Les ténèbres l'avaient engloutie. La douleur sourde se répercutait dans son crâne, comme des ondes sur l'eau atteignant chaque neurone qui constituait son système nerveux. Un gémissement de douleur s'échappa de sa gorge. Tout son corps était douloureux, engourdi, courbaturé. Elle sentait l'odeur de la boue et du sang sur elle. Elle ouvrit les yeux, et mit quelques secondes à s'habituer à la lueur qui rebondissait sur les murs gris. L'asiatique observa son environnement tout en évitant de céder à la panique qui s'était invitée dans ses entrailles.

Il n'y avait rien dans cette pièce. Un lit de fortune sur lequel elle était assise, et des toilettes à sa droite. Devant elle, des barreaux décoraient tristement le couloir composé d'une simple chaise. Elle pouvait deviner que la sortie était à sa droite, derrière le mur. Mikasa leva les yeux et remarqua que ses poignets étaient reliés à des chaînes suspendues en l'air, laissant des marques rouges et difformes sur sa peau endolorie.

Son ventre se noua. La captive tenta de bouger, mais la douleur causée par ses côtes cassées et ses muscles atrophiés dans cette posture lui fit pousser un râle. Sa cage thoracique semblait écraser de plus en plus ses organes, l'asphyxiant dans cette angoisse qu'elle pensait disparue avec l'expédition. Qu'avait-elle fait ? Pourquoi se retrouvait-elle ici ? Eren y était-il allé ? Seul le silence répondait à ses songes, elle ne pouvait entendre que sa respiration erratique et les battements incertains de son cœur. Soudain, une aiguille commença à gratter le fond de son œil gauche, et la blessée poussa un hurlement de douleur. Comme une possédée, elle secoua sa tête sur les côtés pour faire partir ce mal mais ses oreilles émirent un son continu, brûlant ses tympans. Lourd ou strident, elle ne savait pas vraiment ce qu'elle entendait. À présent, Ackerman avait l'impression qu'on enfonçait une lance dans sa rétine et sa vision se teinta de rouge. Elle se surprit à sangloter, seule, attachée, damnée. Elle voulait s'arracher les yeux et enlever ces foutues aiguilles, elle voulait arracher ses menottes pour mettre fin au contractions incongrues de ses épaules, elle voulait arracher ses côtes pour laisser un peu de place à son cœur confiné.

La soldate entendit des voix fuser par intermittence entre ces bruits qu'elle entendait, mais n'arrivait pas à reconnaître à qui elles appartenaient. Une chaleur inattendue se posa sur son visage et sa cuisse, mais au lieu de la rassurer, cela la fit paniquer. Son corps se mit à trembler dans tous les sens, la faisant d'autant plus souffrir. Soudain, une main fourra quelque chose dans sa bouche qui la fit s'étouffer, et elle ne pouvait plus respirer par le nez. Elle fut obligée d'avaler ce qu'elle cherchait à recracher, et toussa longuement. Mikasa avait l'impression qu'elle allait cracher ses poumons, et sa toux faisait claquer ses côtes.

Puis tout fut calme.

Sa respiration devint plus sereine. Progressivement, le bruit dans ses oreilles s'éteignit. Les aiguilles derrière ses pupilles disparurent. L'angoisse la quitta, comme un amant à l'aube. Elle put même entrouvrir les yeux et apercevoir Hanji au-dessus d'elle. Son visage était parsemé de rides inquiètes et agacées. Dans ses yeux, elle pouvait voir la passion de la découverte et de l'expérience.

« Sacré numéro que tu nous as fait là ! »

La voix criarde de la femme lui fit l'effet d'un coup de marteau sur le crâne, et elle grimaça.

« C'est peut-être un contre-coup de son pouvoir. »

Cette fois, son cœur fit un bond dans sa poitrine. Elle tourna la tête et plongea son regard dans les yeux gris du caporal Levi, qui l'observait d'un air haineux. La blessée passa de longues secondes à le regarder, fronçant les sourcils pour tenter de comprendre ses paroles. Mais elle ne comprenait pas. Elle tenta de demander ce qu'elle faisait là, pourquoi il l'observait comme s'il voulait la tuer mais elle ne put émettre que quelques grognements inaudibles. Ses yeux piquaient à présent, et son corps était tellement détendu que ses mains se coincèrent dans le fer des chaînes, qui craquèrent sous la pression.

