Joyeux Noël à toutes et à tous ! Je tenais à vous remercier pour toutes vos reviews et vos lectures ! Je suis désolée si j'oublie de vous répondre, c'est vraiment la course dans ma vie personnelle, heureusement que j'ai des chapitres d'avance ahah. Bonne lecture !

Elle n'entendait plus les hurlements paniqués des passants, ni le bruit sourd des boulets de canon qui s'enfonçaient dans la chair du titan. Elle n'entendait plus les oiseaux qui chantaient, ni les cloches de l'église qui chuintaient à en donner des migraines. Elle n'entendait plus que sa respiration erratique, signe évident de sa propre panique.

« Bien. On dirait que tu ne vas pas faire de bêtise. Je vais retirer doucement mon couteau, et on pourra parler, d'accord ? Ne fais rien de stupide. Aussi fort qu'il soit, le caporal ne survivra pas à la transformation du colossal. Tu es d'accord ? »

L'odeur fugace du blond derrière Mikasa lui rappelait ces cauchemars qu'elle n'avait eu de cesse de subir, depuis leur dernière rencontre. La soldate grogna en signe d'approbation, et elle fut libérée du poids de la lame contre sa gorge. Ackerman se retourna alors et plongea dans son regard certain. Pourtant, quelque chose n'allait pas. Ses yeux dorés semblaient à la fois sûrs d'eux et incroyablement nerveux. Dorés ? N'étaient-ils pas bleus, auparavant ? Elle avait peut-être rêvé.

« Bien. Je te dois quelques explications. J'ai un marché à te proposer.

- Je ne fais aucun marché avec des traîtres. »

Un silence ponctua sa remarque, et son ancien camarade sembla tiraillé par la douleur. Il baissa les yeux devant lui, et les traits de son visage furent déformés, pendant un temps, par la tristesse.

« Je vais te le proposer quand même. Vois-tu, nous avons une mission, Berthold et moi. Mais nous devons récupérer Annie avant de l'accomplir. Cependant, on ne sait pas où vous l'avez enfermée... Je te propose ceci : tu me donnes son emplacement, et je te préviens, une heure à l'avance, de notre attaque. Une heure, c'est suffisant pour mettre à l'abri Eren, Armin et le caporal. Une heure, c'est suffisant pour éloigner tout le bataillon de la ville. »

Les yeux de la jeune femme s'écarquillèrent, et la proposition de son ancien ami la laissa sans voix.

« Si tu refuses, on sera obligés de mettre à sac toutes les villes au sein du mur Sina. On sera forcés, probablement, de tuer certains de nos anciens amis... »

Elle aperçut, dans les prunelles dorés du soldat, quelques démons danser. Il semblait désespéré, n'est-ce-pas ? Mais pourquoi ? Pourquoi avait-il l'air si paniqué à cette idée ?

« Et je t'avoue que je ne suis pas encore prêt à vous tuer.

- Pas encore prêt ? Reiner, dois-je te rappeler que tu as failli me tuer, la dernière fois qu'on s'est vus ? »

L'ancien soldat haussa les sourcils de surprise. Silencieusement, il s'approcha de l'asiatique et posa un doigt sur la longue cicatrice qu'il lui avait faite. À ce contact, la jeune recrue sentit tout son corps s'embraser sous le danger. Un long frisson parcourut tout son corps, mais elle resta brave, et continuait de fixer son ennemi. Elle pouvait sentir son souffle lourd sur son nez, mais malgré sa peur, elle ne tremblait pas.

« Deux millimètres plus à gauche et je touchais le haut de ton estomac. Cinq millimètres plus à droite, et c'était le foie. Deux centimètres plus haut, je touchais ton cœur et tes poumons. Trois centimètres plus bas, et c'était ton pancréas. Je n'ai pas tenté de te tuer, Mikasa. Il était évident que tu allais survivre. »

La jeune femme sentait le doigt de Reiner se décaler au fur et à mesure de son discours, appuyant sur les zones vitales qu'il avait volontairement évitées. Soudain, sa peur se mua en horreur. L'éclat désolé qui se reflétait dans ses pupilles lui faisait mal au cœur. La précision de son attaque la terrifiait, à présent. Comment avait-il eu connaissance de l'emplacement des organes humains, de manière si précise ?

