Bonjour bonjour ! Voilà le moment des réponses aux reviews !

Anthales : évidemment que ce n'est jamais simple entre ces deux-là, ce ne serait pas drôle sinon ! Merci à toi pour tes reviews et tes lectures ! :)

Hikari2309 : Je suis contente de voir que l'histoire te plaît au fur et à mesure de son avancement ! Effectivement, j'essaie de rendre la trame imprévisible malgré le fait que je ne puisse pas m'éloigner totalement de l'histoire principale. Merci pour tes reviews, j'espère que la suite te plaira d'autant plus !

Bonne lecture !


Mikasa commençait à étouffer, dans cette salle. Elle ne savait plus depuis combien de temps elle s'était enfermée, seule avec ses démons. La pièce était exsangue, nauséabonde, sombre. Les murs gris reflétaient quelques liquides qui coulaient le long des pierres. Une myriade de tâches rouges, marrons et noires décorait ceux-ci aléatoirement. Elle observait ses doigts fins avec attention, suivant les lignes de ses quelques cicatrices et celles de ses plaies récentes. Puis, elle redressa enfin la tête vers ce qu'elle était venue voir.

« Désolée de ne pas être passée avant. Tu as dû te sentir bien seule, ici. Après tout, je sais ce que ça fait. »

Elle ne savait pas pourquoi elle était venue ici pour lui parler. Néanmoins, l'océan dans laquelle elle nageait depuis plus de deux mois commençait à devenir beaucoup trop tumultueux. Les autres ne pouvaient pas comprendre. Ni Eren, ni Armin, ni Sasha. Elle se sentait proche de la blonde, similaire. Au début, cette impression l'avait dérangée. Elle s'était sentie comme une traîtresse, elle aussi. Cependant, elle avait appris à accepter ces similitudes ; et à les utiliser convenablement.

« Tu sais, il y a beaucoup de choses qui se sont passées depuis ce jour. Tu vois le religieux qui était présent lors de ton combat avec Eren ? Il a été tué par un type des brigades spéciales. Armin et Jean ont été kidnappés par Reiss, le vrai roi, sous le déguisement de Eren et Historia. On a attaqué les ravisseurs, la police militaire, et on a conclu un pacte avec un marchand qui bossait pour eux. Il nous a livrés deux types des brigades spéciales, qui nous ont révélés qu'Historia était la véritable héritière du trône. Là, on essaie de mettre la main sur Rhodes Reiss. Avais-tu prévu tout cela quand tu as décidé de te battre, Annie ? »

Elle fixait le corps endormi d'Annie Leonhardt, figé dans son cristal de glace. Rien de ce qu'elle disait ne semblait l'affecter. La soldate se permit d'esquisser un petit sourire.

« J'ai l'air ridicule. Je ne sais même pas si tu peux m'entendre. »

Elle poussa un petit soupir. La brune n'était pas habituée aux monologues. Habituellement, c'était elle la muette.

« Juste avant ces événements, une expédition s'est mal passée. Beaucoup de titans ont été actifs la nuit, et on a perdu beaucoup de camarades. On a aussi découvert qu'Ymir est un titan. Seul le bataillon d'exploration est au courant, et elle reste dans notre escouade pour protéger Historia. »

Une boule se forma dans sa gorge. Elle ne voulait pas penser à lui. Elle ne le pouvait plus. Mikasa tenta de refréner les battements précipités de son cœur, alors que son cerveau matérialisait son visage. Un second soupir passa la barrière de ses lèvres roses.

« En ce qui concerne Reiner et Berthold... On ne les a plus vus depuis leur disparition. »

Son ventre fraîchement cicatrisé émit une légère décharge de douleur lorsqu'elle les mentionna. Cela faisait deux mois qu'elle était sur ses gardes. Mais ils ne se montraient jamais. Plus le temps passait, et plus son angoisse propageait ses tentacules dans son corps, la paralysant presque. L'angoissée poussa un petit rire lorsque son attention revint vers l'homme qu'elle tentait d'éviter depuis tant de temps.

