Le car filait à travers Ambulon. Parqué au fond de celui-ci au milieu de la plèbe, je me sentais étouffé par la médiocrité ambiante. Mais, malgré mon accoutrement riche, mon visage de travailleur fatigué ne dénaturait pas avec le paysage local d'ouvriers et d'artisans de la sous-ruche. J'avais du sang sur les mains, beaucoup, mais pas la moindre goutte ne provenait de mes veines. Je les rangeais poliment dans les poches de ma veste de cuir pour dissimuler ce signe ostentatoire de violence décérébrée. Personne d'autre que les malfrats et les hérétiques de cette ville ne méritaient d'avoir peur de moi, après tout. Aujourd'hui, ils avaient été dix-sept. Les premiers avaient tenté de me tuer, les suivants voulaient seulement se défendre, les derniers m'avaient supplié. Mais aucun d'entre eux n'avait en réalité eu la moindre chance de survie, car l'Empereur lui-même guidait ma main et nul homme, démon, mutant ou bête ne saurait se soustraire à mon juste châtiment, à Son juste châtiment.

Un dédale de rues profanées par la crasse et le crime, une cage d'escalier rouillée et prête à rendre l'âme, porte 5, couloir deux du 27ème étage : mon nouveau royaume. Un lieu exigu et triste que j'avais espéré un temps suffisamment étroit pour y enfermer le seul remord que j'avais connu au cours de mon existence. Je fis glisser la clef dans la serrure et la fis tourner deux fois vers la droite. J'entrai dans ma demeure, la luminosité y était désespérément basse mais tout était propre et arrangé comme si le gouverneur lui-même s'apprêtait à me visiter. Une vieille habitude de l'Arbites qui ne me quitterait heureusement jamais.

— Comment ça s'est passé ? Me demanda Averroès, assis sur mon canapé.

Ce n'était pas réellement Averroès. Mon camarade et ami était mort il y a plus d'un an, dans des circonstances que je n'aurai jamais crues possibles.

— Prends tout ton temps pour me répondre, dit-il, ne te gêne surtout pas.

— Ça s'est bien passé, après tout c'est moi qui m'en occupais, répondis-je en déposant ma veste et mon chapeau sur le porte-manteau pour ensuite m'allumer une cigarette de premier choix. Je la fumerai dans ma chambre quelques minutes avant de faire mes ablutions.

— La stratégie a fonctionné ?

— Oui, la livraison qu'ils attendaient tant leur a réservé une sacrée surprise, bien joué d'y avoir pensé, tu restes de bon conseil.

— C'est toi qui a conçu ce plan d'action, tu t'en rappelles ?

— Bien sûr. Mais je n'y serais pas arrivé seul.

— Tu es toujours seul, Carrius.

— Je sais, répondis-je à Averroès, qui déjà n'était plus là.

Le fauteuil était vide, et dès lors ce monologue n'avait plus de sens. J'expédiai prestement la courte vie de ma cigarette avant de me vêtir du plus simple appareil et d'en allumer un second. J'étais éreinté et mes avant-bras étaient couverts de sang. Je déposai mon pistolet bolter sur la commode et me dirigeai vers la salle de bain. La cigarette à moitié consumée acheva son existence sur le bord du lavabo, et j'entrai dans la baignoire. Ma pudeur dissimulée derrière le rideau de douche, j'entrepris de me détendre avec un bain. L'eau était froide et le débit inconstant, mais la sensation restait satisfaisante. En tâtonnant je constatai avec dépit qu'une balle passée trop près m'avait taillée le cuir au niveau de la hanche. Le sang avait coagulé et je ne ressentais aucune douleur. Comme bien peu de choses par ailleurs ces derniers temps. Je tins quand même à désinfecter cette blessure au plus vite. De mémoire, mon flacon d'alcool médical reposait à droite de l'évier. Je tirai le rideau. Dread, mon défunt inquisiteur, m'attendait derrière. La même face ensanglantée qu'il y a deux ans sur Silmaris, le même regard chargé de haine, de regret et de dégoût. La même soif de vengeance. J'eus un inutile mouvement de recul. Il en profita pour me saisir le cou de ses mains gantées et commença à m'étrangler de toutes ses forces.

— Tu m'as tué ! Hurla-t-il comme un damné.

Je tentai de me défaire de sa prise d'un uppercut dans ses côtes à découvert, mais il ne broncha pas le moins du monde.