« Quoi, tu pensais vraiment que je t'avais loupée ? Je ne suis pas aussi doué que toi pour tuer à la chaîne, mais je le suis assez pour ne pas tuer quand ça m'arrange. Je ne voulais pas que tu meures. On avait juste besoin d'un peu de temps pour fuir et s'éloigner suffisamment. »

Il s'écarta, et le miracle de l'humanité put enfin respirer normalement. Inconsciemment, elle posa sa main sur sa cicatrice, et se sentit presque reconnaissante envers lui. Son ennemi se gratta l'arrière de son crâne, et un grand bruit les interrompit. Ils levèrent tous les deux leurs regards vers la gauche, et aperçurent un immense titan qui surplombait le mur Sina. À la place de son visage, de gigantesques cavités laissaient entrevoir sa langue et quelques bouts de rétine. Ses organes s'écrasèrent sur les pierres qui protégeaient la cité, et une odeur fétide se répandit dans toute la ville. Le spectacle était écœurant, et lorsqu'elle vit le titan de son frère courir vers lui avec des explosifs, elle se sentit rassurée de le voir. L'explosion fit voler en éclats la chair du titan, et elle aperçut le titan d'Ymir découper avec une précision déconcertante les derniers morceaux du géant. Avec elle, la chevelure blonde d'Historia volait au gré du vent, pendant qu'elle lacérait la chair de son propre père.

« Ce titan... »

L'asiatique faillit oublier la présence de Reiner. Son visage était décomposé par la terreur et le choc, et elle se sentit interloquée par une telle réaction. Il fixait Ymir d'un air hagard, comme si sa vision faisait remonter en lui les affres de ses pires souffrances.

« Bon, alors ce marché ?

- Attends, c'est Christa avec le titan ?

- Historia, son vrai prénom est Historia.

- Wow. Elle a l'air beaucoup plus heureuse, moins niaise. Je la préfère comme ça. »

La jeune femme roula les yeux vers le ciel, pendant que le blond continuait de fixer le spectacle. Les deux jeunes femmes se posèrent sur le toit d'une maison, alors que le titan tombait derrière le mur. Le corps filiforme d'Ymir sortit du petit titan, et elle aperçut Reiner se tendre. Puis, il lui jeta un regard, et toute la tension qui bandait ses muscles s'évanouit.

« Bon. Tu acceptes ?

- Accepter quoi ?

- Mon offre. L'emplacement d'Annie contre une heure pour protéger les personnes que tu aimes.

- Qui me dit que c'est utile ?

- Mikasa, tu penses bien qu'il n'y a pas que Berthold et moi. Si je te propose ça, au lieu d'écraser toutes les villes que comporte cette enceinte, c'est pour une raison, non ?

- Et comment puis-je te faire confiance ? Après tout, tu nous as déjà trahi une fois. »

Ils entendaient la foule hurler le nom d'Historia, mais toute cette agitation n'arrivait pas à perturber les deux soldats. La jeune femme se sentait tiraillée. Pactiser avec l'ennemi... Elle n'avait jamais été très patriotique. Son seul but dans sa vie était de protéger les siens. Trahir l'armée et la race humaine, en échange de la certitude qu'ils survivent ? Elle se sentait tentée.

Le guerrier ne disait rien, et la fixait d'un air triste. Il semblait réfléchir à ses arguments. Il était vrai qu'il pouvait très bien ne pas la prévenir. S'il souhaitait vraiment détruire l'humanité, alors ce serait le deal idéal pour lui. Alors pourquoi semblait-il si peiné ? Jouait-il un rôle ? Ce ne serait pas la première fois.

« Aussi surprenant que cela puisse paraître, je suis très attaché à vous tous. Je te l'ai dit, je ne suis pas prêt pour vous tuer. Je ne le veux pas... Alors permets-moi de repousser ce moment où on sera les uns contre les autres. Juste un peu. »

La tristesse dans son regard lui donnait presque envie de compatir. Mais compatir pourquoi ? La soldate ne comprenait toujours pas pourquoi ils avaient détruit les murs. Pourquoi ils s'étaient infiltrés dans l'armée. Pourquoi ils avaient causé la mort de tant de gens...

« Tu me donnes ta parole que tu me préviendras ?

- Je le jure sur mon honneur.

- Quel honneur, Reiner ? Quel honneur, après toutes les morts que vous avez causées ? Quel honneur, après avoir détruit tant de vies ? »

Ses sourcils s'affaissèrent, et elle eut la douloureuse impression qu'elle parlait à Atlas, et que Reiner portait le monde entier sur ses larges épaules. Son échine courbée lui donnait une allure tragique, et ce regard lointain... Elle avait la sensation qu'il voyait bien au-delà de cette ville, de ce monde. L'ennemi de l'humanité lui semblait perdu entre deux mondes, sans n'avoir aucune idée de comment rentrer chez lui, sans savoir quel monde était le sien.

