Marie, Alice et Sophia attendaient seules dans le bureau depuis de longues minutes déjà. Aucune des trois ne parlait, toujours trop éberluées par la situation pour comprendre ce qu'il se passait vraiment.

Le bureau dans lequel elles se trouvaient était plutôt grand et surtout haut de plafond. Il n'était pas aussi ostentatoire que le hall d'entrée avec ses murs blancs immaculés et vides de tout décor. Dans cette pièce ne se trouvait qu'un bureau, en bois massif bien évidemment, et les trois chaises où elles étaient assises en plus du fauteuil de l'autre côté. Il n'y avait ni meuble, ni document divers, tout était juste vide. Cela n'avait rien à voir avec un bureau de banque classique.

Après d'autres minutes qui semblaient interminables Sophia décida d'engager la conversation.

« C'est soit une caméra cachée, soit un tournage de film bizarre, je ne vois que ça…

— Je ne pense pas que ça soit le cas » fit Marie d'une voix douce.

Des trois, elle semblait la moins perturbée par la situation rocambolesque dans laquelle elles se trouvaient. Sophia avait même semblé remarquer que toute cette histoire l'excitait… La brune avait vite compris que Marie en savait plus qu'elle ne le disait depuis le début, son manque de réaction et de questionnement était sans équivoque.

« Et qu'est-ce que ça serait d'après toi ?

— Je crois que ça serait mieux que…, ah, Gripsec explique. Je ne suis pas sûre de pouvoir le faire correctement sans paraître bizarre… ou dingue.

— J'admets que tout ça m'intrigue et m'inquiète un peu, intervint Alice. Mais si c'est ce que tu préfères on peut attendre encore un peu, on n'est plus à quelques minutes près. »

Sophia hocha la tête, bien qu'un peu réticente. Si on lui demandait son avis, elles avaient suffisamment attendu. La patience était habituellement son fort mais la situation bizarre la rendait quelque peu irritée.

« Merci Alice » fit Marie avec un sourire rassuré.

Le silence reprit, un peu moins pesant cette fois-ci. Marie entortillait ses doigts nerveusement et Alice fredonnait une chanson pour patienter tandis que Sophia tapait à rythme régulier sur son genou. La blonde du groupe se demandait s'il ne fallait pas aller voir ce qu'il se passait, le temps commençait à vraiment être long et ce mystère l'intriguait beaucoup, quand des voix se firent entendre dans le couloir.

Des pas s'approchèrent du bureau et la porte, jusque-là fermée, s'ouvrit en grand. Toutes les trois se tournèrent pour observer les nouveaux venus, elles aperçurent tout d'abord la créature nommée Gripsec puis deux autres personnes et le nommé Romulus qui les suivait de près. Les deux inconnus étaient un homme et une femme dans la vingtaine qui semblaient assez pâles, voir malades sur les bords. Ils ne marchaient pas très droit non plus.

« Théo ! Marlène ! » s'exclama Marie en se levant soudainement de sa chaise.

Elle se tourna vers Sophia et Alice pour préciser.

« Ceux sont les amis que je devais rejoindre en Ecosse ! »

Elles haussèrent les sourcils, l'Ecosse n'était pas à la porte d'à côté et d'après les dire de Marie plus-tôt, ils devraient y être en ce moment-même.

« Quelqu'un peut nous expliquer ce qu'il se passe ? » intervint Sophia, irritée.

Le groupe qui venait d'arriver entra complètement dans la pièce et Romulus ferma la porte derrière lui. La créature alla s'installer derrière le bureau et prit la parole.

« Bien. Maintenant que tout le monde est là et que vous semblez vous connaître, pas besoin de tergiverser. Installez-vous tous que je puisse commencer à expliquer. »

Théo et Marlène s'installèrent à leur tour pendant que Marie se rasseyait.

« On se demandait pourquoi tu ne nous répondais pas tout à l'heure Ma', c'est donc pour ça, commença Théo, nous…

— Vous parlerez entre vous plus-tard. Je n'ai pas le temps d'attendre que vous ayez fini pour vous expliquer, j'ai encore du travail et je n'ai pas envie d'être en retard à cause de votre apparition soudaine, l'interrompit Gripsec. Romulus, tu devrais retourner à ton poste dans l'allée. Je vais m'occuper de la suite. »

L'homme hocha la tête et se détourna pour partir, non sans jeter un coup d'œil vers les autres individus avec une grimace. La porte se referma sur lui et la créature reprit.

« Bien. Où en étais-je ? Ah oui, ne m'interrompez pas, si vous avez des questions ou des remarques ce sera à la fin. »

Il observa les jeunes gens devant lui, les fixant comme s'il les invitait à oser parler pour voir. Une fois satisfait du silence qu'il inspirait, il se décida à parler.

« Si vous êtes ici ce n'est pas par hasard. Peu de personne de votre espèce n'a foulé cette rue ni cette banque depuis bien longtemps. Si vous avez réussi à passer le mur, et par conséquent entrer dans un lieu qui aurait dû vous être impossible de voir, ou trouver Pré-Au-Lard ce n'est que pour une seule raison. Vous êtes des Sorciers. »

Un silence suivit sa déclaration avant que Sophia ne secoue la tête, désabusée.

« Je ne peux pas parler pour les autres, mais vous croyez vraiment que je vais croire une chose pareille ? Vous auriez pu choisir n'importe quelle excuse pour cette comédie j'aurai pu y croire, mais de la magie ? Il y a peu de chance.

— Vous avis m'importe peu Humaine, mais pour le bien de la discussion je vais tâcher de vous convaincre. Quand vous êtes arrivées il n'y avait que les chaises sur lesquelles vous êtes assises et mon siège, comment croyez-vous que les deux autres humains aient pu s'asseoir ? J'ai fait apparaître les deux nouvelles chaises en arrivant.