« Et il y a le caporal... Cet idiot de Levi. »

Elle prononça cette phrase en un murmure, comme si plus personne ne pouvait l'entendre parler. Le miracle de l'humanité posa sa main sur son front, ses doigts passèrent entre ses mèches ébènes, décoiffant ses cheveux plus longs qu'il y a deux mois. Elle ne les coupait plus. À vrai dire, elle n'avait plus le temps de le faire.

« Il a été accusé de la mort récente du marchand, tué par la police militaire. Il est recherché, ce petit con. »

Elle fixa le cristal clair qui lui faisait face. Annie semblait figée, dans le temps et dans l'espace. Hors du temps, hors du champ. Toujours hors champ. Elle esquissa un petit rire à cette pensée.

« Je me demande ce que tu as dû sacrifier pour prendre aussi peu de place dans la vie de tout le monde. Tu en avais une quand même, tu sais ? Malgré tes efforts pour te mettre à l'écart. »

Ackerman aperçut son reflet se superposer aux traits de son ancienne amie, et son cœur loupa un battement. Si similaires. Elle aurait pu être à sa place, finalement. Elle aurait probablement fait tous les actes d'Annie, pour protéger les siens. Elle se sentait si inquiète pour le sort du brun qu'elle oubliait, parfois, que la police militaire souhaitait mettre la main sur Eren. Même si elle s'éloignait peu à peu de son frère, car sa présence la rendait exécrable, elle ne pouvait s'empêcher de penser à sa sécurité. Le garçon-titan l'insupportait, mais elle sentait, au fond d'elle, qu'elle avait le devoir de le protéger. Ce sentiment l'énervait d'autant plus.

« Qui souhaitais-tu protéger, Annie ? »

Un bruit sourd la fit sursauter. Armin pénétra dans la pièce étroite. Son visage habituellement candide était déformé par l'angoisse. Cela faisait tant de temps que la terreur marquait son visage... Si elle ne l'avait pas connu avant, la jeune femme n'aurait vu aucune différence. Depuis Annie, le blond avait fluctué, vacillé entre sa terreur et son envie de voir l'océan. La recrue était juste heureuse que ses rêves soient plus forts que sa peur.

« Mikasa, on te cherche partout...

- Je sais, le transfert.

- On va bientôt partir. »

Son regard bleu se posa sur le cristal de la même couleur, en face de lui. Les deux amis se figèrent en silence. Ils allaient partir pour transporter Eren et Historia en sécurité. Après les morts de toutes ces personnes, la police militaire ne reculerait devant rien pour les capturer. C'était peut-être pour cela qu'elle avait ressenti le besoin de s'isoler ici, de lui parler à elle. Elle avait peur pour son frère, peur pour son caporal. Elle se sentait scindée en deux, entre ses sentiments et son devoir.

Ce fut Armin qui la sortit de sa léthargie.

« Tu devrais reparler à Eren, il s'inquiète.

- Mais je lui parle.

- Pas comme avant, n'est-ce-pas ? »

La jeune fille haussa les épaules, détournant le regard vers Annie.

« Cela ne me regarde pas, mais si tu veux parler... Je peux te conseiller, contrairement à elle. »

Elle s'autorisa à esquisser un sourire, alors que le blond posait sa main sur son épaule. Armin était vraiment sa personne préférée. Il était compréhensif, intelligent, prudent, stratège, gentil. Ses seuls défauts étaient son complexe d'infériorité et sa frayeur perpétuelle. La militaire posa sa main sur la sienne, lui qui n'avait jamais cessé de la soutenir à travers toutes ces années.

« Allons-y. »

Ils quittèrent la pièce exsangue sans un seul regard en arrière. Sans savoir comment, Mikasa se retrouva sur les toits de la ville, surplombant les maisons baignées par le soleil. Son écharpe écarlate sentait l'odeur de l'homme qu'elle avait dans la peau depuis bien trop longtemps à son goût. La distance qu'ils avaient implicitement instaurée la pesait et lui plaisait en même temps. Il y avait toujours ces regards qu'elle adorait, ces entraînements au crépuscule, ces effleurements quand ils passaient l'un à côté de l'autre. Mais ils n'avaient pas le temps de parler de tout ça.

