses vêtements sans que Root ne comprenne comment elle a pu faire si vite et à la fois si doucement, si tendrement. Elle a tous les sens à l'envers alors que Shaw la pousse sur le lit pour l'y allonger délicatement et se mettre au dessus d'elle. Mais alors qu'elle va l'embrasser Root reprend ses esprits.
- Attends, l'arrête-t-elle. C'est peut-être pas une bonne idée.
Sam lui sourit malicieusement et l'embrasse dans le cou avant de descendre sur l'un de ses seins. Une main lui caressant sensuellement l'autre, tandis que la deuxième trouve sa place dans le creux de son dos déjà cambré. Et Shaw sourit, Root peut dire ce qu'elle veut, chaque parcelle de son corps lui crie qu'elle a envie d'elle comme une folle à cet instant. L'interface perd ses deux mains dans la longue chevelure de Sameen, putain ce qu'elle aime s'y perdre dans ses cheveux, et elle gémit plus fort. Pourtant une parcelle de son cerveau reste légèrement lucide, ou en tout cas essaie.
- Et puis, soupire difficilement Root qui a de plus en plus de mal à parler face à ce qu'elle lui fait. Il … faudrait … qu'on … qu'on parle un peu toi et … toi et moi. Tu …
Shaw lui pose deux doigts sur les lèvres pour la faire taire.
- On discutera après Root.
- Mais …
- Pourquoi tu parles toujours autant ? soupire Shaw faussement excédée.
Elle se redresse et la regarde dans les yeux pour savoir si elle doit s'arrêter ou non, si Root a envie ou pas. Shaw sourit en coin, Root la regarde un peu contrariée, mais surtout le souffle court, totalement indécise entre l'envie de plonger dans ce désir que Shaw a embrasé pour elle et le besoin de lui parler. Sam s'en amuse, d'habitude c'est Root qui la fait marcher. Elle retire ses mains et se redresse sur ses coudes, un planté de chaque côté des hanches de l'interface. Sa tête est malicieusement appuyée, son menton sur ses deux mains. Elle l'observe totalement amusé pour le coup, Root est à sa merci totale et l'interface le sait très bien elle-même.
- Tu veux que je m'arrête peut-être ? lui propose Shaw
Pas de réponse, Root déglutit et la regarde emplie de désir pour elle. Bien sur que non elle n'a pas envie qu'elle s'arrête, et Shaw le sait. Elle se fiche carrément d'elle là tout de suite. Root a déjà cédé, ça se lit dans son regard. Un timide sourire s'affiche sur ses lèvres alors qu'elle a l'impression de l'avoir un peu retrouvée.
- C'est bien ce que je pensais, murmure Shaw en reprenant là où elle en était. Et ça tombe très bien parce que je n'en ai pas du tout envie non plus.
Elle lui arrache un long crie de plaisir. Et Root perd complètement la capacité de parler d'une manière censée pour ce qu'elle lui fait ensuite, son cerveau s'éteint net pour ne plus laisser que l'envie. Elle se met en mouvement comme si tout son corps se souvenait de Shaw, comme si c'était hier la dernière fois qu'elle l'avait tant aimée, alors même que ça fait si longtemps maintenant qu'elle ne l'a pas touchée, que personne ne l'a touchée d'ailleurs. Et elle s'accroche à elle. Elle la serre contre elle et l'embrasse dans le cou. Elle perd complètement la tête, complètement pied. Il n'y a qu'avec Sam qu'elle peut autant s'abandonner et se relâcher, car elle a confiance en elle. Et là ça fait si longtemps, elle en a tellement envie.
Shaw oublie tout le reste. Elle l'aime, c'est le seule truc qui clignote dans son cerveau. Ça et le fait qu'elle ne doit pas déraper. Elle n'est pas comme d'habitude pourtant mais elle ne se concentre que sur Root, son désir, celui qu'elle veut satisfaire. La rendre heureuse juste un peu là tout de suite. Mais surtout Shaw veut qu'elle imagine qu'elle-même se sent bien, qu'elle n'a rien. En faisant cela, elle veut effacer tous les doutes que Reese aurait pu faire naitre dans le salon. Shaw sait que Root n'est pas stupide, loin de là. Elle va vite finir par comprendre qu'il a raison, et par deviner en additionnant deux plus deux. Mais Shaw ne veut pas que ça se passe ainsi et que tout lui échappe à nouveau, elle veut lui dire au bon moment si tant est qu'il puisse y avoir un bon moment pour ça. Elle veut lui dire elle-même. Mais pas là. Là elle veut endormir ses soupçons. Et pourquoi nier que c'est très agréable d'avoir Root pour elle tout de seule, là tout de suite.
Cette dernière bascule plusieurs fois en criant, au sommet de son plaisir. Elle roule sur le lit sans s'arrêter de bouger et encadre de ses deux mains le visage de Sam. Sameen se raidit un peu de se retrouver ainsi dominée par Root, mais elle décide de ne pas s'arrêter la faisant gémir plus fort. Root passe ses mains sous son haut et lui caresse le ventre en cercles lents malgré l'intense plaisir qui la foudroie elle même violemment à cet instant alors que Shaw ne s'arrête pas. Elle commence à vouloir elle aussi déshabiller Sameen, à vouloir lui donner. Elle glisse ses mains derrière son dos et lui dégrafe son soutien gorge, et s'attarde un instant à lui caresser sa poitrine de ses deux mains.
- Root, lâche Sameen dans un souffle.
Elle hésite, elle n'en a pas envie, elle ne veut que Root, que satisfaire son désir. Une sirène d'alarme dans son cerveau et son propre désir s'enflammant se télescopent violemment par leur antagoniste, et elle est un instant perdue dans ce qu'elle veut alors que Root lui saisit le bas de son tee-shirt. Mais elle n'a pas le temps de le passer au dessus de sa tête que Shaw lui saisit les mains doucement l'arrêtant dans son geste et la bascule de nouveau sous elle, en lui capturant de nouveau les lèvres.
- Non, murmure-t-elle dans un sourire forcé sachant que Root ne se laissera pas berner par sa ruse. Laisse moi faire ça m'ira pleinement je t'assure.
L'interface cède. Leur relation est basée sur la confiance pleine et entière. Si Shaw n'est pas prête à s'abandonner entre les mains de Root en toute confiance, elle ne la forcera pas. Jamais. Elle se sent pourtant incomplète mais elle décide de la laisser la guider jusqu'au sommet. A bout de souffle, elle se relâche et s'installe contre elle alors que Shaw l'accueille dans ses bras. Root sourit en fermant les yeux et pose sa tête sur son ventre alors que Sameen lui caresse les cheveux d'une main. Root passe un bras par-dessus sa hanche et enserre de sa main libre celle de Sameen.
- Je sais que tu étais dans l'escalier.
- …
- Sameen, l'appelle Root.
- …
- Tu étais là depuis longtemps ?
- Assez longtemps. C'est pathétique non ? Devoir se planquer et écouter aux portes pour savoir ce que vous pensez de moi actuellement.
- On s'inquiète pour toi Sam.
Elle se redresse et la regarde dans les yeux. Shaw n'a même pas l'air fâché.
- Fais moi confiance Root, trouve-t-elle le courage et l'audace de lui dire. Je vais y arriver si tu me laisses du temps. Pour l'instant je ne suis pas prête à te parler, je suis désolée.
- Ne le sois pas, répond Root en reposant sa tête contre elle. J'attendrai, je t'attendrai toujours Sameen.
§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§
Louisa grimpe dans un arbre et elle adore ça. Un sacré sourire s'étale sur son visage. Lionel la regarde en secouant la tête mi-amusé mi-dépité de son attitude alors qu'elle se moque gentiment de lui depuis son perchoir.
- Tu fais de l'escalade ? lui demande-t-il quand elle redescend.
- Euh non.
- On dirait, réplique Lionel. Fais attention aux abeilles.
- Où tu vas ? s'inquiète-t-elle en le regardant s'éloigner.
- Voir où ils en sont.
Elle se dirige vers lui pour l'accompagner mais il l'arrête.
- Non reste ici, je reviens. Amuse toi avec Balou.
Elle le regarde partir déçue et secoue la tête. Ce qu'on pouvait la prendre pour une petite chose fragile ces derniers temps, à croire qu'elle était en sucre. Elle escalade un nouvel arbre et s'assoit sur une branche à califourchon.
- Allez Balou, monte toi aussi, ordonne-t-elle.
Le chien pose ses deux pattes avant sur l'arbre avant de renoncer et de gémir en tournant en rond autour du tronc.
- Tu es fainéant. Allez monte.
Balou s'assoit au pied du tronc et regarde l'enfant qui le surplombe.
- C'est parce que tu as peur que tu ne montes pas, lui affirme Louisa.
Le chien se couche au pied de l'arbre et attend. Il ne la quitte pas, Root lui a dit de rester avec sa fille. Louisa sourit et continue son ascension. Puis elle s'allonge sur une large branche et observe le ciel et la lumière qui filtre à travers les feuilles au dessus d'elle.
- Tu sais comment on fait les bébés toi Ariane ?
Si elle avait pu, l'IA aurait souri. La petite était aussi têtue et bornée que sa mère. Pas la peine d'esquiver. Il lui faudrait une réponse.
- Qu'est ce que tu sais sur ça ?
- Qu'il ne s'achète pas à Macy's dans le rayon bébé, et qu'il faut neuf mois pour que le bébé grandisse et sorte du ventre.
- Et qu'est ce que tu veux savoir ?
- Tout.
- Tu es un peu petite pour que je te parle de ça.
- Pff c'est idiot. Ça m'énerve qu'on me dise ça.
- Qu'on te dise non ?
- Non, qu'on me traite comme si j'étais sans cervelle.
- Ça t'arrive souvent ?
- Pas avec maman. Ni avec Sameen.
- Alors avec moi non plus, lui promet Ariane.
- Tu vas me répondre alors ?
- Pose moi ta question Louisa.
- Comment on fait rentrer dans le ventre le bébé au départ ?
- Il n'y a pas de bébé au départ. Il faut deux choses pour qu'il y ait un bébé. Ça se mélange et ça fait un bébé tout petit. Après il grandit pendant neuf mois.
- On dirait que tu parles d'un gâteau qui gonfle et cuit pendant neuf mois dans un four, rit Louisa.
- Louisa, sermonne gentiment Ariane. Mais c'est une belle image de la situation.
- C'est quoi les deux choses ?
- Un ovule créé par la mère et un spermatozoïde créé par le père.
- C'est trop bizarre, commente Louisa. Ils se le donnent ?
- Quand ils s'embrassent et qu'ils dorment ensemble, esquive Ariane.
- Ah, comprend Louisa en riant. Je vois. C'est ça que tu ne voulais pas me dire ? taquine-t-elle l'IA avec un sourire encore plus large.
Si elle avait pu Ariane se serait sentie rougir.
- Je savais déjà ce que font les grands quand ils s'aiment tu sais, rit-elle encore un peu. Les grands en parlaient à l'école pendant la récréation. Tu es encore là ?
- Oui.
- Mais maman et Sameen n'auront pas un bébé à deux du coup, réalise Louisa. Même si elles s'aiment très fort.
- Non, lui confirme Ariane.
- Et Sameen ? Elle pourrait du coup ? Si un jour elle aimait très fort un homme.
- C'est un peu plus compliqué que ça Lou, et je ne suis franchement pas certaine que Shaw veuille un bébé.
- Hum, ouais peut-être pas, confirme Louisa. De toute façon elle aimera jamais quelqu'un plus fort que maman.
- Je ne crois pas non plus.
- Pourquoi tu dis que c'est plus compliqué ? C'est facile en fait.
- Parfois les parents ne s'aiment pas.
- Comme mes parents, réalise Louisa tristement.
- Non pas comme tes parents, réplique Ariane animée par un profond désir de la consoler un peu. Tu sais tes parents s'aimaient au moins un tout petit peu à ce moment là. Ils ont choisi de s'embrasser, ils en avaient envie.
Louisa réfléchit un instant. Dans la vidéo, sa mère avait vraiment l'air amoureuse de lui quand elle l'embrassait.
- Oui c'est vrai. Mais elle lui mentait à ce moment-là.
- Elle ne lui mentait pas pour tout.
