N/A : On a dépassé les 50 reviewws ! Merci beaucouup !

Bonne Lecture.


Chapitre 9 : Vide

Trois jours.

Trois jours de pure agonie pour Bella.

Trois jours durant lesquels elle eut l'impression de tomber dans un abysse de souffrance et solitude sans fond. Puis, son cœur la salua avec un dernier battement de cœur avant de se taire à tout jamais.

« C'est fini ».

Bella ouvrit les yeux.

Elle dévisagea le plafond blanc qui lui faisait face. Mille pensées envahirent son esprit. Et autant d'odeurs l'agressèrent sans la prévenir.

« Laissez-lui le temps de s'accommoder ».

Elle n'était pas seule. Un grognement ébranla son corps. Elle se retrouva brusquement accroupit sur le sol de la chambre, les muscles bandés et les lèvres retroussées. Un grognement s'échappa de sa bouche lorsqu'elle avisa les sept personne qui la fixaient en silence.

Son instinct lui cria de les tuer ou de prendre la fuite sans leur laisser le temps de réagir. Cependant, quelque chose la retint. Elle les dévisagea avec méfiance, passant d'un visage à un autre. Tous semblaient bouleversés par son réveil, comme s'ils la connaissaient…

Finalement, l'un d'entre eux se détacha du groupe. Il s'avança très lentement vers elle, les mains levées en l'air et l'expression sereine.

Elle se raidit.

« S-stop » réussit-elle à dire.

Elle écarquilla les yeux au son de sa voix, ayant du mal à retrouver le ton maladroit et mal-assurée qu'elle avait toujours eu. Sa voix était désormais suave et mélodieuse comme le chant d'un oiseau. Elle jeta un regard troublé à l'homme qui cessa aussitôt de bouger. Il lui offrit un sourire rassurant.

« Bonjour Bella. Je suis Carlisle Cullen. Tu te souviens de moi ? » lui demanda-t-il d'une voix gentille.

Elle plissa les yeux et pencha la tête. Son regard se fit plus attentif alors qu'elle le détaillait de la tête aux pieds. Il était grand et mince, presque gringalet. Il avait un visage aux traits fins et délicats qui allait de pair avec ses cheveux à la couleur du blé. Et il avait des yeux dorés.

Carlisle Cullen…

« Carlisle... » lâcha-t-elle avec un hoquet de stupeur.

Le sourire de Carlisle s'élargit. Plusieurs soupirs de soulagement se firent entendre dans la salle. La tension se dissipa peu à peu.

« Bon retour parmi nous, Bella ».

Elle le dévisagea longuement, encore sous le choc. Pourquoi avait-elle mis aussi longtemps à le reconnaître ? Pire encore, comment avait-elle pu éprouver la moindre animosité à son encontre après tout ce qu'il avait fait pour elle ? Elle le considérait comme un parent proche. Elle ne pourrait jamais lui faire de mal. Alors pourquoi-

Elle se détendit brusquement.

Il devait y avoir une explication logique à son comportement. Elle jeta un autre regard à Carlisle et se rendit compte qu'il ne semblait guère furieux ou contrarié par son hostilité. Il devait donc savoir la cause de son comportement.

« Comment te sens-tu, Bella ? » lui demanda-t-il calmement.

Elle mit du temps à répondre, distraite par le nombre incroyable de détails qu'elle n'avait jamais relevé chez lui auparavant. Elle avait l'impression de voir une nouvelle version de Carlisle, plus nette et plus séduisante encore.

« Bella ? » s'enquit-il avec un petit sourire amusé.

Bella se racla la gorge.

« Je me sens… différente » répondit-elle avec hésitation.

« C'est tout à fait normal. Il te faudra un peu de temps avant de t'habituer. Mais tu apprendras vite, comme nous tous ».

Bella fronça les sourcils, l'air confus.

S'habituer à quoi ?

Elle avait comme l'horrible impression d'avoir subi une opération et que son médecin était en train de la rassurer des effets secondaires. Cependant, elle ne se souvenait pas d'avoir donné son accord pour la moindre opération.

Son regard s'attarda un instant sur Carlisle avant de s'élancer vers le petit groupe qui était toujours en retrait et silencieux. Elle fut quelque peu troublée par leurs expressions qui allaient de la joie à la culpabilité.

