Réponses aux reviews :

Suu-kuni : Merci beaucoup pour ta review ! Oui, Marlowe Freudenberg existe dans le manga, mais il n'a peut-être pas marqué tes esprits x) Merci mille fois pour ton soutien et tes reviews systématiques, elles m'encouragent énormément !

Neverming555 : par faute de temps je te réponds ici ! La serpillière originelle est vraiment mon délire favori sur cette fanfic x) Contente que ces révélations te plaisent, et j'espère que la suite le fera tout autant !


Plus ils s'enfonçaient dans les boyaux terrestres, plus Mikasa avait de mal à inspirer. La faible lueur émise par la torche, devant elle, n'était pas suffisante pour rassurer son instinct. La roche humide frôlait parfois ses bras diaphanes, et l'on pouvait entendre l'écho des gouttes d'eau s'écrasant contre le sol. Marlowe, le prénom du type qui les avait menés dans ce qui semblait être le chemin vers l'enfer, interrompit son avancée. Les soldats derrière lui levèrent alors la tête, auparavant concentrés sur l'endroit où ils mettaient les pieds. Les flammes des torches éclairaient faiblement les parois.

Armin laissa s'échapper une exclamation. Devant eux, des dessins recouvraient l'impasse que formait la grotte. Sur le mur rocailleux, une sorte de monstre était accroupi devant une femme blonde. Celui-ci possédait deux cornes animales, et une chevelure dorée ondulait derrière ses oreilles velues. Silencieusement, Eren parcourra la seconde fresque avec horreur. Une femme immense semblait sourdre une étendue d'eau éternelle. Les éclairs et les nuages frôlaient ses épaules, tandis qu'elle faisait face à des soldats impuissants. Effrayé par cette vérité qui correspondait à ses visions, le jeune homme suivit les couleurs bigarrées avec attention, appréhendant quelle serait la suite.

Jean ne pouvait détourner les yeux de la troisième fresque. Trois jeunes filles se trouvaient au milieu de la peinture murale, avec derrière elles, le corps d'un homme plus vieux. Tous les quatre possédaient des vêtements aux éclats bleus, signe probable d'un statut noble. Les enfants pleuraient des larmes de sang, pendant qu'elles semblaient manger quelque chose. Enfin, devant elles, un squelette reposait sur une table. Il possédait encore un vêtement sur son torse, et de longs cheveux blonds étaient accrochés à son crâne sanguinolent. Il avait envie de vomir. Qu'est-ce que c'était que ça ? Les dessins avaient l'air vieux, assez vieux pour que les couleurs n'en soient presque plus, et pour que quelques bouts ne manquent aux œuvres.

Enfin, Erwin et Hanji, côte à côte, détaillaient la dernière fresque avec attention. On y voyait une multitude de titans qui marchaient en direction de l'horizon. Dans leur sillage, tout avait été détruit. Il ne restait rien. Pas même de vestiges humains. Pas même de ruines à ciel ouvert.

Dans la grotte, les soldats naviguaient entre les quatre fresques, admirant avec horreur les dessins anciens. Les théories fusaient entre eux, et Connie écoutait avec attention les réflexions intenses d'Armin.

« Ce n'est pas impossible que ces fresques soient très anciennes... Probablement avant que l'humanité ne se réfugie dans les murs, puisque c'était il y a cent ans... Mais alors, l'apparition des titans était peut-être plus vieille ? Les informations qu'on nous apprend depuis gamins sont-elles fausses... ? Puis c'est quoi, ce démon ? L'union d'un démon et de cette femme a-t-elle provoqué la naissance d'humains capables de se transformer ? »

Le blond fit une œillade à la scientifique, pour qu'elle infirme ou confirme sa théorie. Quelques jours auparavant, la théorie des humains se transformant en titans avait fait le tour du bataillon. Certains, en apprenant cette cruelle possibilité, avaient souhaité abandonner leur vie militaire. Ils ne souhaitaient pas se battre contre des êtres humains. Mais, lorsque l'information fut digérée, ils se rendirent compte de la nécessité de continuer le combat, tant pour regagner leur territoire que pour libérer ces pauvres humains de l'enfer qu'ils devaient vivre. Hanji hocha la tête face aux dires du stratège, et les compléta.