Elle retourna dans les ténèbres.

Cette crise avait failli le détourner de son objectif. Il s'attendait à une tornade de reproches et de haine de la part de cette jeune femme et non pas une crise d'angoisse et des sanglots. Il avait presque ressenti de la pitié et de l'empathie pour Ackerman.

« Je pense que sa chute a été très éprouvante pour qu'elle réagisse comme ça. Elle s'est probablement cogné la tête.
- Ou alors la frappe d'Eren fut si forte que ses neurones ont disjoncté. »

La scientifique se retourna vers lui, le fusillant du regard. Elle sortit de la cage dans laquelle Mikasa était enfermée, et se planta devant son ami.

« Pourquoi tu es persuadé que c'est elle ? C'est la dernière personne qui pourrait être le titan féminin.

- Elle m'a menacée, et juste après mon escouade est morte. Elle voulait emmener Eren, et non pas le tuer. Lorsqu'elle est partie en éclaireur, tous ceux qui l'avaient vue ou auraient pu la voir sont morts. On ne l'a pas vue en présence du titan féminin. Après que celui-ci fut bouffée, elle est revenue blessée. C'est une femme. Tu veux d'autres preuves de sa culpabilité ?

- Ce ne sont pas des preuves Levi. Tu la crois déjà coupable pour la mort de tes soldats, tout simplement car il te faut un coupable. Et cette fois, le coupable s'est échappé. »

L'homme grinça des dents, et se retint de toutes ses forces pour ne pas la frapper. Il chercha une réplique cinglante à lui balancer à la gueule, une insulte qui la ferait partir, une preuve qui la convaincrait mais il resta silencieux. Le plus petit se contenta de l'observer avec toute cette haine qui s'agitait dans sa cage thoracique.

« Tu sais que j'ai raison. Tu ne peux pas enfermer toutes les femmes du bataillon car le titan est probablement une femme. De plus, le titan féminin n'a pas hésité à décapiter Eren, ni à le frapper ou le blesser. Et Ackerman ne pourrait jamais blesser Eren, tu le sais aussi bien que moi.

- Casse-toi, la bigleuse. Je n'ai pas besoin de tes suppositions.

- C'est une preuve, contrairement à tes affabulations de tout à l'heure.

- T'es sourde comme un pot en plus ? Je t'ai demandé de dégager. »

La femme se retourna en grommelant, et lui tourna le dos pour ne jamais se retourner. Le caporal l'observa monter les escaliers et claquer la porte, et la solitude pesa sur son cœur déjà bien lourd. Il s'assit sur la seule chaise présente dans le couloir et poussa un long soupir. Enfin seul, il se permit de se détacher de son expression habituelle. Son visage se tordit sous la haine, la tristesse et le remord. Le soldat aurait dû être là et protéger son escouade. Il aurait dû être présent, comme ce jour-là pour Isabelle et Farlan. Il serrait tellement la mâchoire qu'il entendit un craquement sinistre, et espéra que ce n'était pas une de ses molaires qui avait craqué sous la pression. Ses phalanges devinrent blanches sous la pression de ses poings fermés, et ses veines bleues dessinèrent un arbre sur ses avant-bras. Il posa ses mains sur son front, entremêlant ses doigts aux mèches brunes de ses cheveux et poussa un second soupir. Il ne devait pas pleurer, pas maintenant. Alors qu'un long sanglot secouait ses épaules, Levi retint ses larmes comme il s'était retenu quelques heures auparavant. Il ne pouvait pas gémir, crier, pleurer, sangloter. Il n'en avait pas le droit. L'enfant des bas-fonds rejetait la faute sur Mikasa, pour essayer de survivre à la culpabilité qui le rongeait depuis des années. Néanmoins, il savait qui blâmer. Il savait qui frapper et tuer pour rendre justice à ses camarades.

Mais Levi n'avait jamais pu retourner ses lames contre lui-même.

Il redressa son regard vide et fut surpris de croiser les prunelles sombres de sa captive, qui l'observait avec un silence religieux. Il se sentit soudain affreusement gêné, et des traits haineux et désespérés se dessinèrent sur son visage.