- Hum, j'espère. Mais Shaw a peut être raison. Peut être que ça n'a pas d'importance. Du moment que maman ne me ment pas.
Elle fait une longue pause en réfléchissant. Ariane se félicite de s'en être à peu près sortie. Louisa arrache quelques feuilles et les déchire en morceaux, complètement perdue dans ses pensées.
- Louisa, l'appelle Sameen depuis le jardin en la cherchant.
Lou se redresse alors que Balou a trahi sa position en accourant vers Shaw. Cette dernière lève la tête pour observer Lou qui est à quatre bon mètres du sol.
- Qu'est ce que tu fiches là haut ?
- Je m'amuse, lui sourit la petite.
- Tss. Descends, tu vas encore tomber et te blesser. Je vais faire ta piqûre et tu vas te coucher il est tard.
Elle tourne les talons et retourne dans la maison. Lou descend de son perchoir.
- Ariane, appelle-t-elle.
- Oui ?
- Je pourrai avoir un bébé moi aussi un jour ?
- Oui mais quand tu seras grande. Tu n'en veux pas un maintenant j'espère ? s'amuse-t-elle.
- Ben non j'ai déjà maman et Sameen à m'occuper.
Et elle rentre.
§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§
Root dort. Sameen la regarde en se disant que c'est surement sa faute, c'est elle qui doit l'épuiser par son attitude. Elle la recouvre d'un drap pour qu'elle ne prenne pas froid et attrape le téléphone de Root dans son jean resté à terre, en se disant qu'il lui en faudrait un à elle aussi, puis elle regarde l'heure. 23h39. Elle regarde un instant Root n'ayant pas le cœur de la réveiller alors qu'elle est si paisible. Elle décide de descendre pour s'occuper elle-même un peu de Louisa. Après tout elle ne pourra pas rester planquer ici indéfiniment comme un lapin dans son terrier. Elle n'était pas libre pour désormais choisir de s'enfermer seule dans une chambre. Elle se demande vaguement où est l'enfant à une telle heure, avant de décider de demander à Ariane en remettant son oreillette.
Quand elle descend, John et Fusco sont dans le salon et lèvent la tête à son entrée sans faire un commentaire. Ils regardent la télévision, une rediffusion d'un match de baseball à ce qu'elle peut entrapercevoir. Elle ne les regarde même pas avant de sortir chercher la gamine qui s'est fourrée elle ne sait pas encore où. Et elle la trouve perchée sur un arbre, comme un ouistiti. C'est pas vrai, elle va encore se casser la figure. Elle va finir estropiée si ça continue, mais elle décide de ne pas lui faire la leçon. La gamine lui sourit trop largement pour ça et Shaw prend vraiment sur elle-même car elle sait que le bonheur de Root passe par celui de Louisa. Et en plus elle ne fait pas vraiment quelque chose de mal.
Elle rentre suivie de Balou et de la petite quelques minutes plus tard. Elle monte avec elle dans sa chambre après qu'elle soit passée à la salle de bain, et lui fait son injection avant de la border.
- Maman ne vient pas ? s'étonne la petite.
- Elle dort, répond simplement Sam en installant les couvertures pour qu'elle n'ait pas froid. Et toi aussi tu dois dormir.
Elle marque une pause tout en cherchant son lapin en peluche qui a glissé sous le lit.
- Fais pas cette tête, reprend-elle en lui lançant la peluche, tu la verras demain. Allez bonne nuit.
- Attends, appelle Lou en commençant à se ronger un ongle, tu me lis une histoire ?
- Louisa, soupire Shaw. Tu sais bien que je ne lis pas les histoires. Dors il est tard.
- Mais …
- Lou, ça suffit je ne suis pas maman. Dors.
La petite soupire et s'allonge dans le lit. D'ordinaire, elle n'aurait jamais demandé ça à Shaw, ben sur qu'elle le sait que Sameen ne fait pas dans les histoires du soir, dans les câlins et dans les baisers du bonne nuit. Mais maman n'est pas là, et elle a un peu peur. Shaw éteint la lumière et lui tourne le dos ne la voyant pas commencer à paniquer en serrant son lapin pour se réfugier cachée sous les draps. Sam ferme la porte sans ajouter un mot et redescend dans le salon pour voir la fin du match. Elle croise un Lionel fatigué qui monte se coucher en lui souhaitant le bonsoir, et elle déglutit quand elle comprend qu'elle sera seule avec Reese. Tant pis.
Il ne fait aucun commentaire alors qu'elle s'assoit dans le canapé à côté de lui. Les Orioles de Baltimore mènent de peu face aux Braves d'Atlanta. Shaw se lève pour se prendre un café, et dans la foulée elle en prépare un pour lui. Elle lui tend sans un mot et sans un regard avant de s'installer de nouveau confortablement dans le fauteuil, les genoux repliés et le coude appuyé sur le bras du canapé. Reese sourit malgré lui. Enfin un geste sympa de sa part à son égard. Ça pourrait paraitre si peu, mais il comprend ce que Shaw essaie de faire. Le match se finit une demi heure plus tard et John se lève toujours sans prononcer un mot. La journée l'a épuisé et le quasi passage à tabac que Shaw lui a infligé n'a rien arrangé.
- Attends, le retient-elle.
Il se tourne vers elle mais elle se dirige déjà vers la cuisine. Il la suit un peu dubitatif. Sameen a sorti un sac plastique d'une armoire et est déjà en train de le remplir de glace au réfrigérateur.
- Mets ça, ordonne-t-elle. Tu ressembles à un panda.
Et elle le plante là pour monter dans sa chambre.
- Merci, lui répond Reese.
Elle grommelle des paroles inintelligible dans l'escalier, dont il ne perçoit rien de bien clair. Mais ça le fait sourire alors qu'il applique la poche de glace sur sa pommette. Il ferme les lumières et monte à l'étage. Quelle journée !
§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-
§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§
Un petit appel discret, comme un chuchotement au creux de l'oreille droite. Elle gémit de mécontentement alors que les brumes du sommeil la quitte un peu. Elle se renfonce pourtant dans la torpeur. Un nouvel appel. Root grogne et se réveille complètement courbaturée et … nue. Elle sourit, cet instant avait été vrai, elle n'avait pas rêvé. Le noir empli la pièce, ainsi que le silence. Elle tâtonne un instant de la main sur le matelas. Shaw est à côté d'elle, sa respiration calme et son léger ronflement lui indique qu'elle dort à point fermé. L'interface se penche vers elle et dépose un baiser sous son oreille. Shaw gémit mais ne se réveille pas, au grand bonheur de Root. Puis elle se lève et cherche sont téléphone à tâtons dans le noir mais ne le trouve pas.
- Il est quelle heure ?
- 3h49
- Ah et tu …
- Il faut que tu descendes au salon. Mais sois discrète.
Root fronce les sourcils mais obéit. Elle est déjà à la porte quand Ariane l'arrête.
- Quoi ? interroge Root mal réveillée.
- Tu devrais t'habiller tu ne crois pas ? sourit Ariane.
- Ah, percute Root avec un large sourire. C'est pas bête.
§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§
Il s'est réveillé seul, dans le noir, dans une pièce inconnue. Sans téléphone, ni rien. Il en a pesté de colère, s'est levé, a allumé la lumière pour se rendre compte ensuite que la porte de la chambre où on l'a mis est fermée à clé. Piégé, prisonnier. D'en colère, il en est devenu furieux. Il a fait le tour de la pièce, rien ne pourrait l'aider, elles avaient bien sûr pensé à tout. Il a vu deux plateaux repas posés pour lui. Malgré sa colère, la faim l'a poussé à manger. De l'excellente cuisine en passant, remarqua-t-il tout de même. Puis il a réfléchi. La fenêtre pouvait s'ouvrir mais il ne pourrait pas sauter depuis cette hauteur. Il a tenté de forcer la serrure mais il n'a pas réussi. Il s'est alors laissé tomber, allongé sur le lit. Il fallait qu'il sorte d'ici, qu'il répare les dégâts qu'elle avait fait, qu'il tente de raisonner la Machine. Puisqu'il ne parvenait pas à faire entendre raison à son équipe, il allait changé de tactique. Il allait directement lui parler, essayer de l'amadouer, de lui faire entendre raison sur ce qu'elle était et donc sur la condition qui devait être la sienne dans ce monde. La Machine était surement la seule ici à avoir encore un minimum de respect pour lui, elle lui devait d'exister. Elle l'écouterait, il en était certain. Tout à l'heure elle avait voulu lui parler. Il avait fat une erreur en refusant. Et voilà où elle l'avait mené. A la réflexion, il avait fait une erreur bien avant cela. Il avait fait une erreur en la créant, et depuis il avait tout perdu. Grace, Nathan, et maintenant même John n'était plus de son côté. Depuis qu'Elle existait sa vie n'était qu'un enfer. Une succession d'erreurs qui ne faisaient que s'ensuivre à cette toute première et originelle défaillance. Il fallait qu'il y remédie, ça suffisait, Elle avait déjà fait assez de mal comme ça et à assez de monde. Il allait limiter les dégâts au maximum. Il savait que ce que Root avait fait pouvait être annulé ou modifié. Cette idiote de traitresse avait-elle oublié qui il est ? Il avait créé la Machine. Root était certes douée et elle et la Machine s'appréciaient beaucoup (trop même pensa-t-il), mais il restait indéniable qu'il l'avait créée. Pas Root. La Machine le savait, elle ne devait rien à Root, elle lui devait tout à lui. Il était doué, bien plus que Root, rien que le fait d'avoir créé la Machine en était la preuve irréfutable. Il pouvait régler la situation, il n'en doutait pas.
Mais comment sortir d'ici ? Il soupire et ferme les yeux. Il fallait réfléchir. "Quand on ne cherche pas on ne trouve pas Harold" lui répétait souvent son père quand il était petit. Hum bon alors quelles sont ses options ? Sauter par la fenêtre ? Pas bon, il est déjà assez handicapé comme ça, ils le ramasseront à la petite cuillère dans le meilleur des cas. Attendre patiemment derrière la porte pour sauter sur le premier qui entrera ? Pas bon non plus, il est bien moins fort qu'eux. Il lâche un profond soupir, il ne restait plus qu'à jouer la comédie, mais il n'en avait pas envie, il sait très bien, vu sa colère, qu'il ne saura pas être crédible. Impossible de rester ici, de ne rien faire. Il ouvre les yeux une nouvelle fois et ils se posent sur le mur en face de lui. Soudain il se redresse. Il a trouvé. Enfin ce ne sera pas simple, mais il n'a pas le choix. Il se relève et attrape une fourchette sur son plateau pour dévisser les quatre vis de la grille de ventilation située dans le bas du coin droit du mur. Puis il entre dedans, non sans difficulté vu la largeur étroite du conduit, et il se faufile à la vitesse d'une limace. Il s'arrête plusieurs fois pour reprendre son souffle. La difficulté est pire que ce qu'il avait prévu, il transpire beaucoup et pense à abandonner plusieurs fois. Il ne sait même pas où il va. Il a mal au dos, au cou, une vrai horreur. Il peste intérieurement contre Root, contre Sameen, contre la Machine, contre tout le monde en fait pour ne pas l'avoir écouté et pour le contraindre à vivre une telle épreuve. Il s'aide de ses mains pour se hisser, ou plutôt se trainer, le long du conduit centimètre par centimètre malgré les nombreux câbles électriques qui s'accrochent à lui et le retiennent comme des lianes dans la jungle. Il y a plusieurs bifurcations, il choisit au hasard celle de gauche. Puis celle de droite. Il s'arrête à bout de souffle devant une descente raide. Puis il s'y engage se laissant glisser tête la première. Il place ses mains devant lui en protection d'un éventuel obstacle qu'il ne peut pas distinguer dans le noir complet où il est plongé. Mais la descente du conduit se finit en pente douce, et ses mains finissent par heurter avec douceur une autre grille. Fermée. Il force pendant une bonne demi heure, mais elle finit par s'ouvrir et il atterrit tête la première sur le carrelage de la cuisine. Il se relève lentement et se réjouit de voir la pièce sombre complètement vide. Il se saisit d'un couteau tranchant, il pourrait toujours servir. L'ordinateur de Samantha est toujours posé au même endroit.