« Que s'est-il passé ? ».

Elle n'eut aucun mal à reconnaître le jeune homme qui s'avança vers elle pour se placer aux cotés de Carlisle. Edward. Son petit-ami.

Elle fut brusquement remplie de colère. Et pour une raison qui lui échappa encore, Edward était la cause de sa colère. Un autre grognement lui échappa. La tension rebondit aussitôt dans la pièce. Les Cullen se raidirent, choqués par le comportement de Bella face à Edward. Ce dernier se crispa et lui jeta un regard hésitant.

« Nous sommes arrivés trop tard ».

Sa réponse eut le don de la déconcerter. Elle fronça les sourcils, l'air inquiet. Trop tard pour quoi ?

« Tu devrais t'asseoir sur le lit, Bella » lui conseilla Carlisle.

Bella ne bougea pas d'un millimètre. Son regard resta fixé sur Edward, lui exigeant de s'expliquer alors qu'elle sentait une boule de nervosité et de crainte gonfler en elle.

« Tu es morte ».

La voix d'Edward se brisa au dernier mot.

Bella resta immobile comme une statue, ayant du mal à assimiler ce qu'il venait de lui dire. Elle le dévisagea intensément.

« Je ne suis pas morte » protesta-t-elle en le dévisageant comme s'il était stupide. Pourtant, elle se sentait différente. Plus forte, plus confiante, plus intelligente. Invincible. Un silence maussade tomba dans la salle. Elle les dévisagea un à un. Ils évitaient tous son regard « Je ne suis pas morte ! » s'écria-t-elle avec une once de colère, les poings serrés le long du corps.

Était-ce encore une de leurs stupides blagues ? Pire encore, essayaient-ils de se venger des risques qu'elle leur avait faits prendre depuis qu'elle avait rencontré Victoria ?

Carlisle se plaça devant elle, lui bloquant la vue des autres. Il dégageait une aura de patience et d'autorité qui l'aida à retrouver un semblant de calme.

« Écoute ton cœur, Bella. Qu'est-ce que tu entends ? » lui demanda-t-il.

Elle le fixa un moment pour s'assurer qu'il était vraiment sérieux avant d'obtempérer. Elle ferma les yeux et se concentra sur les battements de son cœur. Elle attendit, encore, et encore… Elle plaqua brusquement sa main contre sa poitrine pour ressentir la moindre onde. Elle attendit encore une seconde, deux, trois…

Aucun battement de cœur.

Rien. Juste le silence.

Elle tomba à genoux avec un sanglot. Elle ne resta pas longtemps seule dans sa détresse. Un corps tiède se pressa contre le sien. Elle tenta d'abord de le repousser avant de reconnaître l'odeur familière d'Esmée. Elle s'effondra dans ses bras et se mit à sangloter. Mais l'absence de larmes l'a fit encore plus sangloter.

Elle était vraiment morte.

« James a réussi à t'attraper. Nous avons mis quelques heures à remonter votre piste à cause de l'averse. Quand nous sommes arrivés au hangar, James n'était plus qu'un tas de cendres et Victoria était introuvable. Tu étais toute seule et ta transformation avait déjà débuté » expliqua Carlisle.

Bella ferma les yeux et prit une profonde respiration. Des dizaines d'effluves différentes tourbillonnèrent dans ses narines. Elle se concentra sur l'odeur familière et rassurante d'Esmée pour retrouver son calme.

James était… mort.

Carlisle reprit la parole :

« Edward voulait partir à la recherche de Victoria mais j'ai refusé. Je n'ai pas voulu prendre le risque que nous nous dispersions alors que tu- ».

« -Alors que je venais de mourir » termina-t-elle sèchement.

Les pupilles dorés de Carlisle tremblèrent. Il hocha de la tête avec difficulté.

« Je suis sincèrement désolé, Bella. Je pensais… Je pensais que nous serions suffisants pour te protéger contre ces nomades. J'ai sous-estimé leur fourberie ».

Bella fronça les sourcils.

Elle se sentait triste et en colère mais elle ne leur en voulait pas. Elle avait fais des choix personnels. Il aurait été hypocrite de leur en vouloir alors qu'elle leur avait caché la vérité durant des semaines. Elle avait voulu jouer avec le feu et elle s'y était brûlée.