Ses camarades étaient à ses côtés. Connie faisait un concours de pets avec Sasha, même si la jeune asiatique savait qu'il n'avait aucune chance. Après tout, elle avait toujours été imbattable à ces jeux. L'amie de la mangeuse de patates s'étonnait, parfois, d'être toujours vivante après les caisses qu'elle lâchait pendant la nuit. Jean l'observait en retrait, et elle ne savait pas trop quoi lui dire depuis leur discussion à la suite de sa blessure. Soudain, le visage de sa meilleure amie se décomposa devant elle.

« Bah alors Sasha, tu t'es chiée dessus finalement ?

- Non, des coups de feu, j'entends des coups de feu !

- Hein ? Tu penses qu'il se passe quoi ? »

Sasha fixait la direction qu'elle montrait du doigt, alors que Jean regardait la jeune femme aux yeux sombres. Celle-ci pesta intérieurement.

« Préparez-vous à affronter des humains, les brigades spéciales sont là. »

Elle sauta dans le vide, ignorant les exclamations de Jean ou les gloussements des autres. Elle avait un mauvais pressentiment. La brune espérait que les deux hommes de sa vie en reviennent sains et saufs.


Sur les toits de la ville, Levi était perché à côté d'une cheminée. Il observait la calèche qui transportait les deux recrues s'éloigner, alors que la petite à côté de lui s'agitait. Depuis quelques temps, il se sentait nauséeux. Quelques souvenirs s'agitaient dans son crâne, en particulier ceux concernant l'homme qui l'avait élevé. Pourtant, cela faisait longtemps qu'il n'avait plus songé à lui. Il devait être mort, à présent. Le soldat reporta son attention sur la menace qu'était la police militaire. Dire qu'ils l'avaient accusé, lui, du meurtre de Reeves... Il poussa un soupir en scrutant l'horizon. Par où arriveraient-ils ? Il leur faudrait un point haut, pour scruter le moindre de leur mouvement...

Un bruit de froissement lui vint aux oreilles, et son cœur fit un bond dans sa poitrine. Le caporal se retourna et tomba sur Kenny, cet homme qui l'avait élevé pour l'abandonner après. Il tenait deux pistolets, braqués sur sa camarade et lui. La panique se propagea en une seconde dans tout son petit corps. Ses muscles se contractèrent et ses sens s'agitèrent. Il hurla le prénom de la soldate à ses côtés et esquiva à la dernière seconde la balle qui s'écrasa dans la pierre. L'homme aux cheveux rasés se jeta derrière la cheminée, observant avec horreur les derniers soubresauts du cadavre à ses côtés. Le sang ruisselait déjà sur les tuiles du bâtiment. Il entendit un hurlement, en contrebas, alors que ses yeux ne quittaient pas cette fille morte trop tôt. Il se fit la réflexion que ça aurait pu être Mikasa, et son cœur se figea dans l'horreur.

« Yo, Levi. Est-ce que tu as enfin grandi ? »

Le concerné entendit ce bruit si familier des grappins qui s'élançaient pour accrocher les pierres, des fils qui crissaient sous le poids du pratiquant, des tissus qui se froissaient dans le vent. Il aperçut le visage austère de cet homme qui avait vieilli surgir au-dessus de sa tête, les deux pistolets encore braqués sur lui. Le soldat serra sa prise sur les poignées de ses lames, qu'il avait sorties quelques secondes auparavant.

« Oh, on dirait que tu n'as pas changé du tout ! »

Il frappa les deux balles qu'il avait tirées avec la lame de son arme, les déviant sur sa gauche. Dans son mouvement, il leva les yeux vers lui. Il oublia sa maîtrise perpétuelle, son calme outrancier, son indifférence sempiternelle. Il oublia ses promesses, ses erreurs, ses choix. Levi ne put se souvenir que de cet homme.

« Kenny ! »

Le plus petit hurla ce nom, comme si sa voix était une arme à elle seule. Ses traits étaient tirés par la haine et le ressentiment. Il lança une de ses lames en sa direction, que le plus vieux dévia avec ses pistolets. Ils semblait être faits de la même manière que son équipement tridimensionnel. Lorsqu'il aperçut son arme se braquer une fois encore vers sa tête, l'enfant des bas-fonds retira sa cape et se cacha derrière. La balle transperça le vêtement vert et s'écrasa contre une tuile qui se brisa en mille morceaux. Il tourna le dos à son agresseur, jetant un regard effaré en direction de la jeune fille qui respirait il y avait encore quelques minutes, et courut vers le vide. Les balles le suivaient dans sa course, et faisaient des étincelles lorsqu'elle heurtaient les tuiles rouges. Une fois dans le vide, il s'envola le plus rapidement possible et sortit de la ruelle.