Manifestement d'une force physique supérieure à la mienne, il me balança un puissant coup de boule dans le nez qui me mit au tapis. Sonné et allongé dans la baignoire, je tentai piteusement de me relever, mais un direct en plein menton me renvoya au fond de l'eau où il appliqua toute sa force et sa colère pour me noyer. Mon nez pissait le sang, ce dernier brouillait l'eau tout autour de mon visage. Je n'entendais plus rien mais voyais Dread à travers le filtre épais de l'hémoglobine mélangée à l'eau de mon bain. Il voulait me tuer, me noyer, et abandonner mon corps à la pourriture jusqu'à ce que mon propriétaire se lasse de ne pas recevoir son loyer. Dans un geste de survie désespéré, je tentai à nouveau de lui briser les côtes, d'un coup du genou droit. Cette fois-ci, ma tentative fût couronnée de succès. Il relâcha légèrement sa prise. Sans perdre un moment, j'envoyai sa tête percuter la faïence, et il resta interdit un court instant. J'en profitai pour le saisir par le cuir chevelu et fracassai son crâne sur le bord de la baignoire, qui se fendit sous l'impact. Son sang y resta incrusté, mais il semblait encore conscient.

Je m'emparai du pommeau de douche en fer pour l'utiliser comme une arme, mais il esquiva avec brio malgré son hébétement. Profitant de l'initiative, je parvins à me relever complètement et à lui saisir le bras avant qu'il ne puisse réagir. En forçant de tout mon poids, je fis levier sur son épaule grâce à une clef de bras qu'il m'avait lui-même appris des années auparavant. Elle se disloqua avec un bruit écœurant, mais il parvint tout de même à se relever en déployant toute son énergie. Avant que je puisse tenter de le remettre au sol, il m'envoya, malgré ses blessures, un nouveau coup de son bras valide qui faillit avoir raison de moi. Rassemblant ce qui me restait de volonté, je saisis sa tête encore une fois de la main gauche, puis son cou de la main droite. Une rotation puissante de mes bras lui brisa la nuque dans un ignoble craquement, et il tomba sans vie sur le sol. Je me relevai, pantelant, couvert de son sang et du mien, mais victorieux et bien vivant.

— Je suis plus fort que toi vieil homme, combien de fois faudra-t-il que je te le montre ? Haletai-je en titubant avant de m'écrouler inconscient sur le sol.

Je devais me réveiller 6 heures plus tard, mon horloge biologique ayant fait bien peu cas de mes échanges brutaux de la veille. Réglé comme un métronome, je me levai à l'heure habituelle, à ma plus grande surprise. Il y avait du sang partout, mon sang. Mon nez était abîmé, et l'arrière de mon crâne était endolori. Cela m'obligerait à louer encore les services d'un medicae local, ou peut-être d'un vétérinaire, par souci de discrétion. Dread avait disparu, comme d'habitude. Je me demandai combien de temps cela prendrait avant qu'il ne revienne, cette fois-ci. Il était de plus en plus régulier ces derniers temps. Je l'apercevais parfois dans le bus, lisant discrètement un journal comme si de rien n'était, imaginant peut-être que je ne le voyais pas. La plupart du temps, il se contentait de fureter à distance, mais parfois il commençait à s'approcher doucement, et sans prévenir explosait de violence. Avec le temps il était devenu plus patient, plus malin. Il essayait maintenant de me prendre par surprise lorsque je relâchais le plus ma garde.

Je me rinçai la bouche avec une lotion à usage local, un antalgique et un antiseptique au goût repoussant. Cela eut cependant le mérite de me réveiller. L'odeur infecte passerait de toute manière avec une bonne dose de café accompagnée d'une cigarette. Je récupérai celle de la veille toujours posée sur le lavabo, mis ma robe de chambre et passai la porte pour accéder au salon.

— Tu as dormi dans la salle de bain ? Demanda Averroès du fond de mon fauteuil en cuir.

— Oui, répondis-je seulement, sans la volonté de décrire le pourquoi du comment.

— C'était Dread ?

— Ouais.

— Tu fais peur à voir.

— C'est le rat de bibliothèque qui me dit ça ? Raillai-je.

— Moi au moins j'ai pas la gueule en sang.

J'allumai ma cigarette et en recrachai une bouffée.

— Je gagne toujours contre lui, il ne me fait pas peur, repris-je.

— Tu te bats contre toi-même, tu ne peux en aucun cas en ressortir gagnant, répondit-il avec la froide mesure d'un psychiatre.

— Et pourtant je suis encore là, il n'est pas un ennemi différent des autres, juste un obstacle plus récalcitrant. Je n'ai pas le temps de me poser ce genre de question lorsqu'il se présente, je dois faire ce qu'il faut pour survivre.

— Tu vois Carrius, c'est là que se trouve le problème. Il ne s'agit que de survie, tu es statique, tu n'avances plus.

Ne prenant pas le temps d'écouter plus longtemps ces inepties, je me dirigeai vers mon tableau cartonné dissimulé derrière une toile blanche. Toutes les activités, agences, cellules et sous-cellules de la mafia locale s'y trouvaient. 6 mois de travail, de cassage de jambes, de menaces, de pots-de-vin, de descentes et de saisies. Ce tableau était le résumé le plus concis qui soit de toutes les ramifications de la plus puissante mafia locale. Et j'avais profité de ces connaissances au mieux. J'avais fait plus pour sauver cette ville d'elle-même en un an que tout l'Arbites du coin en dix. Sur ce point, j'étais définitivement le meilleur.