« Qu'est-ce que tu mates, la gamine ? T'étais pas dans les vapes toi ? »

La concernée se redressa. Son visage se tordit sous la douleur, mais elle tenta de repousser les rides de souffrance qui décoraient ses traits. Elle toussa légèrement, dans un bruit qui lui fit penser à celui d'un chiot qui pleurait.

« Seulement pendant quelques secondes. Je ne savais pas que votre escouade était morte.

- Tss, ne dis pas de conneries. Tu les as écrasés comme des merdes. Tu les as assassinés de sang-froid, alors qu'ils étaient tes supérieurs, tes formateurs... Et mes amis. »

La jeune femme écarquilla les yeux de surprise quand la voix brisée du caporal lui vint aux oreilles. Alors il pensait vraiment qu'elle était le titan féminin ? Un petit rire s'échappa malgré elle de sa gorge, et l'homme, sous la rage, se propulsa vers elle et saisit les barreaux dans ses mains. Son visage se tordait en une grimace effrayante.

« Vous pensez réellement que je suis le titan féminin ? Je vous pensais plus intelligent que ça, caporal.

- La ferme. Je vais te démembrer, comme je te l'ai dit pendant l'expédition. Lentement, pour bien que tu souffres.

- Vous ne m'avez jamais dit une chose pareille. C'était plutôt « si tu meurs je te ressuscite pour te tuer de mes propres mains », non ? »

Ils se regardèrent dans les yeux pendant de longues secondes. Aucun ne voulait baisser les yeux et accorder une victoire à l'autre. Levi se sentait ridicule d'avoir dit ça, d'avoir paru si faible devant elle, et d'avoir accordé sa confiance à un tel monstre. Si les barreaux avaient été fragiles, sa poigne les aurait brisés.

Quelque chose retenait la bête de défoncer la porte barricadée au fond de lui. Pour obtenir la vérité, il avait enfermé moult individus. L'enfant des bas-fonds avait même torturé une myriade d'autres personnes, pour le bien du bataillon et de l'humanité. Pourquoi n'arrivait-il pas à effectuer ces gestes mécaniques qu'il avait appris au fil de ces longues années de lutte ? Le haut gradé ne pouvait se résoudre à user des mêmes techniques sur elle, quand bien même il était persuadé de sa culpabilité.

« Pourquoi tu voulais capturer Eren ?

- Caporal, durant toute l'expédition j'ai été dans votre groupe. À quel moment aurais-je pu ramener des titans sur les flancs gauche et droite, perturber la formation centrale, arriver derrière nos lignes pour combattre Eren et le capturer tout en attendant vos ordres avec Sasha et Jean et en me prenant ce titan en pleine poire ?

- Tu as bien préparé ton texte pour une innocente.

- Ce n'est pas un texte, mais la vérité. Je n'ai jamais voulu capturer Eren, car je ne suis pas le titan féminin. Vous perdez votre temps et retardez votre vengeance avec moi. »

Il lâcha les barreaux et grogna de frustration. C'est avec surprise que la jeune fille le vit ouvrir sa cage. Cependant, l'espoir d'être libre à nouveau s'éclipsa lorsqu'il ramena la chaise dans sa prison et qu'il pénétra à l'intérieur de celle-ci. Ce geste, bien qu'anodin en apparence, relevait clairement de la menace. Son ventre trembla sous la peur, mais elle se contint comme elle put. Il ne fallait pas qu'elle montre qu'elle avait peur de lui maintenant.

« Quand je t'ai envoyé vers le flanc gauche. Tu étais seule, et ils étaient tous morts après. Tu aurais pu à ce moment-là.

- Et comment j'aurais su que vous me donneriez cet ordre ? Et ça n'explique pas non plus comment j'ai pu attaquer le flanc droit. »

Le militaire posa la chaise en bois sur le sol bétonné, dans un bruit sourd, et s'assit dessus tout en maintenant le regard vers elle. Cela faisait quelques minutes qu'ils ne se quittaient pas des yeux, comme deux prédateurs qui attendaient que l'autre baisse sa garde pour achever l'autre. Le silence la gênait, ses iris gris la gênaient, cette position de faiblesse la gênait.

« Caporal, vous avez perdu votre escouade. J'ai failli perdre mon frère, et je vous remercie de l'avoir sauvé. Mais vous vous trompez de cible, je vous assure.

