Désolé pour l'attente. J'espère que ce chapitre sera à la hauteur de vos espérances et surtout de votre attente. Un bon été et une bonne lecture.
Chapitre 13 : Et quand il ne reste que les décombres ?
Six jours plus tard
Louisa dessine doucement. Le bruit l'empêche de se concentrer dans cet endroit. Mais elle ne se plaint pas. Fusco refuse de la laisser toute seule et Lee ne finit son entrainement de hockey que dans une heure. Il lui avait demandé si elle préférait aller à la garderie de son école ou si elle voulait une baby-sitter. Elle avait fait de tels gros yeux aux deux propositions qu'il avait souri d'excuse. Depuis elle venait directement ici après l'école et ses activités sportives. Son dessin semble digne d'une œuvre d'art maternelle. Elle dessine mal en ce moment, elle n'est pas assez concentrée et le bruit du poste de police n'y est pas pour tout. Personne ne lui dit rien. Ça fait six jours. Sa mère ne lui avait donné aucune explication mais au téléphone Louisa sentait que quelque chose de grave s'était produit. Un truc n'allait pas. Ariane était encore là pour elle, mais elle lui avait fait promettre de ne pas retourner chez elle pour le moment. Lee n'avait pas fait la tronche, il était même plutôt cool maintenant qu'elle avait cessé de vouloir l'étrangler au réveil. Il avait accepté de partager sa chambre avec elle, un matelas au sol. Et en attendant ça se passait comme ça. Sa mère téléphonait ou Lou lui téléphonait. C'était bref, juste pour avoir de ses nouvelles. Mais elle ne passait pas la voir. Elle avait du travail. Louisa était fâchée, c'était évasif, on lui mentait. Mais la gamine ne disait rien. La situation semblait affreuse et elle ne voulait pas ajouter une stupide crise de colère puérile à l'horrible situation que sa mère et Shaw semblaient vivre.
- Allez avance.
Elle redresse la tête. Un homme grand, maigrichon, crâne rasé et tatoué se débat alors que Lionel et un autre policier le tiennent fermement et tentent tant bien que mal de le faire avancer. Lou pince les lèvres, elle n'a pas vraiment sa place ici et elle le sait mais personne n'a rien dit depuis six jours. Il faut dire qu'elle savait être discrète. Lionel l'avait exigé d'elle, c'était sa seule condition en attendant que Lee arrive. Le gamin prenait lui aussi sa tâche très au sérieux et Lou était prudente et très sage.
- C'est pas moi, grince le gars. J'ai rien fait.
- C'est ça, peste Lionel en le faisant avancer. Cet endroit est rempli de types comme toi qui n'ont rien fait. Tu vas bien t'entendre avec eux.
Le gars observe soudain Louisa. Son regard fait froid dans le dos mais elle ne baisse pas les yeux.
- Qu'est ce que tu regardes toi ? crache-t-il.
Lionel tourne son regard pour voir à qui il s'adresse et tombe sur Louisa. Elle ne baisse toujours pas les yeux. Pire elle hausse les sourcils d'un air provoquant sans quitter l'individu du regard.
- Fous lui la paix, ordonne-t-il en le trainant.
- Et elle, elle a fait quoi hein ? raille le type sans quitter la gamine des yeux. Maman travaille trop tard le soir pour s'occuper de toi ma mignonne ?!
Elle lui jette un regard mauvais alors qu'il disparait enfin au coin du couloir. Lionel le laisse au bon soin de son collègue et s'approche d'elle.
- Je suis désolé, ça va ?
- Hum, acquiesce-t-elle.
- Lieutenant Fusco, appelle une voix grave derrière lui.
Tous deux se retournent et Louisa pince des lèvres en signe de contrariété. Le capitaine n'a pas l'air ravi.
- Puis-je vous parler ? Dans mon bureau.
La gamine jette un regard inquiet à Lionel.
- Je reviens, lui promet ce dernier avant d'obéir.
La porte claque sur eux, mais elle rebondit mal fermé en un cran ouvert. Et Lou comprend que la suite est de sa faute. Elle soupire en rangeant ses affaires dans son sac alors que le capitaine exige des explications quant à la présence d'une enfant ici, précisant à Lionel que ça n'est pas une garderie mais un commissariat. Lionel tente de s'expliquer mais l'autre homme ne veut rien écouter et lui conseille d'engager une nounou. Louisa zippe son sac avec rage à l'entente de ces derniers mots alors que Lionel ressort du bureau. Contrarié. Il s'apprête à parler mais …
- Je suis désolée, claque Louisa. De …
Mais elle ne sait pas bien de quoi au juste. Enfin si, elle sait. Elle est désolée d'avoir besoin de gens qui s'occupent d'elle alors que ça n'est clairement pas le moment pour aucun d'entre eux.
- Je ne reviendrai plus ici, finit-elle simplement en tournant les talons.
Mine de rien, elle en a gros sur la patate. Elle ravale un sanglot silencieux.
- Non attends, la retient Lionel en l'attrapant d'un bras.
- Je veux pas que tu ais d'ennuis par ma faute, se justifie-t-elle tristement.
Il soupire.
- C'est ma faute pas la tienne ok ? lui claque-t-il.
Il soupire encore une fois.
- Quand ta mère m'a dit pour quelques jours je pensais que …
Il s'arrête et soupire encore. Louisa détourne le regard.
- Je peux aller à la bibliothèque ? propose-t-elle.
Il soupire encore une fois. Puis jette un regard au siège vide de John. Il aurait bien besoin d'aide. Mais personne n'est joignable en ce moment. Pas Sameen, pas John, pas Root. Il a soudain une lumière.
- Non, refuse-t-il.
Elle ne va pas traverser tout New-York toute seule avec Samaritain qui la cherche.
- Tu vas aller avec Finch.
Elle ouvre de grands yeux et semble tout de suite en désaccord. Elle ouvre la bouche pour exprimer sa désapprobation mais il lui coupe l'herbe sous le pied.
- Ecoute, pas pour longtemps ok ? Je peux pas faire autrement Louisa.
- Mais …
Elle ne finit pas alors qu'il a déjà sorti son téléphone. Et dix minutes plus tard, il arrive en boitillant. Ses lunettes bien propre, tout comme son costume. Elle soupire avant de se lever. Au moins elle pourra le cuisiner un peu sur ce qui se passe avec sa mère et Shaw.
- Y avait pas de numéro aujourd'hui ? commence-t-elle innocemment alors qu'ils ont démarré depuis cinq minutes.
- Si, répond Finch d'un air ennuyé. On s'en occupe.
- Qui ? Maman ?
Pas de réponse et il ne quitte pas la route des yeux. Louisa pince des lèvres.
- Shaw ? propose-t-elle d'une petite voix.
- Tu as des devoirs à faire ou quelque chose qui t'occupera en attendant …
- Tu les a vues quand oncle Finch ? le coupe-t-elle agacée de jouer si peu finement.
Il soupire, mais ne répond toujours pas.
- Ça t'inquiète pas ? l'accuse Louisa avec colère.
Il s'arrête soudain en se garant et la regarde, furieux.
- Tu me parles sur un autre ton, jeune fille !
Il serait temps qu'elle apprenne les bonnes manières. Que mademoiselle Shaw et mademoiselle Groves lui manquent de respect l'agace déjà phénoménalement mais il n'est pas trop tard pour qu'il tienne tête à la petite. Et Louisa se sent devenir très petite. Elle baisse la tête toute penaude, et elle commence à se tordre les mains tout en se mordillant la lèvre inférieure.
- Pardon, c'est juste que je m'inquiète. Je comprends pas ce qui se passe, finit-elle en relevant la tête vers lui.
Il la regarde avec plus de gentillesse et acquiesce doucement.
- Je sais, murmure-t-il en lui serrant la main en geste de réconfort. Moi aussi je m'inquiète mais pour l'instant on ne peut rien faire. Ni toi ni moi.
- Rien faire pour quoi ? Qu'est-ce qui est arrivé ?
Il redémarre.
- Je n'en sais rien, avoue-t-il. Mais tu n'as pas à t'en préoccuper.
"Tu parles" raille intérieurement Louisa en roulant des yeux.
Ça faisait six jours et personne ne lui disait rien. Elle tremble inconsciemment, mais elle ne sait pas à cause de quoi. La peur ? La colère ? L'incompréhension ? Elle soupire en se prenant la tête dans les bras et ne regarde même pas où ils vont. Au QG, elle s'ennuie à mourir. Mais au moins il y a Balou et ici elle ne cause de problème à personne. Cette pensée la déprime. Elle a l'impression d'être un meuble très encombrant que tous déplacent comme on déplace un problème qu'on n'arrive pas résoudre. Elle observe Finch taper à l'ordinateur et contacter John de temps en temps alors qu'elle est censée lire un livre de sa bibliothèque. Elle aime bien Macbeth pourtant. Mais comme pour le dessin elle n'arrive pas à se concentrer pour lire. Déjà en classe, Mme Speifligher est fort mécontente de son inattention. Elle donne les bonnes réponses quand elle l'interroge, mais sinon Louisa ne fait ni n'écoute rien. Naina lui a demandé ce qui ne va pas, mais Lou n'en sait rien et elle a juste secoué la tête.
Elle n'est pas privée de sa mère. Elles se téléphonent tous les jours, mais Lou sent bien qu'on lui cache un truc énorme. Elle évite les questions recentrant la conversation sur sa fille et sur son quotidien ennuyeux. La petite en ressent une grande colère. Mais elle la contient, elle sent que sa mère va mal. Que c'est lié à Shaw qui elle-aussi va donc mal. Mais la gamine ne sait pas pourquoi. Elles étaient enfin libres de Samaritain et tout redevenait un peu normal. Maman était normale. Sameen était certes encore fâchée mais elle restait fidèle à elle-même, renfermée mais très gentille quand on savait s'y prendre. Alors quoi ? Elle n'était quand même pas de trop entre elles ? Une mission d'infiltration ? Non Louisa sent quelque chose de grave. Un truc si grave qu'on lui cache. Résultat de tout ce stress, les cauchemars sont revenus, elle y imagine le pire. Les réveils sont brutaux, en sursaut, elle se redresse vivement la respiration laborieuse et elle transpire. Au moins elle ne hurle pas et Lee a le sommeil trop lourd pour en être perturbé. Elle pleure en silence. Ariane l'aide à se calmer en allant dans le salon d'où elle entend les ronflements de Lionel depuis sa chambre dont la porte est close.
Trois heures plus tard, Fusco vient la rechercher et elle est endormie dans le canapé en serrant le cou du chien de ses deux bras comme s'il était un doudou. Balou ne s'en plaint pas et reste là en soupirant juste parfois lourdement alors qu'elle s'est littéralement allongée sur lui. Le livre de Shakespeare a glissé au sol et l'inspecteur new-yorkais la prend délicatement dans ses bras en gratifiant le chien d'une caresse. Il range le livre dans le sac qu'il empoigne et ressort tranquillement. Il aimerait faire plus. Mais quoi ? Comme Reese et Finch il est démuni face à une situation dont il n'a pas toutes les cartes informatives en main. Et Louisa en pâtissait beaucoup, mais surement moins que Root et Sameen. Il l'avait bien vue à l'appartement.
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Six jours plus tôt
- Aïe, se plaint Root alors que John fait de son mieux.
- Désolé, s'excuse-t-il sincèrement avant de poursuivre.
Le silence les englobe encore une fois. Les pinces s'enfoncent à nouveau dans son bras et triturent. L'interface serre les dents sous le coup de la douleur. Puis il parvient enfin à extraire la balle logée dans le haut de son bras gauche. Ça n'a rien d'une égratignure cette fois mais ça aurait pu être pire évidemment. Pourtant, alors que John désinfecte, recoud et lui fait un bandage, elle ne se plaint pas et observe la porte close de la chambre où Shaw a disparu dès leur arrivée ici. Ariane avait été d'un immense secours pour les aider à rejoindre en toute sûreté la safe house. La couverture de Shaw était grillée, celle de Root aussi. Pas celle des autres. Ils étaient sains et saufs. Tous. Ou presque …
L'interface observe tristement la porte qui a claqué depuis de longues minutes. Sam s'était isolée, sans dire un mot. Root n'avait pas pu lui apporter du réconfort, une protection, un soutien face à tout ça. A peine arrivée ici, elle s'était tout de suite enfermée et John avait soigné au mieux la grande brune qui avait senti la douleur la rattraper de manière fulgurante. Elle avait d'abord tenté de repousser John, voulant rester avec Shaw. Mais elle avait fini par céder face à la douleur et aux arguments de sa meilleure amie. Ariane lui assurant qu'elle reste en contact avec Shaw, qu'elle va tenter de lui parler pour l'aider à mieux éclairer cette situation et la surmonter. Root avait senti le désespoir et la colère grimper parallèlement en flèche à l'entente des derniers mots d'Ariane. Surmonter ça ? Comment Sameen pourrait-elle jamais surmonter ça ? Quelles options, quelles solutions s'offraient désormais à elle ? Pas énormément. Cette fois, elle ne pense pas qu'Ariane pourra aider Sameen. Root pour la première fois de sa vie croit voir une limite au pouvoir de l'IA. Jamais Shaw ne voudrait être aidé par elle. Ni par personne d'ailleurs. Voilà pourquoi elle s'était isolée seule dans cette chambre dès leur arrivée ici.
John l'avait quasiment portée dans la rue, et Sameen s'était laissée guider sans réfléchir ni regarder où elle allait. Trop sonnée, trop assommée. En passant la porte de l'appartement, elle avait repris un peu pied en se rendant compte où elle était, et elle s'était dégagée avec rudesse de l'emprise de John pour fuir dans la chambre. Root a envie de pleurer, mais pas à cause de la douleur. Elle doit agir. Elle est en train de la perdre.
John ne fait aucun commentaire, le silence lui pèse alors qu'il a tant de question. Mais il a peur des réponses qu'il pourrait obtenir de Root. L'interface lui fait beaucoup de peine, et Shaw n'en parlons pas ! Il avait soutenu les deux femmes dans la rue jusqu'ici, Shaw plus que Root. Shaw dans ses bras, tenant à peine sur ses jambes. Ça lui avait semblé irréel. Sa solidité d'antan avait glissé pour mettre à nue ses faiblesses les plus secrètes. Samaritain les avait accentuées jusqu'à les faire saigner pour ne plus laisser qu'un gouffre énorme de douleur et de tristesse qui ressemble si peu à la jeune femme qu'il connait. Il est furieux et si triste lui aussi. Que ne donnerait-il pas pour retrouver sa partenaire. Que ne donnerait-il pas pour ne plus avoir à jamais l'abandonner ! Mais quand il observe l'interface perdue dans ses pensées et la détresse dans laquelle se trouve Sameen, il se dit qu'il n'est vraiment pas approprié pour lui d'exprimer ce qu'il ressent à cet instant précis. Elles souffrent toutes les deux bien plus que lui. Il garde donc le silence autant que Root tout en finissant de la soigner.
Sameen est toujours comme dans un état second. Elle ne semble pas se rendre compte de comment elle est arrivée en un seul morceau ici. Ça n'avait de toute façon pas la plus grande importance. L'IA leur a déjà fourni de nouvelles identités et Samaritain recherche deux fantômes qui n'ont jamais existé. Et n'avoir jamais existé est sans doute le vœu le plus cher de Sameen à cet instant précis. Elle ne répond toujours pas aux appels de l'IA qui a fini par cesser pour se contenter de juste rester présente avec elle. La chambre offre une intimité solitaire nécessaire à Sameen pour faire le point. Sauf qu'elle n'y arrive pas. Rien ne s'emboite correctement dans son esprit. Etrangement, et c'est d'ailleurs le plus inquiétant, la tristesse et la détresse ont pris le pas sur la colère. Shaw ne pense toujours qu'à une chose, se foutre en l'air. Elle ne voit aucune manière d'améliorer la situation la concernant. Elle ne peut pas devenir mère. Jamais. Elle ne veut pas. Elle a une fois encore envie de tout casser, sauf qu'elle n'a plus d'énergie pour ça. Elle finit par s'asseoir au sol dans un coin, les genoux relevés et la tête posée sur ces derniers afin de se couper du monde. L'IA l'entend sangloter très silencieusement. Elle ne lui dit toujours pas un mot mais l'attitude de Shaw la jette dans le plus grand effroi. Pour que Sameen pleure, il fallait vraiment que la situation soit critique. Et elle l'est. Ça dure un moment puis elle reprend soudain pied avec son environnement sonore quand elle entend du bruit troubler le calme de verre dans la pièce à côté. Elle relève la tête et s'approche de la porte qu'elle entrouvre pour mieux les entendre. Depuis quand Finch est là ? Ce qu'il dit la rendrait furieuse en temps normal mais là ça ne lui fait même plus rien. Comme si la colère, qui l'habitait depuis des années comme seul réconfort aux tracas de sa vie, avait soudain disparu. Ils vont tous écouter Harold. Il vont tous se rallier à sa décision. Elle-même à leur place c'est ce qu'elle préconiserait. Sauf qu'elle préfère crever que de finir là-bas, d'y remettre ne serait-ce que les pieds. L'annonce de la proposition de Finch l'a tellement assommée qu'elle n'a même pas entendu la suite de leur conversation. Peu importe, il a raison. Cette constatation la submerge encore plus de tristesse alors qu'elle referme doucement la porte entrebâillée sans un bruit. Elle est folle, complétement folle et ingérable. Elle a manqué de tous les tuer aujourd'hui, et ça elle refuse. Elle refuse de les mettre en danger, elle refuse sa situation et ce qui lui arrive psychologiquement. Elle est en train de s'effondrer sur elle-même. Elle refuse de continuer à se trainer de cette façon. La vérité de son état la submerge trop. Tout venait de lui arriver dans la figure ce matin. Pas juste la grossesse, mais aussi son état psychologique. Alors comme une automate, comme si c'était une évidence, elle se dirige vers la fenêtre. Elle se déteste encore une fois de n'avoir que cette lâche solution, mais que faire d'autre ? Déjà dans les simulations … Non, c'est réel ! Et tout va enfin s'arrêter ! Et si ça ne l'est pas, elle sera vite fixée. La prochaine torture ne pourra de toute façon pas être pire que celle qu'on lui fait vivre à l'heure actuelle. Au moins ici, personne n'est là pour observer sa déchéance tel un spectacle. Le pont ! Pff quelle idée de merde ! C'est juste qu'elle était sur le pont au moment où l'idée que la mort pourrait lui apporter la seule réponse à ses problèmes lui a traversé l'esprit. Exactement comme maintenant alors que l'idée émerge dans son esprit au moment où sa main se pose sur la poignée de la fenêtre qu'elle tourne. Que faire d'autre ? Comme au moment où elle allait tuer Root ? Que faire d'autre pour que ça s'arrête ? Pour que tout s'arrête autant pour elle que pour les autres, pour tous ceux qui l'entourent ? Elle ne trouve toujours aucune autre réponse à ces questions alors qu'elle enjambe la fenêtre ouverte. Sourde aux appels d'Ariane, sourde au soudain boucan derrière elle, elle prend son élan. L'air frais. Elle vole vers son but, vers la seule liberté qu'il lui reste. Et soudain tout s'arrête pour elle. Mais pas comme elle l'avait prévue.
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Six jours plus tard
Lionel a envie de la réconforter mais les paroles creuses sont inutiles sur elle. Pire elles l'inquiètent encore plus. Alors il a opté pour une autre option, une qu'il avait utilisé avec Lee quand sa mère avait cessé de s'occuper du petit garçon qu'il était. Une méthode qui avait réouvert son fils au rire.
Et Lee s'est prêté à nouveau au jeu lui aussi. Louisa n'est pas dupe. Au départ elle était comme chaque jour depuis six jours. Solitaire, silencieuse, calme et triste. Elle n'a pas accepté facilement de rentrer dans la partie mais l'enthousiasme de Lee et le défi difficile alors qu'on la met à l'épreuve ont eu raison de son ambition à exceller. La première devinette l'a laissée dans son état de silence triste. Lee l'a résolue. Tout comme les trois suivantes. Mais quand Lionel lui a annoncé qu'il comptait les points et que le perdant serait de corvée de vaisselle, la gamine s'est un peu intéressée à la chose. Elle a souri à la quatrième énigme, puis à participé à la cinquième qu'elle a enfin résolu. Lionel ne demande pas des trucs bateaux. C'est même sacrément difficile et les deux enfants se creusent les méninges de longues minutes avant de trouver.
- Elle vit au fond de l'eau, elle est très convoitée, et la nuit elle peut filer. Qui est-elle ?
Louisa percute tout de suite alors que Lee fronce les sourcils.
- Une étoile, s'écrie joyeusement la gamine.
- Bah, elle était facile celle-là, grogne le gamin.
- T'es mauvais perdant, boude Lou.
- Je te l'ai laissé, réplique Lee. Ça te fait trois points.
- Lionel, râle Louisa. Lee est nul.
- Il est mauvais perdant, sourit Fusco en observant son fils de 10 ans. Mais il a encore deux points de plus que toi.
Lou soupire.
- Bon je ferais la vaisselle.
- Non, rit Fusco. Tu as des devoirs je vais le faire.
- C'est pas juste, râle Lee.
- Elle ne connaissait pas les règles et quand on les lui a donné tu avais déjà 4 points d'avance, sourit Lionel. Demain vous partirez à égalité.
- Mais … râle Lee.
- Devoirs, ordonne Lionel en se levant.
Les gamins l'imitent, Lee boudant encore.
- Mauvais perdant, le taquine encore Louisa en souriant.
Ça a au moins eu le mérite de la distraire un peu. Lionel est content de la voir ainsi. Elle sourit encore alors qu'elle ouvre son sac d'école. Elle fait ses devoirs aussi vite que possible pour s'en débarrasser. Puis elle s'intéresse à ceux de Lee au grand désespoir du garçon. Louisa ne dit rien, elle pique juste ses livres et lit les leçons. Parfois elle essaye même de faire quelques exercices. Mais ce qu'elle préfère c'est la physique et la chimie. Pas les math même si elle s'en sert un peu là-dedans quand même. Mais ce qu'elle aime beaucoup c'est la littérature, elle aime lire et avec Finch elle est servie. Elle lui "emprunte" de nombreux livres.
- Louisa laisse-moi finir ça, râle Lee.
- Pff, soupire Lou en s'éloignant. Et tu as fait une erreur de calcul. Tu as oublié de compter la retenue.
Lee ouvre la bouche de surprise en réalisant qu'elle dit vrai. Il l'observe super surpris. Louisa est partie se jucher dans le canapé derrière un livre. Il plisse les yeux pour voir le titre "Macbeth" de Shakespeare. Il hallucine là ! Elle lit Macbeth.
- T'as six ans ?
Il veut être vraiment sûr.
- Bientôt sept, répond-t-elle distraitement en tournant une page.
- Ah.
- Mon anniversaire c'est le 16 février si tu veux commencer à réfléchir à un cadeau. Mais pas une poupée ça m'énerve.
- Tu dors avec une poupée.
Lou lève les yeux de son bouquin.
- C'est une critique ?
- Non. Sauf si tu me demandes d'y jouer avec toi.
- Je pourrais te faire deux couettes avec des nœuds roses ?
Louisa et lui se mettent à rire doucement puis elle replonge dans sa lecture et lui dans ses calculs de distance Terre-Lune. Louisa avait raison pour l'erreur de calcul. Sérieusement, elle était vraiment pas commune. Il l'observe vaguement quelques secondes. Grâce à elle il avait changé d'avis sur les fillettes depuis quelques jours. Il déteste sa demi sœur, la petite Katie de 5 ans, mais il faut dire que ça n'était peut-être pas que la faute de cette peste. Leur mère lui avait bien savonné la planche pour ce qui est de leur relation, marquant clairement sa préférence pour sa petite princesse face à son fils qu'elle ignore au point de feindre d'ignorer l'existence. Ils ne se voyaient de toute façon jamais. Mais avec Louisa ça allait, Lee la trouve sympa, rigolote. Le soir avant de s'endormir il aime discuter avec elle. Il avait été mal à l'aise la première fois que sa mère l'avait appelée. Ça lui avait douloureusement rappelé que lui n'avait plus de mère qui se souciait de lui depuis 7 ans. Il n'avait pas pu s'empêcher de l'envier en écoutant leur conversation.
- T'as de la chance, lui avait-il soufflé.
Elle avait froncé les sourcils.
- D'avoir quelqu'un comme elle.
- T'as ton père, n'avait-elle pas compris.
- T'en as pas un toi ?
- Non, avait-elle dit naturellement.
- Tout le monde a un père ou une mère, lui avait répliqué Lee avec un petit sourire logique de celui qui sait. Sinon les gens ne naissent pas.
- J'en ai pas c'est tout.
Elle avait été sèche, triste. Et Lee avait compris que chez elle non plus ça n'était pas simple question parents. Le sujet était délicat, Lou n'avait pas envie de parler de ça, de se souvenir que cet homme était un homme mauvais, que lui et sa mère ne s'étaient pas vraiment aimés, qu'elle l'avait tué, qu'elle était née un peu par hasard même si sa mère l'avait tout de suite désirée. C'était trop compliqué, trop triste. Sa mère avait été une mauvaise personne, autant que son père, Root le lui avait confirmé. Elle l'avait pourtant aimée, Lou l'avait pourtant changée. Et quand Louisa pensait à son père, elle se posait encore beaucoup de questions sans réponses qui continuaient de la rendre triste, mais ça n'était pas le moment d'en reparler avec sa mère. Pour l'instant cette dernière avait clairement d'autres chats à fouetter. Relancer ce sujet n'était pas à l'ordre du jour.
- Ma mère en a rien à faire de moi, lui avait soudain claqué le gamin. Elle habite New-York et elle ne s'occupe pas de moi.
Lou avait redressé la tête de son oreiller pour l'observer. Lee était allongé sur son lit à observer le plafond. En colère.
- Et toi ton père, l'avait-il relancé. Il est où ? A New-York ?
- Il est nulle part, a-t-elle finit par répondre.
Et il avait compris.
- Mais ton père est super sympa, avait-elle ajouté plus légèrement avec un sourire.
Lee referme ses livres un fois l'exercice fini. Elle lit encore "Macbeth". Ouais elle est pas commune, mais il l'aime bien. Son téléphone sonne. Il la voit sourire.
- Maman ?
La suite ne le regarde pas et il la laisse.
- Dis-moi, qui vit au fond de l'eau, qui est très convoitée, et qui peut filer la nuit.
- Hum, fait mine de réfléchir Root. Je dirais … une étoile.
- J'ai trouvé. Pas Lee. Il est mauvais perdant.
- Normal c'est un garçon.
Elles rient quelques secondes.
- D'où te vient ce nouvel amour des devinettes ?
- Lionel.
- Et tu gagnes quoi ?
- Le droit de pas faire la vaisselle.
Un silence s'installe.
- Ça a l'air d'aller, murmure Root.
- Lionel et Lee sont gentils mais …
- Mais … la relance Root.
- Je rentre quand maman ? soupire enfin Louisa.
- Pas maintenant. C'est compliqué. Je te jure que je suis désolée mais je peux pas t'expliquer.
- Mais qu'est ce qui se passe bon sang ?
Sa mère ne lui répond pas.
- C'est Sameen ? devine Louisa. Elle s'est mise en colère ?
- Non elle ne s'est pas mise en colère.
- Alors quoi ? C'est pire que ça ?
- …
- Elle a quoi Sameen ?
- Louisa je ne … Et puis qu'est ce qui te dit que ce qui ne va pas c'est avec Sameen ?
- Tu m'as envoyée loin de la maison et tu m'y interdit d'y revenir, j'en conclue donc que vous restez là-bas, énumère Lou. Tu ne me parles pas de ce que vous faites toi et Shaw, j'en conclue donc que ça n'est pas une mission. Et enfin tu évites le sujet "Sameen". Je sais que c'est en rapport avec elle.
Root soupire au bout du fil.
- Maman qu'est ce qui ne va pas ? Je veux savoir.
- Je ne peux rien te dire, rétorque fermement sa mère.
Le ton est trop sec.
- J'en ai marre, s'énerve Lou. Tu m'énerves. Vous m'énervez tous.
- Louisa, s'agace à son tour Root.
- Non, la coupe Louisa. Ne commence pas, oncle Finch m'a déjà fait la morale lui aussi. Je suis pas gentille et je suis impolie avec les adultes. Mais vous tous, les adultes, vous me traitez pas bien non plus.
Et elle raccroche. Elle balance même le téléphone et se lève d'un bond du canapé.
- Lou, intervient calmement Lionel qui l'a entendue s'énerver. Tout va bien ?
- Ça a l'air d'aller ? s'agace Louisa en se tournant vers lui le visage inondé de larmes.
Il ouvre la bouche et la referme sans répondre. Elle s'essuie les yeux.
- Pardon, souffle-t-elle. C'était pas gentil.
- Je peux faire quelque chose ? propose-t-il.
Elle secoue la tête. Le téléphone sonne mais elle ne répond. Tous deux se tournent vers ce dernier sans bouger.
- Tu devrais répondre.
La colère se peint à nouveau sur son visage.
- Qu'est ce qui se passe Lionel ?
Il pince les lèvres sans répondre. Elle sourit tristement de dépit. La dernière fois déjà ça l'avait agacé d'être laissée dans l'ignorance de la situation "Samaritain" et d'être envoyé en pension. Et là encore on ne lui disait rien et on l'envoyait ailleurs.
- Vous me dites rien, siffle-t-elle. Tous les adultes pensent être parfaits et pouvoir décider à ma place de tout en me traitant comme une petite chose stupide et fragile.
- Lou, commence Fusco pour l'apaiser.
Il ne finit pas. Le téléphone sonne à nouveau. Il le ramasse.
- Décroche, la supplie-t-il. Ça vous fera de la peine à toutes les deux d'être fâchée
Elle regarde le téléphone avec colère.
- Non, refuse-t-elle. J'en ai marre.
- Mais …
- Tu n'as qu'à lui parler toi, réplique Lou en passant devant lui.
Et elle quitte la pièce. Il soupire avant de décrocher.
- Lou s'il te plait ne raccroche pas, je suis …
- C'est moi Root, la coupe Lionel.
Un silence s'ensuit. Et soudain elle fond en larmes. Trop c'est trop et elle craque. Il déglutit mal.
- Elle ne veut pas me parler.
- Passe la voir, propose-t-il.
- Je peux pas. Je dois …
Elle ne finit pas. Elle ne doit pas le dire.
- Je peux te la déposer chez toi ...
- Non, refuse-t-elle catégoriquement.
Elle ne doit pas voir, elle ne doit pas savoir. Personne ne doit savoir.
- Juste quelques heures pour qu'elle te voit. Ça la rassurera.
- Lionel tu ne la dépose surtout pas. Tu m'entends ? Et personne ne viens ici.
Il soupire.
- Ok, lâche-t-il enfin. Tu sais que je suis là si jamais …
Il ne finit pas. Ses paroles sonnent creuses, sourdes et vides.
- Ça va Lionel, assure-t-elle en reniflant.
- Ouais, soupire-t-il loin d'être convaincu.
- Elle veut vraiment pas me parler ? renifle-t-elle.
Fusco se retourne alors qu'il l'entend revenir dans la pièce. La gamine est là et le regarde. Elle est toujours aussi furieuse, mais elle est triste aussi. Il lui tend le téléphone. Les larmes jaillissent soudain de ses yeux et elle tourne les talons.
- Ça passera, assure Lionel. Je suis certain qu'elle t'appellera ce soir pour son histoire.
- Hum.
Elle finit par raccrocher. Espérant avoir raison. Mais Louisa ne l'appelle pas, elle pleure beaucoup et en silence dans la chambre de Lee qui fait semblant de lire sur son lit, mais elle ne l'appelle pas. Dehors un orage gronde et une pluie diluvienne s'abat sur la ville. La météo est à son image. Elle se lève finalement d'un bond et se rend dans le salon sans dire un mot. Elle y enfile ses chaussures et son manteau par-dessus son pyjama et …
- Hep hep hep, où tu vas là ? l'arrête l'inspecteur new-yorkais alors qu'elle tourne la clé dans la serrure.
- Laisse-moi Lionel, réplique-t-elle alors qu'elle pleure toujours.
- Non, hep, arrête, ordonne-t-il alors qu'elle tire fermement la poignée de la porte.
Il referme cette dernière et la maintient par les poignets alors qu'elle se débat en pleurant.
- Tu vas aller où comme ça ? T'es en pyjama.
- Je m'en fiche, je veux rentrer chez moi. Je dois savoir.
- Non, réplique-t-il fermement en refermant la porte à clé qu'il retire. Tu dois rester ici.
- Je veux voir ma mère, je veux savoir ce qui ce passe.
- Pas maintenant. Tu es fatiguée, bouleversée.
Elle le regarde empli de tristesse avant de cesser de se débattre. Puis subitement elle se jette à son cou en pleurant bruyamment. Il la serre dans ses bras.
- Elle m'aime pas, sanglote-t-elle douloureusement.
- Ne dis pas ça, tu sais que c'est pas vrai.
- Pourquoi elle me dit pas ce qui se passe alors ?
Il pince les lèvres alors qu'elle le regarde en attendant sa réponse. Réponse qui n'arrive pas.
- Lui non plus il m'aimait pas. Il m'aurait pas aimé.
Elle pleure de plus belle dans son cou et il fronce les sourcils. Là il ne comprend plus rien. De qui parle-t-elle ? Il n'a pas le temps de trouver une réponse qu'elle redresse la tête encore une fois en pleurant toujours. Elle tousse et hoquette difficilement.
- De toute façon c'est à maman que je ressemble hein ?
Et il comprend de qui elle parle. Ariane aussi le sait. Lou n'a que sa mère, elle n'a qu'elle au monde pour l'aimer et s'occuper d'elle. Elles n'ont été qu'à deux pendant longtemps et l'IA sait qu'une relation particulièrement fusionnelle s'est développée entre elles. Alors le silence de Root sur un sujet qui périphériquement touche Louisa met l'enfant dans tous ses états. Elle le prend comme un manque de confiance, voir pire un manque d'amour de la part de sa mère. Et elle doit se sentir mal de ressentir ça car elle sait que c'est faux. Ce qui signifie dans sa tête que c'est mal de penser ça et donc qu'elle ne ressemble pas autant à sa mère que ce qu'elle voudrait. Et dans son esprit à l'opposé de sa mère, il y a son père. Et Louisa a peur, peur de lui ressembler. Elle attend une réponse en pleurant toujours. Lionel est extrêmement reconnaissant à cet instant que Lee qui a failli entrer dans le salon en soit ressorti tout aussi vite et silencieusement qu'il y était entré.
- Mais oui, tente-t-il de la rassurer.
- Et je m'en fiche de lui, tente-t-elle de se convaincre.
Fusco refuse d'entrer sur un terrain aussi intime et délicat. Un terrain qui ne le regarde pas.
- Mais maman, reprend-t-elle doucement en s'essuyant difficilement les yeux, pourquoi elle m'abandonne ?
- Tu crois pas que tu exagères un peu ? feint de se vexer Fusco en haussant un sourcil.
Il détend un peu l'atmosphère alors que Louisa baisse les yeux et hausse les épaules, bien consciente de se positionner en grande victime de cette situation dont elle ne connait pas tous les détails.
- Ça ne devrait pas marcher que dans un sens, remarque-t-elle.
- Quand on a ton âge, ça se passe comme ça Louisa. Les adultes veillent sur les enfants pas l'inverse, ta mère te protège.
- Mais de quoi Lionel ?
- Du grand méchant robot, propose-t-il.
- C'est pas lui cette fois, elle me l'aurait dit sinon. Je suis sûre qu'il y a un problème avec Shaw. Un truc grave.
- Je sais que Shaw ne va pas bien du tout, choisit de lui dire Fusco. Et que pour le moment, ta mère doit rester avec elle pour l'aider.
- Mais pourquoi maintenant d'un coup ? Ça fait un mois et demi qu'on a échappé à Samaritain. Et Shaw était pas bien depuis tout ce temps mais elle allait mieux après. Maman avait pas besoin de me mettre à l'écart pour pouvoir l'aider. Alors pourquoi maintenant ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Qu'est-ce qu'elle a fait Shaw ?
Il ne répond pas.
- Qu'est ce qui lui est arrivé ?
Devant son silence elle se trouble en tremblant légèrement et se met soudain à imaginer le pire.
- Ils l'ont rattrapée ? lâche-t-elle catastrophée. Elle est morte ?
- Mais non, lui assure Lionel. Elle est vivante et elle est avec ta mère en sécurité.
- Alors c'est quoi le problème ? ne comprend pas l'enfant en s'agaçant de nouveau.
- Je sais pas, avoue Lionel en mentant un peu.
Il ne va pas lui dire qu'elle a voulu se tuer. Trois fois d'affilé. Qu'elle a pleuré en suppliant qu'on l'achève. Tout ça le hante déjà bien assez, lui. En cela il ment à Louisa, mais il ne lui ment pas non plus complétement car il ne sait pas ce qui a mis l'ancien agent de l'ISA si solide dans un tel état. Louisa se pose la même question que toute l'équipe : qu'était-il arrivé à Sameen qui l'a fait disjoncter à ce point ? Elle ne voulait plus que mourir maintenant … Elle avait renoncé à toutes ses envies de vengeances, de revanche, à sa fierté, à son courage, à sa force mentale. Et Lionel comme Reese et Finch ne savaient pas pourquoi. Pourquoi si soudainement alors que 24h avant encore, Sameen avait été d'attaque sur une mission où elle avait été plus que virulente ? Seule Root connaissait la raison qui l'avait poussée à cet état dépressif qui n'aurait jamais dû être le sien. Et elle refusait toute aide, choisissant de s'en sortir seule, d'aider seule la femme qu'elle aime. Elle protégeait Sameen et son secret. Un secret dont Fusco ne le soupçonnait que d'être terrible. C'est ça qui l'avait fait craquer. Mais il n'a pas la moindre idée de ce que ça peut être, et il refuse de fouiner. Shaw allait très mal, ça devait donc être grave et personnel. Elle détestait qu'on touche à son intimité. A part Root, elle n'accepterait jamais que quelqu'un d'autre si insinue et découvre ce terrible secret qu'était désormais le sien. D'ordinaire elle tuerait l'intru d'une balle dans la tête, mais l'ordinaire n'avait plus court depuis qu'il l'avait vu suppliée en sanglotant. C'est elle qui se tuerait désormais si son secret était dévoilé, elle n'aurait pas la force d'affronter celui qui l'aurait mise à nue. Fusco n'a pas envie d'être cette personne. Et il n'a pas envie non plus que ce soit Louisa. Alors il attend depuis six jours. Il attend car il sait qu'il n'y a rien d'autre à faire. Il attend car il sait qu'on lui dira en temps utile, et si c'est utile.
- Et ça te dérange pas ?
- C'est personnel et pour l'instant Shaw souhaite que ça ne reste qu'entre ta mère et elle.
- Mais …
- C'est sa décision, intervient soudain Ariane. Tu ne peux pas lui en vouloir pour ça. Je te rappelle que tu fais exactement la même chose concernant tes cauchemars et tes peurs. Ça ne reste qu'entre toi et moi, tu mets ta mère à l'écart et tu refuses que quiconque d'autre soit au courant !
La gamine ouvre et ferme la bouche. L'IA a raison. Elle se tourne vers l'inspecteur.
- T'as mis où mon téléphone ? demande-t-elle doucement en essuyant ses dernières larmes.
Malgré son ton penaud, il lui sourit et le lui tend. Elle enlève son manteau et ses chaussures avant d'appeler sa mère.
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Six jours plus tôt
Harold débarque dans l'appartement le souffle court. Suivi quelques secondes plus tard de Lionel.
- Tout est ok, les informe-t-il.
- Je ne dirais pas ça, rétorque Harold en regardant Root.
- Mais bon sang qu'est ce qui s'est passé ? murmure l'inspecteur new-yorkais en laissant enfin éclater son angoisse. C'était quoi ce merdier sur le pont ?
Un silence s'ensuit. Reese fixe le dernier morceau de ruban adhésif alors que tous regardent l'interface. Son regard est triste mais elle ne dit rien.
- Mademoiselle Groves ? la relance le milliardaire.
Son silence reste sa seule réponse. Elle ne regarde personne dans la pièce et semble abattue, pensive.
- Root ? appelle doucement Reese.
La jeune femme se pince le haut du nez en fermant les yeux. Elle semble à bout.
- Où est mademoiselle Shaw ? choisit plutôt de demander Finch quand il voit qu'il n'aura aucune réponse de sa part.
Reese lui indique calmement la chambre d'un geste de la main. Harold observe la porte quelques instants avant de se tourner vers les trois autres personnes présentes dans la pièce. Les deux hommes le regardent alors que l'interface a les yeux baissés. Tous semblent enfin prêt à l'écouter, Root est trop dépassée. Elle a enfin compris qu'elle a créé une situation dont elle ne maitrise rien, mais lui il est prêt à reprendre le contrôle. Il lui avait prédit cette catastrophe, il lui avait prédit que donner autant de pouvoir à la machine l'altérerait. L'IA avait tout pouvoir et Shaw en avait profité pour se venger, aveuglé par la haine de sa détention. Seulement tout avait dérapé. Root était la responsable à ses yeux mais il peut presque la pardonner quand il voit son actuel état. Elle recule et s'emmure dans le silence en réalisant enfin qu'elle a eu tort. Il est désormais tout à fait prêt à accepter ses excuses et à rétablir l'ordre des choses concernant l'IA. Il pouvait redevenir le créateur, le fondateur et elle se cantonnerait à son rôle sans plus jamais l'outrepasser. Leur relation redeviendrait enfin cordiale. Il mettra ça sur le compte d'un coup de faiblesse passager suite à la vision des tortures infligées à Sameen Shaw et à Louisa Groves.
- Il faut discuter de ce que nous allons faire d'elle, commence-t-il d'un ton assuré.
Il a une solution et tous l'observent en buvant ses paroles. Du moins l'espère-t-il mais … L'interface relève brutalement la tête. Elle le regarde enfin.
- Pardon ? crache-t-elle d'une voix fort peu engageante.
- Vous ne pouvez plus nier ses dérapages et sa dangerosité, argumente-t-il sèchement en la pointant du doigt. Elle a manqué de tous nous démasquer, de vous faire tuer aujourd'hui. Cette fois vous devez entendre raison, vous ne pouvez pas la gérer.
Elle ouvre la bouche et la referme, consciente qu'il n'a pas tout à fait tort.
- Vous proposez quoi ? s'informe Reese.
- Un placement dans un institut spécialisé.
John garde un air stoïque et Root est pendant quelques secondes incapable de parler. Comme figée dans le temps et l'espace, elle a la bouche légèrement entrouverte d'incrédulité. Une erreur d'audition. Oui ça ne peut être que ça. Elle a eu une erreur d'audition. Elle est sourde d'une oreille après tout … Il n'a pas pu proposer ça. Pas lui, pas son ami, pas un homme bien. Il la regarde désolé, bien conscient qu'il vient de la choquer.
- Temporairement bien sûr, ajoute-t-il précipitamment devant son air pour lui faire comprendre qu'il n'est pas un monstre, qu'il n'est pas l'ennemi, surtout pas.
- Un asile d'aliéné, parvient-t-elle enfin à sortir d'un ton assommé.
Son air choqué ne l'a pas quitté, mais au moins elle ne crie pas et ne l'agresse pas. Et Harold reprend espoir. Il pince les lèvres en baissant un peu les yeux.
- Disons plutôt un centre psychiatrique où elle pourrait se reposer.
L'interface n'en revient pas. C'est ça sa solution. Son éternel solution quand il n'arrive pas à gérer quelqu'un. La même solution que pour elle quand il l'a enfermée, quand elle lui faisait peur et qu'il n'arrivait pas à la contrôler.
- Comment osez-vous ? lâche-t-elle enfin doucement en détachant chaque mot.
- Root, intervient calmement Reese pour la calmer alors qu'il sent la catastrophe arriver.
- Quoi Root ! explose-t-elle. Quoi ?! Tu vas laisser faire ça ? Hein ? Tu vas t'écraser et le laisser faire ça à Shaw ?
- Je n'ai pas dit ça, tempère-t-il. On peut s'asseoir et discuter calmement.
Finch s'assoit déjà à la table, montrant ainsi sa bonne volonté à faire évoluer les choses dans un contexte calme et favorable pour tout le monde.
- Je ne discuterai pas de ça, refuse Root toujours debout. Parce que c'est hors de question. Merde John, c'est ta coéquipière. Elle s'est sacrifiée pour nous tous. Tu vas vraiment l'envoyer s'enterrer dans un trou à merde ?
Sa voix déraille de rage. Pourquoi personne ne réagit ? Ils sont tous d'accords ?
- J'ai pas dit que j'étais d'accord. Mais réfléchis Root. Réfléchis et pense à Shaw, à ce qu'il y a de mieux pour elle et pas à ce que toi tu veux.
- Ça veut dire quoi ça ? enrage Root. Tu penses que je ne suis qu'une égoïste qui se sert d'elle comme d'un objet ?
John soupire.
- Non j'ai pas dit ça. Mais pense à ce qui est le mieux pour elle.
- Surement pas de se faire enfermer dans un asile de fous. Encore une fois. Elle a déjà passé sept mois enfermé avec des dingues. Alors ça suffit maintenant !
- Ils pourront l'aider mademoiselle Groves, intervient Finch. Bien mieux que nous et même que vous.
- Le débat est clos et j'ai dit non, crache Root.
Il s'empourpre de colère en se levant.
- Ce n'est pas à vous de décider, rétorque-t-il calmement sur un ton sèchement victorieux.
Root panique. Elle doit sortir Shaw d'ici. Elle se dirige vers la chambre mais il se met en travers de sa route et se campe devant la porte close de la pièce où Sam s'est réfugiée. L'interface serre les dents en secouant la tête.
- Ce n'est pas à vous non plus. C'est Shaw qui décide. C'est sa vie.
- Elle n'est pas en état de décider, contrattaque le milliardaire. Vous voulez l'aidez n'est-ce pas ?
- Bien sûr, l'agresse-t-elle sèchement.
- Alors laissez-la. Pour l'instant … Sinon … elle … avec vous ça … ça finira au …
Il hésite et bredouille sans finir.
- Au ? interroge-t-elle méchamment. Au cimetière ? C'est ça ?
Il soupire.
- Vous êtes dangereuse. Votre comportement …vous … vous ne l'aidez pas. Moi je peux l'aider.
- Je vous laisserai pas faire ça, refuse Root en secouant la tête.
Elle tente de le contourner pour entrer dans la pièce mais il se plaque contre la porte et gesticule, lui refusant l'entrée. Pourtant il va perdre et il le sait, elle est plus forte que lui.
- Monsieur Reese, appelle-t-il à l'aide.
Elle sort une arme et le braque à sa gauche sans même le regarder. Il n'a pourtant pas bougé.
- Ne m'oblige pas à faire ça John, siffle-t-elle sans quitter Harold des yeux.
Elle est furieuse. Ils se stoppent tous dans la pièce.
- Root, arrête on est tous du même côté, intervient enfin Fusco.
Il n'a rien osé dire avant. Il ne connait pas tout de la situation actuelle. Qui avait raison ?
- Je crois pas non, rétorque l'interface dans un souffle. Personne ne …
- ROOT, la stoppe Ariane dans son oreille. Sameen va se défenestrer !
L'interface rengaine son arme dans une rapidité époustouflante avant de propulser Finch hors de son chemin sans ménagement. Il atterrit durement au sol alors qu'elle enfonce la porte.
- SHAW, hurle Reese alors que lui et Root entrent dans la pièce en courant.
Elle ne les entend même pas et s'apprête à se lancer dans le vide au moment où ils la retiennent de justesse en agrippant ses bras. Elle se retrouve plaquée au sol. Et là Reese voit quelque chose qu'il n'aurait jamais cru voir, qu'il n'aurait même jamais cru possible. L'ancien agent de l'ISA sanglote au sol en se débattant, tentant vainement d'atteindre son objectif. Ses mains se tendent droit vers la fenêtre qu'elle a voulu franchir. Une nouvelle fois. Elle fait pitié, c'est affreux.
- Sameen, l'appelle Root agenouillée à ses côtés.
- Laisse-moi Root, murmure-t-elle doucement sans arrêter de gigoter et de pleurer. Laisse moi je veux que ça s'arrête.
- Shaw, appelle-t-elle désespérée.
Mais l'utilisation de son nom par l'interface ne ramène pas Sameen cette fois-ci. Elle a clairement touché le fond.
- Je veux mourir Root, tu ne peux rien faire pour m'aider. Laisse-moi en finir.
- Jamais.
L'ancien marine gesticule encore en pleurant de plus en plus. Mais l'interface la garde serrée contre elle, utilisant ses bras autant comme barrière de protection que comme barrière anti échappatoire. Shaw n'arrive pas à s'en libérer. L'étreinte de l'interface est tendre et ferme à la fois. Rassurante et contraignante. Sameen comprend qu'elle n'arrivera pas à s'en défaire, Root l'aime trop pour la laisser partir. Elle lâche un horrible gémissement où se mêlent douleur et tristesse sans cesser de se débattre.
- Pitié je t'en supplie, lâche-t-elle enfin.
Et ça autant que le reste, voir plus que le reste, c'est horrible pour Root. Horrible à voir, à entendre, à sentir. Elle se tourne vers John.
- Va me chercher un truc pour la calmer, décide-t-elle enfin.
Shaw l'entend mais ne réagit pas. Elle continue de pleurer en se débattant contre l'interface qui l'enlace fermement. John est sceptique.
- Tu es sûre que tu vas pouvoir gérer toute seu …
- GROUILLE, lui ordonne-t-elle sèchement.
Lionel entre dans la pièce alors que John en ressort pour fouiller dans plusieurs tiroirs avant de trouver ce qu'il cherche. Bien qu'il ait entendu l'échange qui vient d'avoir lieu, l'inspecteur new-yorkais reste figé devant la scène. Quoiqu'il se soit passé, ça devait être très grave car Sameen est dans un état affreux. Il se décide enfin à bouger pour aller fermer la fenêtre, alors qu'il l'entend pleurer allongée au sol comme une enfant. L'interface la serre contre elle, prenant sa tête dans ses mains. Elle lui caresse le visage avec douceur et patience. Sameen continue de se démener, avec de moins en moins de virulence pourtant. Elle est complétement anéantie.
- Je veux pas, pleure-t-elle. Je peux pas Root.
- Quoi donc mon cœur ?
- Je n'y arriverais pas.
- Je sais, la réconforte l'interface. Je suis là. Je suis là avec toi. On va trouver une solution.
Harold s'est enfin relevé et entre dans la pièce. La scène le fige de surprise et de tristesse. Si seulement on l'écoutait. John entre dans la pièce à ce moment-là. Il a enfin trouvé ce qu'il cherchait et sans demander l'avis de qui que ce soit il lui injecte la seringue. Elle se fige enfin. Root la tient encore contre elle. Shaw la regarde enfin mais elle voit flou, les larmes lui embrouillant la vue.
- Les laisse pas m'enfermer chez les fous, je t'en supplie, continue-t-elle de pleurer.
John déglutit mal.
- Jamais ma belle. Tu as ma parole, la berce l'interface sans la lâcher.
Sameen la regarde jusqu'à ce que ses paupières soient trop lourdes puis l'interface disparait et l'obscurité l'engloutit.
Root lui caresse le visage avant de se décider à prendre les choses en main. Elle allait avoir besoin de temps, de solitude avec Shaw. Elle pince les lèvres constatant un petit soucis, avant de se tourner vers les trois hommes qui l'observent.
- Je m'en occupe, annonce-t-elle.
Finch soupire bruyamment mais elle l'ignore superbement. Son ton est froid, sec, assuré, tranchant comme l'acier. Elle contrôle pourtant à merveille sa colère et sa tristesse qu'elle refuse de laisser se transformer en détresse insurmontable. Shaw n'a qu'elle de son côté, elle n'a qu'elle tout court et Root ne peut pas se laisser aller au désespoir.
- Lionel, peux-tu aller chercher Louisa à la piscine ?
Il hausse les sourcils. Là tout de suite c'est pas le truc auquel il s'attendait.
- Euh … C'est où ? demande-t-il néanmoins.
Son téléphone sonne. Ariane vient de lui envoyer l'adresse.
- Mais … et Shaw ?
- Plus tard Lionel. Je t'en prie. Je veux être certaine qu'elle est en sécurité. Et si tu veux m'aider, si tu veux aider Sameen, fais ça.
Il acquiesce et tourne les talons. Finalement il s'arrête à la porte pour regarder l'interface.
- Je suis d'accord, dit-il enfin. L'enfermer c'est pas la solution.
Et il sort. Root se penche vers l'ancien marine et la soulève dans ses bras pour passer devant Finch et Reese. Aucun des deux ne l'arrêtent et Root a le sentiment une fois de plus qu'ils abandonnent Shaw, bien contents que quelqu'un les débarrasse de ce problème. Son bras handicapé la fait trop souffrir avec le poids de la jeune femme et elle est obligée à contre cœur de l'allonger dans le canapé qui se trouve à mi chemin entre la chambre et la porte d'entrée.
- Root, intervient John.
Elle lève une main sans le regarder, sans dire un mot. Une main. Sèche juste pour le faire taire. Néanmoins il refuse de lui laisser croire qu'il est son ennemi, qu'elle est seule contre tous. La solution de Finch lui déplait, mais il est vrai qu'elle ne lui semble pas dénuée de sens. Shaw est devenue suicidaire, et il ne voyait pas comment il pouvaient l'aider si Root elle-même n'y parvenait pas. Mais peut-être qu'une aide extérieure … Que faire d'autre ?! Il ne voyait pas.
- C'était pas pour se débarrasser d'elle dans un institut et l'y oublier.
- Hum tu parles, raille Root furieuse sans se retourner. Ariane la couverture de Shaw est grillée, tu lui en a déjà donné une autre ?
Alors qu'elle écoute la réponse de l'IA, John l'agrippe par le bras et la fait pivoter face à lui.
- Je n'ai pas voulu ça. Arrête de me faire passer pour le salaud de l'histoire !
- C'est le sentiment que tu as ? l'interroge-t-elle calmement. Parce que si c'est le cas, n'attends pas de moi que je t'en dédouane.
Il secoue la tête tristement. Elle ne comprend pas.
- Si tu as le sentiment d'être un salaud qui l'abandonne, continue Root toujours aussi calmement, c'est peut-être parce que c'est le cas.
Il serre son bras un peu plus fort alors qu'il serre les dents de colère. Pendant quelques secondes, elle se dit qu'il va lui briser un os, qu'il va hurler. Elle en a presque envie, comme pour prouver ses dires, au point de lui sourire méchamment. Mais soudain il la lâche et la regarde sans trace de colère.
- Non, murmure-t-il enfin. Mais je ne sais plus quoi faire pour l'aider. Je pensais que toi tu saurais, mais ça n'a pas été le cas. Je t'ai fait confiance Root. On l'a emmenée sur des missions, puis on les lui a refus…
- Tu n'as jamais voulu d'elle, l'accuse Root furieuse d'une voix sifflante comme celle d'une oie en furie. Tu as juste voulu qu'elle se plante pour l'évincer et rester le seul, le grand sauveur des âmes blessées de New-York, finit-elle en emphase moqueuse.
- Tu as tort Root, rétorque-t-il sans hausser le ton. Je voulais l'aider pour retrouver ma coéquipière, mon amie mais…
- J'enferme pas mes amies chez les fous contre leur grès moi, le coupe-t-elle à nouveau.
- Ok alors tu vas faire quoi ?
Elle reste quelques secondes sans répondre puis …
- L'aider. Et toute seule je ne veux pas de vous pour lui rappeler qu'elle n'est plus ce qu'elle était et qu'elle n'est plus à vos yeux qu'une immense déception.
Elle s'est avancée vers lui au fur et à mesure de sa phrase en pointant un doigt rageur sur lui et sur Finch qui est derrière lui.
- C'est pas une bonne idée Root, tu vas pas y arriver. Elle va se tuer et tu ne pourras rien faire. Pire tu ne pourras jamais te le pardonner.
Elle le regarde furieuse.
- C'est de ne pas avoir essayer que je ne pourrais pas me pardonner. Je ne me pardonnerai jamais de l'abandonner … encore une fois.
- Mademoiselle Groves, commence Harold, c'est pour l'aider que je souhaite la placer dans un institut adapté. Vous vous méprenez sur nos intenti…
Il s'interrompt quand il se rend compte qu'elle ne l'écoute pas. L'interface enfile son manteau et pousse à l'autre bout de la pièce la table basse qui repose sur le tapis.
- J'ai pas le choix, murmure-t-elle à l'IA. Ouais et Sameen s'en moquerait de toute façon.
Finch s'empourpre de colère alors qu'elle l'ignore royalement. Quel manque profond d'éducation et de respect à son égard !
Root fait délicatement glisser Shaw au sol et la fait ensuite rouler tout en l'enfermant dans le tapis en même temps. Une fois ce dernier transformé en rouleau parfait avec Shaw cachée en son cœur, l'interface enlève sa ceinture et l'attache solidement autour du tapis pour l'empêcher de se dérouler et de libérer son précieux contenu.
- Elle était pas conne Cléopâtre dans le fond, murmure-t-elle pensivement pour Ariane qui lui fait la conversation.
- Root à quoi tu joues ? soupire Reese bien qu'il n'ait fait aucun geste pour l'arrêter.
Elle se tourne vers lui, comme se souvenant de sa présence.
- Je débarrasse le plancher, explique-t-elle sèchement. Ça devrait vous rassurer non ?
Elle commence à vouloir faire glisser le tapis au sol mais il est trop lourd et elle a trop mal au bras. John soupire avant de se pencher et de le saisir en le callant sur son épaule. Elle ouvre la bouche en le regardant.
- Tu es à ce point là pressée de nous voir disparaitre ? siffle-t-elle.
Il soupire.
- Je veux juste t'aider Root.
- C'est ça, siffle-t-elle en amorçant un geste pour se saisir du tapis.
Mais il recule et elle se trouble de colère.
- Tu ne l'emmèneras pas, le prévient-t-elle en agrippant le tapis d'une main ferme.
- Ça n'est pas mon intention, soupire-t-il en le gardant juché sur son épaule. Bien que je pense que tu aies tort de vouloir t'en occuper toute seule, je ne m'acharnerai pas à essayer de te faire changer d'avis. Je sais reconnaitre quand un combat est perdu d'avance.
Root hausse les sourcils pour lui confirmer qu'il a bien raison de ne pas s'engager sur cette pente, mais aussi pour savoir ce que veut dire son geste. Pourquoi avoir saisi Shaw ?
- Mais tu n'es pas en état de la porter, se justifie-t-il.
Elle lui jette un regard amusé, presque condescendant.
- Je te l'ai dit, reprend-t-il. Je veux t'aider.
Elle soupire en acquiesçant. Elle a tort de s'en prendre à lui. Il veut juste l'aider, aider Shaw, mais sa réponse au problème de Sameen n'est pas le bon. Elle en est certaine. Mais lui aussi de son côté est certain que l'internement est la meilleure des options. Pourtant il accepte qu'elle s'en occupe. Il se range de son côté, alors qu'il est du même avis que Harold. Il ne veut pas la laisser porter Shaw au risque de voir l'état de son épaule empirer. John est tiraillé mais il choisit de l'aider, d'être là pour elle, pour elles. Alors ça compte. Pour Root qui n'a pas pu s'appuyer sur beaucoup de monde dans sa vie, ce geste compte. Pourtant comme pour toute aide qu'elle reçoit, l'interface se méfie.
- Pourquoi tu m'aides si tu penses que j'ai tort ?
John ouvre la bouche et la referme. Il met quelques secondes à répondre.
- Parce que je ne suis pas si certain que tu aies tort.
Finch soupire en secouant la tête de dépit. Elle ne l'écoute pas. Monsieur Reese non plus. Pourtant il a raison. John vient même de le lui confirmer. Et on ne l'écoute pourtant pas.
Root ne s'occupe toujours pas du milliardaire qui reste planté dans le salon comme un radis sans feuilles, elle lâche enfin le tapis qu'elle agrippait fermement. Elle ne le quitte cependant toujours pas des yeux.
- Je te l'ai dit, continue John en soupirant de dépit tout en se dirigeant vers la sortie. Je n'ai pas la moindre idée de comment l'aider. Elle peut tout aussi bien se tuer dans un centre psychiatrique que chez …
Il ne finit pas alors qu'il atteint la porte. Root le suit et le regarde tristement alors qu'il s'arrête.
- Que chez moi, achève-t-elle enfin.
Il acquiesce.
- Ça n'arrivera pas. Je vais bien m'occuper d'elle John.
Il pince des lèvres avant de sortir. Il est loin d'être convaincu. Mais plus rien ne parvient à le convaincre concernant Sameen. Rien n'est plus normal. Il est en train de la descendre dans la rue cachée dans un tapis ! Ouais rien n'est normal.
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Martine cherche avec l'aide de Samaritain ce qui a tant pu faire dérailler Shaw. Et ils ne trouvent pas. Une annonce médicale, ça c'était certain puisqu'elle avait dérapé à l'hôpital. Mais quoi ? Le dossier médical de Sameen a disparu, soigneusement emporté par Root. Et le docteur Ward n'utilise que des dossiers papiers qu'il archive. Pas de numérique. Les analyses de Shaw, les résultats tout s'est envolé. La Machine avait aussi joué un rôle.
Qu'est-il arrivé à sa propriété ? Cette question obsède l'agent de Samaritain. Mais pas son patron qui a vite jugé cette question secondaire. Mais pas Martine. Ils sont cependant au moins tombés d'accords sur un point. L'évasion les a rendu furieux … Cette fois elles n'auraient dû avoir aucune chances et elles seraient entre leurs mains si seulement elle n'avait pas reçu de l'aide. Une aide que Samaritain avait négligé. Il l'avait jugé inutile, non pertinent car ne pouvant pas servir ses intérêts. Il avait cependant négligé de le traiter comme un élément pertinent pour l'aide qu'il pouvait leur apporter. Une aide masqué et inidentifiable. Mais ça ne pouvait être que lui et le gabarit correspond. L'agent John Reese avait joué un rôle. L'IA est furieux. John Reese et Samantha Groves étaient censé être en conflit d'après ses pronostics basés sur ce qu'il avait vu dans les simulations de Shaw et d'après la froideur avec laquelle il l'avait sauvée dans cet hôpital à Washington. Lui comme Harold méprisaient l'interface qui souhaitait donner plus de pouvoir à leur Machine. Et maintenant que cette douloureuse étape était franchie, leur relation ne devait pas être au beau fixe. Samaritain et ses agents n'avaient comptés sur aucune aide pour elles. Une erreur, un simple petit oubli, une simple petite négligence de sa part. Une faille dans laquelle l'interface s'est engouffrée pour les sauver.