« Je ne vois pas le lien logique entre les fresques... Un démon pactisant avec une femme, une femme-titan qui se bat contre des soldats, des enfants qui semblent manger un être humain, des titans qui marchent... Est-ce que c'est une représentation de l'histoire ? Est-ce chronologique ?

- Du cannibalisme... C'est peut-être là que le besoin de dévorer des humains a commencé ? Par ces gamines ? Questionna Levi d'un œil attentif. »

Mikasa frissonna. Elle avait l'impression que leur découverte allait être d'une conséquence inimaginable. La brune oublia les yeux d'acier du caporal, et la froideur de la grotte. Elle oublia cette foule qui s'attardait sur les peintures murales, et alla retrouver Eren, qui s'était éloigné vers les étroits couloirs vides. Son frère était assis sur une pierre humide, et son regard émeraude semblait s'être perdu au-delà des roches sombres, pour aventurer sa curiosité vers les hadales de l'enfer.

« Eren ? Tout va bien ? »

Il sembla sortir de sa torpeur, et ses prunelles s'ancrèrent dans les iris sibyllins d'Ackerman.

« Oui. Je pense juste beaucoup... À la suite.

- Je suis certaine qu'on arrivera au bout. Tu verras, tout va bien se passer. »

Elle lui offrit l'ébauche d'un sourire, mais contrairement à ce qu'elle attendait, Eren ne le lui rendit pas. Sa bienveillance sembla s'écraser à ses pieds et être absorbée par cette terre vorace. Des lueurs implacables et dures, dans ces yeux qu'elle avait presque toujours connu, transpercèrent la jeune femme.

« Tu ne sais rien, Mikasa. Alors ne fais pas comme si tu pouvais connaître l'avenir...

- Je ne suis pas voyante. Mais je ferais tout, pour que tout se passe bien... On mérite tous que cela se termine bien.

- Tu as raison sur le point que tout se terminera. Bien, en revanche... »

Malgré lui, il tourna la tête vers le visage radieux de Sasha. Cette œillade provoqua une myriade de questions chez son interlocutrice. Eren était décidément de plus en plus étrange. Elle sentait que quelque chose se passait, mais devait-elle essayer de creuser, au risque d'être rejetée ?

« Qu'est-ce que tu veux dire par là ?

- Je ne sais pas. Comme une intuition. »

Un voile de tristesse interrompit sa contemplation de l'amoureuse des patates. La jeune femme se sentait inquiète, pour son frère, pour sa meilleure amie. Elle avait envie de le prendre dans ses bras, comme ils le faisaient autrefois pour consoler l'autre après un cauchemar trop violent. Mais les deux soldats n'étaient plus des enfants, et quelque chose d'inconnu semblait les séparer.

Lorsque la foule se dispersa vers l'entrée principale de la caverne, ils suivirent le mouvement pour s'installer dans la grande cavité. Jean prit place aux côtés de la jeune brune, et celle-ci fut surprise de voir ses prunelles déterminées. Ils n'avaient pas eu de discussion sérieuse depuis bien longtemps. Après tout, Mikasa n'était pas le genre de femme à discuter. Néanmoins, le jeune homme ne prononça aucun mot. Il se contenta d'être à côté de l'asiatique, pendant que la plupart des soldats s'endormaient les uns contre les autres. La combattante aperçut Levi discuter à voix basse avec Erwin, et son visage préoccupé accéléra les battements erratiques de son cœur.

« Tu peux dormir. Je veille sur toi. »

Puis, elle se retourna vers l'air bienveillant de son ami, et elle se sentit reconnaissante pour sa présence à ses côtés. Elle sentit le corps de Sasha reposer sur son épaule, et ce fut difficile pour Mikasa de ne pas soupirer de tendresse.