— Comment puis-je croire quelque chose que je n'ai pas vu ? Ce Romulus a très bien pu amener les chaises dans la pièce quand je regardais ailleurs. »

La créature soupira et claqua des doigts. Un livre apparu soudainement sur la table sans un bruit, comme s'il avait été là depuis le début. Mais ce n'était pas le cas, et cette fois tout le monde pouvait en témoigner.

« Est-ce que ceci vous convient ? »

La brune ne répondit pas, se contentant de fixer le livre comme si elle le décortiquait du regard.

« Si je peux me permettre, intervint Théo. Marlène et moi-même venons bel et bien d'Ecosse. On a rencontré un certain Julius, le jumeau de Romulus il me semble, quand nous sommes entrés dans un village abandonné en Ecosse au beau milieu des Highland. Il nous a intercepté et a demandé comment nous étions arrivés là. Marlène a répondu que nous avions vu les habitations de loin et il a semblé interpellé par sa réponse. Il a alors appelé Romulus à travers un… miroir puis nous a emmené ici en nous téléportant. L'historique de ma balise GPS pourra en témoigner. »

Sophia observa ses compagnons et soupira en voyant que tous semblaient prêts à croire qu'ils étaient des Sorciers. Elle soupira et leva ses bras comme si elle se rendait.

« Très bien j'abdique, pour l'instant.

— J'aurais une petite question, monsieur le banquier, fit soudainement Alice, excusez-moi si c'est indiscret mais quel type de créature êtes-vous ?

« Je suis un Gobelin. »

Gripsec s'éclaircit la gorge et reprit ses explications sans tarder.

« Bien. Je n'ai ni le temps, ni l'envie de vous expliquer le pourquoi du comment. Une seule chose est sûre, vous êtes des Sorciers que vous le vouliez ou non. Vous avez été parmi les moldus, des humains sans magie, pendant longtemps, sans personne pour vous guider mais à présent cette personne ne sera pas moi. Je n'ai que faire de la résurrection de votre espèce. Si vous souhaitez avoir affaire avec Gringott, prenez rendez-vous après d'un conseiller adapté via Romulus. Pour vous aider à comprendre je vous donne ce livre qui vous expliquera ce qu'i savoir, pour le reste c'est toujours à Romulus à qui il faut s'adresser, il est le gérant du Chemin. Je vous laisse ce bureau pour que vous lisiez ou discutiez entre vous. Au revoir, Sorciers. »

Et sans un regard de plus, Gripsec sorti en trombe du bureau, laissant en plan les cinq nouveaux Sorciers et le livre qu'il leur avait généreusement donné.

Théo l'attrapa et commença la lecture à haute voix.

Le Bouleversement, introduction, histoire et théories,

regroupement de textes Sorciers – 1ère édition

Par Ragnok – Gobelin affilié à Gringott – et Edward Lupin

Tout commença certainement à partir de la Guerre Mondiale des Sorciers, ou du moins c'est ce qu'une grande partie des Langues-de-Plombs qui étudièrent la question avaient suggéré. Certains supposaient que cela avait débuté à partir de la Première Guerre Sorcière, d'autres que les guerres sorcières n'auraient eu aucun rapport. De nombreuses théories existaient sur le sujet, toutes les plus divergentes les unes que les autres. De ce fait personne n'avait pu trouver de réponse concrète à l'apparition du Bouleversement.

Les événements se succédèrent dès la fin de la Seconde Guerre Sorcière, suite au règne sombre du Seigneur des Ténèbres et la vague meurtrière qu'il avait engendré. Peu de famille avait subsisté sans avoir subi de perte dans un camp comme dans l'autre, celles-ci furent telles qu'à peine deux ans après la Chute de Vous-Savez-Qui un baby-boom explosa. Les familles qui n'avaient eu qu'un enfant par génération pendant des décennies commencèrent à en avoir un, puis deux, trois. Tout semblait être revenu à la normal quand, après quinze ans de naissances fulgurantes, le constat fut sans appel : plus de la moitié des bébés naissaient cracmols.

La majorité des familles avaient tenté de cacher cette honte en se débarrassant des enfants avant que le scandale n'éclate au grand jour. Plus les années passaient, plus les enfants naissaient sans pouvoir magique ; peu importait le nombre d'enfant que les familles avaient, seules les dates de naissance comptaient. Dès lors que le constat fut sans appel, bon nombre de couple arrêtèrent d'avoir des enfants. Tous les enfants sans pouvoir n'avaient aucun problème de santé et grandissaient de manière tout à fait normale, contrairement à d'autres qui avaient pu naître cracmol par le passé à cause de la consanguinité. Personne ne comprenait la cause de cette soudaine perte de magie.

Une seule chose était sûre. En quelques décennies, la population déjà faible des Sorciers diminua de moitié puis aucune naissance sorcière ne survint durant les années qui suivirent, pas même de né-de-moldu. En à peine plus d'un siècle la race des Sorciers mourut par absence de descendance, et plus rapidement en Grande-Bretagne qu'ailleurs.

Le Bouleversement était mondial.

Dès lors que les Sorciers sombrèrent dans l'oubli, les Créatures Magiques, elles, reprirent leurs droits.


Alors, verdict ? :) Les parties de non-fiction (les extraits de livres ou de journaux) commencent, ce sont celles que j'ai préféré écrire dans l'ensemble de la fiction alors j'espère ce premier extrait vous a plu ! Merci d'avoir lu jusqu'ici et n'hésitez pas à donner votre avis, ça fait toujours plaisir !