- Un goût de cendre dans la bouche.

- Hein ?

- C'est ce que tu m'as dit juste avant l'expédition. Que cette journée aurait un goût de cendre pour moi, encore plus que toutes les autres. Comment expliques-tu ta clairvoyance ?

- J'ai dit ça sous le coup de la haine. Mais il est vrai que j'ai régulièrement raison, c'est une de mes qualités. »

Le plus petit se leva soudainement, bondit en sa direction en une seconde et la saisit par le col de sa chemise sale, imbibée de sueur, de boue et de sang. Ses iris gris étaient à quelques centimètres de ceux de la jeune femme, qui se crispa à ce contact. Ses bras se tordirent vers l'arrière, faisant craquer ses épaules de manière sinistre. Levi prenait garde à ne pas la blesser, de peur qu'elle ne se transforme. Il ne manquerait plus que ça.

« Maintenant, tu vas arrêter de te foutre de ma gueule. Si je dois te faire avouer sous la torture, je le ferai. Fais attention à ce que tu dis Ackerman. »

Elle resta muette face à son visage haineux. La prisonnière ne souhaitait pas lui montrer à quel point elle avait mal. Elle ne savait plus quoi dire pour le faire changer d'avis. La brune pouvait sentir son souffle contre sa peau, et cette sensation lui provoqua des sentiments à la fois étranges et contradictoires. C'était la deuxième fois qu'ils étaient aussi proches, et les émotions qu'il ressentait redoublaient d'intensité lorsqu'il pouvait détailler son visage comme cela. Le geôlier voulait la faire souffrir, ou la faire sortir, il ne savait plus très bien. Il voulait qu'elle s'excuse mais il souhaitait s'excuser également. Et la frustration de ne pas savoir le rongeait.

Il s'écarta aussi vite qu'il s'était rapproché. Comme un voleur, Levi prit la fuite, verrouilla la porte de la cellule et sortit de la pièce avant qu'elle n'ait pu le retenir. Pourquoi le voulait-elle, par ailleurs ? Il était son geôlier, tant mieux s'il la laissait seule. De plus, il l'avait menacée de la torturer, alors pourquoi le faire rester ? La jeune femme entendit la porte claquer, et la pression descendit d'un coup. Ces derniers jours avaient été si éprouvants qu'elle ne s'était pas rendu compte d'à quel point elle était crispée.

Comment allait-elle se sortir de là ? Le caporal Levi était persuadé qu'elle était la coupable. Être la soldate en valant cent ne lui servait à rien, ici. Elle n'était qu'une gamine fatiguée, blessée et attachée. L'asiatique se trouva pathétique. Elle ne contrôlait plus son corps, elle ne contrôlait plus ses sentiments. Elle avait craqué, et la honte s'insinuait dans ses veines au fur et à mesure que les souvenirs de la crise affluaient. Ackerman ne se souvenait que de ses sensations, aussi horribles soient-elles. Elle songea alors que de l'extérieur, cette crise devait être effrayante et plutôt incompréhensible. Même elle, ne savait pas pourquoi elle avait eu si mal. La blessée tentait de ne plus y penser, mais elle oscillait entre ces pensées et la solitude, entre ses doutes et l'ennui.

Elle se sentait épuisée. Ses yeux piquaient. Elle avait l'impression d'être là depuis des années. Chaque seconde semblait s'étirer pour devenir des heures. La soldate observait chaque détail de la pièce avec un ennui monstrueux. Enfin, ses paupières se fermèrent et elle tomba dans un sommeil sans rêves. Dormait-elle vraiment ? Ou était-elle dans une transe, bloquée entre conscient et inconscient, entre rêves et imaginaire ?

Levi mentait. Il mentait tout le temps. Lorsqu'il marchait, tête redressée et posture altière, pour que les autres ne devinent pas qu'il avait passé plus de temps dans la boue qu'au soleil. Lorsqu'il arborait ce visage impassible qui ne laissait passer aucune émotion, aucune hésitation, filtre ultime de la nonchalance. Mais il se mentait surtout à lui-même. Pour être fort, pour tenir, pour faire face. Pour tendre vers cet idéal d'indifférence qui le ferait moins souffrir. Il arrivait, parfois, à se convaincre qu'il était réellement ce monstre froid et distant. Mais cette gamine brisait cette certitude.