Par le Trône d'or, que la famille des Castellius pouvait me haïr. J'avais méthodiquement démoli leurs petites affaires là où ils s'y attendaient le moins. Je laissais la pègre classique en paix, la plupart du temps, mais ces pourvoyeurs de reliques interdites de Castellius allaient à l'encontre directe de la volonté de l'Empereur, et ces cuistres bouffis d'orgueil n'avaient pas reçu leur juste châtiment. Qui serait la main vengeresse du guide de l'humanité ? Qui pouvait devenir le glaive pourfendeur du vil, du mesquin et de l'hérétique si ce n'est moi ? Qui d'autre pourrait mener cette croisade sainte dans les rues damnés de Scintilla ? Pour les étoiles il y avait l'Inquisition, l'astartes, la garde impériale. Et pour le sale boulot il y avait moi. Mon tableau était presque complet maintenant ; toutes les ramifications d'une famille puissante qui voyait son monopole ébranlé par la volonté d'un seul homme talentueux et déterminé.

Prochaine étape, la fabrique d'obscura dans le secteur industriel des quartiers nord. Les images satellites que j'avais obtenues étaient de piètre utilité, mais en jouant sur les contrastes et sur le spectre électromagnétique je parvins à relever quelques éléments importants. Les clichés que j'avais fait prendre par une jeune âme des rues étaient en revanche d'excellente qualité. Au vu du prix exorbitant de cinq trônes par cliché, c'était le minimum. Pour finir j'étais parvenu à obtenir un plan détaillé des lieux, de l'époque où ils n'appartenaient pas aux gangs. Ce genre de documents peut se trouver facilement auprès du magistratum, quand on manie aussi bien l'archivistique que la gestion des dessous de table.

Le résultat de mes recherches constituait une base de données essentielles quant à l'agencement du bâti ainsi que sur sa fréquentation. Une façade classique, des verrous en plastacier, un système d'aération vieux comme le monde, une sécurité doublée. Je voyais des hommes équipés de matraques télescopiques et de fusils à pompe. Un original portait une hache de chantier, mais dans l'ensemble leur armement était classique. Des gilets balistiques pour certains, mais la plupart était habillée de simples chemises de travailleur. Ils ne m'attendaient pas. Du moins pas ici, car tous les indices que je leur avais délibérément laissés, concordaient à leur faire croire que je m'apprêtais à attaquer leur galerie d'art prohibée à l'autre bout de la ville. Les hommes de la fabrique d'obscura devaient penser passer une petite soirée tranquille. Certains seraient peut-être même défoncés avec cette saloperie lorsque je serai sur place, et cela ne ferait que faciliter mon travail.

— Tu as un plan ? Me demanda Averroès.

— L'aération, expliquai-je, je vais m'infiltrer discrètement par là. Je veux les attaquer de l'intérieur en commençant par faire exploser une cuve. Ils penseront d'abord à un accident de pression, et les vapeurs en mettront une bonne partie hors de combat avant même que je commence à ouvrir le feu.

— Pas mal, concéda Averroès. Mais fait attention à l'aération, ça me semble une mauvaise idée.

Je me retournai vers lui, surpris.

— Ah oui ? Quel problème avec ce chemin ?

— Les producteurs d'obscura envoient des produits corrosifs vaporisés dans les conduits pour neutraliser l'odeur des narcotiques et tromper les sens des molosses de l'Arbites. Ça rendrait ton masque à gaz poreux et ta stratégie se retournerait contre toi.

— Je vais devoir oublier l'approche discrète alors. Très bien, je vais la jouer plus classique. Merci du tuyau. Tu en sais des choses décidément, lançai-je impressionné.

— C'est toi qui sais ça Carrius, je suis dans ta tête.

— Certes, mais quitte à t'avoir dans les parages, autant jouer le jeu à fond, non ?

— Au contraire, je pense que cela renforce ta psychose. Tu devrais arrêter de me poser des questions et éviter de me répondre quand je te parle.

— Et arrêter de me défendre quand Nikolaï cherche à me tuer ? Je te remercie mais ce genre de conseils, tu peux les garder pour toi.