Il ne perd pas de temps. Trop sure d'elle-même Samantha n'a même pas pris la peine de le ranger, de le cacher. Quelle grossière erreur ! Il en sourit de contentement en forçant le mot de passe. Ce sera facile maintenant. Ou pas. Il pince les lèvres de s'être emballer trop vite. Elle a fait du bon travail il doit bien le lui reconnaitre. Root, la racine, celle qui se cache sous terre. Elle avait bien choisi son nom. Elle ne le voyait surement pas de cette manière. Ou en tout cas pas que de cette manière. La racine. Celle grâce à qui la vie était possible pour l'arbre. C'est ainsi qu'elle devait se voir, comme celle qui donnait la vie, qui avait donné vie à la Machine. Pff elle avait tort, c'est lui qui avait donné vie à l'IA. Et c'est lui qui allait y mettre un terme. Dans son esprit perturbé, mademoiselle Groves verrait ça comme un meurtre. Mais pas lui, c'était une machine, rien qu'une machine, pas une personne. Et vu le nombre de gens qu'elle avait massacré, elle n'aurait franchement aucune leçon à lui donner. Finch tape plusieurs minutes sur son ordinateur. Accès admin. Refusé. Il s'empourpre de colère. Comment avait-elle pu oser ? Accès code source. Refusé. Il fronce les sourcils, tape encore quelques instants. Accès autorisé. "Enfin", soupire-t-il intérieurement. Il tape plusieurs lignes de codes, plusieurs mots de passe pour passer les pare-feux qu'il a lui-même créé. Mais rien ne fonctionne, elle a tout changé, tout modifié. Sauf le code source, Root a au moins dit vrai sur ce point. Triste consolation. Elle lui a offert tant de capacité, trop de capacité. Le pouvoir illimité qui s'étale sous ses yeux l'effraie. Jamais la Machine ne pourrait ne pas en ressortir altérée et pervertie. Il soupire. Aucune action n'est possible, il ne parvient pas à faire quoique ce soit. Il va devoir prendre des mesures plus drastiques. Trouver la Machine pour directement intervenir sur le serveur central. Il tape plusieurs instants. Recherche localisation … Soudain l'écran grésille et devient noir. Quelques mots s'y écrivent.
- Non Harold, s'il-vous-plait.
Il choisit de les ignorer, efface l'écran et reprend sa recherche où elle en était. Elles le regardent faire calmement. Ariane l'avait laissé rentré, elle ne voulait pas le mettre tout de suite à la porte de son système. Elle savait que ça le mettrait encore plus en colère et elle voulait calmer son créateur, mais elle ne pouvait pas le laisser faire. Mais si c'était ce qu'il voulait elle allait lui donner une réponse.
Harold sourit de contentement quand sa recherche aboutie. Des coordonnées GPS. 57°40'48.4"Nord et 15°43'27.1"Ouest. Il cherche une milliseconde. Elle le mène au large de l'Irlande, en beau milieu de l'Atlantique nord.
- Mais il n'y a rien, s'étonne-t-il perplexe.
Il se lève soudain brandissant son couteau et se retourne quand il entend une arme se charger derrière son dos. Et il comprend qu'il s'est fait avoir. Root était là depuis le début, tout comme la Machine. Il n'est pas entré dans son système, elle l'a laissé entrer. L'interface émerge de l'obscurité armée d'un glock qu'elle pointe sur lui. Elle n'avait pas voulu se faire avoir deux fois de suite et elle avait pris une arme sachant que de toute façon elle ne pourrait pas lui tirer dessus.
- Non c'est vrai, lui confirme-t-elle calmement. Quand j'ai moi même cherché, Ariane ma donné des coordonnées menant au fond du lac Tahoe, puis une heure après des coordonnées menant dans le village de Gabazi en Afrique du sud. Et j'ai fini par comprendre qu'elle ne me le dirait pas mais que ça n'avait pas d'importance pour que je lui fasse confiance. Si je ne parviens pas à la trouver, personne n'y parviendra. Pas même Samaritain et elle sera en sécurité.
Elle marque une pause et s'approche encore de lui alors que Finch est toujours aussi médusé d'avoir ainsi été abusé. Il ne parvient pas plus à remuer un muscle, qu'à desserrer les lèvres. Que va-t-elle lui faire ? Se venger pour ce qu'il a tenté sur mademoiselle Shaw ?
- C'est une petite cachotière, reprend-t-elle gaiement. Elle ne veut pas me dire où elle est, pour ne pas se mettre en danger si Samaritain nous torture pour le savoir, et aussi pour qu'il finisse par arrêter de nous torturer quand il verra qu'on a pas la moindre idée de réponse à cette question.
Elle agite doucement et négligemment son arme vers lui pour le pousser à coopérer en souplesse. Finch pose son couteau au sol lentement et lève doucement les mains en l'air en la regardant avec colère. Root l'observe tristement, comment avait-on pu en arriver là ? Elle range son arme dans son dos alors qu'il baisse les bras, et elle ferme la distance qui les sépare pour se retrouver bien en face de lui.
- Je serais quand même assez surprise de savoir comment vous avez fait pour arriver ici Harry.
Il déglutit.
- Par le conduit de ventilation.
Elle le regarde franchement surprise.
- Vous avez dû vous faire mal, soupire-t-elle contrariée.
Il la fusille du regard. Un court silence pesant, gênant.
- Je vais me préparer un thé. Vous en voulez un ?
- Pardon ? s'étonne-t-il perplexe.
Il ne s'attendait pas à ça.
- Un thé, répète-t-elle sur le ton de l'évidence en s'arrêtant et en se retournant vers lui alors qu'elle s'éloignait déjà vers la cuisine. Et une petite part de gâteau non ?
- Comment avez-vous su que j'étais là mademoiselle Groves ? réplique-t-il avec colère.
- Ah pas de petite part de gâteau alors, soupire Root en cessant de marcher vers la cuisine pour se retourner vers lui en pensant qu'il n'est pas très prudent de lui tourner le dos en ce moment.
Il la regarde avec colère. Mais elle aussi est en colère, il a été trop loin aujourd'hui.
- Je savais que vous viendriez ici tôt ou tard Finch, rétorque-t-elle plus sérieusement et plus sévèrement, comme un rat attiré par le fromage. Et Ariane aussi le savait, elle a surement dû me prévenir quand vous êtes parvenu jusqu'à la cuisine. Vous ne m'avez pas entendu descendre, je sais être très discrète quand je veux.
Harold baisse les yeux et soupire. Root s'approche de lui et pose une main amicale sur son épaule.
- Harold, murmure-t-elle. Avant on se parlait sans se hurler dessus, sans se frapper. Je ne veux pas que ça se passe comme ça entre nous.
- Mais vous n'aviez pas détruit ce que j'ai créé pour le transformer en quelque chose de monstrueux à ce moment là.
Il soupire de nouveau.
- Pourquoi avoir fait une telle folie mademoiselle Groves ? demande-t-il sincèrement les larmes aux yeux.
- Parce qu'on est en train de perdre Finch. Je ne l'aurai surement jamais fait, je n'aurai jamais osé, mais …
Elle s'arrête.
- Mais … la relance-t-il curieux de connaitre sa bonne excuse.
- Je l'ai fait pour elle, murmure-t-elle doucement.
- Oui, s'agace-t-il, pour la Machine je sais. Vous n'avez que cette excuse là à la …
- Pour Louisa, le coupe-t-elle.
- Pardon, s'étonne-t-il. Qu'est ce que Louisa a à voir dans cette décision loufoque ?
- Tout, lui répond Root.
- C'est parce qu'ils ont torturé votre fille, comprend Finch avec douceur.
Il soupire. Il n'est pas un monstre, ni un salaud. Il aime la gamine, elle ne mérite pas ce qui lui est arrivé.
- Je comprends votre colère, ce besoin d'agir. Mais pas comme ça.
- Il n'y a pas d'autre option. Samaritain ne veut pas juste torturer Lou. Il veut qu'elle soit à lui.
- Il ne lui fera peut-être pas de mal alors ?
- Il la démolira, réplique Root furieuse. Il veut détruire Ariane, et me détruire moi.
- Je pense que vous surestimez l'importance que vous avez aux yeux de Samaritain.
- Non. Je vous assure que non. Samaritain me voulait moi au départ. Aussi bien pour détruire Ariane, car il sait que j'en suis l'interface et que j'avais un implant, que pour me détruire moi. Il me voulait mais de son côté, pas son ennemi. Mais il a vu qu'il n'obtiendrait rien de moi. Alors il a décidé de s'en prendre à ma fille. Choix qui n'a rien de désintéressé ni d'hasardeux, il me déteste et m'en veux pour avoir osé m'opposer à lui. Louisa c'est ce qui m'atteindra encore plus que Sameen et il le sait, car Sam n'a jamais cédé, mais Louisa avec le temps, il la fera craquer, elle est bien trop petite pour lui résister. Ce qu'il veut c'est me la prendre et la conditionner.
Harold secoue la tête doucement. C'est ridicule, à un point. Que pourrait faire Samaritain d'une enfant ?
- Et quelle preuve avez-vous pour appuyer ce raisonnement déraisonné dont vous semblez si sûr ?
- Il ne nous a pas tué Harry, ça c'est la preuve. Il a gardé Shaw et Lou vivantes pour m'atteindre moi, me faire plier. Mais maintenant il ne veut que Louisa, il nous tuera toutes les deux Harry, et ensuite il vous tuera vous et John et Lionel. Et Louisa sera toute seule. Je ne voulais pas faire ça sans vous parce que je vous respecte et que je vous aime, vous êtes un ami très cher. C'était plier face à vous ou mourir face à Samaritain.
Elle marque une pause et pose les yeux sur l'ordinateur.
- Et j'ai plié, confirme-t-elle. J'ai plié au désir d'Ariane, à mon envie de la libérer, et à mon besoin de tous nous protéger. Vous avez raison je suis coupable de ça, je suis coupable de vouloir bien faire pour nous tous.
Harold soupire.
- Je suis aussi coupable que vous mademoiselle Groves.
Elle se tourne vers lui surprise. Une pointe d'espoir renait en elle. Se pourrait-il qu'il comprenne enfin, qu'il lui pardonne ?
- Je n'aurai jamais dû la créer, finit-il.
- Non ne dîtes pas ça Finch, s'alarme-t-elle. C'est affreux. Elle est merveilleuse. Vous ne pouvez pas vouloir la détruire. Sans elle, il n'y aura plus … plus rien, achève-t-elle.
- Mademoiselle Groves, le monde se portait très bien sans la Machine. Il en sera de même quand elle ne sera plus là.
- Si vous faites ça, des gens mourront, des gens que l'on pourrait sauver. Et sans elle, Samaritain nous tuera.
- Je sais tout ça, s'énerve-t-il. Pensez vous que je l'ignore ? Que ce ne soit pas les deux seules raisons qui me poussent à ne pas la détruire.
- …
- Mais c'est ainsi, poursuit-il. Je ne peux rien faire à une situation que j'ai moi-même créé. Je regrette sincèrement qu'à cause de cette décision que j'ai prise, vous ayez toutes les trois tant souffert, et qu'au final vous ayez vous-même été poussée à prendre une décision encore pire que la mienne. Vous l'avez peut-être prise au fond pour de bonnes raisons, mais ça reste une mauvaise décision. Et je ne vous soutiendrez pas.
Root encaisse la nouvelle, et la douleur que ce qu'il vient de dire lui occasionne et elle imagine celle d'Ariane alors qu'il vient d'annoncer qu'il regrette de l'avoir créée. Mais elle acquiesce.
- Qu'est ce que vous allez faire maintenant ? finit-elle par s'enquérir.
Elle retient ses larmes alors qu'elle s'attend au pire, et à ce qu'il lui dise qu'il va partir et ne jamais revenir. Elle ne peut pas accepter l'idée de ne jamais le revoir. Sait-il à quel point il compte pour elle ? Pour Ariane ? Elle se demande vaguement avec colère s'il en éprouve même un quelconque intérêt.
- Je vais repartir à New-York. Les numéros vont continuer de tomber je suppose ?
Elle acquiesce vivement en reprenant espoir. Il allait continuer. Tout espoir d'une réconciliation un jour n'était donc pas perdu. Il comprendrait son choix, il verrait tous les bienfaits et les avantages qui en ressortent, et il l'acceptera. Il la pardonnera. Et un jour il pardonnerait à Ariane.