Il détestait la manière dont il se sentait à cause d'elle. Le militaire perdait le contrôle. Son filtre laissait passer quelques traces émotionnelles, quelques poussières sentimentales et cela le rendait malade. Elle avait aperçu quelques fragments de son âme ébranlée, et il avait envie de lui faire du mal rien que pour cette raison. Le gradé le plus petit du bataillon se retint de serrer davantage la théière brûlante qu'il tenait entre ses mains et glissa entre les murs de la geôle.

Et s'il l'avait enfermée par erreur ? Même si elle était insupportable, ce motif n'était pas suffisant pour la maintenir captive. Cette pensée l'énerva d'autant plus car il détestait avoir tort. Il ne souhaitait absolument pas s'excuser auprès d'elle alors elle avait intérêt d'être ce monstre. Le soldat pénétra dans la pièce qui enfermait Ackerman. Le soleil avait terminé son ascension et s'était endormi avec la jeune femme. L'homme n'y voyait absolument rien, et tâtonna dans le noir pour trouver la chaise en bois en face de la prison de la soldate. Il posa la théière à côté de celle-ci, et alluma une torche sur l'un des murs avec quelques allumettes. Les flammes dansèrent contre les murs d'un gris insipide et les ombres qu'elles projetaient dansaient de manière macabre.

Il s'assit dans le coin de la pièce et observa le spectacle enflammé qui se déroulait devant lui. La terreur des nouvelles recrues resta immobile, n'osant pas respirer trop fort de peur d'interrompre cette danse. Il passa des heures dans cette position, le regard rivé sur ce feu si semblable à lui. Ses yeux piquaient, agressés par les lueurs chaudes qui émanaient de la torche. Il sortit de sa léthargie et posa son regard sur le corps endormi de Ackerman. Son sommeil l'agaçait. Depuis toujours, l'homme avait des phases insomniaques. Morphée le fuyait comme la peste, et même dans ses bras, il restait alerte et s'éveillait au moindre bruit. Il était jaloux de ceux qui s'endormaient dès que leurs yeux se fermaient. Il enviait ceux qui pouvaient dormir plus de six heures d'affilées. Ainsi, Levi refusait que la jeune femme ne dorme, si lui en était incapable.

Il se mit debout et étira ses jambes engourdies par l'immobilité. Le brun ouvrit bruyamment la porte de la cellule et posa bruyamment la chaise au sol. Il vit la captive sursauter et chercher visuellement la source des bruits qui l'avaient réveillée. Il retint le sourire satisfait qui commençait à déformer ses traits, saisit sa théière et se servit une tasse de thé.

« Oh, tu es réveillée ? Quel dommage, tu devais vraiment bien dormir après ces jours si épuisants. »

La jeune femme se retint de l'insulter et se contenta de grommeler pendant qu'elle se redressait. La force qu'exerçait la gravité sur son corps tirait sur ses poignets endoloris. Elle avait mal au ventre, mais elle ne savait pas si c'était une douleur anormale ou la faim qui la tiraillait. Sa gorge semblait si sèche qu'elle était certaine d'avoir mal si elle essayait de parler. Ainsi, lorsque son geôlier porta sa tasse à sa bouche, la captive ne put s'empêcher de le détailler. Celui-ci soutint son regard, et elle put apercevoir l'esquisse d'un sourire se dessiner sur son visage.

« Oh, tu as soif peut-être ? »

Mikasa hésita entre hocher la tête et perdre une manche contre le plus petit, ou se murer dans le silence et ne pas lui donner le plaisir de sa supplication. Mais il ne lui laissa pas le temps d'y réfléchir. Il se rapprocha d'elle, prit son menton entre ses doigts pour redresser sa tête et poser la tasse au bord de ses lèvres. Pourquoi faisait-il cela ? Il ne comprenait pas, ne voulait pas comprendre. Ses gestes, d'une douceur très inattendue, la pétrifièrent de surprise et elle ne put que l'observer faire. Pendant de longues secondes, leurs regards s'accrochèrent. Son cœur entama un sprint et battait si fort qu'elle avait peur qu'il ne l'entende. L'eau chaude roula dans sa gorge, et cette sensation était si inhabituelle qu'elle s'étouffa un peu, éclaboussant au passage sa poitrine et son ventre. Sa toux fit reculer le soldat qui fit une grimace devant l'eau qui était tombée sur sa main.