Averroès ne répondit rien, et à vrai dire il avait déjà disparu. Je pris le petit déjeuner que je m'étais promis, une cigarette et un gallon de café noir. Cette petite pause terminée, je fis ma toilette avec une serviette humide, pendant laquelle je remarquai que ma baignoire fuyait depuis que j'avais brisé le crâne de mon inquisiteur dessus. Je mis mon pantalon à pince, ma chemise grise, ma cravate et ma veste en cuir dotée d'un holster dissimulé pour le bolter de Nikolaï Dread. Enfin, pour mon bolter, puisqu'après tout il me l'avait offert. Je vissai mon borsalino en feutre sur ma tête, il dissimulait également un minuscule pistolet à deux coups. Cela pouvait sembler ridicule mais ce petit bonus m'avait déjà sauvé la vie par deux fois. Pour finir, je mis mon fusil à pompe de combat équipé d'un silencieux dans mon sac à dos. L'épée tronçonneuse était trop encombrante, mais à la place je dissimulais un large couteau de chasse cranté dans ma veste sur le côté opposé au bolter. Une fusée éclairante, mes lunettes couvrantes, une grenade pour faire bonne mesure, mon masque à gaz bouclé dans mon sac, et j'étais fin prêt. Le soleil était encore bas dans le ciel mais je me mis malgré tout en route. Le voyage promettait d'être long.

Les hommes et les femmes d'Ambulon se levaient tôt, déjà les multiples cheminées qui s'élevaient telles les colonnes d'un temple à la gloire de l'industrie crachaient leurs fumées denses et irritantes. Les vents du sud les dirigeraient bientôt vers les quartiers pauvres, la ville avait été si bien conçue par ceux qui habitaient dans les plus hautes spires. Une ville à l'image de l'imperium, dur mais fonctionnel, et pourquoi pas éternel si l'Empereur le voulait bien. Les hab-hôtels et les logis délabrés avaient de faux airs de lépreux, leurs briques se délitaient par endroits et certains carreaux étaient brisés, laissant le vent brûlant s'engouffrer dans les couloirs sombres des ruches. La faute aux petits à-coups de la ville mouvante, qui ne me dérangeaient plus dorénavant, car Ambulon se déplaçait en permanence dans un long processus de migration cyclique, qui durait une année Calixienne. La ville, perchée sur une gigantesque machine quadrupède, était rodée aux mouvements permanents. De toute manière, ceux qui ne s'y adaptaient pas changeaient de cité ou mourraient. Parfois un choc plus important que les autres faisait chuter l'une des hautes tours. Mais personne ne s'en souciait réellement, et la vie suivait son cours. Les hommes d'ici se levaient et se couchaient chaque matin en sachant au fond d'eux que chaque jour pourrait être leur dernier, cette ville ne faisant que mettre cette réalité universelle et inaltérable en exergue. D'une certaine manière, cela aidait à accepter l'inévitable. Seul l'Empereur est immortel, les habitants d'Ambulon le savaient plus que quiconque.

Le téléphérique s'arrêtait enfin, c'était le terminus et mon rendez-vous. Je sautai hors du véhicule auquel un marchepied manquait pour descendre convenablement. Les services publics n'avaient pas le temps de réparer ce genre de choses. Me réceptionnant élégamment sur le pavé, je pus constater le caractère austère de ce lieu. Milieu gris, triste, sans âme. Les murs de la ville étaient ici noirs de la suie que crachait l'industrie inarrêtable d'Ambulon. La maudite famille des Castellius s'était trouvée un lieu à son image pour ses petites affaires. Je sortis mon carnet et ma carte. Deux rues tout droit, une bifurcation au 237ème bis rue Duan Charly Triboulet, et j'y serai. Je croisai quelques mendiants qui me suppliaient pour une pièce, j'accédai le plus souvent à leur requête, non par générosité mais par pur calcul. Mieux valait se faire bien voir en ce lieu de perdition où mes accoutrements de riche propriétaire ne pouvaient qu'inciter à la violence. Il ne faut pas se méprendre, j'aurais assassiné avec plaisir le moindre individu suffisamment stupide pour s'en prendre à moi. Mais j'avais définitivement mieux à faire.

La fabrique m'apparut enfin, après une courte marche qui parut durer une éternité. Je détestais vraiment ces rues crasseuses, qui ternissaient mes vêtements propres en quelques heures tout au plus. Je chassai ces pensées pour me concentrer sur mon objectif. Celui-ci m'apparut comme la façade d'une honnête blanchisserie, et de l'extérieur, rien n'aurait pu il y a un mois permettre de la différencier du laboratoire illégal qu'elle abritait. Mais depuis que des rumeurs, et plus tard le journal du matin, parlaient d'un homme qui surgissait au soir pour massacrer dans une orgie de violence sans limites les membres de la pègre local, les choses avaient bien changées.

— Tu comptes y aller en force ? Demanda Averroès qui venait de sortir d'une ruelle proche.

— Pourquoi pas, lui répondis-je en déposant mon sac au sol. C'est toi qui m'as conseillé d'éviter l'aération.

— Oui, mais ton nouveau plan m'a l'air tout aussi dangereux.

— Tu oublies à qui tu t'adresses, ces parvenus n'ont aucune chance.