« Ce qu'il en reste, alors. Je te promets que je te préviendrai. »

Elle le jaugea pendant de longues secondes, pendant que le bruit de la foule s'évaporait. Mikasa songea à son imbécile de frère et à son impulsivité. S'il voyait Reiner ou Berthold, il se précipiterait vers eux pour en découdre... La brune pensa à Armin et à sa perpétuelle inquiétude. Elle imagina le visage de Levi, et son cœur se brisa en mille morceaux.

« D'accord. Annie est restée à Stohess. Elle est enfermée au sous-sol d'un bâtiment qui appartient aux brigades spéciales, dans un cristal. C'est l'un des seuls bâtiments avec des tuiles rouges.

- D'accord. Merci beaucoup, Mikasa. J'ignore encore la date de l'attaque, mais tiens-toi quand même prête à bouger à tout moment.

- Attends. Pourquoi tu fais ça, Reiner ?

- Je suis un guerrier, Mikasa. Je n'ai pas le choix. »

Il jeta un dernier regard en direction d'Ymir et Historia, puis il sortit de la ruelle. Après quelques secondes d'hésitation, elle se retrouva également dans la rue principale, mais l'asiatique le perdit de vue dans la foule. À la place de sa chevelure blonde, elle tomba devant le visage austère de l'homme qui portait le même nom qu'elle.

« Bordel, Mikasa ! T'imagines pas comment tu m'as inquiété ! T'étais passée où ? »

Elle ignora son supérieur et observa autour d'eux la moindre silhouette un peu grande, le moindre cheveux brun, le moindre indice que Berthold fusse encore dans les parages. Après un examen silencieux de son environnement, la jeune femme fut libérée d'une tension invisible. Elle ne vit plus la fumée que dégageait le cadavre du titan au-delà des murs, elle ne vit plus l'agitation de la ville et les pleurs soulagés des passants, elle ne vit plus que les yeux inquiets du brun, et ses sourcils froncés.

Silencieusement, elle se rapprocha de son semblable et le prit doucement contre elle. Mikasa décida d'ignorer les battements irréguliers de son cœur et les tremblements légers de ses doigts. Mikasa décida d'ignorer l'odeur poivrée du plus petit qu'elle humait et la douceur de ses cheveux courts contre sa joue. Mikasa décida d'ignorer le regard des autres et la panique des personnes autour d'eux, qui s'estompait lentement. En effet, la jeune femme se concentrait sur une seule chose : la chaleur de ce petit corps contre elle, son torse contre sa poitrine, la courbe de son épaule dans la paume de sa main. Et à cet instant, c'était tout ce qui comptait. Elle oublia leurs éternelles disputes et la complexité de leur relation. Elle ne savait toujours pas où ils en étaient, ce qu'elle ressentait et pourquoi.

Lorsqu'elle s'éloigna de lui, le visage du petit homme était dénué de toute tension. Il arborait toujours son air neutre, mais sa perpétuelle rage semblait s'être envolée. La combattante ne savait pas bien ce que ses yeux reflétaient, et cela l'effrayait un peu. Elle avait peut-être pris trop d'initiatives ? Sa subordonnée se sentit soudain ridicule, d'enlacer son supérieur. Ainsi, elle passa à côté de lui, le laissant face au vide qui avait envahi les rues.

« On devrait les rejoindre. »

Ackerman se dirigea vers le point central de l'agitation de la ville, au bord des murs. Elle entendit les pas feutrés de sa principale source d'inquiétude, ces dernières minutes. Néanmoins, elle avait toujours l'impression d'avoir la lame de Reiner Braun sous sa gorge. La grande sœur cherchait, sur les toits, la silhouette de deux anciens camarades ; et se demandait si elle avait fait le bon choix. Elle ignorait pourquoi elle faisait confiance à celui qui avait détruit son quotidien, des années auparavant. Mais la brune se fichait des rois et des reines, du gouvernement, et même de l'humanité dans son ensemble. Elle défiait tous ceux qui lui dictaient comment vivre, et quel était son devoir. Tout ce qui comptait pour elle était de voir les personnes qu'elle aimait en sécurité. Au diable les trahisons à sa patrie. Au diable Historia et son nouveau trône. Au diable ses supérieurs et leur dévotion sans faille dans leurs rêves. Tant qu'ils étaient en sécurité.