« Merci, Jean. Pense à te reposer aussi.

- Promis. »

L'homme au regard sémillant recouvrit le corps des deux jeunes femmes de son duvet, et Ackerman posa sa joue sur le crâne de son amie en hésitant. La chaleur qu'elle dégageait était rassurante, et elle se mit à songer, les yeux fermés. Elle ferait tout son possible pour que ces personnes vivent le plus longtemps possible. Pour que Sasha mange autant que possible, pour que Jean puisse aimer quelqu'un et être aimé en retour, pour qu'Armin puisse voir l'océan, pour qu'Eren... Pour qu'Eren soit heureux. Pour que Levi continue d'être si délicieusement insupportable. Pour que Connie étoffe ses blagues les plus nulles. Pour qu'Historia se remette du départ d'Ymir.

Ackerman fut bercée ainsi par ses espoirs, plongeant petit à petit dans un monde où les titans n'écrasaient plus le monde sous leurs pas lourds.

Jean laissa ses yeux observer le visage détendu du miracle de l'humanité, et il ne put empêcher son cœur de s'amollir devant cette vision. Il interrompit de lui-même son admiration, tant pour laisser de l'intimité aux deux amies, que pour accrocher le regard azur d'Armin. Ce contact visuel poussa le stratège à rejoindre le soldat qui hantait ses pensées. Il débuta la conversation à voix basse.

« C'est incroyable, hein ? Ces vestiges. C'est la preuve qu'on est sur la bonne voie... Si on accède à la cave d'Eren, on aura probablement la réponse à nos questions...

- Tu penses que ça s'est vraiment passé ?

- Il y a des éléments qu'on connait... Genre des sortes de soldats, les titans. Les rois. Tu crois que c'est une fiction ?

- Je ne crois plus en rien... Déjà qu'on combat des humains débiles et bien trop grands... Si j'avais su ça avant... Dire que Marco a été dévoré par une chose qui avait tout d'humain... »

Le regard du brun fut voilé de tristes lueurs. Penser à son ami mort à Trost était toujours une déchirure. Avec le temps, il avait appris à ne plus attendre qu'il n'apparaisse entre les rangs. À ne plus prendre un morceau de pain supplémentaire pour le partager avec lui. Il s'était habitué, pendant leurs derniers jours à la brigade, à ce lit qui demeurait vide chaque nuit. Ce jour-là, aurait-il pu le sauver ? S'il lui avait demandé de le suivre, s'il s'était comporté en vrai leader- comme le mort le lui avait dit, aurait-il été à ses côtés aujourd'hui ?

La main d'Arlert se posa sur son épaule.

« Jean. Je suis certain que Marco nous encourage, de là où il est. Je suis certain qu'il est fier de ton courage, de tes décisions. Je suis sûr que tu es devenu le leader qu'il voyait en toi. »

Les paroles du blond brisèrent le cœur de son camarade, qui retint les larmes qui semblèrent déborder de cette blessure éternelle. Il baissa la tête et attendit que le déluge ne s'apaise au sein de sa cage thoracique. Kirschtein se contenta alors de recouvrir la main de son ami avec ses doigts, serrant sa paume glacée dans la sienne.

Voir ses deux camarades être aussi proches fit mal à Eren. En retrait, ses yeux émeraude détaillèrent sa sœur qui dormait contre Sasha, et son visage détendu apaisa presque sa colère, son ressentiment, et son immense tristesse. Il était seul. Après tout, le détenteur du titan assaillant avait tout fait pour... Mais il savait que son isolement s'était fait trop tôt, tout comme ses maudites visions.

Dieu, qu'il aimerait que quelqu'un le guide sur ce qu'il devait faire. Le brun savait vers quoi il devait se diriger... Mais il avait la terrible impression que le navire était à la dérive, et qu'il s'éloignait peu à peu de ce qui était prévu.

