Réponse aux reviews :
Hikari2309 : Merci beaucoup ! J'ai adoré écrire leur combat et leurs parallèles, je crois que c'est le chapitre que j'ai aimé le plus écrire ahah ! J'espère que cette suite te plaira. :)
La pluie tombait encore sur les pavés humides de la ville. Les rues étaient désertes, si bien que personne ne voyait ces personnes encapuchonnées qui se dirigeaient vers la sortie de la ville. Quelques murmures accompagnaient le bruit des gouttes d'eau qui s'écrasaient contre le sol. À cause des nuages, tout était sombre, et l'on se serait presque cru en pleine nuit si les nuages gris ne laissaient pas passer, parfois, quelques rayons de soleil. Tous les soldats se retrouvèrent dans la forêt, en amont de la ville, où le major Smith donnait ses ordres du jour, la répartition des escouades et leurs missions respectives. Les amis de Mikasa Ackerman étaient bien agités, mais pas par l'espoir de sauver leurs deux camarades.
« Mikasa, c'est vrai que t'as pété le nez du caporal ? S'écria Sasha, admirative de la force de son amie.
- Ehm, oui...
- Il a osé te frapper... Si on n'avait pas besoin de lui pour sauver l'idiot suicidaire et Historia, je lui aurais fait regretter...
- Jean, je ne sais pas si c'est une très bonne idée... Et puis, Mikasa lui a aussi fait bien mal. Je suppose que c'est un match nul ?
- Tu es trop diplomatique, Armin ! Connie soupira, les yeux dans le vague. Parfois, les gens ont besoin d'une bonne claque pour avancer. »
Sa remarque plongea les environs dans une torpeur gênante. À la suite de la destruction de son village, l'homme aux cheveux rasés n'avait plus la même attitude qu'avant. Il était souvent absent, perdu dans ses pensées et dans ses souvenirs. Sa mère était devenue l'un de ces monstres qu'il combattait. Depuis, le jeune homme oscillait entre déprime et explosion de colère.
« Bordel mais pourquoi vous vous êtes battus, déjà ? Si ça se trouve, on ne pourra pas sauver Historia à cause de vos conneries. »
Ymir fit irruption dans leur conversation, les sourcils froncés et la mâchoire serrée. Depuis le kidnapping de son amante, elle était à fleur de peau, et lançait des piques à qui voulait bien lui adresser la parole. Mikasa fixa le vide pendant quelques secondes, et posa sa main sur les points qui avaient refermé sa plaie. Pourquoi ? Elle se souvenait avoir eu si mal au crâne qu'elle avait cru mourir. Mais après leur combat, la douleur s'était estompée. Pourquoi s'étaient-ils battus ? En y repensant, elle ne savait plus vraiment. Il l'avait empêchée de poursuivre le chariot, mais l'avait probablement sauvée d'une embuscade ou autre incident. Ce n'était pas un motif valable pour se battre comme ils l'avaient fait. Son poignet lui lança une décharge de douleur, et elle retint une grimace.
« Ne t'en fais pas, Ymir. On la sauvera. »
Les mots sortirent naturellement de sa bouche, éludant sa question à laquelle elle n'avait pas de réponse. La grande brune pesta dans son coin, les poings sur les hanches, avant de regarder de manière inquiète l'horizon vers lequel ils chevauchaient. L'escouade que le groupe de soldats formait débuta sa course vers l'inconnu. L'angoisse d'affronter des humains était bien différente de celle qu'ils ressentaient quand ils s'élançaient en direction des monstres terrestres. Le major leur avait expliqué son plan, qui était bon en soi, mais pas assez pour les rassurer. Hanji chevauchait devant eux, aux côtés d'un caporal grognon.