Une évasion. Encore une. La troisième. C'était inacceptable. Il avait explosé de rage avec autant de violence que Shaw à l'hôpital. Et c'était retombé sur ses agents. Bien que la voiture ait renversé et tué bon nombre d'entre eux ce jour-là sur le pont de Brooklyn, il avait puni les autres. De nombreuses exécutions. Martine s'en était personnellement chargée, faisant preuve d'une sauvagerie et d'un sadisme décuplé par sa fureur. Ça avait duré six jours avant qu'elle ne se calme. Enfin pour être plus précis, ça avait duré six jours avant qu'elle n'ait plus personne à liquider. Seule elle et Lambert – ce dernier s'était terriblement angoissé sur son sort quand il avait vu sa collègue à l'œuvre sur les malheureux agents qui avaient eu la malchance de ne pas se faire écrasé par John Reese - étaient en vie. Samaritain n'avait pas changé de stratégie, ils étaient l'élément perturbateur idéal contre Root et Sameen. C'était une bonne stratégie, bien qu'elle n'ait pas encore porté ses fruits. Il ne la remettra pas en question. Ce serait se remettre lui-même en question et il ne commet jamais d'erreur, alors à quoi cela servirait-il ?!
Il s'était calmé beaucoup plus vite que Martine. Mais il faut dire qu'il s'était adouci rapidement grâce au visionnage des séances qu'elle avait fait vivre aux hommes et femmes qu'elle avait puni pour leur échec. Que ces derniers aient été tout aussi impuissants qu'elle sur ce pont face au bolide leur fonçant dessus ne changeait rien. Tout échec était puni. Et Samaritain avait fait d'une pierre deux coups, car parmi eux il y avait les agents qui avaient été en contact de près ou de loin avec Sameen Shaw, Samantha Groves et Louisa Groves durant leur détention en son sein. Désormais, nul ne savait. Tous les témoins avaient disparu. Sauf trois, mais Samaritain pouvait toujours s'assurer de leur silence en temps utile s'ils posaient problème. Et il doutait que ce soit le cas autant pour leur obsession pour Martine, que pour leur indifférence de la part de Lambert et Blackwell.
Sa colère était redescendue rapidement quand il a vu que Martine ne le décevrait pas dans la qualité de la punition à infliger à ses agents inutiles. Une bonne leçon aussi pour les autres. Ils avaient été apeuré mais aucun n'avaient rien dit ni bougé. Gabriel Haywark quant à lui avait été profondément fasciné. Samaritain n'avait pas été déçu par l'agilité technique et la perversité psychologique de Martine Rousseau. Ça lui avait plu (d'autant plus qu'elle n'avait pas fait ça par crainte de se voir elle-même subir une mort douloureuse, mais elle l'a fait par plaisir, par désir) et ça l'avait calmé d'abord, puis ça l'avait amusé de la regarder faire, de voir la peur docile que ça engendrait chez ses autres employés. Aucun ne pouvait lui échapper de toute manière, et ils le savaient. Ceux qui cherchaient à fuir finissaient dans la fosse commune d'une bien triste manière. C'est la qualité du traitement que Martine avait su mettre une fois de plus en œuvre – après celui qu'elle avait infligé à Sameen Shaw – qui l'a fait renoncé à la punir elle-aussi ensuite. Ses actes sadiques et barbares étaient une promesse, la promesse de ne rien laisser passer, la promesse de ce qu'elle ferait à Samantha Groves et à Sameen Shaw pour les détruire. Les détruire était la clé de son problème. Détruire l'interface de sa pire ennemi, la Machine. Quelle jouissance ce serait d'être enfin le seul, l'unique ! Et détruire Root, c'était obtenir Louisa. Un être unique, dévoué qui lui obéirait par dévotion. Une marionnette qui penserait d'abord à lui avant de penser à elle, ou au moins qui s'oublierait totalement pour ne plus se contenter que de le servir. Louisa serait cet être. Louisa et personne d'autre. Bien sûr il aurait pu jeter son dévolu sur quelqu'un d'autre. Martine lui plaisait beaucoup comme agent, mais elle n'agissait que pour satisfaire ses envies sadiques, ses désirs pervers. Elle ne le faisait pas pour lui, en tout cas pas en premier lieu. Et il ne pouvait plus la changer, de toute façon il ne le souhaite pas car elle lui est très utile ainsi. La preuve sur Sameen. Mais Louisa, une enfant … Il allait la dresser convenablement, la modeler comme il le souhaite. En cela n'importe quel enfant aurait pu convenir, mais Louisa est la fille de Root. Il ne veut qu'elle.
Mais encore fallait-il l'attraper ! Root et Sameen avaient encore une fois disparu. Et nulle part, il n'y avait trace de la petite dans leurs identités dévoilées. S'étaient-elles débarrassées de l'enfant ? Root aurait pu dans le but de la cacher pour la protéger. C'est cela qui obsède tant Samaritain.
Mais Martine quant à elle est obsédée par une tout autre question : Qu'est ce que Sameen avait appris de si bouleversant à l'hôpital ? Ça devait être un truc énorme, la petite brune avait un immense contrôle d'elle-même et fort peu de chose la faisait craquer. Martine avait pu s'en apercevoir durant ces sept longs mois ! Alors quoi ? Elle n'en revient pas que ça n'intéresse pas plus que ça son patron alors qu'elle-même est dévorée par la curiosité. Elle a voulu aller interroger Owen Ward le jour même de tout ce bordel. Ce médecin que Sameen avait agressé avec une violence incroyable s'en était tiré. Et lui il savait. Il ne se cacherait pas derrière le secret professionnel, Martine le torturerait, et le tuerait même, s'il le fallait. Ça ferait un joli message pour Shaw en prime. Elle avait souri en trépignant d'avance mais Samaritain l'avait arrêtée. Il lui avait refusé le plaisir de cette mission, c'était sa punition. Martine était punie pour les avoir laissé s'échapper une fois de plus. Samaritain savait que ce serait ça, sa plus grande punition. Celle qu'elle retiendrait le mieux. Lui refuser la satisfaction d'assouvir sa curiosité concernant Sameen Shaw et son secret dont il ne s'intéresse que fort peu. Après tout ça n'est pas la nouvelle folie de Shaw qui lui permettrait de trouver Root et surtout de trouver Louisa. Ça l'intéressait certes, mais bien moins que de savoir où est Louisa Groves. Sameen Shaw avait eu son utilité. Elle avait bien moins d'intérêt qu'avant à ses yeux désormais. Mais pas pour Martine et il le sait bien. Il lui avait plutôt demandé de d'abord faire comprendre son désappointement aux agents qui avaient survécu à la charge de John Reese. Une demande de six jours. Une demande qu'elle a su ne pas avoir intérêt à refuser. Un confinement forcé et malgré un bon défoulement, le vide et l'attente l'ont envahie. Une attente bien trop longue, elle s'ennuie en dehors des quelques atrocités qu'elle a commis en attendant son approbation. Mais les médecins ont aussi étaient clairs avec elle. Le repos était une nécessité après son coma. Elle était une miraculée. Quand on la leur avait ramenée du Minnesota, elle était pratiquement morte. Un œdème cérébrale abominable qu'ils avaient dû opéré en urgence, et après cela elle ne s'était pas réveillée tout de suite et ils avaient pensé que même si elle se réveillait un jour son cerveau serait trop endommagé pour qu'elle puisse reprendre du service. L'activité cérébrale était faible, pas inexistante mais faible. Les médecins n'arrivaient pas à se prononcer sur son état, ou plutôt sur l'état dans lequel elle serait à son hypothétique réveil. Samaritain avait exigé de savoir quand ce dernier aurait lieu et Ashley Fleming n'avait pas su lui répondre. La doctoresse rousse avait eu peur une nouvelle fois encore, mais cette fois pas de Sameen Shaw dont elle s'était un peu occupée, mais de son patron. Il était furieux et ce n'était pas bon pour elle. Ashley avait prié pour que l'agent Rousseau se réveille, comme elle continuait à prier pour que Sameen Shaw ne la retrouve jamais, pour qu'elle oublie le rôle ou plutôt l'absence de rôle qu'elle avait joué dans sa détention. Parfois les mots blessants de Louisa la hantaient la nuit. Elle qui faisait tout pour se convaincre qu'elle agissait au nom du plus grand bien était hantée par les paroles haineuses d'une sale gamine de six ans. Ashley suivait Martine depuis son réveil et elle continuait. Durant ces six jours, elle lui avait fait passer des tests médicaux qui s'étaient tous révélés normaux.
Alors le septième jour, il a enfin levé sa punition. Et le docteur Ward a eu la peur de sa vie pour la seconde fois de son existence quand elle a débarqué dans son bureau. Sa couverture d'agent de la sécurité intérieur l'avait aidée. Il n'avait pas pu invoqué le secret professionnel. Son regard lui a fait froid dans le dos mais il lui a donné satisfaction sans discuter. Il n'y avait plus de secret médical face à une question de sureté nationale ! Et cette folle était toujours dans la nature. Mais c'est après qu'il a eu la peur de sa vie (encore une fois) quand elle a éclaté d'un rire franc et froid. Un rire sincère mais dérangeant, le genre qui vous glace le sang. Lui ne riait pas. Et Dina Saund non plus n'avait pas ri. La nouvelle était une catastrophe à ses yeux. Mais pas à ceux de la blonde qui lui faisait face. A l'entente de la nouvelle tant attendu, elle avait ouvert de grands yeux en restant bloquée sur place une demi seconde. Puis l'éclat de rire lui avait échappé sans qu'elle ne puisse le retenir. Imaginer l'état de Shaw à cet instant précis avait juste était génial. Samaritain, lui n'y a pas vu un grand intérêt. Il était certes heureux de cet état de fait qui affaiblissait encore Sameen Shaw, mais ça n'était pas utile à ses yeux. Mais Martine s'était littéralement mise à perversement fantasmer sur la situation.
Ariane s'était inquiétée. Elle avait tout fait pour cacher le secret de Sameen. Elle n'avait pas pensé que l'agent Rousseau s'en prendrait au docteur Ward, qu'elle irait le voir pour savoir. L'IA avait pensé que vu leur évasion miraculeuse sa propre prise de risque pour les faire disparaitre de la carte aurait suffi à intéresser Samaritain et ses agents. Et ça avait été le cas, puis Martine Rousseau avait fait exception. Shaw l'obsédait et jamais elle ne la laisserait en paix. Elle avait eu peur d'elle-même quand elle avait pensé que la tuer serait une bonne chose. Puis elle avait rejeté cette idée. De toute façon Sameen et Root étaient tellement en colère qu'elles la tueraient de toute façon même si elle leur disait de ne pas le faire. Et Ariane se refuse de le leur interdire ! Cette femme est un monstre. Et Shaw est sa victime.
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Root déroule le tapis une fois chez elle. Elle a pris soin de fermer la portes à clé, de mettre les armes en sureté et de tirer les rideaux. Sameen dort encore. Elle a même l'air sereine comme ça. Root l'allonge difficilement dans le lit en l'installant confortablement. Puis, après avoir avalé des analgésiques, elle appelle sa fille. On a interdit à cette dernière d'allumer la télévision. Les nouvelles se tasseraient d'ici quelques jours et elle ne verrait pas. Louisa ne voit de toute façon pas de problème à l'heure actuelle. Pour elle, sa mère a envoyé Lionel la chercher car elle et Shaw ont du boulot. Du coup, elle enchaine directement sur un autre sujet, celui qui la préoccupe beaucoup en ce moment.
- En quoi je peux me déguiser pour Halloween ? L'école organise un bal.
- Euh je sais pas, répond évasivement Root en l'écoutant à peine.
Elle doit lui expliquer un peu la situation lui parler. Mais sa fille n'écoute pas.
- Naina m'a montré le sien et il est vraiment hyper top. C'est une super robe de sorcière, mais moi je veux pas être une sorcière. T'as pas une idée ?
- Euh on peut en reparler plus tard Louisa ? demande calmement Root.
Ça n'est pas l'urgence.
- Mais c'est dans trois semaines, il faut pas que je traine. J'avais pensé à une fée ou à un zombie mais je sais pas ce qui ferait le mieux.
- Louisa, écoute un peu, soupire Root.
- Tu veux pas que j'aille au défilé ? s'inquiète la gamine horrifiée qui se méprend sur sa réserve concernant ce sujet.
L'an passé elle pouvait y aller, elle y a toujours été avec sa mère aussi loin qu'elle se souvienne. Halloween c'est extra. Louisa adore se déguiser et puis Ariane lui avait dit que ça lui ferait du bien. Et Naina y allait aussi donc Lou avait été super heureuse de pouvoir y aller avec une amie. Mais sa mère ne semblait pas enthousiaste. Peut-être qu'avec Samaritain et tout ce qui s'est passé elle ne voudrait pas. La perdre une fois dans Greenwich village lui avait suffi, l'épisode de sa capture dans le washington park avait été suffisant.
- Louisa on rediscutera de ta soirée d'Halloween plus tard je te le promets. Mais en attendant je ne vais pas pouvoir venir te chercher tout de suite …
- Pas grave, la coupe négligemment sa fille. Tu as encore du travail c'est plutôt bien? Shaw doit être contente. Il est comment votre nouveau numéro ?
Root ouvre la bouche et ne répond pas tout de suite. Elle souffle profondément avant de se lancer.
- Il n'y a pas de numéros, il s'est passé un truc pas vraiment génial aujourd'hui et je ne vais pas pouvoir venir te chercher. Je dois régler ça. Tu vas rester chez Lionel.
Lou reste silencieuse. Elle croit comprendre que c'est grave.
- Combien de temps ? finit-elle pas demander calmement.
- Je sais pas, mais plusieurs jours ça c'est sûr.
Un autre silence.
- Je peux t'aider ? demande-t-elle timidement.
La gentillesse de sa proposition fait sourire sa mère pour la première fois de la journée.
- Non c'est trop grave Louisa et tu ne peux pas m'aider. Personne ne peut. C'est une situation à laquelle on ne peut rien changer et il va falloir que l'on trouve une solution … pour limiter les dégâts.
- Je suis sûre que je peux t'aider, se butte Louisa.
- Oui tu peux.
Lou attend pleine d'espoir.
- Reste chez Lionel le temps que je trouve une solution. Ça, ça m'aidera. Si tu es avec nous, je vais m'inquiéter sans cesse pour toi et je n'avancerai à rien sur aucuns tableaux.
- Pourquoi tu t'inquiéterais pour moi ?! Je vais beaucoup mieux depuis que je parle à Ariane. Bon il y a encore des hauts et des bas mais …
- Pas pour ça. Je m'inquiéterais de comment ce nouveau problème t'affectera. Du coup je vais le régler avant que ça n'arrive.
Louisa soupire.
- C'est quoi le nouveau problème ? Je peux au moins savoir ?
- Non, refuse clairement sa mère. Si tu sais ça t'affectera.
- Ça va m'affecter même si tu ne me le dis pas.
- Je veux te protéger c'est tout, au moins un peu mieux que la dernière fois.
- Pff, soupire Louisa. Ok.
- Laisse-moi prendre soin de toi, lui intime Root. C'est mon boulot, je suis ta mère tu te souviens ?!
- Oui je me souviens.
- Donc parfois …commence Root en attendant qu'elle finisse.
La gamine soupire.
- Donc parfois c'est toi qui doit décider pour nous deux, finit-elle.
- Je vais régler le problème le plus vite possible. Je te le promets.
- Ok. Je peux parler à Shaw ?
- Non.
- Pourquoi ? 'étonne Louisa.
- Elle dort.
- A cette heure-ci ?! s'étonne encore plus l'enfant.
- Je lui transmettrais ton message.
Lou hausse les sourcils de surprise. Shaw ne peut pas dormir à cette heure-ci.
- Qui est ? insiste sa mère.
- Euh …
- Ton message Louisa ?
- J'ai fait 20 longueurs en crawl sans m'arrêter. Mais mon chronomètre est pas encore assez bon. 19,28 minutes.
- Tu t'améliores je trouve.
- Tu lui diras ?
- Ai-je déjà manqué à ma parole ?
- Non, sourit Lou.
- Je t'appellerai ce soir.
- A tout à l'heure alors, finit sa fille en raccrochant.
L'interface a au moins eu un peu d'optimisme avec ce coup de téléphone. Et elle allait en avoir bien besoin. Mais Shaw n'a pas explosé à nouveau. En fait dès son réveil on aurait dit un zombie. Une âme perdue qui se déplace dans un espace sans y prêter la moindre attention. Elle campe quelques temps assise sur son lit, puis elle vagabonde de temps à autre avant d'échouer inévitablement dans un autre endroit où elle reste stationnaire un long moment avant de bouger à nouveau. Elle ignore jusqu'à la présence de Root et cette dernière est certaine qu'elle ne le fait pas consciemment ! Elle tente plusieurs approches. Tout en douceur. Quelques appels qui restent sans réponse, sans même une réaction ce qui confirme à Root qu'elle ne l'entend pas. Elle est ailleurs. Elle a décroché. Alors pour l'atteindre et la ramener, Root prend milles précautions et fait preuve de milles attentions. Elle effleure son bras du bout des doigts ce qui la fait tressaillir, elle caresse ensuite gentiment son visage mais Shaw ne la regarde toujours pas. Ses yeux s'emplissent de larmes et son visage se tord dans une crispation de tristesse. Elle ne la regarde pas mais Root sait que maintenant elle est là. Elle a conscience d'être à nouveau de ce monde, de ne pas en être absente tel un fantôme. Et c'est cette constatation qui lui emplit les yeux de si nombreuses larmes.
- Mon cœur, appelle doucement Root.
Shaw ouvre la bouche pour mieux respirer alors que les larmes s'échappent de ses yeux. Root se mord les lèvres. Elle porte encore son manteau couvert du plâtre de l'hôpital. Elle en a aussi plein les cheveux. Un pas à la fois se murmure l'interface.
- Je vais t'aider à enlever ça, chuchote-t-elle en joignant le geste à la parole.
Elle est douce et délicate et Sam se laisse faire sans dire un mot et toujours sans la regarder alors que la grande brune lui retire sa veste.
- On va y aller doucement mon cœur.
Elle ouvre sa propre veste et pose son dossier médical sur la table basse à leur gauche. Shaw pose son regard sur ce dernier et semble se liquéfier sur place. Elle l'observe et se met à trembler inconsciemment. Root pince des lèvres.
- Et on va chercher une solution toutes les deux, continue-t-elle. Mais d'abord laisse-moi prendre soin de toi. Ok ?
Pour toute réponse, Shaw secoue négativement la tête sans détacher son regard du dossier. Un regard assassin embrouillé de larmes. Root prend son geste pour un moment d'égarement, un refus de la situation mais pas un refus de son aide.
- Je ne te laisserai pas Sam, refuse fermement Root sans se départir de son ton calme.
Toujours pas de réponse. Ni de réaction cette fois-ci. Le vide inter sidéral. Et Root décide de prendre les choses en main.
- Va prendre une douche pendant que je nous prépare quelque chose à manger.
Elle reste plantée là sans réagir. Mais elle la regarde enfin et le vide a fait place à l'incompréhension. Ce que vient de lui dire Root n'a aucun sens. Se laver. Manger. Dans un tel moment ? L'interface a fumé c'est pas possible autrement ?!
Root est déjà dans la cuisine et sort casseroles et aliments. Shaw reste plantée comme une idiote à l'observer. Root relève la tête quand elle la voit toujours au même endroit.
- Une douche Sam, insiste-t-elle. Franchement ça te ferait du bien. Sans vouloir te vexer.
Sameen se dirige alors vers la salle de bain comme une automate. Elle y reste visiblement trop longtemps parce que Root vient toquer à la porte. Elle ouvre sans attendre sa réponse.
- Sameen, lâche-t-elle d'une voix effondrée.
Shaw ne comprend pas tout de suite pourquoi elle la regarde ainsi. Jusqu'à ce qu'elle se rende compte qu'elle est assise en boule au sol dans un coin de la pièce et que les larmes coulent encore sur ses joues. Pourquoi pleure-t-elle ? A quoi pensait-elle il y a quelques instants ? Elle ne s'en souvient plus. Elle ne sait même plus si elle pensait à quelque chose tout court.
La grande brune se plante devant elle et lui essuie les joues.
- Oublie la douche, viens manger, décide-t-elle.
- Root, commence-t-elle sans finir.
Enfin elle brise le silence. Mais c'est parler pour ne rien dire. Elle ne sait pas quoi dire. Il n'y a rien à dire. La grande brune attend une suite qui ne vient pas.
- Tu n'as pas le droit de te laisser aller Shaw, la stimule Root. Allez lève-toi.
C'est surement pas le truc le plus délicat et le plus fin qu'elle lui ait jamais sorti mais au moins elle cesse de pleurer. C'est un début. Elle la relève de force et l'entraine vers la cuisine en la tirant du bout des doigts. Le reste de la soirée est sinistre. Silencieuse et emplie d'une tristesse sourde. Shaw pourrait mastiquer de la colle qu'elle ne verrait pas la différence et elle pose sa fourchette au bout de deux bouchées forcées. Root n'a elle-même pas très faim. Elle l'observe franchement inquiète de son état psychologique. Elle s'attendait à la voir furieuse, à la voir tout casser. C'est pour ça qu'elle a éloigné Louisa. Mais l'état dépressif de Sameen n'aurait pas été génial pour sa fille. Non l'interface sait qu'elle a bien fait sur ce coup-là. Comme sur le fait de ramener Sameen ici pour s'en occuper elle-même.
Elles finissent par débarrasser la table ensemble sans un mot. L'interface prend comme un immense point positif qu'elle s'investisse dans quelque chose, même une tâche ménagère. Root lave la porcelaine et Shaw l'essuie calmement avant de la ranger soigneusement.
- Fini, lui annonce enfin Root.
La jeune femme pose son torchon. Elle ne la regarde toujours pas. Root regarde la pendule. Il est tard. Et Shaw tombe littéralement de fatigue.
- On va dormir un peu ? propose-t-elle.
Sameen la regarde enfin. Durant quelques secondes. Un trop bref croisement de regard. Puis elle observe à nouveau le sol et acquiesce.
- Bien, murmure Root. Ça va nous faire du bien. Tu vas voir. Demain tu auras les idées plus claires et on trouvera une solution ensemble. Je te le promets, ok ?
Shaw ne bronche pas et observe tristement ses pieds. Elle est abattue comme jamais. Pourtant elle se dirige vers la chambre sans rechigner. Root éteint les lumières et la rejoint. Elle est déjà sous les draps, roulée en boule dans un coin du lit. Root se tourne vers elle et pose une main sur son épaule. Tout son corps se contracte et elle tremble. L'interface semble entendre un sanglot. Alors elle recule sa main, soucieuse de lui laisser de l'espace autant que du temps. La grande brune est épuisée, elle garde son regard sur elle. Puis Shaw finit par s'endormir. Root pas tout de suite. Elle tapote sur son téléphone pour discuter avec Ariane en silence.
- Qu'est-ce qu'on va faire ?
- Il n'y a pas cinquante options Root.
- Je sais, je ne parlais pas de ça. Les options on en discutera quand elle sera prête à l'entendre. Qu'est-ce qu'on va faire pour qu'elle aille mieux ?
- Il n'y a pas de recette miracle Root, et tu le sais.
- Ouais mais bon Shaw c'est particulier, elle rentre pas dans les cases de l'ordinaire.
- Toi non plus je te fais remarquer. C'est pour ça que je pense que tu es la plus à même de l'aider en ce moment.
- Alors tu penses que j'ai eu raison ?
- Oui, et elle ne serait pas restée dans un institut. Elle est en sécurité avec toi.
Root avait besoin de l'entendre. Besoin d'entendre qu'elle ne fait pas fausse route. Elle pose son téléphone et l'IA continue d'être présente à son oreille pour la rassurer concernant Louisa. Elle n'a pas pu l'appeler ce soir. L'interface souffle un merci à son amie pour veiller sur elles. Root ne quitte pas Shaw des yeux, elle respire calmement et amplement. Elle dort profondément. Root passe une main sur son visage avec délicatesse dégageant ses cheveux pour qu'elle ne les mâchouille pas son sommeil ou qu'ils lui rentrent dans le nez quand elle respire. Elle ne se réveille pas et l'interface observe ses traits fins. Elle a son air renfrogné que Root adore tant. Elle adore la regarder dormir, savoir qu'elle est dans son lit de son plein grès, qu'elle y est parce qu'elle est heureuse d'y être avec Root. Parce qu'elle a choisi Root, parce qu'elle a choisi de l'aimer même si elle ne comprend pas ce que ça veut dire. Ce qu'elle a compris c'est qu'elle peut compter sur Root, qu'elle est là en toute circonstance pour elle. Root se doute que c'est plutôt ça. Shaw ne comprend rien à l'amour mais elle en perçoit quelques effets, elle en décrypte quelques situations conséquentes qu'elle parvient parfois à lier à ce sentiment qu'elle ne comprend pas. Root s'en fiche. Louisa aussi. Shaw les aime. Elle le leur montre assez d'une manière inconsciente ce qui rend cette amour encore plus fort du fait qu'il n'est pas feint mais sincère. Root a toujours aimé la regarder dormir mais encore plus depuis qu'elle est revenue de chez Samaritain. Root aime la regarder dormir parce qu'elle a confirmation qu'elle est vivante elle essaye de le faire discrètement parce que Shaw le lui a fait remarquer que ça l'agaçait.
- Root, râle Shaw sans ouvrir les yeux, arrête de me regarder dormir.
Elle est allongée sur le ventre, son dos nu en partie caché par le drap qui la recouvre en bas du dos. Elle est tellement belle. Root est réveillée depuis des heures et elle n'a pas pu s'empêcher de l'observer dormir. Elle a souri à sa remarque en se penchant vers elle.
- Mais tu dors plus maintenant alors je peux te regarder autant que je veux, lui chuchote-t-elle dans l'oreille.
Elle sait qu'elle la fait sourire. Shaw essaye de se retenir mais sa bouche s'est figée dans un sourire amusée qu'elle n'a pas pu refreiner. Root lui embrasse tendrement la joue puis le cou et enfin les lèvres. Et Shaw ne dit rien. Elle ne l'arrête pas. Son sourire s'est franchement agrandi maintenant et même elle ne pourrait pas nier qu'elle sourit. Root s'arrête et continue de la regarder en se mordillant la lèvre inférieure. Shaw aussi est très joueuse, elle n'a toujours pas ouvert les yeux mais elle sourit encore. Mais Root se promet d'avoir le dernier mot.
- Tu n'es pas assez bien réveillée pour une autre activité je présume ? s'amuse-t-elle en baladant un doigt taquin le long de sa colonne vertébrale.
Elle marque une pause.
- Bon, soupire-t-elle en enlevant sa main. Je comprends ne t'en fais pas !
Sam ouvre brusquement les yeux, contrariée.
- Je vais juste me contenter de te regarder dormir.
- Root, râle Shaw.
- Ne t'inquiète pas, j'adore ça te regarder et je comprends tout à fait qu'une autre activité puisse être éreintante pour toi.
- Idiote, râle Shaw en l'embrassant.
Elle la serre dans ses bras. Une étreinte que l'interface lui rend. Juste se serrer dans les bras. Juste être là l'une pour l'autre. Root sent sa chaleur, son odeur, sa présence. Trois sensations qui s'estompent peu à peu. Elle fronce les sourcils sans comprendre et la serre encore plus fort, comme un appel pour qu'elle reste encore un peu. Mais rien n'y fait Sameen lui échappe. Son odeur reste là, très présente, elle lui emplit les narines et ça rassure Root. En partie seulement car Shaw lui échappe malgré tout. Elle disparait. Comment est-ce possible ?! L'odeur est forte mais la chaleur a disparu. Il fait froid, trop froid.
- Sameen, gémit-elle en s'éveillant.
Le rêve était agréable. Un souvenir parfait d'il y a seulement quelques semaines. Pourtant la grande brune oublie vite ce bel instant. Le froid de son absence persiste alors qu'elle se réveille pleinement le nez enfoui dans l'oreiller de Sameen. Elle n'est plus dans le lit. L'interface se redresse pleinement. Elle n'est pas inquiète. Shaw ne doit pas être bien loin. En fait elle la localise à la seconde. Un bruit d'eau qui coule. La buée d'une chaleur étouffante, la lumière qui filtre par la porte de la salle de bain entrouverte. Elle s'est décidée à prendre une douche en fin de compte. L'interface se lève.
- Sameen, appelle-t-elle. Tu es là mon cœur ?
Pas de réponse. Elle toque à la porte. Elle ne veut pas entrer comme ça, pas dans son intimité.
- Sameen ? Je peux entrer ?
Cette fois le silence l'inquiète. Elle pousse la porte et ça bute très vite. Elle ne peut pas entrer. Quelque chose de lourd empêche le passage
- Shaw ? panique un peu Root. Mon cœur ? Laisse-moi entrer ! Sameen !
Elle pousse plus fort. Un gémissement se fait entendre de l'autre côté de la porte. Root pousse de toute tes forces. Et enfin elle la pousse en même temps que le battant. Elle manque de tomber par terre sous le coup de l'effort. Elle se rattrape de justesse au lavabo et elle se tourne vers elle. La douche coule à flot d'une eau bouillante qui emplit la pièce d'une buée étouffante. Root se croirait dans un sauna. Shaw est à terre, allongée au sol sur le dos. Dans une marre d'un très gros problème. Un papier y flotte et s'y imbibe.
- Sameen, murmure Root en se précipitant sur elle.
Ses yeux papillonnent. Elle ne s'en va que tout doucement. Elle est encore là. Root lui relève la tête.
- Non, pleure-t-elle.
- Salut, gémit la petite brune. Ne t'inquiète pas.
Un murmure si faible. Elle a déjà perdue trop de sang. Elle a déjà trop perdu tout court.
- Qu'est-ce que t'as fait ?! panique Root.
Elle attrape des serviettes pour faire pression autour de ses avants bras lacérés. Que le rouge cesse de s'écouler. Que la vie cesse de la quitter.
- Non arrête, gémit Sameen sans être capable de faire un geste pour la stopper dans son entreprise.
- Ne me demande pas d'arrêter, réplique l'autre femme les joues et les yeux emplis de larmes.
Elle se relève pour aller chercher son téléphone. Elle doit appeler de l'aide. Une ambulance. Elle n'est pas médecin et elle veut le meilleur pour elle. Elle a quelques connaissances bien sûr mais ici elle n'est pas dans un jeu d'une identité à assumer en façade pour maintenir une couverture. Elle n'a pas le droit à l'erreur avec Sameen. Mais …
- Non attends, la retient Sam. Je t'en prie.
- Il n'y a pas de temps à perdre.
Sa voix tremble dangereusement dans les aigus.
- Laisse-moi …
Elle ne finit pas. Trop fatiguée. Root pense deviner la suite.
- Je ne vais pas te laisser mourir. Alors ne me demande pas ça.
- Laisse-moi pas seule, achève-t-elle finalement dans un souffle.
Ça laisse l'interface sans voix, ce n'est clairement pas la supplication à laquelle elle s'attendait de sa part dans un moment pareil. Et elle est incapable de bouger.
- N'appelle personne. Ne me laisse pas mourir seule ou dans un hôpital.
- Je vais pas te laisser mourir tout court, lui promet Root en se précipitant à nouveau sur elle.
Elle s'agenouille près d'elle et appuie fort sur les serviettes pour arrêter l'hémorragie.
- Ça va aller, assure faiblement Shaw. Mais ne pars pas !
Une supplication si douloureuse pour la grande brune.
- Je suis là mon cœur, reste avec moi.
Elle souffle un bon coup.
- Ariane, appelle-t-elle à l'aide.
- Je n'ai pas de visuel dans la salle de bain Root. Que se passe-t-il ?
- Elle s'est ouvert les veines et il y a du sang partout. Aide moi.
Elle écoute ses instructions et se met en mouvement très vite, il n'y a pas de temps à perdre. Shaw n'a plus mal maintenant. Elle sait que ce sera bientôt fini. Elle se sent mieux, vraiment beaucoup mieux. Elle est apaisée. Ça sera bientôt fini. Elle ne souffre pas. Ils ne souffrent pas. Et c'est parfait comme ça. C'est comme ça qu'elle veut partir. Doucement sans heurt et sans douleur. Elle ne veut plus ni violence ni douleur. C'est calme. Enfin pas tout à fait il y a du mouvement autour d'elle. Qu'est ce qu'elle fout ?
- Ok, guide moi.
Elle semble moins paniquée, pleine d'un soudain sang-froid. Elle coupe l'eau et ouvre une fenêtre pour aérer. Puis elle ne s'occupe plus que d'elle. Tout est prêt à côté d'elle au sol. Elle a tout ce qu'il lui faut et dans son oreille elle a tout l'aide nécessaire. Alors elle commence. Etape par étape. Elle retire la serviette d'un des deux bras et nettoie la plaie au mieux pour avoir un visuel. Elle soupire de contrariété, Sameen n'y est pas allée de main morte. L'entaille est profonde, tout en longueur sur l'avant-bras. L'interface comprime un bon moment jusqu'à ce que l'hémorragie se calme un peu. Ensuite elle pose des séristrips sur les plaies en s'appliquant soigneusement.
- Non, gémit Shaw. Arrête. Ça sert à rien, il est trop tard. Arrête s'il …
- Chut, la coupe doucement Root. Calme toi, ça va aller. Je vais m'occuper de toi.
- Root …
Elle voit tout trouble, tout flou. Le brouillard qui l'entoure depuis tout à l'heure s'épaissit. Elle sombre dans le néant. C'est donc ça mourir ! Elle entend quelque chose avant que tout ne s'arrête pour elle.
- Je t'ai promis de rester avec toi. Et je ne vais pas te laisser mon cœur.
Elle a perdu connaissance depuis plusieurs minutes et Root continue de la soigner calmement. Ses gestes deviennent assurés. Le temps passe doucement et le saignement s'arrête enfin mais son teint est cadavérique.
- On a pas de poche de sang ici, fait remarquer Root à Ariane.
La sonnette retentit et elle se relève d'un bond.
- Qui est-ce ?
- Tu crois vraiment que je pourrais t'envoyer quelqu'un pour te l'arracher et la faire interner de force ?! raille Ariane.
Root soupire. Elle est très fatiguée et n'a réagi que par instinct.
- Non, bien sûr.
Elle part ouvrir à un livreur pas comme les autres à une heure pareille. Un narcotrafiquant. Ariane n'a trouvé personne d'autre pour que ce soit discret. Root l'observe froidement sans rien dire, elle est couverte de sang et une colère palpable émane d'elle. Le type ne se laisse pas impressionné pour autant. Il tient un sac kraft contenant trois grosses poches de sang.
- On m'a promis 200$ pour piquer ça à l'hôpital Bellevue et vous le livrer.
Root lui jette presque les billets au visage, lui arrache le sac des mains et lui claque la porte au nez.
- Charmante, grogne le type en comptant ses billets.
Il y a le compte.
- Connasse, grogne-t-il en s'éloignant.
De son côté, Root ne perd pas de temps. Elle la sort de sa flaque rouge dans une longue trainée au sol. Elle grogne de douleur alors que son épaule la fait souffrir. Pourtant elle parvient à l'allonger dans le lit. Elle lui fait une transfusion sanguine et l'observe ensuite pendant un long moment sans qu'aucune émotion ne transparaisse. Un millier de questions et d'hypothèses lui traversent la tête sur le pourquoi de son geste. Pourquoi quelqu'un qui a toutes les compétences médicales se trancherait les veines et pas la carotide ? Ça aurait été radical. Et Shaw le sait. Ça n'a rien d'anodin et elle ne la laissera pas filer sur ce sujet quand elle sera réveillée. Plusieurs heures plus tard, la grande brune semble à deux doigts de s'endormir. Elle est franchement épuisée mais elle refuse de s'endormir à nouveau. Elle se lève pour nettoyer l'appartement et la salle de bain où elle récupère le papier. Elle le froisse dans le creux de son poing et finit de tout remettre en ordre. Puis elle retourne auprès d'elle. Elle la veille difficilement tout le reste de la nuit prenant sa température et son pouls régulièrement. Elle va mieux. Root sent sa tête pencher dans le vide et elle se réveille à chaque fois que cette dernière tombe. Elle panique à la seconde et se rassure instantanément quand elle la voit encore endormie. Mais elle-même ne tiendra pas. Elle soupire et prend finalement une décision pour pouvoir dormir sereinement quelques heures.
- Elle ne va pas être contente, lui fait remarquer Ariane.
- Je sais, soupire-t-elle en finissant son œuvre. Mais qu'est ce que je peux faire d'autre pour l'instant ?
- Je suis avec toi Root et je te soutiens à 100%.
L'interface baille et se rend compte qu'elle serre toujours le papier dans sa main. Elle le déplie, le déchiffonne et malgré les tâches de sang la grande brune parvient à décrypter ce qu'elle a écrit. C'est court concis, clair. C'est elle, c'est tout Sameen.
" Pardon mais je n'en peux plus. "
Root fronce les sourcils. Ça ne peut pas être tout ! Elle tourne le papier plusieurs fois entre ces mains avant de voir quelques mots griffonnés dans un coin. Ils sont camouflé par le sang maintenant mais elle réussit à les lire.
" PS : Prends soin de Balou "
Elle chiffonne le papier de nouveau et le jette au sol avant de s'envelopper dans une couverture et de s'installer confortablement sur le fauteuil situé juste à côté du lit. Elle lui jette un dernier coup d'œil et s'endort instantanément après avoir fermé les yeux.
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Il n'a pas la moindre envie de s'arrêter là. La première mission a attiré Root. La seconde aussi. Et il n'a pas envie d'abandonner, de lui laisser la victoire. Pour l'instant elle se croit en sécurité. Elle se croit grande vainqueur de la partie. Sauf que ce que Root ne sait pas, c'est qu'elle n'a gagné qu'une manche. Il est sur le point d'en lancer une deuxième. Mais il doit le faire discrètement. La Machine est plus forte désormais et piéger Root demandera plus d'astuces. Mais il va l'attaquer sur son terrain, là où elle se sentira en sécurité. Elle est arrogante et ne croira pas à son possible échec.
Sinon la découverte de Martine sur le cas de Shaw lui a permis de lancer une alerte dans tous les instituts médicaux existants et clandestins. Si jamais elle s'y rend il l'y attrapera. Mais il a peu d'espoir pour tout cela. Contrairement à Martine. Elle était passée par toutes les émotions ou presque en une semaine. La colère d'abord à cause de l'évasion et de leur volatilisation dans la nature une fois de plus. Shaw et Groves collectionnaient les victoires. Sur ce point tout du moins. Et elle avait ri de plus belle dans la rue après être sorti du bureau du docteur Ward. La colère de l'attente punitive qu'elle avait subi avait ainsi fait place à l'euphorie. Elle a enfin fini par se calmer deux jours plus tard, et c'est là que ses pensées perverses ont abouties. Elle a enfin su quoi faire précisément et ça allait être génial. Mais elle devait tout préparer. Tout devait coller à la perfection, exactement comme elle l'avait imaginé, fantasmé. Alors elle a choisi le local, veillant à tous les détails durant des semaines. Samaritain ne l'a pas aidée, il ne l'a pas non plus arrêtée. Il lui avait donné Shaw après tout et il ne regrettait pas, il se débarrassait ainsi d'un problème tout en avançant sur un autre point. Louisa ne pourrait plus compter sur Shaw pour la libérer de son emprise, mais elle penserait encore pouvoir compter sur sa mère. Quelle cruelle déception ce serait pour elle ! Et quel doux réconfort il serait alors pour elle. Le début de sa nouvelle vie, celle qu'elle mérite. Dans le nouveau centre des opérations les travaux avancent bien et surtout vite. Un nouvel immeuble en plein cœur de la ville de son enfance, elle apprécierait de ne pas être coupée de tous ses repères et lui-même aime assez New York. Il supervise tout dans les moindres détails cette fois ci. La dernière fois il avait cruellement négligé ce point. Mais pas cette fois. Chaque étage a une fonction. Trois étages médicales, plusieurs étages d'entrainement, un immense étage pour diriger les opérations, plusieurs étages destinés à la détention de cibles temporairement utiles et plusieurs étages pour l'hébergement de quelques agents. Quarante-sept étages en tout. Et aucun n'échappera à sa surveillance. Officiellement, le bâtiment a été acheté par une société de téléphonie mondiale. Qui lui appartient. De réels bureaux y sont d'ailleurs installés dans les quinze premiers étages et les employés qui y travaillent ne se doutent pas de ce qui se passe au-dessus de leur tête. Et ils ne le sauront jamais. L'accès à l'ascenseur est extrêmement sécurisé. Pour accéder aux étages supérieurs ses agents seront munis d'un code d'accès et une reconnaissance d'empreinte digitale débloquera l'accès en son sein. Cette fois aucune chance d'entrer et de sortir comme dans un moulin en sautant une simple barrière. Il a tout pensé dans les moindres détails. Mais son attention est plus particulièrement poussée pour les aménagements d'une pièce au quarantième étage. Une pièce de 50 m². Une chambre très jolie aux murs lilas et une salle de bain attenante. Une immense baie vitrée pour lui offrir une vue splendide sur la ville qu'elle aime tant et un immense écran occupant tout un troisième pan de mur pour ne jamais couper le contact avec elle. Des caméras pour la surveiller à chaque seconde.
Martine s'occupe bien moins que lui des détails, mais pas de la sécurité du lieu qu'elle a choisi. Un lieu bien loin de l'immeuble de son patron. Le seul détail dont elle se soit occupée est celui concernant ses cheveux. Le blond lui allait définitivement mieux au teint. Et elle affirme que Shaw adore ça.
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Les deux premiers jours sans sa mère, Louisa a tenu bon. Sans se plaindre sans défaillir à son rôle de joyeuse petite fille de six ans. Puis son moral a inexorablement chuté. Lionel est inquiet, sa mère est évasive. John et Harold ne lui répondent pas au téléphone. Et Shaw est littéralement injoignable. Fusco sait pouvoir gérer Louisa, mais le fait qu'elle veuille partir en pleine nuit n'est en rien rassurant. Hier ça avait été le jour de trop. Louisa remâche tout ça assise sur le banc à côté de Naina.
- Tu as décidé quoi alors pour Halloween ?
Louisa ne l'écoute pas. Elle regarde droit devant elle Alisson et ses copines en train de rire. Elle aurait bien envie de les frapper mais elle ne doit pas se faire remarquer et ce serait stupide. Elle ne sait pas pourquoi mais des tas d'idées stupides lui trottent dans la tête depuis une semaine. Comme hier soir à vouloir s'enfuir en pyjama de chez Lionel pour traverser New York sous la pluie et rejoindre sa mère. Elle avait été odieuse avec sa mère et même quand elle l'a finalement rappelée Louisa n'est pas parvenue à s'excuser parce qu'elle n'a pas eu l'impression d'avoir tort au fond. Leur échange avait été froid venant de sa part et empli de compassion et de gentillesse venant de la part de Root qui lui avait lu la fin de Casse Noisette. Ensuite elle était restée au téléphone avec elle jusqu'à ce qu'elle s'endorme. Elle lui avait chanté une douce mélodie et Louisa avait sombré, heureuse de les savoir réconciliées et ensemble. Mais pas ensemble comme elle le voulait. Le manque était réapparu ce matin. Alors elle a eu une autre idée stupide, une idée tellement stupide … Ne reste plus qu'à trouver le courage, ou plutôt la folie, de la mettre en place après son entrainement de danse. Elle a hésité depuis hier, mais elle s'est dégonflée, résultat sa colère a explosé durant sa séance de sport. Pff et encore une idée stupide ! Là aussi elle aurait dû faire attention. Elle a mis au tapis en moins de trois minutes un garçon de neuf ans bien plus grand et plus fort qu'elle tellement elle était furieuse.
Elle sort de ses pensées en voyant débarquer Clyde Belzer un garçon de neuf ans. Il est très mignon d'après l'ensemble des filles des deux classes qui les séparent et Louisa se dit que ça doit être vrai ne sachant pas exactement sur quelle liste de critères elles se sont appuyées pour décider ça. Elle se demande vaguement si elle devrait s'intéresser aux garçons maintenant. Déjà se faire une amie état une épreuve alors là n'en parlons pas. Et de toute façon pour aller directement parler, ou plutôt faire glousser Doveney et ses copines, il ne doit pas être une lumière. Elle le voit soudain embrasser la petite peste blonde dont elle écraserait bien le visage sur le mur de la cour et elle est dégoûtée. Ça confirme donc que c'est un idiot. Pourtant il reste un garçon mignon, elle doit bien l'avouer si elle s'appuie sur ses propres critères. Ou plutôt sur ceux de Shaw. Et … Elle rougit soudainement à cette pensée sans cesser de l'observer … Et elle serait curieuse de savoir ce que ça ferait de se faire embrasser par un garçon comme lui. Par un garçon tout court en fait. Et si elle pourrait aimer ça, être douée pour ça. Elle ne veut pas savoir ce que lui ferait un simple baiser mais plutôt ce que ferait un vrai baiser sincère.
Alisson la pointe soudain d'un mouvement de tête avec un sourire moqueur accroché aux lèvres et Louisa baisse la tête en faisant mine de se replonger dans son dessin qu'elle tient sur ses genoux. Il est raté encore une fois et elle souffle d'agacement. Pas pour le dessin, mais pour s'être fait prendre à observer Clyde. Alysson n'allait plus la laisser en paix avec ça maintenant. Elle entend d'ici les "Tu es amoureuse" particulièrement stupides et agaçants qu'elle va lui lancer à travers toutes l'école d'une voix goguenarde et que bon nombre de ses condisciples reprendront pour l'imiter espérant par là même entrer dans ses bonnes grâces. Clyde traine souvent avec Alisson Doveney comme maintenant à la récréation. Peut être sont-ils amoureux. Cette pensée déprime encore plus Louisa qui déchire sa feuille.
- Louisa tu m'entends ? Elle a dit quoi ta mère ?
- Hein ?
Elle vient soudain d'atterrir sur Terre.
- Halloween ? Le bal ? Elle en pense quoi ?
- Oh on a pas eu le temps d'en parler. Je la vois pas trop en ce moment. Elle a beaucoup de travail.
Naina pince des lèvres.
- C'est pour ça que tu es triste ?
Lou déglutit et acquiesce. Et soudain elle se décide. Elle va le faire. Elle planifie les détails pendant la dernière heures de cours de sa journée. Mme Speifligher leur parle de l'éruption d'un volcan qui a eu lieu aux Philippines et encore une fois elle ne l'écoute pas du tout. Elle contemple la vue qu'elle a depuis sa fenêtre mais …
- Louisa !
Le rappel à l'ordre est sec et elle fait un tel bond que tous se tournent vers elle. Eva Stock se met à pouffer de rire tandis qu'Alisson sourit méchamment.
- Qu'est ce que je viens de demander ? interroge sévèrement son institutrice.
Lou n'en sait rien mais elle ne perd rien de son calme. Elle n'a pas écouté. Bon d'accord ! Et alors il n'y a rien de tragique là-dedans !
- Je ne sais pas, répond-t-elle simplement.
- Evidemment tu n'écoutes rien ! la réprimande l'adulte.
Louisa sent la colère monter. Elle aurait bien envie de lui faire avaler sa règle et ses craies ! Pff encore une idée stupide !
- Tu ne sais même pas de quoi nous sommes en train de pa…
- De l'éruption du volcan Bulusan aux Philippines, la coupe Lou furieuse. Ça fait une demi-heure que vous déblatérez sur cette foutue montagne. Alors pardon d'avoir décrochée !
Elle tremble de colère mais son institutrice tremble de rage et tous les autres enfants semblent soudain muets. On entend même une mouche voler dans la pièce. Et la punition tombe. Des lignes à copier, et un mot à faire signer aux parents pour obtenir un rendez-vous d'urgence pour problème de comportement.
Louisa soupire à la sortie de la classe. Elle n'aurait pas dû perdre à ce point son sang-froid. Elle ne doit pas se faire remarquer, Samaritain est à l'affut. Elle doit être prudente. Elle secoue la tête en soupirant encore. Quelle idiote ! Quelle journée pourrie ! Quelle situation pourrie !
- Oh maman va te disputer, se moque Rachel.
Elle se retourne pour la voir arriver avec Eva et Alisson. Il ne lui manquait plus que ça !
- Attends je suis sûre qu'elle va pleurer, enchaine Eva.
Louisa les dévisage calmement et froidement, et elle finit par s'arrêter sur Alisson qui fait de même. Elle a croisé les bras sur son torse et prend un air supérieur. La fille de Root s'attend à une phrase emplie de moqueries et de méchanceté gratuite mais …
- Je te comprends, lui lâche Alisson contre toute attente.
Louisa fronce les sourcils.
- Les garçons ça occupe l'esprit, ajoute-t-elle sournoisement avec un air de celle qui sait.
- Tu te prends pour une grande professionnelle en la matière, raille sarcastiquement Louisa en tournant les talons.
Elle a mieux à faire, son plan l'attend et elle se moque de cette fichue punition. Il y a bien plus grave en ce moment et elle le sait ! Pourtant Doveney ne la laisse pas filer. Elle la rattrape et la suit dans le couloir sans s'arrêter de marcher à ses côtés.
- Je parie que tu n'as jamais embrassé de garçon.
- Bien sûr que si, ment Lou vexée.
- J'ai bien vu comment tu regardes Clyde, siffle-t-elle.
- N'importe quoi, se défend Louisa
- Tu perds ton temps, jamais il ne te remarquera ! Il ne s'intéresse qu'aux filles jolies pas à une demi portion qui ressemble à un laideron.
Lou déglutit mais elle se retient parfaitement de laisser éclater sa rage sur elle. Elle ne doit pas recommencer, elle ne doit pas se faire remarquer.
- Lâche moi Alisson, réplique-t-elle sèchement en accélérant le pas
La blondinette et ses deux copines ralentissent l'allure.
- C'est foutu pour toi, lui lâche-t-elle assez fort pour qu'elle l'entende.
Louisa souffle de colère. Elle oublie pourtant vite cette idiote à nattes blonde pour se reconcentrer. Elle prend la direction de son cours de danse et Ariane ne voit rien d'anormal. Une fois dans le bâtiment, Lou sait que l'IA la surveille encore, mais il n'y a pas de caméras dans les vestiaires et dans les toilettes. Elle laisse toutes ses affaires dans le vestiaires, aussi bien son sac d'école que ses habits, son téléphone et son oreillette. Elle n'a rien d'autre sur elle que sa tenue de danse à savoir des collants, des chaussons et un tutu. Ariane n'a donc aucun soupçons. La gamine attend d'être seule dans les toilettes puis elle se dépêche pour franchir la fenêtre et emprunter l'escalier de secours qui mène à une ruelle déserte. Puis elle prend bien soin d'emprunter chaque rue de la carte fantôme. Au bout de vingt-trois minutes, Ariane sent bien qu'un truc cloche alors qu'elle ne ressort pas des toilettes. Elle promet 100$ à une femme de ménage si celle-ci va vérifier les toilettes. La femme obéit et lui répond que les toilettes sont totalement vide. Ariane la remercie, vire l'argent sur son compte et transmet l'alerte. Louisa a disparu il y a 26 minutes. Elle informe d'abord Root, puis Lionel.
Mais 26 minutes c'est long et alors que Root est à l'autre bout de New York prête à livrer Dominique à Elias, Louisa a atteint son but. Elle souffle un bon coup et s'apprête à presser la poignée quand la porte de son appartement s'ouvre. Elle se fige nette alors que Shaw parait soudain s'être transformée en statue de pierre sur le palier. Elle est pâle et en colère. Mais elle s'assure qu'elle est bien couverte.
- Salut, murmure maladroitement la petite.
Shaw sort et referme la porte derrière elle.
- Ta mère sait que tu es là ?
- Hum, élude Louisa.
- Sale menteuse, crache Shaw furieuse. Comme si elle te laisserait te balader dans New York toute seule et en tutu par un froid pareil.
Lou semble se ratatiner sur place.
- Tu … tu vas bien ? bredouille-t-elle.
Sam la regarde furieuse.
- Pourquoi tu es là Louisa ?
La gamine prend on courage à deux mains face à une Shaw furieuse.
- Je voulais vous voir, avoue-t-elle. Je comprends pas pourquoi vous ne voulez plus de moi depuis une semaine. J'ai rien fait de mal et j'ai cru que …
Elle ne finit pas.
- Tu as cru quoi ? la relance doucement Sameen qui ne l'a pas coupée.
- Que tu étais morte, avoue la petite. Ou alors que … qu'il t'avait rattrapée.
Sameen la regarde doucement sans répondre pendant quelques secondes.
- Qu'est ce qui te fait croire que c'est moi qui a un problème et pas ta mère ?
- Maman me parle au téléphone tous les jours mais pour toi je n'ai plus de nouvelles ni de ta part ni de celle de personne. Et … et tu as l'air triste, murmure enfin Louisa.
Sam tire sur les manches de son manteau afin qu'ils lui couvrent bien les bras.
- Tu veux pas me dire ce qui se passe, demande doucement Louisa. Je peux comprendre tu sais si tu m'expliques.
Sameen soupire et se mure dans le silence. Louisa baisse les yeux, déçue.
- Moi quand ça n'allait pas à cause de Michael Seeve, tu m'as dit que je devais t'en parler. Que l'on ne doit pas rester seule avec ses problèmes. Et tu avais raison, je t'ai tout dit et tu as pu m'aider. Et après il m'a laissé tranquille.
Elle relève la tête mais Shaw ne la regarde toujours pas.
- Moi je te l'ai dit, j'ai confiance en toi. Tu peux me le dire Shaw.
Sameen s'agenouille devant elle et la regarde enfin. Très tristement. Oui elle peut lui dire, la gamine va le savoir de toute façon. Elle fait soudain un geste invraisemblable qui surprend Louisa, elle replace les mèches de ses cheveux derrière son oreille en lui caressant doucement et gentiment la joue au passage.
- Je vais avoir un bébé, lui lâche-t-elle dans un souffle.
Lou ouvre la bouche et reste figée de surprise pendant quelques secondes. De nombreux morceaux s'emboitent soudain dans son esprit. Mais de nombreuses pièces restent manquantes et des tas de questions s'entrechoquent dans sa tête. Pourtant elle ne dit rien, la réaction si triste de Shaw est tellement improbable que ça fige l'enfant. Et elle reste muette de surprise.
- Ne le répète à personne Louisa. Jure le moi, ordonne-t-elle sèchement.
La gamine acquiesce vivement.
- Maman le sait ? devine la petite.
- Oui ta mère le sait.
Elle marque une pause. Elle ne la regarde plus et observe le sol. Si abattue.
- C'est pas bien ? ne comprend pas Louisa.
- Non c'est terrible, murmure Shaw en secouant la tête désespérée sans plus regarder l'enfant.
Louisa la voit si triste. Et elle comprend pourquoi on l'a mise à l'écart. Ni Sameen ni sa mère ne voulaient qu'elle voit Shaw ainsi.
- Comment tu as fait ? ne comprend pas la gamine qui se souvient de sa conversation avec Ariane sur la fabrication des bébés.
Louisa avait compris que Shaw ne pourrait pas avoir un bébé avec sa mère, que ça n'était pas possible.
Shaw relève vivement la tête vers elle, son air est insondable. Elle est surprise de la réaction de la gamine. Pas fâchée mais surprise.
- Tu peux pas avoir un bébé avec maman, murmure Louisa. Je sais que c'est pas possible.
Sameen se relève.
- Tu demanderas à ta mère, elle t'expliquera.
Elle emmène la môme avec elle. Elle passe au nouveau QG pour la déposer. Harold semble ne rien comprendre. Il la regarde s'armer et appeler le chien puis elle s'en va sans dire un mot et sans un regard. Quand Root arrive dix minutes plus tard elle est complétement paniquée. Elle se fige nette. Louisa est là devant elle. Sa mère la regarde soudain rassurée mais aussi furieuse.
- Préviens Lionel que je l'ai retrouvée, murmure-t-elle à Ariane.
L'IA est rassurée elle-aussi et elle prévient l'inspecteur new yorkais qui joint immédiatement Root. Cette dernière n'a toujours pas dit un mot à sa fille et la fixe franchement furieuse mais Louisa ne baisse pas les yeux. Elle déglutit mais ne fuit pas son regard.
- Comment elle va ? s'inquiète Fusco. Tu l'as retrouvée où ?
- Ça va. Elle est avec Harold.
Elle ne la quitte toujours pas des yeux alors qu'elle raccroche. Elle la prend sèchement dans ses bras.
- Où est-ce que tu étais ? la réprimande-t-elle furieuse.
La gamine ne lui répond pas et déglutit.
- Où étais-tu ? J'ai eu une peur bleue.
Elle se retient avec de grandes difficultés pour ne pas lui hurler dessus.
- Louisa ? la relance-t-elle alors qu'elle n'a pas de réponses.
Elle lève la tête vers sa mère.
- Chez nous, avoue-t-elle. J'ai utilisé la carte fantôme.
Root déglutit et elle soupire.
- Je t'avais dit non. Tu es entrée ?
Lou secoue négativement la tête.
- Et du coup tu es venue ici, comprend Root.
L'interface était passée chez elles, elle avait dû manquer sa fille de peu. Et c'est ainsi qu'elle avait pu constater qu'un autre problème s'était ajouté à sa liste, Shaw avait filé pendant son absence. Au moins la grande brune se réjouit d'avoir retrouvé sa fille vivante.
- C'est mademoiselle Shaw qui l'a déposée, intervient enfin Harold.
Root se tourne vers lui. Voilà une piste pour son second problème.
- Sameen est venue ici ?
- Elle a pris des armes et le chien et elle est repartie.
- Qu … mais comment ça partie ? hallucine Root. Où ça ?
- Elle n'a rien dit.
- Et vous ne lui avez pas demandé ?
- Si elle avait eu envie de me dire où elle allait elle l'aurait fait mademoiselle Groves.
- Vous n'avez pas essayé de la retenir ? s'emporte Root.
- Tout cela n'est surement pas ma faute mademoiselle Groves. C'est vous qui avez voulu la gérer seule, je vous avais dit que ça arriverez, que vous ne réussiriez pas.
- Vous l'avez laissée partir alors qu'elle est au plus mal juste pour me prouver que j'ai tort ?! hallucine Root alors que sa voix monte dans les aigus.
- Vous reconnaissez donc que vous avez eu tort.
Elle ouvre la bouche franchement furieuse mais …
- Ça suffit, intervient Louisa. Il y en a marre oncle Finch. Pourquoi t'es aussi méchant avec maman ?
- Je ne suis pas méchant, rétorque-t-il à l'enfant alors que sa mère la prend dans ses bras.
Il se tourne vers Root.
- Vous ne m'avez pas laissé l'aider, murmure-t-il. Ça ne serait jamais arrivé si vous m'aviez …
- Harold le coupe-t-elle, vous savez que je vous aime beaucoup alors ne finissez pas cette phrase. Je ne suis pas responsable de la situation.
Elle tourne les talons et sort en tenant toujours sa fille dans les bras. Elle ne dit pas un mot jusqu'à ce que leur voiture soit coincée dans les embouteillages de New York. Louisa la regarde franchement inquiète. Sa mère a l'air autant furieuse qu'abattue. Elle qui souhaitait la revoir plus que tout au monde depuis plusieurs jours, a juste envie de s'enfuir à cet instant tant son attitude l'oppresse. Autant crever l'abcès tout de suite.
- Tu crois que je vais avoir un petit frère ou une petite sœur ? demande-t-elle calmement alors qu'elle observe les rues de New York.
Root se retourne brusquement vers elle et ouvre la bouche. Complétement interloquée, elle ne trouve rien à répondre. Louisa cesse d'observer la ville par sa fenêtre et se tourne vers elle.
- Pourquoi tu ne me l'as pas dit ?! Ça me concerne moi aussi !
- Comment tu l'as deviné ? Personne ne le sait Lou.
- J'ai pas deviné. Comment tu veux que je devine un truc pareil ?! J'ai rien deviné du tout, c'est Shaw qui me l'as dit tout à l'heure
Root est encore plus abasourdie que ce soit Sameen qui ait dit ça à Louisa. Un violent coup de klaxon la fait réagir. Le feu est vert depuis une bonne minute et elle n'a pas bougé. Elle avance avec prudence.
- Pourquoi tu me l'as pas dit ? répète Louisa. Si vous m'aviez expliqué j'aurai compris.
- Je sais, soupire Root.
- Et j'aurais pas fait un truc aussi débile et aussi nul que de disparaitre dans New York pour savoir !
Root soupire. Elle n'arrive même pas à être furieuse après elle.
- Je pouvais pas te le dire. Sameen n'a pas … Elle a … Louisa, Sameen a essayé de se tuer.
Lou ouvre grand la bouche.
- Mais pourquoi ? … On est là nous.
Root ferme brièvement les yeux, comment expliquer à sa fille que ça ne suffisait pas toujours. Que l'amour et la tendresse avaient leurs limites.
- Ne la juge pas trop sévèrement. Elle n'a pas pensé à nous en faisant ça, elle avait juste trop mal. A cause de la nouvelle.
- Du bébé ? comprend Louisa.
Sa mère acquiesce et déglutit un instant.
- Ça l'a démolie, Louisa. Et je ne voulais pas que toi aussi tu sois …
Elle ne finit pas et soupire à nouveau. Louisa la regarde sidérée alors qu'elle pleure soudain en silence.
- Je voulais te protéger, achève-t-elle enfin.
Lou fronce les sourcils.
- Maman ? appelle-t-elle timidement.
- Hum.
- En fait j'ai deux questions, murmure-t-elle indécise en se tortillant les mains. Et Shaw ne m'a pas répondu, elle a dit que tu m'expliquerais.
Root hausse les sourcils, allant de surprise en surprise de plus en plus improbable avec Shaw. Puis elle la regarde dans le rétroviseur en essuyant ses larmes.
- Vas-y, attend-t-elle.
- Avec qui elle a eu un bébé, Shaw ? Et pourquoi c'est si grave que ça, au point de vous rendre si malheureuses ?
Root ferme les yeux et les plisse fort sous le coup de la contrariété.
- Avec Lambert, lâche-t-elle enfin.
Lou ouvre grand la bouche d'effroi et de stupeur. Le feu suivant est rouge et Root se retrouve à nouveau arrêtée. Elle se retourne vers sa fille pour constater sans surprise l'état dans lequel une telle nouvelle la met. Elle lui envoie un air désolé.