Il devait maintenir le cap, en tant que capitaine du bateau. Mais ces fresques l'inquiétaient... Il ne savait pas tout. Certaines zones d'ombres, gigantesques, le terrifiaient. Comme lorsqu'enfant, ses cauchemars le réveillaient, et qu'il tremblait face aux ombres qui se découpaient dans sa chambre. Mais les monstres derrière les meubles n'avaient jamais existé... Contrairement à ceux qui hantaient ses rêves actuels.

La couverture qui recouvrait le corps de Mikasa s'était un peu enlevée, et il eut envie d'aller recouvrir sa sœur d'un peu de chaleur. Mais quelque chose retint son élan fraternel, une sensation inconnue et innommable qui paralysa sa main déjà tendue. Le regard acéré du caporal Levi n'y était pour rien : cet arrêt venait du plus profond de ses entrailles.

Finalement, Eren décida de s'entourer de son propre duvet et demeura dans le coin de cette grotte. Ses paupières privèrent ses iris opalins de ces visions pleines d'amour, d'amitié et de cohésion, qui contrastaient si bien avec sa récente solitude.


À quelques lieux de là, cinq tasses s'entrechoquèrent. Un liquide noir ondulait dans les contenants en céramique, alors que le feu crépitait.

« Mes chers guerriers, il est temps de régler ça ici et de terminer notre mission une bonne fois pour toutes. »

Le rituel de Sieg se passa dans le silence le plus total. Tous les guerriers respectaient cette tradition, et le goût amer du café vint faire grimacer Annie. C'était l'une des premières choses qu'elle buvait depuis des mois, et elle n'aimait même pas cela. Ses deux compagnons d'infortune avaient l'air si heureux de l'avoir retrouvée. Elle avait loupé énormément de choses- malgré les rapports que lui faisaient Hitch, Armin, et même Mikasa. La blonde ignora les piques incessantes de Galliard envers Reiner. Même s'il en avait pris la responsabilité, la mort de Marcel n'était pas totalement de sa faute, et elle trouvait injuste de lui cracher perpétuellement ses erreurs au visage. Néanmoins, leurs conflits ne la regardaient pas.

Bien vite, ils firent leurs derniers préparatifs, en attendant le signal de Peak indiquant leur arrivée imminente, mais ce serait probablement pour demain. Voyager de jour serait idiot de leur part. La guerrière aperçut ses deux amis s'éloigner d'un air complice, et elle ne saisissait pas ce qui rendait leur amitié si étrange.

Ils marchèrent longtemps sur le mur, parlèrent peu. Leurs regards se perdirent dans les rayons de l'astre solaire, et ses ondes colorées qui définissaient si bien le crépuscule. Berthold s'assit aux côtés du blond, sans un mot, et leurs doigts vinrent s'entremêler comme d'une commune volonté.

« Je sais, je te l'ai déjà dit... Mais je ne serai pas avec toi, cette fois. Il faudra agir et réfléchir par toi-même.

- Je sais. »

Une légère pression se fit sur le dos de sa main, et le brun tourna son regard vers son camarade. Il ne cessait d'observer la première ville qu'ils avaient détruite. Le point de départ de leur enfer.

« Je ne veux pas te perdre.

- Tu ne me perdras pas, Berthold... Nous sommes six guerriers contre eux. Si quelqu'un est en difficulté, c'est le rôle de Galliard de l'épauler... Tout ira bien. »

Le sourire que lui adressa Braun réchauffa un peu les froides angoisses qui glaçaient son cœur. Son pouce vint caresser le dos de sa main avec tendresse.

« Moi aussi, je suis inquiet pour toi... Mais tout ira bien, d'accord ? On va rentrer à Revelio, ensemble. Quand Eren sera avec nous, on n'aura plus jamais à retourner ici... On prendra soin de ma cousine. J'imagine même pas à quel point elle a grandi ! Et on pourra refaire des cookies pour ta mère.

- Oh, tout ça me manque... Murmura Hoover d'un air nostalgique.