Le fugitif aperçut la calèche qui transportait Eren et Historia, et se mit à les suivre. Néanmoins, trois ennemis surgirent d'une intersection au-dessus de lui. Ils étaient habillés de la même manière que Kenny, et il écarquilla les yeux face à leur maîtrise du terrain. Il planta ses grappins derrière lui pour les esquiver, et s'en suivit une course-poursuite à travers la ville entière. Il prenait appui sur les caisses, le sol, les murs, pour dévier au maximum ses trajectoires et optimiser ses chances de survivre. Cependant, un éclat se nicha au-dessus de son œil droit, et le soldat poussa un juron face à cette sensation de brûlure. Sa vision était maintenant tâchée de sang, et il détestait cette sensation pâteuse sur sa peau. Ces enflures avaient prédit tous les mouvements qu'il pouvait faire. Le brun sortit d'une ruelle et arriva sur une place.

Levi aperçut une ombre devant lui, et se tourna au moment où Kenny lui tirait dessus. Il dérapa sur la place et s'engagea dans une étroite ruelle, se demandant pourquoi diable ce con était dans la police militaire. Lui qui les égorgeait il y a quelques années... Son premier souvenir afflua à la surface. Cet homme grand, maigre, rasé, qui se tenait devant le lit de mort de sa mère. Il continua de virevolter dans l'air, usant de toutes les surfaces possibles pour bouger davantage, tourner davantage, vriller davantage. Le voltigeur planta finalement son grappin, à vingt mètres devant lui, dans la façade d'un bar. Il se posa précipitamment contre le comptoir, ses armes encore devant lui, alors qu'il reprenait son souffle. L'homme essuya le sang qui troublait sa vision en pestant. Si ça continuait, il pourrait perdre Eren et Historia, et son escouade une seconde fois... Ses pensées se dirigèrent vers la jeune asiatique, et il s'interdisait de penser à sa mort. Il entendit son nom dans ce bar. Il tourna la tête vers ces hommes qui avaient arrêté de manger pour le fixer avec ahurissement.

« B-Bienvenue dans notre établissement ! »

Le gérant avait l'air vieux, et encore plus petit que lui. Mais il n'eut même pas le temps d'en rire qu'il entendait déjà la voix caverneuse de son poursuivant. Il se redressa et se cacha derrière le comptoir pendant que le vieux tremblait à ses côtés.

« Tiens donc, je sens l'odeur d'un rat sale dans ce bar... Sors donc de ta cachette, petit nain. Je t'ai trouvé ! Scanda-t-il alors qu'il entrait dans le bâtiment.La justice est venue exterminer la vermine ! »

Il roula les yeux vers le ciel. Son tuteur n'avait pas changé, toujours à vouloir se donner en spectacle.

« Hein ? Tu n'es pas là ?

- Si, juste ici, Kenny. Ça fait un bail. Je croyais que t'étais déjà crevé. La police militaire t'a accepté après que tu aies égorgé la majorité d'entre eux ? Pourquoi donc es-tu l'un d'entre eux ?

- Les adultes font plein de choses que les enfants comme toi ne peuvent pas comprendre. Oups ! Tu es si petit, c'est dur de croire que tu es plus âgé. »

Il poussa un soupir alors qu'il saisissait le fusil à sa gauche, caché derrière le mur. Le fugitif vérifia qu'il était bien chargé tout en faisant parler le vieux. Lui non plus, n'avait pas changé. Il parlait toujours trop.

« J'ai eu le temps de te voir à l'action, je n'aurais jamais pensé que les tours que je t'ai appris t'aideraient comme ça. T'ai-je déjà raconté l'histoire du chien galeux qui fuyait ses chasseurs ? Il puait tellement qu'il ne pouvait pas s'échapper, il était toujours rattrapé par l'un d'entre eux. »

Le bruit de la cartouche qui rentrait dans la chambre du fusil se fit entendre, mais Kenny n'eut pas l'air de le remarquer. Il supposa, à présent, que le bâtiment était encerclé. Il allait devoir compter sur sa chance. Le soldat entendit des crissements de bois, pendant que l'adulte l'appelait par son prénom, et il vit passer une chaise au-dessus de lui. L'alcool se rependit sur le sol et son odeur le fit frissonner de dégoût.