J'enfilai mon masque à gaz et mes lunettes couvrantes, puis je vérifiai une dernière fois mes chargeurs avant d'ajuster mon borsalino pour que mes cheveux n'en dépassent pas. Je mis un écouteur dans mon oreille droite, de la musique y passait en permanence. Cela me permettait de me concentrer et de me détendre pendant mon travail, car cette activité était relativement stressante et ce gadget n'était finalement pas un luxe. Le boucher d'Ambulon, m'avaient-ils surnommé ; bien que cette appellation ait pu manquer de finesse, ça ne me dérangeait pas. Ce nom était évocateur et un ennemi terrifié était déjà à moitié mort.

C'était l'heure. Je pris la route avec, à la main, mon fusil à pompe que je laissai pendre le long de ma jambe. Tout en marchant d'un pas décidé vers la porte de service à l'arrière du bâtiment, avant même le premier coup de feu, j'humais déjà l'odeur du carnage à venir. Deux hommes me virent approcher, et ils firent volte-face, arme au poing. Un revolver et un canon scié, ni négligeable ni trop dangereux pour un homme comme moi. Dans la pénombre, ils me distinguaient à peine.

— Qui va là ? Lança le garde au revolver.

— C'est moi, répondis-je simplement avant de relever mon arme avec une fluidité et une précision dont je n'étais pas peu fier. Sans même pouvoir réagir, le premier homme perdit la moitié du visage dans un déluge de chevrotine, et le deuxième bascula en arrière sous le coup de la peur en faisant tomber son fusil. Pris d'une panique désordonnée, il recula aussi vite que possible, la peur lui tordait le visage et réduisait ses appels à l'aide à un hoquet terrifié. Même en marchant, il me semblait avancer plus vite que lui. L'impact d'une de mes cartouches sur son torse mit un point final à ses chouinements. Plus loin, la porte de service fermée demandait vraisemblablement un déverrouillage digital, ce que je résolus en sortant mon couteau de chasse pour trancher la main d'un des corps sans vie. Je devais faire vite, mon silencieux avait bien fait son travail, mais j'aurais été étonné qu'aucun garde n'ait entendu la détonation feutrée. Le membre sectionné m'ouvrit la porte sans faire d'histoires.

— David, c'est toi ? Hasarda un homme posé sur une chaise à côté de la porte, concentré dans la lecture d'un magazine pornographique.

— Non, c'est pas David, lui répondis-je en lui plantant mon couteau de chasse profondément dans la gorge. L'homme s'étrangla en me jetant des œillades terrifiées avant de finir de se vider de son sang sur le carrelage froid.

— Devant toi, la porte à gauche, me lança la voix d'Averroès derrière moi.

Un homme déboula en face de moi depuis la pièce d'à côté, matraque télescopique dans les mains. D'un tir réflexe je l'envoyai valser en arrière sur plusieurs mètres. Il n'avait probablement même pas eu le temps de comprendre ce qu'il se passait.

— Merci mon ami, lançai-je à Averroès qui ne me répondit pas.

Même à travers mon masque, l'odeur des chaufferies de soufre nécessaires à la production des stupéfiants me saturait les narines. Mais elle n'était en aucun cas plus forte que la tenace odeur du vice et du péché que je m'apprêtais à purger. Finalement, mon attaque avait dû être suffisamment discrète, pas de gardes en formations groupées devant les couloirs, pas d'alarmes. Seulement quelques rares infortunés mécréants surpris d'apprendre que leur heure était venue.

Bien avancé dans le complexe, j'avais tenté à plusieurs reprises de repérer un plan des lieux pour trouver rapidement l'emplacement des cuves bouillonnantes d'obscura. J'empruntai un escalier de service fait d'un métal grinçant dans l'espoir de bifurquer enfin vers mon objectif. Arrivé en bas, j'entendis des voix venant de derrière moi ; ces gens marchaient et ne semblaient pas alertés outre-mesure par les récents et sanglants événements du complexe. Je me cachai derrière l'escalier et les y attendis, tapis dans l'ombre. Quand leurs pieds arrivèrent à ma hauteur, je saisis les talons d'un des hommes pour les tirer en arrière. Il se précipita la tête la première en contrebas et, après une colossale dégringolade, se tordit de douleur, incapable de se relever. Saisissant mon fusil à pompe, je tirai en l'air dans la direction du deuxième garde. La chevrotine traversa sans peine l'escalier en tôles de fer, et projeta l'infortuné dans un petit bond absurde qui s'acheva aux côtés de son collègue déjà hors combat ; il y resta prostré pour mourir d'une hémorragie qu'il n'avait que trop longuement méritée.

Je m'approchai du survivant à ses côtés et le retournai sur le dos en le poussant du pied, il était conscient. Il leva son bras pour me tirer dessus mais je fus plus rapide, et tirais dans sa main droite pour lui ôter toute intention malveillante. Il m'insulta de tous les noms en tenant son moignon endolori. En réponse j'enfonçai le canon de mon fusil dans sa bouche autant pour le faire taire que pour me détendre. Il était furax mais plus très combatif.