- À moi aussi. »

Le blond posa sa tête sur l'épaule du plus grand, et les derniers rayons du soleil disparurent sous la mer des nuages. Le moment était arrivé. Ensemble, ils se relevèrent sur l'édifice de pierre. Une dernière fois, le brun se pencha vers le visage de Reiner. Les mains du blond saisirent doucement son visage, et ils s'embrassèrent avec le désespoir des condamnés à la potence. Un dernier baiser plein de promesses et de non-dits, une dernière étreinte camouflant les expressions attristées.

Puis, les deux guerriers se tournèrent le dos. Le poing du détenteur du titan cuirassé émit une légère frappe sur l'omoplate de son amant.

« Allez. Je compte sur toi, mon amour. »

Rougissant, Berthold réitéra ce même geste. Le contact du corps du guerrier doré lui donna envie de se retourner et de l'embrasser encore une fois. Néanmoins, il résista à cette tentation.

« Tu peux. On va rentrer chez nous, ensemble. »

Les deux anciens soldats, reliques d'un amour trop lacéré par les mensonges, partirent sans se retourner l'un vers l'autre. Berthold entendit les promesses victorieuses de Niké, déesse de la victoire, sans se rendre compte qu'il s'agissait en réalité d'Achlys qui recouvrait déjà Shiganshina du brouillard de la mort.


Un bruit sourd réveilla Mikasa. Elle se redressa légèrement, ce qui fit grogner Sasha dans son sommeil. Elle détailla la grotte maintenant silencieuse. Tout le bataillon d'exploration semblait être bercé par les murmures de Morphée. Tout d'abord, elle aperçut Eren qui était emmitouflé dans son duvet, seul contre un mur, et cette vision la rendit triste. Son regard dériva vers Connie qui ronflait à côté d'un type aux cheveux roux, avec qui elle n'avait jamais parlé. Elle vit Jean affalé sur les cuisses d'Armin, qui lui, dormait à poings fermés sur le dos du soldat. Cette vue apaisa la tristesse qu'elle avait ressentie précédemment. La brune était heureuse que son ami d'enfance soit aussi proche de lui, et espérait qu'il obtiendrait les sentiments qu'il désirait tant. Du coin de l'œil, elle vit que sa meilleure amie bavait dans son sommeil, et elle fut heureuse d'avoir dormi avec le duvet de Jean. Elle aurait été dégoûtée que le sien soit taché par ce filet translucide. La jeune femme aux cheveux auburn devait probablement rêver de pommes de terre.

Son regard sombre tomba sur le visage détendu de Levi. Celui-ci dormait assis, la joue dans la paume de sa main. Il avait presque l'air éveillé. Elle permit à ses lèvres d'esquisser l'ombre d'un sourire, alors que ses yeux détaillaient ses traits endormis avec attention. Un grognement brusque la fit sursauter, et elle vit Hanji, affalée sur le sol dans une position étrange. La cheffe d'escouade semblait dormir, elle aussi. Dans son champ de vision, l'asiatique croisa le regard perçant du major Erwin, qui semblait assez amusé de son examen silencieux.

Mikasa se sentit soudain honteuse. Elle avait l'impression d'être une enfant qui venait d'être surprise à faire une bêtise. Surtout, le petit sourire qui illuminait son visage fatigué lui paraissait à la fois cynique et bienveillant. La soldate n'eut pas à se noyer dans sa gêne plus longtemps, puisque la secousse revint, plus forte. D'autres soldats s'éveillèrent. Beaucoup qu'elle ne connaissait pas, venus des brigades spéciales, ou certains dont elle ignorait simplement les noms.

« Qu'est-ce-que heiiiiin ? »

Mikasa tourna les yeux vers Sasha, qui regardait Jean et Armin d'un air abasourdi. Elle n'avait même pas essuyé son filet de bave, qui pendait à présent dans l'air.

« Sasha. Tu baves, c'est écœurant.

