Et voici la deuxième partie! L'histoire se passe 3 ans après le premier chapitre (pour que May ait 18 ans).
Cette fois-ci on se concentre plus sur une autre relation qui finalement n'est pas tant abordée que ça, alors qu'ils ont une manière de fonctionner que j'adore. Scar, le tueur d'alchimistes, sans pitié, mû uniquement par la vengeance, qui se retrouve à prendre soin d'une gamine étrangère et de son panda miniature qui ne voit en lui qu'un humain qui a vécu des choses terribles et qui pourtant a de la compassion envers le sort de son clan.
Je pense que j'aurais pu aller plus loin dans les réflexions de Scar, mais on aurait peut-être perdu un peu de la fraîcheur qu'apporte May.
J'espère que ça vous plaira!
Scar fixa la jeune fille, abasourdi et soudain reconnaissant de lui avoir proposé de s'asseoir sur les coussins qui occupaient la pièce principale de sa petite maison. Il tentait d'assimiler sa demande, mais son cerveau avait soudain décidé qu'il ne suffisait pas pour une tâche d'une telle envergure. May Chang, princesse de Xing, élixirologiste de talent, fiancée à Alphonse Elric, alchimiste tout aussi talentueux, le dévisageait de tout son mètre cinquante-huit, attendant sa réponse. Elle avait voyagé depuis chez elle, seule, pris le train et traversé Ishbal pour le retrouver et lui poser sa fameuse question. Enfin, pas seule, avait-elle protesté quand il lui avait fait la remarque, puisque Xiao Mei était venue avec elle. Le petit panda avait élu domicile sur son épaule, s'accrochant à son étole de moine ishbal.
— Tu voudras bien me mener dans l'allée le jour de mon mariage ?
Scar cligna lentement des yeux. Elle lui avait bien demandé ça. Comme il restait silencieux, May lui donna un petit coup sur le bras, l'air interrogateur.
— Scar ?
Il baissa les yeux pour rencontrer ceux de May.
— Pourquoi moi ? Tu n'as pas demandé à ton frère ? Je suis certain qu'il sera là, comme il l'a été pour le mariage d'Edward Elric.
— Bien sûr qu'il sera là, bougonna la jeune fille. Et je te garantis que l'escorte sera bien plus importante. Mais c'est à toi que je demande, parce que c'est toi que j'ai choisi pour cette tâche, et que ça me ferait très plaisir si tu acceptais.
Scar s'appuya sur l'un des coussins, considérant sérieusement les mots de May.
— Peux-tu me donner un peu de temps pour y réfléchir ?
Elle hocha la tête avec un sourire. Elle était venue pour lui poser cette question, mais aussi pour visiter Ishbal, parce qu'elle se demandait comment vivaient les Ishbals, maintenant qu'ils s'étaient réinstallés dans leurs terres. Elle profiterait de ces quelques jours pour étudier un peu ses tatouages, s'il l'y autorisait, bien sûr. Il acquiesça, conscient qu'elle trouvait un prétexte pour rester plus longtemps. Ils ne s'étaient pas vus depuis qu'Alphonse et elle étaient venus voir l'avancement de la reconstruction, deux ans plus tôt, avant qu'ils n'aillent tous les trois au mariage de Mustang et Hawkeye.
Scar avait longuement hésité à venir à ce mariage, qui promettait d'être un événement mondain et diplomatique d'envergure. Seule l'intervention amicale du jeune alchimiste et de la princesse l'avaient convaincu, aussi avait-il fait en sorte de rester le plus discret possible. Finalement, comme il était le seul Ishbal en tenue traditionnelle, Miles étant venu en uniforme, il s'était rapidement fait remarquer par la foule. Mais l'attitude cordiale de nombreux militaires avait fait retomber la tension. May avait aussi été d'une grande aide, et il était certain que bien des gens s'étaient demandé pourquoi une princesse de Xing s'était attachée à un meurtrier comme lui.
Durant longtemps, cela avait été sa propre question. May Chang avait été, depuis la fin de la guerre, la première personne qui n'était pas isbale à le considérer comme un homme digne, et non comme un assassin. Lors de leur première rencontre, elle n'avait vu qu'un homme fatigué, à l'histoire compliquée, mais qui ne lui voulait aucun mal. Et malgré les capacités de combat surprenantes qu'elle présentait, il avait ressenti le besoin de la protéger. Cette petite n'avait rien à faire dans les affaires d'Amestris, et pourtant elle était revenue sur ses pas pour aider les gens auxquels elle s'était attachée, peu importait leur passé. Après l'avoir grondée pour avoir abandonné son but, il n'avait pu que s'incliner devant l'abnégation de la jeune fille. Elle était encore jeune et voulait voir le monde. Scar souhaitait son bonheur, et savait qu'il avait pour elle une certaine tendresse, sans doute plus qu'il ne voulait s'imaginer. Bien sûr, ce n'était pas la même chose que ce qu'Alphonse Elric éprouvait, mais il savait qu'ils partageaient ce même désir de la protéger des difficultés du monde.