Elle n'arrivait pas à détacher ses yeux de son dos. Levi n'avait pas dit un mot depuis qu'Hanji l'avait prise sous son aile pour la soigner. Pas un seul. Elle se sentait soudain ridicule. Pourquoi avait-elle perdu le contrôle ? Cette inconstance l'effrayait. La jeune femme n'était pas capable de se retenir lorsqu'il était là. Elle était incapable de refréner ses émotions. Comment pouvait-elle protéger ceux qu'elle aimait, si c'était elle le danger ? Pas qu'elle veuille le protéger. Après tout, elle ne l'aimait pas. Non, mais la soldate se sentait nauséeuse à l'idée de l'avoir blessé. Elle n'avait jamais songé au fait qu'il puisse être humain, lui aussi. Qu'il puisse être blessé. Finalement, il pouvait bien mourir lors de ce sauvetage, et elle lui avait dit qu'elle le haïssait. Ackerman fut assaillie par un tel sentiment de détresse, qu'elle faillit tomber de son cheval. Ymir lui lança un regard noir qu'elle préféra ignorer.
Pourquoi avait-elle si mal ? Son adversaire lui avait dit qu'il la haïssait, lui aussi. C'était peut-être ça, cette connexion qu'elle ressentait à ses côtés ? De la haine ? Non, ce n'était pas ça, elle ne le pensait pas. Mais alors, qu'était-ce ? Elle regrettait ses paroles et ses gestes. Si seulement elle pouvait revenir en arrière, avant la capture d'Annie... Si seulement elle pouvait revivre ces moments de complicité qu'ils avaient. L'asiatique secoua la tête et se concentra sur son environnement. Ce n'était pas le moment de divaguer. Ils pouvaient se cacher n'importe où, à les attendre pour les tuer.
Il ruminait dans son coin. C'était la première fois qu'on lui avait autant tenu tête depuis les bas-fonds. Il ne comprenait pas ce qu'il s'était passé. Le brun était bien plus fort qu'elle, non ? Ils s'étaient déjà beaucoup entraînés ensemble... Pourtant, ça n'avait rien à voir avec ce combat-là. Qu'est-ce qui avait changé ? La propreté du lieu ? Son thé qu'il n'avait pas bu ? La colère dans ses iris noires ?
« Si tu savais à quel point je te hais. »
La voix de la jeune femme parvint une fois encore à ses oreilles, et il frissonna. Il osa jeter un coup d'œil en sa direction, mais elle était trop loin pour qu'il n'entende quoique ce soit. Son regard croisa le sien, et le haut gradé détourna rapidement la tête. Merde, que lui arrivait-il ? Pourquoi cette phrase l'avait tant bouleversé ? Cette haine... Avant, il n'en aurait rien eu à foutre, qu'on le haïsse ou non. Mais là... Pourquoi avait-il ce pincement au cœur ? Il pesta dans son coin, ce qui attira l'attention d'Hanji. Elle ne disait rien, elle non plus. Elle était peut-être déçue de lui ? Après tout, il s'était rabaissé à se battre avec une de ses subordonnées. L'une des plus efficaces, en plus. Son amie aurait de quoi être déçue.
« Arrête de réfléchir comme ça Levi, ta tête va exploser.
- Mh.
- Si elle meurt aujourd'hui, tu t'en voudras toute ta vie.
- Quelles conneries tu me sors encore, toi ? Si elle est assez forte pour me casser le nez, elle vivra.
- Tu as oublié ce qu'il s'est passé avec Reiner et Berthold ? Elle reste humaine, Levi. Que tu le veuilles ou non. »
L'image de son corps étalé dans son propre sang refit surface, et il déglutit face à cette vision pernicieuse. Il grogna en guise de réponse, et Hanji leva ses yeux sombres vers le ciel gris. Erwin, à côté de lui, l'observait d'un air circonspect.
« Au lieu de te battre avec elle, tu ferais bien de l'embrasser jusqu'à ce que tu en perdes ton souffle. »
Il se retourna vivement vers elle, les yeux écarquillés. Le vétéran balbutia quelques syllabes avant de se reprendre. Le sourire sardonique de la brune le fit bouillir de rage.