- Oh pardon ! »

Soudain, quelques pierres tombèrent sur le sol mouillé. Tous les endormis se relevèrent en sursautant. Des bruits sourds se répercutaient contre les murs humides, réguliers et répétés. Les yeux de tous les soldats se dirigèrent vers le plafond d'argile, puis s'accrochèrent encore une fois, inquiets. Les pas des titans, au-dessus de leurs têtes, faisaient tomber de la terre sur leurs visages.

Le silence était rythmé par la marche funèbre des mangeurs d'humains. Aucun soldat n'émettait le moindre son, ni ne faisait le moindre mouvement, de peur d'alerter les monstres de leur présence. Ackerman eut l'impression d'être de retour à Shiganshina. Quand les foulées des titans se dirigeaient entre les maisons, écrasant ses voisins, dévorant les marchands, terrifiant les autres enfants. Elle se revoyait, gamine, observer ces monstres si immenses qui faisaient trembler les pavés.

Le regard d'ambre de sa mère adoptive refit surface. Mikasa se sentit à nouveau impuissante face aux décombres qui coinçaient Carla, impuissante face à ce sourire figé et à ces mains sanglantes. Elle était à nouveau sous le bras d'Hannes, détournant les yeux pour ne pas voir, encore, une mère ensanglantée.

La rêveuse n'aperçut pas Jean et Armin s'observer avec gêne, ni même Connie qui s'étira – frappant au passage le soldat à la coiffure fantaisiste. Levi avait encore la bouche pâteuse, dû à son bref sommeil. Il s'enquit de rejoindre le major, dont le regard sibyllin détaillait le plafond d'argile.

« Erwin ?

- Le sol tiendra. Heureusement, on a réussi à faire rentrer les charrettes et les chevaux...

- Tu penses pas que ces enflures nous sentent ? »

Hanji les rejoignit bientôt en grommelant, pendant que les iris azurin du haut gradé détaillaient toujours la terre qui tombait dans la cavité, comme si la réponse s'y trouvait. Comme s'il suffisait de creuser encore un peu.

« Je ne sais pas, Levi. Je ne sais pas. »

La cheffe d'escouade jeta un œil sur la myriade de soldats confinés. Tous avaient l'air anxieux. Tant que les titans menaceraient de sourdre le plafond de la grotte, le bataillon ne pourrait trouver du repos. Son propre groupe l'observait avec appréhension. Croiser les yeux bienveillants de Moblit lui permit de prendre confiance en leur chance, en eux, en leur courage.

« Levi, Erwin. Si les titans anéantissent cette grotte, on fait quoi ?

- Ce serait un gros bordel, ronchonna le caporal.

- Le mieux serait de sortir tous en même temps, pour ne pas être cueillis les uns après les autres. Je pense qu'on compterait sur les plus forts pour éliminer les plus proches rapidement. Tout dépend du nombre : s'ils sont peu nombreux, on pourra les exterminer. S'ils sont trop, je doute que nous puissions rentrer jusqu'au mur... Ou alors il faudra patienter jusqu'au crépuscule. »

Erwin parla assez bas pour que les autres soldats n'entendent pas ses prédictions. La seule femme du trio rigola devant l'air serein de son ami.

« Tu as vraiment confiance en cette grotte, hein ? Murmura-t-elle.

- Je sens que le ciel ne nous tombera pas sur la tête, Hanji. Je le sais.

- Ton fameux instinct, ricana Levi, hein ? Le même qui nous a fait suivre Mikasa, la dernière fois ? »

Hanji fut prise d'une quinte de toux, pendant que le blond esquissait un sourire.

« J'ai agi par impulsion, non pas par réflexion, ce jour-là. Je t'assure que la grotte tiendra. »

Levi aurait trouvé cela ironique, qu'un pied gigantesque ne vienne écraser une poignée de militaires au même moment. Mais le destin ne vint jamais donner tort à Erwin. Au bout d'un certain temps, les secousses s'interrompirent. Les ombres des roches, projetées contre les murs de terre par les torches enflammées, semblaient se mouvoir comme des monstres gigantesques.