— Le labo, où il est ? Dis-je en renforçant la pression de mon fusil.

Il me répondit dans une série de ridicules onomatopées desquelles l'on aurait retiré toutes les consonnes.

— Oups, pardon, dis-je en retirant mon canon d'entre ses dents.

— Tu m'as arraché le bras, fils de pute !

— Certes, répondis-je face à ce trait d'esprit déconcertant. Mais outre cela je t'ai posé une question. Où est le labo ?

— Et tu crois que je vais te répondre enfoiré ? Fit-il l'erreur de rétorquer. Tu vas me buter quoi qu'il arrive...

— Affirmatif, répondis-je en posant mon fusil au sol et en sortant mon couteau de chasse du revers de ma veste. La vraie question c'est : combien de temps veux-tu que cette mise à mort se prolonge ?

Maintenant que je savais très précisément où se trouvait le labo, je pouvais passer à l'étape suivante de mon plan. Toujours personne dans le complexe, là ça commençait à devenir insultant... et louche. Fusil toujours levé prêt à lui faire cracher du plomb, j'avançai en couvrant chaque porte et chaque angle. Je ne laissais jamais rien au hasard. Pas un seul ne devait s'échapper. Parfois, malheureusement, un ou deux forbans parvenaient à s'enfuir ou à se cacher comme des rats; c'était regrettable, après tout je n'étais pas là pour faire passer un message, mais pour tuer tout le monde et saboter au-delà de toute possibilité de reconstruction. Et pour ça j'étais bon, excellent même.

Des pas résonnèrent de nouveau au loin, plus actifs cette fois-ci. Peut-être l'alerte avait-elle enfin été lancée ? Cela allait devenir intéressant. Je les attendis à l'angle d'une pièce pour effectuer un tir doublé à leur passage. Sans avoir eu le temps de m'apercevoir, ils furent comme balayés par un vent violent en passant à côté de moi. Malgré le déluge de viscères, l'un d'eux était encore vivant. Un miraculé d'une certaine façon. Je levai le canon de mon arme et réduisis son visage blême en un amas de chair pulvérisé. C'est avec une détonation aiguë que le silencieux s'éjecta du canon de mon arme après avoir confirmé la mort du deuxième larron déjà moribond.

Tant pis pour le silencieux, j'en avais trop demandé à mon matériel. Comme tout un chacun, il m'arrivait de devenir moins consciencieux quand l'action devenait trop intense. Mon fusil à pompe allait retrouver sa vraie nature d'arme foutrement bruyante. Peu importe, je tirai trois coups en l'air pour faire bonne mesure et prévenir tout le monde qu'il était l'heure de faire le bilan de sa vie. La percussion brutale se répercuta dans tout le bâtiment. De toute manière, la visite s'était avérée trop calme jusqu'à présent, et j'avais besoin de conclure cette affaire rapidement.

Je fus récompensé par l'arrivée de trois malfrats, je me couchai au sol avec les corps, fusil discrètement pointé dans leur direction. Ils s'approchèrent, circonspects, de ce qu'ils pensaient être trois cadavres, je réglai mon fusil à pompe en mode automatique. C'était certes gourmand en munitions mais sacrément efficace. Jouant sur mon bassin je me mis d'un coup en position assise arme levée devant moi pour expédier pas moins de douze cartouches dans leur direction en l'espace de quelques battements de cœurs. Des morceaux de cadavres jonchaient maintenant le sol, et les murs n'étaient plus tout à fait d'un blanc immaculé non plus. Cette portion de couloir avait maintenant des allures de musée de l'horreur. Si je ne comptais pas brûler l'endroit d'ici quelques minutes j'aurais pu faire payer la visite pour tous les amateurs de sensations fortes du secteur. Perdu dans mes pensées je n'entendis que très tard l'homme qui tentait d'approcher discrètement dans mon dos. Je fis balancer mon fusil à pompe en arrière et lui expédiai une cartouche dans le pied. Cet imbécile portait une hache de chantier et à l'exception du côté graphique, que par ailleurs je saluai, l'utilisation d'une arme pareil me semblait bien inappropriée ici. L'homme au sol se tordait de douleur, son pied en charpie ne lui permettait plus le moindre mouvement aussi je pris le temps d'ajuster mon tir pour lui loger proprement une cartouche dans la tête.

Clic.

J'eus vraiment l'air d'un imbécile, il est très dur de compter ses balles au cœur d'une fusillade et mon arme était définitivement vide. L'homme était livide, il s'était vu mourir et ne comprenait vraisemblablement pas pourquoi il respirait encore.

— Et bien on dirait que ta hache va servir finalement, lui dis-je en ramassant l'arme au sol.