« Oh oh ! Mais quelle réaction savoureuse ! T'as vu ça, Erwin ?
- Putain mais ferme ta gueule. La pluie t'a liquéfié le cerveau ou quoi ?
- Mais mon chou, ça crève les yeux que tu l'aimes !
- Erk, pardon ? À quel moment t'as pu croire une telle connerie ?
- Il est vrai que ta réaction était assez... parlante.
- Mais ça fait des mois que j'attends que vous fassiez des bébés ! J'avoue que votre technique a l'air très violente quand même...
- Quoi ? Mais t'es totalement folle, ma parole. Un combat n'a rien à voir avec... ça. Et toi, Erwin, ne te mêle pas de ça.
- Moooh t'es mignon quand tu rougis ! »
Il souffla bruyamment et tenta de se concentrer sur son environnement. Bordel, mais de quoi cette vieille chouette se mêlait ? Le soldat le plus fort de l'humanité grognait dans son coin en tentant d'ignorer sa voix criarde. Soudain, il vit une brume opaline compléter les feuillages céladon ; les transformant en arbres de nuages. Ils débouchaient sur une clairière. Il arrêta le cortège d'un geste de la main. Tous les soldats se turent, y compris la binoclarde. S'il suffisait de ça pour la faire taire... Le vent souffla dans les feuilles verdoyantes, et quelques gouttes d'eau tombèrent sur son visage.
Ils étaient arrivés sur le lieu indiqué par l'équipe de reconnaissance. Le bâtiment dans lequel les ravisseurs étaient entrés ressemblait à une petite chapelle, perdue au milieu des bois et entourée de champs de blés. Erwin en profita pour rappeler les ordres qu'il avait donnés au début du voyage, et la compagnie se dispersa entre les bosquets. L'escouade de Levi, composée majoritairement des recrues de la 104e brigade d'entraînement, fila à travers les champs en silence. Il pouvait entendre les chevaux souffler depuis la forêt. Ils se postèrent autour du bâtiment, couverts par le bruit de la pluie qui tombait. Une petite douleur lui rappela que son coude n'était pas forcément en état de porter une lame, et il croisa à nouveau le regard de celle qui avait causé cette blessure.
Le silence était oppressant. Bizarre, quand on devait chercher Eren. Il n'était jamais silencieux. Étaient-ils arrivés trop tard ? L'angoisse tordait ses intestins, et le regard de son supérieur n'arrangeait pas ces émotions qui se bousculaient en elle. Mikasa tenta de se concentrer sur le moindre indice qui pourrait traduire une présence humaine dans le bâtiment, mais la pluie couvrait les sons les plus minimes. Le caporal fit quelques signes, qui signifiaient qu'ils allaient entrer dans la chapelle, lui en premier.
Ils poussa soudainement la lourde porte en bois sombre et surgit dans la pièce. Le brun détailla les moindres recoins de celle-ci en quelques secondes, pendant que les autres rentraient à leur tour. Il n'y avait personne. En face d'eux, un hôtel siégeait au milieu de la pièce, représentant trois déesses aux ports de tête altiers. Le caporal pesta.
« Tch, on est venus ici pour rien.
- Attendez, caporal. »
Armin s'avança de quelques pas, observant chaque détail que renfermait la pièce. Les mosaïques reflétaient la faible lueur des torches, et propageaient leur éclat dans toute la salle.
« Les torches sont allumées. Quelqu'un était ici. La réponse doit être ici. »
À la suite des paroles du petit blond, chaque soldat commença à parcourir prudemment la pièce. Les bruits de pas étaient feutrés et secs. Ce n'était pas comme la rencontre entre la semelle des bottes en cuir et la terre, ou même avec les pavés. Ce bruit était nouveau. Cependant, Mikasa n'arrivait pas à déterminer la consistance du sol. Jamais elle n'avait marché sur quelque chose de similaire... Au même moment, elle entendit un son plus sourd, plus creux, et elle se retourna vers Jean.