Cependant, elle tenait à éclaircir une certaine partie de l'histoire.

« Victoria n'est pas celle qui m'a tué. Elle n'était même pas avec James quand il m'a- » Bella grimaça et se dépêcha de poursuivre alors que les souvenirs lui revenaient peu à peu en mémoire « Elle est arrivée juste à temps pour l'empêcher de me tuer. Elle l'a tué avant de me transformer. Elle m'a sauvé» leur raconta-t-elle avec un faible sourire.

Les Cullen la fixèrent avec un mélange d'incrédulité et de perplexité. Ils devaient probablement se demander si sa commotion cérébrale n'avait pas durablement endommagé son cerveau, mais Bella ne pourrait jamais oublier le moment où Victoria s'était précipitée à ses cotés et l'avait prise dans ses bras.

« C'était probablement une autre de ses fourberies. Elle projette encore de te faire croire qu'elle ne te fera jamais de mal mais nous savons tous qui elle est véritablement. C'est une- ».

Bella laissa échapper un grognement menaçant, le regard fixé sur Edward. Il referma la bouche et la fixa avec un air vexé.

« Je sais ce qui s'est passé. J'ai tout vu. J'étais là contrairement à toi » lui rappela-t-elle sèchement.

Le visage du jeune homme se décomposa. Bella retint une grimace coupable. C'était un coup bas mais elle avait la ferme intention de lever tout soupçon de doute à l'égard de Victoria. Cependant, Edward ne semblait pas avoir dit son dernier mot.

« Elle a bu ton sang, Bella. Elle a obtenu ce qu'elle voulait de toi depuis le début. Comment peux-tu encore continuer à la défendre après ce qu'elle t'as fait ? Elle t'as condamné à une vie de solitude et de souffrance ! Tout est de sa faute ! Tu es morte à cause d'elle ! » s'emporta-t-il.

Bella se mit à trembler.

« Elle aurait pu se contenter de me vider de mon sang et de me laisser pour morte mais elle ne l'a pas fait. A la place, elle m'a transformé pour me sauver. Elle est arrivée à temps » lui cracha-t-elle.

Edward émit un grognement furieux et s'avança d'un pas vers elle, les poings serrés. Bella se crispa aussitôt et banda les muscles, prête à contre-attaquer.

« C'est un monstre » déclara-t-il avec dégoût.

Son corps fut plus rapide que son cerveau. Elle se jeta sur Edward et le plaqua contre le mur le plus proche. Le mur explosa sous le coup de la nouvelle force de Bella, projetant des centaines de débris tout autour d'eux.

« Ne redis plus jamais ça » l'avertit-elle en serrant violemment sa gorge entre ses doigts tremblants. Edward la dévisagea en silence, choqué par sa violence. Mais son silence attisa encore plus sa colère. Elle grogna plus fort et le fixa intensément « Tu as compris, Edward ? Ne l'insulte plus jamais devant moi ou tu le regretteras ».

Le regard sombre d'Edward brilla.

« Tu me menaces sous mon propre toit alors que j'ai toujours tout fait pour te protéger. Pour elle ? » expira-t-il, l'air incrédule.

Bella ouvrit la bouche pour lui répondre mais Alice l'interrompit. Elle s'avança très prudemment vers eux, l'air suppliant.

« Ne faites pas ça maintenant, s'il vous plaît. Je sais que vous le regretterez plus tard. Bella… Relâche-le avant de lui faire du mal. Ta force n'est plus la même. Tu dois apprendre à te contrôler » lui rappela-t-elle.

Bella plissa les yeux.

Elle voulait bien apprendre à se contrôler mais ce n'était pas la première fois qu'Edward se permettait d'insulter Victoria devant elle. Auparavant, elle n'avait jamais osé lui tenir tête à cause de la culpabilité qui l'avait rongé. Mais tout était différent désormais. Victoria l'avait sauvé. Elle méritait qu'on la défende. Et Bella était plus que prête à assumer ce rôle s'il le fallait.

« Je t'aurais prévenu » marmonna-t-elle avant de le repousser brutalement pour se défaire de lui.