- Je ne sais pas si monsieur Reese …
Il s'interrompt très incertain de l'avenir.
- Il m'a dit qu'il souhaitait repartir s'occuper des numéros non pertinents à New-York, lui confirme-t-elle. Il ne voudra qu'une chose pour cela.
- …
- Que vous ne le laissiez pas tomber dans cette lourde entreprise. Mais Sameen et moi-même ne viendrons pas tout de suite Finch. Nous allons nous battre avec Ariane directement contre Samaritain. La situation ne peut pas continuer ainsi.
- Faites ce que bon vous semble mademoiselle Groves, il me semble que mon avis vous importe assez peu désormais. Mais sachez le, vous êtes seule dans cette entreprise car je n'affronterai pas Samaritain pour tuer ses agents aussi mauvais soit-il.
- Je ne serai jamais seule Harry, ne vous inquiétez pas pour moi. Ariane veille toujours sur nous. Je vous le répète, elle nous aime.
- Ne vous attachez pas trop à croire ce genre de foutaises mademoiselle Groves car un jour vous pourriez bien vous réveiller en vous apercevant qu'elle vous aura pris beaucoup de choses importantes dans votre vie, des choses qui comptaient pour vous et que vous ne pourrez jamais retrouver, à côté desquelles vous serez passé.
Elle secoue la tête. Il avait tort, Ariane lui avait donnée beaucoup au contraire alors qu'elle n'avait plus rien depuis des années. D'abord sa confiance, sa compagnie, puis son amour, et si Root avait une vie à laquelle elle tenait aujourd'hui c'était grâce à Ariane. Il lui agrippe les mains dans les siennes dans un geste supplicateur.
- Abandonnez mademoiselle Groves, je vous en prie. Il est encore temps. Oubliez Samaritain, la Machine. Partez, vivez votre vie.
- Je ne peux pas Harold. C'est trop facile qu'ils s'en tous sortent ainsi après ce qu'ils nous ont fait. Que Samaritain gagne et qu'Ariane périsse.
- Serait-ce si dramatique dîtes moi ?
- Je ne veux pas que ma fille grandisse dans ce monde. Pas dans son monde. Je veux qu'elle soit libre et indépendante, pas une marionnette.
Il la lâche.
- Je vous souhaite bonne chance alors, lui réplique-t-il. Sincèrement. Mais je ne peux cautionner le bain de sang qui suivra votre vendetta vengeresse.
Il marque une pause.
- Que dieu soit avec vous et puisse-t-il vous guider un peu dans vos choix pour que vous ne vous perdiez pas complètement. Qu'il soit avec vous, car moi je ne le serai pas.
- Je comprends, déglutit-elle. J'espère juste ne pas déjà vous avoir perdu vous ? finit-elle timidement.
- …
- Ce serait trop dur Harold.
- Seul l'avenir nous le dira mademoiselle Groves. En attendant puis-je vous demander un service ?
- Bien sur.
- Pourriez vous ouvrir la porte de ma chambre pour que je puisse aller me recoucher ? Je ne vais pas parvenir à repasser par la ventilation.
Elle sourit enfin largement.
- Je ne vous enferme plus c'est promis, mais arrêtez de prendre des armes, ça ne vous correspond pas.
- Hum, grommelle-t-il sans relever. Je partirai demain sans doute. Ou après demain.
Elle acquiesce. Elle le précède dans les escaliers et lui ouvre la porte de la chambre. Elle sait qu'il ne tentera rien, ni contre elles ni contre Ariane. Cette dernière la préviendra de toute façon. Il la salue d'un signe de tête avant de refermer la porte et Root souffle en souriant un tout petit peu. Elle a fait de son mieux.
En revenant vers sa chambre à l'autre bout du couloir, elle s'arrête quand elle voit Louisa l'attendre devant la porte de sa chambre en se dandinant d'un pied sur l'autre.
- Ben alors ma puce qu'est ce que tu fais là ? demande Root avec un sourire.
Lou regarde ses pieds en serrant son lapin. Root fronce les sourcils. Un truc cloche. Lou n'a pas peur de venir la voir au milieu de la nuit si elle a peur. Sa mère s'agenouille vers elle.
- Tu as fais un cauchemar ?
Pas de réponse. Lou déglutit. Root attend patiemment.
- Non ça va, finit-elle par marmonner. Je pensais qu'on pouvait se lever peut-être.
- Il est 4h du matin ma Lou.
La gamine reste fixée sur ses pieds. Root voit une petite larme couler sur sa joue.
- Tu veux venir dormir avec moi et Sameen ? propose-t-elle.
Lou acquiesce en la regardant enfin. Root lui envoie un sourire rassurant, ouvre la porte et la dirige lentement sous les draps en la portant. Soudain elle remarque.
- Qu'est ce que tu as fais de ton pantalon de pyjama ?
- Rien, répond Louisa sans la regarder.
Root fronce les sourcils. Elle s'allonge à côté d'elle et ferme les yeux. Pourtant elle ne parvient pas à trouver le sommeil, ça la contrarie. Elle se relève, Lou ne la quitte pas des yeux cette fois-ci. Root sort et se dirige vers sa chambre allumée que la petite a dû quitter précipitamment dans un mouvement de panique, pour trouver confirmation dans son lit de ce qu'elle soupçonnait déjà. Elle change les draps et éteint la lumière en refermant la porte. Puis elle passe mettre les affaires sales dans le bac à linge de la salle de bain, et elle retourne se coucher. Lou la regarde entrer en serrant son lapin. Root s'allonge sans faire de commentaire et l'installe contre elle un bras autour de ses épaules.
- Tu avais oublié d'éteindre ta lumière, lui dit-elle simplement.
- Ah.
- Bonne nuit ma puce.
- Je suis désolée, murmure Lou. Ça ne m'était jamais arrivé tu sais ?
- Oui je sais, répond Root sur un ton léger en l'embrassant dans les cheveux. Ne t'en fais pas ça n'a aucune importance. Rendors-toi.
- Tu ne le diras à personne hein ?
- Jamais et à personne.
- Merci. Bonne nuit maman.
Root l'enserre dans ses bras. Elle sent soudain une main frêle se poser sur son bras. Elle ouvre les yeux pour entrapercevoir dans l'obscurité Sameen qui est réveillée. Root referme les yeux. Il faut dormir, ça a vraiment été une sale journée. "Enfin pas que" pense-t-elle en serrant la main de Shaw. Il y avait eu un bon moment.
§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§
- C'est par où New-York ? demande Lou en tournant en rond sur place dans le jardin comme si un panneau de signalisation allait soudain apparaitre pour lui indiquer la direction.
- A l'est, répond Sam sans ouvrir les yeux.
Elle a préféré s'allonger dans le jardin. Elle a la paix ici. Au moins à peu près si on excepte Louisa et ses incessantes questions. Elle ne peut pas rester dans la maison. Elle avait prévenu Root, si elle le voit elle risque de vraiment déraper et de le tuer.
- Ah, répond la gamine sans comprendre.
Shaw ouvre les yeux. Elle a une idée. Lou ne demande pourtant pas plus d'explication. Ça n'a rien d'étonnant et Sam le sait. Elle et Root ont toutes les deux fait comme si de rien n'était ce matin en se levant. Lou n'a pas osé regardé Shaw, restant pratiquement cramponnée à sa mère qui a fini par la prendre à bras pour descendre prendre son petit déjeuner. Louisa avait les yeux cernés, elle avait eu une très mauvaise nuit refaisant un nouveau cauchemar avant le levé du jour. Elle s'était réveillée en hurlant et en pleurant. La peur était humiliante, terrifiante. Root avait été extraordinaire, elle l'avait prise dans ses bras et s'était levée pour la bercer doucement comme elle la berçait bébé à la bibliothèque. Louisa s'était rendormie dans ses bras en suçant son pouce. Et quand sa mère et Shaw s'étaient levées quelques heures plus tard, elle s'était réveillée dans la même position. Elle s'était reprise tout de suite en l'enlevant de sa bouche. Mais qu'est ce qui lui arrivait ? Elle ne suçait pas son pouce. Elle avait rougi de honte comme une tomate. Heureusement Sameen n'avait fait aucun commentaire, elle n'avait même pas posé les yeux sur elle, elle était sortie sans un mot alors que Lou était incapable de lâcher le bras de sa mère. Root n'avait fait aucun commentaire elle non plus, elle l'avait juste prise à bras voyant que la petite n'était pas en état de réagir pour descendre. Louisa s'était détendue au petit déjeuner malgré Finch qui était descendu et s'était installé sans un mot à sa gauche. Shaw avait choisi d'ignorer royalement sa présence et était sortie de table. Puis Louisa avait décidé d'aller prendre l'air elle aussi. La forêt était trop super pour ne pas en profiter.
- Ariane ?
- Je sais à quoi tu penses Shaw, et c'est possible. Root doit justement aller faire des courses. Fais lui ta liste.
- Elle ne va pas aller faire les courses toute seule, s'alarme-t-elle. On est recherché par Interpole. Depuis quand elle est aussi inconsciente ?
- Lionel va avec elle. Et Root et toi avaient une nouvelle identité. Ne t'inquiète pas, elle sait passer inaperçue, c'est une de ses spécialités. Elle s'en sortira et je veille sur elle.
- Hum, grommelle Shaw. Ça ne me plait pas quand même de la laisser y aller sans moi. Et il est hors de question que je laisse cet imbécile ici sans surveillance.
- Euh qui ça ?
- Harold, enrage-t-elle. Qui d'autre ?
L'IA ne relève pas. Sam se lève pour aller rejoindre Root qui en effet se prépare.
- J'aurai besoin de quelques petites choses.
- Ok.
Shaw lui explique son idée et Root se fend d'un sacré sourire. Pour quelqu'un qui disait s'en foutre des gens, elle avait très à cœur de les contenter.
- Très bien Sameen. Autre chose ?
- …
- Un truc que tu voudrais manger en dehors d'un bon steak bien évidemment ?
Shaw réfléchit une minute.
- Des oranges et des chips dans de la moutarde très forte.
Root hausse les sourcils et secoue la tête amusée.
- Pourquoi Samaritain s'acharne-t-il à vouloir te tuer ? Tu vas y arriver toute seule.
- Ouais je te confirme que pour ça je m'en sors assez bien toute seule, lui répond sombrement Shaw.
Root déglutit et perd son sourire.
- Désolée Sam, je ne voulais pas …
- Laisse tomber, la coupe Sameen. Tu ne vas pas aller faire des courses habillée comme ça ?
Root fronce les sourcils sans comprendre et baisse des yeux sur sa tenue. Un jean et une chemise noire. Rien d'exceptionnel.
- Euh pourquoi ?
- Root, on est recherché par toutes les polices du pays, et même du globe.
- Ils nous ont un peu oublié depuis quelques jours et ne t'inquiète pas Bayfield est une petite ville comme je les déteste, je n'ai pas l'intention de m'y éterniser.
- C'est quand même non. Tu n'y vas pas comme ça.
- Tu vas me relooker Sam ? sourit Root.
- Idiote, marmonne-t-elle en la trainant déjà vers l'étage.
Elle ouvre quelques tiroirs et l'armoire de leur chambre tandis que Root attend sagement assise sur le lit en l'observant. Shaw peste, leur dressing de Brooklyn lui manque, tout y était mieux ranger. Mais Ariane avait fait pour un bien, et elle avait fait meublé et remplir les armoires de linges. C'était délirant ce qu'une boite de conserve pouvait avoir l'esprit pratique pour des choses qui ne la concernait pourtant pas. Sam finit par trouver ce qu'elle cherche. Elle lui enroule la tête d'un foulard, et ajoute des lunettes de soleil noire. Root s'observe un instant dans le miroir. La voilà camouflée, et elle trouve le résultats très … incertain. En fait elle déteste.
- Et tu n'enlèves rien, la met en garde Shaw comme si elle lisait dans ses pensées.
- J'ai déjà trop chaud, soupire Root excédée en bougeant déjà le foulard pour dégager le front et quelques mèches.
Shaw se plante devant elle et le remet en place comme il était.