« Jean, tu peux faire marche arrière s'il-te-plaît ? »
Le jeune homme rougit face à la demande soudaine de la brune, et il s'exécuta en silence. Ce son refit surface. Le bruit du bois. Elle rejoignit le plus grand en quelques foulées et souleva la moquette qui recouvrait sa découverte. Une trappe.
« Bien joué, Ackerman. On ramène tout le matériel que l'escouade d'Hanji a stocké un peu plus loin, et on va sauver ces idiots. »
Les félicitations de son supérieur ne changèrent rien au mauvais pressentiment qui l'assiégeait. Elle sentait que, derrière cette trappe, elle allait perdre quelque chose.
Des tonneaux roulaient le long des escaliers. On pouvait entendre les cliquetis des roues contre la matière lumineuse qui composait la pièce entière. Pas besoin de torche, ici-bas, la roche lumineuse projetait des rayons bleutés dans toutes les directions. Sasha fut en première ligne, arc à la main. Les flèches, enflammées, produisaient une odeur de soufre. Elle banda son arc et tira sur les tonneaux remplis de poudre, qui explosèrent au contact du feu. Une épaisse fumée envahit rapidement la grotte, pendant que Mikasa et Levi s'engouffraient dans ses profondeurs, côte à côte. Les autres soldats lancèrent leurs réserves de poudre verte en direction des piliers, pour boucher la vue des probables ennemis cachés derrière. La jeune femme se dissimulait dans la fumée, non loin de son homologue masculin, qui avait pour mission de compter combien ils étaient.
« Trente-cinq ennemis ! Ils se réunissent derrière les piliers ! On suit le plan !
- Dispersez-vous ! Hurla une blonde. Encerclez-les un par un ! »
Jean, Connie, Moblit et Hanji s'envolèrent en leur direction, pendant que Sasha tirait sur tous les tonneaux qu'elle avait dans sa ligne de mire. Jean trancha la tête d'un moustachu, dans les airs ; et la jeune femme savait que ça le dégoûtait. Après tout, il n'avait jamais songé au fait de tuer d'autres humains. Dès qu'un de ses camarades était en danger, l'amoureuse des pommes de terre changeait de cible et tirait sur les ennemis trop menaçants. Moblit virevoltait entre les ennemis, appuyant Hanji sur ses attaques.
« Connie ! Cache-toi dans la fumée et bats-toi ! »
C'était la voix d'Armin. Quelque chose se passait mal ? Non, Mikasa devait se concentrer. Le blond s'occupait de briser la ligne de mire des ennemis en tirants les fumigènes verts qu'ils avaient en stock.
Le combat faisait rage. Elle volait de pilier en pilier, tranchant les corps qui se mettaient en travers de son chemin. Evidemment, elle ne tranchait que de la main droite, mais le miracle de l'humanité était trop rapide pour qu'ils ne s'en rendent compte. Elle enchaînait vrilles et saltos, prenant appui sur les cadavres qui tombaient. Cette danse macabre ne lui plaisait guère, même si elle était une incroyable danseuse. Derrière elle, un type pointait son arme dans son dos. La soldate prit appui contre un pilier, se renversa en arrière et fracassa sa tête sur la façade en pierre. Elle eut un léger vertige lorsque son pied entra en contact avec son visage, et elle s'engouffra dans les sillons noirs causés par la fumée.
Derrière elle, le caporal faisait des ravages. Il voyait bien que la blonde, qui semblait être la cheffe, allait fondre sur Ackerman pour tenter de supprimer l'une des plus grandes menaces du groupe. Il se demandait, depuis le début, où était le vieil homme. Il était persuadé que Kenny était là. Au moment où il allait atteindre sa cible, un cri enjoué atteint ses oreilles. Il jeta un regard en arrière et aperçut la silhouette longiligne de son ancien tuteur, qui pointait son arme en sa direction. Il eut le temps de se cacher derrière un des piliers bleus avant qu'il ne presse sur la détente.