Edward trébucha maladroitement sur les débris du mur avant de se redresser, toujours aussi consterné par sa violence. Bella se détourna de lui et accepta timidement la main tendue d'Alice. Cette dernière lui offrit un sourire de remerciement, l'air vraisemblablement soulagé de ne pas avoir à ramasser les membres éparpillés de son frère ou de sa meilleure amie.

« Allons chasser. Tu dois être affamé » lui dit-elle en la tirant hors de la chambre sans lui laisser le temps de protester.

Bella la suivit avec soulagement en évitant le regard des autres.


Elle gémit, les yeux révulsés par le plaisir.

Ses dents- non, ses crocs - plongèrent encore plus avidement dans la jugulaire du cerf qu'elle venait d'attraper. Le sang chaud et délicieux de la bête glissa abandonnement dans sa bouche, apaisant la brûlure de sa gorge. Elle le siphonna jusqu'à la dernière goutte avant de le repousser avec un soupir repu.

Son regard s'élança sur les deux autres cerfs à qui elle avait réservé le même sort. Elle se sentait coupable d'avoir tué de pauvres bêtes innocentes pour s'abreuver mais essaya de surpasser ce sentiment. Elle allait devoir s'y habituer de toute façon. Et c'était toujours mieux que de tuer des humains.

« Tu étais vraiment affamée » ria Alice en sautant de son perchoir.

Bella se releva et jeta un regard penaud à sa tenue toute déchirée et tachée de sang. Elle essuya rapidement son visage pour rattraper un tantinet son désastre.

« Je me suis comportée comme un animal. Désolée » grimaça-t-elle.

« Ne t'inquiète pas pour ça. Tu te soigneras avec le temps. Concentre-toi surtout sur ton contrôle. Le reste peut attendre ».

Bella se détendit légèrement, rassurée par les paroles de sa meilleure amie. Elle lui offrit un sourire de remerciement avant de se mettre à marcher en direction de la villa. Alice la suivit, les mains pressées derrière le dos. C'était ressourçant de se promener dans la forêt, loin de l'agitation de la villa. L'odeur de la terre humide l'apaisait.

« Bella ? ».

« Hmm ? ».

« Nous devons parler » lui annonça Alice, l'air grave.

Bella lui jeta un regard inquiet.

« Je suis dans le pétrin ? ».

« Non, tu n'as rien de mal. Mais nous devons parler. Maintenant » insista Alice avec un petit sourire.

« D'accord ».


« Ta transformation était inattendue alors nous n'avions pas encore prévu de vêtements pour toi, mais ceux de Rosalie devraient faire l'affaire pour l'instant. Essaie d'éviter de les abîmer ceux-là. Rosalie tient à eux » grimaça Alice en lui tendant une pile de vêtements propre.

« Je ferais de mon mieux » lui promit-elle en la prenant avec soin.

Elle s'enferma dans la salle de bain et se déshabilla rapidement avant de sauter dans la douche. Elle profita de l'eau brûlante pendant quelques minutes tout en prenant soin d'effacer toute trace de terre ou de sang de son corps avant d'enfiler ses nouveaux vêtements.

Bella ressentit un choc en croisant son reflet dans le miroir de la salle de bain. Elle s'attarda sur les légères modifications qui étaient survenues sur son corps. Sa silhouette était plus ferme et plus grande. Ses cheveux étaient plus longs. Sa poitrine et son fessier étaient légèrement plus bombés qu'auparavant. Même sa posture était plus droite.

Elle releva son t-shirt et se retourna pour jeter un coup d'œil à son dos, appréhendant d'avance l'apparition d'une peau mutilée et striée de cicatrices argentées.

Or, elle tomba des nues lorsqu'elle ne vit qu'une peau pâle et lisse. Aucune peau déchiquetée ou pendante. Aucune cicatrice. Pas même une tâche de sang. Son dos était indemne. Elle aurait presque pu croire que ce qu'elle avait vécu et ressenti n'avait été que le fruit d'un cauchemar.

Presque.

Elle pouvait encore sentir le fantôme de la ceinture sur son dos. Une vague de terreur s'abattit sur elle. Elle se mit à trembler incontrôlablement et s'empara rapidement du rebord du lavabo pour essayer de recouvrir son calme. Mais elle avait encore une fois oubliée sa force et le lavabo se fissura violemment sous ses doigts pâles.