Ces pensées suivirent Scar durant tout l'après-midi, entre sa prière au temple, l'enseignement aux jeunes et la visite d'une famille qui demandait une bénédiction de leur nouveau-né. Le soir venu, il dîna avec May, qui lui raconta ses découvertes au marché, son admiration devant les différences culturelles entre Xing, Ishbal et Amestris.
— Il y a au moins une chose en commun, c'est les bains ! ajouta-t-elle en souriant.
— Chez nous, les bains servent pour se laver, se relaxer et socialiser. Est-ce la même chose à Xing ?
May acquiesça. Elle donna des nouvelles d'Alphonse, qui était allé rejoindre Edward et Winry et leur fils pour quelques jours. Elle les rejoindrait à Resembool dès qu'elle aurait sa réponse. Ils passèrent ensuite la soirée à discuter d'alchimie et d'élixirologie, de leurs applications et du tatouage de Scar, tiré des recherches de son frère.
Le moine mit du temps avant de s'endormir. Il sortit de la maison pour contempler les étoiles, s'étonnant d'être devenu si contemplatif de la nature qui l'entourait. Il avait longtemps été centré sur lui-même, sur sa vengeance et sur les fautes qu'il commettait contre Ishbala, et désormais, il avait à cœur le bien de son peuple, de la paix et la liberté de chacun. Il s'assit en tailleur sur le banc de pierre installé contre le mur, auquel il s'adossa et commença à méditer. Il n'avait jamais eu d'autre famille que celle qu'il avait perdue durant la guerre. Ses parents et son frère étaient la seule cellule familiale qu'il n'avait jamais connue. Il n'était pas marié, et même s'il était vu comme un bon parti, il ne pensait pas vraiment au mariage. Et pourtant, en étant tout à fait honnête avec lui-même, il avait bien souvent vu May comme si elle était sa fille. Sa notion de famille avait bien changé, mais la jeune fille avait bouleversé bien des idées qu'il avait du monde, par sa simple présence et par la manière à la fois innocente et clairvoyante dont elle voyait les gens.
Un mouvement attira son attention, et Xiao Mei sauta sur ses genoux, s'y installant confortablement. Scar souffla doucement et sourit, caressant le panda qui commença à s'endormir. Relevant le regard vers le ciel étoilé sur lequel se détachaient les ombres des maisons, il prit sa décision. La chaleur qui restait dans la pierre s'estompa peu à peu, et bientôt, la fraîcheur ambiante l'obligea à rentrer. Il posa délicatement Xiao Mei auprès de May avant de s'allonger sur sa propre couchette.
Le lendemain, alors qu'il découpait une galette de blé pour en donner la moitié à May, Scar lui fit part de ses réflexions.
— Est-ce que tu me vois comme un père ?
— Oui.
La réponse de May fut immédiate et sans appel. Elle le fixa, yeux noirs contre yeux rouges, l'air à la fois déterminé et heureux. Scar n'était pas étonné, mais il sentit une chaleur rassurante dans son cœur, le confortant dans son choix.
— Mon propre père était bien trop éloigné de moi pour que je le considère vraiment comme tel, même si j'ai voulu lui plaire en rapportant quelque chose qui se rapprochait de la vie éternelle. J'ai grandi avec ma mère, et tu es véritablement le seul que je peux voir comme un père.
Elle reposa son bol de thé après y avoir trempé les lèvres.
— Je veux bien te conduire auprès d'Alphonse le jour de votre mariage.
Le visage de May s'éclaira et elle se leva de ses coussins, contourna la table basse et se jeta dans les bras de Scar. Celui-ci ne s'y attendait pas, et l'accueillit maladroitement, mais un sourire naquit sur ses lèvres.
— Merci d'avoir accepté. C'était tellement important pour moi que ce soit toi !
— Merci de m'avoir proposé. Tu es bien la seule qui m'ait vu comme un homme digne après tout ce que j'avais fait, et t'avoir vue grandir m'a fait comprendre que même si je n'ai pas d'enfants par moi-même, je te considère comme ma fille, quoiqu'on puisse en dire.
May se détacha de lui et lui adressa un sourire éclatant. Jamais Scar n'avait imaginé un jour qu'une jeune princesse de Xing lui demanderait de la conduire vers son futur mari le jour de son mariage, ni que le futur en question était un alchimiste contre lequel il s'était déjà battu. Durant ses années d'errance comme meurtrier, il ne lui était jamais venu à l'esprit qu'il pourrait un jour se poser et discuter avec une jeune fille qui n'était pas de son sang mais qu'il considérerait comme la sienne.
