Yo !

Est-ce que ce recueil était seulement une excuse pour pouvoir poster cet OS aujourd'hui ? Hein ? Peut-être.

Bref.

Alors voilà.

J'aurais dû faire quelque chose de plus long pour ton anniversaire, mais ? J'ai juste pas réussi, alors j'espère que tu me pardonneras.

C'est un OS pour une fille, quelque part, qui m'aime et que j'aime, et qui mérite que toutes les Lunes de toutes les planètes veillent sur elle et s'assurent qu'elle dort bien.

Bonne lecture !

Six heures du matin

Vanitas a l'habitude d'être ici. Le Starbucks de la gare au petit matin. Il est six heures, il fait encore nuit. Il a les mains gelées, et il veut juste un grand café pour se les réchauffer avant de prendre le métro. Fumer une cigarette en regardant les voies, écouter sa musique, envoyer vaguement un message à Riku pour lui dire qu'il est arrivé.

Il frissonne, attrape sa valise et marche vers le café qui vient d'ouvrir. Il regarde le menu, comme si d'un coup il allait choisir autre chose que sa commande habituelle. Ha. Il se connaît mieux que ça. Un message de Nina sur son téléphone lui demande s'il est bien arrivé. Il pense qu'elle devrait dormir, alors il ne répond pas. C'est pourtant le seul créneau aujourd'hui où il pourrait parler avec elle.

« Bonjour. »

La voix, veloutée et grave, lui dit vaguement quelque chose. Il redresse le torse, croise le regard vert de la barista qui attend sa réponse. Plisse les yeux.

« Un café filtre en venti, avec un shot d'expresso.

— Votre nom ?

— Vanitas. Comme ça se prononce. »

Il l'a déjà vue quelque part. Il ne sait pas où. Il est tôt, et pourtant elle semble parfaitement réveillée. Son visage, quelques centimètres plus haut que celui de Vanitas, est maquillé à la perfection. Sa peau est lisse et lumineuse, d'un brun chaud, et Vanitas se demande si elle porte du fond de teint. Comme il donne son propre nom, il regarde celui de la femme. Jade. Jade. Non, ça ne lui dit rien. Il fronce les sourcils quand il pose sa carte sur le terminal de paiement.

« Est-ce qu'on s'est déjà croisés ? »

Elle sursaute, ça fait un trait imprévu sur le gobelet qu'elle tient dans les mains. Le I de Vanitas remonte jusqu'au couvercle en plastique. Elle le regarde, d'abord avec curiosité, mais rapidement son expression mue vers la séduction.

« Je n'ai pas l'impression. Je pense que je m'en souviendrai. »

Vanitas hausse les sourcils. C'est vrai. Il avait, un moment, oublié à quel point il est inoubliable.

« Hm. »

Comme il n'élabore pas, elle s'en retourne à sa tâche. Est-ce qu'elle a fait du mannequinât ? Elle semble assez grande pour, mais il doute que son corps, tout fait de générosité, rentre dans les tailles trente-quatre qu'on fait enfiler aux mannequins. Il penche la tête. Elle a peut-être un compte Instagram qu'il suit ? Ce n'est pas ça, pas ça exactement. Mais oui, une photo d'elle, il se dit qu'il en a déjà vu. Ou alors un dessin ? Est-ce qu'elle pose pour des dessinateurices qu'il aime ?

« Votre café. »

Il est certain d'avoir déjà vu ces yeux verts, entourés d'un khôl noir et lointain, et ses lèvres rouges, les créoles qui pendent à ses oreilles, même, lui semblent familières. Il attrape le gobelet, oublie de la remercier. Et elle lui sourit. Putain que c'est rageant. Il connaît ce sourire.

« Quelque chose ne va pas, petit ? »

Et il manque de s'étouffer avec sa salive, se sent rougir. D'un coup, l'aura de la barista a rempli toute la pièce, et il est soudain douloureusement conscient de leur solitude ici. Petit. Elle l'a appelé « petit ». Comme un flash dans son esprit, un déclic, le circuit qui se ferme d'un coup et la lumière qui jaillit.

« Esmeralda ! Mais oui ! Vous êtes sur ce site de cam euh … merde, je sais plus le nom, mais vous êtes cam girl ! »

Elle recule d'un coup, son aura avec elle. Elle ne le quitte pas des yeux, sur la défensive, et il fouille dans son sac pour trouver un paquet cadeau emballé. Il déchire le papier, tant pis s'il n'a pas le temps de le refaire avant de voir Riku, ça vaut le coup. Il sort un stylo, aussi, et ouvre le carnet à la première page.

« Mon mec est fan. C'est un carnet pour lui, vous voudriez lui faire une mini-dédicace ? J'ai du liquide, si c'est payant. »

Elle le fixe toujours, l'étudie. Vanitas roule des yeux. Comme s'il allait d'un coup décidé de ruiner sa réputation ici. Bon, il a peut-être crié qu'elle était cam girl, mais c'était la surprise. Il ne bouge pas, attend qu'elle prenne la décision, et finalement le sourire d'Esmeralda revient. Elle prend le carnet et le stylo posés sur le comptoir, retire le bouchon.

« Son nom ?

— Riku. R, i, k, u. »

C'est autour d'Esmeralda d'écarquiller les yeux, de regarder Vanitas d'un coup.

« Mais oui ! Je me disais que votre prénom m'était familier. Il parle pas mal de vous. Dingue, de se croiser.

— Wait. Il utilise son vrai prénom sur le site ?

— C'est son vrai prénom ? »

Ils se regardent, et Vanitas a envie de rire. Elle secoue la tête, écrit un petit mot avant de tendre le carnet au garçon. Il ne peut pas ne pas comprendre Riku, maintenant. Il regarde autour de lui. Personne. Il met le carnet dans son sac, pose sa main libre sur le comptoir.

« Dites. Je pensais aller fumer une clope et boire mon café tranquille. Si jamais.

— Vous m'invitez ? »

Vanitas hausse les épaules. Il n'est même pas certain de s'il est en train de la draguer ou non. Mais il n'a pas envie de ne plus jamais la revoir. Enfin, il y aura toujours le site, il pourra demander à Riku de lui faire un compte. L'idée a un goût bizarre sur sa langue. Il l'a rencontrée en chair et en os, il connaît son prénom. Il n'a peut-être plus le droit de faire ça. C'est peut-être creepy. Est-ce que c'est creepy ? Il demandera à Riku. Quoique, Riku fait des choses creepy sans s'en rendre compte. Par exemple, il a une photo d'Esmeralda collée à son mur. Et Esmeralda ne sait même pas que certaines de ses photos ont été imprimées en premier lieu. Perdu dans ses pensées, il ne remarque pas que la barista se sert également un café avant de la sentir plus près de lui, trop près. Il se recule, elle le regarde. Côte à côté, on voit bien qu'elle le dépasse d'une demi-tête.

« En vrai, je paye pas le café, hein. En revanche, je ne refuserais pas une cigarette, Vanitas copain de Riku. »

Vanitas grimace. Quand il racontera tout à Riku, il sera horriblement jaloux. Il enfonce la main dans la poche, sourit en coin. Il veut bien jouer à ce jeu.

« Ouais. Je dois avoir ça. »

.

.

.

Voilà.

Je sais pas. Je sais pas. Amour ?