- Tu n'enlèves rien, répète-t-elle d'un ton sans réplique.
Root lui sourit.
- Ah si tu veux m'enlever toi-même mes vêtements ça me va très bien aussi. C'est même mieux en fait.
- Au moins je suis sure que comme ça tu rentreras vite.
- C'est une proposition Sameen ? rit Root.
- Tss, soupire Shaw en levant les yeux au ciel et en tournant les talons.
Elle sourit pourtant en coin au moment de sortir et Root n'est pas dupe. Elle se rend au salon et attrape les clés de la Porsche. En se rendant au garage, Fusco reste ébahi devant la voiture et Root lui sourit.
- Tu veux conduire Lionel ? lui propose-t-elle.
Il la regarde interdit et elle sourit plus largement en lui lançant les clés pour aller s'asseoir côté passager.
Sameen entend la voiture partir depuis le jardin où elle s'est de nouveau installée.
- Ah, murmure Louisa dégoutée en attirant son attention. Qu'est ce que c'est que ce truc ?
Sam lève les yeux au ciel quand elle voit ce qu'elle pointe du doigt d'un air inquiet et dégouté.
- Tu es bien une fille de la ville toi.
- Pourquoi ?
La petite bête avance doucement. Lou n'a jamais vu un truc pareil.
- C'est un hérisson Lou, répond Sam sur le ton de l'évidence excédée.
- Ça mord ?
- Mais bien sur que non. Il se met en boule pour se protéger avec ses pics quand il a peur.
- Il est pas rapide, observe Louisa en approchant sa main.
- N'y touche pas, je t'ai dit qu'il piquait. Fous lui la paix à cet animal.
- C'est par où l'est ? enchaine Louisa en abandonnant le hérisson.
- Par là, indique Shaw en montrant du doigt sans se soucier que la petite saute du coq à l'âne.
Elle voit John et Harold sortir.
- On va marcher un peu sur la plage ? propose-t-elle soudain.
Lou la regarde surprise, jette un coup d'œil à Harold qui lui lance un timide sourire, puis se tourne à nouveau vers Shaw et acquiesce.
Finch soupire en les voyant partir.
- Je pense que je peux les comprendre, murmure-t-il.
- Ne vous inquiétez pas Harold, elles vous pardonneront pour hier, avec le temps.
- Vous croyez ?
- On fait tous des erreurs Finch. C'est vous qui m'avez appris que l'important c'était de faire mieux par la suite pour se racheter. Vous êtes quelqu'un de bien, vous avez juste commis une erreur, elles aussi. Laissez leur du temps.
Finch acquiesce puis se tourne vers lui.
- Il faut que nous retournions à New-York monsieur Reese. Les numéros n'attendront pas. Viendrez-vous avec moi ?
- Bien sur Harold. Vous m'avez confié un travail.
Il sourit en le regardant.
- Vous m'aviez dit dès le départ que ça n'aurait rien de facile.
Finch acquiesce, soulagé.
- Nous partons demain si cela vous convient. Je vais consulter les heures de départ des vols à destination de New-York.
Reese ne le regarde plus, il est concentré sur les deux silhouettes qui se sont éloignées. Demain. Il allait falloir parler aujourd'hui à Sameen.
§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§
Quand elles remontent deux heures plus tard, Louisa a le visage tout rosi d'avoir tant couru sur la plage. Shaw se dirige droit vers le hamac et s'y installe, expérience inédit pour elle. Balou se couche à l'ombre d'un arbre en dessous d'elle. La petite avait trop d'énergie, même pour lui. Lou se dirige vers Reese qui est assis devant la maison.
- Tu fais quoi John ? demande-t-elle en s'asseyant face à elle.
- Je sculpte un coquille de nacre, explique-t-il en lui montrant un petit morceau ovale grand de 3 cm qu'il tient dans sa main et le couteau aiguisé qu'il tient dans l'autre.
Puis il se remet au travail.
- Pourquoi ?
- Une intuition, répond-il énigmatique. Une idée que quelqu'un a eu et qu'Ariane m'a rapporté. Je me suis dit que je pourrais aider.
- C'est beau, murmure-t-elle.
- Tu n'es pas difficile toi, observe John avec un sourire sans arrêter son geste. Ça n'est même pas fini.
Lou hausse les épaules.
- Tu m'appelles quand ce sera fini. Je voudrais voir.
- Ok.
Lou s'éloigne vers sa balançoire. Reese lève les yeux mais il ne trouve pas Shaw du regard. Elle s'est encore planquée il ne sait où pendant que Louisa lui parlait. Il soupire. Soudain il hausse les sourcils de surprise quand il la voit dans le hamac. Elle a l'air apathique, franchement pas dans son assiette. Et faire sieste sur sieste à longueur de journée ne lui ressemble tellement pas. Hier elle a couru toute une journée dans la forêt et aujourd'hui elle semble complètement à côté de ses baskets. En même temps qui aurait le plus mérité de se reposer qu'elle.
Un coup de klaxon retentit.
- Maman est revenue, s'écrie Louisa en sautillant.
- Ça fait toujours plaisir, grommelle Lionel depuis l'entrée.
Sameen se lève. Soulagée qu'elle soit enfin revenue et sans encombres. Elle la retrouve dans la cuisine chargée de sacs.
- Salut, lui sourit Root en enlevant enfin son foulard et ses lunettes. Tu trouveras ce que tu veux là dedans, lui indique-t-elle simplement en pointant un sac.
Sameen s'en saisit et part s'installer sur la table basse du salon. Le téléphone de Lionel sonne et il sort pour décrocher. C'est encore Lee comprend Louisa. Root vide les sacs de nourriture en observant la pièce.
- Où est Harold ?
- Sais pas, et je m'en fous, grommelle Shaw en étalant sur la table basse les objets.
- A l'étage, répond Reese en entrant à son tour. Il regarde les horaires d'avion pour New-York demain.
- Tant mieux, lâche Shaw méprisante.
- Mais qu'est ce que tu vas faire avec tout ça ? interroge Lou en observant les divers objets qu'elle étale sur la table.
- Une boussole.
- Ça sert à quoi une boussole ?
- A voyager, répond Reese.
- Ça t'indiquera où est New-York, ajoute Shaw sans commenter l'intervention de John. Comme ça tu arrêteras de me demander toutes les cinq secondes où est l'est.
- Tu lui as appris les quatre points cardinaux de la rose des vents ? s'étonne Root qui ne voyait vraiment pas Shaw donner un cours de géographie à sa fille.
- Les quoi ? demande Louisa émerveillée en regardant sa mère avec un grand sourire et de grand yeux curieux.
Puis elle se tourne vers Sameen.
- C'est quoi la rose des vents ? C'est une vrai rose ? Ou c'est le nom d'un avion pour voyager ? C'est quoi les quatre points cardinaux ? Et l'est dans tout ça, ça veut dire quoi ? Ça sert à quoi ?
- Merci Root, soupire Shaw en fermant les yeux de dépit.
L'interface sourit largement. Shaw maudit le fait que Louisa ressemble autant à Root. Mais quelle bavarde !
- Et tu … reprend la petite.
- Lou stop, sérieusement, la coupe Sam excédée. Je t'appelle quand j'ai fini.
- Oh, murmure Lou déçue. Je peux pas rester ? Juste pour te regarder faire ?
- Hum, grogne inintelligiblement Shaw.
- S'il-te-plait, supplie la petite.
- D'accord, soupire Shaw en cédant, mais à une condition. Tu te tais.
- Promis, jure Louisa avec un grand sourire en s'installant en face d'elle, assise par terre.
Elle commence à toucher aux objets pour les observer avant de les reposer là où Shaw les avait mis. Sam se concentre pour se souvenir comment elle avait fait la dernière fois, il y a maintenant de nombreuses années. Root voit que sa fille se retient très difficilement de dire un mot, des tas de questions s'entrechoquent dans sa tête. Mais Sam reste résolument fixée sur autre chose.
- Ça va servir à quoi ça ? murmure la petite sans pouvoir se retenir plus longtemps en indiquant une aiguille.
Shaw ferme les yeux et soupire. Elle avait dû avoir moins d'une minute de silence. Elle ouvre les yeux et les pose sur Louisa. Celle-ci pince les lèvres et repose l'aiguille.
- Ok, je me tais, promet-elle.
- Tu as besoin d'un coup de main Shaw ? propose Reese.
- Non ça va, répond-elle trop vite sans même le regarder.
- Allez arrête de faire ta tête de mule, tu as l'air perdu.
- Mais n'importe quoi.
- Lou viens une minute ici, appelle Root. J'ai quelque chose à te montrer.
La gamine la rejoint et John s'assoit à côté de Shaw pour commencer à observer les pièces.
Root montre deux mains fermées en poing à sa fille.
- Si tu trouves c'est à toi, lui dit-elle avec un sourire.
Louisa réfléchit, la regarde.
- Celle là, finit-elle par dire en lui tapant le poing gauche.
- Gagné, murmure Root en ouvrant sa main et en lui tendant l'objet.
- C'est joli, maman. Qu'est ce que c'est ? demande Lou en prenant le petit objet blanc.
Une fée, remarque-t-elle. Elle tient dans le creux de sa petite main.
- C'est phosphorescent, explique Root.
Lou la regarde sans comprendre. Sa mère se penche vers elle à son oreille.
- Ça brille dans le noir.
- Oh, murmure Louisa en percutant.
Root jette un coup d'œil dans le salon sur Shaw et John.
- Tu veux qu'on l'essaye ?
- On est en plein jour.
- On n'a qu'à fermer les volets.
La gamine acquiesce. Sam jette un regard désespéré à Root quand celle-ci disparait avec sa fille dans l'escalier. Root lui envoie un sourire encourageant. Elle ne peut rien faire de mieux. Shaw baisse les yeux, elle se baffe mentalement. Elle n'était pas une petite fille, elle ne devait pas toujours s'appuyer sur Root.
- Bon alors ça, ça doit aller là, indique Reese.
- Hum.
- Shaw, souffle-t-il excédé. Je veux juste t'aider, passer un moment sympa avec toi. Je vais pas te bouffer.
- Mais moi je risque de te tuer.
Sam semble se ratatiner sur elle-même. Reese l'observe un moment, mais Shaw n'ajoute plus rien. Les mots sont sortis tout seul. Mais qu'est ce qu'il lui a pris ? Elle a fumé un joint c'est pas possible.
- Si tu parles de ce qui s'est passé hier, je ne …
- Je t'ai déjà assassiné John, le coupe-t-elle sans parvenir à se retenir.
Elle le regarde enfin et tout ce qu'elle voit c'est une grande surprise. C'est peut être mieux que la colère, ou pas réflexion faite car maintenant il la prend pour une dingue.
- Tu m'as assassiné, répète John en espérant qu'elle développe.
Ce qu'elle ne fait pas.
- D'accord, ajoute-t-il simplement.
Il manipule de nouveau les objets et Sam le regarde perplexe. C'es tout l'effet que ça lui fait ?
- Tu me prends pour une tarée pas vrai ? crache-t-elle furieuse.
- Tu crois vraiment que je pourrais jamais penser ça de toi ?
- J'en sais rien, enrage-t-elle. Dis moi. Je te sors que je t'ai tué et toi tu ne veux même pas savoir pourquoi, comment, ou combien de fois, et ce qu …
Elle a bien conscience de s'enfoncer et préfère s'interrompre pour se prendre le visage dans les mains. Il ne doit rien comprendre. Il la regarde insondable, mais ne prononce par un mot. Trop perplexe il tente de remettre dans l'ordre ce qu'elle lui dit. Qu'est ce que c'était que ce bordel ? Elle l'avait tué ? Et plusieurs fois ? C'était insensé. Mais Shaw était une personne tout ce qu'il y a de plus sensé. Il a enfin le fin mot de toute cette histoire. Root avait raison, Shaw se sentait coupable envers lui, parce qu'elle l'avait tué. Ou en tout cas, elle l'avait pensé, cru. On avait dû l'abuser par une drogue. Ou alors …
Il enroule un bras autour de ses épaules et la tire vers lui. Shaw redresse la tête tout en le laissant la prendre dans ses bras. Reese est ahuri de la voir se laisser ainsi faire dans une étreinte qui ne correspond pas à qui elle est, mais plus encore par le regard d'infinie détresse qu'elle lui lance.