« Yo, Levi. Je n'ai pas de temps à perdre avec toi. Si vous passez, tous nos efforts n'auront servi à rien. »
Il entendit l'arme de l'égorgeur se recharger, alors que l'odeur du gaz, de la poudre et du soufre se répandait partout.
« Je suppose que je vais devoir jouer un peu. »
Il entendit le bruit d'une impulsion liée au gaz, et il se laissa tomber un peu. Lorsque Kenny entra dans son champ de vision, un peu plus en hauteur que lui, le caporal s'élança dans les airs et tenta de le trancher de sa main gauche. Son bras droit était inutilisable pour une durée momentanée, et il priait le ciel pour qu'il n'en remarque rien. Il s'attendait à être paré. Après tout, c'était l'homme qui l'avait élevé et formé. Celui-ci pesta.
« Tch, t'as toujours eu du cran, gamin. »
Sur ces mots, le plus vieux tira en sa direction, et le caporal dévia la balle avec une de ses lames. Dans son envol, il aperçut un champ de mort qui gisait à ses pieds, ainsi qu'une silhouette qui s'envolait précipitamment. Mikasa surgit derrière la blonde, les lames vers l'avant. Elle avait du sang sur le front et des yeux de prédatrice. Elle projeta ses armes vers son ennemie, qui esquiva à la dernière minute son attaque. Quelques mèches de ses cheveux dorés s'envolèrent vers la montagne de cadavres qu'elles survolaient, et les deux ennemies s'envolèrent dans deux directions opposées. Levi, de son côté, poursuivait le vieil homme en tentant de ne pas observer sa cadette. Il ne devait pas relâcher une seule seconde son attention, sinon l'autre cadavre ambulant allait lui faire payer cher. Le soldat jeta un regard à son ancien tuteur, qui l'observait longuement, un sourire sardonique déformant son visage légèrement ridé.
« Pas encore lassé du jeu ? Dis donc, tu tires une sacrée gueule, mon cochon. »
Il n'eut même pas le temps de pester qu'il perdit de vue son ennemi. Ses yeux parcoururent le champ de bataille souterrain, avant qu'une voix ne retentisse derrière lui.
« Ne t'ai-je donc rien appris ? Quand tu chasses un ennemi, ne reste pas devant lui ! »
Une énième déflagration rejoignit le spectacle explosif que les êtres humains arboraient en ce lieu. Levi réussit à esquiver les débris sur lesquels Kenny avait tiré, et se posa sur un pilier un peu plus en hauteur. Il était mal. Le vieux menait la danse, et s'il ne réagissait pas rapidement, il garderait son avantage. De plus, il ne pouvait véritablement utiliser qu'une main... Quel idiot.
« Par ici, petit con ! »
L'homme à la silhouette longiligne surgit depuis la fumée, une lame vers l'avant, et il l'esquiva avec beaucoup de difficultés. Il sentit sa joue brûler, signe qu'il avait réussit à entailler sa chair. Les combattants se retournèrent tous deux au même moment. C'était maintenant ou jamais. Pendant que son ancien modèle pointait le canon de son arme en sa direction, le brun jeta vers lui un sac d'huile. L'idiot tira malgré tout, déclenchant un brasier virulent entre eux. Levi n'hésita pas à se jeter dedans, faisant abstraction de la chaleur des flammes, pour apparaître devant celui qu'il considérait comme un père. Il le heurta de tout son élan, lame contre couteau, et toute la rage qui sommeillait en lui s'en retrouva exacerbée, comme si les flammes avaient eu un effet sur elle. Ses entrailles se contractèrent sous le coup de la haine, et il réussit à passer la maigre défense du plus vieux. Son sang tâcha ses lames et vola dans les airs. Le plus petit entendit sa voix braillarde l'insulter, pendant qu'il s'éloignait de lui. Il vola vers le début de l'immense salle, bientôt désertée par les ennemis. Il n'en restait pas beaucoup. Son coude le faisait souffrir. Jean et Connie faisaient leur possible pour trancher de concert, attirant les ennemis pendant que l'autre se faufilait dans leur dos. Où était Mikasa ? Ce songe fut interrompu par le bruit d'un combat à sa gauche. Il n'eut le temps que de voir la cheffe blonde envoyer Hanji contre un des piliers scintillants, et son cri de douleur lui fit louper un des battements de son cœur. Pendant son vol, il eut le temps de suivre des yeux son corps qui chutait sur le sol, laissant sur les parois bleues des taches sanguinolentes. Cette folle ne pouvait pas être morte, elle était bien trop emmerdante pour ça. Puis, la grande blonde lui jeta un regard effrayé, et hurla d'une voix stridente de se rapatrier.