Il me supplia, ils supplient tous dans ces moments là. Personne ne raconte jamais à quel point on se transforme tous en chiffe molle quand la fin approche. Au début, ce sont des menaces, des « Tuez le cet imbécile, abattez ce chien». Mais quand leur fougue et le poids de leur nombre s'est envolé, ce sont toujours des appels à l'aide, des injonctions à la pitié qui me révulsent. J'exècre ce genre de faiblesse de toute mon âme immortelle. Toujours le même schéma se répète, toujours le même carnaval. Ils ont tous l'impression que leur collègue peut finir al patres, que leur plus proche ami peut rendre son dernier souffle. Mais eux-mêmes, non, ça c'est impossible. Et pourtant tous les hommes peuvent être tués, je le constate chaque jour. Je m'offrais un exemple supplémentaire en plantant la hache profondément dans le crâne de son ancien propriétaire.

Puis, de nouveau, des bruits de course dans le couloir, trop proches pour que je réagisse autrement qu'avec la hache. Le premier homme était armé d'un revolver, je lui tranchai le bras et le laissai à son agonie. Il ne représentait déjà plus un danger. Le deuxième possédait une matraque électrique. Il avait peur, je pouvais le sentir mais il était courageux, peut-être trop pour son propre bien. Il abattit son arme sur moi, je me détournai d'un pas de côté, et lui envoyai un coup de manche de hache dans les dents. Il perdit une incisive qui ne lui manquerait plus dans quelques secondes. Il tenta un deuxième assaut, plus vigoureux cette fois-ci. Je reculai adroitement avant de relever le fil de la hache, avec force, dans le bas de sa mâchoire. Il me regarda, à deux doigts de succomber. Je pense qu'il venait seulement de comprendre qui j'étais, je lui donnai un petit clin d'œil presque complice et retirai la hache qui émit un étrange bruit de succion glauque.

J'abandonnai l'arme rétrograde et sortis quelques cartouches pour mon fusil à pompe. J'étais rôdé, le rechargement me prit exactement 5 secondes, une prouesse qui m'avait demandé de longues heures d'entraînement.

C'était encore trop simple, je me dirigeai vers le laboratoire, déterminé à faire sauter tout ce foutu complexe. Alors que je traversais une sorte d'open space qui présentait de nombreuses possibilités de guet-apens, deux hommes qui m'avaient entendu arriver tentèrent leur chance. L'un d'eux me tomba dessus depuis l'arrière d'un bureau, il m'attaqua au couteau Un autre sortit de derrière une pile de caisses estampillées du logo « toxique » et commença à m'aligner avec un pistolet automatique. Je tordis le bras de l'homme au couteau et me servis de son corps comme bouclier humain. Son imbécile de collègue vida son chargeur dans son dos. Je laissai ma protection choir, récupérai son couteau et le lançai au milieu du torse du deuxième homme qui aurait dû apprendre à recharger son arme plus vite.

Après une courte minute de déplacements rapides, arme levée, j'arrivai enfin en face de mon objectif. Une sorte de hangar aux dimensions imposantes. Face à moi des cuves et des bassines dont certaines devaient contenir de l'obscura étaient alignées par dizaines. Je m'apprêtais à faire brûler toute cette immondice dans un feu salvateur. Mais dans mon empressement à en finir je ne perçus pas les hommes à ma droite qui me visaient de leurs armes de poings et de leurs fusils à pompe, Trône, ils devaient être une vingtaine. Me maudissant moi-même de mon manque de prudence, je m'apprêtai à faire volte-face pour en emporter trois ou quatre dans ma chute, ce serait toujours ça de gagné. Mais ce qui semblait être leur chef fît l'erreur stupide de commencer à discuter.

— Alors le voilà, le boucher d'Ambulon, dit-il, la voix pleine de fierté. Si tu savais comme ça me fait plaisir de t'attraper enfin. Tu sais combien de familles on a dû dédommager après ton dernier coup d'éclat. Alors maintenant tu vas lever les mains bien sagement, car malgré tes talents, que je respecte, je doute que tu sois capable de passer à travers nos balles.

— Je connais quelqu'un dans mon entourage qui pourrait t'impressionner, dis-je en observant discrètement mes possibilités de retraite.

— Toi, tu aurais des fréquentations autres que tes flingues et tes accoutrements ridicules? Laisse-moi rire.

— Qu'est-ce que t'attend pour tirer Ducon, lui lançai-je.

Averroès me fit signe que la cuve qui se trouvait à côté de moi était une chauffeuse à obscura, presque pleine et sous pression. Les meilleurs comparses ne vous abandonnent jamais vraiment, songeai-je. Même si j'avais conscience d'être complètement fou.

— Te tuer? Répondit-il, alors que je ne l'écoutais déjà plus vraiment. Ridicule, maître Emillius Castellius offre une somme de 5000 trônes pour te récupérer vivant, alors tu vas nous suivre bien gentiment.