- C'est ce qui s'est passé dans tes simulations pas vrai ?
Elle tremble et respire vite. Elle finit par acquiescer.
- Très bien, poursuit-il. Alors puisque tu tiens tant que ça à ce que je te le demande. Combien de fois ?
- 6 000, murmure-t-elle d'une voix cassée.
- Tu savais que c'était des simulations quand tu me tuais ?
Elle le regarde perplexe. Pourquoi est ce que c'est tout ce qui l'intéresse ? Pourquoi il ne lui hurle pas dessus ? Pourquoi il ne la rejette pas pour mettre le plus d'espace possible entre eux ? Pourquoi il ne lui crache pas qu'il la déteste, qu'elle est un monstre et qu'elle aurait mieux fait d'y rester ? Pourquoi à la place il la prend ainsi dans ses bras ? Si tendrement, comme s'il était une sorte de grand frère.
- Tu as compris ce que je viens de te dire ? lui réplique-t-elle en colère.
- Oui.
- Ah ben parce qu'on dirait pas.
Il hausse les sourcils.
- Je t'ai assassiné et toi tu me prends dans tes bras pour me consoler. Tu trouves pas ça un peu paradoxale comme situation.
- J'en ai vécu des bien plus paradoxales, sourit-il.
- John, s'énerve-t-elle en se dégageant.
Mais pourquoi ils prenaient tous ça à la légère ?
- Tu ne m'as pas répondu ? rétorque John.
- Ça n'a pas d'importance pour toi que je te tue ou pas ? s'énerve-t-elle.
- La seule chose qui est important pour moi c'est que tu répondes à ma question. Sincèrement.
Elle déglutit.
- Oui j'ai fini par savoir, parce que mes simulations ordinaires étaient toujours les mêmes.
Elle n'entend pas Root qui s'est figée dans l'escalier en redescendant.
- Je m'enfuyais. Samaritain voulait que je le mène au métro. Mais je n'ai pas voulu, et à la place je devenais incontrôlable et …
- Et tu nous tuais, achève Reese.
Elle lève la tête, surprise. Il hausse les sourcils comme si c'était évident.
- C'est pas dur à deviner vu que tu te sens responsable.
- Ça s'arrêtait quand je me tirais une balle. Je me réveillais et c'était fini jusqu'à la prochaine. A force ça ne m'a plus rien fait, lui avoue-t-elle. De te tuer, j'en avais plus rien à foutre je crois.
Il acquiesce.
- Parce que tu savais que ça n'était pas vrai. Tu savais à ce moment là que ça n'était pas la réalité. Donc qu'est ce que ça pouvait faire que tu tires ?
- Mais …
- Donc on s'en fout Shaw, la coupe-t-il. Ça n'était pas vrai, personne n'est mort et tu vas bien. Tu es revenue. Et jusqu'à preuve du contraire tu ne m'as pas tué.
- Pas encore, réplique-t-elle en regardant ses genoux.
Elle se dégoute.
- Tu as eu une belle occasion hier pourtant, lui fait-il remarquer.
- Ariane m'a arrêtée. Je t'aurais surement tué sinon.
- Je ne crois pas, réplique simplement Reese.
- Qu'est ce que tu en sais hein ? De quoi tu penses que je puisse être capable quand je deviens un monstre furieux qui tue tout le monde ?
- Je te connais, répond simplement Reese.
- Les premières simulations, je ne savais pas que ça n'était pas vrai, insiste-t-elle. Et je t'ai tué quand même.
- Je me porte plutôt bien pour un mort, lui sourit-il. Tout comme toi. Alors arrête de penser à ça et regarde ce que tu as devant toi.
- Qu'est ce que tu veux dire ?
- Nous tous Shaw. On est là pour toi, on tient à toi, même si tu ne comprends pas pourquoi. Ce qui s'est passé là bas ne compte pas.
- Facile à dire, marmonne Shaw
- Tu ne changeras pas le passé en y repensant. Je n'ai pas à te pardonner pour ce qui ne s'est jamais produit. J'espère que toi tu pourras me pardonner.
- Pff, mais qu'est ce que tu veux que je te pardonne Reese ? lâche-t-elle.
- Je t'ai crue morte, je t'ai abandonnée alors que j'étais ton partenaire.
- Laisse tomber pour ça. J'aurais été furieuse si vous aviez été assez con pour vous faire attraper par Samaritain en tentant je ne sais quoi pour venir me libérer. J'étais en pétard contre Root, tu peux me croire. Elle, elle s'est carrément rendue.
- Root a touché le fond quand tu as disparu, Shaw. Elle a failli se foutre en l'air, c'est moi qui ai répondu à Louisa au téléphone ce soir là, c'est moi qui l'ai trouvée quasiment morte sur le carrelage de la salle de bain. Je ne l'avais pas vue depuis des mois. Il n'y a pas que toi que j'ai laissé tomber, je n'ai pas non plus pris soin de Root.
- Root est forte, Reese. Elle s'en est toujours sortie toute seule dans la vie. Mais là elle a juste dérapé. On dérape tous je pense quand on est poussé à bout.
- Root ne dérapera plus maintenant que tu es revenue.
Shaw se tourne vers lui. Insondable.
- Me prends pas pour un con Shaw. J'avais compris depuis longtemps et tu le sais.
- Je veux pas que les gens sachent.
- Qu'est ce que ça peut faire ? Tu te fous de ce que les gens pensent de toi.
- Parce que Samaritain et ses agents le savent aussi et ils m'ont fait du mal en se servant de Root. Ils m'ont atteint à travers ce que je partage avec elle. Ils ont tout …
Elle n'arrive pas à trouver ses mots.
- Abimé ? propose John.
- Sali. Ils ont tout sali.
Root déglutit mal. Shaw ne parvenait pas la laisser la toucher parce qu'ils avaient bousillé leur histoire à ses yeux, leur relation. Elle enrage, ils n'avaient pas le droit. C'était à elles, rien qu'à elles. Shaw et elle avaient dû partager des moments intimes dans ses simulations, et au réveil, Sam n'avait pas dû supporter à long terme qu'ils assistent à tout, pire Root imagine sans grande difficulté les commentaires salaces et les allusions dégueulasses que ces pourritures avaient dû lui faire. Shaw avait raison. Root comprend le sentiment de Shaw, d'avoir été salie, humiliée. Ça avait dû être horrible. Root réalise maintenant pourquoi Shaw accorde une telle importance dévastatrice aux simulations. Mais Ariane lui a dit que son attitude à son égard n'est pas en lien avec les simulations. Elle n'a qu'une partie de la réponse.
Louisa descend les escaliers aussi discrètement qu'un éléphant et Root se relève pour la précéder.
- Alors cette boussole ? fait-elle mine de s'enquérir en finissant de descendre les marches.
§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§
- Louisa, appelle John. Viens voir ici.
La gamine descend de sa balançoire et court vers lui. Reese lui montre un tout petit objet blanc nacré. C'est celui qu'il a taillé tout à l'heure. La gamine s'en saisit et l'ouvre. On dirait un petit coquillage. La boussole est à l'intérieur. Mais Louisa ne comprend rien, elle fronce les sourcils mais sourit car l'objet reste très beau même si elle ne sait pas s'en servir. Reese s'agenouille pour se mettre à sa hauteur.
- Comme ça tu peux savoir où est le nord, lui explique-t-il en lui indiquant le petit N en haut.
Il la fait tourner sur elle même et Lou voit l'aiguille noire tourner en même temps qu'elle, à l'intérieur de la boussole jusqu'à atteindre le nord. Là, Reese l'arrête et lui montre une direction au loin, celle indiquée car l'aiguille.
- La boussole dit que le nord est là tu vois ?
Lou acquiesce.
- En bas le sud, S, continue-t-il en lui indiquant la direction derrière elle après lui avoir indiqué le S. A gauche O, l'ouest.
- Et l'est ? demande tout de suite Lou.
Il lui sourit.
- A droite, répond Reese en lui indiquant le E. L'est, toujours à droite.
- Elle se trompe jamais l'aiguille noire ? s'inquiète Louisa.
- Jamais, intervient Shaw en sortant à son tour. Tu peux lui faire confiance.
Lou ne l'avait pas vue. Sameen s'avance vers elle. Elle lui prend la boussole et tourne Louisa sur elle-même plusieurs fois pour la désorienter, ce qui fait rire la petit. Elle l'arrête et lui redonne l'objet nacrée.
- Allez vas y, montre moi, lui ordonne-t-elle.
Louisa ouvre la boussole et tourne jusqu'à ce que l'aiguille atteigne le N.
- Euh le nord, indique-t-elle peu sur d'elle en pointant l'index devant elle. Le sud, continue-t-elle en pointant ses pieds. L'ouest, murmure-t-elle en pointant son index à sa gauche.
Elle fait une pause en regardant dans la dernière direction.
- Et l'est, finit-elle en perdant son regard dans la forêt
New-York est quelque part là bas.
- Bien, la félicite John.
- New-York est au sud-est, lui indique Shaw en devinant ses pensées. C'est-à-dire entre le S et le E.
- Merci c'est super joli. Je peux le garder ?
John acquiesce. Et Shaw lève les yeux au ciel devant l'évidente réponse à sa question.
- Il est où Lionel ?
Shaw regarde un instant avant de le trouver. Allongé dans l'herbe en train de ronfler, Balou la tête posée sur son ventre qui monte et qui descend. John lève un sourcil amusé et Shaw se tourne de nouveau vers Louisa qui tourne encore sa boussole dans tous les sens.
- 50 pas à l'ouest et tu le trouveras.
Elle tourne les talons tandis que Lou commence à compter ses pas sans lâcher la boussole des yeux. John siffle et le chien bondit vers lui, sans que cela ne réveille Fusco. A 42 pas, Lou lui marche sur la main et il se réveille.
- Hep.
- Oh désolé, mais je t'ai trouvé, sourit-elle. 42 pas à l'ouest ! annonce-t-elle fièrement.
- Mais de quoi tu parles petite tête ?
Elle lui montre sa boussole.
- C'est John et Shaw qui me l'ont faite.
- C'est gentil ça, s'étonne Fusco.
La petite semblait avoir un certain pouvoir sur eux tous, comme si son sourire et son petit air chipie faisaient ressortir une douceur et une tendresse qu'il n'aurait jamais soupçonné ni chez Reese ni chez Shaw. Bon Root c'était très différent, et elle est sa mère en plus.
- Et toi qu'est ce que tu faisais ? se moque Louisa.
- J'écoutais les oiseaux.
- Menteur tu dormais, se moque-t-elle.
- Non il faut fermer ses yeux pour mieux entendre.
La petite rit doucement.
- Et avec tes ronflements tu as entendu quoi dis moi ?
- Tais toi et écoute.
La gamine s'allonge à côté de lui et écoute. Fusco la regarde un instant. Oui elle faisait faire des choses improbables à la plupart des gens qui l'entouraient. Le voilà lui, en train d'écouter les oiseaux dans une forêt perdue au bord d'une falaise et d'un lac. Il était déjà parti camper avec Lee mais c'était il y a longtemps.
- Tu entends quoi toi ?
- Une hirondelle, lui indique-t-il.
- Je la vois pas moi.
- Moi non plus, mais je l'entends.
- C'est beau.
Elle se lève et le regarde.
- Mais tu dormais quand même, rit-elle avant d'ouvrir de nouveau sa boussole. Elle marche droit vers l'est. Et se retrouve arrêtée par Root. Elle lève les yeux.
- On regarde où on va jeune demoiselle, sourit-elle. L'est ne va pas s'envoler si tu lâches la boussole des yeux.
Lou sourit.
- Il est toujours fâché Harold ?
- Un peu mais moins qu'hier. Je lui ai parlé.
- Shaw est très en colère contre lui.
- Il y a de quoi, soupire Root. Et toi tu es en colère ?
La gamine hausse les épaules.
- Je crois qu'il a raison sur un point. Il faut pardonner, on fait tous des erreurs.
- Il y a des trucs qu'on peut pas pardonner, réplique Lou.
- Moi tu m'as bien pardonnée, rétorque Root. Je sais que c'est difficile, mais si tu étais restée en colère contre moi, tu ne crois pas que ça nous aurait rendu triste toi et moi ?