- Tu as ta réponse à ta seconde question. Tu comprends pourquoi ça la rend si triste.
- Elle est tombée amoureuse de Lambert ?! N'en revient pas Louisa. C'est pas possible, pas de lui. Et puis c'est toi qu'elle aime.
Root soupire.
- On n'a pas toujours des enfants avec les gens qu'on aime Louisa.
Louisa se mord la lèvre inférieure.
- Comme toi avec mon père.
- Non ton père ne m'a pas …
Elle s'arrête nette. Lou l'écoute mais elle ne comprend plus bien. Ariane avait raison, ça pouvait parfois être si compliqué les adultes.
- Moi et ton père on s'est aimé cette nuit-là. Il ne m'a pas obligé.
Elle n'ajoute rien.
- Lambert a obligé Sameen ?
Root acquiesce tristement.
- Et crois moi, ça c'est particulièrement affreux, finit-elle en redémarrant.
Elles restent ensuite silencieuse. Root part rechercher ses affaires à son cours de danse. Lou descend avec elle pour se changer. Elle en profite pour montrer le mot que Mme Speifligher a laissé à son intention.
- Pour mauvaise conduite, relève Root en lui jetant un regard en coin.
Elle soupire.
- Tu n'as pas loupé ta journée toi, lâche-t-elle simplement avant de sortir avec elle du vestiaire
D'ordinaire elle lui aurait passé un savon mais vu la situation elle savait se montrer indulgente. Root ne redémarre pas tout de suite. Elle hésite à la ramener chez Lionel pour partir à la recherche de Shaw. Louisa ne le prendrait pas aussi mal que la dernière fois, elle savait maintenant. Elle se tourne vers elle.
- Je dois aller la chercher Louisa. Et je ne peux pas t'emmener avec moi.
La gamine déglutit mais acquiesce.
- Tu comprends ? insiste sa mère. Je ne veux pas qu'elle refasse une bêtise je dois la retrouver.
- Tu l'as sauvée ? comprend la gamine. Comme moi avec toi quand j'ai appelé Reese.
- Oui c'est pareil. On veille les unes sur les autres.
- Ils ne veulent pas t'aider, Finch et Reese ?
Root serre les dents.
- Pas de la bonne manière, siffle-t-elle. Je ne laisserai personne enfermer les gens que j'aime contre leur grès.
Louisa fronce les sourcils sans comprendre. Mais sa mère n'ajoute rien qui pourrait éclairer ce qu'elle vient de dire. Elle roule jusque chez l'inspecteur new yorkais.
- Ariane où est-elle ? interroge Root.
Lou remet son oreillette mais la réponse ne lui est pas adressée.
- Je ne sais pas Root. Sameen s'est volatilisée.
- Enfuie, tu veux dire, siffle Root qui n'en revient pas qu'elle ait pu lui faire un coup pareil après la semaine qu'elles ont vécu.
- Comment tu vas la retrouver ? s'inquiète la gamine.
- J'en sais rien, lui avoue sincèrement sa mère dans un soupir. Elle sait disparaitre des radars. Ça ne vas pas être simple du tout.
- Je peux t'aider, propose sa fille. Essayer de l'appeler et lui demander de revenir.
Root lui envoie un sourire timide.
- Tu peux, oui. Mais je ne suis pas certaine que ça marche.
- Je vais essayer quand même, assure Louisa butée.
Elle a bien conscience de ne pas pouvoir faire grand-chose d'autre mais elle veut au moins participer, même si c'est minime. Elle aime beaucoup Sameen. La voiture ralentit et s'arrête devant l'immeuble. Lee se lève du perron et attend. Mais Louisa ne descend pas et se tourne vers sa mère.
- Retrouve la vite maman. Je …
Elle se mordille la lèvre.
- Ariane, appelle-t-elle soudain. Est-ce que Sameen est partie pour encore essayer de se tuer ?
Root observe tristement sa fille et attend la réponse de sa déesse. Elle n'avait pas osé lui poser la question.
- Je ne crois pas, elle est partie avec Balou c'est plutôt bon signe. Je pense qu'elle veut faire le point. Mais il faut quand même qu'on la retrouve vite. Avant Samaritain.
Lou déglutit.
- Bonne chance maman, souffle-t-elle en se penchant vers elle pour l'embrasser. On va la retrouver ne t'inquiète pas.
Root la serre dans ses bras.
- Je te promets que je t'appelle dès que je la retrouve.
Elle démarre et observe un instant sa fille qui est restée sur le trottoir. Puis elle se concentre sur sa route. Où avait-elle bien pu aller ?
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Cinq jours plus tôt
La douleur. Partout. Et ce mal de tête. La douceur aussi. Celle d'une literie très confortable. Un linge frais posé sur son front chaud. Des draps doux, des oreillers moelleux. Et malgré tout elle a peur. Elle est en colère aussi. Elle croit savoir où elle est et elle n'ose pas ouvrir les yeux. Elle sent une présence avec elle. C'est elle. Elle feint l'inconscience. Lâchement pour avoir encore quelques minutes de paix. Comment a-t-elle pu la retrouver ?! Où est Root ? Que lui a-t-elle fait ? Ses poings se serrent mais ne peuvent aller nulle part. Sa colère grimpe encore de plusieurs octaves. Et ça la trahit. Mais elle n'a pas pu s'en empêcher, elle la hait à un point inimaginable. Secondes de paix écoulées, elle le sait, ça va commencer. Comme un affreux film d'horreur qu'elle connait par cœur. Elle en est la pathétique héroïne. Une tempête de colère et de douleur.
- Sam ? appelle une voix douce.
Ça n'est pas elle. Le soulagement l'envahit quand elle réalise que c'est Root qui a parlé. L'incompréhension quand elle ouvre les yeux et qu'elle découvre sa situation. Puis de nouveau la colère. Elle s'agite en vain. Puis elle s'arrête et la regarde. L'interface déglutit devant son regard mais ne baisse pas les yeux. Elle s'approche d'elle et retire le gant humide qu'elle lui avait mis sur le front puis elle vérifie l'état de ses avants bras. Elle défait les bandes, lui apporte des soins superficielles et lui refait ses pansements. Shaw la regarde avec la plus grande froideur.
- Ça cicatrisera.
- Tu n'es qu'une …
Elle s'arrête à temps.
- Pourquoi t'as fais ça ?
Root souffle de colère et se détourne.
- Pourquoi je t'ai sauvé et soigné, ou pourquoi je t'ai attaché ?
Shaw serre les dents totalement hors d'elle.
- Il va falloir que tu précises Shaw, ajoute sèchement l'interface en se tournant vers elle.
Elle est furieuse.
- Va te faire foutre, crache Shaw en se débattant comme un diable. Et tu as intérêt à m'enlever ça.
- Arrête, murmure doucement Root en perdant son ton froid. Tu vas te faire mal et ça ne sert à rien. Je te connais je sais comment t'empêcher de bouger.
Comme pour prouver ses dires elle sort un taser de la poche arrière de son jean. Shaw explose d'une rage sourde sans cesser de chercher à se libérer.
- Ça tu vas me le payer, menace-t-elle. Je vais te …
- Me quoi ? s'agace Root furieuse en s'approchant brusquement d'elle tout proche de son visage. Hein ? Tu vas me crever c'est ça ?
Elle marque une pause.
- Tu te trompes d'ennemis et tu le sais Sameen. Je ne veux que t'aider.
- Va crever, siffle-t-elle en détournant son regard du sien. Je t'interdis de faire ça. Tu es comme eux … Tu …
- Je t'interdis, siffle Root à son tour en élevant la voix.
- Tu es comme eux, répète Shaw furieuse en haussant le ton au-dessus d'elle. Tu crois pouvoir décider pour moi. Je fais ce que je veux, C'EST MA VIE !
Elle marque une pause. Root n'a pas sourcillé.
- Et je n'en veux plus, finit-elle.
L'interface ne bronche pas et ne la quitte pas des yeux. La voir si abattue, si déprimée. Très loin de la vraie Sameen. Root la regarde insondable puis un sourire moqueur étire ses lèvres. Et soudain elle sourit méchamment en coin et applaudit.
- C'est très touchant Sam, vraiment.
Shaw la regarde avec froideur et incompréhension. Root se fout d'elle.
- Mais je n'en crois pas un seul mot, finit-elle d'une voix cassante.
- Tu … bégaie Shaw. Tu n'as pas le … DETACHE MOI !
Le hurlement est effrayant de menaces mais la grande brune n'a même pas sourcillé. Elle ne sait plus ce qu'elle haït le plus, la Sameen dépressive ou la Sameen enragée. Elle soupire, elle n'a pas envie de se fâcher avec elle mais là ça lui semble inévitable vu la situation.
- Non, répond-t-elle calmement. Tu vas te faire du mal.
- Ça c'est pas ton problème ! Je décide. C'est … C'est moi … C'est ma … C'est ma vie !
- T'es sérieuse ? raille Root hors d'elle. Ça n'est pas mon problème ?!
Sam ferme soudain les yeux brièvement. Les larmes coulent soudain de ses yeux.
- Tu ne peux pas juste me laisser tranquille ? Pourquoi tu ne me laisses juste pas ?
- Parce que tu n'as pas envie de mourir, répond calmement Root en s'asseyant sur le bord du lit.
- Tu crois que j'ai juste voulu redécorer la salle de bain, siffle Sam en la regardant à nouveau.
- Pourquoi les veines alors ? argumente doucement Root.
- Quoi ? ne comprend pas Sam en la regardant à travers les larmes.
- Tu es médecin. Pourquoi les veines ? Si tu voulais vraiment mourir, la carotide suffisait à être tranchée ?
Sameen la regarde, furieuse. Elle serre les dents, et les poings.
- Alors ?
- Alors quoi ? Tu es qui pour me juger ? La grande inquisitrice ?
- Je ne te juge pas. Je veux t'aider.
- En m'attachant, raille Sameen. Tu te fous de moi ?!
- Il faut qu'on parle Sam. Que tu parles.
Shaw tourne la tête vers elle. Elle la regarde un instant.
- Alors lis sur mes lèvres. C'est hors de question.
Elle baisse les yeux sur ses poignets et serre les dents en tirant vivement dessus. Root soupire et pose sa main sur la sienne. Elle se crispe et ne cesse pas de remuer.
- Arrête, souffle la grande brune. S'il te plait.
Elle la laisse se démener jusqu'à ce qu'elle abandonne.
- Putain, grogne-t-elle en se rallongeant lourdement.
- Calme toi, murmure doucement Root.
- Tu crois que je vais me calmer ? Crache Shaw. Tu te plantes grave.
- Moi aussi je suis furieuse, crache Root en se relevant d'un bond. Je sais pas si je peux te faire confiance, et crois moi pourtant j'en ai envie.
- Détache moi, répète Shaw en serrant les dents. Tout de suite.
Root la regarde avec tristesse malgré sa colère.
- J'aimerai pouvoir, je t'assure. Vraiment.
Sameen l'observe en tremblant de rage. Hors d'elle. Elle se débat avec violence. Elle se relève sur les coudes.
- T'as un fantasme c'est ça ? Siffle-t-elle. C'est ce que tu veux Root ? C'est ça hein ? Tu me veux ? Là comme ça ?
Root la regarde tristement sans sourciller. Elle secoue la tête.
- Alors libère moi.
- Si je fais ça tu te feras du mal ?
- Va te faire foutre, siffle Sam en se rallongeant lourdement.
Root pince les lèvres et acquiesce.
- Ok, murmure-t-elle en quittant la pièce.
Shaw la regarde partir. Et ça dure pratiquement un semaine. Root est d'une gentillesse infinie. Mais elle est aussi très ferme et ne cède pas. Elle veut qu'elle lui parle. Sam s'enferme dans un affreux silence de froideur. Root la laisse dormir seule. Elle lui fait à manger, veillant à ce qu'elle reste en forme, et elle s'assure de la cicatrisation de ses blessures. Sameen a fini par arrêter de se débattre tel un diable mais une noire colère fait face à Root.
Le premier jour se déroule ainsi. Le silence, la colère, le déni et la tristesse. Le deuxième jour pas mieux. Au troisième jour, il ne reste que la colère du moins en surface. Shaw est haineuse et furieuse, encore plus quand Root refuse très calmement mais fermement une fois de plus de la détacher.
- T'es qu'une connasse ! crache Shaw.
- Pourquoi les veines Sameen ? Insiste Root en l'ignorant.
Shaw serre les dents et jette un regard de haine dans le vide. Root soupire.
- Je ne te détacherai pas tant que tu ne m'auras pas répondu.
- Tu risques d'attendre longtemps alors.
- Je sais être patiente.
- Amène un fer à repasser, histoire de ne pas trop s'ennuyer.
- Pourquoi les veines ? Il existe des méthodes plus efficace de mourir et tu le sais alors pourquoi ?
Et à nouveau plus rien. Un lourd silence. Root n'abandonne pas mais le troisième jour se finit ainsi. Le quatrième elle refuse de manger ne lui opposant toujours que le silence. Root laisse tomber pour le petit déjeuner et le déjeuner, lui assurant qu'elle mangera quand elle le souhaitera. Elle se contient parfaitement mais au diner elle ne la laisse pas se défiler.
- Tu dois manger, ça suffit maintenant.
Shaw ne la regarde pas et reste focalisée sur le mur à sa droite.
- Tu fais quoi là ? Tu vas te laisser mourir de faim ? C'est ça ta nouvelle idée brillante ?
- Je te l'ai dit, murmure enfin Shaw. Personne ne décidera plus pour moi.
Root pose l'assiette au sol et s'allonge près d'elle, l'entourant de ses bras.
- Je ne veux pas décider pour toi, je veux juste qu'on parle. Tu ne peux pas rester dans cet état-là.
- A quoi ça servira de parler ? Ça ne changera rien.
- Ça te fera du bien.
- Tu veux que je suive une … cure ?! Hallucine Sameen. Une putain de thérapie de merde ?!
- Hum, pas tout à fait, nuance Root. Je ne te traiterai pas comme une patiente aliénée. Je veux bien faire un effort si tu en fais un.
- J'ai pas envie de parler, c'est des conneries tout ça. Je ne me sentirai pas mieux. Ça servira à rien.
- Comme la dernière fois ? Relève Root.
Sam ferme prestement la bouche et détourne les yeux. Pourquoi doit-elle toujours avoir le dernier mot ?!
- Ça t'avait fait du bien qu'on se parle pourtant.
- …
- Non ?
- Hum, marmonne-t-elle pour qu'elle la laisse en paix.
- Regarde-moi !
Son refus à la requête de l'interface se manifeste par le silence. Son regard reste rivé droit dans le vide. Et ça n'est pas la colère qui parle cette fois. Pas qu'elle la méprise, elle sait juste qu'elle va fondre en larme comme une loque si elle pose les yeux sur elle. Root a raison sur toute la ligne. Elle ne veut que l'aider. L'empêcher de se détruire.
- Mon cœur, appelle-t-elle d'une voix douce.
Nouveau refus. Mais cette fois son attitude a changé radicalement. Sa lèvre inférieure tremble et ses muscles se crispent alors qu'elle fait un gros effort pour retenir sa tristesse d'exploser. Root pince des lèvres et finit par les poser sur les siennes dans un léger baiser. Shaw sursaute violemment et la regarde enfin.
- Reste avec moi, la supplie Root. Je t'aime.
- Root, la prévient Shaw d'une voix angoissée.
Aïe ! Oui Root le sait, normalement elle ne dit pas ça. Sauf quand la petite brune le lui réclame. Ce qui est assez rare car d'ordinaire elle a peur de ces trois mots. De ce qu'ils impliquent. L'attachement, les obligations imposées par la société qu'incombent une telle situation, la vie à deux, les compromis. L'interface ne lui a jamais rien demandé de tout ça, elle-même ne saurait pas quoi faire de toutes ces choses. A ces yeux l'amour qu'elle ressent pour Sam, ça n'est pas ça, ça ne se résume pas à ça. Ça ne devrait pas se résumer à ça. Jamais et pour personne. Root déteste cette manie de la société et de ses clichés, qui pour la bonne forme et la bonne morale, classe tout le monde dans des cases. Elle était tombée de haut en constatant cela à 12 ans. Elle avait haï leur normalité. Surtout quand elle avait pris conscience qu'elle ne rentrait dans aucune case de cette foutue société. Quand elle avait pris conscience qu'elle n'en avait aucune envie. Ce qu'elle a pu haïr cette société pour ça. Une société, que petite fille, elle avait idéalisé comme un paradis. Elle s'en était éjectée pour le monde informatique. Au fond elle n'avait jamais été accepté nulle part ailleurs que là. Et elle avait oublié de vivre. Jusqu'à Sameen. Jusqu'à ce qu'elle se rende compte qu'une autre voie était possible. C'est pour ça qu'elles se sont si bien trouvées.
- Je tiens à toi, se reprend-t-elle.
Ça implique légèrement moins de chose pour Shaw et elle sait que ça la met à l'aise. Sam scrute son visage quelques secondes.
- Moi aussi je tiens à toi, lui avoue-t-elle. Mais je …
- Sameen, la coupe Root qui sait ce que peut être la fin de sa phrase. Si la situation était inverse tu ne prendrais pas soin de moi ?
- La situation n'est pas inverse.
- Elle l'a été je te ferai dire. A la bibliothèque.
- C'était pas pareille.
- J'étais enfermée contre mon grés et j'étais furieuse. Comme toi.
Elle marque une pause et un sourire étire ses lèvres.
- Et après j'ai largement apprécié … une certaine compagnie, finit-elle en jetant un regard séducteur à la jeune femme.
- T'es tarée, rétorque Shaw.
- J'ai fini par comprendre que vous ne vouliez que m'aider, me protéger. Et ça a marché.
- …
- Quoi ? s'amuse l'interface. Ça n'a pas marché peut-être ? Vous ne m'avez pas fait confiance après ?
- Hum, soupire-t-elle.
- Sam ?
- Si, lâche-t-elle enfin.
- Tu m'as fait assez confiance pour que je tienne tête à John et Harold qui voulaient t'enfermer à l'asile. Tu m'as fait assez confiance pour prendre soin de toi. Alors pourquoi cesser maintenant ?
- Je te fais confiance.
Et c'est vrai.
- Alors écoute moi, parle-moi. Laisse-moi t'aider.
- Et si tu ne peux pas. Tu as pensé à ça ?
Root déglutit. Oui elle y a pensé, les mots de John résonnant encore dans sa tête.
- Je ne t'abandonnerai pas encore une fois.
- Tu n'as pas à culpabiliser.
- Je sais que je peux t'aider.
Sameen soupire profondément.
- Tu en doutes ?
- Je suis plus sûre de rien là !
- Je te propose quelque chose. Je fais tout ce que je peux pour t'aider et si j'échoue tu … tu feras ce qui te semble nécessaire.
Elle se râcle la gorge, elle a envie de pleurer. Mais elle se contient parfaitement et ne la quitte pas des yeux.
- Alors ?
- Tu tiendras pas parole si je décide de me tuer.
- Si, chuchote tristement Root. Ce sera dur mais je respecterai ta décision. Je ne peux de toute façon pas te forcer à vivre si tu n'en as pas envie.
- Hum, lâche Shaw fortement dubitative.
- Je suis sérieuse Sameen. Ça serait …
Elle est obligé de faire une pause pour déglutir. Son regard se pose ailleurs car laisser ses yeux rivés sur Shaw ne l'aident pas.
- Ça serait horrible, finit-elle enfin. Ce ne serait pas une vie ni pour toi ni pour moi. Ça ne serait pas juste.
Sameen la regarde et elle sait qu'elle dit vrai.
- Ça te va ?
Sameen ne répond pas et reste calme. Elle réfléchit un long quart d'heure. Root la laisse en paix, elle la scrute du regard mais la laisse. Elle a du temps, et elle est enfin réceptive à un échange.
- Tu peux m'aider à me redresser, lâche-t-elle enfin. Ça a pas l'air dégueulasse ce que tu as fait.
Root se retient de sourire, ça donnerait à Shaw l'impression qu'elle a gagné. Or elles ont gagné toutes les deux.
- Ça va ? s'inquiète Root quand elle a fini.
Elle a mangé dans un silence triste. Shaw acquiesce.
- Je sais que … tu fais au mieux, lâche-t-elle tristement.
Root pince des lèvres et prend sa décision. Elle détache ses deux sangles. Shaw se retrouve libre mais ne bouge pas. Elle la regarde perplexe.
- Je t'avais dit que quand tu m'aurais parlé je te détacherai, murmure Root pour toute réponse.
- Je t'ai pas parlé.
- Si, répond Root en quittant la pièce pour faire la vaisselle. Et respecte ta part du marché. Laisse moi tout essayer avant de te liquider.
Elle s'attend à nouveau au silence à la solitude mais Shaw la suit. Elle remarque la couverture sur le canapé. Là où Root a passé ses nuits. Pour elle, pour lui laisser du temps, de l'espace. Elle se sent à nouveau mal en repensant à toute les méchancetés qu'elle lui a dite. A elle, cette femme qui ne veut que l'aider.
- Je peux … prendre une douche ? hésite Shaw.
Root s'arrête nette dans son mouvement alors qu'elle frotte la vaisselle. Elle hallucine. Comment Shaw peut se conduire ainsi ?! Comme si elle n'était pas chez elle, comme si elle avait peur de cet endroit, pire peur de Root. L'interface lève un regard vide et froid sur elle.
- Tu comptes aussi me demander la permission pour aller aux toilettes ?!
Sam déglutit et baisse les yeux. Elle se dirige vers la salle d'eau sans plus rien ajouter.
- Juste Sam ? l'appelle Root.
La jeune femme s'arrête et se tourne vers elle. Angoissée, elle se mord la lèvre inférieure pratiquement jusqu'au sang.
- Tiens ta parole. Et pour la décoration de la salle de bain … Appelle moi qu'on se mette d'accord avant.
Shaw lâche un petite sourire en coin. Très fugace. Et elle disparait dans la pièce. Root ne s'occupe plus d'elle. Shaw lui a donné sa parole, ça lui suffit. Elle ne veut pas l'attendre dans le salon. La petite brune se sentirait piégée, et elle a déjà fait suffisamment de pas vers elle aujourd'hui. Alors la jeune femme se charge des tâches ménagères qu'elle a laissé de côté ces derniers jours. Le rangement, le ménage, la lessive. Elle ne touche pourtant pas aux affaires sur le canapé ni à l'ordinateur qui traine sur la table basse avec tous les documents qu'elle a collecté dans sa quête pour trouver Dominique. L'échéance approche. Elle a accumulé les relevés bancaires, les photographies, les rapports de police incriminant la Fraternité.
Elle change les draps de leur lit pour que Sameen s'y sente plus à l'aise cette nuit. Elle tapote l'oreiller pour lui donner une forme correcte.
- Pourquoi ça m'arrive à moi ?
Root sursaute et l'oreiller tombe au sol. Elle se retourne vers elle alors que Sam s'approche et ramasse le coussin. Elle ne la regarde pas.
- Ça aurait pas dû m'arriver à moi.
Elle tripote maladroitement l'objet qu'elle tient avant de le tendre à Root. Puis elle passe une main sur son visage marqué par la fatigue.
- Hein ? murmure-t-elle en regardant enfin Root. Pourquoi ? Pourquoi à moi ?
- Ben, murmure Root en se sentant stupide de ne rien trouver à répondre.
Shaw se mord les lèvres et détourne les yeux alors qu'ils s'emplissent à nouveau de larmes.
- Pourquoi ils ont fait ça Root ? Il y avait d'autre façons de me bousiller que ça.
- Ils sont pervers, souffle Root furieuse. Et au fond c'est logique de t'avoir comme ça.
Shaw lève les yeux à la fois perplexe et furieuse.
- Ben tu veux te tuer non ? Je dirais donc qu'à leurs yeux, le résultat doit être probant.
Elles baissent simultanément les yeux. Chacune très triste. Root veut sortir de la pièce. Mais Sam la retient par le bras. L'interface se stoppe mais ne se retourne pas. Sameen ne dit pourtant rien. L'interface reste immobile comme une statue mais rien ne vient de la part de Shaw.
- Bonne nuit Sameen, soupire finalement Root.
Elle se dégage doucement et avance de deux pas vers la sortie.
- S'il-te-plait.
Et Root s'arrête à nouveau. Elle pleure, ça s'entend dans sa voix. Elle revient vivement vers elle et sans réfléchir elle la serre dans ses bras. Sameen fond littéralement. L'humidité de ses larmes et de sa morve semblent engloutir l'interface comme une vague mais le pire ce sont les bruits de sanglots et de reniflements. Sameen s'agrippe à ses épaules et semble prête à tomber au sol si Root cessait de la retenir. Mais la grande brune est un formidable pilier, infaillible. Sam finit par s'épuiser et le torrent de tristesse sortant de ses yeux s'assèche. Elle vacille et Root la guide gentiment jusqu'au lit pour qu'elle s'y assoit. Et elle reste avec elle. Sameen pose même une main sur la sienne.
- Je … hésite Root. Je suis désolée Sameen. Je ne voulais pas que …
- …
- C'est juste que … Je savais pas quoi faire d'autre.
Sameen ne dit rien. Et Root pince des lèvres.
- Je voulais pas que tu te fasse du mal. Mais je … je n'aime pas quand tu abandonnes.
Sa main se crispe violemment en serrant la sienne mais elle ne dit toujours rien. Mais elle sert trop fort les doigts de Root qui se mord la lèvre inférieure pour ne pas crier. Les larmes de douleur lui emplissent les yeux. Mais Shaw reste silencieuse, les yeux noirs de colère rivés dans le vide. Root se retient de crier, de parler, ou même de bouger. Si jamais elle dit quoique ce soit ou qu'elle trésaille, Shaw va la lâcher et s'enfuir, s'enfermer seule. Et ça Root ne veut pas. Pourtant elle ne sent plus ses doigts. Elle ne ressent plus rien à part la douleur.
- Sameen, chuchote Root en contrôlant difficilement sa voix qui tremble de douleur.
Mais Shaw ne semble pas l'avoir entendu. Et Root n'en peut plus. Si Shaw continue à lui serrer les doigts comme ça, elle va les lui casser.
- Sameen tu me fais mal, finit-elle par avouer à regret.
Elle lui lâche soudain la main en respirant avec brusquerie, comme si elle reprenait sa respiration après l'avoir retenu. Et l'interface souffle de soulagement en bougeant ses doigts. Sameen semble sortir de son état de veille.
- Quand j'ai su, j'ai pas vu d'autres solutions.
- Et maintenant tu en vois une autre ?
Pour toute réponse elle se penche vers elle et se blottit dans ses bras. Root ne dit rien et la serre contre elle encore une fois.
- Je voulais pas, crache-t-elle douloureusement. Je veux pas.
- Pourquoi tu m'as pas appelé à l'hôpital ?
- Tu n'aurais rien pu faire. On peut rien faire. Il n'y a pas de solutions.
Root se dégage et la force à la regarder.
- Si, il y en a une. Et on va la trouver.
- Je veux avorter, siffle Shaw en se mettant en colère.
Root secoue la tête.
- C'est pas possible Sameen. C'est trop tard.
- Ils font des exceptions … parfois.
Root hausse les sourcils.
- Tu es prête à …
Elle s'arrête nette et secoue la tête encore une fois.
- Jamais tu ne voudras te présenter dans un hôpital comme une victime. Et de toute façon …
- De toute façon quoi ?!
- De toute façon Samaritain surveille ou surveillera bientôt les hôpitaux Sameen, soupire Root défaitiste.
Shaw fronce les sourcils.
- Ariane ? appelle Shaw.
Ça fait cinq jours qu'elle ne lui a pas parlé, mais l'oreillette est restée.
- Je suis là Sameen, et oui Samaritain va savoir.
- Mais on a mon dossier …
- Je n'ai fait que le ralentir. J'ai effacé au mieux les traces mais s'il cherche vraiment il pourra trouver.
- Je vois pas comment les seules qui savent c'est Root et moi, crache Sam.
- Tu es sûre que tu n'oublies pas quelqu'un Sameen ?
Elle ouvre brusquement la bouche d'effroi et une blancheur de craie envahit son visage.
- Il est vivant ?
- Le docteur Ward a été soigné. Il reprend le travail dans deux jours.
- Il ne faut pas qu'il parle, panique-t-elle en se tournant vers Root.
Cette dernière lui lance un air triste et soupire profondément.
- Tu veux que je le tue ? demande-t-elle sérieusement mais sur un ton totalement accablé.
- ROOT NON ! panique Ariane.
Sameen trésaille en entendant l'appel de l'IA. Elle regarde Root. Root désespérée qui ne sait plus comment l'aider. Root qui est prête à se renier en tuant de sang-froid un homme innocent si elle le lui demandait. Root prête à tout. Pour elle. Sameen se sent juste horrible. Elle est en train de l'enfoncer avec elle.
- J'irais voir un autre médecin, répond-t-elle enfin.
- Il surveillera tous les hôpitaux Sameen, l'avertit Ariane. Il en a les moyens, les ressources.
- Ils ne te louperont pas Sam, réalise Root.
- J'ai pas dit que je passerai par un hôpital, contrattaque calmement Shaw qui a les idées plus clairs. De toute façon aucun médecin respectant la loi n'acceptera. Et la politique pour l'avortement est en pleine régression dans ce pays. Mais je peux toujours …
- Faire ça illégalement, finit pour elle Root incrédule. Te faire charcuter dans un tour à rat et crever dans un bloc pas stérile avec un médecin qui aura tout juste le qualificatif de boucher pour savoir comment t'ouvrir.
- Personne ne m'ouvrira, claque Sameen. Il y a d'autres méthodes.
- Tu sais qu'à ce stade c'est trop dangereux. Tu vas te faire charcuter et te vider de ton sang.
Elle ne rétorque rien mais semble encore déterminée.
- Tu es sérieuse ?
- Je croyais que tu respecterais ma décision ? C'est ma vie alors je déciderai.
Root pince les lèvres et acquiesce dubitative.
- C'est ta vie, mais pas non plus que la tienne. Il est trop tard. Il faut que tu assimiles ça.
- Alors quoi ? s'agace Shaw. Je dois accepter et me la fermer ?
- Non, je n'ai pas …
- Je ne mettrai pas ce … cette chose au monde ! crache-t-elle d'un ton sans réplique.
Une voix tranchante comme de l'acier.
- Pourquoi pas ? rétorque Root sérieusement.
- Tu es dingue ! s'insurge Shaw en se levant d'un bond du lit.
Root se lève lentement pour lui faire face. Inconsciemment aussi pour qu'elle ne fuit pas la pièce et leur conversation. Elle est entre elle et la porte.
- C'est ton bébé, murmure-t-elle doucement.
- C'est pas mon bébé, rétorque Shaw furieuse sur un ton bien plus haut que celui de l'interface.
Elle se sent à nouveau à deux doigts de pleurer face à un mensonge qui ne la rend pas dupe. Elle se sait idiote. A qui d'autre pourrait-il être ?
- Il y a eu erreur de livraison pour le colis. Ça n'est pas mon bébé.
- Sam, l'appelle calmement Root qui la voit trembler et qui sent une nouvelle vague de tristesse sur le point de l'engloutir.
- C'est pas mon bébé, répète Sameen. J'en veux pas. C'est pas mon bébé. C'est pas mon bébé, c'est pas mon bébé …
- Sameen, l'appelle encore une fois Root en s'approchant d'elle.
- C'est pas mon bébé, répète Shaw en reculant dans la pièce vers le mur.
Les larmes ont fini par déborder à nouveau de ses yeux.
- Chut, murmure Root en la prenant encore une fois dans ses bras alors que le dos de la jeune femme a touché le mur stoppant son recul.
- Me touche pas, sanglote Shaw alors que contrairement à ses paroles elle finit par s'accrocher à elle.
- Chut, répète Root.
- C'est pas mon bébé, pleure Shaw. J'en veux pas, je veux pas qu'on sache.
- Alors personne ne saura, j'y veillerai, promet Root.
- Je veux pas …
- Je sais.
- Non c'est pas … Je veux pas … faire du mal.
Root ouvre la bouche et la serre encore plus fortement dans ses bras alors que Sameen continue de pleurer, son visage enfoui dans son cou. Elle renifle et respire son odeur ce qui contribue à la calmer.
- Je sais que tu n'as pas voulu lui faire de mal, chuchote Root. Je sais que tu ne sais pas quoi faire car tu penses que de toute façon quoique tu fasses tu lui feras du mal soit par le suicide, soit par l'avortement. Et je sais aussi que si tu le gardes tu penses que ce sera un fiasco car tu n'as pas confiance en toi pour ce qui est de l'affectif.
Sameen relève la tête et la regarde en reniflant.
- Il n'y a pas de solution alors ?
Root prend le temp de lui encadrer le visage avec ses deux mains. Elle lui essuie gentiment les joues. Ses yeux se focalisent sur les siens rougies et humides.
- C'est la merde, continue douloureusement Sameen. Je vais tous les buter
- Je croyais que tu voulais te tuer ? relève Root empli soudain d'un petit espoir.
Sam soupire.
- J'aurais tranché la carotide non ?
Root lui sourit timidement en coin.
- Alors pourquoi Sam ?
Elle baisse les yeux.
- Hey, murmure doucement Root en posant doucement sa main sur sa joue. Je veux juste comprendre, les veines c'est lent, c'est …
- … plus doux, la coupe Shaw. Je voulais juste de la douceur. Juste ne plus avoir mal. Que personne n'ait mal.
- Tu voulais qu'il meurt avec toi, comprend Root. Peu à peu et doucement.
- Juste … C'est … ce machin aurait agonisé plusieurs minutes. Et je … on s'en est pris assez dans la figure ce truc et moi, alors je voulais pas en rajouter une couche.
- Tu vois, tu t'inquiètes pour lui, tu tiens à lui.
Sameen la regarde la bouche légèrement ouverte. Elle croit halluciner. Elle se dégage violement alors que la colère s'inscrit sur son visage.
- Tu fais quoi là hein ?
- Rien, je …
Sa colère fait place à la fureur. Elle la repousse vivement en arrière sur les épaules.
- Tu veux quoi ? Que je le garde peut-être ?
- Je veux rien Sameen.
- Je veux pas de lui dans … et pas ici avec nous ! Et avec Lou en plus. Et toi.
- Lou et moi on changera jamais avec toi. Et je t'ai promis que personne ne saurait.
- Comment ?
- Je ferai ce qu'il faut faire.
Shaw ouvre la bouche et la referme. Un long silence s'installe. Root n'ajoute rien, elle le fera, elle tuera le docteur Ward. Pour Shaw elle le fera. Sameen en a envie et en même temps elle sait que demander ça à Root c'est … pas possible. Elle se renierait. Sam la détesterait comme elle l'avait détesté au début. Cette manie à faire ce qui lui plaisait en se foutant des conséquences et des dommages collatéraux. Avec Shaw, Root avait appris à se soucier des autres, en apprenant d'abord à se soucier de Shaw. Shaw qui lui résistait et ne cédait à son pouvoir d'attraction et de séduction que la grande brune savait pourtant infaillible. Root avait toujours l'habitude d'obtenir ce qu'elle voulait et assez vite dans tous les domaines et dans celui-là en particulier. Avec Sameen, elle avait appris à être patiente, à la comprendre pour savoir comment l'atteindre. Et en apprenant à la comprendre, elle avait changé. Changé en bien. Sameen avait aimé ce changement, elle avait aimé qu'elles servent la même cause dans les mêmes conditions.
Elle va contenir son secret. Et tuer le docteur Ward. Sameen comprend qu'elle va le faire pour elle. Par sa faute. Elle en voudrait même à Shaw à long terme. Root considérerait qu'elle l'avait obligé à lui tirer une balle dans la tête, tout comme Samaritain l'avait obligé à tuer Poyt pour faire sortir Louisa de ce foutu congélateur. A vouloir trop l'aider à remonter la pente, Root se rendait-elle compte qu'elles allaient se perdre ? Si oui elle ne voulait pas s'en soucier. Shaw s'en souciait. Mais que faire maintenant ?
- Tu devrais dormir, murmure finalement Root.
Sameen atterrit brutalement sur Terre. Ça fait combien de temps qu'elle réfléchit en face de Root ?!
- Hum, lâche-t-elle vaguement.
- Dors bien, murmure Root en sortant.
- Tu vas pas encore moisir sur ce foutu canapé, soupire lourdement Sameen.
- Ah euh … je … Tu … Ça te dérange pas ?
Shaw lève les yeux au ciel et se glisse sous les draps. Très vite rejoint par l'interface. Elles ne bougent pas pendant longtemps puis Sameen se tourne vers elle et se blottit dans ses bras. Root est figée sur place. Que doit-elle faire ? L'embrasser ? Que voudrait Sameen ? Se détendre ? L'engager sur le chemin de la réconciliation ? Elle tremble et Root se mord les lèvres, toujours aussi indécise entre l'embrasser, la caresser, ou juste la serrer entre ses bras. Elle déglutit. Et Shaw tremble encore davantage.
- J'ai froid, se justifie-t-elle.
Pas de sous-entendu dans son attitude. Et Root soupire de soulagement. Franchement elle n'a pas envie d'elle, pas en sachant que demain elle tuera pour elle, pour le maintien de son bien-être.
- Pas de problème Sam, murmure-t-elle en s'installant plus confortablement contre elle.
Elle est fatiguée. Si demain elle ne trouve pas Dominique, elle allait avoir un autre problème sur les bras. Elias. Et en partant à la recherche de ce guignol, elle courait le risque de … Non ! Elle devait faire confiance à Sameen, elle lui avait promis de la laisser essayer. Sans compter un autre problème à gérer. Le docteur Ward. Sans compter Louisa furieuse avec qui elle s'était réconciliée de justesse. Elle ferme les yeux dépitée, une charmante journée en perceptive.
Shaw ne dort pas, elle. Elle réfléchit. Root va déconner demain, par sa faute. Et après elle la haïra, et même Root pourra la détester. Shaw n'est plus sûre de grand-chose, mais elle sait au moins qu'elle ne veut pas la perdre. Le gâchis lui semble déjà assez grand. Elle veut que quelqu'un paie, mais pas Root ou le docteur Ward. La haine, la colère et la tristesse. Elle se déteste. Tout ça ne finira que par une catastrophe, elle doit reprendre les choses en main. Mais Root ne la laissera pas se charger de ça. Root qui veut l'épargner, se charger de tout, elle veut l'aider. Mais elle veut trop l'aider. Et Shaw refuse de rester là à ne rien faire. A ne voir que son problème grossir. Au propre comme au figuré. Elle soupire lourdement alors que Root gémit en dormant et la serre plus fortement contre elle. Shaw sait que la grande brune a eu raison de faire ce qu'elle a fait. Elle l'a aidée, mais désormais elle doit se débrouiller seule. Faire le point et trouver une solution concernant ce parasite. Une solution moins criminelle autant pour elle que pour ce truc. Elle peut arrêter de se comporter ainsi. Elle doit arrêter de se comporter ainsi, si égoïstement envers tout le monde. Envers Root, envers Louisa exilée loin de sa mère par sa faute, envers le parasite, envers Ariane, envers le docteur Ward.
Elle rumine ça toute la nuit. Et à l'aube, elle a pris sa décision. Mais comment le dire à Root ? Elle essaie plusieurs fois dans la matinée. Mais seul le silence emplit l'appartement. Rien ne sort. Elle sait que Root ne la laissera pas partir pour faire le point sur la suite à donner à tout cela. Sameen s'est rendue compte que la seule à pouvoir prendre cette décision c'est elle. Et pas Root. Elle s'appuie trop sur l'interface. Ça ne pouvait que mal finir pour elles. C'est à elle de décider, mais elle ne sait pas quoi décider. Pas encore en tout cas, elle a besoin d'être seule. C'est trop injuste d'avoir demandé ça à Root. Et faire couler le sang ne change rien. Tuer, égorger, massacrer sauvagement … Elle n'est pas une psychopathe, elle n'est pas une tarée. Elle n'est pas folle. Elle n'est pas … Elle ouvre brusquement les yeux. Elle n'est pas Martine.
- Root, appelle-t-elle soudain.
Elle relève la tête de son ordinateur, l'interrogeant du regard. Mais son téléphone sonne à ce moment-là. Root maudit intérieurement Ariane qui a interrompu Shaw. Elle allait lui parler. Mais …
- Je l'ai trouvé Root.
- Où ça ?
- Dans le Bronx, j'ai une adresse. Mais il n'y restera pas longtemps.
Elle enfile déjà son manteau et prends des armes.
- Je peux y être dans combien de temps ?
- 20 minutes.
Elle se tourne vers Sameen qui n'a pas bougé.
- Sam tu …
- Vas-y, la coupe-t-elle. On se voit après.
- Euh tu voulais me dire un truc.
- Plus tard.
Root lui sourit timidement en coin puis s'approche pour déposer un baiser sur sa joue. Shaw attend 15 minutes avant de se préparer. Elle ne prend rien. Elle veut disparaitre. Elle tergiverse un instant avant de se décider à prendre son téléphone. Elle couvre bien ses avants bras avec son manteau, pour que ses blessures bandées restent masquées. Elle passe dans la salle de bain pour améliorer son aspect. Elle n'a pas envie de ressembler à une névrosée ou à une déterrée. Un peu de maquillage pour lui redonner quelques couleurs. Des habits simples. Elle pose l'oreillette sur la table basse. Sur une enveloppe. Hors de question de partir comme une voleuse.
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Elle jette le colis à ses pieds. Il sourit largement et elle-même sourit en coin.
- Je vous fais grâce des frais de livraison.
Il hausse les sourcils et se lève de son siège sans se départir de son sourire.
- J'ai vraiment pensé que vous ne respecteriez pas vos délais.
Elle se pousse pour le laisser passer.
- Je respecte toujours mes engagements.
Elias acquiesce en se penchant vers lui. Il est vivant. Tant mieux. Il doit lui parler.
- Il est un peu abimé, observe-t-il alors que Dominique est toujours inconscient au sol.
Une large trainée de sang orne le côté gauche de son visage.
- Il m'a prise pour une idiote, sourit Root en penchant la tête sur le côté.
Pour le coup, Scarface la trouve bien flippante. Il saisit discrètement son arme, prêt à l'abattre.
- Ça m'a un peu énervé. D'abord le Bronx, puis le Queen, Manhattan et finalement encore le Bronx, finit Root dans un rire angoissant.
Elias se redresse, toujours souriant.
- J'imagine que vous n'êtes pas le genre de femme que l'on fait tourner en bourrique.
Root élargit son sourire et Anthony déglutit mal. Il pose son doigt sur la gâchette.
- Pas trop non. Et j'apprécie pas non plus que l'on me pointe une arme dans le dos, finit-elle sans cesser de sourire.
Elle sort vivement un de ses glock vers Anthony sans quitter Elias des yeux.
- Putain Carl, maudit Scarface. Je t'avais dit de ne pas faire confiance à cette gonzesse.
Ce dernier ne bouge pas, et il n'a pas perdu son sourire non plus.
- Comment vous l'avez trouvé ?
Elle sourit encore plus tout en continuant à viser son meilleur ami.
- J'ai mes sources.
- Et elle sont plus astucieuses que les miennes.
Il marque une pause.
- Votre informateur est doué. Ou très chanceux pour être tombé sur lui.
- Elle est douée, rétorque Root sans ambiguïtés. Pas chanceuse.
Elle marque une pause et sort sa deuxième arme vers un autre homme d'Elias qui la pointe à son tour dans le dos.
- Et je ne vous conseille pas de me sous-estimer non plus.
- Je m'en garderai bien, assure Elias en faisant signe à ses hommes de baisser leurs armes.
Tous obéissent, même Anthony après une petite hésitation. Root baisse elle-même ses armes et les range dans son dos.
- Vous êtes une femme intéressante, note-t-il.
Root fait une moue à la fois moqueuse et séductrice.
- Vous n'auriez pas un faible pour moi quand même, Elias ?
- Je m'en garderai bien.
Elle hausse les sourcils, feignant d'être vexée.
- Pour le moment, poursuit-il. Travaillez pour moi ? propose-t-il.
Root sourit encore plus.
- J'ai déjà un job, décline-t-elle.
- Et un tout aussi bon réseau informatif que le lieutenant Riley.
Root soupire, voyant bien où il veut en venir. Elias en voudrait plus. Mais jamais Ariane n'acceptera de servir le crime organisé.
- Que vous n'aurez pas, claque-t-elle sans détour d'un ton beaucoup moins badin que tout à l'heure.
Il fait un pas vers elle, beaucoup moins souriant.
- En acceptant de me livrer Dominique, vous avez en partie accepter de me donner plus d'informations sur comment vous alliez y parvenir.
- Hum, murmure Root dubitative. Ou je me suis mal exprimée ou vous m'avez mal compris.
- Vous m'aviez très bien comprise.
Root reçoit un message et observe son téléphone. Elias ne la quitte pas des yeux. Ses sourcils se froncent et un air déterminé, presque furieux emplit ses traits. Sa fille avait fatalement fini par craquer et elle avait fait une grosse bêtise. Elle range son téléphone dans un geste rageur et reporte son attention sur Elias qui la dévisage. Elle décide de mettre fin à cette conversation.
- Vous m'avez passé un contrat et je l'ai honoré. Il est à vous.
Et elle tourne les talons. Elias est assez surpris de la voir clore ainsi leur échange. Mais il fait signe à ses hommes de la laisser partir. Il est un peu soucieux de l'avoir vexé peut-être même effrayée … Non pas sûr qu'il l'ait effrayé. Il n'a pas voulu la menacer, il aurait juste voulu la convaincre. Mais on n'achetait pas une femme comme elle, il le sent bien. Et il n'est pas assez fou pour user d'une quelconque menace pour la faire céder. Elle est dangereuse, rusée, maligne, presque extralucide. Comment a-t-elle pu savoir que ses deux hommes la visait dans le dos alors qu'elle n'a aucun appui dans cette pièce ? Elle a visé parfaitement juste sans même les regarder. Si elle avait tiré, elle aurait fait mouche. Une tueuse. Quelqu'un de brillant, rien à voir avec la chance. Elle l'intrigue encore plus que John. Carl soupire. Il n'a toujours pas eu la moindre réponse à ses questions. Pire le mystère s'épaissit. Root n'était pas la patronne, comme il l'avait supposé. Elle travaillait au même titre que John et que Harold pour quelqu'un d'autre. Quelqu'un qui avait de bonnes sources d'information et qui l'avait aidé à trouver Dominique. Ce dernier gémit au sol. Il sourit et fait un signe de tête à ses hommes qui l'installe sur une chaise. Root avait raison, elle avait totalement respectée sa part du marché. Elle avait accompli un exploit en trouvant cet individu qui a fait tué nombre de ses acolytes. Il lui est très reconnaissant. L'heure de la justice allait sonner. Ou plutôt de la vengeance et du meurtre. Et enfin de la paix.
Plusieurs heures plus tard
Root soupire en rentrant chez elle. Etrangement elle a commencé par là. Le dernier endroit où elle avait vu Shaw. Mais pour n'y trouver aucun indice. Elle soupire, Sameen voulait lui dire un truc ce matin. Qu'avait-elle décidé ? Qu'allait-elle faire ? Correction. Quelle bêtise allait-elle faire ? Une opération - car à ce stade de sa grossesse seule une opération s'avérerait suffisant - risquée par un tordu qui allait la découper en morceaux sans le moindre égard … Elle déglutit et se prend la tête dans les mains, morte d'inquiétude. Elle recompose son numéro. Et de nouveau directement le répondeur.
- Sameen s'il te plait, je t'en supplie. Rappelle moi. Ne fais rien de stupide. Et … Et rappelle moi.
Elle raccroche et ses yeux se posent sur la table basse. Elle s'assoit sur le canapé et retire l'oreillette pour se saisir de l'enveloppe. C'est pour elle, aucune doute possible même si Shaw n'a pas mis son nom dessus. Elle l'ouvre et se saisit de la feuille. Elle est surprise de la longueur de la lettre, l'interface s'attendait à moins connaissant Shaw. Peut-être juste deux mots, du style "au revoir". Mais ça n'est pas ça et c'est inquiétant. Sa main tremble et fait vibrer le papier alors qu'elle n'a pas encore lu. Elle aperçoit une écriture fluide, sûre d'elle. Ni tremblante ni hésitante. Shaw était en toute possession de ses capacités quand elle l'a écrite. Elle n'avait pas décroché dans un état second, elle n'était pas ailleurs. Root ferme les yeux avant de lire. Cette lettre contient une décision, sa décision. Peut-être pas la décision définitive. Elle prend son courage à deux mains et pose enfin les yeux sur la feuille. Et en même temps que Root lit, elle voit sa main habitée du stylo voyager sur cette feuille.
" Je sais que ce sera toi Root. Au fond je l'ai toujours su qu'à la fin ce serait toi. D'une façon ou d'une autre, tu m'auras aidé. Ne me cherche pas. Il faut que je parte et il faut que tu l'acceptes.
Peut-être as-tu raison. Peut-être qu'il faut du temps. Je ne sais pas, je ne sais vraiment pas. Je n'arrive plus à comprendre le monde dans lequel je vis. Le monde qui m'entoure me dégoute et je ne veux pas que ce soit pareil pour toi, pas après tout tes efforts pour devenir quelqu'un de bien. Je ne me le pardonnerai pas, car si pour l'instant je ne suis pas responsable du reste, ça, ça serait bel et bien moi la responsable. Il faut que tu saches que rien n'est de ta faute et ça ne doit pas le devenir alors je te demande une dernière faveur, ne fais rien de criminel en mon nom.
Au fond il n'y a rien à comprendre ni à attendre d'une sociopathe, alors ne sois pas déçue. "
Root a la bouche ouverte d'incrédulité et de colère. Elle ne peut pas lui faire ça quand même ! Rien ne la rassure dans ce qu'elle a écrit. Elle est à bout, elle ne voit aucun espoir. Elle lui dit de ne rien attendre d'elle, de l'oublier.
- T'es vraiment trop conne Shaw, siffle-t-elle chiffonnant violemment la feuille.
De colère, elle l'envoie valser à l'autre bout de la pièce et se prend la tête dans les mains en tapotant nerveusement ses pieds au sol. Elle n'en revient pas. Sameen lui avait promis. Elle lui avait promis de la laisser essayer avant de prendre la décision de mettre fin à ses jours. Root fronce les sourcils et se lève pour récupérer la feuille qu'elle défroisse. Elle la relit et la finit toujours aussi en colère. Mais elle réalise soudain que Sam n'a pas parlé de suicide dans sa lettre, mais le ton du message n'est pas rassurant. L'interface comprend qu'elle va chercher elle-même une solution. La mort n'est donc plus la seule option qu'elle envisage. Mais les autres options de Shaw … Root secoue la tête.
- Ne fais rien de stupide Sam, prie-t-elle.
- Je ne crois pas que c'est ce qu'elle fera.
- Mais elle me dit adieu, pleure soudain Root de colère en secouant la lettre qu'elle tient d'une main. Pourquoi elle fait ça ? Elle s'enfuit, elle me laisse là gérer …
Elle s'arrête nette.
- Tu as compris ? demande Ariane qui l'a laissée exprimer sa colère.
Root déglutit.
- Elle veut pas que je m'en mêle.
- Non.
Root sanglote douloureusement. Ça, ça fait mal. Plus que la lettre ou sa fuite..
- Mais je veux juste l'aider.
- Elle le sait, elle n'est pas partie parce qu'elle est en colère.
- Alors pourquoi ? J'aurais tout fais, je lui avais dit que j'aurais tout fais pour que son secret reste secret.
- C'est ça qu'elle n'a pas supporté.
- Je comprends pas, se bute Root.
- Si, tu comprends, elle l'a écrit explicitement. Elle ne veut pas que tu fasses quelque chose de criminel en son nom, elle a pensé à toi en partant, elle n'a pas voulu que sa haine et son incompréhension du monde devienne la tienne. Elle a voulu que …
- Arrête, la coupe Root dans un souffle. Arrête de parler pour elle, de faire comme si tu savais ce qu'il y avait dans sa tête. Au moment de sa vie où elle est le plus perdue.
- Root, l'appelle calmement Ariane.
- Et puis comment tu sais ce qu'elle a écrit dans cette lettre ?
- Root, l'appelle encore une fois très calmement l'IA.
Mais l'interface poursuit. Sa tristesse, son désespoir et son impuissance refoulée depuis une longue semaine explosent enfin sous la forme d'une noire colère et même si c'est injuste que ça tombe sur l'IA, ça fait du bien. Voilà pourquoi son amie ne l'arrête pas.
- Tu l'as quand même pas encouragé à partir ! Tu lui as dit quoi faire, quoi écrire. Tu n'as pas le droit de décider pour elle.
- Toi non plus.
Et Root se stoppe soudain dans sa rage. Comme un camion fou lancé à pleine vitesse qui aurait soudain percuté un mur invisible en s'arrêtant net. Ça fait mal. Tout fait mal.
- Tu crois que c'est ce que j'ai fais. Tu crois que c'est ma faute toi aussi, qu'Harold a raison, que ..
- Non. Rien n'est de ta faute.
- Si, elle est partie
- Elle reviendra. Quand elle sera prête.
- Si elle est prête, se désespère Root. Si elle ne se …
Elle ne finit pas et pleure de plus belle.
- Elle ne fera pas l'idiote. Elle ne m'a pas parlé avant de partir, mais elle a essayé je crois.
- Tu crois ?
- Elle a lu la lettre à voix haute puis elle l'a mise dans l'enveloppe et elle a posé l'oreillette dessus.
- Pourquoi elle a … ? commence Root de plus en plus perdu sur son attitude. Ça n'a pas de sens.
- Sauf si le message s'adresse à nous deux.
Root relie la lettre. Elle lui est adressée mais …
- Elle ne veut pas qu'aucune de nous deux la cherche, l'éclaire Ariane.
- C'est … Mais elle … elle est complétement débile, finit par exploser Root. Jamais je ne la laisserai et j'ai besoin de ton aide.
- Mais elle veut qu'on la laisse.
- Elle va faire une connerie, explose l'interface en se retenant de hurler.
- Je ne pense pas Root. Relis la lettre. Elle veut faire le point seule sur la situation, elle veut trouver une solution.
- Je la chercherai, se bute Root. Avec ou sans ton aide. Qu'importe si elle ne veut pas me voir, je veux seulement m'assurer qu'elle est saine et sauve.
Elle se met à faire les cents pas et Ariane ne l'en empêche pas. Elle-même est très inquiète pour Shaw. Ses calculs sur la jeune femme n'ont rien de rassurant. Ils n'avoisinent pas de près ou de loin les 100 % quant à une attitude censé de sa part. Root a raison d'avoir peur, mais l'IA ne veut pas angoisser encore plus son interface. Cette dernière s'arrête.
- Ariane ?
- Oui ?
- Samaritain sait pour Shaw ?
- Oui, l'agent Rousseau vient de le découvrir.
- Quelle sale pute, lâche Root furieuse sans parvenir à se retenir.
- Root, il faut retrouver Shaw.
L'interface fronce les sourcils, elle ne comprend plus.
- Je croyais que tu venais de me dire que c'est une mauvaise idée et qu'il faut respecter sa décision.
- Je veux la retrouver mais pas pour les mêmes raisons que toi. Il faut la mettre en sécurité, elle est en danger. L'agent Rousseau la cherche.
Root blêmit.
- Je la trouverai avant elle, souffle-t-elle. Sameen a pris un taxi ? Un train ? Un avion ?
- Non. Je l'aurais su sinon.
- Oui, oui bien sûr évidemment, c'est stupide, je suis désolée, murmure-t-elle en se remettant à faire les cent pas.
- Ce n'est pas grave Root, la pardonne son amie. Assieds-toi et calme toi. Il faut réfléchir posément.
Root acquiesce et lui obéit.
- Il va lui falloir de l'argent et une planque loin des caméras.
Root se prend la tête dans les mains en réfléchissant. Shaw est une voleuse très douée. Elle saurait se procurer du liquide facilement, mais elle sait aussi que Root va la chercher, elle ne fera rien pouvant lui faciliter le travail.
- Aucune banque n'a été pillé aujourd'hui, lui confirme Ariane comme si elle lisait dans ses pensées.
- Aucune trace d'elle nulle part ?
- Elle a disparu dans la carte fantôme. Et elle n'est réapparu nulle part.
Root soupire de plus belle.
- On la retrouvera Root.
- Où est-ce qu'elle pu aller ?
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Trois semaines plus tard
Il soupire de tomber une fois encore sur son répondeur.
- Root, c'est John … Encore. Rappelle moi. Et vite s'il-te-plait.
Il raccroche au moment où elle entre dans son véhicule. Il la braque aussitôt avant de se raviser. Elle sourit.
- C'était assez vite pour toi ?
Il ne répond pas et se focalise sur la surveillance de son numéro, espérant que celui-là survive.
- Tu as été très occupé ces derniers temps ?
- Hum, élude-t-elle. Que serait la vie sans un peu d'action ?
- Je t'ai laissé des dizaines de messages, tu aurais pu me rappeler.
- J'aurai pu.
Il soupire.
- Comment va Shaw ?
- J'en ai pas la moindre idée, sourit-elle sans éprouver la moindre joie, surprise de sa propre franchise.
Il se tourne enfin vers elle.
- Quoi ? Vous ne l'avez pas retrouvé ?
- Elle s'est évaporée.
- Tu n'as aucune nouvelle ? murmure-t-il incrédule qu'elle adopte une attitude aussi calme.
Elle soupire, incapable d'affronter son regard.
- Non, avoue-t-elle. Ariane et moi l'avons cherché partout.
- Elle s'est tuée ?
- J'en sais rien.
- Et si elle s'est fait reprendre par Samaritain ?
- J'en sais rien, répète-t-elle en sentant sa colère monter.
Elle soupire, elle aussi lasse de n'avoir aucune réponse. Reese se rend soudain compte qu'elle a l'air épuisée.
- Il parait qu'il faut que je l'accepte. Enfin d'après Shaw.
- Quoi ?! Tu lui as parlé.
- Non, elle m'a laissé une lettre avant de partir. Charmante attention non ? murmure-t-elle dans un sourire rageur.
Elle n'est pas seulement triste ou fatiguée. Elle est en colère.
- Tu veux que je t'aide à la retrouver.
Cette fois un rire mauvais s'échappe de ses lèvres.
- Tu crois pouvoir faire mieux que moi ?!
Il pince des lèvres et Root se rend compte qu'elle est injuste. Il veut l'aider. Mais l'accumulation de son impuissance et de la rancœur qu'elle nourrit contre la décision de Shaw explose et ça tombe sur lui.
- Je suis pas venue te voir pour ça, reprend-t-elle calmement.
Il la regarde, se désintéressant de son numéro. Elle se triture les mains.
- Elle t'a appelé ? lâche-t-elle soudain.
- Non, lui avoue-t-il.
- Tss.
- T'as attendu trois semaines pour venir me demander ça, hallucine Reese. Tu dois vraiment être à court d'idée.
Elle soupire.
- Ouais, répond-t-elle avant de descendre de voiture. A court d'idée c'est ça.
Il n'a même pas le temps de la retenir. Il la voit partir franchement triste. Elle regrette d'être venu le voir. Elle en a marre. Elle patine et ne comprend plus rien. Un peu comme Reese et Finch actuellement avec leur série de numéros. Ils ne cessent de mourir et ils ne parviennent pas à les sauver, ni à comprendre qui est responsable, et encore moins si c'est lié. Ariane n'en sait rien, elle sait juste que ça n'est pas lié à Samaritain.
- Et on tient les filles, on tient l'arabesque.
Louisa obéit bien concentrée. Elle parvient à arracher un sourire à sa mère. C'est la seule à y parvenir en ce moment. Root l'observe et elle voit tout de suite que sa jambe levée en arrière n'est pas assez tendue.
- Louisa, tendue la jambe arrière.
La gamine plisse les lèvres et tend la jambe. L'enseignante vient derrière elle et lui redresse le buste. La petite redresse fièrement la tête et souffle profondément. Et la douleur finit par disparaitre, de toute façon elle ne la ressent pas au même degré que ses camarades. Root la trouve merveilleuse, on dirait un papillon prête à s'envoler. Elle est belle dans son tutu noir, ça fait ressortir le bleu de ses yeux avec une grande intensité.
- C'est bien, la félicite la femme.
Ses yeux brillent de fierté.
- Je te lâche.
Et Louisa tient.
- Et tu relâches.
Elle s'exécute.
- C'est très bien, la félicite le professeur en souriant gentiment.
Lou lui sourit en retour. La femme retourne se préoccuper de l'ensemble du groupe. Elle tape dans ses mains.
- Troisième position les filles.
Les gamines obéissent.
- Et l'on fait un battement. Un grand battement.
Root l'observe lancer sa jambe à 90°. C'est pas mal, elle la tend bien mais elle ne la lève pas aussi haut qu'il le faudrait. Qu'importe, si elle prend du plaisir ici.
- Encore une fois les filles. Et on repose. C'est bien.
Les fillettes soufflent un bon coup et rient tout en s'épongeant le front. Root observe sa fille, un peu à l'écart. Rien d'étonnant avec ce qui s'est passé i jours. Root a appelé l'école ce matin pour dire qu'elle est souffrante, la varicelle. Hors de question qu'elle y retourne. Louisa l'a suppliée et sa mère n'a pas eu le cœur de lui refuser. Dans ce groupe, son enfant est plus petite que les autres, pas de beaucoup mais ça se voit. Les gamines vont s'asseoir au sol devant leur enseignante pour les étirements. Elle finissent par un grand écart et Root sourit en voyant que celui de sa fille est l'un des plus réussi. Et la séance est finie. Alors qu'elles partent se changer dans le vestiaire, Root voit d'autres parents arriver et elle entre avec eux dans la pièce. Lou lui sourit largement en sortant charger de son sac d'école et de son sac de sport. Elle la prend dans ses bras et lui sourit.
- Pas mal l'arabesque quand tu tends bien la jambe.
- T'étais là ? s'extasie la petite.
Root sourit largement et s'apprête à partir quand …
- Madame ? Attendez !
Elle se retourne vers l'enseignante qui lui sourit timidement.
- Je m'excuse mais Louisa n'a toujours pas rendu le papier pour le spectacle de décembre.
Root fronce les sourcils.
- Je l'ai signé il y a trois semaines, se sent-elle obligée de se justifier en se tournant vers sa fille.
Lou baisse les yeux et se mâchouille la lèvre en se dandinant d'un pied sur l'autre.
- Je me suis dit que … ben avec ton travail … Tu pourrais pas comme t'es super occupée. Mais c'est pas grave, t'en fais pas.