May partit le lendemain, avec la promesse qu'il viendrait à Resembool et à Xing, ajoutant qu'il avait intérêt à mettre une tenue d'apparat qui en mettait plein la vue. Scar esquissa un sourire alors que son train s'éloignait. May Chang avait transformé sa vie pour le mieux. Elle n'était pas la seule, puisque sa rencontre avec Winry Rockbell lui avait permis de se rendre compte que la vengeance détruisait bien plus qu'elle n'apaisait.
Quelques mois plus tard, Scar conduisait May le long de l'allée tracée par les sièges des invités dans un grand champ à Resembool. Contrairement à Edward et Winry, Alphonse et May avaient fait confiance aux prévisions météo et demandé au maire de les marier en plein air. Accrochée à son bras, May rayonnait. Elle qui dépassait à peine sa taille quelques années plus tôt avait grandi au point de presque atteindre son épaule, si on comptait les centimètres que lui donnaient ses chignons. Elle avait choisi une robe à la mode d'Amestris, blanche et longue, tout en ayant insisté pour que le mariage à Xing se fasse selon la tradition du clan Chang.
Alphonse attendait à côté du maire, le visage éclatant d'un bonheur sincère alors qu'il voyait la jeune femme remonter l'allée. Scar et May arrivèrent à son niveau, et elle lâcha son bras avant de le tirer vers elle et d'embrasser sa joue. Scar écarquilla les yeux, qu'il sentit s'humidifier. L'émotion qu'il contenait depuis qu'il avait vu May apprêtée le rejoindre menaçait de déborder. Il ferma brièvement les yeux avant d'adresser un sourire affectueux à la jeune fille. Il déposa un baiser sur son front, puis rejoignit sa place. De là, il put voir le bonheur partagé des mariés, qui semblaient sur leur petit nuage.
Le repas fut bien moins formel que celui du mariage du nouvellement nommé général Mustang. Chacun se servait au buffet, qui présentait des spécialités locales, mais aussi de Xing, Ishbal et les pays que les frères Elric avaient visités. Scar salua brièvement les Mustang avant de se servir. Même enceinte jusqu'aux yeux, le commandant menait son général par le bout du nez.
Alors qu'il prenait place à une table libre, une fillette s'approcha de lui. Elle ne devait pas avoir plus de dix ans, estima Scar, en voyant sa coiffure enfantine, sa petite taille et son visage encore rond. Cependant, il se rappela l'avoir déjà vue.
— Bonjour ! s'exclama-t-elle en lui tendant la main, souriante.
Scar fronça brièvement des sourcils avant de prendre la petite main dans la sienne.
— Tu es la petite qui portait les alliances au mariage de Roy et Riza Mustang, n'est-ce pas ?
Elle hocha vigoureusement de la tête.
— Tu es Scar, c'est ça ?
Il acquiesça. Qui était cette petite ? Elle devait être proche des frères Elric et de Mustang pour être présente aux deux mariages, mais il ne parvenait pas à poser un nom sur son visage. Et pourquoi s'approchait-elle de lui sans aucune crainte ? Certes, il n'affichait pas un regard meurtrier (il avait passé cette phase depuis la mort de Bradley), mais sa cicatrice et sa stature étaient impressionnants pour certains adultes, alors pourquoi ?
— Tu n'es pas effrayant tu sais.
Il esquissa une grimace étonnée avant de lancer un regard interrogateur à la fillette.
— Qu'est-ce qui te fait dire cela ?
— J'ai entendu plein d'histoires sur toi, et je pensais que tu ressemblais à un ogre. Mais quand Maman m'a dit que c'était toi, je me suis rendu compte que j'avais tort. Et Maman m'a souvent dit qu'il ne fallait pas juger les gens sur leur apparence. Et puis, si tonton Roy et tata Riza t'ont invité, c'est parce qu'il y avait une bonne raison. Et grand frère Al t'aime bien.
Elle inspira, comme pour se donner du courage.
— Et dans ce cas, je vous aime bien aussi.
Scar fut touché par ces mots. On lui avait raconté ce qu'il avait fait, et malgré tout, elle le regardait avec ses yeux d'enfant et voyait en lui quelqu'un qui pouvait être admiré sans préjugés.
Les innocents étaient finalement les seuls à le voir comme un humain, un simple humain capable de faire de grandes choses, de s'améliorer encore, de renoncer à sa vengeance, de raisonner les autres, d'éprouver autre chose que de la haine et d'inspirer autre chose que de la peur. Et c'était pour eux, réalisa-t-il, qu'il ferait en sorte de répandre le bien autour de lui.
— Merci, murmura-t-il, la gorge soudain serrée.
Elle fixa ses grands yeux verts dans les siens et sourit encore plus.
— Je m'appelle Elicia Hughes.
