Chapitre 1

Le saule Pleureur.

Des ombres s'élevaient dans les branches d'arbres de l'épaisse forêt. Silencieuses, telles des fantômes, seul un œil aguerri pouvait espérer entre-apercevoir ces spectres. Ils filaient à toute allure, pressés de pouvoir regagner leurs foyers. Une légère brise caressait leurs visages ruisselant de sueur, leur apportant une certaine félicité, dans cet enchevêtrement tortueux et noueux de larges branches sur lesquelles, leurs pieds experts s'élançaient au travers de cet épais feuillage, permettant à peine aux rayons du soleil de percer la canopée.

À la lisière de la forêt d'émeraude, ils aperçurent une petite clairière, au milieu de laquelle se trouvait un unique saule pleureur. Bien que sa taille n'eut rien de ridicule, elle paraissait presque minuscule à côté de ses frères qui l'entouraient. L'on put apercevoir le ciel dépourvu de nuage, imposant alors la chaleur écrasante de l'astre solaire.

Une odeur qu'il connaissait que trop bien se fît sentir au travers une légère brise. Une odeur de métal humide, qui ne lui provoqua aucune nausée, tant il y était habitué. Le premier stoppa net sa progression au bord de la clairière, intimant aux deux autres de faire de même, d'un mouvement de poing. Toujours perché à la cime, dans l'ombre, à l'abri des regards, il se retourna vers ses deux coéquipiers pour leur indiquer silencieusement cette impression étrange. Ils étaient aux abords de leur village dans le Pays du Feu. Bien que l'atmosphère de ces derniers mois n'indiquait rien de bon quant à la paix, il restait tout de même anormal de sentir cette odeur si forte qui ne laisser qu'imaginer la quantité qui devait en découler.

D'un geste de main précis, il ordonna de se disperser de sorte à entourer la petite trouée d'herbe. L'odeur venait de cet arbre. Ses longues branches parsemées de feuilles, tel un épais rideau de velours, empêchaient d'apercevoir son tronc. Il se concentra pour essayer de détecter une quelconque présence de chakra. Il dût attendre plusieurs secondes avant de sentir cette aura particulière. Elle était à peine perceptible, mais indiquait bien la présence d'une personne à priori blessée, fût elle amie ou ennemie.

Les trois ninjas se lancèrent à pas de loup vers la cible. S'orientant en fonction du vent afin de ne pouvoir être détectés. Ils avançaient, d'un même mouvement, formant de légers sillons dans les hautes herbes qui composaient la petite plaine. Position de combat, kunaï à la main, prêts à bondir. Lentement et toujours sans bruit, ils arrivèrent à l'orée des branches du feuillu. Si celles ci cachaient parfaitement l'intrus de part leur longueur et leur épaisseur, elles permettaient à nos trois soldats de l'ombre de tout aussi bien se dissimuler. La respiration lente, mais le cœur battant rapidement d'adrénaline, les trois ninjas traversèrent l'épais rideau de feuilles, aussi vifs que les cobras du désert de Suna.

Ils s'immobilisèrent aussitôt. Les yeux exorbités par la scène qui se trouvait devant lui, le plus jeune ne pût empêcher un hoquet de surprise. Elle était surréaliste. Une silhouette, semblant appartenir à un homme, gisait dans une marre de liquide pourpre. Les épaules tout juste appuyées contre le tronc, la tête à peine retenue par l'écorce, tombant sur son épaule droite. La bouche entre ouverte, un filet de sang s'échappait de ses commissures. Mais l'horreur n'était pas là. La moitié de son visage semblait ravagé, comme brûlé par de l'acide. Sa peau autrefois lisse, se composait dès lors de lambeaux sur la moitié de sa face, le recouvrant d'hémoglobine. Ses vêtements sombres, déchirés, luisaient de son propre sang, une plaie béante remplaçant son bras et sa jambe droite.

Une terrible crampe prit l'estomac du jeune ninja, l'obligeant à se retourner brusquement, une main contre le tronc, l'autre à sa bouche, d'où un filet de salive glissait entre ses doigts. Le spectacle était écœurant. N'ayant pas fait partie de la génération de la guerre, jamais il n'avait vu un corps aussi mutilé.

Le capitaine, lui, bien trop habituer à l'horreur des boucheries des champs de batailles, continuait de scruter le pauvre corps désarticulé qui s'étalait à ses pieds. Que lui était-il arrivé?Cette pensée passa succinctement à son esprit. Aucun homme ne peut survivre à de telles blessures. Il se retourna et ordonna au plus jeune de se reprendre, dans le but de regagner leur route. Mais un râle, semblant sortir des ténèbres, se fît à peine entendre du ninja, le stoppant net dans son mouvement. Il fronça les sourcils et tourna légèrement la tête vers la masse presque informe au pied de l'arbre. Il discerna un mouvement des lèvres tout juste perceptible, s'il n'avait pas remarqué une petite bulle rouge se former aux commissures.