Elle pourrait le piéger, quand il viendrait la prévenir. Mais est-ce que cela annulerait l'attaque ? Reiner lui avait dit qu'ils avaient d'autres ressources. Avait-elle été idiote de lui dire l'emplacement d'Annie ? Valait-il mieux refuser, et déclarer une guerre inutile ? Laisser les villes du dernier rempart de l'humanité être repeintes du sang de leurs habitants ? Risquer la perte d'autres camarades ? La jeune femme aperçut les silhouettes de ses amis à quelques mètres d'eux. Sasha se battait gentiment avec Connie. Jean les observait en riant, pendant qu'Armin l'observait avec un sourire. Le major discutait avec Historia et Ymir, qui se tenaient la main. Quelques traits autour de ses yeux prouvaient la présence des muscles autour d'elle, dû à sa transformation. Enfin, elle chercha des yeux les cheveux bruns de son frère, et Eren arriva dans son champ de vision. Celui-ci portait les dernières traces de sa métamorphose, soulignant ses yeux émeraudes de sillons fatigués. Il croisa son regard, et dévia sur le visage de celui qui l'accompagnait. Il fronça les sourcils, posant sur la brune un regard méprisant, et s'en alla quérir son meilleur ami. Cette attitude tordit le cœur de la jeune femme, mais l'énerva en même temps ; et une certaine douleur commençait à naître derrière ses paupières.

« Tiens, Levi, Ackerman ! Vous avez réussi à sortir. »

Le major leur jeta un sourire charismatique, qui fit grogner le soldat à ses côtés.

« Tss, évidemment. Personne n'est blessé ?

- Négatif. L'opération s'est superbement bien passée. »

Le caporal pesta, et laissa couler son regard sur les traits de sa cadette. Celle-ci tentait de conserver son masque d'impassibilité, malgré les aiguilles qui commençaient à gratter sa rétine. La douleur montait au fur et à mesure qu'elle songeait à son frère. Son regard altier continuait de tourner dans sa tête, amplifiant de plus en plus sa rancœur, provoquant une pléthore de questions sur la raison pour laquelle elle s'accrochait à lui. Ses traits prirent une tension taciturne, et l'asiatique fut accostée par les autres soldats malgré cela.

« Mikasa ! T'as loupé quelque chose ! Tous ses organes se sont déversés sur le mur, c'était écœurant !

- La ferme, Connie ! T'es le seul qui a failli vomir.

- T'es d'accord avec moi, Mikasa, c'était dangereux de laisser Historia participer ?

- Mais elle était avec Ymir, au moindre problème elle pouvait agir ! »

Elle pouvait sentir l'intérieur de son crâne bouillir. Les trois comiques du bataillon se disputaient gentiment. Mikasa opina devant l'insistance de Jean qui défendait son point de vue, alors que Sasha taquinait le chauve sur son dégoût évident pour l'ennemi qu'ils avaient achevé.

« Tu vas mieux ? Ta tête, elle ne saigne plus ?

- Je ne sais pas, mais j'ai une grosse migraine là...

- Ah, tu vois Connie ! Tu donnes mal au crâne à Mikasa avec tes conneries ! »

La soldate passionnée par les tubercules s'approcha de son amie. Elle la tira à l'écart de l'agitation du bataillon.

« Tu as parlé au caporal ? »

Son interlocutrice lui jeta un regard interrogatif. La mangeuse de patates observa le concerné d'un air angoissé, anxieuse à l'idée qu'il ne les entende.

« Tu sais. Vis-à-vis de ce que tu ressens quand il est là. On en a un peu parlé, tu te souviens ?

- Oui, je me souviens, mais que veux-tu que je lui dise ? En plus, je viens d'apprendre un truc assez troublant...

- Quoi, il est marié ? Il est aussi à fond sur toi ?

- Dis pas de bêtises, il m'a dit qu'il me détestait...

- C'était peut-être ironique ?

- Non, écoute-moi. Il m'a dit que son nom de famille était Ackerman. »

Cette information cloua le bec à la chasseuse, qui observait avec une curiosité intense le plus haut gradé. Puis, elle posa le regard sur le visage de Mikasa.

« Ackerman ? Genre comme toi ? Mais tu ne m'avais pas dit...

- Si, je pensais être la seule survivante. Mon père n'avait pas de famille, non plus. Je sais pas du tout pourquoi il se nomme comme moi... Et ça me fait un peu peur.

- Tu as peur d'être tombée amoureuse d'un membre de ta famille. »

Les paroles de la brune eurent l'effet de renforcer la migraine de la jeune femme, écarquillant douloureusement ses yeux.

« Hein ?

- Bah oui. C'est évident. Mais je suis sûre que ce n'est rien. Beaucoup de gens ont le même nom de famille, sans pour autant être liés.

- Non, ce que tu as dit avant. Amoureuse ? »

Les sourcils froncés, l'archère fixait son amie d'un air agacé.

« Bah oui, patate.

- C'est toi, la patate.