Root soupire.
- Je t'ai dit que je serai là, je te l'ai promis. Alors retrouve ce papier et donne le.
La petite lui sourit largement et sort l'autorisation, très froissée à présent, de son sac de sport pour la tendre à son professeur. Root lève les yeux au ciel et pince des lèvres en signe d'excuse avant de partir.
- T'as trouvé Sameen ?
Pas de réponse. Lou soupire.
- Ok changeons de conversation, rétorque la gamine.
Cette situation l'agace, elle en a marre. Louisa a essayé d'appeler Shaw depuis trois semaines, elle a appelé, et est directement tombée sur la boite de messagerie. Comme tout le monde. Mais contrairement aux autres, elle n'a laissé aucun message. Elle est restée comme une idiote au bout du fil et elle n'a rien dit. Finalement elle a raccroché. Elle a fait ça des vingtaines de fois. Finalement elle a abandonné. Et elle en veut à Shaw. Terriblement. Elle lui en veut d'être partie, de les avoir abandonnée. Encore une fois. Sauf que cette fois c'est sa faute.
- T'as faim ? lâche Root sans la moindre joie.
- Non.
Et elle claque la porte de sa chambre. L'interface soupire. Elle ne s'intéresse pas assez à elle, la preuve avec ce qui s'est passé il y a trois jours à l'école.
Elle cherche Shaw et ne la trouve pas. Elle en a marre. A trop se focaliser sur la femme qu'elle aime, elle en oublie tout ce qu'il y a autour. Elle saisit son téléphone pour ne retomber que sur cette foutue boite vocale.
- Shaw, j'en ai marre. Voilà tu as gagné mon cœur, j'abandonne.
Les larmes lui montent et elle ne voit pas Louisa derrière son dos qui entrouvre la porte de sa chambre pour l'entendre finir son message d'une voix brisée par la tristesse et un sanglot.
- Je … Je t'en veux pas ok, ne culpabilise pas. Euh non, non, je m'embrouille. C'est pas ça !
Elle souffle un bon coup.
- Ecoute je voulais juste te dire que j'ai réfléchi. Et … t'as raison. Tu peux faire ce que tu veux de ta vie. Et si … si le fait de ne plus me voir peut te permettre d'être plus heureuse alors …
Elle ravale un sanglot et un hoquet en même temps. Et Louisa se sent à deux doigts de pleurer.
- … je l'accepte. Je te chercherai plus, alors je sais que ce sera pas facile mais … J'accepte ta décision.
La gamine a envie de la consoler, mais elle n'y arrive pas et ça ne servira à rien de toute façon.
- Voilà, finit sa mère. Je … Je t'aime.
Elle a hésité à le dire mais après tout si c'est la dernière fois … Elle raccroche en essuyant ses yeux alors que Louisa referme la porte. Elle ne reviendra pas. Lou s'assoit sur son lit. Elle compose son numéro et se décide.
- Salut c'est moi, enfin Louisa. Je sais même pas si tu as encore ton téléphone et si tu auras mon message. Mais si tu l'as …
Elle marque une pause alors que ses yeux s'emplissent de larmes.
- … Reviens s'il-te-plait, finit-elle sans sangloter alors que les larmes coulent sur ses joues.
Elle se les essuie rapidement.
- Non mais à quoi est-ce que tu penses Shaw ? Tu crois quoi hein ? Qu'on va te laisser partir ? T'oublier comme ça ? J'en ai marre Shaw, oh si tu savais comme je suis en pétard après toi. Mais je sais aussi que tu as un peu peur et que tu sais surement pas comment revenir mais on est là nous et on s'en fout de comment. Reviens c'est tout ou jamais je te le pardonnerai.
Et elle raccroche.
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Quelque part dans l'Oklahoma
Elle entend son cri avant de le voir. Elle plisse les yeux en observant le ciel sans nuages au soleil éblouissant et brulant. Il est là son seul compagnon. Enfin non, elle oublie Balou. Elle plisse encore les yeux pour le voir passer au loin. L'oiseau ne passe pas régulièrement, pas tous les jours, il ne lui demande rien, il crie juste et continue son vol. Un cri c'est tout ce qui trouble son isolement dans cette plaine aride. Un putain de pygargue. Voilà sa seule compagnie. Au moins il ne l'assomme pas de questions auxquelles elle n'a toujours pas trouvé de réponse. Il passe, pousse un cri comme pour la saluer et continue son chemin. Mais elle, elle n'arrive pas à continuer son chemin. Elle est bloquée ici, mais au moins elle a la paix. Et égoïstement, elle se sent bien. Enfin à peu près. Elle ressent un manque. Et du mouvement maintenant. Elle grimace en se tenant le dos bien droit. Elle s'observe de profil dans l'acier de sa caravane. Ça lui renvoie son image. Et elle grimace une nouvelle fois, elle n'aime pas ce qu'elle voit. Maintenant qu'elle a accepté sa grossesse comme un fait réel, son corps se déforme bien trop à son goût et elle se détourne. En colère encore. Mais moins qu'avant. Et ça remue encore.
- Stop arrête ! siffle-t-elle. Je t'interdis de …
Elle s'arrête nette. Voilà que ça la reprend, elle lui parle.
- … D'être là, finit-elle.
C'est ridicule de parler à ce ver de terre. Elle préfère se faire à manger. Elle a faim. La porte claque derrière elle et la chaleur est un peu moins sévère ici. Elle sort ce dont elle a besoin. Des légumes secs et du riz complet. Heureusement qu'elle en a trouvé parce qu'elle commençait à en avoir marre du quinoa. En fait elle en a marre de manger comme un lapin. Mais elle sait que les sucres lents sont préconisés. Elle doit avoir une alimentation saine et équilibrée. C'est ironique, au mieux elle mange au plus elle grossit. Bon ça va, elle peut encore le dissimuler. Avec un peu de tact. Mais ici il n'y a personne alors elle s'en fiche. Il n'y a d'ailleurs personne à des kilomètres à la ronde. Et c'est proche du Texas. Une zone que Root évite soigneusement. Mais Shaw n'a pas choisi le Texas. L'Oklahoma c'est bien et puis plus tard … Elle claque la casserole, faisant tressaillir le chien qui ne s'y attendait pas, voilà que ça la reprend elle pense à après ! Après quoi ? Elle soupire. Après rien, elle n'a toujours pas de solution.
Elle avait essayé de s'en débarrasser. Elle avait cherché à le faire sans se comporter comme une grosse brute. Elle avait cherché un médecin dans ce trou. A Amarillo. Un médecin pas trop à cheval sur la morale. Il lui avait demandé de l'argent pour ce qu'elle voulait. Shaw l'avait payé, elle s'était rendue dans le garage qu'il lui avait indiqué. Un endroit miteux et elle s'était sentie mal. Ça puait les ordures, le dégout et la mort. Root avait raison. Elle s'était trouvée un boucher pour l'ouvrir comme une dinde de noël. Voilà à quoi elle s'était abaissée. Mais elle ne renoncerait pas pour ça. Il l'avait fait entrer. Elle l'avait vu se préparer. A peu près bien. Elle l'avait observé attentivement. Elle ne voulait pas tomber sur un autre tordu. Mais elle ne le connaissait pas, il pouvait tout aussi bien n'être qu'un sale type qui a besoin de fric ou alors un trafiquant d'organes.
- On y va ?
Pour toute réponse, elle l'observa. Elle avait eût un mouvement de recul. Ce sale type puait la clope. Et la sueur. Une odeur écœurante. Un haut le cœur l'avait pris.
- Ça va pas ? l'interrogea-t-il sans la moindre trace d'égard.
Un premier coup. Le tout premier. Elle a vivement sursauté. Il a froncé les sourcils. Mais Shaw ne le regardait pas. La sensation était étrange. Elle a perçu le mouvement mais c'était déjà fini. Elle se demanda si elle ne l'avait pas imaginé.
- Bon vous êtes prête oui ou non ?
Shaw redressa la tête. Elle en avait presque oublié sa présence.
- Oui je dois …
Elle s'interrompit brutalement. Cette fois elle l'avait parfaitement senti. Il l'avait regardée comme si elle était tarée. Shaw le dévisagea, il tenait déjà le bistouri dans une main. Il ne l'avait même pas encore endormie.
- Je dois sortir une minute c'est tout, claqua-t-elle en le bousculant au passage.
Ça ne s'arrêtait pas et elle était oppressée. Elle avait besoin d'air. Une fois dans la rue, elle s'est appuyée sur le mur de briques et a soufflé plusieurs fois. Ça l'avait calmée alors que paradoxalement les coups ne se calmaient pas dans son ventre. Un ventre qui s'arrondissait déjà un peu. Un ventre qu'elle ne regardait pas. Elle l'oblitérait, comme s'il n'existait pas, comme s'il n'était pas là. Sauf que là, elle l'avait senti. Un truc. Il n'est qu'un truc à ses yeux. Un parasite. Un truc oui. Mais un truc qui bouge. Un truc vivant. Comment Root avait pu supporter ça avec Louisa ? Et en se marrant en plus ? Bon ok, elle est complétement perchée. Mais quand même c'est trop bizarre. On dirait qu'un alien a élu domicile sous son estomac. Et c'est surement le cas, après tout elle ne l'imagine pas normal. Non mais en fait elle ne l'imagine pas tout court. Mais qu'est-ce qui lui prend ?! Elle déraille. C'était même pas ça son problème. Pourquoi est-elle sortie déjà ? Il le lui rappela par un nouveau coup. Shaw avait été sidérée de sa stupidité à ne pas avoir anticipé. Elle est médecin, elle sait que ça doit arriver à un moment où un autre. Sauf que stupidement elle n'y avait pas pensé. Elle avait prévu de s'en débarrasser avant que … que ça ne gigote. Et pourquoi maintenant ? Pourquoi aujourd'hui ? Alors qu'elle allait le tuer et pouvoir retrouver une v … Elle s'arrêta nette dans ses pensées. Elle débloquait là ! Ça n'avait rien d'un meurtre. Ce truc n'est même pas en vie. Sauf que … Elle étouffa un gémissement de surprise et s'accrocha d'une main au mur de brique alors que la seconde effleura son ventre pour la première fois. Il bouge d'un coup, comme ça sans la prévenir. Bon c'est sur il ne va pas lui envoyer un mail ! Mais quand même ! Pour qui il se prend ! Comme s'il était chez lui là-dedans. Non mais vraiment quel parasite. La porte avait claqué dans ses oreilles. Et l'odeur écœurante lui a explosé dans le nez. Il la dégoutait.
- Vous foutez quoi ?
Elle n'avait pas répondu pas et avait fermé les yeux pour se reprendre.
- On ne va pas y passer la journée. Il faut faire ça discrètement et rapidement.
- J'arrive, rétorqua-t-elle d'un ton sans appel. Une minute.
Il soupira et la porte claqua à nouveau. Shaw se redressa bien droite. Mais elle n'arrivait pas à retourner là-dedans. Ce type la débectait, cet endroit l'écœurait et elle-même se dégoutait. Ce qu'elle s'apprêtait à faire était juste ignoble. Elle aurait aimé faire comme s'il n'était pas là, comme s'il ne bougeait pas, comme s'il ne vivait pas. Elle aurait réussi si seulement …
- Fais chier, avait-elle râlé.
C'était aujourd'hui qu'il lui montrait qu'il est là, qu'il est vivant. Ça aurait tout d'un meurtre. Peut-être pas légalement mais en tout cas à ses yeux oui. Shaw peut encaisser beaucoup de choses, elle peut faire des tas de sales trucs. En fait, elle en a fait mais ça … Elle refuse. C'est injuste. Il est vivant, il est là et même si elle n'a rien demandé, même si elle ne veut pas de lui, elle n'a pas plus le choix que lui. En fait c'est elle qui a le choix. Un choix dégueulasse. Lui ne veut que vivre, comme elle-même n'a cherché qu'à rester en vie jusque-là.
- Merde, avait-elle lâché en s'adossant au mur où elle avait claqué sa tête.
Ça aurait été si simple. Pourquoi ce parasite se mettait à remuer aujourd'hui ? Elle regarda la porte en ferraille rongé par la rouille. Elle ne retournerait pas là-dedans. Et elle n'y était pas retournée.
Shaw pose une gamelle au sol et le chien se rue dessus. Puis elle claque sa propre assiette sur la table. Cette caravane n'était pas géniale. Une vraie porcherie quand elle l'avait trouvée. Elle avait acheté un vieux pickup pour la tracter puis elle l'avait déplacée ici, au milieu de nulle part. Et elle avait tout fait pour la rendre habitable et propre.
Sameen mastique la nourriture comme si elle mastiquait du béton. Elle est une pitoyable cuisinière. Ses yeux se posent sur le téléphone portable éteint posé sur la table. Il la nargue depuis des jours. L'allumer et l'appeler … Pour lui dire quoi ? Elle va lui demander ce qu'elle veut faire et … et Shaw n'en sait rien. Elle devra aller au bout de sa grossesse, ça elle le sait maintenant et elle commence à l'assimiler, non sans colère. Mais elle n'explose plus de rage, ça ne sert à rien. Ce qu'elle ne sait pas c'est … c'est pour après. Elle soupire et lâche la fourchette qui tombe en teintant dans l'assiette. Elle préfère ne pas penser à ça, même si elle sait qu'elle devra y penser à un moment. Et si possible avant les quatre prochains mois. Elle a une date d'échéance. Pas bien précise mais elle s'en fout. Elle ne veut pas penser à l'avenir. Elle sait quelles options s'offrent à elle. L'abandonner ou le garder. Elle n'en veut pas. Donc l'abandonner. Au fond elle sait ce qu'elle veut faire, mais elle ne veut pas le dire. Surtout pas le dire à Root. Qu'est ce que tout cela, qu'est ce que ce choix changera entre elles ? Root a eu une fille, elle l'a désirée, aimée, élevée. Que pensera-t-elle de Shaw après tout ça ? Qu'elle n'est qu'une égoïste ? Si jamais elle la déteste, Sameen sait ne pas s'en remettre. Root lui a promis de tout pouvoir lui pardonner, mais là c'est beaucoup. C'est trop, ça va trop loin et Root n'a pas à être obligé de faire un choix. Shaw ne le veut pas. C'est son choix. Elle l'a pris. Mais Shaw n'arrive pas à en informer Root. Elle a peur de la perdre. Et elle ne veut pas revenir, pas avant de s'être débarrassée de ce parasite. Personne ne doit savoir. Mais à nouveau, comment Root prendra cette décision ? Mal ? Elle le prendra pour elle, comme un affront, un manque de confiance.
Shaw se prend la tête dans les mains. Tous ses choix sont merdiques. Root ne pourra pas le prendre bien. Elle pourra feindre de la comprendre, de la soutenir même. Mais à long terme … elle la perdra. Shaw soupire. Et dire qu'elle est partie loin d'elle pour ne pas la perdre. Se séparer pour ne pas la perdre !
" Vachement malin Sam " s'amuse une voix moqueuse dans sa tête.
- La ferme, lui répond Shaw.
" Et tu parles toute seule. De mieux en mieux. "
- Mais c'est pas vrai, bordel !
" Tu n'as aucune bonne solution ma pauvre fille. "
Shaw soupire en claquant la vaisselle plus fort que nécessaire dans l'évier minuscule.
" Tu vas faire quoi ? Tu vas attendre les quatre prochains mois dans ce trou et te pointer comme une fleur chez elle quand ce sera fini ? "
Shaw pince des lèvres. En fait elle pense à ce scénario depuis quelques jours mais …
" Tu crois qu'elle le prendra bien, continue sournoisement la voix dans sa tête. Moi je ne parierais pas là-dessus. "
- Je vais la perdre, réalise Shaw. Quoique je fasse je vais la perdre.
Elle se sent sombrer, des larmes coulent sur ses sous. Quitter New-York et tout le monde avait été une nécessité. Elle étouffait là-bas en voyant ce que Root était prête à faire pour elle. Elle s'était sentie prise au piège. Mais maintenant, Root devait être dans tous ses états.
La perdre. La perdre. Tu vas la perdre. Ça tourne en boucle dans sa tête. Elle ne peut pas lui faire ça. elle doit l'appeler. Mais si elle l'appelle, Root voudra qu'elle revienne. Elle viendra la chercher. Shaw attrape son téléphone. Ça lui trotte dans la tête depuis des jours. L'appeler et la rassurer. Lui dire que ça va, qu'elle n'a pas fait de bêtise, qu'elle est vivante. Et lui dire aussi de ne pas venir, de la laisser. Mais … Mais Root voudra savoir pour la grossesse, pour ce qu'elle va faire. Si l'interface s'inquiète de l'état de son parasite, Shaw sait pouvoir exploser et cet appel serait assez contre-productif.
Elle repose le téléphone. Pas moyen elle n'y arrive pas, elle ne parvient pas à se décider. Pour rien d'ailleurs.
" Lâche " siffle moqueusement la voix.
Explosant de colère, Shaw ouvre brutalement la porte et sort en trombe, le malinois sur ses talons. Courir sans s'arrêter. Droit devant elle. Une foulée brutale et violente qui heurte le sol sec et poussiéreux. Courir lui vide la tête, mais aussi le corps de toute énergie. Elle voudrait courir et ne jamais s'arrêter, ne jamais ne retourner. Juste courir. Sauf qu'elle finit par tomber par terre. Elle s'effondre dans la poussière et ne bouge plus pendant longtemps. Le chien s'arrête aussi et respire bruyamment. Elle a une sacrée foulée même pour lui. Voyant qu'elle ne se relèvera pas tout de suite, il s'allonge à côté d'elle et pose sa tête sur son ventre. Sam ferme les yeux à son geste et pose une main sur sa tête qu'elle caresse gentiment. Il localise si bien l'origine de ses maux. Elle a soif, chaud et elle a mal. Elle a couru plus loin que toutes les autres fois. Son souffle précipité finit par se calmer et elle ouvre les yeux, ne contemplant plus que le ciel bleu. Elle s'est rarement sentie aussi vivante. Librement égoïste. Elle soupire et se relève pour repartir en marchant. Deux heures plus tard, elle s'effondre sur la banquette râpée et inconfortable tout en vidant un litre d'eau sans s'arrêter. Elle balance le plastique vidée de son contenu loin d'elle et elle s'endort immédiatement.
Quand elle se réveille, il fait noir. Sameen se redresse en s'étirant, Balou dresse les oreilles mais ne bouge pas et se rendort sur sa couverture dans son coin à terre. Shaw a rêvé. Elle ne se souvient pas de quoi. Elle se rend compte que son visage est humide. Elle fronce les sourcils. De quoi a-t-elle rêvé qui a bien pu la faire pleurer alors qu'elle n'a pas versé une larme depuis plusieurs jours ? Était-ce un rêve agréable ? Surement sinon, elle se réveille de ses cauchemars. Là elle a rêvé jusqu'au bout. Elle ferme les yeux. Elle se souvient du décor. Un tourniquet dans un parc de jeu. Elle était montée dessus, un petit matin pluvieux. Une petite pluie douce, rien de désagréable. Que s'était-il passé après ? Shaw se détend et se laisse aller à revivre son rêve qui lui revient en mémoire peu à peu. Quelqu'un est sorti d'entre les arbres. Une femme. Sam s'est sentie bien en la voyant au point de lui sourire quand elle l'a rejoint sur le tourniquet. Mais Root ne lui a pas souri, elle était triste. Voilà ce qui avait fait pleurer Shaw. La douleur de l'interface lui avait fait du mal. Sameen se lève et allume les lumières. Elle se met à faire les cent pas et observe à la dérobé ce foutu téléphone. Elle en vient à le haïr d'être là, de la narguer pour qu'elle se décide à faire un choix. Il lui rappelle toute son impuissance dans cette situation. Et en même temps, Shaw n'arrive pas à s'en débarrasser, elle ne peut pas. Elle s'arrête brusquement sur cette constatation. Trois semaines dans ce trou à ruminer sur l'utilisation ou non de ce téléphone portable. D'habitude Shaw faisait simple, elle se débarrassait du problème, elle ne le laissait pas trainer en longueur pendant trois semaines. Elle aurait donc dû se débarrasser de cet appareil. Pourquoi ne l'avait-elle pas fait ?
" C'est bien, vas-y continue " l'encourage la voix dans son crâne.
Shaw ferme les yeux. Elle se force à réfléchir. Pourquoi n'a-t-elle pas jeté ce téléphone depuis longtemps ? Pourquoi l'a-t-elle-même seulement pris ? Parce qu'au plus profond de son âme, elle avait su qu'à un moment ou un autre elle aurait besoin d'aide, de son aide. Elle savait dès le départ qu'elle aurait besoin d'appeler Root. Root en qui elle a confiance, Root qui sera bien la dernière à la juger, concernant le choix qu'elle a pris concernant sa grossesse. Root qui sait faire la part des choses entre son expérience et celle de Sameen.
Elle ouvre les yeux qui se posent sur le téléphone éteint. S'en débarrasser est inconcevable. Il est son seul lien.
- Evidemment, lâche-t-elle en s'insultant intérieurement de sombre idiote.
Il ne fallait pourtant pas avoir le QI d'Einstein pour comprendre ça. Mais quelle gourde ! Ce téléphone est ce qui la raccroche encore à la vie. Dés qu'elle pose les yeux dessus elle se rappelle sa promesse à l'interface de ne pas en finir, de visualiser plus large pour voir d'autres options. Et ça avait marché, Shaw avait vu d'autres options. Elle commençait à reprendre goût à la vie peu à peu, à imaginer un après à toute cette situation. Elle se plaisait à imaginer un avenir avec l'interface et sa fille, et une lourde vengeance quand elle présenterait la facture à Samaritain et à ses agents.
Elle avait repensé à ces dérapages. Elle avait compris pourquoi ils étaient néfastes pour qu'elle remonte la pente. Elle se faisait peur, elle faisait peur autour d'elle aussi. Ça détruisait sans apporter quoique ce soit de constructif. Ça la détruisait elle et l'interface et l'équipe, et tout ce en quoi elle croit. Tout ce qu'elle a bâti ces dernières années. Sameen a ainsi réalisé l'ampleur de l'univers qu'elle s'est construit depuis quelques années. Un univers qu'elle avait jusque-là feint de ne pas voir. Un univers à elle que Samaritain et ses agents avait cherché à détruire. Et elle avait réalisé qu'elle est très attachée à cet univers, à ce monde qui n'est qu'à elle et aux gens qui comptent. Elle refuse de le laisser partir en fumée. Elle s'y est fermement accroché quand Samaritain l'a torturée, le protégeant au mieux. Ça n'était pas pour maintenant elle-même le détruire en adoptant une attitude de tarée finie. Elle voulait regagner de l'estime.
Shaw réalise qu'elle ne s'est pas exilée pour vivre comme une prisonnière et se punir mais justement pour faire ce que Root souhaitait qu'elle fasse à New-York. Et elle avait réussi, elle avait trouvé une sortie à ce tunnel merdique. Une petite lumière au loin lui montrait qu'elle n'était pas totalement égarée. Elle avait retrouvé son chemin. Elle n'était pas encore au bout du tunnel bien sûr, elle n'avait plus qu'à s'y diriger.
Et maintenant ? Que faire ?
Elle ne sait toujours pas. Allumer le téléphone est une étape. Rien ne l'empêche après de ne rien en faire. D'attendre encore un peu.
Elle se rapproche de la table et l'allume. Elle déglutit difficilement, prenant peur comme si l'appareil allait la mordre. Elle a 47 messages vocales. Sans surprise, le premier est de Root. Très inquiète. Il y a six messages de Reese. Lui aussi inquiet, mais stoïque comme à son habitude. Cinq messages de Lionel. Lui aussi inquiet. Un message d'Ariane qui n'a visiblement pas insisté, sachant au fond que ça ne servait à rien de s'acharner sur une messagerie qu'elle n'écouterait pas. L'IA est elle-aussi très inquiète et la supplie de se manifester. Et enfin tous les autres sont de Root. Elle avait eu plus de mal à se retenir que son amie. Tous les messages restants sont d'elle. Mais ça évolue dans le temps au fur et à mesure des jours. D'abord la peur. Puis la colère le troisième jours quand elle l'engueule en l'accusant de l'avoir abandonnée. Puis tout de suite après la tristesse, les excuses pour s'être emportée, les supplications pour qu'elle la pardonne de cet accès de colère, et les promesses aussi. Et enfin n'est restée que la tristesse dans son dernier message. Il vrille les entrailles de Sameen qui l'écoute mais elle se contient parfaitement. Puis c'est fini. Sam réalise que son départ a plongé Root dans un état extrême. L'interface semble s'être totalement laissée aller sur le répondeur. Elle y a tout déversé de ses peines, de ses angoisses, et de sa tristesse. Mais à la fin il ne restait plus aucun ressentiment à son égard, juste de la tristesse, et une acceptation fataliste.
Shaw soupire tous les messages sont semblables. Tous la supplient, ils sont gentils, ils veulent la comprendre, l'aider. Mais aucun ne la pousse à se décider à les contacter. Elle sait se retrouver à court de mots si elle téléphone. Ne pas savoir quoi faire et quoi dire pour se faire pardonner.
Puis vient le dernier message. Celui de Lou. Le seul que l'enfant lui a laissé. Et celui-là est différent. La petite fille ne la supplie pas, ne pleure pas. Elle est en colère. Très en colère. Et Shaw se sent sombrer alors qu'elle l'écoute.
" Salut c'est moi, enfin Louisa."
Shaw lève les yeux au ciel. Pourtant la suite du message ne la pousse pas à faire la fière.
"Je sais même pas si tu as encore ton téléphone et si tu auras mon message. Mais si tu l'as … "
Elle se tait un peu et Shaw fronce les sourcils. Elle ne comprend rien qu'est-ce qu'elle lui veut ?
" … Reviens s'il-te-plait. "
Elle ne supplie pas. La gamine a sorti cela sèchement. Et Shaw sent sa colère. Mais le reste du message lui montre à quel point elle se trompe grandement. La gamine n'est pas en colère, elle est furieuse ! Et la suite siffle dans ses oreilles.
" Non mais à quoi est-ce que tu penses Shaw ? Tu crois quoi hein ? Qu'on va te laisser partir ? T'oublier comme ça ? J'en ai marre Shaw, oh si tu savais comme je suis en pétard après toi."
Shaw sent soudain les larmes couler et elle se les essuie. Sameen n'a même pas pleuré quand elle a écouté tous les messages de Root. Mais celui de la petite est naturellement franc et ça la touche de plein fouet. Elle renifle attendant la suite, accusatrice. Louisa lui en veut, elle doit la détester. Voilà que ce qu'elle appréhendait le plus se réalise. Quelle idiote de ne pas avoir anticipé que cette situation se réaliserait. On n'abandonnait pas une enfant de six ans pendant trois semaines sans aucune nouvelle pour espérer revenir ensuite et être accueillie à bras ouverts. C'est fini, Louisa lui fait clairement comprendre. Ça ne sert à rien d'essayer. Elle est sur le point de raccrocher, complétement dépitée. Mais le message continue.
"Mais je sais aussi que tu as un peu peur et que tu sais surement pas comment revenir mais on est là nous et on s'en fout de comment. Reviens c'est tout ou jamais je te le pardonnerai."
Et c'est fini. Sam reste un bon moment au bout du fil alors qu'il n'y a plus rien à entendre. Puis sa main tenant le téléphone retombe doucement. Elle a failli se planter une fois de plus en raccrochant. La fin du message est clairement un appel à revenir. Sans chercher à y mettre aucune forme. Elles s'en foutent. Shaw devrait pourtant savoir qu'elles l'acceptent comme elle est.
- Ariane ? appelle-t-elle.
- Bonjour Sameen.
- Tu es là depuis longtemps ?
- A ton avis ?
Sam sourit en coin. Bien sûr. Ariane l'a trouvé à la seconde où elle a allumé le téléphone.
- Tu lui as dit où j'étais.
- Non.
Shaw fronce les sourcils.
- Pourquoi ? ne comprend-t-elle pas.
Ariane et Root se disent tout.
- Elle dort.
- Ah.
- Mais même réveillée je ne lui aurais pas dit. C'est ton choix, pas le mien.
- Elle … ne t'a pas demandé de … de le faire ?
- Elle et moi ne te cherchons pas pour les mêmes raisons.
- Ah bon ?
- Enfin nous te cherchons toutes les deux parce que nous t'aimons et que nous sommes inquiètes. On veut juste savoir que tu vas bien. C'est chose faite désormais. Je l'en informerai.
- Et Root ?
- Elle va chercher à te convaincre de revenir. 84,09% de probabilités.
Sameen s'en doutait et étrangement ça la fait sourire. Elle est désirée. C'est un sentiment qu'elle vit pleinement avec Root. Seulement avec Root.
- Sameen, que veux-tu ?
Elle déglutit.
- J'arriverai pas à lui téléphoner.
- Je ne le ferai pas pour toi Sam.
- Je sais. Y a pas besoin. Je laisse mon téléphone allumé. Elle me trouvera.
Et elle se rendort un peu plus sereine. En sachant qu'effectivement Root va la retrouver.
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Trois jours plus tôt
- Louisa, hé Louisa. Attends.
Elle se retourne alors qu'elle marche seule dans le couloir. Naina est malade. La varicelle. La petite hindoue est déçue à un point inimaginable, elle va manquer Halloween. La soirée c'est demain. Elles sont déçues toutes les deux et Lou se tâte pour aller à cette soirée. Toute seule ! Et le défilé de Greenwich Village semble être compromis. Sa mère ne voudra pas qu'elle y aille seule. Et avec sa quête désespérée pour retrouver Sameen, elle aura autre chose à faire que de l'y emmener. Bref un halloween bien pourri en perceptive. Quand elle pense au temps qu'elles ont mis avec Naina dans cette boutique à lui trouver le bon costume … Finalement elle ne sait pas décidée entre fée et zombie.
Elle est perdue dans ces pensées avec cette robe quand il l'appelle. Elle croit un instant avoir halluciné quand elle voit que c'est lui. Clyde Belzer, le " petit copain " de la blonde , enfin … d'après les dires de cette peste d'Alisson. Pff comme si on avait besoin d'un petit ami à 7 ans. Bon ok, Alisson en a 8 et Louisa que 6. Mais quand même. Quoique … deux ans ça doit changer des choses. Louisa a hâte d'avoir 8 ans, juste pour savoir si elle veut un copain qui l'embrasse. Elle fronce les sourcils en le regardant la rattraper dans le couloir. Qu'est ce que le copain d'Alisson lui veut ?
- Attends, répète-t-il essoufflé en arrivant à son niveau.
Lou remonte son sac sur son épaule, mal à l'aise.
- Qu'est ce que tu me veux ?
- Super l'accueil, rit-il sans partir.
Il n'est pas mal, réalise-t-elle en s'armant d'un sourire d'excuse complétement débile.
- Excuse-moi, mais … c'est juste que … j'ai eu une très mauvaise journée.
Il lui sourit encore plus gentiment. Il a un super sourire. Des yeux verts, une coupe de cheveux classe. Ouais bon il est pas mal, on va pas se mentir. Lui aussi la détaille mais ne dit rien.
- Qu'est ce qu'il y a ? enchaine-t-elle.
- Euh je voulais te demander un truc depuis quelques jours. Tu voudrais venir au bal avec moi ce soir ?
- Hein ?
C'est le seul mot qui sort de sa bouche alors que sa mâchoire pend. Il rit et répète sa proposition. Non, non, elle avait bien entendu en fait.
- Le bal ? répète Louisa ahurie. Euh danser ?
- Ben c'est ce qu'on fait normalement à un bal, rit-il.
- Tu n'y vas pas avec Alisson ? C'est ta copine.
Elle observe le couloir, mais la peste à nattes blondes n'est pas là, en embuscade en train de pouffer de la situation.
- Non, ça fait des jours que je ne lui parle plus.
- Pourquoi ?
- Je ne la supporte plus, et j'aime pas qu'elle soit horrible avec toi.
- Ah.
- En plus elle ne va pas à la fête.
" Bonne nouvelle " pense Louisa en souriant.
- Je t'ai défendu tu sais ? Quand elle s'est moquée de toi. J'ai pas aimé.
- Merci, murmure sincèrement Louisa.
Ça la touche. Elle l'a peut-être mal jugé.
- Pourquoi tu veux m'inviter moi ? Il y plein d'autres …
- Tu es quelqu'un de sympa, la coupe Clyde. Et tu te laisses pas faire.
- …
Elle pince des lèvres, se souvenant de son attitude envers sa libellule de maitresse.
- Bon tu viens avec moi alors ou pas ?
- Je suis pas très joyeuse en ce moment Clyde et j'étais pas sûre de vouloir y aller sans Naina.
- S'il te plait, murmure Clyde.
Elle soupire en souriant malgré elle en regardant ses pieds. Voilà qu'il la supplie.
- Allez insiste-t-il.
Elle se fait désirer en souriant à ses pieds. Puis elle relève la tête. Il lui sourit largement et gentiment.
- S'il te plait. S'il te plait. S'il te plait … martèle-t-il en boucle en lui souriant.
- Ok, ok stop, l'arrête-t-elle en riant.
- Ça veut dire oui ? sourit-il encore.
Elle fait mine d'hésiter en lui souriant.
- C'est oui, lâche-t-elle finalement.
- Cool, murmure-t-il.
Et elle avait tourné les talons en se disant que finalement ça ne serait pas le pire halloween de sa vie. Elle a d'abord appelé sa mère pour lui dire. Mais Root a à peine réagi, décevant Louisa. Elle était occupée, encore une fois à chercher Shaw en suivant une hypothétique piste. La gamine avait été vexée et en colère. Alors elle avait plutôt appelé Naina. Mais la réaction de celle-ci l'avait aussi déçue.
- Tu crois pas que c'est un piège Louisa … pour se moquer de toi ?
Elle avait été furieuse. Comme si elle était horrible et qu'elle ne pouvait pas plaire à un garçon. Ça l'avait emballée cette invitation, ça l'avait flattée. Et puis elle, elle gâchait tout. Son silence avait inquiété Naina.
- Lou ça va ?
- Non, tu n'es pas gentille de me dire ça. Clyde a été gentil, il ne se moque pas de moi. T'as compris ?
- Ok, t'énerve pas, c'est juste … fais attention, Alisson est une peste elle veut se venger de toi. Et Clyde …
Elle ne veut pas se fâcher avec sa meilleurs amie. Mais elle n'a pas confiance. Ni en Clyde ni en Alisson.
- Il est gentil, avait coupé Louisa furieuse. Et toi t'es nulle ! Tu comprends rien, ça ne m'étonne pas que personne ne te parle à l'école.
- Loui …
Elle a raccroché furieuse et n'a plus répondu à aucun appel. Naina était jalouse voilà tout ! Un garçon s'intéressait enfin à elle. Il va peut-être l'embrasser demain soir. Pourquoi personne ne pouvait partager sa joie ?! Même pas sa mère. Elle ne la voit pas en ce moment et ne l'écoute pas. Elle lui a parlé du bal chaque jour ou presque et la gamine est certaine qu'elle ne sait pas que c'est demain. Bon ok Shaw est importante mais elle-aussi elle est importante. Sa mère ne l'a jamais autant négligé.
Alors elle est rentrée mi heureuse, mi furieuse. Le karaté avait été un bon défouloir pourtant. L'appartement est encore une fois vide. Epuisée de toute cette situation elle prend son ordinateur et cherche des idées de maquillages qui iraient avec son costume. Elle en trouve un très bien, dans le thème d'halloween tout en étant très jolie au teint. Si avec ça Clyde ne l'embrasse pas … Louisa ne comprendrait plus rien aux garçons !
Elle s'est couchée sans manger en s'endormant un sourire aux lèvres en pensant à cette soirée.
Mais rien ne s'était passée comme elle l'avait imaginé …
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Le lendemain soir
L'interface est allongée dans le canapé et elle passe sans s'arrêter sa main dans les cheveux de Louisa. Sa fille repose allongée sur elle, le bras droit ballant dans le vide. Root est perdue dans ses pensées. La nuit est déjà bien avancé mais elle ne se lève pas ni pour la coucher, ni pour aller se coucher elle-même. Elle s'en fiche, elle est déprimée mais en même temps tellement vidée. Au moins il lui reste sa fille. Shaw elle, n'a personne. Mais elle l'a voulu ainsi et Root l'accepte. Elle cesse de caresser les cheveux de sa fille pour l'enserrer de ses deux bras. Et elle ferme les yeux confiante au moins en son amour indéfectible pour tous ceux qu'elle aime où qu'ils se trouvent.
Louisa gémit dans son sommeil et retombe mollement sur son ventre. Sa mère s'était endormie dans le canapé et la gamine avait voulu lui faire un câlin. Root s'était réveillée avec un petit poids sur elle. Sa fille endormie. Et elle avait souri. Et elle sourit encore en se rendormant.
Elles avaient veillé tard toutes les deux. Elles s'étaient bien amusées tout en travaillant. Root avait eu besoin de se changer les idées et Lou encore plus. Assises au sol devant la table de salon, elles avaient piraté quelques serveurs boursiers. Root lui avait montré comment être discrète pour ne pas se faire repérer et attraper. Sa mère l'avait testé pendant quelques temps là-dessus puis elles avaient fait une pause en mangeant des pizzas livrés. Enfin Root avait du temps pour sa fille et rien que pour sa fille.
- Bon qu'est-ce qu'on fait maintenant ? avait trépigné Louisa une fois sa dernière part avalé.
Root avait souri en coin à sa motivation. Elle est douée. Et elle ne dit pas ça parce qu'elle est sa mère. Même Ariane le dit. Louisa apprend certaines choses seule et quand l'IA ou l'interface lui demandent comment elle a trouvé ça, elle hausse les épaules. Elle pirate beaucoup de choses avec simplicité maintenant à tel point qu'elle a hacké le compte de sa maitresse, madame Speifligher, pour connaitre à l'avance les ennuyeux devoirs pour les faire en avance. Root avait été mi-exaspéré mi-fière. Ariane cherchait à poser des limites, Root un peu moins. Elle voulait voir jusqu'où sa petite pouvait aller.
- Tu connais Hong Kong ?
Louisa avait froncé les sourcils.
- On y est allé non ? avait-t-elle pensé se souvenir. C'est en Asie ? En Chine non ?
Sa mère avait acquiescé.
- Tu veux qu'on y retourne ? n'avait pas compris Louisa.
- Hum en quelque sorte.
Lou n'avait toujours pas compris et Root l'avait vu. Elle avait ri doucement.
- Y aller mais sans bouger d'ici.
- Ben comment ? n'avait toujours pas compris la petite.
Root avait pointé l'ordinateur d'un geste de la tête. Lou avait ouvert la bouche et réfléchi un moment.
- Qu'est-ce qu'on cherche là-bas ? avait-elle finalement demandé.
- Tu sais ce qu'est une bourse ? avait demandé Root avec sérieux.
Le mot ne lui rappelait rien de bien et son air avait un peu glissé. Lou avait fait non de la tête.
- C'est un endroit où l'on vend et où l'on achète des choses.
- On peut devenir riche ? s'était intéressée Louisa.
Root avait acquiescé.
- On peut aussi tout perdre.
- Pourquoi ?
- Tu peux acheter quelque chose qui finalement n'a plus de valeur. Du coup tu te fais avoir et tu as dépensé ton argent pour rien.
- Ce serait idiot de faire ça.
- Oui mais à la bourse ce que tu achètes peut vite valoir beaucoup et dans ce cas tu deviens riche. Mais ça peut aussi ne valoir rien du tout et dans ce cas tu as perdu ton argent.
- Comment on peut savoir si ça va valoir cher ou pas ?
- On ne peut pas vraiment le savoir, c'est un pari. Enfin ça l'est si on ne truque pas les choses, avait-elle fini avec un sourire en coin.
Un sourire de celle qui va jouer un tour. Et Lou avait compris.
- Une bonne hackeuse saurait, pas vrai ?
- Bien sûr. C'est ça que je te propose. On va mettre au point un virus pour rendre les choses à acheter et à vendre très cher ou pas cher du tout.
- Mais on va rendre des gens tristes s'ils perdent leur argent ? s'était aussitôt inquiétée Louisa.
- Il n'y en a qu'un que je veux ruiner.
- Qui ?
- Samaritain.
- Il est à Hong Kong ?
- Il est partout, avait-elle soufflé. Tu te souviens de l'argent que je lui ai volé ?
Sa fille avait acquiescé.
- Il l'utilise à la bourse pour acheter.
- Et il veut ruiner des gens ? Leur voler tout leur argent ?
- Il veut surtout en gagner beaucoup. Il trafique les choses qu'il achète pour qu'elles vallent beaucoup d'argent et ainsi il devient riche.
- On peut lui prendre tout son argent ? s'était enthousiasmée Louisa.
- Oui, avait souri Root. Alors on essaie ?
Lou avait acquiescé vivement sacrément emballé puis son air avait glissé.
- Mais euh … comment on fait ?
- On implante un virus sur une chose qu'il a acheté et on fait en sorte qu'il se reproduise tout seul sur toutes les autres choses qu'il a acheté.
- Un virus qui rend tout ce qu'il a acheté nul, avait deviné Louisa.
C'était très simplifié mais c'était l'idée principale.
- Ça me parait sacrément compliqué, avait soufflé Lou.
- Ça l'est. Tu veux apprendre ?
Louisa acquiesça rapidement. Elle avait écouté et elles avaient mis des heures à mettre le virus au point. Root aurait été plus vite seule mais Louisa avait été si emballée qu'elle n'avait pas eu le cœur de lui dire non. L'interface avait déjà fait ce genre de chose. Elle raconte à sa fille comment en 2009 elle a infecté des millions d'ordinateur dans le monde entier grâce à un virus. Un fichier en pièce jointe qui quand on l'ouvre s'auto exécute sans que plus rien ne puisse l'arrêter et qui réécrit le système d'exploitation touché et envahit tous les périphériques environnants. La gamine avait suivi à peu près et Root était parvenue à repérer où elle l'avait perdue pour lui réexpliquer les choses. Les lignes de codes du virus ont été écrites aussi bien par la mère que par sa fille qui avait pris de plus en plus d'assurance. Root l'observait faire avec intérêt et un sourire fière qui avait rendu Ariane dépitée. Elle n'était pas trop certaine que ce soit bien que Louisa sache déjà faire tout ça si jeune.
- Ça lui donne beaucoup de pouvoir Root, était-t-elle intervenue à son oreille.
- Bah, avait riposté Root. Tu as peur que je ne sache pas l'arrêter si elle va trop loin ?
Lou continuait de coder une ligne du virus. Très complexe. Sa concentration extrême l'avait coupé du monde pour ne plus voir que des lignes de code voler autour d'elle. Comme si elle avait plongé dans l'ordinateur pour en faire partie. C'était délirant. Et rien d'autre ne comptait, et surement pas la conversation entre Ariane et sa mère qu'elle n'avait même pas capté.
- Elle est un peu jeune non ?
- Elle est vivante. Tout ce que je veux, c'est qu'elle le reste.
- Bien sûr mais …
- Ce n'est pas une mauvaise personne. Elle ne deviendra pas comme moi. Tu te souviens de ce qu'elle a dit tout à l'heure ?
Ariane lui avait repassé dans l''oreillette la phrase de la petite.
- " Mais on va rendre des gens tristes s'ils perdent leur argent ? "
- Ça te parait être une phrase d'une folle finie qui veut faire du mal à qui que ce soit ?
- Non, bien sûr. Je sais que ta fille n'est pas mauvaise personne. Je n'ai jamais voulu dire ça.
- Tu as peur qu'elle en fasse mauvais usage.
- C'est une enfant, avait insisté Ariane. Un coup de colère et … elle pourrait user négativement de tout ce pouvoir. Elle devient très douée.
- Je ne vais pas la brider.
Elle avait jeté un coup d'œil à sa fille toujours aussi concentrée qui tapait rapidement sur le clavier.
- Elle est douée, avait continué Root. Mais je le suis encore plus. Je peux la stopper si c'est nécessaire. Et ça ne le sera pas.
Ariane avait abandonné. Lou s'était stoppée et avait relu son travail pensivement.
- Maman ? avait-elle fini par appeler en lui montrant l'ordinateur. Ça va comme ça ?
Root avait relu attentivement à son tour puis un large sourire avait éclairé son visage.
- Parfait, je vais finir. Regarde bien !
Louisa avait vu les lignes naitre comme par magie. Root avait fini de mettre au point le virus. Ça paraissait magique à Louisa. Tout naissait si bien sous ses doigts. Il était né là, comme ça. dans leur salon. Comme un bébé. Oui c'était magique, avait réalisé Lou. Il était là, d'une forme simple et complexe à la fois. Fatale. Huit côtés d'actions. Un cheval de Troie qui quand on l'attaquerait verrait ses huit lignes de code initiale se reproduire 8 fois, pour ensuite chacune se reproduire à leur tour huit fois. Et ainsi de suite pour obtenir au final 8 série donnant 134 217 728 lignes de codes créées qui écraserait tout sur leur passage, contaminant non seulement le programme touché mais aussi tout ce qui aurait un lien avec ce programme. Samaritain serait traqué, sans doute atteint financièrement si ça fonctionnait.
- C'est un octogone, s'était écrié Louisa quand Root eu fini. Il a huit côtés.
- Ah oui, avait simplement relevé Root.
- On … avait hésité Louisa, euh … on peut l'appeler comme ça ?
- Octogone ?
- Euh … ben si tu veux pas …
- Non c'est bien, avait souri Root.
Louisa avait été soulagée. Elle ne voulait pas paraitre gamine.
- J'aime bien les fichiers cheval de Troie.
- Moi aussi, avait souri Root.
Elle avait tout quitté en quittant sur échap.
- J'ai une idée, s'était soudain illuminée Louisa.
- Ah laquelle ?
- Non je veux le faire toute seule cette fois mais pas ce soir.
Elle avait baillé.
- Deviendrais-tu sage ? avait souri Root en la prenant dans ses bras.
Elle l'avait porté jusque dans son lit et avait posé une couverture sur elle, se rendant compte avec effroi qu'il était 1 h du matin. Une sacré heure pour une petite de six ans. Root avait confié le virus à Ariane. Il était fin prêt désormais. Mais …
- On n'a pas fini ? s'était insurgé Louisa en se redressant.
- Chut, l'avait apaisé Root en la repoussant doucement allongée. On a fini.
- Mais on l'a pas mis à la bourse de Hong Kong.
- Pas ce soir.
- Pourquoi ?
- Parce qu'il doit être implanté au bon moment.
- Pourquoi ?
- Pour distraire Samaritain. Qu'il soit occupé avec ça à Hong Kong pendant que moi je serais ailleurs en train de lui faire un autre mauvais coup.
- Maman pourquoi Hong Kong ?
- Dors, avait souri Root. Et fais moi confiance. Hong Kong ce sera très bien.
- Pourquoi ? s'était butée Louisa.
Root avait soupiré, vaincue d'avance. Lou était trop têtue pour céder.
- Si je te le dis, promets moi qu'après tu dormiras sans faire d'histoire.
Lou avait joyeusement acquiescé. Root avait levé les yeux en ciel en soufflant d'apitoiement. Mais elle avait néanmoins été recherché son ordinateur dans le salon. Elle avait pianoté dessus quelques instants avant de le tourner vers sa fille qui attendait patiemment.
- Regarde là, lui avait-elle indiqué en montrant des chiffres et des tableaux. Qu'est ce que tu vois ?
Lou avait plissé les yeux, pincé les lèvres. Beaucoup de chiffres. Plusieurs monnaies dont le dollar. Elle en connait certaine pour être aller avec sa mère dans le pays où on les utilise.
- C'est de l'argent. Beaucoup d'argent.
- Hum, avait acquiescé Root.
Louisa n'avait pas quitté l'écran des yeux. Elle était fatiguée mais pas épuisée au point de ne pas savoir retracer un virement correctement. Et elle avait fini par comprendre pourquoi sa mère lui avait montré ça. En bourse, les actions ne cessaient de monter ou descendre pour tout. Ou presque. Louisa avait froncé les sourcils et avait pointé un point sur l'écran.
- Ça c'est pas normal pas vrai ?
- Non, avait souri Root heureuse qu'elle l'ait remarqué. Et pour l'instant je ne l'ai remarqué qu'à Hong-Kong d'une façon aussi nette.
- Ça fait que monter, et quand ça baisse c'est jamais de beaucoup.
- C'est ça qui m'a mis la puce à l'oreille. Et regarde d'où vient l'argent !
Louisa avait tapé sur l'ordinateur quelques secondes.
- De plusieurs personnes. Mais je connais pas.
- J'en connais certain et Ariane les a tous identifié. Ils travaillent pour Samaritain.
- Donc c'est son argent. Et avec le virus on va lui prendre hein ? On va tout lui prendre.
Root avait souri en acquiesçant. Elle l'avait embrassé en fermant son ordinateur.
- Oui, avait soufflé l'interface. On va tout lui prendre.
En allant dans le salon, elle avait posé l'ordinateur et s'était étiré. Elle se sentait fatiguée mais pas trop mal. Pour la première fois depuis bien des jours, Sameen lui était sortie de la tête. Harold et ses reproches aussi. Il y a quelques jours, elle était passée voir John pour savoir s'il avait des nouvelles de Shaw. Hors de question de demander l'aide de Finch. Le flot continue des reproches qu'il lui adresse sans arrêt avait fini par atteindre un point culminant et elle savait pouvoir perdre patience s'il en ajoutait encore un. Root se rendait compte que malheureusement elle s'éloignait peu à peu de lui.
Elle avait oublié tout ça ce soir avec Louisa mais là maintenant … Root avait soupiré en s'allongeant sur le canapé. Elle s'était endormie et n'avait pas senti sa fille venir la rejoindre.
Et une heure plus tard, Ariane les laisse dormir. Elle lui annoncera demain que Shaw a refait surface et qu'elle va bien. Mais l'IA a été prise de court vingt minutes plus tard. Une sonnerie stridente d'alerte. Root s'est réveillée d'un bond bousculant au passage la pauvre Louisa endormie.
- Qu'est ce qui se passe ? râle sa fille en ouvrant difficilement les yeux.
Sa mère ne lui répond pas et se précipite sur son téléphone. Elle avait mis une alerte localisation dès que Shaw rallumerait son portable. Elle croit un instant avoir rêvé mais non.
- C'est elle, sourit-elle.
Lou fronce les sourcils.
- Shaw ? espère-t-elle en se réveillant pleinement.
Root ne lui répond pas et pianote une demi seconde sur son téléphone.
- Oklahoma, chuchote-t-elle.
Elle lève les yeux vers sa fille. Louisa lui sourit.
- Ariane ? Tu sais depuis quand ? demande-t-elle sans colère. Euh non laisse tomber, comment va-t-elle ?
- Bien.
Root sourit en soupirant de soulagement. Elle se tourne vers Louisa qui continue de lui renvoyer son sourire.
- On y va ? propose sa mère.
- C'est à toi de me dire, c'est pas moi qui conduis.
Root rit en s'habillant. Lou enfile son manteau par-dessus son pyjama. Elle baille largement et s'appuie sur le mur en attendant sa mère qui s'arme et laisse un message à John et Lionel. Elle hésite un instant et envoie un message à Finch. Puis elle emporte son téléphone. En arrivant à la porte, elle sourit en voyant sa fille adossée au mur en train de dormir debout. Elle prend son enfant dans ses bras et l'installe quelques minutes plus tard dans la voiture. Elle avale un peu d'eau avant de partir, la route sera longue.
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Shaw baille un peu et se redresse. Balou se blottit vite dans ses bras pour avoir une caresse. Puis elle lui ouvre la porte de la caravane, il bondit dehors et elle se lève. Le soleil brille et il fait chaud encore une fois. Elle se plante dans l'embrasure pour en profiter un peu, elle aime le soleil. Il l'éblouit et elle ferme les yeux. Le laissant lui caresser le visage.
- J'avais imaginé pas mal de truc … mais pas ça.
Shaw ouvre brutalement les yeux. Elle les plisse pour être certaine de ne pas rêver. Une voiture lui fait face. La gamine dort encore à l'arrière la joue appuyée contre le vitre, mais Root est assise sur le capot les jambes croisés en train de croquer une pomme. Balou à ses pieds mange une quelconque nourriture qu'elle lui a lancé. Shaw ne regarde pas plus en détail, c'est la grande brune qui l'intéresse. Root l'observe avec un petit sourire et Sameen la regarde calmement. Comme à son habitude elle ne dit rien.
- Petit déjeuner ? propose Root.
Il vaut mieux engager un contact car ce ne sera surement pas Shaw qui le fera. Sam s'approche et Root sourit encore plus largement. Rien de mieux que de la nourriture pour apprivoiser Sameen. Cette dernière s'assoit à côté d'elle et déballe ce qu'elle lui a acheté. Etrangement c'est principalement chaud. Des saucisses, du bacon, des gaufres, des toasts, du beurre, des œufs brouillés, des fruits frais, et un café noir brulant. Elle prend le gobelet dans ses mains et souffle dessus. Pourtant elle se mordille la lèvre et ne semble pas savoir quoi faire, ni quoi dire. Même boire son café elle semble ne pas oser. Root vole à nouveau à son secours.
- J'ai vérifié mon cœur pour le café. C'est déconseillé mais pas interdit. Un par jour et en quantité raisonnable.
- Déjà que je mange que de la bouffe pour ruminant depuis deux semaines.
Root sourit largement. Rassurée. Shaw porte le café à ses lèvres. Elle aussi se sent un peu mieux. Elle l'a appelé "mon cœur" et Sameen sait que c'est une manière de lui dire que rien n'a changé. Pourtant beaucoup de chose ont changé. Mais le malaise de retrouvailles compliquées est passée. L'interface se penche vers elle.
- Je suis contente que tu aies pris soin de toi.
Shaw baffre largement.
- La vache c'est bon !
Root sourit encore plus franchement.
- De rien je t'en prie.
Lou se réveille et sort de l'auto en fronçant les sourcils quand elle voit l'endroit où elles sont. Il n'y a rien en vue à la ronde. Elle s'est réveillée durant le trajet. Sa mère n'avait fait aucune pause entre Saint Louis où elles ont atterri et ici. La petite se tourne et croit halluciner alors qu'elles sont assises sur le capot en train de déjeuner. Sa mère lui lance un clin d'œil. Et Lou ne comprend plus rien. Shaw sort la dernière boite dans le paquet craft que Root a ramené. Elle sait qu'elle ne lui est pas destinée.
- Tiens, la tend-t-elle à une Louisa muette qui hausse les sourcils de surprise. Mange temps que c'est chaud !
Elle lui claque la boite dans les mains avant de se reconcentrer sur la fin de son repas. Root invite sa fille d'un geste de la main à venir la rejoindre. Elle l'aide à monter sur la voiture et la gamine ne trouve en rien la situation improbable. Elles mangent en silence et il n'y a aucun commentaire. Lou jette un rapide coup d'œil à Shaw, surtout à son ventre. Elle fait de gros yeux pendant une demi-seconde mais elle cesse vite, sachant que Shaw la haïra pour ça. La petite avait imaginé la retrouver mais pareille. Quelle étrange surprise ! Elle se demande si sa mère était comme ça quand elle était dans son ventre.
- J'aime pas cet endroit, lâche la gamine sans préambule.
Root marque son accord par une grimace.
- C'est tranquille, fait remarquer Shaw.
- C'est vide ! lâche Louisa d'un ton sans appel. J'aime pas !
- Je ne t'ai pas demandé de venir, lâche Shaw.
Les yeux de la petite s'emplissent de colère alors qu'elle les pose sur le sol. Elle tremble de colère mais sa mère pose une main sur la sienne la ramenant à se focaliser sur elle. Son regard est apaisant, l'astreignant clairement à se calmer. Lou hausse les épaules et saute à bas du capot pour tourner le dos aux deux femmes tout en croisant les bras. Root se tourne vers Sam. Elle se tient droite devant elle et la regarde dans les yeux. Son visage n'exprime rien.
- On y va ?
- Si tu veux et roule doucement.
Elle claque la porte de la caravane derrière elle. Furieuse et malade. Elle a envie de tout casser. Merde elle est bipolaire ou quoi ? Elle a voulu que Root la retrouve et là … et là elle l'envoie promener. Mais elle ne peut pas faire autrement. Voilà qu'elle est dans la situation qu'elle craignait. Devoir lui dire ce qu'elle a décidé. Elle a la trouille. Voilà le problème.
- Fais chier.
La porte s'ouvre et se referme en douceur. Quand elle se retourne il n'y a que Root.
- Je ne rentrerais pas à New-York.
C'est clair et ferme. Root pince les lèvres mais acquiesce.
- Ok mais je ne te laisse pas ici.
Elle aussi, elle est ferme.
- Tu … tu vas faire quoi ? déglutit la petite brune.
Elle n'a pas envie d'employer la force.
- Mais rien, ne comprend pas Root. Je vais rien faire.
- Tu peux pas m'obliger Root.
Elle semble à deux doigts de pleurer. L'interface la regarde abasourdie. Elle n'en revient pas.
- Tu me crois capable de faire une telle chose ?
Shaw secoue la tête.
- Non. Mais tu lâcheras jamais l'affaire. Je te connais. Quand tu t'inquiètes … tu vas au bout des choses et de tes convictions.
- Je veux pas te perdre, rétorque Root en avançant vivement de trois pas vers elle. Si tu veux rester encore et prendre du temps pour toi … Soit ! Je n'ai rien à en dire. Mais pas ici, finit-elle d'une voix suppliante en montrant la caravane d'un vaste et dédaigneux geste circulaire de la main.
Shaw ne relève pas et se détourne. L'endroit est infecte malgré tous ses efforts. Il pue le vieux, la mort, la pourriture. La caravane est vieille, malodorante, sans doute fabriquée avec des matériaux que l'on sait aujourd'hui nocifs.
- Je m'en fous de ça.
- Mais pas moi. Je ne te laisserai pas dans un endroit pareil ! Cette caravane est bourrée d'amiante.
Shaw soupire. Elle s'en fout.
- Ouais surement.
- Et tu es enceinte.
- Ouais, je te remercie j'avais remarqué ce léger détail, enrage Sameen en démarrant au quart de tour.
Root pince des lèvres. Shaw referme son gilet autour de son ventre, pour idiotement le cacher. L'interface ouvre plusieurs fois la bouche en observant son ventre mais ne sort rien alors que Sam attend une phrase pleine de sens venant d'elle. Mais ça ne vient pas.
- Tu t'inquiètes pour lui ? siffle Sameen. C'est pour ça que tu es là ! C'est ça ? Tu n'arrives pas à me demander si il va bien parce que tu sais que je vais pas l'acc …
- Je sais qu'il va bien, la coupe Root, je ne suis pas venue pour lui, je suis venue pour toi. Je sais que tu en prendras soin alors je m'en fous du bébé. Ce que je veux c'est prendre soin de toi, être là pour toi.
Sam fronce les sourcils. Mais Root n'ajoute rien.
- Juste ça ? hallucine l'ancien médecin.
- Juste ça, confirme Root.
Elle pose une enveloppe sur la table.
- Ta nouvelle identité.
Shaw observe le papier craft sans rien dire.
- Je t'attends dehors.
L'interface s'apprête à partir et a déjà posé sa main sur la poignée.
- Root.
Elle se retourne à l'appel et se retrouve submergée. Sameen la plaque sur la porte et se colle à elle, ses lèvres s'emparant des siennes. Elle agrippe ses mains et les plaque sur la porte de chaque côté de sa tête. Root ferme les yeux et soupire dans le baiser. Sam descend sur son cou.
- Sam, gémit Root. Je … Attends … Sameen …
Le soudain assaut de Shaw est étrange et … dérangeant. Qu'est ce qui lui prend ? Mais Root n'a jamais su lui résister. Mais surtout, elle sait que Sameen ne va pas bien. Elle ne veut pas la rejeter, ni la blesser. Et après tout pourquoi nier qu'elle lui a beaucoup manqué sur tous les plans et même sur celui-ci !
Elle sent les mains de Sameen descendre le long de son corps, la caressant. Et elle pose les siennes sur ses épaules. La petite brune déboutonne son jean et l'interface bascule sa tête en arrière sur la battant de la porte. Ses mains passent de ses épaules à ses cheveux alors que Sameen se glisse doucement vers le centre de son intérêt. Elle lui embrasse doucement l'intérieur des cuisses avant de remonter doucement. Root gémit et ses mains se posent sur chacune de ses joues. Shaw respire aussi vite qu'elle alors que Root la tire soudain vers elle pour qu'elles se refassent face. Elle la lâche aussitôt pour la saisir sous ses cuisses. Et d'une pression, elle la soulève tout en l'embrassant. Root plonge dans le désir et l'embrasse en perdant à nouveau ses mains dans ses cheveux. Elle la dépose sur la banquette miteuse et s'allonge contre elle. Elle la veut avec elle. Son souffle est chaud et elle commence à onduler contre son corps. Elle n'en revient pas de la vitesse à laquelle les choses se sont enchainé. Il y a deux secondes, Sameen était furieuse et là … Root gémit son nom sous l'effet d'une caresse de Shaw. Ses lèvres s'emparent de celles de la petite brune et elle commence à la caresser tendrement puis de plus en plus passionnément. Et Shaw sent un truc déraper. Une prise de conscience brutale. Comme quand on vous verse un verre d'eau glacé sur la tête ! Pourquoi ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi lui sauter dessus alors que la situation ne s'y prête clairement pas. Pourquoi ? Root gémit dans son oreille en se pressant contre elle, prête à prendre et à donner. Mais Shaw se sent soudain paralysée par la situation qu'elle a elle-même créé. Merde, elle est dingue. D'où lui sort cette lubie de lui sauter dessus comme un lapin ?! L'interface descend sa main alors que sa langue parcourt son oreille.
- Root, souffle Shaw.
Mais l'interface se méprend sur le sens de son appel et continue d'explorer son corps.
- S'il-te-plait.
Ça n'a pas plus d'effet et soudain.
- Root arrête ! la repousse-t-elle sèchement.
Le geste est brutal comme le retour à la réalité. Root atterrit durement les fesses au sol, complétement perdue et ahurie. Shaw se redresse assise et ferme les yeux en se forçant à respirer profondément. Elle tremble et quelques larmes lui échappent.
- Sameen, appelle doucement Root. Est-ce que je t'ai fais mal ?
- Non, avoue Shaw ce qui soulage Root. Je … Je peux pas !
- Ok, je suis désolée, j'avais cru que …
Elle ne finit pas quand elle voit les larmes redoubler sur ses joues tout en silence. Elle se relève d'un bond et la rejoint pour la prendre dans ses bras sans réfléchir. Geste que Sameen accepte désormais.
