La mer murmurait aux guerriers les louanges de la victoire. Les vagues bleues s'écrasaient contre le sable doré. Le parfum du sel se mélangeait avec les arômes de leurs origines. Cet océan était la seule chose qui les séparait de leur foyer, et pourtant, l'heure de la traversée n'était pas arrivée.

« Vous en avez mis du temps. »

Porco Galliard observait ses camarades, allongé nonchalamment sur la plage. Au loin, un bateau allié attendait l'éternel retour des combattants. Pendant des années, le jeune homme avait attendu à Revelio, leur ville natale. Il s'était entraîné, priait pour que son frère soit sauf, pour que la mission réussisse. Pour que Mahr soit victorieuse. Le roux se redressa, et son regard azur daigna se poser sur la silhouette de Reiner Braun. Cette enflure qui lui avait volé le Cuirassé.

« J'espérais que t'en reviendrais pas, toi. »

Le blond se contenta de l'ignorer, ne souhaitant pas user d'énergie à répondre à son éternel rival. Depuis l'enfance, les deux garçons s'étaient écorchés, luttant pour être le meilleur. Le cadet Galliard avait appris, peu de temps avant, que son frère avait succombé lors de cette mission. Malgré les ravages de la tristesse sur son visage, son éternelle colère le faisait paraître en forme.

« L'opération s'est bien passée, mais Sieg a voulu s'amuser un peu, débuta une voix féminine. Le mâchoire est avec lui, au cas où. »

Une chevelure de nuit virevoltait dans l'air marin, et le regard fatigué de Peak se posa sur ceux qui furent, jadis, ses amis. La jeune femme s'extirpa de son titan aux allures rachitiques et observa le cristal qui renfermait la blonde.

« Nous n'avons plus qu'à attendre le retour de Sieg et Ymir, et nous pourrons la libérer... »

Le silence accompagnait le bruit des assauts maritimes sur le sable. Les quatre guerriers se retrouvaient enfin, et chacun observait son voisin afin de remarquer les changements opérés sur lui. Ils sentaient la guerre. L'odeur des batailles s'échappait de leurs peaux. À chaque expiration, le son des canons retentissait. Et dans leurs regards tantôt dorés, sombres ou bleus, dansait l'inexorable art du sang qui s'envole.

Les deux paires avaient passé tant d'années, à essuyer leurs peines et leurs gloires sur l'épaule de leur acolyte. Revoir ainsi les vestiges du passé secouait bien des êtres. Berthold se sentait nerveux. Ils devaient tous les deux penser qu'ils avaient échoué... Et c'était le cas. Ils avaient perdu Annie, et durant des années, leur quête avait abouti sur du néant. Mais ils avaient tous senti, lorsqu'ils s'éloignaient de la bataille, cette électricité qui s'agitait dans leur poitrine, descendant jusqu'à leurs orteils. Cet ordre désespéré, meurtrier. Les détenteurs des titans l'avaient ressenti dans leur chair et leurs os fragilisés.

Ils avaient enfin une piste.

Avant que le brun ne puisse formuler ces pensées qu'ils partageaient tous, le titan mâchoire surgit de nulle part. Dans sa gueule, les membres de Sieg Jäger émettaient une vapeur blanche.

« Bordel, elle m'a arraché de ma nuque avant que je puisse me détacher de mon titan ! Votre camarade est une brute !

- Si t'avais pas été aussi con je l'aurais pas fait ! »

Ymir sortit de la nuque du petit titan, un air profondément agacé sur son visage.

« Vous savez ce que ce macaque a fait ? Au lieu de continuer ses putains de lancers, il est allé voir Eren et compagnie ! Bougonna la brune. Le caporal Levi allait le lacérer juste avant que je n'intervienne !

- Roh mais c'est qu'un soldat comme les autres ! Et arrête de crier, j'ai voulu prendre Eren pour une bonne raison !

- Je sais, mais c'était pas une raison pour être si imprudent ! »

Les deux anciens soldats s'échangèrent un regard inquiet, et Reiner prit la parole. Le détenteur du titan bestial s'extirpa de la bouche de la géante, retombant au sol tandis que son mollet droit se reformait.