- Non, si t'as toujours pas remarqué ce que tu ressentais pour lui, c'est que t'es une vraie patate. Genre aveugle, sous terre. Mais quand même sacrément bonne. »

Ses prunelles sombres glissèrent, sans qu'elle ne le veuille, vers le sujet principal de leur conversation. L'angoisse balaya soudain sa migraine, la remplaçant par une douloureuse anxiété. Amoureuse ? Elle aimait son supérieur ?

« Mais. Pourquoi il m'énerve autant ? Pourquoi parfois je le déteste autant ? Si je l'aime, pourquoi j'ai si envie de le frapper ?

- Vous êtes tous les deux très semblables. Tu retrouves peut-être en lui ce que qui t'énerve chez toi. Puis, tu es vachement compliquée. Ce n'est peut-être pas lui qui t'énerve, mais tes sentiments. »

Les dires de Sasha lui semblèrent si évidents qu'elle en fut effrayée. Elle s'en retrouva presque essoufflée, pendant que la jeune femme posait sur son épaule une main rassurante.

« Ne t'en fais pas. C'est humain d'aimer, Mika. Quoiqu'il arrive, je serai toujours là, de ton côté, d'accord ?

- Bordel, mais je dois faire quoi ?

- Que veux-tu faire ? »

Mikasa fixa longtemps le vide devant elle. Elle tenta de sonder son être, de trouver quels désirs l'agitaient, mais elle ne fit face qu'à un vide. Cette incertitude renforçait son angoisse. Elle croisa les deux iris gris qui l'obsédaient, et elle fut gênée de sa précédente étreinte. La femme ne savait pas trop ce qu'elle souhaitait, mais tant qu'elle pouvait croiser ce regard... Alors tout irait bien.

« Je n'en ai aucune idée. Je veux juste... Rester à ses côtés, j'imagine. Continuer de me moquer de sa taille.

- Et ça ne te plairait pas, de te réveiller à ses côtés ? »

Elle croisa les prunelles amusées de son amie, et la battante ne put empêcher le rouge de s'emparer de ses joues, l'accordant avec son éternelle écharpe.

« Hein ?

- Laisse, je te taquine. Tu devrais peut-être lui dire. Après tout, on ne sait jamais quand les personnes qu'on aime vont partir, dans ce monde. »

Son cœur accéléra la cadence à cette pensée. Lui dire ? Alors qu'ils passaient leur temps à s'insulter, à se haïr ? Il se moquerait sûrement d'elle.

« Ah non. Ne commence pas à te trouver des excuses. Je connais cet air.

- Mais il me déteste, Sasha...

- C'est peut-être bon signe. Vous êtes pareils. Il a peut-être peur de ce qu'il ressent, lui aussi. »

Elle poussa un grognement. Levi, dos à elle, parlait à part avec le major Erwin. Le sourire chaleureux qu'il lui offrait l'interrogea sur leur sujet de conversation. Elle ne voyait pas son visage, mais l'observait s'agiter. Puis, il se tourna vers elle et, comme habituellement, leurs regards s'accrochèrent. Les paroles de son amie tournaient dans sa tête, renforçant ces émotions qui tourbillonnaient dans sa poitrine. La brune fut soudain convaincue de ses sentiments, de son désir de demeurer dans ses bras, de combattre à ses côtés. Les questions qui la torturaient s'envolèrent. Elle décida de mettre de côtés ses interrogations sur leurs liens, sur son âge et sa position hiérarchique. Mikasa entendit Sasha ricaner à ses côtés. Puis, elle fut rassurée d'avoir fait ce choix ; celui de le protéger. Elle suivrait le plan de Reiner, quitte à devenir l'ennemie de l'humanité.

Sa migraine revint lentement. La douleur rompit leur contact visuel, et son regard dévia vers les yeux tempétueux d'Eren. Il l'observait d'une intensité qu'elle n'avait jamais vue chez lui, et la souffrance redoubla d'intensité. Sa protectrice posa deux doigts contre ses tempes et se massa lentement, tentant de se soulager. Si, elle avait fait le bon choix. Protéger Levi. Et ses camarades, aussi. Et Eren. Depuis quand était-il passé au second plan ?

L'inflammation de ses nerfs derrière ses paupières se calma lorsque la lune fit de ce monde son royaume temporaire. L'angoisse fut remplacée par l'inextinguible attente. Mikasa ne savait plus trop ce qu'elle attendait. Reiner ? Son message ? La mort ? Celle de ses amis ? Observant l'horizon devant elle, la jeune femme se demanda si la noirceur du ciel présageait les menaces futures. Puis, la brise fraîche vint faire virevolter ses mèches noires, transportant à ses oreilles les murmures amusés des Parques.