« Tu penses que la nuit est arrivée ? Demanda Armin à son ami d'enfance. »

Eren posa ses yeux fatigués sur le visage du stratège. Il fut soudain pris d'un sentiment inextricable, d'une détresse assourdissante, et il eut envie d'enlacer celui qui rêvait d'océans et de champs d'un sable doré. Le brun ne savait pas d'où venaient ces émotions enfouies, et ne voulait pas le savoir. En ce moment, ses songes le berçaient dans un passé oublié de tous. Les hadales de l'avenir étaient trop floues, trop brèves et succinctes, pour qu'il les situe distinctement.

« Peut-être... Ou bien ils se sont éloignés. Il faudrait aller vérifier. On pourrait enfin sortir de ce trou.

- Il faudrait pouvoir marquer notre emplacement ! Ces fresques sont intéressantes, il ne faut pas les perdre.

- Tu as raison, Armin. »

Le détenteur du titan assaillant fit un léger sourire à Arlert. De leur côté, les chefs d'escouade avaient continué leur discussion, et le caporal avait décidé d'aller voir si la nuit était bel et bien tombée. Il se faufila entre les charrettes et les chevaux qui encombraient l'entrée. Les équidés firent un appel sourd lorsque Levi passa devant eux, une sorte de grognement de bienvenue. Le soldat caressa les chanfreins de quelques animaux, et leurs naseaux soufflèrent de manière brève.

L'immense trappe qui donnait accès à la grotte était intacte. Le militaire se demanda comment, après des années d'occupation des titans, aucun n'avait pu passer au travers de celle-ci. Était-ce vraiment un hasard ? Ou la trappe était-elle assez solide pour résister, là où des murs immenses n'y arrivaient pas ?

L'homme à la nuque dégagée délaissa ses questions auxquelles il n'aurait, de toute manière, aucune réponse. Il fit craquer ses vertèbres cervicales, faisant rouler sa tête autour de sa nuque, et se prépara à soulever la porte menant aux enfers. Ou peut-être était-il déjà dedans ? Un enfer souterrain ou terrestre, il n'était plus à ça près : il avait vécu dans les deux. Mais s'il devait traverser le pré d'Asphodèle, autant que ce soit avec un grand soleil.

C'est avec difficulté qu'il décala légèrement la planche- en était-ce vraiment une ? Vu le poids de celle-ci, il en doutait fortement. Une lumière diaphane vint aveugler ses prunelles habituées aux ténèbres des champs du châtiment. Il crut, pendant quelques secondes, qu'il faisait encore jour ; mais les éclats lunaires vinrent éclairer les silhouettes endormies de quelques titans.

Levi ne prit même pas la peine de refermer la brèche qu'il avait créée, et descendit une dernière fois dans les entrailles de la Terre. Tous les soldats turent leurs basses discussions pour observer son visage impassible. Puis, ses prunelles d'onyx furent interceptées par deux iris sombres, et il s'arrêta pour admirer le visage de Mikasa.

« La nuit est tombée. Récupérez vos affaires, on lève le camp. »

Au même moment, une brise discrète s'engouffra dans le tunnel étroit. Les Moires dansèrent dans le vent glacial, caressant les visages des soldats angoissés. Dans leur sillage, Eren Jäger put entendre distinctement les divinités du destin ricaner, quand elles passèrent entre Armin et Jean. Clotho, la fileuse, tissait les fils de la vie des condamnés. Lachésis, la répartitrice, les déroulait avec amusement. Enfin, Atropos, l'inflexible, fit glisser sur les fils fragiles la lame d'un ciseau rouillé.

Eren décida d'ignorer la visite des Parques, et se jura que personne, absolument personne, ne serait emporté par Charon ; peu importe s'il devait remonter tous les fleuves des Enfers pour les tirer de sa barque implacable.