Lou pince les lèvres en réfléchissant. Puis elle acquiesce. Root lui sourit et la laisse jouer à la balançoire pour aller voir Fusco.
- Elle a truc ta petite, lui dit-il.
Root fronce les sourcils.
- Quand elle est là, vous n'êtes pas pareilles. Toi tu es moins folle, Maybeline et Superman se mettent à construire des boussoles et …
- … et toi tu écoutes le chant des oiseaux, finit-elle en souriant largement.
Il ferme la bouche. Root hausse les épaules avant de s'asseoir à côté de lui. Elle voit sa fille se balancer au loin.
- Ça fait du bien de pouvoir prendre soin d'elle, murmure-t-elle.
Fusco la regarde, elle semble soudain triste.
- Ce qu'ils lui ont fait là bas n'était pas ta faute.
- Bien sur que si, lâche Root. Je l'avais laissée toute seule ce jour là. Et ils l'ont attrapée. Ils lui ont fait tellement de mal et je n'ai rien pu faire pour l'aider.
Elle s'arrête et s'empourpre de colère.
- Je suis sa mère, c'était à moi de la protéger.
Il pose une main sur la sienne et elle lève un visage dur vers lui.
- On fait de notre mieux, mais c'est jamais assez.
Elle acquiesce.
- L'important, continue-t-il, c'est qu'ils sachent qu'on les aime. Et ça ta fille le sait.
Root reste silencieuse un bon moment. Lionel attend. Puis …
- Ariane a prévu une issue pour Lee.
Il se tourne vers elle. Il a du mal à déglutir. Le moment tant redouté.
- Si jamais ça tournait mal pour toi, il aura une nouvelle identité Lee Fleaper. Pensionnaire à l'EF academy de New-York.
Elle marque une pause, Lionel ne parvient pas à parler. Que peut-il dire ? Que son fils se retrouve seul est angoissant, mais il regarde Louisa et il sait que pour Root aussi une telle idée doit être terrifiante.
- Mais si sa mère veut le voir, poursuit Root, il faudra …
- Ça m'étonnerait, crache-t-il soudain furieux. J'ai déjà dû me battre pour qu'elle le prenne quelques jours. Elle n'est jamais là avec son boulot de toute façon, et elle ne s'en occupe pas. Quand on a divorcé, elle a voulu m'emmerder dans une bataille juridique alors qu'elle n'en avait rien à foutre de lui. Au final j'ai obtenu la garde complète.
- C'est assez rare, s'étonne Root.
- Stills m'avait bien aidé, marmonne Fusco. Il avait fait une perquisition chez elle et avait planqué de la drogue. Il était des stups. Alors soit elle me laissait Lee, soit elle allait en prison. J'en suis pas très fier aujourd'hui.
- Et tu as commencé à boire à ce moment-là. A mal tourner.
- J'ai fini par comprendre que Stills m'avait piégé, que je lui serai toujours redevable. Il me l'a clairement fait comprendre. Mais il était trop tard et je ne pouvais plus faire machine arrière, j'étais un pourri comme lui.
Il se tourne vers elle.
- Tu vois il y a bien pire que toi comme parent.
- J'ai franchement pas de leçons à te donner, j'ai fait chanté, assassiné, et même parfois torturé des tas de personnes pour de l'argent. J'étais tueuse à gage, précise-t-elle dans un sourire en coin.
Fusco la regarde un instant. Il tente d'imaginer ce qu'a pu être sa vie avant. Il se rend compte que Root n'a pas dû grandir au milieu des arcs en ciel et des licornes magiques pour en arriver là.
- Tu regrettes ?
Elle le regarde sans répondre. Oui elle regrette d'avoir été ça, mais en même temps elle ne regrette pas ce qui lui a permis de devenir ce qu'elle est aujourd'hui.
- Ça sert à quoi les regrets ? finit-elle par lâcher avec mépris.
Shaw et elle étaient d'accords sur ce point, la vie ne s'accommodaient pas de regrets, il fallait profiter au maximum et vivre avec ses erreurs.
- J'ai regretté tu sais ? poursuit Fusco. J'ai tout de suite regretté de l'avoir piégée pour la garde de Lee, je suis allé la voir et je lui ai dit qu'on pouvait s'arranger, qu'on n'avait pas besoin de se battre pour notre fils. Elle m'a dit "ok, mais je ne veux plus jamais te revoir". Et elle n'est jamais venue le chercher. Elle ne répondait pas au téléphone. Et Lee a fini par l'oublier je crois.
- Elle a refait sa vie pas vrai ?
Fusco acquiesce.
- A New-York en plus, lâche-t-il dans un rire méprisant, et elle ne vient jamais le voir. Lee ne supporte pas sa demi sœur, c'est une peste, c'est pour ça qu'il n'arrête pas de m'appeler d'ailleurs. Et son mari est un con.
- Il a de la chance de t'avoir, murmure-t-elle.
- Louisa aussi a de la chance. Je pense que c'est ça être un bon parent, c'est quand tu te bats pour ton enfant.
Elle le regarde en souriant.
- L'EF academy c'est pas donné, s'inquiète-t-il.
- Ariane s'occupe de tout. Il ne manquera de rien s'il doit aller là bas. Mais il faut que tu lui en parles.
- Euh de tout ?
- Je pense oui. J'ai menti à Louisa et quand ils l'ont eue ils ont cherché à la faire douter de moi avec ça. Le mensonge est un poison, dis la vérité à ton fils ou tu le perdras.
Elle se lève et rentre à l'intérieur, cette conversation lui a coûté plus d'énergie que ce qu'elle avait imaginé. Elle veut voir Shaw, sentir sa présence, rester avec elle si elle sent que cela ne l'étouffe pas. Fusco réfléchit à ce qu'elle vient de lui dire. Il l'a toujours trouvée folle, excentrique, décalée. Il est surpris de ne réellement prendre conscience que maintenant que c'est surtout quelqu'un de bien, quelqu'un qui se soucie des autres, quelqu'un qu'il apprécie beaucoup. Tout comme lui, elle avait eu une seconde chance. Tout comme Shaw, tout comme Reese. Et ça grâce à Harold, grâce à Ariane.
§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§
Sam a préféré partir avant que Louisa ne fasse un truc dégoulinant de bons sentiments comme par exemple l'embrasser sur la joue pour la remercier de lui avoir fait une boussole. La petite semblait attendre beaucoup d'elle, beaucoup plus qu'avant, beaucoup trop. Avant elle n'attendait que de Root, pas d'elle, ou en tout cas Sam n'avait pas voulu voir qu'elle attendait d'elle quelque chose. En parfaite égoïste, elle n'avait été concentrée que sur elle-même. Louisa n'était pas trop insupportable quand elle était avec elle, et Shaw aimait bien la petite, elle était sympa. Mais depuis qu'elles avaient été détenues par Samaritain, la petite était collée à elle, se comportait avec elle comme avec sa mère. Or Shaw n'était pas sa mère, elle détestait les câlins, les demandes d'une enfant, les enfants en général en fait. Louisa n'était pas comme ça avant. Mais chez Samaritain, au début en tout cas, il n'y avait eu que Shaw pour lui apporter de la protection, du réconfort face à ce que ces ordures lui faisaient. Shaw n'arrive même pas à lui en vouloir, elle était seule et terrifiée. Il n'y avait eu qu'elle pour prendre soin de la petite avant que Root ne se rende.
Sameen a préféré s'isoler dans leur chambre. Elle aime cet endroit, c'est calme. Elle s'est assise dans un coin de la pièce, a fermé les yeux et a laissé libre court à ses pensées. Le silence serein l'a emplie, c'était une telle détente. Root l'a retrouvée ainsi, elle avait l'air si sereine qu'elle a souri en la voyant. Ça lui arrivait souvent désormais, la simple vue de Sameen heureuse, sereine, vivante, la remplissait d'une joie incroyable. Ce qu'elle lui avait manqué.
- Tu comptes entrer ? lâche Shaw sans ouvrir les yeux et sans bouger de son coin.
Root sursaute mais ne perd rien de son sourire. Elle referme la porte et s'avance doucement vers elle.
- Je ne voulais pas te déranger, chuchote-t-elle en s'asseyant en tailleur face à elle.
- Tu ne me déranges jamais, réplique Shaw en ouvrant les yeux. Même quand tu parles trop, tu ne me déranges pas.
- Tu sais me le faire comprendre quand je t'agace, sourit Root en passant une main sur son menton encore endolori.
Sameen tend une main et lui caresse doucement le cou, remonte sur le menton et finit par la joue dans une caresse tendre. Root la voit lui sourire en coin et elle l'arrête en attrapant sa main.
- C'était très sympa hier, la remercie-t-elle. J'en crevais d'envie mais on va pas remettre ça maintenant.
Shaw ne l'écoute pas. Elle se dégage doucement et pose ses mains sur ses épaules. Puis elle enroule ses jambes autour des hanches de Root et elle la pousse sur les épaules pour la faire basculer dos au sol.
- Et pourquoi pas ? lui chuchote-t-elle sensuellement dans le creux de l'oreille.
Root frissonne mais se force à ne pas réagir. Mais Sam s'en fiche, hier elle a vainement tenté de lui résister puis elle a cédé. Aujourd'hui aussi elle la comblera.
- Sam, non.
- Chut, murmure Shaw en l'embrassant dans le cou.
- Sam s'il te plait. Je t'ai dit non.
Shaw s'arrête nette et se redresse, et Root la suit. Elle la voit se décomposer en déglutissant et l'interface lui encadre le visage de ses deux mains avant de s'approcher pour l'embrasser doucement sur ses lèvres. Shaw se raidit et tente de la repousser mais Root lui maintient le visage et elle la retient.
- Ne t'inquiète pas, lui dit-elle. Je m'arrête là.
- Non c'est pas …
- Chut, l'arrête Root en posant deux doigts sur sa bouche. J'ai super envie de toi, mais pas comme hier, et tu n'es pas prête pour ça. Je peux attendre Sameen, je te l'ai dit.
- Mais tu …
Root appuie plus fortement sa main sur ses lèvres et secoue la tête.
- Je t'attendrai alors ne culpabilise pas. Je ne suis pas heureuse si tu es malheureuse. Et tu seras malheureuse et mal tout court si tu continues à te taire. Il faut qu'on parle.
Sam sent deux larmes couler sur ses joues, puis Root la tire vers elle et la prend dans ses bras. Shaw se laisse faire, elle ferme les yeux et respire son odeur. Root a raison et elle le sait. Elle a eu tort, elle n'arrive pas à mentir à Root. Cette dernière ne s'est pas laissée berner, et Shaw l'aime trop pour continuer de lui mentir dans cette comédie. Leur histoire n'est pas basée sur le sexe, mais sur la confiance et l'amour. Et ça si Samaritain l'a compris, Martine et Lambert sont loin d'en avoir pleinement pris conscience. Et c'est à ce moment là que Shaw percute qu'elle va s'en sortir, qu'ils n'ont pas tout bousillé de son histoire avec Root comme elle le pensait. Elle comprend qu'Ariane avait raison, elle peut s'en sortir, elle n'a rien cédé à ces ordures, ils lui ont pris beaucoup mais pas tout. Il lui reste Root. Et elle l'aime suffisamment , elle lui fait suffisamment confiance pour pouvoir lui parler.
- Je suis là, lui murmure-t-elle. Ne t'inquiète pas, ça va aller. Tu peux compter sur moi, tu le sais ça hein ?
Sam se redresse et acquiesce en la regardant. Root lui essuie les larmes.
- Tu m'as tellement manquée, lâche Shaw.
Root la regarde calmement, les larmes coulant à son tour chez elle.
- Mais je vais te bousiller si ça continue, et si je te le dis ça va te détruire.
- La seule chose qui peut me détruire c'est si un jour je te perdais pour de bon, et ça je ne l'envisage pas une seule seconde.
Elles se séparent sans se lâcher. Shaw détourne le regard et le perd dans le vide tout en se balançant d'avant en arrière. Root la voit se tordre le visage de contrariété, gémir de douleur tout en manquant de s'arracher les cheveux ou de s'enfoncer les doigts dans les orbites de ses yeux. L'interface lui attrape les mains et l'oblige à la regarder.