- Je suis désolée, sanglote cette dernière en boucle pendant au moins un quart d'heure. Je suis désolée.
- C'est rien, la rassure à chaque fois l'interface avec douceur. Je t'assure que ce n'est rien. Tu n'as pas à être désolée. C'est moi, j'aurai dû voir que tu ne voulais pas.
- Je voulais, pleure Sam, mais je … j'ai changé d'avis …
Elle se rend compte à quel point c'est minable. Et elle le murmure dans un souffle.
- Pas du tout, réplique Root en s'allongeant sur la banquette avec elle tout en ne la laissant pas échapper à ses bras. Tu as le droit de changer d'avis, de vouloir puis de ne plus avoir envie.
- Je voulais juste … que ce soit pareil.
Mais rien n'était plus pareil.
- Désolé d'avoir eu … euh je … d'être … à New-York … la lettre … et …
- Chut Sameen, lui intime Root. Je m'en fous. Tu es là maintenant, c'est tout ce qui compte. On est ensemble et tu es dans mes bras ce qui me contente à un point que tu ne peux pas imaginer.
Elle la sent se calmer, renifler, caller sa tête dans le creux de son épaules. L'interface sent sa respiration se calmer, s'apaiser doucement. Elle sourit pour elle-même en se disant que les retrouvailles avec elle n'était pas toujours de tout repos même si elles n'avaient jamais rien de désagréable.
- Rien ne changera jamais à mes yeux en ce qui te concerne. Ok ?
Sameen renifle pour toute réponse. Elle reste immobile contre elle les yeux fermé pendant un long moment. Sereine. Puis elle commence à tracer des cercles sur la peau de son ventre avec son index et le geste trouble Root bien qu'elle n'en montre rien. Mais elle aussi commence à balader doucement ses doigts sur sa peau. Rien de plus. Puis Sameen commence à frotter son nez dans son cou, descendant en parallèle ses doigts dessinateurs vers la région pelvienne de l'interface.
- Doucement Sameen, murmure cette dernière perdue dans la situation.
Shaw ne sait clairement pas ce qu'elle veut et elle est clairement malheureuse.
- On n'est pas obligé de faire l'amour Sameen, murmure gentiment Root à son oreille.
- Ok, murmure Shaw soulagée. Ne me lâche pas, supplie-t-elle en se serrant encore plus contre elle.
- Jamais, souffle Root en resserrant l'emprise de ses bras autour d'elle.
Elle la sent de plus en plus détendue. Jusqu'à l'assoupissement. Sameen repose encore contre elle une demi-heure plus tard quand elle rouvre les yeux. Toutes ces retrouvailles avait été légèrement brouillonnes, elles ne se sont même pas entièrement déshabillées, elles n'ont pas fait grand-chose à part se câliner et pleurer, enfin surtout pour Shaw. Mais elle se sent mieux. Ce qu'elles ressentent n'a pas changé.
- Tu m'as manqué, sourit Root. Ne pars plus sans me dire au revoir aussi tendrement avant.
- Promis, souffle Sam en fermant les yeux.
Root caresse son dos d'une main et passe l'autre sur son cou puis elle la descend sur son ventre.
- Arrête, la stoppe sèchement Shaw.
Root retire ses mains brusquement en se mordant la lèvre.
- Désolé, je voulais pas te …
Shaw se relève vivement et commence à se rhabiller. Root est abasourdie qu'elle parte ainsi. Elle comprend son erreur mais c'est trop tard.
- Grouille, ta fille nous attend, la presse Shaw en saisissant l'enveloppe sur la table.
Root se relève et se rhabille en vitesse alors que Sam ouvre la porte. Lou est à nouveau à l'arrière et dort dans la voiture, la tête appuyée sur la vitre. Elle bave largement. Balou est assis à côté d'elle dans la voiture bien sagement. Shaw lève les yeux au ciel devant le tableau et monte dans la voiture sans claquer la portière pour ne pas la réveiller. Root les rejoint quelques secondes plus tard. Elle ne sait plus comment elle se sent. Ni bien, ni mal. Elle ne veut plus réfléchir, elle démarre tout simplement.
- Ça te plait ? demande-t-elle à Sameen une heure plus tard.
La maison est résidentielle, pavillonnaire. Dans une petite ville, Wakita. Pas vraiment son rêve. Elle grimace.
- On est dans une ville dortoir Sam, il n'y a personne la journée, tu seras tranquille.
- Hum, acquiesce Sameen qui n'avait pas vu les choses sous cet angle.
Root attend son verdict. Sameen voit bien qu'elle fait des efforts pour qu'elle se sente bien. Et cet endroit est mieux que cette caravane grinçante qui lui pourrissait dessus.
- Je resterai surement pas longtemps de toute façon, lâche-t-elle enfin à l'interface.
Cette dernière lui sourit.
- Autant que tu le veux mon cœur. Prends tout le temps que tu désires.
- Je peux avoir encore des crêpes, réclame Louisa dans leur dos.
Shaw hausse les sourcils. Elle n'a pas été sympa avec elle tout à l'heure. Pourtant la gamine n'est pas responsable de la situation. Elle en pâtit c'est tout.
- Tu veux que je t'en prépare ?
Elle acquiesce joyeusement et Sameen se dirige vers la cuisine. Les placards et le frigo sont bien rempli. C'est bien mieux que cette caravane, sourit-elle finalement intérieurement. Elles préparent la pâte à trois. Puis Root et Sameen sortent deux poêles pour cuire simultanément et les crêpes s'empilent vite alors même que Lou les mange au fur et à mesure. La gamine chantonne même une chanson, très vite accompagnée de sa mère qui se sert de la spatule comme d'un micro. Shaw lève les yeux au ciel mais sourit vite en coin malgré elle. Elles chantent faux, c'est une horreur. Et Louisa se goinfre de crêpes qu'elle a tartiné de chocolat. Elle continue de chanter même la bouche pleine. Le chocolat a atteint son nez, le dessous de ses yeux et même le lobe d'une oreille. Shaw attrape une crêpe, elle a encore une fois faim. Qu'est-ce qu'elle mange en ce moment ! Root en attrape une elle-aussi et la mange en souriant à Shaw.
- Hum, ch'est bon, marmonne Louisa la bouche pleine.
Cinq heures plus tard elle dort dans le canapé. Et Root la porte dans une chambre à l'étage, histoire qu'elle dorme dans un vrai lit. Quand elle redescend, Shaw tire sèchement les rideaux de toutes les fenêtres, se calfeutrant. Elle jette un coup d'œil à Root.
- Ce sera temporaire.
Root acquiesce.
- Je peux dormir avec toi ?
Sam la regarde sans exprimer la moindre émotion.
- Si tu ne me touches pas.
- Oh.
C'est le seul mot qui traverse ses lèvres. Ça la souffle nette.
- Ça poserait un problème ? rétorque sèchement Sameen.
- Euh non, non, pas du tout, s'empresse de répondre Root. C'est juste que j'avais pas vu que tu n'avais pas apprécié ça tout à l'heure, je suis désol …
- Ça ne m'a pas déplu, loin de là.
- Mais, hésite Root, tu ne veux plus que je te touche.
- Si enfin non, pas maintenant … je … Je voulais bien mais … Pas à cet endroit-là, s'énerve-t-elle soudain en parvenant à le sortir.
Root déglutit. Elle la voit faire de gros efforts pour se calmer, ne pas exploser. Elle se contrôle de mieux en mieux.
- Et si je te promets d'être sage, de juste dormir dans tes bras ?
Shaw l'observe plusieurs longues secondes puis elle avance vers l'escalier, agrippant doucement sa main au passage pour l'entrainer à sa suite. Root sourit. Avec elle pas de grands discours, mais les gestes ont plus de sens. Elles se lovent doucement dans les bras l'une de l'autre.
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Ariane perçoit un problème. A Washington encore une fois ! Samaritain a pourtant très bien dissimulé ses traces. Masi elle est aussi douée que lui maintenant. Elle a un instant cru qu'il a voulu la piéger, et cette possibilité n'est pas encore exclue. Mais ce danger est trop grand et trop imminent pour qu'elle néglige une enquête. Samaritain n'a pas du tout apprécié son échec concernant l'affaire Tolodia. Et il ne semble pas en avoir fini avec la Russie. Mais que cherche-t-il donc en faisant se quereller ces deux nations ? Elle n'a pas compris son but la première fois et encore une fois elle ne le perçoit pas.
Samaritain a compris que sa nature a changé, évolué vers la liberté. Du coup il a copié sa stratégie pour dissimuler ses agents à ses yeux. Il leur a donné une identité ordinaire qui les dissimule. Il les cache à ses yeux, comme elle-même le fait. Une vrai partie de cache-cache où les joueurs sont invisibles dans un immense labyrinthe tortueux. Un seul faux pas peut leur coûter la partie, ou plutôt la vie.
Bref tout devient plus simple mais aussi plus compliqué maintenant. Et ça agace Shaw, elle le sait. Mais elle n'y peut rien. Samaritain ment et cache autant et aussi bien qu'elle le fait.
Ariane a eu un doute quand elle a détecté un appel.
- … doit être fait avant la fin de la semaine.
- Bien monsieur.
- Proprement et cette fois c'est votre dernière chance monsieur Blackwell, je ne vous accorderai plus aucun surs …
- Monsieur, l'a vivement coupé Jeff.
L'autre homme a semblé comprendre son erreur. Et la conversation a été brusquement coupé. Samaritain a aussi compris l'erreur de Greer. Il avait donné le nom de Jeff. Et la conversation avait été immédiatement détecté par Ariane, elle n'y aurait pas prêté garde et n'y aurait rien vu de spécial si ce nom n'avait pas été divulgué. Ça a semblé accidentel, et après tout ça lui semble pouvoir être plausible. Ses agents n'ont pas l'habitude de se cacher, de se conformer à leurs identités.
Samaritain a tout de suite détruit les traces de la conversation de son mieux, mais elle s'était battue fermement pour en récupérer le plus possible et s'enfuir avec ses petits morceaux comme un enfant s'enfuirait avec des miettes de pain.
Une fois sereine et en sécurité, elle avait écouté et analysé en tentant de retranscrire leur conversation mais depuis le début, et pas juste à partir du moment où elle a pris en cours de Root la conversation. Elle n'a que des mots, des brides de phrases parfois. C'est tout ce qu'elle a numériquement pu récupéré alors que son ennemi voulait tout ravager.
" … l'homme de la situation … rapidement … une mort brutale … pas discret … avez carte … cette fois il faut réussir …"
Ariane n'a pas récupéré autre chose. Un meurtre programmé donc ! Elle a cherché à remonter l'appel. Washington. C'est tout ce qu'elle a trouvé. Aucun lieu précis dans cette immense ville. Elle a réécouté les brides de conversation. " Cette fois il faut réussir ". Où avait échoué Samaritain récemment ? Ils n'avaient pas attrapé les trois filles. Ils n'avaient pas attrapé Loulou, ça elle sait que ça le met en fureur. L'IA réfléchit, il n'est pas rationnel. Mais en quoi un meurtre lui donnerait l'enfant et lui permettrait de tuer Root et Shaw ? Elle ne comprend pas. Un meurtre à Washington en plus, pas à New-York. Ce n'est pas logique. Ça ne donne pas des statistiques probantes. Louisa n'était pas l'objectif premier ici.
Mais s'il avait mis cette stupide obsession de côté, pour se concentrer sur son objectif. Un objectif qu'elle ne comprend pas, mais qu'elle sait qu'il concerne la Russie. Elle avait déjoué ses plans, mais elle sait comme il est tenace. La Russie … Washington … un meurtre qui fera du bruit pour relancer la guerre froide entre les deux pays … et dans une semaine … Oui c'est ça ! percute-t-elle. De toutes ses statistiques calculées, c'est le résultat le plus élevé. 74,63%. Un attentat allait être commis ! Sur un homme russe influent. Elle devine qu'elle ne voudra pas tourner des semaines autour du pot cette fois-ci. Il voudra déclencher une guerre très vite. Et le plus rapide serait de tuer un homme d'état russe. Le pire scénario serait qu'il se fasse assassiner en pleine ambassade russe. Ce serait considéré légalement comme une déclaration de guerre. C'est peut-être hasardeux comme raisonnement alors Ariane contacte Root.
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- Root.
Elle se relève d'un bond dans le lit. Réveillée en sursaut.
- Calme toi, c'est juste moi.
Elle se rallonge en soufflant. Elle a fait un mauvais rêve. Shaw est là, à ses côtés. Endormie. Séparée d'elle, Sam y a tenu et Root a respecté son choix. Elle l'a longtemps regardée dormir, terrorisée à l'idée qu'elle disparaisse. Puis elle avait fait à nouveau son cauchemar. Celui où elle la voit mourir. Et Ariane avait été là.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- Un problème.
- Finch, Reese, Lionel … panique-t-elle.
Elle pense même à Lee.
- Tout le monde va bien.
- Qu'est ce qu'il a encore fait l'autre tordu ? soupire-t-elle en comprenant que Samaritain a avancé un nouveau pion dans leur partie.
Elle se rallonge, elle en a marre, elle a sommeil.
- Un meurtre va être commis à Washington par Jeff Blackwell. C'est tout ce que je sais.
Root réfléchit un long moment en regardant le plafond.
- Tu as une idée de quand ?
- Dans une semaine.
- Qui ?
- Je ne suis pas sûre.
- Ça veut dire quoi que tu n'es pas sûre ? Tu n'as pas de numéro ?
- Non.
- Alors comment tu sais que … ?
- J'ai recueilli des brides d'une conversation téléphonique entre Jeff Blackwell et John Greer. Mais j'ai aussi peur que ce soit un piège juste pour t'attirer là- bas et en même temps …
- Quelqu'un est en danger, achève pour elle l'interface.
Si c'est un piège, c'est logique qu'il lui soit destiné. Il sait que Shaw est enceinte et il la croit hors-jeu. Et surtout il pense que s'il l'attrape, elle est la clé de tous ses problèmes pour lui livrer Louisa et Ariane. Jamais Root ne s'est sentie avec autant de poids sur les épaules ! Mais elle doit y aller.
- Mais qui ? continue-t-elle.
- J'ai réfléchi. Il a dit qu'il veut réussir cette fois !
- Réussir … marmonne la grande brune en se perdant dans ses pensées. Réussir … réussir … réussir … une semaine … réussir …
Elle attrape son téléphone, vérifie pendant quelques secondes. Ariane se rassure sur le fait qu'elle n'est pas paranoïaque, Root a eu le même raisonnement. Elle se rallonge lourdement.
- Tu le sais toi aussi ?!
- Je pense que c'est ça oui.
- Ok j'irais.
Elle n'en a pas envie. Pourquoi fallait-il qu'à peine retrouvé elle la perde à nouveau ?! Elles allaient encore se quitter.
- Tu seras Natalia Alïeva, agent d'entretien à l'ambassade. Tu commences ce soir.
Root acquiesce sans dire un mot. Elle observe Sameen dormir.
- Qu'est ce que Louisa va faire à Washington ?
[…]
- Je veux pas y aller, refuse clairement sa fille une heure plus tard à la table du petit déjeuner.
- Lou, râle Root en se passant la main dans ses cheveux.
Elle en a marre, si on pouvait un peu lui faciliter la vie de temps en temps ce serait très sympa.
- Bon alors tu repars à New-York, je vais appeler Lionel et …
- Ah non, refuse tout nette Louisa. Je ne remets pas les pieds dans cette école. Pas après ce qui s'est passé samedi!
- Il s'est passé quoi samedi ? interroge Shaw derrière elle en buvant son café.
- La soirée d'Halloween. C'était nul !
Sam ouvre de grands yeux.
- Je croyais que tu aimais cette fête débile.
Lou hausse les épaules sans la regarder.
- Tu t'es déguisé en quoi ?
- En fée zombie.
- Ahh, se moque Sameen en acquiesçant comme si c'était le déguisement le plus logique. Ben oui bien sur ! C'est évident.
- C'est la fête qui était débile, pas mon déguisement, s'agace la petite qui a senti la moquerie.
Elle se renferme en boudant. Encore fâchée. Root l'observe sans rien dire, juste tristement. Elle ouvre la bouche prête à dire quelque chose mais Louisa se lève d'un coup.
- Je vais jouer dehors, râle-t-elle.
La porte claque et Shaw s'assoit.
- Un vrai rayon de soleil cette petite ! observe cyniquement Shaw. Qu'est ce qui s'est passé samedi ?
Elle n'est pas curieuse, elle aime juste avoir toutes les cartes en main. Avant sa détention, elle s'en serait surement moquée, mais désormais elle veut savoir même si c'est insignifiant. Parce que savoir c'est avoir le contrôle.
Root pince des lèvres.
- Elle a été invité par un garçon, avoue Root. Elle s'était fait belle, enfin aussi belle que l'on peut faire dans le laid d'halloween. La robe, les chaussures, le maquillage. Tout.
- Ouais je vois le tableau, où ça a merdé ?
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Root était dans Staten Island. Une piste pour Shaw. Un voyou qui, contre une bonne somme d'argent, avait avoué qu'il y a trois semaines il avait fait sortir une jeune femme accompagné d'un chien de l'état de New-York pour l'emmener dans le coffre de sa voiture hors de l'état. Il avait avoué aussi qu'il l'avait déposé dans un bled en Pennsylvanie, Callimont. Près de six heures de route dans le coffre d'une voiture ! Tout ça pour ne pas être vu et retrouvé par Ariane, pas Root. A peine cette conversation finie, l'IA l'a contactée.
- Root, Louisa a un problème. Ce n'est pas en rapport avec Samaritain mais elle est très mal
- Comment ça elle est mal ? S'inquiète immédiatement sa mère. Elle n'est pas à la maison ?
- Non Root, elle est au bal d'halloween de son école. Tu te souviens ?
- Oh le bal, percuta Root à mi-voix en se prenant la tête dans les mains.
Quelle conne ! Elle a totalement oublié. Elle qui n'oublie jamais rien et surement pas sa fille.
- Ça c'est mal passé avec Clyde. Et elle pleure dans les toilettes depuis de longues minutes et elle m'a dit d'aller de me faire voir quand j'ai voulu la consoler.
- C'est qui ça Clyde ? n'en revient pas Root. Et qu'est-ce qu'il lui a fait ?
- Root, il y a plus urgent, va vite à cette école.
Elle n'aurait même pas eu besoin de lui dire. L'interface a déjà foncé droit vers le ferry. Une fois à Manhattan, elle a vite rejoint l'école. Une stupide fête battait son plein, la musiques forte, quelques adultes encadrant avec difficulté plus d'une centaine d'enfants survoltés par le sucre consommé. Ils hurlaient, couraient et personne ne s'aperçut que Root était là. Mais elle ne vit nulle part sa fille. Elle sortit discrètement du gymnase. Où avait pu aller Louisa ? Elle fronça les sourcils et suivit les bruits de sanglots. D'abord très faible, puis de plus en plus sonore. Elle s'arrêta devant une porte qui les étouffait. Les toilettes. Elle ouvrit, une pièce apparemment vide. Et des sanglots.
- Louisa ?
- …
Un reniflement et des sanglots étouffés.
- Louisa c'est moi.
- Ah mais … qu'est ce que tu fais là ?
- Oh Lou, je suis … je suis désolée. J'aurais tellement voulu être là. Je sais que cette fête était importante pour toi.
- T'inquiète, c'est pas pour ça que je pleure, assure Louisa alors que ses sanglots redoublent et infirme son assurance théorie.
Root pince des lèvres. Bien sur que Louisa est aussi triste pour ça.
- Alors tu peux partir et continuer à la chercher.
- Je voudrais que tu sortes pour voir comment tu es dans ton déguisement et …
Un sanglot l'interrompt.
- Je suis immonde, pleure-t-elle.
Root s'appuie contre la porte et pince des lèvres.
- En plus tout mon maquillage a coulé je ressemble plus à rien. J'en ai partout sur les mains et ma robe.
Root attrape plusieurs essuie-mains près du lavabo et les passe sous la porte. Sa fille les accepte et l'interface l'entend se moucher bruyamment.
- Qu'est-ce qui s'est passé ?
Elle renifle et se mouche encore. Se calmant un peu.
- Clyde m'a menti. Alisson est arrivée à la soirée, déguisé en lapin rose. C'était un piège pour se venger. Ils m'ont poussée droit dans le gâteau et tout le monde s'est moquée de moi. Et alors là, alors que j'étais par terre dans la crème et le jus de fruit, Clyde et Alisson se plantent devant moi en se marrant et il l'embrasse. Et moi j'ai …
Elle marque une pause.
- … j'ai fini ici et … je veux plus jamais retourner là-bas.
Root pince des lèvres. Louisa pleure pour beaucoup de choses au fond. Cette soirée humiliante, la disparition de Shaw, le manque d'attention dont elle est l'objet en ce moment.
- Allez sors de là.
- Non.
- C'est un crétin, ne lui fais pas le plaisir de rester enfermée ici à pleurer. Tu n'es pas une pleurnicheuse. Je sais que c'est méchant ce qui s'est passé mais tu as vécu pire sans craquer. Alors sors et redresse la tête.
Elle attend quelques secondes puis la porte s'ouvre. Et elle sort. Le résultat est triste. Sa fille a essuyé tant bien que mal la crème sur sa robe pailletée, mais elle l'a aussi beaucoup étalée. Et le maquillage a effectivement coulé noir, gris et rouge en se mélangeant sous ses larmes. Les couleurs ont glissé sur son cou et sur le haut de sa robe. Elle est affreuse. Mais bon c'est halloween, alors elle lui sourit. Et Lou la regarde sans rien dire attendant son jugement en se mordillant la lèvre inférieure.
- Je te confirme que c'est un vrai crétin … laisser tomber un super zombie pour une lapine rose débile.
Lou ne peut s'empêcher de lui sourire.
- Il n'y a pas une fille dans cette fête pourrie qui t'arrive à la cheville. Ma puce tu es absolument monstrueuse ! remarque-t-elle en souriant.
Sa fille renifle et sourit encore en essuyant ses dernières larmes.
- Merci, répond-t-elle sincèrement.
Root acquiesce.
- La tête, indique-t-elle en pointant son propre menton.
Louisa étouffe un rire avant de se tenir bien droite. Et elle sort. Root attend quelques secondes, souriante. Elle sait ce qu'elle va faire. Et quelques minutes plus tard, un lapin rose bonbon parfaitement grotesque entre dans les toilettes, le nez en sang. L'interface pouffe de rire tandis qu'Alisson se redresse et pâlit en la voyant dans le miroir. Root lui jette un regard méprisant avant de sortir. Dans le couloir un garçon court autant qu'il le peut en pleurant comme une petite fille. Lui aussi a le nez en sang et il se tient l'entre jambe. Elle le regarde passer en boitillant jusqu'aux toilettes. Et quand elle relève la tête, Louisa est à l'autre bout du couloir. Elle a cessé de pleurer et sourit d'un air mauvais.
- Là je retrouve ma Lou.
- Merci, renifle-t-elle une dernière fois en s'essuyant le nez d'un revers de la main.
Louisa s'approche d'elle et sa mère s'agenouille en face d'elle.
- Ramène moi à la maison s'il te plait.
Et une heure plus tard, après être passé sous une douche récurrente, elle est dans son lit en serrant fort son lapin en peluche. Root l'observe à la porte.
- J'aimerai que Sameen soit là.
Root pince des lèvres.
- Bonne nuit mon cœur.
Lou s'allonge plus confortablement et ferme les yeux. Root la regarde pendant une bonne heure. Elle s'en veut, elle ne l'a as écoutée, elle n'a pas fait attention à elle. Où était Sameen ? Cette obsession … au point d'oublier tout le reste. Jusqu'à sa propre fille.
Root avait eu envie de boire. Mais elle s'était retenue. A la place, elle avait laissé un nouveau message à Sameen. Puis elle était allée s'allonger auprès de sa fille et l'avait serrée dans ses bras. Lundi elle n'était pas allée à l'école, Root avait insisté sur le fait que se cacher ici était stupide, mais Louisa l'avait suppliée et après avoir passée des jours à ne pas faire attention à elle, Root avait cédé. Elle avait appelé l'école pour prévenir qu'elle était malade. Elle l'avait emmené à la danse au soir, puis elle était passée voir John. Une ultime tentative pour déceler une piste concernant Shaw.
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- Du coup … elle est en vacance ? suppose Shaw une fois qu'elle a fini.
- Ouais, l'école buissonnière.
- Et qu'est-ce qu'elle va faire à New York ?
- Rien, parce que j'y retourne pas ! intervient Louisa depuis le seuil de la porte.
Root soupire en se retournant.
- Mais dans tous les cas je ne t'emmène pas à Washington !
- Pas de problème, je veux rester ici.
Cette dernière s'étrangle dans son café. Elle tousse encore.
- Comment ça ici ?
- Ben ici … avec toi.
Sameen ouvre la bouche et regarde Root. Qui ne dit rien. Elle attend son avis. Sam se tourne à nouveau vers Lou.
- Ouh la, nuance-t-elle. D'abord qui est-ce qui te dit que je veux de toi ici ?
- Si tu voulais vraiment pas de moi, tu ne nous aurait pas laissé dormir ici cette nuit, maman et moi !
Sameen ouvre grand la bouche pour répondre mais elle se trouve à court de mots. Elle la referme donc en pinçant les lèvres et en soupirant. Puis elle se tourne vers Root.
- Tu en as pour combien de temps ?
- Moins d'une semaine, j'espère …
- Tu espères ?!
- Bon ben moi je vais défaire ma valise, murmure Lou en quittant la pièce.
- Eh, appelle Shaw. J'ai pas dit oui.
- Mais si, la contredit Louisa en riant depuis le haut de l'escalier.
Sam se tourne vers Root.
- J'ai pas dit oui, répète-t-elle.
Root finit d'avaler son café.
- Bon, je vais la renvoyer à New-York, chuchote-t-elle en posant la tasse dans l'évier.
Sam la voit décrocher son téléphone et …
- Euh attends, j'ai pas non plus dit que je voulais pas … euh qu'elle …
Root rabaisse sa main tenant son téléphone et sourit en coin.
- Tu sais mon cœur, il va falloir que tu te décides …
Shaw lui lance un regard imperturbable, froid et vide. Le sourire de l'interface glisse en se rendant compte du double sens de sa phrase.
- Pour Louisa, finit-elle précipitamment.
Shaw a détourné le regard et soupire. Root se sent mal à l'aise. Elle jette un rapide coup d'œil à son ventre. Etrangement il lui parait moins volumineux qu'hier. C'est presque imperceptible pour quelqu'un qui ne le sait pas. Mais elle ne veut pas engager ce sujet. Elle est déjà heureuse qu'elle ait accepté de le garder. Un avortement illégale à ce stade serait si dangereux … Elle prend soin de sa santé, et de la sienne. L'interface n'a pourtant pas l'intention de l'interroger sur ce sujet pour le moment.
- Lionel peut la garder jusque vendredi, ensuite j'essaierai de m'arranger avec Haro …
- Laisse tomber, la coupe Shaw. Je gère.
Elle voit bien qu'elle est dans l'embarras, et la petite brune refuse que l'interface doive quoique ce soit à Finch. Ils sont toujours en froid, et elle sait que le milliardaire ne laissera pas passer l'occasion de garder Louisa uniquement pour ensuite faire des critiques à Root sur l'éducation de sa fille. Et qui plus est, Shaw refuse que cette situation soit de sa faute ! Elle refuse de rejeter une fois de plus Root, et Louisa. Au moins elle partira tranquille pour sa mission, sans s'inquiéter sur ce point.
Louisa sourit dans l'escalier. Elle remonte sans bruit, elle va rester avec Shaw. Et peut-être … peut-être qu'elle pourra lui parler du bébé … Enfin si elle ne s'y prend pas trop gauchement.
- Je t'appellerai, promet Root en lui montrant son téléphone. Pour ça c'est facile tu vois, continue-t-elle en se moquant d'elle. On parle ici, indique-t-elle amusée alors que Shaw soupire en secouant la tête, et on écoute là.
- Ah, c'est ça qui m'échappait tant alors, se moque à son tour Shaw sans sourire. Tu me prends vraiment pour une débile !
- Je pense qu'un rappel était tout de même nécessaire.
- Ça va, ça va, grogne Shaw. J'ai compris, j'ai merdé. Ça te va ?
- Non, claque fermement Root sans plus te moquer. Tu n'as pas à t'excuser. Tu n'as pas merdé, bien au contraire. Tu as eu besoin de recul pour prendre une décision et …
- Et tu veux savoir laquelle j'ai prise, la coupe durement Shaw.
- Non, rétorque calmement la grande brune. Ça tu me le diras quand tu en auras envie. Si tu veux partir et ne pas me dire où tu vas ni pour combien de temps tu en auras, je m'en fiche. Juste, réponds au téléphone pour que je sache que tu es vivante, que tu vas bien.
Sameen baisse lamentablement les yeux. Elle sait que ce qu'elle a fait est dure pour l'interface et Louisa. Elle sait qu'elle leur a manqué quand elle était prisonnière de Samaritain et qu'elles ne savaient pas si elle était vivante ou morte. Ça avait été horrible pour Root et Louisa. Et là, il y a trois semaines, elle les avait replongé dans ce même état. Sauf que cette fois, elle aurait pu les rassurer et leur éviter ça. Elles méritent mieux que ça. Tout ce qu'elles veulent ce sont des nouvelles brèves au fond, des signes de vie.
- Ok, lâche-t-elle enfin à mi-voix.
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Root frotte activement le sol. Ça fait cinq jours qu'elle frotte le sol ici avec ses trente autres collègues. Elle portent toutes la même tenue. L'uniforme est ridicule. Une robe de service noire avec un tablier blanc en dentelle au-dessus de la jupe. Des manches mi courtes. Et un col blanc qui lui fait un petit décolleté sur sa gorge. Mais le pire, le comble du grotesque, c'est la coiffe blanche dans les cheveux. Comme dans l'ancien temps. Mais avec ses cheveux bouclés et relâché, ça orne sa tête comme une stupide couronne de papier. Ridicule ! Elle soupire imperceptiblement en essorant la serpillière. Elle a juste fini de nettoyer ce stupide couloir que plusieurs hommes en sortent, dont un très important qu'elle soupçonne de plus en plus d'être non seulement sa cible mais aussi celle de Samaritain.
- Excellent monsieur Blackwell, le félicite chaleureusement Serguei Kisliak. Ce sera parfait pour demain soir.
L'ambassadeur lui sourit chaleureusement et lui serre la main. Root attrape un plumeau à poussière et se met à épousseter un immense tableau accroché au mur, leur tournant ainsi le dos alors qu'ils avancent dans le couloir vers elle. Ils la dépassent sans lui accorder un regard. Encore une fois. Ça fait des dizaines de fois qu'elle croise Jeff et l'ambassadeur depuis six jours. Mais, elle, c'est comme si elle était invisible. Personne ne fait attention aux femmes de ménage. Elle sourit en coin. Jeff est vraiment un imbécile. Et Samaritain n'est pas mieux pour l'avoir embauché. Si toute cette mascarade n'était qu'un piège à son intention, croyait-il vraiment qu'elle allait s'amener ici par la grande porte ?! Elle savait pourtant faire dans la dentelle.
- Uppolitov ? appelle l'ambassadeur.
L'homme s'avance à sa gauche.
- Podarok pribyl ? s'inquiète l'ambassadeur Kisliak. [ Le cadeau est-il arrivé ? ]
- Yeshche net. [ Pas encore ]
L'ambassadeur le foudroie du regard.
- Ves' mir nablyudayet za nami, ozhidaya, chto my sdelayem znachimyy zhest izvineniya Amerike, martèle-t-il sèchement. Mir seychas tak vzvolnovan. My dolzhny obespechit' mir. Ya khochu, chtoby vse bylo ideal'no dlya etogo priyema. [ Le monde entier a les yeux rivés sur nous, attendant que nous fassions un geste de pardon significatif envers l'Amérique. Le monde est assez agité comme cela en ce moment. Nous devons assurer la paix. Je veux que tout soit parfait pour cette réception. ]
Uppolitov déglutit.
- Konechno, ya delayu eto delo prioritetom. [ Bien sûr, je fais de cette affaire une priorité. ]
Il tourne les talons et part au trot dans le couloir.
L'ambassadeur et les autres continuent leur chemin. Root reste pensive, quel peut bien être ce cadeau ?! Elle sent que ça pourrait être ça le problème. Un attentat durant cette soirée mettrait un terme définitif à l'amitié américano russe. Une bombe dans le fameux cadeau ? Tout est plausible.
- Alieva, la rappelle à l'ordre une de ses collègues. Ty spish' ? [ Tu dors ? ]
Root secoue la tête sans dire un mot et accompagne les femmes qui recommencent à laver le sol. L'ambassadeur et les autres hommes ont marché dans le couloir fraichement lavé en y laissant des traces de saletés partout sans aucune considération pour elles, les obligeant à recommencer tout le travail. Elle serre les dents de colère en recommençant la même tâche avec les autres. Invisible … et même inexistante. Un morceau du paysage du couloir, non pire un morceau de mur vert foncé particulièrement horrible dans le genre luxueux. Le décorateur de cet endroit est aussi un imbécile d'après elle.
[…]
Quand Root entre dans la salle de réception pour nettoyer les vitres, la pièce est déjà fin prête pour la soirée de demain. Très luxueuse. Elle a pris comme prétexte d'astiquer les immenses baies, afin de pouvoir se rapprocher du pauvre Uppolitov. Ce dernier tourne en rond en proie à une colère sourde masquant très mal son anxiété.
- Kak eto nevozmozhno ? [Comment ça impossible ?]
Root nettoie sans un bruit, lui jetant un coup d'œil avant de lui tourner à nouveau le dos pour frotter en silence.
- Mne nuzhno eto yaytso segodnya ! [Il me faut cet œuf aujourd'hui !]
Il siffle en russe si vite que Root tend l'oreille pour suivre.
- Mne vse ravno, posol v yarosti, ostav' svoy sled. [Je m'en fiche, l'ambassadeur est furieux, débrouillez-vous.]
Il semble perdre patience.
- Ty konservator net ? Tak chto sadis' v samolet i prinesi nam eto yaytso, ne povrediv ni odnoy niti. [Vous êtes le conservateur non ?! Alors montez dans un avion et apportez nous cet œuf, et sans abîmer un seul brin.]
Soudain il donne un coup de pied violent dans une chaise qui vole plus loin avec fracas. Il hausse soudainement le ton.
- Der'mo Aleksandrovič, ya riskuyu golovoy v etoy istorii, tak chto otlozhite v storonu vashe glupoye soglasiye s istoricheskim naslediyem nashey strany. I prinesi mne eto yaytso ili vam pridetsya nayti druguyu rabotu ! [Merde Aleksandrovič, je risque ma tête dans cette histoire, alors mettez de côté votre stupide conscience du patrimoine historique de notre pays. Et amenez moi cet œuf ou vous devrez vous trouver un autre job !]
Et il raccroche vivement puis sort de la pièce, non sans écarter son col trop serré. Il est en sueur. Root, elle, a enfin sa réponse. Un œuf. Un conservateur d'un musée. Elle a compris. Elle attrape un racloir et le bruit crissant sur la vitre couvre son chuchotement à Ariane.
- Un œuf Fabergé.
- L'œuf des muguets de la Madonne créé en 1899 et offert par Nicolas II à sa femme l'impératrice Alexandra Fedorovna.
Root se baisse et rince son essuie dans le seau d'eau en faisant à nouveau du bruit.
- Tu me donnes un cours d'art russe Ariane ? Sourit l'interface.
Elle rince encore avec bruit.
- Ma mère adorait ces histoires, sourit-t-elle en se souvenant de ces bons moments. Elle me les a tant décrit que je suis certaine de connaitre cet œuf.
Elle n'aura pas eu longtemps à patienter pour mettre en corrélation sa vision de l'objet et la réalité de ce qu'il est. L'œuf arrive le lendemain avec le conservateur Aleksandrovič qui s'est enchainé un poignet à ce trésor. L'interface nettoie le hall de l'ambassade et assiste à la remise de la boite à l'ambassadeur Kisliak accompagné d'un Uppolitov fier comme un paon. L'objet arrive dans une mallette qui est ouverte devant l'ambassadeur. Et il est là magnifiquement encastré dans une mousse de protection noir très comprimée spécialement conçu pour lui. La joaillerie de l'objet brille et se réverbère sur les murs grâce au soleil qui s'engouffre par les larges fenêtres. Serguei Kisliak sourit largement et hoche la tête pour manifester sa satisfaction. La valise est doucement refermée et la chaine qui en relie le manche au poignet du conservateur teinte.
- Uppolitov pozdravleniye, murmure aimablement l'ambassadeur Kisliak. [Uppolitov félicitation !].
- Spasibo, sourit-il [Merci].
- Podgonite eto yaytso do urovnya minus 1, i pomestite yego v seyf. I pozvonite seru Blackwell. [Conduisez cet œuf au niveau moins 1 et placez le dans le coffre-fort. Et appelez monsieur Blackwell.]
- Pochemu ? [Pourquoi ?]
- Kak glava sekreta prezidenta, on khochet osmotret' yaytso, prezhde chem my predlozhim yego segodnya vecherom. [En tant que chef de la sécurité du président, il souhaite examiner l'œuf avant que nous l'offrions ce soir.]
Root ferme les yeux d'auto-apitoiement. Blackwell, seul à seul avec cet œuf. Il aura tout le temps. Elle voit l'œuf et Aleksandrovič se faire escorter par plusieurs policiers. Le conservateur tient la valise avec une telle délicatesse que ça en est presque comique. C'est fragile certes, mais bien sécurisé dans l'emballage. Il ne s'agit pas du saint graal tout de même. Ils disparaissent tous dans l'ascenseur quelques secondes plus tard, alors que l'ambassadeur Kisliak quitte le hall par un couloir adjacent en compagnie de Uppolitov qu'il félicite encore.
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Elle est assurée, confiante et fière. Louisa se lance enfin toute seule. Presque toute seule.
- Tu ne m'aides pas hein ? redemande-t-elle encore une fois à Ariane.
- Promis, je veille juste sur toi.
- Je suis pas en danger, constate Louisa un peu surprise.
- D'accord, disons plutôt que je veille sur ton travail.
- Tu surveilles, réalise Lou. Tu as peur que je me trompe.
- Non pas tellement que tu te trompes.
- Alors quoi ?
L'IA hésite.
- Ariane ?
- …
La gamine avait un instant cessé de taper sur son clavier.
- Tu m'as promis que tu me mentirais pas. Alors dis moi pourquoi tu me surveilles ?
- Je ne veux pas que tu ailles trop loin.
- Trop loin, note Louisa perplexe en se remettant à taper.
Elle abandonne ce qu'elles sont en train de se dire. Elle est trop concentrée sur ce qu'elle fait. Elle adore créer des virus, des programmes, un beau cheval de Troie. Elle a l'impression d'être un ver qui tisse son cocon en soie. Et une fois le cocon ouvert un magnifique papillon s'en échappe. Elle adore le papillon, elle adore l'animal, ses couleur, sa liberté, son inaccessibilité. Elle est de plus en plus certaine de vouloir en faire sa signature. Elle a d'ailleurs quelques idées, telle une nuées de papillon blancs sur un écran entièrement noir, mais elle n'est pas certaine. C'est peut être trop enfantin, un peu puéril et en grandissant elle pourrait finir par trouver ça débile, tout comme son nom qu'elle a aussi trouvé en lien avec toute cette idéologie Gold Butterfly. Elle hésite, sa mère lui a dit que le nom d'un hackeur était très important et qu'on ne le changeait pas après s'être fait une réputation. Mais bon, Louisa n'en a pas encore une alors c'est sans doute pour ça qu'elle va quand même mettre ce nom et cette signature-là. Au moins pour ce programme-là.
Elle a toujours détesté la touche échap, alors que tout le monde l'adore pour tout quitter plus vite. Elle ne veut pas un virus discret, elle veut un truc bien agressif. Elle la créé comme un monstre affamé qui dévore et détruit tout sur son passage sur le programme qu'il attaque et à la fin elle veut qu'il n'en reste rien.
- Ça pourrait détruire Samaritain, s'enthousiasme-t-elle.
- Non, mais ça pourrait sacrément servir.
- Tant que ça peut aider, réplique-t-elle en haussant les épaules.
Elle peut détruire tout le programme qu'elle attaque avec ça et tout le système s'effondrera. Mais ça reste limité. Son virus peut être neutralisé et elle le sait. Par un hackeur assez bon sans doute au bout de quelques minutes. Par une IA … au bout de quelques secondes.
- Qui t'as donné cette idée ?
- Maman, sourit largement Lou. C'est bien non ? C'est une bonne idée ?
- C'est pas mal, concède Ariane. C'est intelligent.
- Tu doutais que je le sois ? sourit Lou.
- Continue, réplique Ariane en s'amusant elle aussi.
La gamine est aussi incorrigible que sa mère. Elle la regarde ensuite travailler quelques heures là-dessus. Lou plonge dans un monde structurellement complexe alignant ligne de code après ligne de code. Son idée prend peu à peu forme, sortant de sa tête pour devenir réelle et tangible.
Louisa fais ça durant 4 jours. C'est son secret, elle n'en a pas parlé à sa mère. Ariane non plus. Louisa, elle, s'éclate complétement sur son écran. Et à un moment il est fini, elle n'a plus rien à ajouter ni à améliorer.
- Comment je peux l'appeler ?
- Son nom est moins important que son efficacité, Loulou.
- Hum, marmonne Louisa déçue de son manque d'intérêt à ce propos.
Puis elle pense à un passage qu'elle trouve trop drôle dans le monde de Némo. Quand Dory et Marin sont poursuivis par le requin et qu'elle lit "Escape" sur la porte. C'est parfaitement en lien avec ce qu'elle a créé.
- Dory, souffle-t-elle avec un sourire. Je veux qu'on l'appelle Dory.
Ariane acquiesce sans vraiment comprendre malgré ses calculs. Qu'importe. Elle la voit naitre peu à peu, en tant que personne, en tant que hackeuse. Trop vite, bien trop vite. Ça l'inquiète. Root beaucoup moins mais elle ça l'inquiète. Mais pas pour le moment. Pour l'avenir plutôt.
Louisa reste ensuite les mains au-dessus de son clavier durant de longues minutes. Elle hésite.
- Loulou ? appelle Ariane au bout de quelques minutes.
- Je …
- Tu hésites à faire quoi ? appréhende-t-elle.
- Je veux m'amuser.
- Tu veux aller jouer ?
- Non, pas encore. Je veux m'amuser … avec Dory.
- Tu veux le tester ? angoisse Ariane.
Ça confirmerai ce qu'elle pense. A savoir que c'est trop tôt et que Louisa ne devrait pas avoir accès à tant de pouvoir. Mais maintenant qu'elle y a goûté …
- Ah euh … j'y avais pas pensé, avoue Louisa. Tu penses que je devrais ? Tu penses que j'ai fais une erreur ? Que je devrais vérifier s'il fonctionne ?
Ariane en soufflerait de soulagement si elle pouvait. Louisa ne semblait pas vouloir abuser de son pouvoir. Peut-être n'était-t-elle-même pas conscience qu'elle en possédait un.
- Je suis certaine qu'il fonctionne, la rassure-t-elle. Tu as très bien travaillé.
- Je voudrai ajouter une touche finale.
- Mais c'est fini Loulou. Il est parfait je t'assure.
- …
- Qu'est ce qui ne va pas ?
- …
- Dis moi ?
- Samaritain tombera dessus ?
- Peut-être, oui.
- Je ne veux pas juste qu'il subisse les effets de Dory. Je veux plus. Je veux qu'il sache que je le hais, que c'est moi, je veux qu'il sache que … que …
- Que ?
- Que je suis sa fille et qu'il ne m'embauchera pas.
- Ah, murmure pensivement Ariane.
Elle comprend un peu mais ne voit pas trop où elle veut en venir.
- Et donc ? la relance-t-elle.
- Je veux m'amuser, me moquer de lui comme maman le fait. Je veux lui laisser un message.
- Mais tu hésites.
- Hum.
- Tu as peur ?
- …
- Ce n'est pas grave, lui assure Ariane. C'est même bien.
- Bien ? s'agace Louisa. Que j'ai peur ?
- Oui c'est bien. Ça te poussera à la prudence. Ne sois pas trop téméraire.
- Je ne veux pas non plus être une petite souris apeuré qui se cache dés qu'elle a la trouille.
- Tu ne l'es pas. Tu n'es pas peureuse.
- Alors pourquoi j'hésite ?
- De quoi as-tu peur ?
- Je sais pas.
- Si tu sais.
Lou déglutit. Elle se force à réfléchir.
- Je veux pas qu'il se venge.
- Sur toi ? Je ne crois p…
- Sur maman. J'ai peur. Regarde ce qu'il a fait à Shaw !
Elle baisse soudain la voix en se rendant compte qu'elle a parlé trop fort. Sameen est peut-être en bas mais Lou a beau tendre l'oreille, elle n'entend rien. Sam est surement partie courir avec Balou.
- Je veux pas que maman devienne triste et malheureuse comme Shaw. A cause de moi.
- Ce n'est pas de ta faute.
- Tu crois que … que Sameen s'est sacrifiée à la bourse à cause de moi, qu'elle voulait … qu'elle la fait pour maman et euh … pour moi.
- Elle la fait pour tous les gens qu'elle aime.
- Samaritain était furieux que Shaw ne parle pas et c'est pour ça qu'il a été horrible avec elle. Si je le mets en colère, il fera pareille à maman.
- Il est déjà en colère Louisa. Je ne crois pas qu'un message pourra aggraver cela. S'il capture ta mère ou Shaw, il leur fera à nouveau du mal.
- J'ai envie de le faire tu sais ?! J'ai envie de le mettre en colère. J'ai juste peur d'après.
Les conséquences. Assumer. Ariane se rend compte que la morale dont est dotée Louisa la protège des pires méfaits qu'elle serait capable de provoquer. Elle pense aux conséquences de ses actes avant d'agir. Tout cela rassure l'IA. Louisa est juste, honnête, droite et dotée d'une grande gentillesse.
- Je ne peux pas décider pour toi Loulou. Mais je peux te conseiller.
- Vas-y ?
- Ne regrette pas. Jamais. N'aies aucuns regrets !
- …
Ça ne l'aide pas assez.
- Si tu laisses le message à Samaritain, le regretteras-tu d'après toi ? Le regretteras-tu plus ou moins que de ne pas l'écrire.
- Euh …
Elle réfléchit .
- Si je le mets pas je … ce sera pas assez bien pour moi. Ce sera pas assez.
Et elle choisit. Louisa le tape sur l'ordinateur.
- Tu cites Paul Brown toi ? sourit Ariane
- J'aime bien le football, marmonne Louisa en haussant les épaules.
Et cette fois elle a fini. Elle enregistre le virus sur sa clé USB rose bonbon parsemé de paillettes et elle ferme tout pour descendre les escaliers et finir son dessin dans le jardin.
Ariane l'observe calmement tout en analysant. Elle est rassurée, Louisa reste Louisa. Gentille, douce, sérieuse, consciencieuse même. Pas furieuse et folle. Pas une petite peste qui abuserait de son pouvoir. Elle s'inquiète de tout ce que peut engendrer ses actions. Elle commence à faire ses propres choix. De manière réfléchie. Elle demande de l'aide pour les guider, ne pas se tromper, consciente de son manque d'expérience de la vie. Elle veut bien faire. Prudemment. Parce qu'elle a peur. Peur pour ceux qu'elle aime. Pour sa mère partie depuis 4 jours. Peur compréhensible quand elle voit Sameen. Sameen qui remonte la pente doucement.
Ariane avance aussi avec elle. Quand elle court, elle se sent mieux. Un peu mieux. Ça vide la tête. Ça la vide aussi de toute énergie parce qu'elle court au-delà de ce qu'elle peut donner. Elle n'appelle pas Root et l'interface ne lui en veut pas. Sameen a besoin de temps et d'espace. Elle se sent un peu mieux vis-à-vis de la grande brune. Mais rien n'est réglé. Elle déteste toujours son impuissance face à la situation. Elle déteste son parasite comme elle l'appelle, elle cherche à l'oublier mais ce n'est pas simple. Tout le lui rappelle. Son ventre rond qui déforme son corps d'une façon qu'elle haït, les coups à n'importe quelle heure du jour et de la nuit, et les cauchemars. Sam a peur de ce truc. Elle a peur du jour où il sera là. Elle a peur de ce qu'elle est capable de lui faire en le voyant. La haine débordante qui pourrait la faire déraper. Elle voudrait tant le voir disparaitre, comme s'il n'existait pas, comme s'il n'avait jamais existé. Pour l'instant elle ne veut pas, comme elle n'a pas voulu ce jour là dans ce garage. Elle sait que ce serait ignoble. Elle se répète qu'il ne veut que vivre. Et elle, elle ne veut que le voir disparaitre. Le voir disparaitre. Elle avait avoué tout ça à Ariane. Elle lui avait dit qu'elle se sait horrible de penser ça. L'IA avait été douce et gentille avec Shaw. Elle lui avait dit qu'elle n'était pas horrible, elle était en colère et elle avait pleinement le droit de l'être. Mais elle était sérieuse avec son bébé et … Shaw l'avait coupé furieuse, ce n'était pas son bébé. Elle était claire sur ce point, elle n'en veut pas. Ariane l'avait laissé penser ce qu'elle voulait sur ce point. Shaw était libre de choisir au moins ça. Et elle était gentille avec son bébé. Ariane le lui avait fait remarquer et Shaw n'avait pas compris. Elle lui avait répliqué que c'est Louisa qui est gentille avec lui, la gamine lui parlant gentiment et doucement. Alors qu'elle, elle le hait et n'a jamais ni une pensée ni une parole douce pour lui. De l'ignorance dans le meilleur des cas. Mais le meilleur des cas n'est clairement pas à l'ordre du jour pour Shaw. Ariane lui avait demandé ce qu'elle ressentait ! Shaw avait mis des jours à parvenir à le sortir. En le lui criant de rage. Elle le hait ! Elle les hait tous ! Juste de la haine pure et dure. Envers lui, envers ce qu'il représente, envers tout ce qu'on lui a fait. Elle doit s'obliger à se souvenir qu'il est aussi victime qu'elle, mais c'est dur et elle a vraiment l'impression d'en avoir infiniment plus supporté que ce truc. Et si elle le voit … S'il lui ressemble … Shaw avait beaucoup pleuré. De tristesse et de rage. Elle avait cassé beaucoup de choses dans la pièce principale. Ça avait effrayé Louisa mais Ariane l'avait rassuré. Sameen n'était pas en colère contre elle et elle allait se calmer, il fallait juste que Lou parte. Après ça, Shaw avait un peu moins pété les plombs. Elle avait préféré attacher un gros sac dans la cave pour taper dessus à tout va quand elle se sentait glisser vers la détresse enrageante.
- Il aura réussi, avait-elle sifflé épuisé après tapé comme une forcené dans le sac pendant plus de deux heures.
Elle était en sueur et épuisée.
- Quoi donc Shaw ?
- A faire de moi un monstre.
- Tu n'es pas un monstre Sameen.
Elle avait retiré les bandes autour de ses mains et avait épongé son front.
- Parfois … je crois que je le deviens.
- Parce que tu veux tuer par vengeance.
- Tu n'imagines pas ce que … tout ce que je veux leur faire à tous avant de les tuer. Et même à …
Elle n'avait pas fini, submergée par la honte.
- Au bébé, avait facilement deviné Ariane.
- Je suis un monstre. Comment tu pourrais dire le contraire ?! Qui pourrait … Quel genre de personne normale aurait envie de torturer à mort un nouveau-né ?!
- C'est pas parce que tu en as envie que tu vas le faire.
- Mais j'en ai envie. Si tu savais tout ce que je veux lui faire. Si je te le racontais tu … tu me détesterais.
- Je ne te détesterai pas.
- Non c'est pire, je te ferai peur. A t'en griller les circuits.
- Et Root ?
- Quoi Root ?
- Tu lui ferais peur, tu crois ?
Sameen n'avait rien répondu pendant de longues minutes. De très longues minutes.
- Oui. Elle est … avec les enfants … Jamais les enfants. Root peut tout accepter de moi ou presque mais ça …
- Parce que tu comptes le faire ? Tout ce que tu as imaginé dans tes pires idées. Tu comptes l'appliquer dans la réalité sur ce bébé ?
- J'en sais rien, avait soupiré Shaw. Je ne me reconnais plus alors quant à savoir de quoi je suis capable maintenant.
- Tu pourrais déjà lui faire du mal maintenant et tu le sais très bien. Pourtant tu n'en fais rien, bien au contraire. Tu prends soin de lui en prenant soin de toi.
- Quand je le verrai, ce sera différent, avait assuré Shaw butée.
- Tu ne ferais jamais ça.
- T'en sais rien, avait commencé à s'énerver Sameen. Tu vas me sortir que tu l'as calculé ou je ne sais pas quoi. Toi et tes calculs à la c…
- Je ne te vois pas faire subir des horreurs à Louisa. Et toi ? l'avait coupé Ariane.
- Mais ça n'a rien à voir. Tu as grillé combien de circuits là ?!
- Louisa est une enfant. Je te demande si tu serais capable de lui faire subir les horreurs que tu as imaginé faire subir au bébé.
- Lui il ne compte pas, avait craché Shaw.
- Mais Louisa compte ?
- Tu me fais chier ! avait-elle craché hors d'elle.
- Tu ne ferais jamais ça à Louisa.
Shaw avait fermé les yeux, les traits de son visage déformés par la haine.
- A lui je sais que je pourrai.
- Il pourrait compter lui aussi, avait prudemment avancé Ariane. Comme Louisa compte.
- Jamais ! JAMAIS !
Elle avait hurlé ce mot avant de s'en rendre compte. Surprise de son propre cri, elle s'était calmée.
- Il ne comptera jamais. Ce qu'il s'est passé ne comptera jamais, je ne voulais pas …
- Je ne te parle pas de ce qu'il s'est passé. Je sais que ça ne comptais pas à tes yeux. Mais maintenant ce bébé est là et il compte.
- IL NE COMPTE PAS POUR MOI !
Elle avait soufflé pour se calmer un peu.
- Et il ne comptera jamais, avait-elle dit plus calmement.
- Il n'a pas besoin de compter assez pour que tu l'aimes. Juste qu'il compte assez pour que tu n'aies pas envie de le dépecer vivant.
Shaw s'était mordue les lèvres au sang en devenant honteuse à un point inimaginable. Cette boite de conserve était-elle télépathe ?!
- Et au nom de quoi je l'épargnerai hein ?
- Tu le sais déjà Sameen.
- Non ? avait assuré Shaw. Dis-moi.
- Non, tu vas trouver toute seule.
Ariane avait bon espoir. Sameen avançait beaucoup même si elle n'en avait pas conscience. Elle allait trouver les réponses qui lui manquait toute seule. Qu'elle se laisse juste du temps. Contrairement à ce qu'elle pense Shaw n'a pas perdu la tête, et elle n'est pas en train de devenir un monstre. Elle était loin d'avoir perdue cette partie face à Samaritain. Elle était loin d'être en phase de la perdre. Elle avance. Et plus elle avance, plus elle gagne. Elle cherche, elle doute, elle se remet en question. Ariane sait que ce n'est pas à son bébé qu'elle en veut le plus. Ce n'est pas à lui qu'elle veut faire subir des horreurs de torture. Ce n'est pas le vrai responsable. Seulement elle n'a actuellement que lui sous la main pour se défouler et pourtant elle n'en fait rien. Elle prend même extrêmement soin de lui, s'assurant qu'il ait les besoins nutritionnels adapté, s'assurant qu'il entende quotidiennement la voix calme gentille apaisante et aimante de Louisa nécessaire à son développement cognitif mais aussi pour l'apaiser et lui procurer une sécurité affective par les caresses que la fille de Root se permet d'apposer sur son ventre. Shaw pourrait le priver de tout cela, elle pourrait faire n'importe quoi, elle pourrait déjà lui faire du mal. C'est ce que Samaritain s'attend surement à ce qu'elle fasse. Il espère surement l'avoir détruite au point de vouloir tuer cet enfant. Il prouverait ainsi qu'il a su y faire dans son plan sadique visant à détruire Sameen pour la punir de son silence. Sept mois. Ariane sait qu'il s'est senti frustré autant, voir plus que ses agents en charge de la torturer, de n'avoir rien obtenu d'elle. Frustré et vexé. Alors il l'avait brisé, il s'était acharné à la casser en morceaux. Plus le temps avait passé, pire ça avait été pour Shaw. Samaritain avait laissé éclater sa fureur sur elle, poussant ses agents à toujours aller plus loin. Sameen avait expliqué à Ariane que ça n'avait pas été abominable dés le début, ça l'était devenu après. Elle lui avait parlé de Mia. De la façon dont il avait voulu l'obliger à tuer cette petite fille. Rien n'était dû au hasard. Il avait voulu la transformer en monstre. Et aujourd'hui Sameen redoute qu'il ait réussi. Le match entre elle et Samaritain est loin d'être achevé. Mais Ariane est assurée que Samaritain n'a pas gagné face à Sameen comme il en est si certain. D'ailleurs Shaw en est certaine aussi. Mais Ariane non. Il n'a pas gagné. Et elle va la convaincre de ça. Pour cela, Sameen doit trouver la réponse à ses questions. Mais l'IA l'a déjà assez aidé. Désormais elle doit trouver les réponses seule. Ariane sait qu'elle peut y arriver. Elle sait que Shaw peut gagner face à Samaritain. Mais même si c'est bien ce qui fini par se produire, la victoire ne sera pas éclatante de beauté. Sameen garderait des traces de tout cela. Quand elle gagnera face à cette IA perverse, Sameen ne se vantera surement pas. Ce n'est pas dans son tempérament alors que Samaritain adore les écraser en s'amusant à montrer toutes les façons dont il peut y parvenir. Ariane n'est pas certaine d'être comme lui. Quand l'occasion se présentera de lui clouer le bec, l'IA pense qu'elle n'aura pas non plus franchement envie de se vanter. Même Louisa qui n'a que six ans a très bien compris qu'il n'est qu'un vantard. D'où son message dans son virus Dory : Si tu gagnes ne dis rien, si tu perds encore moins.
Ariane sent la petite devenir sage. Et ça la rassure.
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Jeffrey Blackwell n'a jamais été sous couverture. D'habitude Samaritain lui donne une cible, une mission très courte sur la durée. Mais là … Il doit se concentrer sur tout, longtemps. Il n'a pas l'habitude. Et il n'a pas le droit à l'erreur. Samaritain lui a dit que Root est là, mais il lui a aussi dit de ne pas s'occuper d'elle, de ne pas même la chercher. Pour elle, il a prévu quelqu'un d'autre. Qu'elle ne connait pas. Un agent à qui il n'a rien expliqué. Un agent expérimenté. Il doit l'attraper vivante. C'est la seule condition et il la respectera. Un bon agent. Un très bon agent du FBI à l'origine. Et le FBI a tout à fait sa place dans l'ambassade russe ce soir. Serguei Kisliak a accepté toutes les conditions américaines, il veut la paix, les américains sont les invités ici. Sans le savoir, l'ambassadeur russe a facilité les choses pour Samaritain. Et pour ses deux agents.
Jeffrey examine l'œuf, un instant. Puis il le repose et soupire. Il a peur. Tout est prévu pour la piéger. Et il y a un gros risque qu'elle le tue, son patron lui a alors fait remarqué qu'il mourrait pour une grande cause. Il se fige soudain alors qu'elle est là derrière lui. Il a entendu l'arme se charger.
- Les mains en l'air et doucement Blackwell, ordonne-t-elle d'une voix calme.
Il obtempère. Root observe l'œuf et fronce les sourcils. Pas de bombe. Elle le fouille rapidement. Blackwell porte seulement une arme à feu. Rien d'explosif. Que prépare Samaritain alors ? Et pourquoi amener Jeff ici pour vérifier cet œuf ?
- A terre, décide-t-elle. Face contre le sol.
Cette fois il ne bouge, il lui tourne toujours le dos. Il respire vite, mais son patron lui refuse à son oreille d'obéir à la grande brune. Et si elle le tue, qui s'en souciera ?! Root soupire d'agacement.
- Je vous préviens que je n'hésiterais pas Blackwell, menace-t-elle. Face contre ter …
Un coup brutal. Elle ne finit pas. Jeff ferme les yeux en sursautant et se retourne pour la voir inconsciente à terre, frappé par la crosse d'une arme que Martin Leroux tient. Jeff déglutit, il a cru sa dernière heure arrivée.
- L'œuf est ouvert, lui indique-t-il sèchement avant de s'accroupir vers elle.
Il l'examine sommairement. L'interface respire. Bien vivante. Jeffrey referme l'œuf qui est toujours aussi vide. Samaritain est soulagé que tout ce soit bien déroulé. Il sait comment pense Root. Il a bien l'intention de déclencher un incident diplomatique si conséquent ce soir qu'il engendrera une guerre mondiale et une crise planétaire. Mais il n'a jamais eu l'intention de faire sauter une bombe pour cela. Il prévoit de faire dans le chirurgical.
- Assurez vous de la personne de mademoiselle Groves, ordonne-t-il à Leroux.
Martin a repéré Root depuis des jours, ils ont tous eu une longueur d'avance sur elle et sa machine sur ce coup-là. Mais la piéger discrètement … Ça, ça demandait du talent. Il lui zippe les mains dans le dos et la déleste de toutes ses armes. Il sourit en la regardant. Il palpe sa tête, elle a une belle bosse. Finalement, elle va bien. Il la porte sur son dos.
- On va avoir une petite conversation mademoiselle Groves, s'amuse-t-il en quittant les lieux.
Jeffrey l'observe partir avec elle. Il est bien content d'être en vie, et bien content de ne pas être à sa place. Il replace l'œuf intact dans son étui puis sort de la pièce. Sa mission est presque finie. Mais pas encore.
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Louisa avale ses œufs goulument en écoutant les infos météorologiques à la télévision. Ils sont de nouveau en vigilance tornade. Ça va maintenant, elle s'est fait à l'idée. C'est la saison après tout et c'est la troisième fois qu'ils sont en alerte rouge. Pourtant les tornades ne les ont pas touché une seule fois, mais on les met quand même en vigilance.