Il se laissa glisser le long du pilier avant d'atterrir à côté de l'amoureuse des titans. Le brun s'agenouilla devant son corps et grimaça devant les sillons d'hémoglobine qui l'avaient suivie dans sa chute. Sa chemise blanche était devenue écarlate autour de son épaule droite.
« Hanji ? Tu m'entends ? »
Il posa sa main sur son cou, et fut soulagé de sentir quelques pulsations. La binoclarde grogna, et il se permit de lâcher un soupir amusé.
« Je le savais. T'es trop chiante pour la mort, ta place est avec nous.
- Mais c'est que tu deviendrais sentimental, mon petit.
- La ferme, tu peux te relever ? »
Les deux autres soldats se posèrent au sol en criant le nom de leur supérieure, qui se servait du caporal pour se relever.
« Vous en faites pas les gars, c'est qu'une égratignure.
- Tu remontes à la surface. On a besoin de ton cerveau de folle.
- C'est moi qui suis sensée donner les ordres, Levi...
- Rien à foutre. Quelqu'un a vu Ackerman ? »
Arlert et Braus descendirent de leur poste fixe, prenant avec eux les dernières flèches de la soldate patate. Une lumière surgit du fond de la grotte, projetant leurs ombres déformées sur les murs derrière eux. Un vent puissant les projeta vers l'arrière, et ils durent s'accrocher aux parois pour rester équilibrés. Il aperçut l'écharpe rouge d'Ackerman voler vers eux, et il la rattrapa à la volée. Le caporal fixa l'étoffe rouge avec stupeur, pendant que le cristal se fissurait.
« Toute la grotte va s'effondrer !
- Armin, Moblit, ramenez Hanji à la surface ! On avance ! »
Les concernés s'envolèrent vers le plafond, pendant qu'ils tentaient d'avancer vers la source de l'ouragan. Allant de piliers en piliers pour faire barrage au vent, ils arrivèrent bien vite devant un filet qui bouchait l'entrée de la pièce principale. Levi aperçut une chevelure noire voler au gré de la tempête, et son cœur relâcha l'étau dans lequel il s'étouffait.
« Caporal, la voie est libre ! Tous les ennemis ont fui !
- Très bien, Ackerman ! Notre priorité est de sauver Eren et Historia, faites tout le nécessaire pour la réussite de la mission !
- Reçu ! »
Ils passèrent par les mailles du filet et avancèrent difficilement. Toute l'escouade se retrouva devant un titan gigantesque, à peine formé. La chaleur était insoutenable, si bien que Mikasa pouvait sentir des gouttes de sueur couler le long de son dos. Derrière l'un de ses bras qui l'empêchaient d'être éblouie, elle aperçut Historia, penchée derrière Eren. Son frère était torse nu, attaché aux parois de la grotte. Son visage était couvert de son propre sang. Elle s'envola difficilement vers eux, corrigeant plusieurs fois sa trajectoire, et arriva au moment où le vent redoubla d'intensité. La blonde fut projetée vers l'arrière, et elle réussit à la rattraper au dernier moment.