Aucun d'eux ne portait de masque à gaz, ces criminels groggy d'orgueil allaient salement déguster. Je commençai à rire.

— T'es taré, me lança-t-il, t'as pas la moindre idée de ce qu'on te réserve espèce de chien. Tu te prends pour un genre de justicier, mais t'es seulement un lamentable dingue.

— Je ne sais pas ce que vous me réservez hérétiques, rétorquai-je moqueur, mais moi je vous offre mon jugement.

J'ouvris le feu en direction de la cuve et plongeai à couvert derrière elle. L'obscura sous pression se mit à parcourir l'espace du hangar. Ce gaz n'était pas une simple drogue non, ses effets avaient un véritable potentiel comique d'un point de vue extérieur mais celui qui en consomme devenait une misérable larve apathique prise d'hallucinations démentes. A l'abri derrière la cuve maintenant criblée de balles je restai silencieux et comptai jusqu'à trente. L'obscura sous forme de gaz avait rempli toute la pièce. J'avais de bonnes chances de m'en sortir maintenant, mais je restai vigilant, je me méfiais tout particulièrement de ces fils de pute de junkies.

Je sortais de mon couvert prêt à attaquer mais le spectacle qui s'offrit à moi s'avéra pathétique. Certains de ces camés se roulaient par terre comme des animaux, d'autres riaient comme des damnés en pressant leur tête contre un mur. L'obscura n'était définitivement un produit comme les autres. Je passai parmi leur rang en les abattant méthodiquement et sans souffrances inutiles. Je devrais très certainement jeter le filtre de mon masque à gaz en rentrant. Au vue de la quantité qu'il venait d'absorber, le laver consciencieusement ne suffirait pas.

Aucune de ces âmes perdues ne se défendit lors de l'accomplissement de mon devoir. Je savais que cet état d'hébétude et de confusion était dû à cette drogue furieusement puissante mais au fond de moi j'espérais qu'une partie d'eux avait compris que je faisais cela pour notre bien à tous et au Nom de l'Empereur Dieu. L'un de ces égarés, m'assura même être la réincarnation de saint Drusus ce qui réussit à me faire sourire, je ne le corrigeai pas, je ne suis pas un monstre. Mais je lui envoyai une salvatrice cartouche de chevrotine qu'il n'avait attendu que trop longtemps. Avant de sortir, je me mis à saboter consciencieusement en renversant au sol tous les produits chimiques portant la mention inflammable avant d'y mettre le feu en y jetant l'une de mes allumettes. Dans un acte inconscient je faillis enlever mon masque pour fumer une cigarette en regardant les flammes purificatrices nettoyer ce lieu. Je me sentis stupide en me rappelant quel genre de gaz impie flottait dans l'air.

Je pressai le pas vers ce que je supposai être la sortie la plus proche, c'est-à-dire l'une des fenêtres en plexiglas que je fis sauter au fusil à pompe. Je sautai hors de la structure en flamme empli de satisfaction. Cinq hommes de main à l'extérieur se rassemblèrent en voyant les flammes, ils ne me virent pas tout de suite. Aussi je n'eus aucun mal à les balayer à l'aide de mes dernières cartouches. Je ne sais pas comment j'avais pu survivre si longtemps sans ce mode automatique pour fusil à pompe. Je me rappelai alors avec nostalgie de mon antique double cylindre, perdu je ne sais où, qui certes disposait d'une puissance d'arrêt redoutable mais aussi malheureusement d'une cadence de tir ridicule.

Une espèce de petite fouine qui avait fait le mort se releva du champ de cadavre que je venais de semer et déchargea son revolver dans mon dos. Je ployai le genou mais ma veste balistique de dernière génération avait rempli son office. Mes côtes ne me remercièrent pas de ce moment d'inattention mais c'est sans difficultés majeures que je parvins à me relever et à me tourner vers lui. La pauvre âme continuait à appuyer sur la gâchette de son arme, faisant frapper le marteau sur un barillet désespérément vide.

— Là, c'est le bout du chemin l'ami, lui lançai-je sans ambages, abandonnant mon fusil à pompe vide pour me saisir de mon couteau de chasse.

Je m'éloignai de la fabrique en relevant la partie supérieure de mon masque à gaz pour pouvoir enfin fumer une cigarette que je n'avais que trop attendu, sans risquer de dévoiler mon visage. Cet emplacement de la ruche était dans un maillage tertiaire de l'administratum, cela signifiait que les forces de l'ordre mettraient plus de trente minutes à arriver. Aussi je marchais paisiblement pour m'éloigner de ces lieux désormais pacifiés, la satisfaction du travail accompli, accompagnée de la chaleur revigorante du laboratoire en flamme. Le satellite naturel de Scintilla était haut dans le ciel et brillait de mille feux dans la nuit étoilée. La soirée promettait d'être belle.