« Merde ! Il faut que je t'apprenne à boire, en plus de ça ? »

Sa peau semblait s'embraser, tant l'eau était chaude. Par réflexe, elle baissa les yeux et vit quelques zones humides de ses vêtements. Une vive couleur attira son regard, et elle s'immobilisa lorsqu'elle remarqua des traces écarlates entre ses cuisses. La peau de son visage devint aussi pâle que la lumière de la lune, et ses pensées se transformèrent en brouillons remplis de fautes et de ratures. Elle en oublia presque la douleur de la brûlure sur son torse. Pourquoi cela devait arriver maintenant ? Devant lui ? Un malaise impalpable la prit à la gorge. Elle se sentait pathétique de ne pas avoir réussi à deviner que ces douleurs qu'elle avait ressenties étaient dues à ses règles, pathétique de ne pas avoir réussi à contrôler un phénomène physiologique pourtant incontrôlable.

L'homme, étonné d'observer une attitude si étrange chez elle, fronça les sourcils. On aurait dit que l'eau l'avait changée en statue, car Ackerman ne réagissait pas. Il suivit son regard et fut pétrifié par la vue du sang sur les draps sales. S'était-elle blessée derrière son dos ? S'il avait raison, alors elle pouvait se transformer d'un moment à l'autre... Le militaire pria pour qu'elle soit trop épuisée pour le faire. Quelque chose au fond de lui voulait pas la combattre.

« Putain Ackerman, pourquoi tu ne m'as pas dit que tu étais blessée ? Avec des pertes comme ça tu vas mourir si on ne te soigne pas ! Et je ne te laisserai pas mourir tant que tu seras sous ma surveillance. Bordel, je vais réveiller Hanji. »

Sur ces paroles, il s'enquit d'aller chercher la scientifique avant même qu'elle ne puisse lui dire ce qu'il se passait réellement. Son attente fut de courte durée, et les deux gradés arrivèrent en courant dans la cellule. Le visage de la femme aux cheveux attachés était tiré par la fatigue et l'anxiété, et c'était encore plus flagrant que la dernière fois qu'elle l'avait vue. Celle-ci l'inspecta du regard, et lui lança un regard interrogateur.

« Tu n'es pas blessée, n'est-ce-pas ?

- La seule blessure que je pourrais avoir, c'est une légère brûlure au niveau du torse. Mais sinon, je n'ai rien à signaler. »

Sa supérieure ôta les vêtements encore chauds et trempés qui collaient à sa peau, et observa l'état de sa peau. Celle-ci contrastait avec sa teinte habituelle comme une tache de sang au milieu d'un champ enneigé. Sa peau était bien rouge à certains endroits.

« Comment tu as pu te brûler en étant attachée ?

- Je me suis étouffée en buvant un thé amer. »

À ces mots, Hanji lança un regard noir à son ami, qui trouvait le coin de la pièce fort intéressant à regarder. Il allait faire une remarque sur le fait que son thé n'était pas amer, mais que cette gamine avait juste des papilles insensibles. Néanmoins, il décida de changer de sujet.

« Et pour tout ce sang ?

- Levi, ce n'est pas une blessure.

- Comment ça ce n'est pas une blessure ? On ne saigne pas pour rien à ce que je sache. De plus, elle pourrait se transformer à cause de ça.

- Tu ne sais pas grand-chose, apparemment... Elle a juste ses règles, rien de bien grave. Je lui apporterai du linge propre et des serviettes. »

L'homme posa son regard sur les deux femmes, abasourdi. Une vague d'humiliation le frappa de plein fouet, et il se fustigea pour son ignorance. Il savait que cela existait, évidemment, mais il avait côtoyé trop peu de femmes dans sa vie, pendant trop peu de temps, pour tenir cette connaissance comme acquise. Elle soulagea la blessure de Mikasa avec de la pommade qu'elle avait trouvée dans sa trousse de secours, désinfecta les plaies sur ses poignets, puis se redressa.

« Levi, raccompagne-moi. Il faut qu'on parle. »

Quelle semaine de merde.