« Sieg. C'était le soldat dont je t'ai parlé. C'est un Ackerman, et ils sont très dangereux... »

Le capitaine des guerriers de l'empire Mahr hocha la tête silencieusement. De la buée recouvrait ses lunettes rondes. Le cadet Galliard ne tarda pas à s'imposer dans le petit groupe, délaissant la retenue dont il avait fait preuve pendant quelques secondes. Ainsi, ses yeux froids se posèrent sur le visage austère d'Ymir, et un rictus haineux fit trembler sa lèvre supérieure.

« C'est ce truc qui a tué mon frère ?

- Ce truc a un prénom, face de porc.

- Toi je vais te-

- Galliard, murmura Berthold, calme-toi. »

Le brun posa sa main sur l'épaule de son camarade, mais son geste amical fut bientôt balayé par le mépris du jeune homme. Le roux repoussa son ami, une grimace vindicative déformant ses traits glabres.

« Vous l'avez senti, vous aussi ? »

La guerrière aux yeux sombres observait les visages préoccupés de ses alliés. Peak ressentait encore, par cascades saccadées, quelques décharges dans sa moelle épinière.

« Que s'est-il passé, Sieg ? Continua-t-elle. Tu es entré en contact avec l'originel ?

- Quelle sagacité, Peak ! Je crois que c'est exactement cela. Vous ne m'aviez pas dit qu'Eren Jäger, en plus d'avoir l'assaillant, détenait en réalité l'originel. »

Les visages de Reiner et de Berthold s'étirèrent sous le choc de cette nouvelle. Ymir, de son côté, arborait une mine sombre. Si elle avait su que l'idiot suicidaire avait de telles capacités... Elle serait peut-être restée. Cela signifiait qu'il y avait encore de l'espoir, même entre ces murs immenses...

« Oh, vous ne saviez pas ?

- Il n'avait jamais fait preuve de telles capacités, expliqua le guerrier doré. Tu es certain que c'est lui ?

- J'en suis sûr et certain. »

Le plus vieux se tut avant d'en dire trop. S'il avait bien compris, c'est son contact avec son demi-frère qui lui avait donné accès à l'Axe, durant quelques instants... Personne ne devait le savoir, étant donné que son statut royal avait été dissimulé. Ainsi, il se tourna vers l'étrangère du groupe, le point noir de cette mission, l'éternelle erreur d'enfants.

« Ymir, tu te sens prête à te retransformer, pour Annie ?

- Il me faut encore quelques minutes de repos.

- Tss, j'espère que j'aurai pas ton endurance de fiotte, cracha le cadet Galliard.

- Si t'as de la chance, t'auras peut-être mon charisme. »

Les deux héritiers du mâchoire – l'actuelle et le futur, se dévisageaient. Les quatre autres guerriers sentaient la tension monter entre eux, et cela n'aurait pas étonné Reiner de voir son rival se jeter sur la jeune femme. Néanmoins, avant que ses jambes ne s'enfoncent dans le sable et que son impulsion ne déclenche un poing vengeur, Peak adressa un sourire énigmatique à la nouvelle arrivante.

« Laissons-la se reposer. On peut bien lui accorder ça. »

Après un geste affirmatif du premier fils de Grisha Jäger, le groupe se scinda. L'éternel colérique s'allongea à nouveau sur les grains fins, fixant la houle qui accompagnait ses songes dans sa danse redondante. La détentrice du titan charrette se démenait pour défaire les sangles qui enserraient son ancienne camarade. Sieg attendait que certains membres ne repoussent, alors qu'il essuyait ses lunettes comme il le pouvait. Cette vision maladroite de leur capitaine, tentant d'essuyer les verres d'une main, arracha un sourire à Reiner. Enfin, les trois anciens soldats s'éloignèrent vers la plage, profitant de leur dernier instant de répit.

Le silence était leur quatrième compagnon. Assis devant le rivage qui laissait onduler les vagues azurées, Ymir fixait l'étendue d'eau d'un air rêveur. C'était le dernier coucher de soleil qu'elle voyait, après tout.

« Ymir, l'interpella Reiner. Je sais que tu vas te foutre de ma gueule, mais je tenais quand même à te dire qu'on sera là. Jusqu'à la fin.