Dans un mouvement d'extrême urgence la seule femme membre de l'équipe s'approcha de la victime, tentant par n'importe quel moyen de stopper les hémorragies. Le jeune ninja quant à lui semblant encore plus perturbé par la scène se déroulant sous ses yeux, resta immobile, tandis que le chef s'agenouilla près de ce qui restait du visage du pauvre homme. Il approcha deux doigts de sa jugulaire, à la recherche d'une quelconque pulsation. Sa peau blafarde, était aussi froide que du marbre. Un battement faible se fît sentir.

- « Çane sert à rien. », dit le plus vieux d'un air imperturbable. Sachant que sa fin serait proche.

- « Mais il est encore en vie ! », s'exclama la jeune femme, outrée par une telle réplique venant de son capitaine.

- « Il ne survivra pas et ne fera que nous ralentir. »

La jeune femme fronçant les sourcils, regarda l'homme, le dégoût au fond de ses prunelles. Son sang commençait à bouillonner en elle tandis qu'elle continuait d'essayer de contenir celui de l'inconnu par de nombreux bandages ainsi que son chakra salvateur.

- « Comment pouvez-vous laisser un homme dans une telle détresse sans sourciller ? », cracha-t-elle presque.

Le ninja claqua sa langue contre son palais, indiquant qu'il ne changerait pas d'avis. Le plus jeune qui commençait tout juste à reprendre ses esprit, se balançait d'un pied à l'autre, ne sachant comment intervenir dans une telle situation. Il venait d'intégrer l'équipe, était également celui qui avait le moins d'expérience et contre-dire son chef lui semblait déplacé. Mais laisser cet homme agonisant, sans même essayer de le sauver, était contraire à ses principes en tant que ninja.

- « Vous n'avez qu'à partir avec Naoki, je me chargerait de lui. » trancha la jeune femme, le regard déterminé vers son capitaine.

- « Eh bien… Je pourrais restais pour t'aider… Nous pourrons plus facilement le transporter afin qu'il soit soigné au village. », osa tout juste le jeune Naoki, un regard en coin vers le visage sévère de son capitaine.

- « Puisque vous tenez tant que ça à perdre votre temps pour une cause perdue, plutôt que de rentrer au plus vite au village où l'on a besoin de vous, grand bien vous fasse. Je signalerai votre comportement au Hokage. » cracha l'aîné.

Il avait vu d'innombrables corps meurtris par la troisième Grande Guerre Shinobi à laquelle il avait participé. Suffisamment pour ne plus être choqué par une telle vision, et surtout rester pragmatique et ne pas perdre son temps, ni son énergie pour un inconnu qui finira de toute façon six pieds sous terre. Il s'élança donc à travers les feuillages du saule. Laissant sur place Naoki, démuni par une telle attitude, et la jeune kunoichi qui n'y accordait déjà plus d'importance. Toute son attention étant concentrée sur les plaies béantes de l'homme à ses genoux.

Elle intima d'une voix douce mais ferme à son coéquipier de venir l'aider à appliquer les bandages et l'onguent sur son visage, afin qu'elle puisse finir de stopper l'hémorragie de son bras et de sa jambe. Naoki s'exécuta, d'un geste incertain, presque tremblant. Toujours en état de choc face à ce quasi cadavre. Tout en déroulant les bandes sur le visage du malheureux, il observa la jeune femme. Il voyait encore dans ses pupilles de nacre, toute la détermination dont elle avait fait preuve lors de l'attaque de Pain contre le village. Afin de protéger le héro de Konoha, elle s'était jetée devant ce monstre qui avait détruit leur si précieux refuge. Détermination qu'elle avait encore montré aujourd'hui en s'opposant à leur capitaine. Elle qui était habituellement si douce, si réservée, son aura dégageait pourtant en ces rares moments une telle force. Il l'admirait, et rêvait secrètement de pouvoir un jour être à sa hauteur.

Face à sa contemplation, il reprit courage, permettant à ses mains de presque se soulager de leurs tremblements. Il se concentra sur cette moitié de visage déchiquetée. Retenant les quelques hauts le cœur qui s'imposaient à lui.

Une gouttelette de sueur coulait le long de sa tempe, allant rejoindre ses sœurs au creux de la clavicule de la jeune femme. Ses joues habituellement si pâles, se teintaient d'une légère couleur rose sous l'effort. Son regard à l'accoutumé si doux, était voilé d'épais cils noirs, sous ses paupières plissées par l'extrême concentration dont elle faisait preuve. Les soins lui consommaient beaucoup de chakra, mais elle n'abandonnerait pas. Tel était son nindô.

Lorsque les immenses plaies qui remplaçaient le bras et la jambe droite de l'homme furent sommairement soignées, elle déroula des bandages afin de pouvoir les protéger un maximum contre une éventuelle infection et éviter une nouvelle hémorragie. Elle avait dû faire dans l'urgence, ses soins étaient loin d'être parfaits, mais elle espérait que cela suffirait à le maintenir en vie jusqu'au village où ils le confieront aux medic-nins de l'hôpital.

Alors qu'elle déroulait la dernière bande sur son bras, elle crut entendre un léger son, presque un gémissement. Elle s'approcha des lèvres de son patient afin d'essayer d'entendre. Lorsqu'elle sentit quelque chose de très léger lui caresser l'oreille, comme un souffle.

- « R-Rin... »