« Mikasa ! »
Ses camarades étaient sur ses talons, et le caporal exigea à Historia de lui donner les clés. Jean, Levi et Connie retinrent le corps du jeune homme aux yeux émeraude, pendant que le haut gradé déverrouillait son poignet gauche. Il fit passer la clé au soldat rasé, qui s'occupait des chaînes du sol.
« Laissez-moi, les gars ! Enfuyez-vous vite !
- Ferme-là l'exhibitionniste ! Hurla Jean. Il n'y a pas que ce titan ! Il y a d'autres types armés qui veulent notre peau !
- Je ne vaux pas la peine d'être sauvé !
- Arrête tes conneries !
- Je crois qu'il est plus grand que le colossal... Murmura Sasha à côté des deux autres jeunes femmes.
- Attention, ça va s'effondrer ! »
L'homme-titan fut libéré juste avant qu'un rocher ne s'effondre sur l'endroit où il était attaché, et ils se collèrent tous contre la paroi lumineuse. Tous les soldats observaient la transformation de Reiss, hébétés par une telle taille. L'asiatique aperçut Eren se laisser glisser contre le mur, sanglotant.
« Je suis désolé, tout le monde... Je suis totalement inutile... Depuis le début, je n'ai jamais été l'espoir de l'humanité... »
Il s'interrompit, murmurant le mot « armure », alors que quelque chose de chaud venait entourer la main de la brune. Ackerman tourna les yeux vers sa droite et aperçut les yeux gris de l'homme contre lequel elle avait combattu quelques heures avant. Ses sourcils étaient froncés, mais elle pouvait y lire une pléthore de regrets et de remords. Elle serra sa main dans la sienne, pendant que son cœur tambourinait dans sa poitrine.
« Espèce de con, depuis quand as-tu accompli quelque chose par ta seule force ?
- Bah ouais, on a connu pire que ça.
- Mais faut pas finir par être habitué non plus ! »
Jean, Connie et Sasha observaient son frère avec un air mi-amusé, mi-angoissé. Ils tentaient de l'encourager du mieux qu'ils le pouvaient. Le caporal tentait de contrôler son cœur qui battait trop fort, et son bras qui tremblait trop. Était-ce lui ou Mikasa qui tremblait ? Peut-être un peu des deux. Il serrait sa main, comme si c'était la seule chose qui le gardait en vie. S'il devait mourir ici... Autant qu'elle sache.
« OK, je peux prendre Eren sur mes épaules.
- Historia, accroche-toi bien, ça ne sera pas facile de monter là-haut ensemble.
- OK.
- Mais... On ne peut pas s'enfuir...
- Alors ne faisons rien ?! S'écria la petite blonde. Tu veux rester assis ici et tenir des mains jusqu'à ce que nous soyons écrasés ou brûlés vifs ? Parce que nous sommes les ennemis de l'humanité ? »
Il sentit la poigne de l'asiatique se resserrer sur la sienne. Levi ne savait pas de quoi Historia parlait, mais il se devait de dire quelque chose. C'était lui, le haut gradé.
« Tu sais, je déteste te faire ça, mais on ne peut pas faire autrement. Eren, tu vas devoir faire un choix. »
Le visage du concerné se tordit sous les émotions. Soudain, il se précipita vers le géant en hurlant, pendant que Mikasa hurlait son nom. Une lumière les aveugla tous, et le titan de son frère s'imposa devant eux. Des piliers en cristal commencèrent à sortir du sol, alors que les autres s'effondraient les uns après les autres.
« Vite ! Tous en dessous d'Eren ! »
Le plus petit entraîna sa cadette par la main. Il se foutait de l'avis des autres. Il se foutait d'être vu ou d'être remarqué. Il se foutait de leur approbation. Tout ce qui comptait à ce moment-là, c'était qu'elle soit à l'abri.
Tout ce qui comptait à ce moment-là, c'était sa main dans la sienne.