- Quel privilège. Avoir le gorille et l'asperge avec moi pendant que je me fais bouffer. Je pouvais pas rêver mieux, comme compagnie funèbre. »

Un éternel sourire sarcastique était affiché sur son visage, mais quelques éclats de détresse trahissaient ses prunelles sombres. La main large de Braun se posa sur son épaule, telle un soutien muet devant un désespoir sourd. Malgré sa sempiternelle fierté et sa tendance à rejeter l'aide d'autrui, la femme se contenta d'enserrer la main de son ami dans la sienne.

« Merci, les gars.

- Wow. T'as entendu ça, Berthold ?

- Incroyable.

- Inimaginable.

- Vos gueules. »

Les commentaires des deux guerriers la fit ricaner malgré la situation. Lorsque le silence revint, seules les vagues s'écrasant sur le sable émettaient un quelconque bruit. Le vent se leva, faisant chanter dans les feuilles opalines un éloge funèbre.

« Tu voudras qu'on fasse quelque chose en particulier, pour Historia ?

- J'ai déjà laissé une lettre dans sa chambre. Elle a déjà dû la lire, d'ailleurs.

- Il n'y a vraiment rien que l'on puisse faire ?

- Si tu insistes... Ma dernière volonté sera celle de l'amour.

- Qu'est-ce que tu racontes encore ? Demanda Berthold. »

Ses deux interlocuteurs échangèrent un regard interrogatif devant son sourire entendu. Dans ses prunelles, le brun pouvait apercevoir la malice faire tournoyer le sarcasme, qui riait aux éclats dans sa danse impavide.

« Vous. Ça crève les yeux. Je veux que vous oubliiez un peu votre devoir et que vous vous concentriez l'un sur l'autre, pour une fois. On sait jamais ce qui peut arriver, surtout en temps de guerre. Mais ça, vous le savez déjà, hein ? »

Les deux visages rugueux prirent des teintes écarlates, et le ricanement de la brune s'envola avec l'air marin. Puis, Ymir se leva, fière d'avoir imposé son souhait à ces deux idiots qui rataient une belle histoire pour un devoir à la con.

« Si vous n'en faites rien, je vous maudirais depuis l'au-delà. »

La future morte débuta sa marche sur le sentier sinueux de sa vie, sachant pertinemment qu'elle était arrivée au bout de celui-ci. À la fin de son chemin se tenait sagement l'échafaud, avec son regard océan et sa grimace altière. Les deux anciens soldats n'osèrent pas s'observer, trop gênés par le vœu de leur amie, trop honteux de leurs sentiments indéfectibles. Ils se contentèrent de la suivre, observant sa dernière transformation. De dos, Reiner crut apercevoir les vestiges de son ami décédé, et la silhouette de Marcel Galliard se délita lorsque les griffes du titan tranchèrent le cristal.

La soldate faisait son possible pour éviter de blesser Annie Leonhardt. Malgré tout, la roche était difficile à entailler, et l'utilisation de ses dents était délicate sans sacrifier quelques membres. Après de longues minutes durant lesquelles Ymir se débattait pour sortir la blonde de sa prison aux barreaux bleus, Peak put enfin récupérer la carcasse endormie de la guerrière. Quelques bouts de cristal s'accrochaient encore à sa peau froide, et certaines parties du corps de la jeune femme étaient restées dans la roche scintillante.

Épuisée, l'amante de la reine de l'île s'extirpa de son titan, rattrapée de justesse par son ami aux larges épaules.

« Bien. Merci de ta coopération, Ymir. Peak s'occupe de soigner et de réveiller Annie. Tu peux descendre en bas du mur, lui ordonna le capitaine Jäger. »

Bien que l'envie flagrante de jeter un regard implorant à Reiner la frappa, la concernée se contenta de baisser la tête. Elle profita de cette dernière chaleur corporelle, de ces derniers mots qu'on lui adressait, de ces derniers regards chaleureux. Le soutien de ses deux anciens camarades lui transmit le courage de faire face à son devoir et de payer sa dette. Ainsi, la brune glissa d'entre les bras du blond et s'approcha de l'escalier donnant accès à la plaine en contre-bas. Son regard froid accrocha les œillades haineuses de Porco, dont les doigts tremblotaient.

« J'espère que tu me feras pas honte, soupira-t-elle. Évite de chialer comme une merde à l'avenir, j'ai pas envie que mon assassin soit un fragile.