« Merde » jura-t-elle sous son souffle.

« Tout va bien, Bella ? ».

Bella tressaillit en entendant la voix inquiète d'Alice. Elle s'empressa de relâcher le rebord du lavabo et rabattit son t-shirt. Elle jeta un dernier regard coupable au lavabo avant de sortir de la pièce.

Alice était assise sur le rebord du lit, semblant prête à bondir pour lui venir en aide. Son visage s'éclaira de soulagement en l'apercevant.

Bella se lécha nerveusement les lèvres.

« J'ai cassé le lavabo sans faire exprès… Désolée ».

Alice écarquilla légèrement les yeux.

« Oh… Ne t'inquiète pas. Nous irons en racheter un autre » s'empressa-t-elle de la rassurer après avoir surmonté sa surprise.

Bella se détendit et vint la rejoindre sur le rebord du lit. Alice se tourna aussitôt vers elle, un sourire chaleureux sur les lèvres.

« Alors, tes impressions ? Comment te sens-tu depuis ton réveil ? ».

Bella fronça les sourcils avec concentration. Elle essaya de faire le tri dans ses émotions tandis qu'Alice l'observait sans cacher sa curiosité.

« Je me sens troublée » commença-t-elle d'une voix lente et incertaine « Tout est si différent. Je ne parle pas seulement de ce que je vois mais de ce que je ressens aussi. Je me sens submergée. C'est difficile à gérer » avoua-t-elle avec un rire gêné.

Alice s'adoucit.

« C'est normal. C'est toujours comme ça au début. On a l'impression qu'on va devenir fou à cause de tout ce qu'on ressent. Mais ce n'est que la première étape. Et si je peux te donner un conseil, ne sois pas trop dur avec toi-même. Nous avons tous fais des erreurs et nous en faisons toujours. Il faut être patient et indulgent ».

Bella hocha de la tête.

« Il y a quelque chose d'autre aussi. J'ai toujours du mal à croire que je sois véritablement morte ».

Alice tressaillit violemment au terme.

« Tu n'es pas morte, Bella. Tu es vivante. Tout comme nous. Et c'est le début d'une nouvelle vie pour toi. C'est excitant, non ? » la corrigea-t-elle.

Bella se força à lui offrir un petit sourire. Elle aurait souhaité ressentir le même enthousiasme et la même excitation qu'Alice mais elle était préoccupée par quelque chose d'autre.

« C'est vrai mais… Je me sens si vide aussi».

Alice la fixa avec inquiétude.

« Vide ? ».

Bella hocha de la tête, les yeux fixés sur ses mains recroquevillées.

Elle avait d'abord tout fait pour rejeter ce sentiment pesant parce qu'aucun Cullen ne lui en avait parlé. Elle en avait donc conclu qu'il s'agissait probablement d'un effet secondaire de la transformation qui finirait par s'estomper et disparaître. Mais voilà plusieurs heures qu'elle s'était réveillée et elle avait l'impression que ce sentiment ne faisait que se renforcer.

« Je ne pensais pas que mon cœur me manquerait autant. Mais ce vide est tellement énorme. C'est comme si j'avais perdu la moitié de mon corps » Sa voix se brisa au dernier mot. Elle ferma les yeux et prit une profonde respiration pour se calmer avant de reprendre : « C'est tellement dur à supporter, Alice. Et ça fait si mal. Je voudrais tellement que ça s'arrête maintenant ou que tu me dises que ça finira par passer» souffla-t-elle en pressant douloureusement sa poitrine, les yeux larmoyants.

Alice se pressa contre elle pour lui offrir une étreinte réconfortante. Mais même le soutien et l'amour de sa meilleure amie ne furent suffisants pour apaiser le vide qui la rongeait de l'intérieur. C'était comme un trou béant dans sa poitrine.

« Ce n'est pas la perte de ton cœur qui te fait si mal, Bella. C'est autre chose » soupira Alice après un silence.

Bella fonça les sourcils.

« Mais quoi ? Qu'est-ce qui pourrait me faire si mal ? ».