S'ils le traitaient comme un chien, alors il serait le chien le plus féroce.

« Il doit bien y avoir une raison pour laquelle tu as rejoint le bataillon, et je pense savoir ce que c'est. On a dû survivre toutes ces années dans ces poubelles, on donnait tout ce qu'on avait pour survivre un jour de plus. Et découvrir à quel point le monde est immense et beau... Quelle claque. »

Il parlait trop. Les liquides colorés commençaient à tâcher ses vêtements, et cette constatation l'énerva plus que de raison. Il allait devoir nettoyer tout ça au moins une journée pour faire partir l'odeur.

« Mais quelque chose nous a sauvés... On a trouvé quelque chose qu'on souhaitait faire, simple non ? Ce sont nos hobbys qui donnent du sens à nos vies. »

Il tourna une des bouteilles devant lui pour voir le reflet du maigrichon, derrière lui.

« Des hobbys ? Exploser la tête de mes camarades est un de tes hobbys ?

- Oui... Pour atteindre mes objectifs, je tuerai autant de gens qu'il le faudra. Mais ne te crois pas bien différent de moi. Tu tues dès que tu en retires un bénéfice, toi aussi !

- Ouais... »

Sur ces mots, il jeta le fusil sur le comptoir et tira vers l'arrière. Il entendit un petit cri de la part du plus vieux, alors qu'il était expulsé du bâtiment. Son poursuivant s'écrasa, dos au sol, son chapeau recouvrant son visage fatigué. Il remercia le vieux gérant pour le fusil, et défenestra une chaise à sa gauche. Il aperçut quelques balles soulever de la poussière depuis le sol, et sortit du bâtiment une seconde après. Le brun tomba nez-à-nez avec un soldat qui l'observa d'un air hagard. Avant qu'il ne puisse pointer son arme vers lui, Levi le transperça avec son grappin et s'envola dans la direction opposée, ramenant son cadavre vers lui. Il se servit du mort comme d'un bouclier pour éviter les balles des deux autres soldats. Lorsqu'ils n'eurent plus de balles, le militaire jeta le corps dans le vide, s'élança et trancha les deux hommes sans hésitation.

Il s'envola vers les rues plus grandes et tomba sur le chariot qu'il avait perdu de vue. Ses deux camarades semblaient endormis, l'un sur l'autre, et une femme de la police militaire les conduisait vers le mur Sina. Il pesta alors qu'un autre ennemi surgissait dans son dos. Il sentit une balle effleurer son flanc, le combattant se retourna et, d'un geste, le transperça de son grappin. Il aperçut son escouade, au-dessus de lui. La plupart l'observait comme s'il était un monstre. Le caporal se doutait qu'ils n'avaient pas encore tué d'humain. Mais il se fichait de leurs regards effarés ou de leurs mines effrayées. Il rebondit sur la tente blanche d'une boutique pour courser le chariot.

« Kirstein, Arlert, sécurisez le chariot ! On vous couvre ! »

Le haut gradé s'engagea dans les airs avec un autre ennemi derrière lui. Décidément, ils étaient plus pénibles que des moustiques. Il sentit son équipement toussoter ; et la peur commença à s'insinuer dans ses veines. Le fugitif était rentré dans ses réserves. Il y avait probablement plus de gaz dans le ventre de Braus que dans ses bonbonnes. Il pesta, comme à son habitude, alors que le type derrière lui se rapprochait de plus en plus. Il prit appui sur un mur et sauta en arrière. Le brun put apercevoir les yeux sombres de son ennemi s'agrandir. Il avait compris que le chien allait le tuer. Il passa à quelques centimètres de son crâne, et son arme se dirigea vers lui. Mais Levi trancha en deux sa tête, et ses deux yeux, pourtant si semblables à ceux d'une certaine femme, se séparèrent définitivement. Du sang gicla sur ses vêtements, et il fit une grimace de dégoût.