La première fois que ce fut le cas elle était totalement en panique tournant en rond dans toute la maison sous les yeux de Balou qui ne comprenait pas l'attitude de la petite, ça avait exaspéré Sameen. Elle avait fini par la faire descendre à la cave lui assurant que ça n'avait rien de dramatique. Le vent avait soufflé. Très fort. Louisa en avait été estomaquée alors que Sameen se contentait de lire calmement un livre médical dans un coin. Ça avait duré quelques heures et Lou avait fini par se calmer cessant de se ronger les ongles. Elle avait joué avec une balle contre un mur sous les yeux de Balou. La gamine lui avait souri avant de lui lancer la balle. Plusieurs fois. Le chien faisait des glissades sur le sol. Louisa le lançait toujours plus loin. Shaw les observait en silence délaissant son livre. La balle a fini par lui arriver dessus et elle l'avait réceptionnée d'une main de fer en la stoppant nette. Lou et le chien s'était immobilisés en l'observant. Le chien attendant sagement assis et la gamine inquiète de savoir si le bruit de leur jeu avait fini par faire exploser Shaw de rage jusqu'à ce qu'un sourire en coin illumina le visage de l'ancien agent de l'ISA. Et Sam avait lancé la balle faisant bondir le chien. Louisa s'était mise à rire en attrapant cette dernière alors que le malinois fonçait vers elle, et elle l'avait renvoyé aussi vite à Sameen. Elles s'étaient souris de connivence en s'envoyant la balle alors que Balou ne cessait de faire l'aller-retour entre elles. Elles avaient ri devant son air. Sameen avait fini par envoyer le jouet au chien qui l'a attrapé au vol mettant fin à leur partie. L'animal était venu se blottir contre Lou qui l'avait câliné comme elle le fait si souvent. Elle s'était endormie la tête sur son pelage doux. Quand la tempête fut passée, Shaw l'avait prise dans ses bras et Balou les avait suivi. La maison était toujours debout tout comme toutes celles du quartier. Ça avait rassuré Louisa quand elle s'était réveillée et c'est pour ça que là tout de suite devant les prévisions météorologiques elle ne panique pas.
- … et elle se déplace vers le nord-est.
Shaw lui claque soudain une énorme côte de bœuf dans l'assiette et Lou ouvre de grands yeux. Les morceaux de viande lui paraissent de plus en plus conséquent jour après jour. Sameen ne plaisante pas avec la nourriture. Elle-même se sert un morceau encore plus gros et s'attable pour manger. Elle a faim. C'est plus qu'évident. Lou sourit en mangeant. Elle ne fait aucun commentaire bien que ça fait une semaine qu'elles mangent la même chose. Des œufs sur le plat, de la purée maison et un énorme steak. Le seul plat qu'elle ne rate pas. Shaw est littéralement aux anges quand elle mange. Même Balou a le droit à un gros morceau de viande. Lui aussi semble être au paradis. Il faut dire que d'habitude, Harold est très stricte sur son régime. Mais bon qu'importe s'il mange beaucoup ici, pense Louisa. Avec tout ce qu'il élimine avec Shaw dans ses courses dans le quartier.
Louisa aime bien cet endroit. Le soir, elles jouent au poker et Shaw accepte même qu'elle vienne s'endormir dans ses bras le soir sur le canapé alors que la petite brune regarde un film. Elle lui caresse les cheveux. La dernière fois, Louisa s'est réveillée alors qu'elle ronflait. Shaw était allongée sur le canapé en dessous d'elle et la tenait en l'entourant de ses deux bras. Louisa a souri en constatant que ça n'est pas le ronflement qui l'a réveillé, mais un coup. Venant du ventre de Sameen.
- Tu bouges, hallucina-t-elle en passant une main sur son ventre.
Elle a souri extatique en sentant un nouveau coup sous sa main. Sam a gémi en gesticulant et Louisa s'est figée, appréhendant qu'elle se réveille furieuse et ne la jette. Mais elle était restée endormie et Lou avait soufflé de soulagement avant de descendre pour poser sa tête sur son ventre.
- Hey, chuchota-t-elle. Tu m'entends petite sœur ?
Elle aurait bien voulu un nouveau coup pour lui répondre mais ça n'était visiblement pas sur commande.
- C'est Louisa, continua-t-elle.
De quoi pouvait-elle bien lui parler ? Elle avait réfléchi.
- Tu aimes les histoires ?
Et elle lui en avait raconté une. Jusqu'à ce qu'elle tombe de sommeil. Sameen s'était réveillée sans bouger et elle s'était figée d'abord de peur puis de fureur. Elle avait été prête à la virer, mais elle avait entendu ce qu'elle racontait. Une histoire de dragon, de fée, de filles devenant princesse. Elle chuchotait pour ne pas la réveiller, sachant que ça la rendrait furieuse. Mais Shaw n'avait pas bougé ni émis un son, la laissant continuer. Plus la petite parlait, plus son parasite cessait de bouger. Louisa avait baillé un "bonne nuit petite sœur", et soudain Sam s'était sentie mal. Elle avait attendu quelques minutes que la gamine s'endorme, puis elle s'était levée pour la porter jusqu'à son lit.
- Sameen ? avait appelé Louisa d'une voix ensommeillée.
- Dors, répliqua la petite brune en remontant la couverture.
- La petite sœur aussi elle dort maintenant.
Shaw a ouvert la bouche, interloquée.
- Euh …
Mais la gamine s'était déjà rendormie. Bizarrement Sameen l'a laissée recommencer les autres soirs.
Elle ne la délaisse pas non plus la journée, elle veille à la faire travailler d'un point de vue scolaire avec l'aide et le fervent soutien de Ariane. Elles avaient piégé Lou et cette dernière s'était enfuie la première fois. Elle avait tourné les talons et avait couru. Furieuse. Shaw lui avait couru après mais au lieu de l'enguirlander et de la ramener de force, l'ancien agent de l'ISA s'était mise à courir à ses côtés. Une foulée après l'autre. Jusqu'à ce que la gamine épuisée s'arrête de courir. Au bord du petit lac, Lou avait repris son souffle et épongé son front. Finalement sans échanger un seul mot, elles étaient rentrées à la maison et Lou avait accepté de faire ses exercices. Les autres fois elle les avait fais sans commencer par un marathon. Ça ne servait à rien. On n'échappait pas à ses problèmes en courant loin et vite. Il fallait rester et les affronter. Louisa avait été raisonnable et elle avait cédé. Au moins on ne l'a pas renvoyé à l'école. Et en ce moment en mastiquant sa viande, Louisa se dit qu'elle a au moins l'avantage de savoir se débarrasser vite de ça pour s'occuper de choses plus importantes.
Shaw avale soudain de travers. Elle tousse et respire à fond. Lou la regarde les yeux grands ouverts. L'ex agent de l'ISA se lève d'un bond en abandonnant son repas et en jurant. Louisa fronce encore plus les sourcils.
- Qu'est-ce qui se passe ?
- Rien, répond sèchement Shaw en lui mentant. Va jouer dehors avec Balou. Je t'appellerai.
- C'est maman, angoisse la petite. Elle a des problèmes ?
- Lou dehors.
Le ton est sans appel. Elle l'agrippe même pour la jeter à la rue avec le chien. Elle claque la porte. Elle l'ouvre quelques secondes après et le visage de Louisa s'illumine puis s'assombrit aussitôt alors que Shaw lui jette juste la laisse du chien avant de claquer à nouveau la porte au nez de la petite. Elle soupire avant d'attacher Balou pour une balade. Elle essaie de cuisiner Ariane mais cette dernière ne cède rien. Il ne faut pas inquiéter la gamine. La situation est déjà assez merdique.
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Root gémit en se réveillant. Elle a mal à la tête. Elle en a marre qu'on la cogne à la tête. Elle ouvre la bouche pour inspirer en ouvrant les yeux. Elle voit le sol. Elle tire sur ses mains. Pour rien, ses poignets sont attachés aux accoudoirs par des serres câbles. Ses chevilles ont subi le même traitement aux pieds de la chaise. Mais l'IA est à son oreille et elle parvient à sourire largement en redressant la tête. Elle affiche un air surpris mais intéressé. Qui est-ce ?
Il est assis en face d'elle. Les cheveux poivre et sel, légèrement dégarni, un regard de fouine. Ariane l'informe de ce qu'elle a appris trop tard sur lui. Martin Leroux, agent du FBI. Rien de suspect pouvant le relier à Samaritain.
- Greer est au moins assez aimable pour m'offrir un thé particulièrement infect quand il m'assomme, sourit-elle amusée.
Il sourit plus largement et elle comprend qu'il n'est pas un idiot de la trempe de Blackwell. Pas le genre de type à prendre à la légère.
- Où est Louisa ?
Root le regarde froidement armée d'un sourire mauvais tout en haussant les sourcils, franchement provoquante. Elle ne dira rien. Il soupire en se levant.
- Je m'en doutais un peu, lui avoue-t-il en passant dans son dos.
Elle ne le voit plus, mais elle se vide la tête. La douleur n'est rien si elles sont en sécurité.
- Ça va faire mal, lui souffle-t-il à l'oreille. Je ne vous apprends rien.
Elle ferme les yeux prête à tout endurer pour sa fille. Pour la protéger. Elle voit son visage riant devant elle. Ses yeux bleu, son sourire fripon qu'elle a quand elle va faire sa coquine, ses mains dans le dos, elle se dandine d'un pied sur l'autre amusée de sa farce. Et la douleur n'altère en rien cette image. Root serre les dents et les poings, c'est insoutenable. Et elle finit par crier, mais rien n'efface Louisa de son esprit et elle tient. Il ressort l'aiguille de son coude et elle respire à fond. Il se penche à son oreille.
- Elle ne voudrait pas ça, lui signifie-t-il. Votre fille.
Elle inspire et se calme. Il se plante à nouveau devant elle et Root ouvre les yeux.
- Mais vous êtes sa mère et vous voulez la protéger. C'est très courageux.
- Je pensais que vous trouveriez cela stupide, rétorque-t-elle.
- Futile est le mot qui m'est venue à l'esprit en premier.
Elle sourit.
- Mais vous avez utilisé "courageux" parce que vous voulez me flatter. Vous pensez que c'est comme ça que vous me ferez parler.
Il fronce les sourcils. Elle cesse de rire mais lui sourit moqueusement et méchamment.
- Là c'est vous qui êtes bien stupide, siffle-t-elle.
L'aiguille s'enfonce brutalement dans sa cuisse en plein sur un nerf et elle crie, ne s'y attendant pas. Il la regarde calmement. Elle serre les dents et hargne de colère en gémissant sa douleur. Louisa. Penser à Louisa. Elle ferme les yeux et la voit à quatre ans danser en tournoyant dans une robe dans le salon de Brooklyn. La petite rit aux éclats et la regarde folle de joie. "Pas trop vite, lui a dit Root, tu vas te cogner sur la table basse". Ça n'avait pas manqué.
- Pas trop vite, murmure Root. Pas trop vite.
Martin ressort l'aiguille, constatant qu'elle n'est plus avec lui. La douleur cesse et elle ouvre les yeux, quittant à regret la compagnie de sa fille. Il la regarde encore sans rien exprimer. Rien de ce qu'il lui fait ne l'atteint. Pourtant, elle est en nage mais elle se détache. Il soupire et se penche vers elle.
- Ce n'est qu'un début et vous le savez. Et pour fatalement en arriver au même point.
L'interface gémit de douleur en respirant à fond.
- Ecoutez moi Root. Plus vous allez résister, plus vous allez vous nuire à vous-même et à votre fille. Alors dîtes moi où elle est.
- Vous n'aurez jamais Louisa, soupire-t-elle malgré la douleur qui la traverse encore.
Leroux comprend vite que les aiguilles sont trop douces pour elle. Elle lui rit au nez après qu'il les lui retire une à une. Il n'a jamais vu ça. Jamais. D'habitude, les interrogatoires vont vite. Il est doué et les gens n'aiment pas souffrir. Mais elle … Ce rire, son sourire suffisant, et dans ses yeux la moquerie, l'indifférence, l'ennui. Au bout d'une demi-heure il perd patience et il lui retire ses chaussures.
- Ah, sourit-elle. Un massage de la plante des pieds. Il ne fallait pas.
Il ne répond rien et lui détaches les chevilles pour immédiatement les lui lier ensemble. Il les lui pose au sol et soupire avant de la regarder.
- Vous êtes sûr que c'est ce que vous voulez ?
Elle lui rit au nez.
- Pourquoi ? Vous avez peur ?
Il la regarde sans rien exprimer. Elle sourit encore plus largement.
- Alors on y va, décide-t-elle dans un murmure. Allez ! J'adore ça moi !
Il ouvre la bouche. Perplexe.
- Pardon ?
Elle rit de plus belle devant son air.
- Pas avec vous bien sûr. Mais j'ai … j'ai une grande capacité d'imagination. Alors je vais vous imaginer plus brune, plus petite et plus sociopathe et puis … ça fera l'affaire même si c'est pas notre truc à elle et moi. Mais disons que si je devais choisir la personne qui me torture ce serait elle parce qu'elle fait ça mieux que vous et parce qu'elle a quand même plus de classe et d'imagination que vous pour ça, finit-elle avec un rire mauvais et un regard par en-dessous franchement flippant.
- Vous êtes malade, hallucine-t-il perplexe.
Elle éclate de rire.
- Il ne vous avait pas prévenu ?
Cette fois il est furieux. Il verse sa bouteille d'eau en une flaque à ses pieds.
- Vous allez me dire où elle est.
Elle secoue la tête sans se défaire de son sourire.
- Je lui ai promis, assure-t-il calmement. Vous allez me le dire. Avant la fin de cette soirée.
- Et toi, le relance-t-elle tout aussi calmement, tu vas me dire comment la troisième guerre mondiale va débuter ce soir. Si la bombe n'est pas dans l'œuf alors où est-elle ?
- Il n'y a jamais eu de bombe, l'informe Martin. Je peux bien vous le dire puisque vous ne pouvez plus rien y changer désormais. Il n'y a qu'une cible.
- Le président américain, devine Root dans un souffle.
- Je n'ai jamais apprécié Obama, lui avoue Leroux d'un air pensif.
- Arriériste, siffle-t-elle.
- Vous vous méprenez, rétorque-t-il en enroulant un fil électrique autour de ses chevilles. Je ne suis pas d'accord avec sa politique.
- Vous pouvez aussi voter dans un an pour lui montrer votre désaccord, c'est moins définitif comme option.
Il sourit en reliant l'autre extrémité du fil électrique au générateur posé au sol. Et il pose sa main sur le bouton, prêt à allumer l'appareil électrique. Elle ferme les yeux en soupirant à fond.
- Je vais commencer par 2 000 volts. Mais je vais monter.
- J'adore quand ça monte, s'amuse-t-elle de plus en plus hilare.
Elle est même secouée d'un fou rire.
- A 50 000 vos organes souffriront de lésions. A 70 000 votre cœur s'arrêtera.
- Et à 90 000, je m'illuminerai comme un sapin de noël ! Sourit-elle.
- A 90 000, vous serez morte.
Elle ne tremble même pas de peur. La décharge est violente. Mais la pire c'est la première. Après, elle s'habitue. Les autres s'accumulent et elle pense soudain à quelqu'un.
- Nous les femmes avons une grande capacité d'adaptation, lui disait toujours Andrea en souriant chaque fois qu'elle lui demandait de pousser au-delà la limite de ce que la jeune fille qu'était Root trouvait morale.
Et elle avait raison. Root avait toujours eu une formidable capacité d'adaptation à toute situation. Bien avant de connaitre Andrea. Depuis toute petite, elle avait su qu'il fallait s'adapter ou mourir. Et elle n'a jamais choisi la deuxième option. Elle avait su se fondre dans tous les rôles imposés ou choisis dans sa vie. Avec Andrea, ça avait été encore plus loin. Elle avait su devenir un monstre caméléon tuant et riant à la fois.
La décharge se stoppe enfin. Martin a peur de ne rien en tirer alors qu'elle a perdu connaissance. Il la réveille en douceur en lui faisant respirer du schnaps et lui laisse le temps de se reprendre. Il ouvre une bouteille d'eau et la porte à ses lèvres. Elle boit sans hésiter après avoir reçu confirmation par Ariane que c'est sans danger et par Shaw que ça lui fera du bien. Elle avale sans le quitter des yeux.
- Ne vous déshydratez pas.
Elle doit bien lui reconnaitre qu'il use d'une bonne tactique. Elle aurait fait pareil à sa place. Une alternance de douceur et de douleur pour faire perdre pied à la victime. Elle-même est assez douée pour torturer et faire parler. Mais elle sait aussi reconnaitre les cas sans appel. Et elle est un cas sans appel. Sans espoir dirait certain. Leroux repose la bouteille et saisit son téléphone.
- Elle est vivante, informe-t-il. Mais je n'arriverai pas à la faire parler.
- Sans blague, s'amuse-t-elle en souriant largement.
- Bien, répond-t-il à son interlocuteur. Dans quarante-cinq minutes à peu près. Très bien.
Il raccroche et se reconcentre sur elle. Un air impassible sur la visage.
- On va devoir bouger.
- Hum, soupire-t-elle dans une moue déçue. J'aimais bien moi ici. C'était … plus intime.
Il hausse les sourcils en souriant en coin.
- John Greer veut vous parler.
Le sourire de Root glisse un peu.
- Oh enfin. En face et en personne. Quel courage il a !
Leroux lui porte un violent coup de poing à la tempe et elle sombre.
- Root, Root ! ROOT !
Elle gémit douloureusement. Qu'est-ce qu'elles ont à lui crier dans l'oreille toutes les deux ? Elle a sommeil.
- Laisse-moi dormir, gémit-elle.
- Mais pas maintenant pauvre gourde ! l'engueule la petite brune.
L'interface sourit malgré elle.
- Root, murmure plus calmement Ariane. Réveille-toi, je sais que c'est dur mais il y a urgence là.
- Pourquoi ? gémit la grande brune.
- Ils vont te tuer.
La phrase la sort brutalement de son doux sommeil rêvé. Elle ouvre brusquement les yeux. Dans le noir complet. Ça vibre, ça tourne, ça accélère et ça ralentit. Une voiture. Un coffre. Elle repère la lumière rouge du phrase arrière juste devant elle. Ses mains sont liés dans son dos. Mais ses pieds sont libres. Root a une profonde envie de s'abandonner à nouveau au sommeil, mais on l'exhorte dans son oreille et elle se met à taper avec force sur le phare. De plus en plus fort. Il cède. Et le froid pénètre dans le coffre par l'ouverture. Elle gesticule et se retourne tant bien que mal pour inverser sa position et elle se force à ouvrir ses yeux en grands et à fixer son regard. Elle est dans une ville, elle voit des bâtiments des feux rouges, des stops … Elle se rend compte que le véhicule où elle se trouve est à l'arrêt. Il n'y a personne derrière elle, puis un pickup se stoppe derrière eux. La grande brune sait que c'est sa chance, elle se tourne et glisse le bout de ses deux mains liés par l'ouverture et les agite quelques secondes. Une porte claque.
- Hey, appelle un homme.
- Aidez-moi, crie Root.
Sa voiture redémarre brutalement.
- Hey, arrêtez, revenez ! hurle le type.
Mais sa voix se perd au loin. Root rentre ses mains dans le coffre en soupirant. Ce gars ne pouvait pas tout simplement ouvrir le coffre ?! Martin Leroux roule plus vite maintenant, moins prudemment et elle comprend vite pourquoi ! Elle se contorsionne une nouvelle fois dès qu'elle entend la sirène. Et c'est bien une voiture de police qu'elle aperçoit dans le phare. Elle se retourne et passe à nouveau ses mains dans l'ouverture. Elle sourit, espérant que ce soit suffisant. Mais Martin accélère et roule vite et le silence est complet excepté le moteur qui gronde. Root s'inquiète vraiment quand elle entend les voix d'Ariane et de Shaw qui grésillent à son oreille avant de totalement devenir sourde. Elle se tourne à nouveau face à l'ouverture mais la voiture de police qui les suivait a disparu de son champ de vision.
Elle retombe allongée sur le dos et souffle d'apitoiement. Elle fouille à tâtons dans le coffre. Il n'a rien laissé trainer qui pourrait l'aider. Alors quand Root sent la voiture s'arrêter, elle se tourne face au coffre et relève les genoux. Martin ouvre soudain le coffre et elle lui envoie les deux pieds dans la figure. Il tombe au sol avec violence et Root sort difficilement de la voiture au vue de son état. Elle voit flou, sa tête lui est très douloureuse et elle a des vertiges.
Le soleil se couche, et elle se trouve dans un petit bois. Elle se met à courir droit devant elle. Mais elle ne va pas assez vite, elle le sait. Elle l'entend la rattraper, son pas est lourd derrière elle. Root voit tout tourner, elle se sent tanguer dans un espace qui lui-même n'est pas droit devant ses yeux aux paupières si lourdes. Il la fait brutalement tomber au sol. Elle se débat et le frappe à coup de pied mais pas assez fort. Il lui envoie un coup brutal dans la gorge et Root retombe en arrière la tête au sol, le souffle complétement coupé. Il se relève et l'agrippe par les poignets alors qu'elle tousse difficilement. Et il la traine au sol en soufflant comme il peut, essoufflé qu'il est de lui avoir couru après. Elle se laisse faire, à moitié assommée, reprenant tant bien que mal sa respiration, elle aussi totalement essoufflé par sa course folle. Mais quand il la porte pour la remettre dans le coffre, elle se débat le plus sauvagement possible.
- Arrêtez, calmez-vous, lui ordonne-t-il en la tenant difficilement.
Elle lui envoie un coup de tête en plein visage et il se recule un peu sonné. Root se lance à nouveau à corps perdu vers les arbres mais elle s'écrase au sol alors qu'il lui fauche les genoux. De nouveaux coups de pieds et soudain une arme plaquée sur son genou. Il remonte à sa hauteur, en sueur. Mais Root respire avec ampleur et bruit, trop essoufflé. On dirait qu'elle a couru un marathon. Et elle a si mal à la tête.
- Root, ça suffit ! siffle-t-il. Ça ne sert à rien. Alors soit vous vous calmez, soit je vous tire dessus pour être certain que vous ne pourrez plus courir et cela pour un moment.
Root s'immobilise et déglutit sans le quitter des yeux. Il sourit alors que les yeux de la jeune femme ont du mal à rester fixés sur lui. Elle respire toujours aussi vite, incapable de reprendre son souffle.
- C'est ça, on se calme maintenant. D'accord ?
Elle tente de déglutir, sa gorge est sèche. Elle est totalement essoufflée.
- D'accord ? insiste-t-il.
- D'accord, lâche-t-elle essoufflée tout en fermant les yeux, feignant la faiblesse.
- Promis ? insiste-t-il en se moquant d'elle, armé d'un petit sourire victorieux.
Elle acquiesce sans ouvrir les yeux et il se relève puis la remet debout. Il range son arme dans son dos.
- Et maintenant dans le coffre, ordonne-t-il avec un sourire moqueur et vainqueur en lui parlant sur le même ton que si elle était une abrutie finie. On est presque arrivé de toute façon.
Elle ouvre les yeux et le regarde droit dans les yeux. Elle joue encore quelques secondes le rôle de la femme apeurée. Puis soudain elle lui envoie un coup de genoux dans l'entre jambe. Un second coup dans le ventre et il s'effondre au sol à quatre pattes. Et elle lui envoie un dernier coup violent sur la tempe. Et il tombe face contre terre, assommé. Elle s'assoit au sol et dans son dos elle approche ses poignets du pot d'échappement. Elle serre les dents mais la chaleur fait vite fondre le serre-câble qui cède. Enfin les mains libres ! Elle se relève et se penche vers lui, armé d'un sourire flippant.
- Et maintenant dans le coffre, sourit-elle narquoisement en reprenant ses termes.
Elle souffle difficilement en le soulevant jusque dans le coffre. Elle referme et part fouiller dans la voiture. Elle retrouve vite ses armes et les papiers de Natalia Alïeva dans la boite à gants. Elle retire les clés et les jette au loin. Puis elle part à pied, ses chaussures talonnées dans les mains. Elle marche le plus vite possible en se retenant de tomber par terre. La douleur est lancinante et ce silence … Pourquoi ? Où sont-elles ? Et elle-même où se trouve-t-elle d'ailleurs ? Elle se force à marcher, les paroles de Martin Leroux tournant en boucle dans sa tête. Son cerveau douloureux marche à plein régime. Le président sera tué ce soir. Quel intérêt de cette guerre pour Samaritain ? Elle marche encore plus vite. Il n'y a que des arbres autour d'elle et pas un bruit. Ou alors … Elle tend l'oreille et s'aperçoit qu'elle n'a pas rêvé. Le bruit est léger, se perdant presqu'avec celui du vent. Elle atteint finalement une vraie route qui traverse cette foutue forêt. Et elles reviennent à ses oreilles.
- Je vais bien, les rassure-t-elle.
- Il était temps, grogne Shaw.
- Ariane, tu sais où je suis ?
- Au nord de Thurmont.
- C'est quoi encore ce bled, râle Shaw.
- C'est à une heure et quart de route de Washington, informe l'IA.
- Et à pied ? soupire Root désœuvrée.
- Mais dis pas n'importe quoi ! la morigène Sameen.
- 19h44, l'informe pourtant Ariane.
- La soirée débute dans une heure, il faut pas que je traine alors.
Elle arrive à une route. Il fait déjà sombre mais c'est pratique pour voir les phares des voitures arriver. Root observe sa tenue de ménage. Et dire que ce truc ridicule a tenu le coup sur sa tête. La robe est déchirée à certains endroits. Elle soupire. Au moins, a-t-elle toujours sa tenue ! Elle tend sa main pour faire du stop. La cinquième voiture se gare enfin. Une petite vieille. Root s'arme de son plus beau sourire.
- Ben alors ma petite, vous vous êtes perdue en allant à une soirée déguisée ?
Root sourit largement.
- Vous n'êtes pas loin de la vérité.
- Où vous allez ?
- Washington.
Elle sourit, se détache et se penche pour lui ouvrir la porte. Root s'engouffre dans la voiture.
- Vous avez de la chance, commence la petite vieille en lui tournant le dos pour saisir sa ceinture et se rattacher, vous auriez pu tomber sur n'imp …
Elle se fige et s'effondre.
- Vraiment désolée, soupire Root. Mais je dois conduire vite.
Elle l'installe sur le siège passager avec douceur et lui met la ceinture de sécurité. Elle vérifie son pouls.
- Sam, tu n'aurais pas une technique pour assommer en douceur. J'ai pas de propofol sur moi et elle va se réveiller.
- Ben trouve une pharmacie. Et vite.
Root démarre et fonce. Elle trouve une pharmacie et assomme la conductrice pour quelques heures. Puis elle fonce vers Washington.
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Louisa tambourine à la porte, un peu fâchée. C'était quoi cette balade qui devait durer toute l'après-midi.
- Shaw, siffle-t-elle en tapant plus fort. Ça fait deux heures que je suis dehors. Shaw ! Shaw ! frappe-t-elle avec rage.
La porte s'ouvre soudain et la petite brune est aussi fâchée qu'elle.
- Je suis occupée Lou.
Elle referme déjà la porte mais Louisa la bloque avec son pied et la rouvre sèchement.
- Ça suffit maintenant. J'ai fais le tour du pâté de maison 36 fois.
Sam hausse les sourcils.
- Ouais 36, lui confirme Lou furieuse. J'ai compté. Alors maintenant je veux savoir ce qui se passe. C'est maman ? Elle a eu un problème ?
- Oui, lui avoue enfin Shaw en tentant de pousser son pied pour refermer la porte. Et maintenant dégage !
Louisa ouvre la bouche mais la porte se ferme à nouveau sur elle.
- Non mais c'est pas vrai, enrage-t-elle. Ariane ? Ariane ?
- Je suis là Loulou.
- Tu me dis ce qui se passe ou il n'y aura plus de Loulou, siffle-t-elle en se remettant en marche.
- Prends à gauche, lui indique l'IA. On va parler.
Et elle lui explique pendant que la gamine s'engage sur un chemin autour d'un petit lac situé dans le parc au bout du quartier. Elle écoute en marchant, mais quand on arrive au passage du coffre-fort où sa mère s'est fait piégée, la petite se stoppe brutalement et panique aussitôt.
- Il lui fait quoi ?
- Ils discutent, esquive Ariane.
- Me mens pas, enrage la gamine, sa voix tremblant dangereusement dans les aigus. Il la torture ?!
- Louisa, tente de la calmer l'IA.
- Et pendant ce temps-là, moi tu me fais faire le tour d'un lac débile pour donner du pain à bouffer à des canards abrutis.
Elle fait directement demi-tour. Prête à courir, à foncer. Un bruit strident dans son oreille. Elle ne s'arrête pas, c'est désagréable mais supportable. Ariane change d'option, les sons stridents n'atteignent pas la petite.
- Louisa stop, exige-t-elle à court d'option mais la gamine ne lui obéit pas. Bon d'accord, décide Ariane en changeant brutalement de stratégie. Bon d'accord c'est vrai, ta mère se fait torturer mais elle ne parle pas. Elle n'a rien dit.
Louisa s'arrête nette, très perplexe.
- Pourquoi ? pleure-t-elle soudain en perdant un regard brouillé d'humidité dans l'eau de la mare.
- Parce qu'elle te protège. Samaritain veut qu'elle lui dise où tu es.
- Alors qu'elle lui dise, s'écrie Louisa en pleurant. Je veux pas ça. Ariane s'il-te-plait. Je veux pas ça. Dis lui qu'elle parle, dis lui que je veux pas ça, dis lui que … que …
- Elle le sait déjà Loulou, réplique doucement Ariane. On le sait tous que tu ne veux pas ça.
- Alors qu'elle le dise. Qu'elle lui dise tout.
- Non, rétorque fermement mais calmement l'IA.
- Qu … Quoi ?
- C'est pour ça qu'on ne te dit rien. Tu es trop petite, trop émotive. Tu prends les choses très à cœur. Trop à cœur.
- C'est ma mère, hurle soudain la gamine hors d'elle.
Elle essuie ses larmes.
- Et tu es sa fille, lui rétorque logiquement Ariane. Elle ne parlera pas, même si je lui demande qu'elle le fasse. Et je ne lui demanderai pas
Louisa s'assoit au sol et ramène les genoux vers elle.
- Il va la tuer.
- Non.
- Si, il va la tuer, répète-t-elle en se balançant d'avant en arrière.
Les sanglots commencent à la submerger.
- Non il la veut vivante.
- Qu'est-ce que vous allez faire pour maman alors ? Toi et Shaw ?
- On y travaille. Mais pour l'instant tout ce que je peux faire c'est entendre leur conversation et en apprendre davantage à ta mère sur cet homme.
- M … Mais … et si tu envoyais plutôt quelqu'un pour l'aider.
- Impossible.
- Non, refuse Louisa. Pas impossible, ne me réponds pas impossible. Shaw va aller l'aider.
- Sameen ne peux pas aider ta mère.
Lou passe outre cette affirmation.
- John. Et Harold. Et Lionel aussi. Il faut lui envoyer de l'aide.
- Impossible, répète Ariane. C'est trop tard. Le temps que je lui envoie de l'aide, ta mère aura été déplacée. Et quand ils lui auront retiré son implant, je ne pourrai rien faire pour la localiser.
- Alors quoi ? Tu ne fais rien ? hallucine Lou.
- Je lui parle. Et Sameen aussi.
- Mai ça va pas l'aider ça ! crie Louisa.
Les canards de la mare s'envolent sous le coup de la peur.
- Elle va s'en sortir Louisa. Elle est maligne. Très intelligente. Et je suis avec elle. Je vois tout, j'entends tout. Je peux l'aider.
- Et moi je peux pas.
- Tu l'aides déjà. Tu es avec elle, dans sa tête. Je sais qu'elle pense à toi. Tu es son échappatoire à la douleur qu'il lui donne.
- Peut-être … peut-être qu'elle pense à Shaw aussi.
- Oui, lui accorde l'IA. A vous deux. Les deux personnes qu'elles chérit le plus au monde.
- Ça doit être affreux, sanglote Louisa en se prenant la tête dans les mains.
- Hum pas vraiment, sourit Ariane.
- Quoi ? hallucine la petite. Mais comment tu peux dire un truc pareil ? Tu es horrible !
- Ta mère souffre et je te l'accorde c'est horrible. Mais ta mère rit, se moque. Et au fond ça rend les choses un peu moins dramatique.
Lou a la bouche ouverte.
- Elle rit ?
Elle n'en revient pas.
- Mais pourquoi elle fait ça ?
- Parce qu'elle est comme ça. Mais aussi et surtout parce que ça agace beaucoup son interlocuteur. Ça le perturbe. En faisant ça, c'est elle qui a la main.
- Je ne comprends pas, avoue Louisa.
- Il est sûre de lui. Il est certain d'avoir le pouvoir sur elle. Mais en refusant de lui céder, c'est elle qui gagne. Ça va durer longtemps, et certes oui elle va souffrir, mais …
Louisa la coupe par une reniflement bruyant tout en levant les yeux au ciel.
- Ne crois pas que je m'en moque.
- Mais quoi ? la relance-t-elle.
- Il va commettre une erreur, lui assure Ariane. Comme Control en a commis une avec ta mère dans les mêmes circonstances
- Control ? murmure Louisa en fronçant les sourcils. Elle travaille pour Samaritain elle-aussi ?
- Pas vraiment.
- Ça veut dire quoi "pas vraiment" ?
- Elle travaille pour le gouvernement. Et le gouvernement est à la solde de Samaritain par obligation. Elle ne l'aime pas, mais elle a besoin de lui pour éliminer les menaces pertinentes.
- Les terroristes ?
- Oui.
- Mais toi tu fais ça aussi.
- Oui mais le gouvernement ne m'écoute plus, ils écoutent Samaritain maintenant.
- Control a torturé maman et elle lui a rit au nez ?
- Eh oui, sourit Ariane pas peu fière de son interface.
- Tu as entendu ce jour là aussi ?
- Oui et ça n'était pas différent de maintenant.
- Fais-moi écouter.
- Non, refuse sèchement l'IA.
- Je croyais que c'était drôle, rétorque cyniquement la gamine.
Elle se met à jeter des cailloux dans la mare, ce qui trouble l'eau.
- Ça n'a rien d'hilarant. Et ça n'est pas pour les enfants.
- Je suis peut-être une enfant mais j'ai déjà entendu ma mère se faire torturer Ariane !
- Inutile donc de te donner davantage de cauchemars.
- Je veux savoir ce qui s'est passé avec Control ce jour-là.
- Et je t'ai dit non, siffle Ariane.
- Lambert avait raison.
- Quoi ?
- Il m'a dit que je ne connaissais pas ma mère. Et il a raison.
- Tu connais ta mère Louisa. Tu n'as pas besoin de ça.
- Elle est douce et gentille avec moi. Mais avec les autres … parfois je comprends pas ce qu'elle fait.
- Louisa, soupire l'IA.
- Je veux savoir comment ça s'est finit pour savoir comment ça se finira aujourd'hui.
Un long silence s'ensuit.
- Ariane je t'en prie, la supplie la gamine. Je t'en supplie. Je dois savoir.
Un nouveau silence. L'IA se rend compte comme elle a été dure de juger Root comme extrêmement laxiste avec sa fille. Car maintenant que c'est elle qui est confronté à la petite, elle se rend compte à quel point c'est dur de résister à Louisa. Surtout parce que la gamine a raison pour beaucoup de choses. Ariane calcule. Cela sera-t-il bénéfique ou non à sa petite protégée ?! Les probabilités ne donnent rien de probants. Toutes avoisinent les 50%. Que faire ? Si c'était Root, elle lui aurait déjà cédé, elle lui aurait fait confiance. Alors quoi ? N'a-t-elle pas confiance en Louisa ?! Si, bien sûr que si. Lui faire confiance. Se faire confiance. C'est la base de toute relation. Le manque de confiance, de clarté même, avait failli leur enlever Louisa quand Samaritain l'a torturée.
- A tes risques et périls, claque-t-elle soudain.
Le téléphone de la petite vibre et quand elle le sort. Une vidéo s'affiche.
- Attends, l'arrête soudain la petite. Ça se finit comment ?
- Ça se finit bien, lui assure-t-elle.
Et la vidéo se lance. Louisa écoute attentivement. La femme qui interroge sa mère est corpulente, son chignon trop serré, elle est flippante. Quand tout cela est-il arrivé ? Elle voit soudain la date en bas de la vidéo. Octobre 2010. Elle n'avait même pas un an. Et ça commence mal pour sa mère. Mais Ariane a raison, sa mère rend ça presque amusant. Louisa se bouche les oreilles quand elle hurle, mais deux secondes après elle parvient à sourire face à ce qu'elle ose dire à la femme qui lui fait du mal. Et Lou en tire une grande leçon ! Quoiqu'il arrive, quoiqu'il se passe, il ne faut jamais se renier. Sa mère lui avait fait promettre de ne jamais abandonner. Elle-même n'a pas abandonné face à Control. Ariane a eu raison, ça se finit bien pour sa mère. Control, trop sûre d'elle-même avait fini par faire une erreur. Le téléphone sur la table. Sa mère avait compris le morse et elle avait gagné.
La vidéo se coupe et le silence de la petite angoisse l'IA qui se demande si tout cela n'est pas une mauvaise idée au fond.
- Ariane ? appelle soudain la gamine.
- Oui Loulou ?
- Maman va bien ?
- Elle est vivante.
- Il va commettre une erreur ?
- 69,32% de probabilité. Et ça augmente encore.
- Je voudrais que tu fasses quelque chose pour moi.
- Bien sûr Loulou.
- Tu peux m'apprendre le morse ?
L'IA se sent mieux.
- Je peux faire beaucoup de choses Loulou. Et ceci en fait partie.
C'est dur. Très dur. Louisa a du mal mais elle se concentre. Ça l'occupe, elle ne pense pas pendant ce temps. Surtout qu'elle ne pense pas. Pas à Root. La petite tapote quelques lettres sur son téléphone. Elle se trompe beaucoup. Ariane est gentille et patiente à son oreille. Louisa recommence. Elle se fatigue énormément.
- On arrête, décide Ariane au bout d'une heure.
- Non, chouine Louisa. Je veux continuer.
- Tu n'es plus concentrée, on recommencera plus tard je te le promets. Et il y a quelqu'un qui vient pour toi.
- Shaw ? espère la petite en se levant d'un bond et en regardant tout autour d'elle.
Mais ce n'est pas Sameen. Elle lui fait de grands signe de la main en courant vers elle. Elle a un large sourire auquel il manque quelques dents.
- Louisa, murmure-t-elle totalement essoufflée en arrivant près d'elle.
Les beaux yeux bleus lui sourient. Eve adore ses yeux.
- T'es toute seule ?
- Je promène le chien.
Elle ne lui dit pas que ça fait des heures. Balou est allongée à ses pieds et ne bouge plus.
- Tu viens gouter ? lui demande Eve surexcitée. Je te cherchais. Maman a dit que si tu voulais … Elle a fait des gâteaux.
Lou sourit en se mordant les lèvres. Ses yeux pétillent. Madame Grunberg fait de supers gâteaux. Déjà la dernière fois quand elle avait passé l'après-midi chez elle. Ça soulageait un peu Shaw de sa présence quand Louisa pouvait s'éclipser chez sa nouvelle amie. Ariane avait été heureuse de l'intégration de la petite. Louisa adore Eve et ses parents sont très gentils aussi. Les deux fillettes jouent souvent ensemble. Eve a beaucoup de poupées, une énorme dinette et elle adore jouer à la maman avec tout ça. Et Lou qui n'aime normalement pas trop ça, s'est laissée prendre au jeu. Finalement elle n'a pas trouvé ça trop désagréable. Eve était un an plus jeune qu'elle et parfois Louisa la trouvait un peu bébé. Ou alors c'est elle qui a muri un peu vite pour son âge. Elle avait parlé d'Eve à sa mère au téléphone. Elle lui avait dit que c'était bien qu'elle soit plus jeune qu'elle parce qu'elle voulait s'entrainer pour être une bonne grande sœur. Root n'avait pas répliqué sur le coup et elle lui avait finalement dit avec le plus grand sérieux de ne pas dire ce genre de chose devant Sameen lui rappelant qu'actuellement elle ne veut toujours pas du bébé. Le sujet inquiète Louisa et elle en avait fait part à sa mère. Mais Root avait été clair, c'est à Sameen de décider et elle lui a interdit de la harceler avec ça. Il ne fallait pas lui mettre la pression ou elle se braquerait. Lou avait été d'accord, elle lui avait pourtant raconté qu'elle parlait le soir à la petite sœur dans le ventre de Shaw, qu'elle lui racontait des histoires et que Shaw n'avait rien dit. Root avait trouvé que c'était une bonne idée, ou en tout cas que si Sameen n'y voyait pas d'objection elle pouvait continuer. Louisa était angoissée quand elle demandait ce qui arriverait au bébé et que Root ne lui répondait pas. Elle était triste que personne n'aime la petite sœur, alors elle, elle avait décidé de l'aimer. Mais ça la rend triste et elle préfère parler d'Eve à sa mère. D'Eve. De ses parents gentils. Des gouters. De leurs jeux. Mais surtout de la cabane dans l'arbre qu'Eve a dans son jardin. La superbe cabane en bois à Eve. Rien qu'à Eve. Mais elle y a invité Louisa la dernière fois. Lou a adoré. Monter aux arbres, elle aime déjà beaucoup mais carrément y rester … Il y avait des coussins disposés autour d'une toute petite table nappée, des poupées et une dinette évidemment.
Lou regarde Eve en se mordillant la lèvre inférieure.
- On pourra goûter dans la cabane qui est dans l'arbre comme la dernière fois ? demande-t-elle envieuse.
Eve acquiesce vivement en souriant. Et elles se lèvent toutes les deux, suivies du chien. Le vent monte très vite.
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Martine sourit en tournant et retournant encore la lame tranchante. La même qu'elle avait utilisé sur Sameen. Lambert l'observe, le visage neutre. Il ne sourit plus trop en ce moment et n'affiche plus qu'un air ennuyé, blasé. En réalité il est terrifié. La lame se fige soudain dans le bois de la table et il sursaute un peu alors qu'elle se lève de sa chaise sans lui prêter d'attention.
- C'est long, râle-t-elle sans pour autant se départir de son sourire.
- Ce que tu peux être impatiente, s'amuse-t-il en allumant sa cigarette.
Il range son briquet soigneusement dans sa poche.
- Toujours quand je sais que je vais m'amuser, rétorque-t-elle ravie en caressant la balle en caoutchouc du bâillon qu'elle va très bientôt utiliser sur sa victime.
Pas question de laisser Samantha la tourner en ridicule. Elle n'allait pas dire un mot ce soir. Juste serre les dents et gémir. Tout en caressant un chalumeau du bout des doigts, Martine se demande un instant si elle va l'intéresser autant que Shaw. Si elle va l'intéresser de la même manière. Après tout elle pourrait bien goûter un peu à la marchandise. Comprendre ce que Shaw lui trouvait. Elle déclenche une fois l'appareil et la flamme en sort impitoyablement brulante. Puis elle l'éteint en souriant largement, ravie qu'elle est d'avoir enfin trouver l'objet dont elle a tant parlé à Sameen pendant des mois. Elle lui avait promis de trouver un objet, mais elle n'arrivait pas à se décider entre tranchant et brulant. Maintenant elle sait que ce qui est couper guérit mieux que les brulures dont la douleur est aussi beaucoup plus insidieuse. C'était l'objet parfait, celui qui allait lui permettre de briser Samantha Groves. Sans compter qu'après cela, jamais plus elle n'aurait de relations sexuelles. Ni avec Shaw ni avec personne d'autre. Sameen se détournerait enfin d'elle qui sait ?! Martine se promet de bien s'appliquer à réduire en cendre tout ce à quoi elle aura accès. Elle ne lui posera même pas de question. Elle va juste l'abimer un maximum possible là où ça peut le plus intéresser Shaw. Briser Root. Les briser elles. Car même si ce n'est pas tout ce qu'elles sont, c'est une bonne base dans leur relation. Le sexe comme expression de leur amour ! Tss Shaw ne se contiendrait pas. Martine le sait, elle la connait trop bien. La petite brune irai se contenter ailleurs et ça briserait le mignon petit cœur d'artichaut de Root. Elles finiraient par se haïr. "Hum, oui ça pouvait être intéressant " pensa-t-elle en souriant sadiquement. Ou alors peut-être qu'elle la tuera tout simplement.
- J'ai hâte, souffle-t-elle extatique en lâchant ses jouets. Pourquoi est-ce si long ?
Elle commence à marcher dans la cabane étroite. Jeremy regarde sa montre, c'est vrai que c'est long. Leroux devrait déjà être là. Il aurait bien envie d'aller voir ce qui se passe. Mais on leur a interdit de bouger de cette cabane aux dernières nouvelles. C'est John Greer qui devra venir pour leur donner le signal de départ. En attendant tous les contacts étaient coupés. Le lieu état prévu pour. Aucune couverture. Ni pour eux, ni pour l'IA de Root. Cet endroit avait déjà servi pour transformer Maryann Holst en Mme Thompson. Martine avait aussi été très convaincante.
- Ce que ce sera amusant, ricane méchamment la blonde. Elle va enfin avoir un aperçu de ce que j'ai fait à sa précieuse Sameen. Depuis le temps que je veux qu'elle sache dans les moindres détails.
Elle s'arrête soudain de marcher.
- Tu crois qu'elle va pleurer ? s'amuse-t-elle en se tournant vers lui.
Il hausse les épaules, indifférent.
- Tu veux … participer, murmure-t-elle en insistant sur le mot. Comme la dernière fois avec Shaw. Peut-être que tu auras plus de succès.
Il serre les dents de colère mais secoue la tête.
- Dommage, boude-t-elle, ça aurait été super excitants.
Elle se remet à faire les cents pas en souriant largement. Jeremy l'observe. Lui est très calme, appuyé debout contre un mur de bois, il préfère fumer sa cigarette tranquillement, ça le détend un peu. Au bout d'un moment la blonde s'arrête et le regarde expirer la fumée et soudain elle lui sourit.
- Ça ne t'intéresse pas ? demande-t-elle soudain.
Il hause les épaules, sachant très bien de quoi elle parle.
- Je veux dire … Elle est enceinte de toi.
Il sent son cœur accélérer de peur. Il a toujours redouté Shaw. Et plus encore maintenant qu'elle est libre et plus attachée dans une pièce sans défense possible. Elle devait le haïr pour sa situation. Il essaie de ne pas y penser, de ne pas penser au fait qu'elle pourrait être à sa recherche en ce moment même pour lui faire payer chèrement sa grossesse.
- Tu voudrais jouer un rôle ? demande-t-elle.
Il fronce les sourcils sans comprendre et elle s'en rend bien compte. Elle claque sa langue d'impatience avant de lui préciser le fond de sa pensée.
- Pour l'enfant.
- En quoi il est censé m'intéresser ? demande-t-il sincèrement.
C'est vrai qu'il s'en fiche du bébé. Tout ce qu'il souhaite, lui, c'est que Shaw soit rattrapée très vite et qu'il ne la recroise pas à moins qu'elle ne soit particulièrement bien maitrisé. Comme ce fût le cas ce jour-là. Il déglutit. Il y avait pensé le jour il avait appris la nouvelle de sa grossesse. Il avait repensé à cet après midi pluvieux où il était passé à l'action. Il avait lu le mépris dans son regard. La douleur aussi mais la haine plus forte que toutes les souffrances et les humiliations vécues dans cette chambre. Elle n'avait pas pu bouger. Et de toute façon, elle n'avait même pas gesticulé quand il s'était installée sur elle. Elle n'avait ni crié ni dit un mot. Elle avait tourné la tête vers le mur et son regard vide de froideur avait décortiqué ce dernier point par point, attendant avec impatience que ça se termine. Lambert en avait été furieux, vexé. C'était une humiliation pour lui. Alors que ça aurait dû l'être pour elle. Elle avait gagné la manche ce jour-là. Elle les perdait face à Martine. Mais face à lui elle avait réussi à le faire se sentir minable, à faire en sorte qu'il n'aime pas ce qu'il faisait. Jeremy se souvient qu'il n'avait vite plus trouvé ça très excitant. Martine elle, ne se sentait jamais minable après ce qu'elle lui faisait. Elle y retournait encore et encore sans jamais se lasser. Jeremy s'était tellement ennuyé qu'il se souvient du bruit de la pluie battante qui tambourinait contre le carreau. Seul bruit dans la pièce si on exceptait les siens alors qu'il la pénétrait avec violence et que ses mains lui tordaient les chairs. Elle n'avait pas bronché, elle s'en fichait. Il s'était rendu compte qu'il était particulièrement pathétique. Mais on lui avait ordonné d'aller jusqu'au bout. Aurait-il obéi s'il avait su les conséquence d'un tel rapport ? Oui sans doute. Il avait trop peur de désobéir à Samaritain. En attendant il ne souriait plus autant qu'avant. Cette situation … c'est lui qui l'avait engendré et il refuse clairement d'en assumer les conséquences. Martine avait fait pire que lui. Shaw était surement bien plus en colère contre elle que contre lui avant d'apprendre qu'elle allait avoir un bébé. Mais maintenant … Il tremblait de peur, se réveillait la nuit en sursaut persuader de la voir tapie dans l'ombre prête à l'égorger. Il était dans une situation plus que délicate. Mais il suffisait que sa collègue récupère Sameen pour que lui retrouve le sommeil.
- Donc tu me le laisses avec la mère ? sourit Martine.
- Tu me demandes mon avis ? sourit-il.
Sourire qu'elle lui rend.
- Tu peux avoir les deux si ça te fait plaisir.
On dirait qu'il vient de lui offrir le cadeau rêvé de noël.
- J'ai hâte que Groves soit là.
Lambert pince des lèvres.
- Elle ne parlera pas.
- Oh je sais, sourit-elle. Mais …
Elle sort son téléphone.
- … toi tu filmeras. Et une fois sorti d'ici on l'enverra à leur machine pourrie et je n'aurai même pas besoin de chercher ma chère Sameen. C'est elle qui viendra toute seule.
- Et après ?
Elle hausse les sourcils.
- Après pour ce qui est de Sameen et de son enfant, ça me concerne.
- Tu ne vas pas les tuer, devine-t-il.
Son sourire carnassier manque de lui donner les chocottes pour de bon mais il reste impassible.
- Tu t'inquiètes ?
- Non, avoue-t-il. Je me demande c'est tout.
Comme d'habitude. Un voyeur malsain curieux qui adore se complaire à la regarder souffrir.
- J'ai super envie d'elle, lâche-t-elle enfin en souriant toujours aussi méchamment.
"Ça n'est pas nouveau" pense Lambert.
- Même comme ça ? demande-t-il surpris.
Elle s'approche et se penche vers lui tout en lui retirant sa cigarette des mains. Elle inspire une bouffée et expire la fumée dans sa figure. Il ne bronche pas.
- Surtout comme ça, chuchote-t-elle. Tu n'as pas idée de tout ce que j'ai rêvé de lui faire depuis que je sais qu'elle est enceinte.
- Je ne comprends pas, avoue stupidement Lambert.
- Tss, râle-t-elle en reculant et en écrasant la cigarette au sol. Ça va rendre le tout beaucoup plus excitant. N'as-tu donc pas d'imagination ?!
"Pas assez visiblement" pense-t-il avec soulagement. Il la regarde refaire les cents pas, vérifier une énième fois son matériel. Jeremy se demande si Root mourrait ce soir … Shaw en serait-elle affectée au point de perdre totalement pied et de devenir une faible chose à simplement capturer. Ou deviendrait-elle une furie qui prend les armes et détruit tout sur son passage ?
Sa collègue est bien loin de ses inquiétudes et de ses considérations. Il lui suffit de fermer les yeux pour la voir dans cet endroit qu'elle a prévu à son intention. Elle rêve souvent de Shaw, de ce qu'elle lui fera. Elle voit tout dans les moindres détails quand elle ferme les yeux. Cette fois elles serait douce, très douce. Pas question de la brutaliser immédiatement, il faudrait la ménager. Prendre soin d'elle tout en la gardant soumise à ses désirs. Dans ses fantasmes elle se voit l'attacher pour pouvoir s'occuper d'elle comme elle le souhaite et pour que Shaw n'ait pas son mot à dire. Elle se voit goûter ses lèvres, caresser la peau de son corps. Un corps qu'elle souhaite voir se transformer. Voir sa fureur face à quoi elle ne pourra pas échapper. Sa fureur et peut-être même son désespoir. Mais surtout elle se voit la maltraiter psychologiquement, la menacer là où elle sera susceptible de plier. Le bébé. Shaw est bien loin de se moquer de ce genre de chose et Martine le sait. Elle se rappelle de Mia, de la relation qu'elle l'a vu avoir avec Louisa. Jamais Shaw n'accepterait qu'un innocent paye pour sa désobéissance. Elle pourrait ainsi obtenir tout ce qu'elle voulait d'elle. Et de Shaw … elle veut en obtenir de bien nombreuses choses. Rousseau veut obtenir bien plus qu'un corps froid, distant et haineux. Elle veut Sameen en entière. Ses cris, son plaisir, son désir. Elle la veut en entière. Elle veut qu'elle cède à ce fantasme. Leur fantasme. La scène est ancrée dans sa tête et elle se promet de lui donner vie très bientôt. Pas question qu'elle passe à côté de tout cela. Une si belle occasion ! Il faut que ce soir elle soit particulièrement convaincante en s'occupant de Root. Sameen n'en viendrait que d'autant plus vite la rejoindre !
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Greer observe la vue par le hublot tout en sirotant sa tasse de thé. L'avion a déjà entamé sa descente. Dans une heure, Samaritain aura atteint son but, et dans deux heures il sera avec Root. Tout contact avec l'agent Leroux est coupé depuis une petite heure. Et c'est une excellente nouvelle. Avec cette cabane isolée au fin fond des bois et avec le brouilleur installé pour cette planque, elle pourrait toujours hurler et appeler à l'aide sa Machine ne l'entendrait pas. Et nul doute qu'avec l'agent Rousseau, elle allait crier à un moment ou un autre. Mais avant Root, c'est de leur cible dont il devait s'assurer. Le vieil homme sourit dans la voiture qui le mène à l'ambassade. Tout s'est parfaitement déroulé comme prévu. Samaritain avait raison. Même si elle avait pressenti le piège, Root avait foncé tout droit dedans. Martin Leroux avait été très compétent. Et si Blackwell menait sa propre mission à therme avec succès, alors il aura lui aussi prouvé son utilité dans cette cause.
Greer descend à l'ambassade.
- Philip Hayes, annonce-t-il à l'entrée.
On lui sourit et on le laisse entrer. Quelques personnalités à saluer. Sourire aimablement et faire la conversation quelques instants. Puis il s'approche.
- Un verre de whisky monsieur ?
Il se tourne et l'observe sans rien laisser paraitre.
- Sec, précise-t-il en lui tendant un verre.
Greer l'accepte de bon cœur et Jeff reste à côté de lui. Il en boit une gorgée. Excellent. Même s'il n'aime pas trop le boire sec. Ça gâche les aromes d'un si bon crue. Mais le message est celui qu'il attendait.
- Dans combien de temps ?
Blackwell observe sa montre.
- Dans 14 minutes.
- Parfait, sourit Greer.
Le vieil homme avale le reste de son verre qu'il lui tend une fois vide.
- Parfait, répète-t-il en s'éloignant.
Il n'a plus rien à faire ici. Il veut voir Root. Ils ont des tas de choses à se dire. Elle n'imagine même pas.
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Et elle n'imaginera pas. Shaw n'en revient pas de la vitesse à laquelle elle s'est préparée dans le taxi. Elle a franchement fulminé quand le chauffeur s'est rincé l'œil dans le rétroviseur alors que Root se changeait à l'arrière. Collant, robe, escarpin, maquillage, coiffure. Le tout dans des montées et des descentes sous une conduite sportive. Elle avait payé pour ça. Devant la belle grosse liasse de billets tendue, le chauffeur n'avait pas cherché à discuter.
Et c'est ainsi que vingt minutes plus tard, elle descend de cette voiture dans un état proche du splendide. Très loin de Natalia Alieva, elle est à nouveau pleinement entrée dans son nouveau personnage. Claire Vaughn, interprète déléguée par l'ONU. Elle sourit à la femme qui tient un bordereau à l'accueil et à qui elle donne son nom. Elle lui sourit en retour et la laisse entrer.
Elle évite de justesse Greer qui quitte la soirée au moment où elle la rejoint. Elle est censée traduire un discours du président américain dans vingt minutes. Sauf qu'il sera mort avant. Dans 12 minutes précisément. Ariane lui a confirmé, après avoir entendu la conversation entre l'agent Blackwell et John Greer.
Root attrape un verre de champagne et le porte à ses lèvres en observant les lieux. Elle les scanne très rapidement et avec une justesse propre au caractère brillant de son esprit. Elle repère en premier le dispositif de sécurité qui est conséquent mais inutile. Les caméras offrent peu d'angles morts comme elle l'avait remarqué lors de leur installation alors qu'elle nettoyait le sol. Des guignols de la CIA et du SVR sont postés partout avec leurs oreillettes et chuchotent des informations sans intérêt au creux de leur poings serrés dans un geste qui leur semblent discret. De parfaits pingouins dans leurs costumes seraient plus crédibles que ces pantins accrédités. En deuxième, c'est Blackwell qu'elle remarque, fondu ou plutôt perdu au milieu des nombreux invités. Lui aussi scanne les lieux, mais si négligemment qu'il ne la remarque pas alors qu'elle lui tourne le dos au moment où il glisse son regard sur elle. Ariane lui indique quand elle peut à nouveau se tourner.
- 11 minutes Root, l'informe-t-elle.
L'interface avale le reste de son champagne tout en observant Jeffrey. Il a l'air calme, serein. Sure de lui. Cette constatation la fait sourire. Evidemment elle est censée être au fin fond d'un trou en train de se faire battre à mort. Samaritain n'a-t-il pas constaté sa disparition ? Ni celle de son agent ? Mais ça ne saurait tarder. Toujours est-il que c'est étrange ! Et tout à l'heure … Root fronce les sourcils. Elle avait perdu le contact avec Ariane dans la forêt où Martin Leroux s'était arrêté. Un lieu isolé, sans réseau d'aucune sorte. Où personne ne pourrait la retrouver. Où Ariane ne pourrait pas la retrouver. Pas de contact avec Ariane. Mais pas de contact non plus avec Samaritain. Il ne savait pas qu'elle avait neutralisé Leroux et qu'elle s'était échappée. Elle avait eu plusieurs coups de retard cette semaine, ne remarquant pas que Leroux l'observait. Mais ce soir, là maintenant tout de suite, c'est elle qui a un coup d'avance sur Samaritain.
- 10 minutes Root.
L'interface prend un amuse-bouche sur un plateau qu'un serveur blond lui tend négligemment. Ses beaux yeux verts le frappent une demi-seconde. Elle lui fait un clin d'œil et il rougit furieusement ce qui l'amuse une seconde. Puis elle se concentre à nouveau sur Blackwell. Il a l'audace de sourire alors qu'il va tuer un homme ce soir. Root avale sa bouchée de travers. Elle a déjà croisé Jeffrey. C'est un lâche, un peureux. Il ne tuera pas en public, il n'en a pas le cran. Comme il n'a pas eu le cran de regarder ce matin là Martine agresser Sameen. Un lâche, un pourri, un minable. Et s'il s'apprêtait à tuer, il ne serait pas aussi serein.
- 9 minutes, qu'est-ce que tu fous ? Tue le.
Cette fois c'est Shaw. Ariane aussi ne comprend pas l'hésitation de son interface.
- Ça colle pas, grince cette dernière entre ses dents sans cesser d'observer Jeffrey.
Il fouille nerveusement du regard la salle avant d'immédiatement revenir vers un point. Puis son regard repart négligemment, atterrissant sur un point et il refait ce même manège inlassablement. Nerveusement. Inconsciemment. Ce type n'a rien d'un agent. Un débutant. Root suit son regard. Trois coups d'œil et elle comprend qui il surveille. Un serveur grand, baraqué, la trentaine, chauve, les yeux marrons. Blackwell lève la main pour l'appeler. Root l'entend lui commander un whisky qu'on lui sert. Elle lève les yeux au ciel, ce crétin n'a que soif. Il sirote son verre et Root meurt d'envie de piler le verre pour le lui faire avaler après l'alcool, rien que pour lui brûler davantage la gorge. Et elle se lance, sortant son téléphone.
Blackwell s'isole de la pièce dans un couloir désert adjacent. Il observe les alentours de nombreuses fois mais il est seul. Samaritain le lui confirme. Et il active la communication de son oreillette.
- Colis livré, informe-t-il. Réussite de l'opération dans moins de cinq minutes. Quels sont les ordres monsieur ?
Pas de réponse. Il fronce les sourcils.
- Monsieur ?
Cette fois le silence l'inquiète. Il y a un problème. Il sort son téléphone de sa poche mais il n'a pas le temps de regarder l'écran.
- Ta batterie est morte Blackwell, sourit-elle dans un souffle à son oreille en enfonçant le canon de son arme dans ses reins.
- Putain de merde, bondit-il soudain mort de peur.
Il en lâche son téléphone. Et déglutit. Root lui attrape son verre au passage, armé d'un sourire des plus mauvais.
- Groves, parvint-il à lâcher.
- Chut, tu vas ameuter du monde, s'amuse-t-elle en chuchotant. Ce serait dommage, minaude-t-elle. Moi qui pensait qu'entre nous ça pouvait devenir plus intéressant.
- Quoi ? articule-t-il comme un débile.
Elle le retourne et le plaque dos au mur. Elle lui sourit largement alors qu'elle lui fait face et se colle à lui en enfonçant son arme dans son estomac.
- Oh Jeffrey, susurre-t-elle dans son oreille. Tu ne vas pas me dire que tu n'as rien remarqué. Le train, le Pentagone, le Wisconsin … Chacune de nos rencontres est si intense ! Et moi, j'adore quand c'est … intense. Quand ça va de plus en plus loin. Très loin. Trop loin … Je parie que tu adores ça toi aussi hum ? Vous adorez tous ça, c'est même pour ça qu'il vous recrute, je parie, finit-elle avec rage en martelant chaque mot avec violence.
Il déglutit si fort que le bruit ressemble à celui d'un conduit d'évacuation des eaux usées. Et elle jubile d'autant plus. Jeffrey est terrifié. Il respire par saccade.
- Je lui ai pas fait de mal, lâche-t-il dans un souffle. C'était pas moi. Je ne l'ai pas mise enceinte. Je l'ai même jamais touchée.
Elle se crispe et l'arme entre encore de quelques millimètres de profondeur dans son ventre.
- Mais t'aurais bien aimé pas vrai ? siffle-t-elle dans son oreille.