- Ferme ta gueule et descends. »

Ymir haussa les épaules et dévala une par une les marches. Elle avait l'impression de descendre jusqu'à la potence. Néanmoins, il n'y avait aucune corde qui l'attendait. Son bourreau ne portait pas une hache aiguisée, ni un manteau noir comme la mort. Lorsque la jeune femme s'immobilisa devant la muraille, une pensée la saisit. Elle pouvait toujours fuir. Cet idiot resterait un titan dénué de conscience, si elle arrivait à s'échapper d'entre ses griffes... Même épuisée, elle pouvait tenter de se hisser en haut d'un arbre, attendant de recouvrer ses forces pour utiliser à nouveau ses pouvoirs.

Le visage d'Historia se superposa aux roches insipides devant elle, et Ymir eut envie de pleurer.

Le regard doré de Reiner surplombait l'expression abattue de son amie. À côté de lui, Porco Galliard tenait une seringue dans sa main droite. Son uniforme blanc mettait en valeur le galbe de ses épaules et la peau nue de son avant-bras. Malgré sa haine viscérale pour la meurtrière de son grand-frère, ses doigts tremblaient. La respiration du guerrier était lourde et craintive. Il se tenait à présent là où Marcel s'était tenu. Avait-il eu tant redouté ce moment, comme lui ? Cet instant où sa conscience s'évanouirait, pour laisser place au sang et aux atrocités ? Et s'il n'arrivait pas à dévorer cette femme ?

La large paume de Reiner secoua de manière rassurante l'épaule du futur titan. À ce contact, le roux sursauta et frappa le bras du blond pour l'écarter. Des rides rancunières se creusèrent sur son visage.

« Ne me touche pas ! Je n'ai pas besoin de ton putain de soutien ! Va te faire foutre, Braun ! »

Le concerné n'était pas surpris du tout par sa réaction. Néanmoins, il reposa sa main au même endroit. Il savait que Galliard avait besoin de son soutien, même s'il était trop fier pour l'avouer. Il sentit son corps trembler, à la fois à cause de la colère que de l'angoisse.

« Comme tu veux, tocard... »

Un léger sourire de victoire se dessina sur les lèvres du cuirassé, et Berthold les observa du coin de l'œil. Le support indéfectible, c'était le fier soldat du bataillon qui ne cessait de tendre vers cet idéal. Le guerrier était plus prudent, calculateur, et dévouait son cœur et son corps à son devoir. Le brun espéra, en une promesse silencieuse, que ces deux aspects étaient en train de muer et de se mélanger. Peut-être que Reiner commençait enfin à guérir de tous ces mensonges qui avaient guidé sa vie. Peut-être que ses blessures se résorbaient enfin.

Un sifflement douloureux l'interrompit dans sa contemplation. Le roux avait enfoncé l'aiguille dans sa chair, et s'injecta le produit en serrant les dents. Le contenant en verre s'écrasa contre les pierres, et une myriade de brisures s'éparpilla sur les dalles froides. Les yeux et la bouche de Galliard s'illuminèrent d'une lumière aveuglante, et avant sa chute vers le vide, il serra les doigts du guerrier en une poigne assurée.

Au sol, un anthropomorphe difforme s'éleva vers le ciel. Il devait mesurer un peu plus de dix mètres. Sa chevelure de feu contrastait avec les yeux vides qui fixaient sa proie d'un air absent. Devant lui, Ymir était assise sur la mousse opaline. Sa posture décontractée contrastait avec sa triste expression. Le titan ordinaire se saisit de sa taille et hissa la brune au niveau de son visage. Un rictus désespéré déforma ses traits sarcastiques, et la jeune femme mit une pichenette sur le nez du géant.

« Tu penseras à te brosser les dents, il est hors de question que mon héritier pue de la gueule. »

Reiner sourit tristement face aux dernières paroles de sa camarade, et observa jusqu'au bout la mastication maladroite du nouveau titan mâchoire. De la jeune femme, il ne restait à présent plus que Porco, que Sieg accueillait avec une mine désintéressée. Le capitaine tranchait les derniers tissus musculaires qui renfermaient le corps comateux du jeune homme.

« Elle ne sera jamais vraiment morte, lui murmura Berthold d'un air rassurant, tant que le mâchoire vivra. »

Le sourire chaleureux de Reiner fit chavirer pendant quelques instants le cœur de son compagnon sempiternel.