Il redressa la tête et aperçut Kirstein, le cul sur le chariot, menacé par une gamine de la police secrète. Au-dessus d'eux, Ackerman fonçait vers l'ennemie en hurlant le nom de son ami, les lames prêtes à trancher n'importe quoi, tant que ça lui sauverait la vie. Une déflagration retentit, et il fut surpris de voir que ce n'était pas Jean qui tombait, mais son assaillante. Derrière elle, Arlert tenait un pistolet qui fumait encore, tremblant face à son geste. Son visage était imprégné d'une horreur implacable. Levi s'approcha du groupe et, dès qu'il aperçut deux autres ennemis foncer sur les deux soldats, il utilisa ses dernières réserves de gaz pour éjecter Kirstein du chariot, et aperçut Braus en faire autant avec Armin. Il ne put quitter des yeux le chariot qui s'éloignait, avec Eren et Historia dedans, pendant que leurs ennemis tiraient sur eux pour ne pas être suivis. La porte du mur de Sina coupa toute chance de les rattraper.

Il put apercevoir Mikasa foncer néanmoins sur la porte, et le soldat se jeta sur elle pour l'empêcher de faire une bêtise. Son odeur de thym et de citron lui vint aux narines, et il fit tout son possible pour ne pas y songer. Elle se débattait, hurlait le nom de son frère. Pourquoi ressentait-il ce pincement au cœur ? Jamais l'asiatique ne se battrait comme ça pour quelqu'un d'autre qu'Eren. Jamais.

« Ackerman, ils sont partis. On doit se replier, peut-être qu'ils sont encore là.

- Non ! Eren est avec eux, il faut aller les chercher ! »

La panique semblait avoir pris possession de son corps. Elle tremblait, le cherchait du regard ; mais sa touffe brune n'était plus là. La jeune femme avait mal, elle avait peur, elle avait froid. Son cœur semblait s'être enfermé dans un étau de plus en plus serré, et seule sa présence pouvait le libérer. Cette dépendance l'énervait. Son frère l'énervait, mais elle ne pouvait s'en passer. Le caporal saisit son visage dans ses mains, et elle le vit enfin. Son visage était à moitié ensanglanté. L'odeur de sa transpiration était particulière et agréable, mais elle n'arrivait pas à en trouver une autre similaire. Ses yeux semblaient tristes, en colère et heureux en même temps, mais dans cet océan de complexité, elle n'arrivait plus à respirer.

« Ackerman, on retourne à l'abri. Les libérer sera notre priorité. Mais si on meurt ici, on ne le pourra plus. Je n'ai plus de gaz, et toi non plus. »

Elle sursauta lorsqu'il saisit ses bonbonnes de gaz dans sa main pour appuyer ses dires, et elle y jeta un œil. Il ne lui restait, effectivement, plus grand-chose. Pourtant, elle n'avait pas combattu tant que ça. La soldate avait croisé une poignée d'ennemis, mais de là à utiliser tout son gaz... Elle trouvait cela bizarre, et se promit de vérifier si elle n'avait pas de fuite.

Il se détourna d'elle, le cœur serré et le souffle court. Mais cela devait être à cause de sa rencontre avec Kenny. Ils se dirigèrent vers leur repère en longeant les murs, sur leurs gardes. Lorsqu'il l'aperçut prendre des nouvelles de la tête de cheval, cela lui donna envie de finir le travail de l'autre tueuse. Le caporal détestait le fait de ressentir autant d'émotions à cause d'elle. Il la détestait pour cela. Sans elle, sa vie serait bien moins compliquée. Ses pensées vagabondèrent en direction des cadavres qu'il avait laissés, là-haut, et sa féroce rage s'éteignit face à cette mer de regrets.

Mikasa tourna une dernière fois la tête vers le mur qui la séparait de son frère. Elle croisa le regard gris du caporal, et elle se sentit oppressée. Son cœur tambourina dans l'étau qui l'enfermait. La combattante détestait le fait de ressentir autant d'émotions à cause de lui. Elle le détestait pour cela. Sans lui, sa vie serait bien moins compliquée. Ses pensées vagabondèrent en direction des deux soldats kidnappés, là-bas, et son inexorable fureur s'éteignit face à cet ouragan d'inquiétude.