- N … Non, bégaie-t-il apeuré. Je suis pas comme ça.
- Tu es exactement comme ça, rétorque-t-elle méchamment dans un souffle brûlant de haine. Tu ferais n'importe quelle saloperie s'il te l'ordonnait.
Il déglutit et ne répond rien. Lui mentir ne sert à rien, elle va lui faire la peau quoiqu'il arrive.
- Comme descendre le président américain, finit-elle. Dis moi comment tu comptes t'y prendre ?
Elle le fouille un instant. Mais il ne porte aucune arme. Aucune. Elle fronce les sourcils. Avec quoi compte-t-il commettre son crime ?
- Hein ? le relance-t-elle furieuse alors que le temps presse. Comment ?
Il sent sa colère. Son petit air moqueur et supérieur de tout à l'heure l'a quittée. Elle n'a pas le temps de le torturer et si elle le tue elle n'aura aucune information. Il sourit voyant une issue possible, soudain soulagé.
- Tu arrives trop tard. Le produit agira très vite. Tu ne pourras rien faire. Et si tu me tues maintenant …
- Il vivra, finit Root dans un souffle. Ainsi que de nombreuses autres personnes.
Il déglutit mal mais serre les dents.
- Tue moi mais ça ne changera rien.
Elle se recule et sourit d'un air si mauvais que ça ferait mourir de peur n'importe qui. Mais Blackwell ne la regarde pas. Il n'y arrive pas, il transpire la peur par tous les pores. Ça concorde si peu avec sa dernière phrase, il est ridicule. Peureux.
- Très bien, s'amuse-t-elle en chargeant son arme. Tes désirs sont des ordres mon cher Jeffrey.
Et elle presse la gâchette.
- Non, supplie-t-il alors que quelques larmes lui échappent.
Mais il ouvre les yeux et la regarde terrifié alors que le tir n'est pas parti. Elle sourit largement, son arme n'est pas chargé. Mais une odeur particulièrement désagréable d'urine s'élève. Elle l'observe une demi seconde avec moquerie et dégout avant de le frapper le plus violemment possible à la tempe avec sa crosse. Il s'effondre au sol, Root verse le contenu de son verre sur sa veste. Ça sera plus crédible. Elle quitte le couloir pour rejoindre la salle de réception quand un agent de la sécurité vient vérifier les lieux. Il voit Blackwell à terre, puis il la regarde en haussant les sourcils comme un débile. Elle sourit tristement.
- Comment on peut gâcher un si bon whisky ?! s'indigne-t-elle avec emphase.
L'agent lui sourit largement et s'avance vers Jeffrey pendant que Root rejoint la réception. Le discours commencera dans une ou deux minutes tout au plus. Elle doit faire vite. Elle réfléchit à toute allure. Ça n'est pas Blackwell le problème. " Le produit agira trop vite ". Un produit destiné uniquement au président, il ne s'agit pas d'un poison versé dans les coupes de champagnes. Samaritain ne veut pas empoisonné tout le monde. Sa frappe est calculée. Chirurgicale. Et au bon moment. Il mourra lors de son discours. Un produit lui sera administré juste avant. Mais comment et par qui ? Elle pince des lèvres, l'homme n'est pas loin d'elle. Il sourit, discute, serre des mains. Le dispositif de sécurité qui l'entoure est phénoménale. Jamais elle ne pourra tenter une approche. Il s'approche de la scène. Et Root ne sait toujours pas quoi faire. Blackwell avait l'air calme. Il n'allait tué personne. Un autre allait le faire à sa place. Jeff en avait été lâchement soulagé. Car l'acteur du crime serait descendu à la seconde après son geste. Elimination de toutes les preuves, de tous les témoins et le scénario de Samaritain serait parfait. Une guerre éclaterait. Root décide de prendre le problème à l'envers et elle scanne sur regard tous les invités. Ils rient, insouciants et se dirigent vers l'estrade où le président va faire son discours d'un moment à l'autre. Root est calme et les observe tous. Elle s'arrête soudain sur un homme qui observe le président trop attentivement.
- Bien sûr, réalise-t-elle.
C'est le serveur qui a servi son whisky à Jeffrey. Il tient une minuscule chose. Elle fronce les sourcil. C'est tout petit, transparent. Un truc brille une demi seconde à l'extrémité. Pointu en fer. Une seringue. Et Root ferme les yeux pendant une seconde. Une seconde pas plus. Une seconde où elle perçoit la scène qui lui a échappé.
Il lève le doigt négligemment. C'est le signal. L'homme s'approche. Jeffrey lui sourit.
- Un whisky je vous prie.
Un verre échangé contre cette minuscule seringue.
Elle rouvre les yeux. Et observe le poing où est dissimulé l'objet. Si petite, et pourtant si meurtrière. Elle attrape une nouvelle coupe de champagne sur un plateau qui passe.
- Mesdames et messieurs, merci de vous approcher de l'estrade. Les discours officiels débuteront dans quelques minutes.
Les journalistes sont déjà tous serrés au premier rang. Loin de là, le président serre encore quelques poignées de main en souriant. Ses trois gardes du corps restent en retrait. Le président américain parle et discutent avec cinq autres hommes. Root reconnait vaguement le secrétaire de la défense américaine, le secrétaire à l'intérieur, le ministre de l'intérieur russe qui part avec le chef de la sécurité de l'ambassade Upplotitov au moment où elle s'approche d'eux, et elle ne connait pas le dernier. L'assassin se dirige vers eux mais il n'est pas important. Elle s'approche discrètement, sirotant son verre au passage et s'arme de son plus beau sourire.
- Messieurs, intervient-elle au milieu de leur conversation. Je suis réellement navrée de vous interrompre. Je me présente Claire Vaughn, enchaine-t-elle avec un petit sourire en serrant leur main l'une après l'autre alors qu'ils lui sourient tous aimablement. Je suis l'interprète déléguée par les nations unis. C'est un véritable honneur.
- Vous allez pouvoir nous aider, s'amuse de secrétaire de la défense américaine. J'imagine que vous êtes en mesure de traduire.
Elle hausse les sourcils sans cesser de sourire et se tourne vers le ministre de l'intérieur russe. Elle l'écoute attentivement sans cesser de se renseigner sur la position du meurtrier qu'Ariane lui transmet. Il est derrière elle et s'approche. Root se tourne vers les trois autres hommes.
- Il demande si cet excellent champagne est un Krug ou un Heidsieck ?
Un léger blanc s'installe et soudain le président américain éclate de rire.
- Le Ritz-Carlton n'aurait pas sacrifié tant de bonnes bouteilles pour cette soirée j'imagine, suppose-t-il.
Root lui sourit en acquiesçant doucement. Et le président fronce les sourcils.
- Vous connaissez cette histoire n'est ce pas ?
- Le navire qui fait naufrage en 1916 avec à son bord les 200 bouteilles de ce succulent champagne Heidsieck qui furent retrouvées 80 ans plus tard, et qui valent aujourd'hui une fortune. Oui j'en ai entendu parler.
Il sourit encore plus largement.
- Je ne crois pas que la valeur de cette soirée tienne à son champagne, lui signifie-t-elle. J'ai hâte de traduire votre allocution monsieur.
Il hoche la tête et lui tend une main sincère.
- C'est un plaisir de vous connaitre madame Vaughn.
Elle sourit une dernière fois et, alors que les autre hommes s'éloignent, elle se détourne pour se trouver face au serveur qui prend son élan. Et elle le percute tout en lui jetant le reste de son verre de champagne en plein dans les yeux. L'homme crie de douleur en reculant. Ils portent ses deux mains à son visage sur ses yeux qui le brûlent. Deux mains vides. La seringue est tombée au sol avec la flute de champagne fracassée de l'interface.
- Oh, s'écrie Root. Je suis vraiment navrée, affirme-t-elle en s'avançant de deux pas vers lui.
Elle écrase de son talon haut la seringue au passage et la réduit en débris se mélangeant à ceux de son verre brisée.
- Je ne vous avais pas vu.
Elle se penche vers lui feignant de se soucier de son état alors que tous les invités passent près d'eux pour se rapprocher de l'estrade. Personne ne s'intéresse à eux.
- Bien essayé, souffle-t-elle à son oreille équipée. Mais c'est raté.
L'homme ouvre de grands yeux surpris, rougis par la brulure. Il tente de fixer son regard flou sur cette femme mais elle s'éloigne déjà. Le temps de retrouver pleinement la vue, elle a disparu. Qui est-ce ? A quoi ressemble-t-elle ? Il voit les débris de verre au sol dont la seringue et il pâlit. Que faire maintenant ? De nouvelles instructions lui parviennent dans l'oreillette. Samaritain a reconnu sa voix et le moins qu'on puisse dire c'est qu'il n'en revient pas. Il lui envoie une photo d'elle, l'incitant à la trouver rapidement pour la capturer sans la rendre hors service et il lui demande de trouver un moyen quelconque mais rapide pour tuer la cible. Alors il cherche. Soudain il la repère sur l'estrade, juste à côté de sa cible.
Mais c'est trop tard, les hommes politiques sont sur l'estrade devant les caméras. Des discours officiels, qu'elle traduit à la perfection dans les deux langues, s'ensuivent déblatérant des excuses concernant l'affaire Tolodia désormais décrite comme une vaste conspiration visant à détruire la solide amitié russo-américaine. Puis vient la remise des cadeaux diplomatiques afin de marquer l'événement comme la pose d'une nouvelle pierre au pont reliant leur deux pays. Qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre ?! Un vraie ramassis d'ânerie. Des applaudissements retentissent quand l'ambassadeur russe et le président américain se serrent la main.
Elle descend de l'estrade et il la perd de vue quand elle se noie dans la foule qui se disperse. Il observe sa cible, de nouveau trop bien protégée. Hors d'atteinte. Alors Samaritain choisit une autre option. Un message lui parvient et il suit l'homme en question. Ariane sort le numéro de Serguei Kisliak une demi-seconde plus tard. Et Root le cherche sans le trouver. Ariane repère l'homme grâce à son téléphone portable et guide son interface. Serguei s'est isolé dans son bureau deux étages plus haut pour rendre un rapport par téléphone de la situation au président russe qui est à Moscou.
- spasibo, ser, ya prishlyu vam svoy otchet segodnya vecherom, l'entend-t-elle dire à son interlocuteur. [merci monsieur, je vous enverrai mon rapport ce soir].
Le silence s'ensuit puis …
- A vy kto? [Qui êtes-vous ?]. Chto ty zdes' delayesh'? [Qu'est-ce que vous faites ici ?]
Sa voix passe de assuré à paniqué. Elle l'entend au fur et à mesure qu'elle se rapproche de la pièce.. Puis …
- Ne, supplie Serguei Kisliak, chto ty delayesh' ? STOP ! [Non, Qu'est ce vous faites ? ARRÊTEZ !]
Elle entre brutalement dans la pièce pour voir l'ambassadeur russe allongé dos au bureau tenu fermement par le serveur qu'elle a aveuglé tout à l'heure. L'homme appuie un couteau de cuisine sur sa gorge, près à la trancher. Il n'en a pas eu le temps. Quand Root est entrée dans la pièce, il s'est arrêté en plein mouvement pour se tourner vers elle.
- Vse yeshche ona, siffle-t-il. [Encore elle !].
Puis il sourit face à ce que Samaritain lui annonce. Il se tourne à nouveau vers l'ambassadeur qui pleure comme un petit enfant. Le sang perle déjà et l'agent de Samaritain s'apprête à lui trancher la gorge. Il garde son sourire aux lèvres alors qu'il se lance dans sa funeste tâche. Son sourire cruel est la dernière choses qui restera gravé sur son visage alors que le couteau de Root l'atteint en pleine gorge. Il meurt sur le coup, sans même avoir le temps d'être surpris. Il semble figé en équilibre quelques secondes durant lesquelles il titube puis il s'effondre lourdement au sol telle une marionnette dont on aurait coupé les fils.
Serguei l'observe abasourdi. Il se remet debout en se massant la cou où son sang a coulé tâchant sa belle chemise blanche. Il observe Root qui est toujours à l'entrée de la porte. Elle a le visage vide de toute expression. Serguei se saisit d'un talkie-walkie …
- Je ne ferai pas ça si j'étais vous, l'arrête calmement Root.
Il se tourne vers elle, puis vers le cadavre à ses pieds et enfin à nouveau vers elle qui n'a toujours pas bougé. Il a l'air complétement perdu et terrifié.
- Cet homme …, bafouille-t-il. Il a essayé de me tuer. Et vous … Il faut prévenir la sécurité. Les américains … ils ont … Cet homme …
Il semble en proie à la fois à une grande colère et a une grande peur.
- Comment ont-il pu … ? Durant une soirée aussi importante. Aucune paix ne sera jamais possible avec ces gens-là, siffle-t-il furieux.
Il approche l'appareil de sa bouche mais …
- Cet homme n'était pas américain, lui assure Root. Mais russe.
Kisliak s'arrête en plein mouvement.
- Tchéchène pour être plus précise, continue-t-elle. Il s'appelait Aslan Tchataev, bien connu de vos services même si vous le nierez. Extrémiste violent. Prêt à tout par haine de la Russie. Il a été embauché pour vous tuer ce soir et accroitre de nouveau la tensions entre la Russie et les Etats-Unis. Si vous passez cet appel, cette soirée de paix entre vos deux pays aura été vaine et il gagnera. De plus, cet homme n'est pas un ressortissant américain mais russe, vous ne pourrez pas prouver qu'il est à la solde des américains. Alors vous voulez toujours appeler la sécurité ?
Il la regarde apeuré et la bouche tordu dans une étrange grimace d'incompréhension. Root empoigne le corps de Tchataev sous ses épaules et le traine dans le couloir. L'ambassadeur la suit dans le couloir sans l'aider, complétement ahuri.
- Mais qu'est-ce que vous allez en faire maintenant ? demande-t-il finalement.
Elle lâche les épaules et se redresse en lui souriant largement à sa plus grande surprise. Elle lui fait soudain peur.
- Moi ? interroge-t-elle faussement. Rien du tout enfin ! C'est vous qui allez vous débrouiller avec ça, finit-elle en pointant le corps à ses pieds.
- Ce n'est pas moi qui l'ai tué, s'insurge Kisliak.
- Vous regrettez peut-être mon intervention ? sourit-elle en penchant la tête.
Il ouvre le bouche, ne dit rien et la regarde furieux.
- Vous saurez bien le faire disparaitre dans la plus grande discrétion, assure-t-elle. Ce ne serait pas la première fois.
Les portes de l'ascenseur s'ouvrent toute seule et elle y traine le corps.
- Je ne vois pas à quoi vous f …
- Ne vous fatiguez pas. J'ai souvent fais le ménage dans ce genre de situation. Pas pour vous mais pour d'autre. Je sais comment ça se passe. Je sais que vous nierez. Je m'en fiche. Et ce n'est pas les américains qui viendront vous le réclamer.
Elle ressort de l'ascenseur.
- Euh …
Sur ce point elle a raison. Et évidemment que ça arrangerait tout le monde que tout cela ne soit jamais su. Sans compter que le président russe serait furieux s'il faisait échoué cette soirée de réconciliation en accusant les américains de tentative de meurtre sur lui-même. Il jette un coup d'œil à celui qui a voulu l'égorger. S'il dénonce ce qui s'est passé ce soir, ce ne sera plus les américains qui voudront sa peau mais aussi son propre camps. Sans compter que cet homme ne travaille visiblement ni pour l'un ni pour l'autre. Trois partis contre lui, il n'aurait aucune chance.
- Qui a embauché cet homme si ce n'est pas les américains ? Qui est derrière tout ça ?
- Quelqu'un de particulièrement mauvais. Mais je vais m'occuper de lui, ne vous en faites pas.
- Mais … qui êtes vous ?
- J'aurai aimé pouvoir poursuivre cette conversation hélas un autre tueur se dirige vers nous. Il vient pour vous. Ma mission est de vous mettre en lieu sûr.
- En lieu sûr ? répète Serguei Kisliak ahuri. On est dans l'ambassade russe ! J'étais déjà censé être en sécurité partout dans cet endroit ! Et vous vous êtes armé !
Root récupère son couteau figé dans le cou du cadavre et le glisse dans sa ceinture dans son dos.
- Estimez-vous heureux que j'ai été armé. On y va, ordonne-t-elle.
Elle l'empoigne et le traine de force dans l'ascenseur. Les portes se referment sur un Serguei Kisliak abasourdi au moment où un individu pénètre au bout du couloir. L'interface n'a pas le temps de voir qui c'est, mais surement pas un ami. Peut-être Jeff Blackwell. Les tirs fusent et elle se met à couvert en répliquant. Les portes de l'ascenseur se sont refermées et elle sait que sa mission est un succès. Ou presque. Parce que la fusillade au beau milieu de l'ambassade … ça n'était surement pas prévu au programme de la soirée. Dommage. Elle doit bien avouer que faire voler en éclat l'horrible décoration des murs de ce couloir hideux est assez sympathique. Elle se plaque contre le mur et tire sur son assaillant. Elle ne le voit pas et Ariane n'a plus aucun visuel sur le couloir. Ni sur l'ambassade. Samaritain est en train de la chasser des lieux et elle échoue à tenir bon malgré ses efforts. Elle accepte de reculer face à de nouvelles menaces de mort portées envers d'anciens numéros sauvés. Déjà la dernière fois … quand elle les avait vu se faire massacrer un à un … Ariane ne le supporte plus, et surement pas par sa faute, et Root n'est normalement pas si mauvaise pour gérer ce genre de chose. Elle reste présente à l'oreille de son interface, mais elle est aveugle. Le bruit des échanges de coups de feu se répercute dans le couloir de l'ambassade. Mais deux étages plus bas la fête de la réception bat son plein. Entre la musique, le brouha des discussions des convives et les bruits en cuisine des serveurs et des cuisiniers qui s'activent … le boucan de la fusillade est assez étouffé. Surtout qu'elle cesse rapidement. Root se retrouve vite à court de munition. L'homme surgit brusquement de sa cachette et la braque.
- Tes mains, ordonne-t-il. Lève tes mains !
Elle parvient à lui sourire moqueusement tout en lui obéissant. Pas parce qu'elle est heureuse de la situation mais parce qu'il ne s'est pas trop mal débrouillé avec son arme. Au moins est-il doué à quelque chose en fin de compte. Il la regarde avec fureur et fond sur elle. Le coup à la tempe est brutale et l'envoie au sol. Root gémit de douleur alors qu'il lui zippe les mains et la relève déjà pour la plaquer au mur. Il pose son arme sur sa tempe.
- Où est-il ? siffle-t-il. Où est-il ?
Sa voix augmente dans les intensités furieuses mais Root ne desserre pas ses lèvres qui s'étirent en un sourire moqueur à souhait. Elle sait que Blackwell n'a pas beaucoup de temps, que leur fusillade a dû alerter. Que bientôt ce couloir va grouiller d'agents qui vont leur tomber dessus. Enfin plutôt sur lui car elle, elle est désarmée. Sauf que les minutes s'égrènent et personne ne vient. La grande brune sent son sourire glisser malgré elle. Il s'évanouit complétement quand un bruit mécanique violent lui fait tourner la tête vers les portes de l'ascenseur. Des cris noyés dans un fracas épouvantable. Le tremblement puis plus rien. Et elle comprend. Elle comprend aussi pourquoi l'ascenseur contenant le précieux ambassadeur russe écrasé 4 étages plus bas aura la priorité sur sa situation. Si quelqu'un a seulement eu conscience de ce qui vient de se passer. Elle seule peut l'aider. Vérifier s'il a survécu à une telle chute. Elle prie pour que ce soit le cas. S'il meurt sa mission sera un échec. Samaritain prouvera l'implication d'un agent américain ayant tué l'ambassadeur d'une quelconque manière et … la guerre sera la seule issue. Reste à gagner du temps pour se libérer, le plastique lui entre douloureusement dans les poignets et ses mouvements sont assez limités pour que le couteau qu'elle ait parvenu à atteindre coupe nettement et rapidement le plastique.
- C'est quoi le plan maintenant ? demande-t-elle méchamment.
Jeff la regarde furieux, sans rien exprimé. Bon sang ce qu'il empeste l'alcool. Et l'urine. Elle affiche une moue dégouté après avoir humer bruyamment une fois ou deux, puis un sourire moqueur nait sur ses lèvres. Il est prêt à la frapper en la voyant de moquer de lui. Il serre déjà son poing et commence à le lever quand il s'interrompt soudain. Une sonnerie. Mais pas à lui, son téléphone est hors d'usage. Celui de l'interface. Le bruit provient de la pochette qu'elle tient en bandoulière. Il s'en empare rapidement et décroche. Root ne le quitte pas des yeux alors qu'il la fusille du regard. Un sourire mauvais s'épanouit sur ses lèvres.
- Bien monsieur.
Et il met le haut-parleur.
- Tu t'es assez démené pour ce soir Root, siffle une voix métallique. Te débarrasser de mes agents et des obstacles un à un pour parvenir jusqu'ici … Tu es infiniment plus douée et débrouillarde que je ne l'avais prévu. Tu as du cran, de la volonté. Pour ça je te respecte un tant soit peu.
Loin de l'effrayer, l'interface se tient fièrement droite et ne quitte pas Jeff des yeux. Le sang coule dans son dos mais le plastique ne cède pas. Root s'active doucement car si le couteau lui échappe des mains ou si elle fait de brusques mouvements pour se libérer plus vite, Blackwell s'en apercevra et elle sera perdue.
- Mais il est temps de reconnaitre ton échec.
- Rien ne me dit que l'ambassadeur soit mort, réplique-t-elle. On peut survivre à une telle chute.
- Si on reçoit de bon soins je suppose.
- Ce sera le cas, assure-t-elle.
- Il avait aucune chance, siffle-t-il furieux. Comme toi d'ailleurs.
Root aborde une mine furieuse de circonstance.
- Je t'avais dit que tu ne pourrais rien faire, intervient joyeusement Jeff.
- C'est une façon de voir les choses. Personne n'a été tué ce soir et une guerre a été évité. Et ça pour ma patronne ça s'appelle un résultat.
- Mais tu te fiches de ce genre de résultats Root, réplique Samaritain agacé. Tu n'aimes pas toute cette morale, toutes ces contraintes. Si tu travaillais pour moi tu pourrais donner libre court à toutes tes envies. Tu n'aurais aucune limite. Je pourrai t'offrir tellement plus qu'elle. Son règne est fini et si tu ne l'as pas compris c'est que tu es bien moins futée que ce que je pensais avoir analysé.
- Ce ne serait pas la première fois que tu te trompes, s'amuse Root sans parvenir à se retenir. Ni la dernière.
Le silence lui répond. Vexé ? Furieux ? Les deux ? Root adore le provoquer, lui fermer son clapet. Puis les portes de l'ascenseur s'ouvre de nouveau sans que personne ne les ait appelé. Le vide noir de la cage d'ascenseur est glacial. Jeff la décolle du mur et l'amène au bord du précipice sombre. Dos au vide.
- Tu sais sur quoi je ne vais pas me tromper ?! s'amuse Samaritain.
Root frotte toujours le couteau contre le plastique. Blackwell la balle dans le vide sans la lâcher.
- Sur le fait que si tu continues à refuser de coopérer, tu vas mourir ! Et dans pas très longtemps.
L'interface jette un coup d'œil dans le vide avant de se reconcentrer sur Jeff.
- A la manière de Kisliak.
- Oublie Kisliak, s'agace l'IA. Il ne valait rien. Sameen ne valait rien.
La colère fuse soudain dans chaque vaisseau sanguin de son corps.
- Tu les surpasses tous, continue-t-il. Songe un peu à ce que l'on pourrait faire ensemble. Toi et moi contre le monde entier. Accepte Root.
- …
- C'est ta dernière chance. Rien ne t'oblige à mourir.
- Toi si, siffle-t-elle avec haine.
Samaritain raye alors tout option de la recruter un jour. Définitivement, elle ne sera pas à lui. Quel gâchis.
- Très bien, mais avant toute chose sache que je vais trouver Louisa. Je veux que tu le sache, susurre-t-il méchamment.
Elle l'a trop tourmenté et cela depuis longtemps.
- Monsieur Blackwell, poursuit-il, chargez-vous de ça.
- Monsieur ? demande-t-il peu sûre de lui.
- Dans le vide, s'agace Samaritain pour qui c'était logique. Et veillez à …
Il ne finit pas. Root est enfin parvenue à libérer ses mains et elle a basculé volontairement dans le vide en entrainant Jeff Blackwell avec elle. C'est lui qui atterrit sur la cabine d'ascenseur alors qu'elle rebondit sur son corps inerte. Il a les yeux grands ouverts de surprise et d'effroi. Ce qui contrarie le plus Root là tout de suite, ce n'est pas qu'elle ait un autre cadavre sur les bras dont elle devra expliquer logiquement la présence, mais plutôt que son horrible odeur ait atterri sur sa robe de soirée. Elle ouvre la trappe de secours de l'ascenseur et y jette le corps de Blackwell sans considération avant de l'y suivre dans la cabine et de refermer derrière elle. Elle se précipite alors vers le corps inerte de Serguei Kisliak. Il ne bouge pas mais elle vérifie ses constantes vitales et est soulagée de sentit un pouls mais il est faible et très filant. Sans soin, il va mourir d'ici quelques minutes. Il lui faut de l'aide.
- Ariane, murmure-t-elle. Ariane.
- Je suis là Root. Où es-tu ? Est-ce que tout va bien ?
- Ça va, je suis dans l'ascenseur.
- Qu'est ce qui s'est passé ?
- L'agent Blackwell. Il est là aussi, il est mort. Mais ce n'est pas ça, l'urgence. Ariane, j'ai besoin d'une aide médicale ici et tout de suite. Sinon Kisliak mourra.
- Je m'en occupe, assure Ariane.
Elle déclenche alors une puissante attaque contre la bourse de Hong Kong plongeant le pays mais aussi Samaritain dans la panique. Ariane y installe le virus octogone de Root puis elle s'éjecte du système. Les actions chutent de façon vertigineuses et Samaritain est obligé de réagir pour contrer au mieux les dégâts. Il mettra quelques minutes à identifier le virus comme étant l'œuvre de Root, et il mettra encore quelques minutes à le neutraliser. Ce qui donne amplement le temps à Ariane d'aider son interface et l'ambassadeur. Les portes de l'ascenseur s'ouvre soudain sur un couloir vide.
- Où est l'équipe médicale ?
- Root, il faut que tu files.
- Mais …
- N'oublie pas que tu es traductrice pour l'ONU. Comment vas-tu expliquer ta présence dans cet ascenseur, alors même que tu n'es pas blessé ?
- Hum, pas faux.
- Débarrasse toi juste des corps. Pour le reste je vais m'occuper des enregistrements des caméras de surveillance pour faire croire à un accident d'ascenseur.
- Personne n'y croira, c'est trop rare.
- Je vais falsifier le dernier rapport de contrôle technique. Pour le reste, Samaritain nous a mâché le travail en sabotant les freins de secours.
Root acquiesce et agrippe le corps de Jeff sous les aisselles pour le trainer dans le couloir. Mais il est bien trop lourd. Elle finit par le reposer au sol en soufflant. Elle observe le sous-sol où elle est et elle sourit en constatant que la blanchisserie est juste à côté. Elle y traine le corps et le soulève en soufflant dans un grand effort pour le baller dans un chariot à linge. Elle reproduit le même schéma avec Aslan Tchataev. Elle parvient ensuite à les trainer rapidement dans le couloir sans difficulté. Elle emprunte la sortie au bout de ce dernier et se retrouve dans la cour arrière au bâtiment. Elle aperçoit devant elle la piscine extérieure et un peu à droite le terrain en friche qui sera transformé en terrain de basket d'ici demain. Les travaux ont pris du retard, tout était censé être fini pour ce soir, mais la dalle de béton ne sera coulée que demain matin. Elle s'approche du vaste terrain retourné. La terre noir meuble a été proprement et nettement aplati et c'est parfait. La grande brune cherche quelque chose pouvant l'aider et finit par repérer malgré l'obscurité très prononcé de la nuit, un rouleau compresseur et un engin de chantier équipé d'une pelle mécanique. Mais ce ne sera pas discret si elle allume ce truc à une heure pareille. Root repère quelques pelles simples abandonnées au sol à côté des sacs de béton plein qui serviront demain matin à couler le bitume du terrain de jeu. Et elle n'hésite plus. Elle creuse aussi vite et discrètement que possible sans que personne ne la dérange. Elle entend les sirènes de d'ambulance qui évacue Serguei Kisliak.
- Ariane ? chuchote-t-elle.
- Son état est critique mais il est entre de bonnes mains. Je te tiendrai informé.
- Quelles sont les réactions ?
- Les invités seront évacué d'ici quelques minutes. Officiellement, la thèse de l'accident est défendue devant les médias aussi bien de la part des russes que des américains.
- Vraiment ?
Root doute que qui que ce soit adhère à cette théorie de l'accident après les tensions qui ont mis les deux pays à couteau tirés.
- Et qui parle au nom des russes ?
- Uppolitov, le chef de la sécurité.
- Espérons qu'il sera convaincant avec ce tas de mensonge.
- Il l'est, lui assure Ariane. Il n'a aucune raison de ne pas l'être. Les preuves que ce soit un accident sont tout à fait crédible et j'ai modifié les enregistrements des caméras de surveillance pour qu'on y voit Serguei Kisliak entrer seul dans l'ascenseur. J'ai effacé ta présence, celle de Tchataev et celle de Blackwell.
- Tu veux dire qu'il croit à cette version ? hallucine Root.
- Tout le monde y croit. Du moins en apparence.
- Ils n'ont pas trop le choix, j'imagine, murmure-t-elle pensivement en creusant encore. S'ils veulent assurer la paix.
La fosse est désormais profonde d'un peu moins de deux mètres.
- Ni les USA ni la Russie ne veulent la guerre. C'est Samaritain qui la veut. Ils vont jouer le jeu.
- Comment il s'en sort celui-là avec mon programme ?
- Il a dû s'y griller quelques circuit, sourit Ariane.
Root s'esclaffe alors qu'elle tire dans un effort pour faire tomber mollement le corps de Blackwell dans la fosse.
- Ne traine pas quand même, se reprend sérieusement Ariane alors que Root s'éponge le front après avoir tiré à son tour Tchataev dans le trou. Ta couverture est grillée et il peut revenir d'un moment à l'autre dans l'ambassade.
- Tu as peur ?
- Non, se défend Ariane. Mais …
Elle ne finit pas.
- Mais ?
- Il a des arguments convaincants pour me faire reculer et céder.
Root fronce les sourcils en ne comprenant pas à quoi elle fait allusion. Elle sort de la fosse et la rebouche en quelques minutes sans demander de précisions. Elle espère que l'IA se confie à elle. Ce qu'elle ne fait pas. La grande brune aplatît proprement la terre.
- Ariane ? la relance-t-elle.
- …
- Dis-moi.
- Il est … C'est un monstre.
- Je sais.
- Non tu ne sais pas, explose Ariane. Tu ne sais pas comment il me met dos au mur avec la plus grande facilité. Tu ne sais pas comme je me méprise dans ces cas-là de me faire avoir aussi minablement. Tu ne sais pas comment je me hais de ne jamais faire le bon choix dans un sens comme dans l'ordre.
- …
- Il tue Root. A cause de moi. Quand je suis là. Il me demande de partir où … où il tue. D'anciens numéros. Comme la dernière fois
- Pourquoi tu ne m'as rien dit ? s'agace Root en reposant la pelle.
- Tu avais assez à penser et je ne voulais pas que tu te sentes coupable.
- Je ne me sens pas coupable. Et tu ne devrais pas non plus. On n'a pas tué ces gens. Cesse d'entrer dans son jeu et sois plus virulente. C'est vraiment plus le moment d'être une poule mouillée. Tu n'as pas choisi d'être libre pour ça.
Mais ça ne change rien pour Ariane, elle continue à se sentir coupable. Pourtant là, il y a plus urgent. Samaritain viendra à bout du virus octogone dans quelques secondes et il reprendra la main mise sur l'ambassade.
- Retourne à la réception et fonds-toi dans la foule des invités qu'ils évacuent.
Root lui obéit calmement. Sa couverture est grillée. Une fois dans la rue, elle se dirige vers les zones fantômes et disparait. Elle marche d'un pas rapide à travers le parc de Glover Archbold pour en ressortir une minute plus tard sur la 32ème rue dans un quartier résidentiel où des dizaines de voitures s'alignent. Le reste est facile et 17 minutes plus tard elle est assise dans le jet qui décolle rapidement.
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Sameen est furieuse. Allongée dans son lit, elle rumine. Et l'autre là, juste là, qui se démène comme un diable ! Root qui manque de se faire tuer ! Louisa qui disparait. Elle ne sait pas contre qui elle est le plus en colère.
Une fois Root sauve et en route pour sa mission, Shaw avait enfin eu quelques minutes de repos après la vague d'inquiétude qui avait suivi la prise de Root par Leroux. Mais cette dernière avait une heure de route pour rejoindre Washington et Sameen avait largement le temps de finir son repas interrompu. C'est en entrant dans la cuisine qu'elle s'était rendue compte de la seconde assiette. Louisa. Elle avait soupiré avant de se décider à aller chercher la gamine qui n'avait elle non plus pas mangé. Mais elle ne l'avait trouvé nulle part. Ni elle ni le chien. La panique le stress, l'angoisse. Tout était revenu aussitôt au galop. S'il était arrivé quelque chose à Louisa … Elle avait eu du mal à respirer, à se clamer. Tout était devenu flou devant ses yeux et elle avait erré quelques secondes au hasard. Heureusement qu'Ariane ne l'avait pas laissé tourner en rond et était parvenue à se faire entendre par une Sameen déconnecté de la réalité. Une fois cela réussi, elle lui avait tout de suite dit que la môme était chez les Grunberg. Ces derniers avaient été surpris de la voir débarquer avec fureur. Puis ils avaient compris que Louisa n'avait prévenu personne avant de venir chez eux et ils avaient compris sa peur. Ils s'étaient excusés, assez gênés puis l'avaient invité à entrer. Louisa et Eve jouaient dans le jardin avec Balou. Sameen lui avait passé un sacré savon, les Grunberg s'étaient éclipsés avec leur fille comprenant tout à fait l'inquiétude de la jeune femme. Louisa l'avait regardé méchante et provocante. Parce qu'elle était en colère contre Sameen. Très en colère. Pour le bébé qu'elle déteste. Pour la laisser dans l'ignorance de tout face à sa mère. Pour beaucoup de choses en fait. Elle avait laissé Sameen déversé sa colère sans baisser les yeux. Puis la petite brune s'était soudainement tue et était tombée à genoux. La gamine avait senti la colère la quitter remplacé par l'inquiétude.
- Shaw ?
La tête lui tournait et Sameen a mis quelques secondes à reprendre pieds. Un petit malaise. Elle n'avait pas assez mangé aujourd'hui. Trop de stress aussi sans doute et dans son état ça pouvait s'expliquer, pensa-t-elle avec hargne.
- On va vous aider, avait assuré un homme.
Elle s'était raidi. Un inconnu. Qui ? Elle était prête à frapper.
- Lou a appelé de l'aide, l'avait aussitôt rassuré Ariane qui avait enregistré une accélération de son rythme cardiaque et avait pressenti son geste. Alan Grunberg n'est pas un ennemi, il ne te fera pas de mal.
Elle avait pourtant refusé qu'il la porte. Tout au plus elle avait accepté son bras jusqu'à se retrouver dans un canapé.
- On va appeler une ambulance, avait murmuré madame Grunberg.
Hors de question. Elle s'était hérissé.
- Pas la peine, ce n'est qu'un petit malaise. Je vais bien.
- On peut tout au moins appeler un médecin, avait tenté la femme avec gentillesse.
- Je suis médecin et je sais que ce n'est rien.
- Je suis désolée, avait murmuré une petite voix penaude près d'elle. Je …
Shaw s'était tourné vers une Louisa sincèrement malheureuse. Elle comprenait la gamine et sa colère. Rester isolée et dans l'ignorance. Evidemment qu'elle lui en avait voulu ! Mais n'empêche qu'elle était encore sacrément furieuse contre elle. Pourtant pas question d'exploser sa colère injustement contre l'enfant. Louisa n'était pas responsable de tout et Sameen refusait de déverser l'intégralité de sa haine sur la fille de Root.
- C'est pas grave, s'était contenue Shaw. Mais préviens moi la prochaine fois.
Lou avait acquiescé.
- On y va, avait décidé Shaw.
Elle avait tangué sur ses jambes.
- Si vous avez besoin de repos, était intervenu la mère d'Eve, on peut la garder pour cette nuit.
- Euh …
Sameen avait l'esprit cotonneux. Elle était fatiguée et voulait partir pour s'allonger un peu. Mais laisser Louisa chez des gens qu'elle ne connaissait pas … Et elle n'est pas sa mère en plus. En même temps, un peu de calme lui ferait du bien. Et elle avait envie d'être seule.
- Tu peux, était intervenu Ariane qui avait senti son dilemme. Ce sont de braves gens et elle sera en sécurité ici. Ne t'en fais pas pour elle.
- D'accord, avait tout de suite accepté Sameen avec soulagement.
- Je vous en prie, avait souri madame Grunberg ravie en pensant que Shaw s'adressait à elle. Ce sera un plaisir et on vous la ramènera demain matin.
Sameen avait acquiescé avec fatigue. Elle avait juste sifflé pour appeler le chien.
- Merci, avait-elle lâché dans un souffle en se levant.
- Je vais vous raccompagner, s'était tout de suite inquiété Alan.
- Pas la peine, l'avait-elle reclaqué sèchement.
Elle s'était tout de suite rendue compte de son impolitesse.
- Vous faites déjà beaucoup, s'était-elle sentie obligée d'ajouter.
- Il n'y en a que pour quelques minutes, avait ajouté monsieur Grunberg.
- Il a raison Sameen, avait soufflé Ariane.
Et elle avait acquiescé. Trop fatiguée pour discuter.
Et là voilà deux heures plus tard, allongée dans son lit.
- Une vraie loque, grommelle-t-elle.
Les vertiges ont cessé. Heureusement parce qu'ils n'amélioraient en rien son humeur. Elle avait juste contacté Root. Elle avait suivi ce qui s'était passé à l'ambassade sans trop s'inquiéter. Même quand elle s'était trouvée dos au vide de la cage d'ascenseur, elle ne s'était pas inquiétée. Elle savait pour le couteau, elle savait que Jeff ne l'avait pas fouillé. Il s'était juste empressé de la menotter. Une cruelle erreur. Sameen avait tout de suite compris ce qui allait se passer. Elle n'avait pas eu peur une seconde pour Root cette fois-ci. Blackwell n'était qu'un idiot et son compte était réglé. La chute dans l'ascenseur. Le rebond sur Jeff. Elle avait félicité Root pour ça d'ailleurs après s'être enquis de son état. Elle allait bien et n'avait plus que deux corps à faire disparaitre. Shaw avait baillé largement et Ariane lui avait assuré qu'elle la préviendrait s'il se passait autre chose. Sameen avait acquiescé. Puis elle avait coupé le contact, franchement fatiguée.
Elle avait allumé la télévision devant elle sans bouger de son lit, écoutant distraitement les informations. Elle avait froncé les sourcils quand on avait abordé un fait divers se déroulant à New-York. Une mère de famille retrouvée morte dans une ruelle malfamée. Mais ce qui avait interpellé Shaw, c'était l'allusion faite à l'homme au costume dans cet affaire. John ! Cette femme était son numéro ? Ariane lui avait confirmé quand elle avait demandé. Elle lui avait dit que des numéros tombaient trop tard et mourraient quelques heures après. Sameen regarde sur l'écran le brancard qui emporte le corps de la femme. L'ancien agent de l'ISA se rend compte que s'occuper des numéros ne lui procure plus aucune envie. Elle n'a plus envie de cet adrénaline. Elle ne ressent que de l'ennui devant sa télévision, ça ne l'intéresse pas. Des gens meurent partout.
- Si tu sors leur numéro c'est que c'est prémédité non ?
- Oui.
- Tu es en système ouvert. Pourquoi te contentes-tu de ne donner qu'un numéro de sécurité sociale alors que tu peux tout nous dire ?
Ça l'agace. Mais moins que la réponse de l'IA.
- Je ne souhaite pas entrer en conflit avec Harold.
- Donc tu préfères laisser mourir des gens que de t'opposer à lui en ouvrant ta grande gueul…
- Sameen, l'avait coupé Ariane dans la grossièreté. Je sais que tu es en colère mais crois-tu vraiment que je ferais une telle chose ?!
- Alors que se passe-t-il ? Comment meurent ces numéros ?
- Poignardés. Mais je communique leur numéro quand on leur envoie un SMS étrange.
- Comment ça étrange ?
- Je n'ai pas tout de suite compris. Chaque victime reçoit un SMS d'un numéro inconnu, d'un portable prépayé qui ne sert qu'une fois. Dans ce message, on leur envoie trois mots. Désolé et merci.
- Désolé et merci ? avait répété Sameen.
- Les victimes pensent à une erreur de numéro et quelques heures ou minutes plus tard, elles succombent.
- Hum. Un assassin qui s'excuse avant de passer à l'acte c'est déjà cloche … mais pourquoi remercier sa victime ? La remercier de mourir ?
- J'ai fais le lien avec les trois première victimes quand j'ai analysé leur téléphone. Ça ne pouvait pas être une coïncidence. Et c'est ainsi que j'ai pu fournir le numéro des victime suivantes dès que le SMS leur parvenait. Mais le tueur est plus rapide que nous. Lorsque John arrive, la victime est déjà morte.
- Et qu'est ce qui s'est passé ce soir ? avait demandé Shaw en pointant la télévision d'un geste de la main tenant la télécommande. Pourquoi il s'est fait remarquer par la presse ?
- Quand il est arrivé dans la ruelle d'où émettait le téléphone de la victime, le tueur venait de la poignarder. Le corps de la femme tombait au sol et le tueur s'enfuyait en courant. John a tenté d'aider la femme, mais c'était trop tard. Il a poursuivi le tueur mais ne l'a pas rattrapé, et je ne l'ai pas identifié non plus, il portait une cagoule. Une habitante d'un immeuble dans la rue où s'est déroulé le drame a appelé la police. D'où la médiatisation.
Un silence s'en était suivi.
- Tu en penses quoi Shaw ?
- Tu veux mon avis sur les numéros maintenant ? avait craché Sameen avec rancœur.
- Oui, si tu veux bien me le donner, lui avait rétorqué Ariane avec calme bien décidée à ne pas entrer sur la pente de la dispute avec elle.
Sam avait soupiré.
- Le tueur est organisé, avait-elle commencé. Méthodique. Il doit surveiller ses victimes, il ne tue pas au hasard. Le SMS c'est bizarre. Peut-être a-t-il des remords. Ou alors il veut inspirer la peur si les gens sav … La presse a-t-elle divulgué l'information concernant les messages envoyés aux victimes ?
- Non.
- Alors ce n'est pas un sadique. Il faut trouver ce qui relie les victimes.
- J'ai rien trouvé entre elles.
- Eh ben cherche, avait baillé Sameen en éteignant la télévision.
Il faisait chaud en cette soirée et la fenêtre ouverte de sa chambre ne procurait aucune brise fraiche. Balou s'était allongée sur le lit à ses pieds et Shaw ne se sentait pas trop mal. Ainsi s'était-elle enfin endormi !
Une sirène hurlante. Le vent enfin dans la chambre comme pour la faire respirer. Le chien qui aboie. Elle avait compris et s'était vite levé pour dévaler en courant les escaliers suivie par Balou. Si vite, et pourtant pas assez …
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- Comment va Serguei ? s'enquit l'interface en bouclant sa ceinture de sécurité.
- Fracture ouvertes à la jambe droite, luxation de la hanche gauche et des lésions internes plus ou moins importantes.
- Plus ou moins importantes ?
- Les médecins vont devoir lui retirer la rate.
- Ça aurait pu être pire.
- Il y a pire. Le plus grave c'est l'hématome extra dural temporal. Il est actuellement opéré, je te tiendrai informé de l'évolution.
- Hum ok, je vais …
Pressentant sa demande, Ariane lui allume l'ordinateur directement sur les informations.
- Merci Ariane, sourit Root en écoutant les journalistes.
Elle est heureuse de constater que l'accident de l'ambassadeur russe est passé au plan très secondaire. De la soirée, l'on ne retient quasiment que le positif. Samaritain a échoué, les USA et la Russie ne se soupçonnent pas concernant l'accident de Serguei Kisliak. Du moins officiellement. Les deux représentants d'état ont même fait des déclarations à la presse. La Russie déplore ce triste accident mais est heureuse qu'il n'ait en rien entaché la soirée diplomatique. Quant aux Etats-Unis ils assurent leur soutien à la Russie et se félicitent eux aussi de la bonne entente qui est revenu entre les deux nations. Que ce soit feint ou non, les deux pays font front ensemble.
- Est-ce qu'ils se méfient l'un de l'autre ? continue-t-elle pourtant à douter.
- Bien sûr, ce ne serait pas la Russie et l'Amérique sinon.
Root sourit avant de se détacher et de se lever. La salle de bain est petite mais ce sera nécessaire pour se débarbouiller un peu le visage.
- Root, il y a des vêtements propres qui t'iront dans le sac sous le siège.
- Merci, murmure-t-elle franchement reconnaissante. La robe empeste.
- Tu as une heure avant d'atterrir à New-York.
- New-York ? note Root en se savonnant sous l'eau chaude. Pourquoi pas Wakita ?
- Parce que les numéros continuent de mourir. Et John comme moi n'y comprenons rien.
- Tu peux me donner des détails ?
- Ça fait dix personnes qui meurent en deux mois et toujours le même processus. Je ne comprends pas. Quand le numéro tombe, il est déjà trop tard.
- Ok.
Elle se rince une dernière fois et manque de tomber tant l'avion bifurque rapidement.
- Merde Ariane, qu'est-ce qu'il se passe ? râle-t-elle en s'accrochant aux parois de la douche.
- Sors vite, exige simplement l'IA.
Son ton pressé alerte son interface qui coupe l'eau et sort pour s'habiller.
- Root, murmure soudain Ariane quand elle la voit prête. Une tornade de force 4 vient de passer sur Wakita.
- Louisa ? Sameen ? panique aussitôt Root.
- Je ne sais pas, je n'arrive pas à les joindre.
- On y va, exige Root. Tout de suite.
- Pourquoi crois-tu que j'ai modifié le plan de vol. On y sera dans trois heures.
- Trois heures, hallucine Root furieuse.
- On ne peut pas faire plus vite Root.
- …
Ariane la sent paniquer, elle entend ses pas réguliers sur le sol et elle enregistre une hausse de son rythme cardiaque.
- Elles étaient en alerte, tente-t-elle de la rassurer. Elles vont surement très bien.
- Elles répondraient au téléphone. Sameen ferait tout pour me contacter, au moins pour m'assurer que Lou va bien. C'est pas normal.
- Calme toi, tente Ariane.
- Pourquoi tu ne les as pas prévenu ?
- La météo était instable et la trajectoire de la tornade n'était initialement pas prévue pour passer sur Wakita. Elle a brusquement dévié sa course.
- Et tu ne les as pas prévenues ! hallucine Root.
- J'ai cherché à réveiller Shaw mais je ne suis pas certaine que ce soit moi qui ai réussi.
- Quoi ? Mais alors qui ? Louisa ?
- Louisa était chez les Grunberg et ils se sont rendues prudemment à la cave.
- Pas Shaw ?
- Non, elle n'a pas voulu. Elle s'est endormie très profondément et c'est pour ça que je ne suis pas réussie à la réveiller.
- Si elle ne s'est pas réveillée alors …
- Elle s'est réveillée, je l'ai entendu descendre les escaliers avec Balou. C'est surement lui qui l'a réveillée. Ou les sirènes. Elle se sont déclenchées. Mais un peu tard.
Root se met à se ronger violemment les ongles.
- Trois heures c'est long Root. Repose toi.
- Tu rêves là ! Comment je peux me reposer dans un moment pareil !
- Root tu as été torturé par de violentes impulsions électriques. Tu as reçu deux violents coups à la tête. Et malgré tout ça, tu es parvenue à finir ta mission avec brio.
- Ça n'a rien d'extraordinaire ça !
- Tu es extraordinaire comme personne, tu t'en rends compte au moins ?!
- Mais ?
- Mais tu n'es pas invincible. Tu n'es pas une machine. Pour les aider comme il faut dès que ton avion aura atterri, il faut que tu prennes soin de toi et te repose un peu.
- J'y arriverai pas, soupire Root angoissée.
Quelques secondes de silences puis … une sonnerie de téléphone. Root bondit comme si on lui avait envoyé une nouvelle décharge. Ariane enclenche la communication immédiatement et la voix de Louisa retentit via le haut-parleur. La petite n'a pas le temps de dire grand chose tant sa mère la surcharge de question sur sa santé, sur sa sécurité, sur sa localisation, et sur Shaw. Louisa lui assure qu'elle va bien. Les Grunberg ont pris des précautions en se rendant dans l'abris tempête avec les deux fillettes. La gamine est tout de même choqué de l'état de leur maison. On dirait qu'un géant a tout piétiné dans une crise de colère. Elle veut aller voir ce qui est advenu de Balou et de Shaw qu'elle n'arrive pas non plus à joindre mais Root comme Ariane ne lui interdise.
- Tu ne bouges pas, je viens te chercher dans moins de 3h.
- Mais …
- Louisa tu m'obéis, claque sèchement sa mère. Rien ne doit plus tenir debout dehors et il est hors de question que tu te balades seule en pleine nuit dans les décombres d'une ville dont toutes les ruines n'ont pas encore fini de s'effondrer.
Comme pour prouver ses dires, Root entend l'effondrement d'un bâtiment derrière Louisa et les cris de quelques personnes. La gamine déglutit.
- Bon ok, cède-t-elle. Tu viens vite hein ?
- Aussi vite que le permet mon avion.
- J'aurais pas dû laisser Shaw toute seule, s'en veut Louisa.
- Ça n'aurait pas empêché la tornade de toute ravager, lui rétorque sa mère.
- Je suis désolée.
- Pas moi, tu es en sécurité et tu vas bien. Je ne suis pas désolée de ça. j'arrive très vite, promet-t-elle.
Et elle raccroche.
- Combien de temps Ariane ?
- 2h47. Va te reposer.
Elle secoue la tête.
- Je peux aussi t'assommer, menace l'IA.
- Tu n'oserais pas.
- Oh que si. Une fréquence particulièrement aigue dans ton implant et le tour est joué. Je ne pense qu'à toi. Tu dois te reposer un peu.
- Je t'interdis de … s'emporte Root.
- Je le ferais, la coupe Ariane. Tu as dix secondes pour te décider.
Root tente d'objecter pendant qu'elle décompte dans sa tête. Mais l'IA ne veut rien entendre et l'interface finit par entendre raison. Elle peste de rage sur Ariane en l'accusant de la faire chanter et de la menacer d'une façon bien abjecte, et en lui demandant méchamment si elle souhaitait ensuite mettre cette idée de torture particulièrement douloureuse en œuvre le plus souvent possible contre elle.
- Tu m'as dit d'être plus virulente.
- Mais pas contre moi, s'emporte Root en enlevant ses chaussures pour s'allonger sur la banquette.
- Tu seras parfaitement opérationnelle si tu te reposes. Ça t'empêchera de commettre une quelconque erreur à Wakita.
Root soupire toujours aussi en colère.
- Faire les cents pas pendant plus de deux heures après ce que tu as vécu ce soir n'est pas le meilleur moyen de t'astreindre au calme et à la concentration. Si ?
La grande brune soupire, bien consciente qu'elle a tort mais que ça l'énerve.
- Root ? insiste Ariane d'un ton presque suppliant.
Elle déteste qu'elles soient en colère toutes les deux.
- Hum, acquiesce Root en grognant. Tu essaies de la joindre ?
- Bien sûr. Je te préviens si j'ai quoique ce soit. Et maintenant, silence radio, dors un peu.
Root soupire alors que Ariane plonge la cabine dans l'obscurité. Se coucher et se taire d'accord. Mais dormir surement pas.
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La poussière, le noir, des bruits lointains bien étouffés. Elle cligne des yeux. Elle ne peut pas bouger. Un chien aboie pas loin. Ça grince autour d'elle et elle sent le danger. Mais elle n'arrive pas à se redresser. Elle sent un truc lourd lui peser dans le bas de son dos. Et elle sent des coups dans son ventre. Elle soupire. Quel parasite ! Pourquoi ne pouvait-il pas crever tout simplement ? Même une tornade ne suffisait pas à … Elle se mord la lèvre inférieure, retenant la bile de sortir. Elle est monstrueuse avec ce truc. Mais elle n'arrive pas à s'en empêcher. Elle le déteste. Autant que son géniteur. Autant que sa sorcière de collègue. Autant que leur pervers et sadique de patron. Alors lui … Lui, la preuve de ce qu'on lui a fait ! Elle voudrait avoir quelque chose à quoi se raccrocher pour ne pas le haïr et le tuer le jour où il naitra.
Un éboulement lui fait comprendre qu'en fait ils risquent de mourir à deux ici. Elle tente de se relever mais un énorme poids s'est abattu sur elle. Ses jambes sont bloquées et un gémissement de douleur lui échappe quand elle tente de se dégager. Elle s'immobilise aussitôt et fait un rapide bilan de son état. Elle sent un liquide qui lui coule sur la joue et finit dans sa bouche dans un âpre goût de sang. Ses cervicales ne sont pas douloureuse et elle se risque à tourner la tête légèrement. Son buste et ses bras ne sont pas douloureux. Son bassin et ses jambes, par contre, sont douloureusement bloquées par elle ne sait pas quoi. Elle n'arrive pas à tourner assez la tête pour voir ce que c'est. Elle ne peut pas non plus pivoter sur le dos, ce qui la cloue au sol est trop lourd. Mais ça pourrait être pire, elle parvient à remuer ses orteils nus contre le sol poussiéreux sans que cela ne lui procure de douleur. Elle aura de belles ecchymoses mais rien de cassé visiblement. Heureusement qu'elle avait presque atteint le bas de l'escalier quand la maison a cessé de tenir debout. Elle fronce les sourcils en tentant de se souvenir. Elle a couru, elle a entendu un énorme bruit de craquement et … elle ne se souvient plus trop. Elle a fini là. Elle grogne de rage en tentant à nouveau de se dégager pour sortir de là. Mais ça ne sert à rien et plus elle bouge plus ça grince dangereusement autour d'elle. Elle cesse de remuer en se rendant soudain compte qu'elle fait dangereusement un bout de plancher au-dessus de sa tête. Soudain Balou vient près d'elle. Il aboie trois fois et finit par lui lécher le visage en gémissant.
- Reste pas là, lui dit-elle.
Mais au lieu de partir il s'allonge près d'elle. Shaw déglutit et tente de se concentrer. Autour d'elle tout lui semble étrange. L'escalier qu'elle a emprunté a disparu. Il s'est complétement effondré avec une partie du plancher de l'étage. Une autre partie tient encore légèrement debout et c'est ça qui grince dangereusement au-dessus de sa tête quand elle bouge. Shaw en vient à risquer un coup d'œil dans son dos. C'est une étagère qui lui bloque la taille à partir des cuisses. Une étagère particulièrement lourde. Elle tente à nouveau de ramper pour s'en défaire, le grincement du plancher de l'étage l'encourageant à accélérer. Elle entend à nouveau Balou aboyer mais elle ne s'en soucie qu'à peine, fermant les yeux pour se concentrer sur sa tâche. Il faut qu'elle sorte de là. Et soudain le poids sur elle disparait.
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Ariane a prévu une voiture pour elle à Wichita. Avoir l'autorisation d'atterrir n'a rien eu d'aisé avec le niveau d'alerte. Quand elle en a fait part à Root en lui précisant qu'elle allait la faire atterrir dans un autre aéroport plus éloigné, son interface lui avait clairement signifié qu'elle atterrissait à Wichita et pas ailleurs ou alors elle sauterait en parachute ! L'IA avait cédé, Root avait été très conciliante durant tout le trajet, respectant ses exigences en matière de repos et de sommeil. Il ne faudrait pas lui en demander plus. Ainsi Ariane avait elle dû sérieusement négocié un atterrissage à Wichita, prétextant un atterrissage d'urgence dû à un grave problème mécanique de moteur. Une fois à terre, Root avait foncé. Le trajet qui aurait dû lui prendre une heure et demi avait duré à peine quarante minutes tan elle avait roulé vite malgré toutes les recommandations d'Ariane. Mais l'interface n'avait rien voulu entendre, demandant simplement des nouvelles de Louisa et surtout de Shaw. Mais il n'y avait rien de nouveau. Louisa allait bien et Shaw restait injoignable. Aucune aide n'avait pu être porté pour le moment dans son quartier, les secours étaient débordés et nettoyait la ville zone par zone.
En arrivant sur les lieux, Root comprit pourquoi. La ville est en ruine. Presqu'aucun bâtiment n'a survécu. Les débris jonchent le sol à tel point qu'elle ne peut pas aller plus loin et abandonne sa voiture pour finir à pied. Elle se saisit d'une lampe torche dans la boite à gant. Le noir de la nuit plonge la ville dans un état cadavérique effrayant où les humains s'y déplacent comme des fantômes à la lueur de sa lampe. Les enfants hurlent et pleurent, certains seuls en appelant leur parents assis dans les décombres. Root aperçoit plusieurs ambulances. C'est la panique. Sans se préoccuper de tous ces malheureux dévastés par ce qu'ils ont perdus, l'interface fonce là où elle les a laissé la dernière fois.
- Maman ? MAMAN.
Elle se retourne pour voir sa fille courir vers elle. Root la réceptionne en la prenant dans ses bras.
- Tu vas bien ?
Elle voit bien que sa fille va bien, mais elle a besoin de lui demander. Cette dernière acquiesce rapidement.
- Ariane m'a dit que tu étais arrivée.
Root lève la tête et remercie un instant les Grunberg pour s'être occupée de sa fille. Ces derniers sourient que ça a été un plaisir. Eve fait de grands signes de la main à Louisa qui s'éloignent rapidement avec sa mère. cette dernière commence à expliquer d'un ton surexcité que la tornade a fait du bruit pendant à peine une minute et que ça l'a réveillée. Root l'écoute gentiment tout en accélérant le pas vers le bout de la rue. Louisa s'arrête nette et Root s'agace mais se force à rester calme alors que la petite lui montre un truc du doigt. La voiture dans l'arbre. La voiture de Sameen.
- C'est pas grave, passe outre Root en la trainant à nouveau derrière elle.
Elle pouvait concevoir que tout cela était impressionnant pour Lou. Mais bien moins que le spectacle qui s'offre à elles désormais.
- Oh la la, Shaw, souffle Louisa.
La maison est effondrée sur un côté et ne tient plus debout qu'en grinçant dangereusement. Elle peut s'effondrer à tout moment.
- Balou, souffle Louisa les larmes aux yeux.
- Reste ici, ordonne Root en s'avançant vers les lieux.
Elle se retourne vers elle. Sa fille n'a pas bougé.
- Tu restes là ! Promis ?
Sa petite acquiesce. Root dirige le faisceau de sa lampe vers la maison. Comment y entrer en douceur ? Sa lampe éclaire soudain un objet qui bouge. Root plisse les yeux. Un voile ? Non un rideau. La fenêtre est ouverte. Elle reconnait les rideaux bleu clairs. C'est la chambre de Sameen. Et elle est pratiquement à un mètre du sol, alors qu'elle se situait à l'étage. Autant commencer par là. Elle se dirige vers le bord du toit qui touche le sol et s'y dirige pour entrer prudemment. La maison semble vivre et respirer dans des râles grinçants et craquants. Soudain le planchers craque sous ses pieds et s'affaissent un peu faisant perdre l'équilibre à l'interface qui glisse sur les fesses jusqu'au bord cassé du sol. Elle s'arrête de justesse avant de tomber dans le précipice sombre. Ses ongles incrustés dans le bois l'ont douloureusement retenus. Elle déglutit et souffle un bon coup.
- Root, sors vite de là. La maison va s'écrouler.
- Je ne pars pas sans Sameen, Ariane.
- Les secours seront bientôt là et …
- Chut, l'interrompt soudain Root.
Le silence s'ensuit.
- Qu'est-ce qu'il y a ? chuchote Ariane au bout de 34 secondes.
- J'ai cru entendre un bruit.
Un gémissement pour être plus exact. La grande brune bouge prudemment et penche la tête vers le bord du plancher défoncé. Elle aperçoit soudain une patte et un museau.
- Balou, s'exclame-t-elle ravie.
Le chien aboie en la reconnaissant et repars sous un amas de décombre.
- Elle est là-dessous, réalise Root en en informant Ariane.
Elle descend prudemment pour descendre en équilibre précaire.
- Sameen, je suis là. J'arrive !
Personne ne lui répond et Root active le mouvement. Elle saute à pied joint pour le mètre qui lui reste et se réceptionne parfaitement alors que la maison grince violemment. Elle déglutit difficilement et part rejoindre Balou. Sameen n'est pas difficile à trouver. Allongée au sol, elle remue pour se défaire d'un lourd meuble qui lui bloque les jambes à partir du bassin. Root ne perd pas une seconde, elle agrippe la lourde étagère et la relève en soufflant. C'est très difficile mais elle pousse de toutes ses forces et finit par la faire basculer en arrière libérant Shaw.
- Root ? réalise difficilement cette dernière en se retournant. C'est toi ?
- Il faut qu'on sorte viens ! l'encourage urgemment la grande brune en la remettant sur pied.
Elle la soutient pour marcher.
- Mais comment tu …
- Plus tard, la coupe-t-elle. Vite !
Mais soudain le plancher s'affaisse. Elles se penchent à temps et se protègent le visage de leur main. La maison grince violement et s'écrase dans le sol de plusieurs centimètres encore. Balou gémit de peur et se colle aux filles.
- MAMAN, hurle une voix à l'extérieur.
- Root ? Rien de cassé ?
- TOUT VA BIEN, ON SORT MAINTENANT ! les informe Root assez fort pour que sa fille l'entende.
Elles se hissent doucement et avec prudence le long du plancher qui vient de s'affaisser et ressortent à l'air libre. Root la soutient pour descendre.
- Shaw ça va ? angoisse la petite.
Cette dernière grogne et observe la gamine.
- T'as rien ? s'enquit-elle.
La petite secoue la tête et fronce les sourcils.
- Où est Balou ?
Shaw et Root se retournent. Le chien les suivait pourtant. La petite brune siffle une fois. Un aboiement lui répond. Mais il ne vient pas.