« Merci, Berthold. Tu as raison. Elle sera toujours là.

- Venez surtout pas m'aider, vous deux. Il est plus lourd qu'il en a l'air et je n'ai plus 20 ans. »

Les deux guerriers vinrent soutenir le corps endormi de leur camarade, libérant le poids conséquent des bras du plus vieux. Ils le soutinrent jusqu'à l'endroit où Peak avait installé Annie. Les endroits sectionnés de son corps produisaient une vapeur diaphane. Quelques morceaux de cristal recouvraient certaines parcelles de sa peau. Les deux hommes allongèrent Galliard aux côtés de la blonde, et recouvrèrent leurs camarades de plusieurs couvertures.

Le soleil épousa la surface maritime à l'horizon, et ses reflets orange et rouge teintèrent la mer d'une étendue sanglante. Le feu de bois crépitait au centre du cercle formé par les guerriers de l'empire Mahr. Même quelques heures après, les deux endormis ramaient encore au milieu des fleuves oniriques. Les rescapés du réel, eux, observaient avec attention les flammes qui dansaient, ou l'eau qui se changeait en sang.

« Vivement que cette satanée mission ne se termine. On n'a plus qu'à capturer Eren Jäger, et ce sera fini.

- Oui, capitaine. D'ailleurs, les gars, ça fait un bail que vous n'êtes pas revenus à Revelio, constata Peak. Vous allez faire quoi, une fois rentrés ? »

Des prunelles sombres accrochèrent des iris d'or, et le rêve d'un retour arracha aux deux anciens soldats un sourire attachant.

« C'est évident. On va se marier. »

Quelques rires s'élevèrent avec les braises virevoltant vers les étoiles naissantes. Les joues de Berthold prirent une teinte rosée devant le regard amusé de son éternel compagnon, dont le sourire reflétait clairement les avances. Du quatuor, seule Peak semblait voir ce qu'il se passait entre ces deux hommes que le destin malmenait. Une œillade attendrie, et la jeune femme se tourna vers Annie. La brune se demanda quand ses yeux bleus se poseraient enfin sur elle. Dans ce monde d'hommes, elle avait bien besoin d'un soutien féminin.

« Comme si quelqu'un voulait de toi, Braun. »

La course éternelle du soleil fut avalée par les abysses maritimes. Le regard azur de Porco fut la dernière couleur à scintiller avant que la nuit ne revêtisse son manteau sombre. Le guerrier se redressa difficilement, tirant un peu la couverture en laine qu'il partageait avec la blonde.

« Comment te sens-tu, Galliard ? Demanda Sieg.

- Je ne me souviens de rien depuis le moment où je me suis piqué.

- C'est normal.

- Quand vais-je pouvoir voir les souvenirs de mon frère ? J'ai hâte de voir ce tocard de Reiner se pisser dessus et l'abandonner. Juste pour confirmer le fait que tu es une belle merde. »

Un silence lourd interrompit les festivités éphémères, et la mine du cuirassé devint beaucoup plus renfrognée. Sieg ignora totalement la tension qui s'était installée dès le réveil du nouveau titan mâchoire.

« Cela viendra avec le temps, Galliard. Tu risques de voir davantage de souvenirs d'Ymir que de Marcel, mais étant donné vos liens de sang, je pense que tu pourras quand même en apercevoir. »

Le concerné cessa de fixer de manière assassine le blond. Malgré ses regards compatissants, Berthold voyait bien que le guerrier doré venait de replonger dans la mer de ses hantises. Il voulut le prendre par la main, puis dans ses bras également. Hoover voulait le bercer et que ses murmures ne recouvrent les insultes de Galliard. Ce n'était pas la faute de Reiner. Marcel avait choisi de le sauver, par culpabilité. Malgré cette logique, Reiner n'arrivait pas à ne pas s'en vouloir. Le blond n'avait jamais pu se sentir légitime du poids que les responsabilités pesait sur ses larges épaules.

Au-dessus d'une mer de regrets et d'amertume, le ciel étoilé s'étirait comme une toile parsemée d'étincelles. Parmi les astres lointains, quelques murmures mortuaires planifiaient les triomphes et les déchéances des guerriers égarés.