- Raconte moi ce qu'elle t'a fait. Dis moi ce qui te bouffe autant.
Shaw se sent mal, elle respire vite.
- Ça va je t'assure.
- Non ça ne va pas. Je sais que tu as encore fait un mauvais rêve cette nuit, c'est pour ça que tu étais réveillée quand Louisa est venue se coucher. Je sais que tu vas mal. Mais je ne sais pas ce que cette salope a pu faire qui t'a autant blessée.
Sameen se lève soudain et fonce s'enfermer dans la salle de bain. Root la suit et tente en vain d'ouvrir la porte. Elle toque en l'appelant mais elle ne l'entend que vomir. Elle attend ce qui lui semble être une bonne heure, puis Sam ouvre la porte.
- Je t'ai pris ça, lui indique Root en lui tendant une boite de Métopimazine.
- Merci, murmure Sam en restant focalisée sur ses pieds.
Elle avale deux cachets et la regarde enfin. Root l'observe et Shaw sait qu'elle est à faire peur. Elle s'est vue dans le miroir. Pâle, les yeux lourdement cernés, les lèvres exsangues. Elle ressemble à une morte vivante lors d'un bal d'Halloween.
- On va attendre encore un peu, lui propose Root.
- Je vais jamais y arriver, murmure Shaw.
Root lui encadre le visage de ses mains.
- Bien sur que si. Tu vas tout me sortir d'un coup telle que je te connais, et au moment qui te semblera opportun.
- Je suis désolée.
Root lui sourit largement.
- De quoi ? D'être toi ? De ne pas parvenir à exprimer ce que tu ressens, de mettre des mots dessus ? Crois tu que je t'aimerai si tu étais quelqu'un d'autre. J'ai jamais voulu te changer Sameen.
- Mais tu m'as changé, lui murmure Shaw. Ça m'a changée d'être avec toi. Et en mieux je crois. Je suis devenue moins … enfin plus …
- …
- Gen m'avait prise pour un robot le jour où je l'ai rencontrée.
Non mais pourquoi elle se souvient de ça maintenant ?
- Et maintenant, plus personne ne te prend pour un robot ? la taquine Root.
- Un peu moins, lui sourit Shaw en retour ravie qu'elle ne la laisse pas s'enfoncer dans son délire. Mais je ne veux plus redevenir …. Avant toi, tu … je ne me rendais pas compte à quel point j'étais …
- Quoi ?
Sam cherche le mot un instant.
- Vide, trouve-t-elle soudain.
Oui c'est ça sans Root, elle était vide.
- Enfin c'est pas ça que je voulais te dire. Je veux que tu saches que je ne regrette pas.
- D'être avec moi ?
Sam acquiesce.
- T'inquiète je le savais déjà ça.
- Je ne veux pas que tu crois … Entre nous … ben le sexe c'est bien, mais … Si jamais tu croyais que tu n'es pas importante … Et je n'arrive pas à te parler pour l'instant c'est pas …
Elle n'arrive à rien. C'est aussi clair que du charabia.
- Ce n'est pas parce que tu n'as pas confiance en moi c'est ça ? devine Root.
Sameen la regarde soulagée et acquiesce.
- Je sais que c'est parce que tu n'es pas prête, continue Root. Ce n'est pas en moi que tu n'as pas confiance pour l'instant mais en toi.
Elle marque une pause.
- Ariane ne peut pas t'aider ? Elle est beaucoup plus objective que moi.
- Elle essaie mais c'est pas pareil qu'avec toi. Elle sait, mais elle n'est pas …
- Quoi ? s'inquiète Root.
- Toi, finit Shaw.
- Ah, soupire Root soulagée.
Elles restent un instant face à face sans rien dire.
- Au fait, lâche soudain Root avec un sourire taquin, je t'ai ramenée un petit cadeau.
- …
- En bas, précise Root.
Shaw fronce les sourcils avant de descendre. Qu'est ce qu'elle lui avait encore préparé comme surprise ? Un paquet est posé sur la table. Elle lève les yeux au ciel, Root l'a emballé avec du papier rose et un ruban jaune ornée d'un joli nœud. Un téléphone portable. Elle se tourne vers Root.
- J'ai pas trouvé le mien cette nuit, explique-t-elle. Je me suis dit que tu aimerais avoir le tien.
Shaw acquiesce.
- Je l'ai configuré dans la voiture donc il n'y a pas de danger. J'en ai pris un pour Lou aussi.
- Donc on peut toutes les trois faire exploser la maison, sourit Shaw. Tu ne te réserves plus l'exclusivité des feux d'artifice Root ? Depuis quand ?
L'interface sourit largement.
- Je me suis dit que pour une fois je pourrai te laisser ce plaisir mon cœur.
§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§-§
Le lendemain matin toute la maison s'est levée aux aurores pour le grand départ. Lionel le premier. Il a promis à Lee de venir le rechercher. Le gamin l'avait appelé la veille complètement abasourdi quand sa mère avait oublié de venir le chercher à son entrainement de hockey et qu'après l'avoir appelée, elle lui ai dit de rentrer par ses propres moyens, qu'il était bien assez grand de toute manière. Elle ne pouvait pas venir le chercher, elle avait des choses à faire. Lionel était furieux, quelles choses à faire plus urgentes que d'aller chercher son fils ? Elle n'avait bien sûr pas décroché par la suite ni à Lionel ni à Lee. Ce dernier s'était retrouvé seul, sans un sou pour prendre le bus ou le métro. Il avait dû rentrer à pied. Deux longues heures de marche, et une fois rentré, personne ne s'était intéressé à sa présence. Il avait regardé celle qui lui servait de mère d'un œil noir mais elle l'avait superbement ignoré, puis il avait de nouveau appelé son père pour le rassurer. Ce dernier lui avait dit qu'il revenait demain et qu'il passerait le prendre à son entrainement pour le ramener à la maison. Il lui avait dit de ne rien oublier chez elle. Aucun risque, il n'avait même pas défait son sac. Il n'en avait pas informé sa mère, de toute façon elle ne se ferait une fois de plus aucun soucis de savoir ce qu'il avait bien pu devenir. Il était parti sans un mot le matin même.
Fusco était contrarié, Root le voyait bien. Contrarié pour son fils, mais aussi pour elles. De les laisser ainsi seules.
- Ne t'en fais pour nous Lionel, le taquine-t-elle. On va très bien s'en sortir. Lee a besoin de toi.
Il l'avait brièvement prise dans ses bras et Root en était restée pantelante d'étonnement. Puis il s'était redressé et avait froncé les sourcils, surpris de sa propre attitude.
- Toi tu aussi tu fais faire des trucs dingues aux gens.
Root lui décrocha un sourire magnifique et lui déposa un baiser sur la joue, puis il monta dans le taxi. Elle se tourna vers Harold tandis que Reese finissait de charger le coffre. Finch regardait autour de lui, mais elle n'était pas là. Louisa lui avait fait un bref câlin d'au revoir pour lui montrer qu'elle pardonnait, ou en tout cas qu'elle essayait, puis elle partit embrasser John et Fusco. Sam ne leur avait pas dit au revoir, elle détestait ça. Et en plus elle ne pouvait pas supporter de voir Harold en ce moment. Ce dernier semble pourtant l'attendre.
- Elle ne viendra pas Harry, lui murmure Root.
- J'avais espéré.
- Oh avant que j'oublie, murmure-t-elle pour changer de sujet.
Elle sort une enveloppe et la lui tend.
- Cadeau d'Ariane pour vous.
Finch la prend surpris. Il découvre des tas de papier, de l'argent, une carte de crédit au nom de Harold Horner.
- Qu'est ce que …
- Votre couverture est grillée. Ariane vous en donne une nouvelle.
- C'est impossible mademoiselle Groves. J'ai été très prudent.
- Ce n'est pas votre faute. C'est depuis le Washington Park, avoue-t-elle honteusement.
- C'est vous, comprend-t-il. Je vous ai rejoint dans le parc ce matin là, votre couverture était grillée. Donc la mienne aussi.
- Je suis désolée Finch.
Il fulmine mais parvient à ne rien montrer.
- Je suis surprise mais heureuse que Samaritain ne vous ait pas fait tué. Un agent vous surveillait. Un certain Jeff Blackwell.
Elle sort son téléphone pour lui montrer sa photo. Harold le reconnait, il était dans son cours. Un étudiant parmi tant d'autres. Il déglutit, il a parlé à cet homme au sujet de sa soi disant thèse.
- Pourquoi ne m'a-t-il pas tué ?
- Je ne sais pas. Il devait avoir ordre de garder un œil sur vous, mais discrètement je pense.
- Ça veut dire que le métro, l'identité de monsieur Reese, panique Harold. Tout est compromis.
- Elle m'assure que non. Il n'était là qu'à l'université, car votre couverture indiquait seulement que vous étiez professeur. S'il vous avait suivi ça aurait été trop repérable, votre numéro serait sorti.
- Vous en êtes certaine ?
- Elle en est certaine. Elle a retracé tous ses déplacements au fil des quatre derniers mois. Il ne vous a pas suivi. Peut-être aurait-il fini par avoir l'ordre de vous tuer à l'université à un moment. Il ne vous a suivi qu'une fois, lorsque vous êtes allé à l'aéroport pour prendre l'avion qui vous a mené ici. C'est comme ça qu'Ariane a su. Nous avions disparu et Samaritain a dû comprendre que vous alliez nous rejoindre. Ariane est parvenue à l'aveugler, grâce à elle, il a perdu votre trace. Et désormais vous êtes déjà quelqu'un d'autre. A l'abri.
Il la regarde sans rien dire. Elle lui sourit, heureuse, fière d'elle-même, ou plutôt de la Machine. Ariane comme elle l'appelle. Lui est en colère. C'est de sa faute, il avait failli mourir à cause d'elle.
- C'est pas si mal un système ouvert non ? sourit-elle.
Il referme l'enveloppe sans rien dire et entre dans la voiture.
- Prenez soin de vous mademoiselle Groves.
Root sourit largement, persuadée qu'il commence à la pardonner, à les pardonner toutes les deux.
- Ne vous inquiétez pas Harry. On se revoit très vite. Ariane va vous communiquer un nouveau lieu pour la base. Le métro n'est plus sure, n'y retournez pas.
- Je croyais que cet agent ne m'avait pas suivi en dehors de l'université ?
- Ce n'est pas vous c'est Louisa. Mais elle ne l'a pas fait exprès, Samaritain l'a piégée, poussée à bout.
Harold acquiesce et regarde autour de lui en cherchant quelque chose.
- Où est Balou ? s'inquiète-t-il enfin.
- Avec Shaw, intervient Louisa en faisant le tour de la voiture. Elle a dit qu'il restait ici.
Finch ne répond pas.
- On revient vite à New-York nous aussi, promet Root en fermant la porte.
Elle se penche à la fenêtre ouverte.
- Faites pas trop de bêtise sans nous. Et faites lui confiance.
Le taxi démarre et Root se rend compte qu'elle n'avait pas pensé que ce serait aussi triste de les quitter. Elle tenait à eux. Tous. Louisa et elle restent à faire signe jusqu'à ce que la voiture disparaisse dans la poussière du chemin caillouteux.
Lou décide de repartir dans le jardin pour jouer. Root lui a proposé de monter faire une sieste mais la petite a refusé. Elle avait mieux dormi cette nuit. Elle n'avait pas eu trop peur avec sa fée phosphorescente. Elle l'a baptisée Luciole.
- Qu'est ce qu'elle fait dans le garage ?
- Elle est en train de bricoler le moteur de la Porsche, répond Ariane. Elle en a pour un bon moment.
- Je peux faire quelque chose pour toi ?
- C'est à mon tour de faire quelque chose pour toi Root, réplique-t-elle.
- Quoi ?
- J'ai bien l'intention d'entamer cette partie contre Samaritain.
- Tu ne fais rien d'imprudent hein ?
- Promis, je déclare juste une guerre numériquement cataclysmique qui risque d'ébranler le monde si j'échoue.
- Rien d'intimidant donc, ironise Root.
- Pas si tu es avec moi.
- Tu sais bien que c'est le cas.
- Tu es prête ?
- Oui.
- Parce que j'ai une nouvelle mission pour toi Root.
Cette dernière sourit largement. Et c'est reparti.