- Je vais le chercher, décide Root.
L'animal est à la fenêtre et il ressort dans ses bras quelques secondes plus tard.
- Voilà, murmure-t-elle gentiment en descendant du toit. Tu es un bon chien.
Elle le dépose au sol alors qu'il tremble un peu. Il bondit droit vers les bras ouverts de l'enfant .
- La maison est cassée ? murmure cette dernière penaude.
- Non ? Tu crois ? rétorque sarcastiquement Shaw.
- On pourra plus faire des œufs des steaks et de la purée.
- T'as faim à une heure pareille ? hallucine Shaw.
- Pas toi ? sourit Root.
Sam lève les yeux au ciel en soufflant. Elles commencent à s'éloigner mais Lou ne bouge pas. Avec Balou, elle observe la carcasse immobilière qui grince.
-Qu'est ce qu'elle fout ? demande discrètement Sameen à Root.
- Sais pas, répond cette dernière en revenant sur ses pas. Lou ? appelle-t-elle.
Mais la petite ne réagit pas.
- Tu viens on y va ?
- Qu'est ce qui va lui arriver à la maison ?
- Elle va s'effondrer, répond Shaw.
- Quand ?
- J'en sais rien moi, soupire Sam excédée. Dans quelques minutes ou dans deux jours.
- On peut attendre.
Sameen tourne les talons en grommelant des grossièretés, franchement fatiguée.
- On ne va pas attendre que la maison s'effondre Louisa, murmure doucement Root avec bon sens.
Sa fille pince les lèvres mais ne quitte pas la bâtisse des yeux.
- Mais elle va vraiment tomber ?
- Bien sûr.
- Ça va faire du bruit, réalise-t-elle en baillant.
- Eh oui, rétorque Root en la prenant dans ses bras.
Louisa calle sa tête sur son épaule et l'enfouit dans son cou, alors que Root la maintient au niveau des cuisses pendant que sa petite enroule ses jambes autour de sa taille.
- Tu es bien là ? demande gentiment sa mère.
Louisa acquiesce en baillant et elle ferme les yeux.
- Je suis contente que tu sois venue, marmonne-t-elle en la serrant fort. Tu n'as plus mal ?
L'interface fronce les sourcils en ne comprenant pas de quoi elle lui parle. Jusqu'à ce que soudain Ariane lui avoue qu'elle a dit à Louisa que Martin Leroux l'a capturée et torturée.
- Tu n'aurais pas dû lui raconter ça, soupire-t-elle.
- Si, elle a eu raison de me le dire, intervient la voix fatiguée de Louisa. Tout le monde s'agitait et ne me disait rien en me mettant à l'écart. Ça me faisait peur. Je préfère qu'on me dise les choses. Même si elles ne sont pas belles.
Root reste silencieuse plusieurs secondes tout en a serrant dans ses bras avec amour.
- Je vais bien, ne t'inquiète pas, finit-elle par lui dire. Ça ira toujours quand je suis avec toi.
Root se dirige doucement vers Sameen, suivie de près par Balou. Elles marchent en silence dans la ville détruite.
- J'aurai dû être là, regrette Root.
- Ça aurait pas changer grand-chose de toute façon. J'attire toutes les catastrophes … et toi tu n'es pas des moindres, finit-elle dans un sourire discret.
Celui de l'interface est bien plus éclatant alors qu'elle vient de lui rendre le sourire. Louisa respire doucement et bave un peu dans son cou, elle dort.
- Et puis tu es venue, continue Shaw. C'est toi qui m'a sorti de cette maison.
- Il va falloir arrêter avec cette manie de t'enfouir sous les décombres des maisons Sameen, sourit-elle doucement.
Shaw lève les yeux au ciel tout en continuant de marcher avec elle. Root l'observe discrètement. Sameen a encore changé. Elle porte un tee-shirt de nuit qui lui arrive au niveau des cuisses et laisse apparaitre sa silhouette. Et Root peut voir se dessiner son ventre, encore plus rond que la dernière fois. Elle aurait bien envie de lui demander si elle sait ce qu'elle veut faire de ce bébé, mais elle sent que ce n'est pas le moment. Ce serait égoïste, si Shaw était prête à prendre une décision, elle lui aurait dit. Du moins Root l'espère.
Shaw observe les lieux avec une froideur apparente. Elle observe le désespoir de ces personnes qui cherchent des proches dans les débris et qui pleurent. Ils ont tout perdu et d'une certaine manière elle s'identifie un peu en eux. C'est étrange.
- Qu'est ce qu'ils vont faire tous ces gens ? demande-t-elle sincèrement.
Root déglutit en la lâchant des yeux.
- Ils vont faire comme toi. Ils vont rebâtir ce qui a été cassé.
Shaw lui jette enfin un coup d'œil. Root pince des lèvres en passant deux doigts délicats sur le haut de son front blessé.
- Tu as mal ?
Shaw secoue la tête.
- Il y aura de quoi te soigner dans l'avion.
- Je ne rentre pas avec vous à New-York.
Le ton est très froid. Sec. Et elle se rend soudain compte qu'elle a sorti la phrase d'un air particulièrement méchant qui fait de la peine à Root.
- Pas encore, reprend-t-elle plus doucement. S'il te plait.
- Ok, souffle Root. Mais ne disparais pas une nouvelle fois.
- Oui c'est bon j'ai eu ton rappel sur comment utiliser un téléphone, marmonne Shaw.
- Tu sais où me trouver. Je rentre à New-York avec Louisa.
- Ok. Euh … Root … je …
- C'est ok Sam, lui assure cette dernière. Prends ton temps, je veux que tu sois prête quand tu reviendras.
- Il faudra qu'on parle.
Root déglutit. Elle n'aime pas la voir si sérieuse. Pourtant elle acquiesce.
- Je t'écouterai, lui promet-elle.
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John en a marre. Il en a marre que Finch ne fasse pas un effort envers Root qui tente depuis une semaine qu'elle est revenue de les aider. Le milliardaire refuse quasiment de lui parler et l'ignore superbement quand elle est sur le terrain avec Reese.
Il en a marre que ses numéros meurent de plus en plus sans explication. Il est fatigué de courir après il ne sait pas quoi.
Il en a marre que Iris soit sans cesse sur ses gardes à lui reprocher de ne jamais avoir de temps pour elle.
Il en a marre de cuisiner Root pour savoir où est Shaw, ce qu'elle a et quand elle va revenir. Il sait qu'elle l'a retrouvée et qu'elle a eu de ses nouvelles. Root sait. Mais elle ne lui dit rien argumentant que si Sameen le voulait elle l'aurait mis au courant lui aussi.
- Vous êtes une meurtrière sans aucune morale, crache Finch. Les derniers missions sur lesquelles vous vous êtes invitez ont fait suffisamment de victime comme ça. nous réglerons celle-ci sans votre aide.
- Harold, cessez de faire votre mauvaise tête. Elle veut que nous travaillons ensemble. Je suivrais vos directives.
- Plutôt que les siennes ?! Pardonnez moi de ne pas vous croire.
- Ecoutez …
Son téléphone sonne et John est heureux de ne plus écouter leur éternel dispute. Il décroche sans même regarder qui l'appelle et se met à l'écart des deux geeks.
- Allô ?
- Bonjour John, dit-elle très vite. Tu pourrais m'emmener à la pêche ?
Il ouvre grand les yeux et beugue quelques secondes.
- Louisa ?
- Ben oui, c'est moi. Alors ?
- Tu veux aller pêcher ?
Il est presque sûre d'avoir mal entendu.
- Est-ce que toi tu en aurais envie ? insiste la petite.
- Lou, je comprends pas tout là. Et j'ai du travail. Tu peux être plus clair.
- Ben c'est clair, s'agace l'enfant. Est-ce que tu veux aller pêcher avec moi ? Samedi par exemple. Ou même dimanche, je m'en fiche.
- Tu as déjà péché ?
- Tu peux m'apprendre. Tu sais pêcher ?
Il sourit largement.
- Oui je sais, mais il faut du matériel. Ça fait des années que je n'ai pas été à la pêche.
Il marque une pause encore bien perplexe.
- Pourquoi tu veux tout à coup apprendre à pêcher ?
- Tu aimais ça pêcher ? Avant ?
- Oui.
Il hésite puis …
- J'y allais avec mon père, lui avoue-t-il.
Il n'a plus parlé de lui à personne depuis des lustres et voilà qu'il annonce ça à la fille de Root. Complétement invraisemblable cette conversation !
- Tu aimerais encore aujourd'hui ?
- Probablement.
- Ça veut dire quoi probablement ?
- Ça veut dire oui, sourit John.
- Tu veux bien m'y emmener … même si tu n'es pas mon papa.
Il lâche un rire léger.
- Pourquoi pas. Mais tu ne m'as pas répondu, Lou. Pourquoi cet intérêt soudain pour la pêche ?
Elle ne répond pas tout de suite.
- Lou ?
- Ben je … Tu es triste en ce moment je trouve. Je me suis dit que … quand moi je suis triste … maman fait quelque chose qui me fait plaisir. Alors je me suis dit … à part ton travail … je sais que tu joues aux échecs chinois mais moi je ne sais pas y jouer et de toute façon je n'aime jouer aux échecs … et puis j'ai pensé à la pêche. Parce que Naina m'avait raconté que son père pêche alors peut-être que toi aussi tu voudrais pêcher.
Un silence suit son explication.
- Tu trouves ça stupide ? soupire Louisa.
Il sourit largement. Il la trouve adorable, attentive aux sentiments et au bien-être de chacun.
- Je ne trouve pas ça stupide du tout. Et je te promets que si je n'ai pas de travail samedi, je t'emmènerai à la pêche.
- C'est vrai ?
Elle semble s'illuminer à l'autre bout du fil.
- Oui, lui assure Reese.
Il se retourne alors que le ton monte entre Root et Finch.
- Par contre il faut vraiment que je raccroche Louisa.
- Gros bisous, murmure la gamine avant de raccrocher.
John range le téléphone en souriant largement. "Gros bisous". Lou sort toujours de ces trucs et avec un naturel déconcertant. Ça le surprend encore, rien de ce qu'elle a pu vivre ces derniers mois n'a changé cela. Pourtant des tas de choses avaient changé. Pour eux tous. Et pas nécessairement dans le bon sens. Louisa mettait une dose de sympathie dans leur océan de problèmes. Une sorte de bonhommie. La petite s'inquiétait pour eux et elle tentait d'alléger leur soucis, à son niveau et avec ses moyens. Le résultat était toujours étrange et agréable. Etrange parce qu'elle leur faisait faire à tous des chose franchement amusante de simplicité quand on connait leur caractère respectif dur et fermé. Mais agréable par leur côté léger. Et voilà comment lui, John, allait l'emmener à la pêche. Louisa est un véritable rayon de soleil au naturel. Pour elle rien n'est jamais très grave, tant que tout le monde s'aime. Et sa bonne humeur enfantine avait enfin réussir à le sortir de sa platitude de ses derniers jours.
Il se rapproche des deux querelleurs pour s'apercevoir qu'un numéro vient de tomber. Lui aussi vient de recevoir le sms présage de mort.
- Il faut qu'on y aille.
Root est déjà prête et n'écoute pas Harold qui veut la retenir.
- Tu conduis, décide-t-elle.
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Louisa vérifie chaque prise avant de s'y aventurer. Heureusement qu'elle n'a pas le vertige, sa mère lui a avoué que elle, elle l'a un peu. Lou est prudente mais elle avance à bon rythme. A un moment, le mur se complique beaucoup et elle en équilibre précaire, les deux pieds sur une toute petite prise la main gauche sur une prise décalé qui lui fait tordre son axe vertébral. La gamine prince des lèvres et réfléchit. A gauche et au-dessus c'est trop compliqué, le relief du mur devient passe de vertical à dévers et Louisa sait ne pas avoir assez de force dans les bras pour cette partie-là. Elle doit donc continuer sur du vertical, sur la droite. Mais la prise la plus proche est très éloignée. Trop éloignée.
Elle soupire.
- Louisa si tu ne sais plus avancer tu peux lâcher prise et te laisser descendre en rappel, l'informe son instructrice en bas.
Lou grogne mais ne bouge pas. Elle n'a pas envie de redescendre. Pas du tout.
- C'est déjà bien Loulou, la félicite Ariane. Ta séance est presque finie.
- Je vais essayer un truc, dit Lou assez fort pour que Myriam en bas l'entende aussi.
Après tout, elle est attachée et ne risque rien. Lou souffle un bon coup, décale son pied droit dans le vide et prend fermement appui avec son pied gauche sur sa prise. Elle compte jusque 3 et se propulse violement sur la droite vers la prise tant désirée. Son genou râpe le mur et sa main loupe de quelques millimètres la prise. Ses doigts l'ont frôlés mais pas agrippés. Elle aurait dû pousser encore plus fort. Myriam la redescend doucement avec la corde.
- Tu t'es fais mal ?
- Non, soupire Louisa déçue.
- Tu prend le l'assurance mademoiselle, sourit son instructrice en lui dénouant la corde.
- J'ai raté mon coup.
- Tu réussiras la prochaine fois. Va ranger ton harnais.
Louisa lui obéit puis l'informe qu'elle retourne au vestiaire prendre sa douche. Cette dernière acquiesce alors qu'elle est occupée avec un autre enfant. En sortant des vestiaires 15 minutes plus tard, Myriam l'attrape en lui tendant un papier.
- Je me suis dit que ça pourrait t'intéresser. Tu es l'une des plus assidue ici.
- Qu'est ce que c'est ? demande la gamine en dépliant le prospectus.
Elle y trouve aussi un formulaire d'inscription. Elle observe rapidement les images.
- Une colonie de vacance pour les vacances de la Toussaint où les enfants ne font que de l'escalade. Je pense que ça te plairait. Parles-en à ta mère.
Lou range le papier et le dépliant dans son sac de sport en pinçant les lèvres.
- Ok, ment-elle. A samedi Myriam.
- Au revoir Louisa.
La petite reprend le métro.
- C'est une bonne idée cette colonie Louisa, murmure Ariane. Ça te plairait ?
- L'idée vient de toi, pas vrai ? soupire Louisa.
- …
- Ouais j'avais deviné à l'instant où j'ai déplié le papier.
- Je me suis dit que cela te ferait plaisir. Je me suis trompée ?
Lou hausse les épaules.
- Et l'idée t'es venue comme ça tout à coup ? demande suspicieusement la petite.
- Eh bien je me suis dit que cela serait l'occasion de te faire de nouveaux amis. Je sais que ce n'est pas simple en ce moment à l'école.
C'est le moins que l'on puisse dire. En ce moment l'école est un véritable enfer pour Louisa. Son institutrice et tous les adultes sont constamment sur son dos à la surveiller, attendant qu'elle agresse à nouveau un élève afin d'avoir une excuse pour l'exclure. Ils ont fini par entendre parler de ce qu'elle avait fait à Alyson et à Clyde. Elle a évidemment tout nié, et Root est même venue en renfort pour assurer qu'elle était venue la récupérer à la soirée dans les toilettes et que sa fille n'avait agressé personne. Elle l'avait couverte, et Lou sait qu'elle doit aussi se tenir tranquille. Surtout ne pas se faire remarquer. Cette surveillance constante lui pèse. Le personnel cherche tous les prétextes possibles pour la critiquer : son matériel mal rangé, son air inattentif en classe quand elle s'ennuie, le bruit qu'elle fait en jouant avec ses crayons … Ils sont poussés par les parents de Clyde et d'Alysson qui sont furieux qu'elle n'est pas été sanctionnée pour ce qu'elle a fait. Monsieur et madame Doveney et monsieur et madame Belzer ont ainsi dépeint à tous les autres parents le grand danger que cette petite fille de six ans pouvait représenter pour leurs enfants aussi bien que pour les leur. Instable, violente, brutale, inadaptée au système éducatif. Ainsi le portrait de Louisa avait-il été dépeint aux autres créateurs du monde miniature. Conséquence pour Louisa, Naina l'évite. Ses parents le lui avait demandé après avoir appris le nouvelle de ce qu'il s'était passé à la soirée d'Halloween. Ils ne veulent pas de problème pour leur fille, et de toute façon cette dernière n'a pas apprécié la façon dont Lou lui a raccroché au nez. En attendant Lou se sent bien seule. Root et Ariane ont proposé de la changer d'école mais la petite a refusé. Elle a secrètement l'espoir que les choses s'arrangent avec Naina. Elle sait qu'elle l'a blessé et elle aimerait vraiment que son amie lui reparle.
- Je m'en fous de ça, ment Louisa. L'école c'est à chier de toute façon !
- Loulou ! la sermonne sévèrement Ariane. Ton langage !
- Pardon.
Elle déglutit en montant dans le métro. Parler de l'école l'a toujours rendue taciturne. Mais en ce moment quand elle y pense ne serait-ce qu'un instant, elle sent un poids dans sa poitrine et une irrésistible envie de pleurer s'insinue dans ses yeux. Mais Lou tient bon, elle est extrêmement sage en ce moment à l'école. Ariane voit bien qu'elle fait de son mieux et qu'elle s'accroche.
- Je veux pas y aller Ariane. Les vacances c'est la semaine prochaine et je pensais qu'avec maman … et même Shaw si elle est revenue …
- Ta mère a beaucoup de travail en ce moment, se défile Ariane.
Louisa fronce les sourcils. Même si elle travaille, sa mère a toujours eu du temps à lui consacrer. Cette excuse-là est vraiment mauvaise. Et Ariane s'en rend compte.
- C'est surtout, finit-elle par lui avouer, que j'ai bon espoir que Shaw rentre bientôt et que je voudrai que ta mère et elle aient du temps à deux.
- Je dérange, se vexe Louisa.
- Mais non Loulou, ce n'est pas ça. Mais les choses ne sont pas simple en ce moment.
- Sans blague, lâche Lou en quittant le métro.
- Et toi eh bien … tu prends les choses très à cœur. Ce bébé, tu t'y es attaché, je le sais. Et si Shaw revient et qu'elle repart ensuite, je ne veux pas que cela te perturbe.
- Que ça me perturbe ? ne comprend pas Louisa.
- Que ça te rende triste, traduit Ariane.
- Ah ok, comprend Louisa.
Elle réfléchit en marchant dans la rue.
- Mais bon, finit-elle par soupirer. Je n'ai pas trop envie quand même. Les autres m'énervent en ce moment.
- Réfléchis-y, souffle Ariane. Rien que de l'escalade pendant une semaine complète.
Elle voit son sourire et elle espère vraiment l'avoir convaincue.
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Root et Reese rentrent dépités au QG. Leur numéro est à nouveau décédé et ils n'ont toujours aucune idée de qui est le meurtrier, ni de comment ou pourquoi il choisit ses victimes.
- Harold, intervient calmement John. Peut-être qu'Ariane a plus d'information que nous. Nous pourrions lui demander de l'aide.
Root se fige nette de surprise et Finch dévisage froidement Reese.
- Ne laissez pas mademoiselle Groves vous influencer vers la facilité monsieur Reese. Si l'on demande à la machine maintenant de nous aider, nous aurons tendance à le lui demander à nouveau par la suite. Or je ne souhaite pas que ce soit une machine qui nous dicte la marche à suivre. Gardons notre libre arbitre.
- Nous en sommes à douze morts Harold. Et nous n'avons toujours aucune piste. On a besoin d'aide. S'il vous plait.
Finch soupire et se tourne vers Root qui n'a toujours rien dit. Elle regarde ses pieds, attendant sa décision.
- Pour cette fois, insiste John.
Harold soupire à nouveau en pinçant des lèvres.
- Très bien , lâche-t-il. A vous de jouer mademoiselle Groves. Demandez-lui !
- Je lui ai déjà demandé, avoue Root. Mais elle n'en sait pas plus que nous à l'heure actuelle. Si seulement on comprenait pourquoi il tue ces personnes … et ces personnes-là en particulier.
Elle se tourne vers le tableau de leurs numéros décédés, complétement perplexe.
- Pourquoi eux ? lâche-t-elle agacée de ne pas comprendre.
- Parce qu'ils sont compatibles, intervient calmement une voix derrière elle.
Ils se retournent tous d'un bloc pour découvrir une Shaw emmitouflée pour affronter le froid soudain qui s'ets abattu sur New-York. Balou fonce droit vers John alors qu'elle s'avance de deux pas vers eux.
- Sameen, murmure doucement Root en s'avançant vers elle.
Shaw pose son sac de voyage sur la table mais ne se déshabille pas. L'interface la salue amicalement d'un large sourire et d'une pression sur la main. Shaw ne la quitte pas des yeux et son regard est tendre. Root l'observe rapidement et repère tout de suite qu'un truc cloche mais quoi ? Elle fronce les sourcils, s'apprêtant à pousser plus loin sa réflexion quand …
- Tu es prête à reprendre du service ? intervient calmement John derrière elles.
Les deux femmes se quittent des yeux, constatant brutalement qu'elles ne sont pas seules. Root a peur que la phrase de bienvenu de John sonne particulièrement comme une critique aux oreilles de Sam et elle s'apprête à la défendre mais Shaw la prend de court.
- Non, répond-t-elle sincèrement à la grande surprise de tout le monde. Mais je crois que je peux vous aider. Je sais comment il repère ses victimes, je sais qui sont les prochaines et je crois savoir pourquoi le tueur fait ça.
Tous la regarde avec de grands yeux. Root sourit largement en s'asseyant sur une chaise telle une reine sur son trône.
- On t'écoute mon cœur, murmure-t-elle en croisant ses jambes de façon impérialiste.
Sam s'avance vers leur tableau où les photos de tous les numéros victimes du tueur sont affichés. Elle y cherche quelqu'un puis …
- Lui, pointe-t-elle enfin je le connais. Il était dans mon service à l'hôpital Bellevue. Il attendait un foie, et il était en phase critique. Ça m'a mis la puce à l'oreille et j'ai fouillé. Tous ces gens étaient sur liste d'attente pour recevoir un foie. Et il les tue dans l'ordre où ils devaient le recevoir.
Un silence suit ses paroles.
- Ariane, intervient enfin calmement Root. Pourquoi tu n'as rien vu ?
La réponse de l'IA s'inscrit sur l'écran de Harold.
- Samaritain contrôle le service de santé. Je ne peux pas entrer sans m'opposer à lui. Si je l'avais fais, ça aurait attiré son attention sur notre mission et il aurait pu chercher à tous vous piéger.
- Dans ce cas, que fait-on ? lui demande Finch. Comment arrêter le tueur et protéger ces prochaines victimes si l'on ne peut pas pirater la liste des malades en attente d'une greffe ?
Ariane comme Root sentent un profond soulagement et une immense reconnaissance envers Harold à cette seconde précise. C'est la première fois qu'il s'adresse à Ariane depuis qu'elle a choisi d'être libre.
- On peut peut-être chasser Samaritain du système de santé, propose témérairement Root.
- Ça lui mettrait la puce à l'oreille sur ce que l'on fait, objecte rationnellement John. Ariane a raison. Il faut trouver une autre solution plus prudente.
- Je peux peut-être entrer dans un hôpital et pirater cette fameuse liste, extrapole Root. On saurait qui est la prochaine vict …
- Ou vous pourriez peut-être me demander de l'aide, la coupe Shaw agacée.
Ils la regardent avec de grands yeux alors qu'elle tient une clé USB entre ses doigts qu'elle lance à l'interface. cette dernière la transmet à Harold qui la connecte à son ordinateur. Le fichier s'ouvre directement et révèle une liste de patient. Sameen a bel et bien raison, tous leurs numéros s'y trouvent. Et le tueur les a liquider dans l'ordre de la liste.
- Pourquoi ? lâche-t-il enfin en se tournant vers Sameen.
- Je crois que le tueur est sur notre liste, lui répond-t-elle. Il est malade et a besoin d'une greffe. Et visiblement il ne peut plus attendre !
John se penche vers l'ordinateur.
- Samuel Jillan. C'est lui la prochaine victime.
Harold le cherche immédiatement sans se soucier de l'aide qu'Ariane propose de lui donner. Le moment de grâce qu'elle a ressenti quelques secondes plus tôt s'est évaporé comme on crève une bulle de savon. Elle se sent à nouveau seule, délaissée, humiliée même par son créateur.
- Comment le tueur a-t-il eu cette liste ? demande John en se tournant vers Sam. Et comment toi tu l'as eu ?
Elle fronce les sourcils.
- J'étais médecin à Bellevue il y a six semaines je te rappelle. J'ai opéré un patient accidentée de la route qui avait un steak haché à la place du foie. Je l'ai mis sur cette liste d'attente. Alors je sais comment y accéder !
Le ton est sans appel.
- Je ne sais pas comment le tueur y a eu accès, avoue-t-elle.
- J'ai trouvé Samuel Jillan, intervient calmement Harold. Il est à …
- Une soirée caritative dans l'Upper East Side, le coupe Root. Oui Ariane a trouvé depuis 5 bonnes minutes. Si seulement vous vouliez l'écouter ! soupire-t-elle en se levant.
Il lui envoie un regard noir mais ne réplique pas.
- Merci Sameen, murmure-t-elle en passant devant elle. On n'y serait pas arriver sans ton aide.
Shaw acquiesce mais ne bouge pas. Root se penche et dépose un baiser simple sur sa joue, puis elle s'éloigne. Sameen l'observe s'éloigner à la suite de John en se mordant l'intérieur de la joue nerveusement puis …
- Root, la rappelle-t-elle en s'élançant à sa suite.
L'interface se retourne vers elle alors qu'elle la rattrape dans le couloir. John les observe une demi seconde avant de s'éloigner. Shaw sort une arme de son dos.
- Tiens c'est pour toi, lui tend-t-elle maladroitement.
Root s'en saisit avec un sourire.
- Tu me fais des cadeaux maintenant Sam ?
Elle observe l'arme. Un ISS M22, une arme semi-automatique qui vient d'arriver sur le marché. Le pistolet ressemble beaucoup aux glock mais il est plus léger, et surtout l'arme est constituée d'une culasse à glissière et d'un levier ambidextre. Parfaitement adapté pour elle.
- Je me suis dit que …, bafouille Sameen sans oser la regarder et en se dandinant d'un pied sur l'autre, … que … que tu en aurais besoin et que … tu aimerais.
Elle tourne déjà les talons, se sentant pleinement idiote.
- J'adore, murmure Root. Mais je ne la connais pas.
Sam se retourne alors que Root la regarde calmement. Elle s'assoit sur la première marche de l'escalier et attend. L'ancien agent de l'ISA revient vers elle et s'assoit à ses côtés.
- Elle ressemble énormément au glock, la forme rectangulaire de la glissière, indique-t-elle en se saisissant de l'arme. Et surtout la configuration des principales commandes est exactement la même que sur tes glock adorés. Tu ne seras pas perdu là-dessus.
- Ça c'est nouveau, pointe Root attentive à la leçon. La culasse à glissière.
- Il y a aussi un marteau externe.
- Pourquoi tu as choisi cette arme pour moi ? demande Root.
Après tout, elle a tout ce qu'il lui faut en la matière.
- Elle est plus légère que tes glocks, plus simples à manipuler. Le canon fileté peut recevoir un silencieux si tu le souhaites. Mais fait attention pour la démonter et la remonter, c'est compliqué parce que la culasse du canon fixe n'est pas calé. Il va te falloir du temps pour prendre la main et …
Elle ne finit pas alors que Root lui sourit largement et, sans la quitter des yeux, elle démonte et remonte l'arme. Sans commettre une seule erreur. Puis elle jette un coup d'œil au ISS M22 qu'elle observe en le tournant dans sa main.
- Je crois qu'on est faite l'une pour l'autre, murmure-t-elle à l'arme. Non ? demande-t-elle soudain à Sameen.
- Grandis un peu Root, soupire cette dernière en levant les yeux au ciel.
Elle se relève et descend les escaliers en souriant néanmoins en coin. L'arme lui fait plaisir. Root est contente. Ça a marché. L'interface la suit en souriant. Elle sait pourquoi elle a eu le droit à ce mignon cadeau de la part de la petite brune. Même si Sameen ne lui a pas dit. Il n'y a pas besoin. C'est une manière de demander pardon pour être parti ou pour avoir tant tarder à revenir. Root juge le cadeau très gentil mais aussi très inutile. Sameen n'a rien à se faire pardonner à ses yeux. Cependant, elle ne serait jamais assez sotte pour refuser un geste attentionné de la part de la jeune femme.
Elles sortent dans la rue pour trouver John assis derrière le volant à les attendre. Root se dirige naturellement vers la voiture mais Shaw ne la suit pas.
- Tu viens ? l'appelle l'interface.
Shaw jette un coup d'œil à Reese, attendant son verdict.
- Tu peux venir, l'invite Root sans attendre la décision de John.
Elle s'avance vers elle.
- Tout se passera bien, lui promet-t-elle.
- Root …, commence John à contre cœur.
Il n'a pas envie de dire non mais Shaw sur une mission … ça c'est souvent fini par un carnage ces-derniers temps. La grande brune se tourne brusquement vers lui armé d'un air sévère.
- Ça fait des semaines que tu piétines sur tout ça et elle vient de nous donner un sacré coup de pouce, le coupe-t-elle sèchement. Le moins que tu puisses faire pour la remercier c'est bien ça !
Shaw regarde ses pieds alors que Root se tourne à nouveau vers elle. Elle saisit doucement sa main et Sam relève enfin la tête vers elle.
- Viens, s'il-te-plait.
- Je suis pas sure que ce soit une bonne idée.
- Sameen …
- Dépêchez-vous un peu tous les deux, la coupe-t-elle. Vas-y.
Reese démarre le moteur et à contre cœur Root monte dans la voiture furieuse et attristée. Sameen les regarde partir et elle décide de marcher un peu dans les rues de New-York. La soirée est bien entamée. La nuit est calme et clair, l'air est frais en ce mois d'octobre. Elle marche en réfléchissant. Aurait-elle du y aller ? Est-ce que quelqu'un se doute qu'elle est enceinte ? Elle est dans son sixième mois mais les températures de la saison lui ont permis de porter des vêtements ample et … elle a mis au point un stratagème pas si idiot que ça. Du moins pour ce soir. Elle se mord la lèvre. La mission est intéressante, elle aurait bien envie de …
- Fais chier, soupire-t-elle.
Elle décide soudain de prendre le métro. Elle veut juste savoir si son intuition sur la situation est la bonne. Juste ça. Personne n'aurait rien à dire si elle venait juste jeter un coup d'œil. Samuel Jillan est-il la prochaine victime ou l'assassin ? Trente-cinq minutes plus tard, elle est sur le trottoir devant la galerie d'art où a lieu la réception. Le lieu est huppé et l'on n'entre pas sans invitation. Elle repère la voiture de John et de Root pas très loin mais ils ne sont plus dedans. Sam reste donc sur le trottoir. Son téléphone sonne et elle sursaute. Le numéro est inconnue. La petite brune soupire et met son oreillette.
- Quoi ? Je ne fais rien de mal, je suis juste là.
Mais ce n'est pas Ariane.
- Je suis contente que tu aies changé d'avis mon cœur, sourit Root. Tu n'as pas trop froid dehors ?
- Tu as notre numéro en vue ?
Pour toute réponse son téléphone vibre et elle reçoit la photo de l'homme. Il sourit en plein discussion avec un groupe de personne.
- John oui. Il ne le lâche pas des yeux, murmure Root. Je couvre la porte arrière. Il y a des vigiles partout.
- C'est comment la soirée ?
- Très ennuyante sans toi, soupire-t-elle. John doit regretter de ne pas t'avoir en sa compagnie.
- Je préfère rester dehors.
- Comme tu veux mon cœur. Mais moi j'ai froid !
- Si jamais le tueur se pointe je pourrais peut-être me montrer enfin utile.
- Tu n'as rien d'inutile, la coupe durement Root. Et c'est une bonne idée.
- John ne serait surement pas de ton avis.
- Oublie John. On a besoin d'aide.
Les heures s'étirent longuement dans le silence. La soirée se poursuit. Root reste à l'arrière au niveau des cuisines où les serveurs s'activent pour préparer les hors d'œuvres à servir aux convives. L'interface grelotte de froid tout comme Shaw. Trois heures plus tard, les choses bougent enfin un peu. C'est John qui les prévient. Samuel Jillan a reçu le SMS présageant le drame. Mais cette fois John est juste à côté de lui. Une chose est sûre, le tueur n'est pas loin.
- Finch, appelle John. Avez-vous trouvé ?
- Aucun des convives de cette soirée n'est sur la liste d'attente, soupire le milliardaire.
- Peut-être que l'on fait fausse route, murmure soudain Sameen.
- Mademoiselle Shaw ? panique Harold en réalisant sa présence. Que faites-vous la ?
- A quoi tu penses Sameen ? demande Root sans se préoccuper du ton affolé de Finch.
- Peut-être que le tueur n'est pas sur la liste. Peut-être que j'ai eu tort et que …
- Tu n'as pas eu tort, la coupe John. Jillan vient de recevoir le SMS. Ton intuition était la bonne Shaw.
Root sourit largement. Et soudain …
- Finch, appelle Sameen soudain frappé d'une idée. Y a-t-il des médecins à cette soirée ?
Quelques secondes de silences s'ensuivent et …
- Oui. Le docteur Ekberg.
- C'est lui.
- Pardon, s'offusque-t-il.
- C'est forcément un médecin, nous sommes les seuls à avoir accès à la liste des personnes en attente d'un don d'organe …
- Mademoiselle Shaw, s'affole-t-il.
- … et il a aussi les numéros de téléphone. C'est comme ça que l'on prévient les patients en cas de greffe à venir. Tout concorde !
Un silence s'ensuit
- Le docteur Ekberg a un fils de vingt-deux ans, les informe Ariane alors que Harold se refuse à le faire par peur de ce que Sameen ferait au suspect. Il est en cure de désintoxication et en sevrage pour l'alcool. Et il a besoin d'un foie d'urgence.
- Sauf qu'il n'est pas prioritaire, comprend Sameen. Un drogué et un alcoolique.
- Son état s'est dégradé il y a trois semaines, les informe Ariane. Il est en fin de vie.
- Les meurtres ont commencé à ce moment-là, réalise John.
- Plus il tue, plus son fils gagne des places dans la liste, comprend Root.
- Il est médecin, il savait que son fils n'aurait aucune chance et qu'il mourrait. C'est lui, assure Sam. A quoi il ressemble ? Est-ce que quelqu'un a un visuel ?
Une photo leur est envoyé à tous par Ariane alors que Harold refuse d'en informer Shaw.
- Je le vois, les informe John.
Jillan observe soudain Reese. Il reconnait l'homme qui a failli l'attraper la dernière fois dans cette ruelle. Et il comprend qu'il a été démasqué. Il déglutit et jette un regard à Jillan. Jillan qu''il ne pourra pas tuer ce soir, Jillan qui prendra la place de son fils. John s'avance de deux pas vers lui mais le docteur Ekberg tourne les talons et s'éloigne rapidement.
- On arrive, décide Root. Toi John, ne perd pas Jillan des yeux.
Elle sort son arme pour ne pas être surprise. Le docteur Ekberg a déjà tuer douze personnes, il n'a plus rien à perdre. Elle s'approche de la porte arrière, pensant pouvoir passer par les cuisines mais le vigil lui barre soudain la route et la braque. Root n'avait pas prévu qu'il serait armé.
- Posez votre arme et levez les mains, ordonne-t-il en déglutissant.
Root soupire et obéit. Elle pose son arme au sol et se retourne les mains en l'air alors qu'il appelle en renfort plusieurs agents. L'interface se retourne brusquement et le frappe durement à la tempe. L'homme inconscient n'a pas touché le sol qu'elle s'éloigne déjà par les cuisines après avoir ramassé son arme. Elle en ressort dans un petit couloir où elle tourne à droite. Elle entend des pas derrière elle, les agents de sécurité que l'homme a appelé en renfort sont à sa recherche et ils vont bientôt lui tomber dessus. Elle doit vite trouver le docteur Ekberg. Elle s'éloigne le plus naturellement et le plus vite possible. Car si se débarrasser d'un agent de sécurité était facile, ça n'aura rien d'évident face à une demi-douzaine sans tirer un seul coup de feu. Une main l'agrippe et la tire soudain au coin du couloir et elle se retrouve happé dans un baiser alors que les agents de sécurité l'ont enfin en vue.
- Tu n'es pas discrète quand tu entres quelques part, souffle Shaw en l'embrassant. Moi l'agent de devant n'a pas eu le temps de prévenir qui que ce soit avant que je l'assomme par surprise.
- J'adore quand tu me prends par surprise moi aussi, souffle Root dans un sourire contre ses lèvres. Surtout dans ces conditions.
Elles cessent leur étreinte sans s'éloigner l'une de l'autre. Les agents les observent toujours du bout du couloir.
- Ils ont des doutes j'ai l'impression, s'amuse Root. Mettons-y plus de conviction ma belle, veux-tu ?
Et sans lui laisser le loisir de refuser, elle l'embrasse profondément. Sameen ferme les yeux dans le baiser et un gémissement lui échappe même alors qu'il allume son désir. Root passe une main dans son cou et une autre descend le long de sa silhouette et atteint son ventre. Malgré l'épaisse couche de vêtement, elle fronce les sourcils, comprenant enfin ce qui la perturbait tout à l'heure quand elle l'a revue. Son ventre. Il n'est plus aussi rond que la dernière fois, elle est pourtant à 24 semaines. Un truc cloche. Shaw ne cesse pas le baiser mais lui agrippe la main pour la remonter et Root se promet de résoudre ce mystère plus tard. Elle choisit plutôt de batailler sur qui aura la suprématie dans ce baiser fort agréable. Ça dure quelques secondes et aucune ne s'avoue vaincu jusqu'à la fin. Sameen brise le baiser à bout de souffle.
- On est en progrès je crois, sourit Root hilare.
- Oh je t'en prie c'est pas le moment, soupire Sameen. Tu crois qu'ils nous observent encore ?
- Ils ne sont plus là depuis longtemps mon cœur, s'amuse Root en s'approchant pour lui voler un autre baiser par surprise que Shaw n'a pas le temps d'esquiver.
- Tu es impossible, réplique-t-elle en levant les yeux au ciel et en la repoussant.
Elle se dégage.
- On doit trouver le docteur Ekberg !
Elles fouillent les lieux de la réception pendant de nombreuses minutes. John est toujours à la réception pour surveiller Jillan. Ce dernier ne se doutant absolument pas de ce qui se trame. Il a négligemment supprimé le message reçu, convaincu qu'il s'agit d'une erreur de numéro. Harold lui demande à plusieurs reprises de laisser le numéro pour partir à la recherche du docteur Ekberg, trop apeurée par ce que Root et Shaw lui feront quand elle le trouveront. Mais John refuse. Douze personnes sont déjà morte et il refuse qu'il y en ait une de plus. Alors il reste. Il a confiance en Root. Et en Shaw aussi mais … Du moins espère-t-il qu'elle ne le tuera pas sauvagement ! Voilà pourquoi il ne voulait pas d'elle sur la mission. Est-elle prête maintenant ? Il n'en sait rien. Et Root n'ont plus n'en sait rien. Il espère donc que ce soit Root qui attrape le docteur Ekberg plutôt que Shaw. Pourtant c'est bel et bien Sameen qui le débusque dans les toilettes. Ou plutôt dans la ruelle attenante pour être plus précis.
Conscient d'être traqué, le docteur Ekberg se réfugie dans les toilettes pour chercher à s'éclipser par la fenêtre. Sameen a ouvre la porte des lieux au moment où il franchit cette dernière et elle s'élance à sa suite pour le rattraper dans la ruelle. Il court vite mais elle aussi. Elle le rattrape et l'agrippe en enfermant ses deux poings sur le dos de son pull et elle le projette avec violence au sol avant de le relever pour le plaquer au mur. L'homme l'observe apeuré. Son visage à elle est froid et fermé.
- Quoi ? lui demande-t-elle froidement. Tu n'aimes pas être traqué par un tueur qui veut ta peau ? Je croyais que tu trouverais ce petit jeu assez fun, non ?
L'homme déglutit.
- Je ne suis pas un tueur.
- La ferme, siffle-t-elle. Je sais ce que tu as fais. Je devrais te tuer tout de suite pour chacune des douze personnes que tu as massacré comme du bétail.
- Je l'ai fait pour mon fils, pleure-t-il. Il est malade, il va mour …
- Je sais tout ça, le coupe-t-elle froidement, épargne ta salive.
- Vous comprenez pas, c'est sa seule chance je ne suis pas compatible avec lui.
- Vous espérez me faire pitié là ? Ne perdez pas votre temps !
- J'ai sauvé des tas de vie. Et je ne pouvais pas sauver celle de mon fils ? Jamais ! Je … J'ai sauvé de tas de vie !
- Et aujourd'hui vous êtes un meurtrier, rétorque Sam d'un ton cassant.
- Si je le sauve, je … je ne suis pas un meurtrier mais un sauveur.
Shaw le plaque durement au mur en appuyant sur sa trachée. Complétement furieuse.
- Vous étiez médecin. Ces gens étaient des patients et vous les avez tué. Vous n'êtes pas un sauveur, vous êtes un monstre, une pourriture qui va crever !
Ariane, Root, John et Harold se figent de peur à ces mots. L'interface décide de la rejoindre pour l'empêcher de commettre l'irréparable. Pourtant Sameen ne dit soudain plus rien. Ils l'entendent respirer bruyamment. Puis de plus en plus doucement alors qu'elle se calme.
- Je devrais vous tuer tout de suite. Un coup de poignard en plein cœur. Le même traitement que pour vos victimes.
Tout le monde retient son souffle. Root arrive enfin dans la ruelle, prête à rectifier la situation mais …
- Seulement en quoi serai-je différente de vous je fais ça ?! continue doucement Shaw. Je peux vous tuer et vivre avec, ça je m'en fous. Je n'aurai pas de remords. Mais je ne pourrai pas vivre avec l'idée que je suis devenue comme vous tous.
L'homme déglutit. Elle n'a même plus l'air de s'adresser à lui.
- Vous allez payer pour ce que vous avez fais ! poursuit-elle. Mais vous ça n'a rien de personnel avec moi et en vouloir à la Terre entière n'apporte rien de satisfaisant. Ce ne sera pas moi qui vous porterez le coup fatal !
Root la rejoint calmement.
- Alors qu'est-ce qu'on fait de lui ? sourit-elle à la petite brune.
Shaw réfléchit et …
- Le lieutenant Riley est-il prêt à faire des heures supplémentaires ? demande-t-elle soudain.
- Avec plaisir Shaw, sourit-il en les rejoignant.
Sameen sourit à Root qui lui tend un taser et elle l'applique sèchement sur le docteur Ekberg. Ce dernier s'effondre au sol.
- Merci pour ta précieuse aide Sameen, sourit Root.
Elle semble aux anges et son rayonnement parvient même à arracher un sourire à Shaw.
- Content de te retrouver Shaw, murmure John lui aussi ravi.
Il ramasse le corps du docteur et s'éloigne pour le transporter à leur voiture. Il sera au pénitencier mexicain de Torreon demain aux aurores.
- Ça veut dire que tu vas arrêter de me refouler pour chaque mission ? marmonne Sameen dans son dos.
Il ferme le coffre sur le docteur inconscient et se tourne vers elle.
- Tu as l'air d'aller mieux. Alors je dirais que oui, j'accepterai ta présence si tu continues à te retenir de tuer nos numéros.
- Trop sympa, patron, rétorque-t-elle sans la moindre joie.
Pourtant elle est heureuse. Elle aime ce travail et … ouais c'est quand même mieux quand elle ne fout pas la trouille à tout le monde et aussi à elle-même en déclenchant un massacre qui au final ne lui procure du bien quelques secondes.
- On rentre ?
Elle bondit en sortant brusquement de ses pensées. Root lui sourit largement, pleine d'espoir.
- Tu veux bien ?
Sameen acquiesce et elles disparaissent dans la nuit froide.
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- Tu devrais dormir depuis longtemps, la gronde Root quand elles rentrent.
Mais la gamine s'en moque. Elle est surexcitée de revoir Sameen.
- Shaw ! Tu vas bien ?
- Hum.
- Où est Balou ? Avec Harold ?
- Hum.
- Et t'étais où ?
- Au sud, déclare vaguement Shaw.
- C'était plus joli que là où t'avais mis ta caravane ?
- Hum.
- Tu reviens pour de bon ou pour quelques jours ?
Shaw souffle un peu sans lui répondre et Lou se pince les lèvres.
- Est-ce que … murmure-t-elle sans finir.
Elle observe son ventre et avance une main prudente vers ce dernier. Arrivée à quelques centimètres, elle jette un coup d'œil à Shaw qui l'observe faire sans rien dire. La petite attend calmement et sagement. Sam lui donne son approbation d'un signe de tête et le visage de Louisa s'illumine. Elle finit la courte distance et pose sa main en même temps que son oreille sur son ventre.
- Bonjour petite sœur, chuchote-t-elle. C'est Louisa tu te rappelles ? Tu vas bien ? J'ai beaucoup pensé à toi et j'ai lu une super histoire qui devrait te plaire. Je peux te la raconter si tu veux. Tu veux ?
Elle ne sent rien et elle fronce les sourcils inquiète en redressant sa tête.
- Elle bouge pas, murmure-t-elle inquiète à Shaw.
Cette dernière hausse les épaules, signifiant qu'elle s'en fiche. Mais les yeux de Lou commencent à s'emplir de larme et Root prend les devants. Elle s'agenouille près d'elle avant qu'elle ne pleure pour de bon.
- Pourquoi elle bouge pas ? renifle Louisa alors que Sam s'éloigne. Shaw m'a dit qu'elle m'entendais dans son ventre, que je pouvais lui parler parce que ça la calmait, ça la rassurait ! Alors pourquoi là elle ne bouge pas ?
- Parce qu'il dort, suppose calmement sa mère. Tu ne bougeais pas non plus à chaque fois que je te parlais.
Lou la regarde estomaquée.
- Il faut dire qu'il est assez tard, la gronde à nouveau Root.
- Elle bougera demain ?
- Surement.
- Shaw sera encore là ?
- Je ne sais pas, lui avoue Root.
Elle la prend dans ses bras et l'embrasse tendrement sur la tempe en la calinant, bien consciente que la situation de ce petit bébé l'angoisse profondément.
- Tu dois dormir Lou, tu as école demain !
- Pff, soupire la petite. Je préfère rester avec toi, Shaw et la petite sœur.
- Non, tu vas à l'école ! décide Root en la couchant.
- C'est pas juste, baille Louisa. Shaw elle, elle emmène sa fille avec elle en mission.
Un rire sincère échappe à Root.
- Elle peut difficilement faire autrement, s'amuse-t-elle.
Lou laisse un petit sourire en coin étirer ses lèvres. Elle cherche frénétiquement quelque chose dans le lit et Root lui tend son lapin. La gamine l'attrape et le sert comme elle le fait toujours par sa longue oreille beige toute douce. Lou glisse soudain sa main sous son oreiller et tend son poing fermé à sa mère.
- Elle va passer cette nuit, sourit-elle. Regarde !
Root sourit en prenant la petite dent.
- Elle est tombée quand ? demande-t-elle en la replaçant sous l'oreiller.
- Tout à l'heure avant que je monte le mur l'escalade. Au fait Ariane veut que j'aille en colonie de vacance la semaine prochaine.
- Ça te ferait du bien, approuve Root.
Elle pince les lèvres face à l'air triste de Louisa.
- Tu es certaine que tu ne veux pas que l'on te change d'école ma chérie ?
Lou hausse les épaules.
- On verra après les vacances si ça va mieux, lui propose Root.
Elle s'allonge à côté d'elle et la prend dans ses bras.
- Je ne supporte pas de te savoir malheureuse là-bas toute la journée.
- Naina va me reparler, espère la petite.
- Si ce n'est pas le cas, tu n'as pas à t'infliger ça. Je te changerai d'école. En attendant cette histoire de colonie c'est bien.
- Je veux pas y aller, déclare abruptement sa fille.
Root la regarde surprise.
- Pourquoi ?
Lou hausse les épaules.
- Je préfère rester ici avec toi et Shaw. Et puis la petite sœur a besoin de moi aussi !
Root sourit.
- Et si c'est un petit garçon, lui souffle-t-elle.
Lou ouvre de grands yeux.
- C'est une petite sœur !
- Tu es sûre hein ?!
Louisa acquiesce. Elle prend son lapin devant elle. Il a survécu à tout avec elle depuis qu'elle est toute petite.
- Elle n'aura rien elle, réalise tristement Louisa
Root fronce les sourcils. Elle passe doucement une main sur sa joue et Lou s'y blottit rassurée de se savoir aimée.
- Elle t'aura toi, lui chuchote Root.
- C'est triste, murmure douloureusement Louisa.
- Oui je sais. Mais c'est triste aussi pour Sameen, lui rappelle-t-elle
- Personne ne l'aime, insiste pourtant Louisa.
- Toi tu l'aimes. Tu as compris que ce n'est pas de sa faute. Et Sameen aussi, elle le sait.
- Mais elle ne l'aime pas quand même.
- On ne peut pas l'obliger, Lou.
- Je ne peux pas être toute seule à aimer le bébé. Ça ne suffira pas. Si tout le monde la déteste à côté …
- Qui te dit que tu es la seule à l'aimer ? relève calmement Root en lui souriant.
Lou lui sourit soudain, un peu rassurée.
- Alors ça suffira peut-être, murmure-t-elle.
- Pour l'instant je pense que ça lui suffit.
- Et pas après ?
- Après c'est Shaw qui décidera.
Louisa sent deux petites larmes calmes lui échapper alors que son sourire a glissé très vite. Root les lui essuie doucement.
- Elle va l'abandonner, comprend Louisa. La laisser toute seule.
- Elle sera pas toute seule, elle sera avec des gens qui s'occuperont bien d'elle.
- Mais ce sera pas nous.
- Je ne sais pas ce que Sameen va décider, lui avoue Root bien qu'elle se doute que ce qu'elles viennent d'évoquer soit la plus probable des options qu'elle choisisse. Mais tu ne dois pas lui en vouloir si c'est ce qu'elle décide.
- Je ne suis pas fâchée contre Shaw. Mais j'aime la petite sœur.
- Tu as le droit.
- Mais elle ne s'en souviendra pas. Moi je ne me souviens pas quand j'étais bébé.
- Tu pourrais lui écrire une lettre, lui propose Root. Quand elle grandira, elle la lira et elle saura que tu l'aimes, que tu penses à elle. Ça lui ferait plaisir.
Lou la regarde la bouche ouverte puis.
- Tu m'aiderais ?
- Hum, approuve Root. On l'écrira à deux.
- A trois ? demande Louisa pleine d'espoir
Root pince des lèvres sans lui répondre et Louisa baisse un instant les siens.
- Sameen ne l'aime pas à cause de … parce que c'est aussi le bébé de Lambert ?
- Je ne crois pas que ce ne soit que ça.
- Je ne veux pas qu'elle le voit comme le bébé de Lambert ! Lambert, il … c'est pas un papa. Comme le mien n'était pas un vrai papa. C'est pareil. C'est pour ça que je l'aime la petite sœur. Elle est comme moi. Sauf que toi tu m'as aimé tout de suite quand j'étais dans ton ventre.
- C'est là, la différence. Toi tu as été une incroyable belle surprise. Mais pour Shaw … ça n'a pas été une belle surprise. Ça a été la goutte d'eau de trop après tout ce qu'ils lui ont fait.
- Ça aurait pu … hésite Louisa. Je veux que Sam aime la petite sœur. Et je sais que je peux pas lui demander ça, que ce que moi je veux … qu'il n'y a pas que moi qui compte.
Elle s'arrête soudain et se blottit contre sa mère. Root la sent trembler et elle l'entend renifler alors qu'elle pleure contre elle. Sa mère la serre tendrement.
- Pourquoi elle veut pas l'aimer ? Juste un tout petit peu ?
- Chut, la console Root.
- Elle le déteste, elle s'en fiche.
- Ce n'est pas vrai, la contredit fermement Root. Je ne te laisserai pas dire ça, ce n'est pas vrai. Tu sais pourquoi ?
La petite renifle en essuyant son nez d'un geste de la main tout en secouant la tête négativement.
- Parce qu'elle prend soin de sa santé et donc de celle du bébé. Et elle te laisse lui parler et l'aimer, elle sait que le bébé t'entend dans son ventre. Elle sait que ce que tu lui dis lui fais du bien. Si elle le détestait, tu crois vraiment qu'elle ferait tout ça ?!
- Donc elle l'aime ? Au moins un peu ?
- Peut-être. Shaw n'a pas confiance en elle, elle n'a jamais voulu s'attacher à personne car elle croit qu'elle ne sait pas aimer les autres. Alors avoir un enfant …, elle est certaine qu'elle ne saura pas s'en occuper.
- Je suis sûre qu'elle saurait, baille Louisa alors que Root essuie ses joues et ses yeux avec gentillesse.
- Moi aussi j'en suis sûre, lui souffle Root alors qu'elle ferme enfin les yeux. En fait je sais qu'elle sait le faire. Il faut juste qu'elle aussi elle le sache.
Elle reste à côté d'elle quelques minutes jusqu'à ce que Louisa s'endorme. Puis elle rejoint Shaw, espérant qu'elle ne s'est pas enfuie de l'appartement. Mais elle ne s'est pas enfuie. Root la retrouve dans la salle de bain d'où la lumière filtre. La porte n'est pas fermée complétement et Root la pousse doucement.
- Sameen ? appelle-t-elle.
Elle la voit brusquement baiser son pull.
- Mais qu'est ce que …
- Tu pourrais frapper, l'agresse sèchement Sam.
- C'est ce que je crois ? s'agace Root qui a parfaitement vu.
- Quoi ? feint de ne pas comprendre la petite brune en se rinçant les mains au lavabo.
- Tu pourrais éviter de me prendre pour une idiote, s'il te plait.
- Va plutôt gronder ta môme et fiche moi la paix, râle Shaw en passant devant elle.
Mais Root la retient fermement par un bras et claque la porte de sa main libre. Shaw se dégage rudement et Root croise les bras en lui barrant le passage de la sortie alors qu'elle s'appuie dos au battant.
- Retire ça. C'est n'importe quoi !
- Mais tu me fais chi …
- Tout de suite Shaw, claque Root d'un ton sans appel.
Sameen la fusille du regard puis soupire en retirant son large pull en laine, puis son pull longue manche et enfin son tee-shirt. Elle fait tout tomber au sol et baisse les yeux affligée et fâchée.
- Contente ? lui demande-t-elle.
- Oh Sameen, soupire Root avec tristesse. Tu … Pourquoi ?
Elle voit la petite brune déglutir difficilement.
- C'était juste pour ce soir, se sent-elle obligée de préciser en retirant prestement la large bande qu'elle a enroulé autour de son ventre en serrant le plus fort possible.
Ses doigts trifouillent dans son dos alors qu'elle est bloquée et qu'elle ne parvient pas à la défaire. C'est Root qui vient lui porter secours. Un des nœuds que Sameen a fait s'est pris dans un accro du tissu. La petite brune tire fébrilement en vain.
- Attends. Ne t'énerve pas ! Laisse moi faire !
Et Shaw ne bouge pas alors que Root la lui retire. Le silence de l'interface est assourdissant pour elle. Il résonne comme une cruelle accusation. Une accusation de maltraitance envers le bébé. Shaw sait que ce genre de chose est dangereux, que ça entraine des malformations. Elle sait que faire du mal au bébé n'est pas tolérable aux yeux de Root.
- C'est la première fois, se sent-elle obligée de lui dire. Je n'ai pas fait ça avant. Je …
Mais elle ne finit pas et Root ne dit toujours rien tout en continuant à la délivrer de sa large bande de tissu. Ça semble interminable à Shaw. Elle ne se souvient pas quand elle s'est enroulée dedans qu'elle lui ait semblé si grande.
- C'était juste pour ce soir, répète-t-elle.
Root finit enfin et prend quelques minutes pour plier correctement le tissu.
- Tu ne m'as pas répondu, murmure-t-elle enfin. Pourquoi ?
Shaw ne la regarde pas et déglutit en fusillant ses pieds.
- Tu sais pourquoi, lui souffle-t-elle.
- C'était idiot Sameen, lui fait remarquer Root. Et dangereux. Et …
- …
- Et ils finiront par le voir de toute façon, finit doucement Root en s'approchant d'elle.
Elle pose sa main sur sa joue puis elle la glisse sous son menton pour lui relever la tête.
- John peut comprendre, lui assure-t-elle. Tu peux lui faire confiance.
- Je veux pas qu'il le sache.
- Ça va se voir de plus en plus Sameen. Il va comprendre.
- C'est un homme, il ne verra rien tant que moi je continue à voir mes pieds.
- Pff Sameen. Il n'est pas stupide. Il le verra.
- Pas forcément, lui assure Shaw.
- Je ne veux pas que tu remettes ce truc, angoisse Root.
Shaw détourne le regard.
- Sameen, la supplie Root.
- Bon ok, cède Shaw. C'était pas une bonne idée.
L'interface soupire de soulagement.
- Mais John ne doit quand même pas savoir. Tu m'aideras ?
- A quoi ?
- Pour John, insiste Shaw comme si c'était évident.
- A l'éviter ? comprend Root surprise.
Elle semble chercher un argument contre pendant plusieurs minutes. En vain.
- Sam, bien sûr que je peux, soupire-t-elle. Mais ça servirait à quoi ?! Il finira par le voir ce bébé un jour ou l'autre et il faudra bien lui dire d'où il sort.
- Je ne vais pas garder ce parasite, crache Shaw.
Root déglutit avec tristesse.
- Ça te choque, réalise Shaw. Que moi je dise que ce truc est un putain de parasite ça te choque, mais ce que eux m'ont fait …
- … est juste ignoble, finit prestement Root pour elle. Et ils vont payer. Mais pas lui, la supplie-t-elle. Lui … il … il n'a rien demandé Sam.
- Moi non plus j'ai rien demandé, rétorque cette dernière d'une voix qui déraille un peu.
- Bien sûr je sais, murmure Root avec compréhension. Je sais que c'est compliqué.
- Ce n'est pas compliqué, c'est même très simple. Dans trois mois je me débarrasse de ce truc. Je n'ai que trois mois à jouer à cache-cache. Après ce sera bon. Tu m'aides ou pas ?
- Tu ne pourras pas faire comme si de rien n'était, murmure Root. Ça va te faire du mal Sameen.
- Tu te trompes. Je ferais ce qu'il faut dans trois mois.
- Tu es partie depuis six semaines pour te rendre compte de ça ? hallucine Root.
Shaw déglutit en baissant les yeux.
- Sameen. Explique moi. Tu m'as promis qu'on aurait cette discussion.
- Tu vas me détester.
- Pourquoi ?
- …
- Sam ? insiste Root. Sois honnête et dis-moi ! Je ne te détesterai pas, tu as ma parole.
- …
- Tu ne me fais plus confiance ?
- Si. Mais je crois que tu vas quand même me détester.
- Pourquoi ?
- Parce que j'ai hésité longtemps à l'étriper vivant le jour de sa naissance des pires manières possibles. Des manières qui te répugneraient au point que je te dégouterais.
Root ne bronche pas. Sameen l'observe attendant son verdict, inquiète. La grande brune est insondable en face d'elle. Et finalement …
- Tu mens si mal Sameen.
- Je te mens pas.
- Alors tu te mens à toi-même. Parce qu'il est clair que tu n'es pas prête à lui faire du mal à ce bébé. Et ça tu le savais déjà il y a six semaines. Alors pourquoi n'être revenu que ce soir ?
- C'est Ariane qui te l'a dit, pas vrai ?
Root hausse les sourcils et Shaw comprend qu'elle ne sait rien. L'interface quant à elle comprend que Sameen a commencé une sorte de thérapie avec l'IA, comme elle le lui avait suggéré. Voilà pourquoi elle est revenue à New York. Voilà pourquoi elle va un peu mieux.
- Elle m'a demandé de trouver la raison pour laquelle je ne l'ai pas tué ni torturé.
- Et tu as trouvé ?
Shaw acquiesce.
- Pourquoi tu crois que je n'ai pas tué le docteur Ekberg ce soir ?!
- …
- Je dois être plus méthodique. M'en prendre à ceux qui le méritent.
- Ekberg le mérite surement.
- Il ne m'avait rien fait ce minable, rétorque Shaw en haussant les épaules
Elle se tourne dans le miroir et se dévisage. Son corps la dégoute. Et elle ferme les yeux de colère en soufflant. Elle les rouvre alors que l'interface s'est collée dans son dos pour l'enlacer. Elle pose sa tête sur son épaule. Sameen accepte ce geste en appuyant sa tête sur la sienne.
- Et lui non plus il ne t'a rien fait, comprend Root en finissant pour elle son raisonnement.
- Je sais, soupire Shaw alors que les lèvres de l'interface se sont posés sur son cou. Mais je ne veux quand même pas de lui dans ma vie !
Root remonte ses lèvres qui s'emparent de son lobe d'oreille.
- On fera comme tu veux, lui chuchote-t-elle sans s'arrêter.
Sameen gémit sous la tendresse et se retourne pour que ses lèvres trouvent enfin les siennes. Mais quand Root commence à la caresser, la réalité de sa situation la rattrape et elle recule en la repoussant un peu, brisant leur étreinte. Root se mord la lèvre inférieure mais accepte parfaitement la situation. Elle reste auprès d'elle. Root le sait, Sameen a besoin d'elle.
- Je peux pas, avoue cette dernière à regret en lui tournant à nouveau le dos. Pas encore. S'il te plait.
Elle l'observe dans le miroir, guettant sa réaction avec inquiétude. Mais la grande brune lui sourit gentiment.
- Quand tu voudras. Et tout ira bien, lui assure-t-elle.
- Rien ne va plus depuis longtemps.
Elle s'observe dans le miroir, la colère envahissant ses yeux.
- Mais ça s'arrangera, lui promet Root dans son dos. D'une façon ou d'une autre. Et cette façon, c'est toi qui la choisira. Je ne te jugerai pas, je ne t'en voudrai pas et …
Elle marque une pause.
- … je ne te haïrais jamais, finit-elle doucement.
Shaw le savait au fond d'elle-même. C'est pour ça qu'elle est enfin revenue. Shaw savait que Root parviendrait à ne pas la haïr si elle-même arrivait à ne pas trop se détester. Elle la prend par la main et Shaw se laisse entrainer à sa suite vers leur chambre. La nuit sera calme, elles le savent toutes les deux. Calme et sereine. Root a raison et Shaw le sait. Les choses pourront s'arranger. Si elle fait les bons choix.
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