Alice l'observa en mordillant sa lèvre inférieure, l'air incertain. Elle écarta doucement le col du t-shirt de Bella et effleura la morsure argentée qui ornait son cou. La morsure de Victoria.

Bella se crispa aussitôt et retint un grognement menaçant. Son instinct lui criait de repousser Alice et de la punir d'avoir touchée une partie aussi vulnérable et fragile d'elle sans son autorisation. Une partie qui avait été revendiquée par quelqu'un d'autre déjà.

«C'est ça qui te fait si mal, Bella» lui dit-elle doucement.

Bella sortit de ses pensées troublantes et lui jeta un regard confus. Faisait-elle référence à la douleur provoquée par la transformation ?

« Je ne comprends p- ».

La porte s'ouvrit brusquement. Emmett fit son apparition, un large sourire excité sur le visage. Les deux jeunes femmes se raidirent, troublées par cette interruption inopinée.

« C'est à mon tour de l'avoir » réclama le jeune homme en pointant du doigt Bella.

La jeune femme fronça les sourcils, légèrement offusquée. Elle n'était pas un jouet. En tout cas, plus maintenant.

« Bella et moi étions en train d'avoir une conversation sérieuse, Emmett. Reviens plus tard » rétorqua Alice, l'air sec.

Emmett fit la moue.

« Mais on avait dit qu'elle passerait les matinées avec toi et les après-midis avec moi ! Tu ne peux pas changer les termes de notre marché maintenant ».

Bella plissa les yeux.

« Quel marché ? ».

Les deux Cullen l'ignorèrent, se défiant du regard pendant quelques secondes. Alice finit par abdiquer avec un soupir irrité.

« D'accord, mais frappe avant d'entrer la prochaine fois ! » l'avertit-elle alors qu'il se précipitait déjà sur Bella pour la tirer hors du lit.

Cette dernière tenta de protester, désireuse de poursuivre la conversation qu'elle était en train d'avoir avec Alice, et surtout de résoudre le mystère du trou béant qui ne faisant que s'élargir au creux de sa poitrine. Mais le jeune homme l'ignora une nouvelle fois et la poussa vers la sortie de la chambre.

« Fini les bavardages pour aujourd'hui ! Nous allons un peu voir ce que tu as dans le ventre ! » jubila Emmett.

Bella fronça les sourcils.

« Mais je ne- ».

Emmett leva aussitôt le doigt, l'air sévère.

« Tsk tsk… Je ne veux pas t'entendre te plaindre. Nous avons décidé que je serai en charge de ta formation physique alors j'attends de toi une obéissance et une assiduité exemplaires, Bella. Ne me déçois pas ».

Bella le fixa d'un air ébahi.

« Qui a décidé- ».

« Ne perdons pas de temps avec ces formalités pompeuses… Moi, je veux de la bagarre ! » s'écria Emmett en la frappant à l'épaule.

Bella se raidit et siffla. Elle répliqua aussitôt et frappa l'épaule du jeune homme. Seulement, n'ayant pas encore appris à maîtriser sa force, elle le frappa tellement fort qu'Emmett percuta violemment la rembarre de l'escalier et alla s'écraser sur le sol du rez-de-chaussé.

« Oups » murmura Bella, les yeux écarquillés.

Seul le rire maniaque d'Emmett lui répondit.


Bella venait tout juste d'en terminer avec Emmett.

Ce dernier avait passé l'après-midi entière à tester ses nouvelles aptitudes physiques. Il avait même été jusqu'à la défier au bras-de-fer devant toute la famille – qu'il avait perdu évidemment. Mais surprenamment, cela avait permit à Bella de se défouler et de remettre à plus tard une partie de ses inquiétudes.

Mais maintenant que l'adrénaline était retombée, elle se sentait à nouveau torturée par le vide abyssal qu'elle ressentait dans sa poitrine. Elle frotta distraitement sa poitrine et manqua de voir le regard inquisiteur de sa meilleure amie.

« Je suis d'accord » lui dit cette dernière.

Bella cligna des yeux et lui jeta un regard surpris.

« Pardon ? ».

« Oh, tu n'y as pas encore pensé… Je suis allée trop vite » comprit Alice avec un petit rire gêné. Bella la fixa avec confusion « Tu allais me demander si je pouvais aller chercher ton portable et je suis d'accord, mais à une condition » la prévint-elle en se redressant.

Bella fronça les sourcils, perplexe.

Pourquoi aurait-elle besoin de son portable ? Les Cullen avaient fait le nécessaire pour rassurer son père et les Quileutes en prétextant une excursion de plusieurs jours dans la chaîne montagneuse qui bordait Forks. Mais il s'agissait seulement d'une solution temporaire afin que Bella puisse avoir le temps de soupeser ses choix et prendre la meilleure des décisions. Elle ne voyait donc pas l'utilité que pourrait lui fournir-

Victoria.

La jeune femme tressaillit violemment, submergée par le tsunami d'émotions qui s'éleva brusquement en elle à la simple menton de sa créatrice.

Où était Victoria ? Pourquoi ne l'avait-elle pas emmené avec elle ? Regrettait-elle de l'avoir transformé ?

Elle étouffa un gémissement pitoyable à la simple idée que sa créatrice se soit enfuie pour éviter de devoir assumer la nouvelle-née qu'elle était devenue. Pourtant, c'était une option envisageable. Elle avait toujours considéré Victoria comme un être sauvage et libre qui préférait tout lâcher et partir vers de nouveaux horizons, plutôt que de s'encombrer d'attaches ou de responsabilités trop contraignantes. Comme une nouvelle-née.

Bella se rendit compte qu'elle tremblait de tout son corps et était en train de déchirer la couverture du lit seulement lorsqu'Alice posa une main prudente sur son épaule. Elle se força à la regarder.

« Prends une profonde respiration et expire » lui dicta-t-elle.

Bella obéit avec difficulté et le refit jusqu'à ce que son corps cesse de trembler. Elle finit par se détendre et grimaça en constatant les dégâts qu'elle avait causé. Ses ongles avaient complètement déchiré la couverture du lit. Elle était bonne à jeter.

« Désolée ».

« Ne t'excuses pas. Ce n'est que du matériel. De toute façon, je comptais acheter une nouvelle couverture » la rassura Alice avec un petit sourire.

Bella le lui retourna avec un peu moins d'enthousiasme.

« Tu veux en parler ? ».

Bella hésita un court instant avant de secouer de la tête. Elle avait déjà assez causé de problèmes comme ça. Elle ne voulait pas encore que les Cullen découvrent qu'elle s'était entichée de leur ennemie.

Cependant, tout son être la suppliait de partir à la poursuite de Victoria. Elle désirait tellement la voir qu'elle en avait mal au cœur. Mais il aurait été trop dangereux de quitter l'habitacle des Cullen sans aucune supervision. Elle venait tout juste de se réveiller et était encore loin de savoir se maîtriser. Elle refusait de mettre des personnes innocentes en danger.

Bella se lécha nerveusement les lèvres.

« Quelle condition dois-je remplir pour obtenir mon portable ? ».

Le visage d'Alice s'éclaira légèrement. Une lueur excitée traversa ses yeux dorés.

« Oh, c'est assez simple. Je te demande juste une matinée shopping. On passera commande sur internet pour te simplifier la tâche et éviter tout éventuel dérapage. C'est vraiment déconcertant de sentir l'odeur de Rosalie sur toi » expliqua-t-elle avec une moue.

Bella hocha de la tête avec une grimace.

« Pour moi aussi. J'ai l'impression que ce n'est pas bien. Ça me donne envie de les déchirer et de les brûler » avoua-t-elle d'un air penaud.

Alice gloussa doucement.

« Ne fais surtout pas ça si tu veux rester en vie. Rosalie chercherait probablement à se venger et il me serait difficile de te protéger contre sa fureur. Mais je comprends totalement. Elle n'est pas ta compagne alors son odeur te repousse ».

Bella se retint de lui dire que celle d'Edward la repoussait également alors qu'il était censé être son compagnon. Ils ne s'étaient même pas reparlé depuis leur accrochage à son réveil.

Alice bondit du lit et lui lança un clin d'œil par-dessus son épaule en lui disant : « Je vais aller chercher ton portable. Ne fais pas de bêtises pendant mon absence ».

« Promis » lui sourit-elle.